Le gouvernement, qui « cible les imams extrémistes », veut imposer la traduction en danois de tous les sermons en langue étrangère, explique « Le Figaro ».

La première ministre danoise, Mette Frederiksen, veut « frapper les prédicateurs de haine islamistes ».

C’est un sujet hautement polémique dans le petit pays de 5 millions d’habitants du nord de l’Europe. Comme le raconte Le Figarole gouvernement danois souhaite imposer la traduction de l’ensemble des sermons religieux prononcés dans le pays. Une mesure qui toucherait les 160 communautés religieuses, mais dont l’ambition première est de « frapper les prédicateurs de haine islamistes », selon la Première ministre Mette Frederiksen.

Cette traduction, en danois, serait faite aux frais des communautés et vise à « créer une plus grande transparence lorsque les leaders religieux prêchent dans des langues autres », détaille encore le gouvernement. Un projet de loi, unique en Europe, mais qui était une promesse électorale du parti social-démocrate lors des élections législatives de 2019. Selon Mattias Tesfaye, le ministre de l’Immigration et de l’Intégration, ce sont bien les « imams extrémistes » qui sont ciblés par cette législation, mais une loi « spécialement pour la communauté religieuse musulmane » contreviendrait aux conventions internationales.

Un projet de loi qui fait polémique

Christian Krieger, le président de la Conférence des Églises européennes (CEC), a écrit au gouvernement danois pour protester contre ce projet de loi. Le Français évoque une « atteinte à la liberté religieuse (…) qui entacherait l’image du Danemark comme nation ouverte, libérale et libre ». L’Association des évêques de l’Église luthérienne d’État, le Conseil national des Églises et la Conférence des évêques européens se sont aussi joints aux protestations, souligne Le FigaroJorgen Skov Sorensen, secrétaire général de la CEC, souligne pour sa part ce qu’il considère comme une limite du projet de loi. « Il n’empêchera pas des imams de prêcher contre la démocratie tout en envoyant aux autorités une traduction différente de la version originale de leurs prédications. ». Un autre problème existerait, selon le professeur Lene Kühle, de l’université d’Aarhus. « Seulement environ un tiers des quelque 170 mosquées sont reconnues par le ministère des Cultes. Les autres échapperaient à tout contrôle. »

Face aux critiques, le projet de loi a été repoussé. Il sera finalement examiné dans la seconde moitié du mois de mars par le Parlement. Mais le gouvernement continue de le défendre bec et ongles. Pour Mattias Tesfaye, « une lutte pour les valeurs a lieu en Europe occidentale et au Danemark. Nous sommes confrontés aux mêmes défis : une reconnaissance de plus en plus profonde que l’islamisme extrême – dans certains pays, ils l’appellent l’islam politique – œuvre consciemment pour saper les valeurs démocratiques qui nous tiennent à cœur. »

[Photo : MADS CLAUS RASMUSSEN / Ritzau Scanpix / AFP – source : http://www.lepoint.fr]