Le ladino, ou judéo-espagnol, est une langue historiquement parlée par les Séfarades de la péninsule Ibérique et de l’Empire ottoman. Naguère en danger de disparition, l’idiome est désormais remis au goût du jour par des apprenants venus renouer avec leurs racines ou découvrir une nouvelle culture.

Des touristes visitent la synagogue historique de Tolède, érigée au XIIe siècle (et transformée en église catholique, Santa María la Blanca, au XVe siècle). Les Juifs séfarades expulsés de la péninsule Ibérique à la fin du XVe siècle se retrouvent pour une partie dans l’Empire ottoman. La langue judéo-espagnole qui y prospérait a connu un fort déclin, avant, aujourd’hui, d’attirer de nouveau de nombreux apprenants. (Espagne, 13 avril 2006.)

Écrit par Kenan Cruz Çilli

On le disait sur le point de disparaître, mais voilà qu’aujourd’hui le ladino suscite un engouement surprenant. Derrière le regain d’intérêt mondial pour cette langue se cache un événement pourtant peu exaltant : l’épidémie de Covid-19. L’une des conséquences inattendues de la pandémie est l’augmentation significative de la pratique du ladino… en ligne. Cette langue est en plein essor, comme en témoignent les nombreux cours et les conférences internationales hebdomadaires organisés sur Zoom ainsi que la multiplication des publications en ladino. Résultat : de nombreux spécialistes réajustent leurs prédictions pessimistes sur la vitalité de cet idiome.

Le phénomène ne se résume pas à l’augmentation du nombre de locuteurs et d’apprenants : les confinements successifs et le développement des activités en ligne ont également contribué à resserrer les liens de communautés séparées par des milliers de kilomètres, redonnant ainsi un second souffle à leur langue commune.

Une histoire méditerranéenne

Il suffit de jeter un œil à El Amaneser, un mensuel d’Istanbul exclusivement rédigé en ladino qui paraît depuis 2005, pour constater la forte hausse mondiale des activités liées à cette langue. En réaction à la demande florissante, le journal a décidé de publier chaque mois plusieurs pages d’articles écrits par des lecteurs, juifs ou non, qui apprennent le ladino en ligne. Ces étudiants, d’âges et d’horizons divers, contribuent à bousculer l’idée que cette langue, à l’écrit ou à l’oral, est réservée aux personnes d’un certain âge.

Avant la pandémie, les estimations du nombre de locuteurs du ladino, également connu sous le nom de judéo-espagnol, judesmo, spanyolit et djidio (en Bosnie-Herzégovine), oscillaient entre 60 000 et 400 000 individus. La base de données Ethnologue, qui recense toutes les langues…

[photo : REUTERS/Victor Fraile – lisez l’intégralité de ce billet sur http://www.haaretz.com : https://bit.ly/3kaAyGJ%5D