Dans « Un promeneur solitaire dans la foule », Antonio Muñoz Molina déambule à Lisbonne, Paris, New York ou Madrid et enregistre tout sur son passage.

Este viernes es la XIII edición de La Noche de los Libros de Madrid -  Cuentamealgobueno
Écrit par Didier Jacob

Dans la rue, Molina vous guette. Il est tout yeux, tout regard. Tout ouïe aussi. « Je suis un regard qui refuse de se laisser distraire, même par un clignement de paupière », écrit le maître espagnol, né en 1956 en Andalousie, dans cet autoportrait en voyageur insatiable.

Déambulant à Lisbonne, Paris, New York ou Madrid, on dirait qu’il a, comme les grands photoreporters, le doigt toujours posé sur la gâchette. Fou de jazz passé à la littérature, Antonio Muñoz Molina enregistre tout sur son passage : bribes de conversations entendues à la terrasse des cafés, gros titres frappant l’œil dans les kiosques à journaux.

Pour l’auteur de « l’Hiver à Lisbonne », la ville est d’abord un texte, tatoué « sur les ponts et les murs de soutènement des autoroutes ». C’est une « grande clameur de mots simultanés, toutes ces paroles prononcées à voix basse ou à grands cris, au fil de discussions ou de monologues dans la rue, ou transmises par téléphone, éparpillées dans l’air grâce à une vibration continue de pulsations électromagnétiques ».

Carnets de voyage sans fin

Si Molina remplit sans fin ses carnets de voyage dont il a rassemblé ici les meilleurs extraits, il est aussi un merveilleux détective littéraire, qui n’a pas son pareil pour partir sur la piste de ses grands écrivains de chevet : Baudelaire, Poe, Melville et tant d’autres. Il surprend Oscar Wilde regagnant, ivre d’absinthe, son hôtel parisien sous la lumière des becs de gaz, et découvre que Walter Benjamin, qui a dormi dans les mêmes établissements miteux, s’est rendu sur les tombes de Baudelaire au cimetière Montparnasse et de Wilde au Père-Lachaise.

Lisbonne ? La ville fétiche de Molina grouille, elle aussi, de notables fantômes. À commencer par celui de Pessoa, dont la silhouette ressemble tant, dit-il, à celle de Joyce errant dans les rues de Trieste.

« Les lunettes, la moustache, le nœud papillon digne et tordu, le cartable bourré de papiers et de livres. Tous deux marchent, affairés et myopes, et bien souvent très soûls, dans des villes portuaires qui se ressemblent elles aussi mystérieusement. »

Un promeneur solitaire dans la foule, par Antonio Muñoz Molina, traduit de l’espagnol par Isabelle Gugnon, Seuil, 528 p., 24 euros (en librairie le 20 août).

[Photo : Elena Blanco – source : http://www.nouvelobs.com}