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Mein Kampf est un best-seller dès sa publication en Allemagne, en 1925, durant la République de Weimar. Un livre antisémite où Hitler annonçait sa diplomatie belliqueuse – guerre contre la France et l’Union soviétique, annexion de l’Autriche – et la politique qu’il mènera (1933-1945) : régime totalitaire, eugénisme, lois raciales, destruction des Juifs. Le 1er janvier 2016, Mein Kampf est entré dans le domaine public. De son enquête sur l’histoire de Mein Kampf (Mon combat) d’Adolf Hitler, Antoine Vitkine a tiré un essai passionnant Mein Kampf, histoire d’un livre (2009) et un documentaire remarquable Mein Kampf, c’était écrit (2008). Le 2 juin 2021, Fayard a publié une nouvelle traduction de ce livre sous le titre «  « Historiciser le mal, une édition critique de « Mein Kampf », assorti de notes et de textes critiques l’éclairant et vendu par commande.
Publié par Véronique Chemla

C’est une enquête passionnante, et inédite pour sa partie postérieure à 1945, que nous livre Antoine Vitkine, journaliste et réalisateur de documentaires, notamment de « Ronald Reagan, l’enfance d’un chef » (2009).

De son documentaire passionnant Mein Kampf, c’était écritAntoine Vitkine a tiré son essai Mein Kamf, histoire d’un livre dans lequel il retrace la naissance en 1924, le succès planétaire et à ce jour et le destin de ce pamphlet allemand antisémite appelant à la destruction des Juifs.

Un but mis en œuvre par le IIIe Reich du führer Hitler lors de la Shoah.

Un best-seller de la haine antisémite

Le documentariste retrace la trajectoire méconnue du livre écrit en 1924 par Hitler, « le chef d’un parti ultranationaliste et raciste, adepte de la violence, tribun populiste », et une équipe hétéroclite dans la cellule de la prison de Landsberg, petite ville de Bavière, après la tentative ratée de putsch de la Brasserie ou putsch de Munich (8 novembre 1923) contre la jeune démocratie allemande. Un livre publié par Eher-Verlag.

Exsudant l’obsession haineuse des Juifs, ce livre politique à l’idéologie radicale, « une conspiration en plein jour » (Alexandre Koyré), rend millionnaire Hitler et le consacre comme führer d’un parti nationaliste raciste.

Son succès – environ 290 000 exemplaires vendus dès avant 1933 année de l’avènement du nazisme en Allemagne – est lié aux difficultés politiques et économiques de l’Allemagne de Weimar, dans une population choquée par la défaite militaire en 1918. Hitler « formule un vrai projet politique dément… Il appelle à la destruction des Juifs » rendus responsables de tous les échecs de l’Allemagne et des siens.

Si des intellectuels manifestent une rare clairvoyance, des églises, partis politiques et syndicats privilégient des lectures ciblées, sans vue d’ensemble, s’en désintéressent, le sous-estiment ou se perdent en spéculations : Hitler fera-t-il ce qu’il a écrit ?

De 1925 à 1945, Mein Kampf est diffusé à 12,45 millions d’exemplaires en Allemagne, soit un foyer sur deux – remis aux jeunes mariés par les mairies, son achat conseillé aux bibliothèques publiques et aux fonctionnaires, cité dans les manuels scolaires, distribué par les usines Krupp aux bons ouvriers – et à des centaines de milliers dans une vingtaine de pays, dont ceux du monde musulman. Et traduit en 16 langues.

« Le film explique bien qu’il a été plus lu qu’on ne le pensait jusqu’à maintenant. Il permet de distinguer entre lire et comprendre d’une part, et entre comprendre et être capable de prévoir ce qu’il allait se passer d’autre part », déclare Antoine Vitkine en avril 2008. Et de montrer un film de propagande, des annonces publicitaires promouvant ce livre édité aussi en… braille pour une diffusion la plus large possible.

Les passages sur la politique étrangère sont censurés par l’éditeur munichois négociant les traductions, dont celles en français (1934) et en arabe (1934).

Dès 1934, Fernand Sorlot, un éditeur farouchement anti-allemand et proche de l’extrême droite maurrassienne, publie une première traduction sans en avoir les droits », par les Nouvelles éditions latines. Son but : « alerter l’opinion française sur les visées revanchardes du nouveau chancelier allemand (son antisémitisme virulent ne suscitant, lui, aucun émoi particulier). Aussitôt, Hitler attaque l’éditeur pour violation du droit d’auteur et gagne son procès. Derrière cette bataille juridique se cache une réalité politique et militaire : l’Allemagne n’est pas encore prête à faire la guerre et il ne faut pas dresser trop tôt les Français contre elle.

L’entreprise de séduction se poursuivra avec la publication, à la fin des années 1930, d’un « faux » Mein Kampf prônant la paix et totalement expurgé des passages antifrançais. Lorsque les véritables intentions d’Hitler se révéleront, en 1939, il sera trop tard ».

Après les accords de Munich (30 septembre 1938), à l’initiative des milieux nazis français, Fayard édite une version sans les passages hostile aux Français dans une version intitulée Ma doctrine. La LICA (Ligue internationale contre l’antisémitisme) diffuse 5 000 exemplaires de Mon Combat, donc dans sa version intégrale (700 pages), notamment auprès des parlementaires français. Un livre inscrit sur la première liste Otto des ouvrages interdits à la vente.

Parmi les lecteurs de la version intégrale en anglais commercialisée en 1939 : Roosevelt, Staline, Churchill, Charles de Gaulle, Eugenio Pacelli, futur pape Pie XII, et David Ben Gourion.

Mein Kampf est évoqué dans la propagande des Alliés en faveur de l’effort de guerre, et présenté comme preuve à charge contre les Nazis par le tribunal de Nuremberg (1945-1946).

Le livre d’Antoine Vitkine est parcouru par deux questions : Mein Kampf aurait-il pu – dû – prévenir le monde de la menace qu’Hitler faisait courir à l’humanité ? Les idées du livre sont-elles encore vivantes ?

Mein Kampf, histoire d’un livre montre le rôle de cet ouvrage dans l’accès au pouvoir d’Hitler, pourquoi tout son programme annoncé n’a pas constitué l’avertissement empêchant toute l’horreur à venir, pourquoi Hitler a tenté de dissimuler son livre et fait publier un faux en France.

Antoine Vitkine en tire sept conclusions : ne pas « sous-estimer les projets politiques fanatiques et violents » ; ne pas voir la réalité contemporaine au travers du prisme des années 1930 ; l’inaction des autorités politiques ne tient pas à la méconnaissance du livre, mais au manque de volonté ; le nazisme a utilisé les failles et faiblesses de la démocratie ; ce livre est le « trait d’union entre Auschwitz et l’antisémitisme européen ». Mein Kampf nie la démocratie, les libertés et principes fondamentaux, et mieux vaut le décoder que l’interdire car il « contient en lui son antidote ».

Diffusion internationale

L’enquête d’Antoine Vitkine mène du Paris d’avant-guerre aux librairies turques modernes, via les milieux néo-nazis.

Mein Kampf se vend dans le monde, notamment en France (jugement en 1979 imposant d’inclure un texte avertissant des crimes commis au nom du livre) et au Japon sous la forme d’un manga Waga Toso par East Press (2009), avec des résonances différentes (Inde), et est consultable sur Internet. En mars 2012, il a été publié pour la première fois en albanais par la maison d’édition Belina H, en « avertissement pour les générations futures, pour que de telles folies ne se répètent plus ». à noter : ce pamphlet aurait été distribué en Corée du Nord à l’initiative du dictateur Kim Jong-un.

Dédicacé par Hitler à Georg Maurer, un exemplaire d’une des premières éditions (1925) de Mein Kampf a été vendu, le 13 août 2009, à Ludlow, dans l’ouest de l’Angleterre, pour 21 000 livres (24 000 euros).

Mein Kampf a été en vente en 2013 à la Maison de la presse de Berck-sur-mer (Pas-de-Calais). Celle-ci a cessé de le vendre le 27 juin 2013 en raison de la campagne menée notamment par la Ligue des droits de l’homme.

En août 2013, Facebook a listé Mein Kampf à un internaute du Territoire de Belfort parmi les livres suggérés lors d’une recherche sur Philippe Kerr. Facebook a décidé de retirer ce livre de ses recommandations.

Selon Vocativ, ce livre remporterait un succès dans sa version e-book, sur Amazon et sur iTunes (12e et 15e rang). Selon une étude publiée en janvier 2014, les deux facteurs explicatifs de ce succès sont « la crise économique et le goût de l’interdit« .

Le 27 février 2014, deux exemplaires de Mein Kampf, signés par l’auteur, dédicacés en 1925 et 1926 à Josef Bauer, qui avait participé à la tentative de putsch à Munich (1923) et estimés 25 000 dollars, ont été vendus  pour environ 65 000 dollars par la maison d’enchères Nate D. Sanders Auctions à Los Angeles (États-Unis).

Après l’indignation du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et du BNVCA à la mi-avril 2014, et à l’initiative d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, et du Conseil des ventes volontaires (CVV), « établissement d’utilité publique créé en 2000, autorité de régulation du secteur des ventes publiques veillant au respect de la réglementation et doté d’un pouvoir disciplinaire sur les opérateurs  », la vente prévue le 26 avril 2014 à Paris d’une quarantaine d’objets nazis, dont certains revêtus de la croix gammée, ayant appartenu à Hitler et Goering avait été annulée.

La maison d’enchères Pierre Bergé & associés avait prévu de mettre en vente, le 16 mai 2014, à la salle Drouot, un exemplaire de Mein Kampf  daté de 1925, illustré par un portrait d’Hitler, appartenant à la collection de Philippe Zoummeroff, industriel retraité, et estimé entre 3 000 euros et 4 000 euros.

Le 6 mai 2014, le BNVCA (Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme) avait exhorté cette maison d’enchères à retirer cet exemplaire présenté dans le catalogue « comme s’il s’agissait d’un objet d’art, écrit par un poète ou un membre de l’Académie française », alors qu’« Hitler est avant tout un criminel contre l’humanité, un assassin ».

Le 7 mai 2014, ce collectionneur et la maison d’enchères Pierre Bergé & associés ont renoncé  à vendre cet exemplaire.

Le CVV a considéré que la vente aux enchères « ne serait pas le cadre approprié » de cet ouvrage « sensible ». « Ce n’est pas la même chose de vendre aux enchères publiques ou de gré à gré à un musée historique. Dans le premier cas, on ne sait pas si l’on vend à des historiens, des scientifiques ou des dingues », a déclaré Catherine Chadelat, présidente du CVV au Figaro.

Âgé de 84 ans, « converti au catholicisme en 1940, Philippe Zoummeroff est né juif… d’un père tchétchène pêcheur de perles et d’une mère « fantastique ». Mécène, il est membre de l’Association française de criminologie et administrateur de la Bibliothèque nationale de France (BNF). Le 12 mai 2014, il a déclaré au Figaro : « On a tort d’interdire la vente aux enchères de Mein Kampf. Pierre Bergé a affirmé qu’il ne comprenait pas que ce livre mythique ait été retiré, étant donné que c’est une preuve de ce qu’était déjà Hitler en 1925 et, par conséquent, de tout ce qui pouvait advenir au peuple juif. Le maréchal Lyautey lui-même avait déclaré : “ Il faudrait que tous les Français lisent Mein Kampf, pour montrer l’horreur ! ” C’est un plaidoyer monstrueux que personne ne devrait ignorer. Cela appartient à l’histoire. Mais on trouve Mein Kampf partout! Il y en a dix éditions à la Fnac. Celui de ma collection est en allemand. On me dit que je cultive l’atroce. Mais je le fais pour le combattre! Vous ne pouvez pas combattre ce que vous ne connaissez pas ».

Vice-présidente de Sotheby’s, Anne Heilbronn s’est indignée de la polémique qui entache la vente aux enchères du collectionneur Philippe Zoummeroff,  » humaniste… dont l’honnêteté morale ne peut absolument pas être remise en cause. C’est dans cette démarche du souvenir et du témoignage qu’il a collectionné les pires traces de l’histoire, afin d’en comprendre ou d’en prévenir les répétitions. C’est dans cette optique que Mein Kampf figure dans sa collection comme le texte fondateur du plus grand crime contre l’humanité ».

Droits d’auteur

Diffusé ce 27 juin 2014 par Channel 5The Hunt for Hitler’s Missing Millions, documentaire britannique de Virginia Quinn, évalue la fortune d’Hitler à plus de cinq milliards de dollars (environ 3,7 milliards d’euros). Un trésor secret amassé grâce aux revenus issus des droits d’auteur sur Mein Kampf – Hitler percevait des royalties sur chaque exemplaire du livre remis gratuitement aux couples venant de se marier – et sur son image imprimée par exemple sur les timbres allemands, ses apparitions et discours rémunérés et son refus bien avant son accession au pouvoir en janvier 1933 de payer les impôts. La documentariste a interviewé Herman Rothman, Juif allemand ayant servi lors de la Seconde Guerre mondiale dans les services de renseignements britannique. Après le suicide d’Hitler dans son bunker berlinois le 29 avril 1945, l’unité de contre-espionnage d’Herman Rothman a repéré un homme en vêtements civils qu’elle a suspecté être un Nazi en fuite tant il marchait rapidement. Un des collègues de Rothman, qui était tailleur dans la vie civile, a détecté une coupe inhabituelle dans la veste de cet individu et qui s’est avérée contenir un document de sept pages constituant le testament et les dernières volontés d’Hitler. Rothman put traduire immédiatement ce document composé de deux sections : la première était une diatribe contre les Juifs les rendant responsables du déclenchement du conflit, la seconde tentait vainement de dissimuler l’étendue de la richesse d’Hitler, investisseur cupide, avisé et bien conseillé.

Le gouvernement de Bavière détient les droits d’auteur de Mein Kampf et avait interdit de nouvelles publications. Les droits d’auteur tombant dans le domaine public en 2015Mein Kampf pourra alors être librement réédité.

En 2009, une édition critique était prévue en Allemagne, avec l’accord du Conseil central des Juifs allemands (CCJA) et du Land de Bavière. Une édition qui a suscité une polémique.

« L’annonce d’une édition critique de l’unique livre publié par Hitler, à condition qu’elle soit établie par les meilleurs spécialistes internationaux de l’hitlérisme, doit être reçue comme une bonne nouvelle. Sur un épisode d’une telle importance dans l’histoire du XXe siècle, sur cette catastrophe sans précédent, on ne saurait plus longtemps considérer que l’ignorance est un argument, ni que le savoir approximatif est suffisant », a écrit l’historien Pierre-André Taguieff, en septembre 2009.

Le 25 janvier 2012, un tribunal de Munich a interdit la publication d’extraits du livre, assortis de commentaires et d’analyses scientifiques, par revue Zeitungszeugen [Journaux témoins] éditée par l’éditeur britannique Peter McGee. Une interdiction confirmée en appel en mars 2012 au motif que le « projet servirait les écrits du dictateur ».

« La presse s’est récemment faite l’écho de la possibilité que Mein Kampf se retrouve en libre-service dans les librairies romandes… Mein Kampf serait ainsi traité comme une banale production littéraire. Chacun s’accordera sur le fait que tel n’est pas le cas… Certains libraires opteraient aujourd’hui pour le mercantilisme, au détriment du sens de la responsabilité et de l’éthique. Interrogé par Le Matin, le directeur d’une enseigne de librairies suisses déclare : « si le débit est important, j’incite à le vendre. Le livre est là en tant qu’objet commercial », estimant parallèlement que le lecteur est adulte. Contrairement à cette analyse quelque peu simpliste, il est bon de rappeler que tous les lecteurs ne sont pas adultes. Ainsi, confronter de jeunes enfants ou adolescents à un tel ouvrage sans accompagnement est parfaitement irresponsable », écrit le 17 avril 2012 la CICAD (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) inquiète de l’absence de « restriction » et « d’encadrement ».

Et de proposer « trois mesures d’accompagnement aux libraires qui désirent diffuser cet ouvrage :

–    ajouter une signalétique indiquant que le contenu de l’ouvrage incite à la haine, au crime et à la discrimination raciale ;

–   indiquer une limite d’âge sur chaque exemplaire et contrôler l’âge des jeunes acquéreurs. Cette limite serait déterminée par la CDIP (Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique), organe qui coordonne au plan national les actions des cantons dans les domaines de l’éducation et de la culture ;

–  remettre systématiquement à chaque acquéreur un exemplaire de la brochure « Auschwitz », éditée par la CICAD en 2004 et dont la rédactrice, Sabine ZEITOUN, historienne spécialisée sur la Seconde Guerre mondiale… La CICAD mettra gracieusement à disposition des libraires les exemplaires nécessaires ».

La CICAD conclut : « Ces recommandations [visent à] contribuer à la prévention du racisme et d’éviter de favoriser la diffusion de la haine. Le livre n’est pas une simple marchandise ni le libraire un simple marchand ! »

Le 24 avril 2012, l’État de Bavière a annoncé que Mein Kampf sera prochainement réédité en une version commentée.

Les 15 et 18 décembre, 5 janvier, 3 et 12 mai 2016, Arte diffusa « Mein Kampf », manifeste de la haine (« Mein Kampf ». Das Gefährliche Buch), documentaire biaisé de Manfred Oldenburg. Un documentaire qui débute par les migrants, l’hostilité qu’ils suscitent, puis cite Hitler sur la haine des étrangers. Aberrant.

« Le 1er janvier 2016, près de soixante et onze ans après la mort d’Adolf Hitler, Mein Kampf tombera dans le domaine public. Faut-il pour autant republier ce « texte fondateur » du nazisme ? Rédigé en prison à la suite du putsch manqué de 1923, le « texte fondateur » du nazisme, à la fois autobiographie, manifeste et programme politique, expose sur plus de 700 pages l’esprit de revanche, la haine obsessionnelle des juifs et la volonté d’expansion de son auteur ».

« Depuis 1946, le ministère des Finances de Bavière, qui en détenait les droits d’auteur, avait empêché la publication du pamphlet. Dans une Europe où s’exacerbent les crispations identitaires et la xénophobie, le dilemme est réel : Mein Kampf demeure-t-il dangereux ? Faut-il interdire sa publication au motif d’incitation à la haine raciale, comme le voudraient certains représentants de la communauté juive, ou en diffuser une édition commentée, qui en déconstruirait l’idéologie mortifère ? À l’heure d’Internet, le texte est facilement accessible, et une interdiction pourrait avoir l’effet inverse de celui escompté. Depuis 2012, une équipe d’historiens allemands planche sur cette réédition hautement sensible. Ce documentaire explore l’histoire de la diffusion de l’ouvrage, en Allemagne comme en France, des questions que soulève ce pamphlet tristement célèbre, objet de controverses et de fantasmes, et se penche sur son contenu encore mal connu, pour dissiper certains des mythes et des tabous qui l’entourent ».

L’École de droit de Sciences Po a organisé la conférence-débat « Mein Kampf, le droit d’auteur en moins : un dilemme de liberté d’expression« , le 18 février 2014, de 19 h 15 à 20 h 30 à l’amphithéâtre A. Caquot, en s’interrogeant : « Quelle(s) attitude(s) adopter face à des ouvrages antidémocratiques, racistes, incitant à la violence ? Quel droit d’auteur pour la haine ? Quelle liberté d’expression pour l’appel au crime ? » Il est curieux que soient absents du texte de présentation les termes « antisémitisme » et « génocide ».

En juillet 2014, The New York Times a publié des articles relatifs à cette republication.

Le 1er janvier 2016, Mein Kampf est entré dans le domaine public, et a été réédité en Allemagne. Le 30 janvier 1980, la Cour d’appel de Paris avait imposé que l’éditeur le publiant y intègre un avertissement sur les horreurs commises en application du livre. Le 7 mai 2015, Libération a publié une tribune sur la nécessité d’un tel avertissement. Le Conseil central des Juifs allemands a donné son accord pour cette republication accompagnée de notes.

Les éditions Fayard envisagent de publier une édition commentée. Le Conseil central des Juifs allemands a donné son accord.

Un succès dans des pays musulmans

Dans son essai, Antoine Vitkine évoque l’accueil de Mein Kampf dans le monde musulman dans les années 1930 et 1940, mais peu l’attrait pour l’antisémitisme de Mein Kampf et sa diffusion après guerre par les Nazis abrités par les pays arabes ou/et musulmans.

Mein Kampf est un « bréviaire grand public » en Turquie. Ce bréviaire nazi rallie aussi les islamistes qui prisent son antisémitisme.

« Il faut comprendre ce qui se joue derrière le succès de Mein Kampf dans le monde arabe. Dans le monde arabe, c’est ancien, puisque c’est le Grand Mufti Husseini qui dans les années 1930 publie la première traduction d’extraits de Mein Kampf », a déclaré Antoine Vitkine en avril 2008.

Et d’expliquer : « Il y a deux raisons principales qui expliquent la présence de Mein Kampf dans le monde arabe. D’abord c’est un contre-symbole adressé à l’Occident, c’est le symbole de ce que l’Occident rejette et c’est donc un moyen de rejeter l’Occident. La deuxième raison c’est que c’est le symbole de l’extermination des Juifs par les nazis, et que de la part d’opinions publiques foncièrement hostiles à Israël, c’est une manière, sans doute provocatrice, de se situer par rapport à Israël. Mais je dois dire que j’ai été très surpris quand même.

Je ne le raconte pas dans le film, mais je suis allé en Turquie cet été, et je me suis rendu compte que ceux qui achetaient Mein Kampf ne le faisaient pas uniquement par provocation. Dans de nombreux cas le livre était vraiment lu, peut-être pas intégralement, mais il était compris, son message était entendu. Une autre raison qui fait que Mein Kampf a du succès en Turquie, c’est que c’est un symbole ultra-nationaliste : « tout pour sa patrie, sa race ». Le message ultra-nationaliste très agressif qui fait qu’on se définit contre le reste du monde, cela peut séduire. Le monde musulman est aujourd’hui traversé par cette tentation de repli identitaire, et évidemment dans ce contexte là, Mein Kampf et l’idéologie national-socialiste constituent un modèle. Voilà, cela ne veut pas dire forcément qu’on adhère à tout et qu’on veut exterminer les Juifs, mais le modèle ultra-nationaliste existe toujours. En Russie, la logique est la même. L’idéologie contenue dans Mein Kampf a une part intemporelle, et c’est pour ça que s’intéresser à Mein Kampf aujourd’hui, c’est s’intéresser au monde actuel ».

En 2011, un megastore Virgin au Qatar l’a bien placé en tête de gondole comme livre recommandé par cette enseigne.

La même année, ce livre était aussi en vente au Bahreïn.

Le 30 août 2013, un exemplaire du livre traduit en arabe était posé dans la vitrine de la librairie en face de la Grande Poste d’Alger, au centre de la ville.

En novembre 2013, le Salon des livres à Sharjah (Émirats arabes unis), organisé par le Département de la Culture et de l’Information du gouvernement émirati, a proposé, du 6 au 16 novembre 2013, à la vente Mein Kampf, entre autres livres antisémites. Ce livre était classé dans la rubrique « Connaissance générale ».

Le 24e Salon international du livre d’Abu Dhabi (30 avril-5 mai 2014), dont le « partenaire culturel » est le département d’Etat américain, a présenté notamment Mein Kampf.

Écrivain égypto-allemand, Hamed Abdel-Samad a déclaré le 21 mars 2016 : « Quand j’étudiais au Caire, deux des livres les plus populaires que je lisais dans les bibliothèques et dans les rues étaient Mein Kampf de Hitler, qui était interdit en Allemagne à cause de son racisme, et Les Protocoles des Sages de Sion, qui est un faux. Sans même vérifier, nous l’acceptons comme un fait historique. C’est l’un des premiers livres à avoir été traduit en arabe à l’époque moderne. Il est honteux qu’avant de traduire Kant, Spinoza, Descartes, Rousseau, John Locke, ou David Hume, les maîtres des Lumières, nous avons traduit le faux intitulé Les Protocoles des Sages de Sion, afin de l’utiliser comme carburant à notre haine des Juifs. Savez-vous quand Les Protocoles ont été traduits en arabe ? En 1929 – avant que l’État d’Israël a été créé et avant que quiconque ait pensé à cela… Cette haine [des Juifs] nous empoisonne ».

Le 19 juin 2018, à 20 h 15, l’Institut d’études du judaïsme à Bruxelles (Belgique) proposa la conférence de clôture de l’année académique « Mein Kampf, une nouvelle édition critique« , conférence de Florent Brayard, directeur de recherche au CNRS. « Responsable du projet français d’édition de Mein Kampf, Florent Brayard abordera l’épineuse question de savoir pour quelles raisons il conviendrait de rééditer ce texte ».

Tatouage du chauffeur de Flixbus
Le 12 juillet 2019, un internaute a twitté la photographie prise par un de ses amis, passager d’un bus de la société Flixbus. Ce cliché représentait l’avant-bras du chauffeur du véhicule. Y était tatoué en caractères gothiques « Mein Kampf ». Ce twitt a suscité l’indignation.

Les internautes ont interrogé la société de bus : « Comment se fait-il qu’un de vos chauffeurs FlixBus puisse porter un tatouage pareil ? Est-ce compatible avec les valeurs de votre entreprise? »

Dans un premier temps, l’opérateur de transport a twitté le 13 juillet 2019 : « Veuillez noter que FlixBus est fier d’être une multinationale dotée d’une équipe multinationale et que des chauffeurs de tous les secteurs culturels travaillent pour nous. Nous n’acceptons donc aucune discrimination d’origine ou de religion envers nos clients ou nos employés », expliquait vendredi la compagnie dans un tweet ».

Contacté par Le Figaro, Flixbus a annoncé que le chauffeur en question avait été suspendu le 13 juillet 2019 : « FlixBus fait appel à des sous-traitants locaux pour l’ensemble de ses voyages et il s’avère que le chauffeur – qui porte en effet ce tatouage – était bien au volant d’un de nos autocars vendredi pour un trajet Toulouse-Milan. En ce sens, nous avons contacté notre partenaire et nous avons pris des mesures pour que cet autocariste soit suspendu et qu’il ne puisse plus rouler avec nous ». Le chauffeur « a été suspendu à son arrivée à Bergame. « L’Agence France Presse (AFP) précise que le chauffeur est d’origine italienne et qu’il est employé par une entreprise italienne ».

« L’entreprise allemande confirme au Figaro une « réponse maladroite ». « Nous avons mal communiqué et nous nous en excusons, nous voulions simplement rappeler que Flixbus était contre toutes formes de racisme ».

« Mein Kampf, une farce »
« Mein Kampf, une farce » est une pièce de théâtre écrite en 1987 à Vienne par le dramaturge, scénariste et metteur en scène George Tabori (1914-2007).

« Un théâtre de Constance (Allemagne) produisant Mein Kampf, une farce noire et grinçante du Hongrois George Tabori en référence au pamphlet d’Adolf Hitler, a promis une entrée gratuite à qui porterait une croix gammée. À ceux qui achèteraient leur billet, « nous (…) proposons de porter une étoile de David dans l’enceinte du théâtre en signe de solidarité avec les victimes de la barbarie nationale-socialiste (nazie) », écrivent les responsables du théâtre sur leur site internet. lls affirment vouloir montrer ainsi à quel point l’homme est facile à corrompre. Mais la Société germano-israélienne dans la région du lac de Constance et la Société pour la coopération judéo-chrétienne ont appelé au boycott. Plusieurs plaintes ont été déposées en Allemagne, a indiqué un porte-parole du parquet, le 17 avril 2018. La justice examine ces plaintes, a ajouté le porte-parole. La justice doit toutefois examiner dans quelle mesure cela peut relever de la liberté de création artistique. Le port de la croix gammée, symbole du nazisme, est prohibé dans l’espace public en Allemagne. »

« Né en Hongrie en 1914 dans une famille d’intellectuels juifs, György Tábori est envoyé par son père en apprentissage à Berlin en 1932 et 1933. Il émigre à Londres en 1935 pour rejoindre son frère aîné. Il adopte alors la nationalité britannique, devient journaliste à la BBC et traducteur ; d’abord correspondant de guerre en Bulgarie et en Turquie, il s’engage dans l’armée britannique en 1941 et est affecté au Proche-Orient, où il écrit son premier roman. En 1943, il rentre à Londres et travaille de nouveau à la BBC. Ses parents sont déportés, seule sa mère survit ».

« En 1945, il est invité à Hollywood, son roman ayant attiré l’attention des studios, et s’installe aux États-Unis. Il signe des scénarios de films, notamment pour Alfred Hitchcock (La Loi du silence), Anton Litvak (Le Voyage), Joseph Losey (Cérémonie secrète, seul script qu’il revendique). En dehors de son activité de scénariste qui ne le satisfait pas, point de vue littéraire, il publie des romans. Il fréquente les plus grandes stars hollywoodiennes (Charlie Chaplin, Greta Garbo…) et les intellectuels allemands en exil. Assistant de Charles Laughton en 1947, il fait la rencontre décisive de Bertolt Brecht qu’il traduit pour la scène américaine. « 

« Ensuite, il s’installe à New York avec sa deuxième épouse, l’actrice Viveca Lindfors. Pendant plus de dix ans, il l’accompagne à ses cours de l’ « Actors Studio » et observe la méthode de travail de Lee Strasberg. De 1952 à 1966, ses premières pièces sont montées aux États-Unis et à Londres : « Flight to Egypt » (mise en scène Elia Kazan), « The Emperor’s Clothes » (Harold Cluman) « Brouhaha » (Peter Hall). Il passe à la mise en scène par hasard pour remplacer un metteur en scène malade, et monte Mademoiselle Julie de Strindberg. Puis, avec Gene Frankel, il monte « Brecht on Brecht », « The Nigger Lovers », et avec Martin Fried, « The Cannibals » (1968), Pinkville (1970), deux pièces qu’il est invité à présenter aussi à Berlin en 1969 et 1971. Inscrit sur la liste noire du sénateur McCarthy, il continue ses activités de traducteur, traduisant notamment « Andorra », de Max Frisch. Il quitte définitivement les États-Unis pour l’Allemagne en 1971, où il travaille pour la télévision et la radio, tout en poursuivant ses activités d’auteur et de metteur en scène de théâtre (Clowns, Tübingen, 1972). En 1975, il fonde à Brême un laboratoire de théâtre alternatif, le « Bremer Theaterlabor », avec lequel il crée « Sigmunds Freude » (Les Joies de Sigmund, 1975), « Talkshow » (1976), « Hungerkünstler » (Artistes de la faim, 1977) d’après Kafka, un spectacle dans lequel les acteurs se livrent à un jeûne de quarante-deux jours et qui entraîne la fermeture du lieu par les autorités. Il continue ailleurs à mettre en scène ses propres pièces : « Mutters Courage » (Le Courage de ma mère, Munich, 1979, adapté au cinéma en 1995), « Der Voyeur » (Le Voyeur, Berlin, 1982), « Jubiläum » (Jubilé, Bochum, 1983), « Peepshow » (Bochum, 1984), ainsi que des oeuvres d’Euripide, Brecht, Beckett, Gertrude Stein, Harald Mueller, Herbert Achternusch et Shakespeare, en Allemagne puis en Autriche. Il s’installe à Vienne en 1986 et dirige jusqu’en 1990 le « Theater Der Kreis ». Il crée « Mein Kampf » (Farce) (1987, adapté au cinéma en 2009), « Masada » (Graz, 1988), « Weisman und Rotgesicht » (Ein jüdischer Western), « Weisman et Copperface » (Un western yiddish, 1990). Claus Peymann l’appelle alors à mettre en scène régulièrement au « Burgtheater » de Vienne : « Die Goldberg-Variationen » (Les Variations Goldberg, Vienne, 1991), « Nathans Tod » (La Mort de Nathan, 1991), « Babylon Blues » (Vienne, 1991), « Requiem für einen Spion » (Requiem pour un espion, Vienne, 1993), « Die Ballade vom Wiener Schnitzel » (La Ballade de l’escalope viennoise, Vienne, 1996). « 

« En 2000, il le suit à Berlin pour intégrer la nouvelle équipe du « Berliner ». Ensemble qui présente, à l’occasion de sa réouverture, « Die Brecht Akte » (Les Dossiers Brecht), de et par Tabori (inspiré de Brecht on Brecht). Il continue à mettre en scène d’autres auteurs (En attendant Godot, 2006). Sa dernière pièce, « Gesegnete Mahlzeit » (Bon appétit), y est créée en 2007, quelques semaines avant sa mort. En France, ont été montées « Brouhaha » par Jacques Fabbri, au Théâtre de la Renaissance (1961), « L’Ami des nègres » par Antoine Bourseiller, au Théâtre du Poche-Montparnasse (1965), « Mein Kampf » par Jorge Lavelli, au Théâtre national de la Colline (1993), puis par Agathe Alexis, au Festival d’Avignon (2002), « Weisman et Copperface » par Jacques Connort, au Studio de la Comédie-Française (1995), « Les Variations Goldberg » par Daniel Benoin, au Théâtre national de Chaillot (1998) et « Le Courage de ma mère » par Claude Yersin, au Nouveau Théâtre d’Angers (2000). En Belgique, ont été montées « Mein Kampf » par Henri Ronse (1993) et par David Strosberg (au Théâtre Varia, 2009), « Le Courage de ma mère » (1995) et « Weisman et Copperface » (1996) par Philippe van Kessel au Théâtre National de la Communauté française de Belgique. En Suisse, Frédéric Polier a monté « Mein Kampf » (2007). George Tabori a obtenu de nombreux prix, dont, en 1992, le prix Georg Büchner de l’Académie allemande. À côté de ses activités théâtrales, il a continué à écrire des récits, des nouvelles, des romans, et a travaillé régulièrement pour les radios et les télévisions allemandes jusqu’à la fin de sa vie. Mélange de comique féroce et de dénonciation de tous les faux-semblants de la bonne conscience, son oeuvre théâtrale explore la question de l’autre. »

« George Tabori, comme beaucoup d’auteurs, glisse des souvenirs, des anecdotes personnelles dans ses récits. Tabori incère également pas mal de références, d’allégories à d’autres auteurs et à leurs oeuvres dans ses textes. Le but premier est d’aider le comédien dans sa composition de personnage. Prenons un exemple concret, le personnage de « Gretchen », jeune fille orpheline issue de la haute bourgeoisie qui, pour survivre, se prostitue. C’est en réalité une référence au personnage de « Else » du roman « Mademoiselle Else » d’Arthur Schnitzle. La comédienne interprétant « Gretchen » a d’ailleurs lu ce roman en préambule à sa composition de personnage. Vient ensuite un autre élément auquel Tabori aime souvent faire appel, il s’agit de l’histoire avec un grand H. Dans toutes ses pièces, il glisse régulièrement des références historiques afin de guider le spectateur dans le temps ou alors de le perdre volontairement. Dans notre cas, il s’agit de le guider à travers cette période trouble et chargées de crises que sont les années 1920. Dans une autre de ses pièces, sur laquelle nous travaillons actuellement, les repères historiques se succèdent anachroniquement dans le but de perdre le spectateur dans un dédale d’idées et d’illustrer ainsi la folie des personnages. Enfin, Tabori aime faire appel aux stéréotypes que la propagande nazie a largement diffusés à l’encontre des juifs. Ces derniers sont exacerbés, poussés à l’extrême, ils en deviennent totalement risibles et sont détruits par les rires du public. Ces ersatz venus du passés perdent leur sens péjoratif et ne deviennent plus qu’une raison de rire dans cette farce générale. L’analyse du texte est un élément très important quand on s’attaque à une pièce de Tabori. Cette dernière permet de mieux comprendre les idées de l’auteur, les messages à transmettre au public et les intentions vraies des personnages. Ces textes, bien qu’empreints d’humour, sont de véritables témoignages du passé et de ce que peut être la nature humaine dans ce qu’elle est de meilleure comme de pire. »

« Il traite l’histoire avec une dose d’humour féroce. Pour lui, rire ne veut pas dire oublier, rire pour l’auteur c’est exorciser l’horreur et renouer avec le monde. Le rire chez Tabori est une réponse à la question « comment parler d’événement si terrible ? » Pour cela, il fait de l’histoire une fable, une fable cruelle où des hommes préfèrent désespérément la vie (même si cela implique le pire) à la mort. Dans cette fable cruelle, via des chemins plus drôles et plus fallacieux les uns que les autres, il veut démontrer que l’amour est le chemin à suivre, si dur soit-il à arpenter. Nous avons toujours besoin de rire, si tragique soit notre destinée. Cette conception de l’humour qui tire son fondement dans l’humour juif et la culture yddish ou le rire, l’autodérision et la farce, occupe une place très importante. Tout ce qui est proposé peut être illustré par une seule phrase de la pièce que voici, en guise de conclusion : « Puisque ça finit mal qu’au moins ça soit drôle » Schlomo Herzl Acte V 6 ».

Le Festival off d’Avignon 2019 (5-28 juillet 2019) proposa « Mein Kampf, une farce« , écrite en 1987 à Vienne par le dramaturge George Tabori (1914-2007), dans une mise en scène de Kim Langlois et Dominique Jacques. Création Festival 2018. « Mein Kampf, une farce » est « un spectacle drôle et déroutant. Utopique et cruellement réaliste, cette fable dépeint le jeune Hitler comme un clown, un enfant gâté qui est encore dans les jupes de sa mère. Mais c’est surtout l’histoire d’un juif qui aurait rêvé changer le destin de l’humanité, c’est l’histoire d’un juif qui voulait croire que l’amour pouvait tout sauver…Il ne s’agît donc pas de faire l’apologie de l’idéologie nazie mais de la détruire avec amour et humour. »

« Cette pièce relate l’expérience vécue par le jeune Adolf Hitler dans un asile de nuit pour sans-abri. Moustachu tel un tartare et colérique tel un enfant gâté, il débarque à Vienne avec son carton à dessin sous le bras. Tout ce qui l’obsède est d’entrer à l’Académie des Beaux-Arts. Mais en attendant, il faut bien se loger… Et le voilà descendu dans un asile pour clochards dans lequel il va devoir cohabiter avec deux Juifs. C’est dans ce bouge que réside Schlomo Hertzl, colporteur de bibles et de kamasutras. Le brave Schlomo va prendre Hitler sous son aile protectrice, va se mêler de son éducation et finira même par l’aimer, oui ! Jusqu’à l’arracher des griffes de la mort ! Aimer son ennemi ? Comme soi-même ? Vous plaisantez !? »

« Cette brillante pièce met en exergue l’amour plutôt que la haine dans laquelle il est si facile de tomber et démontre qu’il n’est pas plus difficile « de s’aimer les uns les autres comme je vous aime ».

« Il ne s’agît donc pas de faire l’apologie de l’idéologie nazie mais de la détruire avec amour et humour. Ici, le jeune Hitler est dépeint comme un clown, un enfant qui est encore dans les jupes de sa mère et à qui l’on doit encore torcher le cul. De cette façon, nous discréditons toute forme d’extrémisme. Un humour parfois grinçant, certes, mais un scénario rempli de poésie. »

« Cette pièce pourrait éveiller (ou réveiller) les consciences et mettre en garde tout en apportant au public un moment de franche rigolade. » (Citations du dossier de presse)

Réédité par Fayard

Le 2 juin 2021, Fayard a publié une nouvelle traduction, par Olivier Mannoni, de ce livre sous le titre  » « Historiciser le mal, une édition critique de « Mein Kampf », assorti de notes et de textes critiques l’éclairant et vendu par commande. Un ouvrage de 847 pages.

Du 17 au 27 juillet 2019 à 22 h 45. Relâche le 28 juillet 2019
Au Verbe fou
« Mein Kampf, une farce », de George Tabori

95, rue des infirmières. 84000 Avignon
Tél. : 00 33 (0)490 85 29 90
1 h 15
Metteuse en scène : Kim Langlois
Metteur en scène : Dominique Jacques

Distribution: Kim Langlois, Dominique Jacques, Guillaume Martin et Benoît Servotte.

Interprètes : Kim Langlois, Guillaume Martin, Dominique Jacques, Benoît Servotte

Régisseur : Dominique Leruth

Antoine Vitkine, Mein Kampf, histoire d’un livre. Ed. Flammarion Lettres, coll. EnQête, 2009. 350 pages. 21 euros. ISBN : 978-2081210516

Mein Kampf, c’était écrit d’Antoine Vitkine

France, 2008, 56 minutes, Arte F

Diffusions le :

–  3 avril 2012 à 23 h 40 par Arte ;

– 23 janvier 2014 à 15 h 20 et 26 janvier 2014 à 12 h 45 par Toute l’Histoire


Visuels de haut en bas : © DR

La prison de Landsberg hier et aujourd’hui

Mein Kampf de Hitler

Publicité pour Mein Kampf de Hitler
© Heinrich Hoffmann

Cet article est la version détaillée d’un article commandé par L’Arche. Il a été modifié le 6 mai 2016.
Il a été republié le :
– 17 avril 2012 et le 25 août 2012 à l’approche de la diffusion par Arte, les 27 et 29 août 2012, de Mein Kampf-George Tabori d’Urs Odermatt, le 27 août 2013, le 24 novembre 2013 et les :
– 12 janvier, 15 février, 8 mai et 27 juin 2014, 14 mai et 4 novembre 2015, 3 mai 2016, 19 juin 2018, 25 juillet 2019.
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

En 1925, dans une lettre détaillant l’état des recherches sur la Kabbale, Gershom Scholem écrivait au grand écrivain Haïm Bialik qu’une des premières nécessités serait de publier Le livre de la lumière de l’intellect (sefer or hasekhel) d’Abraham Aboulafia, qualifié par le grand maître des études sur la mystique juive de « personnalité la plus importante parmi les premiers kabbalistes qui nous sont connus à ce jour ». Il n’existait jusqu’à aujourd’hui aucune traduction intégrale de ce texte, seulement des extraits en anglais. Le souhait de Gershom Scholem est devenu réalité grâce aux soins de Michel Valensi, directeur-fondateur des éditions de L’Éclat (bénies soient-elles !), et aux efforts surhumains du traducteur, le kabbaliste Michaël Sebban.


Abraham Aboulafia, Lumière de l’intellect. Établi, traduit de l’hébreu et annoté par Michaël Sebban. Édition bilingue. L’Éclat, 298 p., 35 €

Enluminure d’une page de « Lumière de l’intellect » (1285)

Écrit par par Richard Figuier

Aboulafia est un personnage singulier. Né en Espagne en 1240, il bourlingue toute sa vie autour de la Méditerranée avant de disparaître autour de 1290 quelque part dans l’archipel maltais sans laisser de traces. Ce ne sont pas tant ses incessants déplacements qui le distinguent, la plupart des « intellectuels » médiévaux sont des gens perpétuellement en mouvement (à côté, les nôtres sont d’invétérés sédentaires). Non, c’est plutôt une sorte de perpétuel décalage par rapport à ses contemporains : kabbaliste, mais aussi maïmonidien (à la pensée duquel, selon l’expression de Moshe Idel, il fait subir un véritable « linguistic turn »), pire, aristotélicien ; parmi les pères fondateurs de la Kabbale et en même temps toujours à la limite de l’hérésie ; rabbi, mais voulant « confondre les opinions des sages d’Israël qui fanfaronnent », alors même qu’il se croit une vocation messianique au point de vouloir rencontrer le pape Nicolas III pour le convaincre dans une sorte de jugement dernier de la supériorité du judaïsme.

Une page remarquable de Lumière de l’intellect semble en témoigner : on lit, au chapitre 12, une sorte d’inversion de la parabole évangélique du fils prodigue. Ici, le père tient à transmettre à son fils la perle précieuse de son héritage. Mais il arriva que le fils irrita son père et celui-ci, plutôt que de confier son héritage à un autre, cacha la perle au fond d’une fosse dans l’espérance que son fils revienne à lui. Pendant ce temps, les serviteurs se rengorgeaient en clamant partout qu’ils étaient en possession de la perle, ce qui n’inquiétait pas outre mesure un fils sans « connaissance », mais finit tout de même par l’irriter à son tour, si bien qu’il se repentit. Aboulafia raconte ainsi ce qui se passe dans l’histoire entre Israël, détenteur des promesses, et ceux, chrétiens, qui pensent qu’ils sont les nouveaux héritiers. « La controverse a toujours sa place, écrit-il, jusqu’à ce que vienne le conciliateur qui remontera le joyau de la fosse et les donnera à ceux qui sont fils de YHWH ».

En s’attaquant au Livre de la lumière de l’intellect, Michaël Sebban a pris tous les risques. D’abord, celui de l’établissement du texte, incertain du fait de la grande quantité de manuscrits conservés (26 recensés à ce jour), malgré l’édition en Israël (2001) d’Amnon Gross, fautive elle aussi. Et tout éditeur critique sait que stabiliser un texte médiéval constitue une tâche difficile, tant les copistes étaient dépourvus de nos scrupules philologiques, mais plus encore quand il s’agit d’un auteur qui « crypte » sans cesse ses écrits, au point que « quiconque a essayé de lire Aboulafia sait qu’il est impossible de déchiffrer une seule page sans crayon ni papier à portée de la main afin de décrypter les multiples associations linguistiques et mathématiques qu’il établit dans une tentative pour relier entre eux des concepts et expressions disparates » (Elliot Wolfson, Abraham Aboulafia. Cabaliste et prophète, L’Éclat, 1999).

Michaël Sebban s’est appuyé essentiellement sur trois manuscrits et il esquisse une réflexion très intéressante sur le lien intime entre fixation du texte et traduction : fallait-il premièrement établir le texte et le traduire ensuite, ou bien la traduction elle-même dans sa quête de sens allait-elle contribuer à déterminer le texte ? C’est évidemment mettre en pleine lumière la situation très inconfortable du traducteur : l’interprétation s’identifie à l’œuvre, Sebban devient Aboulafia en français et aussi en hébreu ; quelles que soient leurs appréciations, les études aboulafiennes ne pourront pas ignorer cette édition.

Comme beaucoup de maîtres médiévaux, Aboulafia n’écrit pas de sa propre initiative, il répond à une demande de deux amis de Messine, lieu d’écriture du traité, qui veulent être guidés dans la connaissance de la tradition (le sens même du mot qabalah). Il s’agit tout simplement pour le kabbaliste de les aider à accomplir leur vocation à devenir des « fils d’Èlohîm » en s’élevant degré par degré à « la vraie connaissance du Nom », ou bien, selon une autre formulation que l’on trouve dans le premier chapitre, en passant « de la foi reçue à la foi intelligible ». Ce qui explique la forte dimension pédagogique du traité, qui se présente à la fois, outre son caractère de commentaire du Guide des égarés, comme un compendium de grammaire et de théologie.

Lumière de l’intellect, d'Abraham Aboulafia : un grand influenceur

L’anthropologie d’Aboulafia vient de Maïmonide et par lui des Grecs : l’homme n’est vraiment homme, n’actualise l’humanité en lui, ce qui en constitue la spécificité, que dans « l’intelligence de l’Intelligible premier » : « sache, lit-on au chapitre 5, que la finalité ultime de l’existence de l’homme dans ce monde est d’intelliger l’Intelligible premier – qui est l’Intellect premier supérieur qui intellige tout intelligible inférieur à lui – en intelligeant Sa substance qui totalise toutes les substances ». Au cœur de la Kabbale, nous sommes également en pleine ontologie grecque et au cœur d’une tradition qui va de Platon et Aristote à Spinoza en passant par les néoplatoniciens. « Jewgreek is greekjew. »

« L’intellect », c’est l’intellect divin de Maïmonide, reprise de la notion aristotélicienne d’intellect agent dans un contexte monothéiste. Terme central de l’œuvre, il meut tout par son « influx » (sheaf, qui en hébreu désigne l’abondance ; sur la même racine repose aussi le verbe lehashpia qui indique l’action d’influencer, de pencher, d’incliner), il est le grand influenceur, depuis la création, sa première « influence » pour ainsi dire (et nous sommes très près des ontologies émanationnistes néoplatoniciennes), l’intellect humain dit « passif », la langue et l’écriture, les lettres de l’alphabet hébreu en particulier, jusqu’à l’esprit du prophète (Moïse). Comme l’écrit Pierre Bouretz dans le Cahier de l’Herne consacré à Scholem (2009), Aboulafia « va considérer que la Création, la Révélation et la Prophétie sont des phénomènes qui ont lieu dans le langage lui-même. La Création devient un véritable acte d’écrire divin et chaque lettre est un symbole […], si les consonnes demeurent bien la source primordiale de tout langage, ce sont désormais les voyelles qui les combinent et les mettent en mouvement pour assurer un véritable parler divin susceptible de rencontrer la parole humaine ». Si l’hébreu, matrice de toutes les langues, est la première à avoir reçu la Torah, son privilège, s’il individualise, ne l’éloigne pas des autres langues. Toutes ont vocation à confluer dans une langue eschatologique, réparatrice de la dispersion de Babel, parce qu’elles participent toutes de l’influx divin.

Difficile d’entrer dans toutes les subtilités de la gematria (une herméneutique fondée sur la valeur numérique des lettres) qui occupe bien des pages. On voudrait simplement retenir ici l’espoir que cette traduction de la Lumière de l’intellect (ré)introduise pleinement Aboulafia dans l’histoire de la pensée occidentale, et pas seulement chez les spécialistes de la Kabbale et de la pensée juive, tant, à la suite des grands auteurs, il se situe dans un immense dialogue entre « païens » néoplatoniciens ou néoaristotéliciens, juifs, chrétiens et musulmans (il aurait fallu évoquer les influences islamiques sur sa pensée). Un influenceur lui aussi, à la suite du Grand.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

‘Babelia’ recuerda el discurso que el escritor pronunció al recibir el premio Nobel de Literatura en 1978, coincidiendo con la publicación de ‘El huésped’, relato inédito sobre los supervivientes del Holocausto que crearon el barrio neoyorquino de Williamsburg

De izquierda a derecha: la princesa sueca Christina Magnuson y el escritor Isaac Bashevis Singer, en el banquete de celebración del Nobel de Literatura en Estocolmo, 1978.

De izquierda a derecha: la princesa sueca Christina Magnuson y el escritor Isaac Bashevis Singer, en el banquete de celebración del Nobel de Literatura en Estocolmo, 1978.

En nuestra época, como en cualquier otra, el narrador y poeta debe ser un artista del espíritu en el amplio sentido de la palabra, no solamente pregonero de ideales sociales o políticos. Ni hay un paraíso para los lectores aburridos ni excusas para una literatura tediosa que no intrigue al lector, lo estimule y le ofrezca el placer y la vía de escape que brinda el arte verdadero. Sin embargo, también es cierto que al escritor serio de nuestra época deberían preocuparle profundamente los problemas de su generación. No puede pasarle inadvertido que el poder de la religión, especialmente la creencia en la revelación, es hoy más débil de lo que fue en ninguna otra época de la historia humana. Cada vez más niños crecen sin fe en Dios, sin creer en la recompensa y el castigo, en la inmortalidad del alma e incluso en la validez de la ética.

El escritor auténtico no puede pasar por alto el hecho de que la familia está perdiendo su fundamento espiritual. A partir de la Segunda Guerra Mundial, todas las lúgubres profecías de Oswald Spengler se han hecho realidad. Ningún avance tecnológico es capaz de mitigar la desilusión del hombre moderno, su soledad, su sentimiento de inferioridad y su temor a la guerra, la revolución y el terror. Nuestra generación no solo ha perdido la fe en la Providencia, sino en el propio hombre, en sus instituciones y a menudo en aquellos que están más cerca de él.

Presos de la desesperación, no pocos de quienes han perdido su confianza en el liderazgo de nuestra sociedad han puesto sus ojos en el escritor, el maestro de las palabras. Esperan contra toda esperanza que el hombre de talento y sensibilidad tal vez sea capaz de rescatar a la civilización. Quizá el artista tenga algo de profeta después de todo.

Bashevis Singer: “Ningún avance tecnológico es capaz de mitigar la desilusión del hombre moderno”

Como hijo de un pueblo que ha recibido los peores golpes que la locura humana puede infligir, me veo obligado a reflexionar sobre los peligros venideros. Me he resignado en muchas ocasiones a no encontrar nunca una verdadera solución. Pero una nueva esperanza surge siempre que me digo que no es todavía demasiado tarde para que hagamos balance y tomemos una decisión. Me educaron para creer en el libre albedrío. Aunque he llegado a dudar de toda revelación, no he sido nunca capaz de aceptar la idea de que el universo es un accidente físico o químico, un resultado de la ciega evolución. A pesar de que he aprendido a reconocer las mentiras, los lugares comunes y las idolatrías de la mente humana, sigo aferrándome a algunas verdades que creo que llegaremos a aceptar algún día. Ha de existir un camino para que el hombre pueda disfrutar de todos los posibles placeres, de todas las posibilidades y todo el conocimiento que la naturaleza pone a su disposición, y seguir sirviendo a Dios: un Dios que habla con hechos, no con palabras, y cuyo vocabulario es el cosmos.

No me avergüenza admitir que me cuento entre quienes fantasean con que la literatura es capaz de aportar nuevos horizontes y nuevas perspectivas: filosóficas, religiosas, estéticas e incluso sociales. A lo largo de la historia de la antigua literatura judía nunca existió ninguna diferencia fundamental entre el poeta y el profeta. Nuestra antigua poesía a menudo pasó a convertirse en ley y en forma de vida.

Algunos de mis camaradas de la cafetería cercana al Jewish Daily Forward en Nueva York me tienen por pesimista y decadentista, pero la resignación siempre esconde un rescoldo de fe. Encontré consuelo en pesimistas y decadentistas como Baudelaire, Verlaine, Edgar Allan Poe y Strindberg. Mi interés por la investigación psicológica me hizo encontrar un bálsamo en algunos místicos como vuestro Swedenborg y nuestro rabino Nachman Bratzlaver, así como en el gran poeta de nuestro tiempo, mi amigo Aaron Zeitlin, que murió hace algunos años y dejó un legado literario de altísimo nivel, la mayor parte escrito en yidis.

El pesimismo de las personas creativas no es decadentismo, sino que se trata de una enorme pasión por la redención del hombre. Al mismo tiempo que entretiene, el poeta prosigue su búsqueda de las verdades eternas, de la esencia del ser. A su manera trata de resolver el enigma del tiempo y del cambio, de hallar una respuesta al sufrimiento, de poner de manifiesto el amor en el abismo de la crueldad y la injusticia. Por muy extrañas que resulten estas palabras, a menudo juego con la idea de que cuando colapsen todas las teorías sociales, cuando las guerras y las revoluciones dejen a la humanidad en la oscuridad más absoluta, el poeta —a quien Platón expulsó de su República— se alzará para salvarnos a todos.

El gran honor que me concede la Academia Sueca es también un reconocimiento al idioma yidis: un idioma del exilio, sin tierra, sin fronteras, sin el respaldo de ningún Gobierno; un idioma que carece de palabras para armas, munición, ejercicios militares, tácticas de guerra; un idioma que fue despreciado a la vez por gentiles y por judíos emancipados. Lo cierto es que aquello que predicaban las grandes religiones, el pueblo hablante de yidis lo practicaba día tras día en los guetos. Fue la gente del Libro, en el sentido más estricto de la palabra. No conocieron mayor gozo que el estudio del hombre y las relaciones humanas, al que llamaron Torá, Talmud, Musar, Cábala. El gueto no era solamente un refugio para una minoría perseguida, sino un gran experimento de paz, autodisciplina y humanismo. Como tal sigue existiendo y se resiste a rendirse a pesar de toda la brutalidad que lo rodea.

Yo me eduqué entre esas gentes. El hogar de mi padre en la calle Krochmalna en Varsovia era una casa de estudios, un tribunal de justicia, una casa de oración, un lugar donde se contaban historias, además de un lugar para bodas y banquetes jasídicos. De niño escuché de boca de mi hermano mayor y maestro, I. J. Singer, que más tarde escribiría Los hermanos Ashkenazi, todos los razonamientos que los racionalistas, desde Spinoza a Max Nordau, publicaron contra la religión. He escuchado de mi padre y mi madre todas las respuestas que la fe en Dios puede ofrecer a quienes dudan y buscan la verdad. En nuestro hogar y en muchos otros hogares las preguntas eternas eran más reales que las últimas noticias del periódico yidis. A pesar de todas las desilusiones y de todo mi escepticismo creo que las naciones pueden aprender mucho de esos judíos, de su forma de pensar, de su forma de educar a los hijos, de la felicidad que encuentran donde otros no ven más que miseria y humillación.

Para mí el idioma yidis y la conducta de quienes lo hablan son la misma cosa. Se pueden encontrar en el idioma yidis y en el espíritu yidis expresiones de júbilo piadoso, ansias de vivir, anhelo del Mesías, paciencia y un profundo aprecio por la individualidad humana. Hay en el yidis un humor sereno y una gratitud por cada día de la vida, por cada pizca de éxito, por cada contacto amoroso. La mentalidad yidis no es altiva. No da la victoria por sentada. No exige ni ordena, sino que sale del paso como puede, se cuela entre las fuerzas destructivas, a hurtadillas, con la certidumbre de que en algún sitio el plan de Dios para la Creación no ha hecho más que comenzar.

Hay quien califica al yidis de lengua muerta, pero lo mismo hicieron con el hebreo durante dos mil años. Se ha recuperado en nuestra época de una forma sorprendente, casi milagrosa. El arameo fue ciertamente una lengua muerta durante siglos, pero luego sacó a la luz el Zohar, una obra mística de sumo valor. Es un hecho que los clásicos de la literatura yidis son también los clásicos de la literatura hebrea moderna. El yidis aún no ha dicho su última palabra. Contiene tesoros que todavía no se han expuesto a los ojos del mundo. Fue una lengua de mártires y santos, de soñadores y cabalistas, cargada de humor y de una memoria que la humanidad no debería olvidar jamás. En sentido figurado, el yidis es la sabia y humilde lengua de todos nosotros, el idioma de la asustada y esperanzada humanidad.

‘El huésped’

Autor: Isaac Bashevis Singer

Traductor: Andrés Catalán

Editorial: Nórdica Libros

Formato: tapa blanda o bolsillo. 64 páginas

 

 

 

Escrito por Claudio Magris

Singer es como ese demonio de una nouvelle suya que se alimenta de las letras sagradas del alfabeto judío, a sabiendas de que, cuando haya devorado la última letra, morirá. Singer fue grande cuando, escribiendo en yiddish, pensaba que escribía en una lengua muerta.

El dybuk, el demonio que habla en los cuentos de Singer y que en muchas ocasiones también los narra, es “alguien que ve sin que los demás lo puedan ver”; también Singer observa y retrata al mundo desde impredecibles ángulos de perspectiva, sin dejarse descubrir, impersonal como un francotirador o como Dios, a quien le gusta esconderse en un vacío irrepresentable pero también dejarse representar como un familiar y buen anciano. Recuerdo con manifiesta intensidad la primera vez que lo leí, el efecto de extrañamiento y de encanto de esa lectura. Era una tarde de septiembre, en 1966; estaba en el mar, en Trieste, y apenas había terminado de leer “El no visto”, un cuento que quizá es su obra maestra. Esa parábola sobre la ley y sobre la pasión, sobre la fidelidad y la infidelidad, sobre el misterio conyugal y sobre el vértigo del deseo ya me había marcado para siempre. Así pues, desde un pequeño café, de la ribera, le escribí —mandándole la carta a su editor norteamericano, Farrar Straus, que muchos años después sería el editor de mi Danubio— como se le escribe no a un escritor que se admira, sino a alguien que nos devela un mundo absolutamente impredecible y que, sin embargo, desde siempre hemos reconocido nuestro. Más que mi carta, en esta pequeña historia, lo que cuenta es la respuesta, que me llegó un par de semanas después. Una carta en alemán y escrita a mano —como la mía— con una grafía grande, nítida e infantil, que concluía con los afectuosos saludos para mí, mi familia y mis amigos. Era la primera vez que alguien, con justicia, incluía en el obvio círculo de los afectos fundamentales a los amigos, ciertamente no menos importantes que los parientes. Desde entonces, durante años, nos escribimos muchas veces y creo haber leído casi todos sus libros; creo conocer bien al escritor Singer, impasible como Dios y sin embargo capaz de expresar todas las cuerdas de lo humano, atento a cada una de las criaturas más humildes y listo a dejarlas caer en el abismo en el que toda vida se consume. Pero también conocí bien al hombre, ese anciano señor que parecía frágil, con su cráneo calvo y liso como un recién nacido, pero que dejaba entrever una energía indomable. Me dio mucho.

Un verano, con Marisa, fuimos a buscarlo a Wengen, en los Alpes suizos, donde él pasaba las vacaciones con su esposa Alma. De pronto me vi, no sé cómo, contándole también muchas cosas de mi vida que no le digo a muchas personas. Sabía escuchar. En un cierto punto de la conversación, luego que le hablé de una horrible enfermedad que había terminado con la vida de una niña sobrina mía, él, ensartando una hoja con su bastón, murmuró: “¿Sabe?, la literatura sirve tan poco…”. Y nunca olvidaré, el tono, único e irrepetible, con el que hizo una pregunta que solamente pudo ser formulada en ese tono y que ningún otro me la ha planteado en ese tono: “¿Usted cree en Dios?”.

Le hablé de sus cuentos y de lo que encontré en ellos, pero él no entendía bien; recordaba detalles físicos de figuras y de paisajes, pero se le escapaba el sentido de lo que había escrito. No era un intelectual: Wittgenstein hubiera dicho que escribía no con la cabeza, sino con la mano y la mano no siempre sabe lo que está sucediendo entre esos zigzagueos que ella traza en el papel. Luego, con la libertad que se tiene con un escritor que se considera tan grande y al que, por lo tanto, se le puede decir todo, le pregunté, por qué, luego de haber escrito algunas de las más hermosas parábolas de la literatura universal, escribía esos novelones tan condimentados, gozosos pero no originales o a veces hasta aburridos, pero de cualquier manera innecesarios. El, en lo absoluto, lo tomó a mal. No entendió mis objeciones críticas y respondió, dudando, que él escribía lo que en ese momento le gustaba. Entonces lo sentí todavía más grande. Era como si alguien me hubiese preguntado por qué yo iba al mar sobre la modesta costa triestina en lugar de ir a Saint Tropez. También hubiera respondido que iba donde me gustaba, sin pensar en las estrellas de la guía Michelin. “Ya ve —le dije—, yo soy más inteligente que usted; pero usted, ¡ay Dios!, es un genio”.

Pocos escritores logran expresar como Singer lo absoluto que podemos encontrar en cada momento significativo de la vida —el amor, el sufrimiento, la seducción, el horror que se recorta contra el fondo de lo eterno y de la nada—. Es en los cuentos, sobre todo, donde se revela su irrepetible grandeza. Entre las novelas, la más desconcertante e incisiva es Satán en Goray (1935): la más anómala, la más alejada de los cánones narrativos decimonónicos a los que él regresará más tarde, en muchas de sus obras más afortunadas, pero menos inquietantes y menos poderosas. Satán en Goray es una novela-parábola que representa, con siniestro poderío y doliente pietas, la tentación mesiánica, el sueño místico-erótico-transgresivo de infringir la Ley para acelerar el triunfo del mal que, según algunas corrientes extremistas del judaísmo, debe alcanzar el último círculo infernal a fin de que luego pueda arribar el Mesías y verificarse la redención total y definitiva. La tentación mesiánica deviene el símbolo de la seducción de lo irracional y de lo indistinto, de un histerismo revolucionario y erótico que devela algunas quemantes laceraciones de la modernidad.

Singer regresará a menudo sobre estos temas en algunos estupendos cuentos —por ejemplo “La destrucción de Kreshev”— en los que su garra realista y visionaria hará de esta particular temática judía una metáfora de la disgregada y caótica multiplicidad moderna. Pero “en el tribunal de su padre”, rabino en Varsovia —parafraseando el título de sus memorias de juventud, En el tribunal de mi padre (1966) —, Singer absorbería para siempre la religiosidad profunda, irreverente, mística, sensual, popular y picaresca del hassidismo. De este último, él aprendió esa épica confianza con todas las manifestaciones de la vida que es una característica del judaísmo oriental, esa vitalidad desarrapada, real e insuficiente que Kafka tanto admiraba en los actores del teatro yiddish y le dolía no poseer. Narrar parábolas es, para el hassidismo, el gesto religioso que amaina la verdad en la vida. Para Singer, la parábola se vuelve el cuento que narra la condición humana, fragmento de eternidad que desemboca en lo efímero de lo moderno. Sus grandes cuentos son parábolas que, por otra parte, también se alimentan de elementos muy lejanos a la religiosidad judía, la filosofía de Spinoza y de Schopenhauer, la narrativa de Knut Hamsun. Singer escribe sus más grandes cuentos, naturalmente, en yiddish, en Estados Unidos de Norteamérica, a donde se traslada en 1935. Los escribe —como él declaró en un artículo que apareció en The Herald Tribune en 1965— en una “lengua muerta”, que él siente condenaba a una cercana extinción. Un escritor yiddish, decía, “es como espectro, alguien que ve sin que los demás lo puedan ver”. Esa lengua, para él, corría el riesgo de estar doblemente “muerta”: lo aislaba del gran público pero no le daba buena aceptación con los lectores de las comunidades yiddish norteamericanas que deseaban color local y sentimentalismo folklórico, mientras que él escribía despiadadas fábulas universales sobre lo estrambótico de la condición humana.

Singer es grande cuando es poeta del exilio, no solo del judío, sino del que implica la condición existencial y la escritura, cuya verdad es el desarraigo. Así nacen, con el riesgo de haber sido escritas por nadie, sus obras maestras, cuentos-parábolas como “El Spinoza de la calle Market”, “Caricatura”, “El no visto”, “Gimpel El Tonto”, “El último demonio”, “Una boda en Brownsville”, “Viernes breve”, por citar solo algunos. En estos cuentos, Singer habla ora como la serpiente primigenia de los albores del mundo, como el Mal, ora como Dios. Semejante al autor del Eclesiastés, dilata desde los detalles fisiológicos hasta las cosas últimas, sin dar a entender si él habla desde el punto de vista de la fe o de la desilusión. Esta apertura indiscriminada sobre la realidad lo acerca a los grandes escritores impersonales y anónimos del pasado, que se asemejan a todos y a nadie porque se vuelven indiferentes ventrílocuos de los personajes y de las vidas más diversas e imparciales portavoces de todas las cuerdas del vivir. Si el ángulo visual del escritor del siglo XX es en general un ángulo agudo, que abarca en profundidad un corte unilateral y subjetivo de lo real, el ángulo visual de Singer parece tener 360 grados y abarcar la totalidad épica de la experiencia; él retrata el caos y el orden, la ternura y la perversión, la luminosa presencia del sentimiento y la acre podredumbre de la nada. Singer escribe en yiddish cuando el mundo de la literatura yiddish ya no existía o había sido violentamente desenraizado. Su paisaje, después de la Shoah, solamente existe en la palabra, como los shtetlach, los villorrios judío-polacos de sus cuentos: Yampol, Frampol, Sencimin. Jozefov, Tishevitz… Hace muchos años, recorrí esos lugares por amor a él y solo encontraba algunas lápidas judías entre los campos, los restos de una sinagoga quemada. Solo habían quedado, de la realidad de esos lugares, sus nombres escritos en las tarjetas postales que yo le mandaba a Nueva York, desde esos lugares cuyas parábolas los habían transformado en capitales de la literatura universal, como Praga o Dublín.

El éxito premió las obras menos originales de Singer, exponiéndolo a ser un escritor para todos, condición peligrosa para la literatura en una época en la que, como escribió Manes Sperber, “los todos ya no existen”. Singer se volvió un autor cada vez más prolífero de gruesas novelas fluviales, tradicionales y que a veces constituían una expiación, decorosos monumentos decimonónicos escritos por un muy visible “novelista” que ya tenía muy poco del dyhnk y que quizá olvidó que una vez dijo: “No considero un infortunio ser un dyhuk, un espectro”. También estas novelas —La familia Moskat (1950), La fortaleza (1955), El esclavo (1960), El mago de Lublin (1960), La propiedad (1969), Enemigos. Una historia de amor (1972) y muchas otras— tienen páginas de inolvidables revelaciones, pero no soportan la comparación con los lejanos y grandes cuentos de Singer. En la biografía de Florence Noiville, que retrata a Singer con amor y con inexorable verdad, su genio aparece fascinante pero también tacaño y mezquino, estérilmente esclavizado en la producción de palabras y en la estrategia del éxito, ha mentido también insoportablemente egoísta, en un amasijo de grandeza y miseria, en el que la primera no justifica la segunda y ésta no cancela a la primera. No me perturbó descubrir, en este fuerte libro, cosas que contrastan con el Isaac Bashevis Singer que paseaba con nosotros en Wengen. El propio Singer decía que es la obra la que cuenta, no el pobre hombre que la escribe; no nos interesa saber si Homero era uno o muchos, un hombre o una mujer, simpático o antipático. Quizá, en la vida cotidiana, se olvidaba de esas verdades que había expresado con tanta poesía; un Dios que se olvidase ser tal y se pusiese a cuidar de sus asuntos personales, ya fuesen literarios, probablemente sería el más insoportable de los hombres. Singer es como ese demonio de una nouvelle suya que se alimenta de las letras sagradas del alfabeto judío, a sabiendas de que, cuando haya devorado la última letra, morirá. Singer fue grande cuando, escribiendo en yiddish, pensaba que escribía en una lengua muerta. Quizá una lengua muerta sea la única en la que realmente se puede escribir. Y, sin embargo, también nuestro pobre y vivo alemán, que no era la lengua madre ni de él ni la mía nos sirvió para intercambiarnos esas cartas.

[Traducción: MARÍA TERESA MENESES – fuente: http://www.nexos.com.mx]

Editan as cartas do filósofo e as cinco biografías máis antigas que o abordan

Retrato de Spinoza, datado alrededor de 1665 y de autor anónimo.

Retrato de Spinoza, datado ao redor de 1665 e de autor anónimo.

Escrito por HÉCTOR J. PORTO

A figura de Baruj Spinoza (Ámsterdam, 1632-A Haia, 1677) segue sendo neste século XXI tan apaixonante como enigmática, case 400 anos despois do seu nacemento. E o é en boa medida porque o que no seu tempo facía que a súa filosofía fose considerada ambigua, inconsistente ou incluso herética hoxe vólvea rabiosamente moderna. Froito dunha época convulsa, o seu carácter foi o dun exiliado, apátrida, errante -Rijns­burg, Voorburg, A Haia- ao que a comunidade xudía expulsara (en 1656), os protestantes detestaban e os cristiáns miraban con desconfianza, ou aparecía como un xudeu reprobado ou como un ateo camuflado e malvado. Polo seu defensa da liberdade e o seu amor á verdade é visto actualmente como unha referencia dunha etapa -a segunda metade do século XVII- na que se erixiu en gran crítico da tradición e precursor dunha forma peculiar e avanzada de Ilustración.

A valiosa achega como pensador e o atractivo do home axitan a súa vixencia e moven o interese editorial por Spinoza. E unha boa proba desta inquietude é o catálogo de Guillermo Escolar Editor, que publicou, na edición do especialista Atilano Domínguez, a súa correspondencia e as cinco biografías máis antigas que versan sobre el, unha delas contemporánea -a de Jarig Jelles, con quen incluso se carteaba-. Estas aproximacións falan ás claras do complexo que no seu tempo resultaba clasificalo. Os seus enfoques e conclusións non só son distintos senón por veces diametralmente opostos, e iso indica tamén ata que punto aquel século estaba condicionado polo opresor xugo relixioso.

«Jelles asóciao a un cristianismo racional, ao estilo de Erasmo e do círculo dos colexiantes; [Pierre] Bayle, ao materialismo ateo e ao santo laico, tan próximos de Buda como de certos románticos; [Sebastian] Kortholt, aos impostores, chámense relixiosos ou antirrelixiosos; [Jean] Colerus, ao xudeu excomungado e anticristián cuxas obras foron recibidas con duras críticas en Holanda, Francia e Alemaña; e [Jean-Maximilien] Lucas, en fin, ao escritor anónimo e libertino que, fronte á ignorancia e a submisión á autoridade, propón a loita pola liberdade e a felicidade humana na liña dunha Ilustración radical», detalla o investigador e profesor.

A pesar de que non gozaba da simpatía de Kortholt (tampouco das de Bayle e Colerus), que o xulgaba «ávido de gloria», «impío», «ambicioso» e unha alma impura», o certo é que Spinoza vivía frugalmente, ao que se sumaba a súa constitución física débil e enfermiza e o seu gusto pola soidade.

Como un artesán, procurábase un humilde sustento económico compaxinando o seu labor intelectual co traballo de pulido de lentes de cristal, un oficio que serve en bandexa a metáfora que enxalza a súa lúcida visión do mundo, que combate a superstición e o medo e na que corpo e alma cohabitan harmonizados. Ten moi presente tamén como os gobernantes utilizan a relixión para aumentar a súa posición hexemónica. A súa sólida arquitectura filosófica é unha creación que se eleva coma se a consciencia do seu tempo de ferro, e o ruído da contorna, non alcanzase a rozalo.

O home e a natureza

Un do aspectos que acrecentan o seu atractivo é o modo en que está firmemente convencido de que o home é un coa natureza, posicionamento desde o que afloran as divindades do mundo e do propio home. Recuperar esa conivencia entre ser humano e natureza (que identifica con Deus) resulta hoxe necesaria nun momento en que, mal guiado aínda pola Ilustración, o home segue cegado pola idea de dominio, ata o abuso.

Desde a súa condición autodidacta, Spinoza apenas dedicou vinte anos (1656-1676) á construción e argumentación das súas ideas, pero alumou un sistema de pensamento tan perfecto que supuña «o modelo mesma da filosofía», enxalzaba tempo despois Hegel para insistir: «O Spinoza ou ningunha filosofía». Nietzsche tampouco se subtraeu do seu encanto. E ata Albert Einstein, interrogado sobre se aceptaba a existencia de Deus, dixo aquilo de «creo no Deus de Spinoza», o que se mostra nunha harmonía ordenada do existente, non como «un Deus que se preocupa polo destino e as accións dos seres humanos».

Fronte á rixidez doutros filósofos, Spinoza é especialmente hábil para conciliar razón e Deus. Na súa procura da boa vida, da felicidade posible, fai gala dunha fermosa intelixencia que namora na súa lucidez ao distinguir claramente entre a palabra revelada e a palabra que verbaliza a súa eu filosófico, sempre amante da verdade: «Cando conseguín unha demostración sólida, non poden vir á miña mente ideas que me fagan dubidar xamais dela. Por iso é polo que asenta ao que o entendemento me mostra, sen a mínima sospeita de que poida estar enganado ou que a Sacra Escritura, aínda que non investigue este punto, poida contradicila», argúe para concluír marabillosamente que «a verdade non contradí á verdade». Así o expón nunha carta remitida en 1665 a Willem van Blijenbergh. «De todas aquelas cousas que están fóra da miña poder, nada estimo máis que poder ter a honra de trabar lazos de amizade con xentes que aman sinceramente a verdade […] Este amor é, ademais, o maior e máis grato que pode darse cara a cousas que están fóra do noso poder, xa que nada, fóra da verdade, é capaz de unir totalmente distintos sentidos e ánimos», confésalle noutra misiva, en que así mesmo se mostra indulxente coas debilidades humanas.

A correspondencia de Spinoza revélase como un instrumento de coñecemento da persoa -o máis poderoso que se dispón- grazas a esas filtracións que se producen no seu discurso, os seus refutacións aos correspondentes e as súas reflexións, e que non se permean nos seus tratados. Neste ámbito, o selo Trotta acaba de publicar Ética demostrada segundo a orde xeométrica, en edición de Pedro Lomba -Manuel Machado fixo unha versión en 1913-, considerada a súa obra magna e que apareceu postumamente.

Sobre as raíces ourensás da familia do pensador

Bayle afirma que Spinoza escribiu en español o seu Apoloxía da saída da sinagoga, que se perdeu inédita. E é que o filósofo naceu en Holanda, pero os seus pais eran xudeus sefardíes chegados de Portugal, onde se fincaron tras unha saída forzosa de España, como consecuencia da intolerancia católica acrecentada a partir de 1492 coa orde de expulsión asinada polos Reis Católicos. Mentres, víronse forzados a unha conversión formal pero seguían practicando o xudaísmo de forma clandestina. Nese submundo marrano (nome co se que coñecía a estes falsos conversos) sitúan algúns en Ourense á familia Espinosa -e ao propio Miguel Espinosa , futuro pai de Baruj, ou Bento ou Benito ou Benedito-. A académica da RAG Olga Galego reconstruíu no seu día a árbore xenealóxica da estirpe dos Espinosa . E moito antes, na primeira década do século XX, o investigara o historiador, e tamén académico, Benito Fernández Alonso, que situou a Miguel Espinosa en Videferre, unha parroquia do concello fronteirizo de Oímbra, nunha preventiva transición cara a Portugal ante o medo a ser denunciados. Este contexto de temor explicaría a firmeza das conviccións de Spinoza contra a andrómena e o sectarismo relixioso.

 

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Trait d’union entre tous les espaces et toutes les périodes du continent européen, et si le latin remplaçait l’anglais? L’exemple de l’hébreu moderne, en Israël, prouve qu’il est possible de ressusciter une langue pour en faire le ciment d’une entité politique, argumente Sundar Ramanadane, normalien et haut fonctionnaire.

«Le latin porte en lui deux millénaires d’une culture aussi variée que le furent ses auteurs»

Depuis que les Anglais se sont boutés eux-mêmes hors de l’Union européenne, il est assez fréquent de lire des articles traitant du futur linguistique de l’Europe. L’anglais ne peut plus, désormais, légitimement prétendre rester la langue de la construction européenne, tant il est vrai que le Brexit doit s’accomplir dans les deux sens: si les Anglais sont partis, il faut aussi que nous autres Européens abandonnions ce qu’ils ont pu nous laisser de plus nocif, et particulièrement l’accent excessif mis sur le commerce et le libre-échange au détriment de l’approfondissement politique, ainsi que le globish, solution de facilité pour structurer ces échanges dans le cadre d’une institution sans identité revendiquée.

Depuis donc que le divorce est acté, on peut lire des articles se demandant si l’Europe ne devrait pas parler l’allemand (perspective riche de promesses de ce côté-ci du Rhin!) ou français (perspective tout aussi riche de promesses de l’autre côté du Rhin, des Pyrénées ou des Alpes – nous avons la prétention de croire, horresco referens, que nos voisins aiment Napoléon autant que nous!).

Cet enjeu est pourtant important. La question de la langue que parle une entité politique est cruciale. L’hébreu moderne, produit de la résurrection d’une langue longtemps restée comme morte, a accompagné la construction d’Israël ; l’Inde comme le Pakistan ont élaboré sur la langue hindoustanie deux registres de langue, le premier fortement imprégné par l’antique sanskrit, l’autre fortement enrichi d’apports persans tel qu’il se pratiquait dans la cour des Mogols, pour structurer respectivement le hindi et le ourdou et au-delà, l’identité de leurs pays, leur idéologie, et les éléments d’un passé pourtant commun sur lesquels ils ont choisi de mettre l’accent de manière différenciée.

Le latin a structuré les langues que nous parlons en Europe, dans leur construction grammaticale ou dans leur lexique

Si l’Europe envisage d’être un jour plus qu’un marché, elle ne peut faire l’économie de cette réflexion sur la langue qui doit porter les principaux éléments de l’identité dont elle se revendique, et qui renferme un passé commun. C’est donc très naturellement qu’elle doit se poser la question du latin comme langue de ses institutions.

Si la conclusion ne paraît pas naturelle à notre lecteur, qu’il se demande ce qui constitue le passé commun du cœur de ce continent: il verra que l’Empire romain, la Chrétienté, la pensée des humanistes et des Lumières ont tous les trois contribué à la structurer. Ces trois éléments fondateurs (à l’exception de la pensée des Lumières) avaient le latin pour véhicule. Cette langue est celle de Virgile et de Catulle, elle est celle de Saint-Augustin et celle de Luther, celle de Descartes et d’Erasme et celle de Spinoza, elle est également celle de ces monastères qui ont permis la préservation de la culture lors des invasions barbares.

Le latin porte en lui deux millénaires d’une culture aussi variée que le furent ses auteurs: elle a été le trait d’union d’une Europe des esprits qui à travers le temps et à travers l’espace, ont débattu, se sont disputés, mais toujours avec, en toile de fond, une identité commune. Le latin a aussi structuré les langues que nous parlons aujourd’hui en Europe, dans leur construction grammaticale ou dans leur lexique: il les subsume au-delà de leurs particularismes.

Au-delà de la culture, il y a la politique. Le latin est la langue des grands orateurs et celle du droit. Elle est la langue politique par excellence, celle qui a servi de référence à des générations de parlementaires dans les pays (notamment anglo-saxons) qui ont une tradition démocratique, celle qui a permis de former à la rhétorique des générations entières de politiques, à partir de l’imitation et de l’appropriation des Anciens.

Il y a le symbole que véhiculerait une Europe qui reparlerait en latin, celui de la force, de la rigueur, de la volonté de puissance.

Enfin, il y a le symbole que véhiculerait une Europe qui reparlerait en latin, celui de la force, de la rigueur, de la volonté de puissance (thème que l’Europe tente depuis peu et très timidement d’investir), de la volonté de fédérer autour d’elle des peuples innombrables. Elle serait alors la langue d’une entité qui aurait une autre ambition que celle d’être un cartel d’États représentant pour les plus grands d’entre eux, un peu plus d’un pour cent de la population mondiale.

Pour toutes ces raisons (et d’autres sans doute encore) le latin mériterait de redevenir la langue de l’Europe. L’exemple israélien montre qu’il est possible, pourvu qu’on ait une volonté forte, de ressusciter une langue qui n’avait d’usage que liturgique, pour en faire une langue qui cimente une nation.

Si l’Europe aspire un jour à développer une identité européenne au-delà des particularismes nationaux, et à être autre chose qu’une dispensatrice de subventions et une grande pondeuse de normes (choses qu’on ne critique pas en soi), elle doit se doter d’une langue qui, contrairement à cette langue de laboratoire qu’est l’Espéranto, est dotée d’une riche histoire, et reflète un legs historique dans lequel les peuples se reconnaissent et sous lequel ils peuvent envisager de se fédérer.

Sundar Ramanadane est normalien, haut fonctionnaire et travaille actuellement dans la fonction publique territoriale.

 

[Source : http://www.lefigaro.fr]

Mientras pulía las lentes y frotaba los espejuelos microscópicos o colosales que llegaban en barricas de Ciudad Rodrigo y la gendarmería ‘koninklijk’ holandesa le contemplaba con benevolencia Espinosa pensaba en el ‘Deo’ de su ‘Ethica’ (‘Ordine geometrico demonstrata’)

Escrito por Fernando Arrabal

SPINOZA

Como en un impulso hacia la fábula
nació trescientos años antes que yo
en la escuela para superdotados
cuando tomó su primera lección
mientras Rembrandt descubría la anatomía.

Recordando
la pierna rota de Belerofonte
prefería soñar con la amistad
a amores oblicuos de fantasías y quimeras.

Trabajador y filósofo
pulidor de espejuelos y universos
reconcilió ciencia y omnisciencia
tuberculoso resbalaba
en la cresta de la austeridad
cerca del rigor de las matemáticas
sus exactitudes y sus arcángeles.

Como deseaba
a horcajadas su Deo y la Naturaleza
reconcilió precisión y gracia,
¡lo instantáneo y lo eterno!

Amurallado en el calabozo de lo prohibido
bajo cinco codos de incomprensión
destilaba sus conocimientos
gota a gota
sin miedo a naufragar.

En su cerebro flotaba la alegría.
sus noches se tejían en su cubículo
en un despliegue de teoremas y aforismos.

Sus detractores repetían :
«Hace todo lo que está prohibido
con el orgullo de los blasfemos»
el que amaba a Deo
en su naturaleza y sus clones.

Maduro para la frustración
rezaron para verlo
en el infierno
abrasado
por los siglos de los siglos.

Cachito de cielo
su caridad flotó, disponible
le hubiera gustado quemar en las llamas
todas las credulidades.

La voluntad no es una causa libre
pero tan necesaria
incluso cuando pervive
encerrada por las musas.

Vaga por su mundo
como lacado por la nieve
como causa de sí mismo
cuando su existencia
precede a su naturaleza.

Convertido
hacia la intimidad de su saber
no tomó atajos hacia lo eterno
para no caer en callejones sin salida.

Explorador nunca perdido en pantanos,
equilibrista, entre la medida y el infinito,
logró la inocencia del origen;
su deseo se adaptó a las dificultades
con ¡qué ardor!

Olían tanto a veneno
los milagros y la charlatanería
que mordió la fiesta de las supersticiones
hasta escupir sangre.

Como Newton y Kant
nunca dejó escapar una perla de sudor
ni una gota de semen.

A lo largo de los siglos
el conoció la gloria y sus oscares
en el arrabal de su firmamento.

Voló
cabalgando sobre la pureza
huyendo de la alcoba sus mentiras
y sus galaxias.

El nunca bromeó
bajo la campana de los chismes.
cuando los rencores son
fatalmente inexactos.

 

I-I-XXI aparente

 

[Fuente: http://www.laregledujeu.org]

Tandis qu’il polissait les verres et frottait les lentilles microscopiques ou colossales qui arrivaient de Ciudad Rodrigo dans des tonneaux et que la gendarmerie ‘koninklijk’ hollandaise le contemplait avec bienveillance, Spinoza pensait au ‘Deo’ de son ‘Ethica’ (‘Ordine geometrico demonstrata’).

Écrit par Fernando Arrabal

SPINOZA

Comme en un élan vers la fable
il naquit trois cents ans avant moi :
à l’école des surdoués
il prenait déjà sa première leçon
tandis que Rembrandt
découvrait celle de l’anatomie.

Se souvenant
de la jambe brisée de Bellérophon,
il préférait rêver d’amitié
aux amours obliques
de fantaisies et de chimères.

Ouvrier et philosophe
polisseur de verres et d’univers
pour concilier la science et l’omniscience
il surfait, tuberculeux,
sur la crête de la rigueur
au bord des mathématiques
ses exactitudes et ses archanges.

Comme il désirait,
à califourchon sur son Deo et la Nature,
réconcilier la précision et la grâce,
l’instant et l’éternité !

Muré dans le cachot de l’interdit,
de cinq coudées d’incompréhension,
il distillait sa connaissance
goutte à goutte
sans peur de faire naufrage.
Dans son cerveau flottait la joie.
Ses nuits se tissaient dans son réduit
en un déploiement de théorèmes et aphorismes.

Ses détracteurs répétaient :
« il fait tout ce qui est défendu
avec l’orgueil des blasphémateurs »
lui qui aimait Deo dans sa nature
et ses clones.

Mûrs pour la frustration
ils prièrent pour le voir rôtir
en enfer dans tous les siècles des siècles.

Cachito de cielo
sa charité flottait, disponible.
Il aurait aimé jeter aux flammes
toutes les crédulités :
la volonté n’est pas une cause libre
mais si nécessaire
même quand elle survit
prisonnière des muses.

Il erre dans son monde
laqué de neige
comme cause de lui-même :
son existence précède sa nature.

Convertido
vers l’intimité de son savoir
il ne prit pas de raccourcis vers l’éternité
pour ne pas tomber dans les impasses du temps.

Explorateur
jamais perdu dans des marécages,
funambule, entre la mesure et l’infini
il atteignit l’innocence de l’origine.
Son désir s’adapta aux entraves,
avec quelle fougue !

Il sentait tant de venin
dans les miracles et ses charlatanismes
qu’il mordait la ripaille des superstitions
jusqu’à cracher du sang.
Comme Newton et Kant
il ne déchargea jamais ni perle de sueur
ni goutte de sperme.

Dans tous les siècles des siècles
il connaît, aujourd’hui
la gloire et ses oscars
dans l’arrabal de son firmament.

Il vola
à cheval sur la pureté
fuyant l’alcôve, ses mensonges
et ses galaxies.

Lui il ne clabauda jamais
sous la cloche des médisances.
quand les rancunes sont
fatalement inexactes.

 

I-I-XXI apparente

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

Escrito por Rosa Burakoff

En este mes de agosto se publicó en  la traducción al hebreo de la novela Gloria del escritor Benito Pérez Galdós. Benito María de los Dolores Pérez Galdós nace un 10 de mayo de 1843 en Las Palmas de Gran Canaria, . En el año 1862 se traslada a Madrid para estudiar derecho. Aunque siempre muestra mayor predilección por la vida bohemia visitando con frecuencia el Ateneo, las bibliotecas y las tertulias literarias. En Madrid, colabora como crítico en La nación y El Debate. Y es nominado al Premio Nobel de Literatura, pero dadas sus inclinaciones políticas no se le concede este galardón.

A nivel personal Galdós fue un apasionado escritor de cartas, se le conoce números intercambios por correspondencia con figuras literarias de renombre del siglo XIX como Emilia Pardo Bazán, con quien se dice tuvo amoríos, y Leopoldo Alas “Clarín”, autor de La Regenta, incluso con Miguel de Unamuno.

Galdós fue también un entusiasta lector, en especial de William Shakespeare y Charles Dickens. Más sin lugar a dudas en toda su obra se percibe una profunda admiración por el manco de Lepanto, Miguel de Cervantes.

El contacto de Galdós con la temática judía se explica por la buena relación epistolar que tenía con un matrimonio judío griego de la isla de Salónica, según explica el investigador y especialista en Galdós, Rodolfo Cardona. Sin embargo, se puede intuir que los conocimientos de Galdós sobre la comunidad judía y sus costumbres las adquirió conforma la relación con una feminista radical y actriz fracasada llamada Concha Morell –que adoptó el nombre de Ruth tras convertirse al judaísmo– se fueron fortaleciendo.

En mi opinión, este hecho anecdótico del autor canario es sustancial ante la configuración favorable que hace don Benito de los personajes de Daniel Morton y Madame Esther en la novela de Gloria (1877). Este hecho aunado a la temática judía es la razón por la que invite a mi amigo y traductor Menajem Argov a traducir esta novela.

¿Quién es Daniel Morton?

Daniel Morton, hijo de inmigrantes establecido cómodamente en Inglaterra, naufraga cerca de las costas de Ficóbriga. Tras su rescate, recibe asilo en la casa de una familia católica conservadora de apellido Lantigua, donde conoce a la joven Gloria. El encuentro entre los jóvenes despierta en ellos el amor y la pasión: Gloria queda embarazada y da a luz a un niño al que llamarán Jesús.

Daniel, tras reconocer la falta moral cometida y su paternidad, se sitúa en medio de una encrucijada: un dilema que se manifiesta en el deseo de salvar el buen nombre de Gloria, aludiendo a su sentido del honor y la justicia frente al compromiso familiar de vivir y respetar los preceptos de la ley de sus padres:

Ayer por la mañana, vagaba yo por la playa, interrogando a mi conciencia. ¡Ah! No puedes tener idea de aquellas terribles horas de duda. Yo tenía dos conciencias igualmente poderosas ¿comprendes esto? Dos conciencias que daban la más horrenda batalla dentro de mí. ¡Renegar!… ¡Abandonar a un ser querido que me debe su dolor!… Ninguna de estas dos ideas podía aniquilar a la otra, y cuanto más fiero se mostraba uno de los dos dragones, con más rabia le mordía el otro… Imploré a Dios, gritando en medio del estruendo del mar: «¡O la solución o la muerte!» Entonces una idea iluminó de improviso mi espíritu. (Gloria, II, 28, p. 418).

La resolución que toma Daniel ante el conflicto de su paternidad y el deshonor de Gloria es convertirse al cristianismo, al menos solo en apariencia. Sin embargo, el texto, con la falsa conversión de Daniel, castiga duramente su insinceridad. Por lo tanto, la obra no se pronuncia propiamente contra la conversión de Daniel sino contra la falsedad con la que él adoptará esta nueva religión: “¿Luego engañas a esa pobre joven [diría su madre Esther], engañas a una honrada familia? […] ¡Daniel, impostor, lo que ahora me revelas es tan indigno de ti como la apostasía! Tu corazón se ha corrompido” (Gloria, II, 28, p. 417).

El posicionamiento de Daniel entre ambas religiones ─la suya y la de Gloria Lantigua─ lo obligan a asumir una postura intermedia con aspiraciones conciliatorias. De algún modo, el joven inglés, en su búsqueda por una nueva religión que satisfaga los deseos de ambas familias y los propios, intenta romper la clausura cultural impuesta en este espacio geográfico llamado Ficóbriga para imponer la tolerancia religiosa basada en el honor y la justicia:

¿Qué pienso, qué creo yo? Conciencia, muéstrame lo que tienes oculto, tu voz más recóndita; lo que aún menos que voz, un susurro que apenas oigo yo mismo… ¿Qué creo yo? ¿Creo acaso que mi religión es la única en que los hombres pueden salvarse, la única que contiene las verdades eternas? No; felizmente sé remontar mi espíritu por encima de todos los cultos, y puedo ver a mi Dios, el Dios único, el grande, el terrible, el amoroso, el legislador, extendiéndose sobre todas las almas y presidiéndolas con la sonrisa de su bondad infinita desde el centro de toda sustancia (Gloria, II, 20, p. 371).

El personaje se pregunta si en esa voz silenciada en lo recóndito de su conciencia, si en ese susurro se puede inaugurar un nuevo discurso que no se traduzca “en una realidad biográfica o social específica” (Fine, 2009, p. 249)[1]. Desgraciadamente, con la muerte temprana de Daniel Morton, esta pretensión queda inconclusa.

¿Quién es Madame Esther?

Algunos de los judíos españoles y portugueses expulsados del territorio español llegaron a establecerse en Ámsterdam, como sucedió con la familia del filósofo holandés de origen sefardí portugués Baruch de Spinoza (Hebreo: ברוך שפינוזה), también conocido como Benedictus de Spinoza[2]. Este apellido de origen español y judío forma parte de la historia vital del personaje de Madame Esther. Su apellido sustenta uno de los lazos históricos y sociales del personaje más claros en tanto nos referimos a la historia del pueblo judío, incluso remontando sus antecedentes hasta la comunidad judía de :

[el linaje] Spinoza conservábase puro, y, siguiendo su clara genealogía, podían los últimos vástagos de él remontarse hasta Daniel Spinoza, judío de , comprendido en la proscripción de 1492 (Gloria, II, 26, p.408)[3].

Además, el nombre de Esther como figura en la cita anterior alude a figuras de procedencia bíblica, como la reina hebrea. La asociación se establece en el trance del pueblo judío bajo el dominio persa y el papel de la reina Esther en la supervivencia de su gente. La reina Esther representa la figura paradigmática de la fe y la convicción. Recordemos que la heroína es elegida por su belleza para contraer nupcias con el rey persa Asuero. Esther guarda celosamente en secreto su origen hebreo hasta que, obligada por la conspiración de Amán contra su pueblo, confiesa su procedencia hebraica a riesgo de ser ella misma exterminada por el decreto real de eliminar a todos los judíos del imperio (el día 13 del duodécimo mes, el de Adar). Es este un acto de heroísmo que no solo la salva a ella sino también a su pueblo. De este modo, el personaje representa el heroísmo judío al renunciar voluntariamente a su vida de lujo y esplendor para compartir la suerte de su pueblo calumniado y perseguido. Este es un discurso semejante al que defenderán los judíos errantes por Europa que, al verse expulsados de su tierra, viajan con el orgullo de su raza, tal y como se proclama del personaje galdosiano:

Era Esther Espinoza española de sangre, si no de nacimiento; española por la gravedad, por la vehemencia contenida, por la fidelidad de los deberes, por la luz y la expresión melancólica de sus ojos negros, su esbelta figura y su gracioso andar (Gloria, II, 26, p.408)

Este es la apertura del discurso de la diáspora judía por el continente europeo, concretamente de  a Inglaterra. El discurso representa la relación que se establece entre la imagen del pueblo judío, prácticamente ausente de la península si no fuese por las alusiones literarias y folclóricas, con la perspectiva de la historia vital del personaje:

[Esther] No profesaba su religión con entusiasta fervor, pero sí con lealtad; es decir, con sentimiento dulce y firme; más que devoción, respeto a los mayores, amor al nombre y a la historia de una casta desgraciada. Esta era objeto de su pasión más viva, de un fanatismo capaz de reproducir en ella, si los tiempos lo consintieran, las grandes figuras de Débora, la hembra-juez; de Jael, la que con un clavo mataba al enemigo; de la trágica Judit y la dulce Esther. La moral la cautivaba; pero el rito no merecía de ella el mismo amor, y si lo practicaba con sus hijos y deudos, hacíalo por creer que convenía perpetuar aquel poderoso lazo de unión, especie de territorio ideal, donde se congregaban por la fe un desventurado pueblo sin patria. Era un modelo de virtudes domésticas, comunes en las clases elevadas de aquella raza. Buena esposa y madre amorosa, había dado lugar a que se dijese de ella que merecía ser cristiana (Gloria, II, 26, p. 409)[4].

Aunque la referencia es racial antes que religiosa sugiere que la intención textual es presentar a esta mujer como paradigma del converso, apreciación no del todo desatinada dadas las circunstancias históricas a las que el mismo personaje alude. Sin embargo, tomando el persistente interés de Galdós por revisar la historia española para encontrar vestigios de la cultura española, considero que Madame Esther simboliza el éxodo de uno de los grupos que fortalecieron y conformaron la cultura española durante la Edad Media porque en ella queda representada no solo el discurso del éxodo judío sino también por ella es la semblanza “de aquellas mujeres bíblicas que vivían ciento veinte y ciento treinta años como quien no dice nada” (Gloria, 26).

El hecho de que Esther Spinoza esté casada con Moisés Morton, un opulentísimo negociante de Hamburgo, pero establecido en Londres, apunta a la inmigración de grupos judíos que se establecieron y prosperaron en Inglaterra posterior a la conferencia de Whitehall[5], de tal modo que:

De ellos podía decirse que Jehová había prosperado sus caminos. Vivían en paz dichosa, rodeados de los esplendores de las artes. Eran estimados en todo el mundo y distinguidos por los soberanos, que les sentaban a su mesa, porque habiendo adquirido aquella gente un fervor financiero, que en cierto modo suplía su falta de existencia política (Gloria, II, 26, p. 410).

En la novela de Gloria es posible apreciar la afiliación al discurso de la comunidad judía tras la expulsión de  y los consecuentes movimientos migratorios a Amsterdam e Inglaterra. De manera significativa, los elementos presentados en la novela en cuanto a la caracterización de Madame Esther muestran a una figura orgullosa de sus antecedentes judeoespañoles, además de su identificación con las heroínas biblícas.

El valor de Gloria

La presencia del personaje judío en la literatura española en el siglo XIX es muy limitada. Si bien Galdós no retrata con fidelidad la cultura del pueblo judío y sus tradiciones, concuerdo con Schyfter en que “perhaps for the first time in Hispanic letters, a Spanish novelist seeks to vindicate the image of the Jew, to explain his suffering and his moral position” (Schyfter, p.24).

En un programa de radio transmitido con motivo de la fiesta de Tu Beav el pasado 2 de agosto. La discusión sobre la traducción y el texto de Pérez Galdós giró en torno a la temática amorosa. Gili Sokolov se refirió a los personajes y a la novela de Gloria como la historia de amor frustrada de Gloria y Daniel Morton. Una historia similar a la famosa pareja shakespeariana de Romeo y Julieta. Curiosamente pasó desapercibido el personaje de Madame Esther, que en mi opinión tiene una riqueza constructiva significativa y un valor histórico para la comunidad judeoespañola.

Bibliografía

Dendle, Brian J., “Perspectives of judgment: a reexamination of Gloria”, Anales galdosianos, Año XV, 1980, pp. 23-42
Encyclopedia Judaica, Vol. 6. (1971) http://www.geschichteinchronologie.ch/eu/GB/EncJud_juden-in-England01-mittelalter-ENGL.html
http://www.geschichteinchronologie.ch/eu/GB/EncJud_juden-in-England02-1553-1800-ENGL.html
Fine, Ruth, “El entrecruzamiento de lo hebreo y lo converso en la obra de Cervantes: un encuentro singular”, Cervantes y las religiones: actas del coloquio internacional de la Asociación de Cervantistas (Universidad Hebrea de Jerusalén, , 19-21 de diciembre de 2005) / Ruth Fine y Santiago Lopez Navia, eds. Madrid, Vervuert/ Iberoamericana, 2008, pp. 435-453.
Fine, Ruth, “Voces y silencios: Los llantos de Pleberio y Agi morato o la representación del converso en Rojas y Cervantes”, en Rica Amrán (ed.) Autor de La Celestina, París, Índigo, 2009, pp. 247-264
Graizbord, David, Souls in Dispute: Converso Identities in Iberia and the Jewish Diaspora, 1580-1700, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2004, pp. 19-63.
Pérez Galdós, Benito, Gloria, Madrid, Alianza Editorial, 1998.
Schyfter, Sara E., “The Judaism of Galdós´ Daniel Morton”, Hispania, Vol.59, No. 1, (Mar. 1976), pp. 24-33.
Zlotchew, Clark M., “Note on Galdós’ contacts with Hebrew”, Anales galdosianos, Año XV, 1980, pp. 131-136.

[1] Fine afirma que “El proceso de conciencia o concientización es una recuperación de la mirada del otro, es el llamado del que no ha sido oído, del silenciado, a que se le ha negado el derecho de nombrar la vergüenza de su identidad”.

[2] Los habitantes de origen semítico de la península ibérico-portuguesa, previo al decreto de expulsión decretado en 1492, fueron testigos de la proclama que sostenía la “pureza de sangre” como una fantasía étnica y cultura. Sin embargo, no pasarían muchos años antes de que esta fantasía germinara en la persecución contra los herejes e impuros de sangre. En la delineación de la genealogía de la familia Spinoza, Pérez Galdós recordaría el decreto de expulsión de 1492, pero es indudable que, en la ciudad de , los conflictos contra los grupos minoritarios, concretamente la judería, empezaron desde el año de 1391, cuando esta comunidad fue asaltada por el pueblo cordobés. Véase Belén Suárez de Lezo, http://www.monografias.com/trabajos/conquicordoba/conquicordoba.shtml

4] El énfasis es mío.

[5] El siglo XVII inglés abrirá de nuevo las puertas para a la comunidad judía gracias a la oportuna intervención de Manasseh Ben  (1604-1657), rabino de origen portugués establecido en Ámsterdam. Su exitosa intervención en la conferencia de Whitehall (1655) no solo permitió el restablecimiento de la comunidad en Inglaterra, sino también el crecimiento y enriquecimiento de la comunidad judía dando la bienvenida a nuevos inmigrantes provenientes de  y Portugal.

 

[Fuente: http://www.diariojudio.com]