Les Catalans voteront, ce dimanche 14 février, pour élire leur Parlement régional. Mais pour le politologue catalan Oriol Bartomeus, l’euphorie de 2017 est retombée. Après avoir convoqué un référendum et proclamé la République catalane, les indépendantistes peinent à proposer un nouveau projet politique.

Des étudiants indépendantistes « muselés », le 2 octobre 2017, au lendemain du référendum interdit par Madrid, qui a donné lieu à de violents incidents.

Des étudiants indépendantistes « muselés », le 2 octobre 2017, au lendemain du référendum interdit par Madrid, qui a donné lieu à de violents incidents.

Les Espagnols votent, ce dimanche 14 février, pour élire leurs assemblées régionales. Mais trois ans après le référendum sur l’indépendance de la Catalogne, c’est vers cette région que tous les regards seront tournés. Entretien avec Oriol Bartomeus, professeur de sciences politiques et spécialiste de l’évolution du comportement électoral en Catalogne.

La question indépendantiste est-elle éclipsée par la pandémie et ses effets sur l’économie ?

Le contexte politique est moins extraordinaire qu’en 2017 : ces élections avaient été convoquées par le gouvernement espagnol, à la suite de la destitution de l’exécutif catalan, après le référendum. La question territoriale n’a pas été réglée mais la pandémie l’a estompée. Cela reste le débat le plus important, mais ce n’est plus le seul. On observe donc, malgré une certaine normalisation, une forte polarisation sur la thématique territoriale. Cela empêche les transferts de votes entre des options indépendantistes et non indépendantistes.

Peut-on donc s’attendre à des résultats identiques à 2017 ?

Ce sera relativement similaire en termes de blocs : pour ou contre l’indépendance. La différence se situera dans la forte concurrence des partis à l’intérieur de chacun de ces blocs. La carte politique va changer, car Ciudadanos (centre droit unioniste) n’arrivera pas premier du scrutin et Vox (extrême droite) devrait faire son entrée au parlement catalan. ERC (gauche indépendantiste), qui avait tenté la voie de l’indépendance à long terme, est finalement revenu à un discours radical.

Nous assistons toujours à des discours « puristes contre traîtres ». ERC ne veut pas passer pour le traître à l’indépendantisme face à Junts per Catalunya (centre droit indépendantiste, parti de Carles Puigdemont). Tandis que Ciudadanos accuse le parti socialiste de trahir l’Espagne car il pourrait faire alliance avec ERC.

Le mouvement indépendantiste a-t-il perdu de sa vigueur ?

Le récit épique de 2017 s’est évaporé. Depuis, le mouvement s’est uniquement maintenu en contestant la condamnation des leaders indépendantistes et par des manifestations, parfois violentes. Le problème de l’indépendantisme, c’est qu’au fond, après avoir convoqué un référendum et proclamé la République catalane, tout a été fait. Carles Puigdemont lui-même, qui reste assez présent, a perdu de son éclat.

Il n’y a plus de projet politique. Les partis ont peur qu’on ne les croie plus s’ils proposent un nouveau projet vers l’indépendance. Donc chacun vit sur le souvenir de 2017, et se présente comme celui qui incarne « l’esprit du référendum ».

Ces élections peuvent-elles mettre fin à dix ans d’indépendantisme au gouvernement catalan ?

Les indépendantistes auront probablement la majorité parlementaire mais il est possible qu’une autre majorité se dégage, transversale, avec le parti socialiste notamment. ERC détiendra alors la clé du futur gouvernement : choisira-t-il l’option indépendantiste ou osera-t-il un gouvernement transversal ? Une chose est sûre : dimanche soir, nous aurons des résultats mais pas de gouvernement. Et les négociations qui s’ouvriront pourraient être longues.

[Photo : Pierre-Philippe Marcou/AFP – source : http://www.ouest-france.fr]