La Kultur Lige (Ligue de la culture), avant-garde culturelle yiddish (1914-1938) s’épanouit dans la Russie révolutionnaire. Ses représentants : Nathan Altman, Boris Aronson, Issaschar Henryk Berlewi, Marc Chagall, El Lissitzky, Solomon Nikritine, Ber Ryback… À l’automne 2020, les galeries Le Minotaure, Alain Le Gaillard et Thomas Bernard Cortex Athletico présentent « une exposition en trois volets confrontant deux artistes : Boris Aronson (1898-1980) – une figure phare de l’avant-garde juive des années 1920, l’un des décorateurs de théâtre les plus en vue de Broadway, récompensé de huit Tony Awards – et l’artiste français contemporain, Rainier Lericolais, auteur d’œuvres visuelles, sonores et spatiales ».

Publié par Véronique Chemla

Ben Uri, The London Jewish Museum of Art a présenté l’exposition  Costume and Stage Designs 1917 Kiev – 1929 New York (The Avant-garde Yiddish Theatre Costume and Stage Designs 1917 Kiev – 1929 New York, La renaissance de la culture yiddish à travers l’avant-garde 1914-1938).

Une partie de cette exposition a été présentée en 2010 par les galeries parisiennes Le Minotaure et Alain Le Gaillard : une sélection d’études de costumes et décors réalisées dans les années 1920-1930, pour le théâtre new-yorkais, par Boris Aronson (1898-1980). Benoit Sapiro et Yaron Lavitz de la galerie Le Minotaure avaient réuni dans leur espace des documents rares sur les artistes juifs majeurs – Nathan Altman, Boris Aronson, Issaschar Henryk Berlewi, Marc Chagall, El Lissitzky, Solomon Nikritine, Ber Ryback – de la Kultur Lige (Ligue de la culture), avant-garde culturelle yiddish (1914 -1938).

Après la révolution russe de 1917, de jeunes intellectuels artistes juifs créent la Kultur-Lige, un mouvement avant-gardiste réunissant une maison d’édition et un programme pédagogique visant l’émancipation de la culture juive.

Ces créations témoignent de cette effervescence artistique, variée, où s’illustrèrent Nathan Altman, Henryyk Berlewi, Marc Chagall, Alexandre Tyshler ou El Lissitzky« Le sol se dérobe sous nos pieds ; la tradition a disparu. Nous sommes démunis comme après un séisme… il nous faut tout reconstruire de neuf, un neuf qui n’a jamais existé », résume Henryk Berlewi.

Ainsi, Yankel (Jacob) Adler (1895-1949), né près de Lodz, il est influencé dès 1919 par le cubisme et l’expressionnisme, et introduit dans ses œuvres des inscriptions hébraïques et symboles kabbalistiques. Il est l’un des artistes stigmatisés par les nazis lors des expositions L’art dégénéré et Le juif errant. Après la défaite française en 1940, il se réfugie en Angleterre où il devient membre actif du groupe juif londonien Ohel.

Lazar Eliezer (El) Lissitzky (1890-1941) ne peut entrer à l’Académie des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg en raison du numerus clausus. C’est à l’École polytechnique de Darmstadt, en Allemagne, qu’il étudie l’architecture et le dessin. Après avoir visité l’Italie et Paris en 1913, il entre en 1914 à l’École polytechnique de Riga dont il sort diplômé d’ingénieur architecte. Il est envoyé par la Société juive d’histoire et d’ethnographie visiter, avec Issaschar Ber Ryback (1897-1935), les synagogues du Dniepr. En 1917, il crée Sikhes Khulin, en forme de rouleau, puis les aquarelles pour le livre Had Gadya publié par la Kultur-Lige en 1919. Il illustre des livres, notamment pour enfants, en yiddish, pour des éditeurs juifs. En 1919-1920, invité par Chagall, il enseigne l’architecture et dirige des ateliers graphiques à l’Académie des Beaux-arts de Vitebsk. Il rejoint l’Unovis, « groupe formé autour de Kazimir Malevitch ». Selon celui-ci, le « suprématisme ayant épuisé les ressources de l’art pictural, il s’agit de chercher des développements dans l’espace que Lissitzky, se référant à l’architecture, va concrétiser, notamment avec le Proun (projet pour l’affirmation du nouveau en art) ». À Berlin, où il vit jusqu’en 1923, il crée, avec Ilya Ehrenbourg, la revue Vechtch/Gegenstand/Objet, pour faire connaître l’art et la littérature russes. Il expose à Berlin, Amsterdam et Hanovre. Publie un album composé de lithographies à partir de ses projets pour La Victoire sur le Soleil, l’opéra futuriste d’Alexei Kroutchenykh et de Mikhail Matiouchine. Explore la photographie et tente une synthèse entre peinture, sculpture et architecture.

Parallèlement à ce mouvement, d’autres artistes ont exploré diverses voies riches en potentialités : Sonia Delauny, Arthur Segal, etc.

Lors de cet entre-deux guerres européen, dans ce Yiddish Land, « dans un contexte qui mêle révolution russe, émergence des idées d’autonomie culturelle et renaissance de la culture yiddish », cette « avant-garde prolifique a posé les jalons d’une expression artistique spécifiquement juive, s’inspirant des motifs et éléments ornementaux coutumiers et capable de dépasser cette tradition pour entrer de plain-pied dans la modernité ».

Certains artistes choisissent l’exil : Berlin de l’Allemagne de Weimar, puis Paris, et New York.

Staline met un terme à ce mouvement en faisant assassiner les derniers artistes de ce mouvement vivant en Union soviétique.

Demeurent les œuvres de peintres comme Marc Chagall, de Boris Aronson pour le théâtre yiddish de New York, Solomon Yudovin pour les ornements, Joseph Tchaikov pour les illustrations de livres et comptines, Bashevis Singer, Isaac Babel et David Hofstein, en littérature.

En 2009, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme avait rendu hommage à cette avant-garde dans son exposition Futur antérieur.

Sous la voûte du Grand Palais sont montrées des œuvres rares, sur toile et sur papier, d’une vingtaine d’artistes : des livres pour enfants – celui de David Hofstein illustré par Chagall, Le coq vantard, écrit par Peretz Markish et illustré par Joseph Tchaikov, le Mayselekh far kleyninke kinderlekh, écrit par Miryam Margolin et illustré par Issaschar Ber Ryback -, « les Ornements, issus d’interprétation de motifs décoratifs de synagogues ou de pierres tombales », telles les œuvres de Nathan Altman ou de Yakerson, le théâtre, avec des projets de costumes de Boris Aronson, Boris Anisfeld, Issachar Ber Ryback…

À voir aussi les huiles sur toile – Golgotha de Marc Chagall (1912) -, La parade sportive (1929), pièce d’Alexandre Tyschler, des œuvres sur papier de Marc Chagall de la période russe, dont la gouache « Village et violoniste« .

Dans ces deux galeries germanopratines, sont exposées les études du décorateur, costumier et scénographe Boris Aronson à New York, essentiellement dans les années 1920. « Inspirées des mouvements avant-gardistes cubistes et futuristes », ces œuvres « amorcèrent un véritable tournant dans la création scénographie américaine ».

Lors de la XXVe Biennale des Antiquaires (15-22 septembre 2010) au Grand Palais, Benoit Sapiro et Yaron Lavitz de la galerie Le Minotaure ont réuni dans leur espace des documents rares sur les artistes juifs majeurs – Nathan Altman, Boris Aronson, Issaschar Henryk Berlewi, Marc Chagall, El Lissitzky, Solomon Nikritine, Ber Ryback – de la Kultur-Lige, avant-garde culturelle yiddish (1914-1938). Les galeries parisiennes Le Minotaure et Alain Le Gaillard ont présenté une sélection d’études de costumes et décors réalisées dans les années 1920-1930, pour le théâtre new-yorkais, par Boris Aronson (1898-1980).

En novembre 2013, le MAMMM (Musée d’art multimédia de Moscou) a présenté l’exposition L’utopie et la réalité ? El Lissitzky, Ilya et Emilia Labakov.

La galerie Le Minotaure a présenté à Vallois America Preparing the Miracle: From Bronx to Broadway, Boris Aronson and the Yiddish Theatre (14 novembre – 23 décembre 2015). « Fils du grand rabbin de Kiev, Boris Aronson suit de 1912 à 1916, après le heder, les cours de l’École d’art de Kiev et de l’école de dessin d’Alexandre Mourashko. En 1917-1918, il fréquente l’atelier d’Alexandra Exter qui influencera fortement son travail pour le théâtre. Avant la Première Guerre mondiale, il se lie avec des jeunes écrivains et peintres juifs modernistes appartenant au groupe de Kiev, et devient l’un des plus ardents défenseurs de leur théorie prônant la nécessité de créer une culture juive nouvelle qui soit portée par le yiddish. De 1918 à 1920, il est l’une des figures majeures de la Kultur-Lige, pour laquelle il fonde un musée d’art juif. En 1919, en collaboration avec Ryback, il publie dans la revue yiddish Oyfgang, « Les voies de la peinture juive », l’un des premiers manifestes de l’art juif d’avant-garde. À la fin de l’année 1920, il part pour Moscou, où il travaille pour les théâtres juifs, en particulier pour le Kamerny. En 1922, il s’installe à Berlin et étudie dans l’atelier du graveur Hermann Struck ; il participe à l’exposition d’art russe de la galerie van Diemen. Il publie alors les livres de Marc Chagall et Sovremennaïa Evreïskaîa Grafika. À Paris où il séjourne ensuite, il réalise les esquisses et les costumes des Danses Assidiques de Baruch Agadati. En 1923, il s’installe à New York où il devient décorateur en chef de théâtre, notamment du Kunst-theater de Maurice Schwartz. À partir de 1930, il travaille pour les théâtres de Broadway : il met en scène une centaine de spectacles dramatiques, opéras, ballets et comédies musicales ; son style, qui mêle cubo-futurisme et constructivisme, renouvelle la scénographie américaine. Il devient l’un des décorateurs de théâtre les plus en vue de Broadway (il obtiendra 2 Tony Awards) ».

Le 1er novembre 2017, Arte diffusa Octobre 1917 – Les artistes de la révolution, documentaire de Katrin Rothe.

« Sonate »

À l’automne 2020, à Paris, les galeries Le Minotaure, Alain Le Gaillard, et Thomas Bernard Cortex Athletico présentent « Sonate », une exposition en trois volets confrontant deux artistes : Boris Aronson (1898-1980) – une figure phare de l’avant-garde juive des années 1920, l’un des décorateurs de théâtre les plus en vue de Broadway, récompensé de huit Tony Awards – et l’artiste français contemporain, Rainier Lericolais, auteur d’œuvres visuelles, sonores et spatiales ».

L’exposition confronte des œuvres aux styles proches, où l’on perçoit l’influence du cubisme et d’autres complètement différentes.

« À l’image d’une pièce de théâtre, ou d’une sonate – la musique étant un univers proche à Lericolais – l’exposition se déroule en trois actes ou plutôt en trois mouvements : chez Thomas Bernard seront regroupés les structures de Lericolais (œuvres en volume, assemblages et collages) et les projets de décors de théâtre d’Aronson ; chez Alain Le Gaillard : les études pour des costumes de l’un et les dessins représentant des personnages étrangement déconstruits et fragmentés de l’autre. Finalement, à galerie Le Minotaure refera surface l’une des figures emblématiques de la mythologie juive, le Dibbouk dont la légende inspira et habita l’œuvre et l’esprit des deux artistes. »

« L’exposition regroupera presque une centaine d’œuvres (toiles, œuvres sur papier, sculptures, techniques mixtes) et sera accompagnée d’un catalogue bilingue ».

« Boris Aronson (1878-1973), fils du grand rabbin de Kiev, après le passage obligatoire par le heder, fréquente dans les années 1917-18 l’atelier de l’artiste d’avant-garde Alexandra Exter, connue pour ses scénographies théâtrales révolutionnaires et ses costumes complètement futuristes du premier film de science-fiction Aelita (1924). À la fin de la Première Guerre mondiale, il devient l’une des figures majeures de la Kultur-Lige, mouvement d’émancipation des juifs par l’avant-garde se réalisant par une activité éditoriale et théâtrale. »

« Après des séjours à Berlin et à Paris, Aronson s’installe en 1923 à New York où il est immédiatement embauché par Unzer Theater (Notre Théâtre) dans le Bronx – une petite institution à la pointe de l’avant-garde dans le domaine de représentation. Sa première réalisation est une peinture murale décorant l’enceinte du théâtre constituant l’hommage à Marc Chagall, mais aussi sa propre vision de l’histoire du théâtre yiddish. Il est aussitôt remarqué par Maurice Schwartz, régisseur du Second Avenue Theatre (Yiddish Art Theatre), le théâtre le plus connu et le plus grand-public de New York à l’époque. Aronson y travaillera jusqu’en 1931, avant d’être embauché par Broadway où il fera une carrière brillante, réalisant des décors, costumes et éclairage pour trente-quatre pièces et trois comédies musicales gagnant à maintes reprises les ultimes récompenses théâtrales américaines. »

« Quant à lui, Rainier Lericolais (né en 1970) échappe à toute classification. Ses deux pratiques, plastique et musicale, maintenues à bonne distance l’une de l’autre, se rejoignent dans la notion de mémoire enregistrée. Pour ses dessins, peintures ou sculptures, l’artiste se laisse guider par des associations d’idées, une explorations des méthodes et des formes sans but prédéterminé, accordant une place prépondérante à l’expérimentation et au ratage éventuel. »

« Les moyens et outils mis en oeuvre sont peu conventionnels : dessins à la colle, images de magazines altérées au trichloréthylène, transferts et empreintes, sculptures en carton ou en paraffine… Toutes les oeuvres ont en commun une modestie raffinée, et un contenu nourri de références allant de la musique à l’histoire de l’art ou au cinéma. Cristallisant le plus souvent le caractère éphémère d’un phénomène ou d’un moment, ses oeuvres invitent celui qui les regarde à une perception plus fine de ce qu’il croit voir. »

« Assemblage et collage de matériaux divers. Dimensions variables, l’exposition proposée par les trois galeries parisiennes n’est pas un hommage que Lericolais rendrait à Boris Aronson, mais un dialogue imaginaire entre ces deux artistes, focalisé sur trois domaines qui leur sont proches à tous les deux. Il s’agit là, d’une « invitation à regarder les œuvres d’Aronson comme si elles étaient produites aujourd’hui, observer celles de Lericolais comme si elles dataient de presque 100 ans. Et si vous décidez de pousser le jeu encore un peu plus loin, vous pouvez aussi imaginer que Lericolais est l’auteur de certains dessins d’Aronson (et inversement) », affirme Thibaut de Ruyter, l’auteur du texte du catalogue. »

« Sonate »

Du 13 novembre au 19 décembre 2020

À la Galerie Alain Le Gaillard

19 rue Mazarine, 75006 Paris

Tél. : 01 43 26 25 35

maria.tyl@galerieleminotaure.net

À la Galerie Le Minotaure

2 rue des Beaux Arts, 75006 Paris

Tél. : 01 43 54 62 93

sapiro.benoit@wanadoo.fr

À la Galerie Thomas Bernard Cortex Athletico

13 rue des Arquebusiers, 75003 Paris

Tél. : 09 87 77 09 69

press@galeriethomasbernard.com

Visuels :

  1. Aronson, Projet de costume pour la danse orientale de Baruch Agadati, 1923

Gouache et collage sur carton, 62 x 42 cm

  1. Aronson, Dibbouk, 1917-1919

Encre de Chine, crayon et aquarelle sur carton, 27.3 x 20.3 cm

  1. Aronson, Décor de scène pour « Golem », 1931

Gouache sur carton, 68 x 56 cm

  1. Lericolais, Sans titre, 2020

Encre sur papier, 30 x 35 cm

  1. Lericolais, Sans titre, 2020

Assemblage et collage de matériaux divers. Dimensions variables

Du 14 novembre au 23 décembre 2015
À Vallois America
27 East 67th Street, New York, NY 10065
Tel. : 212 517 3820
Du mardi au vendredi de 10 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 17 h

Du 18 avril au 30 juin 2013

The Art Museum for everyone

Ben Uri, The London Jewish Museum of Art

108a Boundary Road. St John’s Wood. London NW8 0RH

Tel.:  020 7604 3991

M: 077 6398 5350

Lundi de 13 h à 17 h 30, du mardi au vendredi de 10 h à 17 h 30, dimanche de 12 h à 16 h

Vernissage le 18 avril 2013 de 18 h 30 à 20 h 30

Jusqu’au 22 septembre 2010

À la XXVe Biennale des Antiquaires

Au Grand Palais

Avenue Winston Churchill. 75008 Paris

De 11 à 20 heures

Nocturnes les 16 et 21 septembre 2010 jusqu’à 22 heures

Exposition Boris Aronson, Der Yidish Teatre présentée auparavant à Tel-Aviv

Jusqu’au 30 octobre 2010

À la galerie Le Minotaure

2, rue des Beaux-Arts, 75006 Paris

Tél. : 01 43 54 62 93

Ouvert du mardi au samedi de 10 h 30 à 13 h et de 14 h 30 à 18 h 30

Et

À la galerie Alain Le Gaillard

19, rue Mazarine, 75006 Paris

Tél. : 01 43 26 25 35
Du mercredi au samedi de 14 h à 19 h et sur rendez-vous

Visuels de haut en bas :

Issachar Ber Ryback (1897-1935)

Composition cubiste, 1918

Gouache et aquarelle sur papier, 32,5 x 24 cm, Signé

Issachar Ber Ryback (1897-1935)

La synagogue à Pianov, 1919

Huile sur toile, 57 x 77 cm

Marc Chagall (1887-1985)

La fuite, 1911

Gouache sur papier, 26,5 x 22

Alexander Tyshler (1898-1980)

Parade sportive, Moscou, 1927

Huile sur toile, 80,2 x 67,5 cm

Affiche de la XXVe Biennale des Antiquaires

Boris Aronson (1900-1980)

Étude pour une peinture murale

Unzser Theatre, New York, 1925

Gouache sur papier, 61 x 41 cm

Cet article a été publié les 17 septembre 2010, 16 avril et 17 novembre 2013, 12 novembre 2015, 1er novembre 2017.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]