Arte diffusera le 24 février 2021 « Lotte Eisner – Par amour du cinéma » (Ein Leben für den Film – Lotte Eisner) de Timon Koulmasis. « Sur les traces de Lotte Eisner (1896-1983), historienne du cinéma et critique de films, qui fonda avec Henri Langlois la Cinémathèque française, en 1936 ».  Une « figure éminente du septième art français et allemand ». 

Publié par Véronique Chemla

Lotte Eisner (1896-1983), dont le pseudonyme était Louise Escoffier, « s’est rendue célèbre par son implication passionnée dans le monde du cinéma aussi bien allemand que français ».

Elle est née à Berlin en 1896 dans une famille juive bourgeoise allemande.
Elle conclut ses études à Munich et à Berlin par un doctorat en art et archéologie.
Dès 1927, elle travaille comme critique de théâtre, puis critique de cinéma, notamment pour Film-Kurier, quotidien cinématographique berlinois.

En 1933, quelques mois après l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler, Lotte Eisner fuit les persécutions antisémites nazies et s’installe à Paris où vit sa sœur.

« En 1936, elle fonde avec Henri Langlois la Cinémathèque française, dont l’objectif consiste à sauver de la destruction films, costumes, décors, affiches et autres trésors du septième art ». En fait, Henri Langlois et Georges Franju ont fondé la Cinémathèque, et Lotte Eisner y est recrutée en 1937.

« Alors exilée à Paris en raison de sa confession juive, elle devient un pilier de la scène culturelle de la capitale, où elle met en avant le cinéma allemand ».

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Lotte Eisner se réfugie dans le Lot. Elle est internée dans le camp de Gurs (Pyrénées-Atlantiques).
Après la Libération, elle revient en 1944 à Paris.
En 1945, elle travaille comme conservatrice en chef de la Cinémathèque française. Une fonction qu’elle exerce jusqu’à sa retraite en 1975.
Parallèlement, Lotte Eisner rédige des articles pour des revues de cinéma, en France – La Revue du cinéma, les Cahiers du Cinéma – et en Allemagne : Filmkritik, Filmfaust
« En 1952, paraît en français son premier livre, L’écran démoniaque, consacré à l’expressionnisme allemand » et traduit en allemand en 1955 (Die Dämonische Leinwand). Son oeuvre majeure. Elle y réhabilite le cinéma expressionniste allemand qui s’était développé sous la République de Weimar, mais avait été perçu après la Deuxième Guerre mondiale comme une inspiration esthétique du nazisme, en particulier par Siegfried Kracauer dans son influent De Caligari à Hitler (1947). En vingt chapitres, elle analyse une quarantaine de films de la période 1920-1933, dès le Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene (1920). Elle recourt à des concept-clés pour étudier le cinéma de cette ère (Helldunkel ou clair-obscur, Stimmung, Umwelt, Kammerspiel). Dans sa préface à la traduction anglaise (The Haunted Screen), Lotte Eisner explique le sens qu’elle donne à « démoniaque » : non pas en lien avec les démons, mais en référence à l’étymologie grecque pour signifier, comme Goethe, « qui a trait à la nature des pouvoirs surnaturels ».
Suivront des biographies de réalisateurs qu’elle a connus : F.W. Murnau, Fritz Lang. Des ouvrages de référence.
En novembre 1974, alors que Lotte Eisner et malade, un de ses amis, Werner Herzog, considérant qu’il « ne peut y avoir de cinéma allemand sans elle », décide de marcher de Munich à Paris, deux villes où chacun d’eux se trouve. En trois semaines, il parcourt la distance. Lotte Eisner guérit. En 1978, Herzog publie le journal de son voyage, Sur la route des glaces (Vom Gehen im Eis).
« Ce portrait sensible esquisse les traits de cette figure forte du septième art des deux côtés du Rhin et retrace les étapes les plus importantes de sa vie : ses débuts en tant que critique à Berlin en 1920, sa fuite en France, puis son travail au sein de la Cinémathèque française qui, jusqu’à sa mort en 1983, représentera sa « patrie spirituelle ». »

« Lotte Eisner – Par amour du cinéma » de Timon Koulmasis

Allemagne, 2020
Sur Arte le 24 février 2021 à 22 h 35
Disponible du 23/02/2021 au 25/03/2021
Visuels :
© Ilona Grundmann Filmproduktion/Cinémathèque française
Couverture de l’ouvrage de Lotte H. Eisner, L’Écran démoniaque, influence de Max Reinhardt et de l’expressionisme, Paris, A. Bonne, coll. « Encyclopédie du cinéma », 1952.

Les citations sur les films proviennent d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]