BIOGRAPHIE – « Au commencement étaient les épices ». Ainsi débute le premier chapitre de cette biographie de Magellan écrite par Stefan Zweig en 1938 !

Écrit par Mimiche

Et, effectivement, dès l’expansion de l’empire romain, les contacts commerciaux avec le Moyen Orient ont permis à Rome d’accéder aux épices de cet Extrême-Orient encore inconnu, mais d’où provenaient déjà ces condiments par l’intermédiaire des commerçants arabes.

Une fringale avait alors progressivement envahi l’Occident au point que ces produits (poivre, camphre, aromates et onguents divers) atteignaient des prix pharaoniques sur les tables des consommateurs pour la plus grande richesse de tous les intermédiaires qui, par mer et par terre, en assuraient le convoyage tout au long d’un périple long et dangereux qui attisait, évidemment, toutes les convoitises.

Et justifiait les tentatives de l’Occident de chercher, et finalement trouver, en contournant la corne de l’Afrique, une voie maritime qui permettrait de s’affranchir de ces intermédiaires gourmands sinon cupides !

C’est dans cette aventure vers l’Inde que le petit pays qu’était le Portugal va se créer un empire, après avoir fait tomber la croyance d’alors selon laquelle l’Afrique aurait touché au pôle et était, de ce fait, incontournable par le sud : la voie maritime découverte par les marins portugais en fournissait le démenti et ouvrait un accès libéré vers les épices de l’Orient.

Pendant ce temps, l’Espagne, avec notamment Christophe Colomb, cherchait une voie par l’Ouest pour contrebalancer celle que le Portugal avait trouvée vers l’Est.

L’inévitable guerre entre les deux monarchies sera opportunément écartée par une intervention papale qui répartira le globe entre l’une et l’autre avec une « ligne de démarcation » tracée arbitrairement au milieu de cet Atlantique, qui n’a pas encore dévoilé tous les secrets géographiques de la future Amérique du Sud.

C’est dans ce contexte politico-commercial que le jeune gentilhomme portugais Fernão de Magelhãn, embarqué dans l’une de ces expéditions portugaises, va contribuer, pour le compte de son roi Manoel, à divers actes de bravoure permettant d’asseoir cette domination portugaise sur cet Orient dont les richesses sont immenses et font tant d’envieux…

Mais, lors du retour de Fernão de Magelhãn au Portugal après des années de bons et loyaux services à sa couronne, le roi Manoel, encouragé en cela par tous ceux que le caractère rugueux de l’encore jeune explorateur-navigateur-soldat indispose autant que par la jalousie qu’il provoque, n’aura aucune reconnaissance pour les actes héroïques et de fidélité de ce dernier, refusant de porter foi et crédits au projet ambitieux de « faire le tour de la terre en allant de l’Est vers l’Ouest ». Jusqu’à le libérer de toute obligation envers la couronne du Portugal. Et ainsi de lui laisser toute liberté pour proposer ses services à la couronne d’Espagne dont le roi Carlos Ier, futur Charles Quint, verra tout l’intérêt dans la course aux épices et aux comptoirs des Moluques !

Le 10 août 1519, celui que le futur reconnaîtra sous le nom de Magellan quitte Séville à la tête d’une petite flotte de 5 navires rafistolés (le Santiago, le San Antonio, le Conception, le Victoria qui seul reviendra à son point de départ, le Trinidad vaisseau amiral) pour un périple invraisemblable, et incroyable pour l’époque, dont il ne verra pourtant pas l’aboutissement victorieux même si, de fait, il aura réellement et entièrement effectué un tour du monde.

[ Premières pages ] Stefan Zweig – Magellan 

Magnifique biographie que celle-là ! Certes romancée puisque, de l’aveu même de l’auteur, trop de documents ont été perdus (probablement détruits, volontairement ou pas) pour que l’histoire n’ait pas nécessité quelque imagination fertile entre les quelques certitudes fournies par les Archives.

Mais l’exercice est remarquablement mené : l’exploit est soigneusement accompagné, pas à pas, au long d’un voyage où la trempe du caractère de l’Amiral ne manque jamais d’être mise en avant autant que son calme, sa prévoyance, son méthodisme, sa rigueur, son obstination, sa prudence ou sa force mentale indubitablement.

Ce livre se lit comme un conte, un simple roman d’aventures. Il coule, d’épisode en épisode, ponctué par les temps forts de ce périple où l’impossible le disputait à l’impensable. La faim, la soif, les mutineries et autres rebellions, les éléments en furie, l’incertitude, … : rien n’a arrêté l’amiral de la flotte et l’Histoire. Rien n’a pu empêcher de montrer que la terre était ronde et qu’une voie navigable existait qui permettait de faire le tour complet.

C’est la force de ce livre de nous guider dans le sillage d’une destinée hors du commun tracée dans la force d’une conviction. Un de ces traits de génie qui font que l’Homme est capable de grandes choses (même s’il est malheureusement capable aussi des pires qui soient !).

Des pages de lecture d’une puissance évocatrice magistrale. Un plaisir sans cesse renouvelé qui plonge le lecteur, enchanté, au plus fort de cette Odyssée.

Stefan Zweig, trad. Alzir Hella – Magellan – Le livre de poche – 9782253161875– 7.30 €

 

 

[Source : http://www.actualitte.com]