Au Maroc, l’homosexualité reste punie pénalement, et la société est encore très loin d’accepter la liberté sexuelle et de genre. L’annonce du ministère de la Culture marocain d’interdire le livre Mémoires d’une lesbienne, de Fatima Zahra Amzkar, au sein du Salon international de l’Édition et du livre (SIEL) de Rabat, en est une nouvelle illustration.

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Publié par Antoine Oury

Depuis plusieurs semaines, l’autrice Fatima Zahra Amzkar et la maison d’édition Dar Agora préparaient la présentation de l’ouvrage Mémoires d’une lesbienne au Salon international de l’Édition et du livre (SIEL), un des événements littéraires les plus importants du pays. Une séance de dédicaces avait été annoncée : le roman aborde notamment le poids social de l’homosexualité au Maroc, où les autorités et une partie de la population considèrent l’homosexualité immorale, à travers le parcours d’une jeune lesbienne.

Le titre avait pour objectif, selon l’autrice, de rectifier des idées reçues sur l’homosexualité, mais aussi d’évoquer le rapport de la société marocaine à la sexualité, au mariage et aux droits des femmes.

Passible de 6 mois à 3 ans d’emprisonnement, assortis d’une amende, l’homosexualité est punie par l’article 489 du Code pénal marocain. Les personnes homosexuelles subissent également tous types de discriminations — ces dernières n’étant bien sûr pas interdites par la loi — ainsi qu’un regard de la société particulièrement réprobateur.

Fatima Zahra Amzkar et son livre en ont d’ailleurs été les victimes, peu après l’annonce de la séance de dédicaces. Sur les réseaux sociaux, un mot d’ordre a circulé, appelant à boycotter le SIEL et menaçant l’autrice comme sa maison d’édition. S’exprimant auprès du Site Info, Fatima Zahra Amzkar a assuré avoir reçu plus d’une centaine de menaces de mort.

Le ministère de la Culture marocain a tenté de justifier l’interdiction du livre en indiquant que ce dernier n’avait pas été validé par les autorités, ce que dément l’autrice : « Il n’a été retiré qu’après la campagne de haine dont j’ai été la cible », indique-t-elle.

Ministère de la censure

Décidé la veille de l’ouverture du Salon international de l’Édition et du livre, qui se déroule du 2 au 12 juin, le retrait de l’ouvrage a été vivement critiqué à l’international. Pour l’organisation PEN America, il s’agit d’une « violation de la liberté d’expression et de la liberté artistique de Fatima Zahra Amzkar, mais aussi d’un déni du droit à l’égalité et à la dignité des personnes LGBTQ+ », selon les mots de Liesl Gerntholtz, directrice du Centre pour la liberté des écrivains PEN/Barbey.

L’aspect soudain de la décision n’a pas permis à l’autrice et à la maison d’édition de la contester, mais l’autrice a annoncé saisir la justice pour les menaces de mort qui lui ont été adressées.

Selon la maison d’édition Dar Agora, « [l]e ministère de la Culture a demandé un rapport préliminaire sur le livre afin de statuer sur sa présence lors du SIEL. Nous n’avons aucune visibilité sur le moment où la décision finale sera prise. »

La diplomatie française n’a pas réagi au retrait de l’ouvrage, et a inauguré le salon comme à l’accoutumée…

 

[via Morocco World NewsMedias24 – reproduit sur actualitte.com]