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Panier, viande, poulain, pommade… Bien des termes que nous utilisons aujourd’hui avaient jadis une tout autre signification. Pourquoi ne l’ont-ils pas gardée ?
Écrit par Michel Feltin-Palas
Avouez-le. Vous pestez régulièrement contre votre neveu lorsqu’il emploie un mot dans un sens « fautif ». « Conséquent », par exemple, au lieu d' »important ». Ou « trop » à la place de « très ». Alors un conseil : arrêtez de lui adresser des remarques dans ce domaine car si, par manque de chance (pour vous), il suit plus tard des études de linguistique, il vous expliquera que tout le monde fait pareil depuis la nuit des temps, vous compris. Et il aura raison.
Par exemple, il m’étonnerait que vous ne partiez pas faire le marché avec votre panier alors que, stricto sensu, celui-ci ne servait au départ qu’à transporter du pain… Le cas est loin d’être isolé. « Il arrive en effet souvent que nous ne connaissions qu’une seule des acceptions d’un mot que nos ancêtres utilisaient ou que nous utilisions ce mot avec sens différent », souligne le linguiste André Thibault en citant cet autre exemple : »Saoul voulait dire autrefois « rassasié, repu » (appliqué à quoi que ce soit, c’est-à-dire autant à de la nour­ri­ture qu’à une boisson quelconque ou à une boisson alcoolisée) ; à force de l’entendre surtout en référence à l’alcool, on a fini par interpréter ce mot comme signifiant uniquement « ivre » » .
C’est ainsi : au fil du temps, de nombreux termes changent de sens. Il suffit pour le constater de plonger dans un livre écrit voilà quelques siècles. Chez Molière, par exemple, tout à l’heure signifie « immédiatement » ; bailler veut dire « donner » et la fortune correspond au sort, propice ou funeste, comme le souligne le linguiste Jean Pruvost dans un ouvrage que j’ai déjà chroniqué et que je recommande vivement (1).
Les linguistes se sont efforcés de classer ces évolutions en plusieurs catégories.
· Les restrictions de sens. Comme saoul, bien des termes ont vu leur emploi se spécialiser. Viande, comme son nom l’indique, désignait originellement tous les aliments servant à entretenir la vie. Traire signifiait « tirer » de manière générale, avant qu’il ne finisse par désigner uniquement l’extraction du lait des animaux domestiques. Conformément au latin pullus (« jeune animal »)poulain s’employait pour les petits de tous les animaux, et pas seulement pour celui du cheval (poulet a d’ailleurs la même origine). Le verbe trépasser ne fait plus aujourd’hui référence qu’à la mort alors qu’il signifiait simplement « aller au-delà ». Quant à accident, il a longtemps eu le sens d' »événement », heureux ou malheureux, avant de n’être utilisé que dans les circonstances néfastes.
· Les extensions de sens. À l’exemple de panier, d’autres termes ont vu inversement leur emploi s’élargir. La pommade n’était au départ qu’une pulpe de pomme ; un épicier ne vendait que des épices ; on arrivait exclusivement sur une rive tandis qu’un boucher tuait uniquement les boucs…
· Les affaiblissements de sens. Certains mots n’ont pas vraiment changé de signification, mais ont perdu leur intensité initiale. À l’origine, un ravissement était un enlèvement au ciel. Charmer était l’équivalent de ensorceler (d’où l’expression jeter un charme). Être étonné signifiait que l’on semblait avoir été frappé d’un coup de tonnerre. Gâter avait la force de dévaster. L’inquiétude désignait une forte agitation ; le déplaisir, une profonde douleur ; l’ennui, un chagrin violent… Formidable signifiait « qui inspire la crainte » et terrible renvoyait à la terreur.
· Les mots qui ont acquis une connotation péjorative. L’expression art nègre en témoigne : originellement, cet adjectif n’avait pas une valeur péjorative. C’est à force d’être utilisé dans les discours racistes qu’il a fini par l’acquérir. C’est d’ailleurs aujourd’hui au tour du mot noir de subir le même sort, si bien que certains préfèrent recourir à la formule personne de couleur ou à l’anglicisme black.
· L’influence des langues étrangères. Précisément, une partie de notre lexique subit l’influence de l’anglais. Ainsi, réaliser est souvent utilisé pour « se rendre compte » alors qu’il signifie théoriquement « faire, élaborer ». Supporter prend la place de « soutenir » alors que ses sens premiers étaient « recevoir le poids », « endurer », « tolérer ».
· Les évolutions technologiques. Une invention donne souvent naissance à un nouveau mot, mais, parfois, on se contente de recycler un objet proche qui lui ressemble. La voiture était un mode de transport tiré par des chevaux ? Elle désigne aujourd’hui une automobile bénéficiant de la force d’un moteur.
· Les inversions de sens. De manière plus surprenante, quelques termes signifient aujourd’hui le contraire de ce qu’ils voulaient dire primitivement. Une personne énervée était celle qui avait subi une énervation et était donc dénuée de nerfs ? L’adjectif s’applique aujourd’hui à celle qui se trouve dans un état de nervosité inhabituel. Du temps où l’Espagne était occupée par les Arabes, les laquais étaient de hauts fonctionnaires. Ce n’est qu’à la suite de la Reconquista qu’ils ont été ravalés au rang de « valets d’armée », puis de « valets » tout court, et c’est ce sens qui s’est imposé en français, comme le souligne Henriette Walter (2). Autre exemple frappant avec rien – issu du latin rem, c’est-à-dire « chose ». À force d’être utilisé dans des formules négatives, pour renforcer ne, ce nom signifiant « chose » a fini par être senti comme un pronom signifiant « aucune chose » !
· Les erreurs. Terminons cette liste par la catégorie qui m’amuse le plus : les bévues. Celles-ci peuvent provenir d’une fausse étymologie, comme je l’ai déjà évoqué dans une lettre précédente. Souffreteux, par exemple, se rapportait à l’origine aux indigents, considérés comme des personnes en rupture avec la société, conformément à son origine latine suffringere, « rompre par le bas ». Mais sa ressemblance avec souffrir l’a conduit peu à peu à désigner un individu de santé fragile… Même attraction fatale pour rustre sur fruste alors que ces deux termes n’ont pourtant rien à voir. Frustum en latin, voulait dire « mis en morceaux » alors qu’un rustre est un homme grossier et brutal. Mais voilà : à l’oreille, les deux mots se ressemblent et fruste a fini par signifier « rude, inculte, lourdaud, primitif ».
Comme quoi, même les dictionnaires recèlent leur lot d’injustices…
(1) Jean Pruvost, Les secrets des mots, La librairie Vuibert

 

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Capture d’écran d’une vidéo sur YouTube [1] sur des manifestations au Pays Basque pour la protection de l’enseignement immersif

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La France a longtemps pratiqué une politique linguistique axée sur l’imposition du français comme seule “langue de la République” tout en ignorant, voire interdisant l’usage de plus de vingt autres langues parlées sur son territoire européen. Au 21ᵉ siècle, les attitudes ont changé grâce à un regain d’intérêt pour les cultures régionales, ainsi qu’à certaines mesures législatives. Une nouvelle loi censée protéger les langues régionales passée en mai de cette année vient relancer le débat.

La nouvelle loi, intitulée Loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion  [2](dite aussi Loi Molac du nom du député Paul Molac [3] qui avait proposé ce projet de loi), entérine certaines avancées sur l’usage des langues régionales. Le texte législatif reconnaît ainsi l’importance de ces langues en termes généraux en leur conférant d’une part un statut de “trésor national” et d’autre part en soutenant l’enseignement des langues régionales, obligeant les communes “à contribuer aux frais de scolarité des écoles privées proposant un enseignement bilingue”.

Toutefois, la loi butte sur de nombreux aspects et continue à discriminer les locuteurs de langues régionales dans deux domaines : l’enseignement immersif et l’emploi de signes diacritiques spécifiques aux langues régionales dans les papiers d’identité.

En France, l’enseignement immersif consiste à plonger de très jeunes enfants dans un cursus où toutes les matières ou presque sont enseignées dans la langue cible. Ainsi l’histoire ou les mathématiques sont par exemple enseignées en breton ou en basque. Cet enseignement concerne 14 000 élèves [4]ce qui représente 0,1 % des élèves français, un chiffre en augmentation régulière [5].

La Bretagne a montré le chemin en 1977 en créant les écoles Diwan qui proposent une éducation bilingue dans plus de 50 écoles [6]. Ce mouvement a été suivi pour l’occitan (écoles Calandreta [7]) ainsi que d’autres langues comme l’alsacien, le corse et le basque. Ces écoles sont dites associatives, financées par l’État et les familles, et dispensent un programme scolaire approuvé par le ministère de l’Éducation nationale avec un statut d’”enseignement privé sous contrat”, dont relèvent également la plupart des écoles privées catholiques, par exemple.

Dans la rédaction finale du texte de la loi du 21 mai, le Conseil Constitutionnel s’est référé à l’article 2 de la constitution française [8] qui déclare que “La langue de la République est le français” pour justifier l’interdiction de l’enseignement immersif en langues régionales.

Un État-nation qui impose une langue unique 

Pour l’État français, la centralisation est un élément constitutif de son identité, et ceci inclut le rôle de la langue française.

Le français est une langue romane qui a évolué à partir du latin qui se divise au Moyen-Âge en langues d’oc et d’oïl au sud et au nord du territoire de la France actuelle.

En 1539, un premier document impose l’usage du français, qui remplace le latin comme langue officielle pour tous les documents publics. Il s’agit de l’Ordonnance de Villers-Cotterêts [9] du roi François Ier. Au départ, le français reste une langue minoritaire qui cohabite avec d’autres langues, mais peu à peu il s’impose comme langue dominante et exclusive dans tous les domaines : gouvernance, jurisprudence, éducation, commerce, religion, littérature et médias.

Au 19ᵉ siècle le système éducatif renforce ce rejet des langues autres que le français en particulier sous l’égide du ministre de l’Éducation de l’époque, Jules Ferry [10], qui interdit l’usage des langues régionales à l’école sous peine de châtiments. C’est la fameuse sentence énoncée dans les écoles publiques du pays: “Interdit de cracher par terre et de parler breton [11] (ou basque, occitan ou toute autre langue régionale).

Une diversité linguistique en net déclin

Aujourd’hui, une institution étatique est en charge des langues parlées en France, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France [12]. Elle répartit les langues en trois catégories en dehors du français: langues régionales [13] parlées en France métropolitaine, les langues non-territoriales [14]comme le yiddish, le romani ou la langue des signes, et les langues des Outre-mer [15] dont on compte plus de 50 et parmi lesquelles figurent le kanak, le tahitien, ou le créole.

Les 23 langues régionales officiellement reconnues représentent une grande diversité linguistique comportant des langues romanes (catalan, corse, occitan, francoprovençal), germaniques (flamand, alsacien), celtes (breton) et non-indo-européennes comme le basque.

Mais si ces langues étaient les principales langues maternelles de millions de Français et Françaises jusqu’au 19ᵉ siècle [16], aujourd’hui on estime le nombre de locuteurs de ces langues à 2 millions, soit un peu moins de 3 % de la population de France métropolitaine. Voilà pourquoi l’État devrait se mobiliser pour freiner ce déclin et encourager un renouveau linguistique pensé dans la diversité.

Une politique en zigzag qui semble systématiquement opposer reconnaissance de la pluralité et défense du français

Toutefois, l’État français maintient une position ambiguë au sujet des langues régionales, hésitant entre diversité linguistique et protection sourcilleuse du français. En 1992, il a tenu à faire amender la constitution de la 5ᵉ République pour stipuler pour la première fois la place officielle de la langue française, mentionnée dans ce fameux article 2 afin de défendre la langue française qui semblait en péril face à une progression de l’anglais.

De plus, la France refuse de ratifier les 39 articles de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires [17] qu’elle a signée, en évoquant encore une fois une contradiction avec le même article de sa constitution. Ce traité datant de 1992 du Conseil de l’Europe [18] se propose de sauvegarder la diversité linguistique en Europe et inclut “la nécessité d’une action résolue de promotion des langues régionales ou minoritaires, afin de les sauvegarder; la facilitation et/ou l’encouragement de l’usage oral et écrit des langues régionales ou minoritaires dans la vie publique et dans la vie privée la mise à disposition de formes et de moyens adéquats d’enseignement et d’étude des langues régionales ou minoritaires à tous les stades appropriés.”

Des changements interviennent en 2008 lors d’une révision constitutionnelle [19]qui mentionne ces langues dans l’article 75-1 de la Constitution : “Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.” À ce sujet, le seul domaine où on peut noter un relatif engagement de l’État est l’aide financière apportée à des programmes radio et télé qui s’ajoutent à des initiatives privées principalement pour l’alsacien, le basque [20], le breton [21], le corse [22] et l’occitan. [23]

Manifestations et retour en arrière du Conseil Constitutionnel 

Suite au passage de la loi du 21 mai, de nombreuses manifestations [24] ont eu lieu à travers toute la France principalement au mois de mai pour dénoncer une censure de l’enseignement immersif qui dépend largement d’un soutien financier de l’État. Des pétitions [25] ont été lancées qui rappellent que l’article 2 de la constitution avait été élaboré et présenté comme une défense du français à l’encontre de l’anglais. Fait à noter, de nombreuses écoles bilingues français-anglais pratiquent l’immersion linguistique en France et ne semblent pas tomber sous le coup de cette loi.

Les activistes rappellent également que le président français Emmanuel Macron avait pris la défense [26] des langues régionales dès le 26 mai, s’opposant clairement à la décision du Conseil Constitutionnel qui a fini par réagir le 16 juin [27] en précisant que l’enseignement immersif est anticonstitutionnel uniquement dans l’enseignement public, mais autorisé dans le secteur privé.

Les activistes se penchent maintenant sur la définition du terme d’école associative [28] qui peut être interprété comme faisant partie du service public. La partie de ping-pong politico-législative va donc continuer. Reste à savoir si le 2 septembre, les élèves qui parlent alsacien, basque, breton, corse ou occitan retrouveront le chemin de leurs écoles.

Article publié sur Global Voices en Français: https://fr.globalvoices.org

URL de l’article : https://fr.globalvoices.org/2021/07/20/266601/

URLs dans ce post :

[1] sur YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=-hHvFsDdIEM

[2] Loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion : https://www.vie-publique.fr/loi/278001-loi-sur-les-langues-regionales-loi-molac#:~:text=25%20mai%202021-,Loi%20du%2021%20mai%202021%20relative%20%C3%A0%20la%20protection%20patrimoniale,r%C3%A9gionales%20et%20%C3%A0%20leur%20promotion&text=La%20proposition%20de%20loi%20apporte,enseignement%20et%20les%20services%20publics.

[3] Paul Molac: https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Molac

[4] 14 000 élèves : https://www.youtube.com/watch?v=aqhfv2-dvA8

[5] un chiffre en augmentation régulière: https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/07/29/01016-20130729ARTFIG00330-le-succes-des-langues-regionales-a-l-ecole.php

[6] éducation bilingue dans plus de 50 écoles: https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ecoles-diwan-40-ans-enseignement-bilingue-langue-bretonne-toujours-menacee-1354929.html

[7] (écoles Calandreta: http://calandreta.org/

[8] l’article 2 de la constitution française: https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur#:~:text=DE%20LA%20SOUVERAINET%C3%89-,ARTICLE%202.,Libert%C3%A9%2C%20%C3%89galit%C3%A9%2C%20Fraternit%C3%A9%20%C2%BB.

[9] ’Ordonnance de Villers-Cotterêts: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordonnance_de_Villers-Cotter%C3%AAts

[10] Jules Ferry: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Ferry

[11] Interdit de cracher par terre et de parler breton: https://www.breizh-info.com/2016/05/25/44012/frederic-morvan-de-disparition-de-langue-bretonne/

[12] Délégation générale à la langue française et aux langues de France: https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9l%C3%A9gation_g%C3%A9n%C3%A9rale_%C3%A0_la_langue_fran%C3%A7aise_et_aux_langues_de_France

[13] langues régionales: https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Langues-de-France/Langues-regionales

[14] langues non-territoriales : https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Langues-de-France/Langues-non-territoriales

[15] langues des Outre-mer: https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Langues-de-France/Langues-des-Outre-mer

[16] 19ᵉ siècle: https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires_de_France

[17] Charte européenne des langues régionales ou minoritaires: https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_europ%C3%A9enne_des_langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires

[18] Conseil de l’Europe: https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_l%27Europe

[19] révision constitutionnelle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_constitutionnelle_du_23_juillet_2008

[20] basque: https://www.communaute-paysbasque.fr/basque-et-gascon/basque/vivre-en-basque/les-medias-bascophones

[21] breton: https://www.missionbretonne.bzh/liens/medias-bretons/

[22] corse: https://www.isula.corsica/linguacorsa/Approche-de-la-langue-corse-a-travers-les-medias_a81.html

[23] l’occitan.: https://www.cfpoc.com/accueil/liens-utiles/medias/

[24] nombreuses manifestations: https://www.ouest-france.fr/education/enseignement/langues-regionales-ce-qu-il-faut-retenir-du-debat-sur-la-loi-molac-7279489

[25] pétitions: https://www.mesopinions.com/petition/droits-homme/justice-nos-langues/147179?utm_source=ocari&utm_medium=email&utm_campaign=20210608081501_23_nl_nl_lexpress_bout_des_langues_60bdc55a8a44675e7c7b23c6#EMID=4978ab130374749a14c630b07c77777415f957230f857034c02e5b56c20cdef9

[26] avait pris la défense: https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/26/langues-regionales-emmanuel-macron-defend-leur-enseignement_6081548_823448.html

[27] réagir le 16 juin: https://www.francebleu.fr/infos/education/langues-regionales-l-interdiction-de-l-enseignement-immersif-ne-concerne-que-le-public-selon-les-1624008746

[28] école associative: http://calandreta-milhau.fr/ecole-associative/

E mai Macron cantèsse en francés dins una cantèra bigordana, los jornalistas, confuses, an pas trantalhat per emplegar aquel mot mespresant

Lo mot patois es un tèrme exclusiu de la lenga francesa per apelar d’autras lengas —dont la nòstra— amb mesprètz, coma se meritèsson pas d’èsser de lengas. Pasmens, durant la setmana passada, fòrça mèdias franceses qualifiquèron de patois lo quite francés. Insolit, mas verai.

L’afar es que lo president de França vesitèt dijòus passat lo vilatge bigordan de Santa Maria de Campan, dins lo Naut Ador, ont participèt amb los locals a una cantèra. Cantèron ensems una cançon en francés, Le refuge d’Edmond Duplan, mas los mèdias, enganats pel genre del cant e per l’accent dels cantadors, publiquèron que Macron aviá cantat “en patois”.

 

[Poblejat dins http://www.jornalet.com]

 

O objetivo é oferecer um apoio financeiro aos editores estrangeiros para cobrir até 75% dos custos de tradução. Dossiês devem ser enviados até 30/08.
O Ministério da Federação Valônia-Bruxelas (Bélgica francófona) abriu as inscrições para o seu programa de apoio a tradução.
O programa apoia traduções de obras literárias escritas por autores belgas de língua francesa (romances, contos, poesia, teatro, livros infantojuvenis, quadrinhos e ensaios literários).
O objetivo é oferecer um apoio financeiro aos editores estrangeiros para cobrir 75% dos custos de tradução.
Em relação aos autores já em domínio público, o apoio financeiro é de 50% dos custos de tradução.
A Bélgica francófona tem dois editais por ano – em abril e em agosto – e o dossiê deve ser submetido pelo menos seis meses antes da data prevista para a publicação da obra traduzida.
Os editores interessados devem submeter o dossiê até o dia 30 de agosto para os títulos que serão publicados a partir de janeiro 2022.
Para copiar o formulário, clique aqui, e para mais informações sobre o programa, é só entrar em contato com Elodie Meunier, adida das relações culturais da Valônia-Bruxelas Internacional no Brasil, pelo e-mail e.meunier@delwalbru.be.
[Fonte: http://www.publishnews.com.br]

Imaxe dunha comida na casa madrileña que Emilia Pardo Bazán tiña no número 1 da antiga rúa Ancha de San Bernardo e que herdara do seu pai, José Pardo Bazán. Trasladáronse a Madrid cando este foi elixido deputado en Cortes. Dona Emilia aparece na foto sentada á esquerda.

Escrito por MATILDE FELPETO LAGOA

Emilia Pardo Bazán, a escritora máis importante do naturalismo español, escribiu sobre moitos e variados temas que lle apaixonaban, e un deles é a cociña. Na súa obra literaria abundan as referencias ás gastronomías galega, española e europea, tanto nas súas novelas como nas súas crónicas de viaxe.

O seu interese pola gastronomía móstrase, sobre todo, en dous libros: A cociña española antiga, publicado en 1913, e A cociña española moderna, en 1917. Ambos os libros forman parte dunha colección creada pola escritora A biblioteca da muller. O seu propósito era contribuír á liberación e o desenvolvemento intelectual da muller, pór de manifesto o problema feminista que se debatía no estranxeiro, publicando en castelán obras de tema sociolóxico, pedagóxico e histórico que se lían noutros países europeos.

Foi un proxecto inconcluso. Publicou once tomos de temas variados: relixioso, pedagóxico, sociolóxico, histórico, literario. Os últimos dous tomos son os libros de cociña. No prólogo da cociña española antiga explica cales eran as súas intencións ao crear esa colección e tamén as razóns que a levaron a publicar estes dous libros. En primeiro lugar, pretendía enriquecer a biblioteca con obras de economía doméstica, e en segundo lugar o seu desexo de ter encadernadas e manexables varias receitas antigas por coñecelas desde a súa nenez e ser da súa familia como de tradición.

Este prólogo que encabeza o primeiro libro é un variado aperitivo que non ten desperdicio. Fai unha defensa da cociña tradicional-rexional e insiste na necesidade de protexela para conservala porque forma parte do patrimonio cultural dos pobos. Seguen 583 receitas agrupadas en apartados segundo o ingrediente principal, empezando polos caldos e sopas e finalizando coas sobremesas. As receitas pertencen á gastronomía de todas as vilas de España e un pequeno número á americana, sobre todo da cociña cubana.

Recolle todo tipo de receitas, algunhas sinxelas como o caldo galego, faragullas, sopas de allo e destas, variadas versións desde as dunha cociña humilde ata a máis opulenta. Outras son máis sofisticadas, propias dunha cociña burguesa como lombo de porco fresco ás Torres de Meirás, pescada rechea, perdices con recoiro.

Na redacción da maioría das receitas non precisa a cantidade nin o peso exacto dos ingredientes, excepto nas das sobremesas. Explica a forma de elaborar cada unha deles dun xeito amena, mesturando coa descrición comentarios sobre os ingredientes, narracións de historias ou, ás veces, chascarrillos que lle lembran ou suxiren as receitas, sempre con intención didáctica.

Hai continuas referencias literarias, sobre todo ao Quixote. Se a súa obra literaria está trufada con Gastronomía, a gastronómica estao con Literatura. A súa paixón pola arte e a súa formación enciclopédica condimentan a narración. A orixinalidade, a riqueza do léxico, os seus comentarios lingüísticos sobre os significados dalgunhas palabras ou sobre o uso, segundo ela, inútil, de galicismos converten esta obra en algo máis que un recetario de cociña. É un gusto ler as receitas aínda que non se pretenda cociñalas.

As receitas da súa nai

Nalgunhas das receitas indica a fonte ou procedencia da mesma. As citas máis frecuentes son: a súa nai, a condesa viúva de Pardo Bazán; Martínez Montiño, cociñeiro de Felipe II; contemporáneos e amigos como Ignacio Doménech, Melquíades Brizuela, Anxo Muro, Manuel María Puga e Parga Picado, Elena Español e tamén Benito Pérez Galdós, entre outros.

No índice da obra advirte que as receitas probadas levan por sinal un asterisco. Chama a atención o feito de que, entre case seiscentas, só sete son receitas de sobremesas e ningunha delas está marcada con asterisco. ¿Será que a diabetes que padecía impedíalle probar estas delicias? ¿Ou será que certamente se reservaba para publicar un libro só de sobremesas?

O segundo tomo, A cociña española moderna, foi un libro moi vendido na súa época. Nas súas 539 receitas segue a mesma estrutura e estilo narrativo da obra anterior. No prólogo do primeiro tomo, a autora espera que neste segundo se atope algunha demostración de como os guisos franceses poden adaptarse á nosa índole. Era un momento en que a cociña francesa imperaba nas mesas da burguesía e dos restaurantes españois.

Sen tempo para guisar

«Sempre andei en guisar, e ata lle teño afección a estes quefaceres e sinto non ter tempo para practicalos. Non son doutora na arte de Muro, Dumas, Rossini, Brillat-Savarin e Picado, pero xamais vin incompatibilidade entre el e as letras». Así escribía nunha carta ao entón director de La Voz de Galicia en 1913.

Coa publicación destes libros de culinaria segue a senda doutros escritores que sen ser profesionais da cociña poñen a pluma ao seu servizo. Coetáneos e amigos da escritora, o xornalista Anxo Muro, autor do practicón, entre outras obras; o avogado coruñés Manuel María Puga e Parga, ao que a escritora prologou a súa obra culinaria máis importante, A cociña práctica (1905). O novelista e diplomático Juan Valera, en principio amigo e admirador de dona Emilia, púxose a mal con ela pola súa pretensión de acceder á Real Academia Española, temía que unha muller tan intelixente ocupase unha letra da douta institución. Tamén Valera tiña afección pola gastronomía, e á da súa terra, Córdoba, dedicou varios escritos.

Polígrafa, políglota, cultísima, viaxeira, curiosa, orixinal, valente, independente, libre, feminista… non foi admitida como membro da Real Academia, a pesar do seu dominio da lingua e o variadísimo e preciso léxico que manexa en toda a súa obra.

Mostrouse contraditoria nalgunhas formulacións e manifestacións sobre diferentes temas, por exemplo na súa relación de amor/odio co francés, en temas políticos, conservadora e progresista á vez ou na súa conciencia de clase. Pero esa contradición non pode ser xulgada cos ollos e a mentalidade dun mundo cen anos despois da súa morte. Do mesmo xeito, os adxectivos que se lle dedican no parágrafo anterior adquiren outra dimensión analizándoos no século XXI, porque Emilia Pardo Bazán foi unha adiantada ao seu tempo.

Matilde Felpeto Lagoa (Cervás, Ares, 1947), profesora xubilada de Lingua e Literatura Españolas, é escritora gastronómica e Premio Nacional de Xornalismo Gastronómico Álvaro Cunqueiro nos anos 2010 e 2017

 

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Albert Richter (1912-1940) est, l’un des plus grands coureurs cyclistes allemands de l’entre-deux-guerres. Ce champion refusa d’incarner le modèle aryen, s’opposa à l’utilisation du sport à des fins de propagande nazie et aida Ernst Berliner, son entraîneur juif victime des persécutions antisémites du régime hitlérien. Ce qui lui coûta la vie. Un livre et un film diffusé sur Arte ont restitué la haute stature morale de ce champion. Le Tour de France a lieu du 26 juin au 18 juillet 2021.

Publié par Véronique Chemla

Pour les amoureux de la « petite reine », la figure d’Albert Richter est connue et source d’admiration.

Pour les autres, Albert Richter, le champion qui a dit non, documentaire passionnant, riche de photos et de témoignages inédits, réalisé par Michel Viotte (2005), diffusé par Arte, a restitué la stature d’un sportif exceptionnel, d’un homme attachant aux qualités physiques et morales – fidélité en amitié, courage, rectitude morale – remarquables.

Renate Franz, Andreas Hupke et Bernd Hempelmann ont également consacré une biographie « Der vergessene Weltmeister, Das rätselhafte Schicksal des Radrennfahrers Albert Richter » (Le Champion du monde oublié, l’énigmatique destin du cycliste Albert Richter) publiée aux éditions Emons (1998, rééditée en 2007 par Covadonga) à ce sportif au destin fulgurant hors du commun.

Ce champion est aussi évoqué dans l’exposition itinérante Le sport européen à l’épreuve du nazisme. Des J.O. de Berlin aux J.O. de Londres (1936-1948) au Mémorial de la Shoah (Paris).

Une passion précoce

Albert Richter est né en 1912 à Ehrenfeld, « quartier populaire de Cologne, une ville rattachée arbitrairement à la Prusse au XIXe siècle et dirigée par Konrad Adenauer, un homme à l’esprit indépendant ». Il grandit au sein une famille modeste et mélomane. Le père désigne un instrument à chacun de ses trois fils : le saxophone pour Charles, la clarinette pour Josef et la violon pour Albert.

Passionné par le vélo dans une ville qui vibre lors des manifestations sportives, le jeune Albert s’inscrit en cachette dans un club de cyclisme, sport populaire.

À 15 ans, il quitte l’école pour travailler dans une fabrique de figurines d’art et s’entraîne chaque soir, après son travail.

À 16 ans, il dispute des courses sur piste et sur route. Sa carrière débute, fulgurante. À 19 ans, il est déjà un amateur remarqué et prometteur : ses pointes de vitesse impressionnent. « Il dépasse les professionnels à l’entraînement et dans les courses », rappelle Lilo Nitsche, sa nièce. Les photos le montrent grand, blond, les yeux clairs, souriant. Ses proches évoquent son humour, son caractère chaleureux, sympathique et calme, voire un peu naïf, et un sportif très rigoureux dans sa pratique.

En juillet 1932, à l’âge de 20 ans, Albert Richter gagne le Grand Prix de Paris. Pour un photographe, il pose devant un magasin de cycles à Cologne dont la vitrine indique : « Notre Albert Richter a gagné le Grand Prix de Paris ». Le public le surnomme « le canon de Ehrenfeld ».

Ernst Berliner, ancien cycliste devenu entraîneur à Cologne, le remarque alors. « Une relation profonde, respectueuse, fidèle se noue entre le cycliste et son entraîneur, dépassant la différence d’âge et de religionBerliner lui révèle dès 1932 ses talents de coureur sur piste et de sprinter, et l’aide par ses conseils avisés à atteindre les plus hauts sommets » : champion du monde amateur en 1932, puis champion d’Allemagne professionnel sans discontinuité jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

« Mon père se revoyait en Albert. C’est pourquoi il a donné le meilleur de lui-même, pour qu’Albert soit parfait. Il n’a jamais eu de fils et cela lui manquait. Albert était un perfectionniste. Il savait que s’il écoutait mon père, il réussirait. Il passait du temps à la maison. Il aimait la cuisine de ma mère », se souvient Doris Markus, fille d’Ernst Berliner.

En septembre 1932, Albert Richter gagne sa première grande victoire lors du Championnat du monde de vitesse amateur à Rome, comme son compatriote Mathias Engel, médaille d’or en 1927.

Janvier 1933. Hitler arrive au pouvoir et impose en quelques mois sa dictature. Bientôt, Konrad Adenauer est destitué et banni.

Pour aider sa famille, et dans un contexte de grave crise économique, Albert Richter devient professionnel.

Il ne se sent pas d’affinités avec la nouvelle Allemagne qui se construit sur la haine, la violence, la fin de la démocratie et les discriminations.

Sur les conseils de Ernst Berliner, il s’installe à Paris. La France est le pays où « les champions de vitesse gagnent le mieux leur vie : la capitale compte quatre vélodromes et des courses y sont organisées toute l’année  ».

Albert Richter « apprend le français en fréquentant les cinémas et, après des débuts difficiles, triomphe au Vel d’Hiv, le Saint des saints, en remportant le Prix du sprinter étranger. En quelques mois, il devient l’idole du public qui apprécie son style fluide et puissant et le surnomme « la 8-cylindres allemande » ».

Il passe sa vie entre Paris, Cologne, où il passe quelques semaines par an pour voir sa famille, et les circuits internationaux, où il retrouve ses amis coureurs.

De 1933 à 1939, en six ans, ce champion international de la vitesse sur piste devient un familier des podiums internationaux, sans accéder à la plus haute marche. Il est l’un des « trois Mousquetaires » sprinters, avec le Français Louis Girardin, dit « Toto », et le Belge Jef Sherens.

« La force de caractère de s’opposer au régime »

Son aversion pour le régime hitlérien et sa résistance au nazisme, Albert Richter les manifeste tôt : en juillet 1934, il vient de remporter le championnat d’Allemagne de vitesse à Hanovre. Des spectateurs enthousiasmés affluent auprès de lui. Ils font le salut nazi. Seul, Albert Richter garde ostensiblement sa main droite sur sa cuisse et sa coude gauche posé sur l’épaule de son entraineur Ernst Berliner. Cette image est immortalisée par un photographe et publiée à la une d’un journal outre-Rhin. « Albert ne voulait pas saluer. Il était totalement anti-nazi. Les Nazis ont pris ça comme une gifle en pleine figure », commente Doris Markus.

En août 1934, Albert Richter concourt aux championnats du monde de vitesse à Leipzig en arborant l’ancien maillot sportif décoré de l’aigle impérial, alors que tous les autres membres de l’équipe allemande portent celui officiel à la croix gammée.

Fidèle à l’éthique sportive et à son ami juif, Albert Richter s’oppose au dévoiement qu’opèrent les Nazis. Ces derniers assignent au sport plusieurs missions : « restaurer le prestige de l’Allemagne, embrigader les esprits, former une élite militaire et préparer les Allemands à combattre ».

Cette opposition ferme, déterminée et calme aux Nazis, Albert Richter, protégé un certain temps par sa célébrité, est amené à la modifier sur les conseils de son entraîneur : il nuance ses propos et effectue à contrecœur le salut nazi. La surveillance dont il fait l’objet à partir de 1938, les pressions sur les cyclistes et la nomination d’un officier SS à la direction de la Fédération cycliste l’amènent à s’interroger sur son avenir en Allemagne. Il envisage de changer de nationalité.

Interdit en 1934 d’exercer son métier en raison de sa religion, Ernst Berliner est informé par un ami de son arrestation imminente par la Gestapo. Il parvient à fuir l’Allemagne avec sa femme et leur fille et rejoint en 1937 les Pays-Bas. Albert Richter refuse un entraîneur aryen et lui demeure fidèle. Tous deux se retrouvent dans les compétitions, notamment lors des championnats du monde d’Amsterdam en 1938.

1er septembre 1939. Albert Richter vient de remporter la médaille de bronze aux Championnats du monde de Milan. Pour gagner la médaille d’or, se préparent Jef Scherens et Arie Van Vliet. Soudain, on apprend l’invasion de la Pologne par l’Allemagne. La compétition est interrompue.

9 décembre 1939, Albert Richter est vainqueur au Grand Prix de Berlin. Ce francophile convaincu pressent que le conflit touchera bientôt la France, un pays qu’il aime et qui l’adule : « Richter, pas Hitler » crient les spectateurs du Vel d’Hiv. Cet homme refuse de combattre : « Je ne peux pas devenir soldat. Je ne peux pas tirer sur des Français, ce sont mes amis ! ».

Conscient que l’étau se resserre autour de lui dans son pays, refusant d’espionner à l’étranger au profit de l’Allemagne nazie, Albert Richter décide de fuir en Suisse par le train, emportant une paire de skis, son vélo et une valise où est cachée une importante somme d’argent destinée à un ami juif réfugié à l’étranger. Bien informés, les douaniers fouillent ses bagages et y découvrent l’argent. Albert Richter est incarcéré.

Trois jours plus tard, la Gestapo annonce le 3 janvier le suicide du champion … par pendaison. Son cercueil est scellé et on en interdit l’ouverture. Les Nazis salissent sa mémoire, et « condamnent au déshonneur et à l’oubli cette idole ». La Fédération allemande de cyclisme (DRV) diffuse alors un communiqué : « En trafiquant des devises pour un Juif, Albert Richter a commis un terrible crime, et le suicide était pour lui le seul geste qui lui restait à faire. Son nom est effacé de nos rangs, de nos mémoires, à jamais ». Malgré l’absence d’annonce du décès, « le cimetière est noir de monde », se souvient Lilo Nitsche, nièce du champion.

Albert Richter avait 27 ans. Le mystère demeure sur les circonstances de sa mort. Ce documentaire suggère qu’un ami cycliste de Albert Richter souhaitait en devenir l’entraîneur et l’aurait dénoncé pour le forcer à se séparer de Ernst Berliner, sans soupçonner l’issue tragique de son acte.

Ernst Berliner ne s’est jamais remis de la mort de son ami. Après-guerre, il vit aux États-Unis et se rend à Cologne pour persuader les autorités de mener une enquête afin d’élucider ce mystère et de réhabiliter le nom de son ami. Son action provoque « gêne et colère chez les anciens sportifs ». Ernst Berliner cherche à découvrir « les sportifs qui travaillaient alors pour les Nazis, pour établir la vérité. Quand mon père est revenu, ils ont été surpris de le voir vivant », se souvient sa fille.

À Cologne, un vélodrome porte le nom de ce champion.

Grâce soit rendu au documentaire de Michel Viotte de retracer sa vie trop brève, mais admirable. « Albert Richter est resté fidèle à ses convictions. Il ne s’est jamais renié : il a dit non, contrairement à la majorité des Allemands à l’époque », résume Mme Franz.

« Albert Richter, le champion qui a dit non »

Réalisé par Michel Viotte d’après une idée originale de Jean-François Joyet

ARTE France, Gedeon Programmes avec la participation de la RTBF, TSR et Ciel Ecran, France, 2005, 52 mn

Visuels : © DR

Départ de course. Sur la droite : Albert Richter et Ernst Berliner, son manager.

Albert Richter devant un magasin de cycles à Cologne. Sur la vitrine est inscrit : « Notre Albert Richter a gagné la Grand Prix de Paris ».

Les citations sont extraites de ce documentaire.

Mon article avait été publié en 2005 par Guysen en une version plus courte et sous le pseudonyme de Ray Archeld. Il a été publié sur ce blog le :
– 15 avril 2012 à l’occasion de l’exposition Des JO de Berlin aux JO de Londres (1936-1948) au Mémorial de la Shoah (Paris) ;

– 2 juillet 2015. Le Tour de France a eu lieu du 4 au 26 juillet 2015 ;

– 5 juillet 2016. Le Tour de France a eu lieu du 2 au 24 juillet 2016 ;

-20 juillet 2017. Le Tour de France a eu lieu du 1er au 23 juillet 2017 ;

– 26 juillet 2018 ;

– 18 juillet 2019. Le Tour de France a eu lieu du 6 au 28 juillet 2019 ;

– 18 septembre 2020. Le Tour de France a lieu du 29 août-20 septembre 2020.

 

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Paru en italien en 2013, puis aux éditions Gallimard en avril 2014, La fête de l’insignifiance fait désormais l’objet d’une édition en tchèque. Anna Kareninová — traductrice éminente et reconnue — a la responsabilité de rendre les textes de Milan Kundera en tchèque. Elle signe également la postface de cette édition (dans une traduction opérée par Anna Kubišta). Les éditions Atlantis, qui ont publié ce livre en 2020, nous offrent ainsi un regard inédit, personnel et complexe sur le travail même de traduction.

ActuaLitté

Pour moi, la traduction se conjugue sans cesse au conditionnel : « Comment l’écrivain aurait-il écrit ceci s’il écrivait en tchèque ? » Quand Milan Kundera en est venu à l’idée que je pourrais traduire en tchèque ses romans écrits en français, le conditionnel a changé : « Comment l’écrivain aurait-il écrit ceci lorsqu’il écrivait en tchèque ? » Cet écrivain mondial, dont le tchèque et le français sonnent à l’unisson et dont nous découvrons la musique. Admettons que le traducteur joue sur son instrument une musique écrite pour un autre instrument et qu’il doit rester fidèle à cette musique — voilà que je me retrouvais avec la musique d’un compositeur qu’il avait écrite pour « un autre instrument » tout en jouant du mien d’une main de maître.

Et que je devais insuffler à mon instrument non seulement sa musique, mais aussi son jeu.

Le conditionnel s’en est trouvé changé, tout comme l’ont été les travaux préparatoires. Ma vision du sens et de l’éthique du rôle même du traducteur s’est formée au tournant du millénaire sous l’influence du poète Ezra Pound, de ses traductions et de ses réflexions sur la traduction. Sur ces questions, je considère également comme mon maître le poète Petr Kabeš ainsi que sa devise : « La précision est poésie. »

Traduire, trahir, trahir mieux

Milan Kundera lui-même et ses positions sur le traitement des œuvres littéraires ont également représenté un soutien solide auquel je me réfère. Pour moi, son essai Une phrase (L’ombre castratrice de saint Garta, dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993) fait école en matière de traduction. Milan Kundera y cite un extrait de la lettre de Stravinski au chef d’orchestre Ansermet : « Mais, vous n’êtes pas chez vous, mon cher, je ne vous avais jamais dit : Tenez, vous avez ma partition et vous en ferez ce que bon vous plaira. » (Extrait de l’essai Là, vous n’êtes pas chez vous, mon cher, dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993.)

On ne peut dire mieux. Et quand Milan Kundera écrit dans L’art de la fidélité : « On dit : la traduction est comme une femme, ou bien fidèle ou bien belle. L’adage le plus crétin que je connaisse. Car la traduction est belle si elle est fidèle », c’est un soulagement : enfin, quelqu’un l’a dit !

Afin de ne pas faire « comme chez moi », les travaux préparatoires visant à être précise et fidèle se sont cette fois concentrés non sur la lecture de sources secondaires, la perception et la reconstitution de la musique originelle comme dans le cas des traductions des romans de Céline ou des Cantos de Pound, mais avant tout sur l’analyse minutieuse des livres tchèques de Milan Kundera du point de vue de la langue, du vocabulaire, de la syntaxe. Et ensuite sur celle de leurs traductions françaises autorisées par l’écrivain.

Je savais que certes, j’allais lui donner une apparence tchèque à partir de sa langue française, mais que, dans le même temps, il fallait que son tchèque soit ma source. Grâce à la maison d’édition Atlantis et à ses versions électroniques des livres de Milan Kundera, j’ai eu la possibilité de chercher de façon détaillée l’emploi des mots et des expressions, voire même de conjonctions a priori insignifiantes ou d’adverbes courants. Cela m’a été d’une aide inestimable.

Milan Kundera

Rapport à la langue et à l’autre

Pendant mon travail sur la traduction, j’ai également découvert une chose que je n’avais pas remarquée auparavant en tant que lectrice et qui m’avait sans doute échappée en analysant les textes : en réalité, Milan Kundera écrivait en français bien avant de partir pour la France, il écrivait déjà en français dans ses romans tchèques, son écriture tchèque pense avec la précision syntaxique du français.

Je me suis retrouvée dans cette situation à chaque fois que j’ai eu recours à la méthode typique d’une traduction franco-tchèque : je voulais éviter ce que l’on considère comme étant « une conformité maladroite au français », je voulais lisser la phrase… et j’ai réalisé que le résultat n’était ni précis, ni fidèle, mais simplement muet.

À chaque fois, j’ai retrouvé dans les livres tchèques de Milan Kundera une de ces tournures « maladroitement conformes au français », mais dont le sens était éclatant. À titre d’exemple, référons-nous à ce que reprochait jadis l’article « Se traduire soi-même » à la version tchèque de l’essai, Là, vous n’êtes pas chez vous, mon cher : « Au hasard, quelques exemples : des constructions clivées telles que “Ce qui m’intéresse, c’est le romancier”, ou “Ce qui caractérise les biographies des gens célèbres, c’est qu’ils voulaient être célébrés” sont laborieuses et surtout inutiles, car la langue tchèque permet de trouver une solution élégante à ce genre de situation grâce à l’ordre des mots : Le romancier est ce qui m’intéresse. Les biographies des gens célèbres se caractérisent par le fait qu’ils voulaient être célèbres. »

Seulement, l’ordre « élégant » des mots parle manifestement une autre langue que celle de l’écrivain, l’urgence s’en trouve éclipsée. Ce qui importe à Milan Kundera, c’est la précision du sens, la fidélité à la pensée — voilà pourquoi il a utilisé avec virtuosité des constructions clivées depuis le début, bien avant que l’on puisse lui reprocher l’aspect « laborieux » de sa traduction. C’est étonnant : l’auteur a droit à sa langue originale, mais dès qu’il traduit sa langue originale avec une autre qui lui est propre, on exige de lui un objet linguistique élégant, lisse et sans originalité.

En tant que traductrice, je m’expose à être une cible encore plus aisée que l’écrivain. Je le dis ici : la traduction de La fête de l’insignifiance a généré dix versions que je n’ai cessé de retravailler en prenant justement en considération les livres tchèques de Milan Kundera, afin de me rapprocher au plus près de l’originalité de sa langue, de m’éloigner le plus possible d’une traduction lisse. Milan Kundera a reçu ma traduction en janvier 2020.

Grâce à son épouse Věra, j’ai eu la possibilité rare d’affiner la traduction à la faveur de deux mois de correspondance quotidienne. Cette proximité que j’ai vécue entre Paris et Prague restera dans mon cœur, mes pensées et mes futures traductions. Si le traducteur est un passeur entre la maison de l’écrivain et la sienne, alors ce fut là un voyage au cours duquel il a transporté l’écrivain de chez lui à chez lui. Ainsi, le passeur a-t-il peut-être, au moins en partie, rendu la joie du paysage qu’il a parcouru.

À Prague, le 9 mars 2020

En partenariat avec le Centre tchèque de Paris et Czechlit – Centre littéraire tchèque.

[Photos : CC BY SA 2.0 ; dessin de Milan Kundera – source : http://www.actualitte.com]

 

Escrito por Paulo Nogueira Batista Jr.

Já disse, e repito hoje: não sou um sonhador. Cético de temperamento, parece-me até meio ridícula, ligeiramente demagógica e sentimental, a frequente referência a sonhos e à necessidade de sonhar. E, no entanto, …

Manoel Bomfim, um dos grandes pensadores brasileiros (injustamente esquecido como são muitos grandes brasileiros – enquanto, diga-se de passagem, não poucos trastes e mediocridades são celebrados intensamente), Bomfim dizia que uma nação precisa inventar os seus próprios sonhos, sonhar os seus sonhos plausíveis.

Sonhos plausíveis – inspirados de alguma forma, ainda que tênue ou não tão evidente, na realidade histórica e atual da nação. Temos que sonhar nossos sonhos, sonhados por nós, cultivar nossas próprias imagens, nossas próprias noções de beleza, verdade e valor, dizia ele por outras palavras.

Bonito. Mas aí é que se abre o alçapão. Sonhos podem ser perigosos. Certo tipo de sonho, justamente os plausíveis que desejava Bomfim. O sonho possível carrega em si a possibilidade da decepção e do sofrimento.

E, por essa via, chego ao verdadeiro assunto desta pequena crônica – um outro gênio da nossa raça, este verdadeiramente monumental. Refiro-me, leitor, ao grande, imenso, gigantesco Fernando Pessoa. A poesia, como sabemos, resiste tenazmente à tradução. Se Pessoa tivesse escrito em francês ou inglês (até escreveu nesta última língua, mas pouco), seria conhecido e venerado no planeta inteiro. Ele deixa na poeira, a meu ver, muitos luminares da literatura francesa ou anglo-americana. Quantos deles parecem realmente minúsculos ao lado do poeta português!

Não só por sua poesia, que é fulgurante, mas também por sua prosa. E dela retiro uma observação acurada sobre dois tipos de sonhos. Vamos passar a palavra a ele diretamente. Diz Pessoa, ou o heterônimo Bernardo Soares, no Livro do Desassossego:

“Tenho mais pena dos que sonham o provável, o legítimo, e o próximo, do que dos que devaneiam sobre o longínquo e o estranho. Os que sonham grandemente, ou são doidos e acreditam no que sonham e são felizes, ou são devaneadores simples, para quem o devaneio é a música da alma, que os embala sem lhes dizer nada. Mas o que sonha o possível tem a possiblidade real da verdadeira desilusão. Não me pode pesar muito o ter deixado de ser imperado romano, mas pode doer-me o nunca ter sequer falado à costureira que, cerca das nove horas, volta sempre à esquina da direita. O sonho que nos promete o impossível já nisso nos priva dele, mas o sonho que nos promete o possível intromete-se com a própria vida e delega nela sua solução. Um vive exclusivo e independente; o outro submisso das contingências do que acontece.”

Maravilhoso, não? A relação ambivalente com o sonho permeia a sua obra, também a poética. Por exemplo, no lindo poema Manhã dos outros!, que sei de cor e cheguei a tentar, quando morava em Washington, traduzir para o inglês para benefício de alguns amigos estrangeiros:

“Manhã dos outros! Ó sol que dás confiança/ Só a quem já confia! / É só à dormente, e
não à morta esperança/ Que acorda o teu dia.”

E aí vem o verso cintilante:

“A quem sonha de dia e sonha de noite, sabendo/ Todo sonho vão, / Mas sonha
sempre, só para sentir-se vivendo/ e a ter coração.
A esses raias sem o dia que trazes, ou somente/ Como alguém que vem/ Pela rua,
invisível ao nosso olhar consciente, / Por não ser-nos ninguém.”

Em inglês, ficou assim o verso central:

“To those that dream by day and dream by night, knowing / that all dreams are vain/
But go on dreaming, just to feel what it´s like to be alive/ And to have a heart”

Falei em “amigos estrangeiros”. Não queria dar pinta de quem explora a poesia para fins espúrios e extrapoéticos. Mas a verdade é que a tentativa de tradução foi para uma namorada estrangeira, linda, linda, mas por desgraça totalmente ignorante da bela língua portuguesa.

Mas volto ao poema. Vê-se, claramente, que a morta esperança não está tão morta assim. E que continua sonhando de dia e de noite, sonhando sempre, mesmo declarando todo sonho vão, por saber que a vida e o coração deixam de existir propriamente sem a capacidade de sonhar.

Já estou resvalando para uma defesa meio ingênua do sonho. Na verdade, o mais interessante, tanto no texto como no poema de Pessoa, é o embate, dentro da mesma alma, entre o impulso de sonhar e a resistência a ele. Ou em outros termos, talvez mais precisos: o conflito entre a vontade de sonhar e a incapacidade de fazê-lo plenamente, com o coração inteiro. A sua obra está eivada de paradoxos ou hesitações desse tipo, sempre muito carregadas de conotações emotivas.

Dou outro exemplo, também retirado do Livro do Desassossego, este do âmbito da política, sobre a dualidade sincero/insincero ou ilusão/realismo prático:

“O governo do mundo começa em nós mesmos. Não são os sinceros que governam o mundo, mas também não são os insinceros. São os que fabricam em si uma sinceridade real por meios artificiais e automáticos; essa sinceridade constitui a sua força, e é ela que irradia para sinceridade menos falsa dos outros. Saber iludir-se bem é a primeira qualidade do estadista. Só aos poetas e aos filósofos compete a visão prática do mundo, porque só a esses é dado não ter ilusões. Ver claro é não agir.”

Raramente encontrei um parágrafo tão brilhante, tão iluminado por paradoxos certeiros! Não são os sinceros nem os insinceros que lideram. A sinceridade do estadista é fabricada e real ao mesmo tempo. E, contrariamente ao senso comum, a visão realista do mundo não é do estadista, mas do poeta e do filósofo, cuja clarividência, entretanto, impede a ação. Enfim, repito, um gênio da nossa raça.

Talvez me esteja perdendo do assunto inicial. Mas nem tanto. Em relação a sonhos, cabe a mesma ambivalência. Os sonhos plausíveis de Bomfim são fonte de equívocos, desastres e decepções. Mas sem eles o que sobra da vida? Ela não se esvazia? Sonhar não pede coragem? E o ceticismo pode ser, no fundo, sintoma de perda de vitalidade. Talvez uma forma de covardia.

E, assim, continuamos. Mesmo sabendo ou proclamando todo sonho vão, vamos sonhando, de dia e de noite, sonhando sempre, para sentirmo-nos vivendo e a ter coração.

 

[Fonte: http://www.terapiapolitica.com.br]

Sautez dans le bain. Qu’avez-vous à y perdre?

La dernière page du manuscrit d'À la recherche du temps perdu. | Zyephyrus via Wikimedia

La dernière page du manuscrit d’À la recherche du temps perdu. | Zyephyrus via Wikimedia

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d’autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour«Comment aborder l’intimidant Proust?»

La réponse de Nelson Pollet:

Un ami m’a dit un jour: «Je pense qu’il faut posséder un bon niveau en littérature pour lire Proust!» Pensez-vous qu’il faille étudier l’histoire de l’art pendant des années pour être sensible, ému, touché par un tableau de Rembrandt? Pensez-vous qu’il faille étudier la musicologie pour pleurer ou se réjouir sur les notes de Vivaldi ou de Satie? La littérature est un art qui comporte mille compositions auxquelles nous sommes ou non sensibles, il me semble que ce n’est pas plus complexe que cela.

Bien évidemment, les auteurs et les autrices souffrent parfois d’idées reçues, de clichés ou d’a priori qui les desservent quelque peu –Marcel Proust ne fait pas exception. L’élément qui me revient le plus fréquemment aux oreilles est la longueur de ses phrases. Je ne peux pas le nier: Proust est un auteur qui prend son temps et qui développe au maximum les phrases qu’il compose, ce qui peut impressionner, intimider voire effrayer le potentiel lectorat.

Il est tout de même amusant de souligner que La Recherche commence avec une phrase courte et construite simplement: «Longtemps, je me suis couché de bonne heure.»

Aie confiance

Lorsque l’on veut lire Proust –mais cela vaut pour n’importe quel auteur ou autrice–, il me semble important de se mettre en tête qu’il s’agit d’une lecture qui exige de prendre son temps. Pour suivre le rythme des phrases. Pour apprécier les descriptions. Pour pouvoir être complètement transporté à une époque et dans une société très différentes des nôtres.

La question qualifie Proust d’intimidant, mais j’ai la sensation que le lectorat, surtout les lecteurs occasionnels, trouvent intimidant l’ensemble des auteurs et autrices que l’on qualifie de «classiques», qu’il s’agisse de la littérature française ou étrangère.

La difficulté avec la littérature, quelle que soit sa nationalité ou sa langue, est qu’elle sollicite principalement notre sensibilité, laquelle évolue incessamment tout au long de notre vie. Par exemple, lorsque j’avais 14 ou 15 ans j’étais très peu sensible à Voltaire. Puis, le temps passant et la philosophie étant passée par là, j’ai appris à l’apprécier et à en percevoir toute la richesse. Il en va de même pour Proust.

La littérature est une affaire de rencontres: parfois on lit un auteur ou une autrice que l’on adore à 15 ans, que l’on déteste à 30 et que l’on redécouvre avec plaisir à 60. C’est ce qui, selon moi, en fait l’une de ses beautés: nos lectures et notre rapport à la littérature s’enrichissent de nos expériences vécues.

Prendre le temps d’aimer Swann

Comment aborder Marcel Proust? Oui, je mets de côté l’aspect «intimidant»: pour écrire ce que je dis souvent à quelques personnes avec lesquelles je parle de littérature, les auteurs et autrices sont des hommes et des femmes comme nous qui ont exprimé une expérience singulière à travers leurs œuvres mais qui peut créer un écho dans l’universel puisque «je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger» pour citer encore et toujours ce cher Térence.

Au risque de vous décevoir, je ne possède pas la recette miracle pour répondre à cette question. Par ailleurs, j’aime assez les propositions faites par Jean-Pascal Mouton tout en étant d’accord avec le commentaire de Franck Antoni laissé sous la réponse du premier utilisateur que j’ai évoqué.

Il est souvent conseillé aux lecteurs et lectrices qui n’ont jamais lu une ligne de Proust de débuter leur découverte grâce à «Un amour de Swann».

Il est souvent conseillé aux lecteurs et lectrices qui n’ont jamais lu une ligne de Proust de débuter leur découverte grâce à Un amour de Swann qui est la deuxième partie du volume intitulé Du côté de chez Swann. En effet, cette partie peut largement être lue sans connaître l’intégralité de l’œuvre, mais également parce qu’il s’agit d’une histoire d’amour –cela plaît à une majorité du lectorat. En outre le style n’est pas inaccessible –sincèrement, je ne doute pas que le style de Proust soit inaccessible, mais j’estime qu’il faut se donner le temps (encore lui) de s’habituer à la musicalité des phrases de l’auteur (ce qui est vrai pour tous les autres).

Voulez-vous savoir comment Proust est arrivé sur mon chemin de lecteur? Il me semble avoir entendu le nom de Proust pour la toute première fois au lycée: notre professeur de première nous avait invité à remplir le fameux questionnaire de Proust. Ensuite, j’ai dû lire en classe le fameux passage des Petites Madeleines –ô combien célèbre! La madeleine de Proust. Qui ne la connaît pas, ne serait-ce qu’à travers l’expression que l’on utilise ou que l’on entend dans notre quotidien?

Le temps a passé et me voilà étudiant en première année de classe préparatoire littéraire –non, Proust n’était pas du tout au programme de littérature française. En revanche, ma professeure de littérature nous en parlait ponctuellement: pour donner des exemples au sein des dissertations, pour établir des liens au sein des commentaires composés ou linéaires ou tout simplement pour nourrir notre culture générale. Elle nous disait souvent (j’exagère, elle l’a peut-être évoqué deux ou trois fois sur l’ensemble de l’année): «Quand j’ai vu que Proust figurait parmi les auteurs du programme de l’agrégation lorsque je l’ai passée, je me suis dit: “Pourquoi est-ce tombé sur moi?” quelque peu dépitée. Maintenant, c’est l’un de mes auteurs de chevet.»

Puisqu’il y avait beaucoup de travail cette année-là, j’avais laissé Proust dans un coin de ma tête pour décider d’en entreprendre la lecture durant la période estivale avec ceci à l’esprit: «Ce Proust doit vraiment valoir que l’on s’y intéresse. Je vais essayer.» Déterminé, je me suis procuré Un amour de Swann et je l’ai lu avec plasir, gourmandise, délice, fascination pour un style qui me touchait –et me touche encore– énormément. Marcel Proust était devenu dans ce temps de lecture très court l’un de mes auteurs favoris, intégrant un petit Panthéon personnel qui évolue au fil du temps.

Une révélation

Je n’aime pas Marcel Proust pour «faire bien», pour «avoir l’air cultivé» ou autre balivernes semblables. J’aime Proust parce que le lire fut une révélation, une célébration de la langue française et de son vocabulaire si riche, si nuancé, si poétique. L’impression que tout est sublimé sous la plume de cet auteur me plaît beaucoup et d’ailleurs j’aime ressentir cela sous la plume de nombreux auteurs car non, je n’aime pas que Proust. Mon cœur littéraire a de la place pour tous les auteurs et toutes les autrices qui veulent y entrer. À chaque page de La Recherche –que je n’ai d’ailleurs pas encore lue en intégralité– c’est l’émerveillement qui nous saisit: tout est ciselé, tout est travaillé avec précision, avec sensibilité et avec délicatesse.

Ce qui m’enthousiasme est également de me plonger dans les coulisses, si j’ose dire, de la création de cette œuvre «cathédrale» –pour reprendre une formule de Jean-Yves Tadié, spécialiste de l’auteur et de toujours découvrir de nouveaux éléments, en continuant de m’enchanter sur le résultat: À la recherche du temps perdu.

Que dire aux lecteurs et lectrices néophytes sinon: «Allez-y! Sautez dans le bain! Qu’avez-vous à perdre? Rien. Peut-être que vous aimerez, peut-être pas. Peu importe. Au moins, vous aurez tenté l’expérience.»

[Source : http://www.slate.fr]

Los hinchas holandeses animan a su equipo gritando “¡Hup, Holland, hup!” (“Vamos, Holanda, vamos”)

Los narradores periodísticos de la Eurocopa de fútbol asumieron a cierra­ojos la denominación “Países Bajos” para una nación a la que hasta ahora habían venido llamando “Holanda”, si bien en muchos casos conservaron el gentilicio “holandés” frente a “neerlandés” (derivado este del nombre oficial del país en su lengua: Nederland).

Lástima que esa unanimidad no se haya aplicado también para corregir errores flagrantes como “medirse a” en vez del correcto “medirse con”; o las pronunciaciones inadecuadas de nombres extranjeros como París San Yermén para París Saint Germain, donde se aproximaría más al nombre original decir París San Yermán; o sus siglas como Pe-ese-ye, en rara mezcla del deletreo en español y en francés (o se dice “Pe-ese-ge o se escoge Pe-es-ye, pero no la mezcla de ambas). Entre otros ejemplos.

En todo eso, no. Pero el periodismo deportivo sí se ha aplicado con notable disciplina en el asunto de Países Bajos. ¿Y de dónde viene esta moda?

La zona del actual Países Bajos (Nederland en su idioma) ha constituido históricamente un pequeño lío de nombres y extensiones. Esa denominación surge ya en el siglo XVI como la más habitual para un territorio en el que llegaron a estar comprendidas Bélgica y Luxemburgo. Y del mismo modo que en el siglo XVII se llamaba aquí “Flandes” a una extensión superior al condado de ese nombre, hoy en día “Holanda” es sólo una parte de los Países Bajos. Entre 1806 y 1813 (Napoleón mediante) el país pasa a llamarse “Reino de Holanda” (“tierra de maderas”), según había sido conocida cuando sus navegantes salían a conquistar el mundo desde las provincias costeras de Holanda del Norte y Holanda del Sur. Pero a partir de 1815 (tras Waterloo) su nombre oficial es de nuevo Países Bajos.

Ya en nuestros días, en 2020, el Gobierno holandés promovió una campaña destinada a que “Nederland”, con sus adaptaciones en cada idioma (“Países Bajos” en español), se impusiera a “Holland” y las suyas (“Holanda” en castellano). Así lo contó entonces en este diario Isabel Ferrer desde La Haya. A los holandeses les pareció que las versiones de “Holland” (usadas por ejemplo en España, Italia y Francia) remitían a la tradición, los molinos, los quesos y los tulipanes; mientras que “Nederland” se asociaba con la modernidad, la innovación, la pujanza. Pues no sé; a mí cuando he ido a Holanda me han interesado más las tradiciones, los molinos y los tulipanes que la economía industrial. Pero en fin, como dicen por Andalucía, el que la lleva la entiende.

Tras esa campaña, las federaciones deportivas internacionales empezaron a usar “Países Bajos” en vez de “Holanda”. Y les secundaron los periodistas.

Ahora bien, la denominación “Países Bajos” parece haber desatado más entusiasmo en España que en la propia Holanda. Es cierto que los holandeses se suelen presentar como neerlandeses, incluso si nacieron en las provincias llamadas Holanda, pero su Oficina de Turismo ofrece aún la ciberdirección Holland.comcuya versión en español recoge el término “Holanda” 35 veces. Por su parte, los hinchas holandeses gritan “¡Hup, Holland, hup!” (“¡Vamos, Holanda, vamos!”), título de una canción escrita en 1950 por Jan de Cler y Dico van der Meer (“¡no dejes que el león se quede parado en la camiseta!”).

Los holandeses creerán que su nombre oficial suena mejor que “Holanda”. No lo discuto, es su percepción; pero que sepan que, en la nuestra, Holanda siempre jugó mejor al fútbol que Países Bajos.

[Fuente: http://www.elpais.com]

Un òme sonat Jean-Louis Iratzoki aguèt fracturats lo peronè e una cavilha per aver conversat amb son nebot en basco a Sant Joan de Lus (Bascoat), çò raportàvem aqueste dissabte dins las paginas de Jornalet. L’òme èra per carrièras davant l’ostal de son fraire e charrava amb son nebot qu’èra al balcon quand foguèt interpelat e brutalament agressat. “Sèm en França aicí, qu’es aquò, aquel patois?”, çò li diguèron los assalhidors. “Sèm en França aicí, qu’es aquò, aquel patois?”, vaquí la rason que justifica una tala agression.

La redaccion de Jornalet, coma la majoritat de las personas dotadas de consciéncia, sèm espantats davant aquel fach e esperam que los assalhidors seràn localizats e jutjats. Mas, tant que i aurà un estat oficialament —e constitucionalament— bascofòb, britofòb, catalanofòb, occitanofòb e fòb de tot çò qu’es pas francés, i aurà d’assalhidors per justificar quina agression que siá amb l’argument  “Sèm en França aicí, qu’es aquò, aquel patois?”

França, creatritz del mot  pervèrs patois, reclama falsament d’èsser lo brèç dels dreches umans e de la libertat. En nom d’aquelas libertat, egalitat e fraternitat, a practicadas d’umiliacions e de vexacions suls enfants de lengas occitana, alsaciana, arpitana, basca, bretona, catalana, còrsa o flamenca a l’escòla, per los obligar de renonciar a lors lenga e cultura. França a condemnat de nacions entièras a viure jos la “vergonha“ dins un procès pervèrs e maquiavelic de genocidi cultural. Los assalhidors de Sant Joan de Lus an integrats los arguments qu’an justificadas aquelas persecucions. “Sèm en França aicí, qu’es aquò, aquel patois?”.

En mai de se batre per un cambiament constitucional que permeta la liura expression de totas las lengas e culturas, es urgent que las autoritats francesas reconescan oficialament aquel culturicidi, que las escòlas ensenhen aquela istòria de vergonha e que se divulgue los testimoniatges de tant de mond qu’an patit en rason de lor lenga. Cal que totes los ciutadans sàpian quant de mond foguèron tustats suls dets amb la règla, foguèron umiliats en portant un bonet d’ase sul cap o un esclòp al còl; quant de ciutadans foguèron obligats de lecar los excrements dels comuns o d’urinar dins las bragas per una sola rason: “Sèm en França aicí, qu’es aquò, aquel patois?”.

Jean-Louis Iratzoki es pas estat la sola agression bascofòba qu’an patit los abitants de Sant Joan de Lus durant aquestes darrièrs jorns. Una de las victimas raportava a Mediabask que las violéncias bascofòbas an aumentat car “la cultura basca s’es refortida a Sant Joan de Lus e d’unes son contra”.

Tant que l’estat francés, luènh de demandar perdon per la Vergonha, presicarà lo mesprètz de las lengas e culturas autoctònas autras que l’oficiala, aquelas agressions aumentaràn a mesura que las culturas dels “mespresats” se veuràn refortidas. E cal dire qu’avèm l’intencion de nos batre per refortir nòstre occitan al país.

 

 

[Poblejat dins http://www.jornalet.com]

Né en 1921 dans une famille juive originaire de Salonique, Edgar Morin est un sociologue français. Pacifiste, libertaire, anti-fasciste, il a été membre du Parti communiste de 1941 à 1951 et a résisté durant l’Occupation. Il a tenu des propos anti-israéliens. Arte diffusera le 8 juillet 2021 à 23 h 55 « Edgar Morin, journal d’une vie » de Jean-Michel Djian. À voir également sur Arte.tv le 17 juillet 2021 : « Se souvenir de l’avenir. Autour d’Edgar Morin« . « Une lecture-spectacle de Nicolas Truong et Edgar Morin dans la cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon », réalisée par Stéphane Pinot, avec Edgar Morin, Christiane Taubira et Judith Chemla. 

Publié par Véronique Chemla

Né en 1921 dans une famille juive originaire de Salonique, Edgar Morin est un sociologue et philosophe français, directeur de recherche émérite au CNRS et docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères.

Dans sa bibliographie pluridisciplinaire souvent traduite : Le Cinéma ou l’homme imaginaire (Éditions de Minuit, 1956), Les Stars (1957), Autocritique, (Le Seuil, 1959)L’Esprit du temps (1960), L’esprit du temps. Essai sur la culture de masse (1962), Mai 68, La Brèche (avec Claude Lefort et Cornelius Castoriadis) édité par Fayard (1968), Journal de Californie (Le Seuil, 1970), De la nature de l’URSS (1983), Les Fratricides : Yougoslavie-Bosnie (1991-1995) publié par Arléa (1995), Pour une politique de civilisation (Arléa, 2002), La Méthode en six volumes (Le Seuil, 2008), Le Monde moderne et la question juive (Le Seuil, 2006 ; réédition, Le Seuil, 2012).

En 1989, est publié « Vidal et les siens » d’Edgar Morin avec Véronique Grappe-Nahoum et Haïm Vidal Séphiha (Le Seuil). « Avec Vidal Nahoum mourut en 1984 l’un des survivants du monde englouti de la Salonique séfarade où il était né en 1894. Son grand-père venait de Toscane et parlait italien, sa langue maternelle était l’espagnol du XVe siècle, mais, tout jeune, il sut s’exprimer en français et en allemand. Naïf et malin, animé d’un optimisme et d’une gaieté sans faille, d’un sens de la famille quasi religieux et d’un goût inépuisable pour la nourriture, il traversa les guerres balkaniques, l’écroulement de l’Empire ottoman et les deux guerres mondiales. À partir de documents historiques et personnels, Edgar Morin, son fils, restitue ici son histoire irremplaçable, celle des hommes et femmes de sa famille, celle d’un XXe siècle marqué par la complexité des relations entre l’Orient et l’Occident. »

Dans La Rumeur d’Orléans (1969), Edgar Morin et son équipe analysent une rumeur antisémite dans une ville de province française. « Une rumeur étrange (la disparition de jeunes filles dans les salons d’essayage de commerçants juifs) s’est répandue, sans qu’il y ait la moindre disparition, dans la ville dont le nom symbolise la mesure et l’équilibre : Orléans. Edgar Morin et une équipe de chercheurs ont mené l’enquête sur place. Pourquoi Orléans ? Pourquoi des Juifs ? Pourquoi et comment se propage une rumeur ? Cette rumeur véhicule-t-elle un mythe ? Quel est ce mythe et que nous dit-il sur notre culture et sur nous-mêmes ? Des questions se posent : un antisémitisme jusqu’alors latent s’est-il à nouveau éveillé ? N’y a-t-il pas, dans nos cités modernes, un nouveau Moyen Âge qui ne demande qu’à surgir à tout moment ? »

Pacifiste, libertaire, anti-fasciste, Edgar Morin a été membre du Parti communiste de 1941 à 1951 et a résisté durant l’Occupation.
En 1960, Edgar Morin et Jean Rouch réalisent « Chronique d’un été », qui a contribué au cinéma-vérité. Intéressés par l’idée du bonheur, ils suivent des jeunes alors inconnus et de tous horizons – étudiants, ouvriers, etc. – durant l’été 1960 : Marceline Loridan-Ivens, Régis Debray, Marilù Parolini…

En 1963, Edgar Morin et le réalisateur Henri Calef coécrivent le scénario de L’Heure de la vérité. « Un ancien officier SS, Hans Wernert, a pris l’identité d’un juif allemand liquidé, Jonathan Strauss, et a trouvé refuge en Israël où il s’est intégré dans la vie quotidienne. Mais survient un jeune étudiant américain qui enquête sur le camp dont l’imposteur serait le seul survivant… » Le tournage se déroule en Israël, avec Karlheinz Böhm, Daniel Gélin et Corinne Marchand. Des dissensions surgissent entre Henri Calef et Edgar Morin qui apparait au générique sous le pseudonyme de Beressi, nom de jeune fille de sa mère. Le film n’est pas distribué en France car les producteurs font faillite.

En 1946, il se marie avec la philosophe Violette Chapellaubeau. Le couple a deux filles, Irène Nahoum et Véronique, anthropologue. En 1970, Edgar Morin épouse Johanne Harelle. En 1982, il épouse Edwige Lannegrace. Veuf en 2008, il se remarie en 2012 avec la sociologue Sabah Abouessalam. Tous deux sont les auteurs du livre « L’homme est faible devant la femme » (Presses de la Renaissance, 2013), et « Changeons de voie – Les leçons du coronavirus » (Denoël, 2020).

Edgar Morin a tenu des propos anti-israéliens durant la deuxième Intifada déclenchée par Yasser Arafat. Le 4 juin 2002, le quotidien Le Monde, la tribune partiale « Israël-Palestine : le cancer » signée par Edgar Morin, Danièle Sallenave et Sami Naïr. Ces derniers écrient notamment que « ce cancer israélo-palestinien s’est formé, d’une part, en se nourrissant de l’angoisse historique d’un peuple persécuté par le passé et de son insécurité géographique ; d’autre part, du malheur d’un peuple persécuté dans son présent et privé de droit politique ».
Les auteurs fustigent « l’unilatéralisme » de la vision israélienne. « C’est la conscience d’avoir été victime qui permet à Israël de devenir oppresseur du peuple palestinien. Le terme Shoah qui singularise le destin victimaire juif et banalise tous les autres (ceux du Goulag, des Tsiganes, des Arméniens, des Noirs esclavagisés, des Indiens d’Amérique) devient la légitimation d’un colonialisme, d’un apartheid et d’une ghettoïsation pour les Palestiniens ».
France-Israël et Avocats sans frontières poursuivent judiciairement les auteurs pour « diffamation raciale et apologie des actes de terrorisme ». Relaxés en première instance en 2004, condamnés par la Cour d’appel de Versailles en 2005, les auteurs sont relaxés en 2006 par la Cour de cassation : « Les propos poursuivis, isolés au sein d’un article critiquant la politique menée par le gouvernement d’Israël à l’égard des Palestiniens, n’imputent aucun fait précis de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération de la communauté juive dans son ensemble en raison de son appartenance à une nation ou à une religion, mais sont l’expression d’une opinion qui relève du seul débat d’idées, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » Une procédure judiciaire d’une rare rapidité.
« Je suis juif par le sentiment de fidélité à tous ceux qui dans le passé ont été persécutés en tant que Juifs. Je suis juif en tant que membre du peuple maudit. Je refuse d’être du peuple élu », a déclaré Edgar Morin au Journal du Dimanche (4 juillet 2021).
« Edgar Morin, journal d’une vie »

Arte diffusera le 8 juillet 2021 à 23 h 55 « Edgar Morin, journal d’une vie » (Ein Philosoph mit Einfluss: Edgar Morin) de Jean-Michel Djian.

« Embrassant les disciplines académiques, le sociologue Edgar Morin, né en 1921, a traversé son siècle en observateur éclairé et en chercheur indiscipliné. Jean-Michel Djian lui consacre un lumineux portrait, tissé de ses interviews passées et récentes. »
« Philosophe de la complexité, sociologue des pratiques culturelles et pourfendeur de l’incurie de l’enseignement de la pensée, Edgar Morin a renouvelé, avec autant de rigueur que de conviction, la figure de l’intellectuel ».
« Au seuil des années 1980, il figure parmi les premiers à pressentir les ravages de la « mondialisation techno-économique » sur notre fragile Terre-Patrie (titre de l’un de ses ouvrages) et les désastres dont elle menace l’humanité ».
« Né Edgar Nahoum à Paris, en 1921, dans une famille de commerçants juifs originaire de Salonique, il rejoint encore adolescent le courant pacifiste et antifasciste ».
« La guerre venue, tout juste diplômé en histoire et en droit, il s’engage à Toulouse, en 1942, dans les rangs de la Résistance communiste, où il adopte le pseudonyme de Morin dont il ne s’est plus départi ».
« Auteur d’une centaine d’ouvrages, docteur honoris causa d’une quarantaine d’universités dans le monde, Edgar Morin n’a eu de cesse de s’interroger et d’interroger ses contemporains afin de donner du sens à la fraternité qui nous fait tenir ensemble, malgré l’adversité. »
« Comment esquisser les grandes lignes d’une vie aussi féconde, tout entière dédiée à la pensée et à l’engagement humaniste ? »
« Suivant un fil chronologique, du Paris de l’avant-guerre à son refuge sur les rives de la Méditerranée d’aujourd’hui, en passant par son incursion au californien Salk Institute, où directeur de recherche du CNRS il posa un temps ses valises, ce portrait retrace ses compagnonnages intellectuels (avec le philosophe Régis Debray, les idéaux du communisme), ses fidélités indéfectibles (avec le couple Duras-Antelme) comme les rares frictions avec ses pairs, notamment Pierre Bourdieu ».
« Alors qu’Edgar Morin fête ce 8 juillet son centième anniversaire, Jean-Michel Djian, en tissant ensemble un choix éclairant d’archives filmées, de ses interviews, passées et récentes, et de ceux qui l’ont côtoyé, donne à entendre la voix de l’un de nos plus vaillants résistants au conformisme des idées ».
Conférence de presse
Lors de la 75e édition du Festival d’Avignon (5-25 juillet 2021), aura lieu le 13 juillet 2021 à 12 h 30 une conférence de presse avec Eva Doumbia, Victoria Duhamel, Théo Mercier, Edgar Morin et Nicolas Truong.
« Se souvenir de l’avenir »

À voir également sur Arte.tv le 17 juillet 2021 : « Se souvenir de l’avenir. Autour d’Edgar Morin« . « Une lecture-spectacle de Nicolas Truong et Edgar Morin dans la cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon », réalisée par Stéphane Pinot, avec Edgar Morin, Christiane Taubira et Judith Chemla.

« Le 13 juillet dans la Cour d’Honneur du Festival d’Avignon, à travers l’évocation de ses souvenirs les plus marquants, Edgar Morin lancera, en compagnie d’invités inspirés par ses idées, quelques salves d’avenir afin de dessiner une nouvelle voie pour notre temps. »
« VERBATIM »
 
« On est à nouveau dans une époque barbare, où barbarie et civilisation se mêlent étroitement mais où, de plus, on se rend compte que nous sommes sur une planète totalement rétrécie, mais en même temps entièrement déchirée, incapable de résoudre ses problèmes et livrée à des monstres paranoïdes que sont les États-nations modernes. »
« Dans les processus dominants, on ne peut qu’être inquiet. Que ce soit la dissémination nucléaire, les périls sur la biosphère, le dérèglement économique, la démographie galopante, la marche incontrôlée de la technique et de la science… Tous ces processus semblent aller probablement vers on ne sait quelle catastrophe. Or, dans l’histoire, le probable n’arrive pas toujours. Et souvent, l’improbable heureux arrive. »
« Le fait de vivre aujourd’hui comme j’ai toujours vécu, et d’une façon même exceptionnelle à mon âge, en ayant les mêmes sentiments juvéniles que je peux avoir pour mon épouse, et ou bien pour mes amis, c’est quelque chose qui fait que je ne me laisse jamais submerger par la nostalgie. »
 
« Edgar Morin, journal d’une vie » de Jean-Michel Djian
France, 2021, 54 mn
Coproduction : ARTE France, Les Films d’Ici Méditerranée, Les Films d’Ici, INA
Sur Arte le 8 juillet 2021 à 23 h 55
Disponible sur Arte.tv du 01/07/2021 au 05/09/2021
Visuels :
Edgar Morin en 1968
© Michèle Bancilhon / AFP
Edgar Morin
Les Films d’Ici Méditerranée
Edgar Morin à la Seyne-sur-mer en 2020
© Les Films d’ Ici Méditerrané
« Se souvenir de l’avenir. Autour d’Edgar Morin » réalisé par Stéphane Pinot
Production : La Compagnie des Indes/Gildas le Roux – – Festival d’Avignon avec la participation d’Arte (1h)
Avec Edgar Morin, Christiane Taubira et Judith Chemla

 

 

 

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

 

La pressió del mercat sobre les llengües minoritàries genera cada cop més moviments de protecció

Un cartell en anglès en una terrassa de la plaça Reial de Barcelona.

Un cartell en anglès en una terrassa de la plaça Reial de Barcelona.

Escrit per RUDOLF ORTEGA
El moviment globalitzador dels darrers anys, a cavall d’un liberalisme desacomplexat, ha definit un nou marc de relacions entre llengües que ha servit, sobretot, per fer que les llengües grans siguin encara més grans i que les petites, en un horitzó de mitjà o llarg termini, es vegin abocades a la desaparició; ja no ens sorprenen les projeccions que diuen que al llarg del segle XXI desapareixerà el 95% de la diversitat lingüística mundial. L’expansió d’internet des de primers de segle i la democratització del turisme han estès encara més les llengües de privilegi —aquelles que compten amb desenes de milions de parlants, que tenen una sòlida presència al mercat i capacitat d’irradiació fora del seu domini lingüístic com a llengua estrangera—, fins al punt que possiblement, avui, seria difícil trobar al món un percentatge de població significatiu que no parlés una d’aquestes llengües, ni que fos a un nivell bàsic. Ens referim per descomptat a anglès, castellà, francès, alemany, italià, portuguès, rus, àrab, urdú, xinès, japonès, i potser alguna altra.

El mercat és implacable i no té gaires manies a escombrar el que no es pot vendre de manera massiva. I les llengües minoritàries no són precisament gaire atractives en aquest sentit. Ja ens hem acostumat a trobar paquets de galetes etiquetats no ja en més d’una llengua de l’estat, cosa que reflectiria una determinada realitat sociocultural —i política—, sinó directament en castellà i portuguès, cosa que reflecteix la prevalença dels interessos logístics i la distribució a gran escala. Com ens hem acostumat a servir els turistes que ens visiten en la més variada poliglòssia però amagant la llengua d’aquí, fet que desemboca en la paradoxa de voler donar a conèixer el país com si estigués mancat de llengua pròpia.

El panorama, doncs, no és especialment encoratjador, però cal destacar els moviments de flux contrari, que en percebre la pressió de les llengües hegemòniques estan construint un nou relat de defensa de les llengües petites al voltant de la idea de revolta. Així com, des del privilegi, el fet de parlar una llengua no hegemònica ha estat sempre malvist com un acte de provincianisme, d’incultura o de curtesa de mires, avui ja són molts els parlants d’aquestes llengües que n’entenen l’ús com un acte antisistema, com una espurna de rebel·lia, com un defecte a Matrix que pot fer petar el sistema. Tant pot ser pujar a un taxi i engegar d’entrada un ‘bon dia’ com fer sistemàticament les cerques a internet en català tot qüestionant les previsions dels algoritmes.

Potser el pes abassegador del mercat ha acabat provocant la necessitat d’agafar-se a elements que proporcionin, encara, un mínim de pertinença en un entorn en què la globalització ha difuminat els límits de les identitats conegudes. I no és estrany que en els marges del corró de les llengües hegemòniques apareguin resistències a la uniformitat. A Aragó, per exemple, algú com Jorge Pueyo s’ha servit de les eines de la globalització per donar a conèixer una llengua que deien que només parlaven la gent gran, i buscant-los als pobles. A França ja hem vist com les gasta d’estat per tirar enrere una llei que consagrava l’ensenyament en les llengües pròpies, però en lloc de tancar el tema ara s’han trobat les demandes de canviar fins i tot la constitució. I a Irlanda del Nord el Sinn Féin va bloquejar la formació del nou executiu autonòmic fins que els unionistes no tiressin endavant la llengua que hi protegeix l’irlandès, cosa que aquests no han fet i que ha provocat la intervenció de Londres. Fins i tot algunes comunitats indígenes nord-americanes van veure en la vacunació de la covid una manera de protegir els seus parlants de més edat.

És clar que no està tot perdut per a la diversitat, però les mesures que es prenguin des de les llengües petites les han de prendre els seus usuaris mateixos. Ningú des del privilegi mourà un dit per apuntalar el que pretén allisar.

[Imatge: ALBERT GARCIA – font: http://www.elpais.com]

Manoel e Rosa - Blog do Severino Francisco

Escrito por Raúl Olvera Mijares

Intentar explicar la génesis de un gran autor resulta una empresa absurda si no es que imposible. Descartando factores de orden genético, social o económico, la síntesis que representa un escritor de excepción es irreducible a nada extraño a sí misma, en otras palabras, cada gran autor acuña un molde que él mismo se encarga de dar al traste. La estandarización es más un modelo proyectado por la crítica, un librero con varios anaqueles donde cada género y subgénero halla su sitio, que una realidad concreta, asible y mesurable. Habiéndosele comparado con James Joyce, por un lado, y con Juan Rulfo por otro, João Guimarães Rosa (1908-1967) fue fundamentalmente un narrador brasileño que ubicaría sus relatos en una porción del territorio al norte de Minas Gerais donde habría de venir al mundo, comprendidos también los estados de Goiás y Bahía, prácticamente una tercera parte del Brasil central, porción que se asienta en una meseta donde es posible la agricultura y sobre todo la ganadería. El término sertón es esencial para entender a Guimarães Rosa, que valdría tanto como llano o despoblado (sertão viene de “desierto”). Alguna vez esas vastas extensiones de terreno estuvieron escasamente habitadas. En medio de los sertones se encontraban acuíferos, venas de agua que brotaban y corrían en forma de una serie de arroyuelos o acequias. Veredas es una voz portuguesa que se refiere precisamente a estas fuentes de linfa, que dan origen a zonas de verdor, auténticos oasis en torno de los cuales se realizaban los asentamientos. Así la gran novela de Guimarães Rosa, Grande Sertão: Veredas (1956), viene a establecer una comparación entre los enormes llanos sembrados de pasto pero sin hombres y los veneros u ojos de agua donde se desarrolla la convivencia humana, caracterizando así una buena parte del Brasil, otrora signada por su cultura de gente a caballo, os vaqueiros, que pastoreaban los hatos de reses, no los últimos de ellos, los mansos cebúes, procedentes de India.

Se sabe que Joaozito, Juanillo, en su natal Cordisburgo, era hijo de un tendero y que en su casa hubo siempre libros. No contaba ocho años y ya había comenzado a aprender francés, luego vendría el inglés, el italiano y el español. En Belo Horizonte, capital de Minas Gerais, entraría al colegio propiamente dicho, un colegio alemán donde comenzaría a aprender el idioma. Para cuando se inscribe en la facultad de medicina ya lee y traduce varias lenguas. Guimarães Rosa prestará sus servicios como médico militar y civil hasta que decide, hacia fines de los años treinta, ingresar en el servicio exterior del Brasil. Destinado a la legación de Hamburgo, pasará en Alemania de 1938 a 1944, años difíciles de reclusión para diplomáticos, ayuda clandestina hacia judíos y desencanto humano en general. Tras la guerra, será asignado a la legación de París. Después de pasar por otras embajadas, decide abandonar el servicio público para dedicarse por entero a la escritura. En 1956 se publican dos de sus más importantes volúmenes, la ya mencionada novela y el libro de relatos Corpo de bailePrimeiras estórias (1964), Estas estórias (1968) y Tutaméia. Terceiras estórias (1968) son otros tantos de sus libros de cuentos, los últimos dos aparecidos de manera póstuma. Al parecer el escritor tenía un barrunto de su muerte y le urgía dejar por escrito el mayor material que se pudiera. Tres días después de su recepción en la Academia Brasileira de Letras perdía la vida. Los textos experimentales de sus últimas recopilaciones abren un abanico de posibilidades en verdad asombroso.

El cultivo del monólogo interior y la recuperación del lenguaje en su carácter oral preñan la obra de Guimarães Rosa y parecen emparentarla con la de Joyce. En efecto, como el dublinés, el minero tomará nota del habla real de aquellos modelos que han de servirle para perfilar sus personajes. Antes de acometer esos dos monólogos legendarios, que son el de Gran Sertón: Veredas y Mi tío el jaguareté, el autor viaja por territorio bravo en busca de material para recopilar en sus cuadernos. Se informa sobre prácticas tradicionales, nombres de la flora y la fauna, sobre todo razas de reses, pormenores sobre la caza del jaguar, de la onza, del tapir, indaga en reminiscencias del pasado indígena. La curiosidad lingüística y antropológica de Guimarães Rosa no conocía límites. Había estudiado la mecánica de lenguas tan diversas y dispares como el ruso, el holandés, el checo, el árabe, el húngaro, el sánscrito, el griego y el esperanto. Desde niño mostró gran curiosidad y cariño por los animales. De Sagarana (1946), su primer libros de relatos, procede aquella historia de “El burrito pardo”, un pollino que respondía al nombre de Siete de Oros, ya viejo y por tanto sabio, único sobreviviente de una expedición que conducía innumerables cabezas de ganado y al venirse la crecida de un arroyo arrastra todo consigo, excepto al incólume rucio y su jinete. La caracterización natural y profundamente humana del burrito habla de una gran sensibilidad y respeto hacia los animales, una experiencia que se remonta con toda probabilidad a su niñez en Cordisburgo.

Rulfo y su decantación del alma nacional en un precipitado que contiene en esencia todo, menos folclorismo ramplón, constituiría el referente más próximo en el caso de la literatura mexicana. Huelga decir que, contempladas más de cerca, ambas obras tienen muy poco o más bien nada en común. Guimarães Rosa era exuberante, vasto en su escritura, que consta de miles de páginas, lo suyo podría decirse era acabar ganando la pelea por decisión técnica; Rulfo, en cambio, era parco y astuto, más dado al golpe rápido y certero para acabar venciendo por knockout. Hay mucho de lapidario y ejemplar en el estilo de Rulfo, hecho para permanecer, resistir el paso de los años. En el brasileño se dan notas y colores vibrantemente humanos aunque más frágiles, una sensibilidad a flor de piel para aquel lector que cuenta con el tesón y la paciencia necesarios para llegar hasta el final de sus obras. Un cuento como “Campo general” del libro Manuelzão e Miguelim (1964), alguna vez parte del volumen Corpo de baile, es la historia de un niño de siete años de edad, Miguelín, dotado de una sensibilidad particular, ama a todos a su alrededor, especialmente a las criaturas menudas. Hay un recelo inexplicable por parte de su putativo padre, acaso no sea hijo suyo sino fruto de una infidelidad de su mujer. Miguelín debe pasar por la muerte de un inseparable compañero de juegos, su hermano menor Dito y más adelante por el liberador suicidio del padre. Cae enfermo de gravedad, se salva y luego se presenta la ocasión de que lo regalen, para así poder ir a la ciudad, estudiar y aspirar a una vida mejor. Siendo tan fino y sensible Miguelín, quizá quien se lo lleva vaya a ser algo más que un padre para él, finalmente es quien se hace cargo y puede hacer con él lo que quiera. La duda queda en el aire confiriéndole cierta tensión dramática a la historia.

En “Mi tío el jaguareté”, uno de los relatos de Estas estórias, el protagonista sostiene un monólogo ante un visitante, apertrechado de ron y revólver, el cual por supuesto solo presta oído sin pronunciar palabra. Quien habla confunde el portugués con el tupí e incluso el guaraní. Se trata de un cazador que comercia con pieles, un indio de los contados que sobreviven por ahí y conocen el lugar como ninguno. Al rememorar una caterva de fieras que distingue por su sexo, el color y las manchas en su piel, su talla y hasta su temperamento, el cazador llega a identificarse a tal punto con su presa que él mismo llega a creerse jaguar. El totemismo de los amerindios no solo se manifiesta en la porción septentrional del continente, sino que es de aplicación universal. Entre los antiguos toltecas y los mexicas el nahual era el animal protector de cada alma. Había chamanes que podían asumir a voluntad la forma de su guardián. Esta antigua creencia vuelve en la forma de una obsesión por la sangre, presente en el cazador de jaguares quien, poco a poco, comienza a amenazar a su visita, pues advierte que es un soldado o agente de la justicia quien llega para reclamarlo, ya que no solo ha ultimado fieras sino también hombres. Guimarães Rosa se propone y consigue, por medio del lenguaje, que sus personajes vengan a existir en la acotada pero viva realidad de la ficción. Sus textos resultan difíciles al inicio, pues es justo el momento en que se presentan las convenciones retóricas, los recursos narrativos que volverán posible la ilusión de un mundo paralelo pero autónomo del real; en el caso concreto de este relato, la mezcla de lenguas, la repetición de palabras desconocidas que forman una textura verbal, verdaderas jitanjáforas en el sentido de Reyes o, como creyó Haroldo de Campos, interjecciones con valor emotivo. Hoy se sabe que el tupí, la lengua que hablan los indígenas de esa región, exige tales reduplicaciones. Aunque el lenguaje inventado por Guimarães Rosa es una mezcla de tupí (lengua aún viva) con guaraní (lengua extinta desde hace tiempo). El personaje rememora su pasado trayendo a colación ciertos eventos que exhiben su fijación en las virtudes legendarias de la bestia que cazándola pretende absorber, la rivalidad con sus iguales –otros cazadores de jaguares– a quienes tantas veces termina emboscando, su gusto por el alcohol y sus míticos escarceos con un jaguar hembra nombrado por él María-María.

Riobaldo el jagunzo, una extraña combinación de arriero, bandido y matón, es el personaje central de Grande Sertão: Veredas, novela que lleva en el título esos dos puntos colmados de misterio y metafísica. Guimarães Rosa habría de acceder a Riobaldo a través de ciertos personajes de sus estórias, como serían Augusto Esteves en A hora e a vez de Augusto Matraga y Soropita (también Surupita y Surrupita) en Dao-Lalalao. Estos bravos, salidos casi de un western americano, forajidos a la vez que justicieros, personajes patéticos por excelencia, quienes hasta en los nombres llevan cierta guasa: Matraga es matraca en portugués, por las que se acostumbraba sonar el sábado de Gloria, y dao-la-la-lao es una voz onomatopeya que alude al sonido de las campanas, algo así como ta-tá ta-tán, anunciando un acontecimiento tremebundo, para que al final nada pase, Soropita no acribilla al negro Eládio, porque este se le humilla, le rinde homenaje. Un mundo aquel del sertón, moldeado según un perfil medieval y clientelista, lleno de señores con sus mesnadas, unos cuantos mercenarios y una apabullante mayoría de siervos de la gleba, entre los descendientes de esclavos negros, ocupados en los cañaverales y trapiches, hasta la población criolla mestizada con los naturales, la cual engendra el tipo característico del sertonero, un blanco que tira a indio. La apuesta de Guimarães Rosa, por la oralidad y la exuberancia del lenguaje, vuelve desafiantes sus obras aunque no imposibles. La paciencia y esfuerzo del lector se verán recompensados al final. Los ambientes y los caracteres aparecen siempre animados por un hálito de vida, de autenticidad, de simpatía personal y efusiva. Esas comunidades en mitad del despoblado, que dependen de los ganados para subsistir, cuyos sueños idílicos no van más allá de encontrar un oasis, llevan siempre al lector a la idea de origen o génesis, la colonización y poblamiento de estas ásperas tierras de América. Cien años de soledad, de García Márquez, y otras obras que hincan sus cimientos sobre mitos fundacionales irían por la misma línea, incluso poemas extensos como Omeros, de Derek Walcott. Traducido al español, la riqueza y variedad de vocablos de Guimarães Rosa trae a la memoria ciertos momentos de la literatura cubana, en particular en Lezama Lima, Carpentier e incluso Arenas, a causa de su evocación de la naturaleza, su carácter celebratorio y giros del lenguaje en ocasiones arcaizantes. El influjo de la cultura africana juega un papel no menor.

 

 

[Fuente: http://www.jornada.com.mx]

Depuis plusieurs années, Bruno Dray s’attache à découvrir les similitudes entre la langue hébraïque et diverses langues européennes. Le français, bien sûr, mais aussi l’anglais, l’allemand, l’italien, l’espagnol et même le russe. En suivant les conseils du célèbre linguiste Claude Hagège, qui considère, pour sa part, que « les communautés juives ont truffé d’emprunts hébraïques les pays où elles ont été reçues », il tisse sa toile et nous propose régulièrement ses découvertes. En montrant ce que les langues européennes doivent à l’hébreu, il considère qu’il peut, à sa manière, tout en nous édifiant, lutter contre l’antisémitisme.

Dans ce petit livre, on va de surprise en surprise. C’est ainsi qu’au fil des pages, on apprend qu’un lien peut être établi entre l’hébreu PARACHA, section hebdomadaire du Pentateuque et APHÉRÈSE qui renvoie à « ôter, enlever ». Ou encore que des corrélations consonantiques existent entre le verbe anglais TO CUT, et les vocables hébraïques KITA (section) et QATAN (court), le SÉCATEUR et le COUTEAU (en hébreu SAQIN).

Autres exemples : Le SAVON, en allemand SEIFE et l’hébreu ZEFET, résine ou encore ZIV, couler.

Le français GAMELLE peut être rapproché de l’hébreu GAMOUL, sevrer. Le prénom CATHERINE fait penser à l’hébreu QETORET, encens et JORDAN c’est, bien sûr, YARDEN, le Jourdain. Quant à CHOCHANA, la rose, on la retrouve tout simplement dans SUZANNE.

Bruno Dray n’hésite pas à rapprocher la GIBOULÉE de YAVAL, le fleuve, SOVIET et SOVIÉTIQUE de l’hébreu CHEVET qui signifie tribu, BACHELIER du verbe BACHAL, amener à maturité, l’arabe KHÔL de l’hébreu KAKHHOL, bleu, MINUTER de MANA, compter et de MINYAN, le quorum pour certaines prières.

L’adjectif français PETIT renvoie à l’hébreu PETI, simplicité, naïveté, QEREN à COURONNE, HERSE à HARACH, labourer. GALERIE c’est GALIL, cylindre, cercle et la fameuse région d’Israël Galilée et, pourquoi pas, GALGAL, la roue.

Bruno Dray, en fin d’ouvrage, laisse la place à un confrère, André Gagnoud, qui, de son côté, propose des accointances originales : l’allemand ICH (Je) avec l’hébreu ICH (homme), l’allemand KOMMEN, venir avec l’hébreu ANI KAM, je me lève, et, cerise sur le gâteau qui plaira aux Bretons : KÉNAVO, c’est KEN, AVO, en hébreu, Oui, je viendrai. Bon sang, mais c’est bien sûr !

Original et sympathique.

Jean-Pierre Allali

(*) Éditions Valensin. David Reinharc. Décembre 2020. 80 pages. 12,50 €.

[Source : http://www.crif.org]

Les French Voices Awards, décernés chaque année par l’ambassade française aux États-Unis, saluent les traductions d’ouvrages français aux États-Unis, pour encourager les éditeurs à publier encore plus de textes d’auteurs français. Des livres signés par Louis Philippe D’Alembert et Pierre Charbonnier ont été distingués, et une sélection de titres à traduire composée.

ActuaLitté

Publié par Antoine Oury

Décernés depuis 2006, les French Voices Awards décernent deux Grand Prix, en fiction et non fiction, chacun doté de 10.000 $, partagés entre l’éditeur américain et le traducteur du livre.

Grand Prix 2020 – Fiction

The Mediterranean Wall de Louis Philippe D’Alembert, traduit par Marjolijn de Jager chez Schaffner Press (Mur Méditerrannée, Sabine Wespieser)

Grand Prix 2020 – Non fiction

Affluence and Freedom: An Environmental History of Political Ideas de Pierre Charbonnier, traduit par Andrew Brown. À paraître chez Polity Press en septembre 2021 (Abondance et liberté, La Découverte)

Les Prix French Voices Awards, eux, sont dotés à hauteur de 6000 $, également partagés entre éditeur américain et traducteur.

French Voices Awards – Première session 2020

Black Village, Lutz Bassman (Verdier / Open Letter, traduit par Jeffrey Zuckerman)

La Société ingouvernable, Grégoire Chamayou (La Fabrique / Polity Press, traduit par Andrew Brown)

Abondance et liberté, Pierre Charbonnier (La Découverte / Polity Press, traduit par Andrew Brown)

Après la loi, Laurent de Sutter (PUF/Humensis / Polity Press, traduit par Barnaby Norman)

L’Invention des corps, Pierre Ducrozet (Actes Sud / À la recherche d’un éditeur américain, traduit par Margaret Morrison)

La Robe blanche, Nathalie Léger (P.O.L / Dorothy, A Publishing Project, traduit par Natasha Lehrer)

French Voices Awards – Seconde session 2020

Mur Méditerranée by Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser/ Schaffner Press, Inc., traduit par Marjolijn de Jager)

La Réponse à Lord Chandos de Pascal Quignard (Éditions Galilée/À la recherche d’un éditeur américain, traduit par Stéphanie Boulard et Timothy Lavenz)

Pour Elles Toutes : Femmes Contre la Prison de Gwenola Ricordeau (Éditions Lux/Verso Books, publication au printemps 2022, traduit par Emma Ramadan et Thomas Roberge)

The Sand Rush: An Environmental History of Los Angeles’ Beaches d’Elsa Devienne (Éditions de la Sorbonne/Oxford University Press, publication mars 2022, traduit par Troy Tice)

La vie ordinaire des génocidaires de Richard Rechtman (CNRS Editions/Fordham University Press, traduit par Lindsay Turner)

« Il faut s’adapter » : Sur un nouvel impératif politique de Barbara Stiegler (Éditions Gallimard/Fordham University Press, publication en décembre 2021, traduit par Adam Hocker)

[Source : http://www.actualitte.com]

Ryoko Sekiguchi est née au Japon et vit en France depuis 1997. Elle écrit aujourd’hui en français, après avoir composé une œuvre poétique en japonais. Petite-fille d’éditeur et fille de cuisinière, elle s’est toujours intéressée dans sa vie comme dans son œuvre à toutes les nourritures que les sociétés humaines inventent et aux mots qui les entourent. Elle en a fait le sujet d’essais subtils : L’astringentFade, Manger fantômeNagori, la nostalgie de la saison qui s’en va… Aujourd’hui, elle continue sa réflexion dans 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent).

961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi : saveur et savoir

Fèves et amandes

Ryoko Sekiguchi, 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent). P.O.L, 255 p., 19 €

Écrit par Claude Grimal

Sekiguchi, invitée dans le cadre d’une résidence d’écriture à Beyrouth par le président de la Maison internationale des écrivains qui avait aimé son Ce n’est pas un hasard, chronique de la catastrophe de Fukushima, est arrivée dans la ville en avril 2018, avec le projet d’en faire le portrait à travers sa cuisine. Quelque temps après son retour à Paris, tandis qu’elle rédigeait le livre, d’immenses manifestations ont secoué le Liban, puis en 2020 l’explosion du port a achevé de réduire le pays au désespoir. Le sentiment d’avoir visité Beyrouth avant une catastrophe (et après celle de la guerre civile) l’a alors émue et il donne par moments au livre un accent de tristesse interrogative. Comment écrire, se demande-t-elle, sur ce qui peut sembler aussi secondaire que la cuisine, alors que se sont déroulées et se déroulent de grandes tragédies nationales ?

Tout simplement parce que parler de ce que nous mangeons, c’est découvrir ce que nous sommes et comment nous pensons. Ses amis libanais lui ont d’ailleurs fait savoir qu’ils étaient heureux qu’ayant vu leur capitale « avant », elle puisse témoigner de ce qu’elle était. Elle-même se résout à penser que 961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent) est « un livre de la veille », tandis que Ce n’est pas un hasard, qui portait sur la dévastation de Fukushima, est un livre de « l’après », un de ceux « qu’on aurait aimé ne pas devoir écrire », et qu’un pays détruit ne saurait l’être jamais tout à fait. Ses interrogations et perplexités forment un délicat pointillé, à l’image de son écriture, pointue et imprévisible comme la démarche d’un joli échassier.

961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent) se compose de 321 fragments portant chacun un titre, mais ne présente pas les 321 plats promis ; il propose avant tout « une archive des cinq sens » du monde beyrouthin, et une déambulation mentale et physique avec l’auteure : moments de vie, repas, discussions, comparaisons entre mondes oriental et occidental, souvenirs personnels et littéraires, considérations urbanistiques… à côté d’esquisses des goûts, des textures, des savoir-faire culinaires locaux.

Un plat en particulier charme Sekiguchi tant il lui semble représentatif non seulement du Liban mais de toute la région, tant il semble figurer à toutes les tables, pauvres ou riches : le kebbeh. Elle voit aussi en lui une métaphore des sociétés humaines car, comme elles, il se métamorphose sans cesse. Le kebbeh est une pâte farcie d’un mélange de viande et de boulghour, cuite après avoir été façonnée en boulette, qui est donc susceptible de se décliner à l’infini : la pâte peut être différente (avec de la pomme de terre par exemple, ou du poisson), la farce peut être végétarienne, la boulette peut être cuite au four, grillée, ou même rester crue, etc. Le kebbeh connaît tant de variantes, dit Sekiguchi, qu’on peut s’interroger sur son identité car « tous les plats de la terre peuvent être dits kebbeh ». Le geste qui les crée, toujours le même, l’émeut singulièrement : la main s’insère dans la pâte et « façonne un creux qui sera l’abri de la farce » ou bien un creux qui restera tel quel et ne sera rempli par rien ; le kebbeh sera alors servi « vide comme une énigme, sans plus d’explications ».

961 heures à Beyrouth, de Ryoko Sekiguchi : saveur et savoir

Table libanaise

Mais si Sekiguchi laisse entiers les mystères vaguement érotiques présidant au façonnage du kebbeh, elle cherche aussi à en découvrir d’autres, culinaires ou non. Elle interroge les gens autour d’elle, recueillant avis et témoignages sur les pratiques sociales, l’histoire de la ville, la guerre civile, la préservation et le changement des identités, la place des immigrés… Les réponses qu’elle obtient sont diverses, parfois contradictoires, marquées par l’âge et la condition de son interlocuteur, ou son appartenance confessionnelle. Sekiguchi pose simplement sur la page quelques-uns des propos récoltés, quasi intacts, non commentés, à peine effleurés par sa surprise ou son incrédulité, car elle se soucie peu, dit-elle, de la véracité de ce qui lui est confié, et aime avant tout susciter l’imagination et l’invention des autres. « Si tout le monde décide de fabuler avec moi », suggère-t-elle, « j’aurai un portrait de la ville qui n’existe nulle part ailleurs, comme Marco Polo : à son retour de voyage, personne n’a cru à son histoire fabuleuse ».

961 heures à Beyrouth (et 321 plats qui les accompagnent) possède en effet un aspect fabuleux, au sens où s’y rencontrent un petit foisonnement fragmenté de récits, un savoir qui ayant pris la saveur pour instrument (mais savoir et saveur ont la même racine) fait délicatement le modeste, et une sensibilité personnelle aiguë, un peu déroutante. Derrière l’évocation des ingrédients et des mets, de ceux qui les préparent, les dégustent et en parlent, ce livre élabore une représentation de l’histoire humaine avec ses changements, effacements, résurgences et transmissions. En 961 heures et 321 plats, quelle intelligence charnelle ! Que de voluptés cérébrales !

[Photo : Ryoko Sekiguchi/P.O.L – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

 

Escrich per Lo Quentin

Lo 4 de junh lo despartament d’intelligéncia artificiala de Facebook publiquèt un papièr coma dison tocant las traduccions automaticas de mantuna lenga. Dos jòcs de donadas, un de 46 lengas e un autre de 101. 101 es l’identificant dels cors per debutant dins lo sistèma escolar estatsunidenc. Dins los dos grop trobem la lenga occitana representada. De 6000 lengas estimadas pel monde, causèron d’inclure nòstra lenga. Per aquesta experiéncia calguèt trobar un traductor professional per traduire 3001 frasas de l’anglés a l’occitan, frasas de la Wikipèda en anglés. Per çò qu’es dels còrpus, l’occitan es considerat coma «pauc dotat» en tèxtes numerizats e anonats. Mas un paragraf del papièr nos indica aquò:

«Al contrari [de las lengas africanas], la traduccion dins mantuna lenga europèa, amai lengas paucas dotadas coma l’occitan, an de melhoras performàncias. Aqueste resultat met en davant l’importància tan del nombre de donadas que lo transferiment d’aprentissatge de lengas ligadas. Per exemple, la traduccion cap a e a partir de l’occitan pòt naturalament manlevar de lengas plan dotadas coma lo francés, l’italian e l’espanhòl.»
Aprenèm doncas que la maquina poguèt crear de palancas entre lengas de meteissa familha per compensar las paucas ressorsas disponiblas. Seriá de bon contar al monde contra lo multilingüisme aquò.

Òm pòt se demandar l’interest de Facebook de menar aqueste estudi. Encara que siasque pas perfiècha la traduccion automatica permet de comprendre l’idèa màger d’un messatge. Pòdi pas rescondre qu’aqueste malhum social practica de censura pels governaments e autres grops de pression. Per acabar amb una nòta positiva, los jòcs de donadas son provesits en open source.

Ligam cap al blog Facebook AI: https://ai.facebook.com/blog/the-flores-101-data-set-helping-build-better-translation-systems-around-the-world/

[Poblejat dins http://www.jornalet.com]

 

 

Imposer sa langue est aussi une manière d’imposer sa vision du monde et d’écouler ses marchandises. Les États-Unis l’ont parfaitement compris. Les Européens et les Français, beaucoup moins…

Écrit par Michel Feltin-Palas

De La Fontaine à Hugo en passant par Marivaux, les enseignants de France et de Navarre s’efforcent de faire découvrir à nos chères têtes blondes les oeuvres de nos grands écrivains et c’est très bien ainsi. En revanche, ils ne leur dispensent aucune culture linguistique, ce qui est plus regrettable, y compris sur le plan géopolitique. Car la langue, on l’oublie souvent, est aussi un instrument d’influence des États. Le latin du temps de l’Empire romain ; l’espagnol et le portugais en Amérique latine ; l’arabe au Proche-Orient ; le français au Maghreb et en Afrique de l’Ouest… Dans l’Histoire, langue et expansion territoriale sont souvent allées de pair.
Cette règle profite aujourd’hui principalement à l’anglais, qui a commencé à se répandre dans des pays bien éloignés des îles britanniques au fur et à mesure des conquêtes coloniales de l’Angleterre. La langue de Shakespeare profite aujourd’hui de la puissance des États-Unis, dont l’impérialisme a connu trois grandes phrases : d’abord, la conquête de l’Ouest ; puis l’annexion de territoires plus ou moins éloignés, comme Hawaï, l’Alaska et Porto Rico, avant qu’une rupture ne s’opère après la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1945, en effet, l’impérialisme linguistique américain ne dépend plus de l’extension géographique des États-Unis, mais de trois autres éléments : la technologie, la puissance militaire et la domination linguistique, comme le souligne l’historien Daniel Immerwahr (1). Winston Churchill l’avait bien compris : « Contrôler la langue offre bien plus d’avantages que prendre des provinces ou des pays pour les exploiter », déclarait en substance l’ancien Premier ministre britannique. Avant d’ajouter avec son sens bien connu de la formule : « Les empires du futur seront spirituels ». Un précepte que complète Donald Lillistone – un Anglais – dans un excellent article de la revue Défense de la langue française, en écrivant : « Les langues façonnent les sociétés et le statut privilégié dont jouit actuellement l’anglais est donc lourd de conséquences profondes » (2).
Les États-Unis en ont parfaitement conscience, comme l’a spectaculairement révélé un autre universitaire, Robert Phillipson, professeur au département d’anglais de la Copenhagen Business School (3) dans un ouvrage tout bonnement intitulé Linguistic Imperialism (Impérialisme linguistique) publié en 1992. Il y dévoilait un rapport confidentiel établi après une conférence anglo-américaine sur l’enseignement de l’anglais qui s’était tenue en 1961, à Cambridge. Les choses y étaient énoncées clairement dès le discours d’ouverture : « L’anglais doit devenir la langue dominante et remplacer les autres langues et leurs visions du monde ». Une uniformité culturelle qui s’oppose directement à notre modèle européen fondé sur l’enrichissement par la pluralité, dont témoigne sa devise : « Unie dans la diversité ».
Aussi néfaste soit-elle, la politique américaine a pour elle le mérite de la cohérence : tout Empire, fût-il spirituel, cherche à défendre ses intérêts. Washington sait pertinemment que Disney, Netflix, Apple et les autres constituent les meilleurs moyens pour conquérir les esprits et écouler ses marchandises. On ne peut en dire autant de l’Union européenne qui, malgré le Brexit, s’emploie au contraire à dérouler le tapis rouge devant l’anglais, la langue du pays qui vient de la quitter et de la puissance qu’elle prétend concurrencer ! On ne peut pas non plus en dire autant de la France, dont une grande partie des « élites » croient du dernier chic de multiplier les anglicismes, jouant ainsi le rôle d’idiots utiles de l’impérialisme américain. Joe Biden, Google, Amazon et les autres n’en demandent pas tant.
(2) L’empire spirituel, par Donald Lillistone, Défense de la langue française n° 279
(3) Linguistic Imperialism, par Robert Phillipson, Presses universitaires d’Oxford, 1992.

[Source : http://www.lexpress.fr]

Dans un essai grinçant, la linguiste Françoise Nore examine le « politiquement correct » et explique comment il débouche sur des formes de « police de la pensée ».

Écrit par Aline Cordier Simonneau

L’objectif du politiquement correct est de faire disparaître « des termes considérés comme offensants ou dévalorisants », pour leur substituer d’autres mots plus flatteurs. Différentes techniques sont utilisées :

  • remplacer un mot par un autre (« désinformation » pour « mensonge ») ;
  • utiliser un euphémisme (« conflit armé » au lieu de « guerre ») ;
  • produire une périphrase (« agent de sécurité » pour « vigile ») ;
  • utiliser des mots étrangers (« addiction » au lieu d’« accoutumance ») ;
  • substituer à des termes ordinaires des mots qui sont leur contraire (« plan social » pour « licenciement »)…

En cherchant à atténuer et adoucir la réalité, cette manière artificielle de parler conduit à faire un mauvais usage des mots au quotidien, voire à imposer une idéologie. Dans son dernier ouvrage Appelons un chat, un chat !, grinçant à souhait, la linguiste Françoise Nore revient sur les origines du politiquement correct, ses différentes constructions et son omniprésence dans la langue française. En s’interdisant de nommer les réalités telles qu’elles sont, la « police du langage » laisse alors place à la « police de la pensée ».

Dans cet entretien, Françoise Nore revient sur son approche et sur la mise en garde que la linguistique et la lexicologie peuvent adresser contre un tel usage de la langue.

Appelons un chat, un chat ! Françoise Nore 2021 Éditions de l’Opportun 282 pages

Nonfiction : Qu’est-ce que la linguistique et quel est le rôle du linguiste aujourd’hui ?

Françoise Nore : La linguistique est une discipline, c’est la science du langage. Elle étudie tous les aspects des langues en général ou d’une langue en particulier. La linguistique est découpée en plusieurs sous-branches : histoire des langues, lexicologie, grammaire, sociolinguistique…

Le lexicologue est spécialisé en lexicologie. L’étude d’un phénomène comme le langage politiquement correct relève donc de son domaine d’étude. Pour autant, il est difficile d’étudier ce phénomène sans avoir une opinion personnelle à son sujet : on est pour ou contre.

Comment fonctionne le politiquement correct ?

Le politiquement correct est une manière de s’exprimer qui supprime des mots considérés comme dévalorisants pour les remplacer par d’autres mots ou expressions jugés plus positifs ou flatteurs. C’est une forme d’hypocrisie. En quoi le fait d’appeler une « cantine » un « restaurant d’entreprise » améliore-t-il la situation des gens qui y déjeunent ou la qualité de ce qui y est servi ?

Le politiquement correct peut également renforcer des termes pour leur donner plus de poids. Peut-être est-ce la peur de ne pas tenir des propos assez percutants ? On utilise souvent un adjectif pour renforcer le nom, par exemple une « malheureuse victime ». Cela peut aussi créer des pléonasmes dont on ne se rend parfois même plus compte, par exemple « tri sélectif ».

Le politiquement correct semble envahir notre quotidien, à tel point qu’on ne s’en rend parfois pas toujours compte. Que peut-on faire au niveau individuel pour y échapper ?

Certaines expressions « politiquement correctes » s’imposent dans le langage. Il est difficile, voire impossible de revenir en arrière. On peut lutter en employant les anciennes expressions qui ne sont pas encore jugées trop insultantes, par exemple continuer à dire « vendeur » au lieu de dire « conseiller clientèle ». Pourquoi l’instituteur est-il désormais appelé « professeur des écoles » ? Il n’y avait rien de dégradant dans l’emploi du terme « instituteur ».

En s’attardant sur certaines expressions comme « phase terminale », « nettoyage ethnique », « frappe chirurgicale », il apparaît que certaines de ces expressions « politiquement correctes » sont en fait assez violentes.

L’un des grands défauts du politiquement correct est de vouloir masquer des réalités qu’il juge dégradantes, choquantes, traumatisantes… en utilisant en réalité des expressions encore plus fortes et choquantes. Le politiquement correct « appuie » sur la réalité alors qu’il voudrait masquer, atténuer, adoucir…

Pensons aux expressions utilisées dans le monde du travail : « plan social », « plan de sauvegarde de l’emploi »… Ces expressions disent le contraire de la réalité.

Dans votre ouvrage, vous conseillez souvent de réemployer les « mots d’avant ». Pourquoi ?

Parce que certains mots anciens étaient plus simples, plus clairs, sans fioritures. Je suis pour une façon de parler simple et claire, accessible au plus grand nombre. Le « politiquement correct » encourage l’entre-soi et l’usage de codes lexicaux. Les gens finissent par ne plus se comprendre. Le « politiquement correct » masque la réalité et complique les choses.

 

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]