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L’édition de la poésie enregistrée aux États-Unis des années 1950 aux années 1980 : l’exemple de Caedmon Records et de Giorno Poetry Systems – Martin George

Dès les années 1950 aux États-Unis, la voix des poètes se diffuse sur vinyle. Les stratégies utilisées par les labels qui éditent de la poésie enregistrée, selon qu’ils fassent de leurs disques de véritables « livres augmentés » ou, au contraire, jouent avec les codes de l’album de rock, permettent d’éclairer les redéfinitions de la littérature qui s’opèrent alors, modifiant durablement les frontières entre textualité et oralité poétiques.

Martin George est doctorant au LARCA.

En 2016, Jeff Alessandrelli, poète vivant à Portland (Oregon) et associé à la maison d’édition indépendante Octopus Books, fonde le label à but non-lucratif Fonograf Editions, qui se donne pour mission de publier à la fois des « albums aux influences littéraires et des livres aux influences musicales1. » Fonograf compte aujourd’hui à son catalogue près d’une dizaine de titres, accueillant pour certains des figures prestigieuses de la littérature américaine contemporaine, telles que Eileen Myles, Alice Notley ou Rae Armantrout. À rebours du modèle du livre audio contemporain distribué en streaming, en MP3 ou en CD, produit par une poignée de grandes maisons d’édition et privilégiant les récits, romans, mémoires et (auto)biographies, Fonograf Editions publie des disques de poésie hybrides qui visent à « marier le son et le mot dans toutes les permutations possibles2». Il actualise en cela une tradition de l’édition de poésie sur vinyle datant du milieu du xxe siècle.

Quelques titres du catalogue de Fonograf Editions

En effet, dans les années 1950 et 1960 aux États-Unis, le marché des disques de littérature s’envole, porté par quelques labels tels que Caedmon Records, Argo, Folkways Records, Fantasy ou encore Spoken Arts. Ces labels diffèrent par leur projet : Fantasy est à l’origine un label de jazz ; Folkways compte surtout parmi son catalogue à vocation ethno(phono)graphique des enregistrements de musiques vernaculaires du monde entier ; Argo est un label anglais qui produit à la fois des disques de littérature et de musique classique ; Caedmon et Spoken Arts se consacrent à la poésie avec des incursions vers d’autres genres littéraires3. Cependant, ils ont pour point commun de proposer une nouveauté qui séduit le public : ils commercialisent des enregistrements de textes contemporains lus par leurs auteurs4.

Certes, le champ de la poésie enregistrée avait été ouvert bien avant cette époque : des cylindres phonographiques conservent les voix de certains écrivains de la fin du xixe siècle, et les disques de poètes lisant leurs œuvres ne sont pas rares dans la première moitié du xxe siècle. On peut songer aux enregistrements du « Harvard Vocarium » effectués par Frederick C. Packard Jr. dès les années 19305, ou à la « Contemporary Poets Series » éditée conjointement par l’Université Columbia et le National Council of Teachers of English à la même époque6. Cependant, ces enregistrements étaient alors réalisés dans un but avant tout archivistique ou pédagogique, et non commercial7. Matthew Rubery remarque en outre qu’au milieu du xxe siècle les « livres parlants » (talking books) étaient fortement associés à l’idée de handicap puisqu’ils étaient produits depuis les années 1930 par des programmes publics pour les personnes aveugles et malvoyantes, et leur commercialisation était même interdite. En effet, il semblait alors parfaitement incongru d’écouter quelqu’un lire un texte alors que l’on était capable de le lire soi-même. Pour pouvoir exister sur le marché, il fallait donc que les éditeurs de littérature enregistrée persuadent le public qu’ils étaient capables d’apporter une plus-value par rapport au texte imprimé8. Cette idée sera résumée en quelques mots par le slogan de Caedmon: « A third dimension for the printed page », la troisième dimension du texte.

Examiner comment évoluent les manières de produire, de distribuer et de consommer la poésie enregistrée à partir des années 1950 permet d’éclairer le statut accordé à la part orale et performée de la littérature. Est-elle simplement un supplément au texte, comme le suppose le slogan de Caedmon, ou constitue-t-elle un genre littéraire à part entière ? Dans cette perspective, l’album vinyle doit-il être considéré comme un médium littéraire au même titre que le livre imprimé, avec des impératifs et des codes propres, ou ne reste-t-il qu’un support d’enregistrement servant à compiler des fragments disparates de textes oralisés ? Pour tenter de répondre à ces questions, deux labels de poésie enregistrée seront comparés ici. L’exemple de Caedmon Records, d’abord, permettra de mettre en évidence les stratégies utilisées pour désamorcer les aspects les plus antilittéraires de l’enregistrement audio afin de faciliter sa commercialisation en tant qu’objet littéraire, tout en profitant de certaines possibilités permises par le format de l’album vinyle. Puis la voie alternative empruntée par le label Giorno Poetry Systems, fondé par le poète-performer John Giorno, montrera comment des disques de poésie qui mélangent ouvertement les catégories du littéraire et du musical, de l’esthétique et du politique, peuvent servir à repenser le genre de l’anthologie poétique.

Dans les années 1950, les technologies d’enregistrement et de stockage du son n’ont plus rien à voir avec celles qui étaient disponibles une vingtaine d’années auparavant. En 1948, l’avènement du disque microsillon en vinyle, avec environ 22 minutes de son par face, rend obsolète le 78-tours en gomme-laque (shellac), plus fragile, plus lourd, et offrant une qualité sonore et une durée d’enregistrement bien moindres. De plus, les studios d’enregistrement utilisent depuis 1949 des bandes magnétiques, qui facilitent grandement l’édition et le montage sonore9. Avec elles, il est désormais possible aux ingénieurs du son de façonner minutieusement en post-production la voix des poètes, de supprimer leurs hésitations et de gommer le bruit ambiant. Mais en parallèle de ces innovations technologiques, la poésie enregistrée est également prête à trouver son public au sein d’une population accoutumée aux digests et aux clubs de lecture, qui désire à présent se familiariser avec les grandes voix de la littérature contemporaine10. Dans ce marché naissant, Caedmon Records, fondé en 1952 par Barbara Cohen et Marianne Roney, deux jeunes femmes de vingt-deux ans fraîchement diplômées du Hunter College de New York, va se tailler la part du lion, atteignant un demi-million de dollars de chiffre d’affaire en 195911.

Pochette de The Caedmon Treasury of Modern Poets Reading, Caedmon, 1957

Le label fait le choix d’une direction artistique colorée, ornant souvent ses pochettes d’illustrations douces qui contrastent avec l’austérité et la difficulté associées à la poésie contemporaine dans l’esprit du grand public. Cette volonté de dédramatisation s’accompagne d’un argumentaire qui, d’une part, identifie les enregistrements de poésie à la tradition orale présidant à la transmission de la littérature depuis Homère12, et, d’autre part, attribue à la lecture à voix haute la capacité d’éclaircir le discours, de le revitaliser, et parfois même de transcender le sens usuel des mots. Tout le paratexte des disques est ainsi mis au service d’une légitimation de ces enregistrements comme objets littéraires à part entière, censément dignes du même investissement intellectuel et symbolique qu’un livre. Les notes du double album anthologique The Caedmon Treasury of Modern Poets invitent à ce titre l’auditeur à effectuer une sorte « d’explication de voix13 » en prêtant attention aux subtilités qui « débordent le texte imprimé14». Les notes d’un disque de Robert Frost comportent quant à elles une citation du poète avertissant l’auditeur que la poésie ne peut être sauvée de la « monotonie » que par « la voix qui parle » déjà présente en puissance sur la page pour « l’oreille de l’imagination15 » – une voix que le disque ne ferait donc que dévoiler pour l’auditeur. En parallèle, les éditrices du label soulignent la valeur indicielle des enregistrements, le fait qu’ils témoignent d’un ici et maintenant de la vie de l’écrivain préservé à jamais par la technologie. Les notes de Dylan Thomas Reading, Volume Two détaillent ainsi la longue session nocturne durant laquelle Thomas a enregistré les poèmes du disque, ses questions aux éditrices, ses accès d’exaspération et ses efforts pour débarrasser sa voix de toute sentimentalité superflue, sans pour autant y parvenir tout à fait16. Ces détails sont d’autant plus significatifs que Thomas était décédé quatre ans avant la sortie de l’album, et que les enregistrements de sa voix déjà disponibles avaient largement contribué à façonner sa légende de poète maudit. Le premier album consacré par Caedmon à Ezra Pound raconte une histoire similaire : selon les notes, c’est après avoir rendu une visite impromptue au poète à l’hôpital psychiatrique où il était détenu depuis 1945, et entretenu une correspondance avec lui, que les deux éditrices réussirent à le persuader d’effectuer un enregistrement de ses textes, malgré ses sautes d’humeur17. Pour finir, l’idée que le disque fait entendre un fragment vivant de l’existence du poète sert parfois même à excuser la qualité du son : c’est par exemple le cas pour un album plus tardif de Brother Antoninus, enregistré lors d’une lecture publique, dont les bruits de fond sont justifiés comme faisant « partie intégrante de la présence vivante du poète18 ».

Album best-seller de Caedmon, Dylan Thomas Reading A Child’s Christmas in Wales and Five Poems, se serait écoulé à plus de 375 000 exemplaires en dix ans.

Plutôt que de jouer pleinement avec les possibilités offertes par les technologies de montage en termes d’effets sonores, d’ajouts musicaux ou de découpage non-linéaire, les enregistrements de Caedmon gardent l’intégrité du texte tout en en modelant le son pour le rendre plus rond et plus chaleureux. Le façonnage de la voix des poètes est minutieux, parfois allant jusqu’à retirer toute trace de souffle ou de respiration19. Cette utilisation poussée des techniques d’ingénierie du son au service de la magnification de la voix et de l’élimination des bruits parasites se rapproche donc moins de l’idée d’une « poésie sonore » (dans le sens développé par quelques poètes français dès la fin des années 1950, c’est-à-dire une exploration poétique poussée des virtualités de la voix, du langage, et des technologies de reproduction du son20) que d’une oralisation du texte qui se veut la plus transparente possible.

L’objectif de ce travail sur le son est d’encourager les auditeurs à s’engager dans une écoute attentive pour qu’ils obtiennent une compréhension plus fine des nuances du poème21, et aient l’impression de profiter d’un moment intime avec une figure littéraire de premier plan. Le label privilégie logiquement le format de l’album à une voix (un poète, un disque) et publie surtout des enregistrements d’une poignée de grands noms de la poésie anglo-saxonne, dont la plupart sont déjà identifiés dans les années 1950-1960 à un canon moderniste en passe de se stabiliser (T. S. Eliot, Ezra Pound, Gertrude Stein, William Carlos Williams, Wallace Stevens, e. e. cummings…). Le spectre du livre imprimé n’est pas loin, et il est d’ailleurs significatif que dans ses premières années, environ un tiers des ventes de Caedmon aient été réalisées en librairie22.

Caedmon adopte en fin de compte une stratégie ingénieuse qui lui permettra de s’imposer en tant qu’acteur à part entière de la culture littéraire légitime. Elle consiste à faire entrer les technologies de reproduction sonore dans le champ littéraire au nom d’une renaissance de la littérature orale, ainsi qu’à les mobiliser afin de préserver pour la postérité la voix des grandes figures de la littérature du premier xxe siècle, clôturant ainsi symboliquement un des grands chapitres de l’épopée moderniste. Cependant, cette stratégie fait mine d’ignorer l’appareillage technologique et commercial dont le label fait pourtant un usage adroit, entre machines à enregistrer et à reproduire ; découpage, mixage, publicité, diffusion, et distribution.

Une quinzaine d’années plus tard, un autre label se lance dans la poésie enregistrée, mu par une philosophie toute autre. Il s’agit de Giorno Poetry Systems (GPS), organisation à but non-lucratif créée de manière informelle en 1965 et fondée en société en 1969 par John Giorno, un poète influencé par les stratégies de détournement des images médiatiques et commerciales élaborées par le Pop Art. À l’origine conçu comme un forum pour étendre le champ de la poésie jusqu’aux moyens de divertissement de la vie courante23, GPS commence à produire des disques au début des années 1970 après le succès d’une installation d’art contemporain réalisée par Giorno, d’abord pour l’Architectural League de New York en 1968, puis pour le Museum of Contemporary Art de Chicago et le MoMA de New York en 1969 et 1970. Grâce à cette installation, nommée Dial-A-Poem, chacun pouvait appeler un numéro et entendre un poème choisi au hasard parmi environ 700 enregistrements de 55 poètes24, selon un programme modifié quotidiennement. Dial-A-Poem fit scandale à plusieurs reprises à cause du contenu sulfureux de certaines des sélections, notamment des extraits de The Basketball Diaries, texte autobiographique de Jim Carroll (publié en 1978) comportant des descriptions crues d’actes sexuels et de violence, des discours d’activistes du Black Panther Party, ou encore des poèmes tirés des Revolutionary Letters de Diane Di Prima évoquant les étapes de la préparation d’une action révolutionnaire armée. En 1972, Giorno édita certains des enregistrements de l’installation, dont les plus polémiques, dans un double album intitulé The Dial-A-Poem Poets25, qui deviendra le premier d’une série d’une quinzaine de disques publiés jusqu’au milieu des années 198026.

Pochette de The Dial-A-Poem Poets, Giorno Poetry Systems, 1972

Tandis que la politique éditoriale de Caedmon prenait des risques calculés en mettant en avant des poètes réputés exigeants mais déjà publiés et reconnus, GPS n’hésite pas à donner une place à des enregistrements d’horizons très variés, souvent contemporains et relativement peu connus. Les sélections de GPS donnent à entendre la grande diversité des nouvelles poésies américaines : l’école de New York, celles de Bolinas et de la côte ouest, la poésie concrète, la poésie beat, la poésie noire et la « Movement Poetry » – c’est-à-dire les textes des mouvements anti-impérialistes, contre-culturels et de la gauche radicale27. Certains des poètes les plus âgés de ces nouvelles écoles avait déjà été mis en avant par une anthologie de 1960, The New American Poetry, où ils étaient présentés comme « les véritables continuateurs du mouvement moderne dans la poésie américaine28. »

Les choix de Giorno poursuivent cet effort de recension du contemporain, tout en reflétant un bouleversement qui s’était produit depuis plusieurs années dans le monde de l’édition de la poésie : en effet, les années 1960 et 1970 voient exploser le nombre de petites maisons d’édition et de magazines indépendants à très petit budget. Surnommée « mimeo revolution29 » en raison de la place centrale qu’y occupe le miméographe (ou machine à ronéotyper), une machine de reproduction par transfert qui préfigure la photocopieuse, ce bouleversement permet à n’importe quel jeune poète de se lancer dans l’édition d’un magazine, d’inviter ses amis à y participer, et de participer en retour aux leurs. Une scène poétique alternative se forme alors, notamment à New York, caractérisée par une circulation très rapide des textes, une profusion de collaborations, et une réception quasi-immédiate30, qui suscitent des effets de conversation dans et hors des poèmes. L’utilisation du téléphone comme médium de diffusion de la poésie représentait alors une extension de ces évolutions qui prouvait que la littérature n’était plus nécessairement confinée au domaine de l’imprimé et pouvait se saisir des technologies de l’information et de la communication pour toucher d’autres publics. Si l’on considère comme Marshall McLuhan que « le médium est le message31, » on se rend compte de la portée iconoclaste qu’il y avait à faire transiter la poésie par le téléphone. Alors que l’usage que Caedmon prescrivait pour ses disques était une écoute attentive et aussi solennelle que la lecture d’un volume imprimé, Dial-A-Poem se saisissait d’un geste anodin de la vie courante, effectué d’habitude pour lancer une conversation décontractée avec un ami ou échanger des secrets intimes à voix basse à travers le combiné. Si le poème sur lequel on était tombé était trop ennuyeux, il n’y avait qu’à raccrocher et à composer le numéro à nouveau pour en écouter un autre. De plus, les enregistrements choisis accentuent les effets du médium, puisqu’ils sont souvent écrits en langue familière, prononcés sans emphase et précédés de présentations plus conversationnelles qu’explicatives, comme si le poème faisait partie d’une discussion entre l’auditeur et le poète.

John Giorno aux commandes des répondeurs téléphoniques de Dial-A-Poem en 1969

L’entreprise de GPS consiste, en somme, à adapter l’anthologie poétique à l’ère des médias de masse. Avec Dial-A-Poem, John Giorno réinvente de fond en comble le travail éditorial : pour collecter les poèmes, il ne faut plus éplucher les magazines et les recueils ou solliciter les auteurs pour obtenir leurs manuscrits, mais soit aller directement à leur rencontre avec un magnétophone, soit recueillir des enregistrements effectués lors de lectures publiques et disséminées dans des archives universitaires, privées ou semi-privées, pour lesquelles il n’existe pas encore d’outils de recherche autres que le bouche-à-oreille. Pour les classer, la linéarité alphabétique ou chronologique des anthologies papier est abandonnée : l’éditeur, dont le travail s’apparente alors plus à celui d’un informaticien ou d’un DJ, doit constituer des bases de données et mettre en place une série de programmes quotidiens32. Pour les distribuer, au lieu de passer par une maison d’édition, il doit mettre en place les moyens techniques qui permettent au service téléphonique de prendre en charge les appels et les rediriger aléatoirement vers une des boîtes vocales qui contiennent les enregistrements. Enfin, les disques de GPS qui compilent les sélections de Dial-A-Poem encouragent les auditeurs à se réapproprier les poèmes en devenant eux-mêmes des programmateurs, dans un esprit do-it-yourself. Les notes de The Dial-A-Poem Poets: Disconnected, lesecond album de GPS, comportent en effet un mode d’emploi et une fiche des tarifs pour installer une ligne téléphonique poétique, accompagnés de l’invitation suivante : « diffusez vos poètes locaux, et nous vous fournirons d’autres poètes33. » L’idée est donc de se saisir des médias de masse pour supprimer les intermédiaires institutionnels, et ainsi décentraliser la production et la diffusion de la poésie.

Dans le même esprit que ce rêve d’une poésie autogérée, les sélections de GPS se démarquent également par leurs fortes connotations politiques. La dernière face du premier double album de GPS est occupée à moitié par des extraits de discours de leaders du Black et du White Panther Party (John Sinclair, Bobby Seale, Kathleen Cleaver), et inclut également un protest poem du poète anglais Heathcote Williams. En outre, on peut voir au verso de la pochette de ce même album une scène d’arrestation collective lors d’un sit-in, montrant des officiers de police aux larges épaules, casqués et armés de matraques, encercler un petit groupe d’étudiants chevelus, tandis qu’à l’arrière-plan, d’autres jeunes manifestants sont entassés debout dans un camion de location qui semble être prêt à fermer son rideau et à partir pour le commissariat le plus proche. Le recto de la pochette comporte, quant à lui, une citation d’allure vaguement rebelle, qui semble justifier l’existence du disque : « Au point où on en est, avec la guerre et la répression et tout ça, on s’est dit que ça c’était un bon moyen pour que le Mouvement touche les gens34. » Exception faite du titre de l’album, l’objet n’avait rien d’un disque de poésie : on croyait plutôt avoir entre les mains un pamphlet audio publié par une organisation étudiante particulièrement déterminée. Cependant, le ton était donné : le « ça » en question, c’est-à-dire l’album vinyle, avait désormais un pouvoir de diffusion beaucoup plus important que celui du livre imprimé. Que ce soit pour faire entendre des poèmes ou disséminer des idées politiques radicales, Giorno avait bien compris qu’un disque valait mille mots.

Puisque le label émerge d’une culture qui met en valeur la pluralité des voix, c’est le format du disque collectif qui prédomine sans surprise chez GPS, donnant à entendre au fil des albums des poètes plus âgés (Charles Olson, Allen Ginsberg, Frank O’Hara, John Ashbery…) comme plus jeunes (Anne Waldman, Ted Berrigan, Bernadette Mayer…), ainsi que des figures de la littérature underground (William Burroughs, Charles Bukowski, Eileen Myles, Kathy Acker…). La direction artistique s’inspire quant à elle des pochettes d’albums de rock, en montrant des poètes qui posent en groupe avec des airs de dur à cuire ; ou flirte parfois avec le scandale, comme la pochette de Disconnected sur laquelle John Giorno, à genoux sur une plage, mime une masturbation dans l’écume d’une vague, tandis qu’un encadré en haut à droite le présente à moitié dévêtu sur un lit d’hôtel avec le combiné d’un téléphone en guise de cache-sexe. Cette parenté avec le marché de la musique n’est pas accidentelle : dans une interview publiée en 1975, Giorno dénigre l’expérience « assommante » qu’offre un disque de poésie traditionnel, avec une personne qui parle d’une voix monotone pendant une demi-heure ; il lui oppose la philosophie de GPS, qui emprunte aux albums de rock le concept de « morceau » (cut), c’est-à-dire un fragment qui peut aussi bien être écouté isolément, comme à la radio, que dans le contexte de la face du disque sur lequel il apparaît35. L’emballage aussi doit être séduisant : de la pochette à la promotion, en passant par l’ordre des poèmes sur le disque, tout est pensé pour répondre aux attentes esthétiques et commerciales du rock36. Les disques de GPS sont donc à considérer, plutôt que comme de simples anthologies poétiques, comme des supports mixtes qui détournent les impératifs de l’industrie musicale pour aboutir à une définition nouvelle du littéraire. Mais le brouillage des frontières entre poésie et musique ne s’arrête pas là, puisqu’au fil des années, GPS offrira à de nombreuses figures des scènes musicales punk et alternatives, dont les prétentions ont toujours été autant poétiques que musicales (Patti Smith, Richard Hell, Glenn Branca, Debbie Harry…), un terrain pour expérimenter des formes hybrides entre musique, poésie et art sonore37. Inspiré en retour par cette scène alternative, John Giorno créera même, au début des années 1980, un groupe de rock qui se produira dans les mêmes salles que les sommités du punk new-yorkais, comme CBGB, le Bottom Line, le Palladium ou encore le Ritz38.

L’édition de poésie enregistrée chez Giorno Poetry Systems est, en fin de compte, d’une toute autre nature que celle de Caedmon. En détournant les codes de l’industrie musicale, en mélangeant l’esthétique et le politique, en valorisant la diversité des styles, et en s’appuyant sur une définition large et inclusive de la littérature, GPS fait de ses anthologies des instantanés du temps présent qui désacralisent la voix du poète et encouragent le plus grand nombre à se saisir des moyens de production de la poésie. Caedmon, en revanche, commercialise des disques qui visent le statut d’objets littéraires légitimes, et dont le succès réside pour cette raison dans leur faculté à produire une voix réifiée, identifiable et assimilable à un corpus de textes reconnu par les institutions culturelles légitimes. L’explication de cette différence réside dans l’écart entre la situation historique et sociale dans laquelle se trouve chacun des deux labels : malgré la petite vingtaine d’années qui sépare leur création respective, Caedmon Records se fond dans une société pour laquelle il existe un lien avéré entre respect de la culture légitime et mobilité sociale, tandis que Giorno Poetry Systems émane d’un milieu contre-culturel pétri de valeurs égalitaristes et libertaires. S’il fallait trouver une filiation à ces deux éditeurs de poésie enregistrée dans notre économie contemporaine – et bien que la comparaison soit nécessairement limitée –, GPS serait sans doute à rapprocher des archives sonores gratuites en ligne telles que PennSound39, créé par Al Filreis et Charles Bernstein à l’Université de Pennsylvanie, ou UbuWeb40, fondé par l’écrivain Kenneth Goldsmith, qui s’efforcent, comme le fit Giorno en son temps, de rendre accessibles des enregistrements poétiques à faible intérêt commercial ; alors que Caedmon, racheté au cours des années 1970 par la maison HarperCollins, pourrait s’apparenter aux grandes entreprises d’édition de livres audio telles qu’Audible, la filiale d’Amazon, et son modèle axé sur des auteurs à succès et des titres à forte visibilité.


  1. « Devoted to bringing literary-influenced albums and musically-influenced books to both print and audio formats, Fonograf is one of the only entities of its kind in the U.S.» https://fonografeditions.com/about/ []
  2. « Existing to marry sound and word in all possible permutations, Fonograf publishes works influenced by language and literature. » Ibid. []
  3. Les catalogues de ces labels sont tous retranscrits sur le site https://www.discogs.com/ []
  4. Selon les articles de presse contemporains qui s’intéressent au phénomène, les bibliothèques et les établissements d’enseignement commencent à commander des disques de littérature au cours des années 1950, afin d’ajouter à leur catalogue de nouvelles ressources pédagogiques ou de divertissement, ce qui encourage les étudiants et les jeunes diplômés à les acheter pour eux-mêmes. Le marché, favorisé en partie par la démocratisation des tourne-disques portables, devient alors une niche financièrement solide, et les royalties touchés sur les albums auraient rapporté aux ayants-droit des poètes concernés parfois plus d’argent que les droits d’auteurs de leurs livres sur plusieurs années. Témoin de ce succès, l’album le plus populaire du genre, Dylan Thomas Reading A Child’s Christmas In Wales And Five Poems, Vol. 1 (Caedmon, 1952), se serait écoulé à 375 000 exemplaires en 1961, neuf ans à peine après sa sortie. Anon., « Actors Get Disk Break: Caedmon Inks Drama Stars For Big New Sales Pitch », The Billboard, 14 avril 1956, p. 31, 34 ; Niki Kalish, « Spoken Word LP’s Garner Steady Coin », Billboard Music Week, 20 novembre 1961, p. 13, 19. []
  5. Matthew Rubery, « Harvard Vocarium (1933-1956) », Washington D. C., United States Library of Congress’s National Record Registry, 2014. https://www.loc.gov/static/programs/national-recording-preservation-board/documents/Harvard%20Vocarium%20essay.pdf []
  6. Chris Mustazza, « Provenance report: William Carlos Williams’s 1942 reading for the NCTE », Jacket2, 2014.https://jacket2.org/article/provenance-report []
  7. George W. Hibbitt, professeur à l’Université Columbia de 1927 à 1963, rapporte à ce titre l’anecdote selon laquelle le poète Vachel Lindsay aurait été éconduit par une maison de disques qui l’avait invité pour un enregistrement de ses textes, avant de lui annoncer une semaine plus tard que la session était annulée, faute de perspectives de profit suffisantes pour un disque de poésie. George W. Hibbit, « Phonograph Recordings of Poets’ Readings », The English Journal, vol. 25, n° 6, 1936, p. 479-481: p. 479. []
  8. Matthew Rubery, The Untold Story of the Talking Book, Cambridge (Massachusetts) et Londres, Harvard University Press, 2016, p. 185-186. []
  9. Ibid., p. 188-189. []
  10. Matthew Rubery et Jacob Smith relient le succès de Caedmon à l’avènement dans les États-Unis d’après-guerre d’une culture « moyenne », ni intellectuelle, ni populaire (middlebrow culture), tandis que Sarah Parry identifie la diffusion de la voix des poètes comme un véhicule de l’idéologie humaniste et libérale de cette même période. (Rubery, op. cit., p. 189 ; Jacob Smith, Spoken Word: Postwar American Phonograph Cultures, Berkeley, University of California Press, 2011, p. 50-51 ; Sarah Parry, « The Inaudibility of ‘Good’ Sound Editing: The Case of Caedmon Records », Performance Research, vol. 7, n° 1, p. 24-33 : p. 27. []
  11. Rubery, op. cit., p. 188. []
  12. Ibid., p. 192-195. []
  13. C’est ainsi que Michel Murat traduit le concept de « close listening » proposé par Charles Bernstein dans un essai de 1998. Charles Bernstein, « Close listening : l’explication de voix », traduit de l’anglais par Michel Murat, in Abigail Lang, Michel Murat et Céline Pardo (dir.), Archives sonores de la poésie, Dijon, Les presses du réel, 2019, p. 21-47. []
  14. « We have only to listen to these poets reading their own works to know how important their interpretations are to a full comprehension of the poems. The ministerial intonations of Eliot, the passionate orchestrations of Thomas, the very, very precise formulations of Cummings, the easy conversational inflections of Frost, are integral, and lend those subtle clarifications which are beyond the printed page. » Collectif, The Caedmon Treasury of Modern Poets Reading Their Own Poetry [2×33t], New York, Caedmon, 1957. []
  15. « All that can save [sentences] is the speaking tone of voice somehow entangled in the words and fastened to the page for the ear of the imagination. That is all that can save poetry from sing-song, all that can save prose from itself. » Robert Frost, Robert Frost Reads His Poetry [33t], New York, Caedmon, 1957. []
  16. « Dylan worked terribly hard at his reading on this tape. […] He made errors and burst into the most colorful profanities which he himself relished even more than his audience. […] He tried over and over again to rid his voice of the sentimentalism with which he infused the final lines of the Poem on His Birthday, but he could not read in another way. It was his birthday[…]. » Dylan Thomas, Dylan Thomas Reading, Volume Two [33t], New York, Caedmon, 1957. []
  17. Ezra Pound, Ezra Pound Reading His Poetry [33t], New York, Caedmon, 1960. []
  18. « Indeed, the sounds of the shifting of gears and the acceleration of motors underscore the significance of today’s world rushing by unconcernedly while the poet’s audience, in an enraptured silence broken only a few times by coughs during the hour-long reading, sat transfixed by his every word and silence. The background sounds become an integral part of the poet’s living presence. » Brother Antoninus, The Savagery of Love: Brother Antoninus Reads His Poetry [33t], New York, Caedmon, 1968. []
  19. Parry, art. cit., p. 30-31. La même source rapporte le témoignage d’une personne ayant eu l’opportunité d’entendre en chair et en os un poète de Caedmon, qui avait noté des différences majeures entre la voix du poète sur vinyle et sa voix sur scène. []
  20. Pour une discussion des définitions possibles de la poésie sonore, voir Vincent Barras, « Entretien avec Bernard Heidsieck », in Vincent Barras et Nicholas Zurbrugg (dir.), Poésies sonores, Genève, Éditions Contrechamps, 1992, p. 137-146. https://books.openedition.org/contrechamps/130 []
  21. « Whereas today’s audiobooks advertise the freedom to drive or exercise while listening, Caedmon’s implied audience devoted its full attention to the record. (Most of the people I have spoken with did listen to spoken word recordings in this way either at home or in a library.) Doing otherwise risked admitting that spoken word recordings were not high art, as many consumers needed to believe at a time when the cultivation of taste was linked to social mobility. » Rubery, op. cit., p. 201-202. []
  22. Anon., « Actors Get Disk Break », art. cit., p. 34. []
  23. GPS produira entre autres des cassettes vidéo, des posters, des programmes de radio, des événements publics, des concerts, ou encore de la poésie prenant la forme d’objets de consommation courante (paquets d’allumettes, t-shirts, barres chocolatées…). John Giorno, « Giorno Poetry Systems », in You Got to Burn to Shine, Londres et New York, Serpent’s Tail/High Risk Books, 1994, p. 181-189. []
  24. John Giorno, « Dial-A-Poem Hype », notes de Collectif, The Dial-A-Poem Poets [2×33t], New York, Giorno Poetry Systems, 1972, reproduites dans Palais, 22, 2015, p. 89. []
  25. Collectif, The Dial-A-Poem Poets [2×33t], New York, Giorno Poetry Systems, 1972. []
  26. Le site Ubuweb a archivé la plupart des disques de GPS en format MP3 : https://www.ubu.com/sound/gps.html. []
  27. Giorno, « Dial-A-Poem Hype », op. cit. []
  28. Donald M. Allen (ed.), The New American Poetry, New York et Londres, Grove Press et Evergreen Books, 1960, p. xi. []
  29. Une exposition de 1998 à la Bibliothèque publique de New York intitulée « A Secret Location on the Lower East Side » a fait la chronique de cette période. Des essais, des images et un index des magazines et des maisons d’édition sont disponibles sur le site https://fromasecretlocation.com. []
  30. Daniel Kane, « The Aesthetics of the Little », in All Poets Welcome: The Lower East Side Poetry Scene in the 1960s, Berkeley, University of California Press, 2003, p. 57-122. []
  31. Marshall McLuhan, Understanding Media: The Extensions of Man, Cambridge (Massachussetts) et Londres, The MIT Press, 1994 [1964]. []
  32. Le site de la Fondation John Giorno permet de télécharger en format PDF les programmes et les listes détaillées des poèmes présentés lors des trois premières itérations de Dial-A-Poem, qui permettent de se rendre compte du travail minutieux de classification nécessaire à la mise en place du service : https://www.giornofoundation.org/dial-a-poem. []
  33. John Giorno, « This Album Is A Do-It-Yourself Dial-A-Poem Kit », notes de Collectif, The Dial-A-Poem Poets: Disconnected [2×33t], New York, Giorno Poetry Systems, 1974. []
  34. « At this point, with the war and the repression and everything, we thought this was a good way for the Movement to reach people. » []
  35. Winston Leyland et John Giorno, « Winston Leyland Interviews John Giorno », in Winston Leyland (ed.), Gay Sunshine Interviews, Volume One, San Fransisco, Gay Sunshine Press, 1978, p. 129-162: p. 149. []
  36. Ibid. []
  37. Daniel Kane, « Giorno Poetry Systems », in “Do You Have A Band?” Poetry and Punk in New York City, New York, Columbia University Press, 2017, p. 145-171. []
  38. Giorno, « Giorno Poetry Systems », op. cit., p. 185. []
  39. http://writing.upenn.edu/pennsound/ []
  40. https://www.ubu.com/sound/index.html []

 

 

[Source : flt.hypotheses.org/category/sonore]

Escrito por ARIEL GONZÁLEZ JIMÉNEZ

En su Antología del cuento norteamericano, Richard Ford incluye un trabajo de Philip Roth que forma parte de su libro Goodbye Columbus, la obra que le abrió camino al autor fallecido el pasado miércoles. Se trata de un cuento de una gran profundidad y sencillez (dos materias que en literatura, por suerte, pueden campear unidas), donde un jovencito judío gusta de llevar la contra al rabino en el curso previo a la Bar Mitzvah (esa ceremonia judaica por la que todo hombre debe pasar a los 13 años, precisamente para asumir que ha dejado atrás la niñez).

El protagonista, Ozzie Freedman, cuestiona al rabino del modo más inocente, que es el que siempre resulta más provocador para todas las ortodoxias: “La primera vez había querido saber cómo podía el rabino Binder llamar a los judíos ‘el pueblo elegido’ si la Declaración de Independencia aseguraba que todos los hombres habían sido creados iguales”.

Son preguntas que sacan constantemente de quicio al rabino Binder, hasta que se genera una auténtica crisis. El relato se llama “La conversión de los judíos”, y no les diré más de qué va porque corro el riesgo de espoilearlos (como se dice ahora), lo cual sería una lástima porque el cuento no tiene desperdicio.

Lo que sí diré es que este texto prefigura uno de los grandes filones temáticos en la obra de Roth: el universo judaico, sus ritos, costumbres y representaciones más trascendentes, así como el humorístico, puntilloso y mordaz tratamiento que recibe por parte del que fuera una de las voces literarias más grandes del siglo XX estadunidense.

Su visión de lo judío significó en su obra una suerte de ejercicio crítico y liberador que no abandonaría nunca; le valdría incluso el desprecio de su comunidad y aun de escritores —bueno, también patriarcas del judaísmo— como Gershom Scholem, quien dijo que El lamento de Portnoy era la obra que habían estado esperando todos los enemigos de los judíos.

Lamentablemente para Scholem, había sido escrita no por un palestino ni por un nazi ni por un antisemita, sino por un judío. ¿Eso es posible? La verdadera literatura, emprendida como un ejercicio de absoluta libertad, confirma que sí. El lamento de Portnoy es el monólogo sincero (duro y humorístico, según se vea) que un tipo llamado Alexander Portnoy realiza frente a su psicoanalista, relatándole todas sus lujurias y frustraciones sexuales. Obviamente, toda la perversidad de la obra no encontró ninguna tolerancia entre la ortodoxia judía, si bien sirvió para catapultar su fama literaria.

Pero luego de que esta novela fuera estigmatizada por la comunidad judía, vinieron algunas chicas radicales a poner el ojo a la supuesta misoginia en esta y otras obras de Roth. Estas furibundas lectoras empezaron a encontrar toda clase de vicios y pecados que delataban cuando menos su misoginia, al punto de que llegó a hablarse del “complejo de vagina dentada” que, según estas doctas mujeres, estaba presente en la novelística de Roth.

Ahora, ya bien muerto, no faltaron en las redes sociales las (¿feministas?) que volvieron al tema de la misoginia de Roth, intentando patear sus restos como si se tratara de un bestial acosador o infame violador. Por suerte, uno de sus biógrafos salió a defenderlo recordando que en su lecho de muerte contó con la presencia de al menos cinco de sus exmujeres —porque eso sí, hay que reconocer que el señor Roth era un conquistador.

Por eso me encuentro que ya desde antes de su muerte algunas fanáticas lo incluían entre los escritores-machos que hay que denunciar y, supongo, dejar de leer y, en cuanto sea posible, prohibir sus libros. Vean esta joyita que me encontré en internet: “Pensemos en David Foster Wallace y los personajes que pueblan sus novelas, sí, pero también en Philip Roth, en Michel Houellebecq, en Normal Mailer, en Frédéric Beigbeder, en John Fante, en Martin Amis, en Elias Cannetti o en Charles Bukowski.

“Es decir, pensemos en una literatura rabiosamente cipotuda (sic), narcisistícamente fálica, que ya no erige su misoginia estructural en concepciones científicas, filosóficas o teológicas, sino de una literatura que se atrinchera en el reverso, en el negativo fotográfico de la aversión a lo femenino: en la crisis de lo macho, en la sobreexposición de unos miedos hasta ahora indecibles, en la problematización del sexo y las emociones, en la desconstrucción del propio privilegio”.

Quizás algo de eso tomó en cuenta la Academia Sueca para nunca darle el Nobel a Roth. La institución, tan políticamente correcta, ha sido incapaz en infinidad de ocasiones de defender la literatura por encima de lo ideológico y lo político. Pero que no se lo hayan dado a Roth demuestra que toda una generación de titanes de las letras que tampoco lo recibieron ni lo recibirán (John Updike y Norman Mailer, ya muertos, o los vivos Cormac McCarthy, Don de Lillo o Thomas Pynchon), simplemente no han estado en el radar de una Academia que quizás por eso está hoy en franca bancarrota.

 

[Fuente: http://www.milenio.com]

 

David Foster Wallace, Philip Roth, Michel Houellebecq… ¿son sus libros dramitas masculinos para hombres? ¿la misoginia que desprenden sus personajes impide una lectura feminista de la crisis del macho?

Escrito por Eudald Espluga

Este septiembre se cumplirán 10 años del suicidio del escritor que todos los hombres blancos heterosexuales con ambiciones intelectuales recomiendan: David Foster Wallace. Una efeméride que nos obliga a retomar la pregunta que Deirdre Coyle lanzaba en su artículo « Los hombres me recomiendan David Foster Wallace »: ¿por qué los lectores del autor de Entrevistas breves con hombres repulsivos tienden a ser hombres repulsivos? Y que nos invita, además, a añadirle otra pregunta que quizá sea incluso más perturbadora: ¿por qué nos gustan tanto los hombres repulsivos?

Pensemos en David Foster Wallace y los personajes que pueblan sus novelas, sí, pero también en Philip Roth, en Michel Houellebecq, en Normal Mailer, en Frédéric Beigbeder, en John Fante, en Martin Amis, en Elias Cannetti o en Charles Bukowski.

Es decir, pensemos en una literatura rabiosamente cipotuda, narcisistícamente fálica, que ya no erige su misoginia estructural en concepciones científicas, filosóficas o teológicas, sino de una literatura que se atrinchera en el reverso, en el negativo fotográfico de la aversión a lo femenino: en la crisis de lo macho, en la sobreexposición de unos miedos hasta ahora indecibles, en la problematización del sexo y las emociones, en la desconstrucción del propio privilegio.

I.

¿Por qué nos gustan los capullos?

« La novela contemporánea heteromasculina considerada ‘seria’ es una Historia de Mí apenas velada, tan vorazmente consuntiva como todo el patriarcado. Mientras que el héroe/antihéroes es explícitamente el autor, todos los demás son reducidos a « personajes ». […] Cuando las mujeres intentamos penetrar esta falsedad presuntosa dando nombres porque nuestros « yoes » cambian según conocemos otros « yoes », nos llaman zorras, difamadoras, pornógrafas y aficionadas. « ¿Por qué estás tan enfadada? », me dijo él. »

Lo que acabamos de leer es una de las muchas ideas que podemos encontrar en Amo a Dick, de Chris Kraus, una novela dedicada a escenificar esta pasión cultural por la hombría crepuscular, por la representación artística de la virilidad herida.

En el libro, Chris se enamora de Dick —con el doble sentido de « polla » y « capullo »—. Es decir, se enamora de un vaquero-escultor, un macho sensible y exitoso, tan autosatisfecho con su poderío sexual como naif en sus profundas reflexiones. Por supuesto, el libro es una gran burla. Es un sarcasmo doloroso e íntimo, porque su trasfondo es trágico: ¿por qué amamos a los capullos? ¿por qué incluso en su declive la masculinidad está divinizada y su lamento deviene un elegía que debemos escuchar con posado grave? ¿Por qué no escribimos columnas pidiendo que los escritores hablen de temas universales en vez de insistir en su propio ser hombres, siempre en tono plañidero, furibundo y ofendido?

II.

Dramitas de hombres…¿para hombres?

Representar literariamente la misoginia no te convierte en un misógino y, sin embargo, ¿hasta qué punto la crisis de la masculinidad como tópico literario no termina justificando la misoginia como un mecanismo de autodefensa natural y comprensible?

Esto es lo que sugería Mayca Castro Rodríguez en un artículo en el que se ocupa de la imposibilidad de empatizar con lo que llama « dramitas masculinos ». Castro apunta al hecho que « la tragedia de la virilidad crepuscular » ofrece una salida dramática y victimista a una serie de problemas que los hombres se siguen negando a afrontar. Además, les permite presentar esta masculinidad herida con tintes trágicos, darle dimensión épica y dotarla de un aura especial que casi nos mueve a la compasión.

Pero ¿es realmente así? ¿Los dramitas de hombres son solo para hombres? ¿Entrevistas breves para hombres repulsivos es un libro con el que gozan solamente a los hombres repulsivos? ¿No podemos identificarnos con los capullos?

Pensemos en estos versos de Michel Houellebecq:

« Los hombres solo quieren que les coman el rabo.

Tantas horas al día como sea posible.

Tantas chicas bonitas como sea posible.

Fuera de eso, les interesan las cuestiones técnicas.

¿Ha quedado lo bastante claro? »

¿Se puede empatizar con alguien que escribe con la polla sin ser un machote como Dick?

Virginie Despentes cree que sí. En el caso de Houellebecq, cuando le preguntamos si lo consideraba un autor misógino o machista, apuntaba: « lo considero como alguien que desarrolla un discurso de superodio a las mujeres, cosa que es increíble porque cuando lo conoces no es así. Pero también lo considero como el autor de la crítica del machismo de la masculinidad. Su masculinidad es una masculinidad que es enferma y débil. Si lo piensas, es uno de los autores más críticos. No creo que tenga cariño por su discurso de odio a las mujeres, es más bien el síntoma de una masculinidad blanca que no puede ir más allá. Yo creo que deja a sus lectores que piensen lo que quieran, pero en el fondo sabe que el machismo no es bueno. Pienso que es mejor persona [risas]. Se nota en su poesía, donde es más suave. No lo veo como el típico machista, o como Philip Roth: aquí sí tenemos al auténtico macho ».

La autora de Vernon Subutex asume la existencia de una gradación: una obra misógina puede no ser machista si contiene suficiente ironía y autoparodia, si el odio a las mujeres resulta lo bastante incómodo.

III.

Misoginia… ¿feminista?

Pensemos, por último, en Divorcio en el aire, de Gonzalo Torné. El personaje de Joan-Marc es una recreación hiperrealista de cierta misoginia intelectualizada y blanqueada por la descripción antropológica de la diferencia entre los géneros. Sin embargo, a la diarrea verbal y filosófica del protagonista se opone la estructura de la novela, que permite al lector gozar de la distancia y la repulsión que exigía Despentes:

« -Mira, los chicos nos hacemos los hombres antes de serlo, sacamos pecho, marcamos paquete, nos desabrochamos el segundo botón de la camisa, porque esperamos que eso os impresione; os hacemos reír, y eso está bien, pero nunca nos habéis creído, somos incapaces de sostener la interpretación. Jugamos a ser el sexo fuerte, pero ahí nos tienes, temblando de emoción ante esos organismos que transportan los elementos indispensables para organizar un paraíso en la Tierra. Ninguna de vosotras entendéis desde vuestro desarrollo gradual lo que supone la detonación a los doce, a los trece, a los catorce de esas bombas de testosterona que queman brazos enteros de neuronas hasta la raíz, que impulsan al vello crecer por todo el cuerpo, que te cambian las facciones a tirones, estamos puestos aquí, entre las sensaciones, para plantar la semilla en el surco carnal y asegurar el relevo. ¿Entiendes?

-No. »

La rubrica a esta idea la podríamos encontrar en la interpretación feminista del mismo Philip Roth, alguien que no solo es tildado de misógino por Despentes, sino también por Lionel Shiver — »los personajes femeninos de Roth no son ni de lejos tan completos como los masculinos; muchas veces las mujeres no son más que un montón de cuerpos o, si son exmujeres, errores andantes »—, por Vivian Gornick —la misoginia de Roth es « lava saliendo de un volcán »— e incluso para el mismo David Foster Wallace, quien lo llegó a etiquetar como uno de los tres « Grandes Machos Narcisistas ». Pero en contra de todos ellos, Raina Lipsitz, en un artículo para Salon, llega a defender que lejos de demonizar a las mujeres por su naturaleza, las novelas de Roth —con su juego de espejos e ironía canalla— son en realidad una celebración del sexo femenino.

En el fondo, este era el desafío que nos lanzaba una novela como Amo a Dick. Preguntarnos: ¿podemos darle la razón a quienes creen que las literaturas de David Foster Wallace, Michel Houellebecq o Philip Roth son solo dramitas de hombres para hombres y aun así disfrutarlos y resignificarlos en clave feminista? ¿Podemos hablar de buena literatura misógina, como parecía sugerir Despentes?

No hay una única respuesta. Ambas interpretaciones no son excluyentes. Pero está claro que por lo menos se trata de una pregunta productiva, que problematiza nuestros prejuicios y que nos obliga a reflexionar sobre aquello que nos gusta —aunque sepamos que no debería gustarnos— y a preguntarnos qué es lo que hace que nos guste.

 

[Fuente: http://www.playgrounddo.com]

 

 

 

Aunque parezca mentira, las grandes religiones tanto monoteístas como politeístas han influido en la música de grandes figuras del rock. Algunos de las más grandes estrellas del pop-rock han estado influidas por religiones como el cristianismo o el Islam, el hunduismo o el budismo. Alberto Manzano nos los cuenta en su nuevo libro « Aleluya ».

Escrito por IZARO SANFLORENTINO

La espiritualidad y las grandes religiones han influido en numerosos músicos a lo largo de la historia del rock. Entre ellos, destacan los cuatro artistas que conforman los pilares de este libro, y cuyas obras agrupan las cuatro grandes religiones: hinduismo —reflejado en la obra de George Harrison—, cristianismo-judaísmo —que forma el sustrato de numerosas canciones de Bob Dylan—, islam —representado por Cat Stevens—, y budismo-zen —cuya influencia es fundamental en la obra de Leonard Cohen—.

Alberto Manzano analiza figuras como George Harrison, Bob Dylan, Leonard Cohen, Cat Stevens, Suzanne Vega, Nick Cave, Sinéad O’Connor, Johnny Cash, Patti Smith o Van Morrison, para entender su música según el propio prisma religioso de cada uno de ellos.

« Aunque los primeros rastros de carácter religioso hallados dentro de la música en el siglo XX — particularmente, del cristianismo— se perciben con absoluta claridad en los primigenios géneros musicales dotados de raíces negras —góspel, blues, soul—, es a partir de los años sesenta, coincidiendo con el inicio de la revolución contracultural en Estados Unidos, cuando un contingente de cantantes y poetas —estos últimos integrados mayormente en la generación beat: Allen Ginsberg, Gary Snyder, William Burroughs—, inequívocamente influidos, a su vez, por el trascendentalismo y realismo filosófico del poeta Walt Whitman (1819-1892) —que llegó a ser proclamado «sustrato de la nueva generación de cantautores poéticos»: Bob Dylan, Joni Mitchell, David Crosby, Laura Nyro, etcétera— muestran un desaforado interés por las religiones orientales, cuyas semillas acaban de ser trasplantadas en el Nuevo Mundo, particularmente en California, por gurús y maestros espirituales procedentes de la India y del Japón, y, desde ese momento, van a impregnar las obras de estos músicos visionarios, bohemios y «vagabundos del dharma», de un profundo calado espiritual », nos cuenta el autor de « Aleluya« .

 

Alberto Manzano es poeta, traductor, biógrafo y ensayista. Ha publicado más de quince libros en torno a la obra de Leonard Cohen entre las que destacan Leonard Cohen (Cúpula, 2009), y Leonard Cohen y el zen (Luciérnaga) y ha adaptado al castellano numerosas canciones del bardo canadiense para ser interpretadas por Enrique Morente, Duquende, Argentina, Mayte Martín, Rocío Segura, etc. En los discos “Omega”, “como un Corazón” y “Acordes con Leonard Cohen”. Como poeta, tiene cuatro libros publicados (El reino de la pobreza, Hiperión, 2016, es su último poemario), a la vez que, en el ámbito de la traducción, ha trabajado en más de un centenar de libros (Bukowstki, Rumi, Basho, Rimbaud, D.H. Laurence, Bob Dylan, Jim Morrison, Suzanne Vega, Patti Smith, Tom Waits, etc.). Fue amigo personal de Leonard Cohen desde 1980 hasta su fallecimiento.

 

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

“Los lectores se lo debemos todo a los traductores literarios”, confiesa Patricio Pron

Fotograma de ‘Il traditore’ (2019), de Marco Bellocchio

Escrito por PATRICIO PRON

Aunque existe una pequeña tradición literaria cuyo tema central es el denuesto de los traductores y cuyo lema habitual es la frase italiana “traduttore, traditore” [traductor, traidor], lo cierto es que algunos lectores se lo debemos todo. Yo fui uno de ellos y conocí a muchos así: éramos pobres como ratas pero amábamos unos libros que no podíamos leer en el original porque no teníamos dinero para aprender ningún idioma extranjero. Yo creía con devoción en Francisco Porrúa, Enrique Pezzoni, Juan José del Solar, Miguel Sáenz, Elvio E. Gandolfo, Marcelo Covián, Gabriel Ferrater, Francisco Abelenda, Jorge Berlanga y Marcial Souto; estaba convencido de que estos traductores solo traducían a escritores que valieran la pena, y a menudo su nombre en las primeras páginas interiores de un libro (injustamente, nunca en su portada) era razón suficiente para pedir prestado el libro en alguna biblioteca pública o robarlo en alguna librería, incluso aunque no supiera nada de su autor.

A menudo también, esos libros eran un descubrimiento, que no hubiera podido hacer sin los ejercicios de ventriloquía de los mencionados: Jorge Berlanga “era” para mí Charles Bukowski, Francisco Abelenda y después Marcial Souto “fueron” creo que todo Ray Bradbury, Enrique Pezzoni “fue” Herman Melville, sin Elvio E. Gandolfo probablemente jamás hubiera sabido quiénes eran los beats, Miguel Sáenz “fue” Thomas Bernhard y W. G. Sebald entre otros. Una vez más, a menudo estos traductores eran también excelentes escritores ellos mismos y, como en el caso de Guillermo Cabrera Infante, Elvio E. Gandolfo y Enrique Pezzoni, les leí como autores poco después de haberles leído como traductores y resultaron tan importantes para mí como los autores que ellos mismos habían traducido.

No sé absolutamente nada sobre teoría de la traducción, pero conozco a algunos traductores cuyo trabajo disfruto como lector y de los cuales aprendo, como Javier Calvo, Eduardo Hojman, Marcelo Cohen, Helena Cortés, Cé Santiago. A veces también soy traducido: Christian Hansen me ha prestado su voz en alemán, Claude Bleton en francés y Francesca Lazzarato en italiano. Janet Hendrickson y Kathleen Heil me han traducido al inglés y, a todos los efectos, considero mi traductora a ese idioma a la extraordinaria Mara Faye Lethem. A veces, también, traduzco yo mismo, y lo hago todas las veces con más dudas que certezas y con el temor de convertirme yo mismo en un traidor pese a haber sido tan felizmente traicionado tantas veces en el pasado. Un mundo sin traductores sería un mundo donde las diferencias de procedencia, de ingresos y de clase social que determinan el acceso a la literatura serían aún más notables y, por lo tanto, un mundo un poco más injusto.

Sería un mundo, también, donde yo nunca hubiera descubierto a escritores como Arno Schmidt, Ernest Hemingway, James Joyce, Raymond Carver, Alain Robe-Grillet, Flannery O’Connor y muchos otros. Naturalmente, y por esto, también sería un mundo donde yo no escribiría. Creo que hay un “día del traductor”, pero desconozco cuál es y prefiero mantenerme al margen de la tontería de los aniversarios. Aprendí algunos de los idiomas que no podía leer cuando era un adolescente pobre y debía robar libros; sin embargo, sigo leyendo traducciones con entusiasmo y sin ningún interés particular en cotejarlas con sus originales, que a veces también leo. Supongo que la traducción es un ejercicio de ventriloquía y carece de importancia que, de alguna manera, y para muchos puristas, sea un engaño. Algunos preferimos ser engañados, y llamamos a eso literatura. Aquí, una vez más, hay un adolescente pobre que vuelve a maravillarse ante su descubrimiento.

 

[Fuente: http://www.latempestad.mx]

 

 

Existe otro tipo de mujeres que no leen poesía,
las que no compran libros,
las que toman café de olla en lugar de capuchinos,
las que no saben quién es Bukowski
ni tampoco Mónica Gae o Sabines,
pero saben el camino a bibliotecas públicas.

Ese tipo de mujeres que trabajan
en casas de familias,
en fondas de esquinas,
lavando y cosiendo ajeno,
las que no usan bolsas Michael Kors
sino bolsas de plástico o morrales.

Son aquellas que no usan Internet
sino treinta pesos de recarga de datos,
las de mala ortografía,
las de fiestas patronales
en lugar de obras de teatro.

Existen mujeres sin doctorados,
las que no son abogadas
secretarias o ingenieras,
las de vestidos de manta y huaraches.

Son aquellas que ves vendiendo frutas
sentadas en mercados o debajo de mercuriales,
las que no saben que la libertad de la mujer
es la actualidad hoy en día,
pero son felices mirando paisajes,
contando las estrellas,
con tiempo para poner sueños a su día.

Mujeres, como la Madre Tierra,
fértil, callada, protectora y fuerte,
porque cada mujer indígena
lleva consigo poesía.

Autor: Dharius Vidal
Fotografía: Mujeres en el metro, Daniel Rodríguez Villa (mx)

« Art Spiegelman, traits de mémoire » (2009) est un film de Clara Kuperberg et Joëlle Oosterlinck. Un documentaire louangeur sur l’illustrateur et l’auteur américain et juif de bandes dessinées (BD), dont BreakdownsMaus transposant en deux volumes et dans un univers animalier la Shoah (Holocaust) au travers du récit du père déporté de l’auteur, Vladek, A l’ombre des tours mortes sur son vécu lors des attentats islamistes du 11 septembre 2001, et Little Litanthologies pour enfants. Art Spiegelman, « Graphic Novelist and Cartoonist », est l’un des lauréats « Great Immigrants » distingués par la Carnegie Corporation of New York le 4 juillet 2020.

 

Publié par Véronique Chemla 

« Il faut une certaine dose d’inquiétude pour travailler, mobiliser mes forces. Une nécessité financière ou réfléchir à quelque chose qui me préoccupe », déclare Art Spiegelman. Et d’ajouter qu’il doit tout inventer à chaque BD.

Il « fait des traits jusqu’à ce qu’ils représentent le personnage dont [il a] besoin ». Une pratique des « gribouillis » qui remonte à son enfance, quand il les dessinait avec sa mère Anja.

“Just keep it honest, honey” (« Reste simplement honnête, chéri »)

Art Spiegelman est né à Stockholm (Suède) le 15 février 1948.

Ses parents, Vladek et Anja Spiegelman, s’installent aux États-Unis quand leur fils a deux ans. Tous deux parlent le yiddish, sont d’origine polonaise et déportés ; Anja Spiegelman expliquait le numéro tatoué sur son bras : « C’est un numéro de téléphone que je ne veux pas oublier ». Art Spiegelman fait donc partie de cette 2e génération composée d’enfants de survivants de la Shoah étudiée à partir des années 1970 par les universitaires, dont Helen Epstein, et les psys.

La BD le passionne dès son enfance : la revue « Mad est devenu ma famille, une fenêtre sur l’Amérique, une ouverture sur le monde », se rappelle Art Spiegelman.

En 1968, Anja Spiegelman se suicide. Le style expressionniste d’Art Spiegelman traduit l’émotion et la violence de cette mort, et la colère du fils.

Il débute dans une agence de publicité, et parallèlement dessine pour la BD underground de San Francisco. De retour à New York en 1975, il dirige Arcadethe Comics Revue qui publie Robert Crumb, Charles Bukowski. Succès critique, mais échec commercial : la revue disparaît après sept numéros.

Il épouse la Française Françoise Mouly, ancienne étudiante aux Beaux-arts et actuelle directrice artistique de The New Yorker, et tous deux lancent en 1980 RAW, « tribune pour les auteurs » d’avant-garde (1980-1991).

Dès le numéro 2, apparaît Maus sous le dessin d’Art Spiegelman : plus que l’histoire de la Shoah, c’est « l’histoire d’un père et d’un fils qui essaient de se comprendre », précise son auteur. Pendant des journées entières, Art Spiegelman a interviewé son père : « Je l’écoutais vraiment et il appréciait. À ma grande surprise, mon père était disposé à discuter avec moi ». Il a enregistré leurs conversations qui ont été retranscrites, ce qui a constitué « une matière première pour Maus ». Le documentaire montre ce récit dactylographié avec en voix off celle du père. Art Spiegelman a désormais « droit à cette histoire, maintenant qu’il est adulte ». À la différence d’Anja Spiegelman, Vladek Spiegelman n’éprouvait pas le besoin de témoigner, avançant que « les gens ne veulent pas entendre parler de cela ».

À l’époque, la littérature sur la Shoah est moins abondante qu’actuellement. Puis, Art Spiegelman et son épouse effectuent des repérages en Pologne, notamment au camp d’Auschwitz.

Sa devise pour ce projet artistique au caractère familial figure dans un dessin : « Just keep it honest, honey » (« Reste simplement honnête, chéri »).

Art Spiegelman décide de devancer la sortie du film Fievel et le Nouveau Monde (An American Tail), film d’animation américain (1986) de Don Bluth, coproduit par celui-ci et Steven Spielberg. Ainsi Maus, a Survivor’s Tale est publié en deux volumes : My Father Bleeds History (Mon père saigne l’histoire) en 1986, puis And Here My Troubles Began (Et c’est là que mes ennuis ont commencé) en 1991. Les dessins originaux de Maus sont présentés au prestigieux Museum of Modern Art (MoMA) de New York en 1991-1992.

Art Spiegelman s’oppose à toute adaptation cinématographique de Maus et décline la proposition d’un troisième volume à cette série. Il refuse aussi d’être « l’Elie Wiesel de la BD ». Seule entorse à ce serment : son dessin pour les Oscar décernés en 1998 à la vie est belle (La vita è bella) de Roberto Benigni.

Il est l’unique dessinateur de BD distingué par le prestigieux Prix Pulitzer (1992). De nombreux festivals l’ont honoré, dont celui d’Angoulême en janvier 2011.

« Vous n’êtes pas en phase avec vos émotions ». C’est ainsi qu’Helen Epstein, professeur à l’université de New York, résume l’avis sur Maus émis par le groupe de 100 enfants de survivants de la Shoah qu’elle anime.

Si Art Spiegelman se réjouit de ce succès mondial de Maus auquel son père décédé en 1982 ne peut assister, il en est « désarçonné ».

Il débute en 1992 sa collaboration avec The New Yorker, dont la rédactrice en chef est Tina Brown. Certaines de ses couvertures provoquent des polémiques, telle celle publiée dans le numéro de la Saint-Valentin (février 1993) et représentant le baiser entre un Juif hassidique et une jeune femme noire « en écho aux émeutes raciales de Crown Heigths en 1991 entre les communautés juive et noire de New York à la suite d’une rumeur alléguant que des Juifs recourent aux services de prostituées noires » !? Or, des émeutes antisémites se sont alors produites après un accident de la circulation provoqué involontairement par un Juif américain Loubavitch blessant deux enfants noirs, dont un garçon originaire du Guyana. Un jeune juif américain a été assassiné lors de ces pogroms.

D’autres dessins d’Art Spiegelman, tel celui en janvier 1998 sur la relation entre le président Bill Clinton et Monica Lewinski et la justice américaine (La voix basse), résument les talents de concision et d’efficacité d’Art Spiegelman.

Art Spiegelman est traumatisé par les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2011 fomentés par Ben Laden pour al-Qaïda. Son épouse le force alors à l’accompagner pour chercher leur fille Nadja, future auteur de BD, alors scolarisée dans un lycée proche des Twin Towers (World Trade Center) à New York. Pour The New Yorker, Art Spiegelman dessine cette couverture sobre et sombre sur les deux tours jumelles new-yorkaises. Il publie aussi In the Shadow of no Towers (A l’ombre des tours mortes) en 2004 sur son stress post-traumatique causé par cet événement tragique et traumatisant, déclaration de guerre jihadiste visant la superpuissance mondiale.

Puis, Art Spiegelman songe à une BD non narrative, mais véhiculant une « idée abstraite », comme un essai. Avec la talentueuse Françoise Mouly, il édite Little Litanthologies pour enfants. Car la BD, c’est aussi pour les enfants, souligne cet auteur.

On peut reprocher à ce documentaire intéressant son insuffisant esprit critique, l’absence de contexte historique sur l’illustration de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah dans la BD et des positions politiques d’Art Spiegelman critique de l’administration de George W. Bush. Ou ce que ce défenseur des libertés a déclaré en juin 2006, dans son article Drawing Blood: Outrageous cartoons and the art of outrage pour Harper’s Magazine sur les dessins sur Mahomet publiés par le journal danois Jyllands-Posten.

ADDENDUM :
Le 20 mars 2012, interrogé sur la tuerie à Toulouse – l’identité de l’assassin était alors ignorée -, Art Spiegelman a d’abord nié le caractère antisémite de la tuerie à l’école Ozar HaTorah à Toulouse la veille. La journaliste l’ayant questionné sur cette tragédie a opiné de la tête en signe d’approbation. J’ai alors souligné que des enfants et un professeur juifs d’une école juive étaient visés, donc cette tuerie était antisémite. Art Spiegelmn a alors rappelé que l’assassin avait aussi tué des non Juifs. J’ai alors indiqué que tuer des Noirs ou des Arabes pour ce qu’ils sont constitue un acte raciste, que cet assassin n’avait pas tué une dame blanche âgée près d’une de ses cibles, et que viser des enfants ou adulte juifs dans une école juive constituait un acte antijuif. Art Spiegelman a alors admis le caractère antisémite de la tuerie contre cette école et a ajouté : « C’est abominable ».

En janvier 2013, Art Spiegelman a publié sur sa page Facebook un de ses dessins mis en couverture du New Yorker (1993) et montrant des enfants américains armés. Il a ainsi commenté son dessin : « I did this New Yorker cover in 1993. Colombine happened in 1999, Newtown in 2012, nearly 20 years later. My wish for 2013: let Newtown be remembered as the turning point – I’m hoping that kids with guns can become ironic again ». (« J’ai dessiné cette couverture pour le New Yorker  en 1993. [L’attentat ou le massacre à] Colombine est survenu en 1999, et à Newton en 2012, près de 20 ans plus tard. Mon souhait pour 2013 : que l’on se souvienne de Newtown comme un tournant – j’espère que les enfants armés deviennent de nouveau ironiques« ).

Le 30 août 2014, Art Spiegelman a publié sur son compte Facebook le dessin Perspective in Gaza (the David and Goliath illusion) [Perspective à Gaza (l’illusion David et Goliath)] qu’il a ainsi commenté : « I’ve spent a lifetime trying to NOT think about Israel—deciding it has nothin more to do with me, a diasporist, than the rest of the World’s Bad News on Parade. Israel is like some badly battered child with PTSD who has grown up to batter others.  But… here’s a collage I did for last week’s Nation magazine« . (J’ai passé ma vie à tenter de NE PAS penser à Israël – en décidant qu’il n’a rien de plus à faire avec moi, qui suis dans la diaspora, que les Mauvaises Nouvelles du reste du monde défilant. Israël est comme un enfant méchamment battu avec un TSPT (trouble de stress post-traumatique, Ndaqui a grandi pour battre les autres. Mais… voici un collage que j’ai fait pour le numéro de la semaine dernière du magazine Nation »). Plus de 2212 ont liké le post qui a été partagé 1060 fois. Une oeuvre qui a suscité des commentaires approbateurs et désapprobateurs. Un dessin pervers et faux. Qu’un artiste si talentueux ne publie rien sur les défilés haineux de la « rue arabe », mais révèle son ignorance en tordant l’histoire et la perspective est choquant, lamentable.

Un dessin qui prouve qu’un enfant de survivants de la Shoah et un Américain ayant vécu les attentats islamistes du 11 septembre 2001 ne parvient/ne sait/ne veut pas à reconnaître un acte antisémite quand celui-ci survient ni à comprendre la réalité actuelle djihadiste contre Israël, et plus généralement contre les États-Unis, l’Europe, etc. J’en avais eu conscience en l’interviewant lors du vernissage presse de l’exposition Art Spiegelman’s Co-Mix: A Retrospective au Centre Pompidou. Le 20 mars 2012, interrogé sur l’attentat à Toulouse – l’identité de l’assassin était alors ignorée -, Art Spiegelman a d’abord nié le caractère antisémite de la tuerie à l’école Ozar HaTorah à Toulouse la veille. La journaliste l’ayant questionné sur cette tragédie a opiné de la tête en signe d’approbation. J’ai alors souligné que des enfants et un professeur Juifs d’une école Juive étaient visés, donc cette tuerie était antisémite. Art Spiegelman a alors rappelé que l’assassin avait aussi tué des non Juifs. J’ai alors indiqué que tuer des Noirs ou des Arabes pour ce qu’ils sont constitue un acte raciste, que cet assassin n’avait pas tué une dame blanche âgée près d’une de ses cibles, et que viser des enfants ou adulte Juifs dans une école Juive constituait un acte anti-juif. Art Spiegelman a alors admis le caractère antisémite de la tuerie contre cette école et a ajouté : « C’est abominable ».

En avril 2015, dans le Guardian, Art Spiegelman a trouvé « honteux » que « sa bande dessinée culte sur la Shoah » ait été retirée « des rayons à Moscou par des librairies russes qui craignent des représailles du gouvernement… en raison d’une loi contre la propagande nazie. Il y voit le signe avant coureur d’un «dangereux mouvement». Quelques jours avant le 70e anniversaire de la victoire de l’URSS contre le III Reich, « c’est une véritable honte parce que ce livre est à propos de la mémoire. On ne veut pas que les cultures effacent la mémoire», s’indigne-t-il. Pour l’artiste américain, cette nouvelle «est le signe avant coureur d’une chose dangereuse». Partout dans le monde, «C’est une époque terrible pour la liberté d’expression». Il pointe du doigt le cas de Charlie Hebdo en France, celui d’Edward Snowden aux États-Unis. Depuis décembre 2014, la Russie a passé une loi contre «a propagande nazie». Les symboles sont traqués, des boutiques d’antiquités aux magasins de jouets. «Je ne pense pas que Maus soit la cible désignée de pour cela, de toute évidence», avance Spiegelman. « Mais je pense que [la loi] a pour effet intentionnel d’écraser la liberté d’expression. Le but principal semble de rendre quiconque du monde de l’expression nerveux ».

En juin 2015, Art Spiegelman « retiré son dessin de couverture de l’hebdomadaire britannique The New Statesman à quelques heures de la parution. Pourtant consacré à la liberté d’expression, le numéro refusait de publier une planche du dessinateur intitulée « Notes d’un fondamentaliste de la liberté d’expression » pourtant déjà paru en France dans Le Monde, aux États-Unis dans The Nation et en Allemagne dans Faz. Le numéro devait paraître le 29 mai 2015. Un comble pour un hors série consacré à la liberté d’expression et intitulé « Dire l’Indicible » (« Saying the Unsayable »). Chapeauté par le romancier britannique Neil Gaiman et la chanteuse américaine Amanda Palmer, ce numéro promettait de « se confronter aux notions de censure, de tabou, d’outrage et de liberté d’expression ». Le théologien et ecclésiastique anglican Rowan Williams y signe notamment un essai intitulé « Pourquoi les religions ont besoin du blasphème ».

Art Spiegelman « a partagé sur son compte Facebook le dessin qui devait figurer en couverture du magazine. Celui-ci représente une jeune femme, allégorie de la liberté d’expression, bâillonnée et prisonnière d’un attirail sado-masochiste. Sur Facebook, l’auteur de Maus a expliqué son geste : « Je me suis débarrassé de cette couverture « bondage » du New Statesman à la dernière minute! C’est une chose de trouver comment Dessiner l’Indessinable pour un hors-série intitulé «Dire l’Indicible», mais je ne pouvais pas accepter l’Inacceptable lorsqu’à la dernière minute le magazine A ROMPU SA PROMESSE d’inclure ma planche «Notes d’un fondamentaliste de la liberté d’expression». Spiegelman a associé à son texte une couverture parodique du New Statesman où un homme se noit dans un océan d’excréments tout en essayant de prononcer le mot «merde».

« Le New Statesman a dénoncé dans un communiqué les propos de Spiegelman comme étant «inexacts», arguant que le refus de publier la planche de Spiegelman s’expliquait par la présence dans les pages de l’hebdomadaire d’un autre dessin en hommage à Charlie Hebdo. De son côté, Neil Gaiman a tenté de désamorcer la situation dans un texte publié sur son blog dimanche 31 mai. Selon lui, le contenu de la planche de Spiegelman, qui a été conçue dans les semaines suivants les attentats de Charlie Hebdo, n’est pas en cause. «Nous adorons la couverture d’Art (le New Statesman aussi). Nous sommes vraiment désolés qu’elle n’ait pas été utilisée. Art l’a retiré parce qu’il estimait que les engagements de NS n’ont pas été tenus (….) La communication entre Art et NS n’a pas été bonne: personne n’a répondu à ses questions, ou n’a pas compris que sa planche devait être incluse. Quand les rédacteurs en chef ont connu son existence, il était déjà trop tard pour l’inclure dans le magazine». Palmer et Gaiman ont ensuite proposé à Spiegelman de publier sa planche sur le site internet du New Statesman. Sans succès. L’agent de Spiegelman exige de la maison d’édition de l’hebdomadaire un accord écrit. Accord qui lui sera refusé par NS, de crainte de voir «le numéro tout entier partir au pilon, s’ils ne remplissent les conditions de Spiegelman», précise Amanda Palmer sur le blog de Neil Gaiman ».

Le 19 juin 2018 à partir de 18 h, MEL Publisher présenta, sur son site internet et à la librairie Artcurial, « la lithographie Silent Six réalisée par le célèbre auteur de bandes dessinées et illustrateur américain Art Spiegelman. Cette œuvre est en lien direct avec la performance Wordless ! le 17 juin 2018 à la Philharmonie de Paris. À cette occasion ont également été présentées 4 autres lithographies de l’artiste, éditées par MEL Publisher. Une séance de dédicace d’ Art Spiegelman à la Librairie Artcurial le même jour de 18 à 21 h. Exposition des estampes d’Art Spiegelman éditées par MEL Publisher du 19 au 28 juin 2018. »

Le 19 juin 2018, France Culture a publié l’interview vidéo d’Art Spiegelman par Elsa Mourgues. Extraits :

« 1) Aujourd’hui, qui seraient les souris et qui seraient les chats ?
Aujourd’hui, ce sont les Arabes qui doivent porter le plus gros masque de souris, juste derrière eux les Afro-Américains et à côté les Hispano-Américains et juste derrière il y a « MeToo », il y a les femmes. D’habitude c’est un certain genre de réactionnaires blancs qui sont derrière les chats du jeu… si on peut appeler ça comme ça, un jeu dangereux. Mais on ne peut pas les voir parce qu’ils portent un masque du Ku Kux Klan.

2) Comment dessineriez-vous Emmanuel Macron ?
Un genre d’animal domestique serait approprié. S’il n’est pas le plus féroce berger allemand du coin, au moins il est domestiqué et empêchera le système, même s’il n’est pas parfait, de se retrouver aux mains des loups.

3) Et Donald Trump ?

J’ai fait des dessins de lui en grenouille, mais vraiment il n’est qu’un gros tas de merde. Le problème c’est que faire n’importe quel dessin de Trump, c’est jouer son jeu et ça, ça me laisse presque paralysé, parce que quand tu t’occupes des narcissiques, ils disent : “oh regarde cet affreux dessin qu’ils ont fait de moi, de moi, de moi”. Et ça, ça n’aide pas. Le problème avec Trump, c’est qu’il est déjà une foutue caricature donc il n’y a pas grand chose à faire de plus. Il est le plus drôle dessin animé que j’ai vu à la télé, niark niark.

4) Qu’est-ce que vous inspire sa politique ?
Il est juste une manifestation locale de la même… merde, qui existe ici et en Italie et ailleurs. C’est une nouvelle forme de ploutocratie autoritaire.

5) Après Charlie Hebdo, peut-on tout caricaturer ?

J’admire la bravoure et peut-être aussi la témérité de Charlie Hebdo, ils travaillent dans une tradition française qui encourage ce genre de résistance laïque aux religions. Merci Napoléon, c’était une bonne idée mais qui a ses inconvénients. Je pense que le principe que les dessinateurs doivent suivre c’est de ne pas frapper en bas de l’échelle, toujours frapper en haut, frapper les plus puissants. C’est très compliqué de traiter des probléma

tiques qui sont aujourd’hui tellement empreintes de racisme, de religion dans un contexte toujours plus divisé. Tout ce qu’on peut espérer c’est des dessinateurs intelligents.

6) Êtes-vous sorti de votre chef-d’œuvre Maus ?

Aujourd’hui, je sens que j’en suis sorti parce que je travaille sur tout autre chose. Mais en général, c’est toujours un poids. Il y a une sorte de prix à payer pour s’être consacré si profondément à ce projet,

je pense que ça valait le coup parce que j’ai fait un livre qui à l’air important pour plein de gens de cultures différentes. Mais je reste toujours avec cette souris de 250 kg qui me poursuit, peut-être que je lui échapperais si je travaillais sous un pseudonyme. Je pense que ma façon particulière de mal dessiner me poursuit et les gens reconnaissent mon travail sauf si je dessine de la main gauche. Sinon oui, elle est toujours présente et je ne veux ni être sur le chemin de cette souris de 250 kg, ni être dans son ombre.

7) Quelle musique écoutez-vous quand vous dessinez ?

Quand je travaillais sur Maus, ce qui m’a paru une éternité parce que c’est un livre de 13 ans, j’essayais de trouver une musique à écouter pendant que je faisais la partie dessin. Ce qui a vraiment marché, c’est quand un ami est revenu d’Allemagne avec la musique d’un groupe a capella des années 1930 qui s’appelle The Comedian Harmonists, et c’était parfait pour dessiner Maus parce que c’était trois Juifs et trois Aryens. Cette musique est restée avec moi, je l’ai écoutée tellement longtemps que ma femme m’a obligé à acheter des écouteurs, c’était 13 ans avec les mêmes disques qui tournaient encore et encore et encore ».

« Marvel: The Golden Age 1939-1949 » sera publié en septembre 2019, avec une introduction de Roy Thomas, un scénariste vétéran de la maison Marvel. L’auteur Art Spiegelman était censé rédiger l’introduction d’un livre sur la décennie 1940, florissante pour la célèbre maison. Une consécration pour celui qui était une figure emblématique des comics underground dans les années 1970-1980. Il en a gardé la liberté de ton. Au grand dam de son éditeur, qui a refusé une phrase comparant le président américain Donald Trump à un super-méchant. L’auteur a publié son texte ailleurs.

« Le texte retrace comment «de jeunes créateurs juifs des premiers superhéros ont inventé des sauveurs mythiques séculaires, presque divins». La phrase refusée par Folio Society, chargé de l’édition pour Marvel Comics, apparaît à la fin du texte. « Dans le monde trop réel d’aujourd’hui, Crâne rouge, le plus infâme ennemi de Captain America, est vivant à l’écran alors qu’un Crâne orange hante l’Amérique », écrit Art Spiegelman, lauréat du grand prix de la ville d’Angoulême en 2011. Marvel Comics «ne permet pas à ses publications de prendre une position politique», aurait dit Folio Society à Art Spiegelman, selon ce dernier dans The Guardian. L’auteur affirme qu’on lui a demandé de retirer la phrase, sans quoi son introduction ne serait pas publiée. Il a donc décidé de retirer son texte, finalement publié par le quotidien britannique. «J’ai appris à mes dépens, une fois encore, que tout est politique», y écrit-il. «Je ne me considérais pas particulièrement comme un auteur politique comparé à certains de mes compagnons de route. Mais quand on m’a demandé de tuer une référence relativement anodine à un Crâne orange, j’ai compris que ça aurait été irresponsable d’être insouciant à propos de la terrible menace existentielle que nous vivons actuellement», écrit Art Spiegelman dans la nouvelle version du texte. Pour lui, «le fascisme international se refait une santé, et les bouleversements qui ont suivi la crise économique mondiale de 2008 nous ont menés à un point tel que la planète elle-même risque de fondre». Le dessinateur pointe le fait que le président de Marvel Entertainment, Isaac Perlmutter, est «un ami de longue date de Donald Trump et un de ses conseillers non officiels», et vient de donner 360.000 dollars, la somme maximum, au fonds de compagne 2020 du président sortant. »

2020 Great Immigrant

Depuis 2006, le 4 juillet, la Carnegie Corporation de New York « honore l’héritage de son fondateur Andrew Carnegie, un immigrant écossais qui est sorti de la pauvreté pour devenir un industriel de premier plan, en reconnaissant un groupe extraordinaire d’immigrants qui ont apporté une contribution notable au progrès de la société américaine. « Carnegie a fondé plus de 20 organisations philanthropiques, dont la Corporation, une fondation de subventionnement créée en 1911 pour faire avancer les causes de la démocratie, de l’éducation et de la paix internationale ».

« Les grands immigrés (Great Immigrants) sont venus de différents horizons et ont poursuivi différents objectifs louables, mais collectivement, ils ont partagé le désir de devenir des citoyens et ont rendu notre société démocratique plus forte. Pour tous leurs efforts, nous les saluons ». — Vartan Gregorian, président de la Carnegie Corporation de New York ».

« Les lauréats de 2020, qui rejoignent plus de 600 immigrants exceptionnels honorés par la Corporation depuis 2006, sont récompensés par un message d’intérêt public d’une page entière dans le New York Times et un hommage dans les médias sociaux le 4 juillet ».

« En 2020, la Corporation honore 38 citoyens naturalisés qui ont enrichi et renforcé notre nation et notre démocratie par leurs contributions et leurs actions. Un tiers des lauréats de cette année participent aux efforts de redressement de la crise sanitaire mondiale en tant qu’infirmiers et médecins, ainsi que scientifiques qui s’efforcent de trouver des traitements efficaces et un vaccin. Nous honorons également le clergé et les dirigeants communautaires qui fournissent de la nourriture et des services vitaux à ceux qui en ont besoin. Dans l’ensemble, les Grands Immigrants de 2020 représentent 35 pays d’origine et un large éventail de contributions à la vie américaine, allant des droits de l’homme et de l’informatique à l’art, aux affaires, à l’éducation, aux soins de santé, au journalisme, à la musique, à la politique, à la religion, à la recherche et aux sports ».

Parmi ces lauréats : Art Spiegelman, « Graphic Novelist and Cartoonist ».

« Art Spiegelman was born in post-World War II Stockholm, Sweden, to Polish Jewish parents who survived the Auschwitz concentration camp. Most of his family, including his brother — his parents’ only other child — perished during the war. Spiegelman came to the United States in 1950, and one of his memories of their arrival by ship was of being perched on his father’s shoulders at two years old as his father “excitedly pointed at the giant lady standing in the water to welcome us to New York.”
« After living briefly in Pennsylvania, his family settled in Queens, New York. Spiegelman’s artistic talents were recognized early on, and he began cartooning professionally as a teenager. Spiegelman went on to study art and philosophy at Harpur College (now Binghamton University) in New York, but dropped out after his mother committed suicide ».
« Spiegelman was an influential figure in the underground comix subculture of the 1960s and 1970s. During his more than two decades with Topps Bubble Gum Co., Spiegelman created the witty and iconic trading card series Wacky Packages and Garbage Pail Kids. Along with Bill Griffith, Spiegelman was the creator and editor of the 1970s magazine-sized comics anthology Arcade« .
« In 1980, Spiegelman and his wife, the French-born designer Françoise Mouly, founded the avant-garde comics magazine RAWMaus, Spiegelman’s meticulously researched exploration of his parents’ Holocaust experience, in which he depicts Jews as mice and Nazis as cats, was serialized in RAW from 1980 to 1991. It was also published in collected volumes by Pantheon. Maus is not only Spiegelman’s best-known work, but was transformative for comic art because of the unprecedented critical acclaim for what was then an underappreciated art form, and for its profound influence in exploring the trauma of the Holocaust in popular culture. The Wall Street Journal considered it “the most affecting and successful narrative ever done about the Holocaust” while the New Yorker called it “the first masterpiece in comic book history.” In 1992, the Pulitzer Prizes awarded Spiegelman a Special Citation for Maus, the first such honor for a cartoon artist. »
« In Maus II: A Survivor’s Tale, serialized in the early 1990s, Spiegelman focused on his parents’ postwar time in Europe and immigrant lives in America. »
« At the New Yorker, where he was a staff artist and writer from 1993 to 2003, Spiegelmancreated some of the magazine’s most iconic covers, including his and Mouly’s black-on-black portrayal of the Twin Towers in the issue following the 9/11 attacks. Spiegelman left the New Yorker to work on the broadsheet-sized color comic In the Shadow of No Towers, which explores his and his family’s experience as New Yorkers witnessing the attacks and their political aftermath. The work first ran in European publications and was later published as a book in the United States. In 2014, the New York Times selected In the Shadow of No Towers as one of the “100 Notable Books of the Year.”
« Spiegelman’s work has been featured in numerous exhibitions, including several major retrospectives, worldwide. Spiegelman’s awards include the Grand Prix, the Edward MacDowell Medal, and a Guggenheim fellowship. He was named to the Art Directors Club Hall of Fame and was made an Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres, one of France’s highest civilian honors. »
« Spiegelman has been vocal about the importance of the United States remaining a refuge for those fleeing persecution, a vision captured by Emma Lazarus in her famous sonnet « The New Colossus, » which his mother recited to him as a child. In 1903, the poem was inscribed on a plaque and placed on an inner wall of the pedestal of the Statue of Liberty, the « giant lady » that had first welcomed Spiegelman to America. In Lazarus’s words, Lady Liberty exhorts the world: “Give me your tired, your poor / Your huddled masses yearning to breathe free.”

« Art Spiegelman traits de mémoire »

De Clara Kuperberg et Joëlle Oosterlinck (2009)

44 minutes

Diffusions sur :

– Arte les 12 septembre 2011 à 0 h 20 et 6 octobre 2011 à 16 h 15 ;

– Histoire les 25 et 27 novembre 201410 et 12 février 201523 août à 21 h 45, 27 août à 18 h 10, 31 août à 23 h 25, 8 septembre à 8 h 15, 15 septembre 2016 à 0 h 10.

Visuels : © Wichita Films. DR

Cet article a été publié sur ce blog le :
–  11 septembre 2011, 7 janvier et 11 septembre 2013 à la mémoire des victimes, notamment Daniel Lewin, des attentats terroristes islamistes aux États-Unis et des pompiers morts en faisant leur métier le 11 septembre 2001 ;
– .16 février, 11 septembre et 25 novembre 2014, 10 février 2015, 23 août 2016, 12 septembre 2017, 11 septembre 2018, 12 septembre 2019.

[Source : www.veroniquechemla.info]

Escrito por Enrique Vaquerizo Domínguez

La película empieza así: un hombre entra a un bar, habla con la encargada y con gesto desesperado le pide la “suite presidencial”. Ella le detalla el coste en bolivianos de todo: unos baldes con el preparado especial, la lata vacía para hacer sus necesidades, el servicio de camilleros… El hombre paga por adelantado y añade un poco de dinero más para otro baldecito, “por si hace falta”. Después se encierra en un cuartucho miserable y oculto del establecimient

o para beber sin desc

anso durante horas, para beber hasta morir. Los setenta minutos siguientes son una recapitulación obsesiva de su vida en las calles como alcohólico e historia del cine boliviano.

—¿Cementerios de elefantes? ¿Vio la película? La realidad, jefe, la realidad. Aunque nosotros no robamos para pagarnos nuestros traguitos como “el Juve”, ese que hace de protagonista –el tío Leo, niega, sentado en el suelo, guiña los ojos y se tambalea un poco. Entonces baja la voz como si fuese a revelar un secreto y, por si acaso le contradicen, mira desafiante a sus compañeros.

—La pura realidad.

El cementerio de elefantes, la película que el director boliviano Tonchy Antezana rodó en 2008 con un presupuesto ínfimo, obtuvo diversos reconocimientos internacionales, entre ellos la nominación a mejor película extranjera en el Festival de Cine Independiente de Nueva York, en realidad bebe (y nunca mejor dicho), directamente, de la vida y obra de uno de los personajes más indescifrables de la cultura boliviana. El escritor, vagabundo y alcohólico, nunca ha quedado claro en qué orden, Víctor Hugo Viscarra, fallecido en 2006 y conocido como “el Bukowski boliviano”, exaltación del malditismo y cronista de los recovecos más sombríos de la ciudad de La Paz, empapados de pobreza, marginalidad y alcohol; sobre todo mucho alcohol.

“Para el que quiere tragos suaves hay cantinas que así lo sirven: para el que quiere tragos fuertes también hay especializadas; y para los que buscan morir al pie del cañón, es decir los que quieren suicidarse bebiendo sin parar, está el traguerío de Doña Hortensia, más conocido como el Cementerio de los Elefantes”. Con este párrafo extraído de su libro Borracho estaba, pero me acuerdo introdujo Viscarra, para siempre en el imaginario colectivo boliviano, una leyenda urbana, realidad marginal o pesadilla genuinamente paceña: “Los cementerios de elefantes”.

*    *    *

—¡He recaído!

Daniel, mejillas encendidas y ojos vidriosos, intenta mantenerse en pie y componer una media sonrisa de disculpa. Espera la reacción de Nieves durante un rato hasta que al final el equilibrio y la culpabilidad se desmoronan y aparecen las primeras lágrimas. Los otros asienten en silencio, miran al vacío, alguno sonríe.

Nieves Guevara, trabajadora social del Ayuntamiento de La Paz, ha escuchado estas palabras, cientos de veces, en realidad casi todos los días. Recaídas, pasos en falso, vueltas atrás, tropezones, desmoronamientos, momentos de debilidad… Ella siempre les dice que todo esto es parte del proceso y que siempre se acaba saliendo, que uno saca la cabeza y vuelve hacia arriba, que hay que volver a intentarlo, que después de todo la vida casi nunca es en línea recta.

—Bueno Dani, ¡no te preocupes! –le tranquiliza mientras reparte entre el grupo plátanos, mandarinas, botellas de agua…– con este tipo de vida es necesario comer algo, hidratarse. A veces se olvidan de comer durante días.

El lugar está en la 14 de septiembre, una ladera cercana al fondo grumoso de ese tazón que es La Paz. El descampado rebosante de cascotes y basura, las construcciones abandonadas de ladrillo sin enlucir, el grupo amodorrado que mira al sol resbalar sobre los rascacielos del barrio de Sopocachi, el tiempo detenido, los estallidos repentinos de cualquier cosa… aquí confluyen todos los ingredientes imprescindibles para componer ese bodegón de la marginalidad que es un torrante paceño.

Torrantes, en La Paz. Se denomina así a los lugares donde duermen las personas en situación de calle, personas que en su mayoría consumen bebidas alcohólicas e inhalantes. Un torrante puede estar en cualquier sitio: los bajos de un puente, un descampado, la orilla de algún río, el solar de algún edificio en construcción… Víctor Hugo Viscarra aporta en sus libros más localizaciones: basurales, casas medio abandonadas, antiguos mercados, zanjas, matorrales. Un torrante puede ser cualquier sitio porque en realidad al torrante lo hacen los torronterros. Nieves y sus compañeros del Programa de Atención a Personas en Situación de Riesgo de la Ciudad de La Paz tienen localizados unos quince torrantes en la ciudad, aunque sospechan que hay más, bastantes más. No son sitios fijos porque el torrontero se mueve, mucho. Los ves por todos sitios, desde la Buenos Aires al Prado, grupos de entre cinco y 10 personas deambulan en busca de espacios vacíos, sin construir. Algo difícil en una ciudad en la que el ladrillo avanza, como la termita, devorando implacable el terreno de las laderas en dirección al cielo.

—No hay motivo para llorar, jefe –reprocha el tío Leo, la gorra blanca encasquetada en el cráneo huesudo de anciano, el cuerpo flaco, los ojos chinos, retadores a lo Clint Eastwood. Dice que fue boxeador, además de albañil, un tipo duro. A estas alturas la llorera de Dani se ha contagiado a varios miembros del grupo.

Miguel Ángel se restriega la piel hinchada, moquea y se limpia sobre la manga de su abrigo mugriento, tiembla un poco al hablar. “Yo soy separado de mi pareja y ya no veo a mis hijos, por eso estoy aquí. No es por gil ni por tonto, sino por estar mal de la cabeza”. El último estallido contagia a Paty, que además de VIH y un hígado destrozado tiene dos hijos a los que ve poco, cuando se acuerda de ellos se pone a pensar en por qué está aquí y que la mayoría de los días no duerme en su casa; y entonces también llora.

—Da igual, no hay motivo para llorar, no –repite obstinado el tío Leo.

—¿Ustedes duermen aquí?

—No, no, solo vengo de vez en cuando –se indigna– está bien si quieres estar un rato con los amigos. Aquí nos vemos, echamos un trago y estamos todos tranquilos, mucho mejor que un bar. ¿No ve?

Los últimos datos son de 2014. El censo realizado en por Seguridad Ciudadana con ayuda de la ONU decía, aún dicen, que hay 726 personas con problemas de alcoholismo que viven en las calles de La Paz, 3.278 en toda Bolivia. A Patricia Velasco, gerente del Programa de Atención a Personas en situación de Riesgo Social del Ayuntamiento, esas cifras le parecen muy escasas. “Frente a la realidad que vemos cada día esos datos muy reducidos, sabemos que hay muchas más, aunque es difícil llegar a toda la población”. Patricia dice que hay tres tipos de personas en situación de exclusión vagando por las calles paceñas: “Están aquellos con trastorno mental, que se perdieron fuera de la realidad con cuadros de esquizofrenia, que han creado su propio universo y caminan solas. Un segundo grupo que son personas sin hogar pero que no consumen, algo poco frecuente. Y por último las personas sin hogar y en situación de consumo, estas suelen ir en grupos grandes de tres, cinco, 10 o hasta 20 individuos. Establecen un sistema de protección colaborativa es una forma de tener una familia, para poder compartir lo que tengan: comida, una manta, alcohol. Muchos han hecho de la calle su territorio y de su vida. Si un grupo invade el territorio de otro, tendrá problemas”.

¿Se conocen de hace mucho tiempo? Cinco o diez años al menos, eso seguro. El tío Leo duda e intenta recordar quién llegó antes. Los demás lo intentan también, pero se pierden y no llegan a ninguna conclusión. En cualquier caso, mucho tiempo. “Yo, si puedo, vengo todos los días”, confirma aún entre hipidos temblorosos Miguel Ángel.

De vez en cuando sobre el descampado pasan las cabinas de la línea blanca del teleférico, orgulloso símbolo del desarrollo paceño. Pompas de jabón ligeras y transparentes en las que pueden distinguirse a algunos de sus ocupantes; inclinados contra el cristal, señalan, toman fotos, intentan averiguar qué hay debajo.

—Yo subí una vez, en la línea roja que va a El Alto, pero iba “tan chueca” (borracha), que ni me acuerdo. Me mareé y me tuvieron que bajar rapidito –Paty ha dejado de llorar y ahora, de repente, se ríe al recordarlo.

—Es como estar flotando en el aire, como volar –Miguel Ángel se lleva la mano a los testículos y después al cuello–. Aquí se te ponen, ¡aquí! Mucho más que la vez que subí en avión para ir a Buenos Aires.

—Este qué va a subir a un avión. Es un bruto como nuestro presidente, un campesino no más. No le haga caso, campesino es como el Evo, pues.

—Pero don Leo: ¿Hay muchos bares clandestinos? ¿Usted conoce?

—Claro que conozco, en la Buenos Aires, la Eguino, la Garita de Lima, el Tejar junto al cementerio… la gente se queda durmiendo ahí, en un cuarto con una lata de trago.  La gente se queda. La gente, pero yo no. Yo no me quedo.

Nieves termina de repartir la fruta, anuncia los horarios del refugio Zenobio López, algunos la llaman “mamita” y le dicen que la quieren. “Claro que te afecta si recaen, pero es así, o lo asumes o no haces este trabajo, pero claro que te afecta”.

Desde que hemos llegado está en todas partes, en sus alientos, en sus pupilas dilatadas, en la mugre del suelo y los zapatos sucios. En la alegría y en los silencios. El “trago”, como una ausencia estruendosa, está en todas partes, pero desde que hemos llegado no hemos visto una sola botella.

El tío Leo ha sido constructor –“no solo albañil; constructor”–, puede calibrar de un vistazo cuánto cuesta levantar cada edificio de los que tenemos enfrente. Frente al terraplén, en el centro de la hoyada, los rascacielos del barrio de Sopocachi, cada vez más numerosos, estiran sus cuellos de diplodocus para ramonear las nubes.

—¿Ve esos edificios? Los entierran allí.

—¿Pero eso ya no pasa, no?

—Debajo, están todos llenos, ¿No ve, Sullu?

—¿Qué?

—Sulluuuu, ofrenda.

—¿Pero eso quién lo hace? ¿El constructor?

—Para que no se caigan las torres, Sullu, ya dije pues: ofrenda.

—¿Pero usted no lo ha visto, no?

—No, pero lo sé. Cogen a estos pobres… a estos pobres borrachitos –señala a Dani, le palpa la cara, le da un abrazo– y los empujan dentro. Una noche estás bien, das un paseo, te invitan a tomar y al otro “sos piola”.

—¿Y no le da miedo?

—Claro, hay que tener cuidado… shhhhhhhhhhhhhh –confirma Miguel Ángel filtrando al llevarse el dedo a los labios una vaharada etílica.

Uhhhh, esa es la vida del boliviano, cuando uno se decepciona, cuando uno está cagado… Se va allí y ya no vuelve –el tío Leo bizquea, se queda callado y de repente agita los puños, ensayando una arremetida retadora contra los mastodontes de cemento–. Un dos, un dos. Tenga cuidado –advierte, a nadie en particular– fui boxeador. –De repente parece recordar algo.

—Cementerios de elefantes, eh… ¿Vio la película?

*    *    *

“Esconden las botellas para que otros grupos no se las quiten si llegan de improviso. Por eso casi nunca las ves cuando estamos con ellos, si acaso aparecen cuando ya están vacías. A veces incluso las entierran para otro día, siempre se acuerdan de donde están”, dice Nieves. Frente al Hogar Zenobio López, descansando bajo los árboles, hay un grupo de personas que dormitan. No parecen tener intención de entrar, aunque tampoco podrían si quisieran. Al Zenobio solo se accede en un estado de completa y absoluta sobriedad.

—Es una población a la que La Paz le tiene mucho miedo.

El hogar empezó hace año y medio y, según cuenta Patricia Velasco, se planteó para reducir el daño y tratar de cambiar la forma en que la ciudad veía a su población alcohólica. Los requisitos para entrar no son tan exigentes, tan solo hay que evitar estar ebrio y no consumir dentro el día que están allí. “Pueden llevar a la puerta su traguito, pero no entrarlo. Si deciden entrar pueden bañarse, tener atención psicológica, prepararse aquí su comida. La idea es trabajar en la dignidad de la persona, tú puedes tener un problema de consumo, pero eso no te impide bañarte, cortarte el cabello… Tratamos de recuperar su dignidad y que pasen algunos días sin consumir. Más tarde ya les preguntamos qué quieren hacer con su vida”.

Cada miércoles y viernes acuden al refugio entre 8 y 35 personas, muchos, sin metáforas, a sanarse las heridas. “Realizamos suturas, curaciones, de contusiones, vienen sobre todo con lesiones por corte punzante, se pelean entre ellos, se golpean con palos, etcétera”. Leonardo, el médico del hogar, hace recuento de daños y enfermedades. “El 80% de nuestros pacientes ya tienen cirrosis, casi todos tienen úlceras gástricas. Tratamos con omeoprazol, pero es como ponerle diques al mar. Les damos el tratamiento, pero solo aquí dentro; afuera ya es cosa de ellos”.

La edad es importante. Mirko Terán es psicólogo y coordinador del programa de Atención de Población en Situación de Calle de la Alcaldía y dice que la edad a la que se empieza a beber es clave, “muchos comienzan con doce, trece, otros con ocho. Si has empezado con 20, el hígado está más formado, te sirve como protección. Pero si empiezas tan pronto es complicado, tienes menos posibilidades. Los que han sobrevivido y ya tienen 30 años también tienen más opciones porque su consumo va disminuyendo. Pero hay que sobrevivir hasta esa edad, claro”.

—¿El suicidio? ¿Es habitual?

—En los años que llevo aquí, no he visto nunca nadie que se haya suicidado, pero sí que hay muchos cuadros de sintomatología depresiva… que lo pasan muy mal. Esto es más bien un proceso de morir cada día un poquito.

Hoy los chicos no han tomado, pasan el tiempo, comen golosinas, alguno trabaja en la construcción de una nueva pista de fútbol sala para el Centro, dan patadas a un balón a medio hinchar, caminan lentamente por el espacio enrejado, las casetas de uralita, el lavadero, el consultorio médico, el psicológico, dan vueltas por el santuario libre de alcohol en el que podrán refugiarse hasta las 20:30. Afuera, el grupo de formas tendidas bajo los árboles espera a que salgan.

*    *    *

“Puedo decir que a los doce años me sumergí de cabeza en la noche. En sus oscuras entrañas aprendí muchas cosas, buenas y malas. La noche en La Paz es un laberinto que, al no tener principio, tampoco tiene fin y uno pude perderse para siempre. Aprendí a vagar sin extraviarme por la noche paceña, pero debo aclarar que ha sido a costa de un gran sacrificio. Sea verano o primavera, lo peor es el frío, y por supuesto, la soledad; cuando uno no tiene compañía tampoco sabe dónde irá a descansar”

Víctor Hugo Viscarra (Pasaje de Borracho estaba, pero me acuerdo).

“Era un tipo que había leído, no puedes manejar el castellano como lo manejaba él sin haber leído”. La primera vez que me dieron algo para leer de Víctor Hugo dije: “puta madre, este cojudo sabe poner las palabras”.

Armando de Urioste, cineasta, fotógrafo, crítico de cine, todoterreno de la escena cultural boliviana, el hombre que enterró a Víctor Hugo Viscarra tras conocerlo en la última etapa de su vida, recuerda, sobre todo, la primera vez que lo vio:

—Yo leí por casualidad un fragmento suyo en un periódico, ya había publicado cuentos en una editorial casi desconocida de Cochabamba. Entonces intento ubicarlo, aunque me dicen que es un hombre de la calle y era difícil, se me ocurre llamarle de jurado para un premio cinematográfico: el Premio de cortos Amia de Gallardo; quise invitarlo como “no especialista”. Llegó tarde, por supuesto. Cuando ya estábamos reunidos me llama un guardia y me dice: “disculpe, hay un señor que lo está esperando ahí afuera con un trancazo del carajo”. Me asomo en la puerta y aparece un hombre de la calle; sucio, hediondo, bañado en alcohol. Entró y estuvo mirando los vídeos muy callado, al marcharse dijo que todo lo que vio le habían parecido “huevadas”.

—¿Pero existen realmente los cementerios de elefantes sobre los que escribió Víctor Hugo?

—En La Paz hay dos mundos diferentes, pero a veces muy relacionados, el de la literatura y la bohemia y el de la calle. Víctor Hugo es un puente entre los dos. El problema de los escritores bolivianos relacionados con esa bohemia, como Arturo Borda, Jaime Sáenz o como el propio Víctor Hugo, es que desde el punto de vista estético se pierden demasiado en el alcohol. Al final esa fascinación acaba por diluir su talento. Él (Víctor Hugo) nunca quiso que lo asimilasen a autores como Sáenz, de él siempre decía: “es un charlatán que no conoce el alcohol ni la noche”. Cuando vi la película de Antezana pensé en Víctor Hugo y creo que le hubiese gustado, aunque nunca se sabe. Aunque a él le costaba reconocer las cosas que le agradaban, era siempre un sí, pero no… ¿Si existen los cementerios de elefantes? No lo sé, pero sí sé que en Víctor Hugo, a diferencia de los otros, esa vida no era una pose, era una vida real.

*    *    *

Don Carlos tiene 48 años. Pablo, 42. Los dos son paceños. Pablo no llegó a conocer a su padre, Don Carlos en cambio creció con su familia. Ambos se iniciaron en “el trago” durante su adolescencia, entre los 14 y los 15 años. Los dos empezaron en fiestas familiares, por experimentar, ambos con alcohol etílico mezclado con un poco de gaseosa. Pablo con un soldadito, como así llaman en Bolivia a la botella pequeñita de 20cl. Don Carlos en cambio eligió para de su desvirgamiento una graduación más señorial. Su primera vez fue con un “general” de a litro, rebajado con un poco de agua. Los dos se toman hoy una tregua en el Zenobio López, ninguno sabe a ciencia cierta dónde dormirá esta noche.

A Pablo siempre le ha gustado la música; toca la guitarra acústica, electrónica, el bajo y el charango. La música fue durante mucho tiempo su prioridad –“me levantaba a las cuatro de la mañana para tocar”–, casi su obsesión –“íbamos a los pueblos del Altiplano, en las ceremonias, se necesitaban músicos, tienes todo gratis con el grupo, harta bebida, bien atendido… Yo ya estaba casado, pero me quedaba cuatro días enteros de fiesta, a veces una semana…–”.

Don Carlos dice que estas cosas suelen ser muy progresivas, aunque el detonador siempre suele estar ahí, como en su caso, listo para explotar. La década en la que incendió su vida fue la de los 30. Conductor de autobuses, perdió su trabajo a los 32 años, su madre fallecería un par de años después, su esposa al año siguiente. A partir de ahí, arrastrado por el peso de sus muertos, emprendió la pendiente abajo: “decía, esta semana voy a tomar por mi mamá, la siguiente por mi esposa… otra porque no tengo trabajo… Pequeñas justificaciones para tomar. Manipuladores, mentirosos, en realidad así somos los alcohólicos…”. A los torrantes ha empezado a ir los últimos años, cuando perdió su casa –“antes no, nunca”–. A él siempre le ha gustado, en realidad, aún le gusta, beber solo.

Mirko Terán dice que desarrollar un consumo problemático muchas veces es como jugar a la lotería. Tienes que cumplir los cinco números premiados, que todo lo que pueda salir mal, salga mal, cinco factores: empezar alrededor de los 14 o 15, tener una familia desestructurada, perder una red de protección familiar, tal vez sufrir un trauma personal y estar en el entorno inadecuado. “Todos empiezan en un contexto muy permisivo, los prestes, las celebraciones, la fiesta del barrio, de la zona. Estas fiestas son un símbolo de posición social para la cultura aimara, en zonas como la Rodríguez o la Garita de Lima hay prestes todos los días, las familias chupan juntas, la gente bebe hasta caerse y los niños aquí crecen contemplando esto con normalidad”.

—¿Te refieres a La Paz?

—A toda Bolivia.

*    *    *

A los paceños el alcohol les preocupa, o al menos eso dicen los datos. La Secretaría Municipal de Seguridad Ciudadana de La Paz ha publicado recientemente una encuesta sobre Victimización y percepción de seguridad ciudadana por parte de los habitantes de la ciudad. A la pregunta ¿cuáles son los principales problemas de inseguridad que afectan a su barrio?, El 28% de los encuestados señalaron en primer lugar la presencia de bebedores consuetudinarios (frecuentes). El consumo de alcohol en la vía pública, con un 26,5%, ocupa el siguiente lugar de sus desvelos. A la pregunta ¿cuáles son los principales factores de riesgo social que usted advierte en la ciudad?, más de la mitad (56,7%) señalaron la tolerancia al consumo de alcohol, seguido (17,8 %) por la tolerancia a actividades folclóricas y fiestas. El coronel José Luis Ramallo, secretario general de Seguridad Ciudadana, enseña las estadísticas y los esfuerzos entre el escepticismo y la resignación.

“La venta de alcohol en tiendas y bares clandestinos está prohibida, si los vecinos denuncian se cierran. La zona de la Max Paredes y el Centro es donde se concentra una mayor cantidad de establecimientos que expenden bebidas alcohólicas, tanto legales como ilegales, pero hay cientos de locales clandestinos en la ciudad, es complicado focalizarse solo en un sitio, además administrativamente no puedes hacer mucho más allá que decomisar. Aunque se decomisen las bebidas y se cierren los bares ilegales por 15 días como establece la ley ellos tienen facilidad para conseguir de nuevo el mobiliario y habilitarlos. Si los clientes quieren en poco tiempo están funcionando de nuevo. Y los clientes, por el momento, quieren”.

“Intentamos modificar patrones de comportamiento, tenemos 106 unidades comunicativas que trabajan en los colegios e institutos, para prevención de consumo de alcohol y otras drogas. Tenemos reuniones con Intendencia y con la policía todas las semanas. La solución pasa por una toma de conciencia ciudadana. Hay colegas de la policía que me dicen que el aimara tiene esa tradición cultural de encontrarse en la calle para compartir comida y alcohol. En La Paz tenemos más fiestas que días del año”.

“¿Cementerio de elefantes? Los hay, o eso dicen. Aunque con seguridad no puedo darle más información, tendría que preguntar en Intendencia”.

El agente Marcos Chura, asesor legal de Intendencia Municipal de la ciudad de La Paz, puede contar esa pregunta por el número de veces que ha recibido a un periodista, dibuja con sus cejas un gesto que parece solicitar ayuda divina para reforzar su paciencia y retoma el hilo de lo que estaba contando.

—La tipología de bares clandestinos es muy variada, imposible encontrar un estándar. Pequeños, grandes, la mayoría no tienen buenas condiciones y apenas son una casucha, pero otros tienen incluso cámaras de seguridad o personas controlando fuera. La mayoría de los clientes son personas sin recursos, alcohólicos, y las bebidas que se expenden son preparadas en muchos casos por los dueños, puro veneno.

—¿Han encontrado algún cadáver en ellos?

—Rara vez, aunque imagino que si hay alguno los dueños los botan lejos. Los cadáveres de alcohólicos se encuentran normalmente en un descampado o en plena calle. Lo que si hemos encontrado en muchas ocasiones han sido cultos, altares con calaveras humanas. Ya sabe, “las ñatitas” que utilizan los aimaras para atraer a la buena suerte. Aquí las usan para que el negocio vaya bien, para que no haya problemas, para que nosotros no lleguemos a intervenir…

—¿Pero qué define a un cementerio de elefantes?

—La característica que define a un bar ilegal para ser considerado como “cementerio de elefantes”, como popularmente se les conoce, es cuando dentro del local existe un cuartito. Un cuartito cerrado que solo puedo abrirse desde fuera. Luego entras y sueles encontrarte un colchón en el suelo, a veces un balde… En 2018 hemos encontrado ya tres o cuatro por la Garita de Lima y la Max Paredes con estas características. Se les pregunta al dueño ¿para qué es eso? y siempre dicen es el cuartito del cuidador, de la limpieza, la bodega, un cuartito más…

—¿Pero para qué suelen usarlos los clientes? ¿Para beber solos? ¿Para suicidarse?

—No sabría decirle.

*    *    *

La última denuncia acerca de un cementerio de elefantes se produjo hace unas semanas en el cruce de Villa San Antonio, cerca de la parada de la nueva red de autobuses del Puma Katari. El lugar es escarpado, casi en el borde de la caldera paceña. Las calles en esta zona son paredes casi verticales con pintadas de “Evo no se va” o “Goni preside” como única nota de color sobre el ladrillo desnudo. El corazón protesta acelerado con cada esfuerzo y los jadeos subrayan la dificultad evidente de vivir a 3.600 metros de altura. Cuesta encontrar el sitio exacto que me han facilitado en Seguridad Ciudadana, cuando se pregunta a los vecinos por un bar clandestino. Algunos aprietan el paso, una señora se ríe, “¿cuál de ellos? Sí, por aquí hay decenas”.

—¿Cementerio de elefantes?, Ah, se refiere a la casa de los borrachitos. Sí, es allá arriba.

Junto a la casa hay restos de botellas rotas, perros que ladran, regueros de chatarra abandonada y un montón de vecinos que salen de todos lados dispuestos a quejarse. Dicen que les da miedo, que son agresivos y a veces intentan entrar en las casas de los vecinos, que no para de subir gente de los torrantes a cualquier hora del día, que hace poco ahorcaron un perro grande y lo tiraron un poco más allá… Todos contemplan la casa amarilla a una prudente distancia. Varias mujeres aimaras cuentan varios intentos de atraco.

—Dicen que el dueño es hijo de una familia que se fue a España, es alcohólico desde siempre y el único de ellos que se quedó en La Paz. Le deben mandar dinero para pagar la luz y el gas.

Llegan como un goteo, de dos en dos, figuras titubeantes con botellas de plástico en la mano, indiferentes a los ladridos de los perros y las miradas rencorosas de los vecinos, llaman a la puerta, los cristales de las ventanas tapados con posters de David Bowie no disimulan el ruido de música, de vidrios rotos. Al acercarnos una cara oscura se asoma a vigilarnos desde una ventana, una sobra oscura y sonriente, desaparece después de un momento.

—No, muertos no han encontrado, pero el ruido, la delincuencia, así no se puede vivir. Cuando empiezan a beber pueden estar días enteros encerrados ahí dentro, días enteros sin parar.

*    *    *

Para algunos de sus habitantes La Paz es una ciudad en guerra.

“Cuando entro en guerra y empiezo a tomar, mi cuerpo puede aguantar varios días, cinco, seis, siete… pero al noveno o al décimo ya no puede más y se cae. Agradezco a Dios darme un cuerpo así de pequeñito. Hay gente que cuando le entra puede tirarse meses”. “Entrar en guerra” en el argot de los alcohólicos de La Paz significa empezar a tomar durante días y dejarlo todo, olvidarse de comer, de dormir, de bañarse, olvidarse del frío y del calor, de las penas y la soledad, dedicarse solo a tomar hasta romperse.

Fernando, ojos chinos, mejillas rojas como cerezas, hablar pausado, como si las palabras fuesen a hacerle perder una calma hoy conseguida, es cruceño y tiene 40 años, lleva 20 en La Paz, de esos últimos 20 años solo ha pasado un año sin beber. Raro, ese año lo recuerda raro, todo el tiempo se sentía flotando, como en una burbuja. Estos días trabaja en la pista de fútbol sala del Zenobio Gómez, ayuda a hacer la mezcla, una carretada tras otras, acarrea el hormigón, dice que le hace bien, que lleva casi veinte días sin beber, uno de sus periodos más largos en los últimos años. Para conseguirlo tiene que salir temprano por la mañana de la pensión en la que se queda ahora, salir temprano y muy rápido para huir de sus amigos, sin mirar a los lados, hacerse el sordo a las llamadas que ya desde bien temprano le ofrecen un trago.

¿Pero en la calle hay amigos?

“El trago te transforma, cuando tomas mucho, a partir del tercer día se distorsiona todo, al cuarto, puedes haber estado con alguien tomando al lado y de repente dejas de reconocerlo, le pegas, le robas, etcétera. Hay muchos casos de gente que se mata entre ellos tras pasar días bebiendo porque ya ni distingue. Aunque también hay gente buena, que te ayuda. Yo me he encontrado de todo”.

“Como en la guerra y en el amor, en el vicio todo vale”. Juvenal, el protagonista de Cementerio de elefantes, dice eso cuando vende por cien dólares a su amigo “el Tigre” al capataz de una obra para que lo entierre vivo en los cimientos del edificio como ofrenda a la Pachamama.

“No, ahí no hay amigos, eso es un mundo aparte”. Don Carlos parece tenerlo bastante claro. “Entre nosotros, amigos, amigos no hay. Hay consumidores abusivos, agresivos, violentos, la gente ebria es imprevisible y uno está muy vulnerable Aparentemente son tus amigos, pero solo hasta que beben. Luego te hacen daño si te ven indefenso. A mí me han pegado y robado varias porque no podía reaccionar. Luego vuelves a verlo al día siguiente y hacen como si nada, yo es algo que no comparto. En la calle mucha gente no es sincera”.

Hay una valoración social, colectiva del alcohol, aquí… Bolivia toma como pocos países en Sudamérica, y desde muy temprano. El abuelo chupa con el nieto, hay un resabio de esa función social que cumplía el indígena en el ayllu”. Armando Urioste defiende que Víctor Hugo en sus libros hace una recreación completamente real y humana de la vida en la calle. “Nunca se fiaba de sus compañeros, siempre decía: ‘En cuanto me duerma el cojudo este me va a deshacer’. La ciudad de La Paz es una ciudad de brujos, hay un espíritu de resistencia surgido del cerco al conquistar la ciudad. El paceño no sabe muy bien dónde quiere ir, pero le importa un carajo porque mientras se pueda chupar y bailar todo está bien”.

*    *    *

—Buenas noches, mi nombre es F y soy alcohólico.

Sillas de plástico colocadas en círculo, rituales ceremoniosos, la pizarra que enumera los doce pasos redentores y un cartel de advertencia: “Lo que oigas aquí, lo que veas aquí, déjalo que se quede aquí”. Una visión para ti, así se llama uno de los 28 grupos de Alcohólicos Anónimos que existen en la ciudad de La Paz. Entre seis y ocho personas se dan cita todos los lunes, miércoles y viernes. Basta un vistazo a F para identificarlo como un habitante de la Zona Sur, uno los barrios más prósperos de la ciudad: zapatos elegantes, gafas de concha, teléfono caro, pinta de que podría estar aquí como dirigiendo en una reunión de su departamento, lleva viniendo casi todos los días desde hace diez años. “Alcohólicos Anónimos no es una parte de mi vida, es mi vida. El día que deje de venir estoy perdido”. F empezó como muchos aquí: “de jodas para adolescentes, en boliches, hasta que me di cuenta de que tenía un problema”. El problema provocaba que su madre y su abuela acudiesen varias veces a buscarlo hasta a la morgue tras una semana sin aparecer por casa. Hoy lleva diez años sin beber, pero: “mi obsesión me hace estar pensando en el alcohol en todo momento”.

M preside la reunión, lee fragmentos de textos como La sobriedad recobrada y escucha atentamente. M es metalero, literalmente: anillos, cruces, collares pulseras, camisetas de Metálica y una gravedad casi litúrgica en todo lo que hace. Sostiene que los problemas con el alcohol no comienzan desde el trago sino a veces desde el vientre de la propia madre: “mis padres estaban borrachos a veces dos y tres días. Yo empecé a beber a los 13 años, mis hermanos mayores venían a visitarnos y se armaban fiestas grandes de familiares en casa”. Al grupo de Alcohólicos Anónimos vienen cada día desde personas sin hogar a estudiantes o ejecutivos, aunque F señala que a las clases medias y altas les cuesta mucho más reconocer que tienen un problema. “Aquí decimos que el alcohólico para reconocerse como tal tiene que tocar varios fondos: materiales, físicos y emocionales. Las clases altas no se dan cuenta del problema porque aún no han perdido nada”.

Para M la relación con el alcohol en su país es especial, aunque tal vez no tanto. “En Bolivia no se entiende la fiesta si no hay alcohol, fiesta y borrachera. Aunque un alcohólico es un alcohólico aquí y en cualquier parte del mundo”.

*    *    *

 —Él siempre decía: “yo no soy alcohólico, yo me abrigo con el alcohol de la noche paceña”.

Armando de Urioste conoció a Víctor Hugo a sus 46 años, no tuvo mucho tiempo, el autor ya había dejado por escrito que solo quería llegar hasta los 49 años. Su intención era pegarse un tiro antes de los 50.

—Nunca se tomaba en serio que escribía, nunca quería que le dijesen escritor. Pero luego cuando había que buscarlo por Chijini, donde estaban los cementerios de elefantes, decía: “preguntad en los bares donde estaba el escritor”. Yo no me lo tomaba muy en serio y siempre le preguntaba: ¿Víctor Hugo, tienes miedo a la muerte? Y él respondía: “El que tiene que tener miedo es Dios, debe estar con el culo apretado porque cuando lo veo le pienso decir: ¿Por qué me has hecho vivir la vida que he vivido?”.

*    *    *

 “Me duermo a medianoche, me despierto de 5:00 a 5:30, dejo las cosas en algún rinconcito que no sea visible y luego comienzo a beber. ¿Qué si bebo todos los días? Sí, para contrarrestar el frío, lo peor en La Paz y más de noche es el frío. Me da igual, lo que sea, cualquier cosa, lo más económico es el alcohol puro. Lo mezclamos con agüita porque purito no se puede beber. A algunos les gusta beber acompañados. Yo siempre he preferido beber solo”.

¿Y “la perseguidora” cómo es?

Don Carlos: “Es como un síndrome de abstinencia cuando uno ha bebido en exceso. Estás alteradísimo de los nervios y al final acabas por beber de nuevo para lograr calmarte”.

Pablo: “Lo que sientes es que necesitas un trago urgente, estás sobrio y tienes lo labios azules, toca la movilidad, la bocina y te saltas, estás susceptible y tienes miedo a todo”.

Fernando: “Te sientes como si hubieses hecho algo malo, como si hubieses matado a alguien”.

¿Conocéis gente que lo ha logrado?

“Sí, conocemos gente que ha salido de esta enfermedad”.

¿Os alegráis cuando os enteráis de eso?

“A veces te frustras y piensas ¿por qué él lo ha logrado y yo no? Luego te los has encontrado y no te tratan mal, te dicen ‘don Carlos ¿cómo vas? ¿Estás en guerra?, dale duro pues, resiste… mucho ánimo’. Otros, sin embargo, antes de que les pidas, ya te están dando plata y se están yendo para evitar hablar contigo. ‘Dame unos cuantos pesos, ya chau, chau…’, y así se aseguran de que desaparezcamos rápido”.

Fernando, ¿y esos sitios existen?

“Yo no lo sé, pero lo he visto en un vídeo, la película del señor que se suicida bebiendo ¿no? Eso sí, he visto mucha gente que mueren en la calle, jóvenes, viejos, hipotermia, intoxicación… Viene Homicidios y se lo lleva a la morgue si no tiene parientes. Al cabo de los 30 días creo que los entierran en la fosa común. Da miedo ¿no? Claro, yo quiero morir en una casa, con honores. Morir en la calle es feo”.

Nieves Guevara cuenta que muchas veces son los propios alcohólicos los que entierran a los suyos cerca de los torrantes, que prefieren eso antes de dejarlos ir a la morgue. Los chalecos amarillos de la Municipalidad de La Paz se dirigen hacia el torrante Paraguay cerca del río Choqueyapu. Allí, más allá de los carteles en los que se vende terreno, seis personas se apretujan contra un matorral y la alambrada que les separa de la autopista. Todos miran hacia la corriente, que corre sucia y exigua. Unos metros más allá, como en un altar triste, están los restos de la chabola de lata desparramados en el suelo. Hay un perro de ojos amarillos tumbado junto a sus dueños, apenas respira y parece medio muerto. La chica del grupo abraza un osito de peluche y se balancea con los labios amoratados y la cara color frío.

Nieves cuenta que los miembros de otro torrante a los que llaman “los tortus” han venido esta mañana y les han atacado, destruyendo su cabaña. Las peleas entre alcohólicos son constantes, también lo son los maltratos por parte de la Policía Municipal.

—Abusivos, abusivos son –María aprieta más fuerte el osito y murmura que las palizas le han hecho ya tener tres abortos.

Bebo –“así me llaman porque bebo de noche y de día”– es el hermano de María, y está en una escuela evangélica, formándose para ser predicador. De vez en cuando recae y todos saben que pueden encontrarlo aquí, cerca del río, con la voz temblorosa se empeña en intentar hablar en inglés, mientras José que tiene la cara desfigurada por el ácido –“probablemente debido al ataque de uno de sus compañeros”, como aclara Nieves– lo hace en portugués. Chococuip, el perro que parecía moribundo, de repente despierto luce mejor que sus dueños y contribuye con ladridos a esta especie de Babel disparatada en la que cada uno parece encerrado en su propia burbuja, juntos, pero a océanos de distancia. La rutina se repite, reparto de fruta y agua, recomendaciones para ir al Zenobio y recuento de daños y heridas.

—Abusivos, abusivos son.

Gary trabajó durante años como policía municipal en la ciudad de La Paz. Durante años se dedicó a desmontar torrantes, confiscar bebidas o mandar a comisaría a algunas de las personas que hoy visita desde que cambió de trabajo. Hoy, Gary es chofer para el equipo Programa de Atención en Situación de Riesgo Social de la Alcaldía. “La mayoría le agarra un pánico atroz a la policía, la verdad es que se cometen muchos abusos. Desde que lo veo desde este lado la verdad es que te vuelves muchísimo más empático con cómo son, lo que hacen, cómo piensan”. Gary conduce de vuelta a la sede central del programa y dice que tras años conviviendo con la gente de los torrantes hay cosas que tiene cada vez menos claras. Que enfrentarse a los problemas de la vida a veces es muy difícil, que esos problemas a veces te quiebran por dentro y que incluso a él hay días que le dan ganas de no levantarse de la cama.

—Tal vez ellos sean más felices así, no preocupándose de nada más que de tomar. Viviendo al día. ¿Quién puede saberlo?

*    *    *

El Sótano, la Curva, el 777, el Putunku, las Ventanas, el Tejar, la Ch’ascamaria, El Averno, Las Carpas… La Paz está llena, cientos de nombres; bares, locales, antros, boliches con una reputación más o menos sórdida, muchos de ellos desaparecidos disueltos en la bruma de malditismo de una ciudad que muda constantemente su piel de ladrillo. Hoy la la Ch’ascamaria en la 16 de julio es apenas un edificio en ruinas, y el Putunku en la Buenos Aires una pensión familiar. No importa, me dice un vecino, hay más, muchos más. En esa calle, la Buenos Aires, una de las más largas de La Paz, al final del día “la trancadera” del tráfico repta lenta y trabajosamente por el asfalto, al fondo el Ilimami aparece y desaparece rodeado de guirnaldas de nubes, mientras el aire se llena de bocinas impacientes y voceadores que anuncian destinos, de olor a sopa de verduras y humo de los anticuchos. A esta hora hace frío, otra vuelta de tuerca más en esa conjunción de microclimas que es la ciudad; sol ardiente por la mañana, chubascos repentinos y agresivos que descargan al mediodía y atardeceres mortecinos y otoñales que dan paso a un frío polar que cala los huesos al escapar el sol. Entre las movilidades hay un grupo de hombres borrachos, ennegrecidos, acuclillados, se apretujan contras los neumáticos, tiritan, comparten con manos temblorosas un general de alcohol de caña mientras esperan, con miradas vacías e indiferentes la llegada de la noche paceña.

Y la noche paceña llega y se enciende de golpe, con miles de luces amarillas y azules que tililan entre los cerros oscuros, como un árbol de Navidad, una invasión de enormes luciérnagas extraterrestres  o una verbena a punto de cerrar, el camino de la plaza Eguino a la Garita de Lima es aún un hervidero de gente, los niños aimaras parecen muñecos asomados a los aguayos de sus padres que esperan a las movilidades, un grupo de hombres se aprieta contra una televisión de un puesto de comidas para ver un capítulo de los Simpons, los goterones de ají vuelven a las escudillas desde las bocas abiertas. A esta hora miembros de las decenas de grupos evangélicos y sectas de la ciudad reparten propaganda y con un altavoz un predicador anuncia la llegada del fin del mundo y el seguro ingreso en el infierno de todos los presentes. Los aparapitas (cargadores) de la calle Granados se van dormir sobre las tablas de madera de los tenderetes, envueltos en sus mantas y abrazados a sus botellitas, hay un olor a fruta podrida y desechada del mercado de la mañana y a gasolina almacenada para el día siguiente. La ciudad se prepara para entrar en un estado de duermevela, pero en la Illampu las droguerías permanecen abiertas. En La Paz las tiendas donde se alimentan los alcohólicos no son licorerías sino droguerías. Cajas y cajas apiladas de cartón, algunas abiertas, dejan ver su esqueleto con botellas de plástico. Junto a un dibujo de un caimán y con una tipografía que pretende ser llamativa, pero sin estridencias, todas dicen lo mismo:

“Alcohol potable de caña: Caimán. 1L. Consumo interno. Industria Boliviana”.

Llegan en parejas o solos, ordenan una botella y se dispersan, el encargado abre y cierra el enrejado cada cierto tiempo. La Paz de noche se llena de sombras y todo, edificios, personas, movilidades y perros sarnosos, adquiere un relieve extraño y furtivo, como las figuras de trazo grueso de Toulouse-Lautrec. En la plaza Garita de Lima hay un edificio hecho a base de bloques de adobe, vestigio de una La Paz antigua que poco a poco ha ido desapareciendo. A sus pies, las estructuras de madera de las carnicerías que despachan cada la mañana, detrás de ellas una puerta de hierro pequeña y medio oxidada, tras ella el boliche Las Ventanas continúa abierto día y noche.

Tardan en abrir y al descubrirnos lo hacen a regañadientes. Solo hay cinco o seis mesas de plástico, sillas desvencijadas, paredes desnudas pintadas de verde, algún póster de la selección boliviana en el 6 a 1 que le endosó a Argentina en el 2008, o de mujeres en topless que sostienen una Huari bajo la leyenda “Siempre hay algo por lo que celebrar”. En un rincón hay un televisor que parece no haber funcionado nunca y dos altavoces por los que se escapan a duras penas canciones conocidas de los Kjarkas. La mayoría de los clientes beben chuflays, singani, el aguardiente tradicional boliviano mezclado con 7Up. Los clientes, no hay muchos, parecen ser habituales. Varias mujeres, una de ellas con la cara desfigurada por las cicatrices, ríen con un tipo de cara color ceniza rodeados de botellas vacías. De vez en cuando hacen amago de bailar entre ellas, aunque apenas pueden mantener el equilibrio unos segundos. En las otras mesas hay varios tipos solos, taciturnos, alguno parece dormir, los ojos cerrados y las piernas extendidas, la mano firmemente cerrada sobre su vaso. El más borracho de todos parece ser el camarero.

Unos treinta años despeñados, cazadora vaquera y mirada turbia, como un cliché barato del hampa. Va de un lado a otro con un coronel casi vacío que de vez en cuando vuelca infructuosamente sobre dos vasitos de cristal. Está empeñado en que somos artistas de cine, presentadores de Canal 16 o algo, que hemos ido allí a grabar localizaciones. Desde luego él nos ha visto en algún sitio y si vamos a hacer algo él quiere salir en la película. Va y viene insistente mientras apura la botella. El hombre que está con las mujeres en la mesa de enfrente no nos quita el ojo de encima.

—¡De la tele! Seeeeguro, son ustedes de la teleeee, les he visto en algún sitio segurooo. Los progrmaaaas que vienen a hablar de los borrachitooosss muertos.

Las Ventanas tiene dos servicios con el suelo de cemento y más o menos limpios, entre ellos perfectamente visible, hay una puerta de metal cerrada con un candado.

—¿Detrás de esa puerta? El almacénnnn y las cosas de limpiar. Más bebida, ¿qué va a haber? –el camarero se inclina sobre el vaso, se rasca la cabeza y se la agarra con las manos, así permanece unos minutos, los ojos entrecerrados. Se incorpora poco después con la mirada vidriosa y agarra amenazador la botella vacía–. ¿Seguro que no habéis venido a filmar?

Cancelamos las Huaris y nos levantamos para irnos. El hombre de la mesa de enfrente se incorpora, también tambaleante, para acompañarnos a la salida. Le pregunto hasta qué hora está abierto el local.

—Todo el día, veinticuatrosiete, mi hermano.

El camarero ha comenzado a bambolearse de nuevo repitiendo a quien quiera oírlo que ha llegado la televisión, la mayoría de clientes lo ignoran, dormitan en silencio sobre las mesas. Afuera ya amanece y los aguayos de las cholitas se abren de nuevo, llenos de mercancías, para comenzar la jornada. Apenas hemos salido y el cerrojo ya gime ya al otro lado, atrancando la puerta.

*    *    *

Víctor Hugo Viscarra siempre fue un hombre de palabra y por eso logró morirse antes de los 50 gracias a una cirrosis hepática. A su entierro apenas fueron unas diez personas; su madre, Manuel Vargas, su editor, el propio Armando de Urioste y varios delegados de La Guerra (La Guerra era un bar mítico para los alcohólicos paceños de la época).

“Unas semanas antes de morirse, le dije: ‘Víctor Hugo, has salido de la tuberculosis, ahora debes entrarle a la novela’. Me dijo que estaba trabajando en un tema sobre un hombre que quiere saber cuál de los 17 hombres que estuvieron con su madre la noche en que fue concebido es su padre. No tenía ninguna gana de morirse. Parecía que esos últimos tiempos se quería morir, pero en realidad no, siempre fue una pura contradicción”.

En la literatura y en el entierro, la madre que lo maltrató y abandonó de niño sería la protagonista de sus últimos días. “En el último momento, la madre se puso a reñirle al ataúd: ‘carajo, eras inteligente, hubieses podido ser un hombre brillante, pero te metiste al alcohol…’. Habría que haberle dicho a esa señora: ¿usted es en parte responsable de esto’. “Tras la filípica de la madre, los borrachitos de La Guerra preguntaron que si se podía abrir el ataúd. Entonces van y sacan varios soldaditos y le rocían todo el cuerpo ‘toma, papito, para que no te falte en el otro lado…’. En una feria, durante una charla, recuerdo haberle escuchado ‘ustedes envidian en muchos casos el grado de libertad que yo tengo, pero no la merecen porque no están dispuestos a pagar el precio…’.

—¿Si hubiese podido hubiese tenido una vida convencional?

—No.

—¿Pero se sentía desgraciado?

—Sí, por supuesto.

*    *    *

Muere mucha gente. Por la bebida, por los enfriamientos, por la policía, por un ataque al corazón. Ha muerto mucha gente que conocía en la calle, dice don Carlos antes de puntualizar que jamás ha oído hablar de Víctor Hugo Viscarra, pero que no le extraña que a pesar de ser escritor acabase así:

— Esta vida o bien te manda al cementerio o al psiquiátrico.

—¿Y conoces a algún amigo que haya decidido quitarse la vida?

—No, pero da igual, en la calle te vas matando poquito a poco.

—Don Carlos, ¿a usted le gusta vuestra ciudad?

—Claro, la llaman la ciudad maravilla ¿no?

—¿Qué te gusta de ella?

—A mí me gustan sus noches.

—¿Sus noches?

—Sí, las noches, mis paseos de madrugada, cuando recorro todo. Empiezo por el Prado, subo por la Camacho, cruzo a la plaza Murillo, ahí me descanso, saco un cigarro, le doy un traguito, luego lo guardo, chequeo de qué habla la gente, luego agarro la Comercio, luego la Montes, vuelvooo a subiiirrrr, luego paso junto a la terminal de buses, ahí ando un poco más ligero para calentarme, me voy por la Armentia, de ahí a la Sucreeee, luego a la Miraflores… echo otro traguito, luego me duermoo un rato, miro las luces, el Illimani, el teleférico… de noche La Paz es la mejor ciudad del mundo.

 

[Fotos del autor – fuente: http://www.fronterad.com]

 

 

a distinguished indigent drunken…
—Samuel Beckett

Escrito por Arturo Dávila

Charles Bukowski cumple hoy, 16 de agosto, 100 años. No sé si los jóvenes lo lean con tanta fruición como antes, pero su leyenda sigue viva. Los que acompañamos a Henry Chinaski, su alter ego, a través de cientos de páginas de aventuras etílicas y sexuales, todavía lo extrañamos. Hay pocos autores que tengan un humor tan negro y tan radiante a la vez, y que taladren de manera tan singular la conciencia de los lectores. Bukowski sabía escandalizar y divertir. No hay punto medio con su obra: o te gusta o la detestas. Escribía con navaja para rasurar la realidad. Era macho, proletario, sexista, iconoclasta, fanático del box y de las carreras de caballos; es decir, un ente asocial, políticamente incorrecto, un pelafustán agraciado. El Buscón de Quevedo es uno de sus más ilustres ancestros. Su sentido del humor y su capacidad de insultar a quien se le pusiera enfrente, aun cuando ya había alcanzado la fama y el dinero, lo salvan. También pensó y reflexionó sobre la vida, y la fotografió sin reservas morales. No pactó con nada ni con nadie y fue un nihilista iluminado.

§

En alguna entrevista, William Faulkner afirmó que Ernest Hemingway le parecía un gran escritor, ya que no se necesitaba un diccionario para leerlo. Lo que era un insulto sutil para el escritor de Illlinois, no lo es para Bukowski. Si se quiere aprender el inglés callejero de los Estados Unidos, la forma en que la gente conversa en un bar o en un restaurante de comida rápida, solo hay que visitar alguno de sus poemarios o empezar una de sus novelas. Sus líneas fluyen como agua, sin turbulencia. La complejidad surge precisamente de esa aparente sencillez, de su asombrosa imaginación, y de algo muy profundo en él: la falta de pretensiones.

§

Trabajó muchos años en la US Post Office, de donde surgió su primera novela, Post Office (1971). Una década como cartero le dio la oportunidad de caminar al aire libre, flanear por los jardines de los ricos de Hollywood, fisgonear sus escándalos, y enfrentarse a los feroces perros que cuidaban sus mansiones. De repente, John Martin la publicó en Black Sparrow Press, y con esa novela le llegó la fama. Empezaron a circular en abundancia los cuentos y poemas que Bukowski escribía de noche, en una antigua máquina de escribir, rodeado de latas de cerveza y de ropa sucia esparcida por el suelo. Dejó de trabajar y se dedicó a lo que más le gustaba: beber, escribir y apostar a los caballos. Después de ese éxito, la casa editorial de Bukowski publicó todo lo que salía de su pluma —absolutamente todo—, lo bueno, lo malo y lo feo. Compilaron cerca de 60 libros del autor, disparejos, hasta que un día se les murió de leucemia, el 9 de marzo de 1994, en un hospital angelino. Aunque era ateo, tuvo un entierro budista. Shanti.

§

Llevo meses peleándome contra Murphy (1938), la primera novela publicada por Samuel Beckett. Cada página, cada párrafo, tengo que buscar el significado de 5 palabras o más (en un día favorable), y me obligo a releerlo para entender lo que me quiere decir. Nada más opuesto a la escritura de Bukowski. Sin embargo, coincide con su nihilismo y su retrato de los bajos fondos. Para ambos, la escritura es la única salvación contra la demencia. En esa novela, me encontré con un personaje, Austin Ticklepenny, a distinguished indigent drunken Irish bard, un bueno para nada, a pot poet que trueca con Murphy su trabajo en un manicomio, el Magdalen Mental Mercyseat. Los adjetivos de Beckett me hicieron pensar en Bukowski: borracho, indigente y distinguido. Los tres le caben a Henry Chinaski, su doppelgänger. A pesar de la crudeza de sus relatos, a Bukowski siempre le importó guardar el estilo, que para él coincidía con la lucidez y la dignidad. En cuanto al manicomio que Ticklepenny le ofrece a Murphy, hay una diferencia importante. El MMM de Beckett se sitúa en un lugar imaginario al norte de Londres. El nosocomio que habita Bukoswki se encuentra en las calles abiertas y asoleadas de Los Ángeles, California, y los locos somos nosotros. Bukowski simplemnte relata o poetiza lo que le pasa todos los días: es decir, la locura cotidiana que llamamos —llamábamos antes del virus— “normalidad”.

§

Un dia de 1982, en Ann Arbor, Michigan, yo daba un curso panorámico de literatura española. Tocaba enseñar a Góngora y se me ocurrió repartir una copia del cuadro María Magdalena de El Greco. Pensaba que las formas alargadas del pintor griego explicaban las inextricables metáforas del cisne cordobés, y daban luz al Barroco. Escribí en la pizarra lo que decía Lezama Lima: “Góngora no es oscuro, tiene demasiada luz”. Unos días después, se me acercó una muchacha de pelo negro, ondulado, y de ojos claros. Me dijo que su madre quería conocerme, porque pensaba que ella era la reencarnación de la mujer en el cuadro de El Greco. Yo no entendí bien de qué iba la cosa; sin embargo, acepté.

El día de la cita, cuando llegué a su domicilio, la madre de Audrey me recibió con agrado y en seguida nos invitó a pasar a la mesa. Me enteré de que, siguiendo la costumbre americana, Audrey ya no vivía allí, aunque conservaba su cuarto. La madre de Audrey tenía al pelo largo y oscuro —como ala de cuervo—, hasta la cintura, y unos ojos verde-esmeralda impactantes. Tenían demasiada luz. No sé si era la mujer del cuadro, pero sí era una mujer especial. La cruzaba algo así como una “dreamy expression”, según la expresión de Carl Jung. Durante la comida, con un rayo de luz en los ojos, me agradeció porque le había confirmado su metempsicosis. No supe qué decir. Platicamos de la escuela, de la vida, de la nieve que no se iba. Estábamos en abril, el mes más blanco y cruel del invierno. Tras un rato de agradable plática y de postre, la señora me dijo que la excusara. Tenía una cita no recuerdo dónde ni con quién. Se despidió y se fue.

Audrey era una muchacha tímida y no hablaba mucho. Yo había percibido en su silencio la tristeza y la ausencia de su padre. Tal vez por eso había decidido ir a su casa. Muy probablemente estaba acostumbrada a las extravagancias de su madre, y no le extrañó que hiciera aquellos engarces entre María Mgdalena, El Greco y Góngora. Pasamos a la sala y Audrey me preguntó quiénes eran mis autores preferidos. El joven arrogante que era yo se explayó y mencionó la retahíla de Pound, Eliot, Williams, Quevedo, Sor Juana, Vallejo, qué se yo. Los mismos de hoy. Ella no se inmutó y me preguntó si conocía a Charles Bukowski. Comentó que ella lo leía en los baños de su dormitorio, cuando no podía dormir. La arrullaba. Fue a su cuarto y regresó con Dangling in the Tournefortia (1981). Lo ojeé, lo hojeé y le dije que lo leería. Lo guardé en mi backpack y le di las gracias, conmovido por su generosidad. Me había dado su copia. No sé de qué más conversamos. Un poco después me despedí y me retiré, porque tenía que caminar varias millas heladas hasta la casa donde vivía, cerca del campus universitario. Recuerdo muy bien la blancura del camino, tapizado de nieve, lleno de luz. Toda aquella tarde fue muy luminosa, barroca.

Un par de semanas después acabó la clase… Nunca volví a ver a Audrey ni a su mamá. No se me olvidó su nombre ni aquella visita. Le sigo agradeciendo que me haya iniciado en el culto de Charles Bukowski y de Black Sparrow Press, en Santa Rosa, antes de que HarperCollins lo cooptara y se comercializara al autor ad nauseam, moda a la que ya no le entré. No obstante, aprendí de él a escribir, a veces, con minúsculas, a hacer versos cortos, a intentar poemas conversacionales, y a no tomarme tan en serio. Cómo quisiera que Audrey Chávez leyera estas palabras y que supiera de los cientos de horas de amena lectura, de risas y de sonrisas que me regaló.

§

Cuando uno se mueve mucho, en el exilio o el inxilio, los libros tienden a extraviarse. Se quedan en el camino. El de Bukowski, sin embargo, sobrevivió y, en estas horas virulentas de tapabocas y enclaustramiento voluntario o involuntario, lo he vuelto a abrir. El escritor nacido en Andernach, Alemania y trasplantado a California, sigue irradiando simpatía y, algunas veces, una produndidad sorpresiva. He reunido 6 poemas que quisiera compartir con los y las fans del gran Buk, para celebrar el 100 aniversario de su natalicio. Uno simpático y humoresco, uno de tema mexicoamericano, uno de box, y tres de una sabiduría inesperada, donde se comprueba que Bukowski, como todos los borrachos, también sabía decir la verdad.

Ojalá ayuden a hacer más apacible y ameno el encierro.

Arturo Dávila S.
Oakland, Ca.

§

escuela nocturna

en la clase para conductores ebrios
asignada allí por la división 63
nos dan pequeños lápices amarillos
para hacer un examen
y ver si hemos estado escuchando
al instructor
con preguntas como: “la sentencia mínima para un
conductor consignado por segunda vez
en estado de ebriedad
es”:
a) 48 días
b) 6 meses
c) 90 días
hay otras 9 preguntas.
cuando el instructor abandona la sala
los estudiantes comienzan a consultarse las preguntas:
—oye, ¿qué pasa con la pregunta 5?
ésa está muy dificil.
—¿habló sobre eso?
—creo que son 48 días.
—¿estás seguro?
—no, pero eso es lo que yo voy a
contestar.
una mujer pone un círculo en las 3 respuestas
de todas las preguntas
a pesar de que nos han dicho
que sólo seleccionemos una.

en el descanso bajo y
me tomo una cerveza de lata
fuera de una licorería.
veo a una prostituta negra
en su ronda nocturna.
un auto se detiene.
ella se acerca y
hablan.
la puerta se abre.
se sube al auto y
se van.

de regreso a la clase
los estudiantes ya se han
presentado
son un grupo no muy interesante
un montón de borrachos
y de exborrachos.

me los imagino sentados en un
bar
y recuerdo por qué
empecé a beber
solo.

la clase comienza de nuevo.
se descubre que soy
el único que ha sacado
100 por ciento en el examen.

me reclino en mi silla
y me ajusto los lentes oscuros.
soy el intelectual
de la clase.

§

vírgenes

sentado en este pequeño bar mexicano en San Pedro
domingo por la tarde, 5:30 p.m.
las paredes están decoradas con indios con penacho
cargando a sus vírgenes para sacrificar
¿dónde encontrarían tantas vírgenes?

el joven del bar me trae otra cerveza
es un buen chico, amable y cariñoso, posiblemente
homosexual.

“¿cómo se siente?”, pregunta. “no tan bien”,
le digo. “¿cómo es eso?”, pregunta.
me toco la cabeza y sonrío: “es la mente…”.
“oh”, dice él. “no es nada”, digo
“unas cuantas bebidas más lo curarán…”
“usted bebe”, dice, “como un hombre que tuviera mucha sed”.
“sí, tengo mucha sed”, le digo.

es en tardes como éstas que debería estar
en el hipódromo conectando una exacta de $ 312
no es que el dinero importe
es agradable ver que algo funciona bien por un
momento
como una boa constrictor, como un tigre, como un clip para papel.

hay nuevas vírgenes esta tarde
explotando a través de la superficie
de la pared
arrastrándose hacia las chimeneas
y saliendo de mis oídos montando enormes caballos
blancos
mientras me levanto de la mesa con mis entrañas
avergonzadas
la cerveza mexicana revolviéndose como un
pantano de días y noches
insatisfechos
llego al estacionamiento
la vomito entre dos low-riders brillando recién
encerados
a la luz de la luna.

ahora hay espacio para el whiskey.

§

amor y coraje

la que me gustó más fue donde Cagney
peleó en el ring
se puso macizo
para poder ganar dinero
y pagarle a su hermano
lecciones de música
el hermano quería ser un
pianista clásico
se decía que tenía
gran talento
pero ambos vinieron del Bajo
East Los, y así
Cagney se subió al ring
una y otra vez
por dinero para ayudar al talentoso hermano
a convertirse en un pianista clásico.
Cagney incluso pierde a una muchacha
que le baja su hermano
y finalmente su hermano termina
haciéndola
(en el Carnegie Hall, si mal no recuerdo)
y Cagney
golpeado y ciego
en su puesto de periódicos
escuchando en la radio
a su hermano en la sala de
conciertos,
y, por supuesto, la muchacha está en la
sala de conciertos
adorándolo, con los ojos salvajes,
mientras Cagney calienta sus manos sobre una
pequeña fogata
solo en el frio
y escucha la radio
mientras su hermano toca
el piano,
Cagney
que no sabe una mierda sobre música
y
cuando escucha los aplausos finales
piensa que
todas las palizas que recibió
valieron la pena.

§

es extraño cuando muere la gente famosa

es extraño cuando muere la gente famosa
hayan peleado por las buenas causas o
las malas
es extraño cuando muere la gente famosa
nos gusten o no
son como viejos edificios calles viejas
cosas y lugares a los que estamos acostumbrados
que aceptamos simplemente porque están
ahí
es extraño cuando muere la gente famosa
es como la muerte de un padre o
de una mascota un gato o un perro
y es extraño cuando matan a alguien famoso
o cuando se suicida.
el problema con la gente famosa es que debe
ser reemplazada y nunca podrá ser
reemplazada, y eso nos deja esa tristeza
extraña.
es extraño cuando muere la gente famosa
las aceras se ven diferentes y nuestros
niños se ven diferentes y nuestras compañeras de cama
y nuestras cortinas y nuestros automóviles.
es extraño cuando muere la gente famosa:

quedamos confundidos.

§

la mujer de Alemania

cada 3 o 4 noches suena el teléfono
y es esa mujer de Alemania.
sus llamadas son cortas:
“hola, dice ella, soy yo”.
nunca le pregunto su nombre.
“¿qué estás haciendo?”, me pregunta.
“bebiendo vino blanco y escribiendo”,
le digo.
“siempre dices lo mismo”.
“eso quiere decir que las cosas están bien”.
“he tomado un poco de vino tinto. ¿cómo van las cosas contigo?”
“puras relaciones malas, le digo, todas acaban
mal”.
“las mías también”, contesta ella.
“es triste, ¿no? quiero renunciar a todo”.
“yo no puedo renunciar”, me responde.
“bueno. yo tampoco creo que pueda”.
“ya me voy a dormir. buenas noches”.
“buenas noches”, le digo.

y puedo verla en su habitación. puedo verla
colgar el teléfono. luego apaga la luz.
jala las cobijas, inhala y exhala profundamente.
está triste, las paredes la rodean. ella está sola.
yo quiero saber su nombre.

§

mensaje

he estado esperando en este
cuarto por horas
tecleando y bebiendo
vino tinto.

yo pensé que estaba
aquí solo.
la puerta y la ventana
están cerradas.

ahora una enorme mosca gorda
fea y negra
está sentada en el borde
de mi copa de vino.

¿de dónde
salió?
tan silenciosa, tan inmóvil,
como si nada.

así
debe ser
con la muerte.

 

Arturo Dávila
Escritor, doctor en Lenguas y Literaturas Romances por la Universidad de Berkeley. Tantos troncos truncos (Casa Vacía, 2020) es su último libro de poemas.

 

[Ilustración: Pablo García – fuente: http://www.nexos.com.mx]

 

 

El « dont’t try » (« No intentes ») colocado en la lápida bajo su nombre, Henry Charles Bukowski Jr. « Hank », y por encima del número del año de su nacimiento, 1920, sintetizan de alguna forma la vida de ese escritor que dio una pelea con su escritura contra una realidad que le jugaba sucio, como lo manifiestan cuatro escritores argentinos en este recuerdo de su vida y su obra.

Una lápida que sintetiza la vida de un escritor que dio una pelea contra una realidad que le jugaba sucio

Escrito por Carlos Daniel Aletto

El “dont’t try” (« No intentes ») colocado en la lápida bajo su nombre, Henry Charles Bukowski Jr. “Hank”, y por encima del número del año de su nacimiento, 1920 -que aparece separado de 1994, el año de su muerte, con la figura de un boxeador en guardia en lugar de un guion-, sintetizan de alguna forma la vida de ese escritor que nació hace cien años y que dio una pelea con su escritura contra una realidad que le jugaba sucio, como lo manifiestan cuatro escritores argentinos en este recuerdo del autor de « Factotum ».

Nacido en Andermach, Alemania, el 16 de agosto de 1920, Charles Bukowski se ha convertido en una marca literaria muy fuerte. Su nombre de por sí solo evoca al « realismo sucio », a las drogas, al sexo, a las peleas callejeras de borrachos provocadores, al linaje de perdedores, de los « losers ». Toda persona que lee mínimamente (que es lector) lo conoce o ha escuchado su nombre. Los escritores argentinos que tienen alguna similitud literaria en el uso del lenguaje, en los climas marginales urbanos, en la historia del antihéroe derrotado una y otra vez niegan su influencia e, incluso, su lectura. Casi todos aseguran que han leído a Bukowski de manera salteada y superficial. A nadie le gustó, o su lectura solo fue iniciática. Salvo algunas excepciones, como siempre.

Lo extraño es que en los finales de la dictadura, en los ochenta y hasta incluso al comienzo del nuevo siglo sus libros « La máquina de follar, » « Escritos de un viejo indecente, » « Se busca una mujer, » « Factotum », ocupaban lugares centrales en las ventas y un espacio preponderante en los medios culturales o « paraculturales ».

El escritor y periodista Juan Carlos Kreimer (Buenos Aires, 1944) es quien introduce la figura de Bukowski en la Argentina.

Escribe en la revista Humor en febrero de 1983, en el coletazo todavía letal de la última dictadura militar, bajo el título « Viejo Punk », un perfil certero del escritor: « El tipo no solo es mujeriego, bebedor, burrero, desocupado y despreocupado del mundo. Además lo ostenta como bastión de vida. Cínico, desesperanzado, pornográfico, monotemático, degenerado… ningún calificativo cubre la rudeza de su ser. Ni la comedia de sus vidas, real y literaria. Lo que lo distingue por igual de un vago cualquiera y de un escritor de éxito ».

Quien tiene recuerdo de esa primera nota en la Argentina es el editor de Radar Libros, Claudio Zeiger (Buenos Aires, 1964), quien además asegura que los textos de Bukowski en esa época circulaban de forma casi clandestina, en fotocopias de relatos sueltos o de « esas novelas que eran como cuentos hilvanados todos respondiendo al mismo personaje, a la misma autobiografía ».

Luego del perfil publicado en Humor, en la segunda mitad de la década del ochenta la revista Crisis (Nº 50, enero de 1987) le dedica cinco páginas a un relato, a algunos poemas inéditos en español y a una entrevista realizada por el escritor chileno Poli Délano (Madrid, 1936-Santiago de Chile, 2017). La crítica resalta que el escritor está « entre los cuentistas norteamericanos más significativos, merced a un estilo directo, despojado, que martilla donde más duele: la descomposición social ».

La revista Fin de Siglo de Vicente Zito Lema (Nº 17, noviembre 1988) publica la entrevista « Un tipo rudo escribe poesía » realizada por el joven actor y « poeta » Sean Penn (California, 1960), poco después de que se rodara la película (y todavía no estrenada en la Argentina) « Barfly » con la recordada actuación de Mickey Rourke en el papel de Bukowski. Este número resalta que tanto Genet como Sartre lo llamaron « el mejor poeta americano », elogios que distintos medios americanos prestigiosos, como Los Angeles Times, habían tomado como ciertos de una gacetilla apócrifa. Ambas aclamaciones se repetían en la Argentina de boca en boca como ciertas.

La revista Fin de Siglo, publica la entrevista "Un tipo rudo escribe poesía" por el joven actor y "poeta" Sean Penn

La revista Fin de Siglo, publica la entrevista « Un tipo rudo escribe poesía » por el joven actor y « poeta » Sean Penn

Incluso en septiembre de 1987 Diario de Poesía (Año 2. Nº 6) publica algunos poemas de Bukowski, bajo el título « La ciudad sin nostalgias », con la traducción y nota de Nina Gerassi (Nueva York, 1959) y Jorge Fondebrider (Buenos Aires, 1956), destacando que « Charles Bukowski es un poeta de largo aliento en la veta whitmaniana, quien confiesa que « la poesía siempre es lo más fácil de escribir, porque se puede escribir cuando uno está completamente borracho o completamente feliz o completamente desgraciado. Siempre se puede escribir un poema. Así que un poema es algo muy cómodo, es una expresión emotiva que salta afuera ».

El escritor Rodrigo Fresán (Buenos Aires, 1963) recuerda que el primer libro que leyó del narrador fue el mejor: « En mi caso fue, durante mi adolescencia (porque Bukowski es un escritor siempre juvenil, uno que abre puertas para salir a jugar con otros escritores) fue ‘Factotum’ en la ya legendaria colección Contraseñas de « Anagrama », evoca en diálogo con Télam.

La experiencia que relata el autor de « El fondo del cielo » y « La velocidad de las cosas » marca el clima cultural de época: « Me acuerdo de comprarlo, en plena dictadura, en esa librería especializada en celuloide/psicoanálisis/cómics y otras perversiones, en esa galería con cine en sótano que cruzaba de Corrientes a Diagonal Norte antes de llegar a Cerrito. Me acuerdo, también, que te lo vendían casi por debajo del mostrador », agrega.

« Y, sobre todo, me acuerdo de esa portada: un hombre de espaldas, frente a una ventana de la noche, junto a una máquina de escribir y a una botella medio llena o medio vacía. Uno quería ser exactamente ‘así’, como Henry Chinaski, role-model que -seguramente- no es de los más políticamente correctos en los tiempos que corren y se tropiezan y caen. En cualquier caso -para bien o para mal o para mejor- al poco tiempo se te pasaba », destaca Fresán.

Ya entrado en los noventa, en la misma revista “Diario de Poesía” (Nº 28, primavera de 1993) publica una reseña con el título « Elija su Bukowski » del libro « 100 poemas » de Charles Bukowski con la traducción y selección de Federico Ludueña y prólogo de Enrique Symns. La escribe el poeta Daniel Freidemberg, quien le da una paliza de esas que tanto le gustaban recibir el norteamericano como el director de Cerdo y Peces: a Symns lo llama « veterano profesional de la « transgresión ».

Su crítica es lapidaria, pero resalta la belleza de ciertos poemas. Freidemberg hace una reflexión muy lúcida: pregunta si hay que leer al Bukowski de la contratapa o al que Fito Páez homenajea en una canción, refiriéndose a “Polaroid de locura ordinaria” basada en el relato “La chica más guapa de la ciudad”. Bukowski también llegaba a los jóvenes a través del rock nacional, quienes muchos se sentían o querían ser Henry Chinaski, el protagonista (y alter ego) de los relatos de Bukowski. Un poco después “V de Vian. Una revista casi de literatura” (Año IV. Nº 14. Marzo-abril de 1994) publica “Le gustaba rascarse los sobacos” con nota y traducción de Federico Ludueña.

« Si se piensa en términos de influencia uno tiene que pensar en Fito Páez, ahí uno encuentra justamente la influencia y hasta el deslumbramiento con la figura, no solo con las historias como “ordinaria locura” que “hacen espejo entre texto y personaje,” reflexiona Zeiger.

El periodista encuentra una lógica convincente para explicar lo que pasó con la obra de Bukowski. “De ese segmento de la narrativa norteamericana que se fue descubriendo en ese momento, quedó Carver, después de él vino una relectura de John Cheever y eso, de alguna manera, opacó la idea de que Bukowski era una influencia más allá del impacto que puede producir su literatura y su figura.” Y concluye: “en Carver muchos escritores encontramos un modelo más interesante, ya que cuando se nos pasó un poco la borrachera quisimos hacer algo más creativo.”

Por su parte, el escritor y periodista Sebastián Basualdo resalta que el autor de « Cartero » y « Pulp » era « esencialmente un poeta; en ese género su literatura era mucho más elevada que sus cuentos o novelas que no dejan de estar respaldada por una vida destrozada ».

 Charles Bukowski, nacido en Andermach, Alemania, el 16 de agosto de 1920

Charles Bukowski, nacido en Andermach, Alemania, el 16 de agosto de 1920

“Hay una extraña moral que pesa actualmente sobre la literatura y otras artes que básicamente consiste en confundir la obra con quien la lleva a cabo. De atenernos a ese orden no podríamos ya casi leer a nadie. La vida destrozada de Bukowski no es una novedad para nadie, lo curioso es que se espere otra clase de literatura de un hombre así », dice Basualdo. Y también deja en claro que Bukowski es un escritor que lo llevó a otras lecturas: “lo leí en la adolescencia y de ahí me fui a Henry Miller, John Fante a Louis-Ferdinand Céline, Blaise Cendrars y Jack Kerouac, por nombrar solo algunos, ¿qué más se le puede pedir a un hombre que escribe?”, pregunta enfáticamente.

Por último, el escritor Luis Mey (Buenos Aires, 1979) es contundente: “Bukowski logró que la gente en zapatillas con ganas de escribir viera que no es necesario el abuso de ornamentos que ocultasen el sentido más terrible de las cosas, aquellas que avasallan al hombre común. En tiempos del héroe de la clase trabajadora, él fue némesis hasta de eso: un culto a la procrastinación tras cualquier mínimo logro”.

El aniversario de los cien años de su nacimiento nos ayuda a recorrer la fuerte presencia de la obra y la figura de Bukowski en la cultura argentina y como esos borrachos que solo se levantan del piso para volver a caer, parece haber perdido la dura pelea contra la permanencia en la literatura.

Como le escribió a su amigo, el poeta William Packard, poco años antes de dejar la síntesis en su epitafio: “Trabajamos demasiado duro, lo intentamos demasiado. No lo intentes (don’t try), no trabajes. Está ahí. Mirándonos fijamente, deseando salir a patadas del útero cerrado.”

Quizá esta derrota solo se trate, como una paradoja más de su vida, de fortalecer la esencia “loser” de su obra y su figura.

 

[Fuente: http://www.telam.com.ar]

Los lectores se lo debemos todo a los traductores literarios

Fotograma de ‘Il traditore’ (2019), de Marco Bellocchio

Escrito por Patricio Pron

Aunque existe una pequeña tradición literaria cuyo tema central es el denuesto de los traductores y cuyo lema habitual es la frase italiana “traduttore, traditore” [traductor, traidor], lo cierto es que algunos lectores se lo debemos todo. Yo fui uno de ellos y conocí a muchos así: éramos pobres como ratas pero amábamos unos libros que no podíamos leer en el original porque no teníamos dinero para aprender ningún idioma extranjero. Yo creía con devoción en Francisco Porrúa, Enrique Pezzoni, Juan José del Solar, Miguel Sáenz, Elvio E. Gandolfo, Marcelo Covián, Gabriel Ferrater, Francisco Abelenda, Jorge Berlanga y Marcial Souto; estaba convencido de que estos traductores solo traducían a escritores que valieran la pena, y a menudo su nombre en las primeras páginas interiores de un libro (injustamente, nunca en su portada) era razón suficiente para pedir prestado el libro en alguna biblioteca pública o robarlo en alguna librería, incluso aunque no supiera nada de su autor.

A menudo también, esos libros eran un descubrimiento, que no hubiera podido hacer sin los ejercicios de ventriloquía de los mencionados: Jorge Berlanga “era” para mí Charles Bukowski, Francisco Abelenda y después Marcial Souto “fueron” creo que todo Ray Bradbury, Enrique Pezzoni “fue” Herman Melville, sin Elvio E. Gandolfo probablemente jamás hubiera sabido quiénes eran los beats, Miguel Sáenz “fue” Thomas Bernhard y W. G. Sebald entre otros. Una vez más, a menudo estos traductores eran también excelentes escritores ellos mismos y, como en el caso de Guillermo Cabrera Infante, Elvio E. Gandolfo y Enrique Pezzoni, les leí como autores poco después de haberles leído como traductores y resultaron tan importantes para mí como los autores que ellos mismos habían traducido.

No sé absolutamente nada sobre teoría de la traducción, pero conozco a algunos traductores cuyo trabajo disfruto como lector y de los cuales aprendo, como Javier Calvo, Eduardo Hojman, Marcelo Cohen, Helena Cortés, Cé Santiago. A veces también soy traducido: Christian Hansen me ha prestado su voz en alemán, Claude Bleton en francés y Francesca Lazzarato en italiano. Janet Hendrickson y Kathleen Heil me han traducido al inglés y, a todos los efectos, considero mi traductora a ese idioma a la extraordinaria Mara Faye Lethem. A veces, también, traduzco yo mismo, y lo hago todas las veces con más dudas que certezas y con el temor de convertirme yo mismo en un traidor pese a haber sido tan felizmente traicionado tantas veces en el pasado. Un mundo sin traductores sería un mundo donde las diferencias de procedencia, de ingresos y de clase social que determinan el acceso a la literatura serían aún más notables y, por lo tanto, un mundo un poco más injusto.

Sería un mundo, también, donde yo nunca hubiera descubierto a escritores como Arno Schmidt, Ernest Hemingway, James Joyce, Raymond Carver, Alain Robe-Grillet, Flannery O’Connor y muchos otros. Naturalmente, y por esto, también sería un mundo donde yo no escribiría. Creo que hay un “día del traductor”, pero desconozco cuál es y prefiero mantenerme al margen de la tontería de los aniversarios. Aprendí algunos de los idiomas que no podía leer cuando era un adolescente pobre y debía robar libros; sin embargo, sigo leyendo traducciones con entusiasmo y sin ningún interés particular en cotejarlas con sus originales, que a veces también leo. Supongo que la traducción es un ejercicio de ventriloquía y carece de importancia que, de alguna manera, y para muchos puristas, sea un engaño. Algunos preferimos ser engañados, y llamamos a eso literatura. Aquí, una vez más, hay un adolescente pobre que vuelve a maravillarse ante su descubrimiento.

[Fuente: http://www.latempestad.mx]