Les événements du “printemps arabe”, couplés à une utilisation de plus en plus importante des réseaux sociaux, ont provoqué le regain de popularité de plusieurs styles musicaux arabes, comme le raï, le chaâbi et le mahraganat.

Capture d’écran de la chanteuse israélienne Eden Ben Zaken, qui danse sur TikTok.

La musique n’a pas de frontières, et ça, TikTok l’a bien compris. Dans un article du quotidien israélien Ha’Aretz, la journaliste Khen Elmaleh explique comment les chansons arabes relayées sur la plateforme de vidéos ont gagné le cœur des Israéliens. C’est le cas notamment du chaâbi (dont le nom signifie “populaire”)un dérivé de la musique arabo-andalouse, et du mahraganat (“festival”), qui est de l’électro égyptienne. Auparavant, ces styles musicaux étaient généralement cantonnés aux événements familiaux, comme les mariages de couples arabes, et pouvaient s’étendre à une poignée de clubs branchés de Tel-Aviv.

https://youtu.be/lLlAxfIvDHo

“C’est un collage musical et visuel qui résume parfaitement le carrefour culturel auquel s’identifient les jeunes Israéliens aujourd’hui”, analyse la journaliste :

Entre les États-Unis et le Moyen-Orient, entre l’arabe et l’anglais, entre l’explosion du hip-hop et les hits arabes, et entre l’une des plus grandes stars du pays et deux vedettes de TikTok issues des milieux américano-libanais.

Ce remix n’est pas le seul qu’apprécie la communauté israélienne. En 2019, la chanteuse Inez fait revivre le titre Menak Wla Meni d’Ibtissam Tiskat. Un mashup qui a rencontré un véritable succès, si bien qu’il a été repris et traduit en hébreu par les artistes Hayotsrim et Doron Azulay. Une vidéo qui compte plus de 2 millions de vues à ce jour, et qui est reprise par de nombreux internautes sur TikTok.

Grâce à TikTok, la musique arabe est beaucoup plus accessible aujourd’hui en Israël. Pour Nadeem Karkabi, professeur en anthropologie à l’université de Haïfa cité par Ha’Aretz, “il est aussi beaucoup plus simple pour les artistes de trouver leur public sans passer par l’intermédiaire des maisons de disques ou de la radio”. Résultat, explique l’universitaire, la scène musicale est aujourd’hui “beaucoup plus démocratique”.

Affinités culturelles

Si la musique arabe rencontre tant de succès en ce moment, fait-il valoir, “cela tient également à certaines affinités culturelles et au fait que les gens ont l’oreille habituée à ce genre de mélodies”.

Ce n’est pas quelque chose d’étranger. On a toujours joué de la musique orientale [aussi appelée] ‘mizrahi’ ici, chez les Palestiniens autant que chez les Mizrahim – les Juifs du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.”

Il existe même, poursuit Nadeem Karkabi, “des traditions liturgiques reprenant des mélodies ou des chansons arabes ‘hébraïsées’ au fil des années, mais qui trouvent leurs origines dans des pays arabes”.

En outre, estime le chercheur, le “printemps arabe” a eu une importante influence sur l’industrie musicale : “L’Occident s’est davantage intéressé aux arts et à la musique arabes, et cet intérêt était indissociable des mouvements de révolte populaire”, raconte-t-il, prenant comme exemple le raï algérien.

C’est quelque chose que l’on peut lier aux processus politiques. Dans les années 1990, les ‘années de paix’, la musique arabe a explosé [en Israël] avec des interprètes comme Zehava Ben, qui chantaient en arabe et se produisaient pour le public palestinien.”

Aujourd’hui, il y a un regain d’intérêt, notamment au sein de la jeune génération qui souhaite se reconnecter au monde arabe. Et pour certains, conclut-il, il s’agit aussi de “renouer avec les lieux d’où leur famille est originaire”.

 

[Source : http://www.courrierinternational.com]