Souvent critiquée pour son esthétique, l’écriture inclusive est de plus difficilement accessible pour certains publics. Une extension Web proposant de changer automatiquement les points classiques en points médians ouvre de nouvelles pistes de réflexion.

ActuaLitté

Plusieurs critiques sont faites à l’écriture inclusive. Certaines confinent parfois au grotesque : le point médian provoquerait la fin de la civilisation et de la littérature à lui tout seul. Mais d’autres soulèvent le sujet de l’accessibilité. Impossible en effet d’ignorer que le point médian rajoute un niveau de complexité à une langue déjà difficile à appréhender.

La ministre de la Culture, Roselyne Bachelot elle-même, confiait n’être pas une militante de l’écriture inclusive pour cette raison : « C’est horriblement compliqué : on a déjà toutes sortes de publics scolaires qui ont des difficultés avec l’orthographe, avec la lecture, avec l’écriture. Mettre en place un mécanisme d’une complexité incroyable… véritablement, je pense que l’écriture inclusive est une démarche élitiste. »

Certains, comme le député LREM François Jolivet vont même plus loin et souhaitent « interdire l’enseignement et l’utilisation de l’écriture inclusive à l’école ».

Solution numérique ?

Symbole de cette graphie, le point médian a été choisi à l’origine puisqu’il n’avait pas encore d’autre signification à l’écrit. L’utilisation d’un point final ou d’un tiret par exemple ajouterait plus de confusion, car régulièrement utilisée pour rythmer les phrases. Malheureusement, les raisons pour lesquelles ce point du milieu a été élu, le rendent également difficile d’accès. Jusque-là très peu utilisé, il n’est par exemple pas toujours disponible sur les claviers Windows français classiques.

En conséquence, beaucoup de graphies inclusives ont commencé à se développer. Certains internautes utilisant des puces (•) ou parfois des slashs (/). Ces menues difficultés du quotidien n’aident pas à rendre l’écriture plus lisible, peuvent être assez frustrantes pour ceux qui souhaiteraient s’essayer à l’exercice.

Pour répondre à ses problèmes d’accessibilité, Youssef, étudiant en DUT informatique, propose depuis le 27 janvier une extension Web qui permet de transformer automatiquement les points finaux en points médians. Disponible gratuitement, cet outil offre à ceux que le sujet intéresse d’écrire avec les points de base tout en délivrant un résultat conforme aux normes de l’écriture inclusive. Sur twitter, il en détaille le fonctionnement, expliquant notamment que les points en fin de phrases, d’adresses mails et d’URLs ne sont pas affectés.

Élargir les publics

Contacté par ActuaLitté, le créateur de l’extension précise que le point utilisé par son outil numérique n’est pas exactement un point médian, mais un point d’hyphénation. Ce signe a notamment la particularité de s’adapter aux logiciels de synthèse vocale.

« Le point de base comme le point médian ne sont pas vraiment compris par ces logiciels », explique-t-il. « Au lieu de lire une phrase en écriture inclusive, la synthèse vocale marque des pauses là où il y a des points, ou énonce même le signe, ce qui rend les documents incompréhensibles pour les malvoyants par exemple. »

Si la question des logiciels vocaux peut ainsi être réglée, beaucoup d’autres défis attendent l’écriture inclusive. Le sujet des dyslexiques est ainsi régulièrement soulevé, et n’a pour l’instant pas de solutions précises. « C’est vrai que c’est un autre problème. Des logiciels existent pour enlever les points médians sur un texte, d’autre permettent de changer la taille des espaces par exemple, ça peut aider. » L’Écriture Inclusive Facile étant un outil d’uniformisation, il devrait néanmoins permettre de rendre la langue plus lisible.

Youssef précise être à l’écoute concernant les éventuelles corrections et améliorations qu’il pourrait ajouter à son extension.

 

[Photo : Youssef – source : http://www.actualitte.com]