La crise sanitaire place les professionnels de santé en première ligne, mais, paradoxalement, les tient aussi à distance d’une grande partie de leur patientèle. Un chercheur en médecine palliative de l’université d’Édimbourg recommande aux professionnels de santé de lire et relire Shakespeare, dont les textes auraient la capacité d’affûter l’empathie…

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Publié par Antoine Oury

Publié dans la revue de la Société royale de médecine britannique, l’article de David Ian Jeffrey part d’un postulat devenu assez commun, avec les années : la littérature et la lecture permettraient, d’une manière générale, de renforcer l’empathie, la capacité à se mettre à la place de quelqu’un d’autre.

Dans une période où les consultations à distance, le port du masque et les gestes-barrières compliquent aussi les relations entre les médecins et leurs patients, Jeffrey affirme que la lecture et l’étude des pièces de William Shakespeare offriraient un supplément d’empathie bienvenu.

La variété des personnages de ses pièces, dans une diversité de caractères et de comportements, serait exemplaire en la matière : « Shakespeare décrit le monde de différents points de vue, en relayant les opinions des personnages, d’une part, mais aussi leurs émotions et leur perspective morale, encourageant ainsi le public à entrer en empathie avec les héros comme les antihéros ».

Oh ! que j’ai souffert — avec ceux que j’ai vus souffrir !

Miranda dans La Tempête (traduction de François-Victor Hugo, 1865)

Les personnages des pièces eux-mêmes font l’expérience de cette salvatrice empathie : Prospero, le héros de La Tempête, « manque d’empathie dans la manière dont il considère très durement Ariel et Caliban, mais, à mesure que le temps passe, il parvient presque à s’identifier à ses ennemis », indique David Ian Jeffrey.

David Ian Jeffrey recommande ainsi aux professionnels de santé de ne pas ignorer leurs émotions, un outil supplémentaire dans la prise de décisions. « Ressentir des émotions permet aux docteurs de se concentrer sur leur tâche et peut guider leurs réponses dans certains contextes. Dans une relation de confiance, le docteur ressent la douleur du patient tout en restant conscient des limites. » Selon Jeffrey, un mélange subtil d’écoute, de réflexion et d’interprétation doit déboucher sur la « distanciation » médicale idéale.

Le contexte de la pandémie mondiale justifierait aussi une attention particulière portée aux textes de Shakespeare, selon le chercheur. En effet, au moment de l’écriture des pièces, la peste frappait régulièrement les villes, notamment les plus grandes, conduisant à des périodes de confinement plus ou moins longues. Or, Shakespeare développait malgré tout des relations de travail et une œuvre fortement marquée par les émotions et les relations, faisant ainsi preuve d’une résilience certaine.

L’article intégral est accessible à cette adresse.

 

[Illustration : CC BY SA 2.0 – source : actualitte.com]