Ce médecin fut assassiné à Medellín, en 1987. Fernando Trueba retrace sa vie dans un beau film, faussement léger. Le récit ensoleillé d’une tragédie colombienne.

Écrit par Jérôme Garcin

Le 25 août 1987, à Medellín, le corps recroquevillé du docteur Héctor Abad Gómez, 66 ans, repose dans une mare de sang. Deux tueurs à moto viennent de le cribler de balles. Il s’apprêtait à prononcer l’éloge funèbre d’un leader syndical, assassiné également en pleine rue par des sicaires à la solde des narcotrafiquants et des paramilitaires. Dans la poche du médecin des pauvres, on retrouva, teinté de rouge vif, un poème attribué à Borges, dont le premier vers est : « Nous voilà devenus l’oubli que nous serons. »

Cette menace d’ingratitude, son fils, Héctor Abad Faciolince, l’a levée en écrivant, vingt ans après le drame, un beau livre hommage : « l’Oubli que nous serons » (Folio, 8,60 euros). C’est le portrait d’un libre penseur qu’on surnommait « l’apôtre des droits humains » et d’un père de famille affectionné. Dans les deux cas, d’un protecteur. Car le docteur Abad était un homme bon, dans la Colombie ultraviolente des années 1980. Un humaniste, dans une mégapole déshumanisée. Un juste, dans une société injuste.

 

[Photo : Nour Films – source : http://www.nouvelobs.com]