Le Musée juif de Belgique (MJB) expose Kurt Lewy (1898-1963), artiste juif allemand, lié à l’héritage du Bauhaus puis à l’art abstrait belge.

Écrit par Roland Baumann

Kurt Lewy était un des artistes à l’honneur en 2019 dans l’exposition Aufbruch im Westen, au musée de la Ruhr -ouvert sur le site de l’ancien complexe industriel de la mine de charbon de Zollverein à Essen, sa ville natale. Organisée pour le 100e anniversaire du Bauhaus, cette exposition évoquait la colonie d’artistes de la Margarethenhöhe, cité-jardin que fit construire Margarethe Krupp à Essen. La construction en 1919 d’une maison-atelier, puis d’un grand atelier de céramique, attira à la Margarethenhöhe tout un groupe d’artistes, dont le talentueux photographe Albert Renger-Patzsch, et Kurt Lewy, qui y travaillait avec l’orfèvre Elisabeth Treskow et la relieuse Frida Schoy. Lewy enseignait alors le graphisme à l’école Folkwang d’Essen, un centre majeur de la création artistique moderniste, animé par des notions d’œuvre d’art totale (Gesammtkunstwerk) et dont l’impulsion initiale venait de Karl Ernst Osthaus, célèbre collectionneur et mécène, dont le musée Folkwang rassemblait les chefs-d’œuvre de l’art moderniste européen et aussi de l’art africain.

Démis de ses fonctions par les nazis dès 1933, Lewy s’enfuit en 1935, avec sa femme Lilly Schulte et sa mère malade à Bruxelles. En mai 1940, arrêté par les autorités belges et déporté dans le sud de la France, il est interné à Saint-Cyprien, puis à Gurs, d’où il réussit à s’enfuir en 1942. Lewy regagne Bruxelles et entre dans la clandestinité. En juin 1944, il est arrêté à Woluwe-Saint-Pierre. Enfermé à la Caserne Dossin, il échappe à la déportation, et est libéré en septembre 1944.

Directrice des musées d’Anderlecht et auteur d’un article biographique sur Kurt Lewy, Zahava Seewald précise : « La Belgique reconnut ses talents et une grande exposition de peintures et de miniatures sur émail est organisée au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1952. Au lendemain de cette exposition, Kurt Lewy abandonne la figuration pour se consacrer à la peinture abstraite géométrique ». Dans les années 1950, Lewy fait partie des groupes Art Abstrait et Formes, avec des artistes renommés tels Jo Delhaut, Pol Bury et Guy Vandenbranden. Comme le déclarait Lewy à l’exposition Art Abstrait : « l’art ne se conçoit pas pour moi dans le vague, l’indéterminé, l’effervescent, mais bien dans la clarté et la netteté des éléments de mon choix ».

« Oublié de l’art belge »

Commissaire de Kurt Lewy : Towards Abstraction au MJB, Bruno Benvindo souligne que cette exposition, organisée en collaboration avec la galerie anversoise Callewaert-Van Langendonck, « montre l’évolution de Lewy vers l’art abstrait. En tant qu’émailleur, il joue déjà avec les lignes et les couleurs, et s’engage sur le chemin de l’art abstrait. Sa Fenêtre brisée de 1949, un tableau avec la guerre en arrière-plan, manifeste sa volonté de tenir à distance son expérience d’exilé et survivant de la Shoah, telle que l’évoquaient deux natures mortes de 1944 et barbelés de 1947. Lewy fait partie de la jeune peinture belge d’après 1945. Son style, très personnel marque une volonté de grande sérénité, d’équilibre et une recherche formelle qui le caractérise déjà dans sa période figurative. Nous montrons la cohérence de son œuvre et son obsession de recherche formelle. Il n’a pas fait école et sa disparition précoce en a fait un oublié de l’art belge ».

En documentant la participation de Kurt Lewy à la colonie d’artistes de la Margarethenhöhe et l’art moderniste sous la république de Weimar, cette exposition bruxelloise met à l’honneur son œuvre picturale d’après 1945 et contribue certainement à mettre en valeur l’apport de cet artiste juif allemand à la peinture abstraite belge.

Kurt Lewy : Towards Abstraction – Musée juif de Belgique, jusqu’au 7 février 2021. Rue des Minimes 21, 1000 Bruxelles – www.mjb-jmb.org

 

[Source : http://www.cclj.be]