Une romance « inspirée d’une histoire vraie » se déroulant dans le camp nazi bénéficie d’une importante campagne de publicité, entre autres dans le métro parisien. Elle témoigne de la trivialisation de la mémoire de la Shoah.

Dans le métro parisien, fin janvier.

Dans le métro parisien, fin janvier. Photo : FLORENT GEORGESCO

 

Écrit par Florent Georgesco

Sur un fond rayé bleu et blanc qui cherche à imiter, dans des tons pastel, la tenue des déportés du système concentrationnaire nazi, un fil barbelé se noue délicatement, pour former un cœur. Au centre, la couverture d’un livre orné d’un bandeau où les mots « Déjà 4 millions de lecteurs » s’inscrivent en surimpression sur une image du mirador central du camp de concentration et centre de mise à mort de Birkenau, au sein du complexe d’Auschwitz, dans lequel 1 100 000 personnes, dont 960 000 juifs, sont mortes entre 1940 et 1945. Un slogan, au bas de l’affiche, enfonce le clou : « Un roman d’amour inspiré d’une histoire vraie. »

La nouvelle campagne de publicité des éditions J’ai lu, notamment visible dans le métro parisien, promeut l’édition de poche du roman Le Tatoueur d’Auschwitz, de la Néo-Zélandaise Heather Morris, paru le 6 janvier. Une chose est sûre : elle a fait parler d’elle sur les réseaux sociaux, où des dizaines de messages ont exprimé de la stupéfaction, du dégoût, de la colère.

Jointe par téléphone, la directrice de J’ai lu dit ne pas comprendre ces réactions. « Je suis sincèrement désolée si cette publicité a blessé, explique Hélène Fiamma, mais je suis très surprise par cette polémique. Nous avons eu plusieurs réunions d’équipe. L’éventualité que le visuel choisi puisse paraître déplacé n’a pas été envisagée une seule seconde. » Et de citer les nombreux retours de lecteurs, tous enthousiastes et même, dit-elle, « reconnaissants ».

« Quelques libertés avec la vérité historique »

Histoire d’amour entre deux déportés juifs, Lale et Gita, qui survivront, se marieront et auront un enfant, le livre cherche, sans subtilité excessive, à toucher par tous les moyens. Mais la mention « histoire vraie » est sans doute, dans cette stratégie sentimentale, l’instrument le plus puissant. « C’est une histoire qui a eu lieu », répète Hélène Fiamma elle-même quand on exprime des réserves sur le livre. « L’autrice, qui a rencontré le protagoniste masculin, a écrit l’histoire de ces deux êtres, tout en prenant quelques libertés avec la vérité historique, tout simplement parce qu’elle n’est pas historienne », justifie-t-elle.

Ces « libertés » avaient pourtant créé des remous à la parution de la version originale, en 2018. Dans un fact-checking du livreMemoria, le magazine du Mémorial d’Auschwitz, devait ainsi relever une très longue liste d’erreurs et d’approximations donnant « une vision globale fausse de la réalité du camp ». Une semonce qu’Hélène Fiamma préfère relativiser : « Quel roman se déroulant dans un contexte historique précis ne comporte pas son lot d’erreurs ? »

 

[Lisez l’intégralité de ce billet sur http://www.lemonde.fr]