« Notre-Dame-des-Fleurs », « Miracle de la rose », « Journal du voleur » et les autres sont publiés dans des versions non expurgées et longtemps restées clandestines.

Écrit par Elisabeth Philippe

Comédien et martyr, marginal et glorifié, Jean Genet, homme-oxymore chez qui les contraires s’accouplent pour engendrer d’étincelantes chimères, clamait crânement : « Je n’ai jamais cherché à faire partie de la littérature française. » Après son théâtre en 2002, voilà pourtant son œuvre romanesque qui paraît dans la Pléiade, temple de la littérature française. Mais c’est presque en contrebande qu’elle y fait son entrée, puisque sont ici publiées, sur papier bible, les versions non expurgées et longtemps clandestines de « Notre-Dame-des-Fleurs », « Miracle de la rose », « Pompes funèbres », « Querelle de Brest » et « Journal du voleur », accompagnées de poèmes et d’un appareil critique minutieux et passionnant établi par Emmanuelle Lambert, Gilles Philippe et Albert Dichy.

Les notes éclairent les variantes d’une édition à l’autre. Lors de la parution initiale des livres de Genet, les coupes ont essentiellement porté sur les passages pornographiques. Dans le texte de « Journal du voleur » publié en 1949, un petit pot de vaseline est ainsi pudiquement suivi de cette apposition : « dont la destination vous est assez connue ». Alors que dans la version qui circulait sous le manteau, aujourd’hui rétablie, on peut lire : « dont la destination était de graisser ma queue et celle de mes amants ».