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Star, comédienne, chanteuse, danseuse, Brigitte Bardot a choqué par son mode de vie libre, manifesté son courage lors de la guerre d’Algérie, et a quitté le show business pour se consacrer à la défense des animaux. Arte a montré le show télévisé Spécial Bardot de François Reichenbach et Eddy Matalon (1968). Brigitte Bardot au sommet de sa célébrité interprète des chansons signées Gainsbourg, Rivière et Bourgeois, et se prête à des mises en scènes imaginatives. Arte diffusera le 13 juillet 2021 « La bride sur le cou » (In Freiheit dressiert) de Roger Vadim (1961), avec Brigitte Bardot, Michel Subor, Claude Brasseur, Mireille Darc.

Publié par Véronique Chemla

Au fil du documentaire Bardot, la méprise, apparaît une dame au caractère entier, paradoxale, sincère, lucide sur son passé, refusant toute concession, regrettant son insouciance qui a mené à la fin de ses deux histoires d’amour marquantes avec Jean-Louis Trintignant et Sami Frey, sous-estimant ses talents pour la comédie et le drame, ayant peu confiance en elle et souffrant de la difficulté à prendre une décision.

Arte diffusa les 15 et 18 mai 2016 le numéro de Personne ne bouge ! (Abgedreht!) consacré à Brigitte Bardot : « Et Dieu créa la star. En marge du Festival de Cannes, « Personne ne bouge ! » s’incline devant l’actrice la plus incandescente des sixties. Avec une perle rare : Miss Bardot interviewée dans la langue de Shakespeare par la BBC, lors d’un tournage avec Sean Connery en 1968. Si son tailleur est riche, son anglais l’est un peu moins… »

« Avec Roger Vadim, à l’aube des années 1950, « BB » connaît le coup de foudre et le succès. Ils feront cinq films ensemble. Retour sur une histoire d’amour et de cinéma. Ballerines, bandeau, marinière, chignon bicolore, et l’indétrônable robe vichy : Bardot, c’est aussi la réinvention de la mode. 1963. Dans Le mépris, Godard filme la star comme personne, sur fond azur des eaux de Capri. En 1977, Bardot braque l’attention des médias sur le destin terrible des bébés phoques. Scandale ! De Jean-Max Rivière à Serge Gainsbourg, ils lui ont offert leurs chansons et elle en a fait des tubes : « La madrague », « Bonnie & Clyde », « Comic strip »… La méthode Bardot vous apprend à pousser la chansonnette avec élégance.

« Avec Roger Vadim, à l’aube des années 1950, « BB » connaît le coup de foudre et le succès. Ils feront cinq films ensemble. Retour sur une histoire d’amour et de cinéma. Ballerines, bandeau, marinière, chignon bicolore, et l’indétrônable robe vichy : Bardot, c’est aussi la réinvention de la mode. 1963. Dans Le mépris, Godard filme la star comme personne, sur fond azur des eaux de Capri. En 1977, Bardot braque l’attention des médias sur le destin terrible des bébés phoques. Scandale ! De Jean-Max Rivière à Serge Gainsbourg, ils lui ont offert leurs chansons et elle en a fait des tubes : « La madrague », « Bonnie & Clyde », « Comic strip »… La méthode Bardot vous apprend à pousser la chansonnette avec élégance.

Bardot la méprise

Arte a diffusé les 7 et 12 juin 2015 Bardot, la méprise, documentaire de David Teboul (2013). « En 2011, Brigitte Bardot donne son accord pour un projet de documentaire biographique. Quand le réalisateur David Teboul la rencontre pour la première fois, sa réaction est sans appel : elle ne participera pas au film mais lui donne accès à ses archives familiales, une multitude de films réalisés par son père, des premières heures de son existence jusqu’à sa métamorphose en déesse des écrans. Elle l’autorise aussi à filmer librement les lieux de sa vie : les maisons de La Madrague et de La Garrigue à Saint-Tropez, ses refuges à elle. À partir de cette matière infime, précieuse, le cinéaste élabore un portrait intime de l’actrice en forme de déclaration d’amour. Il s’appuie aussi sur des passages d’ »Initiales B.B. », l’autobiographie de l’actrice, dits par Bulle Ogier (très émouvante) et sur des extraits de films. De son enfance en milieu bourgeois – auprès d’une mère indifférente, d’un père autoritaire et d’une petite sœur qu’on lui préfère – jusqu’à son retrait du monde il y a trente ans, David Teboul réussit un portrait rare, émouvant, empathique. Il y donne à voir, pour la première fois peut-être, toutes les contradictions d’une femme passionnément amoureuse, mélancolique et sauvage, qui parvenait si mal à distinguer la vie du cinéma qu’elle faillit en mourir ».

« J’ai 7 ans, mes parents m’offrent un album intitulé Brigitte Bardot, amie des animaux (…) C’est comme ça que je vous ai rencontrée. L’enfant que j’étais est tombé amoureux de vous. » Avec une délicatesse extrême, David Teboul scrute les images familiales et les extraits de films, s’y arrête parfois pour détecter un indice, un geste, imaginer ce que ressent cette enfant qui, à 15 ans, sera projetée brutalement sous la lumière. « En 1950, je devins mascotte de « Elle » et le destin se mit à marcher contre ma volonté », écrira-t-elle. Roger Vadim, Trintignant, Samy Frey, Gainsbourg… : les passions amoureuses s’enchaînent, les déceptions succèdent aux extases, la mélancolie s’installe toujours. Celle qui « met tous les personnages dans sa peau » tente de se suicider après le tournage de « La vérité », de Clouzot, en 1961. Jusqu’à se retrancher finalement avec ses animaux, comme réfugiée dans une nouvelle enfance, au creux d’une maison dont les murs, pourtant, sont couverts des images de cette gloire qu’elle a tant voulu fuir« .

Le père de Brigitte Bardot « aimait le cinéma, et l’a filmée depuis ses premiers jours jusqu’à ses 15 ans. Après avoir cherché à se dérober, Brigitte se tourne vers la caméra vers l’âge de 7 ans pour en  devenir prisonnière. On voit aussi comment la danse lui permet de fuir l’univers familial et de s’émanciper, même si le cinéma la rattrape à travers son désir pour Vadim. Et ce gourou, dont elle est amoureuse et qui la désinhibe, réalise Et Dieu créa la femme, un accident qui deviendra le phénomène que l’on sait… Après un premier rendez-vous manqué, j’ai été extrêmement bouleversé quand je l’ai rencontrée, une seule fois, à Saint-Tropez. Elle s’est alors beaucoup protégée et il a fallu la convaincre. Mais elle m’a dit quelque chose d’extraordinaire : « En ne voulant pas être dans votre film, je vous fais un cadeau. » J’ai compris qu’il fallait que je construise le récit sur cette absence. Elle m’a, en revanche, laissé libre accès à ses maisons de La Madrague et de La Garrigue, comme à toutes les archives de son père. Et dans ce décor qu’est son intérieur, j’ai  eu le sentiment de replonger dans les années 1960, avec une sorte d’étrangeté. Le tout constituait la matière cinématographique d’un film sur un fantôme vivant, sur le présent d’un passé. La tension du film repose sur une incertitude : on a le sentiment qu’elle peut surgir à tout moment… {La liberté de Bardot] tient essentiellement à son rapport naturel au corps, qui n’existe alors chez aucune  autre actrice de sa génération. Bardot est une conservatrice transgressive, d’où la puissance qui émane d’elle », confie le réalisateur.

France 2 a consacré sa soirée du 23 septembre 2014 à Brigitte Bardot : une interview par Laurent Delahousse (Un jour, un destin), puis Et Dieu créa la femmede Roger Vadim.

Et Dieu créa la femme
Et Dieu créa la femme… de Roger Vadim, avec Jean-Louis Trintignant propulse Brigitte Bardot au rang de star. « À Saint-Tropez, trois hommes s’enflamment pour la beauté sauvage d’une orpheline de 18 ans… Et Roger Vadim créa… le mythe Brigitte Bardot. Un film événement, diffusé dans une version restaurée ».

« À Saint-Tropez, Juliette, une orpheline de 18 ans, évolue parmi trois hommes qui la convoitent. Il y a Antoine, parti se chercher un avenir à Toulon. Mais aussi Michel, son frère cadet, qui a hérité de leur père un atelier de réparation de bateaux. Et puis il y a Éric Carradine, un quinquagénaire d’origine étrangère, promoteur et directeur de boîte de nuit qui rêve de bâtir un casino près de la plage. Placée dans une famille d’accueil, Juliette vend la presse dans une boutique sur le port mais elle n’aspire qu’à danser, flirter et vivre. Indignée de ces prétentions, la bonne société provinciale la condamne à retourner jusqu’à sa majorité dans une institution. Pour conserver sa liberté, le mariage seul peut la sauver… »

« À sa sortie en 1956, Et Dieu… créa la femme a connu un retentissement bien au-delà des frontières hexagonales, jusqu’aux États-Unis. Révélation du talent de cinéaste d’un jeune reporter de Paris match nommé Roger Vadim, le film fait entrer en pleine lumière le phénomène Brigitte Bardot ».

« Passée par la danse classique, la jeune actrice, que vient d’épouser le réalisateur, y campe un personnage de femme-enfant, à la fois innocente et troublante, attirée par le plaisir et attisant autour d’elle un désir ravageur. Sacrée sex-symbol, la starlette ne le sera plus longtemps : une incroyable carrière l’attend. Sous le soleil d’un petit village au bord de la Méditerranée, pas encore point d’attraction de la jet set, Et Dieu… créa la femmea d’abord créé un mythe. Il se résume à deux initiales : BB ».

Le 28 décembre 2016, Arte diffusa Et Dieu créa la femme…, de Roger Vadim, avec Jean-Louis Trintignant, puis le numéro de Personne ne bouge consacré à Brigitte Bardot.

En cas de malheur 

En cas de malheur, est un film réalisé par Claude Autant-Lara, puis Bardot, la méprise, documentaire de David Teboul.

Produit par Raoul J. Lévy et Ray Ventura, En cas de malheur, de Claude Autant-Lara offre une adaptation d’un roman de Simenon par Claude Autant-Lara, Jean Aurenche et Pierre Bost. « Yvette et Noémie font un hold-up dans une boutique tenue par un couple âgé. Le casse tourne mal : la belle Yvette assomme la vieille dame et Noémie se fait pincer. Yvette se rend chez un avocat en vue, maître Gobillot. Elle lui expose son affaire, qu’il juge désastreuse. Puis, elle relève sa jupe, lui proposant de le payer en nature ». Une scène censurée à l’époque. Le « digne avocat mûr a du mal à rester impassible » et accepte la délinquante aux mœurs libres  telle qu’elle est… La rencontre entre deux monstres sacrés, Brigitte Bardot et Jean Gabin, finement orchestrée par Claude Autant-Lara ».

Intimidée à l’idée de jouer avec Jean Gabin, la jeune Brigitte Bardot butte sur ses répliques lors du tournage de la première scène avec le célèbre comédien. Faisant montre d’une fine élégance, Jean Gabin, qui connait par cœur son texte, fait semblant de l’ignorer. Ce qui détend Brigitte Bardot.

La robe Vichy

Arte diffusa le 23 janvier 2019 « La robe Vichy de Jacques Estérel » (Coutures. Das Vichykleid von Jacques Esterel), documentaire de Anna-Célia Kendall-Yatzkan et Muriel Edelstein.

« Une histoire en deux volets de pièces phares de notre garde-robe. Dans cet épisode : l’indémodable robe vichy. Sans voile ni satin, avec une robe de mariée taillée dans une cotonnade à rideau bon marché, Brigitte Bardot et le couturier Jacques Estérel défient en 1959 le star-system et les conventions en offrant aux femmes un glamour enfin abordable :  seins hauts dans un corsage ajusté, taille étranglée dans une profusion de tissu froncé sur un jupon gonflant ».

« Certains vêtements traversent les époques sans prendre une ride, à l’instar de la robe vichy, consacrée par Brigitte Bardot en 1959″. Une robe portée par la star lorsqu’elle apparaît devant les médias avec son deuxième mari, l’acteur Jacques Charrier. Généralement associé au terroir français, le tissu vichy passe allègrement les frontières. On le trouve jusqu’à Bali où il est paré de vertus spirituelles. Pourquoi un tel engouement ? Des confitures de nos grands-mères aux guerriers massaï, des culottes à carreaux des ânes de l’île de Ré aux Lolita d’aujourd’hui, le vichy n’en finit pas de surprendre. »

La vérité

En 1960, sort La Vérité, film dramatique d’Henri-Georges Clouzot.

« Dominique Marceau, jeune femme au charme dévastateur, passe en cour d’assises. Accusée d’avoir assassiné son amant Gilbert Tellier, elle clame désespérément qu’il s’agit d’un crime passionnel. Mais nul ne la croit. Et son avocat a lui-même abandonné l’idée de la sortir des griffes du défenseur de la partie civile. Avec la complicité du président du tribunal, ce dernier revient sur la vie débauchée de la jeune femme pour en dessiner un portrait peu flatteur : égoïste, instable, provocatrice et oisive, Dominique aurait volé le petit ami de sa sœur Annie par pure jalousie… »

Signé Henri-Georges Clouzot, un « drame aussi précis qu’épris de liberté, où la sensuelle » Brigitte Bardot révèle son talent de tragédienne et s’avère époustouflante dans ses scènes devant la Cour, face au séduisant Sami Frey, Paul Meurisse, « avocat cynique et cruel », Charles Vanel « et sa dérision savoureuse », Louis Seigner, sociétaire de la Comédie française, Marie-José Nat, Jacques Perrin.  Clouzot y raille les ténors du barreau parisien.

« À la mise en scène « théâtrale » du procès, réglée avec une précision d’orfèvre – et émaillée de joutes oratoires incisives, tantôt noires, tantôt cocasses -, Clouzot juxtapose en un montage judicieux des flash-backs de la vie de l’héroïne. Tournées au Quartier latin en décor réel, ces scènes révèlent le quotidien d’une jeunesse bohème, éprise de liberté et provocatrice. Une génération porteuse des bouleversements à venir, qui s’oppose aux codes moraux bourgeois et rigides des aînés. De quoi faire taire les railleries de la Nouvelle Vague qui, à l’époque, voulait rejeter le cinéaste à l’arrière-garde ».

La Vérité (1960) de Henri-Georges Clouzot est un « suspense judiciaire autour du procès d’une jeune femme accusée du meurtre de son amant. Clouzot le terrible, fidèle à sa réputation, réalise un film d’une noirceur extrême et tyrannise la pauvre Brigitte Bardot, forcée d’abandonner ses pitreries pour jouer dans un registre paroxystique. Avec le temps, le film a gagné en étrangeté. La vulgarité du film et les poncifs qu’il véhicule sur la jeunesse sont datés, mais la mise en scène ne manque pas de force et Bardot est assez géniale », a analysé Olivier Père.
Et de conclure : « À travers le procès de cette jeune femme trop désirable, libre et amorale, coupable d’avoir trop aimé et provoqué l’amour, on peut voir celui de son actrice, star et symbole sexuel dont la vie privée passionnelle et scandaleuse faisait couler davantage d’encre que ses performances à l’écran, dans une France pudibonde et conservatrice. Il s’agirait alors d’une mise en abyme cruelle, et même sadique, typique des systèmes de domination des acteurs instaurés par Clouzot sur ses tournages, mais au résultat remarquable sur le plan dramatique. Précipité de misanthropie, La Vérité brille par la qualité de son interprétation : Paul Meurisse et Charles Vanel sont impressionnants en ténors du barreau, Sami Frey est parfait en beau ténébreux. La diffusion de La Vérité permet de saluer la mémoire de l’actrice Marie-José Nat, disparue le 10 octobre 2019. Clouzot lui offre le deuxième rôle important de sa jeune carrière après Rue des prairies de Denys de La Patellière : celui de la rivale de B.B. auprès de son amant interprété par Sami Frey. Quant à Brigitte Bardot, elle suscite l’admiration et parvient à s’imposer à l’écran en véritable tragédienne, dans ce qui restera le sommet de sa filmographie, avec Le Mépris de Jean-Luc Godard, trois ans plus tard ».

Arte diffusera le 13 juillet 2021 « La bride sur le cou » (In Freiheit dressiert), film franco-italien de Roger Vadim (1961), avec Brigitte Bardot, Michel Subor, Claude Brasseur, Mireille Darc.

« Une mannequin entreprend de se venger d’un amant trop volage… Cinq ans après « Et Dieu… créa la femme », Roger Vadim retrouve Brigitte Bardot pour une comédie romantique aussi légère qu’une bulle de champagne. »
« Sophie, mannequin, découvre que Philippe, son amant photographe du moment, est tombé amoureux de Barbara, une riche héritière américaine. Profondément blessée, la jeune femme humilie Philippe sous les yeux de Barbara et des consommateurs du Café de Flore où la scène se déroule. Deux jeunes chirurgiens, Claude et Alain, tous deux éblouis par la beauté de Sophie, ne perdent pas une miette de l’esclandre. Ils entreprennent de consoler la jeune femme, qui décide de se venger. »
« Roger Vadim imagine un nouvel écrin pour sublimer BB, qui était sa femme lorsqu’il fit d’elle un sex-symbol international dans Et Dieu… créa la femme en 1956. Cinq ans plus tard, si les deux époux ont divorcé, Vadim dirige de nouveau sa muse dans cette comédie romantique enlevée dont une partie de l’action se déroule à Villard-de-Lans. Au programme, numéro de danse et scènes dénudées mémorables. »

Viva Maria

En 1965, Louis Malle réalise Viva Maria avec deux stars : Brigitte Bardot et Jeanne Moreau. « Deux chanteuses de music-hall font la révolution en Amérique centrale et inventent le strip-tease !  » Un film récompensé par le Grand prix du cinéma français et diffusé par Arte les 1er et 9 septembre 2016.

« Au début du XXe siècle, à l’occasion de leur premier duo sur scène, deux jeunes femmes que le hasard a réunies au sein d’une troupe de music-hall ambulante tirent parti d’un accident vestimentaire pour inventer le strip-tease. Tout irait bien pour elles si elles ne se trouvaient mêlées à une révolution paysanne conduite par un ardent jeune homme dont elles s’éprennent toutes les deux, l’une ouvertement, l’autre en secret… »

« Sur une musique de Georges Delerue, un western échevelé réalisé en 1965 par Louis Malle avec les deux stars féminines de l’époque : Brigitte Bardot et Jeanne Moreau ».

Avec la chanson Ah ! Les p’tites femmes (de Paris) signée de Louis Malle, Jean-Claude Carrière et Georges Delerue. Et des pépites drôles – Jeanne Moreau haranguant des paysans mexicains en citant Jules César de Shakespeare pour les inciter à faire la révolution malgré la mort du chef Florès – ou surréalistes : le magicien qui retire la balle du corps de sa colombe décédée et qui reprend vie ou l’homme d’église mort qui s’avance en tenant sa tête entre ses mains.

« Spécial Bardot » par François Reichenbach et Eddy Matalon

Pour le Jour de l’an 1968, l’ORTF (Office de radiodiffusion-télévision française), organisme public audiovisuel, a diffusé le show musical Spécial Bardot. Dans une atmosphère conviviale, la star est entourée de ses amis : Sacha Distel, élégant en smoking pour La Belle vie, Claude Brasseur, Serge Gainsbourg, Claude Bolling…

Une série de clips de ses succès – pieds nus pour La Madrague, en cuissardes pour Harley Davidson – et de reprise de standard de jazz – Everybody Loves My Baby accompagnée par Claude Bolling et son orchestre – qui alternent avec des séquences de Brigitte Bardot lors d’une séance photo avec Sam Lévin et David Bailey, arborant des min-robes sexy et des styles différents – robe Charleston frangée des années 20, vêtements de hippie – et flânant à La Madrague, à Saint-Tropez, à Port Grimaud, à Paris et à Londres. « Révolutionnaire ! Un crescendo ascensionnel qui s’achève sur une vision de Bardot sanglée d’un parachute, s’envolant dans les airs en chantant « Mr Sun » dans une robe hippie (griffée, tout de même [Paco Rabanne, nda]) ».

Filmée avec talent et amour, au summum de sa beauté et de son succès, la star française mondiale déploie l’étendue de son talent dans des registres variés : de la nostalgie à la comédie. Souveraine. Sensuelle. Ironique. Rayonnante. La démarche souple et gracieuse de ballerine. Les yeux charbonneux soulignés de khôl.

Et avec des guest stars : Sacha Distel (La bise aux hippies), Claude Brasseur (Bubble Gum), Serge Gainsbourg – Comic Strip, Bonnie and Clyde (duo mythique) – et Manitas de Plata.

Une « émission culte » des sixties exaltant dans certains titres une joie de vivre, une bonne humeur et l’insouciance !

Un modèle parfois imité – show télévisé Isabelle Adjani en 1984 -, mais jamais égalé.

On ne peut que regretter que les visuels disponibles soient en noir et blanc pour une émission en couleurs : celles automnales de la Côte d’Azur et de Paris, celles pimpantes et chatoyantes des hippies.

Défense des animaux
En 1973, Brigitte Bardot annonce son retrait du show business afin de se consacrer à la défense des animaux.

Une décision reçue avec incrédulité par les médias.

Brigitte Bardot quitte définitivement les studios de cinéma, et crée sa fondation. L’un de ses combats les plus médiatisés a concerné la protection des bébés phoques.

« En Allemagne et en France, on ne sait pas ce que c’est que de gérer un territoire hostile de 10 millions de km²… Au Canada, si. On parvient même à maintenir sur la banquise, zone hostile s’il en est, une relative harmonie entre phoques et chasseurs. Jusqu’à ce que Brigitte Bardot s’en mêle. En 1977, encore dotée de son aura de sex-symbol international, BB débarque sur la banquise et braque l’attention des médias du monde entier sur le destin du pauvre petit blanchon. Comment peut-on briser à coups de gourdin les crânes de ces créatures cotonneuses aux grands yeux humides ? »

Aquarelles de Manara

Le 12 juin 2016, vingt-cinq œuvres – aquarelles et encres de Chine – du dessinateur italien septuagénaire Manara représentant la jeune Brigitte Bardot ont été vendues par 592 702 euros lors d’enchères organisées par la maison parisienne Millon. Manara est célèbre pour ses bandes dessinées érotiques : Le déclic, Un été indien.

Le tableau vendu le plus cher (35 090 euros) « représente l’actrice nue de profil, assise, avec les genoux repliés sur sa joue ». « Pour cette vente réalisée en duplex à Bruxelles et Paris, les enchères ont débuté à 15000 euros ».

La « dernière fois que l’actrice française, aujourd’hui âgée de 81 ans, a autorisé un artiste à la représenter remonte à 1968, quand le sculpteur Aslan avait créé à son effigie un buste de Marianne, figure de la République française qui orne nombre de mairies et sites officiels ».

Les « 25 aquarelles ont été signées au dos par l’ancienne actrice, qui a également intégré à chaque dessin le symbole qui lui est le plus personnel, une « marguerite à sept pétales qui veut dire je t’aime discrètement à ceux qui la reçoivent…» Certains tableaux évoquent la célèbre photographie de Sam Lévin ou Bardot immortalisée avec son Harley Davidson, d’autres des films ou son amour pour les animaux. L’artiste a su, en général, restituer l’intensité du regard, les jambes fuselées, et le port de ballerine de Brigitte Bardot.

 

« C’est la salle de ventes parisienne Millon, assistée des experts en BD bruxellois Alain Huberty et Marc Breyne, qui a établi le contact entre l’ex-star de cinéma et Manara, leurs proposant de réaliser une série originale. « Reproduire son visage est très difficile car il a des expressions subtiles, entre ironie, mystère, séduction et provocation», avait déclaré l’artiste italien dans un entretien réalisé en mai par l’AFP. « Il a fait des dessins vivants. On y sent le vent… On y lit une révolte, une sensualité, un amusement », avait commenté Brigitte Bardot ».

Attentats terroristes islamistes

Le 29 juillet 2016, Brigitte Bardot a twitté : « Attentats : J’ai mal au cœur, à tous mes cœurs. Je vomis ces terroristes islamistes. Stop à « l’Aïd el Kebir humain » ! » D’une part, elle se référait aux attentats terroristes islamistes revendiqués par l’Etat islamique et commis par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, Tunisien, sur la Promenade des Anglais à Nice dans la soirée du 14 juillet 2016 –  – 84 personnes tuées et 286 blessées -. et par Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, à l’église Saint-Étienne de Saint-Étienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016 – le père Jacques Hamel égorgé près de l’autel, un paroissien blessé. Et d’autre part, elle évoquait la fête islamique au cours de laquelle les musulmans sacrifient traditionnellement un animal, notamment un mouton, en l’égorgeant. Ce tweet de Brigitte Bardot a été liké 987 fois et retweeté 657 fois au 834 fois au 31 juillet 2016.

Son message a suscité une polémique. Directrice du Huffington Post, la journaliste Anne Sinclair a répondu sur son compte Twitter : « Le Mépris était un beau film« . Son twitt a été liké 63 fois et retweeté à 50 reprises.

Le 20 juin 2016, dans sa tribune Magnanville, Rennes, Tel Aviv : trois versions d’un même déni (Le Figaro, 20 juin 2016)Shmuel Trigano, philosophe et sociologue spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain, affirme que les « hommes politiques et intellectuels, marqués par le postmodernisme, oublient que les actes terroristes sont aussi des actes religieux. Pour s’en démarquer, les musulmans doivent condamner ce retour primitif au sacrifice humain » :

« Les derniers événements à Tel Aviv, Orlando, Magnanville et Rennes marquent un tournant dans le rapport à la situation, que certains d’entre nous connaissent bien depuis 15 ans. La défaite des belles âmes qui ont parasité la conscience collective du réel est annoncée…  Une information très contrariante a été squizée tout simplement par les médias car elle éclairait trop grossièrement la réalité: à savoir qu’une femme a reçu trois coups de poignard à Rennes le jour même de Magnanville, de la part d’un individu qui voulait selon ses mots « faire un sacrifice pour le Ramadan ». C’est ce qu’on pouvait lire sur le moment dans les dépêches de presse des chaînes d’information. Puis on a lu que ce meurtrier mystique était un « déséquilibré » et l’information a ensuite disparu…Le meurtre [à Rennes] est justement défini par l’auteur comme un « sacrifice », c’est à dire un acte religieux, ce que sont tous ces actes barbares et pas uniquement « terroristes ». Leur finalité est religieuse – sauf que la religion du califat est aussi sa politique… Or c’est ce que le discours officiel s’évertue à nier et cacher, ce qui a conduit à la confusion totale des esprits et à l’égarement du public.
En France des débats médiatiques s’évertuent à comprendre – disent-ils – les causes d’un tel phénomène et s’épuisent en considérations qui n’ont de sociologiques que le nom car elles négligent le constat du fait idéologique, religieux et politique, qui est pourtant au cœur du social.
Une telle situation vaut aussi pour Tel Aviv… Le soir même du massacre, toutes les villes de Cisjordanie et de Gaza ont célébré l’ignominie avec feux d’artifices, offrande de douceurs, comme s’il y avait là un rituel de Ramadan…
Il y a aujourd’hui dans l’islam, un courant qui se revendique de ses valeurs pour commettre ces actes. C’est un problème pour les musulmans qui doivent le combattre s’ils veulent s’en démarquer… La guerre de religion qui fait rage dans l’islam contemporain entre sunnites et chiites confirme cet état de faits. Il y a tout simplement, si l’on peut dire, un courant, l’islamisme, qui est à l’œuvre dans ce chaos. Dans les rangs de cet univers religieux, se produit dans une terrible régression de l’humanité qui voit la religion régresser aux temps primitifs des sacrifices humains, des crimes rituels…
Il faut appeler un chat, un « chat ». C’est la condition sine qua non de la salubrité publique et de la santé mentale, ce que le discours dominant officiel autant que médiatique a mis en très grave danger depuis 15 ans. La question doit être posée au monde musulman. C’est comme cela qu’il faut concevoir un rapport d’égalité et de respect que nous sommes en droit d’attendre et d’exiger ».

Le 28 juillet 2016, dans sa tribune Terrorisme : on sacrifie les victimes pour ne pas avoir à livrer bataille contre les bourreaux publiée par Le Figaro, Shmuel Trigano, professeur émérite des universités, a écrit :

« Les actes terroristes sont commis explicitement au nom de l’islam…

Le meurtre des non-musulmans est perpétré par les islamistes comme un sacrifice religieux offert à la divinité, un meurtre «moral», «sacré», de même que la mort recherchée du pseudo « martyr » lui ouvre la porte du paradis : un véritable culte de la mort.

Il faut comprendre cette logique d’un autre âge, profondément régressive sur le plan de l’histoire humaine (la régression de la religion au sacrifice humain!), pour comprendre le motif de tous ces massacres. Cette explication n’est pas un commentaire de ma part. Elle découle de sources coraniques et elle est confirmée par l’imam Qaradawi, qui siège au Qatar, pays ami de la France, et qui est le chef du Conseil de la Fatwa pour l’Europe, le mentor sur la plan de la Charia des Frères Musulmans (et donc de leurs émules français). Dans ses décisions juridiques, il justifie le meurtre des non musulmans, et avant tout des Juifs, comme un moyen licite de défendre et illustrer l’islam. Il va même jusqu’à estimer que, si le «martyr» le juge nécessaire, le meurtre des non-musulmans pourrait s’accompagner, pour le succès de l’opération, de la mort de musulmans (ainsi expédiés illico presto au paradis). Sur ce dernier point, cela montre parfaitement que le fait que les attentats frappent aussi des musulmans ne diminue en rien le caractère et la justification exclusivement islamiques de ces actes. À ce propos, il est pitoyable de voir journalistes et experts se perdre en conjectures sur les motifs des massacres et entraîner avec eux un public sidéré et égaré, parce qu’ils se refusent à voir la réalité en face…

« Statue

Le 28 septembre 2017, pour les 83 ans de la star, Saint-Tropez a dévoilé une statue en bronze à son effigie. « La beauté de la statue de Brigitte Bardot, inspiré de la Naissance de Vénus de Botticeli, revisité par le maître italien de la BD érotique Milo Manara, n’a pas enthousiasmé tous les admirateurs de l’actrice… Cette œuvre grandiose, de quelque 700kg et de 2,5m de hauteur, a été offerte à la mairie par le commissaire-Priseur Alexandre Millon. Il avait été le responsable de la vente aux enchères des 25 aquarelles de Manara dédiées à l’icône ».

Un bel hommage et une œuvre de gratitude à l’égard de Brigitte Bardot qui a rendu mondialement célèbre ce port de pêche apprécié de peintres impressionnistes.

Moi je joue

Le 25 octobre 2017, sort Moi je joue, de Brigitte Bardot avec la collaboration de François Bagnaud. « La chanson, c’était ma récréation après les tournages ! » « Gilbert Bécaud, Sacha Distel, Georges Brassens, Jacques Brel, Nino Ferrer… tous ont voulu composer pour Brigitte Bardot en célébrant sa beauté et sa sensualité. Mais ce sont Jean-Max Rivière et Gérard Bourgeois («La Madrague», «Le Soleil»), et bien sûr Serge Gainsbourg («Harley Davidson», «Bonnie and Clyde») qui lui écriront ses plus belles et inoubliables chansons. Entre sourire et émotion, B.B. partage ses souvenirs souvent inédits, parfois touchants et inattendus, sur sa carrière de chanteuse ».

Combats

Le 17 janvier 2018, dans un entretien avec Paris Match, Brigitte Bardot a déclaré : « Je vis très simplement avec mes animaux et pour ma fondation. Loin de ce qu’on avait baptisé la “bardolâtrie”, quand les gens me poursuivaient pour des autographes. Je veux vaincre l’indifférence des gouvernements et des peuples vis-à-vis des animaux. C’est mon amour pour eux et ce combat qui, jour après jour, me donnent à mon âge cette force. Par ailleurs, je ne parle que si j’ai quelque chose à dire. Je me réveille à La Madrague vers 9 heures, m’occupe de mes neuf chiens et six chats, puis de moi. Après, j’appelle la fondation pour un tour d’horizon. Bernard, mon compagnon et mari, me sert d’intermédiaire avec les fax et les e-mails. Je n’ai ni ordinateur ni tablette. Pas même de portable, cet instrument qui sert aussi à faire d’horribles selfies – on ne peut aller nulle part sans que quelqu’un se colle à vous ! La journée commence donc avec le courrier. Je reçois quelque 60 à 70 lettres par jour. Je réponds moi-même à celles qui sont importantes ou me touchent. A 13 heures, je vais à La Garrigue, ma ferme, retrouver mes autres animaux, une cinquantaine, parmi lesquels Candy le poney et Bonhomme l’âne, vivant en liberté en compagnie de sept cochons, huit chèvres, autant de moutons, deux boucs, une tortue, des oies, des canards, des poules et dix-sept chiens et chats. Là, je me consacre à la fondation. En trois décennies, elle a pris beaucoup d’importance. Vers 18 heures, fatiguée, je regagne La Madrague. Il faut reconnaître que je n’ai jamais eu autant de travail que maintenant, à 83 ans ! Je dîne avec Bernard, passe quelques coups de fil et me couche. Je ne vais jamais à Saint-Tropez. Non seulement pour ne pas risquer de provoquer d’émeute ou me mettre en danger, mais parce que ça n’a plus rien du petit port de pêche que j’ai connu. C’est devenu une vitrine du luxe, un lieu sans âme ».

Et de se souvenir : « Partout où je passais, j’étais traquée. J’ai encore du mal à comprendre ce qui m’est arrivé, une sorte d’enchaînement incontrôlable m’ayant rendue très méfiante à l’égard de la race humaine. Je n’ai quasiment pas gardé de relations dans ce milieu, d’autant qu’à mon âge il me reste peu d’amis de ces années-là. Mes seules attaches : un peu Delon, Belmondo, Mylène Demongeot, Robert Hossein. On se téléphone une ou deux fois par an, un lien surtout dû aux animaux, sujet qui nous rapproche ».

Sur le harcèlement sexuel : « Concernant les actrices, et pas les femmes en général, c’est, dans la grande majorité des cas, hypocrite, ridicule, sans intérêt. Cela prend la place de thèmes importants qui pourraient être discutés. Moi, je n’ai jamais été victime d’un harcèlement sexuel. Et je trouvais charmant qu’on me dise que j’étais belle ou que j’avais un joli petit cul. Ce genre de compliment est agréable. Or il y a beaucoup d’actrices qui font les allumeuses avec les producteurs afin de décrocher un rôle. Ensuite, pour qu’on parle d’elles, elles viennent raconter qu’elles ont été harcelées… En réalité, plutôt que de leur profiter, cela leur nuit ».

Sur son combat contre le cancer : « La maladie, la souffrance, la mort, c’est grave et pas trop rigolo, n’est-ce pas ? Comment prétendre le contraire ? Mais puisque c’est inéluctable, il faut essayer de l’apprivoiser. Quand j’ai eu un cancer du sein, ça a été très difficile. J’étais toute seule et j’avais décidé de faire uniquement de la radiothérapie, et pas cette épouvantable chimio, pour ne pas perdre mes cheveux. Elle détruit le mal mais aussi le bien et on en sort anéanti. Je vois des gens qui, après cette épreuve, sont des loques. Jamais je ne voudrais passer par là. Cette maladie m’a obligée à me retrouver face à moi-même. Et maintenant, si j’aime bien parfois la solitude, je ne peux néanmoins vivre seule. Je n’ai pas paniqué, pensant que je vaincrais, que je n’allais pas mourir. C’est resté secret jusqu’au jour où le mal a été derrière moi. Cela fait une bonne trentaine d’années, maintenant. Mais ma plus belle victoire est celle que je n’ai pas encore obtenue pour les animaux ».

« Moi non plus« 

Le Théâtre de la Madeleine présente « Moi non plus« , pièce de Bertrand Soulier, dans une mise en scène de Philippe Lellouche, avec Jérémie Lippmann et Mathilde Bisson. « Décembre 1967. Brigitte rejoint Serge dans la nuit secrète d’un palace parisien. « Écris-moi la plus belle des chansons d’amour », demande l’actrice au compositeur. Les amants ne le savent pas encore mais leur idylle vient d’entrer dans l’Histoire.  Les paroles seront d’une impudeur grandiose, la mélodie d’une sensualité inégalée… Gainsbourg s’installe derrière le piano sous les yeux de Bardot : la légende est en marche ».

Pampelonne
Le 14 juillet 2018, Brigitte Bardot a déploré les projets de réaménagement de la plage de Pampelonne, à Ramatuelle, sur la presqu’île de Saint-Tropez.

Elle a déclaré à Paris-Match : « Au début il n’y avait rien. Et puis des plages sont apparues avec le film « Et Dieu… créa la femme ». Chacune était différente, rigolote et non conforme. Il y avait de la joie, c’était le symbole de la liberté. Avec ce projet de réaménagement cette plage va devenir monotone, alors qu’elle était si charmante… C’est dramatique ! »
Et d’ajouter : « On est en train de tuer l’âme de Pampelonne. C’est une époque qu’ils vont foutre en l’air. L’argent va tuer cet endroit, comme c’est déjà le cas dans le village de Saint Tropez, où je ne vais plus… Au début du Club 55, ce n’était qu’une buvette. Il n’y avait pas un rat. L’Esquinade avec la famille Urbini fait partie de ma famille. Comme les Moreu Des Jumeaux. Aujourd’hui j’apprends qu’ils ont perdu leur plage. Pourtant elle est élégante, joyeuse, très couleur locale. Jean-Claude Moreu a continué malgré le décès de son frère jumeau. Aujourd’hui en lui enlevant leur création de plus de trente ans, on a tué une deuxième fois son frère ».

Aïd el-kébir 2018

À l’occasion de cette fête musulmane, la Fondation Brigitte Bardot a annoncé avoir sauvé près de 650 moutons et les avoir mis en sécurité. « Pour la 4ème année consécutive, la Fondation Brigitte Bardot était présente dans les Bouches-du-Rhône sur plusieurs sites clandestins, en renfort des autorités qui ont préparé et rendu possibles les interventions, pour organiser la prise en charge d’un maximum de moutons. »

« Plus de 400 moutons ont été saisis dans les Bouches-du-Rhône, plus de 200 en Île-de-France, une cinquantaine d’autres en Normandie et en Alsace… Tous ces animaux, qui devaient être égorgés un 21 août, à l’occasion de l’Aïd el-Kebir, dans des conditions abjectes, rejoignent la plus grande ferme des animaux sauvés de la mort, l’arche de la Fondation Brigitte Bardot ! À ce stade nous ne pouvons donner trop de détails sur l’origine des animaux, compte-tenu des procédures engagées. Pour en savoir plus, suivez-nous sur Facebook et sur Twitter », a conclu la Fondation Brigitte Bardot.

Le président Macron

Le 24 juillet 2018, durant l’affaire Benalla, Brigitte Bardot a été reçue par le président Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron. Elle s’est dite « confiante » après cet entretien.
Brigitte Bardot a critiqué le gouvernement d’Edouard Philippe sur plusieurs thèmes.
Le 28 août 2018, sur BFMTV, Brigitte Bardot s’est dite « ravie » de la démission de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique, et « furieuse » à l’égard du président Emmanuel Macron qu’elle accusait de se mettre « à genoux » devant les chasseurs : « Je suis furieuse contre Macron. Alors que j’ai eu un petit espoir quand je l’ai rencontré le 24 juillet à l’Elysée, cet espoir s’est envolé. Je suis très sévère depuis hier avec Emmanuel Macron, quelqu’un qui peut à ce point là se mettre à genoux devant des assassins, parce que les chasseurs sont des assassins. Nicolas Hulot « a été certainement aussi horrifié que moi par l’allégeance de Macron devant les chasseurs »..

Le 28 novembre 2018, jour anniversaire de la sortie de « Et Dieu… créa la femme » réalisé par Roger Vadim, Brigitte Bardot a posté sur Twitter une photo d’elle prise à La Garrigue, une de ses deux maisons tropéziennes avec la Madrague. Son chien et elle arborent un gilet jaune. Et Brigitte Bardot légende ainsi sa photographie : « Avec vous ! » Au Var Matin, elle a confié son soutien à ce mouvement de protestation contre la politique du président Emmanuel Macron.
Le 1er décembre 2018, Brigitte Bartot a explicité sa position : « Je suis avec eux. Macron n’a pas accordé la baisse des taxes prévue en janvier. Vous avez d’un côté des ministres avec chauffeur, de l’autre, des gens qui ont trois francs six sous pour finir le mois. Je vais finir par devenir communiste… Non quand même pas (sourire). Mais Macron tue les petites gens. Ça me fait mal au cœur. Je lui souhaite… une bonne jaunisse… [Le président Emmanuel Macron] se comporte comme un maître sans empathie, extrêmement lointain, supérieur, avec un côté royal. Mais seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Pourquoi ne pas accorder une prime de Noël aux Gilets jaunes afin qu’ils puissent acheter des cadeaux pour leurs enfants… [Le président Emmanuel Macron m’a rencontrée car il] voulait connaître nos besoins urgents. Le résultat n’a pas été à la hauteur. Dès qu’on a eu le dos tourné, il a accordé des avantages scandaleux aux chasseurs. On devait se revoir en décembre, mais il a remis le rendez-vous aux calendes grecques. Ce que je demande, c’est l’abaissement de la TVA sur les médicaments vétérinaires de 20 à 5,5 %. Les soins pour tous ces gens sans argent qui ont des animaux, c’est trop cher… Macron a un charme fou. Il devrait être acteur ce type. Il a un physique agréable, il est extraordinairement séduisant. [Brigitte Macron] est arrivée au milieu de notre rendez-vous avec leur chien. Je l’ai trouvée tout à fait charmante. Ils ont beaucoup d’allure tous les deux. C’est très joli leur histoire. Mais je préfère deux mochetés qui donnent des résultats. Le gouvernement ne fait rien (elle épelle) : R.I.E.N. »
Et Brigitte Bardot d’ajouter : « Je suis écœurée par la politique. J’en ai ras le bol. Je trouvais que Mélenchon avait de bonnes idées, et il est végétarien. C’est un type formidable, un meneur, quelqu’un qui pourrait vraiment réussir, mais il en fait trop, avec les immigrés par exemple… Plein de petits vieux n’ont rien à bouffer, on ferait bien de s’en occuper ».
Elle a aussi confié au Parisien son admiration pour l’essayiste Eric Zemmour : « Je le regarde à la télé. Il a du courage. Il dit ce qu’il pense, dans ce pays de langue de bois où, dès que l’on dit quelque chose de travers, on est traîné devant les tribunaux. J’ai été condamnée cinq fois. La plupart des gens n’osent pas l’ouvrir parce que c’est mal vu. J’ai toujours dit ce que je pensais. Ce n’est pas à 84 ans que je vais arrêter… Je l’adore ».
Le château de la Buzine à Marseille (Bouches-du-Rhône) accueille, jusqu’au 10 mars, l’exposition « Et Bardot créa le mythe ».

« Brigitte Bardot – Biographie »

En novembre 2018, les éditions Akfg ont publié « Brigitte Bardot – Biographie« . « Brigitte Bardot comme vous ne l’avez jamais lue, révélée par l’un des proches, Bruno Ricard « son ami de combat », écrira t-elle, son fan absolu, surtout le plus grand collectionneur « Bardophile » au monde, depuis des lustres responsable de son blog ! C’est ainsi qu’il vous raconte sa passion – la nôtre aussi – son parcours atypique, une BB vue sous toutes les coutures, sa famille, ses débuts, sa carrière, ses combats – surtout ceux voués sans cesse à la cause animale -, mais aussi ses petits secrets, l’histoire de sa vie, de ses victoires comme de ses échecs, un portrait sans fard de celle qui demeure l’icône absolue du cinéma français. Tout cela raconté à travers un récit dense, des témoignages, des anecdotes, une histoire qui va plus loin que ses (nombreuses) biographies puisque pétrie d’une authentique passion, presque un amour fou ressenti par les seuls vrais admirateurs qui n’ignorent rien de l’objet de leur fascination. Au final, un livre qui sort des sentiers battus qui, tour à tour, étonne, emporte, fascine, dérange parfois, illustrant au fil des pages une image différente de « sa Brigitte », radieuse et ombrageuse, naturelle et sophistiquée, simple et compliquée, douce et tonitruante, une femme simple qui, de Paris à Hollywood via Saint-Tropez, changea un jour le face du monde. De la star fabriquée à la farouche résistante, il fait le tour de BB à travers sa propre approche de ce qui demeure un authentique phénomène du cinéma, à la fois actrice adulée mais aussi férocement détestée, un véritable paradoxe entre les images radicalement opposées de l’ingénue de ses débuts à la femme libérée – car la libération de la femme a bien pris son essor à partir du mythe BB – celle aussi d’une incroyable transition entre la star que l’on imaginait parée de fourrures, et la farouche passionaria de la cause animale. Derrière ce paradoxe – de la reine du box-office à la Fondation BB ― un portrait habilement dressé de l’une des femmes incontournables de l’histoire du XXe siècle. Ce livre en apporte la preuve formelle… »

La Réunion
Dans une lettre rendue publique par la Fondation Brigitte Bardot, Brigitte Bardot s’est indignée de la maltraitance envers les animaux dans l’île de La Réunion : « Les autochtones ont gardé leurs gênes de sauvages », accusant les Réunionnais de « barbarie » à l’encontre des animaux. Elle évoque pêle-mêle « des réminiscences de cannibalisme des siècles passés », « une population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales, des traditions barbares qui sont leurs souches ».

Le préfet de La Réunion et des élus ont saisi le procureur de la République à propos de ces propos condamnés par le gouvernement et l’Assemblée nationale.

« Brigitte Bardot amoureuse »
Le 12 avril 2019, France 3 diffusa deux documentaires sur Brigitte Bardot : à 21 h 05, « Brigitte Bardot amoureuse » de Virginie Linhart – « En 1973, à 38 ans, Brigitte Bardot faisait ses adieux au cinéma, mettant un point final à une carrière riche d’une cinquantaine de films, dont une poignée de chefs-d’œuvre. Ce documentaire, fondé sur de nombreuses archives (filmographie, reportages, interviews, témoignages…), retrace la fabuleuse carrière de BB à travers sa quête d’amour. Surtout, il s’appuie sur une source inédite : les films amateurs tournés par Louis Bardot, le père de Brigitte. On y voit la future icône de Et Dieu créa la femme, de sa naissance à son adolescence, jusqu’à son mariage avec le réalisateur Roger Vadim. Des images du bonheur ? Pas sûr… » – et à 22 h 55 : « Brigitte Bardot le serment fait aux animaux » de Rachel Kahn et François Chaumont : « Dès 1973, connue du monde entier par ses seules initiales, BB fuit les caméras et devient une pionnière de la lutte pour les droits des animaux. Pour la première fois, la créatrice de la FBB raconte l’histoire de son engagement, porté par une passion sans faille »..

« La robe Vichy de Jacques Estérel » par Anna-Célia Kendall-Yatzkan et Muriel Edelstein
France, 2013
Sur Arte le 23 janvier à 3 h 30

À partir du 19 janvier 2018
Au Théâtre de la Madeleine 
19, rue de Surène. 75008 Paris

Du mardi au samedi à 19h.

Et Dieu créa la femme… de Roger Vadim
Iéna Productions, Cocinor, U.C.I.L, Raoul J. Lévy, 1956, 88 min

Image : Armand Thirard

Montage : Victoria Mercanton

Musique : Paul Misraki

Scénario : Roger Vadim, Raoul J. Lévy

Avec Brigitte Bardot, Curd Jürgens, Jean-Louis Trintignant, Christian Marquand, Georges Poujouly, Jean Tissier, Jeanne Marken, Mary Glory, Isabelle Corey, Jean Lefebvre, Philippe Grenier, Jacqueline Ventura, Paul Faivre

Sur Arte le 28 décembre 2016 à 20 h 55

« La vérité » par Henri-Georges Clouzot
France, Italie, 1960, 123 minutes
Scénario : Henri-Georges Clouzot, Véra Clouzot, Simone Drieu, Jérôme Géronimi, Michèle Perrein et Christiane Rochefort
Production : CELAP, Iéna Productions
Producteur/-trice : Roger Debelmas et Raoul Lévy
Image : Armand Thirard
Montage : Albert Jurgenson
Musique : Igor Strawinski et Ludwig van Beethoven
Avec Brigitte Bardot, Charles Vanel, Sami Frey, Paul Meurisse, Marie-José Nat
Sur Arte le 23 mars 2020 à 20 h 55

Scandale ! Brigitte Bardot au secours des bébés phoquesde Philippe Collin, Xavier Mauduit, Frédéric Bonnaud
Sur Arte le 15 août 2015 à 20 h 36

« La bride sur le cou » de Roger Vadim

France, Italie, 1961, 86 min
Scénario : Jean Aurel, Roger Vadim et Claude Brulé
Production : Les Productions Jacques Roitfeld, Vides Cinematografica
Producteurs : Jacques Roitfeld, Francis Cosne
Image : Robert Lefebvre
Montage : Albert Jurgenson
Musique : James Campbell
Avec Brigitte Bardot (Sophie), Michel Subor (Alain Varnier), Mireille Darc (Marie-Jeanne), Joséphine James (Barbara Wilbury), Claude Brasseur (Claude), Jacques Riberolles (Philippe)
Sur Arte le 13 juillet 2021 à 15 h 50
Disponible du 06/07/2021 au 04/08/2021
Visuels : © Productions Roitfeld

Viva Maria, de Louis Malle

Nouvelles Editions de Films, Les Productions Artistes Associés, Vides Cinematografica, Oscar Dancigers, 1965, 112 min

Image : Henri Decaë

Montage : Kenout Peltier, Suzanne Baron

Musique : Georges Delerue

Scénario : Louis Malle, Jean-Claude Carrière

Avec Brigitte Bardot, Jeanne Moreau, Claudio Brook, Paulette Dubost, Poldo Bendandi, George Hamilton, Carlos López Moctezuma, José Ángel Espinosa ‘Ferrusquilla’

Sur Arte les 15 août à 13 h 35, 23 août à 13 h 35, 1er septembre à 13 h 35 et 9 septembre 2016 à 13 h 35

Visuels : © Gaumont 2013

« Spécial Bardot »

Par François Reichenbach et Eddy Matalon

France, 1968, 47mn

Musique : Francis Lai

Diffusion le 22 juillet 2012 à 16 h 15

Visuels : 
© Arte pour En cas de malheur
© Studio Canal
© Sony Pictures pour La Vérité
© Jean Adda
© Sipa. 1977 – Brigitte Bardot en campagne pour sauver les bébés-phoques au Canada

Cet article a été publié pour la première fois le 21 juillet 2012, puis le :

– 9 septembre 2012 à l’approche de la soirée Gainsbourg sur France 2 – Gainsbourg (Vie héroïque) de Joann Sfar, puis Un jour un destin, Gainsbourg – ce 9 septembre 2012 dès 20 h 45 ;

– 25 décembre 2012 à l’approche de la diffusion de Viva Maria, de Louis Malle, avec Jeanne Moreau et Brigitte Bardot, le 26 décembre 2012 à 0 h 05 ;

– 27 novembre 2013. Arte a diffusé Bardot, la méprise, documentaire de David Teboul, ce 27 novembre 2013 à 20 h 50 ;

– 24 mars 2014. Arte a diffusé à 20 h 40 La vérité d’Henri-Georges Clouzot, avec Brigitte Bardot, Sami Frey et Marie-José Nat ;

– 23 mai 2014. France 5 a diffusé le 24 mai 2014 Le mystère Bardotdocumentaire de Gilles Nadeau ;

– 13 août et 23 septembre 2014. Toute l’histoire a diffusé les 13, 14 et 16 août 2014 Bardot, la méprise ;

– 7 juin 2015. Arte diffusa les 7, 9 et 26 juin 2015 En cas de malheur, de Claude Autant-Lara, puis Bardot, la méprise, documentaire de David Teboul ;

– 7 décembre 2015. Le 9 décembre 2015, Toute l’Histoire diffusa Brigitte Bardot, la méprise ;

15 mai, 15 juin, 1er septembre et 29 décembre 2016, 26 octobre 2017, 25 mars et 21 décembre 2018, 13 avril 2019.

[Source : www.veroniquechemla.info]

Stefan Zweig (1881-1942) est né dans une famille juive viennoise. Biographe, chroniqueur de l’Empire austro-hongrois, ce romancier a décrit avec finesse les ressorts psychologiques de ses personnages. Un représentant de l’intelligentsia juive de la Mittle Europa fuyant le nazisme et disparue lors de la Seconde Guerre mondiale. Un des auteurs les plus lus au monde. Un « homme du paradoxe », discret sur ses tourments et biographe. Arte diffusera le 8 juillet 2021, dans le cadre de « Ah ! Ça lira… » (Lesefieber), « Le joueur d’échecs » (Schachnovelle). 


Publié par Véronique Chemla 
 
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » (Stefan Zweig. Ein Europäer von Welt) est un documentaire de Jean-Pierre Devillers et François Busnel (2013). Pourquoi pas un Européen juif ? Un « Européen ». C’est ainsi que le définit ce documentariste. Certes, mais un Européen Juif.

Le 22 février 1942, après avoir écrit à leurs proches et aux édiles de Petrópolis (Brésil), Stefan Zweig et sa fJemme Lotte, habillés élégamment, se suicident en consommant des barbituriques à Petrópolis où leur exil les avait conduits. 
 
« Malgré le fracas de la Seconde Guerre mondiale, le suicide de l’écrivain autrichien, dont les livres ont été brûlés quatre ans plus tôt, à Salzbourg, suscite une immense émotion. Le Brésil lui organisera des funérailles nationales ». Une « mort inexplicable ». Zweig « a perdu l’amitié et l’Europe ».
 
« Pourquoi le romancier, nouvelliste et biographe de génie, qui a connu un succès phénoménal de son vivant, a-t-il cédé à l’appel du vide ? »
 
Ce documentaire « remonte le fil de la vie tourmentée d’un écrivain de génie, l’un des premiers à rêver d’une Europe cosmopolite et moderne ».
 
« Pour démêler le jeu des forces obscures qui ont emporté sa vie, François Busnel et Jean-Pierre Devillers égrènent les étapes d’un parcours marqué par la recherche constante de la liberté ». 
 
Stefan Zweig est né en 1881 dans une famille bourgeoise viennoise apôtre de l’intégration. Son père dirige une usine de textile dans un empire austro-hongrois en déclins.

Zweig espère en une Europe au-delà des nationalismes. Sans passeport, il voyage en Europe, en Inde, aux États-Unis. Un goût de liberté.

« Spéléologue des âmes »
Zweig parle et écrit en cinq langues. Lucide, il décerne l’espoir dans la jeunesse, et l’ennui. Admirateur de Rimbaud, il publie ses poèmes à quinze ans.


Il découvre les innovations technologiques du début du XXe siècle, et une nouvelle discipline : la psychanalyse. Le Dr Sigmund Freud ouvre une voie originale.

Zweig publie Brûlant secret, une nouvelleUn premier livre qui exploite les mêmes thématiques que Freud : secret, paradoxe, forces obscures.

 
Ses « premiers succès, qui le rendent célèbre à 30 ans, son enthousiasme pour Freud, son goût du voyage et sa passion pour le progrès technique, annonciateur, croit-il, d’une humanité meilleure… : autant d’éléments biographiques qui éclairent une personnalité complexe ».

Marié, Zweig s’engage lors de la Première Guerre mondiale. Romain Rolland affirme son pacifisme. Zweig est convaincu par sa position. En 1915, Zweig se voit confier une mission.


En 1918, disparaît l’empire d’Autriche-Hongrie. Zweig se fixe à Salzbourg, en Autriche.

L’Allemagne de Weimar a succédé au Reich. En 1922, Zweig est profondément marqué par l’assassinat de Walther Rathenau, ministre allemande juif.

Zweig voyage. À Paris, « ville de l’éternelle jeunesse », il souhaite rencontrer Francis Scott Fitzgerald, déjà reparti aux États-Unis.

 
Mais l’auteur d’Amok, Lettre d’une inconnueconfession bouleversante d’un cœur aimant sans retour merveilleusement adapté par Max Ophüls, d’Amok, d’Ivresse de la métamorphose, roman à la structure complexe, ou du Joueur d’échecs voue un culte à l’amitié et exprime une foi profonde en une Europe moderne et cosmopolite.

« Ce livre est un chef d’œuvre ». Ainsi, est saluée La confusion des sentiments par Freud. Le succès de Zweig, quarantenaire, suscite jalousie et irritation. L’auteur se sent emprisonné dans sa fonction d’écrivain. Il puise dans l’écriture la force d’affronter la vie.

En 1929, Zweig est invité dans l’Union soviétique. Il constate la misère, la répression. Mais il ne dénonce pas publiquement le régime communiste. Ce qui lui vaut de vives critiques de la presse autrichienne.

 
« Deux croyances cruellement déçues : l’Europe se déchire dès 1933 et certains des proches de l’écrivain – comme beaucoup de ses lecteurs – critiquent sa réticence à prendre publiquement parti contre les régimes nazi et soviétique ».

Zweig présente des points communs à son personnage, Le bouquiniste Mendel. Les livres revêtent une importance majeure dans sa compréhension du monde et des êtres humains.

1933. Après l’avènement du nazisme, les écrivains juifs sont interdits de publication, et leurs livres brûlés.

 
Mais « si Zweig peine à s’engager, c’est qu’il préfère dans ses livres se faire l’archéologue des passions amoureuses ». Sa langue s’avère sa patrie.
 
Blessé, refusant la haine, silencieux – ce que critiquent Joseph Roth et Klaus Mann -, « devenu en tant qu’écrivain progressiste et Juif un paria en Autriche, il s’exile et ne se relèvera pas de ses désillusions  ». Déchiré, Zweig ne saisit pas l’ampleur des bouleversements à venir. Son épouse demeure à Salzbourg, et sa secrétaire l’accompagne. À Londres, ce quinquagénaire doit recommencer sa vie sans l’enthousiasme qui le portait dans sa jeunesse. Dans Erasme, il justifie ses positions, répond aux critiques…

En 1935, il poursuit ses voyages. Son opéra coécrit avec Strauss est interdit au bout de quelques jours. Ses livres sont définitivement mis à l’index par les Nazis. Brésil, Argentine… L’accueil est enthousiaste à l’exilé. Zweig achève La Pitié dangereuse.

Apatride, déchu de sa nationalité, Zweig sollicite la nationalité britannique qu’il obtient en 1940. Il prononce l’oraison funèbre de Freud.

En 1939, la Deuxième Guerre mondiale éclate. Divorcé, Zweig épouse Lotte.

Il quitte définitivement l’Europe en 1940. L’année suivante, il arrive à New York où il soutient le Comité de soutien aux réfugiés. Il débute son autobiographie, Le Monde d’hier.

En 1941, il rejoint le Brésil, pays de métissage, où il rencontre Bernanos.

Une « fatigue morale doublée d’un découragement politique » le saisissent. « La terreur que m’inspire l’époque croît jusqu’à la démesure », écrit Stefan Zweig avant de se suicider. Lotte souffre d’asthme. Zweig classe ses archives…

Arte rediffusera « Stefan Zweig, histoire d’un Européen » (Stefan Zweig. Ein Europäer von Welt), documentaire de Jean-Pierre Devillers et François Busnel (2013). Une « relecture passionnante d’une existence aussi tourmentée que son temps, et des œuvres qu’elle a brillamment produites ».

Du 16 septembre au 2 avril 2017, le Théâtre des Mathurins a présenté Le monde d’hier, d’après Stefan Zweig dans une mise en scène par Patrick Pineau et Jérôme Kircher. « Le Monde d’hier », l’autobiographie de Stefan Zweig, « est un livre-phare. Seul des grands textes de l’auteur de « Lettre d’une inconnue » à n’avoir jamais été adapté au théâtre, ce récit d’une vie dans le siècle embrasse toutes les splendeurs et les catastrophes de l’Europe depuis l’époque de la grandeur de Vienne jusqu’à son anéantissement. À la fois chant du cygne et message d’espoir, ce texte s’y avère d’une poésie et d’une puissance inouïes. Aujourd’hui plus que jamais, la voix de Zweig, éteinte un soir de février 1942, nous manque. Le projet de ce spectacle, adapté par Laurent Seksik (auteur des « Derniers Jours de Stefan Zweig ») et joué par Jérôme Kircher, est de la faire à nouveau entendre et de faire revivre sous nos yeux un  monde étincelant et perdu ».
« Conscience contre violence »

Republié en livre de poche en 2010, « Conscience contre violence » (Ein Gewissen gegen die Gewalt) écrit en 1936 sur une commande du pasteur Jean Schorer, « ce précieux document était devenu introuvable depuis près de cinquante ans ! À partir du conflit exemplaire entre Sébastien Castellion (1515-1563) et Calvin, Stefan Zweig nous fait vivre un affrontement qui déborde de beaucoup son cadre historique. Cette cause nous intéresse tous : liberté et tolérance contre intégrisme. »

Ce livre s’ouvre par une citation de l’humaniste défenseur de Michel Servet ayant contesté l’austère et autoritaire Calvin, maître de Genève : « La postérité ne pourra pas comprendre que nous ayons dû retomber dans de pareilles ténèbres après avoir connu la lumière. » (De Arte Dubitandi, 1562)

« Si Stefan Zweig finit de rédiger ce texte prémonitoire en 1936, en pleine montée du fascisme, il faut y voir un sens profond. En effet, comment ne pas faire le rapprochement entre la ville de Genève et l’Allemagne nazie, entre Calvin et Hitler, les sbires de Farel et les hordes hitlériennes ? »

« Quelques décennies plus tard, fanatisme religieux et résurgence des extrêmes droites doivent à nouveau nous ouvrir les yeux. Cet écrit polémique devient alors une charge d’une force redoutable. »


« Stefan Zweig, adieu l’Europe »

Le 21 novembre 2018, Arte diffusera « Stefan Zweig, adieu l’Europe » (Vor der Morgenröte) par Maria Schrader, avec Josef Hader, Aenne Schwarz, Barbara Sukowa, Nahuel Pérez. « En 1936, Stefan Zweig quitte l’Europe pour l’Amérique du Sud. D’abord accueilli à Rio de Janeiro, l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme est célébré par la bonne société brésilienne. Mais le romancier, interrogé sur ses positions et son engagement, refuse de se laisser aller aux simplifications. Par ailleurs, fasciné par le Brésil, l’écrivain entreprend l’écriture d’une nouvelle œuvre. Accompagné par sa nouvelle épouse, Lotte, il explore différentes régions du pays. »

« De 1936 à 1942, cinq instantanés du long exil qui a précédé le suicide au Brésil de l’écrivain Stefan Zweig. Une sobriété documentaire que l’acteur autrichien Josef Hader rend bouleversante.

« 1936, Rio de Janeiro. Voici deux ans déjà que le mondialement célèbre Stefan Zweig, mis à l’index par l’Allemagne hitlérienne, a fui l’Autriche pour s’installer provisoirement en Grande-Bretagne, habité par la certitude prémonitoire que les nazis vont s’emparer de son pays et propager la guerre en Europe. Invité au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, qui fut sa secrétaire, pour présider un dîner de gala, il rejoint ensuite à Buenos Aires le congrès du Pen Club, où on l’attend comme un oracle. Mais alors qu’à la tribune on scande son nom parmi ceux des écrivains persécutés par le IIIe Reich, l’auteur d’Amok et de Lettre d’une inconnue refuse face aux journalistes de condamner publiquement le régime. « Tout geste de résistance qui ne comporte aucun risque et reste sans effet relève de la pure vanité », objecte-t-il à Brainin, le jeune compatriote ulcéré qui le somme de dénoncer Hitler. »

« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux », écrira Zweig le 22 février 1942, avant de se suicider au véronal avec Lotte dans leur maison de Petrópolis, non loin de Rio. Entre les prémices de la guerre et la sauvagerie qui jour après jour, à l’autre bout du monde, détruit tout ce qui lui est cher, entre un hiver new-yorkais et les luxuriances tropicales du Brésil, Maria Schrader (dont le film s’intitule en allemand « Avant l’aurore ») met en scène avec une précision et une sobriété documentaires cinq tableaux d’une errance de plus en plus douloureuse. Sans prétendre percer le mystère d’un homme qui décrivit si finement l’âme humaine, et dont les mots portent ce film, l’acteur autrichien Josef Hader suggère de façon bouleversante la souffrance, la peur et l’épuisement qui affleurent sous l’élégance. »
« Le joueur d’échecs »

Arte diffusera le 8 juillet 2021, dans le cadre de « Ah ! Ça lira… » (Lesefieber), « Le joueur d’échecs » (Schachnovelle). Ce court roman de Stefan Zweig a été édité à titre posthume en 1943. Sur un paquebot naviguant de New York à Buenos Aires,  deux joueurs d’échecs, aux parcours et style de jeu différents, se rencontrent…
« Avec la complicité du conteur Daniel Pennac, une invitation à la lecture et à l’écriture pour le jeune public. Lire et raconter ce qu’on a lu pour susciter l’envie, confronter Riad Sattouf ou Thomas Fersen aux Droits du lecteur de Daniel Pennac, sauter le pas et prendre soi-même la plume… Cette collection illustrée par les étudiants de l’École Estienne est une invitation à plonger dans dix romans classiques, aux âges où la littérature jeunesse se double d’une faim de littérature tout court. »
« Aujourd’hui : Joseph embarque sur un bateau pour une palpitante partie avec Le joueur d’échecs de Stefan Zweig. Est-on obligé de lire ? Lena et Zach posent la question à des stars de la littérature. Elia et Joseph imaginent un voyage dans le temps provoqué par l’ingestion de champignons phosphorescents. »
« Le joueur d’échecs »
France, 2020, 10 x 26mn
Collection documentaire de Charles Castella, Christian Popp et Alice de Poncheville
Coproduction : ARTE GEIE, Yuzu Productions
Sur Arte le 8 juillet 2021 à 6 h 35
Disponible sur arte.tv du 29/06/2021 au 06/08/2021

« Stefan Zweig, adieu l’Europe » par Maria Schrader
Allemagne, Autriche, 2016, 99 min
Scénario : Jan Schomburg, Maria Schrader

Production : Idéal Audience, Maha Productions, Dor Film Produktionsgesellschaft, BR, WDR, ARTE France Cinéma, ORF, X Filme Creative Pool
Producteur/-trice : Stefan Arndt, Danny Krausz, Denis Poncet, Uwe Schott, Pierre-Olivier Bardet, Kurt Stocker
Image : Wolfgang Thaler
Montage : Hansjörg Weissbrich
Musique : Tobias Wagner
Avec Josef Hader, Barbara Sukowa, Aenne Schwarz, Matthias Brandt, Charly Hübner, André Szymanski, Lenn Kudrjawizki, Vincent Nemeth
Sur Ciné + Club les 29 mai 2018 à 19 h et 1er, 3, 4, 7 ainsi que 8 juin 2018

Sur Arte le 21 novembre 2018 à 20h55

Du 16 septembre au 2 avril 2017
Au Théâtre des Mathurins

Adapté du texte original « Le Monde d’Hier »
Edition Les Belles Lettres – Traduction Jean-Paul ZIMMERMANN
Mise en scène : Patrick PINEAU et Jérôme KIRCHER
Scénographie et Lumières : Christian PINAUD
Musique : Michel WINOGRADOFF
Collaboratrice à la mise en scène : Valérie NEGRE
 
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » par Jean-Pierre Devillers, François Busnel
2013, 52 minutes
Sur Arte le 6 janvier 2015 à 22 h 35, le 29 novembre 2017 à 22h50 
 
Visuels :
La maison de Stefan Zweig à Salzbourg
© Rosebud Productions
 
 
Les citations sur le concert viennent d’Arte. L’article a été publié le 6 janvier 2016, puis les 14 mars et 29 novembre 2017, 28 mai et 21 novembre 2018.
 
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Braga era una fiesta —dice Claudio— parafraseando a Hemingway. Caminó por la ciudad histórica que se encuentra al Norte de Portugal. La sintió como sienten los escritores algo que va más allá de las palabras. Y ahora que buena parte del mundo está metido en sus hogares, la recuerda y la comparte.

La ciudad enamora, atrae, invita a visitarla, cuando uno lo va leyendo a Claudio.

Escrito por Claudio Ferrufino-Coqueugniot

Ni sé ya si la memoria se confunde, o se conjuga, con lo onírico. Visité Braga, claro, seguro. Adrián Antezana me esperaba en la estación de trenes. Una hora desde Porto, Oporto. Del Duero a la Edad Media, del fado al silencio –pensé- pero no fue así. Vino y pinga, como llama o povo brasileiro a la cachaça, ron de pobres. Era una fiesta, parafraseo a Hemingway. No París sino Braga, iluminadas sus rocas medievales, la supuesta santidad milenaria que da escozor en la espalda cuando se piensa en el horror de la religión y su saña. Escolaridad por otro lado, erudición, letras y el magnífico elixir de uva portugués como secreto guardado por monjes que serían maestros y asesinos a su vez. A la vez.

Esperé en São Bento, de camisa roja cuadriculada. Polera debajo, como acostumbro, de jubilado protegiendo los pulmones, o de elegancia de dandy paceño. De reojo miraba el reloj digital de la estación. Trenes modernos, multitud. Hermosos azulejos pintados con escenas históricas. Épica de una nación que se echó al mar pero combatió en tierra a moriscos y africanos. El frío azulejo, de obvio tono azul, se multiplica en las paredes. Esa pieza ornamental es gloriosa en Portugal. Fotografié sin pausa ni desgano Santo Ildefonso, iglesia del siglo XVIII en Porto, porque encarna la belleza tanto como la inmortalidad. ¿Arquitectos de Dios? Los masones dirían que sí, todo es cuestión de compás y medida.

Esperé en São Bento, de camisa roja cuadriculada. Polera debajo, como acostumbro, de jubilado protegiendo los pulmones, o de elegancia de dandy paceño.

Desayuné antes de ir, supongo, en uno de tantos cafés alrededor. Entusiasmado por el inicio de un viaje que sería mi retiro a lo Rimbaud hacia el olvido. Error que me cargué con dos maletas y no con una pequeña mochila de bersagliere que me hubiese permitido mis lapiceros, un par de libros y ropa interior de Victoria’s Secret que me compraría amor.

Se ha nublado en la calle Clarkson mientras escribo y escucho a Balakirev. Tiempo de preparar un ron de macadamia, rojo tinto, con Sprite, limón y hielo. Salir a la terraza y revisar si la papa que sembré delante de la casa se ha podrido o parió. Cuarteé el tubérculo como vi hacerlo en Pocona en los años 80, cuando sembramos bajo el sistema de compañeros y tardamos tres días en cosechar mientras bebíamos 72 horas un infame alcohol de caña. Veremos. Llueve y no faltará agua, aunque este calor de verano parece marciano. Penumbra de las dos de la tarde. Alivio después del fuego.

Lo nublado se convirtió en torrente del cielo. Me recordó los imprevistos y pavorosos temporales que se abaten sobre la urbe de São Paulo. Entonces arrastraba el agua toneladas de basura. Cambió, no puedo decirlo. Lo asocio con el café caliente en copas de vidrio con agarrador y funda de metal. El boliviano que me acompañaba pidió no sacar billetes grandes, que aquí te cortan el cuello por poco, aseveró. Creo que murió ya; yo sigo vivo. Cortado o ultrajado, lo ignoro, ni me interesa. ¿Poco apego por la vida? La de algunos otros, por qué no.

De la estación de tren, Adrián me llevó a su casa. Su linda esposa y el pequeño hijo colmaron las expectativas de amabilidad. Adrián pidió permiso para la noche, para quemarla, inmolarla, sacrificarla a la fiesta nacional nuestra, la patria grande que es chupa eterna y no otra cosa.


Claudio recorrió la ciudad con su camisa roja cuadriculada. Polera debajo, como le gusta.

Nos acicalamos, y entre llovizna portuguesa, medio inclinada, comenzamos el periplo de los bares. A esa hora todavía los parroquianos no dejaban el hogar. Como en España, aquello comienza a las diez. Los bolivianos a las diez de la mañana, costumbres ancestrales dirán, el imperio de Momo. También en el norte argentino, quechuas lo mismo, mimetizados en otra pronunciación pero enmarcados en la raza. Argentinos que a “chunku” dicen “shunko”, según resaltaba mi padre, quechuista inteligente, refiriéndose al autor argentino Jorge Ábalos que escribió una famosa novela, que llegó al cine, con ese título. Del primer Shunko Ábalos vienen los que siguen, incluidos sobrinos míos, hijos de la bella Matelé Coqueugniot.

De esa odisea alcohólica, que culminó a las seis de la mañana y a la que siguió paz de tumba, hablé un poco ya en un texto sobre los tatuados, amigos brasileros que habitan Braga, estudian, enseñan, y que retornaron a la pinga con avidez. Hubo una muchacha judía dueña de bar. Hermosa como Rebeca y peligrosa como Judith, la pretendí sin descanso por diez minutos. Supe que el sitio mataría al sitiador de hambre y no al contrario. Me retiré, no cabizbajo, sino mirando con la nuca a la sin par María, patrona de un concurrido bar de intelectuales donde nuestras maneras salvajes, cerriles y selváticas, no cayeron muy bien dentro de la sofisticación progre de los eternos salvadores del mundo, lenines con casulla de dominicos.

Hace poco me contactó Luciano Mata, uno de los amigos brasileños de entonces. De la cabeza a los pies el hombre ilustrado de Ray Bradbury. Cierto que los universos pegados con tinta a su piel pronto se doblegaron a la falta de coherencia que la pinga atrae. Las flores se hicieron espinos y el tamanduá trepado al árbol, si hubo alguno, cayó en la fosa de la melancolía que es un mar lechoso que ahoga.

De ida y de vuelta, a pesar del empeño cochabambino que pongo en la fiesta, no dejé de observar los murallones, las sombrías torres, monumentales templos. Mi mente, que bailaba cumbia o forró, fotografiaba sin embargo las piedras cargadas de sufrimiento y de historia. Festejar no implica olvidar. Si bien no era ahora tiempo de ponerse la faca entre los dientes para el degüello, no se podía no pensar en ello. No he leído si Braga era solo académica ni los entretelones de las guerras de religión. A veces es bueno no saberlo y dejar remar la imaginación por aguas tan verdes como las de Yellow Submarine.

De la estación de tren, Adrián me llevó a su casa. Su linda esposa y el pequeño hijo colmaron las expectativas de amabilidad.

Porto tiene monumentales piedras talladas también. El barrio antiguo sobre las colinas y sus vericuetos urbanos forman parte de ellas. Pero Braga es quizá más esparcida, abierta, y los edificios resaltan como hongos del amanecer. Converso con Adrián y me dice que disfruta de la pequeña ciudad, que en ella tiene todo lo que le hace falta, además de la tranquilidad económica. Ni para decir que es de espíritu sedentario; anduvo por los emiratos y el Japón. La familia es el plomo necesario, ajustable, que mantiene tieso el hilo de pescar. Con él, gracias y por, no solo la bonanza proviene de río revuelto sino de aguas mansas. Algo que no supe hacer, que desequilibré con constancia malhechora. Quedan las hijas, pero la pareja, siendo la argamasa fundamental de la edificación, ha sido lavada como mezcla débil de arena y cemento que jamás pasará de levantar un piso y deshacerse. ¿Castigo o bendición? Está nublado en la calle Clarkson norte. Al fondo de los callejones de Braga siempre había un imponente monstruo levantado desde la fe. Hombre de poca fe, siervo sin Dios, oveja hecha cabra montés. A pesar de ello sé sentarme a observar con respeto y una tranquilidad como de Valium, los delirios de la, otra vez, fe. Me someterán el día del juicio que nadie ha comprobado si sucede en serio, a la prueba de caminar sobre brasas. Si no me quemo tendré santidad; caso contrario olerá a parrillada, corte mitad argentino con bestiario boliviano. Entre suave e incomible, mucho de sal y una taza de pimienta negra, que con la blanca nunca aprendí a cocinar.

Dime tú, mientras reviso fotografías de Braga, si esas iglesias me sobrevivirán. No cargan la certeza de lo efímero que concentro yo. Son piedras y yo de carne, de arriba abajo pecado original.

Me atraen las torres. Miraba las puntas de la catedral de Amiens, la torre detrás de ella, desde donde lanzaron a los niños en cruzada para que el maestro Schwob contara sus huesecillos como chuis. Los vendieron en el bazaar, a la sevicia de sultanes y orgiásticos mamelucos. Desconfío de estas paredes tan tranquilas, donde uno sin mucho esfuerzo situaría alguna divinidad para adorar. Torres de Braga que se ocultan. Lo bueno de la sangre, para quienes la derraman, es que se seca y se transforma en viento. Con ella el simún que atraviesa Palestina se tiñe de bermejo y parece que nada ocurriera, que el mundo sigue un cauce indetenible de santidad.

Llaman al pasaje. Miro Londres debajo; poco puedo ver. Al otro lado del mar me siento en un tren, es octubre, y el boleto dice que voy a Braga. He de escudriñar la historia. Beber de ella.

Evaporo los humos de demasiada cerveza, las úlceras del potente ron blanco y no tengo chiles picantes para cauterizarlas. Dormitando en el tren que me devuelve a Oporto, mirando los increíbles ojos de una mustia portuguesa, los muros de Braga, de un amarillo que les daban los reflectores, me obligan a sentirme chico, a denigrar el día siguiente que consistirá en comer chorizos con papa frita y peri peri, desayunar en el hipermercado de enfrente, recordar mi casa en ruinas, las máscaras punu que volvieron a la tumba de donde las arrebataron.

Espero en el aeropuerto de Gatwick, Londres, el avión que por cien dólares me llevará a Porto. Por ahora no pienso en Braga sino en Lisboa. En Vigo también por palabras de Paz Martínez. Son los primeros días de una aventura que comienza formal, enloquecerá, y habrá un retorno pausado hasta el nuevo ataque epiléptico de deseos y amores, de fiesta brava, baile y vino. La monástica Braga será un bálsamo, lo admito, porque en medio del desenfreno ponía como flashes de cielo e infierno sus inconmovibles piedras, voces de coros antiguos, misas que todos necesitamos, el cómo va de cada uno.

Llaman al pasaje. Miro Londres debajo; poco puedo ver. Al otro lado del mar me siento en un tren, es octubre, y el boleto dice que voy a Braga. He de escudriñar la historia. Beber de ella. Encapricharme y ya de lejos escuchar la lluvia mientras recuerdo y escribo, mientras escribo para recordar.

 

[Fuente: http://www.revistanomadas.com]

Mario Vargas Llosa

Escrito por Álvaro García Linera

Todas las cosas envejecen: los organismos vivos, las personas y las ideas. Es la dureza de la segunda ley de la termodinámica. Pero hay maneras dignas de hacerlo, manteniéndose leales a los principios con los que se alcanzó el cenit de la existencia, consciente de los errores y sin arrepentimientos ni transformismos de última hora. Pero hay existencias que se corrompen por elección, que se degeneran por decisión. Son los seres que se revuelcan en la putrefacción del alma arrastrando tras de sí las pestilencias de un destino extraviado.

Este es el patético devenir del político Vargas Llosa de hoy; no de aquel genio literario que hizo méritos propios para entrar en la estantería de las letras universales con “La ciudad y los perros” o “Conversación en la catedral”.  Su actual prosa política viene chabacana, llena de monstruosidades ideológicas que mancillan la pulcritud de los ideales conservadores que algún día profesó. Es como si hubiera un empeño deliberado por envilecer  a la persona que obtuvo el Premio Nobel  y dejar en pie a un decadente político atribulado por pasiones bárbaras.

Vargas Llosa se traga sus otrora enjundiosas convicciones democráticas para apoyar sin decoro a la heredera y encubridora del régimen fujimorista que cerró el Congreso de la República, suspendió al poder judicial, ordenó el asalto militar de medios de comunicación del Perú y promovió escuadrones de la muerte con decenas de masacres en su haber. Eso habla de un pervertido drama en el que un reposado liberal muta a un ardiente neofascista. 

Y no es un tema de temperamento débil o convicciones efímeras que quizá, en este caso, hayan ayudado a la elegancia de su prosa. En realidad, Vargas Llosa es un ejemplo letrado de un desplazamiento emocional de la época.

Respalda groseras maniobras de la derrotada Keiko Fujimori que denuncia “fraude” electoral y anula miles de votos de comunidades indígenas y mantiene un curioso silencio frente al manifiesto de ex jerarcas militares para que las Fuerzas Armadas desconozcan la victoria de Pedro Castillo.  Así se emparenta ideológicamente con Trump que instigó a sus seguidores a tomar violentamente el Congreso de Estados Unidos en enero del 2021; o con el candidato presidencial Carlos Mesa que, al conocer su derrota en noviembre del 2019 contra Evo Morales, convocó a los suyos a incendiar los tribunales electorales bolivianos, incluidos los votos de los ciudadanos. Se trata de actitudes no muy diferentes a la de Bolsonaro que reprocha a las dictaduras brasileñas (1964-1985) el solo haber torturado en vez de haber matado a los izquierdistas; o a la indignidad de Piñera arrugando su pequeña bandera nacional, para mostrarle a Trump que sus colores y estrella cabrían en una esquina de la bandera norteamericana.

Son síntomas del ocaso de un liberalismo político que, en su rechazo a asumir con aplomo el crepúsculo de sus luces, prefiere desnudar sus miserias en la retirada. Antes podía jactarse de su filiación democrática, su tolerancia cultural y conmiseración por los pobres, porque, con independencia del partido político victorioso, los ricos siempre triunfaban en el mundo en el que las alternativas de “mundos posibles” estaban diseñados a su medida.

Ahora el planeta se ha sumergido en una incertidumbre de destino. Las élites dominantes divergen sobre cómo salir del atolladero económico y medioambiental que han provocado, los pobres ya no se culpabilizan de su pobreza, la utopía neoliberal se desvanece y los sacerdotes del libre mercado ya no tienen a sus pies a feligreses a quienes embaucar con redenciones futuras a cambio de complacencias actuales.

Es el tiempo del ocaso del consenso globalista. Ni los de arriba tienen criterios compartidos de hacia dónde ir; ni los de abajo confían en el viejo curso que los de arriba les señalaban. Todos viven un estado de estupor colectivo, de ausencia de futuro factible que desencadena, entre los humillados globales, estallidos de angustia, malestar, enojo y sublevación. Occupy Wall Street, el Movimiento de los Indignados en España, los “chalecos amarillos” de Francia, los levantamientos populares de Chile, Perú y Colombia, las oleadas de progresismos latinoamericanos, son los síntomas de una convulsa de época de ansiedades desatadas que apenas comienza. Nadie de los inconformes sabe con certeza hacia dónde ir, aunque saben con claridad plebeya y callejera lo que ya no pueden soportar. Es la época de un presente que desfallece y de un futuro que no llega ni anuncia su existencia y las viejas creencias dominantes se fisuran, se repliegan para dar paso a la incredulidad radical primero, y luego, a la búsqueda de alguna nueva certidumbre donde enraizar las esperanzas.

Se trata de un caos creador que erosiona las viejas tolerancias morales entre los de “arriba” y los de “abajo” y que, con ello, empuja al consenso neoliberal que agrupó a la sociedad a replegarse. La calle y el voto, ya no los medios de comunicación ni los gobiernos, son ahora los espacios de la gramática donde se escribirá el nuevo estado de animo popular.  La democracia se revitaliza desde abajo, pero paradójicamente por ello, se ha convertido en un medio peligroso para los ideólogos neoliberales que fueron demócratas en tanto el voto no pusiera en riesgo el consenso privatizador y de libre mercado. Pero, ahora que la calle y el voto impugnan la validez de este único destino, la democracia se presenta como un estorbo y hasta un peligro para la vigencia del neoliberalismo crepuscular.

Las denuncias de fraude que se extiende por las Américas, y que seguramente se harán presentes en Europa, no son solo el aullido de guerra de los derrotados. Son la desesperada consigna de las ahora minorías neoliberales, para atacar sistemáticamente la institucionalidad democrática y la legitimidad del voto como modo de elección de gobernantes. El golpe de Estado tiende a instalarse como una opción factible en el repertorio político conservador.  Y todo ello lo hace cabalgando un lenguaje enfurecido que aplasta en su galope cualquier respeto por la tolerancia y el pluralismo. Enarbolan sin reparos el supremasismo racial contra indígenas y migrantes por igual.  Desprecian el inconformismo plebeyo al que califican de expresiones de “hordas salvajes”, “ignorantes” “alienígenas” o “terroristas”. Y en un anacronismo risible, desempolvan la fraseología “anticomunista” para encubrir con miedos atávicos el disciplinamiento violento de los pobres, las mujeres y los izquierdistas. El neoliberalismo va degenerando en un acomplejado neofascismo.

Estamos ante la descomposición del neoliberalismo político que, en su fase de ocaso y perdida de hegemonía, exacerba toda su carga violenta y está dispuesto a pactar con el diablo, con todos las fuerzas tenebrosas, racistas y antidemocráticas, para defender un proyecto ya malogrado. El consenso universalista del que se jactaba el neoliberalismo en los años 90s, ha dado lugar al odio enfeudado de una ideología de outlet. Y, como lo demuestra el último Vargas Llosa, la narración de esta putrefacción cultural es un bodrio literario carente de la épica de las derrotas dignas.    

 

[Foto: Télam – fuente: http://www.eldiarioar.com]

Dans son dernier livre Mossad Amazons, l’historien Michael Bar-Zohar, spécialiste des services secrets israéliens, dresse le portrait de vingt femmes ayant marqué l’histoire de l’agence de renseignement. Il délivre des anecdotes sur ces figures d’exception.

Michael Bar-Zohar a pu interroger des dizaines d’agents féminins du Mossad.

Écrit par Thierry Oberlé

 

LE FIGARO.- Quelle est la place des femmes dans le ?

Michael BAR-ZOHAR. – L’image du  dans le monde c’est des gars costauds, des James Bond mais il y a aussi des femmes qui ne sont pas moins capables que les hommes. Ce sont des femmes qui viennent du monde entier: d’Égypte, du Liban, de Pologne, du Canada, d’Australie, de France. Le  cherchait à l’origine des femmes qui pouvaient se mêler à la population et de ne pas éveiller des soupçons. Elles ont été recrutées en Israël et en ont reçu la nationalité. Aujourd’hui, elles montent dans la hiérarchie. Une femme avait été préparée pour devenir le chef du , elle était soutenue mais elle a préféré quitter l’agence. Elle m’a dit : « L’étincelle a disparu. Il faut pour faire le job avoir le patriotisme, mais aussi un esprit d’aventure, aimer les émotions fortes. J’ai senti que je n’avais plus ça ».

Elle avait commencé sa carrière comme secrétaire, puis a travaillé en duo dans des pseudo-couples d’agents. Les femmes espions ont des sens, des instincts, des capacités que les hommes n’ont pas. Et, elles n’ont pas souvent l’ego très fort des hommes. Ce que l’homme a en force physique est remplacé, selon moi, par une force intellectuelle. Elles sont plus en mesure d’improviser. L’une des plus brillantes d’entre elles fut sans conteste Yael. Elle a écumé les pays du Moyen-Orient de Beyrouth à Bagdad. Une carrière formidable marquée par l’attaque israélienne contre le réacteur nucléaire irakien. « Si on lui donnait toutes les médailles pour ses missions, il n’y aurait pas de place sur sa poitrine », dit d’elle Tamir Pardo, l’ex-patron du . Elle a 84 ans. Quand on la rencontre, on ne peut pas imaginer ce qu’a réalisé cette Mata Hari.

Y-a-t-il des figures françaises?

Bien sûr ! Comme cette jeune fille qui après mai 1968 était l’une de ces étudiantes féministes qui brûlaient leurs soutien-gorge sur les barricades. Elle a suivi des études en Israël où elle roulait en Harley Davidson. Elle a reçu un jour un courrier du ministère des Affaires étrangères israélien. Un groupe d’experts l’a interviewée pour la recruter. Elle est devenue la pseudo-femme d’un agent du  qui se trouvait au Caire après la guerre du Kippour. Ils y passèrent deux années.

Au début, son pseudo-mari lui prépara une chambre séparée. Elle refusa pour ne pas attirer les soupçons des domestiques. À Suez, au musée de la guerre du Kippour, elle a photographié des half-tracks tâchés de sang séché de combattants israéliens pour aider à l’identification des soldats tués. Ils sont tombés amoureux mais en rentrant de mission, l’agent est revenu à son amour d’antan. Après des déconvenues, il a fini par se suicider sur une plage d’une balle dans la tête. Elle est devenue une femme importante du Mossad. Aujourd’hui, elle chante du Brel et des chansons françaises sur scène dans une ville israélienne sans que personne ne se doute de son passé.

« L’image du Mossad dans le monde c’est des gars costauds, des James Bond mais il y a aussi des femmes qui ne sont pas moins capables que les hommes » Michael Bar-Zohar

Quel rôle ont joué les femmes dans l’opération Orchard qui, en 2007, a permis de détruire un réacteur nucléaire syrien ?

Tout commence à Vienne avec la visite du président de la commission syrienne de l’énergie atomique pour une réunion de l’AIEA. L’émissaire de Damas découvre une fille assise devant sa valise dans le couloir de l’hôtel. Elle dit avoir perdu la clé de son bagage qui contient sa clé d’hôtel, ses papiers, son argent. Il parvient à débloquer la fermeture avec le passe de sa chambre. La jeune femme saisit l’occasion pour en prendre l’empreinte. Le lendemain matin, au petit-déjeuner, il partage sa table avec une cliente de l’établissement. Elle s’énerve au téléphone: son compagnon lui fait faux bond pour un repas d’anniversaire dans un grand restaurant. La conversation se noue et le courant passe. Ils dînent ensemble dans le fameux établissement.

Un responsable arabe de ce rang qui rencontre une fille libérée laisse son téléphone portable à l’hôtel pour éviter les ennuis et ne pas être repéré. L’occasion pour une troisième comparse d’entrer dans sa chambre, de briser le code du portable et de découvrir 35 photos d’un réacteur nucléaire construit d’après les clichés par des Asiatiques. Damas bâtissait une centrale nucléaire à Deir es-Zor avec l’aide de la Corée du Nord et le Mossad n’en savait rien. Meir Dagan, le patron du Mossad se précipite chez le Premier ministre Ehud Olmert, qui demande à George W. Bush de bombarder le réacteur. Refus au nom du principe de respect de la souveraineté nationale syrienne. Les Israéliens se chargent de la mission. L’année suivante, le général Mohammed Sleiman, le maître d’œuvre du projet, est assassiné à Tartous sur la terrasse de sa résidence secondaire donnant sur la mer Méditerranée. Des plongeurs de combat israéliens l’ont abattu avec un silencieux.

Il existe également des échecs au féminin !

Oui ! Prenez l’opération « Colère de Dieu » montée pour éliminer les membres du commando de l’attaque contre les sportifs israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972. Un innocent a été tué à la suite d’une méprise à Lillehammer en Norvège et les agents du Mossad ont été arrêtés par la police locale. Parmi eux, Sylvia Rafael, une femme ravissante, très glamour. Basée à Paris, elle a une couverture de photographe de presse et un passeport au nom Patricia Roxburgh. À Djibouti, elle couvre une révolte sanglante. Un scoop mondial. Son agence organise une expo au Ritz à Paris.

Elle rencontre l’ambassadeur de Jordanie au vernissage qui l’invite à Amman. Elle est reçue au palais du roi pour une séance de photos avec la famille royale. C’est en lisant la une de son journal jordanien du matin, au petit-déjeuner, que le roi Hussein découvre la photo de Sylvia Rafael présentée comme un agent du Mossad. Sylvia avait besoin de passion. Elle avait une liaison à Paris avec un journaliste anglais, Jon Swain, et avec un journaliste allemand. Jalouse, elle avait demandé au Mossad de placer sous surveillance téléphonique son amant allemand. Le Mossad a fini par le recruter. En prison, elle est tombée dans les bras de son avocat norvégien. Ils ont vécu ensemble dans un kibboutz jusqu’à sa mort.

Les sentiments sont-ils compatibles avec un travail d’espion ?

Cela peut arriver. C’est le cas d’une Allemande. Elle tombe follement amoureuse d’un espion, israélien d’origine, dans un train qui traverse les Alpes. Le coup de foudre est réciproque. Ils se marient et partent en mission au Caire. Le couple ouvre une ferme équestre qui accueille la haute société du cru. Ils reçoivent avec élégance des scientifiques, d’ex-savants nazis qui mettent au point pour Égypte, au début des années soixante, des fusées équipées de déchets nucléaires. Ils s’en débarrassent en leur envoyant des colis piégés. Démasqués, ils risquent la peine de mort. Ils ont finalement été sauvés par les services secrets allemands qui ont obtenu leur libération.

 

 

[Photo : J Golby/jgolby – source : http://www.lefigaro.fr]

 

El olvido que seremos
Héctor Abad Faciolince
Alfaguara, Barcelona, 2017. 319 p.
[Edición original, Colombia, 2006. Primera edición en España, Seix Barral, Barcelona, 2007].

El olvido que seremos. Colombia, 2020
Director: Fernando Trueba
Guion: David Trueba
Intérpretes: Javier Cámara, Aída Morales, Patricia Tamayo, Juan Pablo Urrego, Sebastián Giraldo, Whit Stillman. Caracol Televisión, Dago García Producciones. 136 min.

Escrito por Rafael Núñez Florencio

El anuncio del estreno de la última película de Fernando Trueba, una producción íntegramente colombiana en la que sobresalen tres nombres españoles (el del director, su hermano David como guionista y el intérprete principal, Javier Cámara), me sorprendió por varios motivos: el primero y más obvio, como acabo de apuntar, la inserción de esa exigua nómina de profesionales españoles -en roles, sin embargo, tan relevantes- en un proyecto no solo ajeno a las coordenadas hispanas sino de raíces profundamente colombianas, tanto en el decisivo ambiente familiar como en el contexto sociopolítico. Segundo, para los cinéfilos que nos habíamos desentendido de la trayectoria última del director español, por considerarla en franca decadencia, suponía también una extrañeza, tanto por el giro temático como por el notorio desafío que implicaba la adaptación del libro de Abad Faciolince. En tercer lugar, la sorpresa se extendía al hecho mismo de que fuera Javier Cámara el actor designado para encarnar en la pantalla el papel del paterfamilias, que constituye no solo el centro gravitatorio de la narración sino una presencia ubicua en la adaptación cinematográfica (¿cómo se iban a resolver, sin ir más lejos, los problema del acento, los modismos o los gestos culturales, tan diferenciados de los nuestros?)

Espoleado por esas incógnitas y decidido a despejarlas in situ, me acerqué a la película de Fernando Trueba con una mezcla de escepticismo y aprensión. (Dicho sea de paso y entre paréntesis, volver a las salas cinematográficas –las pocas que quedan- en esta época de crisis sanitaria es una experiencia deprimente. Heridas de muerte por la competencia de las nuevas plataformas audiovisuales, la cuestión es simplemente cuánto podrán aguantar). Pero, en fin, volviendo a la línea argumental, les confesaba dos sentimientos complementarios: el primero, el escepticismo, porque tenía serias dudas acerca de las posibilidades de que el cineasta español y su actor protagonista salieran airosos de los retos mencionados. La segunda, la aprensión, porque conservaba un recuerdo tan grato como punzante del libro que daba lugar al filme y temía, como suele suceder en estos casos, que la decepción fuera inevitable. Leí El olvido que seremos hace ya algunos años, no sabría precisar cuántos. No puedo decir obviamente que me acordaba de todo su desarrollo pero, al contrario de otros muchos libros leídos antes y después de él, conservaba nítidas sus líneas esenciales y, por encima de todo, el tono del autor al evocar la figura del padre, eje que vertebra toda la historia y da carácter a la narración. Tomé el volumen de uno de los estantes de mi biblioteca y al abrirlo, comprobé, como sospechaba, que sus páginas presentaban múltiples subrayados. Esas anotaciones me sirven ahora para rememorar pasajes olvidados y, por supuesto, para pergeñar estas líneas.

Al abrir el libro, lo primero que causa una impresión ambivalente al lector español no familiarizado con los modismos americanos, es el uso generalizado, más allá del ámbito estrictamente familiar, del término papá en lugar de padre. Aunque lejos de la rigidez anglosajona, buena parte de los españoles se muestran pudorosos en las efusiones sentimentales y, a veces, hasta en las pequeñas muestras públicas de cariño. Quizá por eso en España los adultos no decimos «mi papá» hablando con desconocidos o, mucho menos, cuando nos dirigimos a un auditorio extenso. Algo que, por el contrario, es usual oír en muchas zonas de la América española. En este caso, además, el autor potencia la dimensión afectiva del término, y con ella la vinculación filial, hasta registros hiperbólicos: «Un día tuve que escoger entre Dios y mi papá, y escogí a mi papá». El planteamiento se repetirá luego con leves variaciones: «No. Yo ya no me quiero ir para el Cielo. A mí no me gusta el Cielo sin mi papá. Prefiero irme para el Infierno con él» (frase, por cierto, que se recoge en la película de modo casi literal, al igual que muchas otras del libro). Podría pensarse desde una perspectiva distanciada que se trata de una mera ocurrencia infantil, sin más recorrido. No hay tal. El autor es muy explícito al respecto: «Mi papá y yo nos teníamos un afecto mutuo (y físico, además) que para muchos de nuestros allegados era un escándalo que limitaba con la enfermedad». La educación sentimental se orienta hacia una estrechísima correlación emocional que se manifiesta sin pudor, como al «llorar en silencio mientras pensaba en mi papá con una melancolía que me inundaba todo el cuerpo». El niño -como luego el adolescente- se reconoce sin rebozo en esa dependencia: «A mí la única persona que me hacía falta en la vida, hasta hacerme llorar en esos largos y tristes crepúsculos de La Inés, era mi papá».

Sabemos desde el principio, antes incluso de abrir el volumen, porque así se nos informa desde la contraportada y la promoción editorial, que «el 25 de agosto de 1987 Héctor Abad Gómez, médico y activista en pro de los derechos humanos, es asesinado en Medellín por los paramilitares». Abad Gómez era, como bien pueden suponer, el padre del autor del libro. Por eso, las confesiones anteriores acerca de la devoción filial se insertan en un cuadro trágico. Abad Faciolince, el hijo, habla –o escribe, más bien- desde la atalaya de la ausencia, la vivencia de la pérdida, para la que no hay consuelo posible. Las muestras de afecto filial que he reproducido -de cuando era niño- se entreveran con las sensaciones de orfandad que experimenta el adulto, paradoja no difícil de explicar porque el tiempo y la edad no constituyen atenuantes: «Casi todo lo que he escrito lo he escrito para alguien que no puede leerme, y este mismo libro no es otra cosa que la carta a una sombra». Más aún, aquella muerte sigue gravitando de modo insoportable: «han pasado casi veinte años desde que lo mataron, y durante estos veinte años, cada mes, cada semana, yo he sentido que tenía el deber ineludible, no digo de vengar su muerte, pero sí, al menos, de contarla». El libro aparece, así, como una especie de pacífico ajuste de cuentas, una confesión, un testimonio, un desahogo y un canto de amor, todo a la vez, que solo es posible cuando, aun quemando el rescoldo del recuerdo, se han secado las lágrimas, atemperado la ira y contenido el arrebato emocional. «Si recordar es pasar otra vez por el corazón, siempre lo he recordado. No he escrito en tantos años por un motivo muy simple: su recuerdo me conmovía demasiado para poder escribirlo. Las veces innumerables en que lo intenté, las palabras me salían húmedas, untadas de lamentable materia lacrimosa, y siempre he preferido una escritura más seca, más controlada, más distante».

Con todo, este ejercicio de distanciamiento que proclama el autor es muy relativo. Es verdad que en algunos pasajes se manifiesta esa voluntad de contención, pero ello no hace más que convertir en más impresionante la irrupción de la muerte, la gran protagonista de estas páginas por su sombra o por su abrupta presencia. Así, por ejemplo, en las páginas iniciales, se nos presenta a la secretaria del profesor Abad Gómez, una chica llamada Gilma Eusse, que «sonreía, sonreía, con la cara más alegre y cordial que uno se pudiera imaginar. Parecía la mujer más feliz del mundo hasta que un día, sin dejar de sonreír, se pegó un tiro en el paladar, y nadie supo por qué». Luego llega el impresionante episodio de la muerte de su hermana a causa de un melanoma (en mi opinión, el horror del lance queda atenuado en el filme de Trueba). El impacto en la familia es devastador, pero el autor se centra en el sufrido por su padre: «Oía sus sollozos, sus gritos de desesperación, y maldecía el cielo, y se maldecía a sí mismo, por bruto, por inútil, por no haberle sacado a tiempo todos los lunares del cuerpo, por dejarla broncear en Cartagena, por no haber estudiado más medicina, por lo que fuera, detrás de la puerta cerrada con seguro, descargaba toda su impotencia y todo su dolor, sin poder aguantar lo que veía, la niña de sus ojos que se le iba esfumando entre sus manos mismas de médico, sin poder hacer nada por evitarlo, sólo intentando con mil chuzones de morfina aliviar al menos su conciencia de la muerte, de la decadencia definitiva del cuerpo, y del dolor».

Un suceso así marca un antes y un después: «La vida, después de casos como este, no es otra cosa que una absurda tragedia sin sentido para la que no vale ningún consuelo». El dolor se convierte en obsesión y en un pozo sin fondo, «el único consuelo que se siente en la tristeza (…) es el de hundirse más en la tristeza, hasta ya no poderla soportar». Desde ese momento «ya no fue posible para nadie volver a ser plenamente feliz, ni siquiera por momentos, porque en el mismo instante en el que nos mirábamos en un rato de felicidad, sabíamos que alguien faltaba». El autor nos acerca incluso a los detalles más íntimos y reveladores: «Supe años después que desde esa fecha mi papá y mi mamá no volvieron nunca más a hacer el amor». Pero para el doctor Abad Gómez la muerte de su hija fue importante por otro motivo y, de modo entonces insospechado para él, marcaría una nueva etapa en su vida y constituiría el principio del fin. En el libro se explicita con la elegancia que constituye la característica señera de la narración: «Cuando uno lleva por dentro una tristeza sin límites, morirse ya no es grave. Aunque uno no se quiera suicidar, o no sea capaz de levantar la mano contra sí mismo, la opción de hacerse matar por otro, y por una causa justa, se vuelve más atractiva si se ha perdido la alegría de vivir». Más adelante precisa: «Su amor excesivo por los hijos, su mismo amor exagerado por mí, lo llevaron, algunos años después de la muerte de mi hermana, a comprometerse hasta la locura con batallas imposibles, con causas desesperadas».

Héctor Abad Faciolince

Héctor Abad Faciolince

En la película el planteamiento es bastante más abrupto y tiene lugar en una tensa escena que a punto está de terminar en accidente de automóvil. Mientras conduce de modo muy nervioso, el hijo reprocha abiertamente al padre en una acre discusión que haya postergado a la familia por un ideal político. No recuerdo una censura tan tajante en las páginas del volumen. Lo peor que dice de él es que «un papá tan perfecto puede llegar a ser insoportable». Pero, en fin, de modo sutil o descarnado, lo que no ofrece lugar a dudas es que en la vida del doctor Abad Gómez se produce un giro que será crucial tanto para él como para la familia. Por decirlo sin ambages, el progenitor se entregó en cuerpo y alma a unas causas sociales y políticas que conllevaban un riesgo extremo en la Colombia de su tiempo, los años ochenta del siglo pasado (aunque me temo que hoy en día, aunque algo haya mejorado, no sea muy distinto). Acusado de agitador, marxista o comunista, o todo a la vez, el buen doctor estaba sentenciado por una oligarquía que no toleraba el compromiso político con las capas más miserables de la población. La sentencia de muerte estaba pronunciada. Ejecutarla de una u otra forma solo era cuestión de tiempo. De poco tiempo. Podía haber sido un coche bomba o, como realmente fue, un tiroteo perpetrado por un par de sicarios.

En este punto se puede plantear una cuestión controvertida, derivada en cierta manera de la dispar exigencia del lenguaje escrito y cinematográfico. Trueba impregna su filme de un marcado carácter social y político que, desde mi punto de vista, no está en el libro o, para ser más exactos, no está tan presente en el libro. Este es por encima de todo una demostración de amor filial, un canto apasionado al padre, una confesión del dolor que deja la pérdida. La película, aunque refleja bien todo esto, trueca este planteamiento personal e íntimo por una perspectiva más objetiva. En el libro vemos en todo momento al padre con los ojos del hijo, pero en la pantalla el padre se encarna en un personaje de carne y hueso, tiene vida propia y, en función de ella, se inserta en una realidad. Y, para ser más precisos, no se trata de una mera inserción sino de una actividad por momentos frenética, cuyo objetivo último es la transformación de la misma desde el punto de vista de la salud pública: potabilización del agua, alcantarillado, medidas higiénicas, vacunas, alimentación, mejoras sociales, profilaxis en general. Luego, en el último tramo, la campaña política que le costará la vida. De este modo, el personaje que nos dibuja Trueba y que encarna Cámara es un hombre bueno con su familia, sus vecinos y sus conciudadanos y, a fuer de ello, comprometido con su país y con una causa política; mientras que Abad Faciolinde, sin dejar de resaltar esos rasgos, se propone por encima de todo expresar su amor y admiración por su papá.

De la ética a la estética. Tanto el matiz predominante en la película, la bondad, como el aspecto determinante en la obra escrita, el amor filial, suponen un innegable desafío para sus autores respectivos. Por más incongruente que resulte con nuestra escala de valores, lo cierto es que, mientras que los aspectos más tenebrosos de la naturaleza humana se benefician de un halo atractivo en la literatura y el cine, a las cualidades positivas –empezando simplemente por la bonhomía que antes citaba- les sucede exactamente lo contrario. Por decirlo en los términos usuales, no hay cosa que despierte más apatía, o simplemente tedio, que el buenismo. Aunque en el cine hay buenos memorables –desde el George Bailey (James Stewart) de ¡Qué bello es vivir! al Fred Rogers (Tom Hanks) de Un amigo extraordinario, pasando por el Atticus Finch (Gregory Peck) de Matar un ruiseñor– forzoso es reconocer que son excepciones en el océano de esos sádicos despiadados, convertidos en iconos memorables, de filmes clásicos precisamente por ellos, como La naranja mecánica o El silencio de los corderos. Pues bien, lo cierto en este caso que nos ocupa es que tanto Abad Faciolince en su declaración de amor filial como Fernando Trueba en su plasmación del humanista comprometido salen airosos del empeño. El olvido que seremos (libro) es, aparte de una conmovedora confesión, una impactante biografía y autobiografía (me resisto a llamarle novela: me parece una muestra de pereza mental). El olvido que seremos (filme), gracias a un excelente guion de David Trueba -que adapta pero no traiciona el espíritu del libro-, una inspirada dirección de su hermano Fernando y, sobre todo, una portentosa interpretación de Javier Cámara, termina siendo, pese a todo, un hermoso canto a la vida.

Me interesa detenerme en este último aspecto, ya para terminar. Deslicé antes que la muerte era la gran protagonista de ambas obras y así es en la medida en que ella determina el curso de los acontecimientos de forma contumaz, como he tratado de explicar. Pero eso no significa que la Parca tenga la última palabra. Por el contrario, lo que engrandece el relato de Abad Faciolince –y del filme, en la medida en que le es fiel- es la rebelión contra la muerte auténtica, que es el olvido. Tomando como referencia unos versos atribuidos a Borges -«Ya somos el olvido que seremos»-, el escritor trasciende la muerte física, el asesinato de su padre, para establecer, más allá de la rabia y la impotencia, la dimensión específicamente humana, que no es –no puede ser- la negación del deceso pero sí el testimonio imperecedero –al menos, mientras haya hombres o conciencia humana- de una vida que ha servido para algo. Confieso que he vivido, decía Neruda. «Los tristes asesinos que le robaron a él la vida y a nosotros, por muchísimos años, la felicidad e incluso la cordura, no nos van a ganar, porque el amor a la vida y a la alegría (lo que él nos enseñó) es mucho más fuerte que su inclinación a la muerte». Es verdad que, al final, en términos absolutos, el olvido nos tragará a todos, porque decir humano es decir finito. Pero hasta que llegue esa consumación definitiva, el propio esfuerzo de perdurar es lo que nos da sentido: «Este olvido que seremos puede postergarse por un instante más». De este modo sobrevivimos «por unos frágiles años, todavía, después de muertos, en la memoria de otros, pero también esa memoria personal, con cada instante que pasa, está siempre más cerca de desaparecer». Aunque no nos hagamos falsas ilusiones, las palabras sirven:  «los propios libros son un simulacro de recuerdo, una prótesis para recordar, un intento desesperado por hacer un poco más perdurable lo que es irremediablemente finito».

 

[Fuente: http://www.revistadelibros.com]

 

Écrit par Hugo JACOMET

Honoré de Balzac déclare dans son Traité de la vie élégante en 1830 : «Le dandysme est une hérésie de la vie élégante». Opposé à «la vie élégante » qui « n’exclut ni la pensée ni la science », le dandysme est alors une affection seulement de la mode propre aux hommes sots.

Barbey d’Aurevilly lui réplique quinze ans après dans une brochure intitulée Du dandysme et de George Brummell : il déclare en prenant Brummell pour simple mais absolu dandy : « On a considéré Brummell comme un être purement physique, et il était au contraire intellectuel jusque dans le genre de beauté qu’il possédait. »

 

Quelle est donc la différence alors entre « la vie élégante » et « le dandysme » ?

DÉFINITION DU MOT DANDY ET SON IMAGE EN FRANCE

De nos jours le mot « dandy » s’emploie dans un sens positif. Il est d’ailleurs aujourd’hui largement utilisé dans les médias (dont un magazine éponyme) et par les services marketing des entreprises du textile et du cuir pour qualifier l’élégance classique en opposition à la mode dominante dite « casual » (décontractée).

Pourtant l’emploi de ce terme dans la littérature française nous montre qu’il avait plutôt un sens négatif au début du XIXème siècle : comme l’indique le Petit Robert, c’est en 1817 que le premier dandy est mentionné dans la langue française. Il apparaît dans la version traduite de La France, écrit par Lady Morgan l’année précédente en anglais.

L’image du dandy est généralement très négative dans les années 1820 : c’est une personne vaniteuse et médiocre qui porte un intérêt particulier à l’habillement et ainsi se distingue de la règle en usage dans la haute société. Il n’a pas la capacité de surmonter définitivement la norme conformiste de la société (la bienveillance, la politesse etc.) à laquelle il appartient, mais il se joue de cette norme avec un air orgueilleux. Il a un mépris envers ses semblables, mais c’est pourtant paradoxalement leur regard qui assure son existence. Une des particularités du dandysme consiste en ce rapport avec les autres. S’il commet une impolitesse envers les autres, cela ne signifie pas qu’il ne connaît pas le savoir-vivre : il fait exprès ce qu’il ne faut pas faire. C’est une façon de se révolter contre la haute société, mais ce n’est pas une révolution, puisqu’il n’a aucune intention de la renverser car c’est justement cette société qui assure son existence parasite.

Les avis d’Alfred de Musset sont à cet égard intéressants. L’auteur de Lorenzaccio est l’un des auteurs les plus sévères et les plus sarcastiques sur le dandysme au début des années 1830. Dans ses Contes d’Espagne et d’Italie, il considère l’aspect physique de Brummell « monstrueux. » Il continue en 1831 : « Qu’est-ce qu’un dandy anglais ? C’est un jeune homme qui a appris à se passer du monde entier : c’est un amateur de chiens, de chevaux, de coqs et de brandy. C’est un être qui n’en connaît qu’un seul, qui est lui-même. Il attend que l’âge lui permette de porter dans la société les idées d’égoïsme et de solitude qui s’amassent dans son cœur et le dessèchent durant sa jeunesse. Est-ce là que nous voulons en venir ?»

Son mépris pour l’homme oisif s’adoucira pourtant ultérieurement. Dans la préface des Deux maîtresses (1837), Musset avoue que la vie mondaine, comme « assister régulièrement à toutes les premières représentations, manger des fraises presque avant qu’il y en ait, prendre une prise de tabac rôti, savoir de quoi on parle et quand on doit rire, quelle est la dernière rumeur, parier sur n’importe quoi le plus d’argent possible et payer le lendemain en souriant » lui offre « le bonheur suprême. » John C. Prévost considère cette attitude comme du dandysme pur.

Mais l’oisivité et la dépense ne suffisent pas pour être un dandy. Il est évident, cependant, que les hommes français commencent à se prendre eux-même pour des hommes mondains, alors que la toilette masculine trop élégante est considérée comme un méprisable phénomène anglais jusqu’à la fin des années 1820.

En 1835, un article favorable au mot « dandysme » paraît enfin dans la revue La Mode ; « Le dandysme de bon ton n’exclut pas une certaine originalité de costume, surtout pour les promenades aux bois de Boulogne et les courses.» La même année, le mot « dandy » apparaît pour la première fois dans un dictionnaire français. Le Dictionnaire de l’Académie Française le définit : « Mot tiré de l’anglais par lequel on désigne, même en France, un fat épris de sa toilette, un homme d’une tournure affectée.»

Il faut attendre Du Dandysme de Barbey d’Aurevilly pour que le mot prenne un sens nouveau. L’auteur déclare : « le dandysme était surtout l’art de la mise, une heureuse et audacieuse dictature faite de toilette et d’élégance extérieure. Très certainement c’est cela aussi; mais c’est bien davantage. Le dandysme est toute une manière d’être, et l’on n’est pas un dandy que par le côté matériellement visible. » Selon Barbey, le dandysme n’est donc plus uniquement l’effet de la mode, mais une mentalité, un état d’esprit.

Citons encore l’avis de Chateaubriand pour préfigurer cette transformation du dandy : «Aujourd’hui (1846), écrit-il, le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la Reine Elisabeth, ou comme le disque radieux du soleil. Il signe la fière indépendance de son caractère en gardant son chapeau sur sa tête, en se roulant sur les sofas, en allongeant ses bottes au nez des ladies assises en admiration sur des chaises devant lui. (…)»

Dans l’histoire de France d’après la révolution, Balzac est l’un des premiers écrivains qui remarque l’importance du vêtement masculin comme représentation sociale.

Ce qui est capital, c’est que la publication du Traité de la vie élégante coïncide avec le tournant de l’image de l’homme mondain en France : d’une part le mépris pour le phénomène d’anglomanie, d’autre part l’exigence de l’apparence (ou l’appartenance) de la nouvelle classe sociale dans la monarchie de juillet. Le Traité de la vie élégante est donc prioritairement adressé à cette nouvelle classe –– c’est-à-dire la bourgeoisie –– qui commence à dominer la société française.

LA VIE ÉLÉGANTE

À cette époque, il n’existe pas encore à Paris de distinction entre les quartiers populaires et bourgeois : toutes les conditions sociales au cœur de la capitale s’entassent pêle-mêle dans une masse hétérogène. Cette cohabitation sera interrompue par l’extension industrielle vers l’est et par le développement des quartiers populaires à l’époque des démolitions.

Dès lors une ville nouvelle s’étend tout autour du vieux Paris médiéval, délimitant rigoureusement chaque couche sociale. Les « étrangers » du Paris d’antan se catégorisent ainsi : les uns voulant s’intégrer dans les bons milieux avec la ferme conviction de se différencier des gens du peuple, à l’exemple des héros de Balzac (ex. Lucien de Rubempré dans Les illusions perdues). Les autres s’efforçant de se mêler à la foule, comme les présente Victor Hugo dans ses romans. Charles Baudelaire sera conscient de ces deux caractères sociaux. En tant que critique, il s’adressera aux bourgeois qui veulent s’anoblir (les Salons, notamment celui de 1846). En tant que poète, il décrira les étrangers mêlés à la foule parisienne (L’étranger, Les foules).

La différence sociale est également perceptible à travers l’apparence vestimentaire. Bien que le décret de la Convention (1793) ait déjà reconnu le principe démocratique de la liberté vestimentaire, le vêtement reste le repère prépondérant d’une classe sociale au début du XIXème siècle. Il est vrai que La Révolution a supprimé symboliquement l’image du noble en culotte. Mais l’habillement se manifeste toujours comme l’expression d’une classe. Dans un sens, les critiques véhémentes du dandy s’expliquent dans cette circonstance : le dandysme est non seulement une mode venue d’Angleterre qui a vaincu Napoléon, mais il est aussi l’image des aristocrates.

C’est à partir des années 1820 que l’industrie textile s’installe à Paris et ainsi la liberté vestimentaire devient réellement possible pour les petits bourgeois. Cela correspond au changement de l’image des hommes mondains. Désormais le goût évolue et se libéralise selon ces transformations sociales et la distinction vestimentaire sert de plus en plus la nouvelle classe sociale. Ainsi le goût pour le vêtement commence à se manifester dans le milieu bourgeois comme un signe d’appartenance. C’est dans ce contexte qu’Honoré de Balzac publie son traité de la vie élégante.

Balzac est d’ailleurs conscient de cette lutte sociale au niveau vestimentaire : alors qu’il définit la vie élégante comme « la perfection de la vie extérieure et matérielle », celle-ci exige aussi « le sentiment ». La vie élégante, telle que la conçoit Balzac, n’est pas purement matérielle, mais c’est une pensée pour « se faire honneur de sa fortune ».

Balzac classe la vie des hommes en trois catégories : la vie occupéela vie d’artiste et la vie élégante. Au sens littéral, ce Traité serait un éloge de la troisième catégorie qui regroupe « le haut fonctionnaire, le prélat, le général, le grand propriétaire et les princes. »

Cependant ce texte n’est pas destiné uniquement aux aristocrates de naissance ou aux nobles, mais aussi aux parvenus : car la vie élégante surgit après que Napoléon soit devenu Empereur, et « aujourd’hui, les nobles de 1804 ou de l’an MCXX ne représentent plus rien ». C’est-à-dire que le titre de noblesse n’a plus beaucoup d’importance.

Ainsi, l’élégance n’est plus destinée uniquement aux nobles, mais elle est accessible à tout le monde. Ce traité est dans ce sens un manuel pour la nouvelle classe dominante, constituée par la bourgeoisie arriviste et par l’aristocratie bien consciente du pouvoir après la Révolution de 1830. Le but est de conquérir et de conserver leur éminent statut social, en affichant leur supériorité par une apparence élégante. Et c’est l’artiste, tel que Balzac, qui inspire ce nouveau mode de vie.

C’est pourquoi même si l’artiste est de deuxième catégorie, il est du côté de la vie élégante, des dominants de la société nouvelle. Ainsi, comme le remarque Annie Berq, Honoré de Balzac est l’un des artistes qui « représentent les romantiques de gauche déçus par 1830 mais ayant conclu un compromis avec la monarchie bourgeoise. » L’observation balzacienne de la société française est remarquable dans ce sens : « N’avons-nous pas en échange d’une féodalité risible et déchue, la triple aristocratie de l’argent, du pouvoir et du talent, qui, toute légitime qu’elle est, n’en jette pas moins sur la masse un poids immense, en lui imposant le patriciat de la banque, le ministérialisme et la balistique des journaux et de la tribune, marchepieds des gens de talents ? Ainsi, tout en consacrant, par son retour à la monarchie constitutionnelle, une mensongère égalité politique, la France n’a jamais que généralisé le mal : car nous sommes une démocratie de riches. »

Balzac insinue donc une critique de l’actualité politique en usant d’un ton caricatural et plaisant. Après la Révolution de 1830, même si l’on réclame l’égalité de tout le peuple français, « une révolution populaire est impossible aujourd’hui ».

Il ne s’agit donc pas d’entraver le changement de société, mais de trouver un moyen de mieux y réagir. L’important est de savoir comment se comporter dans cette « démocratie de riches » dont le but est « de substituer l’exploitation de l’homme par l’intelligence à l’exploitation de l’homme par l’homme. » Il n’est pas suffisant d’avoir un talent quelconque, mais il faut aussi connaître les stratégies pour se hisser plus haut ou conserver son statut social dans ce monde où tout est institutionnalisé par le pouvoir de l’argent.

Ce que signifie « le sentiment » chez Balzac, c’est donc une pensée figurée par l’apparence matérielleL’élégance est considérée comme une arme politique, et non pas uniquement comme l’effet superflu de la mode. La classe bourgeoise montrera et affirmera sa puissance par ce truchement. C’est l’une des raisons pour laquelle la vie élégante est précisément différente du dandysme.

L’élégance que décrit Balzac doit être présente dans tous les aspects de la vie, c’est-à-dire qu’elle doit concerner non seulement le vêtement, mais aussi tous les éléments de la vie, de la maison, des meubles ou des accessoires. Balzac insiste aussi sur la simplicité et la propreté du vêtement. Il conseillait par exemple de porter des habits et des objets pas trop précieux, pour qu’ils puissent être réparés ou changés.

Cette élégance dont parle Balzac est donc de la mode : elle est non seulement rachetable, mais aussi renouvelable et évolutive. C’est le contre-exemple du dandysme qui porte toujours le même costume de la même manière.

Le dandy garde ses objets préférés toute sa vie (par exemple la collection des tabatières de Brummell), alors que la vie élégante n’a pas de fétichisme de ce genre. Le dandysme est autrement dit un mépris pour l’évolution fondée sur la « démocratie de riches ». En matière de mode, le dandysme est un anachronisme traditionnel tandis que « la vie élégante » est une évolution novatrice basée sur le capitalisme.

Nous avons dit tout à l’heure que la vie élégante est une pensée en faveur de l’ascension sociale. C’est pourquoi Balzac considère le dandysme comme une hérésie de la vie élégante. Non seulement le mot « dandy » est synonyme des Anglais s’intéressant à la mode jusqu’au début des années 1830, mais encore il diffère de la vie élégante, n’impliquant ni l’ambition politique ni l’envie d’appartenance à une classe.

Le dandysme ne contient donc aucune ardeur politique.

Faisons tout de même attention : ce manque de passion ne se traduit pas nécessairement en manque de conscience ou de pensée.

Prenons un exemple : LE dandy, George Brummell. Mais ce n’est pas le Brummell de Balzac. Le vrai Brummell a démissionné de son poste alors qu’il était « le plus jeune capitaine du plus magnifique régiment de l’armée », tout simplement pour rester à Londres. Étant bourgeois – fils du secrétaire du Premier Ministre britannique – il aurait dû se rendre à Manchester pour sa carrière militaire, et ainsi grimper l’échelle sociale.

Son biographe qualifie cette décision de « démarche folle ». Brummell n’avait cependant ni ambition ni calcul pour son avenir. Son métier – s’il en avait un – c’était l’oisiveté. C’est d’ailleurs lui qui était le vrai « homme oisif ». Alors que les autres hommes oisifs exemplaires de Balzac – les fonctionnaires, le prélat, le général, etc. – ont leurs professions ou occupations respectives, Brummell, lui, n’était qu’un inoccupé.

Il eut cependant maintes occasions d’avoir une profession et ainsi d’être riche dans sa vie : possédant une silhouette parfaite, il aurait pu même gagner sa vie en tant que modèle pour un artiste. Il aurait aussi pu publier ses mémoires pour une somme d’argent considérable. Ou bien s’il avait vendu les lettres de ses amis célèbres tels que Byron ou le futur George IV, il aurait pu au moins régler ses dettes.

Mais malgré tout il ne voulait pas gagner sa vie. Même si ses fidèles amis lui ont offert un poste du consul de Caen en 1829, il en a démissionné peu après. Il ne voulait ni gagner sa vie, ni devoir quoi que ce soit à personne. Paralysé à partir de 1834, criblé de dettes, il fut mis en prison en 1835. Ruiné, dépassé, perdant la tête en 1837, Brummell n’a plus eu la possibilité financière de soutenir le train de vie de dandy. Il a payé sa dette à la nature, oublié dans un asile d’un pays étranger… Il restera fidèle à son unique métier jusqu’à la mort : le désœuvrement.

Son refus de la production a un sens : l’indépendance vis à vis des autres. Il reste consciemment inactif. Il ne se permet pas de jouer un rôle qui ne lui appartient pas. Les uns jugeraient stupide cette impéritie en le considérant comme un cabotin. D’autres, comme Baudelaire, le considéraient, au contraire, comme héroïque.

Selon Balzac, « le dandysme est une hérésie de la vie élégante ». Bien que le dandy ne fasse rien comme l’homme de la vie élégante, il n’a pas non plus d’ambition ou de calcul pour son avenir. Il veut rester fidèle à lui-même. Il y a donc une différence de modalité de l’élégance : pour le dandy, l’élégance est déjà acquise avant qu’il ne monte l’échelle sociale (Barbey l’appelle « vocation »), alors que l’homme de la vie élégante l’apprend par une éducation.

Le dandy devient le dictateur justement et uniquement par son élégance innée, alors que l’homme de la vie élégante s’intéresse à la mode comme l’un des moyens pour arriver à la classe dominante et ainsi consolider son statut social. Le dandy veut se distinguer du milieu auquel il appartient, la vie élégante cherche une adhésion à la caste supérieure. L’élégance est une dépense pure pour le premier, elle est un investissement pour le second.

D’un certain point de vue, c’est un résultat de la différence de régimes entre deux sociétés qui engendrent ces termes : la Société anglaise du début du XIXème siècle est une monarchie absolue où l’accès à la noblesse est presque impossible, alors que la Société française vient d’adopter « la démocratie des riches », à laquelle les bourgeois nantis et les hommes ambitieux veulent et peuvent affirmer leur pouvoir par leur apparence.

La vie élégante est ainsi fondamentalement différente du dandysme.

En matière de sociabilité, Balzac partage encore les hommes élégants en trois catégories.

L’homme de la première catégorie possède « la grâce suffisante », il est un méthodique de l’élégance.

Celui de la deuxième catégorie possède quant à lui « la grâce essentielle », il est un calculateur de l’élégance.

Le troisième possède « la grâce divine et concomitante », il est aimable, délicat, naïf et naturel. Le pouvoir de ce troisième « est le grand but de la vie élégante », écrit-il. La vie élégante suprême n’est alors ni méthodique, ni calculatrice.

Balzac nous indique donc que la vraie élégance n’est finalement pas à apprendre, mais qu’elle est innée comme un titre de noblesse. Il y a ici une contradiction interne : car, comme dit Balzac, si « la vie élégante n’exclut ni la pensée ni la science, elle les consacre», elle serait donc toujours inévitablement calculée, alors que la grâce naturelle et naïve ne peut être acquise par l’apprentissage. Elle est quelque chose de spontané.

Ici, apparaît le défaut de ce Traité en tant que manuel, mais aussi son intérêt : cette contradiction implique que la vraie relation humaine dépasse la pensée calculatrice. La grâce suprême, « le pouvoir magnétique », est autrement dit une contrepartie de la hiérarchie sociale déjà établie, basée sur la richesse : on peut s’afficher élégant grâce au pouvoir économique, mais au fond la vraie élégance dépasse même ce calcul.

Barbey n’a pas moins de passion en matière de grâce : c’est d’ailleurs le point le plus divergent entre les deux auteurs. Barbey se moque de la grâce naturelle, même en parlant de la société anglaise : « Est-ce que la grâce simple, naïve, spontanée, serait un stimulant assez fort pour remuer ce monde épuisé de sensations et garrotté par des préjugés de toute sorte ? » D’ailleurs, le dandy lui aussi attire les hommes comme s’il avait une grâce, mais cette attirance est toujours artificielle et diabolique, et c’est là toute l’ironie. Elle empoisonne petit à petit son entourage et à la fin c’est lui-même qui meurt par son propre poison.

Mais justement ce pouvoir du mal était nécessaire pour le dandy. « Si sa grâce avait été plus sincère, écrit Barbey, elle n’aurait pas été si puissante; elle n’eût pas séduit et captivé une société sans naturel. » Autrement dit, c’est grâce à cet artifice unique que le bourgeois Brummell (rappelons-le : il n’était pas noble) a réussi à régner sur la société des nobles, alors que l’arrivisme y était presque impossible. Ainsi sa « grâce », ou plutôt son ironie, était un reflet de la société.

C’est pourquoi l’auteur des Diaboliques insiste sur la « vocation » de Brummell et limite le phénomène du dandysme uniquement à l’Angleterre aristocratique et protestante.

L’IMAGE DE BRUMMELL

Mon père était un domestique très respectable, mais qui avait su, lui, se tenir à sa place toute sa vie. George Brummell

Être un homme utile m’a toujours paru quelque chose de bien hideux. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu.

Malgré le fort désaccord entre la vie élégante et le dandysme, l’image de Brummell plaît non seulement à Barbey mais aussi à Balzac. Balzac insère dans son Traité une conversation fictive avec Brummell, située à Boulogne. La possibilité de cette rencontre a d’ailleurs réellement existé. Brummell a en effet fait un court passage à Paris en septembre 1830, ayant été nommé consul de l’Angleterre à Caen l’année précédente.

Cette insertion de l’actualité dans son oeuvre montre l’habileté de chroniqueur de Balzac pour attirer l’attention des lecteurs. Mais ce qui est plus significatif, c’est que Brummell, « ex-dieu du dandysme », est l’arbitre de l’élégance même : si « la vie élégante » est le respect de la législation, c’est le dandy qui fait la loi. Le dandy impose la règle, et la vie élégante la suit. Mais le dandysme n’est-il pas précisément une « hérésie » pour Balzac ? Il est vrai d’ailleurs que Brummell est considéré comme l’arbitre des élégances de l’époque, mais n’était pas, pour autant, un théoricien dogmatique de la beauté.

Le dandy n’accepte la règle que pour mieux la renier.

De plus, son dandysme est, contrairement à la vie élégante, sans utilité en tant que code social. Il évite toute soumission aux lois. Citons Barbey : « (…) les dandys, de leur autorité privée, posent une règle au-dessus de celle qui régit les cercles les plus aristocratiques, les plus attachés à la tradition, et par la plaisanterie qui est un acide, et par la grâce qui est un fondant, ils parviennent à faire admettre cette règle mobile qui n’est, en fin de compte, que l’audace de leur propre personnalité.»

L’image de Brummell projetée par Balzac n’est donc plus «dandy» dans ce sens-là. C’est pourquoi Brummell est pour Balzac un « ex-dieu du dandysme ». Tandis que Barbey essaie d’esquisser « l’esprit » de Brummell, Balzac décrit Brummell dénué du dandysme pour mieux concrétiser ses dogmes (« sentiments »). Ainsi les positions de Balzac vis à vis du dandysme sont-elles variées et souvent contradictoires.

Mais signalons que ce n’est pas seulement Balzac qui veut épargner à Brummell le fait d’être qualifié de dandy : Captain Jesse, le dernier ami et premier biographe de Brummell, évite justement d’utiliser le mot dandy pour son héros : « Ce mot, écrit-il en 1844, appelle toutes sortes d’associations d’idées, qui ont pour dénominateur commun la vulgarité. » Le terme « dandy » a donc toujours un sens négatif pour cet anglais. Jesse nie naturellement l’extravagance de ce dandysme à l’époque : « (…) la seule caractéristique de la mise de Brummell était qu’elle était simple et de bon goût, ce qui va à l’encontre de l’opinion commune chez ceux qui ne l’ont pas rencontré (…)» Balzac et Jesse sont ainsi complices au point où ils rayent le nom de Brummell de la liste des dandys.

La révolution vestimentaire chez leur héros, c’est la soustraction des éléments superflus. Le principe de cette élégance repose donc sur la sobriété et sur l’accord. Mais s’il s’agit de simplicité et de bon goût, Barbey n’insiste-il pas lui aussi sur le sujet à maintes reprises ? Ces trois témoins essaient donc de sauver Brummell de l’image du dandy affublé d’un costume criard. La particularité de Barbey consiste en son affirmation sur le dandysme. Son dandysme n’est pas simplement l’apparence vestimentaire, c’est aussi, et peut-être surtout, une éthique.

Par la combinaison de l’esprit du dandysme et de Brummell, il donne un sens positif, subtil et historique à la vanité, considérée jusqu’alors comme un caractère vil et négligé. C’est pourquoi il commence Du dandysme par ces mots : « Les sentiments ont leur destinée. Il en est un contre lequel tout le monde est impitoyable : c’est la vanité. » Nous rappelons que « le sentiment » de Balzac sur l’apparence était un calcul.

Tandis que le Traité de la vie élégante est un manifeste positif pour la mode masculine, Du dandysme est un plaidoyer pour la frivolité.

Alors que Balzac essaye de transmettre l’utilité de la mode à travers l’image de Brummell, Barbey affirme son inutilité même. Balzac veut sauver l’honneur de Brummell du gouffre infernal de la vie misérable (signalons que la parution de son article date de 1830). Barbey veut contempler son agonie même avec les yeux pleinement ouverts.

LE DANDYSME SERAIT-IL FINALEMENT STRICTEMENT ANGLAIS ET LA VIE ÉLÉGANTE FRANÇAISE ?

Nous avons rapidement examiné la différence entre « la vie élégante » balzacienne et « le dandysme » d’Aurevillien. La devise de Balzac (« le dandysme est une hérésie de la vie élégante ») semble donc une idée plutôt raisonnable.

Pourtant elle est discutable car le dandysme est antérieur à la vie élégante qui est apparue après l’Ancien Régime, durant lequel l’éthique du dandysme existait déjà. Comment donc être une hérésie de quelque chose qui est apparu après ?

Dans ce sens-là, c’est la vie élégante qui serait plutôt une hérésie du dandysme. Mais il est vrai cependant que la vie élégante a envahi progressivement la société française après la Monarchie de Juillet, faisant ainsi du dandysme une forme d’hérésie.

C’est à partir de ce moment-là que le dandysme figurera la résistance héroïque contre la démocratie dans laquelle la valeur aristocratique perd de son aura.

Balzac est bien conscient de son époque : la société française adopte une démocratie basée sur la richesse. L’homme de la vie élégante se distingue manifestement des gentilshommes de l’Ancien Régime. Le paraître du premier consiste dans la richesse, celui du dernier consiste dans le titre de noblesse.

La parution de son Traité correspond donc non seulement au surgissement de la bourgeoisie, mais aussi à celui du capitalisme. C’est d’ailleurs grâce à la révolution industrielle que le tissu est produit à un prix raisonnable et que le vêtement devient plus accessible au petit bourgeois. Cette révolution contribue aussi à l’évolution de l’apparence masculine. Il y a désormais une mode pour l’homme.

La distinction d’apparence sert toujours à la classification sociale, mais dans la vie élégante il y a une liberté vestimentaire pour les peuples. La vie élégante n’est pas, dans ce sens, purement matérielle : elle exige « un sentiment », un calcul pour s’anoblir.

C’est une pensée pour mieux agir dans la société démocratique par le truchement de l’apparence. Ainsi, après la Révolution de 1830, une nouvelle caste affichant son élégance domine la société française. Dans ce sens-là, Le Traité de la vie élégante sert de manuel à cette nouvelle classe sociale. Il montre une appartenance et décrit l’uniforme de la bourgeoisie.

Quant au dandysme, il est considéré en France comme un phénomène de mode anglais jusqu’à la fin des années 1830. Le dandy signifie un homme vaniteux, s’intéressant exclusivement à son apparence. Son image est matériellement figurée par le costume criard et par la fameuse cravate blanche de Brummell.

Balzac emploie Brummell comme effigie de son Traité en lui donnant le rôle de conseiller de l’élégance. L’auteur sauve ainsi l’honneur de « Beau » Brummell du mot dandy fortement déprécié. Quinze ans après Barbey d’Aurevilly entame lui aussi le changement de l’image brummellienne. Mais son entreprise implique la transformation du dandysme même.

Non seulement il nie le dandy perçu comme une poupée déguisée, mais encore il essaye de décrire « l’esprit » du dandysme. Pour autant, cet esprit n’est pas autre chose que de la vanité. Bien que la vanité soit considérée comme un vice et ainsi méprisée jusqu’alors, il confirme la valeur de ce « vice » même. Barbey riposte à Balzac en montrant la pensée propre au dandysme. Tandis que Balzac vulgarise la mode masculine avec son Traité, Barbey réhabilite la vanité comme une qualité d’homme dans son Dandysme.

La différence entre ces deux textes procède donc de deux sociétés particulièrement dissemblables : alors que le dandysme est engendré par la monarchie absolue en Angleterre, la vie élégante surgit de la démocratie basée sur le capitalisme en France.

Ces deux essais ont ainsi une valeur comme critique sociale.

NB*: Ce texte est directement issu des remarquables travaux de Renta Komuro, dont nous reprenons in extenso de nombreux passages. merci à lui pour ce formidable travail de recherche et d’analyse.

[Source : http://www.parisiangentleman.com]

El libro más reciente de la lingüísta Yásnaya Elena Aguilar Gil nos recuerda el destino de discriminación que han sufrido las lenguas indígenas en México. No se trata, como nos aclara esta reseña, de sopesar que algunas lenguas son mejores que otras, sino de exigir que la sociedad valore la diversidad lingüística y su presencia como eje fundamental en la educación.

 


Sacrificamos México en aras de crear la idea de México
—Yásnaya Elena Aguilar Gil

 

Escrito por Patricia Córdova

La experiencia está siempre al servicio de la conciencia y de la imaginación; para no sucumbir ante el caos de la existencia, el ser humano acota ambas con relatos y moralejas de todo tipo.  Nuestras vidas —hemos aprendido— transcurren según la estructura de una narración: planteamiento, causas, consecuencias, nudos y desenlaces. Por ello, el sentido de lo vivido es  tan limitado como las historias y argumentos que interiorizamos.

Escribimos la historia de nuestra vida —e interpretamos la de los otros— al seleccionar los nudos con los que explicamos lo que acontece a nuestro alrededor. El sentido es siempre una selección que pone en evidencia nuestros alcances y nuestras limitaciones. Este sutil, pero poderoso hecho, propicia la madre de todas las batallas: la de las narrativas.

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No ha habido inocencia en la expansión del español en la propia península ibérica ni en América. Desde Antonio de Nebrija, el andaluz que escribió la primera gramática del español en 1492, quedó claro que si la publicaba y la dedicaba a la reina Isabel la Católica era porque “siempre la lengua fue compañera del imperio”. En las primeras páginas de Gramática de la lengua castellana, Nebrija explica la importancia histórica de lenguas como el hebreo, griego y latín y argumenta que la lengua es una pieza clave para extender la fe religiosa.

La primera gramática del español es un nudo lingüístico y político con el que España define una expansión económica, religiosa y sociocultural que marcó la historia de su colonia,  la posterior América Latina. Sin embargo, el proceso de evangelización y dominio que se extendió a lo largo de trescientos años de colonia llevó también a la escritura de las lenguas originarias, a la confección de sus gramáticas (artes de las lenguas primigenias) y al inventario de vocabularios concebidos de acuerdo a lo que los líderes religiosos y nuevos gobernantes necesitaban que nombraran los recién conquistados.

En 1820, justo antes de la consumación de la Independencia de México, el 65% de la población eran hablantes de alguna lengua indígena. Hoy solo el 6.5% de la población habla una de las 68 lenguas indígenas que existen en el país. La Independencia destituyó a los españoles, pero a la vez revictimizó a las comunidades indígenas. Fueron sometidas a un proyecto de nación en el cual se condicionó su existencia a la negación de sus lenguas, de sus territorios y de una autonomía política que ya había sido arrebatada. Este es el antecedente histórico y la situación glotopolítica que Yásnaya Elena Aguilar Gil aborda en Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística (Almadía, 2020).

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Desde el primer texto, “Ser o no ser: bilingüismos”, Yásnaya imprime su particular estilo: una mirada aguda sobre la política lingüística que se ha aplicado a las lenguas originarias, a partir del análisis de experiencias cotidianas. El contraste entre el bilingüismo en su comunidad Ayutla, Oaxaca, y en Ciudad de México, marcó su manera de narrar el mundo. Dos cosas sorprenden a la autora: en Ayutla se desdeña la educación bilingüe y se prefiere la “formal” (monolingüe en español) y en Ciudad de México se pondera el bilingüismo (no español-náhuatl, sino español-inglés). Su cierre es auténtico y espontáneamente irónico: “Entendí, en pocas palabras, que no es lo mismo ser bilingüe que ser bilingüe”.

Yásnaya es ayuujk jä’äy, mixe, y muestra una singular y permanente disposición al cuestionamiento. Le seduce pensar en la existencia de la lengua, la diversidad y la injusticia. La génesis de su lucidez y lucha las presenta, claramente, en Un nosotrxs sin Estado (Ona Ediciones, 2020). A Yásnaya la educaron con una disciplina rigurosa en la lectura de los clásicos. De niña sus tíos la hacían leer en voz alta, cada día, para que adquiriera un español sin acento. El libro rojo de Mao Tse-Tung, Los vedas, el PanchatantraLas mil y una noches, la Ilíada y la Odisea de Homero, las obras de Amado Nervo, Manuel José Othon, Sor Juana Inés de la Cruz, Alexander Pushkin, Ánton Chéjov, Fiódor Dostoievski, Walt Whitman y Lev Tolstói —el nombre de Yásnaya es, de hecho, un homenaje a este autor—, fueron lecturas, “edificios sonoros”, cuyo significado ignoraba, y que más tarde se iluminaron a la luz de sus estudios de preparatoria, licenciatura y posgrado en Ciudad de México.

Los textos que componen Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística son una compilación de ensayos breves publicados en la revista Este país entre 2011 y 2015. Los compiladores —Ana Aguilar Guevara,  Julia Bravo Varela, Gustavo Ogarrio Badillo y Valentina Quaresma Rodríguez— también han incluido  tuits y entradas de Facebook de la lingüista que aluden a los temas de tales ensayos.

El libro es evidencia del sincretismo lingüístico y cultural que ha sucedido a lo largo de 500 años, pero tiene el gran mérito de ser el primero escrito en su género por una mujer, una ayuujk jä’äy, y por alguien cuya agudeza analítica le permite exponer, de forma clara, las diversas aristas del asunto. Su empatía por el mundo la lleva a aprender de todo y de todos. De una amiga japonesa, compañera universitaria, aprende que es mejor sentirse contenta y no orgullosa de hablar una lengua, y sentencia: “El orgullo puede estrechar lazos con la dignidad pero también con la soberbia o, en el peor de los casos, se utiliza como un parche emotivo que cubre una herida amplia y profunda. Un relleno que trata de compensar una carencia”.

La dificultad de la convivencia entre lenguas que gozan con un mayor o menor prestigio también la lleva a anotar que para una niña que habla italiano, inglés y español en casa lo extraño es un entorno monolingüe, prebabélico. La también maestra en lingüística hispánica, Yásnaya Elena —cuya madre, por cierto, se llama Eneida— evoca, en otro ejemplo, el rechazo que provoca hablar español en ciertos contextos en Estados Unidos, de la misma manera en que han sido denostadas las lenguas originarias en México. Su conclusión es que no existen lenguas minoritarias, sino minimizadas al extremo de crear familias que rechazan que sus hijos sean educados en armonía con su lengua materna, sea esta una lengua originaria o el español hablado en México.

La censura sistemática, algunas veces casi invisible, con que se ha tratado a las lenguas originarias se manifiesta en la ignorancia y desprecio que despiertan más allá de los círculos de lingüistas cuyo interés no rebasa, en ocasiones, la obsesión por partículas morfológicas o por la construcción y crítica de una gramática. “¿Por qué la diversidad cultural y lingüística no es un eje temático importante en los contenidos educativos?”, pregunta la autora. En su histórico discurso “México. El agua y la palabra”, pronunciado en la Cámara de Diputados el 26 de febrero de 2019 y que forma parte del libro, la lingüista recuerda que, en promedio, una lengua muere cada tres meses. En un centenar de años se habrán extinguido la mitad de las lenguas del planeta. Causa pudor que no se sepa nombrar las lenguas habladas en México, causa desconcierto que se haga tan poco para preservar las del mundo. Con ello se niega el derecho a una vida propia y digna de estas comunidades. El monolingüismo, además, adelgaza la inteligencia, pues nos alejamos de la complejidad creativa y cognitiva que cada lengua entraña al nombrar el mundo. Aprender que en ayuujk el azul y el verde se mezclan en una sola palabra  —tsujxk—advierte que los colores pueden ser percibidos en un continuo cromático, sin las divisiones con que otras lenguas los definen. Asimismo, saber que täay puede significar “ser chistoso” en el mixe de Ayutla, pero “mentir” en el mixe de Tlahuitoltepec, puede disparar la creatividad si se imaginan los enredos comunicativos que dicha variante puede causar. Yásnaya Aguilar convive, precisamente, en ambas comunidades.

Los conflictos lingüísticos se convierten en conflictos identitarios, pero la seriedad con que Yásnaya los aborda no necesariamente implican una renuncia a su particular humor: “En Europa fui mexicana, en México soy oaxaqueña, en Oaxaca estoy siendo mixe, en la sierra suelo ser de Ayutla. En algún punto soy indígena, pero eso me lo dijeron o lo intuí en el contraste antes de que llegara el nombre. Durante un ataque de fuerzas extraterrestres seguro que seré terrícola, y lo seré con pasión.” La conciencia de esta multirreferencialidad contrasta con la sencilla elegancia con que en ayuujk se nombra a todo aquel que no sea mixe: akäts. La visión del mundo mixe se simplifica en este aspecto, así como en Harry Potter a todos aquellos que no pueden hacer magia se les llama muggles.

La fascinación que suscita conocer nuevas lenguas, sin embargo, no puede ser un hecho si el fomento de la diversidad no cuenta con el apoyo de un gobierno y de sus instituciones. Cuando la lingüista afirma: “Hay tantas razones para querer aprender nuevas lenguas, pero solo  una para querer dejar de hablarlas”, se refiere al racismo, maltrato y negación a que los pueblos originarios han sido sometidos a lo largo del tiempo.

§

El proyecto de nación mexicana, que tuvo su origen a partir de la consumación de la Independencia en 1821, ha sido también el proyecto de la negación de los pueblos indígenas y su pluralidad. Una negación no sólo del reconocimiento de las lenguas, sino del derecho a las tierras, al agua, a los recursos naturales y a gobiernos autónomos: “La pérdida de una lengua no es un proceso pacífico en el que los hablantes abandonan una lengua por otra, es un proceso en el que median castigos, menosprecios y en la mayoría de los casos, colonialismo contra los pueblos que la hablan”. Llegada la discusión a este punto, la lingüista Yásnaya Elena Aguilar Gil se torna activista. No son solo lenguas las que se ignoran, sufren segregación y mueren, son naciones indígenas. En un tuit de 2017 apunta: “Nación mapuche dividida en dos Estados: Argentina y Chile; nación sami dividida en cuatro Estados: Suecia, Noruega, Finlandia y Rusia; nación cucapá dividida en dos Estados: México y Estados Unidos”.

En defensa de los pueblos originarios, Yásnaya parece recuperar la etimología de la palabra nación: del latín natio -ōnis, es decir,“lugar de nacimiento” -“pueblo”. Hablar desde la cultura mixe, desde su lengua materna de la familia otomangue, la coloca en un territorio discursivo que es también tierra, organización política y social, conocimiento y mitología ancestral, costumbres familiares y culinarias concretas. El ayuujk encarna el nacimiento, desarrollo y consolidación de un pueblo que sigue luchando por ser respetado y reconocido. Inspirada en el periodista mapuche Pedro Cayuqueo, Yásnaya Elena plantea, en su libro Un nosotrxs sin estado, que México es un Estado plurinacional y no una nación multicultural; critica la educación indígena impartida en español, los hospitales y juzgados sin intérpretes que conozcan la lengua de cada región. La idea de mexicanidad —reclama— los ha ignorado: “No hay penacho de Moctezuma ni mariachi ni huapango de Moncayo ni china poblana que pueda borrar ese hecho. La multiculturalidad niega la idea de nación tal y como fue pensada en sus inicios por los que la proclamaron”.

Si se ha construido una nación unívoca que niega la diversidad, solo hay una aparente salida para la autora: la conformación de un Estado plurinacional en el que se reconozca a las comunidades indígenas como naciones con derecho a la autodeterminación social, económica, lingüística y política. La idea es una seductora utopía. Sin embargo, el lector no puede dejar de preguntarse cómo, en un entorno global que encarna la competencia permanente, se podría legitimar geopolíticamente la existencia de 68 naciones bajo el lema de un país llamado México.

Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística pone sobre la mesa un conflicto social que cobró fuerza política, en 1994, con el levantamiento zapatista y, más tarde, en 1995, con los Acuerdos de San Andrés Larraínzar. A 25 años, el despojo de tierras y la extracción de recursos naturales a las comunidades indígenas sigue sucediendo. El Estado mexicano no ha incorporado un modelo que respete la riqueza cultural y geográfica del territorio. En la narrativa nacionalista promovida desde el Estado, la diversidad cultural de México no ha sido efectiva ni equitativamente incorporada. El sistema de castas se ha superado porque ya no se obliga a escribir la etnia o grado de pureza de la sangre en un acta de nacimiento. No obstante, como afirma la autora, aún existe el gesto disuasorio en los registros civiles para no darles a los recién nacidos nombres que no provengan del español o del inglés; aún se escriben notas periodísticas en que un problema judicial, de salud o de autoridad, se reporta como un problema originado por no saber hablar español. Si bien es cierto que el español mexicano hace tiempo que dejó de ser colonizante, en el sentido de que no representa valores y variantes de un lugar lejano llamado España, y en el sentido de que el español de México es ya patrimonio cultural del país, también es un hecho que las instituciones gubernamentales y la educación pública siguen aplicando prácticas colonizantes en los servicios institucionales que ofrecen a comunidades indomexicanas. De ahí el valor de Ää: Manifiestos sobre la diversidad lingüística de Aguilar Gil, un libro que pone en evidencia las prácticas insuficientes e injustas con que se incorpora a estas comunidades y el discurso nacionalista que afirma lo contrario.

§

En La vida contada por un sapiens a un neandertal (Alfaguara, 2020), el paleoantropólogo Juan Luis Arsuaga se esfuerza por explicarle al escritor Juan José Millás la razón por la cual los australopitecos se desplazan de la selva tropical a la pradera: buscan la luz. Al ver una frutería —porque la conversación ocurre en una caminata por el mercado—, Arsuaga rectifica y decide hablar mejor del Homo erectus. Seguramente, por su capacidad de coleccionar frutas. Millás expresa que así habrá más orden en la exposición. La indignación del paleontólogo es más que sugestiva: “–Oye, qué es eso del orden. Esto no es un cuento. Si quieres un cuento, te lees el Génesis. La evolución no tiene la estructura de un relato. No hay planteamiento, nudo ni desenlace. La evolución es el mundo del caos”.

El pasaje me hizo reflexionar en las anotaciones que hice al principio de este texto. La exuberancia de la existencia es, al margen de nuestro pensamiento, siempre caótica. Somos nosotros quienes, acorralados por la conciencia y la angustia connatural que esta desata, nos vemos en la necesidad de construir relatos sobre los hechos que experimentamos o de los cuales tenemos noticias. Los hechos están ahí, sueltos. Cada día salimos a la calle, o al espacio digital, a encontrarnos con los otros. Cada uno hilvana con palabras la historia que es capaz de construir. La madre de todas las batallas es la lucha entre estas narrativas porque ahí se define quién entra o quién sale de la escena; quién tiene derecho o quién no. Arsuaga sabe que los hechos pueden significar por un instante y en un contexto reducido, para luego seguir suspendidos en el espacio de lo no explicable o a merced de narrativas diversas.

En Ää: Manifiestos sobre la diversidad lingüística se construye una narrativa sobre la historia indígena de México y de sus lenguas. ¿Fueron los indígenas de la era de la domesticación del maíz, hace 9000 años, los mismos sometidos durante 300 años por los españoles? ¿Es el mexicano una invención ilegítima del proyecto nacional de 1821? ¿Cómo integrar la existencia del español de México (la lengua) con la existencia de las lenguas originarias? Construir un territorio narrativo para luchar por una nación, o por un ideal social, tiene mucho más peso que la narrativa con la que recordamos nuestras vivencias cada noche. Sin embargo, ambas narrativas son brújulas capaces de guiar individuos y legiones. La narrativa de una nación y los hechos en que se fundamenta tendrán que ser siempre inclusivos, sin prejuicio de ningún grupo humano, o entidad natural que habita el territorio. Cuando Yásnaya Aguilar Gil analiza la coexistencia de las lenguas y de las culturas parece saber esto último. La narrativa de los ensayos que componen este libro es una defensa de las lenguas originarias de México y de los pueblos indígenas que las hablan. También es una genuina invitación a que dichas lenguas se incorporen al horizonte sociopolítico de los hablantes nativos del español de México.

• Yásnaya Elena  A. Gil, Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística, Ana Aguilar Guevara, Julio Bravo Varela, Gustavo Ogarrio Badillo y Valentina Quaresma Rodríguez (comps.), México, Almadía, 2020.

Patricia Córdova es profesora investigadora de Lingüística Hispánica y directora de la División de Estudios Históricos y Humanos de la Universidad de Guadalajara.

 

[Fuente: http://www.nexos.com.mx]

Dans ses mémoires, le Congolais Séverin Mouyengo relate quarante-huit ans de vie dans la SAPE, la « Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes », ce mouvement né entre Paris et le Congo-Brazzaville à la fin des années 1960. Longtemps et encore aujourd’hui regardé comme relevant d’un « folklore africain », le monde des sapeurs éclaire pourtant remarquablement l’histoire collective des villes africaines. Séverin Mouyengo nous emmène au sein de la jeunesse congolaise, dans ses coulisses, loin des uniformes militaires qui régnaient alors. S’y dévoile aussi une manière singulière d’inversion du stigmate du colonisé.

« Mars 2019, avenue de la Gare routière, Bacongo. Le Salopard de la sape Séverin jouant avec sa veste du genre Aristotes à la manière d’un cerf-volant. »

Séverin Mouyengo, Ma vie dans la Sape. Texte établi et préfacé par Manuel Charpy. Librairie Petite Égypte, 192 p., 17 €

Écrit par Philippe Artières

L’historien passeur Manuel Charpy l’indique dans sa préface, Ma vie dans la Sape est un ouvrage né de la détermination d’un homme à inscrire cette histoire en dépit des nombreux obstacles rencontrés. Séverin Mouyengo avait en effet rédigé un premier manuscrit qu’il avait confié en 2003 à un ami qui partait en Europe. Le texte fut perdu et, en 2017, l’auteur décida de reprendre ce travail de mémoire, sans doute poussé par l’intérêt de plus en plus grand des maisons de mode du monde entier pour ces étranges « sapeurs », mais surtout par le souci d’inscrire ces personnages dans le récit de l’histoire contemporaine du Congo.

L’histoire de la mode et celles de la politique et du postcolonial se croisent ici de façon exemplaire. C’est conscient de toutes ces dimensions que les éditions de la Librairie Petite Égypte, situées à Paris, au beau milieu du Sentier, ont pris l’initiative de publier l’ouvrage. En 2019, la maison avait fait déjà paraître une édition – augmentée des mémoires d’un déporté devenu confectionneur, Guy Vasseur – d’un des rares textes sur l’histoire de ce quartier parisien de la confection, 36, rue du Caire et d’Alexanderplatz au Sentier de Nadine Vasseur.

Le texte de Séverin Mouyengo commence par un rite d’initiation ; à l’âge de quinze ans à peine, il est invité par l’un de ses frères germains à une première « fête ritualisée » dans un dancing-bar de Brazzaville, mal aimé de la puissante Union des jeunesses socialistes proche du commandant Marien Ngouabi, qui a pris le pouvoir en 1968. Voilà notre héros soumis pour la première fois au regard des sapeurs, et Séverin de se sentir alors « ngaya », au plus bas de l’échelle de la Société des ambianceurs. Pas de quoi dégoûter le jeune garçon qui, un soir suivant, repart en campagne, n’ayant rien laissé au hasard cette fois : ni le costume, ni la chemise, ni les chaussures, jusqu’à un paquet de cigarettes Benson & Hedge…

Cette nouvelle sortie est l’occasion pour lui d’éprouver le regard des femmes. Car s’il s’agit d’une société d’hommes, les « filles » ont un rôle dans ces soirées. Ni accessoires, ni maitresses de cérémonie, elles représentent la preuve de l’élégance. Mais, dans les albums photographiques qui conservent la mémoire des grandes heures de la Société, ce sont des hommes qui figurent sur les clichés, solitaires ou en groupe – l’édition fait une large place à ces photographies et chacune est commentée par Séverin Mouyengo, elles ne constituent pas une simple illustration mais forment comme un récit parallèle.

Ma vie dans la Sape, de Séverin Mouyengo : une esthétique de l'existence

« 19 juillet 2019 avec Vernon Benny, mon fils, venu pour deux semaines de vacances. Redingote du genre Carlson et chapeau (haut de forme) du genre Dobell.

Au fil de courts chapitres, avec humour souvent, l’auteur nous fait partager la vie de la jeunesse citadine congolaise ; on découvre aussi le rapport que ces jeunes hommes entretiennent avec la mode occidentale ; il ne s’agit pas de la copier ni de la contrefaire mais de se l’approprier individuellement. Ce que Séverin Mouyengo invente avec ces « fringues » des grands couturiers français, italiens, anglais, c’est un « style » qui constitue un véritable mode de vie. Chaque instant de l’existence des membres de la Société est centré sur la constitution d’une collection de vêtements, véritable trésor à partir duquel on compose ses tenues. En ce sens, c’est une vie d’artiste que ces mémoires relatent. L’exclusion de l’auteur du système scolaire renforce un peu plus son amour de la Sape : « j’étais désormais libre et c’était l’occasion ou jamais de saper, toujours saper, saper sans encombre ». Chaque sortie est un événement et toutes les ressources, y compris familiales, doivent contribuer à l’enrichissement de la collection.

L’arrière-plan de ce monde de la sape est l’immigration vers la France, et les politiques migratoires de plus en plus dures qui sont mises en place. La chronologie qui clôt l’ouvrage met bien en évidence l’importance des lois nouvelles en Europe limitant cette porosité entre le Congo et la France (notamment, en juillet 1974, l’arrêt de l’immigration pour motif économique). Séverin Mouyengo tente à deux reprises de venir en France. Il consacre de longs développements à cette volonté de voyage parisien car « voir Paris et mourir » était le credo du sapeur. En décembre 1974, n’ayant pas la possibilité de partir directement de Brazzaville ni du Zaïre voisin (l’actuelle République démocratique du Congo), ni par le Gabon ou l’Angola où les papiers pour les formalités de voyage étaient plus faciles à obtenir, « l’aventurier » s’embarque à Pointe-Noire, à plus de 500 km de la capitale. Il travaille sur le port mais fréquente là aussi les sapeurs et leur fêtes, occasion de grimper les grades de la Sape (Président, Sénateur, Maire, Ambassadeur), les plus élevés des sapeurs étant dits « Parisiens », car pratiquant la sape en résidant à Paris.

Le voyage pour arriver à « l’Eldorado » n’était pas sans risque et nombre de jeunes gens y avaient perdu la vie. Séverin Mouyengo échoue, il est découvert avec ses camarades clandestins avant même que le navire ne quitte le port. Et le sapeur de poursuivre sa carrière à Pointe-Noire, puis à Loubomo, la troisième ville du pays, nommée ainsi entre 1975 et 1991 (actuellement Dolisie), où il reprend des études tout en consacrant tout son temps libre à la Sape. Au milieu des années 1970, Séverin Mouyengo rentre chez lui à Brazza où il devient l’une des grandes figures des sapeurs, « un salopard de la sape ». Il obtient un poste aux Eaux et forêts qui lui garantit un salaire et surtout des ressources pour satisfaire son unique passion : s’habiller. L’auteur décrit en détail les divers moyens pour acquérir de nouveaux vêtements : soit il les faisait venir par des amis qui vivaient à Paris, soit ces derniers faisaient des « descentes » à Brazzaville pour en acheter, les stewards des compagnies aériennes pouvaient aussi être des convoyeurs. Localement, des achats étaient aussi possibles dans des magasins d’habillement réputés, le vol constituant un dernier recours.

Ma vie dans la Sape, de Séverin Mouyengo : une esthétique de l'existence

Nœuds papillon, Madibou, banlieue de Brazzaville (2020)

Cette passion pour les habits n’est pas une simple affaire d’apparence, elle est la possibilité de changer d’identité au sein de la société : moyen d’expression corporelle, le port du vêtement de confection est une manière de se déplacer socialement. Peu importe la profession, peu importe l’origine, c’est le style qui constitue l’identité. Or, plus cette identité est multiple, plus elle est diverse, plus elle est remarquable. Il ne s’agit nullement d’une hybridation entre deux cultures, mais bien d’une forme d’invention d’une identité sensible et inédite, fruit d’une situation historique : la relation violente entre l’Afrique centrale et l’Europe.

La collection de vêtements apparaît en cela comme un trésor qui garantit la possibilité d’un devenir pour le sapeur. Il conserve dans des sacs, sur des portants et dans des valises ces centaines de pièces. En 1998, l’intensité des combats entre le président Pascal Lissouba et les Ninjas du maire de Brazzaville avec les milices de Denis Sassou Nguesso (l’actuel président), appuyées par l’armée angolaise, menace la vie de Séverin Mouyengo et de sa famille. Le sapeur décide de partir. Creusant un immense trou dans le jardin de sa maison, il enterre sa garde-robe pour, croit-il, la conserver. À son retour, fin 1999, son trésor a été entièrement détruit par l’humidité. Et le sapeur de se lancer dans la constitution d’une nouvelle collection, profitant de l’intérêt des Occidentaux mais aussi des Japonais pour cette esthétique de l’existence. C’est tout l’intérêt du livre de Séverin Mouyengo : il constitue un formidable autoportrait d’une génération qui, dans le chaos de la mondialisation, inventa des formes d’identité jouant sur les décalages, les télescopages et les collages. Et si parfois le lecteur se perd dans la galerie de personnages qui habite ces pages, c’est pour mieux mesurer à quel point cette poétique échappe, combien elle est fondamentalement rebelle aussi.

 

[Photos : collection particulière Séverin Mouyengo – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

 

La profesora dijo: “Es usted tonto e idiota, cuando podría ser idiota y tonto, que queda más elegante”

Ione Belarra, entonces portavoz parlamentaria de Unidas Podemos, interviene en el Congreso en 2019.

Ione Belarra, entonces portavoz parlamentaria de Unidas Podemos, interviene en el Congreso en 2019.

Escrito por ÁLEX GRIJELMO

Ione Belarra aparece estas semanas mucho en los medios. Tanto ella como Yolanda Díaz cambian de puesto en la Administración. Esta última, ascendida a vicepresidenta; y Belarra, a ministra. Y, como si fueran juntas en un tándem, se las ha mencionado tanto en prensa como en radio una a continuación de la otra. Así, hemos leído y oído la descuidada formulación “Yolanda Díaz e Ione Belarra”.

Una profesora cuyas enseñanzas aún aplico después de tantos años, Gloria Toranzo, que impartía clase de Redacción Periodística, solía corregir al alumno que utilizaba la conjunción e; y lo hacía con esta fórmula que seguramente toda mi clase recuerda: “Es usted tonto e idiota, cuando podría ser idiota y tonto, que queda mucho más elegante”. Nadie se lo tomaba a mal, porque en aquellos tiempos las pieles con las que llegábamos al mundo los seres humanos no eran tan finas como las de ahora. Y gracias a esa inocente provocación podíamos aprender que ciertas sucesiones de vocales ensucian la frase, pero que ésta pasa de cacofónica a eufónica si se cambia el orden de los factores.

En este caso, la aplicación práctica de aquel teorema tan nemotécnico habría consistido en decir o escribir “Ione Belarra y Yolanda Díaz”.

No siempre se puede, claro. Por ejemplo, si la enumeración representa una jerarquía, o si hemos de expresar que alguien es “irresponsable e imbécil”, pues ahí la alteración de los factores no arregla nada: hace falta la conjunción e. Bueno, para eso la tenemos: para cuando no hay otro remedio. (Aunque un buen escritor casi siempre lo hallará: “irresponsable y además imbécil”).

Ante el caso de Ione Belarra, muchos periodistas están perdiendo la oportunidad de ser elegantes y además correctos.

En español, la letra i seguida de otra vocal con la que forma diptongo lleva a una pronunciación distinta, como bien explicó hace un año el académico Pedro Álvarez de Miranda en el Centro Virtual Cervantes. No suenan igual “hipotético” que “hierático”. En el segundo caso, salvo que nos propongamos con ahínco una fonética forzada, diremos yerático. De hecho, algunas de esas palabras cuentan con una segunda grafía correcta: hierba y yerba, hiedra y yedra, iodo y yodo.

Para los casos en que ese tipo de vocablos van precedidos de una conjunción copulativa como y, la regla señala que ésta mantiene su forma porque la pronunciación del término siguiente no es puramente vocálica, sino más bien consonántica. Así pues, la no necesita transformarse en e. Por eso decimos “fuego y hielo”, y por eso Manuel Machado escribió en aquel épico poema que describe la marcha de Rodrigo Díaz: “Al destierro, con doce de los suyos –polvo, sudor y hierro– el Cid cabalga”.

Agua y hielo. Sudor y hierro, Yolanda y Ione. Así se debería haber escrito, y no “e Ione”.

Cierto, Ione es un nombre en euskera. Pero se pronuncia yone, y las palabras de otras lenguas no quedan exentas de la norma cuando se usa el castellano, como también señala la Ortografía (página 77). Priman los sonidos, no las letras. Por eso debemos decir “las aplicaciones Yuka e EasyPark” (isi park), o “Barack Obama y Hillary Clinton”.

En cualquier caso, y por las dudas, más vale invertir los términos si se puede. De ese modo, cuando llegue la ocasión, en vez de parecer hábiles e inteligentes seremos realmente inteligentes y hábiles, que suena más elegante. (No sé si con esta fórmula tan amable se lo aprenderán igual los alumnos).

[Foto: EDUARDO PARRA / EUROPA PRESS / GETTY IMAGES – fuente: http://www.elpais.com]

Le contrebassiste franco-espagnol Renaud García-Fons nous enthousiasmait fin 2013 avec l’album Linea Del Sur publié chez Enja. Il y évoquait les sonorités orientalisantes et latines empreintes des folklores méditerranéens qui baignèrent jadis son enfance.

Le 03 février il était de nouveau dans les bacs grâce au label e-motive Records (Louis Winsberg, Ira Coleman, Stépahne Huchard, …) avec un nouveau projet baptisé La Vie devant soi, titre d’un livre d’Emile Ajar (pseudo de Romain Gary) paru en 1975, narrant l’histoire touchante d’un orphelin, Momo, et de sa maman de substitution, Madame Rosa, une ancienne prostituée juive ayant connu Auschwitz.

Si l’artiste explore depuis longtemps les liens ténus existant entre des cultures qui cohabitent de plus en plus difficilement malgré une histoire commune séculaire, il semble ici revenir vers des espaces plus familiers, brossant le portrait intimiste d’un Paris d’hier et d’aujourd’hui.

Combinant les ambiances musicales qui définissent si bien la Ville Lumière, Renaud mêle avec nostalgie, poésie et sophistication le jazz à la musette, la chanson à la musique classique, le tout dopé par un groove enraciné dans un présent pluriel et cosmopolite.

Il forme pour l’occasion un ‘trio de chambre’ composé de l’accordéoniste David Venitucci et du vibraphoniste/percussionniste Stephan Caracci, deux complices virtuoses et tout terrain à l’élégance certaine.

[Source : les-chroniques-de-hiko.blogspot.com]

Quelques chanceux seulement peuvent goûter ce chef-d’œuvre à la robe brillante et au toucher de bouche si délicat.

Le climat de la Romanée-Conti, son terroir spécifique, sculpte le vin au fil du temps. Michel Joly

Écrit par Nicolas de Rabaudy 

Grâce à la biographie de Laurens Delpech consacrée à Louis-François de Bourbon, prince de la Romanée-Conti et son grand propriétaire sous le règne de Louis XV, nous découvrons le mystère et le génie de ce sublime vin rouge de Bourgogne d’une rareté absolue, et les prix stratosphériques de ce chef-d’œuvre de la viticulture française.

Les vignes de la Romanée-Conti. Michel Joly

Situé sur le beau terroir de Vosne-Romanée, en Côte de Nuits, la Romanée-Conti s’étend sur 1,75 hectare et livre, à chaque vendange, de 4.000 à 5.000 bouteilles (et moins) pour un rendement très bas de 18 hectolitres à l’hectare. C’était le cas en 2018, un millésime exceptionnel conjuguant le fruit intense du 2015 et la maturité du 2003.

Dans ce cru mythique, il n’y a pas deux millésimes qui se ressemblent, le vieillissement quasi infini va faire évoluer le vin: que sera la Romanée-Conti de 2020? En 1875, la Romanée-Conti exprime la truffe, les sous-bois et est bien présent en bouche, vivant.

Tout œnophile, tout amateur de grands vins cherche à savourer la Romanée-Conti servie à la table de Louis XV, c’est le nectar parfait, un rêve rarissime: à peine quelques milliers de bouteilles par an jamais vendues dans le commerce, seulement au domaine, aux restaurants et aux enchères. C’est le trésor, le sommet, le phare d’une carte des vins de restaurant étoilé, c’est le nectar d’une fête d’exception.

Au restaurant Troisgros à Ouches, près de Roanne, le 1996 est proposé à 30.000 euros le flacon et des amateurs réservent chez le grand cuisinier pour savourer la Romanée-Conti au moins une fois dans leur vie.

Une bouteille de la Romanée-Saint-Vivant. Michel Joly

Au domaine viticole de Vosne-Romanée, le vin chef-d’œuvre est vendu avec les autres grands crus du domaine éponyme: La Tâche, Richebourg, Grands-Échezeaux, Échezeaux, Romanée-Saint-Vivant, Corton, Corton-Charlemagne et si possible du Montrachet (2.500 bouteilles du plus grand vin blanc du monde).

Des bouteilles de la Tâche, Montrachet et Romanée-Conti. | Domaine de la Romanée-Conti

Voilà la caisse légendaire qu’Aubert de Villaine, gérant, dépositaire de l’âme de la Romanée, et Perrine Fenal, copropriétaire née Leroy, expédient aux grands clients connus: restaurateurs, sommeliers, revendeurs accrédités, collectionneurs passionnés, comme François Audouze, qui en a bu plusieurs fois. La Romanée-Conti est le vin le plus subtil, le plus désiré du globe et de très longue garde.

Perrine Fenal et Aubert de Villaine. | Jean-Louis Bernuy

Lamper du Pétrus, du Lafite Rothschild, du Margaux, du Chambertin, La Mouline de Guigal (Rhône), du champagne Krug, ce sont des privilèges possibles pour un bon dégustateur. La Romanée-Conti, c’est l’exception, le mythe inégalable, le vin d’une vie.

Ce rouge miraculeux, issu d’un climat (terroir précis) et d’un cépage unique –le pinot noir a été découvert et promu par le prince de Conti, membre du Parlement, familier de Louis XV à qui il a fait déguster et apprécier ce nectar à la robe brillante et au toucher de bouche si délicat.

Grand connaisseur, sérieux buveur et gourmet au palais raffiné, le prince de sang royal l’a acquis à 47 ans, en 1760, au grand dam de la Pompadour, qui le convoitait. Le prince œnophile faisait goûter la Romanée à sa table, lors de repas somptueux, une bouteille par convive à chaque dîner –singulière générosité. Qui ferait ce geste aujourd’hui?

La croix de la Romanée-Conti. | Jean-Louis Bernuy

La Romanée-Conti (nom attribué au vignoble pendant la révolution de 1789) n’a jamais été commercialisé par son illustre propriétaire qui se vantait d’avoir acquis le plus grand vin du monde, il le gardait pour lui et ses convives. La réputation du mystérieux rouge de Vosne-Romanée était déjà bien établie.

Le prince était un libertin, un franc-maçon, il avait conscience de son rang et il exigeait de ses vignerons le meilleur vin possible, conseillant une production mesurée, jamais excessive. Et le roi de France, pour en savourer quelques flacons, devait s’adresser au prince propriétaire, qui veillait sur la consommation très restreinte de sa Romanée.

À sa mort, Sainte-Beuve écrit que «le prince de Conti était passé à côté de l’histoire sans y rentrer». Mais, souligne l’historien Bachaumont, «le prince de sang royal, par son patriotisme généreux, avait mérité l’affection des Français».

Le prince monté au ciel des nantis en 1776, son fils Louis-François-Joseph de Bourbon-Conti doit se résoudre à vendre les œuvres d’art de son père, 800 tableaux de Léonard de Vinci, de Dürer, de Rubens, de Rembrandt, de Greuze… afin d’éponger les faramineuses dettes de son père, mais il refusa de se séparer du vignoble, bijou de la Romanée-Conti. Posséder de manière exclusive le plus fameux vin de France était un privilège lié à son rang.

Notons que, d’après l’historien Laurens Delpech, très féru des vins de Bourgogne, la production du rouge de la Romanée-Conti (pas de blanc) était à l’époque de Louis XV, puis de Louis XVI, très inférieure à ce qu’elle est en 2021, soit 5.000 bouteilles environ par vendange, certaines années beaucoup moins: le vignoble a moins de trois hectares, c’est lilliputien, d’où sa rareté.

La période contemporaine a débuté en 1945 par l’arrachage des vignes et la replantation sur porte-greffes résistant au phylloxera dévastateur. Le matériel végétal est le même depuis 400 ans, ce qui explique l’air de famille des vins de millésimes si différents.

Le domaine a pris soin de mettre sur pied de rituelles dégustations, véritables plongées dans le passé du grand cru: vingt-sept millésimes proposés en août 2014 dont les 1915, 1923, 1937, 1942, 1956, 1959, 1961, 1971, 1978, 1985, 1995. Le vin recèle une sorte d’éternité: meurt-il jamais?

Un domaine viticole orienté vers la perfection

Du prince de Conti à Aubert de Villaine, gérant actuel d’une rigueur totale –c’est le meilleur connaisseur du vin–, le terroir si restreint et la culture raisonnée de la vigne ont guidé les propriétaires, les familles de Villaine et Leroy, à se plier aux caprices de la nature. Ce vignoble septentrional est soumis à des conditions microclimatiques très diverses (il fait froid et chaud à Vosne-Romanée) mais il est si bien exposé au sud, une garantie annuelle du bon mûrissement des grappes.

Aubert de Villaine. | Domaine de la Romanée-Conti

Le vin si particulier par son élégance et sa suavité recèle tout à la fois, «du velours et du satin en bouteille», écrit Richard Olney, auteur d’un ouvrage capital sur l’histoire du grand cru légendaire, The World’s Most Fabled Wine. Le professeur Georges Saintsbury, une sommité universitaire, écrit à propos d’une bouteille de 1858: «Je n’ai jamais bu un vin combinant une telle intensité alliée à une délicatesse, un bouquet, un corps, une couleur et une telle qualité dans un vin français.»

Deux bouteilles de la Romanée-Conti. | Keiichi Tahara

Le climat de la Romanée-Conti, c’est-à-dire son terroir spécifique, sculpte le vin au fil du temps, jusqu’à exprimer les goûts éthérés de pétale de rose fanée, mêlés à des épices orientales et offre une texture particulière, intemporelle, permanente. Ce vin a une grâce divine.

Bernard Burtschy, chroniqueur de vins très lu, ajoute ceci: «La Romanée-Conti s’offre comme un corps de ballerine dans une structure d’athlète, la finesse si attendue et la puissance.» Pour Michel Bettane, excellent connaisseur de la cave des vins du domaine, «la Romanée-Conti développe un incomparable bouquet d’une plénitude de constitution sans égale (19,5/20 pour le 2015 dégusté en fût)».

Le domaine de la Romanée-Conti. | Michel Joly

Disons-le, ce vignoble d’exception a bénéficié d’une continuité historique unique et a été inclus au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, lors de l’inscription des climats du vignoble de Bourgogne, en 2015. Cela grâce à l’action, à l’acharnement, d’Aubert de Villaine, véritable messie de la viticulture bourguignonne entouré d’une équipe dédiée corps et âme à l’éclosion des millésimes si attendus de la Romanée. Une exacte expression du potentiel de l’année, «d’un naturel confondant», ajoute Michel Bettane, qui a goûté tous les millésimes depuis les années 1960-1970, un privilège réservé aux collectionneurs et aux palais savants et fortunés.

Bâtiment de la Romanée-Conti, place de l’Église. | Jean-Louis Bernuy

La Romanée-Conti au restaurant Le Cinq

Vice-meilleur sommelier du monde en 1988, acheteur des vins pour le Four Seasons George V à Paris, trois étoiles au restaurant de Christian Le Squer, Éric Beaumard reçoit une allocation de trois caisses panachées par an, soit trois bouteilles de la fameuse Romanée, c’est tout.

Il pourrait en vendre deux bouteilles par mois car les amateurs passionnés par «la plus haute expression du vin de Bourgogne» (Robert Parker) recherchent ardemment ce vin de réputation mondiale, si ardu à trouver sauf dans les tables étoilées (dix-huit mois en fûts de chêne neufs). Éric Beaumard refuse de se procurer des vins de la Romanée ailleurs: il veut la garantie du domaine, portée par Aubert de Villaine.

En dehors de la finesse extrême, infinie, le critique américain Robert Parker note: «Les arômes paradisiaques et d’ineffables bouffées d’épices orientales, des parfums floraux de rose fanée, des senteurs de truffe, une ampleur fabuleuse et un potentiel de garde quasi infini: des arômes de miel sauvage, des notes animales opulentes, un toucher de bouche qui s’améliore avec l’âge, le 1955, un grand millésime délicieux est extrêmement parfumé, le 1929, exceptionnel nez de porto vintage, rond, sensuel, un peu brûlé, le 1985, long et abondant, bouche charnue et texture de rêve est un vin exceptionnel.»

Aubert de Villaine, les millésimes à boire

À la Romanée-Conti, le réchauffement de la planète a pour conséquence de livrer des vins à boire plus jeunes, c’est le cas des 2014, 2017 et 2018 à venir. La dégustation des vins du domaine permet d’accéder au terroir si particulier, c’est ce qui crée l’émotion palpable de la Romanée-Conti.

«Ce Vosne-Romanée au style si raffiné nous fait accéder à un autre monde, celui de la douceur du vin d’un bouquet complexe, d’une admirable harmonie, explique Aubert de Villaine. Avec l’âge, le temps confère à la Romanée la saveur si rare de rose fanée et une puissance en bouche qui n’est pas liée à l’alcool mais à la nature profonde d’un vin de pure séduction.»

• 2009, coulant, fluide, quasi parfait.

• 2008, délicat, bien constitué, nez de rose.

• 2007, plus complexe, ample, long, riche.

• 2006, parfumé, soyeux, violette, concentré.

• 2005, fermé, puissant, attendre la maturité.

Les prix de la Romanée-Conti

• 1945: 480.000 dollars à Sotheby’s New York, prix fabuleux lié à la production infime de ce millésime, 600 bouteilles.

• 2010: 13.000 euros, la bouteille.

• 2011: 12.000 euros, la bouteille.

• 2012: 12.000 euros, la bouteille.

• 2015: 16.000 euros, la bouteille.

• 2016: 20.000 euros, la bouteille.

La hausse des prix obtenus depuis 2016 est liée à la vogue de la Romanée-Conti en Chine comme pour Pétrus, Lafite et Mouton Rothschild. L’expert parisien Claude Maratier, grand dégustateur à la mémoire prodigieuse, a noté qu’en 1952, Richebourg s’est classé devant la Romanée-Conti et La Tâche, ce dernier étant très recherché par les œnophiles du XXIe siècle.

Les millésimes intermédiaires de la Romanée comme 1972 et 1976 expriment le style du vin, la douceur, sa finesse extrême. Les connaisseurs identifient la Romanée et son parfum de rose fanée si caractéristique, c’est la patte du domaine. Le 2008 était fermé, muet à son début, sans expression. Six ans plus tard, c’était une splendeur inoubliable. À noter que Jean Troisgros, le grand chef de Roanne décédé en 1983, préférait Richebourg à la Romanée-Conti pour sa présence en bouche, qui convenait mieux aux grands plats des deux frères dont le filet de bœuf au fleurie à la moelle. Aubert de Villaine recommande la viande rouge et une bonne purée onctueuse pour escorter un millésime prêt du grand vin de la Romanée.

«Des subtilités inégalables»

François Audouze, grand collectionneur de vins, (40.000 bouteilles en cave) liste les Romanée-Conti qu’il a pu boire: «1922, 1923, 1929 (3), 1934, 1935, 1937 (2), 1940, 1942, 1943, 1944, 1945, 1954 (3), 1956 (3), 1957, 1959, 1960, 1961 (3), 1962 (2), 1964, 1967, 1969 (2), 1972, 1973, 1974, 1975, 1978, 1980 (2),1981 (3), 1982, 1983 (6), 1986, 1991, 1993, 1996, 1997, 2000, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010 (4), 2011, 2012, 2013, 2014, 2015, 2016. Total général: soixante-treize bouteilles pour cinquante-et-un millésimes.

Ces soixante-treize Romanée-Conti font partie des 526 vins du domaine que j’ai savourés. Dans mes souvenirs de Romanée-Conti, j’aime beaucoup les flacons des années difficiles qui, au bout de quelques décennies, montrent des subtilités inégalables comme 1935, 1956, 1957, 1983.

Parmi les plus solides années, j’apprécie particulièrement 1934, 1943, 1959, 1961, 1969. Les belles surprises sont 1962, si subtil, 1980 et 1981. La Romanée-Conti est un vin que l’on écoute. On ne l’apprécie que si on entre dans son monde. Elle est belle quand elle est fragile, et quand elle est puissante, elle ne cherche pas à s’imposer.

Les marqueurs principaux sont la rose et le sel lié aux entrailles du vignoble. C’est le sel qui délivre la noblesse de ce vin qui ne fera jamais rien pour vous séduire, mais vous sourira si vous l’avez compris.»

Le Prince de la Romanée-Conti

Laurens Delpech

Éditions Flammarion

Paru le 21 octobre 2020

208 pages

45 euros

 

[Source : http://www.slate.fr]

‘Guerra y paz’, que la editorial Alba reedita ahora en una nueva traducción, representa la madurez del escritor ruso más influyente de la historia. Su complejo estilo es el mayor escollo para verterlo a otra lengua

 

Escrito por RICARDO SAN VICENTE

“Durante los años de la guerra, la gente leía con avidez ‘Guerra y paz’ para justificar su propia actuación (no la de Tolstói, cuya actitud ante la vida nadie ponía en duda). Y el lector se decía: sí, claro está, mis apreciaciones son correctas. Está claro que es así. Aquel que tenía ánimos, leía con avidez ‘Guerra y paz’ en el sitio de Leningrado”

Así empieza el Diario del sitio de Leningrado, de Lidiya Ginzburg (Muchnik Editores, Barcelona, 2000, traducción de Belén Marín).

En general, la obra de León Tolstói sigue siendo un referente literario y moral para la mayoría de los lectores rusos.

Es probable que, si hablamos de los clásicos, muchos se inclinen por la belleza poética de Pushkin, valoren sobre todo la elegancia y sensibilidad de Turguénev, suspiren ante el romanticismo arrebatado de Lérmontov, o rían entre lágrimas de amargura ante la sátira de Gógol, que sientan debilidad por el mensaje espiritual de Dostoievski, o aprecien el laconismo narrativo de Chéjov, que estimen, en suma, las obras de otras muchas figuras que han dado calor y luz con sus textos a millones de lectores, pero, en mi opinión, nadie ha superado, al menos en la cultura rusa, el poderoso legado moral, social, histórico, y el impacto literario, estético y emocional, que nos ofrece el conde León Tolstói.

Y de entre su extensa obra destaca sobre todo Guerra y paz.

Es casi inabarcable la variedad de temas planteados en esta novela-epopeya. Y es que Guerra y paz representa el punto de madurez del proceso creador de Tolstói, cuya característica central desde sus primeros pasos, desde la trilogía Infancia, adolescencia y juventud, es el autoanálisis, la búsqueda de un eje moral, como se puede observar en los Diarios y la Correspondencia, traducidos y redactados por Selma Ancira para la editorial Acantilado.

Lev Tolstói en su estudio.

Lev Tolstói en su estudio. GETTY

Entre los grandes temas que preocupan al Tolstói recién casado, ya asentado, tras los excesos de su juventud, y padre que observa con nuevos ojos a sus antepasados, está el de reconstruir la historia que protagonizó la generación de sus padres. Pero además, embarcado en la colosal tarea, se plantea mil interrogantes a los que intentará dar respuesta: ¿qué es la historia?, ¿quiénes son los verdaderos sujetos de la historia? Y, sobre todo, ¿cómo escribirla, narrarla, hacerla llegar a sus contemporáneos? (Al tema de la libertad, de la verdad y sobre todo de lo que Tolstói entendía por historia le dedica un preciso ensayo Isaiah Berlin: El zorro y el erizo, incluido en Pensadores rusos [no escritores, subrayemos, sino pensadores], traducción de Juan José Utrilla, FCE, 1979).

Pero hay otros muchos aspectos de partida que impulsan la obra. Y aunque a ellos se refiere también el traductor Joaquín Fernández-Valdés en la detallada y recomendable introducción a su recentísima traducción para la editorial Alba, citemos tal vez aquel que constituye a mi entender uno de los núcleos del alma tolstoiana. El pequeño León, nacido en 1828, pierde a su madre, Maria Nikoláyevna Volkónskaya, a los dos años, y en 1837 muere su padre, Nikolái Ilich Tolstói. Y algunos estudiosos creen que el autor pretende suplir esta orfandad espiritual, esta falta de una autoridad moral en su infancia, con el autoanálisis, reflexión que impregna toda su obra. Pero será el momento en que es padre cuando descubre toda la profundidad de la pérdida, ausencia que intentará reconstruir en la novela a través de las cartas, diarios y recuerdos de sus familiares. Pues es fácil ver en las dos familias protagonistas de la novela —Rostov y Bolkonski— la referencia clara a sus dos ascendencias: Tolstói y Volkonski.

Tras la muerte del zar Nicolás I en 1855, retornan de su cautiverio siberiano los decembristas (a los que Tolstói dedicará un primer relato inacabado del mismo nombre). Los supervivientes de la rebelión de diciembre de 1825, es decir, los protagonistas del fracaso de la vía europea occidental de la Rusia zarista, entre los que se contaban algunos amigos de la familia, llevan al autor a esta fecha crucial en la historia de Rusia. Pero 1825 no se puede entender, nos viene a decir Tolstói, sin la invasión napoleónica de 1812, invasión que obliga al autor a remontarse a 1805, que será el primer título de la novela.

Sus frases inacabables y su estilo libre hasta lo caprichoso fluyen también en castellano gracias a la versión de Joaquín Fernández-Valdés

La vida de su generación y de su clase, el bien conocido abismo entre la vida cortesana y la del pueblo; la contienda, que lo llevará a visitar muchos años más tarde el escenario de la batalla de Borodinó, la victoria de las tropas napoleónicas, que de hecho se convirtió en el principio del final de esta desastrosa contienda… Podríamos añadir otros aspectos y episodios, pero creo que el lector descubrirá por sí mismo, gracias a la nueva y cuidada edición, esta lección de vida, este esfuerzo titánico de comprensión tanto del pasado como de sus mimbres, el misterioso mecanismo de los resortes que van encadenando la suerte de un pueblo, de una nación, de unos individuos, unos seres espléndidamente diseñados en sus detalles, a su vez particulares y arquetípicos…

Hemos hablado un poco del “qué” de la obra, pero no del “cómo”. También a ello se refiere el traductor, así como a la dificultad de trasladar a nuestra lengua un estilo complejo y libre hasta lo caprichoso.

Y no es solo el conocido “extrañamiento” tolstoiano, que permite al lector descubrir desde el interior del texto el carácter artificioso de nuestra cultura, o las machaconas repeticiones; es su malvado estilo narrativo: la construcción de frases inacabables que en ruso fluyen gracias al trabajo del autor y que el traductor debe restituir en la lengua de destino para que al menos no zozobremos en su lectura. Pues no será hasta Anna Karenina y tras la relectura de Pushkin, y sobre todo en el magnífico Jadzhi Murat, que el autor no se resigne a entregarse al poder de la sencillez de los hechos, la claridad de las palabras y la brevedad de la narración.

Ejemplar de los dos tomos de la nueva edición de 'Guerra y paz' de la editorial Alba.

Ejemplar de los dos tomos de la nueva edición de ‘Guerra y paz’ de la editorial Alba.

Pero hasta entonces dará rienda suelta a su talento en trasladar al tejido literario la complejidad de la vida narrada a través de diversas peripecias y personajes. A través del atolondrado y reflexivo Pierre Bezújov, el autor nos conduce por sus propios pensamientos, así como nos muestra su propia evolución espiritual y moral. Un discurso o un monólogo interior así no puede ser sencillo, y menos en la mente y la pluma de un conde que ha dedicado siete años de su vida en construir su obra. Andrei Bolkonski, además de ser un personaje recogido de su tiempo, es el arquetipo del noble, todo honor y deber. Y su lenguaje traduce el rigor de la misión de la vieja aristocracia.

En cada personaje, desde el sentencioso campesino Platón Karatáiev hasta la joven e ingenua Natasha Rostova, se dibuja su figura y su modo de pensar y expresarse. Ni el uso del francés, sobre todo, es gratuito. Pues la alta sociedad rusa se expresaba y en muchos casos pensaba en la lengua de Napoleón.

Recoger y trasladar estos matices es una tarea ardua y complicada que el traductor resuelve con maestría.

Así pues, tras las conocidas ediciones de Aguilar y Alianza, con traducciones de las hermanas Irene y Laura Andresco, la publicación de Planeta, en versión de José Laín y Francisco José Alcántara, y la mejorada redacción de esta última, realizada por Lydia Kúper publicada por el Taller de Mario Múchnik (entre otras versiones de la obra), celebremos la nueva traducción de Joaquín Fernández-Valdés que estos días aparece en la editorial Alba.

 

 

 

Ricardo San Vicente es profesor de literatura rusa en la Universidad de Barcelona, traductor de Tolstói, Chéjov y Svetlana Alexiévich y director de la edición de las obras completas de Dostoievski para Galaxia Gutenberg.

Guerra y paz

Lev N. Tolstói. Traducción de Joaquín Fernández-Valdés. Alba, 2021. 2 volúmenes. 1680 páginas. 69,50 euros

 

 

 

 

 

 

[Fuente: http://www.elpais.com]

Yael Naïm, chanteuse-compositrice, pianiste, guitariste franco-israélienne, mêle jazz, pop, soul, folk. Sa rencontre avec David Donatien s’avère déterminante. Arte diffusera les 8 et 30 mars 2021 « Angélique Kidjo en Concerts volants. Avec Yael Naim, Fatoumata Diawara et Tony Allen » (Angélique Kidjo bei den Musikalischen Höhenflügen) de Gautier & Leduc. Arte diffuse sur son site Internet « Yael Naim en Release Party. A Bit Of » (Yael Naim bei Release Party. A Bit Of). Session enregistrée en novembre 2020.

Publié par Véronique Chemla

Artiste franco-israélienne née à Paris, Yael Naim est une auteur-compositrice, pianiste et guitariste.

Passionnée dès l’enfance en Israël par la musique, elle suit une formation classique, et élargit ses goûts à la pop, au jazz et au folk. Elle crée un groupe dénommé The Anti Collision pendant son service militaire dans Tsahal.

2000 marque un tournant dans sa jeune carrière. Remarquée lors d’un concert de collecte de fonds à Paris, elle sort un premier album pour EMI – In a Man’s Womb – et participe à deux comédies musicales mises en scène par Elie Chouraqui – Les Dix Commandements, Spartacus le gladiateur -, et signe la bande originale du film Harrison’s Flowers, réalisé par Elie Chouraqui.

En 2004, Yael Naim débute sa collaboration avec David Donatien sur un album. Trois ans plus tard, sort l’album Yael Naim et David Donatien. New Soul en est une des chansons majeures.

2008 marque une consécration avec la Victoire de la Musique en Album musiques du monde, et l’utilisation de New Soul pour lancer l’ordinateur ultraportable MacBook Air d’Apple.

Signe de sa popularité, Yael Naim est invitée dans l’épisode La Plus grande histoire jamais ratée de la série télévisée Les Simpson.

Fruit de sa deuxième collaboration avec le producteur David Donatien, l’album She Was a Boy rencontre lui aussi un succès critique et public dans le monde entier. La chanson Come Home illustre une publicité pour Nestlé.

En 2011 et 2016, Yael Naim est distinguée par les Victoires de la Musique en catégorie Artiste féminine de l’année.

Elle est marraine de l’association Solidarité Sida, a accepté qu’Amnesty International utilise sa chanson If You See, et a soutenu la candidature de François Hollande en 2012.

Le 27 novembre 2015, lors de la cérémonie en hommage aux victimes des attentats terroristes islamistes du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, elle interprète avec Nolwenn Leroy et Camélia Jordana Quand on n’a que l’amour, de Jacques Brel.

Pop et classique
« Yael Naïm & David Donatien avec le Quatuor Debussy » (Yael Naim & David Donatien. Konzert mit dem Quatuor Debussy) est un documentaire réalisé par Thierry Teston.

« Yael Naïm, son acolyte David Donatien et le Quatuor Debussy unissent leurs cordes, vocales et musicales, pour un moment de grâce à la croisée des genres, où l’originalité se dispute à la sensibilité ».

Fondé en 1990 à Lyon, le Quatuor Debussy est composé de Christophe Collette et Marc Vieillefon, violons, Vincent Deprecq, alto, et Cédric Conchon, violoncelle. « Premier Grand Prix du concours international de quatuor à cordes d’Évian 1993, Victoire de la musique 1996 (« meilleure formation de musique de chambre »), ce quatuor à cordes français bénéficie « d’une reconnaissance professionnelle incontestable ».

Yael Naim  et « son alter ego musical David Donatien – avec lequel elle collabore depuis plus de dix ans – croisent la route du Quatuor Debussy  en juin 2015, en marge des Nuits de Fourvière, à Lyon, au cours d’un concert improvisé le jour même ».

« L’alchimie est telle que les six artistes décident de la prolonger à travers une tournée de quelques dates et une version enregistrée, qui figure sur l’album Older revisited, relecture du dernier opus de Yael Naim ».

« En proposant de nouveaux arrangements, le quatuor sublime le répertoire de la chanteuse, brisant à coups d’archet les barrières entre pop et classique ».

« Complémentaires et complices, les membres du nouveau sextuor se sont donné rendez-vous à l’Opéra national de Nancy en octobre 2016, dans le cadre du festival Nancy Jazz Pulsations ».

Un « concert  exceptionnel, où l’originalité se dispute à la sensibilité ».

Pourquoi Arte diffusa-t-elle ce concert durant chabbat à deux reprises?

Unexpected
Les 9 et 10 février 2018, le Théâtre-Senart proposa deux concerts de Yael Naim & David Donatien. « En avant-première exclusive pour le Théâtre-Sénart, Yael Naim et David Donatien révèlent Unexpected, quelques jours avant la présentation de cette création à la Philharmonie de Paris. Tel un mantra qui sied si bien à ces artistes imprévisibles, le duo a choisi d’intituler ce concert-événement d’après leur philosophie de vie, faite de rencontres et de prises de risques. Après trois albums vendus à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde, l’envie de musique est intacte. Par définition, on ne peut dévoiler que peu de choses d’un tel objet, si ce n’est quelques indices : une large place accordée aux sonorités électroniques, la puissance d’un chœur, l’irruption de la danse et même quelques touches acrobatiques. Le tout au service de chansons inédites bien sûr… Ces chansons, imaginées et mûries dans l’intimité d’un studio débordant d’instruments, ont été écrites dans la perspective du prochain album programmé pour l’automne 2018. Une soirée douce comme des retrouvailles peuvent l’être ».

La Philharmonie de Paris leur consacra le week-end du 23 au 25 février 2018. Le 23 février 2018, à 21 h 30, la Rue musicale – Cité de la musique a programmé Aftershow Party – Performances et animations musicales avec les artistes. Avec les artistes, performances et animations musicales. À l’issue de la représentation de « Minuit / Dream in my head », les artistes de la Compagnie Yoann Bourgeois, Yael Naim et David Donatien invitent le public à prolonger la soirée avec un moment festif et impromptu dans la Rue Musicale de la Cité de la Musique ».

Le 24 février 2018, à 22 h 30, Le Studio – Philharmonie accueillit le concert Night Songs de Yael Naim, création musicale, interprétation. « La nuit, quelque chose en moi s’éveille. J’écris, compose, enregistre et peins la nuit. Certaines lumières ne peuvent être vues que la nuit. Certaines musiques ne peuvent être entendues que dans le silence… » Night Songs est une expérience intime, un voyage dans les silences et les sensations de la nuit. »

Unexpected a été présenté à la Philharmonie de Paris le 25 février 2018 à 20 h 30. « Quinze mois après leur dernier concert parisien, Yael Naim et David Donatien reviennent pour une création. Ces deux multi-instrumentistes dévoilent de nouvelles compositions de leur futur album, en compagnie d’invités venus d’horizons pluriels (spectacle vivant et musiques électroniques), dans un parcours entre solo, duo et collaborations originales ».
Yael Naim, voix, piano, guitare
David Donatien, batterie, percussions
Jim Henderson, machines
Jeune Chœur de Paris
Laurent Seuws-Drummer, performance vidéo
Avec la participation des artistes du CCN2 – Centre Chorégraphique National de Grenoble / Yoann Bourgeois

« Un piano, une voix, un tambourin. Puis un refrain entêtant, « lalala… lala ». En 2007, toute la planète a fredonné « New soul » de Yael Naim, d’autant que la marque à la pomme l’a choisie pour enchanter une de ses pubs. Le répertoire folk de cette orfèvre mélodiste ne se réduit pourtant pas à un tube. En novembre 2015, l’artiste au timbre délicat se produit dans la cour des Invalides en hommage aux victimes des attentats du 13-Novembre. Née en France, grandie en Israël où elle effectue son service militaire, Yael Naim a d’abord chanté dans des comédies musicales avant d’entamer une carrière solo ponctuée par quatre albums et trois Victoires de la musique », a écrit Hervé Marchon pour Arte.

« Angélique Kidjo en Concerts volants. Avec Yael Naim, Fatoumata Diawara et Tony Allen »
« Un concert exceptionnel de la diva de l’afro-pop Angélique Kidjo à l’Institut du monde arabe, en avril 2019. Accompagnée par le batteur nigérian Tony Allen et par les chanteuses Fatoumata Diawara et Yael Naim, elle interprète des chansons de son dernier opus « Celia », hommage à Celia Cruz, reine cubaine de la salsa, ainsi que certains de ses plus grands tubes. »
« Franco-béninoise, Angélique Kidjo, l’une des plus belles voix du continent africain, jouit depuis le début des années 1990 d’une reconnaissance internationale ».
« Parallèlement à sa carrière, l’artiste citoyenne, qui s’est racontée dans La voix est le miroir de l’âme – Mémoires d’une diva engagée (Fayard, 2017), sillonne inlassablement le monde en tant qu’ambassadrice de l’Unicef ».
« Les « Concerts volants » lui ont donné carte blanche pour une prestation exceptionnelle en avril 2019 à l’Institut du monde arabe, à Paris ».
« Au cours de la soirée, l’icône de l’afro-pop a interprété des chansons de son dernier opus, Celia, hommage à Celia Cruz, reine cubaine de la salsa, ainsi que certains de ses plus grands tubes ».
« Les chanteuses Fatoumata Diawara et Yael Naim étaient également présentes, tandis que le batteur nigérian Tony Allen, disparu en avril 2020, faisait montre, une nouvelle fois, de la richesse de sa palette de percussionniste ».
« Yael Naim en Release Party – A Bit Of »

Arte diffuse sur son site Internet « Yael Naim en Release Party. A Bit Of » (Yael Naim bei Release Party. A Bit Of). Session enregistrée en novembre 2020.

« Mais à quoi peut bien rêver Yael Naim ? Voici la question à laquelle va répondre ce nouveau numéro de Release Party. Un voyage onirique guidé par les chansons de l’album Nightsongs, dernière création de la chanteuse franco-israélienne. »
« Il émane de Yael Naim, chanteuse mais aussi pianiste et guitariste, une élégance sensuelle, ainsi qu’une douceur évidente. Cette gentillesse désarmante se matérialise avant tout dans la finesse de son timbre, dont les intonations créent une tension dramatique entre gaieté et mélancolie. »
« Dans son premier opus éponyme, Yael Naim dévoilait un folk attachant, chanté en anglais ou en hébreu, sur des ballades aériennes empruntes d’innocence. Depuis ces premiers succès – notamment celui de la chanson New Soul – l’artiste continue de tisser une univers éminent personnel. »
« Cette Release Party nous transporte dans le rêve qui aurait pu donner naissance à Nightsongs, le dernier album de Yael Naim. Peuplée de fantômes, cette déambulation nocturne nous plonge dans la psyché de l’artiste et nous fait découvrir ses regrets, ses souvenirs, ses espoirs… Yael Naim nous emmène avec elle dans ce voyage onirique, nous faisant affronter la nuit à ses côtés avant d’atteindre les premières lumières du jour. »
https://www.arte.tv/fr/videos/101510-000-A/yael-naim-en-release-party/
France, 2020, 3 min
Production : Milgram
Disponible sur Arte du 22/12/2020 au 21/12/2021

France, 2019, 69 min

Sur Arte les 8 mars 2021 à 5 h et 30 mars 2021 à 5 h
Disponible du 26/02/2021 au 07/04/2021
France, Arte F, 2016, 78 min

Sur Arte les 24 mars à 23 h 40, 18 avril 2017 à 5 h, 16 mars 2019 à 0 h 10, 9 avril 2019 à 5 h, 16 mars 2019

Visuels : © Fanny Marotel

 

Les citations sont d’Arte. L’article a été publié le 22 mars 2017, puis les 10 février 2018 et 16 mars 2019.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Escrito por Feliciano Novoa Portela

Esta historia se inicia el 10 de septiembre del año 1883. Ese día, Gian Francesco Gamurrini, director de la biblioteca de la Fraternitá dei Laici, en la ciudad italiana de Arezzo, escribía a un amigo, el arqueólogo De Rossi, un antiguo colaborador del historiador y premio Nobel de Literatura Teodoro Mommsen, que poniendo en orden unos legajos y manuscritos en la biblioteca le había llamado la atención un códice que contenía dos textos en latín. El segundo (Itinerarium o Peregrinatio) contaba un viaje a Oriente y Tierra Santa de una peregrina, cuya lectura, decía Gamurrini, “le hacía perder el sueño”. No era solo por la emoción del hallazgo, sino porque al manuscrito le faltaban hojas, al principio, al final y alguna que otra por el medio, que dificultaban las respuestas a las preguntas que obviamente se hacía y que nos haríamos todos: cuándo se había escrito, quién lo había escrito y cuáles las razones del viaje.

La historia del manuscrito encontrado en Arezzo tiene, como la protagonista, una historia andarina: el códice procedería de la abadía benedictina de Montecasino, el primer monasterio fundado por Benito de Nursia (480 y algo) curiosamente como rechazo al ascetismo excesivo y un poco fanático del Extremo Oriente; allí permaneció hasta por lo menos el siglo XVI, dato que sabemos por un inventario de 1532, que contenía la reseña de un códice cuya primera palabra era “abatisse”, que nuestro bibliotecario identifica de forma acertada con el manuscrito encontrado en Arezzo. En lo que se equivocaba el bibliotecario era en la fecha del documento (la copia del original) que fecha en el siglo VIII o IX, pero que hoy sabemos, por estudios paleográficos, que es del siglo XI.

A principios del siglo XVIII el manuscrito aparece en la ciudad de Arezzo en el monasterio también benedictino de santa Flora y santa Lucilla y allí lo ve en 1788 y lo cuenta después, en uno de sus relatos, un erudito viajero (como lo eran o lo querían ser todos los viajeros ilustrados empeñados en hacer un mapa absoluto del mundo) de nombre Angelo Di Constanzo y de intrincada vida. En 1810, el emperador Napoleón suprime numerosos monasterios y decide que sus fondos bibliográficos pasen a las bibliotecas públicas. De esa forma el manuscrito hace su último y corto viaje a la biblioteca de la Fraternitá dei Laici de Arezzo, donde nuestro afortunado bibliotecario lo encontró.

El texto solamente da una única pista para saber de dónde era nuestra viajera. En un momento dado leemos que el obispo de Edesa se dirige a la peregrina con las siguientes palabras: “Porque veo que tú, hija, por “motivos religiosos”, te impusiste el esfuerzo de venir de las “extremidades de la tierra” a estos lugares.”

¿Pero de dónde exactamente? La contestación ha dividido a los estudiosos hasta el día de hoy: los que creen que la patria de la desconocida peregrina era algún lugar de la Galaecia ibérica y los que, por el contrario, se inclinan por pensar que los “extremos de la tierra” a los que se refería el obispo sirio estaban en algún lugar de la Francia meridional: Gamurrini creía que se trataba de Silvia o Silvina de Aquitania, opinión que fue dada por cierta durante más de veinte años. Pero en 1903, un benedictino francés llamado Mario Férotin, que era bibliotecario del monasterio de santo Domingo de Silos, relacionó por primera vez (hay que decir en honor a la verdad que el primero había sido el P. Enrique Flórez, autor de esa verdadera joya que es la España Sagrada) a la autora del manuscrito de Arezzo con Egeria, en concreto, escribe, con la “monja” de la que habla san Valerio en su famosa Carta dirigida a los monjes del Bierzo en el año 680: “inflamada con el deseo de la divina gracia emprendió con intrépido corazón y con todas sus fuerzas un larguísimo viaje por todo el Orbe” y termina con un maravilloso párrafo, que constituye toda una incitación al viaje y a la vida, “Caminad mientras tengáis luz, para que no os envuelvan las tinieblas”.

Aunque el monje berciano en ningún momento señala que Egeria fuera autora de ningún manuscrito, una lectura atenta de la carta ha hecho pensar que era ella, sobre todo porque coinciden los lugares que el obispo del Bierzo dijo que había visitado la gallega peregrina, con los que recoge el Itinerarium para llegar a Constantinopla, la Nitria y la Tebaida, el Sinaí, el monte Nebó, Jerusalén, Menfis, Heliópolis, Nazaré, el país de Gessén…

La lingüística también ha reafirmado la procedencia hispana de nuestra peregrina, ya que la mayor parte de los estudiosos ha señalado que algunos términos utilizados en el manuscrito tienen correspondencia con el castellano actual, aunque en el texto aparecen varios galicismos que bien podrían, por el contrario, confirmar la ascendencia gala de la empeñada viajera.

En fin, podemos decir lo que dijo, en su día, el sabio gallego Manuel Díaz y Díaz, sobre que, si bien es la opinión generalizada y aceptada por la gran mayoría de los estudiosos que la autora del manuscrito de Arezzo es una habitante de la Galaecia peninsular, tal afirmación “no aparece al abrigo de ulterior discusión”.

Menos problemas plantea la fecha del viaje de nuestra peregrina, aunque podríamos decir lo mismo que acabamos de señalar para su origen. Gamurrini la fijó en el 385 y a partir de ahí se barajaron distintas fechas, y si bien algunos autores como Aimé Lambert da la fecha entre el 414 y 416 o Karl Meister, que data el viaje entre el 533 y el 540, la mayor parte de los investigadores lo sitúan a finales del siglo IV. Uno de ellos, el jesuita Paul Devos, da por fin una fecha definitiva y aceptada por todos, hasta ahora, entre el 381 al 384, lo que parece probable.

Pero ¿cómo era esta persona capaz de viajar desde el fin de la tierra hasta Oriente en el siglo IV? El diario nos proporciona algunos datos de los que podemos entrever su condición: era una mujer con recursos económicos, tanto como para financiarse un viaje de tres años con un séquito de ayuda personal y una total despreocupación por todo lo relacionado con la manutención y el dinero; pero, además, era una persona significada socialmente y políticamente con buenos contactos en los ambientes políticos de Oriente y también en los eclesiásticos, lo que explica que posea un pasaporte oficial que le permite utilizar los servicios del Cursus publicus (la posta imperial), disfrutar de albergues de carretera, cabalgaduras de refresco, contar con la ayuda de presbíteros y hombres de la iglesia que le salen al paso para ayudarla constantemente y gozar de una  protección militar que utiliza en ocasiones: por ejemplo, para ir desde la fortaleza de Clysma, cerca de la actual Suez, en la tierra de Gosén, a Tanis –la bíblica Zoán, donde había nacido Moisés y a cuyos príncipes el profeta Isaías llamó necios– nuestra peregrina es acompañada por, dice ella misma, “soldados y oficiales del ejército imperial que nos llevaban siempre de un punto militar a otro”.

Esas facilidades con las que contó Egeria han provocado que se la relacionara con otro personaje contemporáneo suyo y originario de la Galaecia, el emperador Teodosio, incluso algunos de esos historiadores han señalado que Egeria hizo el viaje aprovechando el del emperador a Constantinopla con motivo del concilio que se iba a celebrar en entre mayo y julio del año 381 en la capital de oriente.

Otra hipótesis que no invalida la anterior es la pertenencia de Egeria al enorme grupo de seguidores del carismático, culto y aristocrático Prisciliano, otro habitante de la Galaecia, que predicaba sus ideales ascéticos de raigambre oriental sobre todo entre las clases acomodadas peninsulares, con el objetivo de restablecer el cristianismo primitivo. El intento priscilianista encontró fuerte resistencia en la Iglesia “oficial” que lentamente iba construyendo la ortodoxia y que no dudó en condenarle a morir en el 385, aunque sus ideas pervivieron por mucho tiempo, pese a los esfuerzos de personajes como Martín de Dumio que vino a Galicia en el 550 para acabar con la “epidemia”, como Ramón Menéndez Pidal llamó a las enseñanzas priscilianistas, y prohibir a los gallegos,  entre otras cosas, encender luces en las encrucijadas: fracasó en parte, porque no impidió que al pie de los cruceiros apareciera cera negra, cuyas gotas son las almas de los condenados al “infierno frío” (Álvaro Cunqueiro).

Egeria no era un caso excepcional. Sabemos del nombre de otras peregrinas occidentales, hispanas y no hispanas, que en el siglo IV, un siglo de crisis, pensaron que era en Tierra Santa donde debían vivir: María, cuñada del emperador Teodosio; sus hijas Termancia y Serena; y las viudas Melania y Poemania, son algunas peregrinas hispanas que se dirigieron a Tierra Santa, uniéndose a otras muchas que desde Europa hicieron también del viaje a oriente por parecerles la forma más cristiana de seguir al pie de la letra el mandato evangélico: la primera santa Elena, también santa Paula, que acompañó a san Jerónimo a Jerusalén, Eutropia, Marcela… un verdadero diluvio. San Jerónimo escribe de ellas así: “Hace poco hemos visto algo ignominioso, que ha volado por todo el Oriente: la edad, la elegancia, el vestir y el andar, la compañía indiscreta, las comidas exquisitas, el aparato regio: todo parecía anunciar las bodas de Nerón o de Sardanápolo”, el último rey de Asiria que dedicó su vida al lujo y al placer y en cuya tumba se podían leer estas palabras: “Come, bebe, juega, y cuando te des cuenta de que eres mortal disfruta de las delicias presentes. El alma tras la muerte no tiene ningún placer”.

Franco Cardini ha dicho que a esa muchedumbre de matronas que había inundado Jerusalén en los tiempos de Jerónimo habría que relacionarla con un fuerte movimiento de emancipación femenina que al final del Imperio fue promovido por mujeres de las clases acomodadas. De lo que no cabe duda es que fueron ellas las que constituyeron los pilares sobre los que se apoyaron las bases de la posterior y trascendente peregrinación cristiana.

Hay muchas hipótesis sobre quién podía ser Egeria, pero tenemos más certezas sobre cómo era:

Curiosa: le interesa todo y por eso lleva siempre lo ojos bien abiertos, como ella misma dice: los recuerdos de la Biblia, las tumbas de los mártires, los monasterios, disfruta de los paisajes, de las montañas, de agua, de las fuentes.

Intrépida, no se queja, no se cansa, no tiene miedo: “Si estoy viva después de esto y si puedo conocer otros lugares, lo contaré a vuestra caridad personalmente, si Dios se digna concedérmelo”. Son muchas las fuentes que hablan del peligro del viaje en esa época, y en cualquiera, y en concreto en la zona que visita llena de bandidos, hombres del desierto (“los sarracenoi”, de los que sabemos que atacaron e insultaron a otra famosa peregrina, Poemenia, después de cortarle un dedo a uno de sus eunucos y de matar a otro).

 

Natural, entusiasta, sensible como para dirigirse a sus “hermanas” llamándolas reiteradamente lumen meun: mi luz, luz de mi vida. Era además irónica: cuando se encuentra con el obispo de Segor (lugar que en el Génesis aparece con el nombre de Bela) este le muestra el lugar donde posiblemente quedó convertida en sal la mujer de Lot. Egeria escribe a sus “hermanas” diciéndoles: “Pero creedme, cuando nosotros inspeccionamos el paraje, no vimos la estatua de sal por ninguna parte, para qué vamos a engañarnos”. La ironía de nuestra monja refuerza la idea de su galleguidad, aunque el dato tampoco es muy científico.

Pero, además y, sobre todo, Egeria fue una excelente escritora que inventa o contribuye en gran medida al desarrollo del género de la literatura de viaje: nadie como ella había narrado una experiencia personal de viaje. Escribe con un estilo muy cuidado, con una cierta elaboración literaria y detalladas y excelentes descripciones, a veces con tintes poéticos, capaces de despertar la curiosidad de quien lee, como cuando habla de las ruinas de una ciudad de las que dice que parecen infinitas o cuando lo hace de la arquitectura bizantina valorando estética y artísticamente sus características o los criterios que guiaban su construcción, o como cuando se refiere y analiza las imágenes y los símbolos, que ve y que tanto han contribuido al estudio de la iconografía del primer cristianismo; o cuando se refiere como si fuera una moderna información turística a los bellos jardines de las riberas del Nilo, o de los viñedos y arboledas del valle del Jordán que poseen, dice, “grandes cimientos antiguos”. O a la forma que tenían los faranitas (seguro que aún lo hacen) de señalizar por la noche el camino del desierto sin perderse. En ese sentido, alguna autora ha dicho de ella que le debemos el reportaje en vivo al describir, casi hora por hora, su subida al Sinaí.

Así pues, sabemos que la autora del Itinerario se llamaba Egeria, que probablemente era de la Galecia peninsular, que pertenecía a una clase acomodada, que era culta y escribía bien.

¿Cuáles fueron las razones de su viaje? La más importante es obvia, su viaje es la expresión de la vida religiosa con la que trata de aumentar la fe, para encontrar a Dios –“vivir como viajeros”, dijo san Pedro– y por eso visita los lugares donde había ocurrido lo maravilloso, las tumbas donde descansaban para siempre los personajes de la Biblia o los paisajes por los que estos mismos personajes pasaron: “Y ese camino que veis pasar entre el río Jordan y este pueblo, es el camino por el que regresó el santo Abraham después de la muerte de Codollagomor, rey de las naciones, en Sodoma, cuando le salió al encuentro el santo Melquisedec, rey de Salem”.

Pero había también en nuestra peregrina otras razones para el viaje que podríamos calificar de laicas o mejor ancestrales, ir de aquí para allá, un nomadismo como forma de vida que Egeria deja reflejado en este pasaje de su memoria viajera: “Llegué a Constantinopla dando gracias a Cristo nuestro Dios, porque, indigna cual soy y sin merecimientos, se dignó concederme tan gran favor como el de haberme dado el deseo de viajar”.

El Itinerarium que, como dijimos al comenzar, ha llegado a nosotros incompleto en sus primeras y últimas páginas, termina con estas palabras: “Desde este lugar dueñas mías y luz de mi vida, mientras escribía esto a vuestra caridad ya tenía el propósito de ir en nombre de Cristo nuestro Dios a Éfeso, en Asia, para orar en el sepulcro del santo y bienaventurado apóstol, Juan. Si después de esto aún estaré viva y si además podré conocer otros lugares, lo referiré a vuestra caridad; o yo misma presente, si Dios se digna concedérmelo, o ciertamente os lo comunicaré por escrito si otra cosa me viene al espíritu. Entretanto, señoras mías y luz de mi vida, dignaos acordaros de mí, sea que esté viva o sea que haya muerto”.

Aquí acaba todo, sin que sepamos qué pasó después. Un final abierto que sirve para plantearnos otra vez la misma pregunta que llevamos haciéndonos desde siempre, una pregunta sobre el viaje y la vida, la misma pregunta que el escritor Novalis le plantea también al protagonista de su novela, Enrique de Ofterdingen: “¿Adónde os dirigís?” “Siempre hacia casa, contesta”. Un viaje circular del que Claudio Magris, un escritor dado a los viajes, dice que se sale de casa, se atraviesa el mundo y se vuelve, pero a una casa muy diferente de la que uno partió y probablemente siendo otra persona.

Hay otra idea sobre el viaje y la existencia, la de aquellos que piensan que en el viaje de la vida no hay vuelta atrás, siempre hacia delante, hacia una nada infinita.

La verdad es que no sabemos nada, que estamos ciegos, pero quizás no es conveniente en los tiempos de zozobra que corren quedar instalados en esta duda existencial de difícil solución –decía Carlos Marx que la humanidad solo se hace preguntas para las que no hay ni habrá solución–, así que mejor echamos mano de la literatura que por lo menos nos permite darle un buen final al viaje de nuestra peregrina: el escritor catalán Joan Perucho cuenta en Las aventuras del caballero Kosmas que a la vuelta de su viaje Egeria se enamora del citado caballero en Barcelona, pero, encantada por el demonio Arnulfo, desaparece, se diluye entre las páginas de un código de san Braulio de Zaragoza. Solamente se libra del hechizo cuando muere Kosmas, y aparece ya como un fantasma delante de Egeria, la dama de misterioso destino, sonriente y con lágrimas en los ojos, mientras canta el rossinyol.

 

[Fuente: http://www.fronterad.com]

Que reste-t-il, vingt ans après sa mort, du Fou chantant comme on pouvait le surnommer ? Quelques films où il fait l’acteur, près de 1000 chansons originales, un musée à Narbonne dans sa maison natale et beaucoup, beaucoup de reprises, dans sa « Douce France » qu’il a tant chanté et dans le monde entier.

Charles Trenet sur la scène du théâtre des Champs-Élysées à Paris, septembre 1987.

Écrit par Marjorie Bertin

Pour beaucoup d’auteurs compositeurs francophones, Charles Trenet qui disparaissait le 19 février 2001, est une influence, un artiste incontournable, une « révolution » dans la chanson française, à laquelle il a apporté le swing et une certaine idée de la poésie, libre, populaire, qui transforme la réalité à chaque coin de rue.

La reconnaissance des artistes est grande et éclectique : Léo Ferré disait qu’il était « le plus grand, le seul qui m’ait vraiment surpris » ; Jacques Brel affirmait que « sans lui nous serions tous des experts-comptables » ; Alain Souchon le voit comme une religion. Quant au rappeur Booba, il trouve dans son écriture « des flashes, des univers, des ambiances » (Libération, 24/11/2013) !

Fervent admirateur aussi, Jacques Higelin le chante pendant plus d’un an avec la série de concerts Higelin enchante Trenet qui donnera, en 2005, un disque live éponyme sur lequel il reprend des classiques surréalistes comme Le Jardin extraordinaireLe Soleil et la Lune ou encore Boum !

Dix ans plus tard, c’est Benjamin Biolay qui s’empare du répertoire du « fou chantant » pour un album studio qu’il réalise avec le guitariste et pianiste Nicolas Fiszman et le percussionniste Denis Benarrosh. Loin de puiser dans le Trenet surréaliste, c’est le Trenet des villes que Biolay célèbre sur l’album Trenet (2015).  Il interprète des ritournelles comme La Romance de Paris, Coin de rueEn avril à ParisLe Grand Café et bien sûr Revoir Paris arrangées avec élégance et sobriété. Benjamin Biolay fait dans la dentelle pour célébrer celui dont il évoque l’écriture en ces termes « Apprendre les accords de Trenet, c’est apprendre une langue étrangère. Ses mots sont d’une grâce absolue ».

Une pluie d’hommages donc. Mais pas seulement. Certaines reprises sont parfois moins policées. Charles Trenet, c’est aussi une certaine image de la France, un répertoire parfois perçu comme un brin réactionnaire, des soupçons de Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale…

Trenet, c’est parfois un style suranné, perçu même comme un peu niais. Ainsi sur GabyAlain Bashung détourne-t-il un vers de La Mer avec une ironie mordante « Tu veux qu’j’te chante La Mer ? Le long, le long, le long des golfes, pas très clairs », soulignant que la vie n’est pas si douce et métamorphosable que dans les chansons du poète.

Mais la reprise la plus « punk » est certainement celle de Douce France par Carte de séjour en 1986. Alors que la France renforce ses lois migratoires et que le Front national conquiert ses premiers sièges à l’Assemblée nationale, Rachid Taha se fait accompagner à la basse, à l’oud et à la derbouka, pour une reprise rock et raï de la chanson la plus rurale et, peut-être, la patriotique du poète… Un choix totalement assumé par Rachid Taha« C’est par ironie pour une France qui justement n’était pas douce pour les immigrés que nous avons choisi ce titre », dit-il. Et pourtant, les mots mouvants, pas du tout figés passent très bien sur cette nouvelle orchestration et prennent une nouvelle dimension. Preuve s’il en était besoin que Trenet et sa musique ne sont peut-être pas si réactionnaires… Mais le « fou chantant » est un habitué des moqueries, de l’ironie et aussi du désamour du public, qui le poussera à plusieurs reprises à voguer Outre-Atlantique.

Des reprises en Amérique du Nord

Ses nombreux voyages en Amérique ne seront pas stériles. Les chansons de Charles Trenet y sont très souvent reprises. En effet, si Charles Trenet s’est beaucoup inspiré du jazz, et notamment du swing, le jazz le lui a bien rendu. Nat King Cole, Chet Baker mais aussi Frank Sinatra se sont, par exemple, emparés de Que reste-t-il de nos amours, devenue I wish you Love (Je te souhaite de l’amour).

La chanson est si populaire en Amérique que Judy Garland, reine de Hollywood, reprend elle aussi I wish you love dans une version très romantique pour la télévision américaine en 1963. Ce titre véhicule aussi une certaine idée du romantisme à la française. Le crooner Johnny Matis qui l’interprète, en 1978, en duo dans une version franco-anglaise avec Dalida l’avait bien compris.

Les notes du « fou chantant » voguent jusqu’au Japon où sa musique et ses paroles coïncident, dans les années 1970 avec un désir de liberté. Par ailleurs, les spectres, si chers à l’écriture de Trenet – en bon disciple d’Oscar Wilde et de Jean Cocteau- sont aussi très importants dans la culture japonaise.

Une chanson comme Le Revenant, évocation des fantômes, réels ou imaginaires, de l’enfance, avait donc toutes ses chances pour être reprise – étrangement entrecoupée d’un morceau de Bach-, par la chanteuse populaire nippone Kumiko.

Mais la chanson la plus adaptée du « fou chantant » est incontestablement La Mer, dont il existerait environ 4000 reprises ! De Julio Iglesias, à Benny Goodman en passant par Stevie Wonder et bien sûr Georges Benson en 1985 (dans une version que Trenet estimait comme celle aux meilleurs arrangements), le swing de cette ode aux flots bleus, écrite en vingt minutes à bord d’un train dans le Sud de la France, n’en a pas fini de résonner en anglais.

Et même, avec le Britannique Robbie Williams qui l’interprète dans la bande originale du dessin animé Le monde de Nemo des studios Pixar, qui raconte, les aventures…d’un poisson clown ! Le chanteur Mika est aussi un admirateur de Charles Trenet. En 2015, il enregistre une adaptation de Je chante, qui fait l’éloge du vagabondage poétique, à travers un clip mettant en scène un voyage ferroviaire surréaliste. Une apologie de la liberté dans laquelle le train, à ciel ouvert, traverse des paysages de France époustouflants et rencontre notamment des chevaux et des astronautes !

Vingt ans après sa mort, Charles Trenet n’en a pas fini d’être ré-en-chanté !

[Photo : Getty Images/Frédéric Reglain – source : http://www.rfi.fr]