La langue française regorge d’expressions proscrites par les parangons de la bonne éducation.

 

Écrit par Maguelonne de Gestas

Qu’est-ce que la politesse? Pour en comprendre ses principes, il faut, selon Schopenhauer, nous comparer à des porcs-épics. Afin d’avoir chaud ensemble, ces derniers ne doivent être ni trop près, ni trop loin, comme le relate Jean Pruvost dans La Politesse, Au fil des mots et de l’histoire (Tallandier, 2022). Ainsi de ces petites formules de politesse, qui, selon les parangons de la bonne éducation, nuisent à l’harmonie d’une vie en société. Ce sont «les bonnes manières», qui énoncent «ce qui se dit» et «ce qui ne se dit pas». Si elles font montre de sévérité, elles sont surtout divertissantes. Particulièrement quand on peut les transgresser. «Bon appétit », «je m’excuse », «enchanté »… La rédaction vous propose de redécouvrir en une série d’articles l’histoire de ces formules orales désapprouvées par le savoir-vivre. Cette semaine, revenons sur l’expression «au plaisir».

Une expression «petite-bourgeoise»

Pourquoi donc «au plaisir» ne serait pas courtois? Cette formule s’emploie en guise «d’au revoir», lorsqu’on veut signifier à son interlocuteur que l’on espère le voir bientôt. Le «plaisir» nous vient de l’ancien français plaisir, qui signifiait «plaire», du latin placere, «être agréable, agréer». Jusqu’ici, rien ne semble justifier l’opprobre lancé sur notre formule. Elle est pourtant qualifiée de «familière» par le Larousse, qui en donne la définition suivante: «formule lorsqu’on quitte quelqu’un», sans d’autres informations. Le Trésor de la langue française est plus prolixe. Selon lui, cette expression pour prendre congé est «considérée, de nos jours, comme petite-bourgeoise ou populaire, en tout cas peu distinguée».

Que reproche-t-on à ces trois mots qui semblent inoffensifs? Simplement leur forme abrégée. «Au plaisir» est l’ellipse d’«au plaisir de te, vous voir, revoir». Une abréviation est toujours moins courtoise que la phrase dans son entièreté, comme c’est le cas pour «enchanté» ou «respects», deux formules que la bienséance voit d’un mauvais œil. Voilà pourquoi elle énonce de préférer: «à bientôt, avec plaisir», ou «je vous reverrai avec plaisir», ou encore, si l’on y tient, «au plaisir de vous revoir».

Notons l’expression «à plaisir», dont le sens n’a rien à voir avec sa cousine. Elle veut dire: «selon les impulsions, sans se limiter». On l’utilise dans des phrases comme: «il se lamente à plaisir». Que l’on se rassure, personne n’a encore trouvé à redire pour celle-ci. Jusqu’à ce que…

 

[Photo : Bridgeman Images – source : http://www.lefigaro.fr]