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C’est l’histoire d’une enfant que l’on ne saura aimer, qui ne trouvera pas sa place dans le couple parental. L’histoire d’une déchirante constatation qui éteindra le regard de Tristane à tout jamais. Ce conte d’une noirceur pourtant pétrie d’espoir accompagne une « petite fille terne » de sa conception à sa libération, victime d’une privation d’affection parentale qui donnera naissance à l’amour le plus pur.

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Publié par Fasseur Barbara

« Pourquoi suis-je si triste », s’interrogera Tristane face au miroir ? Le regard voilé, l’âme noyée, le cœur étouffé par l’amour que ses parents se portent l’un à l’autre, sans jamais daigner en partager une once avec elle. Elle vivra seule avec eux, leur idylle la laissant privée d’affection jusqu’à l’arrivée de Laetitia, sa sœur.

Elle découvrira l’amour, le vrai, lors de cette naissance, se dévouant corps et âme à un petit être qui la délivrera du froid carcan parental. Tissant cette relation d’une pureté et d’une honnêteté toute nue, Amélie Nothomb noircit l’idyllique et encense la parfaite imperfection de l’amour sororal.

L’auteure construit autour des deux sœurs une histoire d’amour d’une pureté inégalée qui frôle l’union sacrée, mais livre également une fable sur le pouvoir des mots et la puissance qu’ils peuvent incarner : construire ou détruire, dans la bouche des uns et des autres, mais surtout dans la tête et dans les oreilles de Tristane.

Elle incarne cette jeune âme trop précoce pour l’univers dans lequel elle voit le jour. Éternelle victime d’une brillance jugulée par la cruauté de l’Homme et le triste ego qui l’accompagne, elle apprendra à rayonner autrement, à s’élever pour quelqu’un d’autre puisque « Seconde, elle l’était en amour » et le restera dans et pour le reste de sa vie.

Nourrie de l’étrange nostalgie d’un amour qu’elle n’a jamais connu, Tristane grandit pour aimer sa sœur et sa sœur grandit pour que Tristane puisse aimer. On retrouve ici, toute la maîtrise des mots d’Amélie Nothomb dans la bouche de son héroïne.

On découvre cette année un roman sombre à la plume si particulière et au vocabulaire taquin. Nothomb y décortique le pouvoir du verbe et de l’écriture, des amours et de leurs contraires. Le tout porté par des personnages bien construits, assez complexes pour s’éloigner de la caricature.

Amélie Nothomb ne cherche pas à dépeindre une réalité, mais à envelopper son lecteur dans la douceur de ce nouveau rendez-vous que tout un chacun attend impatiemment. Elle le respecte quasi religieusement pour cette rentrée encore avec ce nouveau roman qui pourrait être un hommage à sa propre sœur, Juliette ?

Amélie Nothomb Albin Michel
Le Livre des sœurs
17/08/2022 198 pages 18,90 €

 

[Source : http://www.actualitte.com]

Ce lointain descendant du latin homo, « homme », permet aujourd’hui de remplacer les pronoms personnels comme « je », « tu », ou « nous ». Un cas unique.
Écrit par Michel Feltin-Palas
« On » l’utilise tout le temps, mais « on » n’y prête guère attention. Et pourtant, l’histoire de ce petit mot qui n’a l’air de rien, de ces deux lettres accolées comme par le fait du hasard, a tout d’une incroyable aventure.
Certains d’entre vous le savent sans doute : « on » nous vient en droite ligne du nominatif latin homo, « homme ». Au fil du temps, homo évolua sous différentes formes – huem, puis homhumom, en, an – avant que ne s’impose « on ». Première curiosité, donc : ces deux lettres devenues pronom personnel correspondaient au départ à un substantif.
« Que dit-on ? » ; « On ne fait pas toujours ce qu’on veut »; « on vivait mieux avant-guerre »… Vous l’aurez remarqué : dans ces différents exemples, « on » désigne une personne dont on ne précise pas l’identité. Car l’indétermination, c’est la force de notre « on », qui lui permet de représenter l’ensemble d’un groupe humain. « On a gagné !!! », nous arrive-t-il de beugler après une victoire de l’équipe de France (en revanche, ce sera « ils ont perdu » au lendemain d’une défaite, mais c’est une autre histoire…). Le « on » touche même à l’universel quand il s’agit d’exprimer une forme de sagesse : « On reconnaît l’arbre à ses fruits » ; « On a toujours besoin d’un plus petit que soi » ; « On est tous égo » (bon, d’accord, ce n’est pas vraiment un proverbe, mais j’aime beaucoup cette citation du publicitaire Serge Uzzan et j’ai profité de l’occasion pour la caser).
Véritable couteau suisse de la langue française, notre « on » est pour autant capable de désigner… une personne précise. « Je », par exemple. Si votre conjoint/votre patron/votre belle-sœur/votre meilleur ami (choisissez la personne à qui vous fait penser cette scène) vous lance : « Tu arrives, oui ? », vous pouvez lui répondre : « ça va, ça va, on arrive ». Dans un registre plus soutenu, on trouve aussi le « on » de (fausse ?) modestie : « Dans ce livre, on a voulu aider le lecteur à se forger une opinion », signale l’auteur en parlant de lui à la troisième personne. Il existe même un « on » de pudeur. Molière, dans Le Tartuffe, prête à Elvire cette réplique : « L’on a des secrets à vous révéler ». Une manière moins inconvenante de livrer ses sentiments.
Mais cela peut-être aussi « tu », notamment dans la langue familière : « Alors, ma petite, on passe ses vacances chez sa grand-mère ? » ou bien « Alors, on s’en va comme ça, sans dire merci ? ». Ce qui n’empêche pas « on », en d’autres occasions, de faire office de « vous », qu’il s’agisse d’un « vous » de politesse – « Je vois que l’on m’écoute avec moins de regret » (Bérénice, Racine) – ou du « vous » du pluriel, par exemple dans Britannicus – cette fois, c’est du Corneille – lorsque Néron s’adresse à ses gardes : « Et vous, qu’on se retire ! ». Et ne croyez pas que cette tournure soit propre aux Classiques. On la trouve encore aujourd’hui à foison, par exemple chez Amélie Nothomb : « On ne se refuse rien chez vous ! ».
Comme si cela ne suffisait pas, notre fameux « on » peut aussi remplacer et la troisième personne du singulier – « Vous aimez. On vous aime » (Racine, encore) – et la troisième personne du pluriel : « On ne nous a pas demandé notre avis » (mon cousin par alliance, à propos des nouveaux horaires du ramassage des ordures).
Et puis, nous le savons tous : « on » remplace de plus en plus souvent « nous ». « On a faim ! », « On part en vacances », « On est trois » ; et « on » (là, c’est « je ») pourrait continuer ainsi longtemps. Selon les linguistes, cette évolution serait même d’usage croissant depuis le XIXe siècle. Ce qui conduit à cette question : pourquoi ce dédain collectif pour ce pauvre « nous », impitoyablement laissé de côté alors qu’il remplit exactement la même fonction ? Sans doute, suggère Julien Soulié (1), parce que, consciemment ou inconsciemment, la première personne du pluriel est associée à une image un peu officielle, compassée, administrative, soutenue. Il n’a pas tort. Voyez la différence entre « Viens, on s’en va » et « Viens, nous nous allons ». Tout francophone le perçoit : le sens est identique, certes, mais le registre diffère.
Toujours est-il que cette évolution pose un redoutable problème à l’écrit. Car si, avec « on », le verbe se conjugue nécessairement à la troisième personne du singulier, que faire des adjectifs ? Sur ce point, même les dictionnaires ne sont pas d’accord entre eux. Certes, chez Larousse, la question paraît tranchée. Quand « on » est employé au sens de « quelqu’un », il reste au masculin singulier : « À quinze ans, on est encore naïf ». En revanche, quand « on » remplace « je », « tu », « il », « elle », « nous », « vous », il s’accorde avec le pronom implicite : « On est arrivés ce matin » ou bien « Alors, on est contentes ? ». Le Robert en ligne est sur la même position, qui conseille : « Lorsque on désigne une personne en particulier, l’adjectif s’accorde avec le sujet réel, au masculin ou au féminin selon le cas ». Et de citer cet exemple : « On est contente, madame Langlois ? »
En revanche la règle est beaucoup moins nette du côté de l’Académie française. Les Immortels indiquent en effet : « L’adjectif attribut se rapportant à « on » s’accorde au masculin singulier ». Tout en reconnaissant qu' »il arrive toutefois que l’accord se fasse avec le sens : « Comme on est contents de se retrouver si nombreux ! »
Avec ça, on n’est pas vraiment avancé (s ?)…
(1) Les pourquoi du français, par Julien Soulié. First Editions.
SOURCES
– Sites internet des dictionnaires Larousse et Le Robert.
[Publié sur http://www.lexpress.fr]

Parlem amb Ferran Ràfols sobre les seves traduccions de Fitzgerald, Carrère, Barthelme i Foster Wallace

Escrit per Enric Parellada Rius

Sempre m’ha agradat dir que soc el llibre que llegeixo. ¿Però què són els traductors respecte a cadascun dels llibres que tradueixen? Espero que les línies següents ajudin a resoldre el dubte, bàsicament perquè el testimoni de Ferran Ràfols Gesa no deixa indiferent. Es tracta d’un dels traductors més hiperactius actualment i va acceptar dialogar amb mi sobre quatre de les traduccions que ha publicat recentment. Em refereixo a El gran Gatsby de Francis Scott Fitzgerald (2021, La Breu Edicions), Ioga d’Emmanuel Carrère (2021, Editorial Anagrama), El Pare Mort de Donald Barthelme (2020, Extinció Edicions) i He ballat (breument) la conga de David Foster Wallace (2019, Edicions del Periscopi).

Ferran Ràfols Gesa | Foto: Agus Izquierdo
Ferran Ràfols Gesa

Les obres per les quals li preguntem tenen en certa manera un petit vincle per la seva rellevància històrica. El gran Gatsby és una de les retraduccions més transcendents d’un clàssic contemporani; Carrère ha guanyat el Premi Princesa d’Astúries 2021 amb IogaEl Pare Mort és el fruit de l’esforç d’una nova editorial per portar un autor de la categoria de Donald Barthelme al català; i malgrat que ja faci dos anys i mig de la publicació d’He ballat (breument) la conga, el tractem perquè, permeteu-me dir-ho, Ràfols és una mena de David Foster Wallace del país. Els temes són clars: la traducció en primer pla i el món editorial en segon terme, però sempre, sempre, sempre, la literatura per damunt de tot. Llegir literatura traduïda al català és consumir cultura del més alt nivell i això ens ho permeten aquelles persones que comparteixen ofici i vici amb Ferran Ràfols Gesa.

Quin és el primer llibre que vas traduir? En quin moment te n’adones o decideixes que vols ser traductor?

El primer llibre que vaig traduir va ser Antichrista d’Amélie Nothomb. Jo havia estudiat coses completament diferents (Enginyeria Industrial), i estava estudiant també Geografia i Història, però tenia molt clar que el que estava estudiant no era on volia anar a parar. En aquell moment vaig treballar de professor també, de matemàtiques, i durant les meves hores lliures escrivia. Escrivia poemes, algun conte… i vaig començar també a col·laborar amb editorials. Primer sense firmar res, però a partir d’una conversa amb l’Eugènia Broggi, que llavors estava a l’Editorial Empúries, va sorgir la possibilitat de recuperar l’Amélie Nothomb, que s’havia deixat de traduir durant bastants anys. Com que en vam estar parlant i a més a més es tractava d’una autora que té molta tirada entre la gent jove, a partir d’aquella conversa va sorgir la idea de la traducció. Jo havia traduït cosetes petites, però no havia traduït mai un llibre. La veritat és que era una prova i va sortir força bé. Ells van quedar molt contents.

Quina edat tenies en aquell moment?

Vint-i-set o vint-i-vuit anys, era grandet. A mi personalment em fa l’efecte que, tot i que hi ha gent molt ben dotada i que és molt jove, cal haver viscut una mica abans de traduir, perquè així aprens a ponderar millor les coses. Durant tres o quatre anys vaig estar fent una o dues traduccions per curs, en alguna ocasió potser tres i tot. Traduïa a les tardes, els caps de setmana, en hores lliures. Fins que l’any 2008 em van oferir moltíssima més feina i, com que ja tenia ganes de deixar la feina de professor, vaig fer el canvi. A partir d’aquí tot se m’ha anat encadenant molt bé i he anat fent un munt de coses.

Què és per tu, després de tot això, acabar traduint El gran Gatsby?

El gran Gatsby és un llibre que m’ha agradat molt traduir. Era una idea meva, ja feia anys que tenia moltes ganes de fer-lo, però això em passa amb molts altres. De fet, jo m’he especialitzat en una línia una mica més contemporània, la de Foster Wallace, per dir-ho així. Però aquest llibre de Fitzgerald m’ha agradat molt perquè t’obliga a traduir d’una manera diferent, a ponderar el registre i el grau de classicisme que pot haver-hi a la traducció. Per mi és un plaer, però espero que no sigui l’últim i que a partir d’aquí anem fent.

Hi ha una onada de noves traduccions que fins i tot m’espanta. Potser estem anant massa ràpid i ho volem fer tot en molt pocs anys

Més enllà que s’hagin alliberat els drets de l’obra de Fitzgerald, què creus que significa que actualment es tradueixi una obra com El gran Gatsby?

És una traducció que feia falta, jo la tenia molt clissada. Era una proposta clara i quan vaig veure que es donava l’avinentesa de l’alliberament de drets em va semblar que era el moment. Feia cinquanta anys que no es traduïa aquest llibre. Això que es diu sempre que cada generació necessita la seva versió dels clàssics, en català no estava passant. Durant molts anys hem estat vivint amb les mateixes traduccions. Ara, una mica de cop i volta, amb tota aquesta efervescència editorial que va començar potser el 2012, estem en un moment molt dolç en què es retradueix molt. Vull dir que aquest any s’ha fet El gran Gatsby, que és un llibre curt, però també s’ha fet Crim i càstig, s’ha fet Seny i sentiment, s’ha fet Orgull i prejudici. Jo mateix tinc encàrrecs que encara no puc explicar, però que són retraduccions importants. Ens estem llençant al que durant molts anys havíem esquivat per un tema de diners. Els editors han trobat la fórmula màgica perquè això els rendeixi, o bé hi ha un públic que ja no accepta les traduccions antigues i vol una traducció nova. Hi ha una onada de noves traduccions que fins i tot m’espanta. Potser estem anant massa ràpid i ho volem fer tot en molt pocs anys, però bé, no deixa de ser interessant.

Fem broma, una mica. ¿Com creus que s’hauria comportat el Gatsby a Barcelona en ple confinament?

Home, hauria sigut la mort en vida, no? Perquè, d’una banda, és evident que els tempos d’aquella època potser afavorien que la gent tolerés millor un confinament, però el Gatsby és un personatge que de fet és una closca, és un personatge una mica inexistent que vesteix una gran façana. Si no tens ningú que et miri no serveix de res. Ell de fet ja ho construeix d’una manera molt elaborada des de molt lluny per seduir a algú que està a l’altra banda de l’estret de Nova York. Crec que el gran Gatsby s’hauria avorrit profundament al confinament, però sobretot s’hauria pansit. Hauria perdut el motiu de ser.

Ferran Ràfols Gesa | Foto: Agus Izquierdo
Ferran Ràfols Gesa 

Aquest any Emmanuel Carrère ha obtingut el Premi Princesa d’Astúries de les lletres 2021. ¿Un traductor en treu rèdit d’haver traduït l’obra d’algú que guanya un premi d’aquestes característiques?

De rèdit, no se’n treu. Tu cobres un preu per pàgina i, en cas que les vendes siguin molt altes i els drets d’autors superen el pagament inicial, en cobres més. Això en català requereix un nombre d’exemplars venuts que no es dóna pràcticament mai. En la meva vida només ho he aconseguit una vegada amb més de cent llibres fets ja. Econòmicament, no se’n treu rèdit, d’un premi, però el que sí que s’obté és prestigi. Sobretot pel fet que els premis ajuden a fer que es tradueixi més obra de l’autor. Per exemple, en el cas de Carrère ara rescatarem alguna cosa, també, que segurament en català no s’hauria fet perquè en castellà ja estava treballat. Però, en el dia a dia del traductor, els premis i tot aquest glamur no existeixen. La vida del traductor és de rata de biblioteca, vivim tancats a casa amb les dues pantalles. A no ser que passi alguna cosa molt estranya, que hi hagi un bum, que a mi no m’ha passat ni remotament, res d’això ens afecta gaire.

Ioga és una obra que la mateixa Editorial Anagrama també ha traduït al castellà. Es fan la competència? Com conviuen dues obres traduïdes al mateix moment al català i al castellà?

La convivència entre el català i el castellà és molt ambivalent. D’una banda, els catalans, catalanoescrivents, catalanolectors o catalanoparlants ens trobem en una situació molt estranya, perquè cap altra llengua petita ha de competir amb una altra llengua més gran. D’altra banda, la gent et dirà (i suposo que des d’Anagrama també t’ho dirien) que el fet que el castellà sigui tant potent i tingui una indústria editorial a Barcelona tan forta, facilita molt que es tradueixi al català. Moltes vegades es compren els drets de les obres conjuntament, els autors venen a fer gires de premsa, que potser no podrien fer si només els traduíssim en català. Tot i això, sempre he tingut molt la sensació que vivim massa pendents del castellà, perquè ens condiciona els calendaris i ens condiciona les programacions. No parlo d’Anagrama, que sovint tradueixen ells mateixos en català i castellà. A vegades treballo un llibre en català amb una editorial, però en castellà el tradueix una altra. Això vol dir que quan els castellans canvien la data els catalans ens hem d’adaptar. Aquesta convivència a vegades és incòmoda, però a vegades és fructífera. Jo no crec que es facin la competència, però com a persona totalment bolcada a traduir en català, sí que penso que la manera de créixer del català ha de ser guanyar nous lectors. S’ha d’acabar amb aquest fenomen, que encara existeix, de la persona que viu en català, pensa en català, però a l’hora de triar llibres encara té el prejudici de pensar que el castellà serà més literari o estarà més cuidat. Jo crec que aquí hi ha una batalla on hem guanyat molt terreny durant els últims deu o quinze anys, però encara queda una mica per fer.

S’ha d’acabar amb aquest fenomen de la persona que viu en català, però a l’hora de triar llibres pensa que el castellà serà més literari o estarà més cuidat

Això passa amb la cultura en general. Amb les pel·lícules és encara més exagerat i també amb la música, no?

Sí, quan jo vaig començar a traduir, aquesta era una batalla que tenies amb la gent gran, perquè havien estudiat en castellà i tenien aquest vici agafat. Però veig que hi ha una part de la gent jove que manté aquests costums perquè molta cultura popular no existeix en català i llavors hi ha una mena de prestigi que s’arrossega. En canvi, crec que el nivell actual de l’edició d’originals en català és molt alt i el nivell de traducció també. Si el rigor en general és molt alt, doncs, llavors és qüestió d’anar guanyant terreny a poc a poc.

¿Creus que traduir una obra de l’estil de Ioga és tan perillós com per un cirurgià operar al seu fill o la seva filla?

Va! No home, no! [Riem] Però és viure durant bastantes setmanes al cap d’algú. És una cosa que va una mica amb l’ofici i que m’agrada. Al final no només saps el que l’autor diu, sinó que, com que t’has fixat tant en la seva tria de paraules, quan fa servir una expressió o una altra, endevines coses. Ioga és un llibre que té els seus abismes, però, com a lector i com a anterior traductor de Carrère, ja el coneixia.

¿Quin és el fet més singular de la seva escriptura?

Tot llibre té una veu, no? Doncs Carrère fa aquesta creació d’una veu. Però quan un llibre és en primera persona i és confessional en certa manera, aquesta veu ha de ser molt fàcil de reconèixer i ha de ser tan creïble com la veu d’una persona. Li has de donar tota la identitat i l’homogeneïtat, però a la vegada tota la variació que té una persona amb el nivell de cultura que té ell. A mi això em va semblar molt interessant; que sonés natural i alhora amb aquest punt francès una mica més culte, més reposat. Va ser un llibre molt àgil de traduir. Amb altres autors, com per exemple Foster Wallace, m’ha trobat textos molt durs de traduir. Ja en parlarem més endavant d’això, però deixa’m fer un incís. Hi ha un conte seu que es diu La persona deprimida que és duríssim. Recordo que temia el moment de repassar-lo una altra vegada més. És a dir, tornar a haver de passar per tot aquell arrossegament de paraules que fa mal, com una bola que es va fent grossa i no avances. Aquell conte sí que el vaig arribar a témer. Molt diferent d’Ioga, que en el fons és un llibre pensat per entretenir, en bona part. Carrère t’explica unes coses, però és un autor molt conscient que no es pot ser avorrit.

Ferran Ràfols Gesa | Foto: Agus Izquierdo
Ferran Ràfols Gesa

Has portat a Donald Barthelme al català amb El Pare Mort. En aquest cas ell té escassíssimes traduccions al castellà. ¿Com veus aquesta aposta d’Extinció Edicions? ¿Consideres que l’ambició des dels circuits culturals catalans denoten una intenció puntera en el sector?

Jo crec que és un llibre molt valent. Ara farem els contes, Seixanta contes, que sortiran aviat. És una aposta molt arriscada que a mi m’agradaria que la gent reconegués una mica més. Hi ha hagut durant molts anys, en català i en castellà, una reticència a tota una generació, de tota una escola nord-americana que en podríem dir postmoderna. Thomas Pynchon no s’ha traduït o s’ha traduït molt poc, Don DeLillo s’ha fet a trossets, tard, i mai amb gaire repercussió. Tenim una idea massa realista de la literatura. Encara que no tingui res a veure, el fantàstic prototípic no estava tractat fins que no va aparèixer l’editorial Males Herbes i ara l’editorial Mai Més. No es feia, hi havia un buit. L’escola nord-americana que et comentava no és en absolut fantàstica, però sorgeix de la llibertat estilística, per dir-ho així. Tenen molt sentit de l’humor, que és capaç d’agafar una situació i en comptes de fer una història ben explicada, fer-ne una situació ben explotada. És a dir, una imatge central molt potent a partir de la qual fan deu mil variacions divertides i enjogassades. Això aquí té molt mala recepció encara ara, costa molt. Jo crec que d’alguna manera hem arribat a poder fer Barthelme perquè abans vam fer Foster Wallace, per exemple. Són autors diferents, però tenen punts d’unió. Anem fent cosetes, però encara continua costant publicar-los. És curiós perquè hi ha una bona part de l’obra de Quim Monzó dels anys 90, i abans i tot, que beu d’aquí: deu una bona part a Barthelme.

També de Robert Coover.

Sí, exacte. ¿Com pot ser que un autor com Monzó, que va triomfar d’una manera tan explosiva a Catalunya, no portés a les editorials a aproximar-se a les seves fonts d’inspiració?

A més, ell va prologar en castellà a Coover per Anagrama.

Sí, i de fet hi ha dos contes de Barthelme traduïts per Monzó, publicats ara fa molts anys a la revista Els Marges; això era l’únic que hi havia abans d’El Pare Mort. Jo no era tan conscient que en castellà no hi havia gran cosa de Barthelme traduït, no m’hi havia fixat fins que m’ho va comentar l’editor. És veritat que hi ha poca cosa i molt esparsa. I és curiós perquè els castellans sí que en els últims anys han fet una incorporació molt forta d’aquest tipus d’escola.

El franquisme va deixar un amor pel realisme social que ens ha costat molt de superar

Però de Barthelme precisament no. De fet, jo el vaig conèixer perquè vaig topar amb un llibre seu a un hostal de Londres. Em vaig trobar un exemplar de Forty Stories, en una edició de Penguin Random House, i en aquell moment quan vaig buscar informació del llibre i l’autor no en vaig saber trobar cap versió traduïda ni en català ni en castellà.

És interessant això de la presència dels autors en diferents països, hi ha autors que no viatgen bé per motius que són inexplicables. També hi ha llibres que han passat molt desapercebuts quan s’han traduït. Aquí el franquisme va deixar un amor pel realisme social que ens ha costat molt de superar. Però he de dir que, com em va comentar una vegada una amiga editora: contra el que podria semblar, el fet que els llibres siguin divertits a vegades és un problema. Sembla que a la gent li agradi que els llibres parlin sobre temes greus, profunds, de patiment. En canvi, aquesta cosa tan enjogassada i tan intranscendent, en la qual no s’hi posa la pell, aquí no ha funcionat. És una llàstima. Crec que aquí, en aquest tipus de llibres, s’ha posat molt l’accent sempre en la paraula “difícil” en lloc de la paraula “divertit”. I aquesta última és la millor manera d’entrar en un lloc on tot és possible, perquè al final tots venim aquí a passar-nos-ho bé i jugar amb els registres i jugar amb el llenguatge. Ha de ser una festa.

¿Quant de valor afegit hi ha en el fet que sigui una editorial petita i gairebé acabada de néixer qui dugui a terme l’empresa de portar Barthelme a Catalunya?

Devem moltes coses a les editorials petites que s’han anat creant durant els últims anys. Hi va haver una primera generació, a la qual trobo que els ha anat prou bé, i ara hi ha una segona o tercera generació que intenta omplir buits més petits, però crec que és la manera correcta de fer les coses. No val la pena començar fent obres secundàries, d’autor de poca revolada, cal anar a buscar les peces importants que ens falten.

Trobo que a més hi entren amb un disseny bastant cuidat. El Pare Mort d’Extinció Edicions és un llibre preciós.

Sí, tota aquesta generació d’editors s’hi fixa molt, en això. Contacten amb il·lustradors que ells ja coneixen per la seva obra gràfica. En comptes d’agafar imatges de catàleg, fan que els il·lustradors es llegeixin el llibre i escullen una imatge molt pensada. Si desplegues les cobertes d’El pare mort, trobes que la imatge és un pòster fantàstic per penjar-te a l’habitació. Això implica buscar algú que faci aquest esforç, però dona al lector una molt bona porta d’entrada al llibre. El naixement de les editorials petites té una part de salt generacional. Les editorials que hi havia durant els anys que jo vaig créixer eren poques i amb editors de molta trajectòria, però no hi havia relleu generacional. Amb la crisi es va haver de saltar a editorials molt petites que portava gent que, per la seva edat, ja volia portar el seu propi projecte, en lloc d’estar ocupant un segon o tercer lloc. Això ha fet que entrin a l’edició persones amb una formació molt diferent de la d’abans i amb unes aficions culturals molt diverses. Potser els editors d’abans, diguem-ne la generació Vallcorba-Herralde, eren més semblants entre sí. Una cosa que tenen aquests editors nous és que tenen una cultura gràfica molt diferent, molt més moderna i això per mi és fascinant.

M’acosto al text d’una manera molt física, per mi és com una batalla campal

El pròleg d’El Pare Mort, escrit per Borja Bagunyà, també és una magnífica porta d’entrada al llibre. Com a curiositat, ¿ell va llegir la teva traducció abans d’escriure-ho?

No, perquè es va fer alhora. Molt cap al final, suposo que ell sí que va llegir alguna cosa, però la feina l’estàvem fent simultàniament. De fet, ho vam entregar a la vegada. El Borja i jo hem anat coincidint. Amb ell he fet presentacions de Foster Wallace, de Barthelme, vaig fer un parell de cursos a l’Escola Bloom que ell dirigeix. Ens hem anat trobant amb tota aquesta escola d’autors que dèiem abans, postmoderns nord-americans… i diria que la nostra aproximació a aquests textos és molt diferent. Ell és una persona que té un coneixement força enciclopèdic, no només dels autors, sinó de l’obra crítica sobre els autors. Jo, en canvi, com a traductor, sempre m’acosto al fet literari d’una manera més arran de terra. És a dir, no entro des de la teoria, o des de la reflexió que porta a nova lectura i porta creació. Jo considero que tinc una frase que ha de donar una altra frase; o un paràgraf que ha de donar un altre paràgraf. Això em genera un munt de problemes i, per tant, com més em documenti, millor. El recurs teòric moltes vegades no em serveix de res, necessito una verbalització, una resolució concreta de paraules que doni un efecte. Pot ser que pel camí es perdin coses, se’n perden. Però el que fem el Borja i jo, de totes maneres, és una cosa molt complementària. Seria interessant veure’l en la figura de traductor. Estic segur que ho podria fer molt bé. Tot i això, he de dir que a mi sempre m’ha agradat molt llegir-lo justament perquè t’acosta a aquests autors d’una manera molt diferent de com m’hi acosto jo. Jo ho faig d’una manera molt física, per mi és com una batalla campal. O sigui, jo sé que m’he de barallar amb un conte de Barthelme i sé que m’he d’arremangar i donar cops de puny al text.

Com si un dels dos fos el cineasta i l’altre el cinèfil.

Podria ser una manera de dir-ho. Cada cop veig més que el meu possible talent, la cosa que em permet guanyar-me la vida fent el que faig, és una certa capacitat de trobar solucions concretes a problemes concrets. Per això gaudeixo tant aquests autors, perquè a mi aquest to, aquest joc de registres, aquesta exaltació o creativitat verbal i que l’argument pesi menys, m’està bé. El que m’agrada molt del Borja és com contextualitza, com obre el focus, perquè jo necessito tancar-lo.

¿Com ho vius quan, després de traduir una obra així, llegeixes el seu text que la complementa?

En el cas de Barthelme, em vaig preguntar si no hauria pogut ser un epíleg, també. Perquè l’experiència d’entrar a aquest llibre nu de pèl a pèl és molt interessant. Però, d’altra banda, entenc que una cosa que han de fer els editors d’avui és contextualitzar els autors que no són coneguts i porten al català. Per tant, la lectura del Borja equilibrava molt bé el llibre.

Ferran Ràfols Gesa | Foto: Agus Izquierdo
Ferran Ràfols Gesa

La teva relació amb Foster Wallace és molt especial. ¿Com va ser el primer contacte amb ell?

Buf! Bé, com a lector fa molts anys, amb els contes, i em va generar una resposta molt forta. Ara, el que m’ha passat traduint-lo és que tota la meva opinió prèvia d’ell s’ha esborrat. L’experiència de llegir i la de traduir és d’una intensitat molt diferent. Qui s’acaba dedicant a traduir acostuma a haver estat un lector obsessiu. Si entres en les dinàmiques de la vida adulta, et queda poc temps per llegir, així que fer-se traductor, pel lector obsessiu, és una manera de trobar un espai privilegiat que es pot expandir fins a l’infinit. Això vol dir que molts llibres que només llegeixes fan un efecte més petit que els llibres que tradueixes. El meu primer contacte amb Foster Wallace s’esvaeix per culpa d’això, en aquell moment potser no vaig acabar d’entendre del tot fins a on arribava. Ara bé, quan l’Aniol Rafel d’Edicions del Periscopi em va proposar la traducció de L’escombra del sistema abans que l’editorial hagués tret ni un sol llibre, el primer que vaig pensar va ser que hi havia hagut com a mínim dos editors que m’havien dit que voldrien publicar Foster Wallace, però que en català no tenia sentit i menys ara que ja és mort i no vindrà a presentar cap llibre. Tot i que quan era viu tampoc hauria vingut, perquè resulta que no es movia de casa seva gairebé.

Tot i així, penso que té un humor molt català.

Sí, tens raó. Però hi havia una desconfiança molt marcada d’alguns editors catalans envers el públic lector català, com si els lectors l’haguessin de trobar massa complicat i radical. Pensaven que no hi hauria prou lectors per justificar-ne la traducció. Quan l’Aniol Rafel em va proposar de traduir L’escombra del sistema, que per cert jo en aquell moment encara no havia llegit, vaig tenir l’emoció de pensar que ho faria i que seria el primer que traduiria Foster Wallace. És un autor molt ric. Jo crec que els que l’admirem, ho fem pel desplegament d’intel·ligència que fa, així com Nabókov, però d’una manera un pèl menys arrogant i més divertida.

Abans de la primera traducció de Foster Wallace, hi havia hagut com a mínim dos editors que m’havien dit que publicar-lo en català no tenia sentit

He ballat (breument) la conga s’hi troben articles molt extensos, alguns de més de 100 pàgines i tot. ¿On li publicaven aquests articles tan llargs?

A veure, a ell no li publicaven aquests articles tal com els tenim nosaltres ara, era ell qui després feia versions allargades. De fet, a aquest que dedica a John McCain (“Amunt, Simba! Set dies a la campanya d’un anticandidat”) se sap que, quan va enviar la versió de 80 o 100 pàgines a la Rolling Stone, aquests li van respondre que l’article sencer era més llarg que la revista sencera. S’ha de dir per això que excepte algun article curtet que hi ha al recopilatori d’Edicions del Periscopi, els articles estan pensats en format llibre. De fet, ens van quedar a fora reportatges que jo tenia moltes ganes d’incloure, però que sumaven 100 pàgines més. Jo pensava que la traducció dels articles seria més fluida que la de L’escombra del sistema o l’Antologia de contes. Però va resultar que per mi va ser la més complicada, perquè aplica la seva mirada privilegiada sobre la realitat i es dedica a trobar un nivell de detall i de matís molt concret. Hi ha un fenomen en l’anglès que és que té moltes paraules per referir-se a qualsevol cosa. En canvi, nosaltres tendim a posar adjectius o a explicar les coses. Llavors, aquesta aplicació fanàtica del seu ull intensíssim sobre la realitat material la vaig trobar esgotadora de traduir. Per dir-ho d’alguna manera, vaig acabar sense paraules. Al vespre ja no podia ni parlar, cada dia em deia: avui ja he esgotat el meu cabal lèxic.

¿On trobes la complexitat més gran, en la traducció dels mateixos articles o en la de les notes a peu de pàgina?

El que m’agrada més del joc de les notes a peu de pàgina, que no crec que sigui més o menys difícil de traduir, és que hi ha alguns llocs on a la nota hi ha una història divertidíssima quan justament en aquell tros del text principal està tractant algun tema de manera una mica més àrida. La gràcia està en veure com l’autor juga amb la informació. Juga amb el fet de si te la llegiràs o no te la llegiràs, i per això es guardava perles.

És que formen part de l’obra.

Formen part del text, sí. Però en molts llibres les notes a peu de pàgina són reals, en canvi, en ell són continuacions del text per altres camins. A vegades hi ha bromes o una visió diferent del relat. A més, jo tendeixo a parlar llarg i amb molts parèntesis. I Foster Wallace ofereix aquesta experiència sovint i per això m’agrada. L’experiència que és imitació de com pensem; anem pensant i posant parèntesis dins de cada cosa que anem pensant. Hi ha un camí, doncs, que és llegir el reportatge sense les notes a peu de pàgina, l’altre que és llegir-lo amb les notes i un altre que seria perdre’s en les notes.

O llegir-ne algunes sí i d’altres no.

Clar, si tu obres trenta-dos parèntesis, tenint en compte que un parèntesi sempre és una cosa interessant, però no imprescindible, llavors al final, quan ja n’ha obert prou en el text principal, n’obre a les notes i acaben sent més que acotacions. Al final és un d’aquests autors que, si li segueixes la corda, acabes llegint articles sobre tenis. A mi m’agrada el tenis, però soc conscient que gent que no té gens d’interès en el tenis, que no sap ni com es compten els punts, també ha llegit aquests articles. De fet, n’hi ha dos en el nostre recull: un sobre Federer i Nadal, que seria una mica també com a recerca del talent i l’esforç, de la bellesa i la guerra.

David i Goliat, oi?

Sí, però després n’hi ha un altre que t’explica la seva infància. Crec que ell és conscient que té un talent que no és normal. Però que la gestió d’aquest talent no implica saber fins a quin punt aquest talent el farà feliç o no. Això l’amarga molt. Ell vehicula el tenis per parlar del talent, i per això ho trobo tan interessant. Però també hi ha un moment a l’article sobre Federer que t’explica l’evolució del tenis modern i et parla de tot.

El material de les raquetes.

Exacte, i de com això canvia. És aquesta barreja d’interès fanàtic amb les coses i a la vegada la capacitat d’entendre que tot és sempre una excusa per parlar d’una altra cosa. Això trobo que ho fa d’una manera molt brillant. D’una banda és una persona sofisticadíssima, d’una cultura vastíssima, amb recursos infinits i, d’altra banda, es planteja coses molt bàsiques, molt elementals, i quasi ingènues.

Foster Wallace és una barreja d’interès fanàtic per les coses i a la vegada la capacitat d’entendre que tot és sempre una excusa per parlar d’una altra cosa

Però és que és irrellevant si vius als Estats Units o no, perquè ell et parla del llamàntol així com aquí et podríem parlar de les fires dels Pirineus on s’hi menja ase, d’una fira de la carbassa o d’una fira del rellotge.

Sí. Clar, de fet vam posar aquest article del llamàntol i el del creuer, com a exemple. Ell té un tipus d’article model sobre fires, que en té molts i de molt bons, de 100 pàgines tots, excepte el cas del llamàntol que és més curt. Una fira permet veure el deliri del capitalisme, el deliri de la manera de viure nord-americana o contemporània. I clar, en el fons el famós relat del creuer és un relat molt divertit perquè al final no deixa de ser com una fira, però al mar. Ell té aquesta obsessió i alhora té un fons molt moralista. També té aquesta obsessió amb el fet que hi ha una essència perduda, una veritat, un contacte humà perdut, i la fira representa això, la turistització de l’experiència humana de forma brutal, que és intentar tenir-ho tot molt estret, en molt poc temps. Crec que té uns articles molt brillants i em va saber greu només incloure’n dos.

La teva introducció és increïble. Aquí què en penses: introducció o epíleg?

Bé, és un pastitx fosterwallacià. Crec que és una introducció, però està pensada per algú que ja ha llegit Foster Wallace i que almenys intueix què es trobarà i ja pot entendre el joc. Perquè tot i que les idees del pròleg, les tenia prèviament al meu text, feia tant temps, tants dies, tantes hores, tantes setmanes que duia un nivell d’immersió brutal en el seu llenguatge que vaig voler treure la veu en to fosterwallacià que m’havia quedat a dins. És un joc i a la vegada crec que una bona carta de presentació. La meva aproximació és molt pràctica i en comptes de posar-me a discutir què m’havia aportat cada relat, al final va sortir aquesta versió. A part, estic força content pel títol del recopilatori. Això va ser una idea d’aquestes que et ve com un flaix.

Entre parèntesis!

Clar! I és una frase que apareix a l’article del creuer. De fet, a l’original diu “molt breument”, però ho vam retallar a breument pel títol. En vaig enviar cinc o sis a l’editorial que m’agradaven molt també.

¿Te’n ve algun al cap que hagués estat a punt? ¿Es pot confessar?

A punt no perquè de seguida l’editorial va dir que aquest era el bo, però l’altre que més m’agradava deia així: “Iniciació a la tristesa adulta”. Ell parla del moment que va deixar de ser un jugador prometedor de tenis, perquè es pensava que arribaria a ser un gran jugador, i es va adonar que hi havia una piràmide de talent tenístic i que ell no estava en absolut en un grau molt alt. Deia que això va ser la seva “iniciació a la tristesa adulta”. Però entre un títol festiu com He ballat (breument) la conga o un títol tan trist com “Iniciació a la tristesa adulta” entenc la decisió de l’editorial.

Tant parlar d’ell, deixa’m que el citi. Deia Foster Wallace: “El que sempre t’havia motivat a escriure és el mateix que ara et fa llençar el que escrius a la paperera”. Portant-ho a la traducció, ¿com supereu aquests moments d’incertesa i dubte els traductors?

Perquè tenim una data d’entrega. [Riem]. I perquè normalment tot és molt intuïtiu, o sigui, al final hi ha moments on sents que has de prendre una decisió. La meva experiència és que com més trigues a prendre les decisions fortes sobre un llibre, pitjor.  És a dir, t’has de decantar i has de traduir amb una mica d’energia i convicció. Ara, és veritat que els traductors ens fem responsables de les paraules, però no de l’argument o del contingut. A mi, igual que els passa a molts creadors originals, no m’agrada gens, gens, rellegir traduccions antigues. És com tornar a una baralla que ja tinc tancada i de seguida hi trobo coses que canviaria. Quan et dediques a traduir, almenys al ritme que ho faig jo, tens un vici professional que implica una pèrdua de plaer important: veus tot text com a modificable. Sempre ets conscient que en això s’hi pot canviar l’ordre, pots escurçar, pots allargar, pots posar, pots treure, pots girar-ho d’una altra manera… A vegades començo a llegir llibres en català mateix i em trobo refent frases al meu cap. Em costa posar-me a la postura del lector passiu. És una llàstima, això, però també una bona eina com a professional. Hi ha una part de la lectura de quan eres més jove i anaves verge a les coses que et costa de trobar.

Ferran Ràfols Gesa | Foto: Agus Izquierdo
Ferran Ràfols Gesa

 

[ Foto: Agus Izquierdo – font: http://www.nuvol.com]

Amélie Nothomb publie, pour cette rentrée littéraire 2016, son vingt-cinquième roman aux Editions Albin MichelRiquet à la houppe s’inspirant sans dissimulation aucune du conte populaire de Charles Perrault, prend également pour thème centrale la beauté et la laideur, l’intelligence et la bêtise, chez l’enfant puis chez l’adolescent.
Riquet à la houppe, d'Amélie Nothomb - Le blog de Francis Richard
« La vérité était que Déodat avait d’abord voulu se prouver que son intégration était possible. Mais dès qu’il n’en avait plus douté et qu’il avait pu constater le peu de valeur d’une camaraderie, il s’était détourné de toute vie sociale. La contemplation du moindre moineau de la cour lui apportait tellement plus que la fréquentation de ceux qui, après l’avoir appelé Déodorant, ne le prénommaient plus autrement que l’Enfienté. »
 
La magie Nothomb opère toujours
Comme chaque année, les amateurs de la romancière à succès attendaient avec impatience la publication de son nouveau roman. De qualité inégale, les romans d’Amélie Nothomb ont malgré tout ceci de superbes qu’ils savent offrir aux lecteurs une parenthèse extraordinaire, une évasion fugace dans des univers toujours savamment élaborés et qui ont toujours ce je-ne-sais-quoi de magique, mystique et extraordinaire.
 
Dans Riquet à la houppe, Amélie Nothomb retrouve un sujet qu’elle connaît bien : celui de l’enfance et de l’adolescence. Maintes fois dans sa carrière, sa plume est venue s’aventurer auprès des déboires de la jeunesse, soit en s’étudiant soit-même (Métaphysique des tubes) soit en centrant son œil sur la vie d’adolescents. On se rappelle notamment de l’excellent et mystique Antéchrista, publié en 2003 chez Albin Michel, et qui traitait de la beauté, de l’amitié et de la solitude chez les jeunes avec une efficacité remarquable.
 
« La belle est la bête »
Dans son nouveau roman s’inspirant du fameux conte éponyme de Charles Perrault, Amélie Nothomb raconte parallèlement la vie de Déodat, d’une laideur édifiante mais à l’intelligence, voire même au génie, extrême, et celle de Trémière, jeune fille à la beauté d’une pureté renversante mais à l’esprit limité. Alors que lui, malgré sa laideur, se construit avec brio une carapace d’intelligence, elle, victime et souffre-douleur de ses camarades de classe malgré (ou à cause !) de sa beauté, devient transparente et sans saveur.
 
Aux heures des premiers émois, Déodat découvre le pouvoir de son cerveau brillant sur les jeunes femmes : elles l’aiment toutes, malgré son aspect repoussant. A contrario, Tremière, contrariée par un unique baiser volé, se plonge dans un mutisme encore plus grand et son visage parfait ne saurait lui être d’aucun secours.
 
Non sans surprise, le destin fera se croiser leur chemin, alors que le succès, de manière différente, aura fini par frapper à leur porte. Amélie Nothomb offre au conte de Perrault une (re)mise en situation contemporaine. L’amour, comme au temps de Perrault, ne s’explique pas et la nature humaine est toujours faite d’autant de mystères.
 
Amélie Nothomb, Riquet à la houppe 
Éditions Albin Michel, 198 pages, 16,90€.
Date de parution : 18 août 2016
 
[Source : http://www.toutelaculture.com]

Qui és Amélie Nothomb? « Una escriptora », respon. « I per continuar-ho sent fa falta escriure constantment, tenir una hemorràgia de mots, de llenguatge”. D’aquesta manera, explica, és com realment es treballa la inspiració: sense interrupció.

Amélie Nothomb durant la seva intervenció a la Biblioteca Carles Rahola | Foto: Martí Albesa

Escrit per Francesc Ginabreda

“Hi ha més gent a fora que a dins”. Amélie Nothomb és a punt de comparèixer davant el públic que ha anat a la Biblioteca Carles Rahola, que està desbordada. Això vol dir dues coses: caos i èxit inesperats, una combinació agredolça que els organitzadors han de solucionar ràpidament improvisant un altre espai on es retransmetrà la xerrada en streaming. Tot plegat es resol sorprenentment de pressa. I aleshores Amélie Nothom fa acte de presència: amb el seu barret, la cua trenada, els llavis pintats, els ulls que no paren quiets, tota vestida de negre. Des del 1992 ha publicat una novel·la per any: “Sóc la mare d’una família extremadament nombrosa”.

Le crime du comte Neville és l’última que ha tret. 24 en total, de moment, perquè ja en té dues més preparades. El secret per aconseguir-ho, diu, és “no parar mai d’escriure”. Asseguda al seu costat, Mita Casacuberta li fa una pregunta aparentment simple, “Qui és Amélie Nothomb?”, que té un rerefons implícit relacionat amb el tema de la conversa, “Escriure el jo”, que l’escriptora belga domina a la perfecció. Però ella també opta per una resposta senzilla: “Una escriptora”. I afegeix: “I per continuar-ho sent fa falta escriure constantment, tenir una hemorràgia de mots, de llenguatge”. D’aquesta manera, explica, és com realment es treballa la inspiració: sense interrupció.

En canvi, hi ha un altre tipus d’inspiració que es pot treballar d’una manera diferent, sense suposats imperatius metòdics. Beure xampany, posem per cas. Sí, perquè aquest és el leitmotiv del seu penúltim llibre, Pétronille, que Anagrama acaba de publicar en castellà i en català. I ben aviat es converteix en tema central de la conversa. Nothomb diu que el xampany és un dels pocs alcohols “que no suscita metàfores grolleres” perquè “et torna graciós, alhora profund i lleuger, desinteressat, exalta l’amor i confereix elegància a la seva pèrdua”. A més, “és una excusa perfecta per justificar determinats comportaments: perdoneu-me, he begut”. El públic riu.

Pétronille, una ficció etílica delirant

Pétronille és una deliciosa novel·la de base autobiogràfica que es llegeix d’una tirada sobre la relació que Amélie Nothomb estableix amb Pétronille Fanto, un ésser androgin de vint-i-dos anys que es convertirà en la seva companya de mam i, al cap de poc, en escriptora. L’amistat que desenvoluparan serà molt forta, quasi un amor (ambigu) basat en l’admiració i la rivalitat. Entre dones–escriptores. Una amistat conduïda pel xampany “que no és neta”, i per això acabarà no sols tràgicament, sinó també ràpidament. Un altre tret característic dels llibres de Nothomb: que passen ràpid. La Mita en fa una definició impecable: “és una literatura d’una gran fluïdesa”.

L’altra particularitat de Pétronille també forma part de la metaliteratura relacionada amb el jo i la narrativa d’escriure vides, que a vegades es confon entre la realitat i la ficció. Pétronille Fanto és el personatge novel·lat de l’escriptora Stéphanie Hochet, a qui Nothomb va demanar permís per escriure el llibre i a la qual cosa ella va respondre: “Per fi parles d’alguna cosa important”. Més rialles. Uns minuts abans, Nothomb ha deixat anar una altra sentència joiosa sobre la novel·la i la seva relació amb el xampany: “Pétronille és la meva més bonica història d’amor”.

Amélie Nothomb i Mita Casacuberta durant la conversa sobre "Escriure el jo" | Foto: Martí Albesa

Mentre parla, a Nothomb li brillen els ulls, nerviosos, vivíssims, i mou els llavis vermells que ressalten en el seu rostre intensament blanc, que encara sembla més blanc amb la llum que l’enfoca. Té un aspecte bondadós i inquiet, somriu de manera fugaç i tanca els ulls constantment menys quan escolta les preguntes del públic; aleshores els obre amb vehement sinceritat i atenció. És franca i aixaliada, molt expressiva, i parla sense afectació. Preguntada sobre una altra constant en la seva literatura, el desarrelament i la fam (vital), explica que ella té fam “de tot: de menjar, de llibres, d’històries, d’experiències…” i que, pel que fa al desarrelament, el “xoc” de la seva vida va ser “abandonar el Japó”, on va néixer, “quan tenia cinc anys”. Des d’aleshores, admet, “ja no he tingut cap més sentiment de pertinença”. Sobre el gust per la perversitat psicològica i l’humor negre que tant defineix moltes de les seves obres, exclama amb un somriure: “Potser entre vosaltres hi ha el meu assassí”.

Disciplina i implicació

Escriptora irònica i gran dominadora del llenguatge que dolçament ensiborna, Amélie Nothomb confessa tenir “una disciplina molt estricta” a l’hora d’escriure. Ho fa de quatre a vuit del matí, sense parar. I recorda que s’ha de fer “sempre, perquè només així es troba la inspiració”. Fer-ho amb xampany, adverteix amb complicitat, no és tan bona idea. El que és important és “trobar la distància adequada respecte a les emocions”. Per ella, l’escriptura té una dimensió terapèutica: “Jo, és quan escric que em sento existir, i encara més quan escric sobre mi”.

Quan els assistents van demanant torn per fer-li preguntes, l’escriptora belga, observadora de mena, va indicant a quina alçada es troben perquè de seguida siguin localitzables per donar-los un micròfon. Però és tanta la seva observació (millor dit, implicació) que, just abans de donar la conversa per acabada, ella mateixa proposa la signatura de llibres per dedicar-los als lectors. Naturalment, de seguida s’organitza una cua llarguíssima i animada d’animals racionals.

Curiosament, en una de les primeres escenes de Pétronille, Amélie Nothomb està signant llibres en una llibreria de París. Ocupació que més endavant la seva col·lega etílica despulla divertidament d’humanitat i altruisme: “Jo dic que tota feina mereix un salari. La signatura de llibres no remunerada és precaritzant”. A Girona, en tot cas, mentre ella rep pacientment els seus seguidors, els escolta, hi enraona i els signa els exemplars que porten, els organitzadors del MOT poden estar contents: Amélie Nothomb ha fet desbordar la Carles Rahola de gent. I sense xampany!

 

[Font: http://www.nuvol.com]

Cible de jugements parfois réducteurs, l’écrivaine déploie une œuvre dans laquelle des autofictions éclairantes côtoient des romans plus ou moins réalistes.

Amélie Nothomb pose après avoir reçu le prix Renaudot, le 3 novembre 2021. | AFP

Amélie Nothomb pose après avoir reçu le prix Renaudot, le 3 novembre 2021.

Écrit par Ursula Michel 

En 1992, à 26 ans, Amélie Nothomb secoue la rentrée littéraire en publiant son premier roman, Hygiène de l’assassin. Vingt-neuf ans plus tard, elle décroche avec Premier sang, son trentième livre, le premier prix littéraire prestigieux de sa carrière, le Renaudot. Considérée par les Anglo-Saxons comme une autrice importante, elle pâtit en France de l’étiquette peu flatteuse de faiseuse de best-sellers. On connaît la méfiance des critiques envers les écrivains et écrivaines populaires, mais la plume Nothomb mérite-t-elle un tel traitement? Comment expliquer le snobisme qui consiste à adorer la détester?

L’excentrique

Chapeaux démesurés, look gothique, teint blafard et lèvres rouges distillant une image japonisante, anecdotes personnelles qui ont fait les choux gras des médias durant des années: en trois décennies, Nothomb s’est façonnée un personnage d’originale. Là où la littérature charrie souvent l’image d’auteurs sérieux, discrets voire ennuyeux, Nothomb détonne. On est loin des costumes en velours côtelé un peu élimés, des personnalités effacées au ton affecté et des écrivains dépressifs.

Évidemment, de nombreux auteurs ont fait exploser ces clichés depuis longtemps. L’ours mal léché Bukowski ivre sur les plateaux télé, le joyeux drille Beigbeder et son cynisme en bandoulière, Tom Wolfe et ses éternels costumes blancs… Les excentriques sont légion en littérature, mais on trouve peu de femmes dans cette liste. Et pour cause: si on accepte sans broncher que les romanciers aient un sens aigu du baroque, ou tiennent des propos décalés voire subversifs, rares sont les romancières à s’y essayer.

Hormis Françoise Sagan (beaucoup moquée, peu étudiée, jamais récompensée) ou Virginie Despentes (femme badass, s’il en est), les écrivaines ne se présentent presque jamais sous l’angle transgressif. Au contraire, elles jouent le jeu des normes sociales, comme si ce rituel s’imposait pour elles, qu’elles l’avaient intériorisé.

Mais ce qui est vrai ici ne l’est pas forcément ailleurs. Nombre d’autrices étrangères assument provocation, excentricité et originalité sans perdre leur crédit littéraire. La Polonaise Olga Tokarczuk, prix Nobel de littérature en 2018, ou encore la Finlandaise Sofi Oksanen en sont une brillante illustration. Est-ce à dire qu’Amélie Nothomb est méprisée pour non-respect des codes implicites de la bienséance de l’intelligentsia française, prompte à accepter les frasques masculines sans que cela n’impacte la crédibilité artistique de leurs auteurs, mais inapte à faire de même pour la gent féminine? La question reste entière…

Une touche-à-tout boulimique

Laissons la forme pour s’intéresser au fond. Celle qui affirme avoir écrit une centaine de manuscrits (pour trente publiés) fait montre d’une production plus que soutenue. Depuis trente ans, avec une précision de métronome, elle publie un livre à chaque rentrée littéraire. Si elle remplit les étagères des librairies, les caisses de son éditeur historique Albin Michel ne sont pas en reste. Avec ses quelque 20 millions d’exemplaires vendus depuis le début de sa carrière, Nothomb appartient au cénacle des gros vendeurs.

Bien qu’elle demeure en deçà du poids lourd Marc Levy (998.000 exemplaires vendus pour la seule année 2014, à titre d’exemple), sa longévité et sa périodicité en font un phénomène singulier. Car à la différence de Levy, Musso ou Pancol (pour ne citer que ces trois-là), Nothomb défriche tous les genres, s’exerce à tous les styles, colonise toutes les strates littéraires.

Dramaturge avec Les Combustibles en 1994, elle s’essaie aux contes (Brillant comme une casserole) et aux nouvelles (Électre, mais aussi Les Champignons de Paris pour Charlie Hebdo en 2007). Mais c’est en tant que romancière qu’elle trouve son terrain de prédilection. Huit titres éclairent son parcours, entre autofiction et autobiographie (Métaphysique des tubesStupeur et tremblementsLa Nostalgie heureuse ou encore son dernier en date, Premier sang, où elle revisite l’histoire familiale par le biais de son père), les vingt-et-un autres œuvrant pleinement dans la fiction, plus ou moins réaliste.

L’éclectisme de Nothomb, son appétence à butiner au large et son irrévérence vis-à-vis de la supposée étanchéité entre les genres ne lui procurent pas que des amis.

Car, non contente de puiser à travers les genres, Nothomb braconne sur les terres du réalisme mais aussi de l’anticipation (Péplum) ou du merveilleux (Barbe bleueRiquet à la houppe). Elle s’apparente à une boulimique littéraire qui s’amuse à jongler avec les genres et les styles. Monologue intérieur du Christ (Soif), mise en scène d’un jeu de télé-réalité dans un camp de concentration (Acide sulfurique), correspondance imaginaire entre elle-même et un soldat américain basé en Irak (Une forme de vie), etc. Si on ajoute à cela l’écriture de chansons pour les chanteuses RoBERT –elle tirera un roman de leur amitié, Robert des noms propres– et Juliette Gréco, se dessine en creux le portrait d’une touche-à-tout insatiable.

Or, la critique française ne goûte guère le mélange des genres. Les romanciers n’écrivent presque jamais de théâtre, et les dramaturges évitent le genre romanesque. Ce que l’on estime comme une prouesse de la part de Victor Hugo (l’homme a écrit des chefs-d’œuvre dans les trois grands genres littéraires que sont le roman, la poésie et le théâtre) est souvent considéré comme une approche impure de l’art littéraire. L’éclectisme de Nothomb, son appétence à butiner au large et son irrévérence vis-à-vis de la supposée étanchéité entre les genres ne lui procurent pas que des amis.

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Dans les romans de Nothomb, «on trouve toujours, à proportions égales, une bonne idée, du savoir-faire, de la méchanceté, une dose d’humour, des références latines et stendhaliennes, des phrases courtes, des apologues et une persistante misanthropie. Les livres de Mlle Nothomb semblent être calibrés comme les œufs des élevages industriels.»[1] L’auteur de ces lignes a la dent dure, mais il résume cruellement la critique majeure dirigée contre l’écrivaine belge depuis presque trois décennies: l’usage de recettes littéraires.

Force est de constater qu’il y a une méthode Nothomb et qu’elle est d’autant plus visible que l’autrice accouche chaque année d’une nouvelle publication. Le systématisme de ses schémas narratifs (une sorte de fable où deux personnages antagonistes s’opposent), un twist final (figure cinématographique bien connue), une forme courte (habilement cachée par une mise en page et une typographie adaptée): Nothomb cuisine bien ses romans, conservant souvent les mêmes ingrédients en modifiant les proportions à la marge.

Nothomb expose sa personne dans une multitude d’autoportraits dispersés dans le temps et l’espace.

Bien qu’elle soit capable d’une inventivité onomastique des plus jubilatoires (ses personnages ont toujours des patronymes ébouriffants comme Prétextat Tach, Épiphane Otos, Textor Texel, Plectrude, Aliénor Malèze, Pétronille Fanto…), Nothomb mérite peut-être la tiédeur critique et les reproches littéraires qui lui sont adressés. À une exception près: ses autofictions. Délaissant à cette occasion ses recettes miracles, elle soumet ses souvenirs à l’épreuve de son écriture et propose une relecture acerbe, drôle et cynique de différentes époques de sa vie.

Avec ses huit romans personnels, elle construit par petites unités de temps sa fresque autobiographique. Une œuvre d’une originalité rare dans le paysage littéraire français. À l’instar d’Angot (qui autopsie principalement un moment de cristallisation dans son existence), Nothomb expose sa personne dans une multitude d’autoportraits dispersés dans le temps et l’espace (petite enfance, enfance, âge adulte, premier amour, Chine, Japon…). Jusqu’à Premier sang, qui parachève aujourd’hui cette plongée intime en brossant la biographie du père.

Nothomb n’est jamais aussi brillante que lorsqu’elle examine son passé et celui de ses proches. Sur ses sept romans primés en trente ans, quatre ont pour source sa propre vie (Stupeur et tremblementsNi d’Ève ni d’AdamLe Sabotage amoureux et Premier sang). Sans doute est-ce là sa véritable singularité littéraire.

1 — Extrait d’un article paru dans Le Nouvel Observateur en octobre 1997.

 

 

[Photo : AFP – source : http://www.slate.fr]