On a tous quelque chose de Serge Gainsbourg

Serge Gainsbourg sur Antenne 2 en 1989.

Trente ans jour pour jour que le décès de Serge Gainsbourg nous était annoncé, à l’âge de soixante-deux ans. Si « le temps ronge l’amour comme l’acide », il n’a pas entamé ma quasi-dévotion pour Serge. Mais dieu que la tâche est difficile de m’atteler à une chronique pour honorer sa mémoire sans la trahir. D’autant plus que cela fait une semaine que je lis des papiers plus intéressants les uns que les autres à son sujet. Notamment, il faut leur rendre justice, un excellent dossier dans Les Inrocks, qui ont déterré une très belle interview accordée par l’artiste en 1989: « En ligne de mire je n’avais pas le bonheur », lit-on en exergue. « Qui peut savoir jusqu’au fond des choses est malheureux », a-t-il écrit dans Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve, chanson écrite pour Jane et qu’il utilisait lorsqu’il s’agissait de mettre son cœur à nu. Cependant, dans cette interview, il se livre (gitanes) sans filtre sur son enfance, ses complexes, ses peines et son succès.

Art mineur, art majeur

Tout le monde se souvient de ce numéro d’anthologie d’Apostrophe et de son engueulade avec Guy Béart, arts majeurs versus arts mineurs. La peinture, la poésie, la musique classique pour Gainsbourg étaient des arts majeurs. Pas la chanson. Faiseur d’art mineur donc, et d’art pour les mineures, car c’est France Gall avec Poupée de cire poupée de son qui le propulsa vers la célébrité, lui qui était si à l’étroit dans son costume de poète maudit Rive Gauche.

Bernanos disait qu’il était resté à jamais fidèle à l’enfant qu’il fut. Serge Gainsbourg resta à jamais fidèle au petit Lucien Ginsburg, cet enfant qui désirait avant tout satisfaire son père, pianiste, et comme lui, on le sait peu, peintre contrarié. Au sujet des leçons de piano que lui imposait son père, il déclare : « J’avais un mouchoir à gauche du clavier car je savais pertinemment qu’à chaque leçon j’allais me faire engueuler. Je faisais une fausse note sur les gammes et… Il avait une voix assez âpre, j’étais blessé et je me mettais à pleurer. Mais c’était un bon professeur. Son ambition était de me faire faire ce que lui voulait faire. De la peinture ».

CQFD. La légende veut que, lors de son exil de la Russie vers la France en Transsibérien, Ginsburg père se fit voler une toile qu’il avait peinte pour une femme aimée. Nul n’ignore que Gainsbourg brûla toutes les siennes. Et plus tard n’eut de cesse que d’offrir ses mots en chansons, tantôt subtils, tantôt déchirants, aux femmes de sa vie.

[Photo : MICHEL GINIES/SIPA – numéro de reportage : 00168315_000012 – lisez l’intégralité de cet article sur http://www.causeur.fr]