Le 25 janvier dernier, le ministre de l’Éducation nationale a pris un arrêté modifiant les modalités du concours externe au Capes pour différentes matières, dont la langue corse. Désormais, les coefficients donnent une part plus importante à la langue française.

Le 25 janvier dernier, le ministre de l'Éducation nationale a pris un arrêté modifiant les modalités du concours externe au Capes pour différentes matières dont la langue corse.

Le 25 janvier dernier, le ministre de l’Éducation nationale a pris un arrêté modifiant les modalités du concours externe au Capes pour différentes matières dont la langue corse.

« On commençait à aménager un espace de plus en plus digne pour la langue corse« , regrette Ghjiseppu Turchini, enseignant de langue et culture corses à Bastia.

Fervent défenseur de la langue corse, il reste circonspect face à l’arrêté du ministre de l’Éducation nationale, pris le 25 janvier dernier, fixant les nouvelles modalités au concours externe du Capes (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement du second degré) pour différentes matières, dont la langue corse.

Le changement est majeur : une inversion des coefficients. Si jusqu’à présent il était de 7 pour la langue corse et de 4 pour le Français, à partir de 2022 le système de notation passe à un coefficient 4 pour la langue corse et 8 pour le Français.

« Cela nous donne l’impression que la compétence en langue devient secondaire. Comme si on disait : ‘si ce professeur ne donne pas de cours de langue, il fera autre chose’« , analyse Ghjiseppu Turchini.

« Des coups répétés de plus en plus forts »

Pour Romain Colonna, maître de conférences en sociolinguistique et en études corses, cet arrêté, couplé aux différentes réformes menées par Jean-Michel Blanquer relève d’une « remise en question de l’ensemble du système éducatif dédié à la langue corse« .

Car la réforme du bac défendue par le ministre de l’Éducation nationale a donné un coup dur à l’enseignement des langues régionales. Si la matière est prise en option par les lycéens [le plus gros des effectifs pour la langue corse] le coefficient passe de 2 à 0,6 alors que pour d’autres options, comme les langues anciennes, il reste le même. « Que ce soit au collège ou au lycée, les coefficients sont de plus en plus faibles et, par conséquent, les élèves s’inscrivent moins. Ce sont des coups répétés de plus en plus forts [envers l’enseignement du corse] et cela devient préjudiciable« , estime Ghjiseppu Turchini.

Fin d’une dynamique de progression ?

Les deux professeurs vont jusqu’à questionner le « rapport que l’on entretien avec cette langue dans la société.« 

C’est presque désabusé que Ghjiseppu Turchini évoque « la dynamique de progression de l’enseignement de la langue corse« , établi depuis peu dans les établissements scolaires du second degré dans l’île. « On commençait à convaincre de plus en plus d’élèves et maintenant on rogne le peu que l’on avait« , se désole l’enseignant.

S’il s’est battu en 1990, date de la création d’un Capes monovalant en langue corse, c’est en faveur de la « diversité » des langues dans la société. Un credo pour lequel il continuera de se mobiliser. « Nous sommes dans une société où le monolinguisme est dépassé. En plus d’apprendre la langue corse, on conserve aussi tout le patrimoine qui va avec« , lance-t-il.

Actuellement, en Corse, 108 personnes sont titulaires du Capes langue corse, seuls trois enseignants sont titulaires de l’agrégation.

 

[Photo : Martin Bureau / AFP – source : france3-regions.francetvinfo.fr]