« La France n’a pas dit son dernier mot » d’Eric Zemmour (Rubempré) relate les coulisses de la vie politique, rassemble les analyses de l’essayiste sur une société française bouleversée par une immigration de masse, les pressions politico-médiatico-intello-universitaires pour la culpabiliser et la rendre honteuse de son Histoire. Un livre intéressant parsemé d’annotations personnelles et porteur d’espoirs articulés autour de quatre thèmes débutant par un « I » : « Immigration », « Industrialisation », « Instruction », « Identité ».

Publié par Véronique Chemla

C’est donc le livre que l’éditeur Albin Michel avait refusé de publier… sans l’avoir lu ?! En le parcourant, on peine à en saisir la raison. En tout cas, cet éditeur a raté un succès de librairie.
La lecture de « La France n’a pas dit son dernier mot » du journaliste politique et essayiste Eric Zemmour laisse penser que l’auteur est en train de tourner une page de sa vie.
Cet ouvrage s’avère un quasi-bilan de sa carrière, initiée dans les années 1980, d’observateur de la vie politique française, surtout parisienne, et un résumé dense de ses analyses sur les bouleversements de la société française en quelques décennies (Le Suicide français, 2014).
L’auteur ne cache pas s’être inspiré de « Choses vues » de Victor Hugo. Il révèle des « choses vues, choses entendues, choses sues, longtemps tues. Trop longtemps tues ».
De 2006 à 2020, Eric Zemmour s’empare d’un évènement pour en analyser la signification et la portée. Exemples culturels. « La dernière séance – 20 juillet 2006 » : le décès de Gérard Oury, « le grand réconciliateur ». « Gastrite coloniale – 14 septembre 2006 » : réalisateur d’Indigènes, Rachid Bouchareb  « ne s’appropriait pas l’histoire de France pour devenir français ; il imposait son histoire aux Français ». « Omar, l’intouchable – 2 novembre 2011 » : « Intouchables » d’Olivier Nakache et Éric Toledano est une « parabole sur l’Europe riche, mais paralysée, physiquement et moralement, [qui] trouvera son salut si elle s’abandonne aux mains de l’Afrique », « la régénération de la race décadente par la race dynamique ». Certes, mais c’est oublier que les auteurs ont remplacé l’aide-soignant arabe du fait réel qui a inspiré le film, par un « homme noir ». Ce qui est révélateur. Tout comme le choix de présenter la « Française de souche » comme homosexuelle. « Qu’est-ce qu’ils ont fait au bon Dieu ! – 16 avril 2014 » : « Les Français sont représentés par les parents qui portent les stigmates de la vieillerie désuète, un brin ridicule, en tout cas dépassée… C’est le génie et le rôle historique du cinéma contemporain : enterrer la civilisation française et européenne sans fleurs ni couronnes ; entériner le « grand remplacement » dans la joie et la bonne humeur ». Certes, mais la suite « Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ? » (2019) démontre que les parents parviennent à trouver des emplois valorisants à leurs quatre gendres, et ce, à proximité de leur domicile. Une justification au titre… du livre.
L’auteur pourfend le « politiquement correct » au « caractère totalitaire et liberticide pour qu’il n’y ait plus de retour en arrière ».
Sur les politiciens, Eric Zemmour porte un regard aigu. Pas cynique. Mais désabusé. Sa galerie des portraits révèle une droite ayant accepté la supériorité intellectuelle et morale de la « Gôche » et une classe politique généralement moins que médiocre. Xavier Bertrand ? conscient de n’avoir pas le niveau » pour postuler à la fonction présidentielle – « La présidentielle, ce n’est pas un examen, c’est un concours. C’est le niveau des autres qui compte » -. Julien Dray décrit en brillant stratège imposant en 2006 au Parti socialiste Ségolène Royal, qui « ne vend rien d’autre que sa « féminité ». Nicolas Sarkozy, « resté adolescent amoureux de l’amour », apparait incapable de déplaire à la gauche.
Les journalistes ? Claire Chazal se montre timorée face à François Bayrou « vitupérant contre les médias ». Après l’attentat terroriste islamiste contre la rédaction de Charlie hebdo en 2015, Léa Salamé déclare à son confrère : « Charlie te donne raison sur tout ! Ça me troue le cul quand même ! »
Fausse candeur de ce journaliste expérimenté ? Alors qu’il croit à la sincérité du discours nationaliste de Nicolas Sarkozy en 2007, Alain Minc, adepte de la « mondialisation heureuse », lui prédit, avec justesse, que ce candidat une fois élu président de la République fera adopter « par le Parlement le mini-traité institutionnel sur l’Europe ». Ce qui aurait laissé pantois Eric Zemmour. Or, « alors que le débat sur le référendum de 2005 était toujours vif en France, Nicolas Sarkozy a fait de ce sujet l’un de ses arguments de campagne présidentielle en 2007. Il parlait alors de « traité simplifié » ou de « mini-traité ». Il n’était plus question de Constitution. Pendant sa campagne le candidat a affirmé sans ambiguïté qu’il ne passerait pas par un référendum pour faire adopter ce nouveau traité. Une fois élu (avec 19 millions de voix, soit 53,06 % des suffrages), il a appliqué ce point de son programme ».
Eric Zemmour perçoit dans la culpabilisation de la France, une arme létale. Le procès Papon lui semble une manipulation de l’Histoire – « l’article 3 de la convention d’armistice » signée par la France vaincue « prévoyait que la police française pouvait être réquisitionnée à tout moment par les autorités allemandes – ayant pour conséquence d’atténuer la responsabilité de l’Allemagne au détriment de la France et celle du « régime du maréchal Pétain… [qui] ne serait donc responsable que de complicité d’arrestation et de séquestration ? C’était bien peu pour un régime aussi criminel ».
Comment l’idée de se présenter à l’élection présidentielle est-elle venue à ce lecteur amateur de débats d’idées ? Par l’encouragement notamment d’amis, du maire Robert Ménard. Et surtout, faute de politiciens exprimant ses idées, par conscience douloureuse des enjeux essentiels, vitaux, de l’urgence à réagir pour redresser une France en déclins et d’une conjoncture inédite : « On n’est plus en 1988. On ne gagne plus au centre. Il y a une attente de fermeté et de conviction. Et même de radicalité… Aucun candidat – même Marine Le Pen – n’osera imposer cette querelle identitaire et civilisationnelle au cœur de la campagne ».
Le programme d’Eric Zemmour s’articulerait autour de quatre thèmes débutant par un « I » : « Immigration », « Industrialisation », « Instruction », « Identité ».

 

Manque dans ce livre un index des noms cités.
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Certains médias, notamment ceux communautaires, n’ont pas recensé le livre.
D’autres ont invité Eric Zemmour pour l’interroger sur l’actualité politique et son éventuelle candidature à l’élection présidentielle de 2022.
Beaucoup ont focalisé sur le passage gênant concernant Mohamed Merah et trois de ses victimes, Jonathan Sandler, et ses deux fils, Arié et Gabriel, sans relever l’erreur factuelle – Merah a été enterré en 2012 près de Toulouse, et pas en Algérie.

Le 15 septembre 2021, Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a précisé que, si les « victimes de l’attentat antisémite d’Otzar Hatorah ont été enterrées à Jérusalem, c’est en tant que Français juifs, parce que nous savons tous combien ces stèles sont dégradées, donc il s’agissait là de protéger les sépultures de ces Français juifs, victimes du terrorisme islamiste (…) au-delà de ça, Zemmour, c’est aussi celui qui veut réhabiliter Pétain. Il s’inscrit dans une continuité, il a choisit un camps. »

Et Francis Kalifat a exhorté en vue de l’élection présidentielle en avril 2022: « Si demain il venait à déclarer sa candidature, il est évident que nous devons faire barrage, et pas une voix, pas une voix juive en tous cas ne doit aller sur le candidat potentiel Eric Zemmour. »

Les mêmes qui s’en indignent – notamment les dirigeants d’organisations juives françaises – sont demeurés silencieux quand, le jour de Kippour, le 16 septembre 2021, Charline Vanhoenacker, journaliste sur France Inter, a hitlérisé, impunément, son confrère, en dessinant la moustache du führer sur une affiche d’Eric Zemmour – « un petit jeu à faire, très simple », a-t-elle allégué.

Ce même jour de Kippour, dans une synagogue parisienne, selon Actualité juive, Sylvain Maillard, député La République en marche (LREM), a tenu des propos politiques en présence d’Eric Zemmour dont il a fustigé certaines propositions.
Selon les chiffres de l’institut GfK cités par Paris Match (22 septembre 2021), cet ouvrage s’est vendu à 78 851 exemplaires en une semaine. À comparer avec « Une femme française » livre d’Anne Hidalgo, candidate socialiste à la fonction présidentielle et maire de Paris, publié le même jour et dont le nombre d’exemplaires vendus est inférieur à mille. Distribué par Interforum, « filiale du géant de l’édition Editis qui appartient au groupe Vivendi, contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré, à l’instar de CNews, la chaîne qui avait accueilli Zemmour comme chroniqueur quotidien », cet ouvrage aurait bénéficié d’« une mise en place de 150 000 exemplaires ».
Les conférences d’Eric Zemmour, suivies de séances de dédicaces, ont attiré un vaste public, en province et à Paris.
Ces succès révèlent l’attente parmi les Français que des thèmes interdits par le « politiquement correct » soient abordés sans les déconnectés de la réalité et d’un « homme providentiel » pour redresser la France en déclins.

Le 24 septembre 2021, je postais sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, mon analyse du débat télévisé entre Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, LFI) et Eric Zemmour :

« #DebatBFMTV 1/3 @ZemmourEric a pris le dessus dès le début par l’humour, ses talents oratoires, sa maîtrise des sujets, sa finesse tactique et son expérience de débatteur ✌️. Il a souligné les contradictions @JLMelenchon. Il a prouvé que son humeur n’était pas entamée par les photos de @ParisMatch
#DebatBFMTV 2/3 @JLMelenchon a raté son débat. Il est déjà sur la sellette de LFI. Il a cité un épisode biblique pour évoquer un massacre commis par les Hébreux. #Antisémitisme. Il a racolé le « vote halal ». Il a été agressif, stigmatisé @ZemmourEric, esquissé un projet irréaliste
#DebatBFMTV 3/3 Les deux journalistes et la « factcheckeuse » @BFMTV se sont ridiculisés : formulation partiale de questions, ignorance du rapport parlementaire sur la fraude sociale, etc. La gauche est foutue : EELV et LFI vont éclater. Restent des socialistes Macron-compatibles
#DebatBFMTV @ZemmourEric a ringardisé les candidats, notamment ceux de @lesRepublicains « politiquement corrects » et au passé contraire à leurs dires présents. Il a crevé l’écran : sincère, crédible, déterminé, en empathie avec les Français. Une parole libre sur la #Libanisation future de la France ».

Sur Facebook, Nathalie Beizermann, présidente de la Commission Femmes dans la cité au sein du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), m’a répondu : « Sa connaissance des sujets ?? C est une blague. Il a dit n’importe quoi sur l’économie ! De la poudre aux yeux avec des citations historiques et du populisme sur le sujet de l immigration. »

Je lui ai répondu : « Vous n’étayez vos allégations par aucun argument. »
Nathalie Beizermann m’a répondu : « Lorsqu’il a évoqué la balance des paiements, rien ne vous a choquée, Madame ? Mais avant cela, vous n’êtes pas choquée non plus par sa falsification de l’histoire ? »
Je lui ai répliqué : « 1. Je ne me souviens pas de ce qu’il a dit sur la Balance des paiements. 2. Vous procédez par énigme et par allégation. 3. Je ne partage pas l’opinion d’Eric Zemmour sur le rôle de Pétain, si c’est la « falsification de l’Histoire » que vous évoquez. 4. Qu’avez-vous dit sur la falsification de l’Histoire par le PR Emmanuel Macron dressant un parallèle entre la Shoah et la guerre d’Algérie ? 5. Qu’avez-vous dit quand une « journaliste » a hitlérisé Eric Zemmour, en dessinant une moustache noire sur une affiche ? 5. Pourquoi éludez-vous ce qu’il a dit sur la libanisation de la France, sur le djihad par émeutes, saccages et razzias, sur une immigration non contrôlée par la France, etc. ? »
Nathalie Beizermann m’a écrit : « Il dit des évidences sur l’immigration, c’est son fond de commerce. Il ne faut pas qu’il aille sur d’autres sujets, il ne les maîtrise pas. Pour la journaliste qu’il l’hitlerise : il faut la condamner bien sûr .. quant aux déclarations de Macron (je ne suis pas macroniste et qui vous dit qu’elles ne m’ont pas choquée ainsi que d’autres postures) ce n’est pas le sujet ! Sur le parallèle entre Jonathan Sandler, Gabriel et Arie, la petite Monsonego et son assassin : ça ne vous gêne pas non plus ? Mais j’argumente pour rien en fait .. vous me semblez déjà convaincue. J’aurai pu être tentée par ses dénonciations des politiques migratoires actuelles et passées .. mais c’en est trop de ses autres déclarations Ma conscience juive m’a rattrapée. Bonne chance. »
Je lui ai indiqué : « 1. Vous êtes membre du Crif. Qu’a dit le Crif sur l’hitlérisation d’Eric Zemmour ou le négationnisme du PR Emmanuel Macron ? 2. Le Crif ne dit pas ces « évidences sur l’immigration ». Pourquoi ? C’est risqué, ce n’est pas « politiquement correct » ? 3. J’ai écrit à Eric Zemmour sur ce parallèle choquant, infondé, et basé sur des allégations fausses. 4. Vous choisissez partialement ce qui vous arrange de taire ou non, les sujets « politiquement corrects » sur lesquels vous vous exprimez sans risque, et les autres que vous éludez. 5. Votre « conscience juive » me semble à géométrie variable (cf. supra). 6. Vous refusez le dialogue sur des sujets qui intéressent les Français, notamment nos coreligionnaires, n’argumentez pas, restez sur le terrain uniquement émotionnel… Comme le Crif dont vous êtes membre, vous n’êtes donc plus audible par des Français juifs lambda. C’est triste. »
Nathalie Beizermann a  répondu : « Mais oui le CRIF bashing maintenant !
Je lui ai rappelé : « 1. Vous indiquez dans votre page Facebook votre appartenance au CRIF, et vous en tenez compte dans vos positions publiques. A-t-on le droit de critiquer le CRIF ? 2. Sur CNews, ce samedi 25 septembre 2021 vers 20 h 30, Alain Finkielkraut a expliqué qu’Eric Zemmour avait dit la réalité, en cassant le « politiquement correct » imposé aussi par des journalistes. Il a aussi dit son désaccord avec l’éditorialiste sur la définition de nation : il a défendu l’honneur inhérent selon lui à l’idée de nation et défendue par Péguy, alors qu’Eric Zemmour considère que seul l’intérêt doit guider la nation. 3. Vous n’argumentez jamais. Pire, vous refusez le dialogue, le débat qui est propre à la démocratie. »

Le 26 septembre 2021, Me Ariel Goldmann, président du Fonds social juif unifié (FSJU), a twitté – son compte s’appelle « Ariel Goldmann #vacciné » – un article indiquant que l’essayiste « veut abolir les lois contre les injures et actes racistes » : « @ZemmourEric ⁩ « vous m’avez fait honte » !!!  Oui, j’ai honte à l’idée d’appartenir à la même religion que vous #zemmour ! J’espère simplement que vous ne serez pas en capacité de vous présenter à la #presidentielle2022 ». Un auteur a obtenu en 2015 la condamnation judiciaire du FSJU pour contrefaçons (plagiats) ; il n’a pas dit avoir honte « à l’idée d’appartenir à la même religion que lui. »

Il est choquant et injustifié que certains traitent Eric Zemmour de « peste brune » (Jean-Marc Borello), de « virus » (Laurent Ruquier) ou d’être « dangereux », en plus d’épithètes péjoratifs : « fasciste », « raciste », « sexiste », « islamophobe »… L’Histoire a montré que chosifier un être humain et le diffamer relèvent de régimes autoritaires, voire totalitaires tel le nazisme envers les Juifs. Espérons que le débat suscité par les idées d’Eric Zemmour se poursuive avec respect, argument contre argument.
Le journaliste a aussi été évoqué le 5 octobre 2021 lors du débat au Sénat préludant à l’adoption d’une résolution non contraignante reprenant la « définition opérationnelle de l’antisémitisme » de l’IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). « Le sénateur socialiste, Rachid Temal a indiqué « avoir mal à (s)a France » lorsqu’il entend « certains élus de la République courir après un polémiste révisionniste ou refuser de le condamner ». L’Assemblée nationale avait adopté en 2019 une résolution similaire.

Le 7 octobre 2021, sur Instagram, l’humoriste Gaëtan Matis a écrit : « Si j’avais une machine à voyager dans le temps, je bookerai (sic) le Bataclan pour la soirée du 13 novembre afin d’y organiser une soirée rencontre entre Éric Zemmour et son public. » Le 9 octobre 2021, le théâtre Le Point-Virgule a annoncé avoir annulé les spectacles de cet humoriste prévus les dimanche 10 et lundi 11 octobre 2021, « en raison des « menaces, insultes, violences verbales subies » par ses équipes« .

Eric Zemmour a twitté le 9 octobre 2021 : « Cet humoriste, ami de Yassine Belattar, souhaite le massacre par des djihadistes de tous ceux qui me soutiennent. De quel côté est la violence ? #ZemmourBataclan #GaetanMatis ». Gaëtan Matis a écrit sa « p’tite mise au point » : « Il semblerait que j’ai écrit une blague qui m’a légèrement dépassé… Je tiens à présenter mes excuses aux victimes des attentats et de leurs familles. Je prends acte que cette vanne était de mauvais goût. Je ne souhaite la mort de personne, et je ne lancerai aucun appel à la violence contre quiconque. Je ne connais pas personnellement de djihadiste, et je n’ai pas de machine à voyager dans le temps ».
La stigmatisation d’Eric Zemmour vise notamment à influer sur les élus tentés de lui accorder leur parrainage – pour pouvoir se présenter au premier tour de l’élection présidentielle, un candidat doit convaincre 500 édiles, « d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer différents, sans dépasser un dixième, soit 50 pour un même département ou une même collectivité », à le « présenter », à signer en sa faveur – s’il se présente à celle de 2022.

Le 11 octobre 2021, sur Sud Radio, Eric Zemmour a expliqué que le CRIF alimentait le stéréotype antisémite du pouvoir directif des Juifs et que des intellectuels juifs français de gauche voulaient imposer leur conception du judaïsme (« générosité » envers les « migrants »). Eric Zemmour a aussi excipé de sa popularité, jugée supérieure à celle de Francis Kalifat, dans sa synagogue. Sur i24news, Gil Taieb, vice-président du Crif, a tenté, mais sur un ton agressif, de nuancer ces propos.

Le 11 octobre 2021, sur CNews, l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté « s’est agacé des qualificatifs visant [Eric Zemmour] et accusé la gauche de diaboliser le polémiste pour éviter la confrontation des idées. Il est aussi revenu sur le message de Gaëtan Matis qui avait souhaité par écrit rassembler Eric Zemmour et ses partisans au Bataclan un soir de 13 novembre 2015 : « Le jour où il y aura une agression physique contre Eric Zemmour, toute une armée de gens expliqueront qu’il l’a bien cherché et qu’il a provoqué cette haine contre lui ».

« Charlotte d’Ornellas a expliqué pourquoi l’ancien intervenant de Christine Kelly risquait de mettre en péril ses adversaires politiques et médiatiques dans cette campagne présidentielle : « Leur diabolisation permanente va se retourner contre eux car Eric Zemmour la refuse depuis vingt ans. Ils prennent les gens entre la tyrannie et la culpabilisation, mais lui repousse cette diabolisation ».

Le 12 octobre 2021, Francis Kalifat a répondu à Eric Zemmour :

« Lundi, l’essayiste Eric Zemmour a tenu des propos diffamatoires et insultants à l’encontre du président du Crif, Francis Kalifat. Il réagit.
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est condamner celui qui fait de l’assassin terroriste de Toulouse l’égal de ses victimes,
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est dénoncer celui qui veut abroger les lois mémorielles Pleben et Gayssot …refaisant de l’antisémitisme et du racisme une opinion et non plus un délit en offrant ainsi la parfaite impunité aux Dieudonné, Soral et autres antisémites et négationnistes,
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est rejeter avec force celui qui veut réhabiliter Pétain et l’absoudre de ses crimes,
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est être révolté par celui qui accuse la justice française d’avoir fait un procès politique à Maurice Papon qui, de 1942 à 1944, en qualité de secrétaire général de la préfecture de la Gironde chargé des « questions juives », a supervisé l’arrestation puis la déportation de près 1 600 Juifs vivant dans la région, dont la plupart ont été assassinés à Auschwitz,
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est refuser que l’on réduise à néant le long combat de Serge Klarsfeld et des associations d’anciens déportés en dénonçant la déclaration historique de Jacques Chirac au Vel d’Hiv en 1995, qui reconnaissait (enfin) la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France,
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est être horrifié en pensant à son dîner avec la fille d’un haut dignitaire nazi, ministre des Affaires étrangères d’Hitler,
Si être l’idiot utile de l’antisémitisme c’est, pour une fois, être d’accord avec Jean Marie Le Pen, qui fait de lui son fils spirituel et son héritier politique,
Alors que dire d’Éric Zemmour ?
Sinon qu’il est non pas l’idiot utile, mais bien le Juif utile et le nouveau chef de file du révisionnisme dans notre pays. »
Outre des dirigeants communautaires, des personnalités médiatiques, intellectuelles ou du monde économique, sont intervenues pour stigmatiser Eric Zemmour.

Le 12 octobre 2021, lors de la soirée de gala de la Fondation Casip-Cojasor, la journaliste Anne Sinclair a déclaré : « Je veux dire ma honte qu’une partie infime de la communauté suit Éric Zemmour. ». La journaliste n’a pas trouvé de mots assez durs pour dire son sentiment de rejet face à Zemmour, qui se répand en propos détestables « pour se faire bien voir de l’extrême droite ». « Mon grand père, monsieur Zemmour, était français » quand on l’a déporté avec 1000 notables. « Tous les enfants déportés en juillet 42 étaient nés en France, ils étaient français, monsieur Zemmour », a-t-elle martelé. « Contre un discours qui nous salit tous ». Il s’agissait d’un dîner unitaire, pour collecter des fonds en faveur d’actions sociales. Prononcer un discours politique, diviseur, semble peu courtois, et instrumentaliser une soirée caritative à des fins partiales peu poli.

Plusieurs fois par semaine, Bernard Abouaf, directeur de Radio Chalom, a interviewé, partialement, un invité sur Eric Zemmour. Le 13 octobre 2021, sur Radio Chalom, l’historien expert de la Russie ainsi que de géopolitique Alexandre Adler a loué l’alliance avec l’Arabie saoudite (« Béni soit Ismaël… Nous sommes alliés à l’Arabie saoudite »). Il a évoqué la vie privée d’Eric Zemmour, « gibier de psychanalyse », « de petite taille », « dominé par les femmes », « à l' »oncle torturé par le FLN », au père membre de l’OAS ». Il s’agissait sur cette radio « d’empêcher Eric Zemmour sans l’attaquer, ni ses compagnes successives ». Il a envisagé un herem (exclusion de la communauté juive prévue par la Torah, Ndlr) visant l’essayiste. Une procédure judaïque cruelle rarissime. Et qui serait prononcé par qui ? Le grand rabbin de France Haïm Korsia, proche du président de la République Emmanuel Macron ? L’un des derniers herems a visé au XVIIe siècle le philosophe Baruch Spinoza. Un herem alors judaïque et politique.

Le 13 octobre 2021, le philosophe Bernard-Henri Lévy a twitté sa chronique de son Bloc-notes dans Le Point (12 octobre 2021):

« Hélas, oui, #EricZemmour est Juif. Tout le monde y pense, mais personne ne le dit. Divine surprise pour les anciens et nouveaux antisémites ! Mais, surtout, trahison du legs juif à la France dans ce qu’il a de plus beau : espérance, hospitalité et grandeur ».

Le 14 octobre 2021, dans l’émission L’Heure des Pros de Pascal Praud sur CNews, Eric Zemmour s’est défendu en attaquant Bernard-Henri Lévy. Il a « jugé dignes du registre de « la presse antisémite d’avant-guerre ». Il a accusé Bernard Henri-Lévy d’être « la figure absolue du traître », « un traître à la France » et le « plus grand fabricant d’antisémitisme au monde ». Et ce, depuis qu’il a écrit « L’Idéologie française », paru en 1981, étudiant les discours de la droite et la gauche radicales qui produiraient du fascisme. Ce livre est un véritable « scandale », selon Eric Zemmour.
« Pour l’ex-chroniqueur star de Face à l’info sur CNews, l’universalisme de l’écrivain « n’est que le paravent du communautarisme ». Il a poursuivi : « Son engagement est toujours contre la France », qualifiant au passage BHL d’être un « Malraux de carnaval qui veut faire sa guerre d’Espagne tous les deux ans ». Concernant les engagements internationaux du philosophe, Eric Zemmour s’est montré tranchant : « À chaque fois qu’il va sauver tel ou tel peuple et se montrer sur les écrans, ça se retourne contre nous », rappelant en effet que la France « reçoit les migrants » de ces pays-là. « Ce n’est pas Monsieur Bernard-Henri Lévy qui est attaqué par des migrants, qui est violé par des migrants et qui subit (la présence) des trafiquants de crack en bas de chez lui », a terminé Eric Zemmour ».
Le 15 octobre 2021, dans l’émission L’Heure des Pros de Pascal Praud sur CNews, Bernard-Henri Lévy a répondu : « Ça fait un drôle d’effet cela dit, franchement, quand un candidat à la présidence de la République, parce que c’est quand même ça, vous désigne publiquement comme le traître absolu. C’est quand même très étrange ».
« Ça veut dire qu’il y a aujourd’hui un candidat, qui a dans sa tête ou dans sa poche, une liste de traîtres, absolue ou par excellence… Qu’est-ce que ça donne, ça, dans l’hypothèse où le candidat en question viendrait à l’emporter, qu’est-ce qu’on fait des traîtres, comment est-ce qu’on les traite ? Qu’est-ce qu’on fait avec un traître absolu, un traître à la Nation ? », s’est interrogé Bernard-Henri Lévy, piqué au vif par les propos d’Eric Zemmour à son encontre. « C’est une accusation très grave pour quelqu’un qui prétend à la magistrature suprême », a-t-il ajouté.
« Admettons que ce soit un mot de polémiste, admettons que ce soit pour le débat », a suggéré Pascal Praud. Ce à quoi Bernard-Henri Lévy a répondu : « Pascal Praud, j’ai écouté votre émission hier, comme souvent d’ailleurs, il l’a répété plusieurs fois, avec une insistance étrange, violente, cruelle, c’était pas un mot de polémiste, c’était un mot calculé ».
« Et j’ai déjà été traité ainsi il y a de nombreuses années par Jean-Marie Le Pen, et peut-être par Marine Le Pen, ça, il faudrait que je le vérifie. Non, non, non, ce n’était pas un propos lancé, c’est comme tout ce qu’il dit en ce moment, il faut lui faire ce crédit, c’était un mot calculé, c’était un mot de campagne », a conclu le philosophe.
Aucune de ces personnalités invectivant Eric Zemmour n’a répondu à ses thèses. Le « débat » se focalisant sur ce que peut/doit dire un Français juif en fonction de la conception du judaïsme et de la francité de la part du locuteur.
La « Gauche caviar » juive française contre un coreligionnaire de droite. À la fin des années 1970, François Mitterrand, alors candidat socialiste puis élu en 1981 président de la République, avait capté, avec l’aide de conseillers et proches, le « vote juif ». Le Parti socialiste a conservé au moins lors des décennies 1980 et 1990 ce « vote juif ». Mais dès septembre 2000, lors de la recrudescence du nombre d’actes antisémites, le président de la République, alors Jacques Chirac, et le gouvernement dirigé par le socialiste Lionel Jospin ont nié la réalité, puis minoré, et enfin mis dos-à-dos agresseurs et agressés, voire justifié cette violence unilatérale venant principalement de milieux issu de l’immigration musulmane. Les électeurs juifs se sont alors éloignés de cette « Gôche ». Un glissement vers la droite caractéristique aussi de leurs concitoyens non-juifs. Déconnectée de la réalité – spoliations de Français juifs, etc. -, cette « Gôche », excipant et voulant imposer sa définition de la judéité et du judaïsme ainsi que d’un Français juif, veut les garder captifs, otages d’enjeux ou d’intérêts privés.
Au lieu d’unifier, cette campagne haineuse savamment orchestrée s’avère déplorable et dangereuse. Une instrumentalisation politique, cynique, du judaïsme et des Français juifs, notamment de leurs organisations. Des postures morales partiales au détriment du débat fondé sur des arguments. Une alimentation involontaire, dangereuse de la haine.
Les Français juifs sont divisés, comme leurs concitoyens non-juifs. Leur degré d’adhésion aux analyses de l’essayiste s’avère variable. Les organisations juives françaises ont perdu depuis le déclenchement de l’Intifada II et la recrudescence des actes antisémites la confiance de leurs coreligionnaires lambda. D’où la rareté des rassemblements à l’initiative de ces organisations.
Le pouvoir politique respecte ces organisations, et donc les Français juifs, dans la mesure où ces organisations disposent de « bataillons » à leur écoute.
En acceptant d’entrer dans ce jeu politique dangereux et de stigmatiser Eric Zemmour visé par des menaces de mort, ils risquent d’une part d’attiser la haine, et, d’autre part, de se couper définitivement de leur base, et de ne plus représenter le moindre intérêt pour le pouvoir politique. Celui-ci en tirera toutes les conséquences et les « jettera après usage », après les avoir manipulés. Cette cassure aura des effets dramatiques pour les Français juifs lambdas et signera l’arrêt de mort de ces organisations « coquilles vides ». Et ce, alors que tout le monde a conscience des enjeux existentiels de la France et de ses citoyens juifs.
Le mieux serait donc que ces organisations s’écartent de ce champs politique miné. Sinon, elles prendraient la responsabilité politique, morale, historique de l’explosion de la communauté juives française forte d’environ 450 00 âmes.
Ancienne conseillère sur les Communautés religieuses auprès du Président Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, Dominique Lunel m’a confié le 13 octobre 2021 : les dirigeants d’organisations juives françaises « doivent avoir une vision réaliste et protectrice pour la communauté face aux défis qui arrivent pour la France, et pas une vision uniquement politicienne qui est forcément restreinte ».

Eric Zemmour, « La France n’a pas dit son dernier mot ». Rubempré, 2021. 352 pages. ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2957930500

 

[Source : http://www.veroniquechemla.info]