Deux ans après son hommage vibrant à Léo Ferré, Cali est de retour avec un neuvième opus studio, l’exaltant Cavale.

C’est avec un album profondément humaniste et fougueux que revient Cali en cette fin d’hiver: une cavale audacieuse, composée à deux. Une grande première pour l’artiste qui a donc fait appel à Augustin Charnet, 24 ans (et déjà réalisateur du dernier album de Christophe), rencontré avec bonheur en tournée, il y a quelques années: « C’est un jeune musicien de génie. Il m’a montré un univers inconnu. On s’est amusés comme des gamins dans une cour de récréation. J’ai adoré ne plus avoir le contrôle de tout », nous confie-t-il. Un désir de lâcher prise que l’on retrouve dans la voix grave et inimitable de Cali : « 95% des chansons sont des premières prises de voix pour garder la beauté émotionnelle. J’étais sur un fil d’équilibriste en l’enregistrant », analyse-t-il. Un album écrit et composé en quelques mois, à Montreuil, la nuit, le temps d’un été.

Un album placé sous le signe de la liberté

Cavale s’impose comme un disque libre, peut-être le plus libre de Cali qui affirme ne pas avoir choisi ce titre au hasard : « Je crois qu’il faut toujours chercher à s’évader, que si on ne le fait plus on devient prisonnier de la mort. » Rien d’étonnant donc à ce que le premier morceau éponyme du disque, lettre ouverte à une ancienne amoureuse sur le point d’en épouser un autre, soit une célébration exaltée et onirique de la fuite :  « Ce soir, je cherche tes larmes qui glissaient sans prévenir. Peut-être que les rêves que tu avais pour moi, ils étaient pour toi: Cavale ». Les fans retrouveront là son sens des hommages au passé.

Entre fidélité et nouveauté

Comment classer cet album? Opération bien difficile. Car si Cavale s’inscrit dans la tradition française de la chanson à textes, c’est aussi un album rock, pop, électro et parfois même presque tribal, notamment dans l’entêtant et très pulsionnel Viens avec moi (qu’il partage en duo avec Mathilda) où le banjo sautillant invite irrésistiblement à danser… Quant à Je voudrais vivre heureux, c’est au rock du groupe canadien Arcade Fire et même à U2 que ses arrangements font penser. Un mélange des genres donc, qui convient très bien à Cali: « C’est peut-être mon album le plus audacieux musicalement. Mais je passe ma vie à essayer de déconstruire les chapelles : pop, hip-hop ou rock peu importe ! Le plus important c’est de regarder un tableau et de pleurer devant… Ou pas », lâche-t-il.

Côté textes, Cali continue d’explorer des thèmes qui lui sont chers: l’amour et l’urgence de vivre présents sur tout le disque, y sont célébrés, par celui qui dit connaître « la seconde de trop » dans l’hypnotique Enfuis-toi. L’émouvant Mon fils, ma vie raconte la vie d’artiste sur les routes et la solitude des chambres d’hôtel comme rançon de la gloire. Le morceau le plus ambitieux de l’album est certainement C’est avec un couteau qu’on fait une chanson, dans lequel le chanteur slame pour la première fois, avec des vers presque cinématographiques, témoins d’expériences marquantes car, dit-il, « Il y a des phrases qui arrivent, on ne peut pas les mettre de côté ».

Un kaléidoscope 

Si Cavale existe de façon autonome, ce disque est aussi la partie d’un tout. Car Cali  multiplie les supports pour s’exprimer -théâtre, poésie, littérature et musique bien sûr.  Or, si « Cavale ça veut dire s’échapper » est la dernière réplique de la pièce de théâtre Cowboy Mouse de Patti Smith, dans laquelle Cali a joué en 2014, c’est aussi le titre de son second roman. Un roman dans lequel il revient sur son adolescence et la nécessité d’exister avec une « meute ». Une meute salvatrice que l’on retrouve aussi à travers les personnages du court métrage, réalisé par Cali et le photographe Yann Orhan, qui accompagne la sortie de Cavale et dont la première partie est déjà disponible sur internet.

Sur 15 ans, qui clôt l’album, les synthétiseurs d’Augustin Charnet flirtent avec la musique classique, sur l’envie d’une fuite à rebours. Cali y évoque le désir de « faire tourner les aiguilles à l’envers ». Une chanson qui, selon lui, symbolise Cavale: « La jeunesse c’est la pureté, l’innocence. Le moment où on peut glisser vers les ténèbres ou la lumière. Ne pas perdre ces moments précieux c’est la quête de ma vie. J’ai mis tout ce temps à revenir au début », sourit-il. Cavale donc, un kaléidoscope généreux et fougueux qui invite à aimer et vivre dans le feu.

Cali Cavale (Verycords) 2020
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Écrit par Marjorie Bertin

[Photo : Yann Orhan – source : http://www.rfi.fr]