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Ça commence comme dans un film de Nurith Aviv. C’est normal : Rosie Pinhas-Delpuech est traductrice de l’hébreu et vit depuis toujours entre les langues, turc, français, allemand, hébreu… L’auteure de ce beau et dense récit nous plonge dès l’introduction dans l’enchevêtrement linguistique de la Babel israélienne. Nous sommes dans un bus de nuit quittant Tel Aviv, et les langues semblent surgir de partout, suivant toutes les strates de l’histoire du pays. De ce « brouhaha » émerge progressivement le questionnement autour de l’hébreu, langue « réinventée » pour les besoins d’une nation tout juste « imaginée », à l’aube du développement du sionisme. Mais plutôt que de s’intéresser à des personnages tutélaires comme Eliezer Ben Yehuda (l’auteur du Dictionnaire de la langue hébraïque) ou Bialik (le poète national d’Israël), Rosie Pinhas-Delpuech choisit de nouer cette interrogation à la figure tragique et beaucoup plus conflictuelle de Yosef Hayim Brenner, né dans l’Empire russe en 1881, à l’époque où débutent les grands pogroms tsaristes, et mort en Palestine en 1921, assassiné lors des émeutes arabes dans la région de Jaffa.

Y. H. Brenner par Rosie Pinhas-Delpuech : une langue en quête d'auteur

Yosef Hayim Brenner

Rosie Pinhas-Delpuech, Le typographe de Whitechapel. Comment Y.H. Brenner réinventa l’hébreu moderne. Actes Sud, 192 p., 16,50 €

Écrit par Carole Ksiazenicer-Matheron

De façon également oblique, l’auteure privilégie dans ce portrait, ne serait-ce que par le titre du livre, la figure de l’émigrant d’Europe de l’Est, déjà écrivain hébraïque reconnu lorsqu’il fuit le service militaire russe en 1904, mais encore tout imprégné de sa langue maternelle, le yiddish, qu’il transporte avec lui sur les rives de la Tamise, dans le ghetto juif de Whitechapel — ce quartier de prolétaires visité et décrit à la même époque par Jack London, où transitent en chemin vers l’Amérique les héros de Sholem Aleykhem, où rôde l’ombre de l’Étrangleur et où la Lulu de Wedekind finit sa course dans une mansarde sombre.

Commencé dans l’obscurité de ce voyage de nuit en Israël, le récit se poursuit dans la luminosité d’un rivage grec où viennent s’échouer d’autres migrants, nos contemporains : car raconter l’histoire d’une langue nécessite pour la narratrice d’évoquer d’autres histoires, d’autres langues, y compris les siennes propres, et de parcourir (ou d’imaginer) des temps et des espaces pluriels. Le dernier chapitre du livre, « Héritage », reconstitue des tracés où ces itinéraires peuvent se croiser, au moins imaginairement, à travers des coïncidences, géographiques ou temporelles, comme ce Manchester où le père de l’auteure, né à Istanbul en septembre 1914 (deux mois après le fils de Brenner en Palestine, précise la narratrice), vient visiter les filatures de coton où travaillent des ouvriers exploités dans des conditions épouvantables. Brenner quant à lui a quitté l’Europe en 1909 pour la Palestine ottomane, où il partage toutes les difficultés des pionniers et pose les premières fondations d’une littérature moderne dans une langue qui se crée en même temps que les livres s’écrivent.

À travers l’enquête biographique et l’interrogation sur la langue de l’un des créateurs principaux de la littérature hébraïque moderne se dessine, comme en ombres chinoises, un parcours de traductrice et d’écrivaine, mais aussi de voyageuse sans frontières entre les idiomes, les lieux, les identités, dont le rapport à la langue de traduction, l’hébreu, devient le fil conducteur d’une existence consacrée aux mots, à la lettre, à la parole, mais aussi aux êtres qui en sont les porteurs. « En 1988, pour des raisons aussi lumineuses que profondément obscures, je commence à traduire l’hébreu en français, et le destin de l’être humain entre les langues devient mon affaire. » Ainsi les réflexions de la narratrice, les impressions concrètes, les parallélismes entre les situations historiques ou géographiques créent-ils une sorte de toile ramifiée d’associations et d’affinités électives, de rimes entre les différents chronotopes, vécus, imaginés, lus.

Comme cette longue déambulation associative qui, à partir de l’évocation de Whitechapel, à la fois chez Brenner et chez Jack London (auteur d’un reportage célèbre sur l’East End), puis dans les termes plus scientifiques des documents consultés pour l’enquête, débouche sur la comparaison avec des lieux et des communautés d’aujourd’hui, tout aussi délaissés : des Latinos à Harlem qui vendent leur bric-à-brac sur un trottoir, des familles chinoises du Lower East Side qui rusent avec la loi américaine sur l’immigration, des immigrés juifs du Yémen à Tel Aviv qui laissent leur quartier à des Philippins ou des Thaïlandais venus remplacer les travailleurs palestiniens pendant l’Intifada. En deux pages, une chaîne de mots et de solidarités se crée, esquissant en contrejour les contours d’une sensibilité narrative quasi fictionnelle, dans sa richesse subjective et associative.

Avec l’évocation de la figure de Brenner, il s’agit d’un voyage où lumière et obscurité se succèdent ou s’interpénètrent, tant sa courte vie semble synthétiser et exacerber les tensions, les aspirations, les contradictions voire les impasses d’une génération et d’une histoire collective : celle de la deuxième Aliyah (1904-1914) mais aussi, avant tout peut-être, celle de cette modernité juive ashkénaze qui se développe au prisme des langues, des textes, des exils et des migrations. On sait par la correspondance de Kafka que celui-ci lisait un roman de Brenner en hébreu, durant les derniers mois de son existence, passés à Berlin en compagnie de Dora Dymant ; Kafka qui meurt lui aussi de façon prématurée, peu de temps après Brenner et à peu près au même âge, et qui a tant de traits en commun avec lui : l’inquiétude existentielle liée en grande partie à son judaïsme, l’activisme littéraire et linguistique, la difficulté d’aimer les femmes, la férocité de l’autonégation.

Parmi les multiples métamorphoses d’une vie de labeur et de misère, consacrée avant tout à l’écriture et à la reviviscence de l’hébreu, mais traversée également par l’errance et l’engagement, deux pôles sont mis en valeur par Rosie Pinhas-Delpuech, qui soulignent la communauté d’expérience avec l’émigration ashkénaze de tendance socialisante : la pépinière anarchiste de Whitechapel et l’activité de typographe qui permet à Brenner de gagner son pain et d’éditer par la même occasion sa propre revue en hébreu, Ha-Méorer (« L’Éveilleur »). Indéniablement l’accent est mis sur cette matrice de créativité à la fois politique et littéraire, qui efface les frontières, nuance la guerre entre les langues (le yiddish et l’hébreu s’affrontant ouvertement lors de la conférence de Czernowitz en 1908) au profit de stratégies jumelles d’émancipation, toujours aimantées par le souci commun de l’identité collective juive et de la lutte aux côtés des plus défavorisés.

Rosie Pinhas-Delpuech trouve dans cette culture bilingue et souvent polyglotte, dans ce bouillonnement anarchiste et dans ces luttes sociales au plus près de la confection et de la diffusion matérielle du livre, qu’il soit hébreu ou yiddish, une façon de ré-enraciner finalement l’hébreu dans la culture européenne, de le soustraire aux mythes étatiques, de le ré-ensauvager à travers la figure d’un auteur qu’elle qualifie elle-même d’ « Aborigène juif » : quelque chose comme la définition de la littérature mineure chez Deleuze et Guattari à propos de Kafka, ou comme la lecture de ce même Kafka « en colère » par Pascale Casanova. Une volonté aussi de restituer des filiations, des racines diasporiques et modernistes à cet hébreu qui est finalement celui des « tables brisées », comme le montre un audacieux parallélisme, au centre du livre, faisant du « marbre » du typographe un équivalent des pierres écrites par Dieu au mont Sinaï, le lieu symbolique d’émergence de cette langue « vieille-nouvelle », langue sacrée se faisant profane et d’usage quotidien.

Y. H. Brenner par Rosie Pinhas-Delpuech : une langue en quête d'auteur

Il y a chez l’écrivaine biographe une fascination évidente, une forme d’enthousiasme, dans cette mise au jour concrète des liens quasi génétiques unissant hébreu et yiddish, « langue du père » et « langue de la mère », à travers l’histoire de la diaspora ashkénaze et de ses chemins qui bifurquent, poussant vers l’Amérique ou la Palestine, suivant des dessins parfois aléatoires, mais le plus souvent nécessaires, liés à des choix existentiels profonds. Bien des fils sont tirés et suivis dans cette immense toile de réseaux et de circulations qui caractérise la renaissance juive au tournant du siècle. Whitechapel y apparaît comme à la fois central et périphérique, une sorte d’hétérotopie : exact équivalent du Lower East Side new-yorkais, avec ses sweatshops, ces ateliers de couture manufacturés ou à domicile, qui évoquent aussi bien Manchester que Lodz, le « Manchester polonais », romancé par Reymont dans La Terre promise et par Israël Joshua Singer dans Les frères Ashkenazi. Au moment où Brenner est à Londres, les poètes prolétariens comme Morris Rosenfeld ou Dovid Edelstadt tentent à New York de traduire en rimes l’exploitation des immigrants juifs tout juste débarqués du bateau. Ce sont ces poètes que Kafka introduit en 1912 dans son Discours sur la langue yiddish auprès de son public de juifs pragois assimilés.

Tentons à notre tour de poursuivre quelques fils à partir de la trame évoquée par le livre. En ce qui concerne la presse yiddish, dont les tirages augmentent régulièrement, Rosie Pinhas-Delpuech mentionne Morris Winchewski, journaliste et poète prolétarien ; après son séjour à Londres il aide Abraham Cahan à New York à fonder le Forverts, le Jewish Daily Forward, qui accompagnera l’évolution de la société juive américaine tout au long du XXe siècle. Lamed Shapiro, l’auteur yiddish des pogroms et de New Yorkaises a, quant à lui, rencontré Brenner à Londres en 1905, lorsqu’il y fait une longue escale en chemin vers l’Amérique. Il l’évoquera après la mort tragique de l’écrivain dans un chapitre de son recueil d’essais, Der Shrayber geyt in kheyder (L’écrivain va à l’école), mentionnant au passage la figure de Rudolf Rocker qui retient longuement l’attention de Rosie Pinhas-Delpuech, intéressée par ce melting-pot interculturel. Anarchiste allemand, il apprend le yiddish et fréquente les typographes juifs, et Shapiro évoque également son rôle à l’Arbeter Fraynd, le journal anarchiste, puis dans la création d’un journal concurrent, l’Arbeter Velt, dont Brenner assure en grande partie, semble-t-il, la rédaction en yiddish. Lamed Shapiro, comme Kafka, a des affinités électives avec Brenner, par son nietzchéisme de jeunesse, son pessimisme radical, son nationalisme spirituel lié à la notion d’autodéfense, mais surtout à la cause des opprimés : ce peuple dont Brenner dit qu’il est à la fois sans terre et sans langue ; ce qui peut sembler paradoxal pour une communauté souvent polyglotte, mais dont Kafka fait à son tour une des caractéristiques principales des littératures mineures et des écrivains juifs condamnés à l’exil intérieur.

On pourrait ajouter à titre d’exemple supplémentaire de cette proximité entre intellectuels, par-delà le choix des langues, qu’Aaron Zeitlin, l’un des plus grands poètes yiddish, écrit en 1927 un drame intitulé Brenner, précisant dans une didascalie qu’il s’agit d’une restitution « imaginée » de la figure de l’écrivain. Cependant, il a pu s’inspirer des souvenirs de son propre père, Hillel Zeitlin, ami de jeunesse de Brenner à Homel, en Russie, lorsque le jeune auteur hébraïque est à la fois « amant de Sion », bundiste et par-dessus tout, écrit Zeitlin père, tolstoïen. La pièce écrite après le voyage en Palestine d’Aaron en compagnie de son frère très peu de temps avant la mort de Brenner, nous livre une image radicalement désespérée et nihiliste de cet alter ego de l’écrivain, évoquant par moment un Otto Weininger par la haine de soi, la défiance envers les femmes et l’amour-haine ambivalent projeté sur le peuple juif, dont il assure porter douloureusement le destin collectif sur ses épaules.

On retrouve là une des images fortes du livre de Rosie Pinhas-Delpuech, qui fait de Brenner le porteur de la langue et des livres à destination d’un peuple à venir, celui qu’il ne fait que pressentir, tel Moïse qui ne verra pas s’ouvrir devant lui la Terre promise (l’identification implicite entre Moïse et Brenner est très présente dans le livre et mériterait un développement à part). Résonnent alors pour nous les dernières phrases de ce texte inspirant : « Brenner est un horizon. Il est rare que dans toute l’histoire de l’humanité un homme ait pris une langue sur son dos pour sortir de la détresse et la faire vivre pour lui et pour les autres. Avec la pente toujours proche et le compte jamais fini ».

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Segon l’UNÈSCO, la majoritat de las 90 lengas autoctònas parladas en Canadà son consideradas en vias de desaparicion

Aluki Kotierk, que participa a un grop de trabalh de l’ÒNU sus la preservacion de las lengas autoctònas, demanda que la lenga inuit siá oficiala en tot Canadà al meteis nivèl que l’anglés e lo francés, çò rapòrta Radio Canada. De soslinhar que dempuèi 2013 aquela oficialitat es en vigor al territòri de Nunavut, ont la lenga es parlada pel 70% dels abitants. Jos la denominacion de “lenga inuit” se reconeis doas varietats: l’inuktitut (parlat per la majoritat dels inuits del territòri) e l’inuinaqtun.

Segon l’UNÈSCO, la majoritat de las 90 lengas autoctònas parladas en Canadà son consideradas en vias de desaparicion. Per aquela rason, Kotierk assegura que se sa proposicion foguèsse acceptada, i auriá de ressorsas adeqüatas per sosténer la lenga inuit e mai totas las autras lengas.

Kotierk es una representanta inuit al Grop de trabalh mondial de l’UNÈSCO, que cèrca de reviscolar e protegir las lengas autoctònas del Mond entièr, menaçadas coma fòrça lengas autoctònas en Canadà. Per ara, coneissèm pas cap d’accion envèrs l’occitan.

 

 

[Imatge: https://bit.ly/3nBWjCp – sorsa : http://www.jornalet.com]

Près de 200 mots de notre langue nationale viennent de cette langue celtique.
Écrit par Michel Feltin-Palas
Sauriez-vous décrire les liens qui unissent le gaulois et le breton ? Peut-être pas, et nul ne saurait vous le reprocher puisque, sauf exception, l’école publique n’aborde jamais ce type de sujets. D’où l’utilité de l’ouvrage très pédagogique et abondamment illustré que viennent de publier Nicolas et Serge Buanic, deux frères passionnés de linguistique (l’un est diplômé de l’école nationale des chartes, l’autre titulaire d’un DEA de l’école des langues orientales), Les Mots bretons dans la langue française (1).
Or donc, voici. Avant l’arrivée des Romains vivaient dans les territoires qui allaient respectivement devenir la France (2) et la Grande-Bretagne des Celtes qui, c’est logique, parlaient des langues celtiques. Plus tard, on appellera Gaulois les Celtes de Gaule et Bretons les Celtes de Grande-Bretagne, sachant que, c’est tout aussi logique, les premiers parlaient le gaulois et les seconds le brittonique – deux variantes des langues celtiques.
Projetons-nous maintenant au Ve siècle, au moment de la chute de l’Empire romain. À cette époque, chez nous, le gaulois a été supplanté par le latin. En revanche, le brittonique a résisté outre-Manche, où les Romains étaient moins nombreux. À ceci près que ces Bretons-là ont dû alors faire face à d’autres envahisseurs, venus des terres germaniques, notamment les Angles et les Saxons. La pression fut si forte qu’une partie des « Bretons » durent émigrer vers « notre » Bretagne, et ce avec des effectifs tels qu’ils parvinrent à y imposer leur fameux brittonique.
Si vous avez bien suivi, le breton n’est donc pas un descendant direct du gaulois, lequel a disparu corps et biens, mais d’une autre langue celtique – le brittonique, donc – importée sur place par un peuple venu de Grande-Bretagne.
L’Histoire, toutefois, ne s’arrête jamais. Dans les siècles qui suivent, les Bretons étendirent leur territoire plus à l’Est, jusqu’aux duchés de Nantes et de Rennes. Ils fondèrent un royaume unifié, dans lequel ils diffusèrent leur langue. Avancée éphémère : à mesure que s’affirma le pouvoir du roi de France, le breton recula vers l’Ouest au profit du français, bien sûr, mais aussi d’une autre langue d’oïl : le gallo.
Tout cela signifie que, depuis des siècles, le français est en contact avec le breton et qu’il en est résulté des échanges réguliers, plus riches qu’on ne le croit parfois. Selon les frères Buanic, pas moins de 171 mots venus du breton se seraient ainsi introduits dans notre langue nationale. Il en est de célèbres, tels « bagad », « biniou », « chouchen », « dolmen » ou « menhir » – ces deux derniers ont même été adoptés dans un grand nombre de langues étrangères. Il en est de moins connus. « Balai » est ainsi issu de balan qui signifie « genêt » (la fabrication de balais de genêts devint une spécialité bretonne dès le Moyen Age). « Bijou » vient de bisou (ou bizou), qui signifie « bague de doigt ». « Cohue » provient de koc’hu (ou koc’hui) qui équivaut à « halle ». Et bien évidemment, dans la mesure où les Bretons ont toujours été de grands marins devant l’Eternel, on en trouve à foison dans le registre maritime avec « goélette », « bernique », « goémon », « darne » ou « aber ».
Il en est enfin de tristement révélateurs, tel « baragouiner », francisation approximative de deux mots bretons : bara, « pain », et gwin, « vin ». Même attitude condescendance avec le choix de « plouc » pour désigner un paysan mal dégrossi, vulgaire et sans éducation ; un terme directement inspiré des paroisses de Basse Bretagne commençant par la syllabe « Plou » (Plougourvest, Plougonvelin…). Ce qui, au passage, traduit l’inculture des « Parisiens » puisque ce préfixe est en fait inspiré du latin plebs (qui a donné la « plèbe ») pour définir la communauté paroissiale. Notons toutefois que les habitants de la capitale ne sont pas les seuls à se moquer de ceux qui parlent un autre idiome. En breton, l’adjectif gall signifie certes « français » ou « gallo », mais aussi… « bègue ». Le mauvais exemple, il est vrai, vient de loin. Les Grecs, déjà, qualifiaient ceux qui ne parlaient pas leur langue de « barbares ».
Il n’empêche. Malgré quelques détours, le breton reste bel et bien la seule langue qui nous rattache à notre passé gaulois. Comment mieux dire qu’il appartient à notre patrimoine national, et que la France serait folle de le laisser disparaître ?
(1) Les mots bretons dans la langue française, par Nicolas et Serge Buanic, Éditions Ouest-France, 215 p., 12 euros.
(2) À la notable exception de l’Aquitaine où vivaient non pas des Gaulois mais des « Basques ».
[Source : http://www.lexpress.fr]

Entre sa naissance en Pologne, en 1904, et sa mort en France, en 1969, Witold Gombrowicz aura passé vingt-quatre ans en Argentine, où il se rend en 1939, une semaine avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ses lettres à ses amis de Buenos Aires paraissent en français.

Witold Gombrowicz à Vence, en 1967. Photo : Oswald Malura


Witold Gombrowicz, Correspondance avec ses disciples argentins. Trad. de l’espagnol par Mikael Gomez Guthart. Sillages, 224 p., 14,50 €


Publié par Jean-Pierre Salgas

« Je rends grâce au Très-Haut de m’avoir tiré de Pologne alors que ma situation littéraire commençait à s’améliorer pour me lancer sur le continent américain au milieu de gens parlant une langue étrangère, dans la solitude, dans la fraîcheur de l’anonymat, dans un pays plus riche en vaches qu’en artistes », écrit Witold Gombrowicz dans son Journal en 1960. La phrase est reproduite en exergue de cette Correspondance avec ses disciples argentins. Souvenons-nous : l’auteur de Ferdydurke, « gloire de la nation », convié à une croisière, quitta la Pologne pour l’Argentine le 25 août 1939.

Périphéries

Parti pour quinze jours, Gombrowicz reste en Argentine pendant la guerre puis durant vingt-quatre ans, passant de la périphérie de l’Europe à la périphérie du monde. À Buenos Aires, au sortir de la guerre, il traduit Ferdydurke avec un groupe d’amis écrivains débutants. Sa préface affirme une croyance en l’universalité de la littérature. Échec : la « mère Ocampo », et sa revue Sur, vouée au Nord (Paul Valéry) avec Borges, lui ferment les portes du monde littéraire local. On peut se reporter à Trans-Atlantique. C’est alors qu’il entame le parcours qui va le conduire de la périphérie au centre français de la république des lettres. Il l’atteint en pleine guerre froide : une bourse de la fondation Ford, en 1963, le dépose à Berlin après la construction du Mur en 1961. « Polonais exacerbé par l’histoire », dira-t-il dans ses Souvenirs de Pologne.

Après 1947, sa stratégie dans le champ, au sens de Bourdieu, devient une stratégie au sens de Clausewitz : « La grande Bataille de Paris est encore plongée dans les ténèbres, pas la moindre nouvelle si ce n’est que Les Lettres Nouvelles ont eu écho du coup de canon en ouverture du bombardement et, j’imagine, Ferdydurke doit déjà se trouver en librairie » (1958). Lieutenants : Kot Jelenski (le Bâtard ou le Prince), Francois Bondy et la revue Preuves. Instrument : le Journal à compter de 1953 (en public) comme le Bloc-notes de Mauriac, publié dans Kultura, adressé autant à la Polonia qu’à la Pologne et tous les articles, les Varia, qu’il serait temps de traduire intégralement et chronologiquement en français et non sous la forme d’anthologies plutôt thématiques. En 1955, Gombrowicz démissionne de son poste d’employé au Banco Polaco pour se consacrer à l’écriture.

Vers le centre 

Dans les premiers temps de cette correspondance, dans une missive à Alejandro Russovich (l’ami de toute une vie), Gombrowicz écrit : « Ma célébrité se développe de façon systématique et étourdissante pour mes ennemis. Yvonne (une comédie) a été jouée à Varsovie, grand succès, et devrait prochainement être montée à Prague, Paris et Londres, Ferdydurke a été accepté par Julliard, grand éditeur, Nadeau en personne a l’air ravi. Troisième édition de Ferdydurke en Pologne, je viens de signer le contrat. Trans-AtlantiqueLe Mariage et Bakakaï (des nouvelles) sont sortis là-bas le mois dernier, avalanche d’articles où l’on me proclame le plus grand. Mon Journal agit de façon foudroyante, la traduction française est en cours. En attendant j’ai terminé mon nouveau roman qui va s’appeler La Pornographie parce qu’il est un peu vert ».

Vingt ans après Ferdydurke, dix ans après l’échec de sa traduction argentine, arrivent gloire polonaise et gloire mondiale via la France. Là, le Dégel et l’arrivée au pouvoir de Gomulka permettent la réédition de Ferdydurke. Ici, alors que Roger Caillois, borgesien fidèle, a fait échouer l’hypothèse Gallimard, Bondy et Jelenski convainquent Maurice Nadeau de publier la traduction composée avec Roland Martin. Anticipant le retour en Europe de l’écrivain. À Tandil, au sud de Buenos Aires, il a rencontré un groupe de jeunes aspirants écrivains : Grinberg, Di Paola, Gomez, futur exégète et biographe, Betelu, le préféré, dessinateur. Outre Russovich, ce sont eux les destinataires des lettres. Surnoms en cascade, par exemple pour Betelu : « Quilombo, Quilo Flor ou plutôt, Florquilo ou encore mieux, Soliflores, ce que l’on peut également interpréter selon les circonstances en ColienFlor ».

Witold Gombrowicz, Correspondance avec ses disciples argentins.

Malade et hypocondriaque, Gombrowicz se raconte et leur prodigue des conseils en tous genres, tentant d’instruire leur immaturité face aux formes. Ces lettres sont littéralement à mi-chemin entre le Journal et Kronos (pour soi : en 1965, il demande conseil à Russovitch pour un suicide). Les rubriques sont les mêmes que la comptabilité qui scande ce dernier : santé, argent, littérature, sexe. Le ton oscille entre Trans-Atlantique et Opérette, entre Ubu et Nourritures terrestres… Arrivé en 1963 à Berlin, « un incroyable mélange entre du provincial et de l’ultra-cosmique », Gombrowicz, par ailleurs cible de la presse polonaise, tente de reconstituer le Zemianska de Varsovie et le Rex de Buenos Aires au café Zuntz en 1963. Tentant d’enrôler Ingeborg Bachmann, Peter Weiss, Uwe Johnson, Günter Grass et de plus jeunes intellectuels. « Imagine bien, dans ta vie terne et privée de la lumière de l’intelligence, que lorsque sonnent les coups de 13h les lundis ou les jeudis, je me trouve au Zuntz entouré de Boches à qui je distribue des sourires ».

Diario argentino

« Incroyables, ces Allemands, quelle douceur céleste, imaginez donc que lorsque je déjeune dans un petit jardin près de chez moi, les moineaux innocents se posent sur ma table, certains qu’il ne leur arrivera rien » (il est en train d’écrire Cosmos). Après Berlin, grâce à Maurice Nadeau, il arrive à l’abbaye de Royaumont où il rencontre Rita, « une jeune Canadienne (vingt-trois ans) d’une extraordinaire efficacité, qui m’aime tendrement et prendra soin de moi ». Ils partent à Vence. Elle écrira deux livres majeurs sur lui, deux Évangiles (Gombrowicz par les témoins de sa vie). Toujours, il continue de gérer et de contrôler aussi sa légende argentine. En 1963, à l’occasion d’une revue, Eco contemporaneo, qui lui consacre un numéro, il écrit à Gomez : « Votre dernière lettre m’a écœuré. […] Sachez que je ne suis pas, et que je n’ai jamais été, homosexuel ; même s’il peut m’arriver de temps à autre, quand l’envie m’en prend, de me risquer sur ce terrain ». On trouve également dans ce livre des lettres à Ernesto Sabato (ils s’entre-préfacent) et au jeune Jorge Lavelli, metteur en scène du Mariage au théatre Récamier : « Lavelli triomphe, il a fait quelque chose de macabre, de monstrueux, de répugnant et de révoltant avec un Doigt horripilant tel un phallus, personne n’y comprend rien, tout le monde dit qu’il s’agit d’un festival gestuel et verbal, sans rien ajouter de plus précis ». Bernard Dort écrira, dans son journal encore inédit, que ce spectacle lui permit de passer de Brecht à Bob Wilson.

Witold Gombrowicz, Correspondance avec ses disciples argentins.

Dessin de Mariano Betelu représentant Witold Gombrowicz et Juan Carlos Gomez. © Ana Betelu

Au terme de cette correspondance, on surprend Gombrowicz à Vence en 1967 en train de couper-coller son Journal pour fabriquer Diario Argentino en 1967 : le chapitre XVI (1955) est devenu le premier. C’est un volume symétrique des entretiens avec Dominique de Roux (qui deviendront Testament), pensés quant à eux sur le modèle des « Écrivains de toujours » des éditions du Seuil. À la Pologne et à la Polonia s’ajoute l’Argentine. Gombrowicz a traversé plusieurs États historiques et géographiques de la république mondiale des lettres analysée par Pascale Casanova, selon une trajectoire unique, comme, autrement, Vladimir Nabokov ou Jorge Luis Borges, les reflétant autant qu’il les réfléchit. En août dernier, à la suite de Juan José Saer et de Ricardo Piglia, qui soutenaient que cet écrivain polonais était le plus grand écrivain argentin du siècle, eut lieu une seconde édition d’un monumental Congresso Gombrowicz. « L’espagnol de Witold Gombrowicz est un mélange d’argot des rues de Buenos Aires teinté de polonismes et d’espagnol à la grammaire incertaine », note le traducteur, Mikael Gomez Guthart.

Écrivain national antinational 

« N’oubliez pas, cher Goma, que vivre avec le Plus Grand écrivain de l’univers (ou sur le point de le devenir, ce qui revient au même) ne se représentera pas à vous de sitôt » (1963). En 1967, presque au terme de cette correspondance, il a reçu le prix Formentor pour Cosmos. Et il est édité en poche (10-18) grâce à Christian Bourgois, devenu son éditeur. « L’année dernière j’ai loupé le Nobel d’un rien », écrit-il à Miguel Grinberg en février 1969.

Adversaire de la polonité né dans un monde de nations, il est en train d’être rattrapé par le monde (des lettres, mais pas seulement). Cinquante ans après sa disparition, un récent colloque a réuni ses traducteurs (trente-huit langues) à Radom et à Vence. « Comme le dit Le Monde, il s’est formé autour de moi une maçonnerie internationale » (1963). En Pologne, après avoir été un temps retiré des manuels scolaires, le voilà en voie de devenir l’écrivain national avec un musée à Wsola, un autre à Vence. Exceptions relatives : le monde anglo-saxon (du fait de la mondialisation ?) et la France (du nationalisme, de la polonisation ?). Comme tous les écrivains « de l’Est », Gombrowicz y est moins présent depuis la chute du Mur. Le temps est révolu où Gilles Deleuze le citait dans tous ses livres, de Logique du sens à Critique et clinique, où Michel Foucault offrait La pornographie à ses visiteurs, où Milan Kundera l’incluait dans son panthéon, alors qu’il pourrait bien être le plus actuel des écrivains européens. Car Ferdydurke, roman politique, analyse les trois tentations contemporaines : nationalisme patrimonial, mondialisation, alors américano-germano-soviétique, saut dans l’inconnu. Quant à la « filistrie » de Trans-Atlantique, alternative aux patries, elle nommait dès 1953 la créolisation d’un Glissant. À Mariano Betelu, en 1963, Gombrowicz écrivait : « Mon vieux, Nadeau vient de m’écrire, il a lu mon Journal car la traduction est terminée, il se dit ébloui, stupéfait. C’est meilleur que si ce n’était que d’un grand écrivain. Je publierai tout ce que vous avez écrit ou écrirez car je veux que Les Lettres Nouvelles soient liées à votre nom ». Ces nouvelles lettres lui donnent raison.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Contrairement à une idée reçue, les Gaulois utilisaient l’écriture. Un vaste programme de recherche prévoit la prochaine mise en ligne de la totalité des inscriptions gauloises recueillies à ce jour sur notre territoire. Voici un avant-goût de ce qu’il dévoilera.

calendrier de Coligny

Le « calendrier de Coligny » (1er siècle) fait partie des 800 inscriptions gauloises collectées à ce jour en France.

Écrit par Bernadette Arnaud

Ce n’était pas écrit dans le sable… Et pourtant, le cinéaste québécois Denis Villeneuve serait sans doute surpris d’apprendre que le titre de son film « Dune » (2021) inspiré du roman éponyme de science-fiction (1965), de l’écrivain Frank Herbert, était un mot d’origine gauloise ! Un nom né de dun ou dunos qui désigne les sommets, et que l’on retrouve dans dunon (citadelle, oppidum, colline). Latinisé en dunum, il a donné « dun« , présent dans la toponymie d’Issoudun dans le Centre-Val de Loire – l’antique Uxellodunum (la haute forteresse) -, ou encore de Lyon, Lugdunum (la colline de Lug). Mot voyageur passé du gaulois au germanique, puis au moyen néerlandais, « dune » est ensuite revenu dans la langue française autant que dans l’anglaise.

Mais ce n’est pas tout. Au-delà des quelques centaines de mots d’origine gauloise que les linguistes traquent dans notre langue – à l’instar d’alouette, d’ambassade ou de chêne -, une poignée de jeunes chercheurs se sont lancés dans le recensement de l’intégralité des inscriptions laissées par les peuples gaulois depuis plus de 2000 ans. En effet, « à l’encontre du mythe d’une Gaule peuplée d’habitants sans écriture, les Gaulois ont laissé des centaines de documents écrits « , explique Coline Ruiz Darasse, épigraphiste, chargée de recherche CNRS à l’institut Ausonius (Université Bordeaux-Montaigne). De courts textes retrouvés, parfois gravés sur pierre (une centaine d’exemplaires) ou sur des poteries, voire sur des feuilles de plomb – les éventuels textes sur peau, cire, bois, écorce ou autres matières périssables n’ayant pas été conservés, s’ils ont jamais existé.

À la tête de cet important projet, la chercheuse coordonne la mise en ligne d’une plate-forme où sera hébergé le Recueil informatisé des inscriptions gauloises (RIIG), soit l’édition de l’ensemble des 800 inscriptions gauloises, une langue appartenant à la branche celtique continentale de l’arbre linguistique indo-européen, collectées à ce jour dans l’Hexagone – les frappes monétaires et leur symbolique n’entrant pas dans ce programme. Traduits et enrichis, ces écrits sont complétés par un appareillage scientifique recueilli auprès d’archéologues, historiens, linguistes et épigraphistes au cours des trente dernières années. « Pour le monde gaulois, nous possédons bien sûr les « Commentaires de César » et d’autres textes historiques, mais grâce aux inscriptions, nous accédons directement à la pensée des habitants de la Gaule de la fin du 3e siècle avant J.-C. au 3e siècle après J.-C. « , poursuit la spécialiste des langues d’attestation fragmentaire, nom savant de la discipline.

[Image: NPL – DEA PICTURE LIBRARY / BRIDGEMAN IMAGES – source : http://www.sciencesetavenir.fr]

À une remarquable cadence, les éditions de L’Olivier poursuivent la publication des œuvres complètes de Roberto Bolaño en français, cette fois-ci avec un volume entièrement occupé par Les détectives sauvages, paru en 1998 et traduit par Robert Amutio en 2006. Pour Florence Olivier, spécialiste de l’œuvre et autrice de Sous le roman la poésie. Le défi de Roberto Bolaño (Hermann, 2016), la première longue narration de l’écrivain chilien disparu en 2003, forme une ironique chanson de geste contemporaine, un roman d’aventures qui retrace une histoire générationnelle si chère et si inoubliable qu’elle ne pouvait être écrite que sous la forme d’un mythe.

Le voyage infini des Détectives sauvages de Roberto Bolaño

Film consacré à Roberto Bolaño © CC/Secretaría de Cultura de la Ciudad de México

Roberto Bolaño, Les détectives sauvages. Œuvres complètes. Volume 5. Trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio. L’Olivier, 768 p., 25 €

Écrit par Florence Olivier

Magnanime, Roberto Bolaño saluait naguère l’inépuisable charge explosive que recèlent certains romans brefs de ses aînés latino-américains du Boom, qu’il suffirait de relire pour éprouver la force renouvelée de leur détonation. Sur la survie, la mort ou la métempsychose des auteurs du « canon occidental » du XXe siècle, et de quelques autres, l’écrivain prêtait ailleurs de canularesques prophéties à une poète vagabonde et visionnaire. Et voilà donc James Joyce réincarné dans un enfant chinois en 2124, Giorgio Bassani sortant de sa tombe en 2167, André Breton ressurgissant des miroirs en 2071, Tchekhov se réincarnant en 2003, puis en 2010, puis en 2014 avant de réapparaître une dernière fois en 2081. Rythmique, la liste est longue et on la relira, pris d’un fou rire teinté de jaune, dans Amuleto. Né d’un chapitre des Détectives sauvages, ce bref et souverain roman se trouve dans le tome I des Œuvres complètes de Bolaño en français.

Le 4 novembre dernier, la parution du tome V, soit des Détectives sauvages, illustrait à point nommé et l’inusable force explosive de ce titre majeur et la prédisposition de ce roman à une forme de métempsychose. Car, tout juste la veille, hasard miraculeux ou non, La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, qui doit son titre et son épigraphe aux Détectives sauvages, venait de remporter le prix Goncourt. L’écrivain sénégalais, tout aussi généreux – et aussi drôlement féroce – que Bolaño, ne fait pas mystère de son admiration pour l’œuvre du Chilien. Son roman réussit ce tour de force ou ce coup de génie qu’est l’originalité dans l’appropriation d’une poétique, créant ainsi l’un de ces lignages idéaux, translinguistiques, transcontinentaux, dans lesquels Bolaño aurait rêvé, n’en doutons pas une seconde, de se voir inscrit. L’histoire, bien réelle, est indéniablement bolañesque. Applaudissons-la car, justicière à sa façon, elle dément superbement la péroraison du père Urrutia Lacroix dans Nocturne du Chili. Rappelez-vous : « C’est ainsi que se fait la littérature au Chili, c’est ainsi que se fait la grande littérature d’Occident », clame l’ecclésiastique, poète et critique, justifiant la veule complaisance des écrivains envers le pouvoir de la junte militaire. À quoi son fantomatique accusateur, ce « jeune homme aux cheveux blancs » et alter ego de l’auteur, répond « en articulant un non inaudible ».  « Non », redisent avec force Les détectives sauvages et La plus secrète mémoire des hommes, la littérature se fait hors des sentiers battus, loin de tout pouvoir ; la « grande littérature d’Occident », foutaise ! Un Chilien l’écrit en Espagne, un Sénégalais, en France.

Mais revenons à l’explosion initiale des Détectives sauvages, premier vaste roman de Bolaño, publié en 1998 aux éditions Anagrama à Barcelone. Deux ans plus tôt, avaient paru les plus brefs et non moins remarquables La littérature nazie en Amérique et Étoile distante, « frères siamois » au dire de l’auteur car le second est né d’un chapitre du premier. Avec Les détectives sauvages, qui, cette même année, remporte deux des prix littéraires les plus prestigieux du monde hispanophone, le prix Herralde de novela en Espagne, le prix Rómulo Gallegos au Venezuela, commence la véritable course mondiale de l’œuvre du Chilien, au rythme des traductions du roman dans nombre de langues. L’effet de cette enthousiaste réception devait culminer avec la publication des Détectives sauvages aux États-Unis, où l’auteur se voit mythifié en héritier direct de la Beat Generation.

Pourquoi pas ? Mais aussi, pourquoi donc, ou pourquoi seulement ? C’est le propre des œuvres magistrales que d’éveiller les tentations d’appropriations hâtives. Bolaño, pour sa part, déclarait lors de la réception du prix Rómulo Gallegos qu’en quelque sorte tout ce qu’il avait écrit jusque-là était une lettre d’amour ou d’adieu à sa propre génération. Et voici l’une des lectures possibles du roman, qui, n’oubliant pas la fidélité promise à la mémoire des jeunes tombés lors des « guerres fleuries » latino-américaines des années 1960 et 1970, chante la vie plus que la mort et, plus que les ossements des défunts, les combats dérisoires et magnifiques des vivants. Possédé par le jeune poète infra-réaliste qu’il était dans le Mexique du début des années 1970, le romancier Bolaño y exorcise la mort de l’utopie politique et le péril de la naïveté lyrique par la transmutation en roman de l’utopie poétique. De fait, on peut lire Les détectives sauvages comme l’autofiction collective d’un groupe de poètes avant-gardistes et, si l’on y tient, comme une « Légende de Duluoz » à la Kerouac, où Duluoz aurait renoncé à prendre la parole, la laissant à ses compagnons d’aventures. La différence n’est pas mince.

Car, pour dire l’histoire sur vingt années, de 1975 à 1996, des réal-viscéralistes – version fictive des infra-réalistes –, les deux parties du journal intime d’un poète prodige font le grand écart, embrassant les témoignages qui se pressent et tourbillonnent dans la longue partie centrale du roman. Heureux ou fanfaron, Bolaño, encore lui, comparait aux courants du Mississippi l’abondance de voix des Détectives sauvages, assurant que son roman comportait autant de lectures que de voix, qu’il pouvait se lire « comme une agonie » ou « comme un jeu ». Il suffit d’entrer dans le roman, ou dans le jeu, pour se laisser porter par ses courants fantasques ou pour apprendre ses règles tacites afin de (s’y) perdre avec bonheur.

Le voyage infini des Détectives sauvages de Roberto Bolaño

Entrons-y donc innocemment par le début. Juan García Madero, puceau et poète en herbe, sèche ses cours de droit pour assister à un atelier littéraire bientôt troublé par l’irruption d’Arturo Belano et Ulises Lima. Fondateurs du réal-viscéralisme, les deux trublions adoubent sans façon le nouveau venu. L’élasticité elliptique du journal intime rythme le récit de la vertigineuse et drôlissime initiation sexuelle et littéraire du novice réal-viscéraliste : l’ingénu libertin, nouveau Casanova malgré lui, tient à jour les comptes de ses orgasmes et de ses poèmes, choisit avec une infaillible ponctualité l’aventure et les risques du métier. Péripatéticiens, les membres du groupe s’adonnent à la flânerie nocturne ; les rues, les chambres de bonne, les cantinas et les cafés leur tiennent lieu de salon. Ils y improvisent d’espiègles ou d’érudites lectures de poèmes, de bouffonnes versions de la tradition poétique, des prescriptions bibliographiques, y écrivent parfois. Leurs bibliothèques portatives et collectives sont faites de livres volés à la « Librairie Française » ou négociés chez les bouquinistes du centre-ville. Discourir et courir les chemins, faire de la déambulation l’envers ou l’endroit de la parole, voilà bien cette vie poétique à l’intempérie que prescrit ailleurs l’essayiste Bolaño aux poètes trop choyés par l’État. Fièrement marginaux, les réal-viscéralistes inventent un nouvel ordre amoureux, financent leurs revues par la vente de marijuana, prétendent révolutionner la poésie afin d’échapper au double et infâme écueil de la poésie engagée à la Neruda ou de la poésie immaculée à la Octavio Paz.

Roman de Bolaño oblige, leur paradoxale quête d’une origine poétique avant-gardiste joue d’une borgésienne uchronie littéraire et se transmue en récit d’enquête et d’aventure. Car si les réal-viscéralistes s’inspirent des dadaïstes et des surréalistes européens ou des stridentistes mexicains, s’ils traduisent leurs contemporains français du Manifeste électrique aux paupières de jupe, leur modèle se doit d’être plus radical. Rien de moins que le réalisme viscéral des années 1920, branche fictive du stridentisme fondée par la non moins fictive Cesárea Tinajero. Bientôt, Belano, Lima et García Madero partent à la recherche de la poète disparue dans les déserts du Sonora, relevant le défi que lançait Breton dans « Lâchez tout ». Le Nord du Mexique devient terre d’aventure ou vortex, à la façon du Sud borgésien ou du blanc territoire austral de Poe. Dans cet espace déserté par la culture pourrait bien se trouver la poésie en acte ou le « nouveau », que « Le voyage » de Baudelaire entrevoit au fond de l’abîme, au bout du chemin, ou de la vie. L’aventure quichottesque des jeunes poètes vaut pour sa gratuité même. Elle allie les motifs du risque et du danger à l’installation d’une virtualité avant-gardiste dans l’histoire littéraire, mais surtout elle narre – et ne discourt pas sur­ – l’équivalence entre art et vie, poésie et voyage, poésie et révolution. Or, par un habile suspense, elle n’est racontée par García Madero, sur le mode du roman noir, de la road novel et de l’enquête littéraire, que dans la troisième partie du roman.

Entre les deux pans du journal intime du jeune homme, est décantée l’histoire du groupe réal-viscéraliste, tôt disparu après la dispersion de ses membres fondateurs. Les voix, joviales et désolées, stoïques, sublimes ou ridicules, d’une prodigieuse variété de personnages rapportent de biais ce qu’il advint d’Arturo Belano et d’Ulises Lima entre 1976 et 1996. À toi, lectrice, lecteur, de te perdre à la suite des détectives sauvages entre l’Europe, Israël et l’Afrique ; à toi de t’orienter dans ce dédale de témoignages, pique-toi au jeu et apprends. Par exemple, de ces envois lyriques, qui ponctuent tel ou tel monologue d’un vieux stridentiste devenu écrivain public : « Ce qui revient à dire, jeunes gens, je leur ai dit, que je voyais les efforts et les rêves, tous confondus dans le même échec, et que cet échec s’appelait joie. » Par exemple, de ces hauts faits satiriques qui prennent au piège de leur propre parole des éditeurs en faillite, critiques renommés, professeurs latino-américains, poètes de divers alois, romanciers à succès, révélant leur lâcheté, leur manque de foi dans le métier littéraire, leur vénalité ou leur générosité résignée. Mais apprends aussi de la lecture que font Ulises Lima et Arturo Belano d’un poème visuel de Cesárea Tinajero. Il suffit d’en compléter les traits pour qu’il s’anime. Tu tiens peut-être là ton fil d’Ariane. Car, au-delà d’une maquette à monter ou d’une marelle à la Cortázar, qui invitent à une active lecture, le puzzle des Détectives sauvages invite, plus encore qu’à le compléter, à poursuivre sa lettre. Porté par le désir de l’écriture, il l’insuffle.

Le roman s’achève sur cette dernière devinette, suivie du contour en pointillé d’un rectangle blanc : « Qu’est-ce qu’il y a derrière la fenêtre ? »

Qu’attends-tu ?

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Les prix et distinctions littéraires sont-ils compatibles avec toutes les convictions politiques ? En 1971, les membres de l’Académie suédoise, institution qui décerne le Prix Nobel de littérature, se posaient déjà la question. À l’idée de remettre la récompense au Chilien Pablo Neruda, un des membres évoquait, comme un obstacle, « la tendance communiste de plus en plus prégnante dans sa poésie ».

ActuaLitté

Publié par Antoine Oury

L’entrée de Mario Vargas Llosa sous la Coupole, après son élection à l’Académie française, avait soulevé des interrogations : un soutien déclaré de candidats réactionnaires et d’extrême droite — doublé de soupçons d’évasion fiscale — pouvait-il « défendre la langue française » ?

L’habituelle question — faut-il séparer l’homme de l’œuvre ? – revient lorsque l’on évoque Roman Polanski ou Louis-Ferdinand Céline. Des membres de l’Académie suédoise se la posaient déjà au début des années 1970. Chargés de décerner le Prix Nobel de Littérature, qui consacre l’Œuvre d’un auteur, ils hésitaient en 1971 entre plusieurs personnalités : WH Auden, James Baldwin, Philip Larkin, Jorge Luis Borges, André Malraux — et une seule femme, Marie Under.

Pablo Neruda sera finalement le lauréat de cette année 1971, mais sa nomination fut précédée d’intenses débats, comme le révèlent des archives récemment rendues publiques en Suède. Kaj Schueler, journaliste, a eu accès à des documents qui retracent les discussions de cette année-là, au sein du comité derrière le Nobel de Littérature.

Les engagements et opinions politiques de Neruda y sont longuement évoqués, notamment par l’écrivain suédois Anders Österling (1884-1981), entré à l’Académie suédoise en 1919.

Les “hymnes à Staline” de Neruda

Österling salue ainsi le « pouvoir naturel de la poésie [de Neruda] ainsi que sa dynamique vitalité », mais s’inquiète de savoir si « la tendance communiste de plus en plus prégnante dans sa poésie est compatible avec l’esprit du Prix Nobel ».

Selon le testament du chimiste Alfred Nobel (1833-1896), à l’origine des récompenses qui portent son nom, les Prix Nobel sont décernés à des personnalités qui ont « fait la preuve d’un puissant idéal ». L’idéal communiste n’était visiblement pas du goût d’Österling, qui s’était aussi, par le passé, opposé au nihilisme de Samuel Beckett.

Dès 1963, plusieurs années avant le débat autour de l’élection de 1971, Österling avait manifesté des réserves vis-à-vis du candidat Neruda, notamment en raison de textes dédiés à Staline. « La pensée d’un écrivain — qu’il soit marxiste, syndicaliste, anarchiste ou autre — relève de sa liberté. Toutefois, Neruda est totalement engagé politiquement, que ce soit par ses hymnes à Staline ou ces autres travaux de propagande. Considérant ceci, j’ai des réserves sur sa candidature, sans toutefois la rejeter par avance », soulignait-il.

Chant à Stalingrad (1942) ou Nouveau chant d’amour à Stalingrad (1943) constituent des exemples de textes tournés vers Staline, qui jouit alors d’un prestige international en raison de la contribution de l’URSS à la défaite de l’Allemagne nazie, suite à la rupture du pacte germano-soviétique en 1941.

Soutien de Salvador Allende, président du Chili à partir de 1970 et jusqu’au coup d’État fasciste d’Augusto Pinochet, en 1973, Neruda avait trouvé la mort peu après cet événement, dans des circonstances encore floues. En 2017, il avait été révélé que son certificat de décès, qui mentionnait un cancer, était un faux, relançant les hypothèses autour d’un assassinat de l’auteur en raison de son soutien à Allende.

En 1971, Österling fut finalement convaincu par ses collègues, puisque Neruda devient cette année-là le second auteur chilien récompensé, après l’autrice Gabriela Mistral, en 1945.

 

[Photos : à gauche, Pablo Neruda en 1963 ; à droite, Anders Österling au début du XXe siècle – source : actualitte.com]

La géographie les rattache à la Normandie mais l’histoire les relie à la reine. Cette discrète présence anglaise en Normandie fut longtemps paisible. Du moins, jusqu’au Brexit…

Vue aérienne de l'île de Guernesey. | EmmaLeP via Flickr

Vue aérienne de l’île de Guernesey

Écrit par Frédéric Pennel

Des pêcheurs français qui bloquent un port de Jersey; les navires de guerre britanniques qui patrouillent pour réaffirmer leur bon droit dans ces eaux; des menaces françaises de couper l’alimentation électrique des îles anglo-normandes. Pas de doute, le Brexit a électrisé la Manche et ce pacifique archipel devient un peu l’équivalent de Gibraltar pour l’Espagne: une pomme de discorde diplomatique. Les îles en soit ne soulèvent aucun différend. Ce sont ses eaux territoriales poissonneuses qui exacerbent les tensions entre les pêcheurs français et cet archipel de la Manche avec lequel la France voisinait jusque-là paisiblement.

Elizabeth II, «duc» de Normandie

Ces îles sont un vestige des origines normandes de la monarchie anglaise. Les bailliages de Jersey et Guernesey possèdent chacun leur gouvernement et reconnaissent la reine comme souveraine. Elizabeth II n’est pas seulement reine de quinze États et présidente du Commonwealth, elle porte également le titre de «duc» de Normandie. «C’est peu connu car elle n’en fait pas étalage pour des raisons diplomatiques évidentes», constate l’historien Christophe Maneuvrier, enseignant-chercheur à l’université de Caen.

Cet héritage remonte à Guillaume le Conquérant qui traversa la Manche en 1066 pour ajouter la couronne d’Angleterre à son titre de duc de Normandie. Normandie et Angleterre partagèrent un siècle et demi de destin commun. Jusqu’en 1204, lorsque le roi de France Philippe Auguste incorpora l’ancienne province viking à son domaine royal. Toute la Normandie fut occupée. Toute? Non! Un archipel au large du Cotentin demeura encore et toujours rattaché à son duc, c’est-à-dire au roi d’Angleterre.

Par la suite, la France tenta bien, à plusieurs reprises, de débarquer sur ces îles anglo-normandes. Las, les expéditions se fracassaient sur la protection naturelle que confère son insularité. Des récifs et des bas-fonds dans la Manche, une mer que Victor Hugo qualifiera d’«insoumise», où il faut se défier des «coups de théâtre de l’océan»«Si vous n’êtes pas un ancien pilote et un vieil habitué», gare à vous, «c’est fini, le navire se disloque et sombre», avertissait l’écrivain alors exilé sur ces îles, dans Les travailleurs de la mer.

Un archipel longtemps peu stratégique

Côté français, arracher ces îles normandes au roi d’Angleterre ne tourna guère à l’obsession. Aux XIVe et XVe siècle, il y eut bien quelques incursions françaises au cours de la guerre de Cent Ans, mais rien de très durable. Jersey et Guernesey ne possédaient aucune richesse susceptible d’attiser les convoitises. «Et l’enjeu stratégique des îles était quasi nul puisque les grandes routes maritimes passaient plus au nord», analyse Christophe Maneuvrier. Même Napoléon, le grand ennemi de l’Angleterre, ne fut pas tenté de faire main basse sur elles.

«Il n’y avait pas d’intérêt à envoyer une grande armée pour envahir trois cailloux, d’autant que sa marine était mal en point après Trafalgar», ajoute l’historien. Les seuls à avoir récemment conquis l’archipel de la Manche furent les Allemands en 1940. Ils prévenaient ainsi un débarquement allié vers le Cotentin, mais leur objectif n’était pas que militaire.

Symboliquement aussi, ils envahissaient un archipel lié à une Angleterre résistant farouchement à Hitler. L’occupation fut d’ailleurs éprouvante et s’éternisa bien au-delà du Débarquement en Normandie puisque sa libération n’aboutit qu’après la capitulation allemande du 8 mai 1945. Entre-temps, les troupes de Sa Majesté n’avaient rien tenté pour les récupérer. Prouvant une nouvelle fois leur faible intérêt stratégique.

«Les milieux populaires ont
parlé français jusqu’à la
Seconde Guerre mondiale.»

Christophe Maneuvrier, historien

L’archipel n’a pivoté vers les îles britanniques que récemment. Longtemps tournées vers le continent, les îles ont attiré sur leur sol les huguenots, indésirables en France après la révocation de l’édit de Nantes (1685), et des prêtres réfractaires fuyant la Révolution. Quand Victor Hugo y a séjourné, il fut marqué par la proximité culturelle de ces îles avec la France. Dans Les Travailleurs de la mer, il écrit «les îles de la Manche sont des morceaux de France tombés dans la mer et ramassés par l’Angleterre». Il remarque que «les fleurs de lys abondent» et qu’«en fait de mode, Guernesey copie Paris». L’écrivain note aussi que «l’archipel normand parle français, avec quelques variantes […] Paroisse se prononce paresse». Hugo respecte ce «patois», «une vraie langue, point méprisable du tout». Il popularise un normandisme qu’il découvre sur place: la pieuvre. Le succès du mot fut tel qu’il s’est partiellement substitué au poulpe du français standard.

La société insulaire que découvrit Hugo était bilingue, avec des journaux anglais qui cohabitaient avec la presse en français. «Les élites partaient étudier en Angleterre mais les milieux populaires ont parlé français jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, rappelle Christophe Maneuvrier. Aujourd’hui, ce français y est presque moribond… Même s’ils n’aimeraient pas que je dise cela!» En effet, si les Anglo-Normands ont basculé en anglais, ils restent profondément attachés à leur identité normande. À leurs bailliages, à leur droit coutumier et à leur toponymie française. Pareil pour les patronymes: un francophone ne sera pas dépaysé par un ministre en chef à Jersey dénommé John Le Fondré ou un ministre à Guernesey qui se nomme Jonathan Le Tocq.

Des dizaines d’années de rapprochement

Longtemps négligé, presque oublié par les conquérants français, l’archipel est aujourd’hui riche et stratégique dans le jeu diplomatique. Cela fait belle lurette que Jersey, Guernesey, Sark, Herm ou Aurigny ne sont plus revendiqués par Paris mais la Normandie continentale tente de se rapprocher de ces îles, qui sont anglophones mais dont les habitants se considèrent comme Normands.

«Le bailli vient très fréquemment à Caen, le président de la région Normandie se rend aussi dans les îles, souligne Christophe Maneuvrier. Il y a une convention universitaire entre l’État de Jersey et l’université de Normandie à Caen pour accueillir des étudiants. Le Brexit qui nous est tombé dessus vient donc à rebours de dizaines d’années de rapprochement!» Et la crise sanitaire, qui a raréfié depuis près de deux ans les communications maritimes avec le continent, n’a rien arrangé…

 

[Photo : EmmaLeP via Flickr – source : http://www.slate.fr]

Ainsi, selon Antoine Compagnon, Proust serait un « vecteur de la propagande sioniste ». La thèse mérite que l’on s’y arrête.

Écrit par Patrick Mimouni

Dans un article paru en mars 2020 dans La Règle du jeu, intitulé Antoine Compagnon et la judéité de Proust, j’avais exprimé ma méfiance envers un tel « expert ».

Or on m’indique que Compagnon a récemment donné une conférence sur « les racines juives de Proust » au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. N’avais-je pas tort, dès lors, de me méfier de lui ?

Je ne le crois pas.

Allez sur Internet.

Consultez le blog de Compagnon, sur le site du Collège de France, intitulé Proust sioniste, et où il rassemble les chapitres (ou esquisses de chapitres) d’un livre à paraître sur l’auteur d’À la recherche du temps perdu. 

Proust sioniste !

On se dit qu’il ne peut s’agir que de l’ouvrage d’un ami d’Israël.

D’autant qu’il semble reprendre le système que j’ai initié et développé depuis près de dix ans dans La Règle du jeu.

Oui, mais, voilà…

« Quand je dis “Proust sioniste”, j’entends non pas, bien entendu, que l’homme fut sioniste », précise Compagnon, « mais que [de] jeunes sionistes s’emparèrent de son œuvre, durant quelques années, pour faire avancer leur cause. »

« Ils “annexèrent” Proust », insiste Compagnon, « et les organes sionistes des années 1920, MenorahLa Revue juive et Palestine, se servirent de lui comme d’un vecteur de propagande[1]. »

Mais, alors, pourquoi un tel titre, Proust sioniste ? Ne vaudrait-il pas mieux appeler l’ouvrage Proust antisioniste ? ou Proust mis malgré lui au service du sionisme ? ou Proust, victime du sionisme ? Ce serait plus honnête, puisque en réalité c’est la thèse que soutient Compagnon.

Proust, vecteur de la propagande sioniste ! Une telle thèse mérite que l’on s’y attarde.

Problème : Compagnon ne parvient pas à citer un seul texte où le nom de Proust soit associé aux objectifs des organisations sionistes.

À quelques exceptions près, les Juifs qui rejoignaient la Palestine dans les années vingt du XX° siècle n’avaient jamais entendu parler d’À la recherche du temps perdu. Proust ne conduisait pas au kibboutz.

Aujourd’hui encore, on ne trouve toujours pas de rue Marcel Proust en Israël. Ça viendra peut-être. Mais, de fait, les éléments qui permettraient d’étayer la thèse d’un Proust, vecteur de la propagande sioniste, se réduisent à rien.

En janvier 1925, à Paris, un groupe d’écrivains juifs dirigé par Albert Cohen fonda La Revue Juive, une revue résolument sioniste en effet, éditée par la maison Gallimard qui, parallèlement, assurait la publication des derniers tomes de la Recherche.

Or, chose tout à fait exceptionnelle, Robert Proust (l’héritier de son frère) autorisa Cohen à publier en avant-première dans La Revue Juive un texte de Marcel Proust, un texte important intitulé Mlle de Forcheville – c’est-à-dire la quatrième partie d’Albertine disparue, le récit du reniement du nom de Swann par sa fille, prix à payer pour épouser le marquis de Saint-Loup.

« Crois-tu, ce pauvre Swann qui désirait tant que sa Gilberte fût reçue chez les Guermantes, serait-il assez heureux s’il pouvait voir sa fille devenir une Guermantes !

– Sous un autre nom que le sien, conduite à l’autel comme Mlle de Forcheville, crois-tu qu’il en serait si heureux ? »

Les israélites français si soucieux de s’assimiler à tout prix, quitte à se comporter de manière indigne, agissaient précisément comme Mlle de Forcheville, aux yeux de Proust. Elle s’avilissait pour se rehausser, concluait-il[2].

Sa remise en cause de l’assimilation des Juifs, telle qu’elle s’effectuait en France, s’accordait avec l’esprit du sionisme, ce qui explique pourquoi Robert Proust octroya à La Revue Juive le privilège d’éditer les « bonnes feuilles » d’Albertine disparue, sûrement aussi parce que Marcel éprouvait de la sympathie pour le sionisme – une sympathie qu’il signalait à sa manière dans son roman lorsqu’il faisait dire à son narrateur que le « patriotisme juif » se réveillera inéluctablement un jour ou l’autre chez un enfant d’Israël, même chez les plus honteux[3]. Et par « patriotisme juif », il entendait évidemment « sionisme ».

Robert Proust ne pouvait pas ignorer les positions de La Revue Juive en la matière. Comment aurait-il pu les ignorer ? Ses rédacteurs affirmaient ouvertement leurs convictions sionistes. C’est donc en pleine conscience que Robert Proust leur confia les pages de Marcel.

Néanmoins Compagnon remarque : « Albert Cohen avait bien choisi son extrait pour faire de Proust un censeur du franco-judaïsme et un prophète du sionisme. On peut douter que Robert Proust ait eu conscience de la manœuvre à laquelle il se prêtait en lui confiant ce passage d’À la recherche du temps perdu[4]. »

Ainsi Cohen animait une espèce de complot juif, à en croire Compagnon.

Or, je le répète, entre les deux guerres, le roman de Proust n’exerçait pas la moindre influence sur le mouvement sioniste en Palestine ou ailleurs. Et il n’en exerce toujours pas aujourd’hui.

Ce que Cohen prenait en compte, c’est la sympathie réelle de Proust pour le sionisme. Ni plus ni moins. Sans plus d’arrière-pensée ni de complot. Comment croire que lui et ses collaborateurs aient créé une espèce d’agence de propagande afin de faire de Proust, contre son gré, un « prophète du sionisme », comme le prétend Compagnon ?

La vérité est que personne n’avait jamais entendu parler de Proust comme d’un « prophète du sionisme », avant que Compagnon ne se mette cette idée en tête en l’associant évidemment à une conspiration juive.

Maintenant, l’autre aspect du problème.

En octobre 1925, Les Marges, une revue littéraire, publiait un article intitulé Le Judaïsme de Proust.

Son auteur, Denis Saurat, était « un passionné de la Kabbale ».

Autant dire « un fanatique de l’occultisme », selon Compagnon[5].

Comment se fait-il, soit dit en passant, que ce « fanatique » pût diriger l’Institut français de Londres sous la tutelle du ministère français des Affaires étrangères ? Comment se faisait-il que ce « fanatique » pût enseigner la littérature française au King’s College de Londres, l’un des lieux d’enseignement les plus prestigieux en Grande-Bretagne ? Peu importe à Monsieur Compagnon ! Il est évident qu’il ne peut s’agir que d’un illuminé, d’un déséquilibré, d’une espèce de fou, puisque précisément il s’intéressait à la Kabbale, c’est-à-dire à un tissu d’absurdités, aux yeux de Monsieur Compagnon.

Saurat faisait notamment le rapprochement entre la Recherche et le Zohar, la « Splendeur » en hébreu, l’un des trois livres saints du judaïsme, avec la Bible et le Talmud, l’ouvrage phare de la Kabbale. « Ce n’est pas seulement la démarche, mais aussi l’étoffe de la pensée, le sujet de la pensée qui est identique », précisait Saurat en parlant de Proust[6].

Remarque, alors de Monsieur Compagnon : « Cette théorie, ainsi soutenue pour la première fois ouvertement, fera date. De quoi attirer la curiosité des rédacteurs de La Revue juive, qui semblent entériner l’argumentation de Saurat en la recopiant telle quelle et sans l’accompagner de la moindre réserve, comme s’ils l’approuvaient »[7].

Voilà, concrètement, comment les sionistes ont instrumentalisé le roman proustien pour en faire un « vecteur de propagande ».

Ils l’auraient fait à partir des élucubrations d’un fanatique qui retrouvait l’influence de la Kabbale aussi bien chez Baudelaire que chez Hugo et, donc, que chez Proust.

« Alors que la Kabbale était discréditée par les autorités rabbiniques et la science du judaïsme, sa réhabilitation comme source de la meilleure littérature moderne, de Hugo à Proust, avait de quoi séduire les sionistes, en conflit avec le judaïsme institutionnel », explique Monsieur Compagnon, poursuivant son démontage de la prétendue machination.

Et encore : « La hâte qu’Albert Cohen et ses amis mirent à reproduire les spéculations péremptoires de Saurat sur l’affinité entre le style ainsi que la pensée de Proust et la tradition rabbinique et kabbalistique, y compris la migration des âmes entre les sexes, suggère qu’ils ne furent pas insensibles au meilleur côté de ses imaginations, qui leur permettait de réclamer Proust pour le judaïsme, fût-ce un judaïsme en délicatesse avec les instances officielles[8]. »

Que Proust ait eu des « racines juives » du côté de sa mère, Compagnon ne le conteste pas. Mais pour autant, croit-il pouvoir dire, Proust n’a rien de réellement juif, ni religieusement, ni philosophiquement, ni littérairement.

Voilà pourquoi, selon lui, les sionistes de La Revue Juive ont « réclamé » Proust pour le judaïsme – autrement dit, ils ont « capturé » Proust pour en faire un véritable Juif.

Voilà la thèse de Compagnon.

Cela suppose évidemment que Proust ne se soit jamais intéressé à la littérature talmudique ou kabbalistique.

Comment imaginer que Proust ait pu lire le Zohar ? C’est ridicule, au regard d’un « expert » comme Monsieur Compagnon.

Oui, mais, la réalité est là. Proust cite plusieurs fois le Zohar dans ses écrits, un ouvrage qu’il connaissait bien, manifestement.

Rappel des faits :

En hiver 1900, Proust projetait de partir pour Venise. L’idée lui en était venue en lisant les ouvrages de Ruskin consacrés à l’art vénitien. Cependant, pour comprendre les tenants et les aboutissants d’un tel voyage, Ruskin ne lui suffisait pas, il lui fallait recourir au Zohar.

« Zohar, se souvenait Proust. Ce nom est resté pris entre mes espérances d’alors, il recrée autour de lui l’atmosphère où je vivais alors, le vent ensoleillé qu’il faisait, l’idée que je me faisais de Ruskin et de l’Italie. L’Italie contient moins de mon rêve d’alors que le nom qui y a vécu. »

« Voici les noms, remarquait-il. Les choses ne sont pas des noms, les noms, dès que nous les pensons, ils deviennent des pensées, ils prennent rang dans la série des pensées d’alors en se mêlant à elles, et voici pourquoi Zoharest devenu quelque chose d’analogue à la pensée que j’avais avant de le lire, en regardant le ciel tourmenté, en pensant que j’allais voir Venise[9]. »

Autrement dit, à l’idée de lire le Zohar, Proust éprouvait le même sentiment qu’à l’idée de partir pour Venise, avec la promesse d’une même sorte d’éblouissement, d’une même sorte d’émotion devant quelque chose d’absolument beau.

Il est vrai que Proust aurait pu observer le Zohar en bibliophile comme une antiquité sans se soucier de le lire. Seulement, voilà, il n’appréciait pas du tout la bibliophilie – une forme d’idolâtrie à ses yeux. Proust a lu le Zohar. Il le précise lui-même en se référant à ce qu’il ressentait « avant de le lire ».

Bien. Mais que lisait-il exactement, alors, en 1900 ? Il ne pouvait pas s’agir de la traduction française du Zohar par Jean de Pauly, puisque ses volumes successifs ne furent publiés qu’entre 1906 et 1911.

Proust se rendit probablement chez un libraire spécialisé dans les antiquités littéraires afin d’y acquérir la Kabbala denudata, un ouvrage célèbre, compilé au XVIIe siècle qui rassemblait les traductions latines des grands textes de la Kabbale juive, notamment le Zohar.

Proust lisait couramment le latin, ce qui n’avait rien d’extraordinaire dans les milieux cultivés au début du XXe siècle. Il lisait donc le Zohar dans la traduction latine de Knorr von Rosenroth, l’éditeur de la Kabbala denudata, la seule traduction du Zohar à laquelle il pouvait accéder.

Gershom Scholem (le plus grand spécialiste de la littérature kabbalistique) indique que l’ouvrage de Knorr « était supérieur à tout ce qui avait été publié jusqu’alors sur la Kabbale dans une autre langue que l’hébreu. Il fournissait aux non-juifs un large panorama des premières sources traduites, et celles-ci étaient accompagnées de notes explicatives. » Et Scholem précise : « Bien que l’ouvrage contienne de nombreuses erreurs et fautes de traduction, notamment certains passages difficiles du Zohar, les allégations juives contemporaines selon lesquelles l’auteur défigurait la Kabbale sont sans fondement. » Ainsi, selon Scholem, s’agissait-il – malgré ses imperfections – d’une assez bonne traduction qui, « jusqu’à la fin du XIXe siècle, servit de source principale à toute la littérature non-juive sur la Kabbale »[10].

Proust rencontrait, par ailleurs, dans le salon de son amie Geneviève Straus, l’un des plus grands experts en littérature kabbalistique, Adolphe Franck, l’auteur d’un ouvrage monumental sur la Kabbale où était établi le lien entre la mystique juive et la mystique platonicienne. Proust a probablement lu l’ouvrage de Franck. On n’aborde pas le Zohar sans s’y préparer par d’autres lectures.

« Seul mérite d’être exprimé ce qui est apparu dans les profondeurs. Et habituellement, sauf l’illumination d’un éclair, ou par des temps exceptionnellement clairs, enivrants, ces profondeurs sont obscures. Cette profondeur, cette inaccessibilité pour nous-même est la seule marque de la valeur – ainsi peut-être qu’une certaine joie. Peu importe de quoi il s’agit. Un clocher, s’il est insaisissable pendant des jours, a plus de valeur qu’une théorie complète du Monde. Voir dans le gros cahier l’arrivée devant le Campanile – et aussi Zohar », notait Proust en été 1909 alors qu’il construisait le plan de son roman[11].

« L’arrivée devant le Campanile », c’est le récit de l’arrivée à Venise, consigné dans son manuscrit quelques mois auparavant. S’il ajoutait « et aussi Zohar », c’est qu’il l’avait lu. Et il l’avait lu dans une version latine pas trop mal traduite, en tout cas pas au point d’en altérer profondément le sens, si l’on en croit Scholem.

Ce qui explique peut-être, soit dit en passant, pourquoi Charles Mopsik, autre grand expert en littérature kabbalistique, et l’un des traducteurs les plus récents du Zohar en français, porta tellement d’attention à Proust. Il ne l’aurait pas fait s’il avait eu le sentiment que Proust s’était fourvoyé en abordant la Kabbale d’une manière frivole ou erronée.

Encore autre chose.

En 2002, quand la maison Gallimard confia à Antoine Compagnon la tâche d’éditer le carnet dans lequel Proust faisait référence au Zohar, il se garda bien de publier le passage où Proust indique qu’il a lu le Zohar.

Pourquoi publier ce genre de choses ? Il va de soi que Proust n’a jamais lu le Zohar, selon Monsieur Compagnon. « Zohar, dit-il, est un mot poétique, suggestif, secret, mystérieux, mais la lecture décevrait forcément »[12]. Alors, autant prendre les devants. Le public n’a pas à savoir ce qu’il ne doit pas savoir.

Selon l’auteur du Zohar, « toute chose est enveloppée d’une qlipah, d’une coquille, que l’on prend souvent pour cette chose même et qui à ce titre est une contrefaçon, un piège à opinion et le vecteur de toutes les illusions. Il faut la briser, surmonter les illusions qu’elle provoque, pour pénétrer le fruit, l’amande, symbole du secret », expliquait Mopsik. Puis : « Dans le contexte de la poésie et de la création littéraire, c’est très exactement ce que Marcel Proust a si bien exprimé : “Il dépend de nous de rompre l’enchantement qui rend les choses prisonnières, de les hisser jusqu’à nous, de les empêcher de retomber pour jamais dans le néant.”[13] »

Je suis Mopsick sur ce point.

Pas Monsieur Compagnon.

Car, après tout, pourquoi la lecture du Zohar « décevrait-elle forcément » ? Parce que, assène Monsieur Compagnon, le Zohar est « une mystification, un manuscrit du XIIIe siècle présenté par les kabbalistes comme le livre le plus ancien du monde ». Et encore : parce que son texte a  « longtemps [été] présenté comme beaucoup plus ancien et antérieur au christianisme »[14] ! Quel scandale !

En réalité, le Zohar a été compilé par un rabbin qui s’appelait Moïse de León dans les années 1280. Mais il renvoie à une tradition mystique qui remonte aux temps antiques, jusqu’aux rédacteurs du livre des Rois et du livre d’Ézéchiel dans la Bible ; une tradition qui pendant très longtemps ne s’est transmise qu’oralement, de maître à disciple, si bien que Moïse de Léon a attribué son texte à Rabbi Shimon bar Yohaï, un talmudiste qui vécut au IIe siècle de l’ère chrétienne, pour signaler l’ancienneté d’une tradition dont il ne pouvait pas s’attribuer personnellement la paternité.

Une pratique courante dans les écoles juives, comme d’ailleurs dans les écoles chrétiennes ou païennes, aux temps antiques. L’Iliade et L’Odyssée n’ont pas été, non plus, écrites par Homère, un auteur mythique. Et alors ? Ce ne sont pas pour autant des « mystifications ».

Monsieur Compagnon ne connaît rien au Zohar. Manifestement, il part de notes établies par des collaborateurs pas toujours très fiables en ce qui concerne et la littérature juive et le reste.

Ainsi, dans le chapitre consacré à Robert Dreyfus, Compagnon indique que Dreyfus était « lié à Proust depuis le lycée Condorcet et le jardin des Champs-Élysées, ou, selon certains biographes, dès le cours Pape-Carpantier… »[15]. Or c’est Dreyfus, lui-même, qui précise qu’il a connu Proust « dès l’enfance, au cours Pape-Carpentier »[16], et non un quelconque biographe.

Dans le même chapitre, Compagnon remarque que Robert Dreyfus habitait « au bout du boulevard Malesherbes, non loin de chez Proust »[17]. Encore une erreur ! Dreyfus habitait 154 boulevard Malesherbes, près de la place Wagram, à la périphérie de Paris, alors que Proust habitait au 9 du même boulevard, près de la place de la Madeleine, au centre de Paris. Une erreur insignifiante, mais qui ne révèle pas moins un certain laisser-aller.

Dans mon livre, Les Mémoires maudites, je signalais qu’à l’époque où se déclencha l’affaire Dreyfus, « Auguste Dreyfus avait fait une fortune considérable en Amérique du Sud. Il s’était installé dans un hôtel somptueux du parc Monceau. Son nom devenait presque aussi célèbre que celui de Rothschild en France. L’affaire Dreyfus reposerait sur un malentendu. Le capitaine Dreyfus n’avait aucun lien de parenté avec celui du parc Monceau, pas plus que le petit Robert Dreyfus, sauf à remonter au Moyen Âge. Peu importait. Leur nom suffisait à les classer parmi les millionnaires[18]. »

Compagnon a compris tout cela à l’envers. D’où sa remarque absurde : « Robert Dreyfus n’était pas le fils d’Auguste Dreyfus [1827-1897], le roi du guano importé du Pérou, comme l’affirme gratuitement Patrick Mimouni[19]. »

Ce ne sont pourtant pas les collaborateurs qui manquent autour d’Antoine Compagnon. Un membre de son équipe aurait pu vérifier sa remarque et lui éviter une bévue. Mais, apparemment, la vérité ne l’intéresse nullement. Pourquoi l’intéresserait-elle ?


1. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 10, publié en ligne : college-de-France.fr

2. Marcel Proust, Albertine disparue, Pléiade IV, p. 253.

3. Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Pléiade II, p. 245.

4. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 5, publié en ligne : college-de-France.fr

5. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

6. Denis Saurat, « Le Judaïsme de Proust », dans Les Marges (revue), Paris, 15 octobre 1925.

7. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

8. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

9. Marcel Proust, Cahier 5 du manuscrit de la Recherche, folio 53 verso, édité en ligne : editions.bnf.fr

10. Gershom Scholem, La Kabbale, Folio essais, pp. 625-626.

11. Marcel Proust, Carnets, Gallimard, pp. 101-102.

12. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

13. Charles Mopsik, La Cabale, Association Charles Mopsik, édité en ligne : charles-mopsik.com

14. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

15. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 7, publié en ligne : college-de-France.fr

16. Robert Dreyfus, Souvenirs sur Marcel Proust, Grasset, p. 265.

17. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 7, publié en ligne : college-de-France.fr

18. Patrick Mimouni, Les Mémoires maudites, Grasset, pp. 297-298.

19. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 7, publié en ligne : college-de-France.fr

[Source : http://www.laregledujeu.org]

 

La editorial Flammarion ha publicado este viernes 7 de enero la octava novela de Michel Houellebecq, anéantir. Todo son rumores. ¿Novela realista, notas distópicas, trama de intriga política y, lo más sorprendente tal vez, una novela « positiva »? 

El escritor francés Michel Houellebecq.

El escritor francés Michel Houellebecq

Escrito por Sanz Irles

El 7 de enero la industria editorial francesa tiene su propia epifanía y lleva al mercado sus novedades, en medio de una atención mediática y social que muchos envidiamos.

La industria editorial francesa no es cualquier cosa; en 2020 vendió 422 millones de libros. ¡422 millones! Eso son muchos libros. Puestos en línea y promediando grosores, haría falta una estantería de 10.550 km; una estantería que empezara en Pontevedra y terminara en Osaka. Eso es como si cada francés se hubiera comprado 6,3 libros ese año, aunque, claro está, libros en francés se compran y se venden por todo el mundo, no solo en Francia o en la pomposona francofonía (más ruido que nueces, en realidad, pero subvencionada con largueza).

Este año sacan libro todos los jabatos y las tigresas de la literatura gala. La avalancha es de algo más de 500 nuevos títulos en pocos días: Éric Vuillard, Leïla Slimani, Pierre Lemaitre, Nicolas Mathieu, Frédéric Beigbeder, Philippe Besson, David Foenkinos, Pascal Quignard, Véronique Olmi, Nathalie Azoulai, Louise Erdrich y muchos más son los justos protagonistas de una gran fiesta de la literatura. Si hay una república que aún merezca ser llamada « de las letras », podría ser la República Francesa, (esa que condecoró al tío Alberto de Serrat).

La 8ª de HouellebecqPero no todo es alegría en el mundo editorial parisino, porque este año saca también novela, tres años después de Serotonina, Michel Houellebecq, que –como ya tengo leído en algún sitio– va a ser el árbol que no deja ver el bosque. En efecto, desde que se supo que estaba lista su nueva novela, todo el mundillo literario, y no solo en Francia, se puso como gallina que ve lombriz, en un clima de agitación y frenesí astutamente fomentado por la editorial, Flammarion, y por el propio autor, con secretismos, prohibiciones, susurros, pseudofiltraciones y con la difusión, tardía y controlada, de 600 ejemplares destinados a críticos de los medios de comunicación y gurús de la cultura. La queja –en voz baja y lastimera– de las demás editoriales y de sus autores es comprensible: Houellebecq acapara demasiada atención y empalidece sus novedades.

Que Houellebecq es la estrella es un hecho apodíctico. La Voix du Nord ha dicho que Houellebecq tiene « la grandeur » de un Balzac, y aunque la comparación no me parece la más lograda, la intención es clara. Para su octava novela, cuya primera tirada es de 300.000 ejemplares, Flammarion ha preparado un artefacto bellamente diseñado, con intervención muy directa del autor, yendo a un papel de buen gramaje, cinta señaladora y cubiertas duras de un blanco inmaculado con el título en letras rojas y todo en minúsculas:

anéantir

Me imagino que en español saldrá como « aniquilar ». Es la traducción más directa, también etimológicamente. Tanto néant (no-ser, ausencia de ser) como -niquil (nihil) remiten a « la nada ». No obstante hay que leer la novela entera antes de elegir una traducción para el título, porque si se trata de opciones, haberlas haylas.

Anéantir, por cierto –y es otra novedad chez Houellebecq– tiene 736 páginas. ¡Dimensiones tolstoianas! Yo me alegro. Al superar las quinientas páginas las buenas novelas adquieren una cualidad ulterior: enclaustrar al buen lector –incluso en los ratos en los que no esté leyendo– en un universo paralelo, autónomo y autosuficiente durante unos cuantos días o semanas y del que no puede salir. En realidad no quiere salir. Yo pago gustoso por ese cautiverio.

El caso es que Houellebecq no pasa inadvertido. Es polémico a sabiendas y a queriendas. Pero aunque sus provocaciones sean eficaces armas comerciales, también son una parte sustancial y jugosa de su literatura. Sus detractores son feroces y en muchos de ellos se detecta un asco sincero. Supongo que esos ascos se reparten, no sé en qué proporciones, entre su obra y su persona. Durante varios años de su vida, su apariencia física no era precisamente tranquilizadora: huesudo, semianoréxico, alambrado, casi disecado, harapiento sacamantecas, recordaba una broma de Woody Allen en Hannah y sus hermanas a propósito de unos rockeros que estuvo obligado a ver una tarde y de los que decía que tenían pinta de asesinar a sus madres; pero unos años antes solía aparecer en público como un hombrecito atildado y suave, con aires de monaguillo de Sigüenza o de camarerito de Cracovia.

Sus novelas, por otra parte, están hechas de temas ácidos y decididamente incómodos, y la forma de tratarlos es, en el mejor de los casos, corrosiva, cuando no emética tout court. Tal vez sus detractores abominen, sobre todo, de su tratamiento, ya directo, ya indirecto, de la religión en medio de una descarnada obscenidad, de una mundanidad queridamente profana y desacralizadora. Sin embargo la religión es algo que Houellebecq se toma muy en serio, algo que le importa, y en realidad lo que parece estar haciendo, a su retorcida manera, es tratar de presentarnos el horror de un mundo sin Dios y, justo por eso, de una humanidad perdida o « abandonada », en déréliction, como dramáticamente se dice en francés.

A fuer de extremo, el realismo de Houellebecq, fabricado con una esforzada (y por tanto falsa) ausencia de estilo, tiene con frecuencia efectos lisérgicos, oníricos, irreales y, por eso mismo, de dudosa « credibilidad », pero es rápidamente reconducido a un realismo más manejable, más familiar. Ese vaivén entre uno y otro es marca de la casa, de la peculiar relación que su literatura busca establecer con la verdad o, rizando el rizo un poco más, de la frontera que pueda haber entre la verdad de la vida y la verdad literaria, si es que aceptamos que tales cosas existan. No es rara, pues, su confesada devoción por el danés Hans Christian Andersen, en quien parece querer explorar la desdibujada frontera entre sueño y realidad, entre lo onírico y lo –digámoslo así– telúrico.

El valor novelístico de Houellebecq también le debe mucho a su fascinante capacidad de enlazar lo privado con lo público, lo individual e íntimo con lo colectivo, lo efímero y lo transcendente, y de saltar con facilidad pasmosa entre distintos géneros, dentro de una misma novela: el psicológico, el político, el policiaco, el pornográfico, el filosófico…

Mientras cuento los días que faltan para que me llegue de Francia mi ejemplar de anéantir, me llegan chivatazos: novela realista, notas distópicas, trama de intriga política y, lo más sorprendente tal vez, una novela « positiva », un deseo de proponer fórmulas morales para sobrevivir y para tener a raya el mal, para escapar a su fascinación, esa fascinación que para Houellebecq explica que tantos intelectuales franceses del siglo XX se hayan deshecho en elogios a sanguinarios asesinos como Mao, Pol Pot o Che Guevara, sin que se les haya exigido responsabilidades ni retractaciones ni excusas. Se han ido de rositas, con cara de yo-no-fui.

Una de las claves de su última novela debe de estar, con toda probabilidad, en sus recientes declaraciones a Jean Birnbaum en Le Monde, negándose a dar por bueno el archifamoso aserto de que con los mejores sentimientos se hace la peor literatura. Al contrario, dice Houellebecq, la buena literatura se hace con los buenos sentimientos. En boca suya suena rarísimo, pero estoy dispuesto a creer que ese ha sido el motor interior que ha puesto en marcha la escritura de anéantir. Apuesto doble contra sencillo a que será una lectura formidable.

Sanz Irles es escritor y traductor literario. Es también presidente del Consejo Asesor de IASP (International Association of Science Park and Areas of Innovation).

 

[Fuente: http://www.elespanol.com]

La Institució amenaça de portar el document bilingüe al Consell Constitucional

L’Acadèmia francesa, la màxima institució del francès, ha emprès una batalla contra el caràcter bilingüe (francès-anglès) del nou carnet d’identitat, que tal com preveu el reglament europeu de 2019, ha d’incloure, en el títol, “almenys una llengua oficial suplementària de les institucions de la Unió”. D’acord amb aquesta normativa, n’hi hauria hagut prou amb traduir les paraules “carnet d’identitat” i deixar la resta en francès, però les autoritats franceses han decidit traduir a l’anglès la resta d’epígrafs, fet que ha enfurismat l’Acadèmia.

L’enuig de la institució de la llengua francesa ha arribat fins al punt d’amenaçar de portar als tribunals el govern d’Emmanuel Macron si no rectifica. L’Acadèmia considera que amb aquest fet es vulnera la llei Toubon, de 1994, que estableix que el francès és la llengua dels documents administratius, així com l’article 2 de la Constitució, que estipula que “el francès és la llengua de la República”.

La institució ha demanat la intervenció del primer ministre, Jean Castex, i si no obté una resposta positiva es planteja portar l’afer davant el Consell Constitucional perquè dictamini si el nou model de carnet d’identitat va contra la Carta Magna, una demanda inèdita en 400 anys d’història de l’Acadèmia.

La majoria de països europeus han optat per incloure l’anglès (al nom del document o en tots els camps) a més de la seva llengua oficial als nous carnets d’identitat. En el cas d’Alemanya hi han afegit també el francès, ja que la norma europea no posa límits al nombre de llengües que pot contenir el document.

La Plataforma per la Llengua va proposar, arran de l’aprovació del reglament europeu, que l’Estat espanyol aprofités per afegir el català en el nom del document (Documento Nacional de Identidad) i de l’estat (España), que hi surten exclusivament en castellà. El govern francès ni s’ha plantejat que al carnet d’identitat hi pugui aparèixer cap camps en les anomenades “llengües regionals”.

[Font: http://www.diaridelallengua.cat]

De pizcar chile y jitomate en el campo, y soñar con irse de trabajador indocumentado a los Estados Unidos, Ramiro González Cruz, joven indígena zapoteco de 24 años, ha pasado a terminar la licenciatura, estudiar en la Universidad de Harvard y dedicarse a conseguir becas para promover que más niños y adolescentes de su pueblo continúen en la escuela.

Ganador del Premio Estatal de la Juventud 2021 de Oaxaca, Ramiro también colabora como intérprete en la Defensoría Pública del Estado, donde auxilia a personas indígenas en situación de reclusión que no hablan español a enfrentar las audiencias legales que requieren para alcanzar la libertad.

Sin embargo, la labor que más le apasiona es la promoción de la Agenda 2030 y sus 17 Objetivos de Desarrollo Sostenible de las Naciones Unidas, que conoció cuando estudiaba en la preparatoria. Aunque todos le parecen importantes, son dos a los que ha dedicado su trabajo y labor altruista: el número 1, que establece el fin de la pobreza; y el 4, que aboga por una educación de calidad.

Es impulsando estos objetivos, dándolos a conocer y aplicando sus propósitos en su asociación Expandiendo Mentes, que Ramiro ha logrado conseguir y gestionar becas para ocho estudiantes de bachillerato con un promedio de calificaciones mayor de 9.

“Conocí los objetivos y la Agenda 2030 en 2019, cuando recién entré a la universidad, en el Ateneo Nacional de la Juventud, donde hay un área dedicada a todo ello. Posteriormente, me involucré con otras organizaciones también dedicadas a las metas de desarrollo sostenible, pero yo me enfoqué más en el 1 y el 4”, contó.

“Lo que hago es promover que más jóvenes tengan acceso a una educación media superior y a la educación superior, gestionar becas y programas para ellos, dar cursos, capacitaciones y orientación vocacional, además de cursos de marketing digital, comercio electrónico, y redes sociales”.

También ha llevado a su comunidad un proyecto para enseñar a las y los artesanos estrategias de marketing en redes sociales, con el objetivo de que aprendan a promocionar sus productos, mejoren sus ingresos y puedan salir de la pobreza.

El chile es uno de los principales productos consumidos diariamente en México. La comunidad Nahua de Tlaola, produce tradicionalmente el chile serrano entre los meses de abril y junio, los chiles rojos se dejan madurar en la planta y se secan bajo el sol.

El chile es uno de los principales productos consumidos diariamente en México. La comunidad Nahua de Tlaola, produce tradicionalmente el chile serrano entre los meses de abril y junio, los chiles rojos se dejan madurar en la planta y se secan bajo el sol. Foto: Dalí Nolasco Cruz

El primero en terminar la escuela

Originario de San Isidro El Costoche, en el estado de Oaxaca, uno de los más pobres al sureste de México, Ramiro no solo es el primero de su familia en terminar la escuela; también lo es en su comunidad, de menos de mil habitantes.

En su pueblo, normalmente los jóvenes como él solo tienen dos opciones posibles: casarse y convertirse en campesinos; o migrar hacia los Estados Unidos y pasarse la vida enviando remesas a sus familias y soñando con volver.

Al concluir el bachillerato, Ramiro decidió dejar de estudiar para compartir ese destino; así que viajó desde su casa 1731 kilómetros para llegar al estado de Sinaloa y trabajar en la dura labor de la pizca, es decir en la cosecha de tomate, tomate verde y chile.

La labor era difícil: tenía que trabajar 12 horas al día llevando de un lado a otro hasta cuatro cubetas llenas hasta el tope de verdura, con un peso de entre 7 y 12 kilos cada una, por un salario que como máximo solo podía llegar a los 24 dólares o 500 pesos mexicanos diarios.

Por más de medio año envió una parte del dinero que ganaba a su mamá, y ahorró la otra con el objetivo de juntar lo suficiente para irse a Estados Unidos y continuar trabajando como jornalero allá. Sin embargo, lo mucho que extrañaba la escuela, la inspiración que obtuvo de una de sus maestras de la preparatoria y lo pesado del trabajo en el campo, lo ayudaron a decidirse.

“Estuve trabajando en los campos de tomate, tomatillo y chile en Sinaloa (un estado al noroeste del país). La veía muy difícil, muy pesada… tenías que darle con todo para poder ganar un poco más de dinero. Mi meta era irme a trabajar a Estados Unidos como muchos de mis paisanos”, contó en una entrevista con Noticias ONU.

La decisión de estudiar

Ramiro González Cruz es un joven indígena zapoteco y el primero en su comunidad en terminar una licenciatura. Recientemente, obtuvo una beca de la Universidad de Harvard para realizar un curso. Foto: Ramiro González Cruz

“Sudaba toda la ropa que cargaba. A los 6 o 7 meses de estar ahí, me caí en el surco cargando cuatro botes de tomate (cada uno con un peso de 7 a 12 kilos), y fue cuando reflexioné que tenía la posibilidad de estudiar una carrera profesional, así que decidí regresar a estudiar, y presentar el examen a la universidad”.

Una vez tomada la decisión, el camino fue todo menos sencillo. La familia de Ramiro está conformada por seis integrantes: además de él, sus padres Simplicio González y Cecilia Cruz, y sus tres hermanos: Alicia (quien no terminó la escuela), Pedro (que estudia la secundaria) y María Natividad, una niña de cuatro años.

Su papá, campesino de oficio, genera alrededor de 4000 pesos mensuales (190 dólares estadounidenses), que deben alcanzar para mantener a toda la familia.

En un contexto como este, ir a la escuela más allá de la secundaria es un privilegio del cual no han podido gozar todos los integrantes de su familia: Simplicio no tiene ni una hora de clases, Cecilia estudió hasta la primaria y Alicia tuvo que dejar la escuela después de quedar embarazada.

Sin embargo, la voluntad de Ramiro venció a sus circunstancias y el joven logró terminar primero la preparatoria, luego una carrera técnica y finalmente la licenciatura, de la cual se tituló como licenciado en Innovación de Negocios y Marketing.

Un sueño, ser empresario de éxito

“Mi mayor reto es llegar a ser un empresario exitoso e inspirar a otros jóvenes para que tengan acceso a la educación. Quiero seguir contribuyendo a los Objetivos de Desarrollo Sostenible, estudiar una maestría, seguir formándome y apoyar a la sociedad”, dijo.

Para conseguir los 2500 pesos mensuales (120 dólares) que costaba la colegiatura, y sufragar los gastos de su manutención en la ciudad de Oaxaca (a cinco horas de su pueblo), el joven trabajó en invernaderos de tomate, limpió establos, vendió quesos, pizzas, pan de dulce y hasta productos de belleza por catálogo.

A través de su proyecto Expandiendo Mentes, Ramiro busca gestionar recursos ante empresas privadas e instituciones y dependencias públicas para dar becas de 25% a 100% a jóvenes que destaquen en sus estudios pero vengan de una comunidad marginada o una familia con escasos recursos, y puedan de esta manera continuar en la escuela.

Hasta el momento ha logrado gestionar ocho becas de preparatoria y licenciatura.

Una calle de Oaxaca, en México.

Una calle de Oaxaca, en México. Foto: Banco Mundial/Curt Carnemark

La pobreza obstáculo para la educación

Al hablar de los Objetivos de Desarrollo Sostenible, Ramiro considera que la pobreza es el mayor obstáculo que enfrenta su comunidad para alcanzar la meta 4: Garantizar una educación inclusiva, equitativa y de calidad, y promover oportunidades de aprendizaje durante toda la vida para todas las personas.

La razón económica, considera Ramiro, es la mayor desventaja y desafío que enfrentan los jóvenes de su pueblo.

“Lamentablemente es muy triste. Soy el único y el primer profesionista en mi comunidad, no tenemos a nadie más. Es muy triste ver a jóvenes que lo tienen todo y no les interesa estudiar; por otra parte, vemos que hay jóvenes que les interesa, pero no pueden hacerlo por problemas sociales, familiares o económicos”, contó.

La única opción de Ramiro para seguir estudiando era trabajar y conseguir becas que apoyaran su desempeño, así fue como aprendió a hablar español, francés e inglés, además de su lengua originaria, el zapoteco, que hablan todos los habitantes de San Isidro El Costoche.

Ya en la licenciatura, aplicó para el Programa Encrucijada para Líderes Emergentes (Crossroads Emerging Leaders Program, en inglés) de la Universidad de Harvard. No fue fácil, pero obtuvo la beca y logró estudiar en línea en la tercera mejor universidad del mundo, según consultoras como el Ranking Mundial de Universidades QS (QS World University Rankings).

“Los requisitos que me pidieron fue tener menos de 26 años, ser de una comunidad rural, indígena o marginada, ser el primero de mi familia en estudiar en la universidad y tener actividades en mi estado. Fui aceptado dentro del programa y estuve tomando el curso de Emprendimiento en Economías Emergentes. Compartir aula con jóvenes de todo el mundo, de América Latina, Norteamérica, Europa, Asia y África, es una gran diversidad”, explicó.

El camino ha sido largo, pero no ha terminado. Con el conocimiento que adquirió tras su paso por Harvard, Ramiro sueña con impulsar la educación en su comunidad, así como mejorar la vida de sus vecinos.

“Quiero recalcar mi proyecto de profesionalización para micros y pequeñas empresas, quiero enfocarme en proyectos rurales, comunitarios e indígenas. En Oaxaca existe una diversidad muy grande pero no hay todavía la posibilidad de explotarla al máximo; quedan a la deriva los artesanos, los maestros mezcaleros; tienen el producto, pero no cuentan con la imagen corporativa; no saben vender sus productos ni manejar las redes sociales”, finalizó.

Este trabajo, asegura, es su manera de contribuir al logro de los Objetivos de Desarrollo Sostenible.

“Todos y cada uno debemos conocer y difundir los Objetivos y la Agenda 2030 porque solo tenemos de aquí a 2030 para rescatar a nuestro planeta. Es lo primordial que tenemos que hacer. Es el único camino que tenemos: somos la primera generación que está sufriendo estos cambios y somos la última generación que puede hacer algo para solucionarlo”.

Por: Centro de Información de las Naciones Unias en México

 

 

[Fuente: http://www.un.org]

Plus personne ne lit les textes du grand Jean-Baptiste dans leur version originelle car, depuis leur parution, leur orthographe a été considérablement modifiée. Ce qui ne nous empêche pas d’apprécier le génie de cet homme né voilà exactement quatre siècles.
Écrit par Michel Feltin-Palas
– Qv’est-ce donc ? qu’auez-vous ?
– Laissez-moy, ie vous prie
– Mais, encor, dites-moy, quelle bizarerie…
– Laissez-moy là, vous dis-je, et courez vous cacher.
Non, je ne me suis pas mis à taper à côté des touches de mon ordinateur une fois sur deux. Ce que vous avez lu est bien du Molière dans le texte – du moins tel que celui-ci a été imprimé dans sa version originale, au XVIIe siècle.
Précisons encore : il s’agit là de la scène I de l’acte I du Misanthrope, que Molière écrivait d’ailleurs Le Misantrope – oui, sans h. Cela surprend, évidemment, car nous avons été éduqués dans l’idée qu’il y aurait un seul français et une seule orthographe. Or la réalité est bien différente. En dehors d’une poignée de spécialistes, plus personne ne lit Molière dans l’orthographe de Molière.Celle-ci a été rectifiée, corrigée, adaptée au fil des rééditions. En clair : il ne faut pas confondre la langue de Molière et sa graphie.
Que l’on me comprenne bien. Loin de moi l’idée de plaider pour un laxisme généralisé en la matière. Oui, « les arbres » doivent continuer de prendre un s, marque du pluriel. Oui, il faut distinguer « ces » et « ses ». Oui, il faut accorder les adjectifs en genre et en nombre avec les noms auxquels ils se rapportent : un rat affamé ; une souris verte ; un journaliste impertinent, etc.
En revanche, cette reproduction de la véritable langue de Molière dans sa version originelle nous le montre : l’orthographe a considérablement évolué ces derniers siècles. Qui le sait ? Depuis la parution de la première édition de son dictionnaire, en 1694, l’Académie française elle-même a modifié l’écriture de… la moitié des mots ! Teste est ainsi devenue « tête » ; abbaisser, « abaisser » ; amitiez, « amitiés » ; poësie, « poésie. « Le tollé fut immense (la Poësie était défigurée), quelques académiciens menaçant de claquer la porte ; un changement inverse déclencherait sans doute aujourd’hui une semblable tempête », rappelle malicieusement le linguiste Bernard Cerquiglini dans un article paru dans la revue L’Histoire (1). Mieux encore : en 1835, la terminaison en – ois est alignée sur la prononciation – en ais. Le connoisseur évolue alors en « connaisseur » tandis que le nom même de notre idiome national change – oui – puisque la langue françoise devient la langue française… Nul crime de lèse-majesté, pourtant, mais une simple adaptation à la prononciation du temps. Car c’est ainsi : tout comme une partition n’est pas la musique, l’orthographe n’est pas la langue, mais simplement le moyen de la transcrire.
Or, si notre orthographe s’appuie parfois sur l’étymologie, elle présente dans bien des cas tous les dehors de l’arbitraire. Pourquoi un -p à « dompter », qui vient du latin domitare ? Pourquoi un -h à « haut » et pas à « altitude » alors que ces deux termes sont issus de altus ? Pourquoi pas « oeconomie » et « phantôme » puisque tous deux sont d’origine grecque ?Disons-le gentiment : les règles régissant l’écrit ont parfois autant de rapport avec une science exacte que le vol d’un papillon avec la ligne droite et, bien souvent, nous sommes simplement accoutumés à ce que nous avons appris. Nous serions choqués – moi le premier – si nous lisions donter, aut et oeconomie. Et pourtant, leur graphie actuelle ne repose sur aucun argument logique, comme le soulignent Maria Candea et Laélia Véron dans un ouvrage stimulant (2).
La graphie de notre langue nationale a donc déjà changé considérablement et continuera probablement de le faire à l’avenir. Quant aux multiples modifications intervenues dans l’orthographe des pièces de Molière, elles ne changent nullement son oeuvre. Osons un paradoxe : peut-être même nous permettent-elles de mieux comprendre ses textes et, ainsi, d’apprécier son génie à sa juste valeur…
(1) Comment l’Académie française s’est mêlée de l’orthographe, par Bernard Cerquiglini, L’Histoire n° 487, septembre 2021.
(2) Le français est à nous, Maria Candea et Laélia Véron, La Découverte.
[Source : http://www.lexpress.fr]

Jáchym Topol est un poète, romancier, journaliste et activiste. Né en 1962 à Prague, son père, Josef Topol, est dramaturge, poète et traducteur de Shakespeare. À cause des activités de dissident de son père, Jáchym ne peut pas entrer à l’université. Après son baccalauréat, il fit plusieurs petits métiers. En 1982, il cofonde la revue samizdat Violit, et en 1985 la Revue Revolver qui est spécialisée dans la littérature tchèque moderne.

ActuaLitté

Publié par Victor De Sepausy

Il est emprisonné plusieurs fois pour de courtes périodes. Il est également un des signataires de la charte 77. Jáchym Topol participe à la Révolution de velours en 1989, en publiant une feuille indépendante (Informační servis), qui deviendra plus tard l’hebdomadaire Respekt. Il est le rédacteur en chef de Revolver Revue jusqu’en 1993. Il fait toujours partie de la rédaction de Respekt.

Le style de Jáchym Topol se distingue par son oralité, l’usage de l’argot de la rue et un rythme tranchant. Jáchym Topol vit à Prague.

Sombre et grotesque

Le cas de Jáchym Topol, auteur né en 1962 et qui fait partie de la génération d’auteurs qui s’imposent après Révolution de velours, est différent : son œuvre est ancrée dans la réalité de notre époque, dont il donne à voir les métamorphoses, depuis le Printemps de Prague et l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie à la Tchéquie de Havel et celle des années 2000.

Interrogée à ce sujet, Marianne Canavaggio, sa traductrice française, évoque une écriture forte et singulière : « Topol développe un univers sombre et grotesque à la fois, qui est celui d’une réalité déformée par la fantaisie de l’auteur et entraîne le lecteur dans son sillage. Même si le lecteur français ignore parfois les réalités auxquelles Topol se réfère, le côté burlesque de ses personnages et des événements qu’ils traversent doit suffire à l’emporter. »

La plupart des romans de Topol ont été publiés en français, d’abord chez Robert Laffont avec Ange exit (1999, J’ai lu 2002) et Missions Nocturnes (2002), puis par les éditions Noir sur Blanc, qui ont repris le flambeau avec Zone Cirque (2009), L’Atelier du diable (2012) et enfin Une personne sensible (2021).

C’est d’ailleurs ce dernier roman que nous avons choisi de vous faire découvrir.

Mettre la littérature tchèque à l’honneur, voilà l’intention posée de ces publications, menées en partenariat avec le Centre tchèque de Paris et Czechlit – Centre littéraire tchèque. (traduction des citations par Marianne Canavaggio, qui est également la traductrice d’Ouředník).

Et pour plus de renseignements sur Jáchym Topol, cette émission :

ActuaLittéJachym Topol trad. Marianne Canavaggio
Les Éditions Noir Sur Blanc
Une personne sensible
14/01/2021 390 pages 23,00 €

 

 

 

 

 

 

 

 

[Photo : David Konečný – source : http://www.actualitte.com]

 

Pour le centenaire de la radio française, le Musée de l’ordre de la Libération présente l’exposition « La guerre des ondes. Londres, Paris, Vichy (1940-1944) ». L’exposition « dévoile la lutte acharnée que se sont livrées les radios de la Résistance, de l’Occupation et de la collaboration, de 1940 à 1944. Elle explique également tous les moyens utilisés pour séduire, convaincre et mobiliser les auditeurs ».

Publié par Véronique Chemla

« À l’aube de Noël 1921, Radio Tour Eiffel émet sa première émission radiophonique depuis la Dame de Fer. À l’occasion de cet anniversaire, le musée de l’Ordre de la Libération, aux Invalides, revient sur le rôle essentiel de la radio pendant la Seconde Guerre mondiale. L’exposition La Guerre des ondes. Londres, Paris, Vichy (1940 – 1944), présentée du 4 octobre 2021 au 2 janvier 2022, dévoile la lutte acharnée que se sont livrées les radios de la Résistance, de l’Occupation et de la collaboration, de 1940 à 1944. Elle explique également tous les moyens utilisés pour séduire, convaincre et mobiliser les auditeurs. »
« De l’Appel du général de Gaulle le 18 juin 1940 jusqu’à la libération de Paris le 24 août 1944, une « guerre des ondes » prend forme et voit s’affronter l’équipe française de Radio-Londres sur l’antenne de la British Broadcast Corporation (BBC), la radio allemande de langue française Radio-Paris et la Radiodiffusion nationale (dite « Radio-Vichy ») de l’État français. »
« Bien que la radio soit un média jeune à ce moment-là, six millions et demi de postes équipaient déjà les foyers français. Unique média domestique, la radio devient un enjeu stratégique majeur de propagande et une arme de guerre psychologique. »
L’ordonnance allemande du 13 août 1941 prohibe toute possession d’un poste récepteur aux Juifs qui sont obligés de remettre leur poste de TSF au commissariat de police.
« L’exposition s’articule autour des trois radios : Radio-Londres (sur la BBC) au service de la France libre et la Résistance intérieure, « Radio-Vichy », considérée comme la radio de l’État français, et Radio-Paris, contrôlée par l’occupant allemand. La « guerre des ondes » n’est ni statique, ni verticale ; elle se livre sur un réseau dynamique de relations entre tous ses protagonistes. En effet, les trois radios s’interpellent, se critiquent et se répondent — parfois au-delà même des ondes, tandis que les Français ne restent pas passifs face aux contenus radiodiffusés. »

« L’exposition présente une cinquantaine d’objets et documents (postes de radio, micro, affiches, tracts, brochures, magazines, machine à écrire, etc.), ainsi qu’une borne interactive qui diffuse des extraits d’émissions de radio : chansons, parodies, discours, concerts, etc. Cette dernière permet de mieux appréhender le rôle, pendant la Seconde Guerre mondiale, du plus ancien média sonore. »

Le Commissaire d’exposition est Lionel Dardenne, assistant du conservateur au musée de l’Ordre de la Libération.
Londres, Paris, Vichy
« Le public découvre la naissance des différentes radios, ainsi que leurs « grandes voix ». Qu’ils représentent la France libre ou le régime de Vichy : Pierre Bourdan, Pierre Dac, Jacques Duchesne, Maurice Schumann, Jean Marin, Jean Oberlé, etc., pour les Français de la BBC ; Jean-Louis Tixier-Vignancour, René Bonnefoy, pour « Radio-Vichy »; Jean Hérold-Paquis, Philippe Henriot, etc., pour Radio-Paris. »
« Le matin du 25 juin 1940, toutes les stations radios françaises cessent d’émettre, conformément à l’article 14 de la convention d’armistice. Seule radio autorisée dans la zone occupée, la station de propagande allemande en langue française, Radio-Paris, commence à émettre le 5 juillet. Cette radio dispose de moyens financiers, fournis par le Reich, très supérieurs à ses concurrentes. Radio-Paris relaie l’idéologie nazie et encourage la collaboration avec l’Allemagne. »
« La Radiodiffusion nationale est repliée à Vichy, siège de l’État français. »
« Elle commence à émettre le 6 juillet 1940. Les collaborationnistes sont écartés au profit d’une ligne plus neutre, marquant une certaine indépendance, tournée vers la promotion de l’idéologie du régime de Vichy et l’exaltation de la figure du maréchal Pétain. »

« Face à la main mise allemande sur Radio-Paris et à la radio officielle de Vichy, Radio-Londres diffuse deux émissions françaises sur les ondes de la BBC à partir de la mi-juillet 1940, et seulement trente-cinq minutes d’antenne. Honneur et Patrie, qui dépend du général de Gaulle et Les Français parlent aux Français, dépendant, elle, des Britanniques. Radio-Londres est alors utile pour faire connaître aux Français occupés l’action des mouvements de Résistance et les combats de la France libre, tout en dénonçant la propagande allemande et la politique de collaboration. »

« Cette partie de l’exposition permet d’évoquer également et de mieux comprendre le système des grilles de programme, ainsi que les messages véhiculés et leur objectif. »

La radio, une arme de guerre
« Cette deuxième partie présente la radio comme arme psychologique, politique et militaire. En effet, entre les trois radios protagonistes, la confrontation est immédiate. La rivalité entre les différentes radios s’exprime sous de multiples formes : propagande, manipulation des auditeurs, messages codés, réponses à distance, résistance, etc. : une véritable «guerre des ondes ».
« Radio-Paris, détenue par l’occupant, est forte de l’expérience de la propagande nazie en Allemagne. Ainsi, elle tente de séduire les auditeurs pour les convaincre du bienfait de la collaboration, de « l’Ordre nouveau » en Europe et, plus tard, de la nécessité du Service du travail obligatoire (STO). »
« Radio-Londres, de son côté, dénonce les mensonges de la radio allemande, les privations du pays occupé, les exécutions d’otages et fustigent la politique du maréchal Pétain. Émise sur les ondes de la BBC, cette radio livre des informations censurées en France, encourage les auditeurs à croire en la victoire finale et donne des mots d’ordre à la Résistance, avec des messages codés. »
« Les « grandes voix » des émissions radiophoniques de l’époque s’insultent, se moquent et se répondent à travers leurs programmes. L’affrontement est tel qu’il se poursuit même dans d’autres médias : magazines, brochures, affiches, tracts, et au cinéma. »
« Pour les autorités d’occupation, les créateurs de ces radios et leurs intervenants, il ne s’agit pas de diffuser uniquement des informations et de la propagande. Du côté de la BBC, les ondes servent aussi à envoyer et recevoir des messages codés, rassurer des familles et transmettre des informations secrètes… »
« L’importance et la puissance de la radio pour gagner l’adhésion des populations sont perçues très rapidement. Le général de Gaulle a été l’un des premiers à comprendre que la radio serait un vecteur de résistance civile. Il l’a bien démontré lors de son discours le 18 juin 1940. Il écrit dans ses mémoires, en évoquant la France libre : « La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela. »

Le divertissement

« Utile pour atteindre leur objectif de « séduction », les radios proposent de nombreuses émissions de divertissement d’une grande modernité : jeux, chansonniers, témoignages, reportages, interventions humoristiques, etc., qui servent à capter leur public et à le divertir dans le contexte d’une guerre mondiale et de restrictions en tous genres. »

Les radios et leurs auditeurs 
« Comment les Français perçoivent-ils la propagande qui leur est adressée ? Comment dialoguent-ils avec ces radios ? Restent-ils passifs face aux informations reçues ? »
« Autant de questions auxquelles répond cette troisième partie de l’exposition en abordant la relation entre les auditeurs et les différentes radios. On y découvre leurs échanges et comment les radios adaptent leur programme face aux réactions et demandes des auditeurs. »
« En dépit des interdictions et des contraintes qui pèsent sur la population française, cette dernière n’est pas passive. »
« Ainsi, les auditeurs écrivent aux stations ou directement aux intervenants pour les louer ou pour critiquer les programmes. Ils répondent aux mots d’ordre diffusés sur les ondes de Radio-Londres, appelant à des actions patriotiques (manifestations du 1er mai, 14 juillet ou 11 novembre, minute de silence, campagne des « V », etc.). Certains se font même le relais (clandestin) des chaînes de radio interdites en France occupée, par un slogan fredonné ou un graffiti. D’auditeurs, ils deviennent alors acteurs d’une forme de résistance à l’occupant. »
« Les trois radios ont tout intérêt à se montrer très attentives à leurs auditeurs. Par exemple, les courriers parvenus à Radio-Paris permettent aux Allemands d’évaluer l’état de l’opinion publique quand la BBC et la Résistance intérieure organisent de leur côté des sondages clandestins en France occupée. Ainsi, l’organisme de résistance « Service de sondages et statistiques » révèle que 68% des sondés se déclarent satisfaits des émissions de Radio-Londres en juin 1944. Les stations peuvent ainsi améliorer leurs grilles de programmes et leur impact pour continuer d’accroître leur emprise, toujours plus grandissante. »
« Durant quatre ans, les Français ont subi la propagande de la radio allemande et de la Radiodiffusion nationale dont le but était d’assujettir les esprits et de rendre acceptable le projet d’une Europe dominée par l’Allemagne nazie. Mais « l’armée des ondes », celle des Français de la BBC à Londres, s’est opposée à eux grâce à une résistance fondée sur la volonté de combattre le mensonge par la vérité. Radio-Londres a pu ainsi faire connaître aux Français les combats de la Résistance et les succès de la France libre, rendant possible l’espoir d’une future libération. »
« Le 17 août 1944, devant l’imminence des combats pour la libération de la capitale, Radio-Paris émettait son dernier message. Et le 24, « Radio-Vichy » disparaissait avec la libération de Paris et de la majeure partie du territoire national. Quant à Radio-Londres, elle sortait vainqueur de la « guerre des ondes ».
« Le rôle irremplaçable de la radio durant la Seconde Guerre mondiale a tenu à son quasi-monopole de média domestique. L’évolution des moyens de communication laisse à penser qu’il n’en serait pas de même aujourd’hui. Malgré tout, cent ans après la première émission radiodiffusée en France, la radio demeure un puissant vecteur de communication, le média considéré comme le plus crédible par les Français (1) et le plus répandu sur la planète (2).
« La « guerre des ondes » offre l’occasion de plusieurs passes d’armes radiophoniques entre les animateurs de Radio-Londres comme Maurice Schumann (Honneur et Patrie) et Pierre Dac (Les Français parlent aux Français) et l’orateur de Radio-Paris et « Radio-Vichy », Philippe Henriot. Alors que celui-ci est secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande, il attaque Pierre Dac à la radio le 10 mai 1944. Il se réfère à lui par son vrai nom, « un certain Isaac André », et l’accuse de ne pas être attaché à la France du fait de ses origines juives. »
« Pierre Dac lui répond en évoquant la mémoire de son frère tombé en 1915 en Champagne : « Sur la modeste pierre tombale […] on lit cette simple inscription : Mort pour la France à l’âge de 28 ans. Voilà, monsieur Henriot, je le répète, ce que cela signifie pour moi, la France. Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription. Elle sera ainsi libellée : Philippe Henriot, mort pour Hitler, fusillé par les Français. »
« La réplique de Pierre Dac est prophétique puisque, le 28 juin 1944, Philippe Henriot est abattu à son domicile parisien par un commando de la Résistance dirigé par Charles Gonard, Compagnon de la Libération. »
(1) 52% des personnes interrogées, contre 48% pour la presse écrite, 42% pour la télévision et 28% pour Internet, étude Kanta Public et One Point réalisée pour La Croix, 2020.
(2) Journée mondiale de la radio, UNESCO, 2016.

« Quelques protagonistes »
Pierre Dac (1893-1975)
« Comédien, il participe à l’émission Les Français parlent aux Français où il se distingue par ses interventions humoristiques. »
© Jacques Pessis
Maurice Schumann (1911-1998)
« Porte-parole de la France libre, principal intervenant de l’émission Honneur et Patrie, Compagnon de la Libération. »
© musée de l’Ordre de la Libération
Philippe Henriot (1889-1944)
« Journaliste et homme politique, éditorialiste, voix emblématique de la collaboration sur « Radio-Vichy » et Radio-Paris. »
© CCO Paris Musées /Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Du 4 octobre 2021 au 02 janvier 2022

Hôtel national des Invalides
129, rue de Grenelle. 75007 Paris
Tél. : 01 47 05 35 15
Du lundi au dimanche, sauf le 1er janvier, de 10 h à 17 h  (nocturne le mardi 20 h).
Visuels :
« Paroles dorées de Mr Winston Churchill adressées à la Nation Française, 1940.
Tract antianglais de douze feuillets distribué par les services de propagande de Vichy. Londres est bombardé alors que les paroles du Premier ministre britannique se veulent rassurantes.
© Musée de l’Ordre de la Libération
Les Juifs doivent remettre leur poste de TSF au commissariat de police, septembre 1941. L’ordonnance allemande du 13 août 1941 interdit aux Juifs de posséder un poste récepteur.
Photo © BnF
Poste radio « RCA Victor » BP 10 ayant appartenu à Paul Rivière (Compagnon de la Libération). Don de Madame Rivière
© musée de l’Ordre de la Libération.
Pierre Bourdan, pseudonyme de Pierre Maillaud, une des voix du programme Les Français parlent aux Français, à la BBC de 1940 à 1944.
© Tallandier / Bridgeman Images
Maurice Van Moppès, Chansons de la BBC illustrées par l’auteur, Paris 1944.
Cette édition reprend les chansons que Maurice Van Moppès faisait entendre dans l’émission Les Français parlent aux Français sur la BBC. Les chansons étaient aussi parachutées sur la France occupée. Ces détournements d’airs connus pour ridiculiser l’ennemi permettaient d’amoindrir l’aspect menaçant et invincible dont sa propagande le parait.
© Musée de l’Ordre de la Libération

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Però a pesar de l’aparent contradicció, segur que la majoria de la gent trobe raonable que l’anglès continuo sent la llengua de treball de la UE després del Brexit. De fet, és la llengua franca de les relacions internacionals. I no els és difícil entendre per què és així: Estats Units, l’excolònia britànica, continue dominant lo món en tots los aspectes. I el poder ho explique quasi tot.

Però anant a les llengües més menudetes, que es resistixen a desaparèixer entre tantes llengües de poder, d’Estat, de l’administració, etc. hi ha una cosa ben curiosa. Sabeu quines són les llengües europees no oficials a la Unió Europea que tenen més parlants? A banda del rus, per la seua influència als països de l’Est, les més parlades són la santíssima trinitat: la nostra del Matarranya, lo gallec i l’euskera. Havent passat dictadures, persecucions, prohibicions, i en lo nostre cas, inclús negant-los la dignitat de ser llengua. Lo castellà, llengua d’Estat, la parlen lo 15,1% dels europeus (5a posició), però el català el saben parlar el 2% dels europeus (15a), lo gallec, lo 0,6% i el basc, lo 0,3%. I per darrere, ja a una distància considerable, estan altres llengües també minoritzades, com lo gal·lès i el gaèlic escocès, però també altres llengües oficials de la UE, com l’estonià, el gaèlic irlandès o el maltès [Eurobarometer, 2012].

La pregunta que qualsevol impertinent considerarie pertinent és: per què nassos continuen encara mostrant vitalitat lo català, lo gallec i l’euskera, a estes altures de la història? Com és que no han corregut lo mateix camí que, per posar l’exemple més pròxim, va seguir l’occità a tot lo sud de França? L’occità, que tanta simpatia explosiva ha provocat per aquí com a «llemosí», se va parlar històricament entre la Vall d’Aran, l’Atlàntic i els Alps. I ara, ni ix als llistats. Però, com en lo cas de l’anglès a la Unió Europea, hi ha raons que expliquen per què les tres llengües minoritzades més parlades a Europa són espanyoles.

La primera raó és la més històrica: aquí ningú mai ha arribat a considerar ni el català ni el gallec com dialectes de l’«espanyol». La construcció nacional de l’Estat ni es va plantejar integrar les altres llengües com a “dialectes”, que és lo que va passar a Itàlia, integrant en una llengua única des del napolità al sicilià, o Alemanya, en lo bavarès.

La segona raó de pes és que la modernització va arribar molt més tard que als països del nord. L’alfabetització universal, l’emigració a les ciutats, la industrialització de l’agricultura, los treballs assalariats, la televisió a casa, o tantes altres ferramentes modernes que ajuden a reduir la diversitat lingüística, aquí van escomençar a operar tard. Per tant, l’Estat franquista, per més que tenie moltes ganes que tots fórem «unos», no tenie la manera de fer-ho. A diferència del Regne Unit, a on van ser ferramentes molt útils per a substituir el gal·lès o el gaèlic.

I la tercera i última raó és que aquí el patriotisme ha anat lligat sovint en processos no democràtics, principalment lo franquisme. Per contra, a França, lo francès és la base d’una suposada república d’iguals, un símbol contra el nazisme, etc. I evidentment, és més atractiva una llengua d’Estat democràtic que no una d’imposada pel feixisme.

Tres raons que poden explicar per què la trinitat de llengües resistents està a Espanya.

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

Ce premier volume de la trilogie de Milton Hatoum intitulée Le lieu le plus sombre nous parle d’un Brésil peu à peu gangréné par la dictature militaire dans la Brasilia des années 1960-1970. Entre le journal intime et le roman, La nuit de l’attente dresse un portrait oppressant et intimiste d’une période parmi les plus terribles de l’histoire du Brésil contemporain. C’est aussi un livre sur l’amour d’un adolescent pour sa mère absente. Milton Hatoum mêle habilement la petite histoire, familiale et personnelle, à la grande, qui la rattrape et la redéfinit.

La nuit de l’attente, de Milton Hatoum : Brasilia, années de plomb

Écrit par Mathieu Dosse

Milton Hatoum, La nuit de l’attente. Trad. du portugais (Brésil) par Michel Riaudel. Actes Sud, 356 p., 22 €


Exilé à Paris, le jeune Martim se souvient de son arrivée à Brasilia en 1969, cette ville en construction, étrange et inhospitalière même sur le papier, avec ses rues sans nom, désignées uniquement par des sigles, des lettres et des chiffres, ses superquadras, ses Ailes Nord ou Sud, ses Blocs B ou C, ses quartiers résidentiels peu peuplés, ses quartiers d’affaires. « Brasilia est une ville faite pour qui a des ailes, ou qui sait voler. L’espace est si grandiose que les bâtiments (qu’on appelle « blocs ») de l’Axe Monumental, recouverts qu’ils sont d’une poussière rouge, en paraissent diminués ». Abandonné par sa mère chérie, partageant un appartement avec un père meurtri par le divorce, qui le hait en silence, Martim, alors âgé de seize ans, va y découvrir l’amour, l’amitié, l’université, le théâtre. Mais le Brésil traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire récente : la dictature militaire, en place depuis 1964, a pris depuis peu une tournure plus répressive. Ce sont les années de plomb. La police surveille tout le monde, en particulier les étudiants, les emprisonnements arbitraires se multiplient, la censure sévit dans tous les médias, la torture est systématisée.

Au détour de ses déambulations, Martim rencontre une troupe de théâtre amateur, formée par des lycéens, avec qui il se lie aussitôt d’amitié. Ceux-ci fondent bientôt une revue littéraire, Tribo, dans laquelle ils publient des traductions de poètes étrangers, des poèmes, des nouvelles. Ils montent une version de Prométhée enchaîné dans laquelle, pour représenter les aigles qui mangent le foie du héros, ce sont les vautours qui attaquent la ville (critique subtile de la dictature). Mais la censure veille au grain ; la pièce est censurée dès sa première représentation. Le cercle se referme autour de Martim et ses camarades qui, insouciants, n’écoutent pas les avertissements, pourtant nombreux (« Quitte cette ville », répète-t-on plusieurs fois à Martim).

Le tour de force de Milton Hatoum est d’avoir créé un personnage qui n’a au départ rien d’un révolutionnaire, mais que la dictature rattrape. S’il se fait arrêter par la police, c’est que, rêvant aux jeunes filles qu’il vient de rencontrer, il s’est endormi dans sa barque alors qu’il ramait sur un lac, et que celle-ci a dérivé jusqu’à la résidence du président de la République. Il est témoin d’évènements terrifiants (un couple arrêté et battu par des militaires en plein jour), mais s’enfuit à chaque fois, apeuré. La peur, une peur diffuse, qui dit à peine son nom, est omniprésente à Brasilia. Elle est dans toutes les conversations, cachée dans les paroles non dites, dans les regards (car Martim et ses camarades sont tout le temps observés, l’auteur le signale comme en passant, lorsqu’il évoque les scènes de repas dans les bars, les réunions à l’université, comme si un œil inquiet et scrutateur les épiait sans cesse). Martim écrit dans son journal intime cette phrase terrible, qui résume à elle seule l’atmosphère oppressante du roman : « Je n’ai pas peur tous les jours ».

Il y a peu d’espoir, peu de lumière dans ce livre porté par une écriture dépouillée, très bien rendue en français dans la belle traduction de Michel Riaudel. C’est un constat sombre, une plongée chirurgicale dans un univers étouffant. « Je n’ai pas souffert quand ils m’ont arrêté en mars 1968, écrit Martim à sa mère, mais les cauchemars, la violence et tout ce qui arrive dans la vie de beaucoup donnent à Brasilia un sentiment de destruction et de mort que ne peuvent dissiper ni les palais, ni la cathédrale, ni les coupoles du Congrès, ni même toutes les courbes de cette architecture ». En miroir de cette brutalité, il y a la présence inquiétante du père de Martim, ingénieur conservateur, qui, par son silence obstiné, son mépris, sa froideur, incarne à lui seul, d’une certaine manière, le visage terrifiant de la dictature.

Si Martim trouve le réconfort dans les bras de Dinah, une jeune fille de son âge, c’est véritablement sa relation avec sa mère absente qui offre à ce roman ses plus belles pages. C’est une relation presque amoureuse, qui alimente la rêverie de Martim sans jamais trouver de conclusion : la rencontre entre l’enfant et la mère n’aura jamais lieu. Une nuit d’attente fébrile dans un hôtel (épisode qui donne son titre au roman) est encore un autre rendez-vous manqué, qui plonge Martim dans un état de rage et de tristesse, comme un amoureux éconduit. « Ce que je désire le plus, écrit-il encore, c’est te voir. Je ne sais presque rien de ta vie, maman. Est-ce que je te manque vraiment ? Le manque, ce n’est pas assez : les mots, les rêves ne me touchent plus. J’ai dit dans plusieurs lettres que je voulais sentir ton corps, entendre ta voix, au moins voir ton regard… Si tu ne peux pas venir ici, retrouvons-nous dans le Minas ou à São Paulo. Combien de fois te l’ai-je suggéré ? Pourquoi esquives-tu ce sujet ? Quelle est la chose, la personne, qui nous empêche de nous revoir ? »

La nuit de l’attente, de Milton Hatoum : Brasilia, années de plomb

Ces deux thèmes entrelacés – l’amour pour la mère absente et la violence sourde de la dictature – structurent ce roman de formation, premier volume d’une trilogie intitulée Le lieu le plus sombre. Comme dans d’autres romans de Milton Hatoum, l’histoire personnelle, individuelle et familiale, est rattrapée par l’Histoire. Toute la force du roman tient dans cet entrelacement subtil, où le désir est sans cesse frustré. Martim ne reverra jamais sa mère ; tous les rêves de ses amis, des rêves de liberté, de vie, trouveront une fin tragique sous les serres de la dictature. Ce premier volume s’achève sur la fuite de Martim, sur sa honte d’être parvenu, seul, à échapper à la descente de police qui a frappé ses amis. Il faudra attendre la publication en français du deuxième volume, intitulé Points de fuite, pour savoir ce qu’il adviendra de lui et de ses camarades.

Comment ne pas penser au Brésil actuel à la lecture de ce roman paru en langue originale en 2017, soit quelques mois avant les élections qui ont mené Bolsonaro au pouvoir ? En rappelant les agissements monstrueux des militaires d’alors, en disant aussi que les inégalités sociales reléguaient une grande partie de la population dans la misère (des personnages de servantes, de mendiantes édentées passent dans le roman comme des ombres), Milton Hatoum fait une critique subtile du Brésil contemporain. Car, si l’on sait que Bolsonaro est un nostalgique de la dictature, peut-être ne dit-on pas assez qu’une partie non négligeable de la société brésilienne considère elle aussi cette période comme un âge d‘or, où l’ordre régnait dans un pays économiquement fort (le soi-disant « miracle brésilien »).

En France, quelques années plus tard, Martim se remémore ses années d’adolescence et de jeunesse passées à Brasilia. Sa vie parisienne, faite elle aussi de rendez-vous manqués, d’attentes frustrées, est comme une longue traversée dont on ne connaît pas la durée ni la fin : « Peut-être est-ce cela l’exil : une longue insomnie dans laquelle les fantômes ressurgissent avec la langue maternelle, prennent vie dans le langage, survivent dans les mots… »

 

[Photo : Antonio Brasiliano – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Una òbra d’Anne-Pierre Darrées per anar pus luènh en la coneissença de l’eròi mai popular de la mitologia grèga

Las edicions Reclams presentan Ercules, l’iniciat, un libre d’Anne-Pierre Darrées escrich amb la tòca de presentar als joves los dotze trabalhs de l’eròi grèc que son de proesas cargadas d’ensenhaments.

Contar las aventuras coma legir los simbòls permetrà a Ercules de venir un òme, de véncer l’animalitat, los vicis, d’alargar sa consciéncia. Amb aquel libre, los legeires poiràn anar pus luènh en la coneissença de l’eròi mai popular de la mitologia grèga. L’obratge es escrich en gascon e en francés e las illustracions son de la jove dessenhaira Margot Raillé.


DARRÉES, Anne-Pierre. Ercules, l’iniciat. Reclams, 2021. 104 paginas. 10 èuros.

[Sorsa: http://www.jornalet.com]

El TERMCAT publica en línia el Diccionari de formatges, que difon els termes catalans amb què es designen 77 varietats de formatges d’arreu del món.

imatge de la capçalera del diccionari

La publicació que ara es presenta és un avançament de l’obra completa, en curs de revisió, que té l’objectiu de reflectir tot el món del formatge i que contindrà, a més dels noms de formatges, termes relacionats amb la seva elaboració i consum.

El diccionari recull termes com ara havartimascarponefetapanir o tolko. Cada terme inclou la denominació en català, equivalents en castellà, francès i anglès, definició i, si escau, notes complementàries. Més de la meitat dels termes han estat normalitzats pel Consell Supervisor del TERMCAT.

L’obra forma part de la col·lecció de Diccionaris en Línia del TERMCAT, que ofereix actualment més de 160 títols dedicats a diversos camps d’especialitat.

 

[Imatge: CC-BY 4.0 – font: http://www.termcat.cat]