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L’auteur de « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » publie « Petit traité du racisme en Amérique ». Il en décortique un extrait dans ce texte inédit.

Par Dany Laferrière (écrivain)

La rage en Amérique

Le mot rage est juste car si on dit
qu’on a une migraine pour un mal de tête
ou simplement mal au ventre
on hurle sa rage de dents
car la douleur vient de monter d’un cran
et provoque une fureur aveugle qui
pousse à mettre le feu dans
son propre quartier.
(page 31)

Une fois, j’ai pris la route en voiture, de Miami à New York. Je venais de relire « Sur la route » de Kerouac. Je l’ai lu cette fois en anglais, alors que je maîtrisais à peine l’anglais de conversation. C’est en parcourant les pages trépidantes de ce roman délirant que j’ai enfin compris pourquoi j’avançais si lentement dans l’anglais oral et si rapidement dans sa forme écrite. Les écrivains ont toujours des choses intéressantes à dire, alors que les conversations de mes voisins tournaient autour des mêmes sujets insipides. J’ai découvert, d’autre part, que Kerouac en anglais n’est pas du tout le même écrivain que Kerouac en français. J’aurais aimé avoir du temps pour développer cette idée, d’autant que Ti-Jean (son vrai nom est Jean-Louis Kerouac et ses parents sont des Canadiens-Français, aujourd’hui appelés Québécois) a même écrit un récit en français.

C’est un long voyage, le mien, pas celui de Kerouac, où il faut traverser une bonne partie du sud des États-Unis (la Floride, la Georgie, les deux Caroline) mais j’avais fait mon plein de musique et de gazoline. Je ne suis pas amateur de musique, mon oreille ne captant, à l’époque, que le staccato de la machine à écrire, et surtout la musique qu’on entend quand le vent joue dans les phrases. Bon, j’écoutais aussi du rara de Léogâne, beaucoup de Manno Charlemagne, Ferré chantant Aragon, et du bossa nova quand j’ai le cœur en berne. Longue route bordée de magnolias, ces grands arbres où l’on pendait les esclaves fugitifs qui s’étaient révoltés contre les mauvais traitements qu’on leur infligeait du matin au soir dans ce décor bucolique. Quelqu’un, un poète juif, a noté que ces pendus ressemblent à d’étranges fruits, et Billie Holliday a chanté cette horreur (« Strange fruit »), pour rappeler aux jeunes dans quel univers dément on vivait avant, mais cela n’a pas beaucoup changé.

Je traverse, la gorge nouée, ces villes où le Ku Klux Klan sévit encore, peut-être avec plus de discrétion qu’avant. Je me sens tout de suite envahi par un sentiment où alternent la panique et la compassion. La colère aussi quand je traversais de si jolies petites villes avec de blanches maisons à colonnades entourées d’un gazon vert aussi grand qu’un terrain de golf. Et ce goût amer dans la bouche quand tout de suite après je tombais dans une zone délabrée. Je devais rester attentif afin de ne pas me tromper de quartier, car la police veille à séparer le bon grain de l’ivraie. Je  quitte la route principale pour me retrouver dans un coin isolé où les maisons, dévorées par les mauvaises herbes, semblaient laissées à l’abandon.

Pourtant je voyais des gens vaquer à leurs occupations dans des arrière-cours encombrées de carcasses rouillées de voitures. Des hommes en salopette étaient assis dans de vieux fauteuils défoncés qu’il ont dû ramasser, il y a un moment déjà, dans un quartier huppé pas trop loin. Une rugissante misère voisinait parfois avec une éclatante richesse. Manno Charlemagne chantait « Ayiti Pa Fore ». Sa voix est si distinctive (une sorte de calme étrange au cœur de l’enfer) que je pourrais la reconnaître même dans mon sommeil. J’ai quand même reçu un choc à l’entendre, et cela m’a fait la même impression que si j’avais ramassé, par mégarde, un câble électrique sans protection dans ma main nue. J’étais dans l’envers d’un décor de carton-pâte, la face cachée d’une promesse frauduleuse.

On comprend la pauvreté de certains pays, même si c’est intolérable, mais ici dans cette Amérique si obscènement riche on a du mal à accepter une pareille misère. Et surtout à se rappeler qu’on ne cesse de dire que les Américains noirs sont paresseux et alcooliques. Il y a du travail pour eux mais ils préfèrent boire de l’alcool frelaté et se tourner le pouce en attendant le chèque du gouvernement. S’ils font beaucoup d’enfants c’est pour recevoir un plus gros chèque du Welfare. C’est à la fois vrai et faux, vrai parce c’est la réalité dans laquelle on les laisse croupir, et faux parce que ce n’est pas rien de se retrouver écrasé par son propre gouvernement, qui se trouve être celui du plus puissant pays au monde.

L’Amérique n’a pas oublié que « le Nègre est né pour être esclave », et dans le sud chaque fois qu’un petit-fils de propriétaire de plantations croise un petit-fils d’esclave il a l’impression que c’est un bien qu’Abraham Lincoln lui a volé pour le gaspiller en le donnant à ces demi-civilisés. Presque tous les immigrants, les Haïtiens compris, croient qu’ils valent mieux que les Américains noirs, ignorant que si les Américains noirs sont ainsi tenus en laisse c’est parce que l’Amérique blanche sait qu’elle dort sur un volcan qui risque d’exploser un jour. C’est ce qu’a dit l’écrivain de « Harlem », James Baldwin. En attendant, ces Noirs, après chaque injustice flagrante, se contentent de mettre le feu dans leur propre quartier. Sont-ils bêtes ? La raison est que le système se protège par des barrages infranchissables de policiers. Et ces manifestants déchaînés n’arrivant pas à rentrer leur colère dans leur ventre, finissent par mettre le feu partout autour d’eux.

La voix de Manno Charlemagne fait écho avec « Dwa de Lom ». Les interrogations continuent et je me demande si la colère noire américaine possédait une voix aussi brûlante, efficace et poétique que celle de Manno Charlemagne. Ce n’est pas du nationalisme de ma part, car je connais la richesse et la puissance de cette musique née dans les plantations de coton et dans les villes près des grands fleuves (Mississippi et Missouri). Je connais et j’apprécie la rage de Nina Simone et de Bessie Smith, la douceur enveloppante de Marian Anderson, la violence cachée de Billie Holiday chantant « Strange fruit », la puissance de James Brown ou l’inquiétude poétique de Tupac Shakur. Je parle de cette urgence brûlante qu’on trouve dans la voix de Manno, et que je ne retrouve que chez Brel parfois, un Brel qui aurait connu la misère de Carrefour.

Mais l’autre versant existe aussi dans cette Amérique. Je me souviens de mon étonnement en lisant les romans d’Erskine Caldwell, à New York, à la fin des années 70. Je les lisais avidement car j’ignorais que des Blancs pouvaient vivre dans une pareille misère. Par misère, il ne faut pas entendre uniquement la famine, ni des problèmes sanitaires ou d’éducation, mais aussi une constante dégradation des valeurs sociales. Ces gens, des Blancs pauvres, n’étaient pas capables de m’indiquer correctement la route. Ils s’exprimaient dans un sabir que ma femme élevée à New York n’arrivait pas à comprendre, donnant l’impression qu’ils n’avaient pas parlé à un étranger depuis des années. On ne m’aurait pas cru si on n’avait pas vu cette foule, déguisée comme au carnaval, qui a envahi et saccagé dernièrement le Congrès américain.

Ce jour-là on a enfin compris dans quel monde vivaient les Noirs américains. On doit les croire quand ils évoquent l’Amérique comme une terre primitive zébrée de violences mauves. Ce sont des qualificatifs généralement réservés aux Noirs en pensant à des mœurs rapportées de l’Afrique profonde. D’où l’impossibilité de les civiliser jusqu’au bout. Mais d’où venaient ces hordes de Blancs ? De quelles contrées profondes et sauvages ? On n’ose imaginer ce qui se passerait si ces gens ivres de haine croisaient alors un Noir sur leur chemin ? Les Noirs détruisent leur quartier pauvre, tandis que les Blancs détruisent le Congrès américain. Sûr qu’on n’aurait jamais laissé entrer des Noirs dans cette enceinte sacrée. Et s’ils l’avaient fait, on ne sait pas ce qui se serait passé ce jour-là. L’Amérique en feu.

Dany Laferrière, bio express

Né en 1953 à Port-au-Prince (Haïti), Dany Laferrière s’est exilé en 1976 à Montréal, a vécu un temps à Miami, et siège à l’Académie française, à Paris, depuis 2015. Depuis « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », son premier roman paru en 1985, il a publié de nombreux livres, parmi lesquels « l’Enigme du retour » (prix Médicis 2009), « Tout bouge autour de moi »« Journal d’un écrivain en pyjama » ou encore « l’Art presque perdu de ne rien faire ». Bon nombre d’entre eux ont été rassemblés dans « Mythologies américaines » en 2016, et la plupart sont publiés chez Grasset. On lui doit également de poétiques autobiographies dessinées, comme « Autoportrait de Paris avec chat » (2018), « l’Exil vaut le voyage » (2020) ou « Dans la splendeur de la nuit » (Points, 2022). Il vient de publier « Petit traité du racisme en Amérique » (Grasset), dont il décortique d’autres extraits sur le site du quotidien haïtien « le Nouvelliste ».

 

[Photo : Joël Saget/AFP – source : http://www.nouvelobs.com]

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Escrito por Pedro Correia

Ao ouvir ontem a presidente executiva da TAP, Christine Ourmières-Widener, falar durante grande parte da manhã numa comissão parlamentar em São Bento, confirmei esta evidência: o francês sofre um irremediável declínio.

A gestora é francesa, os deputados são portugueses, mas a senhora – incapaz de dominar o idioma de Camões – recorreu ao inglês. Podia ter-se expressado sem problema na sua língua materna, recorrendo aos competentes serviços de interpretação simultânea da Assembleia da República, mas se calhar nem pensou nisso. Preferiu falar na « língua do império », com pronúncia muito questionável, presumindo – porventura cheia de razão – que à volta daquela mesa poucos seriam os deputados capazes de entendê-la sem recorrerem a intérpretes.

Em duas gerações, o francês – dominante na cultura e nos circuitos diplomáticos até meados do século XX – foi riscado do mapa linguístico corrente fora do perímetro dos países onde ainda é idioma oficial. Paradoxalmente, isto aconteceu a partir da data do seu suposto apogeu: a vaga revolucionária do Maio de 68. Que, partindo da esquerda mais radical, funcionou afinal como trampolim definitivo para a expansão da cultura norte-americana a nível planetário. Ao romper os cânones estabelecidos, deitou fora também os vetustos padrões gauleses que imperavam desde o Século das Luzes, começando pela língua, tornada obsoleta. Os próprios franceses a vão abandonando nos palcos internacionais.

E nós? Ainda não chegámos ao ponto de falar em inglês com a senhora francesa – foi ela quem teve de recorrer à interpretação simultânea quando ontem os grupos parlamentares lhe formulavam perguntas. Mas à volta daquela mesa não faltou o jargão “amaricano” para designar cargos com designações consagradas na nossa língua. Abundaram as alusões ao “si-i-ou” e ao “chérman” da TAP, como se fôssemos microssucursal linguística do vasto império.

A questão é que somos mesmo. Desembocámos nisto.

 

[Fonte: delitodeopiniao.blogs.sapo.pt]

Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, cette assertion est désormais démontrée par les neurosciences.

Écrit par Michel Feltin-Palas

Ce sont deux conclusions tout à fait étonnantes auxquelles sont arrivés récemment les spécialistes des neurosciences. Un : les adultes préfèrent les personnes qui parlent avec le même accent qu’eux. Deux : ce critère joue un rôle plus important que la couleur de peau ! C’est ce que démontre notamment le neuropsychologue et linguiste Albert Costa, dans un livre dont j’ai déjà parlé ici, Le cerveau bilingue (Editions Odile Jacob), en s’appuyant sur plusieurs études réalisées à travers le monde (1).

Cela s’explique. Longtemps, rappelle le scientifique, Homo sapiens n’avait guère l’occasion de rencontrer un humain ayant une autre couleur de peau que la sienne. La façon de parler jouait donc un rôle essentiel pour lui permettre de savoir comment se comporter vis-à-vis de ses interlocuteurs. Et… nous fonctionnons encore de la même manière. De fait, on peut obtenir de nombreuses informations sur une personne lors d’une simple conversation, qu’il s’agisse de sa région d’origine, de son niveau culturel, de sa catégorie sociale, etc. Et cela se vérifie d’ailleurs dès le plus jeune âge, comme le montre cette série d’expériences étonnantes.

Via des vidéos, on a demandé à des enfants anglophones de 5 ans de dire qui ils voudraient avoir comme amis. Sur le premier film, un bambin s’exprime en anglais ; sur le second, un autre parle russe. Résultat ? Avantage à celui qui utilise l’anglais, ce qui paraît logique puisque les petits anglophones le comprennent parfaitement.

L’expérience a été ensuite renouvelée avec un autre critère. Cette fois, c’est la couleur de peau qui varie. Rebelote : sans réelle surprise, les enfants accordent une large préférence à ceux auxquels ils peuvent s’identifier.

Troisième variable : l’accent. Là encore, les enfants anglophones natifs préfèrent avoir comme amis des enfants qui s‘expriment avec le même accent qu’eux plutôt que ceux qui recourent à un anglais parfaitement compréhensible, mais avec des intonations russes.

Le plus surprenant est cependant à venir. Entre un enfant de couleur de peau différente ayant le même accent et un enfant de même couleur de peau parlant leur langue avec un accent différent, ce sont les premiers qu’une majorité d’enfants préfèrent avoir comme amis !

Tout cela vous rappelle peut-être un épisode (relativement) célèbre de la Bible : le schibboleth. Dans Le Livre des Juges, (12, 4-6) le peuple des Guiléadites recourt à ce terme hébreu (qui signifie « épi » ou « branche ») pour repérer leurs ennemis ephraïmites qui tentent de leur échapper. Voici l’extrait : « Lorsqu’un fuyard d’Ephraïm disait : ‘Laissez-moi passer’, les gens de Galaad lui demandaient : ‘Es‑tu d’Ephraïm ?’. S’il disait : ‘Non’, on lui disait : ‘Prononce donc Schibboleth !’ Il prononçait Sibboleth, ne pouvant l’articuler correctement ; sur quoi on le saisissait et on le tuait près des gués du Jourdain. Il périt, en cette occurrence, quarante-deux mille hommes d’Ephraïm. » Et c’est pourquoi, en linguistique, un « schibboleth » désigne, une phrase ou un mot qui révèle l’appartenance d’une personne à un groupe.

Les juifs et les chrétiens ne devraient pas être les seuls à connaître cette notion car, en réalité, nous sommes tous concernés par l’existence de ces signes de reconnaissance verbale. Imaginons par exemple que, lors d’un colloque international, un Français s’exprime en anglais avec un accent français. Eh bien, les neurosciences l’ont prouvé : les auditeurs retiendront moins bien ses propos et les jugeront moins crédibles qu’un message identique prononcé par un anglophone natif ! « Si l’on demande de juger la véracité de l’affirmation suivante : « Les fourmis ne dorment pas », la réponse dépend de l’accent avec lequel elle est prononcée. Nous jugeons l’affirmation plus plausible avec un accent similaire au nôtre qu’avec un accent étranger », écrit Albert Costa, qui conclut : « Ces résultats, parmi d’autres, montrent à quel point le langage est un puissant facteur de discrimination sociale ». Ils confèrent donc concrètement un avantage considérable aux intervenants anglo-saxons ce qui, à moins de cultiver un certain penchant pour le masochisme, devrait dissuader les organisateurs français de choisir l’anglais comme langue d’intervention lors des manifestations organisées dans notre pays.

Ces a priori expliquent aussi – sans les justifier – le mépris dont font l’objet les personnes qui, en France, parlent avec des intonations régionales. Dans les représentations collectives, en effet, l’accent standard continue d’évoquer la compétence et le sérieux tandis que les sonorités berrichonnes ou vosgiennes sont associées à l’inculture et à la ruralité. Et ne croyez pas que les classes populaires soient les seules touchées par ce phénomène. Le philosophe Michel Serres, originaire d’Agen, expliquait ainsi à L’Express : « J’ai attendu 60 ans pour être pris au sérieux. Avant, je faisais rire ».

C’est également ce qu’explique Clément Viktorovitch dans son livre à succès, Le pouvoir de la rhétorique : « Notre cerveau fonctionne sur un mode intuitif, écrit-il. Plutôt que de se livrer à de coûteux raisonnements, il prend des raccourcis, qui simplifient la pensée. » Or, l’accent est l’un des plus puissants de ces raccourcis, selon la « démonstration » suivante : « On ne peut pas dire des choses sérieuses avec un accent régional ».

Les pouvoirs publics – et c’est très bien – s’efforcent aujourd’hui de lutter contre les stéréotypes dont souffrent les personnes noires en France. À quand une grande campagne contre les stéréotypes liés aux accents régionaux ?

(1) Voir également l’expérience menée à l’Université de Californie par David Pietraszewski.

[Source : http://www.lexpress.fr]
A UDC edita en galego o libro da profesora francesa Béatrix Dussane.
https://www.nosdiario.gal/asset/thumbnail,1920,1080,center,center/media/nosdiario/images/2023/01/20/2023012020541633113.jpg

A actriz coruñesa María Casares, fotografada no ano 1989 (Foto: Eric Robert / SYGMA).

Escrito por Elvira Branco  
Cando coñece María Casares, Béatrix Dussane era unha recoñecida actriz de 51 anos, ligada desde moi nova ao teatro Comédie-Française, tamén coñecido como Théâtre Français, un dos poucos teatros nacionais de Francia. Dussane estivo entregada, após a súa retirada dos escenarios dez anos antes, ás aulas do Conservatoire d’Art Dramatique de París.

A esta prestixiosa escola de teatro chegaba en 1941 Casares, unha moza refuxiada polo golpe de Estado de Francisco Franco. Tivo Dussane como mestra e logo como amiga. A actriz francesa plasmou esta amizade nun libro, titulado María Casares, que a Universidade da Coruña (UDC) vén de traducir e publicar, coincidindo co centenario do nacemento de María Casares.

A vicerreitora de Igualdade, Cultura e Deporte da UDC, Cristina López Villar, explica en declaracións a Nós Diario como a universidade coruñesa chegou a facer a primeira tradución, neste caso ao galego, do libro francés no que Dussane retrata a súa amizade con Casares. « Sendo o centenario de María Casares no ano 2021, e habendo actos do Concello da Coruña e da Xunta da Galiza, na UDC xurdiu a idea de traducir este libro », explica López. A UDC sumouse así ás conmemoracións institucionais á actriz de renome no Estado francés durante o século pasado.

María Casares tamén estivo « presente fisicamente » nas facultades da universidade cunhas siluetas coas que a institución pretendía difundir tanto a biografía da actriz como a propia tradución inédita a través de códigos QR que enlazan coa historia de Casares.

María Casares desde outro punto de vista

Ademais de ser a primeira vez que se traduce este María Casares do francés, o libro ten, segundo a vicerreitora, unha importancia engadida. A tradución editada pola UDC permitirá ás lectoras e aos lectores coñecer a traxectoria profesional de María Casares desde o punto de vista da súa profesora, pero de maneira máis significativa desde o punto de vista da súa amiga. « Béatrix Dussane permítenos coñecer diferentes aspectos da vida de María Casares como actriz », explica López.

A vicerreitora destaca unha reflexión da profesora francesa, cando Casares xa dera o paso á actuación cinematográfica. Dussane mostra en María Casares como ten nostalxia dos días da actriz galega sobre os escenarios dos teatros franceses e devece por volver compartir con ela eses espazos.

« Pasado o tempo, desde o momento actual podemos ver que isto si aconteceu », explica López a Nós Diario. « María Casares fixo algunhas películas pero a súa gran paixón e o que sempre tivo como prioritario foi o teatro », engade.

A través das verbas de Dussane podemos coñecer, agora tamén en galego coa tradución da UDC, a historia desa moza da Coruña que chegou a Francia logo do exilio do seu pai, o político Santiago Casares Quiroga (que fora ministro e xefe de Goberno da Segunda República española baixo a Presidencia de Manuel Azaña).

Unha moza galega que chegou a converterse nunha das actrices, tanto de teatro como de cinema, de máis prestixio do Estado francés.

« A unha Galiza que atopo a milleiros de légoas do Miño »

A UDC agasallou o público asistente á presentación do libro, en colaboración coa Fundación Luis Seoane, o faxsímil dunha postal da revista Galicia Emigrante na que Casares asina « Un saúdo agarimoso a unha Galiza que atopo a milleiros de légoas do Miño ». Aínda que exiliada desde moi nova por mor da ditadura franquista, María Casares « nunca esqueceu o país que acolleu os seus primeiros anos », explica Cristina López Villar.

[Foto: Eric Robert / SYGMA – fonte: http://www.nosdiario.gal]

Le roman érotique français le plus célèbre au monde va connaître une nouvelle adaptation au cinéma. Après le succès du film Emmanuelle avec Sylvia Kristel en 1974, Audrey Diwan, auréolée d’un Lion d’or à la Mostra de Venise pour L’Événement, réalisera un film avec Léa Seydoux dans le rôle-titre. 

Écrit par Chloé Bergeret et Violaine Schütz

Léa Seydoux en Emmanuelle

C’est l’une des actrices les plus bankable du cinéma français. Et elle a réussi à séduire également l’étranger. Après avoir été vue dans Les crimes du Futur (2022) de David Cronenberg et Un beau matin (2022) de Mia Hansen-LøveLéa Seydoux se prépare à interpréter Emmanuelle, la célèbre héroïne du roman du même nom, paru en 1967. Publié sous le nom de plume d’Emmanuelle Arsan, Emmanuelle est l’un des romans érotiques modernes les plus célèbres de France, aux côtés d’Histoire d’O, de Dominique Aury. Il raconte l’histoire d’une jeune femme qui se lance dans une série d’aventures sexuelles avec plusieurs hommes et femmes sur fond de vie d’expatriée à Bangkok. Suscitant un scandale à sa publication mais une fascination immédiate, le roman s’est vu adapté de nombreuses fois, que ce soit au cinéma par Just Jaeckin en 1974, mais aussi à la télévision par Alain Siritzky dans les années 80 et 90.

Emmanuelle vue par Audrey Diwan

Et ce sera la réalisatrice française Audrey Diwan qui signera la nouvelle adaptation de ce roman dont le tournage débutera dans quelques mois. L’ex-journaliste a réalisé en 2019 L’Événement, tiré de l’ouvrage d’Annie Ernaux, film choc qui retrace le parcours du combattant des femmes qui voulaient avorter avant la légalisation de l’IVG en 1975. C’est une nouvelle fois une oeuvre écrite par une femme qu’elle a décidé de porter à l’écran, accompagnée dans l’adaptation du scénario de la réalisatrice française Rebecca Zlotowski. Si en 1974, le film avec Sylvia Kristel était en français, c’est une Emmanuelle en anglais qui devrait voir le jour. Interviewée par le Journal de Montréal le 16 janvier 2023, lors d’un événement Unifrance dédié à la promotion des films français, Léa Seydoux a déclaré que le long-métrage ne ressemblerait pas aux autres adaptations du livre d’Emmanuelle Arsan. Elle explique en effet : « Ce sera très différent et ça n’aura rien à voir avec les films Emmanuelle qui ont été faits dans le passé. Ce sera vraiment une Emmanuelle de 2023. Il y aura de l’érotisme mais ce sera abordé à travers un prisme féminin et à partir de son regard à elle. »

L’influence d’Emmanuelle dans la pop culture

L’influence du film Emmanuelle (qui avait réuni neuf millions de spectateurs dans les salles françaises à sa sortie en 1974) n’est plus à prouver et son impact dans la pop culture témoigne de la modernité du long-métrage. Une femme qui exprime son désir, l’assume et surtout le vit comme elle l’entend : un sacré choc pour la société des années 70. Malgré l’ouverture d’esprit à l’œuvre au moment de la sortie du film –  l’année 1974 est celle du remboursement de la pilule par la Sécurité sociale, et la promulgation de la loi Veil sur le droit à l’avortement date de janvier 1975 –Emmanuelle de Just Jaeckin porte encore les traces du male gaze et les influences d’une société patriarcale qui empêche les femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent. Espérons que l’adaptation d’Audrey Diwan offre enfin à l’héroïne Emmanuelle toute la liberté qu’elle mérite.

L’adaptation d’Emmanuelle par Audrey Diwan n’a pas encore de date de sortie mais devrait sortir au cinéma en 2024.

 

 

[Source : http://www.numero.com]

Escrito por LUIS MARTÍN-SANTOS LAFFÓN

Fue un día de septiembre hace ya unos años. En París estaba en curso una gran exposición sobre la generación Beat en el Centro de Arte Pompidou, más conocido como el “Beaubourg”.

Llevaba varios días inquieto en Madrid. Acaba de terminar el curso de meditación que regularmente imparto, siempre en la primera quincena del mes y después de eso, mientras en mi casa continuaban con mi pareja las discusiones sin fin y un cierto mal ambiente, me daba la sensación de que el verano se escapaba entre mis dedos, hecho que me animó a realizar una escapada a la capital francesa. Así que, sin dar aviso ni noticia a mis más allegados, organicé el viaje con ayuda de Internet en apenas unas horas.

« La exposición venía girando por el mundo desde Nueva York, vía San Francisco, hasta París. Simplemente no me la podía perder »

No hacía mucho que aquí en Madrid, en compañía de tres amigos, habíamos culminado, tras un par de años de labores varias, —contratación, traducción, intercalados con inesperados retrasos provocados por una crisis financiera global, crisis personales, inseguridades y miedos escénicos varios—, la publicación de una obra de Jack Kerouac en castellano, y yo me encontraba más empapado que nunca de la historia y la “energía” de lo beat.

La exposición, había leído, incluía todo tipo de objetos relacionados con los Beats: el rollo original de papel donde Kerouac había escrito En la carretera, la novela fundacional, intervenciones grabadas de Allen Ginsberg, fotografías, murales, pinturas y mucho material y parafernalia de la época. La exposición venía girando por el mundo desde Nueva York, vía San Francisco, hasta París. Simplemente no me la podía perder.

Sentado en mi escritorio frente a la pantalla, una vez tomada la decisión y conforme aumentaban mis deseos de perderme y desaparecer, crecía en mi la excitación. Tecleé lo primero buscando un billete de avión económico en una página de aerolínea de bajo costo, donde enseguida localicé una ida y vuelta inferior a 150€, tan poco, tan barato, Madrid-Barajas a París-Orly. A continuación voy a por el hotel… No había estado en París desde hacía algunos  años y es una ciudad que apenas conozco más allá de los alrededores de Notre-Dame.

¿Hoteles baratos?, ¿una noche? Encuentro múltiples ofertas, pero sin tener idea de dónde están localizados. Finalmente distingo en el mapa: Père-Lachaise, el cementerio… no demasiado alejado del Beaubourg. Hipohotel, zona Metro Gambetta République, en la rue des Pyrénées, 20t arrondisement, barato. ¿Podrían ser 35 euros…?, no, fueron 50. Voy a hacer la reserva. Miro fecha. Mañana mismo.

« Dejo mi casa con una sensación de irrealidad y una cierta inseguridad: si esta locura que estoy haciendo tiene sentido, si lo pasaré bien »

En silencio y sin avisar a nadie saco los billetes… y me voy a acostar. Antes escribo a un amigo fotógrafo que he conocido hace unos años en Mallorca. Es profesor de fotografía y literatura en la Sorbona y conoce bien a los Beats. Le escribo y sorprendentemente me advierte que estará en París. Vive en Aix-en-Provence, pero viaja a París cada semana para dar unas clases y después regresa a su domicilio. Es algo mayor que yo, una persona calmada y entrañable; un verdadero profesor. Una excusa perfecta para tomar un café y tener una charla amiga en esas 24 horas que voy a pasar yo solo en París. Se llama Jacques Terrasa.

A la mañana siguiente termino mi maleta de un día y salgo andando para tomar el autobús en la calle O’Donnell, que me lleva a la vieja terminal 1 de Barajas. La terminal está tranquila, es sábado y acaba de empezar el fin de semana. Dejo mi casa con una sensación de irrealidad y una cierta inseguridad: si esta locura que estoy haciendo tiene sentido, si lo pasaré bien. Y de mala conciencia: abandonando sin avisar y adrede a la familia. Una vez pasado el control de seguridad y ya sentado esperando en la puerta de embarque, la megafonía nos invita a preparar billetes e identificación, ir subiendo al avión y, después de haber colocado la maleta en la parte superior de la cabina, a acomodarnos en los asientos de forma ordenada.

El avión despega y yo con él: me elevo hacia los cielos. Estoy encantado. Durante el vuelo permanece, sin embargo, una sutil sensación de vértigo. El avión va lleno y voy encajonado en los últimos asientos, al fondo de la cabina de pasajeros. A los tres cuartos de hora estamos volando sobre los Pirineos. Al pasar se distinguen bien las cumbres, y entramos en territorio francés en medio de las nubes, accediendo a un país más verde que la piel de toro. Una hora más tarde comenzamos las maniobras de aproximación y antes de darme cuenta, casi precipitadamente, me encuentro que estamos aterrizando. Justo al tocar tierra algo se conecta dentro de mí, debajo de mi ombligo, y desaparece la sensación de vértigo, que viene a sustituirse por una certeza acompañada de la natural excitación al darme cuenta de que ya estoy en París. Now it’s real!

« El Hipohotel tiene una entrada única y parece sacado de la película de Bertolucci, El último tango en París, o, luego me daría cuenta, ¿había llegado ya, sin querer, a la versión actual del mismo Beat Hotel?« 

Bajo del avión, seguido de mi maleta de 24 horas demasiado cargada, y me subo al autobús que nos acercará a la terminal. De ahí rápidamente saltó en el OrlyVal que me acercará a la ciudad, a la estación Antony, desde donde tomo el metro que me lleva a plaza  Gambetta via Les Halles. Desde allí me dirijo rápidamente al hotel, que he reservado casi a ciegas en una zona no muy alejada de Beaubourg y junto al cementerio Père-Lachaise.

Camino desde la plaza, apenas unas manzanas por la Rue des Pyréneés. Son los últimos días de septiembre, sábado 24, y cuando llego a eso de las 21:00 ya ha anochecido. El Hipohotel tiene una entrada única y parece sacado de la película de Bertolucci, El último tango en París, o, luego me daría cuenta, ¿había llegado ya, sin querer, a la versión actual del mismo Beat Hotel?

En el portal, subiendo cuatro escalones a la derecha y debajo de las escaleras, hay un pequeño mostrador con una mujer de mediana edad, muy maquillada, que revisa la reserva, me da la llave, y me invita a subir a la habitación situada en el 2º piso, la primera puerta del pasillo, con techos bajos y color indefinido tirando a verde. Una vez dentro me encuentro con una cama de buenas dimensiones, alta. Mobiliario escueto, una silla, una mesa sujeta en la pared y en frente, junto a la ventana-balcón, un baño básico. Ducha con cortina, lavabo e inodoro. Mientras subo me cruzo con una pareja francófona joven de color que baja, con la que apenas intercambio una mirada cómplice. Paris is Jazz.

En todo el edificio hay una algarabía tremenda proveniente del bar restaurante que recorre la primera planta en la calle, a continuación del hotel, hasta la esquina y el próximo chaflán. Como no hay otra alternativa —ni me planteo quedarme con tanto escándalo—, dejo mi maleta 24 horas y, después de asearme un momento, me tiro a la calle buscando algo para cenar y para comprobar, con mis propios ojos, de donde proviene tanto ruido.

Salgo a la calle, doblo a la derecha y, efectivamente, el establecimiento de al lado tiene terraza y diferentes puertas y ventanales abiertas a la calle. Hace calor y hay muchísima animación. Está lleno de estudiantes, sentados y bebiendo en las mesas dispuestas en la acera, y dentro incluso un pequeño grupo de chicos y sobre todo chicas bailando con entusiasmo. Toda la escena me arranca una incontenible sonrisa.

« Para cuando he terminado de cenar, deben ser ya las once. En la acera de enfrente ha cesado la música, y al rato, los grupos se han ido y se hace un cierto silencio »

Como no conozco a nadie, opto por instalarme en un acogedor bistró que se encuentra en la acera de enfrente, desde donde se divisa toda la acción. Llego con la buena fortuna de encontrar que todavía tienen abierta la cocina, y me pido un sabroso osobuco acompañado de un puré de patatas y regado con una jarra de cerveza alemana. La clientela del bistró varía entre parejas francesas en noche de sábado y hombres con aspecto de árabes sentados en grupo, alguno de los cuales se pasa un buen rato observándome, creo que con una cierta curiosidad sospechosa. Va cayendo definitivamente la noche y, mientras ceno, disfruto de los sabores, doy un largo trago la jarra de cerveza que me han traído, miro curioso todo a mi alrededor, la terraza de enfrente, la carta, escucho francés o lo hablo con el camarero, la atmósfera va tranquilizándose. Para cuando he terminado de cenar, deben ser ya las once. En la acera de enfrente ha cesado la música, y al rato, los grupos se han ido y se hace un cierto silencio. La calle ahora solo está transitada por grupos más pequeños, alguna joven regresando con paso rápido en dirección al metro, algún borracho. La noche sigue siendo cálida y yo cruzo tranquilamente de regreso al Hipohotel —qué nombre tan “enrollado”— con intención de descansar después de un día de transportes, aviones y aeropuertos. Paso por la recepción del hotel, camino de mi habitación, y esta vez está más animada: la conserje en conversación con dos parroquianas de su misma edad y maquillaje, hablando francés con marcado acento italiano sentadas en las escaleras.

Paso por delante, saludando con un escueto bonne nuit y sigo directo para mi cubículo. Llego a mi habitación con una cierta expectación, pero con el impulso suficiente para desnudarme, ponerme el pijama y meterme en la cama, donde caigo rápidamente dormido.

Por la mañana me despierta la primera claridad que consigue entrar entre las cortinas semicorridas y los visillos. Domingo por la mañana, el ambiente es muy tranquilo. Remoloneo un rato en la cama pero hacia las 9:30 me levanto, me doy una ducha y me decido a salir a la calle y emprender mi día tirando de mi maleta. La calle presenta las huellas de la noche anterior, algunos restos inevitables del botellón. Avanzo por le rue des Pirénées de regreso a la plaza Gambetta y para mi alegría compruebo que la plaza esta sembrada de cafés, a esa hora poblados por los franceses más madrugadores que ya se han hecho con una copia de Le Fígaro o L’Equipe y están ya sentados leyendo la prensa. Inefable me siento en una terraza, me pido un café au lait y un croissant.

« Es un cementerio que, leo en el cartel, acoge todo tipo de personajes ilustres, desde Jim Morrison, cantante de los Doors, hasta Marcel Proust, una lista interminable de escritores, intelectuales, científicos y artistas »

En seguida me dan las 11 y echo a andar. En esa época el Google Maps todavía no está tan popularizado y la itinerancia en los teléfonos hay que pagarla, lo mismo que los datos, de modo que voy tirando del mapa y la chuleta que he tenido precaución de prepararme. Había visto que el Père-Lachaise estaba muy cerca y efectivamente hay una calle desde la plaza Gambetta que lleva a una de las entradas. Está a 500 metros que recorro con calma seguido de mi maleta. Siento una cierta emoción. Suena en mis oídos internos la melodía de Malcolm Maclaren & Catherine Deneuve, ParisParis… La entrada es una puerta abierta en el muro sin verja, y en frente hay una explanada amplia. El cementerio tiene grandes avenidas, árboles y unos carteles que enumeran la lista de personalidades que descansan en este camposanto.

Es una mañana de domingo nublada y amenaza a llover, aunque esto sucederá solo una hora más tarde. Hay algunos paseantes —ahora me siento dentro de una película de Antonioni—, la soledad, el silencio del cementerio, el verde de los árboles y mi maleta. Echo a andar, recorro el primer boulevard y doblo hacia la izquierda por delante de las primeras tumbas.

Es un cementerio que, leo en el cartel, acoge todo tipo de personajes ilustres, desde Jim Morrison, cantante de los Doors, hasta Marcel Proust, una lista interminable de escritores, intelectuales, científicos y artistas. Algunos muy conocidos, otros no tanto. Es imposible visitarlo en una única mañana. Las avenidas generales son espaciosas y tienen un determinado relieve. En frente de esta entrada se levanta una colina que no subiré.

Mientras paseas entre tumbas y mausoleos, es obligado ir deteniéndose para poder leer las inscripciones, y quién sabe si descubrir ese personaje famoso o aquel epitafio inmortal que sugiera al paseante un momento de contemplación, llegar a conmovernos o incluso volver a arrancarnos una sonrisa.

« Me sorprende un monumento levantado en homenaje a los caídos españoles en la guerra europea y de liberación de los alemanes contra los nazis, exiliados primero de la guerra española »

Después de varias paradas llego por fin ante un mausoleo de buen tamaño: un bloque de piedra de veinte toneladas que lleva esculpida una estilizada esfinge alada. Se trata de la tumba de Oscar Wilde, promovida por sus amigos, realizada por un escultor y pagada por suscripción popular. Aunque es bastante más alta, está cubierta por un cristal transparente de dos metros de altura para protegerla de la costumbre de plantarle un beso que miles de visitantes adoptaron como forma de homenaje al escritor. En origen, la esfinge parece que estaba provista de unos generosos genitales masculinos de los que fue desprovisto en sucesivas ocasiones, de ahí también el cristal.

Yo, sin conocer entonces la historia, quedo impactado por el monumento y la energía del lugar. Luego me enteraré de que es la más popular después de la de Jim Morrison. Llego sin preguntar e igualmente después de un rato, unos veinte minutos de parada y poderosa inspiración, decido continuar adelante.

Una de las bellezas del Père-Lachaise es que es un cementerio urbano y al estar —según puedo apreciar asentado en la falda de una gran colina— por encima de sus muros, se divisa el skyline parisino en ese día nublado y, a partir de ese momento de la visita en el que comenzó a caer una pequeña llovizna, lluvioso.

Después de Wilde seguí caminando hasta el final de la calle para continuar a lo largo del muro que bajaba en suave pendiente bordeando las lápidas hasta la entrada principal. A ratos tengo que abrir mi paraguas. Las tumbas van cambiando y en algunas se ve la antigüedad, más de 200 años, las diferentes construcciones, templetes y estilos. Me sorprende un monumento levantado en homenaje a los caídos españoles en la guerra europea y de liberación de los alemanes contra los nazis, exiliados primero de la guerra española. Reconocimiento que no se puede encontrar en su país, España. Entre estas y otras cosas fui llegando hasta la entrada principal, por donde salí.

Después de este interludio silencioso regreso al bullicio, no tan intenso en domingo, y pongo dirección a la siguiente etapa, encontrarme con Jacques y visitar a la Beat Generation en Beaubourg.

« París es un marco perfecto para recibir una muestra así, pues fue parada obligada de todos sus protagonistas »

Un par de paradas de metro y estoy ya en los alrededores del BB, cuando me doy cuenta de que no tengo entrada. Me pongo a hacer la larga cola y a tratar de sacarla a través de la web del museo con mi móvil, lo que por cierto consigo hacer después de un rato. Ahora ya no recuerdo, pero creo que antes de entrar me vi con Tarrasa. Quedamos en la puerta de la exposición. Él ya la había visto, pero me cuenta que no hacía mucho que había hecho un trabajo sobre Bernard Plossu, un fotógrafo que había recorrido con los Beats la ruta mexicana del peyote y el yagé al que por supuesto trató, por lo que estaba muy puesto en el tema.

Yo creo que le hice entrega en ese momento de una copia de Despierta, nuestro libro budista, de Jack Kerouac.

Después de hora y media bien aprovechada, me acompaña hasta la puerta del museo justo a tiempo para entrar en mi turno asignado, que comenzaba a las 17:30.

Esta vez tuve que esperar menos. Subimos en el ascensor de este edificio transparente y pronto me encuentro en la puerta de la 4ª planta, listo para sumergirme en la expo beat.

BEAT GENERATION: New York, San Francisco, París

París es un marco perfecto para recibir una muestra así, pues fue parada obligada de todos sus protagonistas.

Al entrar en la sala de la exposición, lo primero que me encuentro es una espina dorsal que la recorre. Es el rollo de escritura de On the road, extendido sobre una mesa baja iluminada de, calculo, 50 metros. Hay varias secciones de la exposición que inmediatamente llaman mi atención, que disfrutan de una atmósfera de performance. Hay una sección, por ejemplo, con varios teléfonos en la pared, todavía con rueda de números, titulada ‘Dial a poem’, en los que después de “descolgar” y marcar, puedes escuchar un poema-beat, cada vez diferente.

« Cuando viajar es todavía una grandísima aventura transformadora y no una industria. Y los héroes: Neal Cassidy, Ferlinghetti, Macluren, Snyder, Timothy Leary, the magic bus, Dylan… »

Lo que más me impacta son las habitaciones dedicadas al Beat hotel, donde se reproduce la Dream machine, la maquina de los sueños, que consiste en una habitación con una cama de hierro con dosel. La cama está hecha. La habitación, similar a la que he ocupado en el Hipohotel la pasada noche, está iluminada por una luz caleidoscópica que gira provocando un movimiento que barre ininterrumpidamente el espacio. Sincronizada, una música y sonidos de carácter repetitivo suenan de fondo. Su función es inducir un estado similar al producido por las drogas psicodélicas, LSD o psilocibina, a través de los cuales acceder a lo profundo de la psique y el arte.

Arte, fotografía, carteles, parafernalia, viejos automóviles. Mapas: San Francisco, Chicago, Denver, Nueva York. On the Road. La música del jazz: Dizzy Gillespie, Charlie Parker (Bird), Thelonius Monk, Art Blake, el Bebop…

Y luego México, las drogas, la bencedrina, los artistas, la búsqueda y la huida. Para Jack el retiro en la naturaleza, Desolation Mountain, la cabina de guardia forestal en el pico de la montaña, el misticismo en vena de los Dharma Bums…

Luego el viaje a Europa, Paris, Tánger, incluso brevemente España. Oriente para otros, India y Benarés para Alan y Orlowsky, y Extremo Oriente para Snyder, el zen, viajar en barco hasta el Japón. Cuando viajar es todavía una grandísima aventura transformadora y no una industria. Y los héroes: Neal Cassidy, Ferlinghetti, Macluren, Snyder, Timothy Leary, the magic bus, Dylan…

Antes de nada, al principio la película muda, Pluck my Daisy, son seis jovencitos estudiantes flipando en Nueva York en una mañana fría y aburrida.

Hubo un momento, se narra en la exposición, en el que Ginsberg, Kerouac, Burroghs y Corso se interesan en las teorías de Wilhelm Reich, los orgones y el orgasmo, como no podría ser de otra forma para este grupo de vividores/investigadores.

Se escucha la voz de Ginsberg, que lanza la perorata desde un televisor de tubo catódico en blanco y negro mientras en el exterior llueve y tras el cristal se distingue a lo lejos el Sacré-Coeur, coronando Montmartre, en un cielo en ese momento gris, gris, gris.

« Lo esencial, de todas maneras, no será la lealtad de Lamantia al credo surrealista, sino la práctica intempestiva del método surrealista; dicho de otra manera: la práctica constante por su parte del automatismo psíquico »

La historia de esta vinculación del surrealismo con lo beat no es solo una leyenda. El 8 de octubre de 1943, el joven poeta Philip Lamantia, con solo quince años, envía una carta a André Bretón, en aquel momento presente en los USA durante su exilio en Nueva York, quien está preparando un número especialmente rico de la revista View, retitulada para esta ocasión como VVV (triple V) en el que escribe: “proclamo mi adhesión formal al surrealismo, a sus posiciones concernientes a la literatura, el arte, la sociedad y la humanidad, que son de naturaleza puramente revolucionaria, y que forman parte de mi temperamento antes incluso que yo conociese las teorías del surrealismo”.

Lamantia participó diez años mas tarde en la primera lectura colectiva, el 7 de octubre de 1955, en la Six Gallery de San Francisco, en la que Ginsberg leyó su poema HowlAullido, en un evento organizado por Michael McClure y en la que participaron los poetas Gary Snyder y Philip Whalen, jaleados enérgicamente por un vociferante Jack Kerouac. De los cinco poetas, Lamantia es el único que ha participado ya en una lectura pública. La secuencia es considerada unánimemente como el acto público inaugural de la Beat Generation. Lo esencial, de todas maneras, no será la lealtad de Lamantia al credo surrealista, sino la práctica intempestiva del «método surrealista», dicho de otra manera, la práctica constante por su parte del automatismo psíquico. Lamantia no cesará de proclamar esta como su contribución al movimiento poético beat.

Son múltiples las pruebas y los testimonios de la cohabitación entre beats y surrealistas, mas será durante las prolongadas estancias de los primeros en París y las reuniones y encuentros entre ellos y los jóvenes americanos cuando esta se produzca.

Henry Miller, Anaïs Nin, Celine, y su Viaje al fin de la noche, Duchamps, Breton, Picabia, Apollinaire, incluso Genet. Corso, Lamantia, Burroghs, Snyder, Kerouac, Ginsberg… todos revolotean, como yo hoy, en ese París inspirando el mundo de las ideas, unos de otros, jóvenes y adultos y más mayores, casi ancianos, unos de vuelta y otros de ida, escribiéndose e inspirándose en un eterno corre, ve y dile, comunicativo y global.

El recorrido de la exposición, la última sala, está dedicada al vuelo del Enola Gay y el efecto aterrador de la bomba al caer, un 6 de agosto de 1945. El hongo atómico liberando más energía que mil volcanes, trayendo la destrucción, inaugurando una nueva era. La humanidad ya nunca será igual, se inicia la era atómica. Y como no puede ser de otra forma, simultáneamente surgen los Beats y el pacifismo, la revolución de la conciencia, la rebelión, la ecología y el hippismo.

Así fue mi viaje a París en 24 horas. Un aeropuerto, un hotel, un paseo por un cementerio en una mañana lluviosa, un café con un amigo y una conversación, una exposición… soledad dosificada, huida, retiro para el encuentro, impresiones en la memoria, alguna conclusión, descanso, la escapada… al encuentro de Kerouac y la caterva feliz e iluminada que para siempre será la Generación Beat.

[Fuente: http://www.zendalibros.com]

Raportàvem fa qualques jorns lo resson mediatic de l’afar del rèirenom d’Artús Varena. Se n’es parlat dins de mèdias bascos, bretons, catalans, etc.

Dins la premsa de portada estatala francesa, pas un mot, e dins la premsa locala avèm trobat los gròsses títols seguents:

— “Mende/ Losera: lo servici de l’estat civil de la vila refusa d’enregistrar un prenom… occitan” (Ouillade.eu)

— “Lo prenom occitan Artús refusat a son filh, lo combat d’un paire loseròt” (France Bleu)

— “Losera: lo prenom occitan Artús es estat refusat, la familha denóncia ‘una discriminacion culturala’” (Midi Libre).

Comparem-los amb los gròsses títols d’endacòm mai:

— “L’estat francés permet pas qu’un ciutadan enregistre lor filh amb un nom occitan” (La República)

— “L’estat francés empacha qu’enregistren un enfanton amb un prenom occitan” (Diari de Balears)

— “França impausa un nom en francés a un enfanton occitan” (Diari de la llengua)

— “An enebit a de parents de donar lo prenom occitan ‘Artús’ a lor mainatge en França” (Euskal Telebista)

Delà los títols, dins qualques informacions podèm legir que l’accent sus la “ú” pòt portar de problèmas o que contraven a la lei del temps que los jornalistas que son fòra de l’espaci mental jacobin pòdon pas creire qu’un país qu’aja la tecnologia aerospaciala e que pòsca fargar e exportar d’avions Rafale siá pas capable d’introduire dins los ordenadors de son registre civil los caractèrs pròpris de sas lengas pròprias, territorialas e istoricas, pas quitament se i a de ciutadans qu’o demandan. Evidentament, al sud dels Pirenèus, l’escampa del caractèr diacritic per refusar un rèirenom es considerada d’un cinisme màger e d’un mesprètz revoltant.

Las consideracions de l’estat civil e de la justícia francesa supausan que la reconeissença d’un caractèr tipografic e lo respècte de la lenga francesa son superiors als dreches dels mainatges, assolidan que los ciutadans franceses son someses a cèrts limits arbitraris quand devon causir los rèirenoms de lors enfants e asseguran que l’administracion a mai de poder que los parents per decidir lo prenom d’un mainatge, s’aqueste es alsacian, arpitan, basco, breton, catalan, còrs, flamenc o occitan. De fach, los ciutadans franceses de lenga francesa an mai de dreches que los de las lengas nòstras non francesas.

Es impressionant que se pòsca mancar a tantes dreches umans al nom de la libertat, l’egalitat e la fraternitat.

 

[Imatge: hippopx.com – sorsa: http://www.jornalet.com]

Activistes i lingüistes repassen la importància dels avenços a internet per al català, l’occità, l’amazic i l’aragonès

Escrit per DAVID FORNIÈS

L’occità s’està dotant d’un bon nombre d’eines tecnològiques per a garantir el futur digital de la llengua. El projecte Araina —que en la seva primera marató de veus, aquest 17 de desembre a Vielha, ha recollit la parla d’un centenar de persones— i els recursos que ofereix Lo Congrès en són mostres destacades. Igual que per a l’occità, la presència digital és un objectiu estratègic per a totes les llengües minoritzades: una idea que han compartit els lingüistes i els activistes participants en el seminari “Sobirania digital-tecnològica, pobles i llengües minoritzades” que el Departament de Filologia Catalana i Comunicació de la Universitat de Lleida, el CIEMEN i la Fundació pels Drets Col·lectius dels pobles han organitzat els dies 13 i 16 de desembre a la capital del Segrià, amb coordinació dels lingüistes Jordi Suïls i Helena Torres Purroy.

Ser conscients del desequilibri per a capgirar la situació

“Avui, el 95% de les llengües no tenen la capacitat de pujar digitalment”, cosa que significa que no poden mantenir la seva versió de Viquipèdia, no tenen classes de llengua i no estan creant dades de tecnologia lingüística. Ho ha dit Alp Öktem, lingüista computacional de Col·lectivaT, cooperativa especialitzada en el desenvolupament d’eines lingüístiques digitals. Aquest, ha valorat el lingüista, és un aspecte a considerar en els processos d’extinció de les llengües. Segons la UNESCO, al final del segle XXI el 90% de les llengües del món podrien quedar substituïdes per un grapat d’idiomes dominants.

Öktem ha destacat que el desequilibri també es dona entre les llengües més parlades, i fa anys encara era més acusat. L’anglès, llengua en què es troba gairebé el 59% del contingut del web mundial, només és parlat pel 18% de la població del planeta. Un salt enorme respecte de la segona llengua al web, el rus, que es queda al 5,3%. Només l’espanyol, el francès, l’alemany i el japonès superen el 3%.

Per a les llengües menys difoses, la presència digital és fonamental, ha dit Öktem: “Quan la gent veu que el seu idioma està en línia, canvia la seva perspectiva. La gent s’adona que pot continuar usant-lo. I el fet que hi hagi persones que hi creen continguts pot servir de base per a desenvolupar noves tecnologies lingüístiques”, entre les quals, ha explicat el lingüista, eines de traducció automàtica, reconeixement automàtic de la parla, generació de textos, síntesi de text a veu… amb usos com la traducció assistida, la subtitulació automàtica, l’escriptura assistida, el doblatge automàtic o l’aprenentatge assistit d’idiomes.

Per a fer-ho possible, “tot passa per la disponibilitat de dades. Per a fer traductors automàtics, per exemple, necessitem milers i milers —de fet, milions— de frases traduïdes en paral·lel. Perquè la intel·ligència artificial decideixi traduir d’una forma o d’una altra, entren en joc el càlcul de probabilitats, el context del text… Això ara està molt avançat i amb les xarxes neuronals encara més, però per a aquestes ens cal introduir encara més dades”.

L’occità: maratons i ‘youtubers’

Un exemple d’avenços recents com els que esmenta Öktem és l’occità. La novetat més recent és el llançament del projecte Araina o, cosa equivalent, la construcció d’un corpus de veus en occità aranès a través de la plataforma Common Voice. La primera gran fita ha estat la marató de veus de Vielha aquest 17 de desembre, en què un centenar de persones han donat les seves veus per a enregistrar vora 4.000 frases, amb una durada total de vuit hores de gravacions. Col·lectivaT explica que cal enregistrar 100 hores per a poder desenvolupar els primers prototips de sistemes de la parla en aranès.

L’activista per la revitalització lingüística de llengües minoritzades Mariona Miret ha repassat altres recursos que es despleguen avui a Occitània. Entre els més destacats hi ha els de Lo Congrès, com ara el traductor automàtic Revirada —construït sobre la base del sistema de codi obert Apertium, desenvolupat a la Universitat d’Alacant— o Votz, de síntesi de veu. A Lo Congrès també es poden trobar el diccionari Dicod’Òc, un corrector ortogràfic, una base terminològica i aplicacions per a telèfons mòbils, entre altres eines. “Avui podem ser més optimistes que fa un any”, ha valorat Miret.

Gabrièu Pelisson, Mariona Miret i Helena Torres

Aquesta feina se suma a la que fa temps que diverses entitats occitanes duen a terme. Una de les associacions actives en aquest camp és Chambra d’Òc. Miret, que hi col·labora des de fa anys, n’ha destacat la feina en toponímia i, actualment, el desenvolupament d’un diccionari en línia de l’occità alpí que recull materials actualment existents en paper. “Tots els operadors de la Chambra hi estan bolcats ara mateix”, ha explicat Miret, que també ha avançat que l’entitat té previst fer una tasca similar per a posar en línia un diccionari de francoprovençal. Per Miret, “és important saber quines són les necessitats dels parlants, per a no fer productes tecnològics perquè sí. Afinar què fas, perquè tingui utilitat”.

Una altra contribució digital, en aquest cas més enfocada a la documentació, és la proposta de Niccolò Fantini i Guglielmo Diamante a De Vulgare, un web que recull i difon talls de veu en multitud de llengües minoritzades —entre les quals l’occità— i varietats locals d’Itàlia. “Ho fem amb l’esperança que la preservació d’aquest patrimoni promogui una major conscienciació” respecte del valor de la diversitat lingüística, ha explicat Fantini. De Vulgare usa el seu compte d’Instagram per a crear stories atractius a partir d’aquests talls.

Justament, un camp de batalla essencial és el de l’atractiu de l’idioma: “El màrqueting és extremadament important per a les nostres llengües”, ha dit l’activista. I s’ha referit a casos d’èxit com el del youtuber niçard Gabrièu Pelisson, que manté el canal Parpalhon Blau amb més de 6.000 subscriptors. Pelisson ha intervingut al seminari en vídeo: “El meu canal”, ha explicat, “ha demostrat que hi havia una certa quantitat de gent que tenia l’expectativa de veure continguts en occità”. “I a mi”, ha conclòs el youtuber, “m’ha servit per a no haver-me de fer segons quines preguntes: ho faig en occità perquè és la meva llengua”.

L’aragonès treu el cap a la ‘tele’

També amb un canal de YouTube —sobre cuina vegana en aragonès— va començar a fer-se coneguda Silvia Cebolla, activista d’aquesta llengua pirinenca. “Quan vaig llançar el canal, molta gent em deia: ‘I per què no el fas en castellà?’. ‘Doncs perquè l’objectiu és l’aragonès!’, els contestava”.

El 2019, Cebolla va passar a presentar el programa Charrín Charrán, a la televisió pública Aragón TV. “Gràcies a aquest programa —i al fet que estigui disponible a internet— molta gent a Aragó s’ha adonat que l’aragonès existeix i que podem parlar de qualsevol cosa en aquesta llengua”, ha dit Cebolla al seminari. “Si la llengua surt a la tele, existeix, li dona prestigi i més persones s’hi interessen”.

Helena Torres i Silvia Cebolla

L’aragonès encara avui ha de fer front a prejudicis dins mateix d’Aragó, fruit d’un procés secular d’aculturació i opressió lingüística. En aquest context es donen situacions ambivalents, explica l’activista: “Molta gent no està disposada a anar a una escola a aprendre aragonès. Per contra, l’aragonès transporta aquesta mateixa gent a un enyor del poble, de la família, de la tieta… perquè en el castellà popular d’Aragó s’han preservat moltes paraules de l’aragonès”. Cebolla pensa que la gent més jove ara veu l’aragonès com un tret “més normal” del país: “Potser no tenen interès a aprendre’l, però manifesten actituds més receptives; la gent més gran ho tendeix a veure d’una forma més negativa, perquè ho perceben com una cosa polititzada”.

Impuls digital per a l’amazic des de Catalunya

Com a contribució a la sobirania digital i tecnològica de l’amazic, la Casa Amaziga de Catalunya (CAC), Col·lectivaT, el CIEMEN i la Fundació pels Drets dels Pobles desenvolupen des dels primers mesos de 2022 un traductor automàtic d’aquesta llengua nord-africana. Més endavant, aquesta feina —que s’insereix dins del projecte Som Part— veurà també el desenvolupament d’eines de text a veu i completarà altres recursos ja existents fruit de la col·laboració de la CAC i el CIEMEN, com les unitats didàctiques Tc wawjdm per a l’aprenentatge de l’amazic.

L’amazic és parlat per 25 milions de persones pel cap baix, sobretot al nord d’Àfrica i també a la diàspora —a Catalunya es compten per desenes de milers—, però això no l’allunya del perill de la substitució lingüística. Ho ha recordat Aziz Baha, de la CAC, que ha recordat que diverses varietats de la llengua ja s’han extingit. La resta pateixen la pressió de l’àrab i el francès: “Quan els francesos van ocupar el Marroc, van trobar que el 90% de la població parlava amazic. Avui estem al voltant del 30%”, ha explicat Baha. “I tot i que la llengua ha tingut recentment un reconeixement oficial i s’estandarditza, el procés de substitució no s’ha aturat pas”.

En l’àmbit digital, l’amazic disposa d’eines fonamentals com fonts compatibles amb unicode (l’amazic disposa de l’alfabet tifinag que ara guanya terreny, però també té l’alfabet llatí que s’ha usat des de fa dècades a Algèria, amb caràcters específics), un teclat propi, diccionaris en línia (els dos més destacats, ha dit Baha, són Amazic.cat i el de l’Ircam), aplicacions d’aprenentatge i cursos i, cada cop més, presència en diferents xarxes. Un dels exemples més reeixits és el que impulsa l’activista lingüística catalanoamaziga Ghizlan Baryala al compte Amazigh Talks d’Instagram, amb més de 20.000 seguidors.

Softcatalà, un exemple consolidat en llengua catalana

L’associació Softcatalà treballa des de 1998 per a “crear eines pròpies, promoure un ús real de la llengua i fer-ho des del treball col·laboratiu”. Ho ha explicat Belén Ivars, una de les persones que formen part del grup nodrit de treballadors que fan possibles aquestes eines i la seva difusió.

“Els primers anys”, ha explicat Ivars, “Softcatalà es dedicava a traduir programari i recursos: no hi havia pràcticament res fet. Una de les traduccions a què tenim més estima és la del LibreOffice, un programa que empra molta gent. Aquest és el nostre èxit: hem elaborat coses que gasta la gent corrent”.

Altres projectes menys visibles, com l’Abril o l’Ela Geminada, són fonamentals. “Que les coses estiguin correctament escrites és summament important per a les persones que tenen diversitats auditives o visuals. I també per a les persones que troben un text i el volen traduir: si no està ben escrit, no es podrà traduir bé”.

Softcatalà també té cura d’oferir la majoria de les seves eines tenint en compte la diversitat interna de la llengua, de la qual molts parlants —especialment els del català central— no en són prou conscients: “A mi m’han arribat a acusar d’escriure en catanyol pel fet d’haver usat accentuacions diferents que tenim en valencià i que són igualment correctes. Em va sorprendre que un poble amb tanta consciència de la llengua com el català al mateix temps desconeguera tant el que passava en els altres territoris on es parla l’idioma”, ha relatat Ivars.

En l’etapa més recent de Softcatalà es desenvolupen eines com el corrector, el comptador de síl·labes, el conjugador de verbs i els traductors, incloent-hi el neuronal. “La més utilitzada és el corrector. I les eines les usen no només catalanoparlants, sinó que una bona part d’usuaris o no parlen català, o no el parlen gaire bé i les usen per a aprendre’n”.

Finalment, Softcatalà és des de 2018 l’entitat col·laboradora per al català de Common Voice, un projecte de la Fundació Mozilla que persegueix l’objectiu que la tecnologia que funciona amb ordres de veu reconegui totes les llengües del món. En el cas de Common Voice en català, els catalanoparlants poden donar talls de veu que queden enregistrats en una base de dades que els emparella amb els corresponents textos escrits. Aquesta base de dades, que és lliure, es pot emprar per a entrenar intel·ligències artificials per al reconeixement de la parla o la síntesi de veu.

 

[Fotos de l’autor – font: http://www.nationalia.cat]

Les autoritats s’acullen a l’ordre del Consell Constitucional per impedir posar l’accent a ‘Artús’

Lissandre Varenne, pare d’Artús, un nen nascut el 15 de desembre passat a la localitat occitana de Mende, al Losera, es va trobar amb un problema ben absurd quan va anar a inscriure el seu fill. Dies després d’haver fet el tràmit al registre civil, l’Ajuntament de Mende li va dir que no podia registrar el nom occità d’Artús perquè “l’accent agut sobre la u no era a l’alfabet francès”.

L’Ajuntament ha seguit la doctrina del Consell Constitucional francès, que el maig del 2021 va anul·lar dos articles de la Llei de Protecció patrimonial i promoció de les llengües regionals aprovada a l’Assemblea Nacional, entre els quals el que autoritzava les grafies d’idiomes diferents del francès com els accents catalans de Lluís i Núria, la ñ pròpia del bretó i del basc i l’accent agut a la u de l’occità i altres llengües. La norma sobre les llengües, coneguda com a Llei Molac, nom dels seu impulsor bretó, pretenia, entre altres coses, evitar casos com el de Fañch, un nen bretó que es va fer famós el 2017 perquè no van deixar als seus pares inscriure el nom en la seva llengua.

Mentre espera poder canviar el nom del seu fill en el llibre de família, que ara figura com a Artus, Varenne, parlant d’occità, ha engegat una campanya per donar a conèixer el seu cas i no descarta presentar un recurs contra “l’esperit retrògrad i les pràctiques discriminatòries cap a les llengües autòctones”. De moment, ja ha anunciat que demanarà ajut a la presidenta de la regió d’Occitània, Carole Delga. El pare d’Artús assenyala que l’accent del nom del seu fill és bàsic per saber com es pronuncia la paraula i recorda que “els noms d’origen anglès, italià o alemany s’accepten sense limitacions”.

El Diari Oficial de la República francesa estableix des del juliol del 2014 que els únics accents diacrítics que s’accepten per als noms són els propis del francès: à, â, ä, é, è, ê, ë, ï, î, ô, ö, ù, û, ü, ÿ, ç. Aquesta disposició exclou, per exemple, noms catalans com Martí i Núria i el basc Iñaki.

 

[Font: http://www.diaridelallengua.cat]

Monument a Jan Hus, a Praga, sacerdot i rector de la universitat de la capital txeca, cremat a la foguera, precursor del protestantisme, modernitzador de la llengua txeca.

Escrit per Josep-Lluís Carod-Rovira

L’alemany al culte i les escriptures

La versió de les escriptures feta per Luter va tenir conseqüències determinants sobre la llengua alemanya moderna i va estimular la modernització de la majoria d’idiomes europeus, amb les respectives traduccions bíbliques. Un segle abans,  Jan Hus ja havia incorporat els càntics en txec en els cultes religiosos del seu país i el mateix farà, abans que Luter, Thomas Müntzer, cap de l’ala esquerra de la Reforma, pel que fa a l’alemany. És en el context de l’onada de mesures reformadores que es produeixen canvis significatius, com ara la substitució dels cants en llatí, per d’altres en alemany, en les cerimònies religioses. Així, les cançons populars i tradicionals profanes, de les quals tothom coneix la melodia, amb un simple canvi de lletra esdevenen cants religiosos, conservant-ne la vivor del ritme tradicional, i poden ser entonades no sols en el temple, sinó a la feina, a casa o en el lleure.

Les noves idees religioses promogudes pel protestantisme s’estenen ràpidament gràcies a la impremta amb la difusió de llibres i gravats i la versió en llengües vulgars de les escriptures, així com d’altra literatura religiosa, particularment la modalitat del pamflet o opuscle, com a instrument de comunicació i propaganda religiosa. El 1523, les obres de Luter ja havien conegut prop de 400 edicions i, dos anys després, gairebé tres milions de pamflets seus circulaven ja per tots els punts d’Alemanya. Luter i el seu pensament, a favor o bé en contra, constituïen el centre d’interès fonamental de la majoria de textos que s’hi imprimien i eren, sens dubte, els que més èxit editorial aconseguien. A la pràctica, la impremta, tal i com la coneixem a Occident, gràcies a l’alemany Johannes Gutenberg, va ser la gran aliada de la Reforma, l’instrument més eficaç de difusió de les noves idees.

Alhora, les llengües europees, romàniques o no, anaven substituint el llatí en àmbits on, fins aquell moment, tenia una presència exclusiva. L’opció per les llengües vives, parlades per la gent, era també una forma d’allunyament del poder romà i de diferenciació d’aquest, a partir de la pròpia afirmació idiomàtica. De fet, era tota una revolució cultural i política, no tan sols religiosa. Molta gent, a Europa, gràcies al protestantisme va sortir de l’analfabetisme, aprenent a llegir sobre els textos de la Bíblia, en versions de referència per a la modernització de l’idioma i la unificació literària de les llengües vulgars, a les quals va afaiçonar molt positivament. Lectura i protestantisme han anat sempre de bracet i, ja el 1520, Luter reclamava una escola per a nois i una altra per a noies a cada poble i, el 1536, quan Ginebra adopta el protestantisme com a confessió de la ciutat, la instrucció hi esdevé obligatòria. És aquí on Teodor de Beza, successor de Joan Calví, fundarà l’Acadèmia ginebrina, el 1559, per tal de preparar els futurs difusors del cristianisme reformat i serà ell qui  proposarà Pere Galès, el protestant català més destacat de la història, com a professor de filosofia a la universitat de Ginebra. A Estrasburg, Martí Bucer hi organitzarà també una escola i una acadèmia.

L’Institution de la religion chrétienne, traduïda de l’original llatí pel seu autor, Joan Calví, tindrà una influència notable en l’evolució de la llengua francesa.

En aquest nou cristianisme, lluny de les llargues  i incomprensibles oracions en llatí, la predicació esdevé l’eix central del culte, així com la incorporació de la música i els càntics en alemany per a ser entonats per tothom, com a factor emotiu d’atracció popular, en contrast amb el cant gregorià i en llatí dels catòlics, que situava els fidels en un paper del tot passiu, en no entendre què cantaven i on es limitaven, simplement, a oir missa, sense comprendre-la. Més endavant, amb la calvinització del protestantisme, el cant dels psalms constituirà un factor essencial en la pràctica religiosa col·lectiva dels creients i un instrument de difusió amable de la nova doctrina reformada. Amb l’ús de la llengua vernacla en els psalms el poble alemany pot pregar i participar en una cerimònia religiosa, íntegrament, en el seu idioma nacional, des del principi fins al final. Al costat  dels psalms,  els  himnes  cantats  tindran  un  paper  fonamental  en  el  culte protestant  i el mateix Luter, autor de les lletres de 36 himnes, escriurà el 1529 el càntic protestant més popular, variació del salm 45: “Déu és l’auxili, un ferm castell”.

El valencià Furió i el suport a les traduccions

Luter, amb el nom de cavaller Jordi, s’amagà al castell de Wartburg on traduí el Nou Testament a l’alemany, text essencial per a la codificació de la llengua alemanya que serví també d’estímul per a altres idiomes europeus.

Un dels llibres que més se significarà, a Europa, per la defensa a ultrança de versions de la Bíblia en les llengües i dialectes que més n’acostessin la lectura i comprensió a la gent, serà obra de l’humanista valencià Frederic Furió i Ceriol (1527-1592). Es tracta de Bononia sive de libris sacris in vernaculam  linguam  convertendis, publicada a Basilea, el 1556, obra que serà incorporada a l’índex de llibres prohibits per la Inquisició espanyola el 1559 i el 1583. Furió no sols en defensava la traducció a les llengües que parlava la gent, en la línia erasmista que el Nou Testament “estigués traduït a les llengües de tots els pobles”, sinó també que tothom pogués tenir accés directe a la Bíblia: ”els cuiners, els sabaters, els artesans, els forners, els picapedrers i els apedaçadors”. La seva aspiració per a fer de les escriptures un text comprensible el duia fins i tot a plantejar-se versions dialectals de la Bíblia dintre d’una mateixa llengua: “si la traducció feta per un home de València no fos entesa pels homes de Barcelona, Mallorca o Eivissa, caldria fer altres traduccions en cada un d’aquests dialectes”. Abans, a Lovaina, havia participat en les reunions de cristians dissidents a casa de Pedro Ximénez, en les quals es llegien llibres reformats i també havia tingut relació amb protestants d’Anvers i en el seu període parisenc, havia rebut la influència del protestant francès Petrus Ramus.

Carrer de València dedicat a Frederic Furió i Ceriol, autor de l’obra Bononia, on defensava la traducció de la Bíblia a les diferents llengües per a ser coneguda per tothom.

Reforma i traduccions bíbliques

Les versions de la Bíblia fetes pels primers reformadors a les diferents llengües europees van constituir un element destacadíssim d’atracció de la població cap a les noves idees de retorn a la simplicitat i puresa evangèlica dels primers temps del cristianisme. Abans, però, altres moviments dissidents de Roma, tinguts per herètics, ja havien insistit en la conveniència de traduir les escriptures als idiomes de cada territori. És el cas dels càtars, que disposaren d’una versió del Nou Testament en occità i hi predicaven, en contrast amb l’ús del llatí per part dels catòlics. Però, sobretot, dels pre-reformadors, com l’anglès John Wycliffe (1330-1384) i el txec Jan Hus (1372-1415). Amb els seus textos religiosos, Hus introduí l’ús d’accents diacrítics en l’ortografia de la llengua txeca i en modernitzà l’idioma. Fou cremat a la foguera, però el 1433 Roma acceptà la comunió en les dues espècies i a la lectura en txec de l’epístola i l’evangeli, per als catòlics de Txèquia, com ell volia. Flandes, amb Anvers en primer lloc, serà un focus de difusió escrita molt important, com Lió, Venècia, Basilea, París, Colònia o Augsburg, grans centres editorials de l’època. En els països catòlics, s’establirà un autèntic sistema de distribució clandestina de llibres del cristianisme de la Reforma, gràcies al qual els textos circulaven de contraban amb una certa fluïdesa, amb argúcies tipogràfiques, com amagar-ne el nom de l’autor o posar-n’hi un altre, o bé amb un títol que no desvetllés sospites, per evitar la repressió de l’autoritat eclesiàstica.

La història de Mary Jones, la jove que caminà descalça desenes de quilòmetres per adquirir la seva pròpia Bíblia en llengua gal·lesa, és tota una llegenda en els cercles protestants.

Martí Luter (1483-1546) creia que “la impremta és el darrer  i el més gran do de Déu, ja que gràcies a ella el Senyor vol fer conèixer la causa de la religió veritable a tot arreu, fins a la fi delmón i difondre-la en totes les llengües”. Així, el 1534 publica la Bíblia completa en alemany, de la qual sortiran un milió d’exemplars en més de 350 edicions totals o parcials, en vida seva, tot contribuint així a la unificació i modernització de l’idioma alemany, idioma al qual aportà tota la seva plasticitat i capacitat expressiva, claredat i vivor. El 1521 ja havia preparat la seva versió del Nou Testament a l’alemany, sense la qual aquesta llengua, avui, seria tota una altra cosa, en opinió d’Umberto Eco, ja que ha estat fonamental en la configuració de l’idioma modern. Apareguda l’any següent, l’havia preparada al castell saxó de Wartburg, on l’havia acollit l’elector Frederic. La primera edició tindrà el tiratge inusual de 3.000 exemplars i n’apareixeran 85 edicions a la dècada següent.

Quatre anys després de la versió en alemany, és l’hora de l’anglès, l’holandès i el suec. El 1526, William Tyndale publicava la Bíblia en anglès, a Worms (Alemanya), començant pel Nou Testament, en la versió coneguda per Shakespeare i que, durant molts anys, serà la de referència en el món anglòfon, particularment en el cas dels psalms. La traducció, feta directament  del grec i l’hebreu, durà Tyndale a morir cremat per la Inquisició, prop de Brussel·les. El 1535, Miles Coverdale, reformador eclesiàstic anglès i bisbe d’Exeter, farà també la seva versió completa de la Bíblia a l’anglès. I el mateix 1526, surt a la venda una versió de la Bíblia en llengua holandesa i, fins al 1566, n’apareixeran 136 edicions, de caire reformat, en neerlandès. També el 1526, Gustav Vasa, rei de Suècia, promou la publicació del Nou Testament en suec i, el 1541, de tota la Bíblia, gràcies al treball de Lars Andersson i els germans Olaus i Laurentius Petri, partint de la versió alemanya de Luter. Amb aquesta traducció s’establirà un model estàndard per a

La versió a l’anglès de les escriptures, duta a terme per William Tyndale, li comportà la mort a la foguera, prop de Brussel·les.

la llengua sueca.

Antonio Brucioli, el 1530, publica, a Venècia, el Nou Testament en italià i, dos anys després, hi apareix la traducció de l’Antic Testament, versions que més endavant seran censurades per l’autoritat eclesiàstica, posades a l’Índex de 1559 i Brucioli perseguit per heretge. És la primera versió bíblica feta per un laic. El 1535, Pierre Robert, conegut com Olivétan, edita a Neuchâtel (Suïssa) la versió en francès de la Bíblia, amb pròleg del seu cosí Joan Calví. La traducció esdevindrà tot un clàssic en el món protestant de l’època i serà considerada la versió oficial pels reformats francesos al llarg de tres segles. Sis anys després, L’Institution de la religion chrétienne, versió francesa de l’obra magna de Calví escrita en llatí, traduïda per ell mateix, contribuirà molt clarament al desenvolupament de la llengua francesa. El luterà Miquel Agrícola, format a Wittenberg, deixeble de Luter i Melanchton i el més destacat dels reformadors a Finlàndia, conegut  com  el  pare  de  la  llengua  finesa, publicà el 1548 el Nou Testament en aquest idioma i també va compondre un llibre de pregàries per a la nova església luterana de Finlàndia. Aquest treball serví per tal de construir l’ortografia i la llengua estàndard del finès actual. Oddur Gottskálksson, el 1540, tradueix el Nou Testament a l’islandès, primer llibre imprès en aquest idioma, i, el 1584, el bisbe protestant Guðbrandur Þorláksson ja hi publicarà la primera traducció completa de la Bíblia. El 1550 s’edita la Bíblia de Cristià III, una traducció danesa dirigida per l’humanista luterà Christiern Pedersen. En polonès sortirà el 1563, a cura d’estudiosos calvinistes i serà coneguda com a Bíblia de Brest o de Radziwill. Sis anys després, a Basilea, serà el torn de l’espanyol, amb la versió coneguda com a Bíblia de l’Ós, referent bíblic dels protestants hispanòfons, obra de Casiodoro Reina, la qual serà revisada el 1602 per Cipriano de Valera, també monjo jeroni, i editada a Amsterdam després de dues dècades de treball continuat. Es tracta de la versió coneguda com a Reina-Valera, la més emprada habitualment pels protestants de llengua espanyola.

Pierre Robert, conegut com Olivétan, editarà el 1535 l’edició en francès de la Bíblia a Neuchâtel (SuÏssa), amb pròleg del seu cosí Joan Calví, text de referència durant segles per als protestants francòfons.

El 1571 apareix a La Rochelle, veritable baluard protestant a la façana atlàntica francesa, la traducció en basc del Nou Testament, feta pel pastor Joannes Leizarraga, encarregada, set anys abans, per Joana Albret, reina de Navarra i protestant. És el segon llibre imprès en aquesta llengua, el primer en prosa. El 1583, a Ortès, prop de Pau, es publiquen Los psalmes de David metuts en rima bernesa, en una impressió magnífica, comparable a les més destacades edicions fetes a Ginebra, adaptació del salteri aparegut en aquesta ciutat. Es tracta d’una versió a la variant bearnesa del gascó, dialecte occità, feta pel pastor Arnaud de Salette, dialecte que veurà amb aquest llibre la seva primera codificació ortogràfica. L’any següent, apareix la versió de la Bíblia en eslovè, obra del  protestant Primož Trubar, fundador de la llengua literària eslovena i creador de la seva ortografia. En agraïment a la seva tasca, el seu rostre apareix avui en les monedes d’euro fetes al seu país. Pel que fa a Txèquia, la  configuració  del  seu  idioma  com  a  llengua  moderna  deu molt als germans moraus, els hereus protestants dels seguidors de Jan Hus, que editaren la primera edició completa de les escriptures en txec, entre 1579 i 1593, versió coneguda com a Bíblia de Kralice, un dels factors de la qual, Jan Blahoslav, publicà el 1571 la gramàtica de la llengua txeca que ha servit després de model lingüístic per a aquest idioma.

Monument a Turku (Finlàndia) al luterà Miquel Agrícola, traductor del Nou Testament i considerat el pare de la llengua finesa.

El 1611 veu la llum la King James, nova versió anglesa de la Bíblia feta per 47 acadèmics,  traducció  que  ha  mantingut  la  seva  vigència  fins  avui  i  que ha  estat  el referent en llengua anglesa de les escriptures, durant cinc segles. Pel que fa al gaèlic irlandès, Nicholas Walsh, bisbe anglicà d’Ossory, promogué llibres de pregàries i catecismes impresos en aquesta llengua i n’enllestí la versió del Nou Testament el 1573, apareguda el 1603. L’Antic Testament aparegué el 1685 de la mà del també bisbe de l’Església d’Irlanda William Bedel i, cinc anys després, sortí la Bíblia completa. El bisbe William O’Donnell traduí també les escriptures del grec al gaèlic irlandès, així com el Llibre de pregària comuna, referent bàsic dels anglicans, que s’hi edità el 1603. Pel que fa al gaèlic escocès, el 1767 hi van traduir el Nou Testament James Stuart i Dugald Buchanan.

Casiodoro Reina traduí la coneguda com a Bíblia de l’Ós a l’espanyol, revisada pel també ex momjo jeroni el 1602, anomenada Reina-Valera, la més emblemàtica entre els protestants d’aquesta llengua.

Fora d’Europa

El mataroní Francis de Paula Castells, anglicà i maçó, durant la seva estada a Centreamèrica promogué l’edició de fragments de les escriptures al maia iucatec, al carib i al quitxé.

El 7 de març de 1804, la necessitat urgent de Bíblies per a la distribució provoca una reunió de 300 persones que funden la Societat Bíblica Britànica i Estrangera (SBBE), per difondre les escriptures, sense notes ni comentaris a peu de plana, arreu del món, en una llengua comprensible per al lector i a un preu accessible. El primer text bíblic traduït és l’Evangeli segons Joan, a la llengua dels indis mohawk del Canadà, aquest mateix any. El presbiterià anglo-escocès Robert Morrison, primer missioner protestant a la Xina, arribà el 1807 al Macau portuguès, i morí el 1834 a Cantó (Guandong). Bon coneixedor del xinès mandarí i del cantonès, va traduir-hi el Nou Testament (1813) i tota la Bíblia (1921i és autor també d’un diccionari xinès-anglès en tres volums, una gramàtica xinesa i diversos tractats de llengua. El 1816, neix a Freetown un comitè auxiliar de la SBBE que ja hi publica l’Evangeli en bullom, en versió de G.J.Nyländer. Quan el 1827 la Missió de Basilea comença el seu treball a l’actual Ghana, hi arriba proveïda de Bíblies en anglès, francès i en àrab. El 1823, el pastor baptista escocès James Thompson es troba al Perú on comença a traduir el Nou Testament al quítxua i, l’any següent, a l’aimara, amb l’ajut de Pazos Kanki, ex sacerdot catòlic.

El 1835, el missioner anglès David Jones fixa l’ortografia del malgaix, la llengua de Madagascar, en completar la versió sencera de la Bíblia a aquest idioma. Al Camerun, J.Merrick fa estampar el Nou Testament, el 1862, i tota la Bíblia, el 1872, traduïda per Alfred Saker al duala. A Ghana, el 1866, també s’havia editat una edició de la Bíblia en ga i, el 1871, en twi. El 1868, a Nigèria, les escriptures van aparèixer en efik i, el 1884, en ioruba. L’ex frare dominic espanyol a Filipines, Manrique Alonso Lavalle, pastor protestant, el 1889 feu una versió del Nou Testament al pagasí, de la qual s’editaren 8.000 exemplars. També arribà a Filipines, el 1900, el missioner baptista suec Eric Lund, que havia fundat esglésies a Catalunya i al País Valencià i parlava i escrivia en català. Traduí la Bíblia sencera al panaià i el Nou Testament al cebuà i al samarenc. El 1893, el missioner anglicà català Francesc de Paula Castells arribà a Centreamèrica enviat per la SBBE i hi encarregà traduccions de fragments de les escriptures al maia iucatec i al carib. El 1898 feu traduir l’Evangeli de Marc al quitxé, del qual aparegueren tres edicions amb un tiratge global de 7.000 exemplars.

Doctrina enfront de Bíblia

Joana Albret, reina de Navarra i protestant, encarregà a Joannes Leizarraga la versió en basc del Nou Testament, primer llibre en prosa imprès en aquest idioma.

Facilitar la lectura dels textos sagrats en les llengües vulgars fou una de les claus de l’avenç de la Reforma, en la mesura que posant-los a disposició de tothom, li llevaven el caràcter de secretisme classista o elitista que en tenia la interpretació única per part de la jerarquia eclesiàstica, talment un monopoli absolut de la veritat revelada. D’aquesta forma, a més, el lector podia comprovar com les escriptures no esmentaven el papa de Roma, ni el purgatori, ni el culte a la mare de Déu o els sants, ni les relíquies, ni la confessió auricular, ni el celibat obligatori dels clergues, ni indulgències, butlles, processons, pelegrinatges, misses votives o misses privades, entre altres elements incorporats per l’església de Roma, al llarg dels segles, al seu corpus de creences i pràctiques bàsiques.

Catecisme catòlic imprès a Lleida el 1864, basat en el sistema clàssic de preguntes i respostes per memoritzar.

La paraula escrita, doncs, va esdevenir banderera indiscutible de la nova fe cristiana representada per la Reforma, atès que l’església catòlica mai no havia afavorit la pràctica de la lectura individual de les escriptures, en clar contrast amb l’hàbit dels jueus a llegir la Torà o dels musulmans a fer el mateix amb l’Alcorà, memoritzant-ne fragments. De fet, l’església de Roma ha posat sempre més interès a fer conèixer el dogma, la doctrina expressada en el Catecisme, que no pas la paraula de Déu continguda a la Bíblia, en discrepància clara amb el protestantisme, motiu pel qual el catolicisme ha prioritzat les versions del catecisme als diferents idiomes abans que la traducció de la Bíblia a totes les llengües. Així, mentre els xiquets de famílies catòliques anaven a doctrina i en memoritzaven el contingut, els pertanyents a famílies protestants acudien a les escoles dominicals on se’ls instruïa en el món de les escriptures amb un llenguatge entenedor per a la seva edat. El cas més emblemàtic en el món protestant, pel que fa al desig de llegir les escriptures en el propi idioma, és el de Mary Jones, la xiqueta gal·lesa que, als 15 anys, caminà uns 40 kms, descalça, per comprar-se la Bíblia en llengua gal·lesa, amb els estalvis de sis anys. Justament, la SBBE va néixer, en part, com a resultat de conèixer-se la seva experiència singular.

Moneda de 2 euros dedicada al pastor protestant  Primož Trubar, traductor de la Bíblia a l’eslovè, fundador de la literatura eslovena i autor del primer llibre editat en aquesta llengua.

[Font: http://www.eltemps.cat]

À l’occasion de la réédition du Nom de la rose, Jean-Noël Schifano dévoile les secrets de la traduction du best-seller italien en français. Il raconte le succès fulgurant de l’ouvrage sur la scène mondiale, faisant de lui une star de la traduction à une époque où la virtuosité de ses pairs n’était pas encore reconnue à sa juste valeur.

Jean-Noël Schifano

Propos recueillis par Marion Bauer

Marion Bauer : Né d’une mère française et d’un père sicilien, vous vous prenez de passion aussi bien pour la littérature italienne que pour la langue française. Avant de connaître la consécration avec la traduction du Nom de la rose, vous traduisez Italo Svevo, auquel vous avez consacré un mémoire de maîtrise, ainsi que les premiers ouvrages de Leonardo Sciascia. Comment vous est venu le goût de la traduction ?

Jean-Noël Schifano : C’est une question fondamentale. Quand j’aurai répondu à cette question, je crois que j’aurai répondu à toutes les questions. Petit à petit, je me suis rendu compte de deux choses. D’abord, qu’il n’y a pas d’écriture, dans l’absolu, sans traduction. C’est-à-dire que chaque écrivain traduit selon son tempérament et sa vision de la réalité. Et cette même réalité va être traduite par un écrivain d’une autre façon. Si j’ai à traduire la place de la Contrescarpe, je la traduirai à ma façon en l’introduisant dans un roman. Et ainsi, de suite, le roman sera aussi une traduction de ma perception de la réalité. Une autre personne pourra traduire la place de la Contrescarpe d’une autre façon. La traduction est fondamentale dans la création. Si on n’est pas traducteur, on n’est pas créateur. Traduire ses sentiments, traduire la réalité extérieure, traduire son cœur, traduire son sexe, traduire son être… C’est ça être écrivain. Donc l’être traducteur c’est l’être écrivain. Deuxièmement, point existentiel et autobiographique, je me suis aperçu que la traduction consistait pour moi à introduire la langue de mon père dans la langue de ma mère. C’était une création. Il n’y a pas de coït sans traduction. Il y a une augmentation de l’être dans le rapport amoureux et cet être est le fruit d’un passage de langues. Donc pour moi, c’était quelque chose d’existentiel, d’essentiel… Et cette chose a trouvé sa résolution de deux façons : en traduisant les plus grands écrivains italiens du XXe siècle et en écrivant des récits, des chroniques et des essais sur l’Italie actuelle et notamment centrés sur Naples. Naples est mon point fixe, le point de feu de mon existence.

En 1982 paraît votre traduction du Nom de la rose aux éditions Grasset. Pourtant, rien ne prédisposait Umberto Eco à connaître un tel succès – à nous en rappeler les multiples refus essuyés initialement par l’auteur. Comment vous êtes-vous retrouvé embarqué dans cette entreprise jugée de prime abord périlleuse et infructueuse ?

C’est très important car il s’agit d’abord d’une histoire unique, et pas seulement parce que c’est moi qui l’ai vécue. J’étais « là » ; le destin a fait qu’à la croisée des chemins j’ai eu à traduire Le Nom de la rose. J’habitais Naples. Le livre sort en 1980 en Italie et pour la deuxième fois après La Storia d’Elsa Morante je vois des pyramides de livres qui partent du sol des librairies pour monter jusqu’à hauteur d’homme. Pour Eco, c’étaient des pyramides de livres de couleur rose.

Comme je m’intéressais beaucoup à la littérature et à la littérature italienne en particulier, je prends un exemplaire sur place. Je le lis. Et je trouve par la suite qu’il a d’énormes qualités, surtout en ce qui concerne sa construction romanesque. J’ai tout de suite été très sensible à cette construction rigoureuse qui éclate singulièrement à chaque chapitre pour rebondir dans un autre au travers des crimes évoqués. C’est assez unique. Une fois que je l’ai lu, je le pose et je me remets à écrire mon premier livre sur Naples pour les éditions du Seuil. Un autre jour, dans la matinée, mon téléphone sonne. C’est le directeur littéraire des éditions Grasset, Yves Bergé, qui m’appelle. Il m’annonce que la maison vient de prendre un chef d’œuvre. Il me demande naturellement si j’ai lu l’ouvrage et je lui fais part de mon enthousiasme à son sujet. Ce qui l’amène à me proposer d’en faire la traduction. Convaincu que l’ouvrage allait faire un flop annoncé, il me propose de toucher 2% par livre. À savoir qu’à l’époque, on ne donnait même pas 0,5% au traducteur. Le nom du traducteur n’apparaissait même pas sur la couverture. Le traducteur était considéré comme quelqu’un de quasiment absent de la chaîne du livre, voire à cacher… Pourquoi me faisait-on cette offre ? Pourquoi essayait-on de m’attirer en me tendant un piège avec ces faramineux 2% ? Aujourd’hui je bénis ces 2% et cette époque où l’on tentait d’appâter les traducteurs en leur offrant un pourcentage trois fois supérieur à ce qu’on leur offrait d’habitude. Pourquoi donc ? Parce que Le Nom de la rose était refusé par tous les éditeurs. Tous. Et je l’ai su par Françoise Verny, grande éditrice avec qui j’ai fondé une collection de littérature italienne, qui à cette époque était passée de chez Grasset à Gallimard et de Gallimard à Flammarion. Et me voilà embarqué dans une histoire que je ne connaissais pas, vivant loin de Paris… Les rapports de lecture du Nom de la rose étaient négatifs, et ce même aux éditions du Seuil où était déjà publié Umberto Eco. « On n’y comprend rien », « Ce n’est pas un romancier », « C’est intraduisible » lisait-on alors ! Les éditeurs étaient bien embêtés par la traduction ; il fallait trouver quelqu’un d’innocent, une sorte d’idiot du village qui n’aurait pas le nez à Saint-Germain-des-Prés. Et ça tombait bien pour eux puisque moi, j’avais le nez dans le Vésuve. Et ce qu’il faut bien comprendre c’est que Le Nom de la rose était par conséquent suspendu dans les traductions du monde entier, tous les éditeurs du monde attendant qu’un éditeur français achète les droits pour pouvoir les acheter à leur tour. Un dimanche soir, l’épouse de Jean-Claude Fasquelle, Nicky, rentre chez elle. Je profite de cette anecdote pour souligner que Jean-Claude Fasquelle est à mes yeux un grand éditeur et un grand homme dans tous les sens du terme. Cette nuit-là, il est réveillé en sursaut par le rire tonitruant et presque diabolique de sa femme, comme un tremblement de terre à Naples. Elle était en train de lire Le Nom de la rose, alors refusé. Ce n’est pas que la scène soit amusante mais « Il y a un moine dans un abreuvoir, il a été assassiné. », lui dit-elle. Avec son puissant nez d’éditeur, Fasquelle achète les droits le lendemain, non sans susciter l’étonnement de ses collègues. À savoir que le Nom de la rose est un livre sur le rire interdit… Cette histoire a quelque chose de très romanesque. Mais la question de la traduction turlupinait toujours la maison de la rue des Saints-Pères. Et c’est donc ainsi qu’Yves Bergé a pris contact avec moi.

Puis vient la consécration. Avec le retentissement mondial de l’œuvre, vous vous retrouvez sous les feux des projecteurs. Le Nom de la rose se révèle être le filon providentiel de votre vie de traducteur.

Beaucoup étaient ceux qui ne croyaient toujours pas en l’avenir du Nom de la rose et le premier tirage était vraiment très bas. J’ai quand même eu le plaisir d’être à l’origine de cette première traduction mondiale. Pour résoudre les difficultés auxquelles ils étaient confrontés, les traducteurs du monde entier se sont référés à ma traduction du Nom de la rose en tentant de comprendre comment je les avais résolues. Cela a eu lieu il y a exactement 40 ans, puisque nous fêtons cette année le 40ème anniversaire de la traduction française du Nom de la rose. Et alors là, ça a été merveilleux car j’ai reçu le Grand prix de traduction Halpérine-Kaminsky de la SGDL (Société des Gens de Lettres de France). Dans le monde de la traduction, je n’ai jamais vu, ni pour moi ni pour d’autres, des éloges aussi fabuleux. Que les critiques mettent en avant la traduction d’un roman aussi important est une chose très agréable pour les traducteurs.

Ce devrait être une chose due mais jusqu’au Nom de la rose d’Umberto Eco, le travail des traducteurs était quasiment passé sous silence. À moins qu’il ne s’agisse d’une traduction faite par des figures aussi connues que Baudelaire, on cherchait toujours à déceler les failles des traducteurs. Mon travail a été reconnu avec de grandes louanges. Sans parler du film qui est venu par la suite relancer le livre et pour la réalisation duquel Jean-Jacques Annaud s’est référé à la traduction française. Tout a finalement été le contraire de ce qu’on avait imaginé pour la réception du livre en France. J’aime bien cette inversion des rôles et cette transgression de la pensée moyenne. Cette expérience a été une confirmation de l’importance de la traduction ainsi qu’une école d’humilité et de construction pour la rédaction de mes propres romans.

Le succès du Nom de la rose ne vient pas seulement secouer votre carrière. C’est toute la littérature italienne qui se retrouve soudainement propulsée sur le devant de la scène internationale.

Umberto Eco écrira six romans. Il a également écrit une parodie de Lolita, Nonita, où il dépeint un homme obsédé par les vieilles dames de plus de 80 ans. Il s’agissait alors de ses premiers exercices d’écriture romanesque. Le Nom de la rose est né, contre toute attente, d’un pari. Une journaliste fait part à Umberto Eco de son projet de collection de romans policiers de moins de 100 pages.

Ce à quoi il lui répond sur le ton de l’humour : « Si j’écrivais un roman policier, il prendrait place dans une abbaye au Moyen-Âge ! ». Et puis ça l’a travaillé. Quand il est rentré chez lui, il s’est dit qu’un livre comme ça ne ferait pas 100 pages. Il en ferait cinq fois plus. Petit à petit, il s’est pris au jeu et s’est mis à l’ouvrage. C’est une aventure pour l’auteur. C’est une aventure pour le traducteur. C’est une aventure pour l’éditeur, Jean-Claude Fasquelle. C’est une aventure pour tous ceux qui l’ont lu et le lisent. Et ça l’a été également pour les écrivains italiens contemporains qui étaient très peu connus avant Eco. Il y avait Moravia, Morante et puis Pirandello, pour parler du XXe siècle. Les éditeurs français prenaient seulement des échantillons de livres italiens ; c’était la langue la moins traduite en France avant Le Nom de la rose. L’œuvre d’Eco a joué le rôle d’une locomotive et a amené les éditeurs français à se pencher davantage sur la littérature italienne. Les éditeurs ont réalisé qu’il y avait un fort potentiel économique dans la littérature italienne ; des écrivains sont vraiment lus et leurs livres sont vraiment achetés. On oublie ou on méconnaît bien trop souvent cette fonction essentielle du Nom de la rose dans l’affirmation de la littérature italienne sur la scène mondiale.

D’un point de vue littéraire, nul besoin d’être un professionnel de la littérature pour réaliser que la traduction d’un tel ouvrage a dû être ardue. On parle tout d’abord d’un roman de plus de 500 pages, mobilisant des champs lexicaux religieux pointus, qu’il s’agisse de descriptions architecturales ou de savoirs scientifiques. Umberto Eco se plaît à voguer entre des registres soutenus et vulgaires, ce qui n’allège pas la difficulté de la tâche. Le lecteur croise le chemin d’insultes pouvant prêter à sourire : « fraticelle de mes braies », « péteur de minorité », « Merdre à toy, sale bogomile ! » ou encore « verge hérétique »… On peut également se demander comment vous vous y êtes pris pour traduire les langues anciennes et fictives mobilisées par l’auteur, comme pour le dialecte incompréhensible de Salvatore que Guillaume qualifie de « langue babélique ». Auriez-vous des anecdotes croustillantes à nous confier concernant ce travail de traduction ?

J’aime bien les défis, alors je me suis lancé dans l’aventure. Je reçois le contrat et je me mets au travail. Je m’immerge alors dans l’atmosphère du XIVe siècle et me plonge dans les ouvrages des chroniqueurs du Moyen-Âge à l’instar de Geoffroi de Villehardouin. J’avais à travailler, à malaxer le style authentique de Villehardouin avec ma propre traduction de l’italien contemporain d’Umberto Eco. Des phrases assez simples en somme puisqu’Eco a toujours préféré l’efficacité d’Alexandre Dumas au style travaillé d’un Manzoni ou d’un Flaubert. Et puis je devais aussi revenir aux textes qu’Eco citait ; je me rendais à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. C’est-à-dire que je suis allé retrouver les livres qu’avaient fréquentés Umberto Eco pour écrire Le Nom de la rose. C’est pour ça que cette édition est très amusante car elle reproduit les notes et les dessins préparatoires de l’auteur. On voit par quelles hésitations il est passé lors de sa conception, aussi bien pour « biner son jardin » que pour l’erreur initiale de la « courge », les potirons et les courges ayant été importés d’Amérique du Sud bien après le XIVe siècle. C’est une façon d’escalader à mains nues un haut sommet de la création. Tout comme Les Trois Mousquetaires est un haut sommet de la création.

Entre le vulgaire et l’obscène, je trouve que l’obscène a plus de qualités. Mais après tout, pourquoi pas le vulgaire. On parle bien de la langue vulgaire. Il faut savoir que Dante a écrit toute son œuvre en latin à l’exception de deux ouvrages : La Comédie, qu’on a fini par qualifier de divine tellement on la trouvait réussie, et la Vita nuova où Dante retrouve Béatrice au paradis. À cette époque, Dante écrivait alors dans la langue vulgaire, soit la langue du peuple. Dans l’abbaye du Nom de la rose, les moines parlent le latin couramment à l’exception de Salvatore, mais il faut bien comprendre que beaucoup de langues et de particularités linguistiques existent en Europe à cette époque. Umberto Eco disait par ailleurs que le XXIe siècle serait le siècle de la traduction. Salvatore mélange toutes les langues en parlant ; j’ai dû respecter cela dans ma traduction. Ce langage vulgaire est le langage de l’époque quand il ne s’agissait pas du latin. En fin de compte, le vulgaire c’est l’invention du langage. C’est grâce aux langues vulgaires que l’on a des images si belles et que la langue est vivante. Autrement tout le reste est figé par des dictionnaires et des grammaires.

Plus généralement, Le Nom de la rose est une mise en abyme de la littérature. L’écriture et la lecture y sont comme sanctifiées, non seulement intellectuellement mais également dans leur nature matérielle voire charnelle avec l’interdit érotique que symbolise la bibliothèque. « Comme dit un ancien proverbe, trois doigts tiennent la plume mais le corps entier travaille dur. Et endure », pouvons-nous lire.

Le Nom de la Rose est en effet un hymne à la création romanesque puisque tout ce qui reste de l’expérience du narrateur, c’est ce qu’il a écrit. Le roman dans le roman vaut toutes les sémiologies. Quand on traduit, on est comme un moine. Heureusement que l’on n’a pas tous son abbaye qui prend feu mais je me souviens que c’était indéniablement un pari physique, notamment pour Le Pendule de Foucault qui est encore plus gros que Le Nom de la rose. À l’époque, on tapait à la machine. J’avais une Olivetti lettera 35 et il fallait que je mette deux feuillets avec le papier carbone au milieu, et ce pour toutes les pages. Je m’en souviens encore, j’avais comme des barres dans les omoplates tellement j’étais tendu sur la traduction avec mes deux lutrins.

Umberto Eco, avant même d’être écrivain, est un sémiologue ; à rappeler que la sémiologie est l’étude des signes. Cela prend effectivement tout son sens à la lecture de certains extraits du Nom de la rose. La neige, lors de la découverte du corps du moine assassiné, est dépeinte par l’auteur tel un « parchemin », voire un « palimpseste » où « le corps des hommes laisse des écritures fort lisibles ». La traduction est également un exercice de sémiologie fort complexe. Une sémiologue néerlandaise, Dinda Gorlée, a écrit un ouvrage sur le sujet : De la traduction à la sémiotraduction (2015) en soutenant que la traduction consiste à tisser une « toile interprétative de signes » et que l’œuvre traduite s’imprègne donc de la « signature sémiologique » de celui qui l’a traduite. Qu’avez-vous pensé de cette dimension sémiotique lors de la traduction de l’ouvrage ?

Dans Le Nom de la rose, tous ces éléments sémiologiques constituent un jeu de pistes et font partie de l’enquête comme nous le montre la première scène du roman avec les traces du cheval de l’abbé qui a disparu. C’est un jeu d’intelligence. L’abbé finit également par trouver, par intuition et par rapprochement, comment les moines ont été tués. Guillaume de Baskerville rationnalise et prend de la distance par rapport aux évènements. La sémiologie nous fait pénétrer dans les labyrinthes du cerveau. Et j’essaye de sortir de tels labyrinthes dans la création. Quand je donne des conseils à mes auteurs, je leur dis : « Surtout, quand vous écrivez un roman, vous montrez. Vous ne démontrez pas. Si vous démontrez, c’est comme si, faisant l’amour avec la femme que vous aimez, vous lui ouvrez le ventre voulant savoir comment ça marche. En démontrant, vous tuez le roman. » Et pour moi, ces exercices intellectuels sur la traduction me font tuer le plaisir de la traduction. J’ai besoin du plaisir. Tout ce que j’ai entrepris dans ma vie, c’était par plaisir. Sans plaisir, je ne fais rien. J’ai toujours refusé de traduire les essais d’Umberto Eco et c’est un point fondamental pour moi. La théorie ne m’intéresse pas.

Ce qui m’intéresse c’est la pâte, la chose pratique, la création en somme. Pas le langage sur la création et le comment du pourquoi. J’admire ceux qui jonglent avec tous ces mots savants mais ce n’est pas mon domaine. Par contre, dans la création, si je dois employer un mot très précis qui est englobé dans un discours pour séduire une femme par exemple, je l’emploierai, mais il fera partie de la caresse du discours.


Jean-Noël Schifano est écrivain et éditeur parallèlement à ses travaux de traduction. Il est le créateur et le directeur littéraire de la collection Continents Noirs aux éditions Gallimard et s’est engagé pour que les poètes de la négritude, à savoir la trinité Césaire-Senghor-Damas, fassent leur entrée dans la Pléiade. Fou passionné de Naples, il est citoyen d’honneur de la cité parthénopéenne et a été directeur de l’Institut français de Naples ainsi que du musée d’art contemporain Creator Vesevo.

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

Née à Calcutta, Shumona Sinha se définit comme une écrivaine de langue française venue d’Inde. Son premier roman, Fenêtre sur l’abîme (La Différence, 2008), parut quelques années seulement après ses premiers cours de français, pris à vingt-deux ans. Cinq autres livres ont suivi, d’abord aux éditions de L’Olivier, puis chez Gallimard. À rebours de cette consécration fulgurante, L’autre nom du bonheur était français examine l’écart douloureux qui s’est creusé entre son amour du français et sa vie en France, ainsi que l’impasse que son cas symbolise.


Shumona Sinha, L’autre nom du bonheur était français. Gallimard, 208 p., 19 €

Shumona Sinha © Francesca Mantovani / Gallimard

Écrit par Feya Dervitsiotis

Dans ce nouveau livre, Shumona Sinha retrace la généalogie de son écriture en français, elle y formalise sa relation complète, d’esprit et de chair, avec cette langue. Son « autobiographie vivante », qui commence à Calcutta et finit à Paris, ne se distingue pas de l’évolution de ses démêlés avec la langue, ou plutôt ses langues, et surtout sa langue d’écrivaine.

Au commencement, il y a la langue natale. Fille d’un père économiste marxiste et d’une mère professeure de mathématiques, Shumona Sinha grandit au milieu des livres, et notamment de la littérature étrangère. Se sentant, déjà toute jeune, à l’étroit dans le bengali, langue qu’elle juge « moralisante » et à l’origine d’« une pudeur paralysante », elle associe le français à des promesses de bonheur, de plaisir, de volupté, d’épanouissement. C’est avec un Français qu’elle fait l’amour pour la première fois. Jeune militante communiste, elle pense, en choisissant cette langue – en ne choisissant pas l’anglais –, s’extraire de tout lien postcolonial et tourner le dos à la langue de l’environnement auquel elle s’oppose : « Écrire en français ôte le poids de la tradition d’une société indienne patriarcale, de plus en plus nationaliste, en proie au fondamentalisme hindouiste et à la censure. » Pour cette « langue vitale », elle effectue une transition linguistique, s’installe en France au début des années 2000 et embrasse le statut, chargé, d’écrivaine exophone – dont Milan Kundera et Ágota Kristóf sont deux autres représentants.

Cette histoire d’amour et de raison tourne mal. D’une lucidité fascinante, son livre observe un implacable crescendo chronologique vers le pire. Il s’ouvre sur l’espoir d’une émancipation et dégénère en une aporie. Se considérant comme à la fois accueillie et rejetée par la France, Shumona Sinha conclut que le bonheur était français, qu’il ne l’est plus.

L’autre nom du bonheur était français, de Shumona Sinha

À Versailles (2012) © Jean-Luc Bertini

Shumona Sinha a traduit des anthologies de poésie bengalie en français et inversement. Ces correspondances entre son pays natal et celui de son écriture peuplent son œuvre romanesque : les personnages de Calcutta (2014) et d’Apatride (2017) sont une Indienne qui retourne en Inde, une Indienne qui ne serait jamais partie, une Indienne immigrée en France… De la même façon qu’elle dit avoir été frappée à dix-sept ans par les traces dans le bengali du traducteur d’Henri Michaux, Lokenath Bhattacharya, d’un « va-et-vient incessant entre deux langues », il importe à Shumona Sinha que l’entre-deux géographique et existentiel sur lequel elle écrit soit déjà contenu dans la langue d’écriture. Cette langue fabriquée, résultat d’une sublimation, constituerait selon elle la matière principale de ses textes, l’intrigue s’y résumant à un prétexte.

Mais, quelques pages plus loin, signifiant brutalement que cet idéal premier a en fait été contrecarré, Shumona Sinha reconnaît le manque « d’ambition littéraire » d’Apatride et déclare bénéficier du besoin des Français d’être rassurés sur la présence mondiale de leur langue : « La visibilité qu’on m’accorde s’explique sans doute grandement par mon origine ». À mesure qu’elle avance dans le temps et la vie française, on dirait que la littérature passe au second plan. Imperceptiblement, son livre change de direction pour suggérer une autre histoire : loin d’être libre et à la dérive, son écriture est parfaitement amarrée à un contexte postcolonial.

Est emblématique, à cet égard, l’injonction contradictoire qu’elle décèle dans son propre travail et qu’elle relève comme s’imposant à tous les écrivains francophones et exophones (elle cite le Marocain Abdellah Taïa, le Franco-Congolais Alain Mabanckou, l’Algérien Boualem Sansal…). Malgré l’envie de faire œuvre de littérature, plutôt que de « faire de la culture », ses romans visent bien à « défaire les clichés sur l’Inde ». Et l’écrivaine de se demander si elle ne serait pas coupable de s’étiqueter elle-même, alors qu’elle déplore le fait d’être systématiquement questionnée sur l’identité, l’exil, la migration. Se souvenant de la première fois où elle s’était rendu compte que « certaines personnes, paradoxalement, voyaient moins en moi l’écrivaine que l’immigrée », elle affirme n’avoir pas été une exilée en arrivant en France, mais l’être devenue. Dans ce pays, plus que son écriture, c’est son corps de femme non-blanche qui serait en jeu, et l’« ethno-érotisme » son lot.

L’autre nom du bonheur était français, de Shumona Sinha

© CC0/Þórunn Þorsteinsdóttir

À mesure que nous lisons, l’entre-deux libérateur du début prend un autre visage, celui d’une tension inévitable entre volonté individuelle de fuir son appartenance première et nécessité de résister, depuis le français, aux mentalités coloniales. Au-delà des longueurs et des redites qui expriment comme un épuisement résultant de ce cul-de-sac, le livre s’organise habilement de façon à montrer que c’est la France, pays de lettres, qui lui a refusé la littérature, qui a trahi « l’espoir que la langue française soit le moyen de mon émancipation, en tant que femme, en tant qu’écrivaine ». Aurait-elle été plus libre, en tant qu’écrivaine francophone, de ses sujets et de son écriture si elle était restée en Inde ? Ne serait-ce qu’en aboutissant à cette question, en exposant la complexité de son positionnement et en admettant sa propre défaite face à des forces qui la dépassent, Shumona Sinha s’émancipe, par elle-même, en tant qu’écrivaine.

Shumona Sinha appelle à dépasser la francophonie, vue comme faisant perdurer le centre et ses périphéries. Pour autant, son texte incarne cette marge rappelant à son centre les valeurs d’émancipation qu’il est censé incarner. L’autre nom du bonheur était français tend vers cet horizon : un roman qui ne serait pas jugé en fonction de l’identité de son auteur. Sur une ligne de crête, Shumona Sinha imagine un roman qui ne serait ni normé par la mondialisation littéraire, ni assigné à une identité locale. Elle tente un troisième terme, travaillé par la singularité de ses origines, et pourtant irréductible à celles-ci. Une littérature qui ne serait pas « refuge » mais processus d’affranchissement en soi, avec toutes les difficultés et l’inachèvement que cela suppose.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Quelle est la plus grande ville francophone du monde ? Paris ? Vous n’y êtes pas. Montréal ? Bruxelles ? Encore moins. Non, la bonne réponse est Kinshasa, en République démocratique du Congo

Écrit par Michel Feltin-Palas 

Quelle est la plus grande ville francophone du monde ? Paris ? Vous n’y êtes pas. Montréal ? Bruxelles ? Encore moins. Non, la bonne réponse est Kinshasa, en République démocratique du Congo. La Ville lumière figure désormais à la deuxième place de ce classement, devant Abidjan, Montréal, Casablanca, Yaoundé, Douala, Antananarivo, Dakar et Alger, pour ne citer que les dix premières. « Dans son rapport « Les villes du monde en 2016″, l’ONU indique que Kinshasa comptait 12,1 millions d’habitants au 1er juillet 2016, soit davantage que l’agglomération parisienne, estimée à 10,9 millions », précise Ilyes Zouari, le président du Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF).

C’est le fait majeur de l’histoire du français de ces dernières années et il est largement passé inaperçu : la France est devenue minoritaire dans le monde francophone. Et le mouvement ne fait que commencer. Dans quelques décennies, 70 % des locuteurs de notre langue vivront en Afrique et moins de 20 % en Europe. Bien sûr, on peut pinailler en contestant la fiabilité des recensements et en se demandant si l’appellation « locuteur du français » doit être réservée à ceux qui pratiquent cette langue au quotidien de manière aisée ou élargie ou toute personne capable de soutenir une conversation simple de temps en temps. Mais cela ne modifie qu’à la marge le constat : les Français n’ont plus le monopole du français.

Faut-il s’en inquiéter ? Sûrement pas ! En fait, ce retournement traduit l’incroyable succès de ce qui n’était au haut Moyen Âge qu’une forme de bas latin parmi d’autres et qui, au fil des siècles, a fini par s’étendre sur la planète entière. Cela vaut mieux, beaucoup mieux, que de faire partie des 2 000 langues qui, par les hasards de l’histoire et des rapports de force, risquent d’avoir disparu d’ici à la fin du siècle.

En revanche, il est clair que nous allons devoir abandonner certaines de nos postures traditionnelles. Et ce pour une raison simple : le français n’appartient pas seulement à ses écrivains, à ses enseignants, ni même à ses académiciens, mais à l’ensemble de ses locuteurs. Aussi notre idiome va-t-il nécessairement s’ouvrir davantage au vocabulaire des autres pays de la francophonie. Dans quelque temps, nous utiliserons peut-être le suisse agender (noter un rendez-vous), le québécois divulgâcher (« spoiler »), l’antillais maman-violon (violoncelle), le haïtien bêtiser ou le wallon avant-midi. Et nous puiserons, je l’espère, dans l’exceptionnel lexique venu d’Afrique. Personnellement, j’ai un faible pour le sénégalais camembérer (sentir mauvais des pieds), le tchadien cadeauter (ou cadonner), le camerounais motamoter (réciter mot à mot des phrases de manière mécanique, sans comprendre ce que l’on dit) ou le congolais deuxième bureau (maîtresse).

Il semble acquis en tout cas que l’origine de la norme va se déplacer, quitter les rives de la Seine et s’ouvrir au vaste monde, sachant qu’il s’agit là d’un enrichissement et non d’une perte. Comme le souligne le linguiste Bernard Cerquiglini, « la norme ne doit pas être un corset, mais un creuset. Il faut penser une francophonie de l’élan, non du purisme ». Une invitation à la variante, à l’hybridation, à la bigarrure, tous procédés qui, bien pensés, constituent une formidable manière de galvaniser encore un français qui n’a jamais aussi bien porté son nom de langue vivante.

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Los museos están en boga y son cada vez más originales e interactivos. Aparte de los clásicos museos monumentales dedicados a las artes (pintura, escultura, grabados, esmaltes, tapices, muebles, moda), las exposiciones temporales de cómics o de artes de vanguardia (3-D, realidad aumentada, etcétera), hay ahora en Europa un museo único, que une elementos de todos ellos y ofrece toda una experiencia interactiva, en la que, durante más de 90 minutos,el espectador pasivo se convierte en protagonista activo y « vive” en directo la mayor catástrofe natural de Europa: el Gran Terremoto de Lisboa del día de Todos los Santos de 1755.

Escrito por VIC ECHEGOYEN

Es el Museu Quake de Lisboa, inaugurado en abril de este año, situado en el barrio de Belén y cómodamente accesible en transporte público desde el centro de Lisboa, y acaba de ganar el prestigioso PREMIO THEA internacional (Themed Entertainment Association / Asociación de Recreaciones Temáticas) en su 29ª edición a la Mejor Experiencia Histórica por el originalísimo concepto creativo de Jora Vision, creador de los aspectos técnicos innovadores como los efectos de vídeo, proyecciones e iluminación.

Como siempre en noviembre, Lisboa recuerda la catástrofe que marcó la historia de Europa, y con motivo del aniversario del Gran Terremoto, el Museo Quake organizó su I Feria del Libro invitando a varios autores de ensayos, biografías, cómics y novelas cuyo tema principal es el terremoto y sus protagonistas y que son artículos permanentes en venta en la tienda del museo. Entre ellos se cuentan André Canhoto Costa, Mark Molesky y una servidora (mi novela «RESURRECTA», « Premio ODILO a Mejor Autora de Novela Histórica 2022 », se ha publicado en español y ahora también en portugués, con Suma/Penguin Random House), fui invitada por la editorial y por el Museu Quake para participar en conferencias, entrevistas, tertulias y encuentros con blogueros.

Con ellos, hicimos el recorrido de la Experiencia Quake (en portugués, español, inglés y francés) tan instructiva como vívida y realista, y que recomiendo para visitantes de todas las edades y condiciones. Entre otras muchas sorpresas que no deseo desvelar, hay experiencias interactivas con los cinco sentidos para comparar – en vivo, por así decirlo – el Gran Terremoto de Lisboa con otros seísmos legendarios como los de San Francisco (1906), Indonesia (2004), o Japón (2011), que destruyó la central nuclear de Fukushima).

Con motivo de mi tercera visita a Lisboa este año, amén de dos entrevistas-tertulias y el encuentro con blogueros, tuve la suerte de entrevistarme con los cerebros, fundadores y directores del Museo Quake: Ricardo Clemente y Maria Joao Marques, cuyo resultado deseo compartir con Todoliteratura:

¿Qué fue primero, la ciencia o la Historia: la idea de informar al público para prevenir de cara al futuro, bien preservar el recuerdo de esta catástrofe que marcó el pasado de toda Europa?

Ricardo Clemente: la ciencia y la Historia se dan la mano, pero la idea comenzó con el acontecimiento histórico. El Gran Terremoto es una catástrofe única, que implica fortísimos seísmos, tsunamis y grandes incendios, y por eso es impredecible, muy peligroso y complejo: queremos explorar a fondo qué sucedió aquel día de 1755, en todos sus detalles, para prevenir y adelantarnos a las consecuencias cuando vuelva a suceder… porque la primera lección que enseña la sismología es esta: « Donde ocurre un gran terremoto, volverá a haber otro”. Sabemos que volverá a pasar, pero puede suceder en cualquier momento. Hoy, mañana, en un año, o dentro de diez años.

Maria Joao Marques: También nos motivó nuestra pasión por la Historia. La historia de Portugal es muy rica y este hecho, el Gran Terremoto, no solo despierta gran interés en nuestro país sino en todo el mundo, porque es un auténtico triple cataclismo que afecta a muchos países, también España, Brasil, África, el Caribe, las islas británicas… Nos sentimos orgullosos por la forma en que, aquel día terrible de 1755, supimos sobreponernos a la catástrofe y aprovecharla para dar un impulso jamás visto en las ciencias que prácticamente nacieron aquel día, como la sismología, la planificación urbana controlada o la prevención de catástrofes.

¿Cuánto tiempo les llevó todo el proceso, desde la idea original hasta la inauguración del museo en abril de 2022?

Maria Joao Marques: Fueron siete años de preparación. Como es un museo único en su género, que introduce muchísimas innovaciones y tecnologías que nunca antes se habían utilizado en los museos permanentes típicos. Llevó mucho tiempo experimentar qué era posible y qué no, para que la experiencia del visitante sea lo más realista y convincente.

Desde el principio, nos planteamos el Quake como una experiencia, no la típica visita guiada estática donde el espectador es pasivo: este es un centro de recreación e interpretación de la Historia, con todas sus ramificaciones fascinantes que llegan hasta hoy: cómo estar preparado para un terremoto de intensidad máxima, cómo minimizar daños, cómo ayudar a la gente alrededor, cuáles refugios buscar y cuáles evitar para escapar de un tsunami, cómo impedir que se produzcan incendios y explosiones… las posibilidades son utilísimas e infinitas, y por eso interesan tanto a un visitante moderno.

Durante los dos años que duraron los cierres y confinamientos de la pandemia, aprovechamos ese tiempo para madurar el concepto, reconstruir el transcurso de la catástrofe, reunir los equipos técnicos, de historiadores y de asesores científicos, y reconstruir los escenarios para que el público pudiera recorrerlos, en el corazón de aquella Lisboa riquísima y abigarrada el 1º de noviembre de 1755, y „viviera” lo mismo que sus habitantes.

Recrear el Gran Terremoto para que alguien del siglo XXI lo „viva” como si fuera un lisboeta hace 250 años debe haber sido un reto: ¿cuál fue la principal dificultad?

Ricardo Clemente: Curiosamente, hay tantísima información de primera mano sobre el Gran Terremoto, que ese exceso de información fue tanto una ayuda como un problema, porque con tantos datos es fácil perder de vista la información realmente valiosa e importante.

Maria Joao Marques: Por eso hemos planteado la „experiencia Quake” como una cadena cuyos eslabones son personas y hechos, comienza con el abuelo científico, y termina con su nieta que recoge el testigo de la ciencia y la Historia para transmitir ese legado precioso a las generaciones futuras, hombres y mujeres, lisboetas y foráneos, científicos y gentes de todo tipo.

Ricardo Clemente: Y para llegar a todos ellos tuvimos que reunir un equipo con perfiles totalmente diferentes: sismólogos, arquitectos, ingenieros o historiadores, para que todas las piezas de nuestra idea encajaran perfectamente en el plazo previsto (este es el complejo más complejo de nuestra vida). Fuimos muy exigente en los detalles, porque al revés de la mayoría de museos, la arquitectura del Quake se adapta a la función que sirve, desde la entrada hasta las escaleras, como un recorrido en una máquina del tiempo por todas las etapas de la catástrofe: primero el terremoto, luego el tsunami, luego el incendio…

Hasta hoy el proyecto no está terminado: seguimos avanzando para trasladar el año próximo la experiencia Quake a una gira con una unidad móvil «mini-Quake» que visitará todo Portugal, y quizá Europa. Y tenemos más planes, como visitas guiadas por los escenarios reales de la catástrofe en toda Lisboa.

Quake es un proyecto orgánico y vivo que sigue evolucionando y creciendo, como la catástrofe misma: por eso nos alegra tanto tener grupos de escolares, investigadores y familias que se interesan por este fenómeno tan vivo y actual como lo es el Gran Terremoto. Muchos han repetido la visita, y regalan la experiencia con entradas para Navidad, Reyes, obsequios en grupo para empresas, y otros eventos especiales.

¿Quiénes se interesan por revivir la catástrofe; cómo es el perfil del típico visitante del Quake?

Maria Joao Marques: Viene gente de todo tipo. Al principio eran muchos portugueses, también con grupos de escuelas, universidades y familias, porque gran parte de la gente que vivió el gran terremoto de 1969 en Portugal se acuerda y quiere explicárselo a sus nietos a través de la experiencia de 1755. Ahora vienen más turistas de Europa, Inglaterra, Francia, Latinoamérica… y muchos se asombran cuando aprenden aquí que puede volver a suceder en cualquier momento, e incluso afectarlos en sus países de origen.

Ricardo Clemente: Sí, el peligro de que se repita es trasversal y nos afecta a todos, en todos los sectores de la sociedad, y no estamos preparados, dicen nuestros ingenieros civiles y los expertos. Por ejemplo, cuando suceda solo funcionará un hospital, uno solo, y los servicios públicos colapsarían. La política tiene una visión a corto plazo, porque planifican solo para su mandato de 4 años, y no para generaciones futuras. Eso sí, somos un pueblo que reaccionamos rápido y bien. Técnicamente, hay un plan de emergencia para la Gran Lisboa, pero nos faltan las infraestructuras para cumplirlo cuando haga falta.

Precisamente por eso el Museo Quake es un centro informativo, didáctico y divulgativo para saber qué hacer en ese caso, y compara 1755 con otras grandes catástrofes más recientes. Quake es un museo de vanguardia y orientado al futuro, al servicio de las nuevas generaciones, para aumentar la valía y el carácter singular de Lisboa (ciudad que, además, ha crecido muchísimo desde 2019, el año ante de la pandemia). Es un museo sostenible que ayuda a cuidar de la ciudad y su memoria: en cierto modo, somos el antiparque temático. También por eso, el Museo Quake tiene cada vez mayor credibilidad y colaboran con nosotros la autoridades de Protección Civil, el Ayuntamiento, la Academia de las Ciencias, y muchos más.

 

Tenemos muchísimos proyectos y sorpresas para el año que viene, así que, tal como reza nuestro lema, «¡ESPERAD LO INESPERADO!»

Vídeo de la BBC sobre la innovación que aporta el Museo Quake, así como el Gran Terremoto de Lisboa de 1755: https://www.youtube.com/watch?v=IVLGo_SgRfs

Enlace a la noticia de la I Feria del Libro, por Magazine Immobiliário: Quake promove feira do livro dedicada ao Terramoto de Lisboa – Magazine Imobiliário (magazineimobiliario.com)

Enlace al sitio web del Museo: https://lisbonquake.com/

Enlace a noticia del premio: https://www.prnewswire.com/news-releases/2022-thea-award-recipients-announced-by-themed-entertainment-association-

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

Susan Neiman fait de la question du mal le problème structurant de la philosophie moderne et explore les différents sens qui lui ont été donnés.

Écrit par Christian RUBY

La philosophe Susan Neiman se propose de comprendre l’histoire de la philosophie occidentale moderne à l’aune du concept de mal, dont elle juge qu’il en est un principe structurant. Son parcours se déploie entre deux événements marquants : le tremblement de terre de Lisbonne en 1755 et la création du camps de concentration d’Auschwitz au mitan du XXe siècle. L’un et l’autre ont en effet provoqué un trouble philosophique profond : dans le premier cas, l’idée d’un Dieu bienveillant apparaissait incompatible avec l’existence de catastrophes naturelles aussi dévastatrices ; dans le second cas, la valeur morale de l’être humain semblait s’effondrer face à des actes d’une telle atrocité.

Penser le mal. Une autre histoire de la philosophie Susan Neiman 2022 Premier Parallèle 475 pages

Afin de retracer l’histoire de ces questionnements, l’auteure identifie deux grandes traditions de pensée : l’une, allant de Jean-Jacques Rousseau à Hannah Arendt, s’efforce de rendre le mal intelligible ; l’autre, de Voltaire à Jean Améry, exige que nous le maintenions dans son absurdité. Cette catégorisation laisse de côté certaines pistes importantes (par exemple les réflexions de Spinoza, qui excèdent les bornes historiques choisies dans cet ouvrage). Mais Neiman ne cherche pas à produire un exposé exhaustif ni chronologique. Son approche est plutôt thématique, qui rassemble certains penseurs autour des réponses communes qu’ils proposent à la question de l’existence du mal. C’est ainsi que se compose ce qui est annoncé par le sous-titre du livre comme une « autre histoire de la philosophie ».

Rousseau : un tournant philosophique  

Le problème du mal a longtemps été débattu, et ce bien avant le tremblement de terre de Lisbonne. Mais l’auteure montre qu’entre Bayle ou Leibniz, d’une part, et Rousseau, d’autre part, on voit apparaître une rupture à l’occasion de cet événement. Alors que ceux-là l’abordaient dans une perspective théologique, Rousseau est le premier à retirer la responsabilité du mal à Dieu pour l’attribuer aux humains. Selon lui, si la catastrophe à été si dévastatrice pour la capitale portugaise, ce n’est pas du fait de la nature ou de Dieu, mais du fait des constructions humaines qui, parce qu’elles sont vulnérables à ces phénomènes, ont aggravé le bilan. Ce faisant, il opère une distinction nette entre le mal physique et le mal moral, qui n’avait pas lieu d’être dans la perspective théologique.

Ce retournement implique que nous ne sommes plus tenus de trouver des justifications supérieures ou de nier tout bonnement l’existence du mal (afin d’innocenter de toute faute le Créateur divin). C’est ce que proposaient jusqu’alors les défenseurs de la « théodicée » — cette doctrine soutenue notamment pas Leibniz, selon laquelle les manifestations du mal dans le monde sont des éléments nécessaires à l’accomplissement d’un plus grand bien, dont seul Dieu peut avoir la vision. Avec Rousseau, il est désormais possible d’intégrer l’existence du mal à un monde dont l’intelligibilité est, de surcroît, à notre portée.

En l’occurrence, le philosophe considère que la question doit être replacée dans une perspective historique : le mal a été introduit dans le monde par la civilisation, c’est-à-dire le long développement au cours duquel les humains se sont éloignés de leur véritable nature. En d’autres termes, Rousseau ne condamne pas l’être humain lorsqu’il lui attribue la responsabilité du mal : celui-ci n’est pas intrinsèquement pervers mais plutôt susceptible d’erreur et de corruption.

Or, en reformulant ainsi le problème du mal, Rousseau fournit en même temps la clé de sa résolution. Loin d’un péché originel, qui ne pourrait être corrigé que par la Grâce divine ou par les prières, c’est davantage de l’organisation de la société dont il convient de se soucier. Ainsi, la solution est politique : il est possible d’éradiquer le mal si les humains s’accordent sur de nouvelles règles collectives.

De Lisbonne à Auschwitz : un monde sans Dieu

Ces réflexions de Rousseau ont été rendues possibles par les discussions soulevées par le tremblement de terre qui a dévasté Lisbonne en 1755. C’est pourquoi Neiman pose cet événement comme la première borne de la pensée moderne sur le mal.

Le lien avec la seconde de ces bornes, qui met en quelque sorte fin à cette périodisation philosophique, est à première vue surprenante : comment justifier le rapprochement entre Lisbonne et Auschwitz ? Ces deux événements on en commun d’ébranler profondément notre sentiment que le monde a un sens. L’auteure montre ainsi que l’un et l’autre encadrent le déploiement du problème du mal en philosophie, quoique le premier permette de l’ouvrir, le second de le clore.

Le tremblement de terre de Lisbonne avait conduit Rousseau à marquer une distinction franche entre un mal naturel et un mal moral ; en ce sens, l’analyse des abominations commises dans les camps de concentration en termes exclusivement moraux s’inscrit dans la même logique réflexive (et en rupture avec les arguments théologiques qui la précédaient).

Cette rupture qui caractérise la modernité philosophique a une conséquence radicale : en assumant la responsabilité du mal, l’humain peut désormais se passer de Dieu. Ainsi Hegel formule le problème du mal en termes séculiers, y trouvant une solution dans le sens de l’histoire — tout en réconciliant les prétentions de la raison avec celles de la nature, comme le relève Neiman.

De même, l’auteure souligne la tentative de Marx d’expliquer le mal à partir des rapports sociaux — lesquels concernent à la fois les rapports à la nature et les rapports entre humains. Or, Marx avait lui-même fondé sa critique sociale sur une critique de la religion (et de la philosophie de ses prédécesseurs qui en faisaient encore le jeu, sous couvert de la démystifier). Il apparaît dès lors que cette critique de la religion sous toutes ses formes constitue la condition première de toute critique.

Une humanité « sans abri » 

Une différence de taille sépare toutefois les cas de Lisbonne et d’Auschwitz : le premier, pour dévastateur qu’il ait été, n’a pas provoqué une dévastation conceptuelle aussi profonde que le second. De telles distinctions sont nécessaires pour penser la spécificité du mal à chaque époque. C’est notamment ce que fait Günther Anders lorsqu’il met en parallèle Auschwitz et Hiroshima : si les crimes d’Auschwitz sont plus menaçants pour l’âme humaine, ce qui s’est passé à Hiroshima est plus menaçant pour l’humanité elle-même. De fait, écrit-il, il faut avoir le cœur plus dur pour pousser un enfant dans une chambre à gaz que pour lâcher une bombe sur ce même enfant — d’autant que cette bombe est lâchée à distance.

Neiman complète ce dossier des formes contemporaines du mal par une analyse précise de la thèse d’Arendt sur Eichmann, qu’elle révise sur la base des travaux de Bettina Stangneth. L’auteure s’appuie encore sur Nietzsche pour mettre en évidence l’ampleur des transformations que nous devons opérer pour résoudre le problème du mal que nous nous sommes infligés à nous-mêmes (évacuant une fois encore la perspective religieuse qui chercherait du côté de la rédemption).

Cette exploration des philosophies du mal redessine complètement la carte mentale de notre époque contemporaine. À cette époque, l’auteure attribue la qualité de « sans abri » — une situation similaire à la « mort de Dieu » annoncée par Nietzsche, où l’individu fait l’expérience de la perte des valeurs traditionnelles.

Mais cette cartographie nécessitait une mise à jour, puisque la première édition de cet ouvrage, en 2002, comportait des lacunes : à cette nouvelle édition en langue française, l’auteure ajoute une postface ouvrant la discussion sur des événements plus récents qui impliquent de renouveler notre approche du mal, comme le terrorisme, et en particulier les attentats du 11 septembre.

En affinant ainsi ses catégories, Neiman rappelle que l’existence de différentes formes de mal confirme que, comme beaucoup de notions fondamentales, le mal n’est pas réductible à une essence.

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

CHRONIQUE DE LA BATAILLE CULTURELLE. Ils étaient 130 000 à l’indépendance, ils ne sont plus qu’une poignée, disséminés sur le territoire. L’incroyable diversité culturelle de l’Algérie n’a pas trouvé son récit.

Écrit par Saïd Benmouffok

De lourds nuages gris recouvrent le ciel d’El Biar. La pluie vient de passer. Mohammed me conduit à travers la foule de la place Kennedy. Nous allons chez Farouk, un ami de la famille. À deux pas du marché, une grande maison coloniale se cache derrière un portail rouillé. La sonnette ne fonctionne pas, alors Mohammed donne de la voix : « Farouk ! On est là ! ». Une voix embrumée lui répond : « marhaba bikoum (bienvenue à vous) ».

Farouk, c’est le surnom de Frédéric. Sa maison, c’est celle de son grand-père Marcel Bellaïche, qui fut une éminence politique algéroise et un ami du révolutionnaire Ferhat Abbas. Frédéric a 56 ans, les cheveux gris clair et la peau d’un Européen né sous le soleil. Nous prenons place dans son salon rempli de livres et de bibelots orientaux. Il termine une conversation téléphonique en mélangeant l’arabe et le français comme tout Algérien. Son projet du moment est la restauration d’une synagogue dans la capitale. Un petit lieu de culte, symbole de la présence juive en terre algérienne. Mais les choses n’avancent pas. Pourquoi l’État ferait-il ce geste ? Qui s’intéresse encore aux juifs d’Algérie ? Ils étaient 130 000 à l’indépendance, une vaste communauté qui avait traversé les siècles. Ils sont aujourd’hui quelques centaines, disséminés sur le territoire. Il en reste une poignée à Laghouat, en Kabylie, à Alger. Seuls les gens du quartier savent qu’ils sont juifs. Ils sont mêlés aux musulmans.

Dans un coin du salon, un imposant meuble en bois se tient debout. C’est un objet liturgique du XIXe siècle qui abrite une torah. « Il faut être dix pour la prière. Ça fait bien longtemps que ce n’est plus possible. » Frédéric est lucide, même résigné. « Nous allons disparaître. Nous sommes les vestiges d’une culture qui va s’éteindre avec nous. » Après 1962, un avenir était encore imaginable. Mais deux tragédies ont vaincu l’espoir. D’abord, la question palestinienne, essentielle à la géopolitique algérienne. L’Algérie n’entretient officiellement aucune relation avec l’État d’Israël, et défend la cause palestinienne comme un prolongement de son combat anticolonial contre la France.

Refuge au « Judo » pendant la guerre civile

Et puis il y a eu la décennie noire du terrorisme en Algérie. Le basculement du pays dans l’horreur, les assassinats, les attentats, les faux barrages, les massacres de villages entiers. Des crimes tantôt aveugles, tantôt ciblés, comme ce jour de janvier 1995, près du square Port Saïd, où un islamiste a tiré deux balles dans le dos de José Bellaïche. « Mon père a été assassiné comme 150 000 autres Algériens l’ont été, voilà tout. » Le terrorisme a fait fuir ceux qui le pouvaient, scellant ainsi le destin du judaïsme en Algérie. Mais Frédéric a décidé de rester. Pourquoi ce choix ? « Je ne me suis jamais senti seul. » Tout le monde sait qu’il est une cible idéale. L’armée lui donne alors des consignes : ne jamais sortir aux mêmes horaires, toujours changer d’itinéraire, et rester chez soi le moins longtemps possible pour éviter une intrusion.

Un lieu devient son abri. Un imposant immeuble qui domine El Biar, au 94 avenue Ali Khodja. Jusqu’à ce jour, rien n’indique au passant la valeur historique de cette adresse. On l’appelle « le judo », depuis que le rez-de-chaussée est devenu une salle d’arts martiaux. Dans cette salle, Henri Allegfut fut soumis à la « question », Maurice Audin fut assassiné, Ali Boumendjel fut torturé puis jeté du dernier étage de l’immeuble. Pendant la guerre civile, c’est dans ce bâtiment que Frédéric a trouvé refuge. « Je dînais chez les uns, dormais chez les autres. Si besoin, on m’escortait jusque chez moi. » Des années à vivre sous la protection des riverains. Jusqu’à ce que l’Algérie sorte du cauchemar.

Tourner la page

Très vite, un silence traumatique a pris la place de l’effroi. Il fallait tourner la page du terrorisme, juste revivre. Les plaisirs simples sont revenus, et Frédéric a cessé de se cacher. Plus que jamais, il se sent algérien : « Quand je quitte Alger pendant quelques semaines, je frémis d’y revenir, ça me manque trop ». Parmi tant d’effets irréparables, les années noires ont été fatales à sa communauté. Les enfants sont tous partis, et les anciens ne seront pas éternels. Frédéric veut sauver ce qui peut l’être. Mais il sait son combat perdu d’avance. Un jour, peut-être, il sera le dernier juif d’Algérie.

Le nationalisme a sanctifié l’image d’un pays exclusivement arabe et musulman. L’incroyable diversité culturelle de l’Algérie n’a pas trouvé son récit. Frédéric en a pris acte. Mais il continue malgré lui d’espérer. Un mot, un signe, un symbole qui unirait officiellement les deux termes de son identité : juif algérien. De quoi mettre fin à son exil intérieur. De quoi rendre à son pays un morceau de son histoire. De quoi faire une place à la mémoire d’un monde qui aura bientôt disparu.

 

[Source : http://www.nouvelobs.com]

El nuevo contexto internacional exige que la tercera lengua más destacada en el mundo penetre en la práctica y decisiones del órgano  jurisdiccional de la ONU, convirtiéndose en idioma oficial a todos los efectos

El español, en el Tribunal Internacional de La Haya

Escrito por RAFAEL NAVARRO-VALLS

El español es la lengua mundial de mayor capacidad expansiva, pero es también la que debe de superar mayores obstáculos para ocupar en el universo lingüístico el rango que le corresponde.

Hoy -según los últimos datos (Instituto Cervantes, Informe 2022)- más de 496 millones de personas tienen el español como lengua materna (el 6,3 % de la población mundial). En este sentido, es la segunda lengua materna del mundo por número de hablantes, solo por detrás del chino mandarín. Hay que tener en cuenta que es el idioma oficial de 21 países. Su número de usuarios potenciales supera los 595 millones. Desde esta perspectiva, es la cuarta lengua en el cómputo global, después del inglés, el chino mandarín y el hindi, lo que significa que lo habla el 7,6% de la población mundial y se prevé un 7,7% en 2050. Un total de casi 22 millones de 110 países estudian español como lengua extranjera.

Sin embargo no conviene bajar la guardia, pues un formidable factor -el inglés- está siendo instrumentalizado para detener esa potencia expansiva. Pongamos algunos ejemplos, comenzando por internet.

Ahí, el español es la tercera lengua entre las más empleadas por los internautas. Pero es un dato engañoso. Solamente el 7,9 % de los usuarios de internet se comunica en español. Sin embargo su uso está a gran distancia del inglés, que se emplea en el 51,2% de las páginas multilingües. . Y eso que el inglés es hablado solamente por un 6 % de la población mundial.

Brasil es otra gran esfera donde el español está cediendo ante el inglés. La llamada Ley del Español era una ley en Brasil que estuvo vigente desde 2005, que obligaba a todos los centros de enseñanza secundaria, tanto públicos como privados, a ofrecer la enseñanza de español dentro del horario lectivo. Sin embargo en 2017, la ley del español fue derogada, pasando su regulación a cada estado. En 2021, solamente cinco de los 27 estados brasileños declaran obligatoria la oferta de español en primaria.

En fin, el español está sufriendo dificultades en EEUU. Aunque no tiene lengua oficial, de modo que cada uno puede hablar la lengua que desee, y el español es hablado por unos 50 millones de personas, las espectaculares cifras del crecimiento del español comienzan a ser corregidas. Aunque las personas de origen hispano constituyen la principal minoría del país (un 17% de la población, según Pew Research Center), el propio Instituto Cervantes ha dado una primera señal de alarma. «La ventana de crecimiento del español podría cerrarse», advierte Ignacio Olmos , director del Instituto Cervantes de Nueva York. Por ejemplo, entre 2006 y 2015, el porcentaje de hispanos que hablan español en casa cayó del 78% al 73%.

En esta situación de tira y afloja en torno a la lengua española, conviene alentar vigorosas reacciones para potenciarla. Una importante es la protagonizada por la Real Academia de Jurisprudencia y Legislación de España y la Conferencia Permanente de Academias Jurídicas Iberoamericanas, que integra casi una treintena de Academias, situadas en la gran mayoría de los países entre el Río Grande y la Tierra de Fuego y en la propia España. A ella se han sumado, entre otras, la Unión Iberoamericana de Colegios y Agrupaciones de Abogados (UBIA), la Organización de Estados Iberoamericanos para la Educación, Ciencia y Cultura (OEI), el presidente de la Word Jurist Association, la Conferencia de Ministros de Justicia de los Países Iberoamericanos, el Instituto Cervantes y el Ministerio de Exteriores español. Se trata de incorporar el español como lengua oficial del Tribunal Internacional de Justicia de la Haya (TIJ).

Actualmente -luego veremos la causa- solamente son lenguas oficiales el francés y el inglés, sin perjuicio de la posibilidad de autorizar otro idioma cuando expresamente lo pida una de las partes (art. 39 de los Estatutos TIJ). En este caso hay que presentar una traducción certificada en uno de los idiomas oficiales (art. 51 Reglamento TIJ), con la consiguiente carga suplementaria, lingüística y económica. Lo cual es claramente incompatible a la luz de la oficialidad de una lengua.

El TIJ es un organismo judicial creado en 1946 e integrado en la ONU. Su principal función es encontrar una solución pacífica en los conflictos y pronunciarse ante posibles violaciones que afecten a los derechos humanos: conflictos territoriales entre naciones, controversias diplomáticas, disputas jurídicas entre Estados etc. Entre los muchos ejemplos que podríamos poner, hace meses el presidente de Ucrania pidió al TIJ «que dicte una orden urgente para que se detenga la actividad militar rusa».

La razón de que sean solamente oficiales el inglés y el francés, excluyendo el español, es la siguiente. El TIJ es la continuidad de la Corte Permanente de Justicia Internacional de la Sociedad de Naciones. Según el profesor Castor Barrado -que en su discurso de ingreso de la Real Academia de Jurisprudencia y Legislación de España propuso el proyecto al que nos referimos-, aunque usualmente se suele decir que esa Corte es creada en 1922, la verdad es que el Estatuto de la Corte entró en vigor en 1921. La fecha de 1920 es acertada para indicar el momento en que se decidieron las lenguas oficiales.

No puede olvidarse que en el siglo XX se han producido dos guerras mundiales, episodios de genocidio o ataques indiscriminados a la población civil. Estas y otras circunstancias crearon la necesidad de fundar un organismo supranacional para juzgar los crímenes. De ahí la creación de la mencionada Corte Permanente de Justicia Internacional de la Sociedad de Naciones.

La Sociedad de Naciones, que no tuvo una vida brillante, se disolvió en abril de 1946, siendo sustituida por las Naciones Unidas. A su vez, la Corte Permanente de Justicia fue sustituida por el Tribunal Internacional de Justicia, con sede en La Haya (TIJ). La ausencia del español encuentra sus orígenes en el Tratado de Versalles. Las decisiones de entonces condicionaron que la Corte Permanente de Justicia Internacional (CPJI) tuviera únicamente como lenguas oficiales el francés y el inglés, al no tener el español la importancia actual. Esto fue asumido con posterioridad por la ONU y se trasladó mecánicamente al sistema y  procedimientos del TIJ.

El nuevo contexto internacional exige que la tercera lengua (si excluimos al hindi) más destacada en el ámbito internacional penetre también en la práctica y decisiones del órgano  jurisdiccional de la ONU, de tal modo que se apruebe su calificación como lengua oficial, a todos los efectos, del TIJ. La importancia que tiene este órgano es decisiva. Es por eso que los Estados de lengua española estarían obligados a realizar todos los esfuerzos posibles para lograr este objetivo.

A este razonamiento debe añadirse el dato práctico de que muchas controversias que se plantean ante el TIJ son entre países de lengua hispana y que carece de fundamento la obligación de que el proceso deba desarrollarse en la fase escrita y oral en inglés o en  francés.

En este sentido, han sido partes en asuntos ante el TIJ los  siguientes Estados de lengua española: Argentina: 2 veces; Bolivia: 2; Chile: 4 ; Colombia: 7; Costa Rica: 6; El Salvador: 2; Ecuador: 1;  España: 4; Guatemala: 2; Guinea Ecuatorial: 3; Honduras: 6;  México: 2; Nicaragua: 15; Paraguay: 1; Perú: 4; Uruguay: 1;  y Venezuela: 1. Pero, asimismo, se debe constatar que, desde el inicio del siglo XXI, se han resuelto asuntos por el TIJ que enfrentaban entre sí a dos Estados de lengua española mediante procedimientos que se sustanciaban en inglés y/o francés. Así cabe recordar por fecha de sentencia: El Salvador-Honduras en 2003; Nicaragua-Honduras en 2007; Costa Rica-Nicaragua en 2009; Argentina-Uruguay en 2010;  Nicaragua-Colombia en 2012; Ecuador-Colombia en 2013; Perú-Chile en 2014;  Nicaragua-Costa Rica en 2015; Nicaragua-Costa Rica en 2018, en tres ocasiones, Bolivia-Chile en 2018 etc.

¿Por qué obligarles, en principio, a utilizar una lengua foránea? No puede extrañar que los dos partidos mayoritarios (PSOE y PP) acaben de presentar en el Senado una iniciativa parlamentaria conjunta instando al Gobierno «a culminar las gestiones necesarias en los distintos foros para que el español se convierta en lengua oficial en la Corte Internacional de Justicia».

Rafael Navarro-Valls es presidente de la Conferencia Permanente de Academias Jurídicas Iberoamericanas y vicepresidente de la Real Academia de Jurisprudencia y Legislación de España.

 

[Ilustración: TOÑO BENAVIDES – fuente: http://www.elmundo.es]

Un collectiu per las literaturas en lengas regionalas a l’escòla revendica coma part del patrimòni literari francés la produccion escricha en aquelas lengas coma la nòstra

Una peticion en linha amassa de signaturas per que dins las escòlas de l’estat francés s’ensenhe tanben las literaturas de las lengas autoctònas minorizadas. L’inciativa, lançada per un collectiu per las literaturas en lengas regionalas a l’escòla, revendica coma part del patrimòni literari francés la produccion escricha en aquelas lengas, “abondosa e eminentament digna d’interès”.

Demest d’autres arguments, lo collectiu assegura que la quasi-totalitat dels franceses sabon pas que Mistral, prèmi Nobel de literatura, escriviá pas en lenga francesa mas en occitan. Per aquela rason òbran “per metre fin a aquela aberracion”.

https://www.mesopinions.com/petition/art-culture/vraie-place-litteratures-langues-regionales-programmes/193595

 

[Sorsa: http://www.jornalet.com]