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Écrit par Hugo JACOMET

Honoré de Balzac déclare dans son Traité de la vie élégante en 1830 : «Le dandysme est une hérésie de la vie élégante». Opposé à «la vie élégante » qui « n’exclut ni la pensée ni la science », le dandysme est alors une affection seulement de la mode propre aux hommes sots.

Barbey d’Aurevilly lui réplique quinze ans après dans une brochure intitulée Du dandysme et de George Brummell : il déclare en prenant Brummell pour simple mais absolu dandy : « On a considéré Brummell comme un être purement physique, et il était au contraire intellectuel jusque dans le genre de beauté qu’il possédait. »

 

Quelle est donc la différence alors entre « la vie élégante » et « le dandysme » ?

DÉFINITION DU MOT DANDY ET SON IMAGE EN FRANCE

De nos jours le mot « dandy » s’emploie dans un sens positif. Il est d’ailleurs aujourd’hui largement utilisé dans les médias (dont un magazine éponyme) et par les services marketing des entreprises du textile et du cuir pour qualifier l’élégance classique en opposition à la mode dominante dite « casual » (décontractée).

Pourtant l’emploi de ce terme dans la littérature française nous montre qu’il avait plutôt un sens négatif au début du XIXème siècle : comme l’indique le Petit Robert, c’est en 1817 que le premier dandy est mentionné dans la langue française. Il apparaît dans la version traduite de La France, écrit par Lady Morgan l’année précédente en anglais.

L’image du dandy est généralement très négative dans les années 1820 : c’est une personne vaniteuse et médiocre qui porte un intérêt particulier à l’habillement et ainsi se distingue de la règle en usage dans la haute société. Il n’a pas la capacité de surmonter définitivement la norme conformiste de la société (la bienveillance, la politesse etc.) à laquelle il appartient, mais il se joue de cette norme avec un air orgueilleux. Il a un mépris envers ses semblables, mais c’est pourtant paradoxalement leur regard qui assure son existence. Une des particularités du dandysme consiste en ce rapport avec les autres. S’il commet une impolitesse envers les autres, cela ne signifie pas qu’il ne connaît pas le savoir-vivre : il fait exprès ce qu’il ne faut pas faire. C’est une façon de se révolter contre la haute société, mais ce n’est pas une révolution, puisqu’il n’a aucune intention de la renverser car c’est justement cette société qui assure son existence parasite.

Les avis d’Alfred de Musset sont à cet égard intéressants. L’auteur de Lorenzaccio est l’un des auteurs les plus sévères et les plus sarcastiques sur le dandysme au début des années 1830. Dans ses Contes d’Espagne et d’Italie, il considère l’aspect physique de Brummell « monstrueux. » Il continue en 1831 : « Qu’est-ce qu’un dandy anglais ? C’est un jeune homme qui a appris à se passer du monde entier : c’est un amateur de chiens, de chevaux, de coqs et de brandy. C’est un être qui n’en connaît qu’un seul, qui est lui-même. Il attend que l’âge lui permette de porter dans la société les idées d’égoïsme et de solitude qui s’amassent dans son cœur et le dessèchent durant sa jeunesse. Est-ce là que nous voulons en venir ?»

Son mépris pour l’homme oisif s’adoucira pourtant ultérieurement. Dans la préface des Deux maîtresses (1837), Musset avoue que la vie mondaine, comme « assister régulièrement à toutes les premières représentations, manger des fraises presque avant qu’il y en ait, prendre une prise de tabac rôti, savoir de quoi on parle et quand on doit rire, quelle est la dernière rumeur, parier sur n’importe quoi le plus d’argent possible et payer le lendemain en souriant » lui offre « le bonheur suprême. » John C. Prévost considère cette attitude comme du dandysme pur.

Mais l’oisivité et la dépense ne suffisent pas pour être un dandy. Il est évident, cependant, que les hommes français commencent à se prendre eux-même pour des hommes mondains, alors que la toilette masculine trop élégante est considérée comme un méprisable phénomène anglais jusqu’à la fin des années 1820.

En 1835, un article favorable au mot « dandysme » paraît enfin dans la revue La Mode ; « Le dandysme de bon ton n’exclut pas une certaine originalité de costume, surtout pour les promenades aux bois de Boulogne et les courses.» La même année, le mot « dandy » apparaît pour la première fois dans un dictionnaire français. Le Dictionnaire de l’Académie Française le définit : « Mot tiré de l’anglais par lequel on désigne, même en France, un fat épris de sa toilette, un homme d’une tournure affectée.»

Il faut attendre Du Dandysme de Barbey d’Aurevilly pour que le mot prenne un sens nouveau. L’auteur déclare : « le dandysme était surtout l’art de la mise, une heureuse et audacieuse dictature faite de toilette et d’élégance extérieure. Très certainement c’est cela aussi; mais c’est bien davantage. Le dandysme est toute une manière d’être, et l’on n’est pas un dandy que par le côté matériellement visible. » Selon Barbey, le dandysme n’est donc plus uniquement l’effet de la mode, mais une mentalité, un état d’esprit.

Citons encore l’avis de Chateaubriand pour préfigurer cette transformation du dandy : «Aujourd’hui (1846), écrit-il, le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la Reine Elisabeth, ou comme le disque radieux du soleil. Il signe la fière indépendance de son caractère en gardant son chapeau sur sa tête, en se roulant sur les sofas, en allongeant ses bottes au nez des ladies assises en admiration sur des chaises devant lui. (…)»

Dans l’histoire de France d’après la révolution, Balzac est l’un des premiers écrivains qui remarque l’importance du vêtement masculin comme représentation sociale.

Ce qui est capital, c’est que la publication du Traité de la vie élégante coïncide avec le tournant de l’image de l’homme mondain en France : d’une part le mépris pour le phénomène d’anglomanie, d’autre part l’exigence de l’apparence (ou l’appartenance) de la nouvelle classe sociale dans la monarchie de juillet. Le Traité de la vie élégante est donc prioritairement adressé à cette nouvelle classe –– c’est-à-dire la bourgeoisie –– qui commence à dominer la société française.

LA VIE ÉLÉGANTE

À cette époque, il n’existe pas encore à Paris de distinction entre les quartiers populaires et bourgeois : toutes les conditions sociales au cœur de la capitale s’entassent pêle-mêle dans une masse hétérogène. Cette cohabitation sera interrompue par l’extension industrielle vers l’est et par le développement des quartiers populaires à l’époque des démolitions.

Dès lors une ville nouvelle s’étend tout autour du vieux Paris médiéval, délimitant rigoureusement chaque couche sociale. Les « étrangers » du Paris d’antan se catégorisent ainsi : les uns voulant s’intégrer dans les bons milieux avec la ferme conviction de se différencier des gens du peuple, à l’exemple des héros de Balzac (ex. Lucien de Rubempré dans Les illusions perdues). Les autres s’efforçant de se mêler à la foule, comme les présente Victor Hugo dans ses romans. Charles Baudelaire sera conscient de ces deux caractères sociaux. En tant que critique, il s’adressera aux bourgeois qui veulent s’anoblir (les Salons, notamment celui de 1846). En tant que poète, il décrira les étrangers mêlés à la foule parisienne (L’étranger, Les foules).

La différence sociale est également perceptible à travers l’apparence vestimentaire. Bien que le décret de la Convention (1793) ait déjà reconnu le principe démocratique de la liberté vestimentaire, le vêtement reste le repère prépondérant d’une classe sociale au début du XIXème siècle. Il est vrai que La Révolution a supprimé symboliquement l’image du noble en culotte. Mais l’habillement se manifeste toujours comme l’expression d’une classe. Dans un sens, les critiques véhémentes du dandy s’expliquent dans cette circonstance : le dandysme est non seulement une mode venue d’Angleterre qui a vaincu Napoléon, mais il est aussi l’image des aristocrates.

C’est à partir des années 1820 que l’industrie textile s’installe à Paris et ainsi la liberté vestimentaire devient réellement possible pour les petits bourgeois. Cela correspond au changement de l’image des hommes mondains. Désormais le goût évolue et se libéralise selon ces transformations sociales et la distinction vestimentaire sert de plus en plus la nouvelle classe sociale. Ainsi le goût pour le vêtement commence à se manifester dans le milieu bourgeois comme un signe d’appartenance. C’est dans ce contexte qu’Honoré de Balzac publie son traité de la vie élégante.

Balzac est d’ailleurs conscient de cette lutte sociale au niveau vestimentaire : alors qu’il définit la vie élégante comme « la perfection de la vie extérieure et matérielle », celle-ci exige aussi « le sentiment ». La vie élégante, telle que la conçoit Balzac, n’est pas purement matérielle, mais c’est une pensée pour « se faire honneur de sa fortune ».

Balzac classe la vie des hommes en trois catégories : la vie occupéela vie d’artiste et la vie élégante. Au sens littéral, ce Traité serait un éloge de la troisième catégorie qui regroupe « le haut fonctionnaire, le prélat, le général, le grand propriétaire et les princes. »

Cependant ce texte n’est pas destiné uniquement aux aristocrates de naissance ou aux nobles, mais aussi aux parvenus : car la vie élégante surgit après que Napoléon soit devenu Empereur, et « aujourd’hui, les nobles de 1804 ou de l’an MCXX ne représentent plus rien ». C’est-à-dire que le titre de noblesse n’a plus beaucoup d’importance.

Ainsi, l’élégance n’est plus destinée uniquement aux nobles, mais elle est accessible à tout le monde. Ce traité est dans ce sens un manuel pour la nouvelle classe dominante, constituée par la bourgeoisie arriviste et par l’aristocratie bien consciente du pouvoir après la Révolution de 1830. Le but est de conquérir et de conserver leur éminent statut social, en affichant leur supériorité par une apparence élégante. Et c’est l’artiste, tel que Balzac, qui inspire ce nouveau mode de vie.

C’est pourquoi même si l’artiste est de deuxième catégorie, il est du côté de la vie élégante, des dominants de la société nouvelle. Ainsi, comme le remarque Annie Berq, Honoré de Balzac est l’un des artistes qui « représentent les romantiques de gauche déçus par 1830 mais ayant conclu un compromis avec la monarchie bourgeoise. » L’observation balzacienne de la société française est remarquable dans ce sens : « N’avons-nous pas en échange d’une féodalité risible et déchue, la triple aristocratie de l’argent, du pouvoir et du talent, qui, toute légitime qu’elle est, n’en jette pas moins sur la masse un poids immense, en lui imposant le patriciat de la banque, le ministérialisme et la balistique des journaux et de la tribune, marchepieds des gens de talents ? Ainsi, tout en consacrant, par son retour à la monarchie constitutionnelle, une mensongère égalité politique, la France n’a jamais que généralisé le mal : car nous sommes une démocratie de riches. »

Balzac insinue donc une critique de l’actualité politique en usant d’un ton caricatural et plaisant. Après la Révolution de 1830, même si l’on réclame l’égalité de tout le peuple français, « une révolution populaire est impossible aujourd’hui ».

Il ne s’agit donc pas d’entraver le changement de société, mais de trouver un moyen de mieux y réagir. L’important est de savoir comment se comporter dans cette « démocratie de riches » dont le but est « de substituer l’exploitation de l’homme par l’intelligence à l’exploitation de l’homme par l’homme. » Il n’est pas suffisant d’avoir un talent quelconque, mais il faut aussi connaître les stratégies pour se hisser plus haut ou conserver son statut social dans ce monde où tout est institutionnalisé par le pouvoir de l’argent.

Ce que signifie « le sentiment » chez Balzac, c’est donc une pensée figurée par l’apparence matérielleL’élégance est considérée comme une arme politique, et non pas uniquement comme l’effet superflu de la mode. La classe bourgeoise montrera et affirmera sa puissance par ce truchement. C’est l’une des raisons pour laquelle la vie élégante est précisément différente du dandysme.

L’élégance que décrit Balzac doit être présente dans tous les aspects de la vie, c’est-à-dire qu’elle doit concerner non seulement le vêtement, mais aussi tous les éléments de la vie, de la maison, des meubles ou des accessoires. Balzac insiste aussi sur la simplicité et la propreté du vêtement. Il conseillait par exemple de porter des habits et des objets pas trop précieux, pour qu’ils puissent être réparés ou changés.

Cette élégance dont parle Balzac est donc de la mode : elle est non seulement rachetable, mais aussi renouvelable et évolutive. C’est le contre-exemple du dandysme qui porte toujours le même costume de la même manière.

Le dandy garde ses objets préférés toute sa vie (par exemple la collection des tabatières de Brummell), alors que la vie élégante n’a pas de fétichisme de ce genre. Le dandysme est autrement dit un mépris pour l’évolution fondée sur la « démocratie de riches ». En matière de mode, le dandysme est un anachronisme traditionnel tandis que « la vie élégante » est une évolution novatrice basée sur le capitalisme.

Nous avons dit tout à l’heure que la vie élégante est une pensée en faveur de l’ascension sociale. C’est pourquoi Balzac considère le dandysme comme une hérésie de la vie élégante. Non seulement le mot « dandy » est synonyme des Anglais s’intéressant à la mode jusqu’au début des années 1830, mais encore il diffère de la vie élégante, n’impliquant ni l’ambition politique ni l’envie d’appartenance à une classe.

Le dandysme ne contient donc aucune ardeur politique.

Faisons tout de même attention : ce manque de passion ne se traduit pas nécessairement en manque de conscience ou de pensée.

Prenons un exemple : LE dandy, George Brummell. Mais ce n’est pas le Brummell de Balzac. Le vrai Brummell a démissionné de son poste alors qu’il était « le plus jeune capitaine du plus magnifique régiment de l’armée », tout simplement pour rester à Londres. Étant bourgeois – fils du secrétaire du Premier Ministre britannique – il aurait dû se rendre à Manchester pour sa carrière militaire, et ainsi grimper l’échelle sociale.

Son biographe qualifie cette décision de « démarche folle ». Brummell n’avait cependant ni ambition ni calcul pour son avenir. Son métier – s’il en avait un – c’était l’oisiveté. C’est d’ailleurs lui qui était le vrai « homme oisif ». Alors que les autres hommes oisifs exemplaires de Balzac – les fonctionnaires, le prélat, le général, etc. – ont leurs professions ou occupations respectives, Brummell, lui, n’était qu’un inoccupé.

Il eut cependant maintes occasions d’avoir une profession et ainsi d’être riche dans sa vie : possédant une silhouette parfaite, il aurait pu même gagner sa vie en tant que modèle pour un artiste. Il aurait aussi pu publier ses mémoires pour une somme d’argent considérable. Ou bien s’il avait vendu les lettres de ses amis célèbres tels que Byron ou le futur George IV, il aurait pu au moins régler ses dettes.

Mais malgré tout il ne voulait pas gagner sa vie. Même si ses fidèles amis lui ont offert un poste du consul de Caen en 1829, il en a démissionné peu après. Il ne voulait ni gagner sa vie, ni devoir quoi que ce soit à personne. Paralysé à partir de 1834, criblé de dettes, il fut mis en prison en 1835. Ruiné, dépassé, perdant la tête en 1837, Brummell n’a plus eu la possibilité financière de soutenir le train de vie de dandy. Il a payé sa dette à la nature, oublié dans un asile d’un pays étranger… Il restera fidèle à son unique métier jusqu’à la mort : le désœuvrement.

Son refus de la production a un sens : l’indépendance vis à vis des autres. Il reste consciemment inactif. Il ne se permet pas de jouer un rôle qui ne lui appartient pas. Les uns jugeraient stupide cette impéritie en le considérant comme un cabotin. D’autres, comme Baudelaire, le considéraient, au contraire, comme héroïque.

Selon Balzac, « le dandysme est une hérésie de la vie élégante ». Bien que le dandy ne fasse rien comme l’homme de la vie élégante, il n’a pas non plus d’ambition ou de calcul pour son avenir. Il veut rester fidèle à lui-même. Il y a donc une différence de modalité de l’élégance : pour le dandy, l’élégance est déjà acquise avant qu’il ne monte l’échelle sociale (Barbey l’appelle « vocation »), alors que l’homme de la vie élégante l’apprend par une éducation.

Le dandy devient le dictateur justement et uniquement par son élégance innée, alors que l’homme de la vie élégante s’intéresse à la mode comme l’un des moyens pour arriver à la classe dominante et ainsi consolider son statut social. Le dandy veut se distinguer du milieu auquel il appartient, la vie élégante cherche une adhésion à la caste supérieure. L’élégance est une dépense pure pour le premier, elle est un investissement pour le second.

D’un certain point de vue, c’est un résultat de la différence de régimes entre deux sociétés qui engendrent ces termes : la Société anglaise du début du XIXème siècle est une monarchie absolue où l’accès à la noblesse est presque impossible, alors que la Société française vient d’adopter « la démocratie des riches », à laquelle les bourgeois nantis et les hommes ambitieux veulent et peuvent affirmer leur pouvoir par leur apparence.

La vie élégante est ainsi fondamentalement différente du dandysme.

En matière de sociabilité, Balzac partage encore les hommes élégants en trois catégories.

L’homme de la première catégorie possède « la grâce suffisante », il est un méthodique de l’élégance.

Celui de la deuxième catégorie possède quant à lui « la grâce essentielle », il est un calculateur de l’élégance.

Le troisième possède « la grâce divine et concomitante », il est aimable, délicat, naïf et naturel. Le pouvoir de ce troisième « est le grand but de la vie élégante », écrit-il. La vie élégante suprême n’est alors ni méthodique, ni calculatrice.

Balzac nous indique donc que la vraie élégance n’est finalement pas à apprendre, mais qu’elle est innée comme un titre de noblesse. Il y a ici une contradiction interne : car, comme dit Balzac, si « la vie élégante n’exclut ni la pensée ni la science, elle les consacre», elle serait donc toujours inévitablement calculée, alors que la grâce naturelle et naïve ne peut être acquise par l’apprentissage. Elle est quelque chose de spontané.

Ici, apparaît le défaut de ce Traité en tant que manuel, mais aussi son intérêt : cette contradiction implique que la vraie relation humaine dépasse la pensée calculatrice. La grâce suprême, « le pouvoir magnétique », est autrement dit une contrepartie de la hiérarchie sociale déjà établie, basée sur la richesse : on peut s’afficher élégant grâce au pouvoir économique, mais au fond la vraie élégance dépasse même ce calcul.

Barbey n’a pas moins de passion en matière de grâce : c’est d’ailleurs le point le plus divergent entre les deux auteurs. Barbey se moque de la grâce naturelle, même en parlant de la société anglaise : « Est-ce que la grâce simple, naïve, spontanée, serait un stimulant assez fort pour remuer ce monde épuisé de sensations et garrotté par des préjugés de toute sorte ? » D’ailleurs, le dandy lui aussi attire les hommes comme s’il avait une grâce, mais cette attirance est toujours artificielle et diabolique, et c’est là toute l’ironie. Elle empoisonne petit à petit son entourage et à la fin c’est lui-même qui meurt par son propre poison.

Mais justement ce pouvoir du mal était nécessaire pour le dandy. « Si sa grâce avait été plus sincère, écrit Barbey, elle n’aurait pas été si puissante; elle n’eût pas séduit et captivé une société sans naturel. » Autrement dit, c’est grâce à cet artifice unique que le bourgeois Brummell (rappelons-le : il n’était pas noble) a réussi à régner sur la société des nobles, alors que l’arrivisme y était presque impossible. Ainsi sa « grâce », ou plutôt son ironie, était un reflet de la société.

C’est pourquoi l’auteur des Diaboliques insiste sur la « vocation » de Brummell et limite le phénomène du dandysme uniquement à l’Angleterre aristocratique et protestante.

L’IMAGE DE BRUMMELL

Mon père était un domestique très respectable, mais qui avait su, lui, se tenir à sa place toute sa vie. George Brummell

Être un homme utile m’a toujours paru quelque chose de bien hideux. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu.

Malgré le fort désaccord entre la vie élégante et le dandysme, l’image de Brummell plaît non seulement à Barbey mais aussi à Balzac. Balzac insère dans son Traité une conversation fictive avec Brummell, située à Boulogne. La possibilité de cette rencontre a d’ailleurs réellement existé. Brummell a en effet fait un court passage à Paris en septembre 1830, ayant été nommé consul de l’Angleterre à Caen l’année précédente.

Cette insertion de l’actualité dans son oeuvre montre l’habileté de chroniqueur de Balzac pour attirer l’attention des lecteurs. Mais ce qui est plus significatif, c’est que Brummell, « ex-dieu du dandysme », est l’arbitre de l’élégance même : si « la vie élégante » est le respect de la législation, c’est le dandy qui fait la loi. Le dandy impose la règle, et la vie élégante la suit. Mais le dandysme n’est-il pas précisément une « hérésie » pour Balzac ? Il est vrai d’ailleurs que Brummell est considéré comme l’arbitre des élégances de l’époque, mais n’était pas, pour autant, un théoricien dogmatique de la beauté.

Le dandy n’accepte la règle que pour mieux la renier.

De plus, son dandysme est, contrairement à la vie élégante, sans utilité en tant que code social. Il évite toute soumission aux lois. Citons Barbey : « (…) les dandys, de leur autorité privée, posent une règle au-dessus de celle qui régit les cercles les plus aristocratiques, les plus attachés à la tradition, et par la plaisanterie qui est un acide, et par la grâce qui est un fondant, ils parviennent à faire admettre cette règle mobile qui n’est, en fin de compte, que l’audace de leur propre personnalité.»

L’image de Brummell projetée par Balzac n’est donc plus «dandy» dans ce sens-là. C’est pourquoi Brummell est pour Balzac un « ex-dieu du dandysme ». Tandis que Barbey essaie d’esquisser « l’esprit » de Brummell, Balzac décrit Brummell dénué du dandysme pour mieux concrétiser ses dogmes (« sentiments »). Ainsi les positions de Balzac vis à vis du dandysme sont-elles variées et souvent contradictoires.

Mais signalons que ce n’est pas seulement Balzac qui veut épargner à Brummell le fait d’être qualifié de dandy : Captain Jesse, le dernier ami et premier biographe de Brummell, évite justement d’utiliser le mot dandy pour son héros : « Ce mot, écrit-il en 1844, appelle toutes sortes d’associations d’idées, qui ont pour dénominateur commun la vulgarité. » Le terme « dandy » a donc toujours un sens négatif pour cet anglais. Jesse nie naturellement l’extravagance de ce dandysme à l’époque : « (…) la seule caractéristique de la mise de Brummell était qu’elle était simple et de bon goût, ce qui va à l’encontre de l’opinion commune chez ceux qui ne l’ont pas rencontré (…)» Balzac et Jesse sont ainsi complices au point où ils rayent le nom de Brummell de la liste des dandys.

La révolution vestimentaire chez leur héros, c’est la soustraction des éléments superflus. Le principe de cette élégance repose donc sur la sobriété et sur l’accord. Mais s’il s’agit de simplicité et de bon goût, Barbey n’insiste-il pas lui aussi sur le sujet à maintes reprises ? Ces trois témoins essaient donc de sauver Brummell de l’image du dandy affublé d’un costume criard. La particularité de Barbey consiste en son affirmation sur le dandysme. Son dandysme n’est pas simplement l’apparence vestimentaire, c’est aussi, et peut-être surtout, une éthique.

Par la combinaison de l’esprit du dandysme et de Brummell, il donne un sens positif, subtil et historique à la vanité, considérée jusqu’alors comme un caractère vil et négligé. C’est pourquoi il commence Du dandysme par ces mots : « Les sentiments ont leur destinée. Il en est un contre lequel tout le monde est impitoyable : c’est la vanité. » Nous rappelons que « le sentiment » de Balzac sur l’apparence était un calcul.

Tandis que le Traité de la vie élégante est un manifeste positif pour la mode masculine, Du dandysme est un plaidoyer pour la frivolité.

Alors que Balzac essaye de transmettre l’utilité de la mode à travers l’image de Brummell, Barbey affirme son inutilité même. Balzac veut sauver l’honneur de Brummell du gouffre infernal de la vie misérable (signalons que la parution de son article date de 1830). Barbey veut contempler son agonie même avec les yeux pleinement ouverts.

LE DANDYSME SERAIT-IL FINALEMENT STRICTEMENT ANGLAIS ET LA VIE ÉLÉGANTE FRANÇAISE ?

Nous avons rapidement examiné la différence entre « la vie élégante » balzacienne et « le dandysme » d’Aurevillien. La devise de Balzac (« le dandysme est une hérésie de la vie élégante ») semble donc une idée plutôt raisonnable.

Pourtant elle est discutable car le dandysme est antérieur à la vie élégante qui est apparue après l’Ancien Régime, durant lequel l’éthique du dandysme existait déjà. Comment donc être une hérésie de quelque chose qui est apparu après ?

Dans ce sens-là, c’est la vie élégante qui serait plutôt une hérésie du dandysme. Mais il est vrai cependant que la vie élégante a envahi progressivement la société française après la Monarchie de Juillet, faisant ainsi du dandysme une forme d’hérésie.

C’est à partir de ce moment-là que le dandysme figurera la résistance héroïque contre la démocratie dans laquelle la valeur aristocratique perd de son aura.

Balzac est bien conscient de son époque : la société française adopte une démocratie basée sur la richesse. L’homme de la vie élégante se distingue manifestement des gentilshommes de l’Ancien Régime. Le paraître du premier consiste dans la richesse, celui du dernier consiste dans le titre de noblesse.

La parution de son Traité correspond donc non seulement au surgissement de la bourgeoisie, mais aussi à celui du capitalisme. C’est d’ailleurs grâce à la révolution industrielle que le tissu est produit à un prix raisonnable et que le vêtement devient plus accessible au petit bourgeois. Cette révolution contribue aussi à l’évolution de l’apparence masculine. Il y a désormais une mode pour l’homme.

La distinction d’apparence sert toujours à la classification sociale, mais dans la vie élégante il y a une liberté vestimentaire pour les peuples. La vie élégante n’est pas, dans ce sens, purement matérielle : elle exige « un sentiment », un calcul pour s’anoblir.

C’est une pensée pour mieux agir dans la société démocratique par le truchement de l’apparence. Ainsi, après la Révolution de 1830, une nouvelle caste affichant son élégance domine la société française. Dans ce sens-là, Le Traité de la vie élégante sert de manuel à cette nouvelle classe sociale. Il montre une appartenance et décrit l’uniforme de la bourgeoisie.

Quant au dandysme, il est considéré en France comme un phénomène de mode anglais jusqu’à la fin des années 1830. Le dandy signifie un homme vaniteux, s’intéressant exclusivement à son apparence. Son image est matériellement figurée par le costume criard et par la fameuse cravate blanche de Brummell.

Balzac emploie Brummell comme effigie de son Traité en lui donnant le rôle de conseiller de l’élégance. L’auteur sauve ainsi l’honneur de « Beau » Brummell du mot dandy fortement déprécié. Quinze ans après Barbey d’Aurevilly entame lui aussi le changement de l’image brummellienne. Mais son entreprise implique la transformation du dandysme même.

Non seulement il nie le dandy perçu comme une poupée déguisée, mais encore il essaye de décrire « l’esprit » du dandysme. Pour autant, cet esprit n’est pas autre chose que de la vanité. Bien que la vanité soit considérée comme un vice et ainsi méprisée jusqu’alors, il confirme la valeur de ce « vice » même. Barbey riposte à Balzac en montrant la pensée propre au dandysme. Tandis que Balzac vulgarise la mode masculine avec son Traité, Barbey réhabilite la vanité comme une qualité d’homme dans son Dandysme.

La différence entre ces deux textes procède donc de deux sociétés particulièrement dissemblables : alors que le dandysme est engendré par la monarchie absolue en Angleterre, la vie élégante surgit de la démocratie basée sur le capitalisme en France.

Ces deux essais ont ainsi une valeur comme critique sociale.

NB*: Ce texte est directement issu des remarquables travaux de Renta Komuro, dont nous reprenons in extenso de nombreux passages. merci à lui pour ce formidable travail de recherche et d’analyse.

[Source : http://www.parisiangentleman.com]

El libro más reciente de la lingüísta Yásnaya Elena Aguilar Gil nos recuerda el destino de discriminación que han sufrido las lenguas indígenas en México. No se trata, como nos aclara esta reseña, de sopesar que algunas lenguas son mejores que otras, sino de exigir que la sociedad valore la diversidad lingüística y su presencia como eje fundamental en la educación.

 


Sacrificamos México en aras de crear la idea de México
—Yásnaya Elena Aguilar Gil

 

Escrito por Patricia Córdova

La experiencia está siempre al servicio de la conciencia y de la imaginación; para no sucumbir ante el caos de la existencia, el ser humano acota ambas con relatos y moralejas de todo tipo.  Nuestras vidas —hemos aprendido— transcurren según la estructura de una narración: planteamiento, causas, consecuencias, nudos y desenlaces. Por ello, el sentido de lo vivido es  tan limitado como las historias y argumentos que interiorizamos.

Escribimos la historia de nuestra vida —e interpretamos la de los otros— al seleccionar los nudos con los que explicamos lo que acontece a nuestro alrededor. El sentido es siempre una selección que pone en evidencia nuestros alcances y nuestras limitaciones. Este sutil, pero poderoso hecho, propicia la madre de todas las batallas: la de las narrativas.

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No ha habido inocencia en la expansión del español en la propia península ibérica ni en América. Desde Antonio de Nebrija, el andaluz que escribió la primera gramática del español en 1492, quedó claro que si la publicaba y la dedicaba a la reina Isabel la Católica era porque “siempre la lengua fue compañera del imperio”. En las primeras páginas de Gramática de la lengua castellana, Nebrija explica la importancia histórica de lenguas como el hebreo, griego y latín y argumenta que la lengua es una pieza clave para extender la fe religiosa.

La primera gramática del español es un nudo lingüístico y político con el que España define una expansión económica, religiosa y sociocultural que marcó la historia de su colonia,  la posterior América Latina. Sin embargo, el proceso de evangelización y dominio que se extendió a lo largo de trescientos años de colonia llevó también a la escritura de las lenguas originarias, a la confección de sus gramáticas (artes de las lenguas primigenias) y al inventario de vocabularios concebidos de acuerdo a lo que los líderes religiosos y nuevos gobernantes necesitaban que nombraran los recién conquistados.

En 1820, justo antes de la consumación de la Independencia de México, el 65% de la población eran hablantes de alguna lengua indígena. Hoy solo el 6.5% de la población habla una de las 68 lenguas indígenas que existen en el país. La Independencia destituyó a los españoles, pero a la vez revictimizó a las comunidades indígenas. Fueron sometidas a un proyecto de nación en el cual se condicionó su existencia a la negación de sus lenguas, de sus territorios y de una autonomía política que ya había sido arrebatada. Este es el antecedente histórico y la situación glotopolítica que Yásnaya Elena Aguilar Gil aborda en Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística (Almadía, 2020).

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Desde el primer texto, “Ser o no ser: bilingüismos”, Yásnaya imprime su particular estilo: una mirada aguda sobre la política lingüística que se ha aplicado a las lenguas originarias, a partir del análisis de experiencias cotidianas. El contraste entre el bilingüismo en su comunidad Ayutla, Oaxaca, y en Ciudad de México, marcó su manera de narrar el mundo. Dos cosas sorprenden a la autora: en Ayutla se desdeña la educación bilingüe y se prefiere la “formal” (monolingüe en español) y en Ciudad de México se pondera el bilingüismo (no español-náhuatl, sino español-inglés). Su cierre es auténtico y espontáneamente irónico: “Entendí, en pocas palabras, que no es lo mismo ser bilingüe que ser bilingüe”.

Yásnaya es ayuujk jä’äy, mixe, y muestra una singular y permanente disposición al cuestionamiento. Le seduce pensar en la existencia de la lengua, la diversidad y la injusticia. La génesis de su lucidez y lucha las presenta, claramente, en Un nosotrxs sin Estado (Ona Ediciones, 2020). A Yásnaya la educaron con una disciplina rigurosa en la lectura de los clásicos. De niña sus tíos la hacían leer en voz alta, cada día, para que adquiriera un español sin acento. El libro rojo de Mao Tse-Tung, Los vedas, el PanchatantraLas mil y una noches, la Ilíada y la Odisea de Homero, las obras de Amado Nervo, Manuel José Othon, Sor Juana Inés de la Cruz, Alexander Pushkin, Ánton Chéjov, Fiódor Dostoievski, Walt Whitman y Lev Tolstói —el nombre de Yásnaya es, de hecho, un homenaje a este autor—, fueron lecturas, “edificios sonoros”, cuyo significado ignoraba, y que más tarde se iluminaron a la luz de sus estudios de preparatoria, licenciatura y posgrado en Ciudad de México.

Los textos que componen Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística son una compilación de ensayos breves publicados en la revista Este país entre 2011 y 2015. Los compiladores —Ana Aguilar Guevara,  Julia Bravo Varela, Gustavo Ogarrio Badillo y Valentina Quaresma Rodríguez— también han incluido  tuits y entradas de Facebook de la lingüista que aluden a los temas de tales ensayos.

El libro es evidencia del sincretismo lingüístico y cultural que ha sucedido a lo largo de 500 años, pero tiene el gran mérito de ser el primero escrito en su género por una mujer, una ayuujk jä’äy, y por alguien cuya agudeza analítica le permite exponer, de forma clara, las diversas aristas del asunto. Su empatía por el mundo la lleva a aprender de todo y de todos. De una amiga japonesa, compañera universitaria, aprende que es mejor sentirse contenta y no orgullosa de hablar una lengua, y sentencia: “El orgullo puede estrechar lazos con la dignidad pero también con la soberbia o, en el peor de los casos, se utiliza como un parche emotivo que cubre una herida amplia y profunda. Un relleno que trata de compensar una carencia”.

La dificultad de la convivencia entre lenguas que gozan con un mayor o menor prestigio también la lleva a anotar que para una niña que habla italiano, inglés y español en casa lo extraño es un entorno monolingüe, prebabélico. La también maestra en lingüística hispánica, Yásnaya Elena —cuya madre, por cierto, se llama Eneida— evoca, en otro ejemplo, el rechazo que provoca hablar español en ciertos contextos en Estados Unidos, de la misma manera en que han sido denostadas las lenguas originarias en México. Su conclusión es que no existen lenguas minoritarias, sino minimizadas al extremo de crear familias que rechazan que sus hijos sean educados en armonía con su lengua materna, sea esta una lengua originaria o el español hablado en México.

La censura sistemática, algunas veces casi invisible, con que se ha tratado a las lenguas originarias se manifiesta en la ignorancia y desprecio que despiertan más allá de los círculos de lingüistas cuyo interés no rebasa, en ocasiones, la obsesión por partículas morfológicas o por la construcción y crítica de una gramática. “¿Por qué la diversidad cultural y lingüística no es un eje temático importante en los contenidos educativos?”, pregunta la autora. En su histórico discurso “México. El agua y la palabra”, pronunciado en la Cámara de Diputados el 26 de febrero de 2019 y que forma parte del libro, la lingüista recuerda que, en promedio, una lengua muere cada tres meses. En un centenar de años se habrán extinguido la mitad de las lenguas del planeta. Causa pudor que no se sepa nombrar las lenguas habladas en México, causa desconcierto que se haga tan poco para preservar las del mundo. Con ello se niega el derecho a una vida propia y digna de estas comunidades. El monolingüismo, además, adelgaza la inteligencia, pues nos alejamos de la complejidad creativa y cognitiva que cada lengua entraña al nombrar el mundo. Aprender que en ayuujk el azul y el verde se mezclan en una sola palabra  —tsujxk—advierte que los colores pueden ser percibidos en un continuo cromático, sin las divisiones con que otras lenguas los definen. Asimismo, saber que täay puede significar “ser chistoso” en el mixe de Ayutla, pero “mentir” en el mixe de Tlahuitoltepec, puede disparar la creatividad si se imaginan los enredos comunicativos que dicha variante puede causar. Yásnaya Aguilar convive, precisamente, en ambas comunidades.

Los conflictos lingüísticos se convierten en conflictos identitarios, pero la seriedad con que Yásnaya los aborda no necesariamente implican una renuncia a su particular humor: “En Europa fui mexicana, en México soy oaxaqueña, en Oaxaca estoy siendo mixe, en la sierra suelo ser de Ayutla. En algún punto soy indígena, pero eso me lo dijeron o lo intuí en el contraste antes de que llegara el nombre. Durante un ataque de fuerzas extraterrestres seguro que seré terrícola, y lo seré con pasión.” La conciencia de esta multirreferencialidad contrasta con la sencilla elegancia con que en ayuujk se nombra a todo aquel que no sea mixe: akäts. La visión del mundo mixe se simplifica en este aspecto, así como en Harry Potter a todos aquellos que no pueden hacer magia se les llama muggles.

La fascinación que suscita conocer nuevas lenguas, sin embargo, no puede ser un hecho si el fomento de la diversidad no cuenta con el apoyo de un gobierno y de sus instituciones. Cuando la lingüista afirma: “Hay tantas razones para querer aprender nuevas lenguas, pero solo  una para querer dejar de hablarlas”, se refiere al racismo, maltrato y negación a que los pueblos originarios han sido sometidos a lo largo del tiempo.

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El proyecto de nación mexicana, que tuvo su origen a partir de la consumación de la Independencia en 1821, ha sido también el proyecto de la negación de los pueblos indígenas y su pluralidad. Una negación no sólo del reconocimiento de las lenguas, sino del derecho a las tierras, al agua, a los recursos naturales y a gobiernos autónomos: “La pérdida de una lengua no es un proceso pacífico en el que los hablantes abandonan una lengua por otra, es un proceso en el que median castigos, menosprecios y en la mayoría de los casos, colonialismo contra los pueblos que la hablan”. Llegada la discusión a este punto, la lingüista Yásnaya Elena Aguilar Gil se torna activista. No son solo lenguas las que se ignoran, sufren segregación y mueren, son naciones indígenas. En un tuit de 2017 apunta: “Nación mapuche dividida en dos Estados: Argentina y Chile; nación sami dividida en cuatro Estados: Suecia, Noruega, Finlandia y Rusia; nación cucapá dividida en dos Estados: México y Estados Unidos”.

En defensa de los pueblos originarios, Yásnaya parece recuperar la etimología de la palabra nación: del latín natio -ōnis, es decir,“lugar de nacimiento” -“pueblo”. Hablar desde la cultura mixe, desde su lengua materna de la familia otomangue, la coloca en un territorio discursivo que es también tierra, organización política y social, conocimiento y mitología ancestral, costumbres familiares y culinarias concretas. El ayuujk encarna el nacimiento, desarrollo y consolidación de un pueblo que sigue luchando por ser respetado y reconocido. Inspirada en el periodista mapuche Pedro Cayuqueo, Yásnaya Elena plantea, en su libro Un nosotrxs sin estado, que México es un Estado plurinacional y no una nación multicultural; critica la educación indígena impartida en español, los hospitales y juzgados sin intérpretes que conozcan la lengua de cada región. La idea de mexicanidad —reclama— los ha ignorado: “No hay penacho de Moctezuma ni mariachi ni huapango de Moncayo ni china poblana que pueda borrar ese hecho. La multiculturalidad niega la idea de nación tal y como fue pensada en sus inicios por los que la proclamaron”.

Si se ha construido una nación unívoca que niega la diversidad, solo hay una aparente salida para la autora: la conformación de un Estado plurinacional en el que se reconozca a las comunidades indígenas como naciones con derecho a la autodeterminación social, económica, lingüística y política. La idea es una seductora utopía. Sin embargo, el lector no puede dejar de preguntarse cómo, en un entorno global que encarna la competencia permanente, se podría legitimar geopolíticamente la existencia de 68 naciones bajo el lema de un país llamado México.

Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística pone sobre la mesa un conflicto social que cobró fuerza política, en 1994, con el levantamiento zapatista y, más tarde, en 1995, con los Acuerdos de San Andrés Larraínzar. A 25 años, el despojo de tierras y la extracción de recursos naturales a las comunidades indígenas sigue sucediendo. El Estado mexicano no ha incorporado un modelo que respete la riqueza cultural y geográfica del territorio. En la narrativa nacionalista promovida desde el Estado, la diversidad cultural de México no ha sido efectiva ni equitativamente incorporada. El sistema de castas se ha superado porque ya no se obliga a escribir la etnia o grado de pureza de la sangre en un acta de nacimiento. No obstante, como afirma la autora, aún existe el gesto disuasorio en los registros civiles para no darles a los recién nacidos nombres que no provengan del español o del inglés; aún se escriben notas periodísticas en que un problema judicial, de salud o de autoridad, se reporta como un problema originado por no saber hablar español. Si bien es cierto que el español mexicano hace tiempo que dejó de ser colonizante, en el sentido de que no representa valores y variantes de un lugar lejano llamado España, y en el sentido de que el español de México es ya patrimonio cultural del país, también es un hecho que las instituciones gubernamentales y la educación pública siguen aplicando prácticas colonizantes en los servicios institucionales que ofrecen a comunidades indomexicanas. De ahí el valor de Ää: Manifiestos sobre la diversidad lingüística de Aguilar Gil, un libro que pone en evidencia las prácticas insuficientes e injustas con que se incorpora a estas comunidades y el discurso nacionalista que afirma lo contrario.

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En La vida contada por un sapiens a un neandertal (Alfaguara, 2020), el paleoantropólogo Juan Luis Arsuaga se esfuerza por explicarle al escritor Juan José Millás la razón por la cual los australopitecos se desplazan de la selva tropical a la pradera: buscan la luz. Al ver una frutería —porque la conversación ocurre en una caminata por el mercado—, Arsuaga rectifica y decide hablar mejor del Homo erectus. Seguramente, por su capacidad de coleccionar frutas. Millás expresa que así habrá más orden en la exposición. La indignación del paleontólogo es más que sugestiva: “–Oye, qué es eso del orden. Esto no es un cuento. Si quieres un cuento, te lees el Génesis. La evolución no tiene la estructura de un relato. No hay planteamiento, nudo ni desenlace. La evolución es el mundo del caos”.

El pasaje me hizo reflexionar en las anotaciones que hice al principio de este texto. La exuberancia de la existencia es, al margen de nuestro pensamiento, siempre caótica. Somos nosotros quienes, acorralados por la conciencia y la angustia connatural que esta desata, nos vemos en la necesidad de construir relatos sobre los hechos que experimentamos o de los cuales tenemos noticias. Los hechos están ahí, sueltos. Cada día salimos a la calle, o al espacio digital, a encontrarnos con los otros. Cada uno hilvana con palabras la historia que es capaz de construir. La madre de todas las batallas es la lucha entre estas narrativas porque ahí se define quién entra o quién sale de la escena; quién tiene derecho o quién no. Arsuaga sabe que los hechos pueden significar por un instante y en un contexto reducido, para luego seguir suspendidos en el espacio de lo no explicable o a merced de narrativas diversas.

En Ää: Manifiestos sobre la diversidad lingüística se construye una narrativa sobre la historia indígena de México y de sus lenguas. ¿Fueron los indígenas de la era de la domesticación del maíz, hace 9000 años, los mismos sometidos durante 300 años por los españoles? ¿Es el mexicano una invención ilegítima del proyecto nacional de 1821? ¿Cómo integrar la existencia del español de México (la lengua) con la existencia de las lenguas originarias? Construir un territorio narrativo para luchar por una nación, o por un ideal social, tiene mucho más peso que la narrativa con la que recordamos nuestras vivencias cada noche. Sin embargo, ambas narrativas son brújulas capaces de guiar individuos y legiones. La narrativa de una nación y los hechos en que se fundamenta tendrán que ser siempre inclusivos, sin prejuicio de ningún grupo humano, o entidad natural que habita el territorio. Cuando Yásnaya Aguilar Gil analiza la coexistencia de las lenguas y de las culturas parece saber esto último. La narrativa de los ensayos que componen este libro es una defensa de las lenguas originarias de México y de los pueblos indígenas que las hablan. También es una genuina invitación a que dichas lenguas se incorporen al horizonte sociopolítico de los hablantes nativos del español de México.

• Yásnaya Elena  A. Gil, Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística, Ana Aguilar Guevara, Julio Bravo Varela, Gustavo Ogarrio Badillo y Valentina Quaresma Rodríguez (comps.), México, Almadía, 2020.

Patricia Córdova es profesora investigadora de Lingüística Hispánica y directora de la División de Estudios Históricos y Humanos de la Universidad de Guadalajara.

 

[Fuente: http://www.nexos.com.mx]

Dans ses mémoires, le Congolais Séverin Mouyengo relate quarante-huit ans de vie dans la SAPE, la « Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes », ce mouvement né entre Paris et le Congo-Brazzaville à la fin des années 1960. Longtemps et encore aujourd’hui regardé comme relevant d’un « folklore africain », le monde des sapeurs éclaire pourtant remarquablement l’histoire collective des villes africaines. Séverin Mouyengo nous emmène au sein de la jeunesse congolaise, dans ses coulisses, loin des uniformes militaires qui régnaient alors. S’y dévoile aussi une manière singulière d’inversion du stigmate du colonisé.

« Mars 2019, avenue de la Gare routière, Bacongo. Le Salopard de la sape Séverin jouant avec sa veste du genre Aristotes à la manière d’un cerf-volant. »

Séverin Mouyengo, Ma vie dans la Sape. Texte établi et préfacé par Manuel Charpy. Librairie Petite Égypte, 192 p., 17 €

Écrit par Philippe Artières

L’historien passeur Manuel Charpy l’indique dans sa préface, Ma vie dans la Sape est un ouvrage né de la détermination d’un homme à inscrire cette histoire en dépit des nombreux obstacles rencontrés. Séverin Mouyengo avait en effet rédigé un premier manuscrit qu’il avait confié en 2003 à un ami qui partait en Europe. Le texte fut perdu et, en 2017, l’auteur décida de reprendre ce travail de mémoire, sans doute poussé par l’intérêt de plus en plus grand des maisons de mode du monde entier pour ces étranges « sapeurs », mais surtout par le souci d’inscrire ces personnages dans le récit de l’histoire contemporaine du Congo.

L’histoire de la mode et celles de la politique et du postcolonial se croisent ici de façon exemplaire. C’est conscient de toutes ces dimensions que les éditions de la Librairie Petite Égypte, situées à Paris, au beau milieu du Sentier, ont pris l’initiative de publier l’ouvrage. En 2019, la maison avait fait déjà paraître une édition – augmentée des mémoires d’un déporté devenu confectionneur, Guy Vasseur – d’un des rares textes sur l’histoire de ce quartier parisien de la confection, 36, rue du Caire et d’Alexanderplatz au Sentier de Nadine Vasseur.

Le texte de Séverin Mouyengo commence par un rite d’initiation ; à l’âge de quinze ans à peine, il est invité par l’un de ses frères germains à une première « fête ritualisée » dans un dancing-bar de Brazzaville, mal aimé de la puissante Union des jeunesses socialistes proche du commandant Marien Ngouabi, qui a pris le pouvoir en 1968. Voilà notre héros soumis pour la première fois au regard des sapeurs, et Séverin de se sentir alors « ngaya », au plus bas de l’échelle de la Société des ambianceurs. Pas de quoi dégoûter le jeune garçon qui, un soir suivant, repart en campagne, n’ayant rien laissé au hasard cette fois : ni le costume, ni la chemise, ni les chaussures, jusqu’à un paquet de cigarettes Benson & Hedge…

Cette nouvelle sortie est l’occasion pour lui d’éprouver le regard des femmes. Car s’il s’agit d’une société d’hommes, les « filles » ont un rôle dans ces soirées. Ni accessoires, ni maitresses de cérémonie, elles représentent la preuve de l’élégance. Mais, dans les albums photographiques qui conservent la mémoire des grandes heures de la Société, ce sont des hommes qui figurent sur les clichés, solitaires ou en groupe – l’édition fait une large place à ces photographies et chacune est commentée par Séverin Mouyengo, elles ne constituent pas une simple illustration mais forment comme un récit parallèle.

Ma vie dans la Sape, de Séverin Mouyengo : une esthétique de l'existence

« 19 juillet 2019 avec Vernon Benny, mon fils, venu pour deux semaines de vacances. Redingote du genre Carlson et chapeau (haut de forme) du genre Dobell.

Au fil de courts chapitres, avec humour souvent, l’auteur nous fait partager la vie de la jeunesse citadine congolaise ; on découvre aussi le rapport que ces jeunes hommes entretiennent avec la mode occidentale ; il ne s’agit pas de la copier ni de la contrefaire mais de se l’approprier individuellement. Ce que Séverin Mouyengo invente avec ces « fringues » des grands couturiers français, italiens, anglais, c’est un « style » qui constitue un véritable mode de vie. Chaque instant de l’existence des membres de la Société est centré sur la constitution d’une collection de vêtements, véritable trésor à partir duquel on compose ses tenues. En ce sens, c’est une vie d’artiste que ces mémoires relatent. L’exclusion de l’auteur du système scolaire renforce un peu plus son amour de la Sape : « j’étais désormais libre et c’était l’occasion ou jamais de saper, toujours saper, saper sans encombre ». Chaque sortie est un événement et toutes les ressources, y compris familiales, doivent contribuer à l’enrichissement de la collection.

L’arrière-plan de ce monde de la sape est l’immigration vers la France, et les politiques migratoires de plus en plus dures qui sont mises en place. La chronologie qui clôt l’ouvrage met bien en évidence l’importance des lois nouvelles en Europe limitant cette porosité entre le Congo et la France (notamment, en juillet 1974, l’arrêt de l’immigration pour motif économique). Séverin Mouyengo tente à deux reprises de venir en France. Il consacre de longs développements à cette volonté de voyage parisien car « voir Paris et mourir » était le credo du sapeur. En décembre 1974, n’ayant pas la possibilité de partir directement de Brazzaville ni du Zaïre voisin (l’actuelle République démocratique du Congo), ni par le Gabon ou l’Angola où les papiers pour les formalités de voyage étaient plus faciles à obtenir, « l’aventurier » s’embarque à Pointe-Noire, à plus de 500 km de la capitale. Il travaille sur le port mais fréquente là aussi les sapeurs et leur fêtes, occasion de grimper les grades de la Sape (Président, Sénateur, Maire, Ambassadeur), les plus élevés des sapeurs étant dits « Parisiens », car pratiquant la sape en résidant à Paris.

Le voyage pour arriver à « l’Eldorado » n’était pas sans risque et nombre de jeunes gens y avaient perdu la vie. Séverin Mouyengo échoue, il est découvert avec ses camarades clandestins avant même que le navire ne quitte le port. Et le sapeur de poursuivre sa carrière à Pointe-Noire, puis à Loubomo, la troisième ville du pays, nommée ainsi entre 1975 et 1991 (actuellement Dolisie), où il reprend des études tout en consacrant tout son temps libre à la Sape. Au milieu des années 1970, Séverin Mouyengo rentre chez lui à Brazza où il devient l’une des grandes figures des sapeurs, « un salopard de la sape ». Il obtient un poste aux Eaux et forêts qui lui garantit un salaire et surtout des ressources pour satisfaire son unique passion : s’habiller. L’auteur décrit en détail les divers moyens pour acquérir de nouveaux vêtements : soit il les faisait venir par des amis qui vivaient à Paris, soit ces derniers faisaient des « descentes » à Brazzaville pour en acheter, les stewards des compagnies aériennes pouvaient aussi être des convoyeurs. Localement, des achats étaient aussi possibles dans des magasins d’habillement réputés, le vol constituant un dernier recours.

Ma vie dans la Sape, de Séverin Mouyengo : une esthétique de l'existence

Nœuds papillon, Madibou, banlieue de Brazzaville (2020)

Cette passion pour les habits n’est pas une simple affaire d’apparence, elle est la possibilité de changer d’identité au sein de la société : moyen d’expression corporelle, le port du vêtement de confection est une manière de se déplacer socialement. Peu importe la profession, peu importe l’origine, c’est le style qui constitue l’identité. Or, plus cette identité est multiple, plus elle est diverse, plus elle est remarquable. Il ne s’agit nullement d’une hybridation entre deux cultures, mais bien d’une forme d’invention d’une identité sensible et inédite, fruit d’une situation historique : la relation violente entre l’Afrique centrale et l’Europe.

La collection de vêtements apparaît en cela comme un trésor qui garantit la possibilité d’un devenir pour le sapeur. Il conserve dans des sacs, sur des portants et dans des valises ces centaines de pièces. En 1998, l’intensité des combats entre le président Pascal Lissouba et les Ninjas du maire de Brazzaville avec les milices de Denis Sassou Nguesso (l’actuel président), appuyées par l’armée angolaise, menace la vie de Séverin Mouyengo et de sa famille. Le sapeur décide de partir. Creusant un immense trou dans le jardin de sa maison, il enterre sa garde-robe pour, croit-il, la conserver. À son retour, fin 1999, son trésor a été entièrement détruit par l’humidité. Et le sapeur de se lancer dans la constitution d’une nouvelle collection, profitant de l’intérêt des Occidentaux mais aussi des Japonais pour cette esthétique de l’existence. C’est tout l’intérêt du livre de Séverin Mouyengo : il constitue un formidable autoportrait d’une génération qui, dans le chaos de la mondialisation, inventa des formes d’identité jouant sur les décalages, les télescopages et les collages. Et si parfois le lecteur se perd dans la galerie de personnages qui habite ces pages, c’est pour mieux mesurer à quel point cette poétique échappe, combien elle est fondamentalement rebelle aussi.

 

[Photos : collection particulière Séverin Mouyengo – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

 

La profesora dijo: “Es usted tonto e idiota, cuando podría ser idiota y tonto, que queda más elegante”

Ione Belarra, entonces portavoz parlamentaria de Unidas Podemos, interviene en el Congreso en 2019.

Ione Belarra, entonces portavoz parlamentaria de Unidas Podemos, interviene en el Congreso en 2019.

Escrito por ÁLEX GRIJELMO

Ione Belarra aparece estas semanas mucho en los medios. Tanto ella como Yolanda Díaz cambian de puesto en la Administración. Esta última, ascendida a vicepresidenta; y Belarra, a ministra. Y, como si fueran juntas en un tándem, se las ha mencionado tanto en prensa como en radio una a continuación de la otra. Así, hemos leído y oído la descuidada formulación “Yolanda Díaz e Ione Belarra”.

Una profesora cuyas enseñanzas aún aplico después de tantos años, Gloria Toranzo, que impartía clase de Redacción Periodística, solía corregir al alumno que utilizaba la conjunción e; y lo hacía con esta fórmula que seguramente toda mi clase recuerda: “Es usted tonto e idiota, cuando podría ser idiota y tonto, que queda mucho más elegante”. Nadie se lo tomaba a mal, porque en aquellos tiempos las pieles con las que llegábamos al mundo los seres humanos no eran tan finas como las de ahora. Y gracias a esa inocente provocación podíamos aprender que ciertas sucesiones de vocales ensucian la frase, pero que ésta pasa de cacofónica a eufónica si se cambia el orden de los factores.

En este caso, la aplicación práctica de aquel teorema tan nemotécnico habría consistido en decir o escribir “Ione Belarra y Yolanda Díaz”.

No siempre se puede, claro. Por ejemplo, si la enumeración representa una jerarquía, o si hemos de expresar que alguien es “irresponsable e imbécil”, pues ahí la alteración de los factores no arregla nada: hace falta la conjunción e. Bueno, para eso la tenemos: para cuando no hay otro remedio. (Aunque un buen escritor casi siempre lo hallará: “irresponsable y además imbécil”).

Ante el caso de Ione Belarra, muchos periodistas están perdiendo la oportunidad de ser elegantes y además correctos.

En español, la letra i seguida de otra vocal con la que forma diptongo lleva a una pronunciación distinta, como bien explicó hace un año el académico Pedro Álvarez de Miranda en el Centro Virtual Cervantes. No suenan igual “hipotético” que “hierático”. En el segundo caso, salvo que nos propongamos con ahínco una fonética forzada, diremos yerático. De hecho, algunas de esas palabras cuentan con una segunda grafía correcta: hierba y yerba, hiedra y yedra, iodo y yodo.

Para los casos en que ese tipo de vocablos van precedidos de una conjunción copulativa como y, la regla señala que ésta mantiene su forma porque la pronunciación del término siguiente no es puramente vocálica, sino más bien consonántica. Así pues, la no necesita transformarse en e. Por eso decimos “fuego y hielo”, y por eso Manuel Machado escribió en aquel épico poema que describe la marcha de Rodrigo Díaz: “Al destierro, con doce de los suyos –polvo, sudor y hierro– el Cid cabalga”.

Agua y hielo. Sudor y hierro, Yolanda y Ione. Así se debería haber escrito, y no “e Ione”.

Cierto, Ione es un nombre en euskera. Pero se pronuncia yone, y las palabras de otras lenguas no quedan exentas de la norma cuando se usa el castellano, como también señala la Ortografía (página 77). Priman los sonidos, no las letras. Por eso debemos decir “las aplicaciones Yuka e EasyPark” (isi park), o “Barack Obama y Hillary Clinton”.

En cualquier caso, y por las dudas, más vale invertir los términos si se puede. De ese modo, cuando llegue la ocasión, en vez de parecer hábiles e inteligentes seremos realmente inteligentes y hábiles, que suena más elegante. (No sé si con esta fórmula tan amable se lo aprenderán igual los alumnos).

[Foto: EDUARDO PARRA / EUROPA PRESS / GETTY IMAGES – fuente: http://www.elpais.com]

Le contrebassiste franco-espagnol Renaud García-Fons nous enthousiasmait fin 2013 avec l’album Linea Del Sur publié chez Enja. Il y évoquait les sonorités orientalisantes et latines empreintes des folklores méditerranéens qui baignèrent jadis son enfance.

Le 03 février il était de nouveau dans les bacs grâce au label e-motive Records (Louis Winsberg, Ira Coleman, Stépahne Huchard, …) avec un nouveau projet baptisé La Vie devant soi, titre d’un livre d’Emile Ajar (pseudo de Romain Gary) paru en 1975, narrant l’histoire touchante d’un orphelin, Momo, et de sa maman de substitution, Madame Rosa, une ancienne prostituée juive ayant connu Auschwitz.

Si l’artiste explore depuis longtemps les liens ténus existant entre des cultures qui cohabitent de plus en plus difficilement malgré une histoire commune séculaire, il semble ici revenir vers des espaces plus familiers, brossant le portrait intimiste d’un Paris d’hier et d’aujourd’hui.

Combinant les ambiances musicales qui définissent si bien la Ville Lumière, Renaud mêle avec nostalgie, poésie et sophistication le jazz à la musette, la chanson à la musique classique, le tout dopé par un groove enraciné dans un présent pluriel et cosmopolite.

Il forme pour l’occasion un ‘trio de chambre’ composé de l’accordéoniste David Venitucci et du vibraphoniste/percussionniste Stephan Caracci, deux complices virtuoses et tout terrain à l’élégance certaine.

[Source : les-chroniques-de-hiko.blogspot.com]

Quelques chanceux seulement peuvent goûter ce chef-d’œuvre à la robe brillante et au toucher de bouche si délicat.

Le climat de la Romanée-Conti, son terroir spécifique, sculpte le vin au fil du temps. Michel Joly

Écrit par Nicolas de Rabaudy 

Grâce à la biographie de Laurens Delpech consacrée à Louis-François de Bourbon, prince de la Romanée-Conti et son grand propriétaire sous le règne de Louis XV, nous découvrons le mystère et le génie de ce sublime vin rouge de Bourgogne d’une rareté absolue, et les prix stratosphériques de ce chef-d’œuvre de la viticulture française.

Les vignes de la Romanée-Conti. Michel Joly

Situé sur le beau terroir de Vosne-Romanée, en Côte de Nuits, la Romanée-Conti s’étend sur 1,75 hectare et livre, à chaque vendange, de 4.000 à 5.000 bouteilles (et moins) pour un rendement très bas de 18 hectolitres à l’hectare. C’était le cas en 2018, un millésime exceptionnel conjuguant le fruit intense du 2015 et la maturité du 2003.

Dans ce cru mythique, il n’y a pas deux millésimes qui se ressemblent, le vieillissement quasi infini va faire évoluer le vin: que sera la Romanée-Conti de 2020? En 1875, la Romanée-Conti exprime la truffe, les sous-bois et est bien présent en bouche, vivant.

Tout œnophile, tout amateur de grands vins cherche à savourer la Romanée-Conti servie à la table de Louis XV, c’est le nectar parfait, un rêve rarissime: à peine quelques milliers de bouteilles par an jamais vendues dans le commerce, seulement au domaine, aux restaurants et aux enchères. C’est le trésor, le sommet, le phare d’une carte des vins de restaurant étoilé, c’est le nectar d’une fête d’exception.

Au restaurant Troisgros à Ouches, près de Roanne, le 1996 est proposé à 30.000 euros le flacon et des amateurs réservent chez le grand cuisinier pour savourer la Romanée-Conti au moins une fois dans leur vie.

Une bouteille de la Romanée-Saint-Vivant. Michel Joly

Au domaine viticole de Vosne-Romanée, le vin chef-d’œuvre est vendu avec les autres grands crus du domaine éponyme: La Tâche, Richebourg, Grands-Échezeaux, Échezeaux, Romanée-Saint-Vivant, Corton, Corton-Charlemagne et si possible du Montrachet (2.500 bouteilles du plus grand vin blanc du monde).

Des bouteilles de la Tâche, Montrachet et Romanée-Conti. | Domaine de la Romanée-Conti

Voilà la caisse légendaire qu’Aubert de Villaine, gérant, dépositaire de l’âme de la Romanée, et Perrine Fenal, copropriétaire née Leroy, expédient aux grands clients connus: restaurateurs, sommeliers, revendeurs accrédités, collectionneurs passionnés, comme François Audouze, qui en a bu plusieurs fois. La Romanée-Conti est le vin le plus subtil, le plus désiré du globe et de très longue garde.

Perrine Fenal et Aubert de Villaine. | Jean-Louis Bernuy

Lamper du Pétrus, du Lafite Rothschild, du Margaux, du Chambertin, La Mouline de Guigal (Rhône), du champagne Krug, ce sont des privilèges possibles pour un bon dégustateur. La Romanée-Conti, c’est l’exception, le mythe inégalable, le vin d’une vie.

Ce rouge miraculeux, issu d’un climat (terroir précis) et d’un cépage unique –le pinot noir a été découvert et promu par le prince de Conti, membre du Parlement, familier de Louis XV à qui il a fait déguster et apprécier ce nectar à la robe brillante et au toucher de bouche si délicat.

Grand connaisseur, sérieux buveur et gourmet au palais raffiné, le prince de sang royal l’a acquis à 47 ans, en 1760, au grand dam de la Pompadour, qui le convoitait. Le prince œnophile faisait goûter la Romanée à sa table, lors de repas somptueux, une bouteille par convive à chaque dîner –singulière générosité. Qui ferait ce geste aujourd’hui?

La croix de la Romanée-Conti. | Jean-Louis Bernuy

La Romanée-Conti (nom attribué au vignoble pendant la révolution de 1789) n’a jamais été commercialisé par son illustre propriétaire qui se vantait d’avoir acquis le plus grand vin du monde, il le gardait pour lui et ses convives. La réputation du mystérieux rouge de Vosne-Romanée était déjà bien établie.

Le prince était un libertin, un franc-maçon, il avait conscience de son rang et il exigeait de ses vignerons le meilleur vin possible, conseillant une production mesurée, jamais excessive. Et le roi de France, pour en savourer quelques flacons, devait s’adresser au prince propriétaire, qui veillait sur la consommation très restreinte de sa Romanée.

À sa mort, Sainte-Beuve écrit que «le prince de Conti était passé à côté de l’histoire sans y rentrer». Mais, souligne l’historien Bachaumont, «le prince de sang royal, par son patriotisme généreux, avait mérité l’affection des Français».

Le prince monté au ciel des nantis en 1776, son fils Louis-François-Joseph de Bourbon-Conti doit se résoudre à vendre les œuvres d’art de son père, 800 tableaux de Léonard de Vinci, de Dürer, de Rubens, de Rembrandt, de Greuze… afin d’éponger les faramineuses dettes de son père, mais il refusa de se séparer du vignoble, bijou de la Romanée-Conti. Posséder de manière exclusive le plus fameux vin de France était un privilège lié à son rang.

Notons que, d’après l’historien Laurens Delpech, très féru des vins de Bourgogne, la production du rouge de la Romanée-Conti (pas de blanc) était à l’époque de Louis XV, puis de Louis XVI, très inférieure à ce qu’elle est en 2021, soit 5.000 bouteilles environ par vendange, certaines années beaucoup moins: le vignoble a moins de trois hectares, c’est lilliputien, d’où sa rareté.

La période contemporaine a débuté en 1945 par l’arrachage des vignes et la replantation sur porte-greffes résistant au phylloxera dévastateur. Le matériel végétal est le même depuis 400 ans, ce qui explique l’air de famille des vins de millésimes si différents.

Le domaine a pris soin de mettre sur pied de rituelles dégustations, véritables plongées dans le passé du grand cru: vingt-sept millésimes proposés en août 2014 dont les 1915, 1923, 1937, 1942, 1956, 1959, 1961, 1971, 1978, 1985, 1995. Le vin recèle une sorte d’éternité: meurt-il jamais?

Un domaine viticole orienté vers la perfection

Du prince de Conti à Aubert de Villaine, gérant actuel d’une rigueur totale –c’est le meilleur connaisseur du vin–, le terroir si restreint et la culture raisonnée de la vigne ont guidé les propriétaires, les familles de Villaine et Leroy, à se plier aux caprices de la nature. Ce vignoble septentrional est soumis à des conditions microclimatiques très diverses (il fait froid et chaud à Vosne-Romanée) mais il est si bien exposé au sud, une garantie annuelle du bon mûrissement des grappes.

Aubert de Villaine. | Domaine de la Romanée-Conti

Le vin si particulier par son élégance et sa suavité recèle tout à la fois, «du velours et du satin en bouteille», écrit Richard Olney, auteur d’un ouvrage capital sur l’histoire du grand cru légendaire, The World’s Most Fabled Wine. Le professeur Georges Saintsbury, une sommité universitaire, écrit à propos d’une bouteille de 1858: «Je n’ai jamais bu un vin combinant une telle intensité alliée à une délicatesse, un bouquet, un corps, une couleur et une telle qualité dans un vin français.»

Deux bouteilles de la Romanée-Conti. | Keiichi Tahara

Le climat de la Romanée-Conti, c’est-à-dire son terroir spécifique, sculpte le vin au fil du temps, jusqu’à exprimer les goûts éthérés de pétale de rose fanée, mêlés à des épices orientales et offre une texture particulière, intemporelle, permanente. Ce vin a une grâce divine.

Bernard Burtschy, chroniqueur de vins très lu, ajoute ceci: «La Romanée-Conti s’offre comme un corps de ballerine dans une structure d’athlète, la finesse si attendue et la puissance.» Pour Michel Bettane, excellent connaisseur de la cave des vins du domaine, «la Romanée-Conti développe un incomparable bouquet d’une plénitude de constitution sans égale (19,5/20 pour le 2015 dégusté en fût)».

Le domaine de la Romanée-Conti. | Michel Joly

Disons-le, ce vignoble d’exception a bénéficié d’une continuité historique unique et a été inclus au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, lors de l’inscription des climats du vignoble de Bourgogne, en 2015. Cela grâce à l’action, à l’acharnement, d’Aubert de Villaine, véritable messie de la viticulture bourguignonne entouré d’une équipe dédiée corps et âme à l’éclosion des millésimes si attendus de la Romanée. Une exacte expression du potentiel de l’année, «d’un naturel confondant», ajoute Michel Bettane, qui a goûté tous les millésimes depuis les années 1960-1970, un privilège réservé aux collectionneurs et aux palais savants et fortunés.

Bâtiment de la Romanée-Conti, place de l’Église. | Jean-Louis Bernuy

La Romanée-Conti au restaurant Le Cinq

Vice-meilleur sommelier du monde en 1988, acheteur des vins pour le Four Seasons George V à Paris, trois étoiles au restaurant de Christian Le Squer, Éric Beaumard reçoit une allocation de trois caisses panachées par an, soit trois bouteilles de la fameuse Romanée, c’est tout.

Il pourrait en vendre deux bouteilles par mois car les amateurs passionnés par «la plus haute expression du vin de Bourgogne» (Robert Parker) recherchent ardemment ce vin de réputation mondiale, si ardu à trouver sauf dans les tables étoilées (dix-huit mois en fûts de chêne neufs). Éric Beaumard refuse de se procurer des vins de la Romanée ailleurs: il veut la garantie du domaine, portée par Aubert de Villaine.

En dehors de la finesse extrême, infinie, le critique américain Robert Parker note: «Les arômes paradisiaques et d’ineffables bouffées d’épices orientales, des parfums floraux de rose fanée, des senteurs de truffe, une ampleur fabuleuse et un potentiel de garde quasi infini: des arômes de miel sauvage, des notes animales opulentes, un toucher de bouche qui s’améliore avec l’âge, le 1955, un grand millésime délicieux est extrêmement parfumé, le 1929, exceptionnel nez de porto vintage, rond, sensuel, un peu brûlé, le 1985, long et abondant, bouche charnue et texture de rêve est un vin exceptionnel.»

Aubert de Villaine, les millésimes à boire

À la Romanée-Conti, le réchauffement de la planète a pour conséquence de livrer des vins à boire plus jeunes, c’est le cas des 2014, 2017 et 2018 à venir. La dégustation des vins du domaine permet d’accéder au terroir si particulier, c’est ce qui crée l’émotion palpable de la Romanée-Conti.

«Ce Vosne-Romanée au style si raffiné nous fait accéder à un autre monde, celui de la douceur du vin d’un bouquet complexe, d’une admirable harmonie, explique Aubert de Villaine. Avec l’âge, le temps confère à la Romanée la saveur si rare de rose fanée et une puissance en bouche qui n’est pas liée à l’alcool mais à la nature profonde d’un vin de pure séduction.»

• 2009, coulant, fluide, quasi parfait.

• 2008, délicat, bien constitué, nez de rose.

• 2007, plus complexe, ample, long, riche.

• 2006, parfumé, soyeux, violette, concentré.

• 2005, fermé, puissant, attendre la maturité.

Les prix de la Romanée-Conti

• 1945: 480.000 dollars à Sotheby’s New York, prix fabuleux lié à la production infime de ce millésime, 600 bouteilles.

• 2010: 13.000 euros, la bouteille.

• 2011: 12.000 euros, la bouteille.

• 2012: 12.000 euros, la bouteille.

• 2015: 16.000 euros, la bouteille.

• 2016: 20.000 euros, la bouteille.

La hausse des prix obtenus depuis 2016 est liée à la vogue de la Romanée-Conti en Chine comme pour Pétrus, Lafite et Mouton Rothschild. L’expert parisien Claude Maratier, grand dégustateur à la mémoire prodigieuse, a noté qu’en 1952, Richebourg s’est classé devant la Romanée-Conti et La Tâche, ce dernier étant très recherché par les œnophiles du XXIe siècle.

Les millésimes intermédiaires de la Romanée comme 1972 et 1976 expriment le style du vin, la douceur, sa finesse extrême. Les connaisseurs identifient la Romanée et son parfum de rose fanée si caractéristique, c’est la patte du domaine. Le 2008 était fermé, muet à son début, sans expression. Six ans plus tard, c’était une splendeur inoubliable. À noter que Jean Troisgros, le grand chef de Roanne décédé en 1983, préférait Richebourg à la Romanée-Conti pour sa présence en bouche, qui convenait mieux aux grands plats des deux frères dont le filet de bœuf au fleurie à la moelle. Aubert de Villaine recommande la viande rouge et une bonne purée onctueuse pour escorter un millésime prêt du grand vin de la Romanée.

«Des subtilités inégalables»

François Audouze, grand collectionneur de vins, (40.000 bouteilles en cave) liste les Romanée-Conti qu’il a pu boire: «1922, 1923, 1929 (3), 1934, 1935, 1937 (2), 1940, 1942, 1943, 1944, 1945, 1954 (3), 1956 (3), 1957, 1959, 1960, 1961 (3), 1962 (2), 1964, 1967, 1969 (2), 1972, 1973, 1974, 1975, 1978, 1980 (2),1981 (3), 1982, 1983 (6), 1986, 1991, 1993, 1996, 1997, 2000, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 (4), 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016. Total général: soixante-treize bouteilles pour cinquante-et-un millésimes.

Ces soixante-treize Romanée-Conti font partie des 526 vins du domaine que j’ai savourés. Dans mes souvenirs de Romanée-Conti, j’aime beaucoup les flacons des années difficiles qui, au bout de quelques décennies, montrent des subtilités inégalables comme 1935, 1956, 1957, 1983.

Parmi les plus solides années, j’apprécie particulièrement 1934, 1943, 1959, 1961, 1969. Les belles surprises sont 1962, si subtil, 1980 et 1981. La Romanée-Conti est un vin que l’on écoute. On ne l’apprécie que si on entre dans son monde. Elle est belle quand elle est fragile, et quand elle est puissante, elle ne cherche pas à s’imposer.

Les marqueurs principaux sont la rose et le sel lié aux entrailles du vignoble. C’est le sel qui délivre la noblesse de ce vin qui ne fera jamais rien pour vous séduire, mais vous sourira si vous l’avez compris.»

Le Prince de la Romanée-Conti

Laurens Delpech

Éditions Flammarion

Paru le 21 octobre 2020

208 pages

45 euros

 

[Source : http://www.slate.fr]

‘Guerra y paz’, que la editorial Alba reedita ahora en una nueva traducción, representa la madurez del escritor ruso más influyente de la historia. Su complejo estilo es el mayor escollo para verterlo a otra lengua

 

Escrito por RICARDO SAN VICENTE

“Durante los años de la guerra, la gente leía con avidez ‘Guerra y paz’ para justificar su propia actuación (no la de Tolstói, cuya actitud ante la vida nadie ponía en duda). Y el lector se decía: sí, claro está, mis apreciaciones son correctas. Está claro que es así. Aquel que tenía ánimos, leía con avidez ‘Guerra y paz’ en el sitio de Leningrado”

Así empieza el Diario del sitio de Leningrado, de Lidiya Ginzburg (Muchnik Editores, Barcelona, 2000, traducción de Belén Marín).

En general, la obra de León Tolstói sigue siendo un referente literario y moral para la mayoría de los lectores rusos.

Es probable que, si hablamos de los clásicos, muchos se inclinen por la belleza poética de Pushkin, valoren sobre todo la elegancia y sensibilidad de Turguénev, suspiren ante el romanticismo arrebatado de Lérmontov, o rían entre lágrimas de amargura ante la sátira de Gógol, que sientan debilidad por el mensaje espiritual de Dostoievski, o aprecien el laconismo narrativo de Chéjov, que estimen, en suma, las obras de otras muchas figuras que han dado calor y luz con sus textos a millones de lectores, pero, en mi opinión, nadie ha superado, al menos en la cultura rusa, el poderoso legado moral, social, histórico, y el impacto literario, estético y emocional, que nos ofrece el conde León Tolstói.

Y de entre su extensa obra destaca sobre todo Guerra y paz.

Es casi inabarcable la variedad de temas planteados en esta novela-epopeya. Y es que Guerra y paz representa el punto de madurez del proceso creador de Tolstói, cuya característica central desde sus primeros pasos, desde la trilogía Infancia, adolescencia y juventud, es el autoanálisis, la búsqueda de un eje moral, como se puede observar en los Diarios y la Correspondencia, traducidos y redactados por Selma Ancira para la editorial Acantilado.

Lev Tolstói en su estudio.

Lev Tolstói en su estudio. GETTY

Entre los grandes temas que preocupan al Tolstói recién casado, ya asentado, tras los excesos de su juventud, y padre que observa con nuevos ojos a sus antepasados, está el de reconstruir la historia que protagonizó la generación de sus padres. Pero además, embarcado en la colosal tarea, se plantea mil interrogantes a los que intentará dar respuesta: ¿qué es la historia?, ¿quiénes son los verdaderos sujetos de la historia? Y, sobre todo, ¿cómo escribirla, narrarla, hacerla llegar a sus contemporáneos? (Al tema de la libertad, de la verdad y sobre todo de lo que Tolstói entendía por historia le dedica un preciso ensayo Isaiah Berlin: El zorro y el erizo, incluido en Pensadores rusos [no escritores, subrayemos, sino pensadores], traducción de Juan José Utrilla, FCE, 1979).

Pero hay otros muchos aspectos de partida que impulsan la obra. Y aunque a ellos se refiere también el traductor Joaquín Fernández-Valdés en la detallada y recomendable introducción a su recentísima traducción para la editorial Alba, citemos tal vez aquel que constituye a mi entender uno de los núcleos del alma tolstoiana. El pequeño León, nacido en 1828, pierde a su madre, Maria Nikoláyevna Volkónskaya, a los dos años, y en 1837 muere su padre, Nikolái Ilich Tolstói. Y algunos estudiosos creen que el autor pretende suplir esta orfandad espiritual, esta falta de una autoridad moral en su infancia, con el autoanálisis, reflexión que impregna toda su obra. Pero será el momento en que es padre cuando descubre toda la profundidad de la pérdida, ausencia que intentará reconstruir en la novela a través de las cartas, diarios y recuerdos de sus familiares. Pues es fácil ver en las dos familias protagonistas de la novela —Rostov y Bolkonski— la referencia clara a sus dos ascendencias: Tolstói y Volkonski.

Tras la muerte del zar Nicolás I en 1855, retornan de su cautiverio siberiano los decembristas (a los que Tolstói dedicará un primer relato inacabado del mismo nombre). Los supervivientes de la rebelión de diciembre de 1825, es decir, los protagonistas del fracaso de la vía europea occidental de la Rusia zarista, entre los que se contaban algunos amigos de la familia, llevan al autor a esta fecha crucial en la historia de Rusia. Pero 1825 no se puede entender, nos viene a decir Tolstói, sin la invasión napoleónica de 1812, invasión que obliga al autor a remontarse a 1805, que será el primer título de la novela.

Sus frases inacabables y su estilo libre hasta lo caprichoso fluyen también en castellano gracias a la versión de Joaquín Fernández-Valdés

La vida de su generación y de su clase, el bien conocido abismo entre la vida cortesana y la del pueblo; la contienda, que lo llevará a visitar muchos años más tarde el escenario de la batalla de Borodinó, la victoria de las tropas napoleónicas, que de hecho se convirtió en el principio del final de esta desastrosa contienda… Podríamos añadir otros aspectos y episodios, pero creo que el lector descubrirá por sí mismo, gracias a la nueva y cuidada edición, esta lección de vida, este esfuerzo titánico de comprensión tanto del pasado como de sus mimbres, el misterioso mecanismo de los resortes que van encadenando la suerte de un pueblo, de una nación, de unos individuos, unos seres espléndidamente diseñados en sus detalles, a su vez particulares y arquetípicos…

Hemos hablado un poco del “qué” de la obra, pero no del “cómo”. También a ello se refiere el traductor, así como a la dificultad de trasladar a nuestra lengua un estilo complejo y libre hasta lo caprichoso.

Y no es solo el conocido “extrañamiento” tolstoiano, que permite al lector descubrir desde el interior del texto el carácter artificioso de nuestra cultura, o las machaconas repeticiones; es su malvado estilo narrativo: la construcción de frases inacabables que en ruso fluyen gracias al trabajo del autor y que el traductor debe restituir en la lengua de destino para que al menos no zozobremos en su lectura. Pues no será hasta Anna Karenina y tras la relectura de Pushkin, y sobre todo en el magnífico Jadzhi Murat, que el autor no se resigne a entregarse al poder de la sencillez de los hechos, la claridad de las palabras y la brevedad de la narración.

Ejemplar de los dos tomos de la nueva edición de 'Guerra y paz' de la editorial Alba.

Ejemplar de los dos tomos de la nueva edición de ‘Guerra y paz’ de la editorial Alba.

Pero hasta entonces dará rienda suelta a su talento en trasladar al tejido literario la complejidad de la vida narrada a través de diversas peripecias y personajes. A través del atolondrado y reflexivo Pierre Bezújov, el autor nos conduce por sus propios pensamientos, así como nos muestra su propia evolución espiritual y moral. Un discurso o un monólogo interior así no puede ser sencillo, y menos en la mente y la pluma de un conde que ha dedicado siete años de su vida en construir su obra. Andrei Bolkonski, además de ser un personaje recogido de su tiempo, es el arquetipo del noble, todo honor y deber. Y su lenguaje traduce el rigor de la misión de la vieja aristocracia.

En cada personaje, desde el sentencioso campesino Platón Karatáiev hasta la joven e ingenua Natasha Rostova, se dibuja su figura y su modo de pensar y expresarse. Ni el uso del francés, sobre todo, es gratuito. Pues la alta sociedad rusa se expresaba y en muchos casos pensaba en la lengua de Napoleón.

Recoger y trasladar estos matices es una tarea ardua y complicada que el traductor resuelve con maestría.

Así pues, tras las conocidas ediciones de Aguilar y Alianza, con traducciones de las hermanas Irene y Laura Andresco, la publicación de Planeta, en versión de José Laín y Francisco José Alcántara, y la mejorada redacción de esta última, realizada por Lydia Kúper publicada por el Taller de Mario Múchnik (entre otras versiones de la obra), celebremos la nueva traducción de Joaquín Fernández-Valdés que estos días aparece en la editorial Alba.

 

 

 

Ricardo San Vicente es profesor de literatura rusa en la Universidad de Barcelona, traductor de Tolstói, Chéjov y Svetlana Alexiévich y director de la edición de las obras completas de Dostoievski para Galaxia Gutenberg.

Guerra y paz

Lev N. Tolstói. Traducción de Joaquín Fernández-Valdés. Alba, 2021. 2 volúmenes. 1680 páginas. 69,50 euros

 

 

 

 

 

 

[Fuente: http://www.elpais.com]

Yael Naïm, chanteuse-compositrice, pianiste, guitariste franco-israélienne, mêle jazz, pop, soul, folk. Sa rencontre avec David Donatien s’avère déterminante. Arte diffusera les 8 et 30 mars 2021 « Angélique Kidjo en Concerts volants. Avec Yael Naim, Fatoumata Diawara et Tony Allen » (Angélique Kidjo bei den Musikalischen Höhenflügen) de Gautier & Leduc. Arte diffuse sur son site Internet « Yael Naim en Release Party. A Bit Of » (Yael Naim bei Release Party. A Bit Of). Session enregistrée en novembre 2020.

Publié par Véronique Chemla

Artiste franco-israélienne née à Paris, Yael Naim est une auteur-compositrice, pianiste et guitariste.

Passionnée dès l’enfance en Israël par la musique, elle suit une formation classique, et élargit ses goûts à la pop, au jazz et au folk. Elle crée un groupe dénommé The Anti Collision pendant son service militaire dans Tsahal.

2000 marque un tournant dans sa jeune carrière. Remarquée lors d’un concert de collecte de fonds à Paris, elle sort un premier album pour EMI – In a Man’s Womb – et participe à deux comédies musicales mises en scène par Elie Chouraqui – Les Dix Commandements, Spartacus le gladiateur -, et signe la bande originale du film Harrison’s Flowers, réalisé par Elie Chouraqui.

En 2004, Yael Naim débute sa collaboration avec David Donatien sur un album. Trois ans plus tard, sort l’album Yael Naim et David Donatien. New Soul en est une des chansons majeures.

2008 marque une consécration avec la Victoire de la Musique en Album musiques du monde, et l’utilisation de New Soul pour lancer l’ordinateur ultraportable MacBook Air d’Apple.

Signe de sa popularité, Yael Naim est invitée dans l’épisode La Plus grande histoire jamais ratée de la série télévisée Les Simpson.

Fruit de sa deuxième collaboration avec le producteur David Donatien, l’album She Was a Boy rencontre lui aussi un succès critique et public dans le monde entier. La chanson Come Home illustre une publicité pour Nestlé.

En 2011 et 2016, Yael Naim est distinguée par les Victoires de la Musique en catégorie Artiste féminine de l’année.

Elle est marraine de l’association Solidarité Sida, a accepté qu’Amnesty International utilise sa chanson If You See, et a soutenu la candidature de François Hollande en 2012.

Le 27 novembre 2015, lors de la cérémonie en hommage aux victimes des attentats terroristes islamistes du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, elle interprète avec Nolwenn Leroy et Camélia Jordana Quand on n’a que l’amour, de Jacques Brel.

Pop et classique
« Yael Naïm & David Donatien avec le Quatuor Debussy » (Yael Naim & David Donatien. Konzert mit dem Quatuor Debussy) est un documentaire réalisé par Thierry Teston.

« Yael Naïm, son acolyte David Donatien et le Quatuor Debussy unissent leurs cordes, vocales et musicales, pour un moment de grâce à la croisée des genres, où l’originalité se dispute à la sensibilité ».

Fondé en 1990 à Lyon, le Quatuor Debussy est composé de Christophe Collette et Marc Vieillefon, violons, Vincent Deprecq, alto, et Cédric Conchon, violoncelle. « Premier Grand Prix du concours international de quatuor à cordes d’Évian 1993, Victoire de la musique 1996 (« meilleure formation de musique de chambre »), ce quatuor à cordes français bénéficie « d’une reconnaissance professionnelle incontestable ».

Yael Naim  et « son alter ego musical David Donatien – avec lequel elle collabore depuis plus de dix ans – croisent la route du Quatuor Debussy  en juin 2015, en marge des Nuits de Fourvière, à Lyon, au cours d’un concert improvisé le jour même ».

« L’alchimie est telle que les six artistes décident de la prolonger à travers une tournée de quelques dates et une version enregistrée, qui figure sur l’album Older revisited, relecture du dernier opus de Yael Naim ».

« En proposant de nouveaux arrangements, le quatuor sublime le répertoire de la chanteuse, brisant à coups d’archet les barrières entre pop et classique ».

« Complémentaires et complices, les membres du nouveau sextuor se sont donné rendez-vous à l’Opéra national de Nancy en octobre 2016, dans le cadre du festival Nancy Jazz Pulsations ».

Un « concert  exceptionnel, où l’originalité se dispute à la sensibilité ».

Pourquoi Arte diffusa-t-elle ce concert durant chabbat à deux reprises?

Unexpected
Les 9 et 10 février 2018, le Théâtre-Senart proposa deux concerts de Yael Naim & David Donatien. « En avant-première exclusive pour le Théâtre-Sénart, Yael Naim et David Donatien révèlent Unexpected, quelques jours avant la présentation de cette création à la Philharmonie de Paris. Tel un mantra qui sied si bien à ces artistes imprévisibles, le duo a choisi d’intituler ce concert-événement d’après leur philosophie de vie, faite de rencontres et de prises de risques. Après trois albums vendus à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde, l’envie de musique est intacte. Par définition, on ne peut dévoiler que peu de choses d’un tel objet, si ce n’est quelques indices : une large place accordée aux sonorités électroniques, la puissance d’un chœur, l’irruption de la danse et même quelques touches acrobatiques. Le tout au service de chansons inédites bien sûr… Ces chansons, imaginées et mûries dans l’intimité d’un studio débordant d’instruments, ont été écrites dans la perspective du prochain album programmé pour l’automne 2018. Une soirée douce comme des retrouvailles peuvent l’être ».

La Philharmonie de Paris leur consacra le week-end du 23 au 25 février 2018. Le 23 février 2018, à 21 h 30, la Rue musicale – Cité de la musique a programmé Aftershow Party – Performances et animations musicales avec les artistes. Avec les artistes, performances et animations musicales. À l’issue de la représentation de « Minuit / Dream in my head », les artistes de la Compagnie Yoann Bourgeois, Yael Naim et David Donatien invitent le public à prolonger la soirée avec un moment festif et impromptu dans la Rue Musicale de la Cité de la Musique ».

Le 24 février 2018, à 22 h 30, Le Studio – Philharmonie accueillit le concert Night Songs de Yael Naim, création musicale, interprétation. « La nuit, quelque chose en moi s’éveille. J’écris, compose, enregistre et peins la nuit. Certaines lumières ne peuvent être vues que la nuit. Certaines musiques ne peuvent être entendues que dans le silence… » Night Songs est une expérience intime, un voyage dans les silences et les sensations de la nuit. »

Unexpected a été présenté à la Philharmonie de Paris le 25 février 2018 à 20 h 30. « Quinze mois après leur dernier concert parisien, Yael Naim et David Donatien reviennent pour une création. Ces deux multi-instrumentistes dévoilent de nouvelles compositions de leur futur album, en compagnie d’invités venus d’horizons pluriels (spectacle vivant et musiques électroniques), dans un parcours entre solo, duo et collaborations originales ».
Yael Naim, voix, piano, guitare
David Donatien, batterie, percussions
Jim Henderson, machines
Jeune Chœur de Paris
Laurent Seuws-Drummer, performance vidéo
Avec la participation des artistes du CCN2 – Centre Chorégraphique National de Grenoble / Yoann Bourgeois

« Un piano, une voix, un tambourin. Puis un refrain entêtant, « lalala… lala ». En 2007, toute la planète a fredonné « New soul » de Yael Naim, d’autant que la marque à la pomme l’a choisie pour enchanter une de ses pubs. Le répertoire folk de cette orfèvre mélodiste ne se réduit pourtant pas à un tube. En novembre 2015, l’artiste au timbre délicat se produit dans la cour des Invalides en hommage aux victimes des attentats du 13-Novembre. Née en France, grandie en Israël où elle effectue son service militaire, Yael Naim a d’abord chanté dans des comédies musicales avant d’entamer une carrière solo ponctuée par quatre albums et trois Victoires de la musique », a écrit Hervé Marchon pour Arte.

« Angélique Kidjo en Concerts volants. Avec Yael Naim, Fatoumata Diawara et Tony Allen »
« Un concert exceptionnel de la diva de l’afro-pop Angélique Kidjo à l’Institut du monde arabe, en avril 2019. Accompagnée par le batteur nigérian Tony Allen et par les chanteuses Fatoumata Diawara et Yael Naim, elle interprète des chansons de son dernier opus « Celia », hommage à Celia Cruz, reine cubaine de la salsa, ainsi que certains de ses plus grands tubes. »
« Franco-béninoise, Angélique Kidjo, l’une des plus belles voix du continent africain, jouit depuis le début des années 1990 d’une reconnaissance internationale ».
« Parallèlement à sa carrière, l’artiste citoyenne, qui s’est racontée dans La voix est le miroir de l’âme – Mémoires d’une diva engagée (Fayard, 2017), sillonne inlassablement le monde en tant qu’ambassadrice de l’Unicef ».
« Les « Concerts volants » lui ont donné carte blanche pour une prestation exceptionnelle en avril 2019 à l’Institut du monde arabe, à Paris ».
« Au cours de la soirée, l’icône de l’afro-pop a interprété des chansons de son dernier opus, Celia, hommage à Celia Cruz, reine cubaine de la salsa, ainsi que certains de ses plus grands tubes ».
« Les chanteuses Fatoumata Diawara et Yael Naim étaient également présentes, tandis que le batteur nigérian Tony Allen, disparu en avril 2020, faisait montre, une nouvelle fois, de la richesse de sa palette de percussionniste ».
« Yael Naim en Release Party – A Bit Of »

Arte diffuse sur son site Internet « Yael Naim en Release Party. A Bit Of » (Yael Naim bei Release Party. A Bit Of). Session enregistrée en novembre 2020.

« Mais à quoi peut bien rêver Yael Naim ? Voici la question à laquelle va répondre ce nouveau numéro de Release Party. Un voyage onirique guidé par les chansons de l’album Nightsongs, dernière création de la chanteuse franco-israélienne. »
« Il émane de Yael Naim, chanteuse mais aussi pianiste et guitariste, une élégance sensuelle, ainsi qu’une douceur évidente. Cette gentillesse désarmante se matérialise avant tout dans la finesse de son timbre, dont les intonations créent une tension dramatique entre gaieté et mélancolie. »
« Dans son premier opus éponyme, Yael Naim dévoilait un folk attachant, chanté en anglais ou en hébreu, sur des ballades aériennes empruntes d’innocence. Depuis ces premiers succès – notamment celui de la chanson New Soul – l’artiste continue de tisser une univers éminent personnel. »
« Cette Release Party nous transporte dans le rêve qui aurait pu donner naissance à Nightsongs, le dernier album de Yael Naim. Peuplée de fantômes, cette déambulation nocturne nous plonge dans la psyché de l’artiste et nous fait découvrir ses regrets, ses souvenirs, ses espoirs… Yael Naim nous emmène avec elle dans ce voyage onirique, nous faisant affronter la nuit à ses côtés avant d’atteindre les premières lumières du jour. »
https://www.arte.tv/fr/videos/101510-000-A/yael-naim-en-release-party/
France, 2020, 3 min
Production : Milgram
Disponible sur Arte du 22/12/2020 au 21/12/2021

France, 2019, 69 min

Sur Arte les 8 mars 2021 à 5 h et 30 mars 2021 à 5 h
Disponible du 26/02/2021 au 07/04/2021
France, Arte F, 2016, 78 min

Sur Arte les 24 mars à 23 h 40, 18 avril 2017 à 5 h, 16 mars 2019 à 0 h 10, 9 avril 2019 à 5 h, 16 mars 2019

Visuels : © Fanny Marotel

 

Les citations sont d’Arte. L’article a été publié le 22 mars 2017, puis les 10 février 2018 et 16 mars 2019.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Escrito por Feliciano Novoa Portela

Esta historia se inicia el 10 de septiembre del año 1883. Ese día, Gian Francesco Gamurrini, director de la biblioteca de la Fraternitá dei Laici, en la ciudad italiana de Arezzo, escribía a un amigo, el arqueólogo De Rossi, un antiguo colaborador del historiador y premio Nobel de Literatura Teodoro Mommsen, que poniendo en orden unos legajos y manuscritos en la biblioteca le había llamado la atención un códice que contenía dos textos en latín. El segundo (Itinerarium o Peregrinatio) contaba un viaje a Oriente y Tierra Santa de una peregrina, cuya lectura, decía Gamurrini, “le hacía perder el sueño”. No era solo por la emoción del hallazgo, sino porque al manuscrito le faltaban hojas, al principio, al final y alguna que otra por el medio, que dificultaban las respuestas a las preguntas que obviamente se hacía y que nos haríamos todos: cuándo se había escrito, quién lo había escrito y cuáles las razones del viaje.

La historia del manuscrito encontrado en Arezzo tiene, como la protagonista, una historia andarina: el códice procedería de la abadía benedictina de Montecasino, el primer monasterio fundado por Benito de Nursia (480 y algo) curiosamente como rechazo al ascetismo excesivo y un poco fanático del Extremo Oriente; allí permaneció hasta por lo menos el siglo XVI, dato que sabemos por un inventario de 1532, que contenía la reseña de un códice cuya primera palabra era “abatisse”, que nuestro bibliotecario identifica de forma acertada con el manuscrito encontrado en Arezzo. En lo que se equivocaba el bibliotecario era en la fecha del documento (la copia del original) que fecha en el siglo VIII o IX, pero que hoy sabemos, por estudios paleográficos, que es del siglo XI.

A principios del siglo XVIII el manuscrito aparece en la ciudad de Arezzo en el monasterio también benedictino de santa Flora y santa Lucilla y allí lo ve en 1788 y lo cuenta después, en uno de sus relatos, un erudito viajero (como lo eran o lo querían ser todos los viajeros ilustrados empeñados en hacer un mapa absoluto del mundo) de nombre Angelo Di Constanzo y de intrincada vida. En 1810, el emperador Napoleón suprime numerosos monasterios y decide que sus fondos bibliográficos pasen a las bibliotecas públicas. De esa forma el manuscrito hace su último y corto viaje a la biblioteca de la Fraternitá dei Laici de Arezzo, donde nuestro afortunado bibliotecario lo encontró.

El texto solamente da una única pista para saber de dónde era nuestra viajera. En un momento dado leemos que el obispo de Edesa se dirige a la peregrina con las siguientes palabras: “Porque veo que tú, hija, por “motivos religiosos”, te impusiste el esfuerzo de venir de las “extremidades de la tierra” a estos lugares.”

¿Pero de dónde exactamente? La contestación ha dividido a los estudiosos hasta el día de hoy: los que creen que la patria de la desconocida peregrina era algún lugar de la Galaecia ibérica y los que, por el contrario, se inclinan por pensar que los “extremos de la tierra” a los que se refería el obispo sirio estaban en algún lugar de la Francia meridional: Gamurrini creía que se trataba de Silvia o Silvina de Aquitania, opinión que fue dada por cierta durante más de veinte años. Pero en 1903, un benedictino francés llamado Mario Férotin, que era bibliotecario del monasterio de santo Domingo de Silos, relacionó por primera vez (hay que decir en honor a la verdad que el primero había sido el P. Enrique Flórez, autor de esa verdadera joya que es la España Sagrada) a la autora del manuscrito de Arezzo con Egeria, en concreto, escribe, con la “monja” de la que habla san Valerio en su famosa Carta dirigida a los monjes del Bierzo en el año 680: “inflamada con el deseo de la divina gracia emprendió con intrépido corazón y con todas sus fuerzas un larguísimo viaje por todo el Orbe” y termina con un maravilloso párrafo, que constituye toda una incitación al viaje y a la vida, “Caminad mientras tengáis luz, para que no os envuelvan las tinieblas”.

Aunque el monje berciano en ningún momento señala que Egeria fuera autora de ningún manuscrito, una lectura atenta de la carta ha hecho pensar que era ella, sobre todo porque coinciden los lugares que el obispo del Bierzo dijo que había visitado la gallega peregrina, con los que recoge el Itinerarium para llegar a Constantinopla, la Nitria y la Tebaida, el Sinaí, el monte Nebó, Jerusalén, Menfis, Heliópolis, Nazaré, el país de Gessén…

La lingüística también ha reafirmado la procedencia hispana de nuestra peregrina, ya que la mayor parte de los estudiosos ha señalado que algunos términos utilizados en el manuscrito tienen correspondencia con el castellano actual, aunque en el texto aparecen varios galicismos que bien podrían, por el contrario, confirmar la ascendencia gala de la empeñada viajera.

En fin, podemos decir lo que dijo, en su día, el sabio gallego Manuel Díaz y Díaz, sobre que, si bien es la opinión generalizada y aceptada por la gran mayoría de los estudiosos que la autora del manuscrito de Arezzo es una habitante de la Galaecia peninsular, tal afirmación “no aparece al abrigo de ulterior discusión”.

Menos problemas plantea la fecha del viaje de nuestra peregrina, aunque podríamos decir lo mismo que acabamos de señalar para su origen. Gamurrini la fijó en el 385 y a partir de ahí se barajaron distintas fechas, y si bien algunos autores como Aimé Lambert da la fecha entre el 414 y 416 o Karl Meister, que data el viaje entre el 533 y el 540, la mayor parte de los investigadores lo sitúan a finales del siglo IV. Uno de ellos, el jesuita Paul Devos, da por fin una fecha definitiva y aceptada por todos, hasta ahora, entre el 381 al 384, lo que parece probable.

Pero ¿cómo era esta persona capaz de viajar desde el fin de la tierra hasta Oriente en el siglo IV? El diario nos proporciona algunos datos de los que podemos entrever su condición: era una mujer con recursos económicos, tanto como para financiarse un viaje de tres años con un séquito de ayuda personal y una total despreocupación por todo lo relacionado con la manutención y el dinero; pero, además, era una persona significada socialmente y políticamente con buenos contactos en los ambientes políticos de Oriente y también en los eclesiásticos, lo que explica que posea un pasaporte oficial que le permite utilizar los servicios del Cursus publicus (la posta imperial), disfrutar de albergues de carretera, cabalgaduras de refresco, contar con la ayuda de presbíteros y hombres de la iglesia que le salen al paso para ayudarla constantemente y gozar de una  protección militar que utiliza en ocasiones: por ejemplo, para ir desde la fortaleza de Clysma, cerca de la actual Suez, en la tierra de Gosén, a Tanis –la bíblica Zoán, donde había nacido Moisés y a cuyos príncipes el profeta Isaías llamó necios– nuestra peregrina es acompañada por, dice ella misma, “soldados y oficiales del ejército imperial que nos llevaban siempre de un punto militar a otro”.

Esas facilidades con las que contó Egeria han provocado que se la relacionara con otro personaje contemporáneo suyo y originario de la Galaecia, el emperador Teodosio, incluso algunos de esos historiadores han señalado que Egeria hizo el viaje aprovechando el del emperador a Constantinopla con motivo del concilio que se iba a celebrar en entre mayo y julio del año 381 en la capital de oriente.

Otra hipótesis que no invalida la anterior es la pertenencia de Egeria al enorme grupo de seguidores del carismático, culto y aristocrático Prisciliano, otro habitante de la Galaecia, que predicaba sus ideales ascéticos de raigambre oriental sobre todo entre las clases acomodadas peninsulares, con el objetivo de restablecer el cristianismo primitivo. El intento priscilianista encontró fuerte resistencia en la Iglesia “oficial” que lentamente iba construyendo la ortodoxia y que no dudó en condenarle a morir en el 385, aunque sus ideas pervivieron por mucho tiempo, pese a los esfuerzos de personajes como Martín de Dumio que vino a Galicia en el 550 para acabar con la “epidemia”, como Ramón Menéndez Pidal llamó a las enseñanzas priscilianistas, y prohibir a los gallegos,  entre otras cosas, encender luces en las encrucijadas: fracasó en parte, porque no impidió que al pie de los cruceiros apareciera cera negra, cuyas gotas son las almas de los condenados al “infierno frío” (Álvaro Cunqueiro).

Egeria no era un caso excepcional. Sabemos del nombre de otras peregrinas occidentales, hispanas y no hispanas, que en el siglo IV, un siglo de crisis, pensaron que era en Tierra Santa donde debían vivir: María, cuñada del emperador Teodosio; sus hijas Termancia y Serena; y las viudas Melania y Poemania, son algunas peregrinas hispanas que se dirigieron a Tierra Santa, uniéndose a otras muchas que desde Europa hicieron también del viaje a oriente por parecerles la forma más cristiana de seguir al pie de la letra el mandato evangélico: la primera santa Elena, también santa Paula, que acompañó a san Jerónimo a Jerusalén, Eutropia, Marcela… un verdadero diluvio. San Jerónimo escribe de ellas así: “Hace poco hemos visto algo ignominioso, que ha volado por todo el Oriente: la edad, la elegancia, el vestir y el andar, la compañía indiscreta, las comidas exquisitas, el aparato regio: todo parecía anunciar las bodas de Nerón o de Sardanápolo”, el último rey de Asiria que dedicó su vida al lujo y al placer y en cuya tumba se podían leer estas palabras: “Come, bebe, juega, y cuando te des cuenta de que eres mortal disfruta de las delicias presentes. El alma tras la muerte no tiene ningún placer”.

Franco Cardini ha dicho que a esa muchedumbre de matronas que había inundado Jerusalén en los tiempos de Jerónimo habría que relacionarla con un fuerte movimiento de emancipación femenina que al final del Imperio fue promovido por mujeres de las clases acomodadas. De lo que no cabe duda es que fueron ellas las que constituyeron los pilares sobre los que se apoyaron las bases de la posterior y trascendente peregrinación cristiana.

Hay muchas hipótesis sobre quién podía ser Egeria, pero tenemos más certezas sobre cómo era:

Curiosa: le interesa todo y por eso lleva siempre lo ojos bien abiertos, como ella misma dice: los recuerdos de la Biblia, las tumbas de los mártires, los monasterios, disfruta de los paisajes, de las montañas, de agua, de las fuentes.

Intrépida, no se queja, no se cansa, no tiene miedo: “Si estoy viva después de esto y si puedo conocer otros lugares, lo contaré a vuestra caridad personalmente, si Dios se digna concedérmelo”. Son muchas las fuentes que hablan del peligro del viaje en esa época, y en cualquiera, y en concreto en la zona que visita llena de bandidos, hombres del desierto (“los sarracenoi”, de los que sabemos que atacaron e insultaron a otra famosa peregrina, Poemenia, después de cortarle un dedo a uno de sus eunucos y de matar a otro).

 

Natural, entusiasta, sensible como para dirigirse a sus “hermanas” llamándolas reiteradamente lumen meun: mi luz, luz de mi vida. Era además irónica: cuando se encuentra con el obispo de Segor (lugar que en el Génesis aparece con el nombre de Bela) este le muestra el lugar donde posiblemente quedó convertida en sal la mujer de Lot. Egeria escribe a sus “hermanas” diciéndoles: “Pero creedme, cuando nosotros inspeccionamos el paraje, no vimos la estatua de sal por ninguna parte, para qué vamos a engañarnos”. La ironía de nuestra monja refuerza la idea de su galleguidad, aunque el dato tampoco es muy científico.

Pero, además y, sobre todo, Egeria fue una excelente escritora que inventa o contribuye en gran medida al desarrollo del género de la literatura de viaje: nadie como ella había narrado una experiencia personal de viaje. Escribe con un estilo muy cuidado, con una cierta elaboración literaria y detalladas y excelentes descripciones, a veces con tintes poéticos, capaces de despertar la curiosidad de quien lee, como cuando habla de las ruinas de una ciudad de las que dice que parecen infinitas o cuando lo hace de la arquitectura bizantina valorando estética y artísticamente sus características o los criterios que guiaban su construcción, o como cuando se refiere y analiza las imágenes y los símbolos, que ve y que tanto han contribuido al estudio de la iconografía del primer cristianismo; o cuando se refiere como si fuera una moderna información turística a los bellos jardines de las riberas del Nilo, o de los viñedos y arboledas del valle del Jordán que poseen, dice, “grandes cimientos antiguos”. O a la forma que tenían los faranitas (seguro que aún lo hacen) de señalizar por la noche el camino del desierto sin perderse. En ese sentido, alguna autora ha dicho de ella que le debemos el reportaje en vivo al describir, casi hora por hora, su subida al Sinaí.

Así pues, sabemos que la autora del Itinerario se llamaba Egeria, que probablemente era de la Galecia peninsular, que pertenecía a una clase acomodada, que era culta y escribía bien.

¿Cuáles fueron las razones de su viaje? La más importante es obvia, su viaje es la expresión de la vida religiosa con la que trata de aumentar la fe, para encontrar a Dios –“vivir como viajeros”, dijo san Pedro– y por eso visita los lugares donde había ocurrido lo maravilloso, las tumbas donde descansaban para siempre los personajes de la Biblia o los paisajes por los que estos mismos personajes pasaron: “Y ese camino que veis pasar entre el río Jordan y este pueblo, es el camino por el que regresó el santo Abraham después de la muerte de Codollagomor, rey de las naciones, en Sodoma, cuando le salió al encuentro el santo Melquisedec, rey de Salem”.

Pero había también en nuestra peregrina otras razones para el viaje que podríamos calificar de laicas o mejor ancestrales, ir de aquí para allá, un nomadismo como forma de vida que Egeria deja reflejado en este pasaje de su memoria viajera: “Llegué a Constantinopla dando gracias a Cristo nuestro Dios, porque, indigna cual soy y sin merecimientos, se dignó concederme tan gran favor como el de haberme dado el deseo de viajar”.

El Itinerarium que, como dijimos al comenzar, ha llegado a nosotros incompleto en sus primeras y últimas páginas, termina con estas palabras: “Desde este lugar dueñas mías y luz de mi vida, mientras escribía esto a vuestra caridad ya tenía el propósito de ir en nombre de Cristo nuestro Dios a Éfeso, en Asia, para orar en el sepulcro del santo y bienaventurado apóstol, Juan. Si después de esto aún estaré viva y si además podré conocer otros lugares, lo referiré a vuestra caridad; o yo misma presente, si Dios se digna concedérmelo, o ciertamente os lo comunicaré por escrito si otra cosa me viene al espíritu. Entretanto, señoras mías y luz de mi vida, dignaos acordaros de mí, sea que esté viva o sea que haya muerto”.

Aquí acaba todo, sin que sepamos qué pasó después. Un final abierto que sirve para plantearnos otra vez la misma pregunta que llevamos haciéndonos desde siempre, una pregunta sobre el viaje y la vida, la misma pregunta que el escritor Novalis le plantea también al protagonista de su novela, Enrique de Ofterdingen: “¿Adónde os dirigís?” “Siempre hacia casa, contesta”. Un viaje circular del que Claudio Magris, un escritor dado a los viajes, dice que se sale de casa, se atraviesa el mundo y se vuelve, pero a una casa muy diferente de la que uno partió y probablemente siendo otra persona.

Hay otra idea sobre el viaje y la existencia, la de aquellos que piensan que en el viaje de la vida no hay vuelta atrás, siempre hacia delante, hacia una nada infinita.

La verdad es que no sabemos nada, que estamos ciegos, pero quizás no es conveniente en los tiempos de zozobra que corren quedar instalados en esta duda existencial de difícil solución –decía Carlos Marx que la humanidad solo se hace preguntas para las que no hay ni habrá solución–, así que mejor echamos mano de la literatura que por lo menos nos permite darle un buen final al viaje de nuestra peregrina: el escritor catalán Joan Perucho cuenta en Las aventuras del caballero Kosmas que a la vuelta de su viaje Egeria se enamora del citado caballero en Barcelona, pero, encantada por el demonio Arnulfo, desaparece, se diluye entre las páginas de un código de san Braulio de Zaragoza. Solamente se libra del hechizo cuando muere Kosmas, y aparece ya como un fantasma delante de Egeria, la dama de misterioso destino, sonriente y con lágrimas en los ojos, mientras canta el rossinyol.

 

[Fuente: http://www.fronterad.com]

Que reste-t-il, vingt ans après sa mort, du Fou chantant comme on pouvait le surnommer ? Quelques films où il fait l’acteur, près de 1000 chansons originales, un musée à Narbonne dans sa maison natale et beaucoup, beaucoup de reprises, dans sa « Douce France » qu’il a tant chanté et dans le monde entier.

Charles Trenet sur la scène du théâtre des Champs-Élysées à Paris, septembre 1987.

Écrit par Marjorie Bertin

Pour beaucoup d’auteurs compositeurs francophones, Charles Trenet qui disparaissait le 19 février 2001, est une influence, un artiste incontournable, une « révolution » dans la chanson française, à laquelle il a apporté le swing et une certaine idée de la poésie, libre, populaire, qui transforme la réalité à chaque coin de rue.

La reconnaissance des artistes est grande et éclectique : Léo Ferré disait qu’il était « le plus grand, le seul qui m’ait vraiment surpris » ; Jacques Brel affirmait que « sans lui nous serions tous des experts-comptables » ; Alain Souchon le voit comme une religion. Quant au rappeur Booba, il trouve dans son écriture « des flashes, des univers, des ambiances » (Libération, 24/11/2013) !

Fervent admirateur aussi, Jacques Higelin le chante pendant plus d’un an avec la série de concerts Higelin enchante Trenet qui donnera, en 2005, un disque live éponyme sur lequel il reprend des classiques surréalistes comme Le Jardin extraordinaireLe Soleil et la Lune ou encore Boum !

Dix ans plus tard, c’est Benjamin Biolay qui s’empare du répertoire du « fou chantant » pour un album studio qu’il réalise avec le guitariste et pianiste Nicolas Fiszman et le percussionniste Denis Benarrosh. Loin de puiser dans le Trenet surréaliste, c’est le Trenet des villes que Biolay célèbre sur l’album Trenet (2015).  Il interprète des ritournelles comme La Romance de Paris, Coin de rueEn avril à ParisLe Grand Café et bien sûr Revoir Paris arrangées avec élégance et sobriété. Benjamin Biolay fait dans la dentelle pour célébrer celui dont il évoque l’écriture en ces termes « Apprendre les accords de Trenet, c’est apprendre une langue étrangère. Ses mots sont d’une grâce absolue ».

Une pluie d’hommages donc. Mais pas seulement. Certaines reprises sont parfois moins policées. Charles Trenet, c’est aussi une certaine image de la France, un répertoire parfois perçu comme un brin réactionnaire, des soupçons de Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale…

Trenet, c’est parfois un style suranné, perçu même comme un peu niais. Ainsi sur GabyAlain Bashung détourne-t-il un vers de La Mer avec une ironie mordante « Tu veux qu’j’te chante La Mer ? Le long, le long, le long des golfes, pas très clairs », soulignant que la vie n’est pas si douce et métamorphosable que dans les chansons du poète.

Mais la reprise la plus « punk » est certainement celle de Douce France par Carte de séjour en 1986. Alors que la France renforce ses lois migratoires et que le Front national conquiert ses premiers sièges à l’Assemblée nationale, Rachid Taha se fait accompagner à la basse, à l’oud et à la derbouka, pour une reprise rock et raï de la chanson la plus rurale et, peut-être, la patriotique du poète… Un choix totalement assumé par Rachid Taha« C’est par ironie pour une France qui justement n’était pas douce pour les immigrés que nous avons choisi ce titre », dit-il. Et pourtant, les mots mouvants, pas du tout figés passent très bien sur cette nouvelle orchestration et prennent une nouvelle dimension. Preuve s’il en était besoin que Trenet et sa musique ne sont peut-être pas si réactionnaires… Mais le « fou chantant » est un habitué des moqueries, de l’ironie et aussi du désamour du public, qui le poussera à plusieurs reprises à voguer Outre-Atlantique.

Des reprises en Amérique du Nord

Ses nombreux voyages en Amérique ne seront pas stériles. Les chansons de Charles Trenet y sont très souvent reprises. En effet, si Charles Trenet s’est beaucoup inspiré du jazz, et notamment du swing, le jazz le lui a bien rendu. Nat King Cole, Chet Baker mais aussi Frank Sinatra se sont, par exemple, emparés de Que reste-t-il de nos amours, devenue I wish you Love (Je te souhaite de l’amour).

La chanson est si populaire en Amérique que Judy Garland, reine de Hollywood, reprend elle aussi I wish you love dans une version très romantique pour la télévision américaine en 1963. Ce titre véhicule aussi une certaine idée du romantisme à la française. Le crooner Johnny Matis qui l’interprète, en 1978, en duo dans une version franco-anglaise avec Dalida l’avait bien compris.

Les notes du « fou chantant » voguent jusqu’au Japon où sa musique et ses paroles coïncident, dans les années 1970 avec un désir de liberté. Par ailleurs, les spectres, si chers à l’écriture de Trenet – en bon disciple d’Oscar Wilde et de Jean Cocteau- sont aussi très importants dans la culture japonaise.

Une chanson comme Le Revenant, évocation des fantômes, réels ou imaginaires, de l’enfance, avait donc toutes ses chances pour être reprise – étrangement entrecoupée d’un morceau de Bach-, par la chanteuse populaire nippone Kumiko.

Mais la chanson la plus adaptée du « fou chantant » est incontestablement La Mer, dont il existerait environ 4000 reprises ! De Julio Iglesias, à Benny Goodman en passant par Stevie Wonder et bien sûr Georges Benson en 1985 (dans une version que Trenet estimait comme celle aux meilleurs arrangements), le swing de cette ode aux flots bleus, écrite en vingt minutes à bord d’un train dans le Sud de la France, n’en a pas fini de résonner en anglais.

Et même, avec le Britannique Robbie Williams qui l’interprète dans la bande originale du dessin animé Le monde de Nemo des studios Pixar, qui raconte, les aventures…d’un poisson clown ! Le chanteur Mika est aussi un admirateur de Charles Trenet. En 2015, il enregistre une adaptation de Je chante, qui fait l’éloge du vagabondage poétique, à travers un clip mettant en scène un voyage ferroviaire surréaliste. Une apologie de la liberté dans laquelle le train, à ciel ouvert, traverse des paysages de France époustouflants et rencontre notamment des chevaux et des astronautes !

Vingt ans après sa mort, Charles Trenet n’en a pas fini d’être ré-en-chanté !

[Photo : Getty Images/Frédéric Reglain – source : http://www.rfi.fr]

Musa, mecenas y creadora de tendencias, la chilena Eugenia Huici de Errázuriz marcó el estilo y la decoración del siglo XX.

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Hemos convocado a Arthur Rubinstein, Silvina Ocampo, Cecil Beaton o Jean Michel Frank para hablar de Eugenia Huici de Errázuriz, una guapa y rica chilena que reinó en el París de la vanguardias y murió pobre. Silvina Ocampo, la gran dama de la literatura argentina, afirma: “Todo lo que ella hizo parece nada, pero le tout Paris seguía los dictados de madame Errázuriz”. El famoso pianista Rubinstein declaraba: “Ella ve, siente, huele… el valor real, la belleza real”. Cecil Beaton escribió: “Su efecto en el buen gusto de los últimos 50 años ha sido tan inmenso que toda la estética de la moderna decoración de interiores y muchos de los conceptos relacionados con la sencillez han de atribuirse a su notabilísimo estilo”. Jean Michel Frank, tal vez el diseñador más influyente del siglo pasado, la recordaba así: “En un salón de madame Errázuriz, ya sea en su casita de París o en su villa de Biarritz, las paredes siempre están pintadas de blanco. El suelo está fregado con agua y jabón. Hay cómodos sofás y alguna pieza de Luis XVI con hermosas líneas arquitectónicas”. Y añade, “le debo todo”.

Picasso –y este es el mejor homenaje– la dibujó 24 veces (fue su segunda madre). El álbum de la chilena, más que en fotografías, se representa en lienzo o en papel y lleva la firma, entre otros, de John Singer Sargent, Helleu, Boldini o Madrazo. Sería muy simple definirla como musa o mecenas. Ella nunca se sintió a gusto en ese papel. Simplemente apoyaba a la gente que tenía a su alrededor. Su influencia llega hasta la moda y parece ser que el famoso shocking pink, de Schiaparelli, se debe a ella.

Pero ¿quién era esta mujer que creó un estilo? Eugenia Huici Arguedas nació en 1860 en Bolivia, de padres chilenos. La fortuna familiar se debe a las minas de plata. A los 18 años se casa con un aspirante a pintor –y también rico– José Tomás de Errázuriz. En 1882, con dos niñas, se instalan en Europa. Su primera parada es Venecia. Ahí conoce a Sargent. La siguiente es Londres. La salud de José Tomás se resiente y pasa largas temporadas en Suiza. En los años siguientes, la pareja se separa, pero nunca se divorcia. Cuando los tambores de la I Guerra Mundial empiezan a sonar, ella decide instalarse en París. Sin su marido al lado, era libre para gastar sin reproches. Y así lo hizo. Jean Cocteau y el pintor Blanche hacen de cicerones para ella en la ciudad del Sena. Empieza su reinado.

Jacques-Emile Blanche, Retrato de Eugenia Huici Arguedas de Errázuriz, 1890. Pastel sobre lienzo. Colección de la Dixon Gallery and Gardens

En su primer apartamento de la Avenue Montaigne y en su villa La Mimoseraie de Biarritz empieza su silenciosa revolución estética. Adiós a las molduras, a los colores y a los bibelots. Las paredes se pintan en blanco o gris. Los suelos, de madera sin tratar –en París– o simples baldosas de terracota –en Biarritz–. Para las cortinas su elección es un buen lino. En su salón pueden convivir muebles de estilo Luis XVI con sencillos sofás enfundados de club inglés. Sus sillas de comedor habían sido “tomadas” por Cocteau y su pandilla en los jardines del Bois de Bologne y vendidas a Eugenia. Estas simples sillas de jardín la acompañaron toda su vida. En las paredes desnudas, eso sí, cuelga algún picasso que adquirió para apoyar al malagueño. Era partidaria de los grandes armarios, de madera de roble –copiados de una antigua pieza china– o lacados en rojo. Eran, según decía, “el lugar perfecto para ocultar cosas”. Hacía arreglos con flores silvestres recogidas en su jardín. A principios de la década de los cuarenta, la situación de Eugenia cambió drásticamente. Sus recursos financieros se agotan. Vive de la ayuda familiar o de amigos. Empieza a vender sus obras de arte, incluidos sus picassos.

Ha tomado los hábitos –es terciaria franciscana– aunque el suyo lo ha diseñado Coco Chanel. Regresa a Chile con un billete que le paga Picasso tras la guerra. Tiene cerca de 90 años. En 1949 sufre un accidente de coche y decide dejar de comer para “ayudar a Dios a llevársela de este mundo”. Muere dos años después. Eugenia nos dejó máximas como “la elegancia significa eliminación”, “tirar y seguir tirando” o “en una casa donde nada se mueve, el ojo acostumbrado a la misma escena termina por no ver nada”.

 

[Fuente: http://www.elledecor.com]

Escrito por Violeta Serrano

El malecón tenía pintado un niño que miraba al mar. Una compañía de tabacos en Filipinas era el regusto amargo de lo que el reino de España un día fue. Y naciste allí, fruto de un catalán y una mujer con orígenes de ultramar. La Gran Guerra hacía su trabajo y a la catástrofe oponías la búsqueda de belleza en todos los rincones posibles de otra contienda más. 1943 no albergaba buenos presagios y, aun así, te crearon para regresar más tarde a un Madrid al que le faltaban varias décadas aún para saberse díscolo y aprender de ti qué significaba una palabra tan inmensa como giraluna o libertad. Era 1954 y aún se perpetuaba en las calles pedregosas el miedo que habían sembrado las cunetas del alba: todos los girasoles orientaban su cara al sol. Era un rugido de silencio que pariría estallidos flourescentes tiempo después. El descubrimiento de la vida tantas veces censurada se plagaría a partir del 75 de canciones que gritaban sus protestas en radiocasettes viejos y enojados tras años que parecieron siglos. Y sin embargo, vos nunca dejaste que los sapos y las culebras ensuciaran tu boca: vos no componías en contra, no, vos lo hacías a favor. Entre la destrucción o el amor, siempre el amor. A una manada de jóvenes totalmente analfabetos en cuestiones sentimentales no solo les enseñaste que gozar de sus cuerpos era posible sino que coleccionar instantes de ternura y filosofía al calor de la intimidad más nimia era incluso mejor. Sacralizaste el cuerpo de la mujer hasta tal punto que tu música podría ser aún hoy la mejor pedagogía para evitar crímenes infames. Pero entonces, quién era ese niño al que debemos tanto, quién era ese poeta que le hacía confesiones a las olas, quién ese artista total que se preguntó hasta la extenuación el por qué de los monstruos que albergábamos desde la medida misma de la compleja humanidad. Y, sobre todo, por qué, Aute, se te ocurrió desaparecer justo ahora que la belleza se ha retraído hasta un horizonte oceánico que no logramos siquiera imaginar.

Qué paradoja. Nos enseñaste que nada hay más poderoso que la unión entre cuerpos que bailan sometidos al azar de la luna y su reflejo de mar. Cuerpos que sabiéndose vulnerables se olvidan a sí mismos a merced del goce de otros cuerpos. Su éxtasis sucede en una confianza en la que no solo es posible transpirar hambrientos hasta desfallecer sino que es evidente y necesario hacerlo con todo el rigor que permitan el fuego y los labios. Y así sucede. El conocimiento de la realidad se evapora y nos instala en medio de una suspensión letal de apenas unos segundos de ternura que, sin embargo, se extienden en el tiempo como flores abiertas que nunca antes precisamos más. Qué paradoja. Allí quisiéramos instalarnos ahora. Nada necesitaríamos más que dejarnos abatir de nuevo por la humedad. Qué paradoja. Nos han ordenado alejarnos y extender una capa aséptica entre nuestro deseo de comulgar con la carne de los dioses terrenos. Casi lo entiendo: te fuiste en un escenario obsceno para la razón de tu existencia. Justo ahora que una amenaza invisible nos está pidiendo evitar el único fusil que opusiste como respuesta infalible a toda clase de barbarie: el amor como absoluto y el sexo como refugio total. Qué paradoja. No podemos escondernos en ninguna cueva del milagro ni libar la miel de ninguna marea. Lo último que haríamos hoy sería confiar en el sudor y el sabor del otro y desmontar así todos nuestros argumentos en la respiración ambigua de un estallido de salvia y saliva. El miedo nos ha penetrado hasta el punto de atenazar nuestras pupilas y ya somos apenas cíclopes que reman contra una noche que insiste en desdibujar su esperanza.

Sopla el viento y no se lleva otra cosa que números a cuestas, engullendo un calvario inesperado que la tierra desmerece. Las cifras no demoran su percutida masacre en estos días plomizos. Nos levantamos por una inercia inexplicable. Y justo ahora decidiste huir entre el batallón del sacrificio. Hacía tiempo que venías rengueando tu presencia en nuestro mundo y, sin embargo, fue en medio de este banquete de pánico y pulcra desazón que tu obstinación dijo basta. Cómo detenerte. Ya engrosarás el palmarés de esta infame catarata de civiles derrotados, ya serás tal vez uno más de los muertos que se apilan en morgues improvisadas en ese Madrid que ahora más que nunca podría llegar a ser una ciudad de más de un millón de cadáveres. Todos y cada uno de esos cuerpos que antes eran capaces de amar y ser amados desaparecen hoy en la más despiadada soledad, sin que nadie recuerde siquiera su risa enlatada, que es la música habitual de cualquier velorio ríspido. No conocemos exactamente de qué forma se marchan ahora esos soldados anónimos. Intuimos que apenas tratan de enfilar la oscuridad después de ser asfixiados por esta pandemia aérea. Luego se demoran allá, en un limbo sin adioses ni más augurio que lágrimas aisladas en la lejanía de muros macilentos.

Resulta que te convertiste en toda la luz que ahora celebra su histórico apagón. Es rigurosamente cierto: vivimos tiempos de maleza. Aun así, la hiciste muy bien, tanto que incluso la otra noche, la del sábado que cargaba a sus espaldas de nuevo casi un millar de muertos, ese niño que fuiste observando el malecón se volvió eterno. Apareciste en pantallas insólitas con esa camisa blanca partida en medio del pecho, con esa elegancia frugal que transmitía tu mirada, tu sonrisa tímida y tus manos de mujer con las que no solo compusiste la educación sentimental de una generación que renacía de cuarenta años de penumbra sino que pintaste en lienzos esenciales la perpetuidad del único fusil de asalto que poseemos en realidad: elegir el amor, amar. Andá tranquilo si querés, no nos importa porque señor, las diosas, nunca se van.

 

[Fuente: http://www.pagina12.com.ar]

Salomé par Franz von Stuck, 1906. CC BY-SA

Écrit par Christian-Georges Schwentzel

Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine

 

Parmi les archétypes féminins issus de l’Antiquité plébiscités par la pop culture ces dernières années, on compte Cléopâtreles Amazones, ou encore Aphrodite. Mais Salomé, héroïne sulfureuse adulée jusqu’au début du XXᵉ siècle, est tombée dans un oubli relatif. Une injustice qu’il convient de réparer!

Les évangiles nous racontent la mise à mort de saint Jean‑Baptiste à l’issue d’un fameux banquet où aurait dansé Salomé, vers 29 apr. J.-C. La fête devait célébrer l’anniversaire d’Hérode Antipas, grand-oncle de la jeune fille et tétrarque, c’est-à-dire gouverneur de quelques territoires du sud du Proche-Orient pour le compte des Romains. La danse de Salomé se déroule dans l’une des forteresses d’Antipas, sans doute à Machéronte ou Machaerous, que Flaubert, dans Hérodias, l’un des Trois Contes publiés en 1877, situe très justement « à l’orient de la mer Morte, sur un pic de basalte ayant la forme d’un cône ».

Une tête coupée comme prix d’une danse

Antipas avait fait arrêter et emprisonner Jean‑Baptiste, prédicateur très populaire dont les violentes diatribes contre l’ordre établi auraient pu alimenter une révolte. Jean‑Baptiste s’était aussi rendu coupable d’insultes proférées à l’encontre d’Hérodiade ou Hérodias, épouse d’Antipas, qui n’avait de cesse, pour cette raison, de réclamer de son mari la mise à mort de l’insolent prophète. Mais Antipas hésitait, car il savait que Jean était « un homme juste et saint », lit-on dans l’évangile selon Marc (Mc 6, 20).

C’est alors que l’anniversaire d’Antipas offrit à Hérodiade le jour propice pour parvenir à ses fins. L’épouse du tétrarque y assiste en compagnie de sa fille, Salomé, née d’un précédent mariage. Au cours du banquet, « la fille de cette Hérodiade vint exécuter une danse et elle plut à Hérode et à ses convives », raconte Marc (Mc 6, 22). Le tétrarque, pour la remercier, lui fait ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume ».

Alors, Salomé, sous l’influence de sa mère, exige « sur un plat, la tête de Jean le Baptiste ». Le tétrarque n’ose refuser, afin de ne pas se dédire devant ses invités. Il envoie sur le champ un garde décapiter Jean‑Baptiste dans sa prison. Et Salomé reçoit la tête qu’elle remet à sa mère.

Portait Saint-Jean de la cathédrale de Rouen.Salomé danse sur les mains lors du banquet d’Antipas. À droite, elle remet la tête de saint Jean‑Baptiste à Hérodiade.

La danse de Salomé a-t-elle eu lieu ?

Cette célèbre danse a peut-être bien eu lieu. Cependant, comme le fait remarquer l’historien Harold W. Hoehner, les évangiles n’attribuent à la performance de Salomé aucune connotation érotique.

Née vers 18 apr. J.-C., la princesse ne devait d’ailleurs être alors qu’une très jeune fille, âgée de seulement onze ou douze ans.

Le terme grec qui la désigne dans les évangiles est korasion : un diminutif neutre de korè (« jeune fille »). Non seulement le mot korasion évoque une fillette, mais il la prive aussi de toute féminité. La danse de Salomé n’a donc rien d’un strip-tease, à moins de supposer que Marc et Matthieu aient manié l’ironie. Dans un sens équivalent à « brin de fille », korasion aurait pu, par antiphrase, désigner une femme aguichante. Mais cette hypothèse paraît peu vraisemblable dans les évangiles où toute familiarité est déplacée.

À l’origine du thème de la danse de Salomé, il n’y eut donc peut-être rien de plus que la démonstration de danse d’une enfant, à l’occasion de l’anniversaire de son grand-oncle.

Salomé métamorphosée en fille impudique

Salomé se métamorphose en figure érotique, environ trois siècles après la rédaction des évangiles, dans le 16e sermon (Pour la décollation de Saint Jean‑Baptiste) de saint Augustin.

Elle y exhibe sa poitrine au cours d’une danse effrénée : « Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins ».

C’est ainsi que Salomé est devenue une jeune fille impudique et fatale. À l’instar d’autres figures comparables dans les sociétés patriarcales, elle incarne un péril féminin contre lequel les hommes doivent se prémunir.

Le banquet d’Hérode, par Cranach l’Ancien (1531), Hartford, Connecticut. Wikimedia

Le destin exceptionnel d’une danseuse fantasmée

Saint Augustin se fit, bien malgré lui, le promoteur de l’exceptionnel destin de Salomé dont la condamnation se transforma bientôt en fantasme. La danse de la jeune fille connut un immense succès à partir du Moyen Âge. Sur le tympan du portail Saint-Jean de la cathédrale de Rouen, que Flaubert connaissait bien, une Salomé acrobatique se contorsionne, tête en bas et jambes en l’air.

Au XVe siècle, le peintre Benozzo Gozzoli figure une adolescente fière qui n’hésite pas à regarder Antipas droit dans les yeux. Médusé, le tétrarque a la main droite immobilisée sur le cœur, tandis que, de l’autre, il serre un couteau de cuisine dressé au-dessus de la table du banquet, discret symbole phallique suggérant son excitation.

La danse de Salomé, par Benozzo Gozzoli (1461), National Gallery of Art, Washington. CC BY

Pleine d’assurance, Salomé l’est aussi chez Cranach l’Ancien (1531) : elle n’a nullement l’air impressionnée par la tête sanguinolente qu’elle porte dans un plat, comme le trophée de sa victoire, tandis qu’Antipas esquisse un geste de dégoût. Cranach met en valeur l’opposition entre la beauté fière de Salomé et le tétrarque, représenté comme un gros personnage à l’air lourdaud. Il joue également sur le contraste entre l’élégance de la jeune vierge et le visage du prophète décapité, mêlant érotisme et cruauté en une œuvre qu’on peut qualifier de sadique.

La danse des sept voiles, par Gaston Bussière (1925). CC BY

Le dédoublement de la menace féminine

En 1877, lorsque Flaubert publie Hérodias, l’un de ses Trois Contes, il se souvient de la contorsionniste du tympan de la cathédrale de Rouen. Il s’inspire aussi de ses propres expériences, notamment en compagnie des danseuses Kuchuk Hanem et Azizeh qu’il a connues en Égypte.

Le personnage de Salomé exprime à la fois l’attrait et la terreur que provoque en lui le pouvoir de séduction. La décollation du saint symbolise la castration de l’homme aliéné par le désir.

Un désir qui ensorcelle et brouille tout jugement, suscité par la simple vue de parties du corps féminin : « Un bras nu s’avança, un bras jeune, charmant ». Le physique de la jeune fille est fragmenté. Ses diverses parcelles ou caractéristiques contribuent à allumer la convoitise du spectateur : « les arcs de ses yeux, les calcédoines de ses oreilles, la blancheur de sa peau ».

Le vêtement est lui aussi détaillé, surlignant la chair qu’il rend encore plus attrayante : « un voile bleuâtre lui cachant la poitrine et la tête », des « caleçons noirs », de « petites pantoufles en duvet de colibri ». Flaubert exprime une sorte de fétichisme de la parure féminine orientale et aguichante. Une imagerie reprise plus tard au cinéma : voyez ci-dessous la danse de Brigid Bazlen en Salomé dans le film King of Kings de Nicholas Ray (1961).

Bien que le titre du conte ne se réfère qu’à Hérodias, l’œuvre est construite sur un dédoublement de la menace féminine à travers les figures étroitement connectées de la mère maquerelle, véritable maîtresse de cérémonie, et de sa fille, non moins redoutable, en tant qu’exécutante du scénario maternel. C’est ainsi qu’Antipas tombe dans les filets de ces deux femmes fatales : la manipulatrice et l’ensorceleuse.

L’idole déchue

Après Flaubert, Salomé peuple encore l’imaginaire occidental pendant quelques décennies. En 1891, Oscar Wilde invente le thème de la danse des sept voiles pour sa pièce de théâtre, Salomé, bientôt mise en musique par Richard Strauss (1905). La figure de Salomé atteint alors son apogée artistique.

Plus tard, elle est incarnée au cinéma par quelques actrices sulfureuses comme Rita Hayworth en 1953 (Salomé de William Dieterle) ou Brigid Bazlen (King of Kings de Nicholas Ray, 1961). En 1988, Imogen Millais-Scott joue parfaitement le rôle de la lolita effrontée dans Salome’s Last Dance de Ken Russell.

Mais, dans la seconde moitié du XXe siècle, la fascination du grand public pour la danseuse biblique se dissipe au profit de nouvelles icônes féminines plus contemporaines et positives, voire ressenties comme « féministes ».

Salomé n’est plus vraiment une idole de notre temps.

[Source : theconversation.com]

Trésor de beauté, de délicatesse et d’élégance, ce document sonore long d’une heure au total, posté par un producteur carioca, est issu de sessions réalisées à São Paulo en 1971 par les trois chanteurs brésiliens pour une émission télévisée dont les images ont disparu.

João Gilberto sur scène en 1966 au Brésil (ARCHIVE / AGÊNCIA ESTADO / AFP)

João Gilberto sur scène en 1966 au Brésil.

Écrit par Annie Yanbekian

Août 1971. Trois grands chanteurs du Brésil, João Gilberto, 40 ans, mythique architecte du son et de la pulsation de la bossa nova, Caetano Veloso, 29 ans, artiste du mouvement tropicaliste malmené par la junte militaire, et Gal Costa, 25 ans, se retrouvent à São Paulo pour enregistrer une émission musicale pour la chaîne TV Tupi, avec le renfort du guitariste Lanny Gordin. Selon le site Volume Morto, il en ressort six heures d’échanges et de musique, chansons interprétées en solo, à deux ou à trois, dont une heure trente sera diffusée à la télévision en octobre 1971. Un enregistrement discographique aurait dû faire suite à l’émission mais il ne verra jamais le jour : João Gilberto, dont on connaît le perfectionnisme obsessionnel, y mettra son veto, pas suffisamment satisfait des enregistrements.

Depuis cette époque, les bandes vidéo de ce rendez-vous au sommet ont disparu dans un incendie. Les seules images qui circulent sur le web sont quelques photos des trois artistes très complices, majoritairement en noir et blanc, relayées par les médias et réseaux sociaux brésiliens. Mais ces dernières années, de somptueux extraits audio du programme ont émergé au compte-gouttes sur YouTube, postés avec d’autres raretés par un seul et même compte intitulé « Esqueleto Lavrador« . Derrière ce pseudonyme, se cache un producteur de musique carioca, Pedro Fontes, passionné de João Gilberto et inlassable collectionneur d’archives musicales.

Deux archives sonores d’une demi-heure, de toute beauté

Le 26 janvier dernier, Pedro Fontes a posté deux documents audio d’une demi-heure chacun, issus de ces sessions intitulées Chega de Saudade, du nom d’un grand classique du répertoire de João Gilberto, hymne bossa signé Tom Jobim (musique) et Vinícius de Moraes (paroles). Le producteur a nettoyé et restauré les bandes – qui reviennent de loin – autant que possible. Le son n’est pas excellent mais le document est émouvant et historique.

Dans la première partie (1/3), la chanteuse Gal Costa, d’une voix aussi belle que juvénile, chante quatre titres puis passe le relais à Caetano Veloso et enfin, à João Gilberto qui chante le célèbre Desafinado de Jobim (voir playlist complète au pied de l’article).

Une version mémorable de « Retrato em Branco e Preto »

Dans la seconde partie (2/3), João Gilberto propose une splendide version de Chega de Saudade et enchaîne sur un mémorable Retrato em Branco e Preto, célèbre thème de Jobim qui s’appelait initialement Zingaro, avant que Chico Buarque fût invité à y ajouter des paroles. Cette version de Gilberto, saisissante,  est à écouter en priorité, entre les variations de son jeu entêtant à la guitare et son chant qui passe d’une octave à l’autre…

D’autres extraits postés ces dernières années

Il n’y a pas de partie « 3/3 », Pedro Fontes soulignant qu’elle correspond au corpus d’autres chansons du programme déjà mises en ligne depuis quelques années sur son compte YouTube : un magnifique Saudade da Bahia (de Dorival Caymmi) chanté à trois, tout comme le célèbre Coração Vagabundo de Veloso. Il y a aussi plusieurs titres chantés en solo par João Gilberto : A Primeira Vez (Bide et Marçal), Odete (Dunga et Herivelto Martins), Quem Há de Dizer (Lupicínio Rodrigues et Alcides Gonçalves) ou encore Estrada Branca (Jobim, Moraes), altéré, hélas, au bout d’une minute par des bruits parasites.

Un geste précieux de João Gilberto, un moment décisif pour Caetano Veloso

Pour Caetano Veloso, les moments passés avec João Gilberto ont été déterminants dans sa décision de rester au Brésil, après une période d’exil et une première tentative de retour traumatisante.

Persécuté par le régime militaire alors au pouvoir, entre séjours en prison et mises en résidence surveillée, le jeune chanteur et son ami Gilberto Gil se sont exilés à Londres en 1969. En 1971, Caetano Veloso revient une première fois au Brésil pour un mois environ, sa sœur Maria Bethânia, également chanteuse, ayant obtenu qu’il puisse célébrer les quarante ans de mariage de leurs parents à Bahia. Mais dès sa sortie de l’avion, il fait l’objet d’interrogatoires et de menaces de la part des autorités.

Quelques mois après son retour à Londres, il reçoit un coup de téléphone de João Gilberto : « C’est Dieu qui me demande de t’appeler. Écoute bien : tu sauteras de l’avion à Rio, tout le monde te sourira. Tu verras à quel point le Brésil t’aime », tels sont les mots de l’artiste dont se souvient Veloso, et qu’il a retranscrits dans son livre Verdade Tropical. Le cofondateur de la bossa nova convie Caetano Veloso et Gal Costa à l’enregistrement de l’émission de TV Tupi, et Caetano Veloso ne se sent pas le droit de décliner l’invitation de son héros. Dans son livre, il écrira : « En débarquant à Rio, tout s’est passé comme João Gilberto l’avait prophétisé. »

Caetano Veloso rejoint en avion São Paulo le 8 août 1971, au lendemain de son 29e anniversaire, et part directement enregistrer l’émission. Les trois artistes passent six heures à discuter et faire de la musique. Cité par O Globo, le poète Augusto de Campos, qui assiste à l’enregistrement, comparera le dialogue musical entre Gilberto et Veloso à un « échange de passes intime entre Pelé et Garrincha », génies brésiliens du football. À la fin de l’enregistrement, Gilberto demande à plusieurs reprises à Veloso de revenir vivre au Brésil, confiera le chanteur en exil à un magazine. Et finalement, en 1972, Caetano Veloso retournera dans son pays.

Un document sonore miraculé

Pedro Fontes a effectué son travail de restauration des quelque soixante minutes de programme dévoilées le 26 janvier à partir d’une cassette audio conservée par un artiste brésilien. Le plasticien Ion de Freitas Filho, qui se trouvait devant sa télévision devant TV Tupi en 1971, avait enregistré l’émission sur une bande magnétique. Après avoir repéré les inédits que Fontes postait sur YouTube, il lui a confié sa précieuse archive sonore.

Ce document correspond aux deux tiers du programme diffusé en octobre 1971. Freitas avait également enregistré la dernière partie de l’émission mais son enregistrement s’est perdu. Les chansons de cette partie manquante sont justement celles qui ont été postées séparément sur YouTube par Pedro Fontes au cours de ces dernières années. Elles avaient été préservées par un autre biais : les réalisateurs de l’émission (coproduite par Fernando Faro) avaient conservé la bande son du programme. Un des membres de l’équipe, le scénographe Cyro Del Nero, l’avait confiée à la Fondation Padre Anchieta, à São Paulo, qui gère Rádio Cultura Brasil qui en a déjà diffusé des extraits au fil des ans. Pedro Fontes a restauré également ces archives avant de les poster sur YouTube à partir de 2013.

Selon le site Volume Morto, Universal détient d’autres enregistrements du programme de 1971, dont ceux qui auraient dû sortir en disque, mais elle n’a pas l’intention de les divulguer, gardant à l’esprit le procès intenté par João Gilberto à EMI (firme reprise depuis par Universal) pour avoir publié d’anciens enregistrements.

La playlist des deux vidéos « Chega de Saudade »

Partie « 1/3 »
Gal Costa (chant) et João Gilberto (guitare) : Ao voltar do samba (Synval Silva)
Gal Costa : Falsa baiana (Geraldo Pereira)
Gal Costa : Meditação (Tom Jobim, Newton Mendonça)
Gal Costa : Baby (Caetano Veloso)
Caetano Veloso : Asa branca (Luiz Gonzaga, Humberto Teixeira)
Gal Costa et Caetano Veloso : Saudosismo (Caetano Veloso), ode à la bossa nova et à João Gilberto
João Gilberto : Desafinado (Jobim, Mendonça)

Partie « 2/3 »
João Gilberto : Chega de saudade (Jobim, Vinícius de Moraes)
João Gilberto : Retrato em branco e preto (Jobim, Buarque)
Caetano Veloso : Na asa do vento (João do Valle, Luiz Vieira)
Caetano Veloso : Fruta Gogoia (Folclore Baiano)
João Gilberto, Caetano Veloso, Gal Costa : Você já foi à Bahia? (Dorival Caymmi)
João Gilberto et Gal Costa : Largo da Lapa (Marino Pinto, Wilson Batista)
Caetano Veloso : De noite na cama (Caetano Veloso)
Caetano Veloso : Presença (Caetano Veloso)

Pour chacune des deux parties, les calages métriques des chansons figurent sous la fenêtre des vidéos sur YouTube.

[Photo : AGÊNCIA ESTADO / AFP – source : http://www.francetvinfo.fr]

« Tres », de Dror Mishani es un sofisticado thriller literario en la estela de grandes maestros del suspense como Patricia Highsmith o Alfred Hitchcock, donde el destino de Orna, Emilia y Ella, tres mujeres con vidas aparentemente normales, dará un trágico giro el día que aparezca en sus vidas Guil, un hombre que pronto dejará claro que no es quien dice ser. Aunque quizá ellas tampoco…

Escrito por HERMENEGILDO VERDUGO

Escrito por uno de los maestros de la novela negra actual, Tres es un sorprendente thriller sobre tres mujeres cuyas vidas aparentemente normales se entrecruzan en un engañoso rompecabezas emocional. Orna, maestra en Tel Aviv y madre divorciada, se ha decidido a olvidar su fracasado matrimonio y empezar una vida nueva; Emilia, una cuidadora recién llegada a Israel desde Letonia, necesita a partes iguales un trabajo y un amparo espiritual que la mantengan a flote; Ella, por su parte, acude cada mañana a un café para terminar su tesis doctoral, pero, sobre todo, para huir de su monótona vida familiar. El destino de estas tres mujeres dará un giro trágico el día que aparezca en sus vidas Guil, un hombre que pronto dejará claro que no es quien dice ser. Aunque quizá ellas tampoco…

Dror Mishani irrumpió en escena con Expediente de desaparición, la primera de una serie de novelas protagonizadas por el inspector Abraham Abraham. En Tres, el autor abandona a su detective para construir, en la estela de grandes maestros del suspense como Alfred Hitchcock y Patricia Highsmith, una delicada intriga psicológica protagonizada por mujeres que pocas veces tienen la oportunidad de hacerse oír. Mishani nos conduce hasta los márgenes olvidados de Tel Aviv para hablarnos de la responsabilidad de observar la vida de aquellos que nos rodean y de nuestro posicionamiento ante los vivos y ante los muertos, que, de un modo u otro, permanecen siempre entre nosotros.

Con una elegancia y una empatía inusuales, Dror Mishani ha creado su mejor novela hasta la fecha. La crítica ya se ha rendido a sus pies.

Dror Mishani (Holón, 1975) es un escritor, traductor y editor israelí especializado en literatura policíaca. Hizo su debut en 2011 con el thriller Expediente de desaparición, el primero de una serie protagonizada por el inspector Abraham Abraham, que le valió el Premio Martin Beck a la mejor novela policíaca extranjera publicada en Suecia. Sus obras se han traducido a más de veinte idiomas y han sido candidatas a premios tan prestigiosos como el CWA International Dagger. Tres, su cuarta novela, ha sido finalista del Premio Sapir de Literatura en Israel y el Grand prix de littérature policière en Francia, y ha ganado el Deutsche Krimipreis, en la categoría Internacional, en Alemania; será llevada al cine y a la televisión por los productores de la serie Homeland. 

Dror Mishani actualmente vive en Tel Aviv junto con su mujer y sus dos hijos.

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

 

Aux Congos, la Sape, c’est bien plus que se faire beau. La Société des ambianceurs et des personnes élégantes, c’est promouvoir un art de vivre et de voir le monde. C’est aussi un acte politique, alors que ce mouvement est né au début du XXe siècle contre les puissances coloniales.

Des sapeurs congolais.  PHOTO / Tariq Zaidi / CNN

Écrit par Tariq Zaidi

Entre 2017 et 2019, je me suis rendu à Brazzaville, au Congo, et à Kinshasa, en République démocratique du Congo, pour rencontrer des familles entières de sapeurs*, de sapeuses* et de mini-sapes* en formation.

J’avais pour objectif de mettre en lumière le rôle que joue la Sape* dans la lutte qu’elles mènent contre leur situation difficile, le contraste saisissant qui existe entre l’élégance de leur tenue et la dureté de leur environnement. Les Congos sont parmi les pays les plus pauvres du monde et les membres de la Société des ambianceurs et personnes élégantes – la Sape – offrent donc un spectacle extraordinaire.

Chaussettes de soie et pipes ornées

Les Congolais sont connus pour se soucier de leur apparence, mais la Sape porte l’art de bien paraître encore plus loin. Papa Wemba, le chanteur de rumba congolaise célèbre pour son élégance qui a popularisé le look sapeur [mort sur scène en 2016], confiait que son inspiration venait de ses parents, qui étaient “toujours bien mis, toujours très chics” dans les années 1960.

Clementine Biniakoulou, femme au foyer de 52 ans et sapeuse depuis 36 ans, à Brazzaville, en 2017.  PHOTO / Tariq Zaidi / CNN

Clementine Biniakoulou, femme au foyer de 52 ans et sapeuse depuis 36 ans, à Brazzaville, en 2017.

Les familles de sapeurs sont traitées comme des célébrités. Elles apportent espoir et joie de vivre à une population ravagée par des années de violence et de conflit. Il peut sembler frivole de dépenser de l’argent pour des pipes finement ornées et des chaussettes de soie dans un pays comme la RDC, où plus de 70 % de la population vit dans la pauvreté, mais la Sape fait davantage que permettre aux gens d’oublier leurs problèmes : elle est devenue une forme subtile de militantisme social, un moyen de prendre sa revanche sur le pouvoir et de se rebeller contre la situation économique.

Élément vital du patrimoine

Le mouvement remonte aux années 1920. Les jeunes hommes congolais commencèrent à porter et imiter les vêtements français et belges pour lutter contre la supériorité coloniale. Les boys rejetèrent les vêtements usagés de leurs maîtres et se mirent à consommer par provocation, à dépenser leur maigre salaire mensuel pour acquérir les dernières modes extravagantes de Paris.

Maxime Pivot Mabanza, professeur de Sape de 43 ans, à Brazzaville, en 2017.  PHOTO / Tariq Zaidi / CNN

Maxime Pivot Mabanza, professeur de Sape de 43 ans, à Brazzaville, en 2017.

Après l’indépendance en 1960, Kinshasa et Brazzaville devinrent des centres où se réunissait une nouvelle élite africaine francophone. Nombre de Congolais allaient à Paris et Londres et en revenaient avec des vêtements de marque. Pour reprendre les termes de Papa Wemba,

L’homme blanc a inventé les habits mais c’est nous les Congolais qui en avons fait un art.”

Malgré des campagnes visant à interdire les sapeurs dans l’espace public dans les années 1980, la Sape connaît une résurgence depuis quelques années. Les sapeurs de tous âges se réunissent pour danser, discuter et décider de qui est le mieux habillé. Et ils jouissent d’un grand respect – ils sont considérés comme un élément vital et stimulant du patrimoine culturel congolais.

Dans ces pays déchirés par le colonialisme, la corruption, la guerre civile et la pauvreté, les ambitions vestimentaires – et la courtoisie de gentleman – des sapeurs peuvent permettre d’apaiser les luttes internes. “Je ne vois pas comment quelqu’un de la Sape pourrait être violent ou se battre. La paix est très importante pour nous”, déclare Séverin, 62 ans, dont le père était aussi sapeur.

Elie Fontaine Nsassoni, chauffeur de taxi de 45 ans, à Brazzaville en 2017.  PHOTO / Tariq Zaidi / CNN

Elie Fontaine Nsassoni, chauffeur de taxi de 45 ans, à Brazzaville en 2017.

 

Un art qui se décline aussi au féminin

La vraie sapologie*, c’est plus que des étiquettes de luxe : le véritable art du sapeur réside dans sa capacité à se constituer une élégance unique, propre à sa personnalité.

Même si la tradition se transmet habituellement par les hommes, les femmes se mettent, elles aussi, aux vêtements de marque et à devenir sapeuses. Elles défient ainsi la société patriarcale, inversent la dynamique du pouvoir et reviennent aux origines de la Sape. La Sape est un mouvement en constante évolution. Les jeunes défavorisés utilisent la mode pour accompagner l’évolution de leur pays vers un avenir plus cosmopolite et chargé de plus d’espoir.

Natan Mahata, 8 ans et sapeur depuis 3 ans, à Kinshasa, en 2019.   PHOTO / Tariq Zaidi / CNN

Natan Mahata, 8 ans et sapeur depuis 3 ans, à Kinshasa, en 2019.

  

* En français dans le texte

[Cet article, publié par CNN, est un extrait du livre du photographe Tariq Zaidi, Sapeurs. Ladies and Gentlemen of the Congo, publié en septembre 2020 aux éditions Collector’s, non traduit – hotos de l’auteur – source : http://www.courrierinternational.com]