Faisant une recherche sur le mot paramédic en français, je suis tombé sur le texte suivant dans le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française :

« Les emprunts intégraux adaptés paramédic et paramédique, de l’anglais, qu’ils soient employés seuls ou dans les termes technicien ambulancier paramédic, technicien ambulancier paramédique, ambulancier paramédic, ambulancier paramédique, ne s’inscrivent pas dans la norme sociolinguistique du français au Québec. En outre, ils ne s’intègrent pas au système de la langue française, puisque le mot medic qui, en anglais, est un nom qui signifie « médecin » ou « étudiant en médecine », est inexistant en français. »

Voyons à titre de comparaison ce qu’en dit le dictionnaire québécois Usito:

« L’emploi de paramédic, ou de sa variante paramédique, est critiqué comme synonyme non standard de technicien ambulancier paramédical. »

C’est assez clair que l’OQLF n’aime pas paramédic. Soit. Or nous constatons que paramédic est largement répandu dans les médias québécois actuels et même sur les ambulances, comme on peut voir sur la photo ci-contre. Je vous invite également à visiter le site web de la Corporation des paramédics du Québec.

Quelle est donc cette norme sociolinguistique dans laquelle paramédic ne s’inscrit pas? Et comment peut-on affirmer que paramédic ne s’intègre pas au système de la langue française alors que de toute évidence, il fonctionne parfaitement chez les locuteurs les plus concernés?

Les habitués de ce blogue connaissent sans doute la réponse. Ce petit discours sur la norme sociolinguistique du Québec et sur la non intégration au système du français n’est qu’une version modernisée à la sauce linguistique de ce discours grammairien plus que centenaire au Québec: paramédic est un anglicisme et donc à bannir du français québécois.

Mais je me suis toujours demandé comment l’OQLF arrivait à ces conclusions. Quelle est cette norme sociolinguistique du français du Québec? Et quelle est la relation entre cette norme et l’usage réel.

Disons tout de suite qu’il s’agit d’un vieux débat en linguistique et en didactique du français. Quand on parle de LA norme, on fait référence à ce qu’on appelle aujourd’hui le français de référence de la langue écrite formelle. Cette langue dite soignée ou soutenue est la langue révisée et contrôlée selon les règles des ouvrages de référence comme les grammaires et les dictionnaires.

Les publications des gouvernements, les livres, les revues, les écrits publicitaires, les affiches, les enseignes commerciales, les avis officiels, bref toutes les manifestations de la langue écrite soignée sont passées au crible fin de la correction et de la révision linguistiques. On pourrait donc dire que selon cette norme on devrait dire technicien ambulancier paramédical.

On note cependant que ce site officiel du gouvernement du Québec utilise technicien ambulancier paramédic.

Le texte de l’OQLF pourrait donc se lire comme suit:

Les emprunts intégraux adaptés paramédic et paramédique, de l’anglais, qu’ils soient employés seuls ou dans les termes technicien ambulancier paramédic, technicien ambulancier paramédique, ambulancier paramédic, ambulancier paramédique, ne s’inscrivent pas dans la norme sociolinguistique du français officiel ou soutenu au Québec.

Cela dit, il y a les usages réels, parfois écrits comme dans le cas de paramédic, mais surtout oraux. Certains linguistes pensent que la langue orale a ses propres normes car les gens ne parlent pas au hasard. Ils suivent les règles ou des normes linguistiques propres à chaque contexte de communication.

Pour un aperçu de la langue écrite informelle, on n’a qu’à lire les textos, SMS, commentaires et autres écrits spontanés des internautes. Évidemment cette langue se rapproche beaucoup de la langue parlée.

Une langue n’a donc pas une seule norme. Il y aurait autant de normes que de variétés et variantes qui se parlent ou s’écrivent.

[Source : etatslangue.wordpress.com]