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Le Brésil fut officiellement découvert par le Portugais Cabral assisté de son pilote juif, le Marrane Gaspar de Gama en 1500. D’autres sources affirment qu’un autre Marrane les avait précédé en 1497 : Jaro Ramalho. Il avait accosté les côtes du Brésil fuyant le Portugal cette même année 1497 où le roi Manuel obligea tous les Juifs résidant au Portugal à se convertir au catholicisme.

Écrit par Pierre Mamou

Dés l’installation de l’Inquisition en 1540, de nombreux Marranes portugais appelés nouveaux chrétiens, réussirent à s’installer au Brésil. Certains d’entre eux d’abord passés par les îles de Sao Tomé et du Cap vert au large de l’Afrique et ayant maîtrisé la culture de la canne à sucre, l‘introduisirent au Brésil. Bientôt à Bahia et au Pernambouc, une partie importante de l’aristocratie sucrière était composé de Marranes.

Mais l’inquisition s’installa aussi en Amérique du sud. Elle poursuivit impitoyablement les nouveaux chrétiens soupçonnés de judaïser en secret. Les Marranes prospéraient aussi dans l’artisanat le commerce. Ils étaient également juristes, militaires et même ecclésiastiques. En somme, ils occupaient des postes importants dans l’administration des nouveaux territoires.

Mais ces obstacles à une vie tranquille cessèrent quand les Hollandais secondés par des Marranes portugais installés à Amsterdam firent la conquête du nord du Brésil de 1630 à 1654. Ils autorisèrent les nouveaux chrétiens à revenir ouvertement au judaïsme comme en Hollande. 200 Marranes accueillent à Bahia la flotte hollandaise ainsi que Moise Cohen Henriqués, second de la flotte hollandaise. Il s’était illustré auparavant dans des attaques de la flotte espagnole, prenant ainsi une revanche sur les souffrances infligées aux Juifs.

Le retour des Portugais

Toutefois, les Portugais reconquirent le nord du Brésil. Face à de nouvelles persécutions beaucoup de Juifs quittèrent le Brésil pour l’Amérique centrale et les colonies anglaises tolérantes. Ils partirent aussi pour une ville de l’Amérique du nord, autre colonie anglaise qui s’appelait la Nouvelle Amsterdam. Cette ville allait bientôt changer de nom pour devenir New York. C’était au 17e siècle. Avec Newport, ces villes allaient devenir les premières communautés juives séfarades d’Amérique du nord. Ceci, 200 ans avant l’arrivée massive des Ashkénazes au 19e siècle.

Il faudra attendre aussi le début du 19e siècle pour voir arriver au Brésil des Juifs marocains d’origine ibérique s’installer au Pernambouc, Bahia et surtout en Amazonie. Dés 1810, ils s’installèrent le long du fleuve Amazone, en passant par Manaus. Puis, ils remontent jusqu’au Pérou où malgré de multiples difficultés, ils réussissent à s’implanter définitivement, et pour certains, à y faire fortune.

Les Juifs marocains du Pérou

Au Pérou, le groupe juif est issu d’immigrants marocains venus du bassin brésilien d’Amazonie parlant le ladino, l’hébreu et l’hatekia, le dialecte judéo-marocain. Ils venaient de Fès, Tanger, Tétouan, Casablanca, Salé, Rabat et Marrakech. Ils travaillent dés la fin du 19e siècle dans les villes amazoniennes, attirés par le boum du caoutchouc.

À l’époque moderne, l’inexistence d’un antisémitisme significatif au Brésil a contribué à l’identification des Juifs comme des Brésiliens très attachés à leur pays qui ont fondé de nombreuses institutions juives et se sont impliqués dans la vie politique.

Les Évangéliques au Brésil soutiennent fortement, comme aux États Unis, l’État d’Israël.

Une étude génétique récente, révèle que 16% de la population blanche d’Amazonie descend de Juifs marocains qui restent attachés au judaïsme. Ceci est une proportion plus importante qu’à Sao Paulo, où vivent 60% des 120 000 Juifs brésiliens actuels.

Par des mariages mixtes contractés par ces descendants de Juifs marocains avec des Amérindiens et Amérindiennes, Israël a accueilli ces dernières années des « Peaux rouges » qui ont effectué leur alya !

[Source : http://www.coolamnews.com]

Arte rediffusera le 27 juillet 2021 « La Babel des enfants perdus » (Die Kinder von Markt Indersdorf) par Théo Ivanez. « Auprès de témoins à la mémoire intacte, une bouleversante immersion dans un centre d’enfants réfugiés de l’après-guerre, animé par une femme d’exception, Greta Fischer, juive tchécoslovaque dont les parents ont péri en déportation ».
Publié par Véronique Chemla
 
« Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, plus de 20 millions de personnes sont jetées sur les routes, entraînant la plus grande crise de réfugiés de l’histoire moderne en même temps que la première opération humanitaire internationale ». Parmi ces personnes déplacées (Displaced Persons, DPs) : des déportés politiques, des rescapés de la Shoah, des déportés ayant subi le travail forcé dans des usines… Pour les accueillir, l’UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration), créée en 1943, établit des camps.

L’UNRRA « avait pour mission de fournir une assistance économique aux nations européennes après la Seconde Guerre mondiale, de rapatrier et d’aider les réfugiés qui passeraient sous contrôle des Alliés. Le gouvernement des États-Unis finança près de la moitié du budget de l’UNRRA. Durant les quatre années de son existence, l’organisation, placée sous l’autorité du SHAEF en Europe (Supreme Headquarters of the Allied Expeditionary Forces – Commandant Suprême des Forces Expéditionnaires Alliées), fut dirigée par trois Américains. Son premier directeur général fut Herbert Lehman, ancien gouverneur de l’état de New York. Fiorello La Guardia, ancien maire de la ville de New York, lui succéda en mars 1946 et fut lui-même remplacé par le général Lowell Ward, au début de 1947. »

« En 1945, l’UNRRA aida au rapatriement de plusieurs millions de réfugiés et s’occupa de plusieurs centaines de camps de personnes déplacées en Allemagne, en Italie et en Autriche. Elle fournit une assistance sanitaire et sociale aux personnes déplacées, ainsi qu’une formation professionnelle. Elle administra le travail de 23 organisations caritatives bénévoles, notamment le Joint (Joint Distribution Committee), l’ORT (l’Organisation Reconstruction Travail) et la HIAS (Hebrew Immigrant Aid Society – la Société d’aide aux immigrants juifs). Fin 1945, les camps de personnes déplacées reçurent davantage d’autonomie, les associations bénévoles œuvrant de façon indépendante. L’UNRRA continua à être l’employeur principal des personnes déplacées ».

« Les efforts de secours, considérables et de longue durée, épuisèrent les caisses de l’organisation et, en 1947, le relais fut pris par l’I.R.O. (International Refugiee Organization – l’organisation internationale pour les réfugiés). Cette nouvelle entité prit en charge 643 000 personnes déplacées en 1948. »

En 1947, à la demande du JDC et de l’United Jewish Appeal (UJA), le photographe Roman Vishniac a effectué des reportages sur ces DP en France et en Allemagne. Il a informé sur les programmes, dont les centres de distribution de nourriture, visa application lines, les centres d’activités, et les services de santé. Other images record children’s camps, religious and cultural events, and refugee reunions. Wired back to America, Vishniac’s images helped publicize the plight of homeless and stateless Jewish refugees, raising funds and increasing the pressure on Britain and the U.S. to open their doors to survivors ». Un périple émouvant pour Roman Vishniac qui avait photographié les Juifs d’Europe centrale dans l’entre-deux-guerres et qui a pu constater l’ampleur de la Shoah.

Les Juifs représentaient 25% des personnes déplacées. Il souffraient de malnutrition, de dépression et de diverses maladies.

Le rapport Harrison

Le 22 juin 1945, le président américain Harry S. Truman a demandé à Earl G. Harrison, doyen de l’University of Pennsylvania Law School et récemment nommé le délégué américain au Comité intergouvernemental sur les réfugiés, de lui préparer un rapport, en tant que son envoyé personnel, sur la situation des Juifs déplacés en Europe. Accompagné par le Dr. Joseph Schwartz, un représentant de l’American Jewish Joint Distribution Committee (JDC ou Joint), Harrison a effectué une inspection des camps de DP pendant trois semaines. Voici un extrait de son rapport au président Truman :

« Generally speaking […] many Jewish displaced persons and other possibly non-repatriables are living under guard behind barbed-wire fences, in camps of several descriptions (built by the Germans for slave-laborers and Jews), including some of the most notorious of the concentration camps, amidst crowded, frequently unsanitary and generally grim conditions, in complete idleness, with no opportunity, except surreptitiously, to communicate with the outside world, waiting, hoping for some word of encouragement and action in their behalf […] there are many pathetic malnutrition cases both among the hospitalized and in the general population of the camps […] there is a marked and serious lack of needed medical supplies […] many of the Jewish displaced persons, late in July, had no clothing other than their concentration camp garb […] while others, to their chagrin, were obliged to wear German S.S. uniforms. […] Beyond knowing that they are no longer in danger of the gas chambers, torture and other forms of violent death, they see – and there is – little change, the morale of those who are either stateless or who do not wish to return to their countries of nationality is very low. They have witnessed great activity and efficiency in returning people to their homes, but they hear or see nothing in the way of plans for them and consequently they wonder and frequently ask what ‘liberation’ means. […] The most absorbing worry of these Nazi and war victims concerns relatives, wives, husbands, parents, children. Most of them have been separated for three, four or five years and they cannot understand why the liberators should not have undertaken immediately the organized effort to reunite family groups. Most of the very little which has been done (to reunite families) has been informal action by the displaced persons themselves with the aid of devoted Army Chaplains, frequently Rabbis, and the American Joint Distribution Committee. »

Et Harrison de s’indigner qu’il apparaisse que les Juifs sont traités comme ils l’avaient été par les nazis, sauf que les Alliés « ne les exterminent pas » : « As matters now stand, we appear to be treating the Jews as the Nazis treated them except that we do not exterminate them. They are in concentration camps in large numbers under our military guard instead of S.S. troops. »

Ce « rapport impressionne fortement le président Truman. L’une des premières mesures a consisté à séparer les Juifs des autres DP. Jusque-là, les camps de DP avaient été créés selon la nationalité. Les administrateurs militaires de ces camps avaient forcé les Juifs à vivre dans les camps aux côtés d’Allemands ou d’Autrichiens déplacés, par exemple. Or, nombre de ces derniers avaient collaboré avec les nazis. En outre, malgré leurs traumatismes et ce qu’ils avaient subis, les DP Juifs avaient été traités de la même manière que les autres DP. Harrison a compris la spécificité de la situation des Juifs et qu’ils avaient besoins d’un traitement différent de celui des autres DP » :

« The first and plainest need of these people is a recognition of their actual status and by this I mean their status as Jews. Most of them have spent years in the worst of the concentration camps. In many cases, although the full extent is not yet known, they are the sole survivors of their families and many have been through the agony of witnessing the destruction of their loved ones. Understandably, therefore, their present condition, physical and mental, is far worse than that of other groups. […] While admittedly it is not normally desirable to set aside particular racial or religious groups from their nationality categories, the plain truth is that this was done for so long by the Nazis that a group has been created which has special needs. Jews as Jews (not members of their own nationality groups) have been more severely victimized than the non-Jewish members of the same or other nationalities. »

Harrison a conclu que l’effort majeur devait porter sur la sortie des Juifs de ces camps car “ils sont malades de vivre dans des camps”. Il a souligné le besoin pour ceux requérant une période de réadaptation et de formation dans des établissements de repos avant de reprendre une vie normale.

« Avant même la libération des camps de concentration, les survivants s’étaient attribué un nom : She’erit Hapletah (ce qu’il reste des survivants). Cette expression biblique connotait l’espoir d’une reconstruction provenant de ceux qui étaient restés vivants. En fait, ces termes avaient été utilisés par les dirigeants du Yichouv alors qu’ils réagissaient aux rapports reçus sur l’extermination des Juifs, voulant toujours croire à la réalisation du sionisme, malgré l’anéantissement d’une forte proportion de la communauté juive européenne. Dès l’année 1943 et par la suite, cette expression biblique a évoqué le lien entre destruction et rédemption en même temps que les moyens d’assurer cette rédemption. Le profil des membres de ce groupe variait beaucoup, depuis les ultrareligieux jusqu’à ceux qui se trouvaient totalement assimilés. Mais tous avaient vu leur vie détruite. Pourtant, ils formèrent une société civile créative, sous le contrôle des forces militaires alliées. Les aumôniers s’efforcèrent d’aider les survivants de plusieurs manières. Ils les conseillèrent, célébrèrent les mariages, empêchèrent les autorités municipales de saisir les biens juifs non réclamés, aidèrent à aménager des cimetières juifs et à créer des écoles et des camps d’été pour les enfants. Surtout, ils participèrent à la réunion des proches. Le meilleur exemple est la publication des volumes de She’erit Hapletah, à l’initiative de Klausner, qui se trouvent actuellement à l’Institut de Yad Vashem, à Jérusalem. Yehuda Bauer résume ainsi le travail extraordinaire de l’aumônier rabbin Abraham Klausner : « (il) a établi des listes de survivants, sachant que le désir le plus urgent des humains torturés qu’il a rencontrés était de savoir si oui ou non ils étaient seuls au monde… Ensuite, il leur a permis de s’organiser afin qu’ils acquièrent une identité collective. Il les a aidés à récupérer mentalement et physiquement, et leur a permis de continuer à être actifs comme des êtres humains autonomes, des Juifs qui redevenaient conscients du monde autour d’eux et qui essayaient de faire connaître leurs souhaits et leurs espoirs de la manière la plus forte en leur pouvoir. » D’autres, comme Abraham Spiro, aumônier et conseiller pour les Affaires juives auprès du commandant de la Division de la Première Infanterie, a convaincu l’armée de céder des fermes aux personnes déplacées afin de les transformer en kibboutzim ». ‘Françoise Ouzan, « La reconstruction des identités juives dans les camps de personnes déplacées d’Allemagne », Bulletin du Centre de recherche français à Jérusalem, 14 | 2004, 35-49).


Et cette historienne d’ajouter :

« Dans l’esprit des survivants, les symboles bibliques ont eu tendance à revêtir un sens présent, exprimant ainsi la congruence entre la tradition et les événements contemporains. Après six années de guerre, la première célébration de Pessah en liberté fut un événement cathartique. Pessah (Passover en anglais, littéralement « passer au-dessus ») évoquait l’image d’un pont entre l’Europe où ils avaient été contraints à l’esclavage et la Terre Promise, Eretz-Israël. (Yetsiat Europa, en hébreu). Dans une des salles à manger du camp de DP juifs de Zeilsheim, une scène représentant une famille juive traditionnelle assise à table au cours de la célébration de Pessah était peinte sur le mur, symbolisant le passage de l’esclavage à la liberté.

L’édition d’une nouvelle Hagaddah (le livre relatant la sortie d’Égypte) fut entreprise par l’aumônier Abraham Klausner qui a officié lors du premier seder (repas rituel de Pessah), à Munich, le 15 et 16 avril 1946. La volonté de lire le passé à la lumière du présent fut orchestrée par l’Organisation Sioniste Unie (UZO). Dans le texte, les passages traditionnels furent accompagnés de transpositions dans lesquelles l’Égypte devenait l’Allemagne, Pharaon se muait en Hitler et les pyramides recréaient le camp de concentration, tandis que la rédemption se réalisait à Sion. À travers la structure de la Hagaddah, adaptée et illustrée par Y. D. Sheinson, fervent partisan de l’unité sioniste, l’interprétation sioniste de la Shoah était cathartique. Elle conduisait à la rédemption sur la Terre Sainte.

Une nouvelle identité juive nationale a émergé de la vie dans les camps de DP, provenant à la fois des conditions de vie difficiles et de la vie publique, renforçant ainsi la cohésion entre les DP. Le processus de formation de cette identité s’est enclenché à partir d’expériences partagées avant, pendant et après la guerre ».

Camp d’Indersdorf 
En 2017-2018, le Museum of Jewish Heritage à New York City a présenté l’exposition « My Name Is…The Lost Children Of Kloster Indersdorf« . « In 1945, a former convent near Dachau named Kloster Indersdorf became a temporary home for hundreds of displaced children in the immediate aftermath of World War II. To help locate relatives, a photograph was taken of each child to be circulated in search notices. Many of the children had changed markedly during the war, and some had even lost their names. The exhibition displays a selection of the images and their individual stories, conveying the powerful reality faced by these children.

« Images of the children from the Museum’s collection came through the gift of Robert Marx to the Yaffa Eliach Collection at the Center for Holocaust Studies. The Center’s collection was merged into the Museum of Jewish Heritage – A Living Memorial to the Holocaust in 1990. This set of prints survived thanks to André S. Marx, Principal Welfare Officer for the United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA) Relief Team 182 that operated the Children’s Center at Kloster Indersdorf. Contextual images courtesy, United Nations Archives, photographs of Kloster Indersdorf from folder S-1058-0001-01, “Germany Mission – Photographs 1944-1948.”

« La Babel des enfants perdus »

Arte rediffusera le 27 juillet 2021 « La Babel des enfants perdus » (Die Kinder von Markt Indersdorf) par Théo Ivanez. « Auprès de témoins à la mémoire intacte, une bouleversante immersion dans un centre d’enfants réfugiés de l’après-guerre, animé par une femme d’exception, Greta Fischer, juive tchécoslovaque dont les parents ont péri en déportation ».

« Comme 20 000 enfants perdus dans les ruines de l’Europe, oubliés dans l’euphorie de la Libération, Leslie, Erwin, Tibor et les autres, orphelins juifs rescapés des camps de la mort ou slaves déracinés, tentent de survivre au chaos ».

 « À l’été 1945, ils sont accueillis dans un couvent désaffecté à Indersdorf en Bavière, le premier centre d’enfants réfugiés ouvert par l’UNRRA (Displaced Person Camps créés par la UNRRA), l’Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction ».

Ce camp regroupe « plus de 1 000 jeunes orphelins, dont de nombreux enfants juifs, sous la protection d’une poignée d’hommes et de femmes. Pionniers du travail humanitaire, ils sauront les entourer et leur redonner foi en l’avenir, avant de leur trouver une destination d’accueil ». Et ils les aident à renouer les fils avec le judaïsme.

« Autour de la figure maternelle de Greta Fischer, juive tchécoslovaque dont les parents ont péri en déportation et qui se consacre à eux corps et âme, les petites victimes, lestées des cauchemars du passé, réapprennent à vivre et à espérer en une vie nouvelle ».

« La période de l’immédiat après-guerre, époque paradoxale qui mêle espoir et poids d’un passé impossible à oublier, est ici racontée par le prisme de cette histoire. Quelques-uns de ces enfants pensionnaires du Children Center, aujourd’hui octogénaires, racontent ainsi leur parcours, depuis les marches de la mort à la sortie des camps jusqu’au retour sur leur terre natale ou vers un nouveau pays d’accueil ».

« Composant aujourd’hui une communauté secrète et éclatée, des États-Unis à la Pologne en passant par l’Angleterre et Israël, où certains ont fondé des kibboutzim, ils racontent, mémoire et émotion intactes, cet épisode méconnu de l’immédiat après-guerre, jusqu’au retour à leur terre natale, à l’alyah ou au départ vers un autre pays ».
 
« Au fil de leurs bouleversants récits tissés avec de formidables archives – dont le témoignage limpide de Greta Fischer, leur mère adoptive disparue en 1988 – qui restituent au plus près leur quotidien, ce film plonge dans l’histoire de cette « cour de Babel », qui accueillera finalement plus d’un millier d’orphelins ». 
 
« Les cheveux blancs mais le verbe alerte, ces anciens d’Indersdorf disent le goût de l’enfance et l’humanité retrouvés, la rage de vivre qui les animait, les liens indéfectibles noués ou les quignons de pain chapardés par peur de manquer ». 
 
« À l’heure où l’Europe vit une effroyable crise des réfugiés, un hommage sensible à ces résilients et à leurs sauveurs, pionniers du travail humanitaire déjà confrontés au cynisme des grandes puissances ».  Ce parallèle s’avère infondés. Les « migrants » ne sont pas tous des réfugiés. Ceux auxquels a été reconnu le statut de réfugiés ne sont pas des rescapés d’un projet d’extermination de leur peuple : ce sont souvent des personnes ayant fui des persécutions politiques. Certains « migrants » se sont présentés sous la fausse identité de « réfugiés syriens » en 2015 dans des États européens, des Kenyans ont allégué à tort être des réfugiés de Somalie pour être admis aux États-Unis… Et aucun rescapé de la Shoah n’a organisé d’attentats terroristes contre des civils…
« Le sujet est venu à moi par hasard. Au départ, je me documentais sur un programme créé par les nazis eugénistes qui avait pour but d’obtenir le troisième Reich millénaire parfait. Ils encourageaient les SS à avoir des relations hors mariage avec des femmes aux critères raciaux ariens pour faire des enfants. Ces enfants étaient placés dans des pouponnières partout en Europe pour en faire l’élite du troisième Reich. « Je voulais faire un film là-dessus à la base. En creusant cette histoire-là, je comprends que ces enfants étaient aussi abandonnés par les nazis dans leur fuite et récupérés par l’armée américaine. Ils ont été amenés à Indersdorf, au centre dont je raconte l’histoire. C’est comme cela que j’ai découvert cette histoire et que je me suis dit “c’est cette histoire-là que je dois raconter”. », a déclaré Théo Ivanez (Le Dauphiné, 24 mai 2019). Originaire de Gex, dans l’Ain, Théo Ivanez, 24 ans, a présenté son documentaire au Festival du film des 5 continents, à Ferney-Voltaire.


Le 17 novembre 2019 à 16 h 30,dans le cadre du Mois du film documentaire, le documentaire a été projeté au Mémorial de la Shoah en présence du réalisateur, et présenté par Marion Feldman, professeure de psychopathologie psychanalytique – Université Paris Nanterre, chercheure à l’EA 4430 CLIPSYD, A2P (Approches en psychopathologie psychanalytique), psychologue-clinicienne.

 

Théo Ivanez a présenté son film dans Mémoires vives.

« La Babel des enfants perdus » par Théo Ivanez
France, Kuiv Productions, avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 2019, 53 min
Sur Arte le 21 janvier 2020 à 23 h 15
Disponible du 14/01/2020 au 20/03/2020
Visuels :
Photo d’identification de Sofia Karpuk – Indersdorf, Allemagne – 1945
© Kuiv Productions
Greta Fischer descend les escaliers du couvent avec un groupe d’ enfants – Indersdorf, Allemagne
© USHMN 1945
Enfant, extrait de  » La Babel des enfants perdus » de Théo Ivanez
© Kuiv Productions
Photo d’ identification de Stanislaw Janowski- Indersdorf, Allemagne – 1945
© Kuiv Productions
Les citations sur le film sont d’Arte. Cet article a été publié le 21 janvier 2020.
[Source : http://www.veroniquechemla.info] 

1897, premier Congrès sioniste mondial. Theodor Herzl écrit dans son Journal : «A Bâle, j’ai créé l’État juif. Si je disais cela aujourd’hui publiquement, un rire universel serait la réponse. Dans cinq ans peut-être, dans cinquante sûrement, tout le monde comprendra.» Prédiction réalisée, à quelques mois près…

 

Écrit par Henry Laurens 

Le sionisme est un projet politique aux aspects multiples, qui a su s’imposer grâce aux circonstances historiques, mais aussi à ses propres capacités d’organisation et de mobilisation. Sa mise en œuvre ne s’est pas réalisée en un jour. La tâche était immense. Se présentant comme volonté de créer une nation juive sur un territoire donné, il lui fallait partir absolument de rien.

Sa vision correspond à la norme des nationalismes territoriaux de la fin du XIXe siècle en Europe centrale et orientale, qui se revendiquent d’un État ayant existé précédemment avec une langue et un territoire définis (la Serbie renvoie à un royaume serbe médiéval et à une langue en train de redevenir une langue de culture, même chose pour la Bulgarie, la Pologne, l’Ukraine…). À cela s’ajoute une identification correspondant à une religion (un «vrai Polonais » ne peut être que catholique, un «vrai Russe» qu’orthodoxe). Ces caractéristiques, le sionisme les porte aux extrêmes.

Le territoire revendiqué ne peut se situer en Europe, et seule la mobilisation des affects renvoyant à la terre ancestrale permet d’espérer la matérialisation de son ambition en Palestine : comment s’enthousiasmer pour un État juif en Amérique ou en Afrique, localisations un temps envisagées ? Quant à la langue hébraïque, jusque-là exclusivement religieuse, elle est à réinventer. Et la grande majorité des religieux se montre hostile au projet, en raison du risque d’empiétement qu’il présente sur la volonté divine (les rabbins redoutent une dérive messianique).

Bref, tout fait défaut au départ : le territoire, la langue et même, partiellement, le référent religieux.

Les Juifs de Palestine sont essentiellement des fidèles vivant des subsides de la diaspora, que la philanthropie juive occidentale travaille depuis des décennies, avec un succès inégal, à rendre «productifs». Ils ne peuvent donc pas servir de base humaine au projet sioniste.

Au-delà de quelques précurseurs, le sionisme ne devient réalisable qu’avec les débuts de la première mondialisation, dans les années 1870 : les réseaux des chemins de fer d’Europe orientale se connectent alors aux réseaux d’Europe occidentale et, par là, aux ports d’où partent des navires à vapeur à horaires réguliers. Au Proche-Orient, c’est l’âge d’or de la domination collective des puissances européennes qui, en s’appuyant sur la «diplomatie de la canonnière», imposent leurs décisions à une administration ottomane réformée qui a rétabli l’ordre public.

Le réservoir humain réside dans la masse des Juifs de l’Empire russe et de la Roumanie, soumise à des législations antisémites discriminatoires alors qu’elle est en pleine explosion démographique. La mondialisation favorise une émigration massive, mais à destination des «pays neufs» qui ont besoin de main-d’œuvre (les deux Amériques, l’Afrique du Sud, l’Australie) : la traversée océanique tient lieu d’investissement de départ. Il n’en va pas de même avec la Palestine : au coût du transport s’ajoutent les investissements économiques indispensables pour créer les activités correspondantes. Les premiers émigrants des années 1880 (ou première alya, en hébreu «montée») s’en rendent rapidement compte : ils végètent dans une terrible misère.

Si les comités des Amants de Sion ont pu diffuser l’idée sioniste parmi les Juifs d’Europe orientale, ils ne disposent pas des moyens de lui donner vie. Ils doivent donc se tourner vers les philanthropes juifs d’Europe occidentale qui, par le biais de la Jewish Colonization Association (ICA), assurent déjà une partie des frais de transport et d’installation en Amérique (en particulier en Argentine).

Pour le baron français Edmond de Rothschild, la colonisation juive en Palestine est une affaire personnelle. Il est intervenu pour empêcher que, par désespoir, les immigrants se convertissent au protestantisme des missionnaires britanniques, puis s’est passionné pour cette entreprise. Il crée alors un certain nombre de colonies agricoles, encadrées par des «israélites» français. Son idée consiste à créer une population de paysans indépendants sur le modèle français; mais il lui faut se méfier de la mauvaise qualité du «matériel humain» : celui-ci doit être régénéré par le travail et la formation. D’où le caractère paternaliste de son mode d’organisation.

La question essentielle est d’arriver à un minimum de rentabilité permettant de mettre fin aux subventions permanentes. Cet objectif n’est atteint qu’au début du XXe siècle, grâce à la mise en place d’une agriculture de plantation utilisant une abondante main-d’œuvre arabe. En 1899, le baron transfère officiellement ses colonies à l’ICA, mais en fait il continue de les gérer par le biais de la «commission palestinienne » de ladite organisation. Après la première guerre mondiale, l’organisation prendra le nom de Palestine Jewish Colonization Association (PICA). Jusqu’à sa mort, en 1935, le baron étendra constamment son domaine agricole en accordant toujours plus d’autonomie aux paysans qui en dépendent, favorisant leur accès à la propriété individuelle.

La perspective d’Edmond de Rothschild dépasse la seule philanthropie : ses achats de terres tendent à créer un véritable maillage de la Palestine. Il a compris très tôt la nécessité d’une totale discrétion, afin de ne pas inquiéter les autorités ottomanes et la population arabe. Et c’est pourquoi l’orientation de Theodor Herzl, qui joue, au contraire, la carte de l’action publique, le contrarie.

Ce publiciste autrichien s’est converti en 1895 au sionisme. Théoricien de sa version politique, il fonde l’organisation sioniste lors du premier congrès de Bâle en 1897, un an après la parution de son livre L’État des Juifs. Sa priorité : obtenir une charte internationale garantissant la création d’un foyer national en Palestine pour le peuple juif. Il encourage secondairement la colonisation. Dirigé par des Juifs autrichiens et allemands, le mouvement recrute surtout dans l’Empire russe, mais réussit à s’établir un peu partout (sauf en France, à cause de l’hostilité du baron). Jusqu’à sa mort, en 1904, Herzl travaille essentiellement auprès des dirigeants européens. Ses successeurs continuent dans la même ligne, mais s’intéressent aussi à la colonisation avec la création, en 1908, de la Palestine Land Development Company (PLDC), qui dépend du Fonds national juif (FNJ).

L’organisation sioniste s’implante en Palestine à partir de 1908 avec la deuxième alya, composée de militants déterminés issus de sa fédération russe et des Amants de Sion, souvent des socialistes marxisants ayant connu l’expérience de la révolution de 1905. L’attitude de l’ICA, qui préfère le travail arabe, déçoit ces immigrants dont la doctrine exige une séparation totale d’avec la population indigène afin de constituer une société nationale intégralement juive. Mais ils reçoivent un accueil favorable de la part des technocrates de l’ICA et de la PLDC, qui acceptent de financer des colonies agricoles collectivistes (kibboutz) ou coopératives (moshav) sans recourir à la main-d’œuvre arabe. En ville, ils fondent l’agglomération juive de Tel-Aviv, indépendante de la Jaffa arabe. Cette logique de séparation a sa justification socialiste : elle évite qu’une population exploite l’autre.

Durant la Première Guerre mondiale, le mouvement sioniste cesse d’agir en tant qu’entité unique puisqu’il est présent dans les deux camps en conflit. C’est le chef de la fédération britannique, Haïm Weizmann, un Juif d’origine lituanienne, qui va jouer un rôle essentiel en obtenant, le 2 novembre 1917, avec la déclaration Balfour, cette fameuse charte recherchée par Herzl : lord Arthur James Balfour, ministre britannique des affaires étrangères, y annonce à lord Walter Rothschild, représentant des Juifs britanniques, que « le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif». Cet engagement contredit la promesse faite par Londres aux Arabes de la création d’un État indépendant comme le partage négocié avec les Français, dans le cadre des accords Sykes-Picot…

Après-guerre, Weizmann devient naturellement le président de l’organisation sioniste. Son ambition : transformer cette déclaration unilatérale britannique en document de droit international. Ce sera chose faite en juillet 1922, grâce à la ratification par la Société des nations (SDN) du mandat britannique sur la Palestine, qui inclut le Foyer national juif.

Le mouvement sioniste se structure maintenant en fédérations nationales dotées d’organisations satellites chargées de la levée de contributions et de préparation à l’émigration. La charte du mandat prévoit la création d’une Agence juive, mais elle ne verra le jour qu’en 1929; entretemps, l’Organisation sioniste en fait fonction. Outre les relations avec les autorités, sa fonction est de gérer le domaine du FNJ et de l’augmenter par de nouvelles acquisitions. Malgré des progrès spectaculaires, ce domaine reste moins important que celui de la PICA et des propriétaires individuels qui lui sont liés : en 1941, le FNJ disposera de 532 900 dounoum (dixièmes d’hectare), contre 1 071 000 à la PICA et aux propriétaires individuels. À la fin du mandat, en 1948, la propriété juive ne couvrira que 6,6% de la superficie de la Palestine.

Comme avant 1914, les coûts d’établissement restent le problème essentiel. L’immigration juive est fixée en fonction de la capacité économique d’absorption, et la différence est faite entre «capitalistes», dont l’entrée est libre puisqu’ils viennent avec des capitaux suffisants, et «ouvriers», sélectionnés par l’Organisation sioniste en fonction de leur qualité en «matériel humain» (capacité productive). Des catégories intermédiaires existent. La troisième alya est analogue à la précédente, composée pour une bonne part d’ouvriers socialistes. Venue de Pologne au milieu des années 1920, la quatrième alya, elle, est bourgeoise et capitaliste. La cinquième alya, à partir de 1933, rassemble capitalistes allemands et ouvriers polonais. La montée du nazisme accélère évidemment l’immigration : de 110 000 arrivées (officielles) dans les années 1920, on passe à plus de 220 000 dans les années 1930…

Faute de pouvoir constituer une unité politique homogène en Palestine, les Britanniques adoptent la voie d’un développement communautaire séparé tout en maintenant un important secteur public. En ce qui concerne la population juive, l’Organisation sioniste fournit à la population juive un ensemble de services que l’État mandataire ne peut lui procurer. Il s’agit de lui assurer un niveau de vie se rapprochant de celui de l’Europe, en particulier dans les domaines de l’éducation et de la santé. Les colonies agricoles du FNJ sont subventionnées à la fois lors de leur création et pour leur fonctionnement. Elles sont en effet par nature déficitaires, mais leur fonction n’est pas d’ordre économique : elles servent à prendre le contrôle du territoire et à former le «Juif nouveau», débarrassé de l’oppression de l’exil.

Le mouvement ouvrier juif très politisé et divisé en organisations concurrentes fédère ces colonies agricoles. La centrale syndicale Histadrout fournit un certain nombre d’assurances sociales et crée ses propres entreprises par manque de capitalistes.

L’ensemble de la population juive (sioniste et non sioniste) élit une assemblée élue d’où émane un conseil permanent, mais le vrai pouvoir réside dans l’Exécutif sioniste désigné par l’Organisation sioniste. En 1929, la création de l’Agence juive permet en théorie une plus grande implication des Juifs non sionistes de la diaspora, qui disposent de la moitié des sièges dans les instances dirigeantes. En 1931, l’exécutif de l’Agence en Palestine revient pour la première fois à un socialiste établi dans le pays, Haïm Arlosoroff.

La droite du mouvement sioniste n’accepte pas l’alliance stratégique opérée entre les «centristes» de Weizmann et les socialistes du mouvement ouvrier. Pourtant, la grande intelligence des premiers a été de comprendre que l’établissement du Foyer national juif, ou Yichouv, ne peut passer que par les modes d’organisation collective des seconds. Les «capitalistes» s’avèrent trop individualistes pour pouvoir prendre en charge la colonisation : la prise de contrôle du pays devient plus facile dès lors qu’elle passe par la socialisation des activités. En absence d’État, seul le mouvement ouvrier a la capacité de gérer les intérêts nationaux.

Le mouvement sioniste révisionniste de Zeev Jabotinsky rejette à la fois le socialisme des ouvriers et la prudence diplomatique des centristes. Il recrute chez les éléments bourgeois issus pour la plupart de la première et de la quatrième alya, tandis que les leaders ouvriers viennent de la deuxième et de la troisième alya. Le romantisme des révisionnistes masque leur ignorance du travail au jour le jour indispensable pour créer le Yichouv.

Le clivage entre sionistes socialistes et révisionnistes concerne surtout les rapports avec les Arabes. Là où David Ben Gourion et ses amis donnent la priorité à la conquête progressive du pays en alliance avec la puissance mandataire, ceux de Jabotinsky entendent s’emparer de toute la Palestine par la force : c’est le fameux «mur d’acier» qui, à partir de 1948, fondera en réalité la stratégie de l’État d’Israël, toutes composantes confondues.

Après l’assassinat, en 1933, d’Arlosoroff, que les socialistes attribuent aux révisionnistes, le mouvement ouvrier devient l’élément dominant au sein des instances de l’Organisation sioniste et de l’Agence juive. Les révisionnistes font scission et créent leur propre organisation sioniste. À partir de cette date, l’exécutif de l’Agence juive est contrôlé par les socialistes, dont la personnalité la plus importante est celle de Ben Gourion. À la fin des années 1930, le glissement du pouvoir est terminé : les hommes du Yichouv ont pris le contrôle du mouvement et de ses institutions, la diaspora doit être mise à son service, et Weizmann n’est utile que grâce à ses contacts avec les hommes politiques occidentaux.

Après les premières émeutes de 1921 et de 1929, la grève générale arabe de 1936 et la révolte palestinienne de l’automne 1937 poussent le Yichouv à devenir plus autonome, y compris sur le plan militaire, avec la construction de sa propre force armée, la Hagana, tolérée par les Britanniques. Mais, à partir du Livre blanc de 1939, Londres donne la priorité à son influence dans le monde arabe : en 1944, le mouvement sioniste affrontera militairement les Britanniques pour mieux préparer sa prise de contrôle du gros de la Palestine.

Le sionisme est probablement la forme la plus pure du volontarisme politique. Il est parti littéralement de rien, ou presque, pour créer une nation, une langue, un territoire à travers les catastrophes historiques de la première moitié du XXe siècle. Il a su capitaliser les efforts et les expériences de la grande philanthropie juive, puis appliquer les principes organisationnels d’un mouvement ouvrier, dont la mission comprenait tout aussi bien la fondation d’une classe ouvrière que l’établissement d’un réseau d’entreprises publiques. Avant 1914, il a bénéficié de la protection des consuls européens. Sous le mandat, la technocratie britannique a encouragé et favorisé son action, qui allait dans une logique de développement qui lui était chère.

En 1948, le Yichouv dispose de tout un système d’organisations qui préfigure l’État. Mais ces institutions dépendaient des partis politiques. Le génie politique de Ben Gourion a été de comprendre la nécessité de transférer ces institutions à l’État nouveau en les «dépolitisant». D’où le maintien d’une coalition politique regroupant socialistes, centristes et religieux et isolant – jusqu’en 1967 – les forces de droite proprement dites. Le socialisme des «pionniers» s’est accompagné d’une bureaucratie proliférante et d’un relatif égalitarisme des conditions sociales.

Après la création de l’État, les institutions sionistes ont été maintenues afin de canaliser les moyens venus de la diaspora et assurer des services sociaux destinés exclusivement à la population juive.

 

Henry Laurens est professeur au Collège de France, auteur, notamment, de La Question de Palestine, Fayard, Paris (trois tomes).

 

 

[Source : http://www.monde-diplomatique.fr]

La literatura té sexe? Podem parlar d’una literatura femenina, o exclusivament femenina?  Hi ha diferències entre la literatura escrita per homes o per dones? Interrogants que molt sovint ens plantegem i que són de difícil resposta.

Escrit per Marta Castillón

Un fet indiscutible i evident és que la poesia, al llarg de la  història, pràcticament sempre ha girat a l’entorn del masculí hegemònic. Malgrat això, les dones han lluitat per no tenir un paper secundari i han parlat amb una veu pròpia reflectint la realitat des de la seva pròpia perspectiva. I en la història de la poesia hebrea moderna aquest fet no és una excepció i des de Rakhel Bluvstein a les poetesses més contemporànies, com Agui Mixol o Tal Nitzan, totes han cercat tenir un lloc i una veu poètica pròpia, definida i personal.

Rakhel Bluvstein (Viatka, 1890 – Tel Aviv, 1931) – amb el Renaixement de la literatura moderna hebrea («Etkhia»), que s’inicia cap a finals del segle XIX i culmina amb la figura de Eliezer Ben Iehuda, qui desacralitza i transforma l’hebreu en una eina de plena comunicació, destaca la figura de la poeta Rakhel Bluvstein.

Coneguda simplement com Rakhel, la poeta, simbolitza el prototipus de khaluts (pionera) influïda per les idees sionistes d’AD Gordon («la religió del treball»), la salvació del poble jueu només vindria gràcies al seu esforç.

La seva lírica intimista és un mirall de les seves experiències vitals que van des del cant al renaixement d’Erets Israel, passant per la seva connexió amb el llac del Quineret (mar de Galilea) als sentiments de solitud i malenconia en sentir la mort molt propera a causa de la tuberculosi que va contraure. Una poesia molt personal que recull les seves vivències i que s’aproxima bastant el que després esdevindrà la poesia de l’experiència. Una poesia, d’altra banda, que sembla acostar-se a l’avantguardisme artístic i literari que tot just començava a néixer a l’Europa de la primera meitat del segle XX, tot experimentant amb el vers trencat i deixant que un sol mot formi un vers, jugant amb els signes de puntuació o fent el·lipsis gramaticals.

Tot i tenir una part de la seva obra escrita en rus, el gruix més important de la seva lírica és en hebreu. Es conserven un total de cent quaranta-quatre poemes escrits entre el 1920 i el 1931, després de fer alià. Aquests poemes estan distribuïts ens els següents poemaris: Safiah (Espigues deixades, 1927), Minegued (Des de lluny, 1930), Nebó (1932, publicat pòstumament).

Estèril

Si tingués un fill meu! Nen petitó.

Rínxols negres i espavilat.

Li agafaria la maneta i passejaríem lentament

pels caminois del parc.

Nen.

Petitó.

 

Uri, li diria, Uri meu!

Suau i clar, és aquest nom tan breu.

Fragment lluminós.

El meu nen bru.

“Uri”, li diria!

Lea i Rakhel

Lea Goldberg (Prússia 1911- Jerusalem 1970) – en el període d’entreguerres la poesia comença a deixar de banda les actituds romàntiques dels pioners per reflectir una realitat més dura i crua. En aquests anys hi ha un grup de poetes molt diversos però que tenen uns denominadors comuns com la recerca de noves formes estilístiques i el treball virtuós amb l’hebreu.

Lea Goldberg, poeta i traductora, és la poeta més reconeguda d’aquesta etapa poètica coneguda com a «poesia modernista» («modernista», en el sentit de modern). La seva lírica ja deixa de banda els temes i motius jueus clàssics per esdevenir més intimista i plasmar les qüestions existencials que l’angoixaven. Va escriure sobre el pas del temps, l’amor, la mort, la naturalesa, la creació artística, etc.

Un volum destacable de la seva obra literària l’ocupa la narrativa infantil i la novel·la. Quant a poesia, va escriure prop de 16 poemaris, entre els quals destaquen Tabaot Aixan (Anells de fum, 1935), Barak baboquer (La llum del matí, 1955), Im halaila haze (Amb aquesta nit, 1964) o At telkhi basadé (Caminaràs en els camps, 1989. Edició pòstuma).

No és el mar el que està entre nosaltres,

no és l’abisme el que està entre nosaltres,

no és el temps el que està entre nosaltres

som nosaltres els qui estem entre nosaltres.

Dàlia Ravikovitx (Ramat Gan 1936 -Tel Aviv 2005) – amb  la poetessa i escriptora Dàlia Ravikovitx ens situen en l’escenari de la nova lírica israeliana que va començar a ocupar el seu espai en la segona meitat de la dècada del cinquanta.

Molt probablement Dàlia Ravikovitx va ser l’única dona que va destacar entre els poetes homes de la seva generació i va imprimir en la seva obra un segell molt personal: uns versos plens de confessions autobiogràfiques (es va casar a només 18 anys i al cap de tres mesos es divorciava; la seva vida sentimental fou molt agitada) i fortament connectats amb la infantesa (el seu pare va morir quan era ben petita a causa d’un accident de cotxe).

Ravikovitx ja no escrivia sobre la història nacional d’Israel sinó sobre l’individu, sobretot sobre l’amor i les passions que desperta.

El primer llibre de poemes de Ravikovitx va ser Ahavat hatapuakh (Amor a la poma), li van seguir Khoref caixé (Un hivern dur) i  Hasefer haxlixí (El tercer llibre). En tots ells va utilitzar un hebreu refinat i amb constants referències a la Bíblia, que no li va treure claredat a la seva producció. Va escriure un total de 10 reculls de poesia i també va escriure prosa i literatura infantil, així mateix també va destacar com a traductora a l’hebreu (fou ella qui va traduir a l’hebreu els llibres de Mary Poppins).

Els seus poemes transmeten un ventall de sentiments que van des de l’amor, a la soledat, la por, la fragilitat, l’enyor… Per això ha estat definida com “la poetessa de l’amor i del dolor”.

Molts dels seus poemes han estat musicats i han esdevingut cançons veritablement populars a Israel.

El 2005 Dàlia Ravikovitx fou trobada morta a casa seva.

La seva poesia ha estat traduïda a més de 23 llengües.

Leah Goldberg – 1946

 

Volar significa que els plecs de l’aire

et porten, com l’amor.

Algú vola, algú aterra

 i és aleshores quan esdevé la sorpresa:

hi ha qui vola amb el vent a favor

i tanmateix es perd, bruscament, prematurament.

 

 

 

 

Zelda (Iekaterinoslav 1914 – 1984 Jerusalem) – Zelda Mixkovski va néixer a Iekaterinoslav, Imperi Rus, actualment Ucraïna, el 1914, coneguda simplement com a Zelda, va abandonar la Unió Soviètica amb només onze anys per fer alià a Israel. Va ser mestra d’escola i tingué com a alumne Amos Oz, qui la recorda en una de les seves novel·les més conegudes, Una història d’amor i de foscor.

En vida va publicar sis volums de poesia. La majoria de les seves poesies foren publicades primer en revistes i suplements culturals i més tardanament editades en llibres: Pnai (Temps lliure, 1967), Ha Carmel hainiré (El carmel invisible, 1971), Al tirkhak (No t’allunyis, 1974), Ha lo har ha lo eix (Però si una muntanya, però si un foc, 1977), Ha xoni ha marhiv (La meravellosa diferència, 1981) i Xe nivdelú mikol merkhak (Més enllà de qualsevol distància, 1984). El 1985 s’edità la seva obra completa: Xirei Zelda (Poesies de Zelda).

En l’obra poètica de Zelda s’hi veu clarament reflectida l’educació religiosa que va rebre –néta i besnéta de rabins, va ser educada en un entorn familiar hassídic-, però al mateix temps es respira l’obertura que la va caracteritzar.

La poesia de Zelda, difícilment classificable, fluctua entre dos ponts literaris i culturals: els textos sagrats i la literatura russa. Tota la seva vida va respectar els preceptes religiosos.

Enceneu espelmes

beveu vi,

El xabat recull lentament

el sol ponent.

El xabat arriba lent

duent a la seva mà la rosa del firmament.

Iona Wallach (Quiriat Ono 1944- Tel Aviv 1985) – Iona Wallach ha estat una de les poetesses més controvertides i revolucionàries amb què compta la història de la literatura israeliana contemporània. Amb el seu esperit blasfem, lluità amb les paraules contra les convencions i les repressions de l’època que li va tocar viure. Els seus versos van ser un cop de puny a la cara més conservadora de la societat israeliana i a tot allò que havia estat institucionalitzat per ella.

Per a Iona Wallach, Tel Aviv era el món, el seu món (no va viatjar mai fora d’Israel i era monolingüe). Freqüentava cafès i tertúlies literàries amb altres poetes avantguardistes com Iacov Xabtai, Roni Someck, Meir Wieseltier, entre d’altres, coneguts com els poetes del cercle de Tel Aviv i que conformen una nova generació de poetes sorgida després de la creació de l’Estat d’Israel, anomenada “la Generació de l’Estat” o “la Nova Onada”. Aquesta nova generació de poetes deixa de banda poetitzar l’èpica del somni sionista, del retorn dels jueus a Erets Israel, per poetitzar el seu jo més íntim i la quotidianitat.  Beuen de la cultura pop, del cinema, del rock, de l’art modern, especialment del nord-americà… per tal de crear una poesia en hebreu radicalment nova, intel·lectualtrencadora i amb una gran èxit de públic lector.

Iona Wallach es declarava obertament bisexual. Per a ella la bisexualitat tenia per objectiu l’assoliment d’una sexualitat plena i total i una forma de desdibuixar les diferències entre els sexes (“la dona home i l’home dona”). En aquest sentit és capaç d’alternar en els seus poemes les formes masculines i femenines, indistintament, per tal de referir-se a ella mateixa.

De Wallach s’han publicat els següents poemaris. Devarim (Coses,1966), Xnei ganim (Dos jardins, 1969), Xira (Poesia, 1976) , Or pere (Llum salvatge, 1983), Tsurot (Formes, 1985), Mofa (Espectacle, 1985), Ratsiti ioter (Jo en volia més), Xirim akharonim (Últims poemes, 2007) i L’inconscient s’obre com un ventall, antologia poètica publicada pòstumament el 1992.

va cap a la botiga de queviures

va cap a la farmàcia

pensa què pot robar

què val la pena agafar

Dr en moral

Dr en filosofia

sap el que és dolent

què és prohibit

què és permès

Tal Nitzan – nascuda a Haifa, de pares d’origen argentí, és, a més de poeta, editora i una de les traductores més prestigioses de literatura hispana a l’hebreu, amb més de 80 obres traduïdes. Va estudiar literatura hispanoamericana a la Universitat Hebrea de Jerusalem.

La poesia de Tal Nitzan bascula entre l’expressió d’un món quotidià i íntim a la crítica més àcida d’un sistema de vida aparentment còmode, però insatisfactori.

En aquest sentit, un gruix important de la seva obra poètica és el reflex nítid del seu compromís a favor de la pau, del rol de la dona o de la denúncia de les desigualtats socials, sempre amb un objectiu: que els seus versos siguin capaços d’obrir espais mentals i emocionals que generin dubtes, crítica i, fins i tot, rebel·lia.

A banda d’una novel·la i narrativa infantil, ha publicat sis poemaris: Domèstica (2002), Una tarda ordinària (2006), Café Soleil Bleu (2007), La primera en oblidar (2009), El mateix núvol dues vegades (2012) i Al pati intern (bilingüe, hebreu-anglès), publicat el 2015.

Quan la nit es clou sobre un coll que mai no fou besat

no hi ha remei: en cada ofec

de cada gola només hi ha una cura,

mira, simplement, aquest és el punt.

De Rakhel, la poeta, considerada la primera poeta jueva de l’època moderna, passant per Tal Nitzan, una de les més contemporànies, i sense oblidar altres noms rellevants en la poesia hebrea escrita per dones com Xulamit Hareven, Tirtza Atar, Nurit Zarji, Agui Mixol, Lea Aini, Gabriela Avigur, Diti Ronen, entre d’altres, totes elles han construït una part significativa de la història de la literatura israeliana moderna en hebreu.

* Nota de l’autora: els versos que es reprodueixen han estat traduïts de l’hebreu al català per la pròpia autora: Marta Castillon i Andreu.

[Font: http://www.mozaika.es]

Une poétique de l’« alya » suspendue aux voix qui la vivent

Ce carnet de recherche explore les voix de celles et ceux qui aspirent à migrer en Israël, dans ce qu’elles produisent comme théories et comme pratiques langagières.

C’est le lieu d’une réflexion critique et continue sur la matérialité du récit de vie et de migration : du texte à la voix, de l’individuation à la subjectivation, entre analyse du discours et approche poétique.

L’objectif de ce blog est de participer aux réflexions sur le thème de la migration francophone vers Israël du point de vue d’une anthropologie du langage.

À partir de ces recherches en cours, il s’agit de poursuivre une réflexion plus large, déjà engagée par Henri Meschonnic, qui tâche de penser ensemble le langage, le poème, l’éthique et le politique.

Disciplines : Langue et linguistique

Thèmes : Linguistique, Méthodes qualitatives, Proche-Orient, Méditerranée

 

[Source : http://www.openedition.org]

Ce fut une arrivée très spéciale à l’aéroport Ben Gourion : 252 membres de la „tribu perdue“ des Bnei Menashe ont pu enfin fouler le sol israélien. Originaires du nord-est de l’Inde, les nouveaux immigrants sont arrivés en Israël grâce aux efforts conjoints du ministère de l’Aliyah et de l’Intégration et de l’organisation Shavei Israël. 3000 membres de la communauté Bnei Menashe vivent déjà en Israël et 7000 attendent encore l’autorisation d’immigrer en Terre Sainte.

Brève cérémonie lors de l’arrivée des Bnei Menashe à l’aéroport Ben Gourion avant leur départ en quarantaine (photo : Eleonora Shiluv/Courtesy of the Ministry of Aliyah and Integration).

Brève cérémonie lors de l’arrivée des Bnei Menashe à l’aéroport Ben Gourion avant leur départ en quarantaine. 

L’histoire des Bnei Menashe est absolument fascinante. Envoyés en exil à l’époque de l’Empire assyrien, il y a plus de 27 siècles, ils ont erré de génération en génération pendant des siècles en Asie centrale et en Extrême-Orient, avant de s’installer dans ce qui est aujourd’hui le nord-est de l’Inde, le long de la frontière avec la Birmanie et le Bengladesh.

Tout au long des siècles, ils ont conservé des coutumes et rituels familiers aux Juifs : une semaine par an ils ne mangent pas de blé, les garçons sont circoncis (dans une région où cette pratique est totalement inconnue) et certains de leurs chants sont consacrés à Jacob ou à la séparation des eaux de la mer.

En 2005, le grand rabbin sépharade d’Israël Shlomo Amar les a reconnus comme descendants légitimes de la tribu de Manassé. À ce titre ils peuvent bénéficier de la loi du retour sous réserve toutefois de se convertir au judaïsme afin de pouvoir être considérés comme Juifs par le rabbinat.

Le rabbin Michael Freund de l’organisation Shavei Israël accompagne les immigrants depuis des années. « Comme chaque groupe d’immigrants, ils sont face à des défis et des difficultés que certains maîtrisent mieux que d’autres mais, globalement, nous pouvons parler d’une grande réussite. Il est vital pour eux de parvenir par leur travail à nourrir leur famille ». De nombreux membres de la communauté Bnei Menashe travaillent dans des usines du nord du pays spécialisées dans la haute technologie. D’autres sont infirmiers, hygiénistes dentaires, travailleurs sociaux ou rabbins. Les jeunes eux servent dans l’armée et font des études universitaires.

 

Autres informations :
252 membres de la communauté Bnei Menashe sont arrivés en Israël (en anglais), Israel 21c
https://www.israel21c.org/252-new-immigrants-from-lost-tribe-arrive-in-israel/
Site Internet de l’organisation Shavei Israel (en anglais)
https://shavei.org/
Vidéo (en anglais)
https://israelzwischenzeilen.com/2021/01/mehr-juden-aus-verlorenen-staemme-kommen-nach-israel/

 

[Photo : Eleonora Shiluv, fournie par ministère de l’Aliyah et de l’Intégration – source : http://www.israelentreleslignes.com]

Le Yémen est un État arabe situé au sud-ouest de la péninsule arabique. « Plus de 10 000 morts, plus de 2 millions de déplacés, une famine qui gagne du terrain, des épidémies de choléra et de diphtérie : après trois années de guerre, le Yémen connaît la plus grave crise humanitaire survenue depuis la Deuxième Guerre mondiale. À Aden (Yémen), un pogrom a eu lieu (2-4 décembre 1947).
Publié par Véronique Chemla
Le Yémen est un État arabe situé au sud-ouest de la péninsule arabique.

Il serait l’ancien royaume de Saba, évoqué dans la Bible.

Juifs
Les Juifs étaient anciennement établis au Yémen.
Le royaume juif yéménite de Himyar a duré du IVe siècle au VIe siècle. Lui a succédé un royaume chrétien.Trois groupes religieux de Juifs yéménites coexistaient :
– les Juifs Baladi (balad, pays en arabe) respectent les règlements préconisés par Moïse Maimonide ou Rambam, fondés sur leur interprétation du Mishné Torah ;
– les Juifs Shami ont accepté la Kabbale, et respectent rigoureusement dans leur liturgie les usages de l’Ari. Le texte de leur livre de prières est imprégné par la tradition sépharade. Leur halakha (loi juive) est influencée par le Rambam et le Choulhan Aroukh, code de la halakha compilé par Joseph Caro au XVIe siècle. Les Sépharades de Syrie ont influé sur leur interprétation de la halakha ;
– les Maïmonidéens, « Rambamistes » ou Talmidei HaRambam appliquent strictement la loi talmudique conformément à Moïse Maïmonide, ce qui les identifie aux Baladi, mais ont écarté le Zohar et la Kabbale lourianique. Le mouvement Dor Daïm a exercé une grande influence sur eux. De 1881 à 1910, des Juifs yéménites ont fait leur aliyah en Eretz Israël (Terre d’Israël), alors dans l’empire ottoman.1913. La sharia est imposée, ce qui aggrave la dhimmitude, statut déshumanisant, cruel, inégalitaire, des non-musulmans sous domination islamique.1922-1928. « Décrets sur la conversion forcée des orphelins, exclusion des Juifs de la fonction publique et de l’armée ».

De 1929 à 1939, l’Agence juive a organisé cette aliyah en Palestine mandataire.

1931 : Émeutes.

2-4 décembre 1947. À Aden (Yémen), alors protectorat britannique, un pogrom a eu lieu pour protester contre l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU du plan de partage de la Palestine mandataire. Bilan : 82 morts, 76 Juifs blessés, maisons juives pillées. Certains Arabes et Indiens ont abrité des voisins ou amis juifs.

1948 : « L’imam Ahmad oblige les Juifs à transmettre aux Yéménites leur savoir-faire dans les métiers de l’artisanat et du commerce avant de quitter le pays ».

Accusation de crime rituel.

1949. « Interdiction formelle de sortir du pays (à l’œuvre depuis toujours). Établissement de la liste des biens et propriétés des Juifs, base de rançonnement ultérieur ».

1949. Israël a ramené dans le nouvel État juif recréé, par une opération aérienne, 49 000 Juifs yéménites persécutés (Opération Tapis volant). Restent alors environ 1 200 Juifs.

1967. Des émeutes anti-juives surviennent durant et après la Guerre des Six-jours. L’Armée britanniques se porte au secours des Juifs à Aden.

Depuis 2009, Israël est parvenu à exfiltrer la quasi-totalité de la communauté juive yéménite. Dans l’État juif, ils retrouvent leurs familles.

Le 22 mai 2012, Harun Yusuf Zindani, Yéménite juif âgé de 50 ans, a été mortellement poignardé, dans le dos, par un de ses concitoyens musulmans, qu’il ne connaissait pas, à Sanaa (Yémen). L’assassin, qui accusait sa victime de sorcellerie, a crié lors de l’agression :  » Toi le juif, tu as nui à mon commerce avec ta sorcellerie « . Il a été interpellé par la police.

En 2018, demeuraient au Yémen une cinquantaine de Juifs, dont une quarantaine à Aden, dans une zone sûre, près de l’ambassade des États-Unis.
En mars 2020, le cimetière juif d’Aden a été détruit.
Le 13 juillet 2020, les rebelles Houthi, soutenus par l’Iran, ont capturé les derniers Juifs du Yémen du district de Kharif. Le 16 juillet 2020, ils ont autorisé cinq Juifs à quitter le Yémen.
Resteraient les familles des frères Suleiman Musa Salem et Sulaiman Yahya Habib à Sanaa, et de Salem Musa Mara’bi, qui a déménagé dans un centre du ministère de la Défense. Ils s’étaient abrités à l’ambassade des États-Unis en 2007 après que les Houthis les aient agressés et aient pillé leurs maisons.
Le 10 novembre 2020, Mike Pompeo, secrétaire d`État américain, a demandé la libération immédiate et inconditionnelle de Levi Salem Musa Marhabi. Celui-ci est détenu par la milice houthi depuis quatre ans, bien qu’un tribunal ait ordonné sa libération en septembre 2019. Marhabi avait aidé une famille juive yéménite à faire son aliyah en emportant ses rouleaux de la Torah.
Il resterait 26 Juifs au Yémen. Sans compter les adolescentes juives kidnappées, vraisemblablement mariées de force et ayant eu des enfants.

Guerre
Au Yémen, s’affrontent depuis 2015 l’Arabie saoudite et l’Iran, ainsi que leurs alliés réciproques et divers mouvements terroristes islamistes. Les rebelles houthi sont soutenus par l’Iran et l’armée yéménite bénéficie du soutien de l’Arabie Saoudite qui a déclenché en 2015 l’opération « Tempête décisive », « pour restaurer l’autorité du président du Yémen et mater les rebelles houthi », et réuni neuf pays arabes sunnites : Maroc, Soudan, Égypte, Jordanie, Koweït, Bahreïn, Qatar, Émirats arabes unis et Arabie saoudite.

En 2015, The New York Times révélait que les Émirats Arabes Unis (EAU) y ont déployé « une partie de la brigade de 1800 mercenaires qu’ils ont secrètement mis sur pied depuis cinq ans ». Soit 450 mercenaires, essentiellement colombiens. « Si la mission au Yémen des soldats de fortune latinos n’est pas encore très claire – autorités émiraties et Commandement central américain ayant refusé tout commentaire – le New York Times assure que les sud-américains ont rejoint d’autres mercenaires – des Soudanais – stipendiés eux par l’Arabie saoudite. Selon un témoignage anonyme d’un participant au projet de la « brigade latino », les mercenaires touchent entre 2000 et 3000 dollars par mois. Un salaire « royal » comparé aux 400 dollars qu’un militaire touche en Colombie. Ceux qui sont déployés au Yémen toucheraient une prime de risque de 1000 dollars par semaine ».

Une guerre sans souci pour les victimes civiles. Et dans l’indifférence de la « communauté internationale ».

Arte a diffusé « Yémen, le chaos et le silence » (Jemen – Die Welt schaut weg), documentaire réalisé par François-Xavier Trégan, puis l’interview du réalisateur par Emilie Aubry. Ce documentaire « propose une traversée inédite de ce pays dévasté ».

« On ne sait quasiment rien de ce conflit qui, muselé par ses protagonistes, se joue à huis clos ». Depuis trois ans, ce conflit « se déroule pratiquement sans témoin extérieur ».

Le documentariste François-Xavier Trégan « accomplit un voyage inédit et terrifiant dans un pays exsangue, dévasté par les bombardements et les combats, en proie à une crise sanitaire » – épidémie de choléra – « et alimentaire dramatique » : famine.

« En fil rouge de cette traversée, le film suit Peter Maurer, le président du Comité international de la Croix-Rouge, une des rares personnalités à avoir pu sillonner le pays afin d’alerter la communauté internationale ».

« D’Aden, dans le sud, à Sanaa, dans le nord, en passant par Taez, la ligne de front, ce road-movie émaillé de rencontres traverse un territoire rongé par les divisions politiques et religieuses, et dévasté par le conflit ».

Ce « voyage est aussi l’histoire d’une désillusion. Car en écho à cette guerre se raconte l’échec du « printemps arabe » de 2011 et de ses ambitions de paix et de démocratie ».

« Des témoignages cruciaux pour mieux comprendre ce pays au destin tragique, jouet fragile d’un affrontement dont la population civile paie de plus en plus lourdement le tribut ».

« Yémen, le chaos et le silence », documentaire par François-Xavier Trégan
France, Memento, Arte GEIE avec la participation du CNC, 2018, 52 min
Image : Stéphane Rossi
Montage : Nora Nervest
Sur Arte le 27 mars 2018 à 21 h 45
Visuels : © Memento/ARTE/Stéphane Rossi
Les citations proviennent d’Arte, et de la modélisation de Shmuel Trigano sur l’exil des Juifs des « terres d’Islam ». Cet article a été publié le 26 mars 2018, puis les 2 décembre 2018, 2 décembre 2019.
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

 - © Edgar Fonck

Écrit par Anne-Françoise Counet

Israël est un pays bilingue. Dans les faits, cependant, l’hébreu domine assez largement. L’hébreu et l’arabe sont les deux seules langues officielles. L’affichage se fait dans ces deux langues et dans le secteur commercial, parfois aussi en anglais, russe ou français. Au parlement, les députés peuvent s’exprimer dans la langue de leur choix mais il n’y a de traduction automatique que de l’arabe vers l’hébreu. Dans l’administration, l’hébreu reste la langue la plus utilisée bien que la plupart des documents soient, en principe, publiés en deux langues. Dans les tribunaux, on utilise l’hébreu. Il est toutefois possible de s’exprimer en arabe ou en anglais.

Société multilingue

Au niveau de l’enseignement, il existe deux systèmes éducatifs différents. Dans le système arabe, les cours se donnent en arabe classique (à la maison, les enfants parlent l’arabe palestinien) et les élèves apprennent, à partir de la 3ème année primaire, l’hébreu comme langue seconde et ensuite, l’anglais comme langue étrangère. Dans le système juif, les enfants doivent apprendre au moins une langue étrangère. L’anglais est obligatoire et en fonction des écoles, l’arabe et/ou le français sont proposés comme autre langue étrangère.

La francophonie en Israël est importante. Le pays comprendrait entre 850.000 et 1.000.000 de francophones, soit environ 10% de la population. Il s’agit principalement de Juifs d’origine d’Afrique du Nord, arrivés en Israël dans les années 50-60, de francophiles venus de l’Europe de l’est après la chute du Mur et plus récemment de Juifs ayant quitté la France ou d’autres pays francophones suite aux attentats islamistes et à la montée de l’antisémitisme. Les Français sont de loin les plus nombreux (environ 150.000 personnes). Un bon nombre d’entre eux se regroupent dans certaines villes comme Netanya, au nord de Tel-Aviv où l’on compte près d’un habitant sur trois. Ils ont leurs commerces, activités culturelles, médecins, … en français car, souvent à la retraite, ces immigrants ont du mal à apprendre l’hébreu.

Malgré ce grand nombre de francophones et le soutien de la France, Israël n’est pas membre de l’Organisation internationale de la Francophonie. Les raisons ne sont pas d’ordre linguistique (de nombreux pays membres de l’OIF comptent bien moins de personnes parlant le français) mais plutôt d’origine politique.

Soutien de la France

Le dispositif culturel et linguistique mis en place par la France est particulièrement développé. Cinq établissements scolaires offrent un cursus conforme au système français. L’Institut culturel français possède cinq antennes dans tout le pays ainsi que plusieurs en territoires palestiniens, ce qui multiplie les offres de cours et d’activités culturelles. Le réseau des associations FLAM permet aux enfants franco-israéliens scolarisés en hébreu de maintenir leurs compétences en français. Serge Borg, attaché de coopération éducative et linguistique de l’Ambassade de France épingle quelques initiatives : la Semaine de la langue française organisée en synergie avec 15 autres ambassades de pays membres de la Francophonie, le travail de promotion du français réalisé par le Groupe des Ambassadeurs Francophones, le projet Saison-Croisée France-Israël (moments d’échanges privilégiés entre artistes, intellectuels, scientifiques et entrepreneurs), sans compter le soutien à la promotion du français en collaboration avec les universités et les professeurs de français du secondaire. La France a également investi dans la recherche avec la création en 1952 du Centre de Recherche Français à Jérusalem (CRFJ). Sa vocation initiale était la recherche archéologique avant de s’élargir à des disciplines des sciences humaines, selon trois axes  : - archéologie, - histoire, traditions, mémoire, - sociétés et cultures d’Israël et Palestine. Le CRFJ possède une très intéressante chaine Youtube.

Enseignement secondaire

Si le français n’est pas la première langue étrangère étudiée, le nombre d’apprenants est en progression de 15% ces cinq dernières années explique Doris Ovadia, inspectrice générale de français au ministère de l’Éducation israélien. Et c’est sans aucun doute grâce au dynamisme de cette ancienne professeure épaulée par une équipe d’enseignants motivés, regroupés au sein de l’Association des professeurs de français israéliens (APFI). Les élèves sont attirés par des activités originales et variées : – soirées théâtre entre Israéliens et olims (immigrants juifs français) ; – journées du cinéma français ; – projets sur des thèmes spécifiques comme le sauvetage des enfants juifs en France pendant la Shoah avec projection de films, conférences et témoignages en direct ; – concours de recettes de pâtisseries en capsules-vidéo dont le vainqueur aura la chance de se retrouver aux côtés du chef pâtissier de l’ambassade ; – concours culturels type « questions pour un champion » avec à la clé des voyages en France.

Le nombre de francophones de langue maternelle étant élevé (10% environ), le recrutement de professeurs de français ne pose pas vraiment de problèmes. Il y a par contre, assez peu de candidats pour apprendre le français en tant que langue étrangère. Ceux qui choisissent le français, le font par goût pour la culture mais pas à des fins professionnelles. Il y a assez de candidats sur le marché du travail qui ont les diplômes requis et parlent le français à la maison.

 

 

 

Enseignement universitaire

Dans les universités, le nombre d’étudiants de français diminue pour les raisons qu’on vient d’évoquer. À l’université religieuse Bar-Ilan, «  en 25 ans, les effectifs ont été divisés par trois, au niveau du nombre de professeurs et d’étudiants mais les chiffres restent stables depuis quelques années   », précise le professeur Gary Mole, directeur du département de culture française. Deux filières sont proposées : – la filière culture française, avec des cours dispensés en hébreu puis en français, quand le niveau de langue est suffisant ; – la filière de français, destinée aux étudiants francophones et à ceux qui ont passé le bac en français. Ces filières offrent des débouchés professionnels en traduction, communication ou journalisme. Quant aux doctorants, la plupart partent à l’étranger. Selon Gary Mole, il serait intéressant de penser à développer un troisième programme destiné à ceux qui parlent le français à la maison qui sont très bons à l’oral mais ont des lacunes pour s’exprimer par écrit. Notons que cet établissement scolaire tourné vers la francophonie possède une bibliothèque riche de plus de 35.000 ouvrages en français, la plus grande du Moyen-Orient.

L’université de Tel-Aviv a ouvert un département de français dans les années soixante grâce aux excellentes relations qu’entretenaient Israël et la France. Actuellement, la situation est moins favorable. L’université ne propose plus qu’un programme de français qui compte entre 60 et 80 étudiants. Ce programme consiste en 3 années de licence plus éventuellement 2 années de maitrise. Le français doit être associé à une autre discipline telle que l’histoire, par exemple. Comme à l’université Bar Ilan, ce cursus attire aussi des adultes à la retraite, en élèves libres. Comme l’explique Nadine Kuperty-Tsur, directrice du programme, des projets sont développés en collaboration avec d’autres universités francophones, comme en Côte d’Ivoire. Plus rien depuis quelques années, avec la Belgique mais Wallonie Bruxelles International continue à financer un abonnement au portail CAIRN. Cette importante base de données regroupe un ensemble de revues de sciences humaines et sociales en français. « Cette ouverture vers une autre culture est essentielle pour notre université plus orientée vers la culture américaine », souligne la directrice.

Les jeunes qui s’installent en Israël peuvent être accompagnés dans leur projet d’alya (« montée » au sens religieux, c’est-à-dire l’immigration pour un Juif vers Israël) par le Centre national des étudiants francophones (CNEF) dirigé par Sam Kadosh. « Nous aidons principalement les étudiants à connaitre le système israélien, qui est différent du système français. » Pour ces jeunes, choisir de vivre en Israël est une démarche qui demande de la persévérance puisqu’ils doivent apprendre l’hébreu et faire deux ans de service militaire quand ils obtiennent la citoyenneté.

Médias

Au niveau de la presse, pas de journaux en français dans les kiosques mais quelques titres en version électronique comme la parution française de « Times of Israël  » ou « le Monde juif  ». Plusieurs revues sont publiées en français  : « Le P’tit Hebdo  », les mensuels «  Mosaïques  » et « Israël magazine » ou la revue culturelle annuelle « À la Page ». Sans oublier la revue « Continuum », créée il y a près de vingt ans, entre autres, par Marlena Braester, écrivaine et poétesse d’origine roumaine. « Nous voulions faire entendre la voix des écrivains israéliens francophones, mais aussi des écrivains israéliens de langue hébraïque ou arabe, en traduction, ainsi que des auteurs français en traduction hébraïque.  » La revue présente chaque année au Salon de la revue à Paris, est distribuée à Paris et même en Belgique. Enfin, la radio et télévision nationales proposent quelques heures d’informations en français par jour. i24News, chaine d’informations internationales en continu, qui diffuse ses programmes en anglais, en arabe et en français, a lancé sa chaine TV en Israël en 2018, doublée d’un portail internet.

Les francophiles amateurs de littérature ne sont pas en reste. La libraire « Le Foyer » à Tel-Aviv et la librairie «  Vice Versa » à Jérusalem proposent livres et revues en français ainsi que club de lecture ou rencontres avec des écrivains, avec une véritable envie de faire rayonner la culture française. La dynamique nouvelle propriétaire de Vice Versa, Nathalie Hirschsprung, ne manque pas d’idées pour mettre en valeur les sorties littéraires.

 

 

 

[Photos : Edgar Fonck – Source : http://www.agora-francophone.org]

(AY 46, 1992)

Kuando i por ken fue renovada la komunidad djudia de Yafo en la epoka moderna?

Segun los istoriadores djudios ke trataron de esta kestion esto avria sido echo despues de 1850, por un grupo de djudios a la kavesera de los kualos se topava rabi Yeuda Levi de Raguza (oy Dubrovnik). Kaje al mizmo tiempo arivo a Yafo la famiya Chelouche, de los djudios de Maroko, i ay tambien ken konsidera a los miembros de esta famiya komo los primeros djudios ke se aresentaron en Yafo, verso la metad del siglo pasado. Ma, si son verdaderas las konkluziones a las kualas yego la istoriadora Dr. Hanna Ram, parese ke el onor de aver renovado la komunidad djudia de Yafo reviene a los djudios de Turkia ke empesaron a aresentarsen en Yafo en la segunda metad del siglo XVIII.

En un artikolo titulado « Las rayizes sefaradis de Yafo » i publikado por Tami Lehman Wilzig en la revista de El Al, la kompania aerea de Israel, es kontado komo Dr. Ram yego a esta konkluzion en segito a las investigasiones ke izo, despues ke fue enkargada de organziar un muzeo sovre la istoria de Tel Aviv, istoria ke segun se save empesa djustamente en Yafo.

Bazandose sovre los archivos de Sir Moses Montefiore i de la Biblioteka Nasionala i Universitaria, ansi komo sovre piedras tombalas en un viejo bedahem de Yafo, la Dra. Hanna Ram yego a unas kuantas konkluziones muy interesantes.

Por el porto de Yafo yegavan la mayoria de los djudios, entre eyos munchos de los ekspulsados de Espanya, ke vinieron a Erets Israel komo pelegrinos o para aresentarsen en la Tierra Santa. Ma de la metad del siglo XVII i asta los prinsipios del siglo XVIII, sus numero menguo muncho, entre otras a kavza de las kondisiones de vida partikularmente duras en el paiz i de los fuertes dasios ke tenian ke pagar.

La situasion empeso a trokar para bueno kuando un grupo de djudios rikos de Estambol formaron una komision para ayudar finansiariamente a la komunidad djudia de Erets Israel. Verso la metad del siglo XVIII esta komision empeso a organizar ondas de aliya a la Tierra Santa i espesialmente a Yerushalayim, ma ya se save ke a lo menos dos famiyas se aresentaron en Yafo. Mas tadre, verso la fin del siglo yegaron grupos mas grandes de djudios de Estambol i pujo ainda mas el numero de los ke eskojeron de bivir en Yafo.

Las investigasiones de la Dra. Ram permetieron de deskuvrir, entre otras, ke el lider espiritual de esta komunidad era el rabino Nisim Yaakov Forojan ke su tomba se topa en un viejo bedahem en Yafo.

La puja en el numero de los djudios de Turkia ke azian sus aliya a Erets Israel izo sovresalir el menester de un « Han » onde puedan pasar sus primeros dias (o semanas o mezes) en el paiz, asta ke topen onde morar. La solusion a este problema fue dada por Yaakov Zonana, ke enkavesava el komite de djudios de Estambol del kual avlimos, i ke merko para este buto una grande fragua en Yafo.

Bushkando a ver si kedo algo de este han, Dr. Ram tuvo la suerte de enkontrar un viejo djudio ke desde 1949 sirvio komo shamash de un kal de Yafo. El konto komo, a su yegar a esta sivdad, bushkando una fragua ke pudiera servir de kal, el oyo sovre un viejo kal onde se uzava azer orasiones anyos atras ma ke ya estava serrado.

Despues ke le fueron echas reparasiones, este kal empeso a atrayer los olim ke avian sido aresentados en Yafo, ansi ke algunos djudios veteranos ke bivian serka de ayi.

A la entrada de este kal, ke se topa en la kaye « Mazal Dagim » de la vieja Yafo, se puede ver agora una plaka sovre la kuala esta eskrito ke: « ….en este lugar fue avierto, en 1740, el primer han djudio de Yafo… ».

El kal de muestros dias okupa solo una parte de una grande fragua ke es (a la vista) el han avierto kon el ayudo de Yaakov Zonana. En desparte del kal ay en esta fragua, oy dia, moradas ansi ke una galeria de arte i un atelie de djoyeria.

El arkeologo Prof. Meir Ben Dov ke examino el lugar konfirmo la antiguedad de esta fragua, debasho de la kuala deskuvrio tambien una grande bodega. A la vista, disho el, el patron de esta fragua era muy riko. I en efekto, Zonana era riko, ma el supo tambien servirse de su rikeza para ayudar a su komunidad, entre otras, en avriendo este han ke sus restos impresionantes pueden ser vistos asta oy.

El buto de Zonana en avriendo este han era de fasilitar la aliya de djudios de Estambol a Yerushalayim, ma en desparte de esto i sin averlo planeado de antes, el pozo tambien la baza de la mueva komunidad djudia de Yafo, en la epoka moderna.

 

[Orijin: http://www.akiyerushalayim.com]

Ethnie d’Amérique du sud, les Incas ont fondé un empire le long de la côte pacifique de ce continent, et avaient une société hiérarchisée. Dans deux mini-sites Internet dédiés aux civilisations pré-colombiennes, Arte propose des séries documentaires – « Enfants du Soleil » et « Civilisations perdues » – dont deux numéros sont consacrés aux Incas. Les Moshe B’nai (« Enfants de Moïse », en hébreu) ou Juifs Inca ont pour la plupart fait leur aliyah.
Publié par Véronique Chemla
Épanouie dans les Andes, la civilisation inca est née à l’aube du XIIIe siècle dans le bassin de Cuzco (actuel Pérou). Elle s’est étendue le long de l’océan Pacifique et de la cordillère des Andes. Habiles architectes, les Incas ont fondé leur première ville : Cuzco (nombril, en quechua, langue de l’ethnie dominante)où fut construit le Temple du Soleil.

Royaume important de l’Amérique précolombienne, l’empire inca comprenait la plus grande partie de l’Équateur, du Pérou et près de la moitié ouest de la Bolivie actuels. Fort de douze à quinze millions d’habitants, il était dirigé par le Sapa Inca (Inca unique, Nda). Cet empire a intégré, « dans une organisation étatique originale, la multiplicité socioculturelle des populations hétérogènes qui le composaient » et vouaient un culte au Soleil.

Heureux hommes, les Incas ignoraient l’impôt. Ils pratiquaient le troc. Dotée de terrasses (les andenes), l’agriculture de montagne privilégiait, parmi les tubercules, la pomme de terre. Autres cultures : le quinoa, une graine qui tolère des altitudes aussi élevées que 4 000 m, le maïs, les tomates, les arachides, les haricots, les piments, l’ananas, le cacao, et la coca précieuse pour les cérémonies. L’irrigation s’effectuait via des canaux et aqueducs amenant l’eau nécessaire aux paysans.

Dès 1532, menés par Francisco Pizarro (1475-1541), les conquistadors espagnols, fins stratèges, mieux armés, ont conquis l’Empire inca miné par des divisions et dont le nouvel empereur Atahualpa était leur captif tué en 1533 malgré l’or livré contre sa libération. Ils ont été alors perçus comme les Dieux prévus par des prophéties.

Un siècle après la conquête espagnole, ne restent qu’environ 600 000 Incas.

Judaïsme, Juifs, Israël
« Dans le livre de la Genèse, la Torah raconte qu’une catastrophe d’ordre mondial s’abattit sur la terre, anéantissant (presque) toute l’espèce humaine, animale et végétale – le déluge. D.ieu ordonna à Noa’h de confectionner une arche dans laquelle il serait protégé, lui et sa famille, repeuplant ainsi l’humanité. Noa’h devait sauver avec lui également l’espèce animale, celle que nous connaissons aujourd’hui, les autres n’ayant pas survécu au déluge, nous ne connaissons d’eux que leurs ossatures. « J’établirai Mon alliance avec toi. Tu entreras dans l’arche, toi et tes fils, et ta femme et les femmes de tes fils avec toi. Et tout vivant, de chaque chair, deux de tous tu feras venir vers l’arche, pour (les) faire vivre avec toi. Mâle et femelle ils seront. » (Genèse 6:18,19) Alors périt toute créature se mouvant sur la terre : oiseaux, bétail, bêtes sauvages, tous les êtres pullulants sur la terre, et toute l’espèce humaine.” (Genèse 7:19,20,21) Seuls un homme et sa famille furent épargnés – Noa’h et les siens. » Pour les Incas, « c’est D.ieu qui aurait « exterminé les géants », laissant seulement une poignée d’individus pour repeupler le monde ».

Les Moshe B’nai (« Enfants de Moïse », en hébreu) ou Juifs Inca représentaient des centaines de convertis au judaïsme, originaires de la ville de Trujillo, au nord de Lima, capitale du Pérou. Les ancêtres de ces métisses (mestizos) étaient des Juifs espagnols, des Amérindiens, des Incas…

En 1958, vivant à Cajamarca, Alvaro et Segundo Villanueva Correa, deux frères catholiques, lisent la Torah et décident de se convertir au judaïsme. Leur quête spirituelle rencontre celle d’autres Péruviens. Tous commencent à célébrer le chabbat, les fêtes juives… Ils aspirent à rejoindre le peuple juifs, mais ils demeurent isolés à Trujillo. Après avoir complété sa formation auprès de Juifs séfarades en Espagne, Villanueva Correa retourne au Pérou et enseigne le judaïsme à quelques 500 catholiques à Trujillo. D’autres sources indiquent qu’il aurait créé un kibboutz près de Cajamarca. Tous se convertissent au judaïsme. Faute de viande cacher, ces Juifs consomment des poissons avec des écailles. Ils savent qu’ils doivent porter des téfilines (phylactères), deux boîtiers en forme de cubes de petites tailles renferment quatre passages de la Bible et sont fixés au bras ainsi qu’à la tête par des lanières de cuir, en particulier durant la lecture de la prière Chema (Écoute) par les hommes ayant effectué leur bar-mitzva marquant leur majorité religieuse. Mais ces Juifs pieux ignorent comment se procurer des téfilines, au prix hélas élevé pour nombre d’entre eux. Ils demandent à un menuisier de leur fabriquer des téfilines en bois, ce qui est conforme à la halacha, et utilisent de vieilles ceintures confectionner les lanières des téfilines.

En 1985, Villanueva contacte le Rabbi de Loubavitch. En 1988, envoyé par ce mouvement, le rabbin Myron Zuber montre aux convertis en particulier comment assurer la cacherout et observer le chabbat selon la halacha (loi juive).

Convertis par un Beth Din (tribunal religieux, en hébreu) notamment en Israël, les Moshe B’nai ont majoritairement fait leur aliyah – 300 en 1991, 200 quelques années plus tard – pour s’établir en Judée et Samarie, notamment à Kfar Tapuach. L’un des fils de Segundo Correa, qui avait adopté le prénom hébraïque de Zeruvabel Tzidkiyahu, est le premier rabbin de cette communauté. Dirigée par Michael Freund, l’association Shavei Israel a contribué à leur aliyah.

Près de 30 B’nai Moshe se sont installés à Lima. En 2001, 84 autres ont été officiellement convertis.

En 2020, les éditions Chandeigne ont publié « Sous le ciel de l’éden. Une mémoire marrane au Pérou ? » de Nathan Wachtel, professeur au Collège de France. « La population de la petite ville de Celendín dans la région de Cajamarca au Nord du Pérou a la réputation d’être d’origine judéo-portugaise. Selon la tradition orale, plusieurs « indices » conforteraient cette idée : les habitants de Celendín auraient la peau « la plus blanche de tout le Pérou », et ils s’adonneraient au commerce ou aux études, ce qui expliquerait qu’ils voyagent toujours autour du monde, comme le « Juif errant ». Par ailleurs, dans les années 1989-1991, la région Nord du Pérou (Trujillo, Cajamarca, Celendín, etc.) fut le théâtre d’une conversion collective au judaïsme orthodoxe de plus de cent personnes, suivie par de nombreux départs pour Israël. Ces faits curieux sont à l’origine d’une enquête aussi érudite que passionnante qu’a menée le spécialiste de l’Amérique latine et du marranisme, Nathan Wachtel, professeur au Collège de France, sur les origines juives portugaises de cette ville. D’où vient la réputation de l’origine juive portugaise de Celendín ? Ceux qui se sont officiellement convertis au judaïsme seraient-ils les descendants des nouveaux-chrétiens du temps de l’Inquisition ? Existe-t-il encore des traces de coutumes familiales qui manifesteraient une mémoire marrane – plus ou moins consciente ? Fidèle à la méthode de l’anthropologie historique, Nathan Wachtel révèle l’étonnante histoire de ces communautés, interrogeant leur identité. Mêlant enquête de terrain et documents d’archives, il fait d’incessants allers-retours entre le passé et le présent à travers la lecture des mythes et témoignages oraux. En historien et en anthropologue, l’auteur fait ainsi participer le lecteur à l’enquête et développe une démonstration magistrale. »

« Enfants du Soleil – Les Incas »

Arte consacre un dossier aux « Mayas, Aztèques et Incas – Les enfants du Soleil ». « Grandeur et mystères des cultures maya, inca et aztèque : grâce à des techniques de pointe, historiens, anthropologues et archéologues nous emmènent dans les coulisses de chantiers de fouilles et livrent des éclairages passionnés sur l’intimité de ces civilisations précolombiennes disparues ».

Jusqu’au au 26 juillet 2020, la chaîne franco-allemande Arte propose sur son site Internet « Enfants du Soleil – Les Incas » (Söhne der Sonne (2/3) – Die Inka) documentaire allemand réalisé par Gabriele Wengler (2020).

 « Au XIIIe siècle, dans la cordillère des Andes, les Incas sont parvenus à édifier le plus vaste empire de l’époque en seulement quelques décennies. Ils régnaient alors sur plus de deux cents peuples et quelque 10 millions d’individus.

« Dans cette société où le sacré occupait une place prépondérante, de nombreux sacrifices humains – notamment d’enfants – étaient pratiqués, les élus devenant à leur tour des dieux. Avec leurs temples recouverts d’or, les Incas ont éveillé l’intérêt des Européens, à commencer par l’explorateur espagnol Francisco Pizarro, venu conquérir l’empire au XVIe siècle ».

« Historiens, anthropologues et archéologues nous emmènent dans les coulisses de chantiers de fouilles et livrent des éclairages passionnés sur les cultures maya, inca et aztèque. Leur quotidien est ici reconstitué avec l’appui d’acteurs et actrices issus de populations locales. Un voyage dans l’intimité de ces civilisations disparues, dont les mystères se dévoilent progressivement grâce à des techniques de pointe. »
« Enquêtes archéologiques – La géographie sacrée des Incas »
Arte propose des documentaires dans le cadre de « Mayas, Incas et Aztèques – Civilisations perdues de l’Amérique ». « Un voyage dans le temps au cœur des civilisations précolombiennes Maya, Inca et Aztèque. Des sociétés disparues faites de vastes empires et dont la grandeur et les mystères ne cessent de nous fasciner. El Mirador au Guatemala ; Ciudad Perdida, la cité perdue au nord de la Colombie ; Choquequirao au Pérou et les cités de Tenochtitlán et Teotihuacan au Mexique sont autant de sites dont les archéologues et autres anthropologues tentent d’élucider les secrets. »

« Enquêtes archéologiques – La géographie sacrée des Incas » (Abenteuer ArchäologieDie heilige Geografie der Inka) est réalisé par Agnès Molia et de Nathalie Laville.

« L’archéologue Peter Eeckhout revient dévoiler les mystères des civilisations anciennes. Au Pérou, à plus d’une centaine de kilomètres des célèbres sites de Cuzco et de Machu Picchu, un autre joyau de l’architecture inca, bien moins connu, mobilise toute l’attention des archéologues : Choquequirao, situé à plus de 3 000 mètres d’altitude ».

« Pour comprendre ce site exceptionnel, les scientifiques font appel à une spécialité peu connue, l’archéologie du paysage. Cette discipline étudie les relations entre l’architecture et l’environnement naturel ».
Nathan Wachtel, « Sous le ciel de l’éden. Une mémoire marrane au Pérou ? » Les éditions Chandeigne, Paris. 13 février 2020. 200 pages. ISBN : 978-2-36732-194-3. 20 €
« Enfants du Soleil – Les Incas » de Gabriele Wengler
Allemagne, 2020, 52 min
Disponible du 26/06/2020 au 26/07/2020
Visuels : © doc.station/Hans Jakobi
« Enquêtes archéologiques – La géographie sacrée des Incas » d’Agnès Molia et de Nathalie Laville
France, 2018, 27 min
Disponible du 18/06/2020 au 23/08/2020
Les citations proviennent d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Peintre et dessinateur né en Roumanie, Ben-Ami Koller (1948-2008) avait fait son aliyah en 1974. Il se distinguait par la qualité de sa ligne, explorait l’expressionnisme abstrait coloré, revenait vers le figuratif par/pour des œuvres bouleversantes sur la Shoah qui avait décimé sa famille.


Une rétrospective de Ben-Ami Koller à Fontenay-sous-Bois

Publié par Véronique Chemla

Ben-Ami (fils de mon peuple en hébreu) Koller était né à Oradea (Transylvanie, Roumanie) le 14 mai 1948. Sa mère avait été déportée à Auschwitz et sa famille décimée par la Shoah. Ben-Ami Koller avait été distingué, « à l’âge de 7 ans, par un premier prix d’aquarelle dans le cadre d’un concours international organisé par la Chine ».

Quelques années après avoir obtenu le diplôme de l’Académie des Beaux-arts à Bucarest, il avait immigré en Israël en 1974.

Il devint célèbre pour ses grands dessins sur papier de nus et de visages, au crayon ou à la pierre noire. Installé en France en 1981, ce maître du trait bénéficiait d’une réputation internationale, illustrait des livres et enseignait le dessin et la peinture, aux enfants et aux adultes. Il a montré ses œuvres dans environ 200 expositions personnelles et collectives, en Europe, en Amérique, en Israël et au Japon. Ses œuvres figurent dans des collections publiques – Fonds national d’art contemporain, Bibliothèque nationale, Conseil général des Hauts-de-Seine, Fonds d’art contemporain de Seine-Saint-Denis, etc. – et privées : Narodni Galerie (Prague), Novotel et Axa. Le travail de Ben-Ami Koller a fait l’objet de plusieurs films, dont deux de l’Institut national de l’audiovisuel (INA).

Refusant la routine et l’ennui, cet artiste avait opté pour la peinture abstraite, colorée, expressionniste, lyrique, avec de hauts reliefs. Puis, il était revenu à la figuration.

« Depuis plus de deux ans déjà, j’ai orienté ma démarche vers le corps en souffrance… J’ai résolument tourné le dos à la couleur et à l’abstraction, et je suis revenu vers le corps et le visage exclusivement. Cette orientation a été en grande partie déterminée par l’histoire de ma famille ; le déclencheur fut le drame de la Shoah et de la déportation, puis mes recherches se sont étendues à un questionnement plus général sur la souffrance infligée au corps et à l’esprit. Cette préoccupation était déjà inscrite en filigranes dans mon travail depuis longtemps sans que je l’aie appréhendée clairement et sans que j’en aie fait la charnière de mon travail au point où je l’amène actuellement. Je pense que mon âge et mon vécu ont une importance énorme dans cette prise de conscience », expliquait Ben-Ami Koller, en 2008.

Synthèse de ses recherches et acquis, sa dernière série ’’Auschwitz’’ a été présentée en février 2008 à la Galerie Pierre Marie Vitoux (Paris) sous le titre « À tous les miens que je n’ai pas connus ». L’artiste y évoque la Shoah dont furent victimes ses grands-parents, la souffrance des victimes avec force, réalisme, empathie et douleur. Comme si leur âme le guidait.

Ce sont des visages émaciés aux grands yeux tristes, graves, implorants. Des corps courbés, squelettiques, déformés, suppliciés, dessinés en noir et blanc, sur des fonds parfois adoucis de gris, rose et beige.

En marge du colloque « Violences, parlons-en… », cette exposition hommage est organisée par l’association Mon Ami l’Artiste avec le soutien de la mairie d’Arles, et déclinée – concerts, conférences – dans divers lieux de la ville.

La revue Ici & Là (n° 10-11, mars 2009) a rendu hommage à cet artiste exigeant et homme attachant.

Après la Maison de la poésie (Guyancourt) au printemps 2009, la Médiathèque d’Arles-Espace Van Gogh a accueilli une exposition de 50 des derniers dessins sur papier, sous verre, de Ben-Ami Kollerdécédé le 15 décembre 2008, à l’âge de 60 ans, à Montreuil, alors qu’il travaillait sur des toiles destinées à être exposées à Arles. « Tous les dessins sont réalisés à la pierre noire sur papier. Certains sont rehaussés de lavis d’encre et de pastel sec », précise Annick Dollo-Koller, sa veuve.

Au printemps 2013, l‘Espace 111 a présenté l’exposition Variations du peintre Ben-Ami Koller.

À l’été 2013, l’association « Les amis de Charles Despiau et de Robert Wlérick » montrait au Centre d’art contemporain de Mont-de-Marsan des dessins dans lesquels le trait, d’encre, de fusain, de pierre noire ou de pastels secs est riche en sens. Ces « œuvres, bien au-delà de la représentation, sans jamais verser dan le narratif, s’ouvrent sur l’humanité dans ses dimensions sociales, historiques, imaginaires et sur le Réel. Elles livrent l’intimité de la chair avec ses meurtrissures de la naissance à la mort, pénètrent à l’intérieur du corps autant qu’elles délivrent leurs messages sur la condition humaine ».

« Depuis toujours le corps humain est un des plus grands thèmes de l’art particulièrement dans l’art occidental et il reste un sujet de prédilection dans l’art contemporain. Au fil du temps, le sens de ces représentations a évolué en fonction des croyances et des religions et leur diktat. En Grèce, de l’utilité incantatoire ou rituelle avec ses conventions formelles, la représentation humaine cherche à rendre compte de la réalité précise du corps jusqu’à l’idéalisation. À partir du XXe siècle, à ce corps idéalisé succèdent de nouvelles images qui tendent à annihiler l’intégralité, l’unité de la figure en lui conférant une dimension tragique, dramatique, illusoire ou dérisoire ».

Ben Ami Koller, « démultipliant son trait à la pierre noire prolongé dans de larges mouvements d’éponge, parfois effacé et repris en forme de palimpseste, explore avec une puissante sensualité le corps et plus précisément le corps et le sexe de la femme. La mort qui ne s’y manifeste que par quelques signes, devient de plus e en plus prégnante dans les œuvres sur la Shoah et ses corps décharnés ».

Le Centre d’art contemporain Raymond Farbos a présenté l’exposition collective « A corps et à trait » dédiée au dessin, à travers les œuvres de six artistes remarquables, dont Ben-Ami Koller.

Pour ses 30 ans, la galerie Marie Vitoux a présenté à l’automne 2018 une exposition collective avec des œuvres de Ben-Ami Koller.


Jusqu’au 14 septembre 2013
Au Centre d’art contemporain de Mont de Marsan
1bis-3, rue Saint-Vincent de Paul. 40000 Mont de Marsan
Tél. : 05 58 75 55 84
Du lundi au vendredi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h, le samedi de 14 h à 18 h

Les 20 et 21 avril 2013

À l’Espace 111

111, rue Stalingrad. 93100 Montreuil

Tél. : 01 48 59 64 11

De 14 h à 20 h
Vernissage le 20 avril 2013 à partir de 18 h.


Jusqu’au 5 novembre 2009

À la Médiathèque d’Arles-Espace Van Gogh
Aile sud 1er étage, Place Felix Rey, BP 240, 13200 Arles
Tél. : 04 90 18 41 20 et 06 24 51 32 05
Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. Entrée libre
monamilartiste@gmail.com

Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 612, mai 2009, de L’Arche, et sur ce blog le 1er novembre 2009, puis les 18 avril et 10 juillet 2013, 29 décembre 2018.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Eléonore et Eitan Bronstein, dans leur nouvel appartement à Ixelles : « D’autres Israéliens comme nous, juifs non-sionistes, sont aussi partis, à Berlin ou ailleurs. »

Écrit par Daniel Fontaine

Un aller simple Tel Aviv-Bruxelles. C’est le billet qu’Eitan et Eléonore Bronstein ont acheté il y a quelques mois, en compagnie de leur fils de trois ans. À 60 ans, Eitan a pourtant passé pratiquement toute sa vie en Israël. Il y a étudié, y a fait l’armée, y a travaillé. Eléonore y a vécu 15 ans comme chercheuse et militante.

Tous deux se sont battus pour faire évoluer le regard des Israéliens sur leurs voisins Palestiniens, leur histoire et sur la manière dont Israël se comporte en puissance coloniale dans la région. Un combat devenu au fil du temps de plus en plus difficile, de plus en plus dangereux, de plus en plus désespéré.

Menaces de mort

« On a assisté ces dix dernières années à un rétrécissement des paroles alternatives en Israël, constate Éléonore. On a reçu des menaces de morts. Des portraits de collègues d’autres ONG ont été affichés à de Tel Aviv, avec la mention ‘Traître’, leurs coordonnées et des menaces de mort. Travailler pour les droits humains, c’est considéré comme un acte déloyal à Israël. Si on ne soutient pas le projet sioniste tel qu’il est mené aujourd’hui, on serait déloyal au pays.« 

Et il n’y a pas de perspective d’une évolution significative : l’opposition politique aux différents gouvernements conduits par Benjamin Netanyahou ne propose pas de réelle alternative sur ces questions. La paix, même pour les partis de gauche, n’est plus un sujet porteur. L’actuel projet d’annexion de la Cisjordanie occupée ne suscite que peu de débats.

Un tank en rouleaux de papier toilette

Eléonore et Eitan Bronstein ressentaient cet étouffement progressif de leur parole depuis longtemps. Mais un événement a provoqué le signal d’un départ urgent du pays, pour eux et leur fils de moins de trois ans. C’est un détail presque banal, un bricolage d’enfant. Eléonore y a vu un signal d’alarme.

« Un jour, je suis allée récupérer Hadrien au jardin d’enfants, raconte-t-elle. L’école était entièrement décorée de drapeaux israéliens et de cartes d’Israël comprenant les territoires palestiniens. Arrivée en classe, je manque de tomber lorsque je découvre que, comme activité manuelle, a été proposé aux enfants de fabriquer des tanks en rouleaux de papier toilette. Des tanks de guerre, avec le drapeau israélien.« 

« J’ai vu la directrice, qui ne comprenait pas pourquoi j’étais choquée. Et face aux autres parents, je me suis sentie seule au monde. Ce jour-là, j’ai dit à Eitan : je vais partir, je ne vais pas élever mon fils ici. C’était la ligne rouge.« 

« Moi, je pouvais vivre là en tant qu’adulte qui fait des choix conscients. Mais je ne voulais pas que mon fils soit confronté à un décalage permanent entre ce qu’on dit à la maison et ce qu’il allait entendre à l’école, chez les copains, dans la rue et dans les livres pour enfants. Je voulais qu’il grandisse comme une enfant comme les autres.« 

Une présence militaire normale

En tant qu’Israélien depuis sa petite enfance, Eitan a vécu différemment cet épisode du bricolage militariste à l’école maternelle. « La différence entre nous, c’est que j’ai l’habitude de ce genre de chose. Quand j’ai vu les tanks, bien entendu, ça m’a attristé et fâché. Mais pour moi, c’est normal. L’armée amène parfois de vrais tanks en ville pour permettre aux familles de monter et jouer dessus.« 

« Cette présence militaire dans nos vies depuis l’enfance est normale en Israël. Mais j’ai compris la réaction d’Eléonore. Je l’ai soutenue pour rechercher autre chose à Bruxelles.« 

Il y a toute notre vie dans dix valises

Ce soir-là, Eléonore a allumé son ordinateur et a commencé à chercher des opportunités d’emploi ailleurs : »Je savais que ce serait à Bruxelles. C’est là que j’avais envie d’établir ma famille. Six mois après, j’étais recrutée. On a déménagé avec 10 valises. Il y a toute notre vie dans 10 valises. Tout ça s’est fait très rapidement. Et il n’y a pas un jour où je regrette d’avoir fait ce choix. Mon fils grandit à Ixelles. Il parle de chevaliers et de dragons avec ses copains, et c’est bien comme ça.« 

« Eitan m’a fait le plus beau des cadeaux en acceptant de quitter Israël, sourit Eléonore. Je sais ce que ça signifie pour lui. C’est aussi un aveu d’échec. Ça veut dire qu’on n’arrive pas à trouver notre place en tant que militants progressistes, anticolonialistes, dans cette société.« 

La peur de « se faire casser la gueule »

Eléonore reconnaît cependant qu’ils ont toujours pu exprimer leurs points de vue, mener des actions dans la rue, aller à la télévision, dire des choses radicales sur le colonialisme israélien. Elle a parfois craint de « se faire casser la gueule« , mais ça n’est jamais arrivé.

Leur démarche était précisément de faire entendre un récit alternatif, une histoire qui suscite un rejet spontané lorsqu’elle est racontée par des Palestiniens. Venant d’Israéliens, la possibilité d’écoute, d’identification est plus grande. Mais cette démarche a un prix pour ceux qui la portent, celui d’être considérés comme des traîtres à leur pays.

« Il y a une réelle stigmatisation des militants« , déplore Eléonore. « Il y a des appels au meurtre sur les réseaux sociaux, avec des menaces sur les enfants de ces gens. C’est très violent. Il y a de moins en moins de place pour des gens comme nous. Ça ne veut pas dire qu’il n’y en a plus.« 

L’hémorragie des militants et des intellectuels de gauche

Ce sentiment d’être progressivement rejetés par la société israélienne et de devoir finalement partir, Eléonore et Eitan ne sont pas les seuls à l’avoir ressenti. Le quotidien Haaretz a récemment consacré une longue enquête à ce phénomène, titrée « Après avoir perdu espoir dans le changement, de grands activistes et universitaires de gauche quittent Israël« .

En partant de l’histoire des deux Israéliens venus se réfugier à Bruxelles, Haaretz en évoque de nombreux autres qui faisaient partie de la gauche radicale et qui ont quitté le pays au cours de la dernière décennie. Ils avaient fondé ou milité dans des organisations comme B’TselemBreaking the silenceCoalition of women for peace, 21st Year, Matzpen… Certains sont des universitaires de premier plan qui ont dû émigrer pour pouvoir poursuivre leur carrière académique.

Un militant comme Eitan a, par exemple, peu de chance d’être engagé comme enseignant d’histoire ou de géographie dans une école. Les établissements ne prennent pas le risque de compter un professeur non-consensuel dans leurs rangs. Beaucoup d’Israéliens engagés pour la paix se retrouvent ainsi professionnellement bloqués.

Eléonore cite le cas d’Ariella Azoulay, « une des plus grandes penseuses de ce siècle« . Son cursus académique a été interrompu par l’université de Bar Ilan « en raison de ses opinions politiques« . Elle a fini par accepter un poste dans une des meilleures universités américaines et a quitté Israël.

Le privilège du second passeport

« Quand il n’y a plus de place pour des gens comme nous, il faut soit rentrer dans le rang, soit utiliser ses privilèges, soit partir« constate Eléonore.Et la possibilité de partir grâce à un passeport européen, c’est aussi un privilège. Les Juifs originaires du monde arabe (sépharades) ne disposent en général que du passeport israélien. Ils n’ont pas cette opportunité d’émigrer.

Pour poursuivre une carrière universitaire en Israël, les militants de gauche doivent cacher leurs opinions et leurs activités. Certaines organisations nationalistes, comme NGO Monitor ou Im Tirtzu se consacrent à les débusquer. Elles établissent des rapports sur les professeurs soupçonnés de déloyauté.

Si un enseignant utilise le mot « nakba« , il se fera critiquer pour ne pas avoir utilisé le vocabulaire voulu. Mais les militants refusent en général de trop se plaindre : ils estiment que ce qu’ils vivent représente encore peu de choses au regard de ce que subit la minorité palestinienne vivant en Israël, discriminée en matière d’emploi ou d’accès à la propriété.

Eitan a également ressenti cette diminution de l’espace disponible pour le message qu’il tente de porter : « Il y a de moins en moins de place pour parler d’une autre possibilité de vivre ensemble, Juifs et Palestiniens. Par rapport à il y a 20 ans, il y a un grand désespoir. Des gens comme nous, Juifs non-sionistes, sont déjà partis à Berlin ou ailleurs. D’autres sont toujours en Israël. On peut toujours y faire certaines choses. Mais sans espoir d’un réel changement vers la paix.« 

Une enfance israélienne au kibboutz

Son histoire personnelle est pourtant semblable à celle de nombreux Israéliens. Eitan s’appelait en fait Claudio Bronstein-Aparicio, lorsqu’il est né en Argentine. En 1965, il a 5 ans lorsque ses parents émigrent en Israël, plus attirés par l’organisation collectiviste des kibboutz que par le projet sioniste. Il était alors habituel pour les immigrants de prendre un prénom israélien. Claudio devient Eitan.

Il grandit donc dans un kibboutz, étudie en hébreu et fait son service militaire au sein de l’armée israélienne, sans se poser de questions. Les questions sont venues plus tard. « J’ai changé d’identité politique. Je suis devenu non-sioniste« , explique-t-il. Il a cinq enfants, dont l’un avec Eléonore. D’autres vivent en Israël.

Faire connaître la nakba en Israël

En 2001, Eitan fonde une ONG destinée à faire connaître le nakba palestinienne aux Israéliens. La nakba (la catastrophe, en arabe) désigne l’expulsion de 750.000 Palestiniens de leurs maisons, de leurs villages, au cours de la guerre qui a suivi la création de l’État d’Israël en 1948. Eitan a dirigé cette ONG baptisée Zochrot pendant 10 ans. En 2015, il crée avec Eléonore une nouvelle organisation, De-Colonizer, qui se définit comme un laboratoire qui entend montrer la nature coloniale du régime israélien.

Evidemment, son travail pour faire connaître et comprendre la nakba détonne au sein d’une nation dont le « devoir de mémoire » est tout entier consacré au génocide des Juifs par les nazis.

« La mémoire collective est importante dans toutes les sociétés, tous les États- nations en ont besoin pour créer une identité nationale, explique Eitan. En Israël, la Shoah est une composante majeure de l’identité nationale. Il y a aussi ce que l’on appelle la guerre d’indépendance de 1948, que l’on apprend selon le nom du calendrier hébreu, Tashah, plutôt que 1948. On connaît nos 6000 victimes juives, on sait que les Arabes nous ont attaqués et que l’on a gagné la guerre.« 

Mais la plupart des Israéliens ignorent totalement ce qui est arrivé aux Palestiniens, leur narratif de ces événements. « La nakba est une expulsion systématique de civils par des unités militaires armées, poursuit Eitan. L’expulsion s’est passée durant la guerre, mais elle n’était pas liée aux opérations de cette guerre entre Israël et les pays arabes voisins. L’armée israélienne a perdu plusieurs batailles, mais pas contre les Palestiniens qui étaient trop faibles pour offrir une vraie résistance. Ils ont été mis dehors, 600 lieux ont été détruits et 750.000 Palestiniens, expulsés. Cette histoire n’était racontée à personne en Israël. »

Pourtant, ceux qu’on appelle les nouveaux historiens israéliens ont établi les faits. Zochrot vise à faire connaître cette histoire au public israélien, en la publiant en hébreu.

Toute la complexité de la région dans ses gènes

C’est son travail au sein de Zochrot qui a permis à Eitan de rencontrer Eléonore, qui étudiait ces questions en tant qu’anthropologue du politique. Eléonore Merza porte dans ses gènes un mélange identitaire digne de la complexité de la région. Elle a grandi dans un foyer judéo-musulman, d’une mère juive algéro-alsacienne et d’un père musulman circassien syrien, expulsé du Golan occupé en 67 par Israël.

« J’ai grandi dans une famille juive pas sioniste« , relève-t-elle. Elle a passé les 15 dernières années de sa vie en Israël. Elle y est arrivée pour réaliser des recherches sur l’identité non-juive en Israël, les mouvements sociaux et les dénis mémoriels. Ses investigations l’ont amenée à rencontrer Eitan et à s’installer dans le pays.

« Ces 10 dernières années, j’ai vécu avec cette tension en moi d’avoir choisi de vivre dans un endroit que je critique autant. Je suis restée pour mon doctorat et pour Eitan. Mais j’avais aussi une fascination pour cette société. J’avais envie de la comprendre, parce que je savais que j’y trouverais des choses passionnantes. On la connaît mal. Elle est très complexe. Elle est traversée par des luttes de classes, des combats, et la réflexion anticolonialiste qui commence à arriver.« 

L’utilisation cynique de la mémoire de la Shoah

Une partie de la famille d’Eléonore a été exterminée dans les camps nazis. « La mémoire de la Shoah et la lutte contre l’antisémitisme ont été constitutives de ma pratique militante. C’est en tant que juive que j’ai commencé à militer dans les réseaux antiracistes dès 13-14 ans. Pour moi, ça a été particulièrement violent lorsque j’ai compris l’utilisation cynique en Israël de la mémoire de nos morts pour légitimer une politique coloniale. Pour moi, c’est insupportable d’utiliser ce traumatisme pour légitimer cette politique.« 

De même, Eléonore a été choquée en découvrant le peu d’attention portée en Israël aux survivants de la Shoah qui vivent dans la misère. Certains sont obligés, à un âge très avancé, de continuer à exercer des petits boulots pour survivre. Autre paradoxe : la proximité du gouvernement israélien avec des gouvernements extrémistes européens qui nient la responsabilité de leurs pays dans le judéocide.

Les Palestiniens assimilés aux nazis

En revanche, la mémoire de la Shoah est invoquée en permanence pour justifier la mobilisation sécuritaire du pays, explique Eléonore. Aux jeunes Israéliens, on répète : « Tu te souviens où est mort ton arrière-grand-père ? Si tu ne veux pas une nouvelle Shoah, tu dois devenir un soldat« .

« Lorsque Benjamin Netanyahou dit que l’Iran prépare une nouvelle Shoah, ça réveille des peurs très vives, s’emporte Eléonore. Peu de familles ont été épargnées. On demande aux enfants d’amener des bonbons pour donner aux soldats. Et plus tard, on leur conseille d’apprendre l’arabe pour comprendre les terroristes. Yad Vashem, le mémorial de la Shoah, les cérémonies pour les morts, le jour du souvenir qui fige le pays, tout cela utilise le traumatisme fondateur pour légitimer l’expulsion des Palestiniens. Benjamin Netanyahou fait passer le Palestinien pour le nouveau nazi. Il a prétendu que le problème, ce n’était pas Hitler, mais le grand mufti de Jérusalem, qui lui a soufflé l’idée de tuer les Juifs. Quand le chef de l’État qui se définit comme juif falsifie ainsi l’histoire, on franchit le pas de l’utilisation cynique de cette mémoire.« 

Eitan se souvient de nombre d’exemples de cette projection des nazis sur les Palestiniens. En 1982 déjà, le Premier ministre Menahem Begin comparait le leader palestinien Yasser Arafat, réfugié à Beyrouth, à Hitler se cachant dans son bunker à Berlin.

Eitan rapporte le témoignage glaçant d’un jeune soldat qui avait servi en tant que tireur d’élite dans les territoires palestiniens : « Quand je visais une cible palestinienne, je pensais à mes arrière-grands-parents tués durant la Shoah. Je porte cette mémoire et cette mission quand je tire. C’est la poursuite du combat contre ceux qui veulent tuer le peuple juif. » Israël abuse de la mémoire de la Shoah de la pire des manières, s’insurge Eitan.

Bien sûr, Israël me manque ! Beaucoup ! C’est chez moi.

De plus en plus mal à l’aise dans cet environnement, le choix de quitter Israël était aussi un choix de confort personnel, avoue-t-il. Il aurait bien pu continuer son travail en Israël, mais avec de plus en plus d’embûches. Il s’est résolu à poursuivre son combat de l’extérieur.

Et pourtant ce choix lui coûte : « Bien sûr, Israël me manque ! Beaucoup ! Mes autres enfants me manquent. Et Israël me manque parce que c’est chez moi. Pas seulement parce que je suis un Israélien et que j’ai grandi là-bas, mais parce que j’y ai investi toute ma vie, ma formation, ma carrière. Je connais bien mieux le pays et son histoire que la plupart des Israéliens. J’ai un grand attachement à cet endroit. Mais pour ma vie quotidienne, j’ai fait le choix d’un certain confort, celui de vivre avec Eléonore, ici, avec moins de stress. À Bruxelles, j’ai été surpris de voir qu’il n’y avait pas de garde armé à l’entrée de l’école de mon fils. En Israël, il y a des gardes partout : dans les écoles, les magasins, les banques… Les écoles ressemblent à des prisons. Ici, vous entrez sans contrôle. C’est tellement plus confortable« .

Vivre à Bruxelles, un choix naturel

Le choix pour le couple juif de s’installer à Bruxelles peut paraître surprenant, alors que la Belgique ne bénéficie généralement pas d’une image flatteuse en Israël. L’idée que l’antisémitisme est particulièrement vif en Belgique a été renforcée par l’attentat du musée juif de Bruxelles en 2014. Il avait provoqué une vague limitée mais significative d’alya, d’émigration de Juifs de Belgique vers Israël.

Mais pour Eléonore, venir vivre en Belgique relevait presque de l’évidence : « En ce qui me concerne, je me sens plus en sécurité ici qu’en Israël. Israël, dont la mission était d’être un refuge pour les Juifs, a failli. Moi, je ne me sentais pas en sécurité dans ce pays qui déclare des guerres en permanence. Je ne me sentais pas en sécurité quand, pour entrer dans un bus, je devais passer au détecteur de métaux. Ici, j’ai la tranquillité d’esprit« .

Peut-être pour la première fois, je trouve à Bruxelles un judaïsme auquel je peux m’identifier

Pour le couple de militants, Bruxelles présente plusieurs avantages. C’est une ville multilingue qui permet à Eitan de mener ses activités en anglais. La vie y est moins chère que dans d’autres capitales européennes. Et surtout, ils ont retrouvé ici des amis, des compagnons de route, en particulier les membres de l’UPJB, l’Union des Progressistes Juifs de Belgique. « C’est vraiment la maison qui m’a manqué durant toutes ces années en Israël, sourit Eléonore. Un lieu où je peux être fièrement juive, où je peux affirmer mon judaïsme et mon histoire juive, et en même temps avoir un regard critique sur Israël. Mais aussi sur ce qui se passe ici, en Belgique.« 

« Peut-être pour la première fois, je trouve ici un judaïsme auquel je peux m’identifier, renchérit Eitan. Un judaïsme que je peux aimer, qui se bat contre l’occupation, le colonialisme. Ces voix en Israël sont très marginalisées. Le juif israélien est spartiate, militariste, un combattant des Arabes. Ici, j’espère pouvoir enfin dire que je suis juif.« 

Décoloniser les esprits aussi en Belgique

Et l’actualité marquée par les revendications du mouvement antiraciste et de décolonisation des espaces publiques leur donne l’occasion d’apporter leur connaissance de ces questions. Et de manifester sous la bannière Jews for black lives (Juifs pour les vies noires).

« Nous sommes très impressionnés par l’action de certains collectifs comme Mémoire coloniale, et par tout le travail qui est fait en Belgique sur cette question de la responsabilité belge au Congo, s’enthousiasme Eléonore. Ça nous permet de dresser des parallèles avec des pratiques que l’on connaît. Il y a des questions que l’on voudrait creuser. Que connaît-on, en tant que Belge, de l’histoire du Congo ? Comment on est formé ? Comment on déconstruit sa propre histoire ? Parce que la position d’expert peut être facile, mais lorsque ça parle de ton grand-père, de ta famille, de ton nom, ça met les gens dans des positions très délicates.« 

C’est fascinantles débats autour des représentations de Léopold II ou du général Storms

Il n’y a évidemment pas de comparaison historique entre la nakba en Palestine et l’action de Léopold II au Congo. Mais Eléonore voit des mécanismes communs dans la façon dont on construit son historiographie, dont on éduque les jeunes générations, notamment dans la négation des épisodes gênants.

La question du déboulonnage des statues et de l’effacement ou de la contextualisation de l’histoire dans l’espace public les passionne. « C’est fascinant, s’amuse Eitan, les débats autour des représentations de Léopold II ou du général Storms. Il y a des espaces publics qui portent les noms de ceux qui ont commis des crimes terribles au Congo. C’est comparable à Israël, où de nombreux personnages, que je considère comme des criminels de guerre, ont donné leur nom aux grandes rues dans les villes israéliennes. Nous n’avons en revanche pas de tradition de statue. Le débat en Belgique est bien plus avancé.« 

[Source : http://www.rtbf.be]

L’épidémie de Coronavirus est un drame planétaire, un drame humain, un drame social, un drame économique. Il a frappé indifféremment tous les pays du Nord comme du Sud, riches ou pauvres, développés ou du tiers monde. Les conséquences sur les populations seront probablement différentes selon les pays et chacun aura à apprécier les décisions prises par leurs dirigeants.

Le gouvernement israélien est considéré comme l’un de ceux ayant le mieux réagi sur le plan du contrôle de l’épidémie, le nombre de morts par million d’habitants restant l’un des plus faibles au monde. Le soutien économique pour éviter un effondrement de la société israélienne fera certainement l’objet d’un examen dans un deuxième temps.

Mais un sujet unique au monde se pose à Israël : le fondement du projet sioniste basé sur la loi du retour a été fortement ébranlé par cette crise. Les Israéliens étaient autorisés à venir en Israël même s’ils n’étaient pas résidents, mais les juifs de diaspora…                                                                  NON !!!

Israël, pays des juifs, pays où les juifs du monde entier savent qu’ils pourront toujours se rendre s’ils se trouvaient en danger, n’acceptait pas qu’ils viennent se protéger pendant cette épidémie meurtrière.

Je me souviens du mois de juillet 2005 quand le Premier ministre Ariel Sharon appelait à l’Alyah des juifs de France à la suite de la montée de l’antisémitisme, certains avaient considéré son propos comme un outrage, une ingérence. Cela avait même provoqué un incident entre les deux pays.

Président du Congrès Juif Européen à cette époque, j’avais ouvert le débat des juifs en diaspora et, en particulier, le sujet si sensible de la double allégeance. Certains évoquaient une déchirure devant un unique choix, d’autres une double infidélité et qu’il fallait choisir. Notre sentiment d’appartenance au peuple d’Israël ne pouvait et ne devait se concrétiser que par l’Alyah puisque, depuis la création de l’État d’Israël en 1948, seuls les juifs qui s’installent en Israël obtiennent automatiquement la citoyenneté. Même si une grande majorité des juifs en diaspora ont deux amours, deux patries, celle où ils vivent et Israël, cette double gratitude finit par ressembler plus à une déchirure qu’à une harmonie.

Il faudrait que cette évidence psychologique devienne un fait administratif et une vérité politique. Si Israël est le pays de tous les juifs, pourquoi ne pas transformer cette double tendresse en un droit à la double nationalité sans exiger que l’on quitte son pays d’origine ?

Cette solution aurait un triple avantage :

  •  Le premier de ces avantages a trait à la relation entre les juifs en diaspora et le pays où ils vivent. Finies ainsi les accusations d’hypocrisie dans la solidarité trouble et dans la double allégeance. Un juif français est toujours suspect de choisir, entre sa nationalité et son origine. Un Américano-Israélien a une double nationalité, ce qui est plus simple, plus clair, plus limpide, toujours plus honnête qu’une double allégeance.
  • Le second de ces avantages tient à la relation entre les juifs en diaspora et leur nationalité. Cette solidarité, cette tendresse qui serrent le cœur des juifs attachés à Israël seraient enfin concrétisées dans un document officiel. Ce serait ainsi plus qu’un symbole.
  • Le troisième avantage concerne la relation des juifs en diaspora avec eux-mêmes. Lors d’un match de football, un juif anglais pourrait ainsi chanter avec autant de ferveur l’Hatikva et God Save the Queen, sans culpabilité ni justification, mais simplement avec fierté.

La double nationalité apporterait la clarté et la sérénité qui manquent souvent aux juifs en diaspora. Qu’il devienne facile pour ces juifs d’acquérir la nationalité israélienne sans que cela ne soit subordonné à l’Alyah est un sujet que j’ai eu le privilège d’évoquer avec le Premier ministre Ariel Sharon quelques jours avant son accident de santé. Je lui avais rappelé que le peuple juif avait survécu pendant des siècles autour d’un pilier unique, la synagogue, et qu’aujourd’hui, Israël en était devenu le second. Il manifesta un réel intérêt et nous avions convenu de continuer notre conversation mais malheureusement…

La Knesset. Crédit : Orel Cohen/Flash90

Sachant que le peuple juif va être confronté à de nouveaux défis, il en va de son unité que le nouveau gouvernement réaffirme les principes du sionisme en accordant la nationalité israélienne à tous les juifs qui le souhaitent.

Pierre Besnainou

[Source : http://www.tribunejuive.info]

Créé en 1949, le Mossad est une des trois agences de renseignement de l’Etat d’Israël. Par ses opérations audacieuses, il figure parmi les premiers organismes mondiaux agissant dans ce domaine sensible. France TV propose en Replay « Mossad, l’histoire secrète d’Israël ». Le Centre culturel Beit Avi Chai à Jérusalem présente l’exposition, “Emerging from the Shadows » (Sortir de l’ombre) de Sarah Ayal, photographe pour le Mossad. Le 19 mars 2020, le site d’information Channel 12 a révélé « une opération menée par le Mossad, en coopération avec le Shin Bet et Tsahal, afin d’importer près de 100.000 kits de tests au coronavirus en Israël depuis l’étranger »,

Publié par Véronique Chemla

Israël dispose de trois agences de renseignements  : l’Aman, chargé de la sécurité militaire, le Shabak  ou « Shin Bet  », service de la sécurité intérieure, et le Mossad responsable du renseignement et d’opérations hors d’Israël.
« Créé fin 1949, moins de deux ans après la proclamation de l’indépendance d’Israël, le Mossad s’est imposé comme l’une des agences de renseignement extérieur les plus influentes au monde ».

« Il a été impliqué dans quasiment tous les événements des cinquante dernières années. Dans presque toutes les guerres, tout ce qui aurait pu arriver et ne s’est jamais produit », confesse Ram Ben-Barak, qui en fut directeur adjoint de 2009 à 2011 ». 

The Gatekeepers” 
The Gatekeepers”, film  documentaire controversé et primé réalisé par Dror Moreh (2012), est composé d’interviews de six anciens dirigeants partiaux du Shin Bet. 

Un film biaisé, souffrant de carences informatives, partisan du slogan “Land for Peace” (« Terre contre la paix »), blâmant le seul État d’Israël pour l’absence de paix, émaillé de wishful thinkings (prendre ses désirs pour des réalités, en anglais) dangereuses et prônant des concessions territoriales israéliennes… qui ont toujours mené à la recrudescence du terrorisme palestinien islamiste, et non à la paix.

Avraham Shalom (1981-1986), partisan de négociations avec le Hamas et le Jihad islamique, Yaakov Peri (1988-1994), Carmi Gillon (1995-1996), Ami Ayalon (1996-2000), coauteur avec Sari Nusseibeh d’une initiative de paix en 2003 et récemment élu à la Knesset sur la liste du Parti travailliste, Avi Dichter (2000-2005), devenu membre de Kadima, Yuval Diskin (2005-2011) assurant que les conquêtes de 1967 transformeraient Israël en “État Shin Bet” et s’étant opposé récemment à « des préparatifs d’action militaire contre l’Iran » en voie de se doter de l’arme nucléaire… Ces six anciens dirigeants du Shin Bet se confient devant la caméra de Dror Moreh, cinéaste israélien confirmé, en abordant le terrain délicat de la politique.

À l’instar du Fog of War: Eleven Lessons from the Life of Robert S. McNamara d’Errol Morris (2003)¸ The Gatekeepers illustre leurs propos avec des images d’archives et des animations informatiques.

David Clinton lors de Camp David en 2000

The Gatekeepers comprend sept parties :
– “Pas de stratégie, seulement des tactiques : le rôle émergeant du Shin Bet de la guerre des Six-jours à l’occupation des territoires palestiniens ;
– Oublie la moralité : sur 300 incidents de bus ;
– Terroriste pour l’un, combattant de la liberté pour un autre : sur le processus de paix après les accords d’Oslo ;
– Nos propres chair et sang : sur le terrorisme juif, dont le Juif Underground et l’assassinat d’Yitzhak Rabin ;
– La victoire est de vous voir souffrir : sur les négociations avec les Palestiniens lors de l’Intifada II ;
– Dommage collatéral : sur l’assassinat de Yahya Ayyash et d’autres militants du Hamas”;
– Le Vieil Homme au bout du corridor : réflexions sur les activités du Shin Bet et leur impact éthique et stratégique sur l’État d’Israël”.

Est-ce la première fois que d’anciens responsables du Shin Bet s’expriment publiquement, comme l’allègue le dossier de presse de The Gatekeepers ?

Non, le 13 novembre 2003, le quotidien israélien Yedioth Aharonoth a publié l’interview  de deux heures de quatre responsables du Shabak : Avraham Shalom, Yaakov Perry, Carmi Gillon et Ami Ayalon. Ces dirigeants prédisaient que le Premier ministre Ariel Sharon mènerait Israël vers l’abîme s’il ne parvenait pas à conclure rapidement la paix avec les Arabes palestiniens. Leur but : briser la confiance de Sharon.

Après le New York Times, le 15 novembre 2003, le Washington Post (Ex-Security Chiefs Turn on Sharon) et le Guardian (Israel on road to ruin, warn former Shin Bet chiefs) ont relaté ces interviews.

Ezer Weizman a alors stigmatisé ces “quatre mousquetaires” qui minaient le gouvernement israélien.

Ces interviews ont précipité la décision désastreuse du retrait israélien de 8 000 Juifs, civils et soldats, de la bande de Gaza et de quatre localités de Samarie. Annoncée par Ariel Sharon le 18 décembre 2003, cette décision était contraire à sa promesse électorale  en 2001 (“Le destin de Netzarim sera celui de Tel Aviv”). Un plan de désengagement unilatéral, sans traité de paix, sans que les Palestiniens mettent en oeuvre la Feuille de route (Roadmap), et qui a accru la vulnérabilité du Sud israélien aux tirs du Hamas.

Lors de la réalisation de son documentaire Sharon, Dror Moreh a appris “en discutant avec le cercle des conseillers du Premier ministre, que les critiques émanant de certains de ces Gatekeepers avaient beaucoup influencé Sharon dans sa décision d’évacuer Gaza”.

Et d’ajouter : “Le temps est venu interpeller les gens, et non pas seulement le cercle des décideurs ”. Le réalisateur espère que son film “initiera ce dialogue”.

Par ces six témoins, Dror Moreh a “l’occasion unique d’entrer dans le cercle intime des hommes qui ont conduit le processus de décision israélien depuis près d’un demi-siècle. Leurs histoires et leurs témoignages étaient souvent accablants. Personne ne comprend mieux le conflit entre Israël et les Palestiniens que ces six hommes”. Vraiment ?

Près de dix ans après l’interview de ces quatre anciens du Shin Beth, Dror Moreh reprend les mêmes, et présente comme inédites des déclarations déjà connues.

Un film « réquisitoire ». C’est en ces termes partiaux qu’Arte décrit The Gatekeepers que la chaîne franco-allemande a coproduit et auquel elle dédie un dossier et de très nombreux articles :

« Les confessions ahurissantes de six anciens chefs du Shin Beth, le Service de la sécurité intérieure d’Israël. Un film explosif, nominé aux Oscars, qui éclaire trente ans de lutte antiterroriste et d’errements face à la question palestinienne.
Chacun à leur tour, ils racontent, intensément, quelque trente ans de lutte antiterroriste en Israël et de gestion désastreuse de la question palestinienne. Un flot d’aveux précis, circonstanciés, d’une remarquable liberté et d’une sidérante acuité. Six anciens chefs du Shin Beth, l’équivalent israélien du FBI, expliquent comment, depuis la Guerre des six jours en 1967, dont la victoire vaut à l’État hébreu d’occuper Gaza et la Cisjordanie et de faire face à un million de Palestiniens, les responsables politiques n’ont jamais vraiment cherché à construire la paix. Une succession d’erreurs qu’inaugure le mauvais arabe avec lequel de jeunes réservistes s’adressent aux populations des nouveaux territoires occupés, leur annonçant qu’ils viennent les « castrer », au lieu de les « recenser ».
Bavures, tortures, méthodes iniques de renseignements et de recrutement d’indicateurs amplifiant la haine de l’occupé… Ils disent surtout l’absence glaçante de vision stratégique ; la résistance et l’hostilité des Palestiniens oubliés explosant avec la première Intifada ; le laxisme face à l’extrémisme juif qui anéantira, avec l’assassinat de Yitzhak Rabin, la seule réélle lueur de paix. “On a gagné toutes les batailles, mais on a perdu la guerre”, lâche Ami Ayalon, à la tête du service de 1996 à 2000, quand Avraham Shalom, le plus ancien d’entre eux, compare l’armée d’occupation à celle de l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. “Quand vous quittez le Shin Beth, vous devenez gauchiste…”, conclut avec ironie Yaakov Péri (1988-1994). Nourri par de formidables archives et un travail visuel sophistiqué à partir de photos, ce réquisitoire exceptionnel, sorti en salles pendant la campagne des législatives a eu l’impact d’une bombe en Israël. Déjà auteur de Sharon, le réalisateur Dror Moreh croit fermement au pouvoir des films et c’est peut-être là l’un des secrets de réussite de son audacieuse entreprise. Un manifeste passionnant de bout en bout, doublé du portrait de six hommes en proie au doute, mais animés d’un salvateur pragmatisme ».

Que de fautes historiques – le « peuple palestinien » est une invention de la propagande arabe ; il s’agit de territoires disputés, etc. -, d’oublis – les refus du monde musulman de reconnaître l’État juif, le lien entre le peuple juif et Eretz Israël, peu avant d’être assassiné Yitzhak Rabin avait annoncé son intention d’adresser un ultimatum à l’Autorité palestinienne afin que cette dernière respecte les accords d’Oslo, etc. –  et de partialité – nazification de l’État juif !? – !

Certes, The Gatekeepers montre les hauts critères éthiques, légaux, moraux  du Shin Bet, soucieux de préserver les vies israéliennes et palestiniennes.

Mais il dresse des parallèles infondés et ternit l’image d’Israël en “Occupant sans cœur”, sans informer sur “la dure vie des Palestiniens sous dominations égyptienne et jordanienne (1948-1967)” ou du Hamas et la “modernisation de la vie économique, politique, culturelle” et sociale sous administration israélienne (Roz Rothstein et Roberta Seid).

The Gatekeepers allègue une fausse équivalence entre d’une part le Jewish Underground (1980), un groupe ultra minoritaire d’habitants juifs des localités ayant blessé deux maires palestiniens et ayant projeté de faire exploser le Dôme du Rocher – sans soutien populaire ou politique, les dirigeants de ce groupe avaient été arrêtés par le Shin Bet en 1984 -, et d’autre part les terroristes palestiniens produits par l’éducation palestinienne à la haine et à la violence et soutenus par les autorités politiques ainsi que par la société palestiniennes.

Le documentaire The Gatekeepers omet d’évoquer les tentatives du Shin Bet pour ternir l’image de la droite israélienne et pour diaboliser le mouvement national religieux israélien en raison de leurs critiques des accords d’Oslo. Ainsi, vers 1994, agent du Shin Bet, Avishai Raviv a joué le rôle d’un provocateur extrémiste de droite.

The Gatekeepers véhicule l’idée infondée, mais omniprésente dans la gauche et l’extrême-gauche israéliennes, que le “péché originel” israélien provient de sa victoire rapide lors de la Guerre défensive des Six-jours (juin 1967). Une victoire suivie de l’”Occupation” induisant le terrorisme palestinien, corrompant cet État et un peuple devenu un occupant brutal  et sans cœur. D’où le parallèle infamant d’Avraham Shalom entre Tsahal et la Wehrmacht, armée du IIIe Reich. Quid des trois Non arabes de Kartoum (août 1967) : non à la reconnaissance d’Israël, non à la négociation avec Israël, non à la paix avec Israël », etc. ?

Par ailleurs, le terrorisme palestinien a précédé la recréation de l’État d’Israël : les Arabes de « Palestine » ont tué environ 1000 Juifs entre 1920 et 1967, et ont  rendu Judenrein les territoires conquis par les Arabes pendant la guerre de 1948, 162 Israéliens ont été tués par les terroristes d’Arafat entre 1968 et 1970. Etc. Etc. Etc.

Que de carences informatives dans ce documentaire ! Quid de l’idéologie génocidaire du Hamas ? Quid des “relations d’affaires fortes nouées” par Yaacov Peri, n°5 sur la liste de Yair Lapid à la Knesset, avec “des dirigeants corrompus de l’OLP après son départ du Shin Bet en 1994” ? Quid des islamikazes que l’on ne voit jamais ? Quid des déclarations haineuses des dirigeants de l’Autorité palestinienne ?

Quid des victimes israéliennes lapidées, violées, poignardées, kidnappées ou handicapées à vie ? Quid de l’amateurisme de certains membres du Shin Bet lors d’une opération en Jordanie ?

The Gatekeepers dénigre l’usage de la force, plaide pour le “slogan trompeur” (Shmuel Trigano) de la solution à deux États, prône des négociations avec un partenaire pour la paix palestinien inexistant et impute au seul État d’Israël le refus de ces pourparlers ! Une prétendue « solution à deux États » infondée et dépassée depuis les éclatements et les recompositions du monde arabe consécutifs au « printemps arabe » et aux contours dessinés par al-Qaïda ou l’État islamique (ISIS/Daech).

Comme si ces ex-dirigeants du Shin Bet et le réalisateur Dror Moreh n’avaient tiré aucune leçon de l’échec du plan de désengagement de 2005 : le conflit n’est pas territorial, mais religieux ; les sondages révèlent que les Palestiniens refusent, comme leurs dirigeants, les offres les plus généreuses de l’État d’Israël ; les tirs de roquettes à partir des territoires évacués et contre Israël ont crû, ce qui a déclenché quatre guerres israéliennes en neuf ans contre deux mouvements terroristes islamistes soutenus par l’Iran, le Hamas et le Hezbollah.

Comme si Dror Moreh celait sciemment les interviews en 2003 pour éviter au public de se souvenir combien les Israéliens ont subi tragiquement les conséquences du retrait unilatéral de l’”Occupant israélien”.

Comme si le refus musulman ou/et arabe de l’existence de l’État juif n’était pas la cause fondamentale à ces guerres contre cet État d’anciens dhimmis désormais maîtres de leur destin et ayant reconstruit un pays à la réussite économique éblouissante. Dror Moreh occulte tout ce qui corrigerait, ou infléchirait sa thèse controversée, tout ce qui contredirait les propos de ces six anciens dirigeants du Shin Bet. Ce qui transforme ce documentaire en film de propagande de gauche, voire d’extrême-gauche.

“Nul ne peut nier le courage et le patriotisme de ces six hommes qui ont donné la meilleure partie de leurs vies au service de leur pays, mais on peut et on devrait regarder froidement comment ils ont été manipulés par un réalisateur ayant un programme “, écrit Gidon Ben Zvi dans Jewish Thinker  (10 février 2013). Six dirigeants « manipulés » ? Aucun d’eux ne s’est distancé de ses déclarations à Dror Moreh…

Ce film a suscité des louanges de médias occidentaux  – The Wall Street Journal l’a inscrit dans sa liste des 10 meilleurs films de 2012 -, notamment d’une partie de ceux de la communauté française juive.

Il a été « nominé » aux Oscar du meilleur documentaire, et distingué par le Prix de l’association des critiques cinématographiques de Los Angeles (2012) et le Prix du cinéma pour la Paix  (2013).

Sa carrière s’est poursuivie brillamment. Après avoir été diffusé par Arte en mars 2013,  la 13e édition du festival du cinéma israélien à Paris (3-9 avril 2013) a présenté les 5 et 9 avril 2013 “The Gatekeepers” de Dror Moreh, et le 5 avril 2013 à 19 h 30 la table-ronde  La paix est-elle possible ?

Mais “The Gatekeepers” a suscité une vive polémique, notamment dans certains médias juifs, sur Internet et les réseaux sociaux : indignation face aux déclarations publiques biaisées d’anciens directeurs d’un service de renseignement, financement public d’Israel bashing, exercice d’autoflagellation, voire de haine de soi, partialité sous couvert de neutralité, etc.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il ne verrait pas ce documentaire.

Dans le registre humoristique, Latma a réalisé un sketch ironisant sur ce documentaire, et le journaliste David Suissa a renommé le film The Gate Crashers.

Que penser de ce documentaire ? Plus de 73 heures d’interviews, une heure trente de films, les mêmes remarques inquiétantes qu’en 2003 destinées à un public supposé amnésique. Naïveté ? Rouerie ? Cynisme ? Prétention ? « Errare humanum est, perseverare diabolicum » (locution latine, « Se tromper est humain, persévérer est diabolique »).

Le 30 mai 2014, l’éditorialiste Caroline Glicka écrit :  » Apparemment mené par ShimonPeres, le triumvirat des chefs de la sécurité servant de 2008 à 2011 – Gaby Ashkenazi, Meir Dagan alors directeur du Mossad, et Avi Dichter, alors directeur du Shin Bet – s’est uni pour miner l’autorité légale du Premier ministre Binyamin Netanyahu et celle d’Ehud Barak, alors ministre de la Défense, [nécessaire] pour ordonner aux forces de sécurité d’Israël de mener une action contre l’Iran. Selon un article d’Haaretz du 28 mai 2014, entre 2008 et 2011, ces quatre hommes ont divulgué aux médias des plans et des discussions sur d’éventuelles frappes israéliennes contre l’Iran dans le but d’empêcher qu’elles ne soient menées. Ces quatre hommes se sont opposés à une frappe israélienne contre les installations nucléaires de l’Iran et ont rejeté de manière cinglante toute opération israélienne non coordonnée avec les États-Unis ». Gravissime.

Le 18 août 2014, le Shin Bet a révélé avoir déjoué un complot fomenté par Salah al-Aruri, dirigeant du Hamas, visant à lancer des attaques terroristes islamistes en Israël, puis à renverser les dirigeants du Fatah de l’Autorité palestinienne, dont le président Abou Mazen (Mahmoud Abbas), en Judée et Samarie pour y prendre le pouvoir.

En septembre 2015, les éditions Héloïse d’Ormesson ont publié le livre Les Sentinelles The Gatekeepers, de Dror Moreh, avec une préface d’Elie Barnavi. « Six anciens directeurs du Shin Bet, la sécurité intérieure israélienne, brisent un silence de quelque trente ans. Au cœur de l’action et des secrets entre 1980 et 2011, les gardiens du système, d’ordinaire les plus zélés, dévoilent les rouages du service chargé de la lutte antiterroriste – infiltrations, tortures, éliminations ciblées. Ne taisant ni leurs doutes ni leurs erreurs, ils constatent l’échec des gouvernements successifs à instaurer durablement la paix. Ces confessions d’une franchise désarmante apportent un nouvel éclairage sur le conflit israélo-palestinien depuis la guerre des Six-Jours, et résonnent comme un vibrant message d’espoir. À l’avenir, lorsqu’on évoquera l’interminable conflit du Proche-Orient et l’occupation bientôt demi-centenaire des territoires palestiniens, il faudra bien se référer, d’une manière ou d’une autre, à ces six témoignages », a écrit l’historien Élie Barnavi.

Ce film The Gatekeepers a été diffusé le 8 janvier 2016 à la Maison des Métallos dans le cadre d’une projection-débat avec Élie Barnavi, historien, essayiste et ancien ambassadeur d’Israël en France, et Alain Frachon, éditorialiste au Monde.

Le 17 mars 2016, “The Gatekeepers” a été diffusé à l’Arlequin (Paris) lors des Journées du cinéma politique (16-18 mars 2016), dans la thématique Côté coulisses : le pouvoir et ses secrets. Constituées de projections de films et de débats, ces Journées sont organisées par Sciences Po Alumni, la fondation Jean Jaurès, Albingia, l’Assemblée nationale, le Sénat, le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), les Ecrans de Paris, l’Arlequin, BdA Sciences Po, la Mairie de Paris, LCP, France Info et L’Express. Le « thème du pouvoir politique, de son mystère et de ses arcanes est au cœur de la première édition des Journées du Cinéma Politique de Sciences Po. Les questions inhérentes à cette thématique font partie des fondements du projet intellectuel de l’établissement, « comprendre le monde pour le transformer ». Elles sont aussi au centre de la pratique cinématographique, qui a l’immense avantage de donner à voir le corps politique, de le projeter dans l’imaginaire et de l’interroger dans ses mystères et sa part non visible. Au travers de la crise traversée par nos sociétés de l’information et de l’image, nous n’avons jamais autant regardé le pouvoir politique ; mais que voyons-nous vraiment ? Les 17 et 18 mars 2016, les Journées du Cinéma Politique montreront la politique dans tous ses états ».

Pourquoi n’avoir pas programmé un des documentaires de Pierre Rehov sur le Moyen Orient : The Trojan Horse or Arafat’s strategy to destroy Israel (Le cheval de Troie ou la stratégie d’Arafat pour détruire Israël), Holy Land: Christians in Peril (Terre Sainte : chrétiens en péril), Silent Exodus (Exode silencieux), etc. ? Pourquoi n’avoir pas organisé un débat sur l’affaire al-Dura ?

J’ai interrogé les responsables de ces Journées sur la raison de leur choix de ce film. Le 16 mars 2016, Madani Cheurfa, secrétaire général de Sciences Po Cevipof, m’a répondu : « Je lirai attentivement votre blog et me permettrai de vous répondre si j’estime ma réponse suffisamment pertinente face à vos interrogations ».

« Mossad : des agents israéliens parlent » Duki Dror illustre la vitalité du cinéma documentaire israélien, sa formation qui associe parfois des études aux États-Unis, sa qualité mondialement reconnue, l’audace et la diversité des sujets abordés ainsi que la variété et la sensibilité des regards.

Duki Dror est né en 1963 à Tel Aviv dans une famille qui a fui dans les années 1950 l’Iraq pour faire son aliyah. Adolescent, son père y avait été arrêté pour « activisme politique » et été détenu pendant cinq ans en tant que prisonnier politique. Libéré, il a été contraint de quitter son pays natal. 
Arrivée en Israël, la famille de Duki Dror a changé son nom de Darwish (errant, en arabe) en Dror (liberté, en hébreu). 

Duki Dror a étudié à UCLA et au Columbia College à Chicago.

Ce documentariste israélien a réalisé son premier film en 1993. Thèmes de son œuvre prolifique ? L’identité, les déplacements, l’échange interculturel. L’histoire de sa famille lui a inspiré My Fantasia (2000), Shadow in Baghdad (2013) sur la disparition des Juifs bagdadis. Duki Dror a aussi réalisé des biographies : celles du champion de boxe arabe israélien Johar Abu Lashin (Raging Dove, 2002) et de l’architecte allemand juif Erich Mendelsohn (Mendelsohn’s Incessant Visions, 2011). Dans The Journey of Vaan Nguyen (2005), Duki Dror suit des boat people vietnamiens ayant immigré en Israël. Ce film a été distingué par le Remi Award au Houston Worldfest.

Car les documentaires de ce réalisateur-producteur sont sélectionnés dans de nombreux festivals où ils sont souvent primés.

Sur le Mossad, Duki Dror a réalisé une série documentaire télévisée en quatre volets (4 x 50’) réduite en un documentaire de 90 minutes pour une diffusion dans les festivals et par des chaines télévisées. La série documentaire Mossad: Imperfect Spies a été diffusée par Hot’s Channel 8.

« Mossad : des agents israéliens parlent » (Inside Mossad – Israels Agenten erzählen ; Mossad: Imperfect Spies) est un documentaire israélien réalisé par Duki Dror (2017). « Fondée sur les témoignages inédits d’anciens agents et dirigeants du Mossad, une plongée vertigineuse dans les coulisses des puissants services secrets israéliens. »

Le Mossad « a été impliqué dans quasiment tous les événements des cinquante dernières années. Dans presque toutes les guerres, tout ce qui aurait pu arriver et ne s’est jamais produit », confesse Ram Ben-Barak, qui en fut directeur adjoint de 2009 à 2011 ». 


Pour la première fois, des dizaines d’anciens agents du Mossad ont accepté d’être interviewés. Duki Dror a recueilli leurs témoignages dans The Mossad: Imperfect Spies. Il « présente les expériences personnelles des agents, leurs préparations mentales, leurs anxiétés et leurs dilemmes moraux. Il interroge : le Mossad est-il à la hauteur du mythe qui l’entoure et jusqu’à quel point la géopolitique est-elle façonnée par un espion dont le nom restera inconnu ? » Le film « mêle les histoires personnelles de ces agents, le contexte géopolitique de leurs opérations en associant des séquences illustrées, des archives filmées et des témoignages à la première personne. Ce qui donne l’unique impression « d’être là » au moment de vérité ». 

Face à la caméra et aux questions – dont certaines balayées d’un revers de main – de Duki Dvor, d’anciens espions et responsables de haut rang évoquent, pour la première fois, leurs états de service : la capture d’Adolf Eichmann en 1960 à Buenos Aires ; la traque des commanditaires, palestiniens, de la sanglante prise d’otages des JO de Munich, en 1972 , qui s’est soldée par la mort de onze athlètes israéliens ; le refus, opposé au shah d’Iran, de liquider l’ayatollah Khomeyni à l’aube de la révolution islamique ; la tentative d’empoisonnement ratée de Khaled Mechaal, l’un des leaders du Hamas, à Amman, en 1997… »

« Avec, en toile de fond, l’histoire tumultueuse du pays, ce documentaire captivant, où la réalité surpasse la fiction, lève un coin de voile sur les méthodes du Mossad, du recrutement aux dessous des opérations commandos en passant par la relation parfois perfide aux informateurs, ou conflictuelle avec le pouvoir politique ». 

« En explorant leurs trajectoires personnelles, il nous fait également pénétrer dans la psyché double et les dilemmes moraux des agents de renseignement : « Il est difficile d’être à la fois une personne intègre et une crapule », explique l’un d’eux ». 

« Un document passionnant, charriant un flot intarissable de questionnements éthiques et politiques ».

Parmi les 24 personnes interviewées : Rafi Eitan, ancien ministre des retraités, et Ram Ben-Barak, ancien directeur-général aux ministères des Affaires stratégiques et du Renseignement.

En mars 2018, Yossi Melman, coauteur de « Mossad : des agents israéliens parlent » et journaliste pour Maariv et The Jerusalem Report, a annoncé que Netflix a acquis les droits de diffusion mondiaux, sauf en Israël, en Allemagne et en France, des quatre volets du documentaire diffusés en janvier 2019.

Iran En violation du droit international, le régime des mollahs iraniens développe, clandestinement, un programme nucléaire militaire visant à détruire l’État juif, à assurer une domination régionale et menacer notamment l’Europe.

Par divers moyens, notamment l’élimination de personnages-clés de ce programme et la guerre électronique, l’État d’Israël a pu ralentir l’essor de ce programme dangereux pour les démocraties.

Le président Barack Hussein Obama a refusé d’agir efficacement contre l’Iran. L’AIEA a démontré son inefficacité.

Le 14 juillet 2015, à Vienne (Autriche), les États du P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies – les États-Unis sous la présidence Obama, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni – et l’Allemagne), ainsi que l’Union européenne et l’Iran signaient un accord historique dénommé le Joint Comprehensive Plan of Action ou JCPoA, qui n’est pas un traité international. L’Iran ne renonçait pas à son programme nucléaire militaire. Ni à son programme balistique. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fustigé ce « mauvais accord » et proposé de négocier un « bon accord » en adoptant une politique ferme envers un régime soutenant le terrorisme islamiste.

Le 30 avril 2018, lors d’une conférence de presse, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a présenté des dossiers concernant le programme iranien nucléaire militaire et pris par des agents du Mossad lors d’une opération audacieuse et rapide visant l’entrepôt stockant ces archives. Ces documents prouvent les déclarations des autorités israéliennes sur la poursuite officieuse de ce programme.

Le 8 mai 2018, le président américain Donald Trump annonçait le retrait des États-Unis de cet accord et le « niveau le plus élevé de sanctions économiques possibles » contre l’Iran. Une décision critiquée par d’autres signataires.

Selon The New York Times (6 août 2018) citant « un haut responsable d’une agence de renseignement basée au Moyen-Orient », le Mossad « serait à l’origine de l’assassinat du directeur du Centre de recherche scientifique, Aziz Asbar » le 4 août 2018. Aziz Asbar « était chargé du développement d’armes chimiques en Syrie et des missiles à longue portée capables d’atteindre le cœur d’Israël, notamment la centrale nucléaire de Dimona dans le désert du Negev. Israël fait profil bas sur cette affaire. Les médias israéliens ajoutent qu’en trois ans, c’est la quatrième mission d’élimination organisée par le Mossad en territoire étranger contre des experts en armes. »

Oman
En octobre 2018, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a effectué une première visite de douze heures au sultanat d’Oman. Il était accompagné du chef du Mossad, Yossi Cohen, le conseiller en matière de Sécurité nationale Méïr Ben-Shabbat, le directeur général du ministère des Affaires étrangères Youval Rotem, le chef du Bureau du Premier ministre Yoav Horowitz, et son secrétaire militaire Avi Bluth.

Avec le sultan Qaboos bin Saïd al Saïd, Benjamin Netanyahu a évoqué le programme iranien nucléaire militaires dangereux, une alliance contre la volonté du régime des mollahs iraniens de dominer la région, le rôle éventuel d’Oman dans la normalisation des relations entre l’État d’Israël et des États arabes du Moyen-Orient, les relations bilatérales entre Oman et l’État juif – voie ferrée, lutte contre la pénurie d’eau, ouverture de liaisons aériennes -, la relance du dialogue entre Israéliens et « Palestiniens ». L’intérêt d’Oman ? Obtenir une aide financière accrue des États-Unis.

Une semaine avant cette rencontre, la Ha Tikva, hymne israélien, avait retenti, à plusieurs reprises, lors du tournoi de judo à Abu Dhabi.

Les relations entre Israël et Oman remontent à la fin des années 1970 : le Mossad avait alors aidé le pouvoir politique d’Oman à vaincre une rébellion. Après la signature des accords d’Oslo (1993), le Premier ministre, alors Yiz’hak Rabin, s’était rendu à Oman et au Qatar. En 1996, Shimon Peres avait lui aussi effectué une visite officielle à Oman. Le déclenchement en septembre 2000 de l’Intifada II par Arafat a induit la rupture de ces relations.

« L’Ange du Mossad »
Le 14 septembre 2018, Netflix ajouta dans son offre « L’Ange du Mossad » (The Angel), film thriller adapté du roman d’Uri Bar-Joseph (The Egyptian Spy Who Saved Israel), réalisé par le réalisateur israélo-américain Ariel Vromen (The Iceman), et interprété par le comédien tuniso-néerlandais Marwan Kenzari ainsi que par les acteurs israéliens Toby Kebbell et Ori Pfeffer.

Ce film relate l’histoire d’Ashraf Marwan, gendre du président égyptien Gamal Abdel Nasser, puis conseiller d’Anouar el-Sadate qui espionnait pour l’État d’Israël notamment sur des guerres entre des États Arabes et l’État juif. Certains allèguent qu’il aurait été un agent double.

« Sortir de l’ombre »

Le Centre culturel Beit Avi Chai à Jérusalem présente en 2020 l’exposition, “Emerging from the Shadows » (Sortir de l’ombre) qui « reflète le regard attentif de Sarah Ayal, qui a pris ces photos dans le cadre de son travail de photographe pour le service de sécurité israélien ». Née en Slovaquie, Sarah Ayal (1915-2004), mariée à Zvi Salter, fait son aliyah en 1940. Sa famille est tuée lors de la Shoah. Dès 1952, élevant seule sa fille, elle prend des photographies pour le Mossad. De 1953 à 1959, elle travaille à Paris où elle fait la connaissance de Meir Rosen, futur diplomate qui épousera sa fille. Elle prend sa retraite à 72 ans.

« Parallèlement à son emploi, Sarah Ayal « a capturé des images d’Israël et des Israéliens dans les années 1950 et 1960, immortalisant les moments emblématiques des journées ordinaires et comme des jours des fêtes, des visages connus et anonymes dans leur vie quotidienne. C’est sa petite-fille qui a réalisé cette exposition posthume à Beit Avi Chai, après que des membres de sa famille ont découvert la collection de 4 000 négatifs enfouis dans un sous-sol.

« Il y avait des trésors étonnants dans cette collection. Elle avait l’habitude de prendre des photos de personnes qui ignoraient sa présence », commente Amihai Hasson, le conservateur de l’exposition, qui a passé au crible les photos pendant des mois, en choisissant 60 pour l’exposition et 100 autres pour le catalogue. » Sarah Ayal « raconte des histoires entières dans ses photos », s’enthousiasme le commissaire de l’exposition, « et ses compositions semblent accidentelles, mais elles sont soigneusement étudiées. Elle nous fait entrer dans son monde ». « C’est une histoire qui nous interpelle », indique David Rozenson, le directeur général de Beit Avi Chai. « Son histoire a pris vie, alors qu’elle aurait pu rester confinée dans ce sous-sol ».

Datant des années 1950 et 1960, les « photographies sont un mélange de petits et de grands formats, et le commissaire de l’exposition, Dov Abramson, a placé les petites photos dans des cadres sur une étagère, permettant aux spectateurs de se pencher et d’examiner les images capturées.

Les « clichés décrivent une succession de moments idylliques, historiques et mondains que Sarah Ayal a capturés, souvent à l’insu des sujets. On y trouve des images illustrant la nouvelle année juive israélienne, notamment la cérémonie du tashlich à la plage pour Rosh HaShana, l’achat de skhakh pour Souccot et la célébration de Yom HaAtsmaout sur la place Rabin, alors qu’elle était encore recouverte d’herbe. »

Sarah Ayal « avait également le sens de l’histoire en cours. Il y a un cliché de deux hommes couvrant les phares d’une voiture, suivant les ordres de l’armée, et un autre de Menachem Begin et Anouar Sadate dans les moments précédant la signature du traité de paix historique de 1979 entre Israël et l’Égypte. D’autres sont plus difficiles à identifier, qu’il s’agisse d’une réunion de parlementaires à l’ancienne Knesset, dans la rue King George, ou d’une paroi rocheuse utilisée par les enfants pour plonger et sauter dans la Méditerranée. Pour celle qui suit, l’on ne sait pas si elle se trouve à Akko ou à Jaffa ».

Les « photos constituent également un récit d’un Israël qui a pratiquement disparu, bien que pas entièrement, et cela offre un regard impartial sur ce qu’il était autrefois. »

Coronavirus

Le 19 mars 2020, le site d’information Channel 12 a révélé « une opération menée par le Mossad, en coopération avec le Shin Bet et Tsahal, afin d’importer près de 100.000 kits de tests au coronavirus en Israël depuis l’étranger – il prévoit d’importer 4 millions de kits de tests au total », dont une partie sera donnée à des États amis -, et « que les équipes de sécurité de l’agence de renseignement assistent actuellement le ministère de la Santé dans la création d’un logiciel mais aussi d’applications permettant de gérer l’épidémie du coronavirus. Depuis ces derniers jours, les services de sécurité israéliens sont de plus en plus impliqués dans la gestion de la crise aux côtés du ministère de la Santé. » Malheureusement, ces kits sont incomplets : il manque un liquide spécial que le Mossad va tenter de se procurer.

The Gatekeepers” de Dror Moreh
Israël/France, 2012, 1 h 30 mn
Production : ARTE France, Les Films du Poisson, Dror Moreh Productions, Cinephil, Wildheart Productions, Macguff, NDR, IBA, RTBF
Prix du meilleur documentaire de l’Association des critiques des films de Los Angeles
Diffusions sur Arte les 5 mars 2013 à 20 h 50, 16 avril 2013 à 9 h 40, 16 septembre 2014 à 22 h 35 et 6 octobre 2014 à 8 h 55, 3 juin à 0 h 50 et 9 juin 2015 à 8 h 50.
Sur Public Sénat le 10 mai 2018.

« Mossad : des agents israéliens parlent » par Duki Dror
Zygote Films, Gebrueder Beetz Filmproduktion, New Israeli Foundation for Cinema and Television, WDR/Arte, Allemagne, 2017, 90 min
Auteurs : Duki Dror, Yossi Melman, Chen Shelach
Musique : Tom Darom, Assa Raviv
Montage : Chen Shelach, Dror Yaakobovitz, Christoph Senn
Sur Arte le 24 avril à 22 h 55 et le 4 mai 2018 à 9 h 25
Visuels :
© Gebrueder Beetz Filmproduktion

Du 19 décembre 2019 au 11 juin 2020
Au Centre culturel Beit Avi Chai à Jérusalem 
44 King George St., Jerusalem:   
Tel.: 02-6215300
Du dimanche au jeudi de 13 h à 21 h 30. Vendredi et durant les veilles de vacances de 9 h 30 à 12 h
Visuels :
Sarah Ayal, photographe
Deux garçons tenant leur lulav pendant la fête de Souccot Enfants plongeant à Acco
Begin et Sadate à Jérusalem Vendeur de journaux sur le boulevard Dizengoff  Fête de l’Indépendance

Les citations sur le documentaire sont d’Arte. Cet article a été publié pour la première fois le 5 mars 2013, puis les 4 avril 2013, 2 juin, 19 août  et 15 septembre 2014, 2 juin 2015, 8 janvier et 16 mars 2016. le 24 avril 2018, puis le 30 août 2018.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]


« Je suis un homme tout à fait ordinaire, un simple passant de l’existence, un observateur, un témoin » écrit Marc Lumbroso dans son livre Itinéraire d’un Juif français ordinaire.

Écrit par Maya Nahum

Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (Tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle. Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ». De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

Itinéraire d’un Juif français ordinaire

Price: EUR 23,00

5.0 étoiles sur 5(1 customer reviews)

5 used & new available from EUR 17,70

[Photo : Pixabay – source : http://www.causeur.fr]

Le 23 juillet dernier, lendemain de Ticha beav, plus de 200 olim de France sont arrivés par un vol ElAl spécialement affrété pour eux. Nous avons recueilli les impressions du directeur de Qualita, Ariel Kandel. Il nous explique aussi dans quelle direction l’association veut influencer les autorités publiques, pour une meilleure prise en charge des olim.

Le P’tit Hebdo: Vous avez une longue carrière dans le monde de l’alya. Accueillir des olim à Ben Gourion: une routine?

Ariel Kandel: Certainement pas! L’alya est une aventure humaine et s’inscrit dans un parcours incroyable. C’est toujours un moment très impressionnant et émouvant. De plus, dans cet avion, cette année, se trouvaient certaines connaissances proches, donc l’événement avait un cachet particulier. Sur place, des larmes, de l’émotion, des danses, des « mazal tov » qui fusent: l’alya est à la fois un aboutissement et un début.

On ne se lasse jamais de ces descentes d’avion, cela nous donne la force pour exécuter notre travail en faveur de l’intégration des olim et pour encourager ceux qui veulent venir.

Lph: L’alya ce n’est pas seulement débarquer à Ben Gourion, c’est tout ce qui attend les olim après. Est-ce un combat quotidien?

A.K.: Au niveau individuel, l’alya est une aventure humaine extraordinaire, c’est un tournant merveilleux. Au niveau collectif, c’est, en effet, un combat, ou du moins des questionnements auxquels nous devons apporter des réponses. Des dizaines de milliers de Juifs de France veulent monter mais ne trouvent pas les conditions nécessaires pour concrétiser leur projet. Le sentiment général est qu’à terme les Juifs habiteront hors de France et pour beaucoup en Israël. C’est pourquoi, nous devons pousser le secteur public à créer un vrai plan d’alya pour les Juifs de France.

Lph: Qu’entendez-vous par là?

A.K.: Les olim de France ne perçoivent pas les mêmes aides que les autres. Les budgets sont différents en fonction du pays d’origine. Nous devons mettre un terme à ces déséquilibres. Par ailleurs, il est évident que l’alya de France a ses spécificités et qu’il convient donc de mettre sur pied des plans adaptés dans les domaines de l’éducation, du logement et de l’emploi. Cela doit se faire en lien avec les différents ministères. J’ai, d’ailleurs, envoyé une lettre au Premier ministre en ce sens. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons convaincre les Juifs de France qui hésitent encore à choisir Israël.

Lph: Quels conseils avez-vous donné aux olim hadashim de cet été?

A.K.: Mon premier conseil est de s’adapter à la mentalité israélienne. Cette fameuse  « h’outspa » peut être perçue dans le bon sens du terme. Au lieu de rejeter ce mode de pensée, apprenons à nous y faire, à accepter cette proximité de l’autre, qui a aussi du bon.

En particulier, les Français ont souvent du mal à demander de l’aide ou à prendre la main tendue. Ce n’est pas dans leur culture. Or, en Israël, cela fonctionne ainsi. Donc, je conseille aussi aux olim de profiter de toutes les aides qui leur sont proposées, dans le cadre de Qualita, et au-delà. Allez chercher ces soutiens. À l’inverse de la France, l’aide ne vient pas automatiquement jusqu’à vous, mais elle existe pour peu que l’on se donne la peine de frapper aux bonnes portes. Le tissu associatif francophone vous guidera.

Lph: Pensez-vous que la clé d’une alya réussie réside dans la préparation en amont?

A.K.: Je ne serais pas aussi catégorique. Cela dépend des personnes. Et même lorsqu’une alya est préparée, des questions demeurent sur les plans professionnels et éducationnels. L’immense majorité des olim de France n’est pas prête pour le marché du travail israélien, il y a un vrai besoin d’accompagnement. C’est la raison d’être du Hub de l’emploi qui est implanté à Jérusalem mais qui s’est étendu sur Tel Aviv et bientôt Netanya.

Des solutions sont également recherchées pour les questions de l’éducation et du logement. Préparer son alya est important, mais il convient aussi de préparer son intégration, une fois sur place, et cela passe par être capable de demander de l’aide.

Lph: L’alya est un moment d’euphorie qui s’accompagne aussi d’angoisses. Que diriez-vous aux olim hadashim pour calmer ces craintes?

A.K.: Le courage qui leur a fait prendre la bonne décision, celle de faire leur alya, les aidera au jour le jour. Ils doivent d’abord croire en eux, se faire confiance quant aux décisions à prendre et aux choix à faire. En hébreu, le mot  « responsabilité » (a’harayout) commence par un alef: il faut avant tout croire en soi, en son potentiel puis dans le destin collectif du peuple juif.

D’un point de vue plus terre à terre, je le répète: accepter l’aide des services de l’État et des centaines d’associations qui accompagnent les olim de tout âge, dans presque toutes les villes, dans tous les domaines. Faites preuve de ‘houtspa!

Propos recueillis par Guitel Ben-Ishay

[Source : http://www.lphinfo.com]