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L’incident a provoqué une levée de boucliers de la part des Canadiens francophones, remettant sur la table la nécessité de protéger la langue française dans toutes les provinces francophones du pays.

Pour son premier discours au Québec, le PDG d’Air Canada Michael Rousseau a choisi de s’exprimer uniquement en anglais. | John via Flickr

Pour son premier discours au Québec, le PDG d’Air Canada Michael Rousseau a choisi de s’exprimer uniquement en anglais.

Écrit par Marie Haynes 

Ce devait être un discours comme un autre, prononcé devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Dans d’autres circonstances, il n’aurait sans doute pas fait l’objet de plus d’une brève dans la presse québécoise. Mais pour son premier grand discours au Québec, le 3 novembre dernier, le PDG d’Air Canada Michael Rousseau a choisi de s’adresser uniquement en anglais à la foule d’hommes d’affaires majoritairement francophones venus l’écouter.

Pire encore, le grand patron qui vit à Montréal depuis près de quatorze ans est resté interdit face aux questions qui lui ont été posées en français par les journalistes à l’issue de son discours. «Can you redo that in English?», leur a-t-il demandé, avant de justifier –en anglais– son unilinguisme assumé: «J’ai toujours pu vivre à Montréal sans parler français. C’est tout à l’honneur de la ville.»

Loin de l’excuser, sa réponse maladroite a eu l’effet d’une bombe. Comment un Montréalais, chef d’une entreprise dont la maison-mère est située au Québec, peut-il ne pas connaître un traître mot de français?

Langue et culture méprisées

En émoi, le gouvernement québécois a immédiatement réagi aux propos du PDG. «Je trouve ça insultant», s’est indigné le Premier ministre François Legault. «Le grand patron d’Air Canada exprime tout ce que nous avons rejeté il y a des décennies: le mépris pour notre langue et notre culture chez nous au Québec. Ces propos sont indignes des fonctions qu’il occupe», a renchéri le ministre de la Justice du Québec, Simon Jolin-Barrette, sur Twitter. La polémique s’est envolée jusqu’au plus au sommet de l’État fédéral, le Premier ministre canadien Justin Trudeau qualifiant la situation d’«inacceptable».

À l’image de toutes les entreprises publiques fédérales, Air Canada est soumise à certaines obligations en matière de bilinguisme. Société d’État à sa création, elle a été privatisée en 1988, mais est restée assujettie à la Loi sur les Langues Officielles (LLO) qui assure notamment l’égalité de l’anglais et du français dans les services publics.

«C’est un manquement à l’esprit de la loi, analyse François Larocque, professeur titulaire de la chaire de recherche sur le monde francophone, droits et enjeux linguistiques à la Faculté de droit de l’Université d’Ottawa. Air Canada est une organisation qui est légalement tenue d’être bilingue dans son service au public et qui devrait présenter un visage bilingue. L’exemplarité est importante, et elle doit venir d’en haut.»

À ce jour, plus de 2.000 plaintes ont été déposées auprès du Commissariat aux langues officielles du Canada, chargé de faire appliquer la LLO et donc d’assurer l’égalité du français et de l’anglais dans le pays. Un chiffre qui nous été directement fourni par le service de presse de cette autorité. Si la recevabilité de l’intégralité de ces plaintes doit encore être étudiée, ce record illustre à quel point le PDG d’Air Canada a touché une corde sensible chez les Canadiens francophones.

«Speak white»

«C’est un retour dans le passé pour eux, soupire Martin Pâquet, historien et auteur de Langues et politique au Canada et au Québec: une synthèse historique (publié en 2010 par les Éditions du Boréal). On leur dit que leur langue n’est pas importante, puisqu’un PDG qui vit à Montréal depuis quatorze ans n’a pas besoin de parler français au Québec.»

L’incident replonge en effet les francophones dans une période pas si lointaine où leur langue était écrasée sous le poids de l’anglais. À partir du XIXe siècle et avec l’émergence d’une bourgeoisie anglophone, le français est considéré comme une langue parlée par le bas de l’échelle sociale, et inutile pour évoluer socialement. «Cette supériorité des Canadiens anglophones se manifeste à l’époque par l’expression “Speak white”», ajoute l’historien. Jusque dans les années 1970 à Montréal, il était commun de se voir répondre «Speak white» lorsque l’on demandait un service en français dans les grands magasins de la ville québécoise. Entendez: ici, on parle anglais.

«Aujourd’hui, il y a des lois et un discours officiel en faveur du bilinguisme, mais dans la réalité celui-ci n’est que de façade.»   Martin Pâquet, historien

Depuis, la Révolution tranquille est passée par là. Initiée en 1960, elle correspond à une période de grands bouleversements pour le Québec. Dans la lignée des combats pour les droits civiques des Afro-Américains aux États-Unis, mais aussi en parallèle des soulèvements en France et en Europe, les Québécois demandent une réaffirmation de leur identité francophone et une redéfinition des rapports entre la province et le fédéral.

Il en découle une série de lois linguistiques tant pour la province québécoise qu’au niveau fédéral. C’est en 1969 que le Canada devient officiellement un État bilingue, avec la promulgation de la Loi sur les langues officielles, qui fait de l’anglais et du français les deux langues officielles du pays. Au Québec, en 1977, la Charte de la loi française impose le français comme la seule langue officielle de la province.

En 2021, la protection de la langue francophone reste toujours aussi fragile. «Bien sûr, aujourd’hui, il y a des lois et un discours officiel en faveur du bilinguisme, mais dans la réalité celui-ci n’est que de façade, dont Air Canada est un bel exemple, puisqu’il est soumis à la loi mais ne respecte pas ses engagements», commente Martin Pâquet.

En tendance de fond, le déclin de la francophonie au Québec et en particulier à Montréal inquiète. Selon une récente étude réalisée par Statistique Canada à la demande de l’Office québécois de la langue française, la part de la population québécoise parlant français à la maison pourrait passer de 82% en 2011 à 75% en 2036. Dans une étude similaire, on peut lire que 49% des francophones au Québec parlent anglais sur leur lieu de travail, un phénomène encore plus important à Montréal.

Vers une modernisation de la loi

La polémique Air Canada a remis sur la table un projet de loi très attendu par les Canadiens francophones. Enterrée par le déclenchement anticipé d’élections fédérales et la dissolution du Parlement, la modernisation de la Loi sur les Langues officielles, restée telle quelle depuis 1988, pourrait changer les choses.

La ministre des Langues officielles Ginette Petitpas Taylor s’est engagée à présenter ce nouveau texte au Parlement dans les 100 premiers jours du nouveau gouvernement Trudeau. «S’il est adopté tel quel, il pourrait imposer le bilinguisme aux juges de la Cour suprême, mais aussi à l’ensemble des entreprises privées du Québec et des zones de grande concentration francophone comme l’Est ontarien et le Nouveau-Brunswick», détaille le professeur de droit François Larocque.

Le commissaire aux langues officielles pourrait aussi se voir attribuer plus de pouvoir, avec la possibilité d’émettre des ordonnances plus contraignantes voire des sanctions pécuniaires, à l’égard des entreprises en faute. De son côté, le Québec planche aussi sur un projet de loi qui permettrait de réaffirmer la place du français dans la province.

En attendant, le PDG d’Air Canada a présenté ses excuses et annoncé qu’il avait commencé à suivre des leçons intensives de français. Nul doute que ses progrès seront suivis avec attention par la communauté francophone.

[Photo : John via Flickr – source : http://www.slate.fr]

Pour la 9e année, Les Éditions du Net et ActuaLitté organisent la Journée du Manuscrit Francophone le 24 octobre prochain. Inspirée de la fête de la musique où tous les musiciens peuvent jouer, la Journée du Manuscrit permet à tous les auteurs de publier gratuitement leur livre et de tenter de remporter le Grand Prix du Manuscrit Francophone ou l’un des 7 Prix littéraires. Aujourd’hui internationale, elle compte près d’un million d’abonnés sur sa page Facebook — c’est aussi pour ces raisons qu’elle a reçu le soutien de l’UNESCO et du Syndicat national de l’édition. 

ActuaLitté

Depuis le 1er mai, les auteurs peuvent déposer leur manuscrit, avec un engouement encore plus important que les années précédentes : près de 300 livres ont été acceptés par le Comité de Sélection — le nombre de livres de 2020. Les premiers ouvrages sont déjà présentés sur le site avec un extrait et diffusés sur les réseaux.

Pour participer, les auteurs ont jusqu’au 30 septembre pour déposer leur manuscrit, uniquement sur le site. Chaque auteur présent à la soirée recevra deux exemplaires imprimés de son livre : ils seront par la suite commercialisés en Impression à la demande par Les Éditions du Net. À ce titre, les auteurs perçoivent 40 % de droits d’auteurs sur les ventes directes et 10 % sur celles opérées en librairie. Le service est entièrement gratuit.

Des extraits des livres seront publiés sur le site pour recueillir des commentaires et des votes qui seront pris en compte par le jury.

Tous les livres seront publiés le 24 octobre 2021 et le Jury qui attribuera 7 prix – Nouvelles, Roman, Essai, Témoignage, Science Fiction, Poésie, Savoir – et le Grand Prix de la Journée du Manuscrit Francophone, qui est doté d’un contrat d’édition de 10.000 € (ou d’un chèque de 3500 €).

Le goût de l’écrit

L’envie d’écrire ne relève plus du phénomène marginal : ateliers d’écriture, master class d’écrivains, services d’accompagnement pour les auteurs, festivals de livres ouverts à tous, plateformes d’édition ou autres concours littéraires explosent.

Le secteur en a pris conscience : les services de manuscrits des éditeurs sont saturés et les libraires croulent sous les demandes d’auteurs. Tous les acteurs travaillent à de nouveaux projets pour ces écrivains amateurs : les plus emblématiques, initiés en juin, restent les ateliers d’écriture, associés à une plateforme d’édition (L’Écritoire prévu en septembre) par l’enseigne Cultura.

« À travers les échanges que nous avons eus avec des milliers dauteurs ces dix dernières années nous constatons que l’écriture est devenue un loisir à part entière », indique Henri Mojon, fondateur de la Journée. « En 2013, la motivation des participants était de trouver un éditeur et davoir du succès, aujourdhui, il s’agit de publier le livre que lon a écrit pour le plaisir. »

La Journée du manuscrit sur Facebook.

[Source : http://www.actualitte.com]

Le 21 août, dès 11h, se déroulera la journée du livre haïtien du Centre N A Rive de Montréal, en présentiel et virtuel. Créé en 2008, ce salon du livre célébrera sa 13e édition. Il a pour objectif de faire connaître l’univers littéraire haïtien au grand public. En réalité, après avoir inspiré d’autres pays francophones, cette manifestation culturelle s’inscrit dans une perspective plus large : celle de faire connaître le monde littéraire francophone.

ActuaLitté
Publié par Marion Clousier

Créée pour fêter le 35e anniversaire du Centre N A Rive, organisme sans but lucratif qui accompagne les personnes socio-économiquement défavorisées à améliorer leurs conditions et leur qualité de vie, la Journée du livre haïtien réunit collaborativement éditeurs et auteurs haïtiens, québécois et franco-canadiens.

Chaque année, cette journée, particulièrement célébrée dans les librairies montréalaises, rassemble une douzaine de maisons d’édition et plus d’une vingtaine d’autrices et d’auteurs.

C’est aussi grâce à la participation de plusieurs librairies québécoises dont les Éditions Mémoire d’encrier et les éditions du CIDIHCA, ainsi que du journal Le Devoir, Spécial Haïti sous la plume de ses auteurs, paru le samedi 24 juillet, à qui elle doit sa renommée.

À cause de la pandémie mondiale, qui nous étouffe depuis des mois, l’édition de 2020 n’a pas pu avoir lieu. Pour cette raison, le Centre a donné carte blanche à Rodney Saint-Éloi, poète, écrivain, essayiste et éditeur, et Frantz Voltaire, historien, écrivain, conférencier et cofondateur du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA), tous deux d’origine haïtienne, pour qu’ils animent au mieux cette journée, si importante dans la valorisation de la littérature francophone.

Pour poursuivre cet objectif, le Centre a établi que le 3e samedi du mois d’août serait officiellement consacré à la journée « Je lis haïtien ».

Au Québec, un 12 août de célébration

Une mesure littéraire, qui rejoint celle de plusieurs autres manifestations culturelles autour de la littérature francophone. En effet, la journée du livre haïtien fait écho à celle du « 12 août, j’achète un livre québécois », durant laquelle les ventes des librairies indépendantes de Québec et Lévis explosent, relate le journal Le Soleil. Et ce malgré la difficulté du contexte sanitaire.

Pour Monsieur Chouinard, directeur de la librairie lévisienne éponyme : « Le 12 août, c’est une journée de reconnaissance envers nos créateurs québécois. C’est un moment durant lequel on s’arrête pour leur dire merci. » Une initiative que l’on peut recontextualiser de la même manière pour la journée du 3e samedi d’août.

Des francophones engagés 

Les pays d’Europe n’ont finalement rien à envier de ces journées littéraires québécoises. À l’instar de ces dernières, la Suisse s’est inspirée de cette initiative littéraire et a invité à lire « des livres suisses », durant la journée du 23 avril, l’année dernière.

Une initiative, qui a sans doute motivé la Belgique à suivre le mouvement. À son tour, l’année dernière, elle promut le livre belge francophone du 16 novembre au 25 décembre. Attention cependant à l’intitulé de cette campagne, hors de question de rester chauvin, le livre belge francophone s’ouvre à tous livres de langue française, du moment qu’il est édité en Belgique, qu’importe l’origine de son auteur ou de son autrice.

C’est avec un réel enthousiasme que les lecteurs s’entassent dans les librairies lors des journées consacrées à la littérature francophone. Un plaisir pour nous-mêmes et pour les libraires, mais aussi une réelle gratification autant pour les auteurs que pour leurs éditeurs. La rédaction espère que l’initiative sera reprise dans d’autres pays francophones, notamment en Afrique, pour nous faire découvrir davantage les cultures et la littérature d’autres pays.

via Rezo Nodwes

[Photo : Sergiu Vălenaș, Unsplash – source : http://www.actualitte.com]

Comment encourager l’industrie du jeu vidéo à s’intéresser davantage à l’emploi de la langue française ? La Guilde du jeu vidéo prend le pari des jeux-questionnaires et des outils numériques en lançant samedi la plateforme ludique Ludmo.

Vue aérienne de trois personnes avec une manette de jeux vidéo en main.

Un Programme de soutien à l’innovation dans l’industrie du jeu vidéo a été annoncé la semaine dernière et pourrait être bénéfique aux régions. Photo : BEN NELMS

Exit les anglicismes esportgamers ou encore split screen, bonjour le sport électronique, les joueurs et joueuses et les écrans partagés. Promouvoir l’usage du français dans l’industrie vidéoludique, dominée par l’anglais, est un sacré défi. Mais Nadine Gelly, directrice de la Guilde du jeu vidéo, saute à pieds joints dans l’aventure.

Le français est une langue riche, poétique et vivante […] et a le potentiel d’ancrer davantage notre position de chef de file dans la francophonie et dans le monde en ce qui concerne la conception de jeux vidéo.

Une citation de : Nadine Gelly

Le caractère immatériel [des jeux vidéo] et sa portée internationale, combinés à une culture en ligne émergente, ont fait de l’anglais la langue par défaut de cette jeune industrie, où tout est à créer, même le vocabulaire, souligne-t-on dans le communiqué.

La Guilde travaille depuis plusieurs mois aux côtés du studio montréalais Affordance et de l’Office québécois de la langue française pour construire le site Ludmo, qui inaugure ses deux premiers jeux éducatifs sur le thème.

[Le jeu vidéo] est le médium parfait pour renforcer l’usage du vocabulaire francophone dans l’industrie, croit Avery Rueb, le cofondateur et directeur d’Affordance Studio.

Jouer pour apprendre

Le premier titre suggéré par la plateforme, Mots de jeux, vise à aider les artisans et artisanes du vidéoludique à trouver les mots justes en français pour parler des étapes de conception ou encore des différents emplois de l’industrie.

Jeu questionnaire en ligne.

«Mots de jeux» permet aux internautes d’apprendre les bons termes à utiliser en français pour décrire leur univers vidéoludique. Capture d’écran

Par exemple, dans un mini-jeu par association et un questionnaire en course contre la montre, l’internaute doit trouver l’équivalent francophone du poste de community manager (gestionnaire de communauté).

Le joueur y est opposé à un personnage qu’il ou elle devra battre à chacune des villes sur la carte virtuelle pour progresser dans son acquisition de connaissances sur l’industrie, précise-t-on dans le communiqué.

Le second titre, Défi Québec, teste plutôt les connaissances générales liées aux enjeux linguistiques de la province à travers un jeu-questionnaire. Les internautes se font interroger notamment sur l’année où le français est devenu une langue officielle, ou encore la proportion de la population québécoise qui travaille dans la langue de Miron.

Jeu questionnaire en ligne.

«Défi Québec» teste les connaissances générales liées aux enjeux linguistiques de la province à travers un jeu-questionnaire. Capture d’écran

Un lexique ludique en construction

Toute la recherche de vocabulaire qui a servi pour Défi Québec et Mots de jeux ne sera pas perdue. L’OQLF compte ajouter les mots à son lexique de l’industrie du jeu vidéo, qui demeurait inchangé depuis 2012. Et la Guilde, qui a plus d’un tour dans son sac, compte lancer prochainement sur la plateforme Ludmo Lexique ludique, une version interactive et collaborative de ce guide pour inciter les studios, par exemple, à participer aux efforts.

C’était important pour nous que les développeurs de jeux vidéo québécois soient au cœur de ce projet, affirme Nadine Gelly.

Bien que Ludmo s’adresse principalement aux personnes qui travaillent dans l’industrie du jeu vidéo, la Guilde estime que tous les francophiles ou adeptes du vidéoludique peuvent y trouver leur compte.

 

[Source : http://www.radio-canada.ca]

A l’occasion de la Semaine de la langue française et de la francophonie, le ministère de la Culture annonce le lancement du Dictionnaire des francophones (DDF).

dictionnaire-des-francophones-DDF

Écrit par Elizabeth Sutton 

La langue française est source de partage. Il y a 300 millions de francophones, cela vaut bien un dictionnaire !

La langue française évolue, elle devient au fil du temps plus riche, chaque pays francophone l’adopte et l’adapte en fonction de ses spécificités.

Un dictionnaire francophone collaboratif

Pour faire le point entre ces variations de la langue francophone, un dictionnaire collaboratif vient d’être lancé. On va enfin pouvoir découvrir ce que veulent dire les mots « Pourriel » (Québec), « l’eau à ressort » (Congo), « pause-carrière » (Belgique), “Sans baisser les pieds” (Sénégal)… Ce dico est composé de milliers de mots venus de toute la francophonie !

Près de 600 000 termes

Le DDF propose dès son lancement 600 000 termes et expressions. Ce dictionnaire pas comme les autres est accessible sur Internet ou via une application (iOS et Android). Il est gratuit et évolutif. C’est un laboratoire d’enrichissement encyclopédique.

L’interface est simple, fluide et s’adresse à tous. Saisissez un mot dans la barre de recherche et découvrez les différentes significations dans les différents pays. En se localisant, on a aussi la possibilité d’accéder à plus de contenus.

Chacun a la possibilité de proposer son expression, les mots usités dans chaque pays francophone.
L’objectif du Dictionnaire des francophones est de comprendre, partager, mais aussi intégrer, stocker, décrire et commenter les termes de la francophonie.

Ce dictionnaire des francophones est un régal, à la fois ludique et informatif il va ravir les amoureux des mots  !  Pour y accéder c’est ici  

 

[Source : http://www.idboox.com]

La ministre canadienne des Langues officielles est convaincue que l’augmentation de l’immigration francophone est la façon d’assurer la pérennité du français au Canada. Et elle profite de toutes les tribunes pour faire passer le message.  

 PHOTO AlbanyColley / Pixabay / CC

Écrit par Martin Gauthier

Favoriser l’immigration francophone à l’extérieur du Québec fait partie des cinq grandes mesures d’un document de travail présenté par la ministre Mélanie Joly le 19 février dernier pour réformer la loi sur les langues officielles adoptée il y a plus de cinquante ans.

“Le risque [qu’il y a à] ne rien faire, c’est que le fait français au Canada soit en péril au cours des cinquante prochaines années”, a déclaré au Journal de Montréal la ministre des Langues officielles. Mme Joly a confié à La Presse que son gouvernement “d[eva]it redoubler d’efforts pour attirer davantage d’immigrants qui parlent la langue de Molière”.

Une “question de survie”

Comment ? “Il faut que le ministère de l’Immigration ait le réflexe de recruter des immigrants francophones”, soutient la ministre, “de les accueillir en français et de travailler avec des communautés francophones qui elles-mêmes vont accueillir en français ces immigrants, et que par la suite ces immigrants aient le réflexe d’envoyer leurs enfants à l’école en français”. Mme Joly précise sa pensée au Journal de Montréal :

On reconnaît qu’on doit prévoir une stratégie nationale d’immigration en français à l’extérieur du Québec pour maintenir le poids des francophones. C’est une question de survie. C’est ce qui va nous permettre de maintenir un équilibre au pays, et au final, une cohésion sociale. Je pense que la réaction va être positive.

[Photo : AlbanyColley – Pixabay/CC – lisez l’intégralité de cet article sur http://www.courrierinternational.com]

A mai, ditz pas que los mots jòi e jòia, prononciats atal, son occitans

Se nèga encara l’occitan dins los mèdias franceses. Ara es France Inter que nos vòl ensenhar que los trobadors occitans escrivián en ancian francés. Lo 30 de decembre passat, dins l’encastre de sa cronica, Clara Dupont-Monod faguèt en mens de cinc minutas un cors de lingüistica per analisar coma èra construch lo roman e lo poèma a l’Edat Mejana. La cronicaira mençona sonque la lenga francesa medievala, e cal doncas comprene, segon ela, que Bernat de Ventadorn escriviá en francés ancian en onor d’Alienòr d’Aquitània. A mai, Dupont-Monod nos explica que lo francés ancian aviá dos mots per exprimir la jòia, l’un al masculin, l’autre al femenin, mas en citant las formas occitanas jòi e jòia, sens dire que se tracta en realitat de la lenga nòstra.

Escotatz:

https://www.franceinter.fr/emissions/la-chronique-de-clara-dupont-monod/la-chronique-de-clara-dupont-monod-30-decembre-2020

 

Aquela manipulacion erronèa a per tòca de negar l’existéncia de l’occitan e es frequenta dins lo sistèma educatiu francés en general e o avèm denonciat mai d’un còp dins las paginas de Jornalet. De mençonar, pasmens, que las edicions Belin Éducation, diguèron que corregirián totes lors manuals après recebre de nombrosas letras. Demòran pasmens un fum de libres escolars de francés que considèran l’occitan coma de francés ancian e que ne refusan son existéncia actuala. “Lo francés ancian es sustot una lenga parlada, que recobrís diferents dialèctes regionals e que presenta de grafias fòrça variablas”, çò assegura un autre libre escolar de francés de 5a publicat per Hachette Éducation.

[Poblejat dins http://www.jornalet.com]

Ce pacte vise à lutter contre l’illettrisme et promouvoir la pratique des langues régionales. Le projet est coprésidé par la Délégation générale de la langue française et des langues de France.

Amiens, capitale de la Picardie, région où le taux d’illettrisme (11%) est trois fois plus élevé que celui observé au niveau national (Insee).

L’objectif est clair: permettre un «renforcement de la coopération entre l’État et les collectivités territoriales des Hauts-de-France». Cela afin de mieux prendre en compte les «priorités linguistiques dans les territoires.» C’est la Délégation Générale de la langue française et des langues de France (DGLFLF) qui présidera entre autres le «comité de pilotage» du pacte. L’une des missions sera de «superviser la cartographie de l’ensemble des acteurs de la langue française, de la francophonie et des langues régionales concernés par les priorités du pacte dans les Hauts-de-France», peut-on lire sur la publication de la DGLFLF.

De nombreux acteurs sont engagés dans ce comité. Des différents responsables de la région Hauts-de-France, ainsi que des représentants du gouvernement à la Culture et à l’Éducation sont réquisitionnés pour mener au mieux cette mission.

Lutter contre l’illettrisme

Prévu pour une durée de trois ans renouvelable, cet accord entend mener une lutte contre l’illettrisme, l’un des plus importants facteurs de pauvreté dans la région. Cela se fera notamment en facilitant l’accès à la culture: «La Communauté de communes Retz-en-Valois s’associera au ministère de la Culture pour développer des actions intensives en faveur de la lecture, en lien avec le conseil départemental de l’Aisne.»

Faire la promotion de la francophonie dans la région

Divers acteurs sont cosignataires de ce pacte: la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, le président de la Région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, le président du Conseil départemental de l’Aisne, Nicolas Fricoteaux, et enfin le président de la Communauté de communes Retz-en-Valois, Alexandre de Montesquiou. Tous «s’engagent en faveur d’une politique linguistique renouvelée», et veulent tenir compte «des priorités et des caractéristiques territoriales en faisant la promotion de la francophonie.»

Renforcer la pratique du picard et du flamand occidental

Cette mise en valeur de la francophonie se traduit par le soutien des langues régionales des Hauts-de-France, le picard et le flamand occidental. À ce titre, le pacte prévoit d’appuyer «la création de l’Office public du flamand occidental, et une initiative équivalente en faveur du picard».

Notons qu’un projet baptisé Cité internationale de la langue française contiendra toutes les «actions définies par le pacte linguistique». Avec pour objectif de devenir en 2022 «un lieu de création, d’innovation et de culture en langue française dans le monde, ainsi qu’un lieu de référence pour les langues régionales de France.» Cette cité internationale sera abritée entre les murs du château de Villers-Cotterêts, propriété de l’État située dans le département de l’Aisne.

[Photo : 214251785/Philippe Paternolli – stock.adobe.com – source : http://www.lefigaro.fr]

À l’heure où les 88 pays membres de la francophonie célèbrent leurs 50 ans d’existence, chacun peut aussi observer la multiplication des anglicismes dans nos échanges quotidiens.

Depuis le milieu des années 2010, les consommateurs français ont découvert les opérations commerciales du « Black Friday » (vendredi noir) qui, aux États-Unis, lancent chaque année fin novembre la période des achats de fin d’année (ici, dans les rues de Rennes).

Écrit par Jean-Michel DJIAN

La langue de Molière a du souci à se faire. Pas une année ne se passe sans que de nouveaux anglicismes surgissent dans notre vocabulaire commun ; pas un jour sans que des animateurs du petit écran ou des réseaux sociaux ne s’en fassent les praticiens zélés pour dire dans un « globish » très tendance ce que nous pourrions exprimer en français : « cluster », « click and collect », « food trucks », « black friday », « crowfunding »… Et c’est sans compter sur le PDG de la SNCF qui surprend ses interlocuteurs en déclarant à la radio attendre le « go sanitaire » du gouvernement avant d’avoir à décider de la reprise normale du trafic ferroviaire.

Que cache notre propension naturelle à emprunter à l’anglo-américain des mots qui semblent résonner mieux que les nôtres dans l’usage quotidien ? Une question à laquelle bien peu de responsables politiques se sentent à l’aise pour répondre. Et pour cause, ils sont les premiers à penser que leur non-emploi les pénalise s’ils veulent être entendus. Est-ce parce que l’anglo-américain fait toujours moderne et branché, jeune et universel ; qu’il répond à une exigence sonore ou musicale simplificatrice ou qu’il fleure bon le raccourci ou l’onomatopée ? Toujours est-il que, pour de bon, le pli est pris.

Il fut pourtant un temps où défendre la langue française était une affaire d’État. Pour faire barrage à l’anglais ou contenir les résurgences de langues régionales effervescentes une disposition fut même ajoutée en 1992 dans la Constitution pour rappeler que « la langue de la république est le français » (article 2). Une loi complémentaire, dite loi Toubon, votée le 4 août 1994, fut même votée dans la foulée pour protéger le patrimoine linguistique français mais surtout créer l’obligation d’utiliser le français dans l’usage commun.

Éternelle opposition

C’était sans compter sur Google qui allait, quelques années plus tard, accélérer le phénomène, mais surtout sur le Conseil constitutionnel qui avait, à juste titre, estimé que la liberté de pensée et d’expression inscrite à l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen s’opposait à ce que la loi fixe la terminologie précise à employer (hormis celle intéressant directement le service public). Comment dépasser l’éternelle opposition entre une langue qui entend toujours cultiver son génie national tout en protégeant son lexique, et la même qui prend le risque de mourir en se fermant à la créativité langagière de celles et ceux qui la pratiquent ?

À l’heure où, dans la plus grande indifférence, les 88 pays membres de la Francophonie célèbrent cette année leurs 50 ans d’existence, personne n’a de réponse. Et probablement que plus personne n’en aura, tellement toute réglementation ou menace en la matière a désormais quelque chose de surréaliste. Vouloir, par exemple, imposer dans une terminologie officielle « syndrome d’épuisement professionnel » en lieu et place de « burn out » semble linguistiquement logique, mais qui peut encore dire que la traduction anglaise doit répondre à ce même critère, surtout si sa consonance vocale fait la différence ? D’ailleurs notre ministre de la Culture Roselyne Bachelot l’a compris, qui préfère installer sur son bureau un petit cochon rose en guise de tirelire pour pénaliser symboliquement tous ses visiteurs en flagrant délit d’usage intempestif d’anglicismes.

Heureusement qu’en France ou en Angleterre il reste l’humour pour botter en touche quand des mots, dussent-ils être français, ne suffisent plus à dire les choses ou se raconter.

 

 

[Photo : MARC OLLIVIER – source : http://www.ouest-france.fr]

Poète, académicien français, homme d’État, Léopold Sédar Senghor est l’un des pères fondateurs de la francophonie. En 2021, sera célébré le 20e anniversaire de son décès. En cette année du 50e anniversaire de la francophonie institutionnelle, la République française accordera-t-elle la légitime reconnaissance due au poète ?

ActuaLitté

Car, avec Senghor, c’est également le rayonnement de la langue française et de la francophonie en Afrique, en Amérique, en Asie, en Europe et en Océanie, qui est centrale. L’association francophone d’amitié et de liaison, organisation agréée par l’UNESCO depuis 1991 — et qui regroupe une centaine d’associations francophones — initie une pétition.

Hommage au poète et homme

Son président, Jacques Godfrain, ancien ministre de la Coopération (entre 95 et 97), propose ainsi un texte que l’on signera à l’envi.

« J’ai été saisi, à de nombreuses reprises, par des personnes et des associations, en France et dans le monde, qui souhaitent que la nation française reconnaissante rende un hommage solennel à Léopold Sédar Senghor », explique-t-il pour motiver ce choix.

« Poète, académicien français, homme d’État, Léopold Senghor est l’un des pères fondateurs de la francophonie. »

La pétition sera par la suite adressée à Emmanuel Macron, de sorte que soit inscrit « solennellement dans la crypte du Panthéon, le nom de Senghor ». Il s’agirait donc simplement d’apposer son nom dans la pierre, alors que le concepteur de la négritude et ancien président du Sénégal est enterré au cimetière Bel-Air à Dakar.

Cette année, deux autres poètes ont été proposés pour le Panthéon, mais avec un déplacement des corps : Verlaine et Rimbaud, qui seraient, suivant les demandes de pétitionnaires, enterrés ensemble dans l’édifice. Une perspective post-mortem manifestement peu réjouissante pour l’un comme pour l’autre des auteurs.

 

[Source : http://www.actualitte.com]

 - © Edgar Fonck

Écrit par Anne-Françoise Counet

Israël est un pays bilingue. Dans les faits, cependant, l’hébreu domine assez largement. L’hébreu et l’arabe sont les deux seules langues officielles. L’affichage se fait dans ces deux langues et dans le secteur commercial, parfois aussi en anglais, russe ou français. Au parlement, les députés peuvent s’exprimer dans la langue de leur choix mais il n’y a de traduction automatique que de l’arabe vers l’hébreu. Dans l’administration, l’hébreu reste la langue la plus utilisée bien que la plupart des documents soient, en principe, publiés en deux langues. Dans les tribunaux, on utilise l’hébreu. Il est toutefois possible de s’exprimer en arabe ou en anglais.

Société multilingue

Au niveau de l’enseignement, il existe deux systèmes éducatifs différents. Dans le système arabe, les cours se donnent en arabe classique (à la maison, les enfants parlent l’arabe palestinien) et les élèves apprennent, à partir de la 3ème année primaire, l’hébreu comme langue seconde et ensuite, l’anglais comme langue étrangère. Dans le système juif, les enfants doivent apprendre au moins une langue étrangère. L’anglais est obligatoire et en fonction des écoles, l’arabe et/ou le français sont proposés comme autre langue étrangère.

La francophonie en Israël est importante. Le pays comprendrait entre 850.000 et 1.000.000 de francophones, soit environ 10% de la population. Il s’agit principalement de Juifs d’origine d’Afrique du Nord, arrivés en Israël dans les années 50-60, de francophiles venus de l’Europe de l’est après la chute du Mur et plus récemment de Juifs ayant quitté la France ou d’autres pays francophones suite aux attentats islamistes et à la montée de l’antisémitisme. Les Français sont de loin les plus nombreux (environ 150.000 personnes). Un bon nombre d’entre eux se regroupent dans certaines villes comme Netanya, au nord de Tel-Aviv où l’on compte près d’un habitant sur trois. Ils ont leurs commerces, activités culturelles, médecins, … en français car, souvent à la retraite, ces immigrants ont du mal à apprendre l’hébreu.

Malgré ce grand nombre de francophones et le soutien de la France, Israël n’est pas membre de l’Organisation internationale de la Francophonie. Les raisons ne sont pas d’ordre linguistique (de nombreux pays membres de l’OIF comptent bien moins de personnes parlant le français) mais plutôt d’origine politique.

Soutien de la France

Le dispositif culturel et linguistique mis en place par la France est particulièrement développé. Cinq établissements scolaires offrent un cursus conforme au système français. L’Institut culturel français possède cinq antennes dans tout le pays ainsi que plusieurs en territoires palestiniens, ce qui multiplie les offres de cours et d’activités culturelles. Le réseau des associations FLAM permet aux enfants franco-israéliens scolarisés en hébreu de maintenir leurs compétences en français. Serge Borg, attaché de coopération éducative et linguistique de l’Ambassade de France épingle quelques initiatives : la Semaine de la langue française organisée en synergie avec 15 autres ambassades de pays membres de la Francophonie, le travail de promotion du français réalisé par le Groupe des Ambassadeurs Francophones, le projet Saison-Croisée France-Israël (moments d’échanges privilégiés entre artistes, intellectuels, scientifiques et entrepreneurs), sans compter le soutien à la promotion du français en collaboration avec les universités et les professeurs de français du secondaire. La France a également investi dans la recherche avec la création en 1952 du Centre de Recherche Français à Jérusalem (CRFJ). Sa vocation initiale était la recherche archéologique avant de s’élargir à des disciplines des sciences humaines, selon trois axes  : - archéologie, - histoire, traditions, mémoire, - sociétés et cultures d’Israël et Palestine. Le CRFJ possède une très intéressante chaine Youtube.

Enseignement secondaire

Si le français n’est pas la première langue étrangère étudiée, le nombre d’apprenants est en progression de 15% ces cinq dernières années explique Doris Ovadia, inspectrice générale de français au ministère de l’Éducation israélien. Et c’est sans aucun doute grâce au dynamisme de cette ancienne professeure épaulée par une équipe d’enseignants motivés, regroupés au sein de l’Association des professeurs de français israéliens (APFI). Les élèves sont attirés par des activités originales et variées : – soirées théâtre entre Israéliens et olims (immigrants juifs français) ; – journées du cinéma français ; – projets sur des thèmes spécifiques comme le sauvetage des enfants juifs en France pendant la Shoah avec projection de films, conférences et témoignages en direct ; – concours de recettes de pâtisseries en capsules-vidéo dont le vainqueur aura la chance de se retrouver aux côtés du chef pâtissier de l’ambassade ; – concours culturels type « questions pour un champion » avec à la clé des voyages en France.

Le nombre de francophones de langue maternelle étant élevé (10% environ), le recrutement de professeurs de français ne pose pas vraiment de problèmes. Il y a par contre, assez peu de candidats pour apprendre le français en tant que langue étrangère. Ceux qui choisissent le français, le font par goût pour la culture mais pas à des fins professionnelles. Il y a assez de candidats sur le marché du travail qui ont les diplômes requis et parlent le français à la maison.

 

 

 

Enseignement universitaire

Dans les universités, le nombre d’étudiants de français diminue pour les raisons qu’on vient d’évoquer. À l’université religieuse Bar-Ilan, «  en 25 ans, les effectifs ont été divisés par trois, au niveau du nombre de professeurs et d’étudiants mais les chiffres restent stables depuis quelques années   », précise le professeur Gary Mole, directeur du département de culture française. Deux filières sont proposées : – la filière culture française, avec des cours dispensés en hébreu puis en français, quand le niveau de langue est suffisant ; – la filière de français, destinée aux étudiants francophones et à ceux qui ont passé le bac en français. Ces filières offrent des débouchés professionnels en traduction, communication ou journalisme. Quant aux doctorants, la plupart partent à l’étranger. Selon Gary Mole, il serait intéressant de penser à développer un troisième programme destiné à ceux qui parlent le français à la maison qui sont très bons à l’oral mais ont des lacunes pour s’exprimer par écrit. Notons que cet établissement scolaire tourné vers la francophonie possède une bibliothèque riche de plus de 35.000 ouvrages en français, la plus grande du Moyen-Orient.

L’université de Tel-Aviv a ouvert un département de français dans les années soixante grâce aux excellentes relations qu’entretenaient Israël et la France. Actuellement, la situation est moins favorable. L’université ne propose plus qu’un programme de français qui compte entre 60 et 80 étudiants. Ce programme consiste en 3 années de licence plus éventuellement 2 années de maitrise. Le français doit être associé à une autre discipline telle que l’histoire, par exemple. Comme à l’université Bar Ilan, ce cursus attire aussi des adultes à la retraite, en élèves libres. Comme l’explique Nadine Kuperty-Tsur, directrice du programme, des projets sont développés en collaboration avec d’autres universités francophones, comme en Côte d’Ivoire. Plus rien depuis quelques années, avec la Belgique mais Wallonie Bruxelles International continue à financer un abonnement au portail CAIRN. Cette importante base de données regroupe un ensemble de revues de sciences humaines et sociales en français. « Cette ouverture vers une autre culture est essentielle pour notre université plus orientée vers la culture américaine », souligne la directrice.

Les jeunes qui s’installent en Israël peuvent être accompagnés dans leur projet d’alya (« montée » au sens religieux, c’est-à-dire l’immigration pour un Juif vers Israël) par le Centre national des étudiants francophones (CNEF) dirigé par Sam Kadosh. « Nous aidons principalement les étudiants à connaitre le système israélien, qui est différent du système français. » Pour ces jeunes, choisir de vivre en Israël est une démarche qui demande de la persévérance puisqu’ils doivent apprendre l’hébreu et faire deux ans de service militaire quand ils obtiennent la citoyenneté.

Médias

Au niveau de la presse, pas de journaux en français dans les kiosques mais quelques titres en version électronique comme la parution française de « Times of Israël  » ou « le Monde juif  ». Plusieurs revues sont publiées en français  : « Le P’tit Hebdo  », les mensuels «  Mosaïques  » et « Israël magazine » ou la revue culturelle annuelle « À la Page ». Sans oublier la revue « Continuum », créée il y a près de vingt ans, entre autres, par Marlena Braester, écrivaine et poétesse d’origine roumaine. « Nous voulions faire entendre la voix des écrivains israéliens francophones, mais aussi des écrivains israéliens de langue hébraïque ou arabe, en traduction, ainsi que des auteurs français en traduction hébraïque.  » La revue présente chaque année au Salon de la revue à Paris, est distribuée à Paris et même en Belgique. Enfin, la radio et télévision nationales proposent quelques heures d’informations en français par jour. i24News, chaine d’informations internationales en continu, qui diffuse ses programmes en anglais, en arabe et en français, a lancé sa chaine TV en Israël en 2018, doublée d’un portail internet.

Les francophiles amateurs de littérature ne sont pas en reste. La libraire « Le Foyer » à Tel-Aviv et la librairie «  Vice Versa » à Jérusalem proposent livres et revues en français ainsi que club de lecture ou rencontres avec des écrivains, avec une véritable envie de faire rayonner la culture française. La dynamique nouvelle propriétaire de Vice Versa, Nathalie Hirschsprung, ne manque pas d’idées pour mettre en valeur les sorties littéraires.

 

 

 

[Photos : Edgar Fonck – Source : http://www.agora-francophone.org]

Los autors, lingüistas e antropològs, son de mai d’una origina, entre las qualas de regions occitanas

Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement es un obratge collectiu coordenat per Martine Boudet amb la participacion de la DGLFLF (Delegacion Generala a la Lenga francesa e a Las lengas de França, Ministèri de la Cultura) e del Cairefòrc Cultural Naut Bernat (Tolosa). Los autors, lingüistas e antropològs, son de mai d’una origina, entre las qualas de regions occitanas[1].

Los objectius d’aquela publicacion son, principalament, de religar:

— d’òbras academicas sus las lengas e las culturas,

— las problematicas de divèrsas lengas-culturas minoritàrias,

— los objectius ciutadans de democracia e de desvolopament, sus aquestas basas.

Un contèxte educatiu dangierós per las lengas regionalas

Aquela situacion es mesa en evidéncia pel collectiu interorganizacional Per que viscan nòstras lengas. Per quant a lor ensenhament, l’Associacion de las Regions de Françs (ARF), citada dins l’obratge, contèsta tanben la legitimitat e la pertinéncia de la reforma del licèu e del bachelierat:

Las regions membres de la Comission Lengas regionalas de Regions de França demandan al ministèri d’emendar la reforma del licèu e del bachelierat per tal qu’aquesta constituisca pas una reculada de la diversitat lingüistica en França.

D’efièch, dins l’estat, la reforma desvaloriza l’ensenhament bilingüe e l’ensenhament extensiu de las lengas regionalas, subretot pel jòc dels coeficients e per una mesa en concurréncia sistematica amb las lengas estrangièras e las autras disciplinas. Es malconéisser los objectius meteisses de l’ensenhament bilingüe e de l’ensenhament de las lengas regionalas, que cèrcan non sonque de preparar a un cursus pòstbac en lenga regionala, mas tanben de formar fins al bachelierat de joves que seràn aptes a estudiar, trabalhar, viure dins un contèxt bilingüe, quins que sián los estudis o los mestièrs a los quals se destinan.

La Comission pòt pas acceptar aquela mesa en perilh de l’ensenhament de las lengas regionalas e de las seccions bilinguas e demanda instantament que d’ajustaments sián operats a la reforma per tal que las disposicions de l’article L312-10 del Còde de l’Educacion sián respectadas[2].» (trach del comunicat citat p. 59)

Tocant l’ensenhament en collègi, Philippe Blanchet explica dins l’obratge que: “s’una plaça es possibla per l’ensenhament deis LR dins los 4 nivèls dau collègi, 6n compresa, aquela plaça es ges assegurada. Leis LR son mai encara plaçadas en concurréncia d’autreis ensenhaments complementaris, dins l’encastre de dotacions oràrias estrechas e non extensiblas. Vista l’ideologia lingüistica dominanta en França, es ges segur que lei còlas pedagogicas fagan una plaça ais LR en 6a e dins leis Ensenhaments Pedagogics Interdisciplinaris”. (p. 51-52)

La situacion d’autres ensenhaments de lengas

Al nom d’una logica budgetària d’austeritat, la fin de las opcions en lenga viva 3 italian, portugués, rus… en licèu general, a sonat los classes, en 2009, d’una diversitat pr’aquò necessària a l’ora de la bastison d’Euròpa. Per quant a las lengas ancianas, lor minoracion dins la reforma dels collègis aviá provocat de debats al motiu del manten del país coma “nacion culturala”. L’ensenhament de l’arabi, e mai del berbèr, es tanben tròp marginalizat de cara al nombre de locutors: l’arabi es la segonda lenga parlada dins lo país, particularament dins los quartièrs populars que patisson una manca de reconeissença culturala. L’ensenhament del francés lenga mairala/FLM clau, de son costat, un cicle d’aculturacion que sa deriva es l’assimilacion. La disciplina coneis un replec patrimonial e mai un apauriment de sos ensenhaments fauta de pro de dobertura sus d’autras lengas-culturas —lengas regionalas compresas— que compensariá la concurréncia de l’angloamerican.

En aval, pr’amor que son fragilizats pels objectius de competitivitat e de rendabilitat immediata, l’avenidor dels departaments universitaris de lengas minoritàrias es tanben una question que pòrta de pensaments: per las meteissas rasons antan foguèt barrat lo departament de lengas ancianas de l’Universitat de Lemòtges.

Es qu’aquela tendéncia pesuga molarà o, al contrari, lo sistèma valorizarà puslèu l’ensenhament del francés e de l’anglés, ja dominants, amb en rèireplan una tecnosciéncia arrapada a d’objectius de creissença puslèu mercantils?

Quinas preconizacions?

La còla de l’obratge fa l’escomesa d’una evolucion pus armoniosa, particularament dins lo sector de las lengas regionalas. La promocion de la diversitat es una de las responsas. Es çò que fa lo Forum de las Lengas del Mond organizat cada an pel Caireforc cultural Naut Bernat (Tolosa). Avèm aquí un recors de cara al desvolopament dels nacionalismes, de las xenofobias, del terrorisme religiós, de la glotofobia…

Entremièg aquelas preconizacions, podèm citar la promocion:

— al plan institucional, de la defensa juridica de las lengas, d’una francofonia inclusiva, d’un alterdesvolopament que passe per las lengas autoctònas…

— al plan academic, de l’interdisciplinaritat (geopolitica, lingüistica del desvolopament, antropologia culturala, macroeconomia),

— d’un punt de vista metodologic, del plurilingüisme, del comparatisme, de l’intercultural, de l’intercompreneson.

— al plan educatiu, de l’ensenhament de las lengas minorizadas, en particular lo de las lengas regionalas.

— al plan ciutadan, de l’engatjament associatiu per tal d’aver de relèvas dins l’opinion e los mejans de comunicacion, e mai al prèp dels poders publics.

Jean Sibille
Encargat de recèrca HDR
Laboratòri CLLE-ERSS (UMR 5263)
CNRS / Universitat de Tolosa – Joan Jaurés


[1] Entremièg los autors, podèm citar Giovanni Agresti especialista de literatura occitana, Philippe Blanchet especialista del provençal, Martine Boudet especialista d’antropologia culturala, Gilbert Dalgalian especialista del plurilingüisme, Gaid Evenou encargada de mission a la DGLFLF, Giovanni Poggeschi especialista de l’estatut de las lengas europèas, Claude Sicre président del Carrefour culturel Arnaud Bernard (Toulouse).
[2] Commission Langues Régionales, Association des Régions de France, « Réforme du lycée et du baccalauréat: l’enseignement des langues régionales en danger » (15 de febrièr de 2019)

BOUDET, Martine (dir.). Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement, Paris, Ed. du Croquant, 2019.

 

[Poblejat dins http://www.jornalet.com]

 

Expression déjà largement utilisée par de nombreuses enseignes, le « click & collect » a été remis en avant par l’activité des librairies, contraintes, pour des raisons sanitaires, de se contenter de ce système commercial. Mais comment traduire cette expression ? La Commission d’enrichissement de la langue française et l’Académie française se sont toutes deux posé la question.

Click&Collect

Écrit par Antoine Oury

On savait que les anglicismes avaient la belle vie, à l’occasion de cette pandémie, avec la multiplication des « clusters », notamment, mais une expression connait actuellement un regain d’intérêt notable. Il s’agit bien sûr du « click & collect », un système commercial qui permet à un client de passer une commande auprès d’un magasin avant d’aller la retirer sur place, évitant ainsi le coût des frais de port.

Même le Syndicat de la librairie française (SLF), qui représente surtout les librairies de livres neufs, utilise l’expression « click & collect » dans ses communications : quant au gouvernement, il en use et abuse, sans surprise…

Pourtant, la Commission d’enrichissement de la langue française s’était penchée sur le sujet dès 2016, dans le Journal officiel du 5 août. Elle y indiquait que l’expression anglaise trouvait comme équivalent français « retrait en magasin ou cliqué-retiré », tout simplement.

Le 11 juin dernier, probablement agacée par le fait de voir cet anglicisme apparaître un peu partout, l’Académie française donnait elle aussi son avis. « Des formes françaises comme “retrait en magasin”, “retrait au volant” ou “service au volant” disent la même chose. Pourquoi ne pas les utiliser ? », s’interrogeait le service Dire, ne pas dire de l’institution.

Le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM), de son côté, s’oppose vivement à l’utilisation de l’expression « click & collect ». « Nous incitons nos 230 membres à proposer le système du “clique & collecte” que nous avons volontairement décliné en langue française. Il me semble aberrant, voire même contre-productif, d’utiliser un tel anglicisme pour un secteur qui ne cesse de défendre la littérature, la francophonie et, nous concernant, le patrimoine écrit », souligne Hervé Valentin, le président du SLAM.

Le Syndicat a d’ailleurs conçu des pictogrammes, affichant bien sûr l’expression en français, pour que les libraires puissent communiquer sur cette offre.

Si le SLAM peut offrir des frais de port, c’est parce ce type de librairie n’est pas soumis à la législation en vigueur sur les ouvrages neufs.

[Photographie : illustration, Julien Maury, domaine public – source : http://www.actualitte.com]

Un trio féminin fera-t-il vaciller sur son trône Loukachenko, qui dirige d’une main de fer une ancienne République soviétique, la Biélorussie ? La réponse est moins à chercher au fond des urnes truquées que dans l’impressionnante mobilisation populaire.

Veranika Tsapkala, Sviatlana Tikhanouskaya et Maria Kolesnikova brouillent les cartes !

Ecrit par Arnaud Galy

Cap sur la Biélorussie, patrie du grand peintre Marc Chagall ! La francophonie n’y est pas parole courante, convenons-en. Même si l’ambassade de France à Minsk soutient le Cercle des francophones et que les jeunes universitaires qui obtiennent leurs diplômes de langue française atteignent un niveau bluffant !

En revanche, ce pays enclavé entre la Russie, la Pologne, l’Ukraine, la Lituanie et la Lettonie présente un aspect sombre, qui ne fait la fierté de personne : un régime autoritaire, pour ne pas dire plus. Un régime autoritaire qui, comme souvent, donne des gages de bonne volonté au monde qui se dit libre en organisant des élections. Truquées jusqu’au trognon, cela va sans dire. Il se trouve que le processus électoral en vue d’un potentiel renouvellement du président est en cours. Il se terminera ce dimanche après trois jours de votes anticipés.

Deux raisons conduisent Agora à s’intéresser à cet événement qui, peut-être, accouchera d’une souris. En premier lieu, un inattendu mouvement populaire s’est mis en tête de faire vaciller (tomber ?) la statue de l’immuable président Loukachenko. Vingt-six ans de pouvoir, des méthodes que l’on pensait démolies en même temps qu’un certain Mur à Berlin et une capacité à embrouiller les comptes des soirées électorales assez performante, avouons-le ! Ajoutons, une police un brin secrète, que ne renierait pas les fameux Bulgares équipés de leur parapluie et les agents du «  Grand frère » russe d’à côté.

Face à ce petit monde « soviétisé » soutenu par certains Biélorusses soucieux de conserver une certaine stabilité, trois femmes sonnent la charge. Voilà qui vaut bien une marque d’intérêt. En second lieu, aussi étonnant que cela puisse vous sembler, la francophonie est vivace de Minsk à Brest en passant par Vitebsk. Réduite en nombre, mais remarquablement active. Ce sont des francophones, dont « nous » pouvons être fiers qui ont raconté à Agora les attentes d’un peuple, les peurs aussi… Un journaliste ne divulgue pas ses sources ! Dans le cas présent, nous appliquerons à la lettre ce précepte de la profession. Nous dirons que la jeune femme se prénomme Katia* et le jeune homme, Ivan.

Comme un petit air de dégagisme

Le mouvement populaire naissant ressemble à s’y méprendre à ceux du dégagisme qui ont fleuri dans le monde arabo-musulman au début des années 2010. Trois femmes, disions-nous ? Par quelles zigzagueries de l’Histoire, Sviatlana Tikhanouskaya, Maria Kolesnikova et Veranika Tsapkala se retrouvent-elles à haranguer des foules* et à surfer sur une vague d’espoir ? Parce que le dossier de candidature de leur mari ou du candidat qu’elles soutenaient a été « retoqué » par une énigmatique commission électorale. Faisant fi de leurs divergences politiques, le trio et ses « quartiers généraux » ont uni leur détermination et se sont lancés dans l’aventure. Une aventure qui, martelons-le, mène bien souvent en prison, à l’hôpital, voire pire…

Les premiers jours, en juillet, le président Loukachenko regardait le trio avec un dédain misogyne caricatural. Il prétendait même que la constitution biélorusse n’autorisait pas une présidence féminine et qu’une femme ne pouvait être installée au pouvoir que dans un pays où il ne se passe rien. Mais dans un État tel que celui de Biélorussie, cerné par des envahisseurs potentiels, seul un homme pouvait diriger. En un mot, selon lui, la virilité est un argument à (im) poser sur les urnes !

Mais les jours passent et, contre toute attente, des foules considérables défient les services de sécurité et viennent assister aux réunions publiques organisées par le trio. Tout sauf naïves, Sviatlana Tikhanouskaya – la candidate officielle ­–, Maria Kolesnikova et Veranika Tsapkala savent bien que le trucage est inévitable. Mais plus le peuple sera visible, plus l’hostilité au régime sera lisible, plus l’engagement dans un mouvement de longue durée pourra s’envisager. Pour Katia, la présence d’une candidate crédible et toujours en liberté à 48 heures du vote tient du « miracle ». Lors des élections présidentielles précédentes, aucun « adversaire » crédible n’avait été autorisé à se présenter et le peuple n’avait aucun recours auquel s’accrocher. Cette année, qui sait, le président Loukachenko s’est-il laissé berner par le fait que son opposition soit féminine, donc indigne d’intérêt ?

Comment protester en nourrissant des pigeons

Cela ne vous rappelle-t-il pas le Hirak algérien ou le mouvement populaire libanais en cours avant la tragédie du 4 août ? Ces mouvements longs, lents, répétitifs et pacifiques qui usent les pouvoirs à défaut de les faire tomber… Ivan, lui, est davantage inspiré par le mouvement ukrainien de Maïdan. Logique. Ce qu’il met en avant est que, finalement, après tant d’années sans réelle rébellion populaire le moment est venu. Les Biélorusses ne sont pourtant pas restés de marbre par le passé, mais la violence du régime les obligeait à inventer des signes de protestations détournés : sortir devant chez eux et applaudir et même nourrir les pigeons furent dans un passé récent des signes ostentatoires de mécontentement.

Les pigeons de Brest furent fort bien nourris en début d’année lorsque l’État biélorusse voulut implanter une usine toxique de fabrication de batteries. Avec humour Ivan note que ces signes baroques de protestation sont copiés par certains Russes. Si les présidents Poutine et Loukachenko jouent souvent à « je t’aime, moi non plus », ils ont des méthodes de gouvernance similaires, surtout vis-à-vis des opposants.

Revenons un instant aux jours de vote anticipés dont nous parlions précédemment. Pour Katia, ils annoncent le début de la magouille. Les observateurs étrangers, par exemple ceux de l’OSCE*, n’ont pas reçu l’autorisation de venir exercer leur mission. Des Biélorusses de la société civile ont obtenu ce « privilège », à condition de rester à l’extérieur des bureaux. Que voient-ils ? Par exemple, ils comptabilisent une vingtaine d’électeurs passant devant eux, venus assumer leur devoir de bon citoyen. Le soir venu, 80 bulletins sortent de l’urne. Les observateurs de Minsk relèvent ainsi près de 2000 bulletins falsifiés pour le premier jour, et seulement à Minsk. La triche ne se cache pas. Elle fait loi. Katia, désabusée, commente cette pratique d’un « c’est normal pour la Biélorussie. » Sans parler des dizaines d’observateurs momentanément arrêtés et détenus par la police sur ordre du président du bureau de vote.

La flagrante illégitimité du pouvoir

Mais les générations changent, celle d’Ivan et Katia est connectée au monde et l’emprisonnement, à un moment ou à un autre, de Sviatlana Tikhanouskaya, qui apparaît comme une évidence, ne sonnera pas la fin du mouvement. Selon Ivan, les Biélorusses sont prêts à poursuivre un mouvement sans chef. L’illégitimité du pouvoir est tellement flagrante que la figure incarnant l’opposition est secondaire. Selon Katia, l’élection doit être « le premier pas » d’un mouvement long. En mois, certainement, peut-être plus… Paradoxalement, il est très peu question de politique « politicienne » dans les discours et les conversations. Ivan le reconnaît sans hésiter, le peuple n’est pas éduqué à la politique, la droite ou la gauche, le nationalisme, le populisme, le libéralisme ou le communisme sont des concepts qui ne résistent pas au seul credo du moment : Loukachenko dehors. Le peuple est fatigué. Point final. Parait-il, certains Biélorusses éduqués, en place et modérés trouvent ces manifestants… naïfs. Courageux ne serait-il pas le mot juste ?

Néanmoins Ivan voit le futur proche sombre. Arrestations et assassinats sont les réactions classiques à Minsk pour remettre « de l’ordre » ! Toutefois, l’armée et la police ne sont pas à fourrer dans le même sac. Les militaires, mal payés, sont aussi désabusés que le peuple. Ils ne sont que des fils ou des frères comme les autres, venus des campagnes. La peur provient d’une partie de la police, qui, elle, est bien payée et tire profit du régime auquel elle reste fidèle. Ses membres répriment, arrêtent et « embastillent » sans état d’âme. Des méthodes expéditives qui, c’est compréhensible, limitent les actions de certains protestataires.

Ivan raconte l’histoire d’une jeune femme qui participait à une manifestation en klaxonnant depuis sa voiture. Inévitablement, la police a fait arrêter son « cirque » et lui a imposé une amende. Ce seul geste de la part de la police a causé à la jeune femme un tel traumatisme qu’Ivan est persuadé que, pour elle, la manifestation in situ est terminée. Tant d’images de violences policières tournent dans la tête des gens, chacun sait ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Franchir la ligne jaune doit être fait en pleine conscience.

Cet écart de conduite, Katia le fait avec une profonde réflexion et un courage qui sidère. Elle reconnaît qu’il y a quelques mois elle voyait son avenir à l’étranger, dans un pays francophone… Mais la tournure des événements l’a convaincue de rester au pays et de se mettre en danger en s’exposant. Un risque qu’elle n’a pas mesuré immédiatement. Mais lorsque son candidat et le fils de celui-ci ont été arrêtés et emprisonnés, la vision de ses responsabilités a changé. Elle craint pour sa vie, le dit sans ambages. Ses réveils, tremblotante de peur, à certaines périodes montrent bien que la naïveté avait disparu ! Ce n’est qu’à l’arrivée au «  quartier général » et la complicité avec ses collègues qui parvenait à effacer le trouble.

Ivan a des contacts qui lui donnent rendez-vous sur les barricades dimanche ou lundi si besoin est ! Mais se retrouver à 50 sur une barricade n’aurait aucun sens. Pour avoir une chance de tenir le choc, il faut faire bloc. Le président Loukachenko l’a bien compris et de nombreuses rumeurs font état de « terroristes » russes qui viendraient provoquer des explosions de-ci de-là. Pour quoi ? Pour qui ? Qu’importe, effrayer le peuple est le meilleur moyen de le faire rester chez lui.

Reste maintenant LES questions ! La première : quand le pouvoir coupera-t-il Internet ? Dimanche, lundi ? Pour Katia et Ivan*, la coupure est écrite à l’avance. Comment gérer un mouvement populaire aujourd’hui sans réseau ? La seconde : Vladimir Poutine, étonnamment discret jusqu’ici, réagira-t-il ? Ou verra-t-il, grandeur nature, ce qui risque de lui arriver, un jour ou l’autre ? Katia, Ivan et leurs acolytes ont entamé une partie d’échecs. Qui mettra échec et mat le camp d’en face, la Reine ou le Fou ?


* Histoire de brouiller davantage les pistes, je remercie ici vivement une autre Katia francophone
* Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe
* 63 000 personnes à Minsk dimanche 2 août.
* Bien entendu les prénoms ont été changés

 

 

[Photos : Vlad Gridin – Radio Liberty – source : http://www.agora-francophone.org]

Écrivain tchèque de langue française, Petr Král, né à Prague en 1941, a reçu en 2019 le Grand Prix de la Francophonie décerné par l’Académie française. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de poésie ou en prose, notamment des essais, ainsi que d’une Anthologie de la poésie tchèque contemporaine (Gallimard, 2002). Dans Déploiement, il propose quatre suites de poèmes occupant chacun entre 3 ou 4 lignes et 2 pages, faits de vers dont la fluidité n’empêche pas, de temps à autre, des coupes qui suscitent l’étonnement.

Écrit par Bruno Fern 

Petr Král, Déploiement. Lurlure, coll. « Poésie », 96 p., 15 €

À mi-chemin entre récit et description, on y retrouve l’attention de Petr Král pour les moindres détails des paysages, des objets et du comportement de ses contemporains qui le déconcertent souvent : « ne poussez pas au moins je ne fais pas partie des soldes / ne laissez pas votre dent / plantée dans ma doublure ». Plongé dans un univers qu’il considère comme foncièrement gris – non pas dans le sens d’une indétermination fadasse mais dans celui d’une ambivalence qui n’interdit donc pas les éclats –, il cherche à ouvrir des perspectives inattendues à des expériences a priori banales, aussi bien dans l’espace que dans le temps : « Quand les Russes ont envahi les lieux / à la fin de la guerre ils ont tout détruit avec soin tirant dans la glace après un coup de mousseux / comme vers le cosmos bâillant ». Dans cette quotidienneté rapportée à la première personne par un narrateur qui reste toujours en retrait, le poème en vient même à dévoiler un vide intrinsèque (« Un bâillement seul creuse chaque fois le paysage / et la journée du même trou sans fond ») qui peut atteindre une dimension quasi métaphysique : « Le Créateur à présent nous regarde par l’œil d’un jaune d’œuf / du fond de sa coque ».

Cet intérêt pour tout ce qui relève d’une mise en mouvement explique la récurrence de certaines thématiques, telle celle du voyage qui va d’un « poème de gare » (comme on le dit d’un roman) à l’évocation fréquente de déplacements en tramway à travers Prague, où Petr Král vécut jusqu’en 1968 puis à partir de 2006, en passant par de très nombreuses villes : Paris (où l’auteur résida pendant près de quarante ans), Vienne, Brno, Bruxelles, Venise, Trieste, New York, etc. Le foisonnement de la vie urbaine coïncide lui aussi avec ce déploiement que le poème essaie tout autant de révéler que d’effectuer : « La foule cachait quelquefois un prophète / un autre jour seulement un artiste d’avant-garde expert en crachement dans les cendriers des autres ».

Cette profusion hétérogène est par ailleurs rendue sensible par la variété des références qui, sans excès, indiquent que le texte constitue un lieu privilégié de passages et d’échanges, essentiellement littéraires mais aussi musicaux à travers la musique contemporaine et, surtout, le jazz dont Petr Král est un grand connaisseur et qui influence sa pratique d’écrivain – dans ce livre comme dans d’autres figurent deux versions d’un poème, procédé qui rappelle les différentes prises d’un même morceau que certains jazzmen choisissent finalement de conserver.

Petr Král, Déploiement

Cela dit, ce dont l’écriture králienne témoigne minutieusement n’a rien de commun avec un prétendu réenchantement du monde. Au contraire, ce « centre secret / où tout le monde se dirige » renverrait plutôt à la fameuse inquiétante étrangeté et laisse quelquefois sourdre une menace fondamentale, de nombreux éléments évoqués pouvant être considérés comme autant de « preuves du même crime léger mais accompli ». Le poète alors devenu enquêteur tous terrains (l’un des livres de Petr Král s’intitule Enquête sur des lieux) adopte une démarche qui suppose d’éviter les joliesses du poétiquement correct : « au Château de Prague si propre et coloré il se dresse / à l’horizon comme un tas de selles fraîches et comme un joujou / pour les mômes bigles ». L’humour concourt lui aussi à cette désacralisation  (« La ville change toujours mes dents neuves à présent / en font elles-mêmes partie » ou bien « Dieu paraît-il n’est sorti que pour fumer / mais il y a longtemps qu’il reste dehors » ) et, en brouillant les limites entre le sérieux et le saugrenu, il tourne souvent au burlesque, orientation d’ailleurs soulignée par l’auteur qui a consacré deux ouvrages à ce genre cinématographique : « Le costume du Chaplin-vagabond pend toujours dans quelque armoire / il est sans doute fait d’un meilleur tissu / que les vestons colorés d’hommes d’affaires actuels ».

L’essentiel pour Petr Král consiste donc à créer suffisamment de surprise pour le lecteur, sans recourir pour autant à des effets prétendument spectaculaires, à l’instar du surréalisme tchèque auquel il a participé et dont il se réclame encore : « La paix se fera aussi dans les poèmes dans chacun on aura le droit d’utiliser / une seule image surréelle ». Enfin, il convient de noter qu’à de nombreuses reprises l’auteur prend lucidement ses distances envers sa propre activité, bien loin de toute pose : « Après l’envol des moineaux / de nouveau une façade vide / Je repose mon stylo / l’histoire de la poésie pour l’instant s’arrête là ».

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr] 

Le poète libanais Salah Stétié est mort ce 19 mai à l’âge de 90 ans, a annoncé mercredi l’ambassade du Liban en France. Proche de la culture française dès l’enfance, il entame des études supérieures à Paris au début des années 1950 et a depuis navigué entre les deux pays, aussi bien physiquement qu’à travers son œuvre.

Écrit par Antoine Oury

Né le 28 septembre 1929 à Beyrouth dans une famille bourgeoise il bénéficie de l’influence de parents lettrés, cultivés et poètes. Ils l’exposent à la culture et à la langue française, à travers ses études. « J’ai vécu mon enfance dans une ambiance poétique : il était un excellent poète de tradition classique arabe. J’entendais dans la maison, ce langage incompréhensible, et puis, vers 7 ou 8 ans, je me suis mis à faire comme mon père », expliquait-il à ActuaLitté en 2014.

En 1951, Salah Stétié s’inscrit à la Sorbonne et participe rapidement à la revue Lettres nouvelles de Maurice Nadeau et Maurice Saillet. Cette incursion lui permet de rencontrer de nombreux poètes, dont Yves Bonnefoy, Michel Deguy ou encore Pierre Jean Jouve.

De retour à Beyrouth au milieu des années 1950, il enseigne à l’Académie libanaise des beaux-arts ou à l’École supérieure des lettres de Beyrouth, et fonde et dirige L’Orient littéraire et culturel, supplément du quotidien L’Orient. Au cours de la décennie suivante, il commence une carrière diplomatique, notamment au sein de l’UNESCO où il travaille à la protection des monuments et des biens culturels.

En 1972, Stétié publie Les Porteurs de feu aux éditions Gallimard, trois essais qui évoquent le Liban, la zone méditerranéenne et la poésie, évidemment. L’ouvrage lui vaudra le Prix de l’amitié franco-arabe. Son œuvre entière, dominée par les échanges entre l’Orient et l’Occident, est aussi marquée par le feu, que l’on retrouve dans L’Autre Côté brûlé du très pur (Gallimard, 1992), La Nuit du cœur flambant (éditions des Moires, 1994) ou encore En un lieu de brûlure, recueil d’œuvres paru chez Robert Laffont en 2009.

« Le feu est l’état d’intensité qui est en nous. Le mot feu est un élément de douleur physique. Sur le plan mythique, allégorique, c’est une effervescence, une ouverture à un apport extérieur devenant intérieur. On est brûlé par un regard, par un souvenir. Pour moi, ne mérite d’être conservé que ce que le feu ou la flamme n’ont pas réussi à réduire », expliquait-il dans un entretien donné au site Les influences.

La carrière de Salah Stétié a été émaillée de nombreuses récompenses, dont le Grand prix de la francophonie de l’Académie française et le Prix européen de la ville de Smederevo, et des distinctions : il a été fait Commandeur de l’ordre national du Mérite en 1965, Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres en 1983 ou encore Grand officier de la Légion d’honneur en 2015.

L’ambassade du Liban en France a salué « [u]n phare littéraire et diplomatique » : « Il laisse derrière lui une œuvre monumentale de 250 ouvrages, manuscrits, peintures, dessins, photographies et sculptures exposés au musée Paul Valéry à Sète. »

[Source : http://www.actualitte.com]

Alors que les universités ne sont pas près de rouvrir leurs portes, la continuité pédagogique reste de mise, dans tout l’espace francophone : l’Agence universitaire de la Francophonie, par l’intermédiaire de la bibliothèque numérique de l’espace universitaire francophone (BNEUF), propose des accès facilités à des milliers d’ouvrages au format numérique.

Écrit par Antoine Oury

En cette période de confinement, l’Agence universitaire de la Francophonie a mis en place plusieurs propositions pour permettre aux étudiants de continuer à travailler, en maintenant un accès à la littérature nécessaire. Cela passe avant tout par la bibliothèque numérique de l’espace universitaire francophone (BNEUF), forte de « plus de 11,6 millions de références documentaires libres d’accès dans tous les domaines des sciences et de la culture ».

En complément, un accès premium à environ 3000 titres est généralisé à tous les utilisateurs qui le souhaitent jusqu’au 22 mai 2020. Pour cela, il suffit de s’identifier avec le login « np_bneuf_auf » et le mot de passe « np_bneuf_auf ». Ce catalogue de l’éditeur Numérique Premium comprend des ouvrages dans les domaines des sciences humaines, sociales et juridique.

D’autres partenaires de l’Agence universitaire de la Francophonie proposent des accès gratuits à leurs services, pour avoir à disposition encore plus d’ouvrages. Parmi ces partenaires, les Éditions législatives, EDUNAO, Microsoft, Nomad Education, OpenClassrooms, Agorize ou encore YouScribe.

Enfin, les Nouvelles Éditions Numériques Africaines (NENA) proposent 9 bibliothèques numériques contenant plus de 1700 titres africains, accessibles à cette adresse pour les membres du réseau AUF.

L’ensemble des informations est accessible à cette adresse.


Dossier : Accéder à des ressources en ligne pendant le confinement

[Photo : Ivan Radic, CC BY 2.0 – source : http://www.actualitte.com]

Nous apprenons le décès, survenu le 12 avril au soir, de Jacques De Decker (né le 19 août 1945), écrivain, passeur de littérature et secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique.

Germaniste de l’ULB, Jacques De Decker a consacré son mémoire au théâtre d’Hugo Claus. Un geste qui témoigne déjà de son intérêt pour le théâtre, les littératures non francophones – et particulièrement la littérature flamande. Il se lance rapidement dans l’adaptation d’œuvres théâtrales : de Shakespeare, Goethe, Strindberg ou Tchékhov, il reprend les œuvres et les adapte pour la scène belge francophone.

Adaptateur, il l’est pour le cinéma, collaborant étroitement dans les années 1970 avec le réalisateur Jean-Pierre BerckmansIsabelle devant le désir est ainsi une adaptation de La Délice de Maud Frère.

Enseignant à à l’École d’Interprètes Internationaux de l’Université de Mons (langue et culture néerlandaises), à l’Insas, au Conservatoire de Bruxelles (histoire du théâtre), il devient en 1971 critique littéraire pour le journal Le Soir, dont il dirigera le service culturel de 1985 à 1990. Plusieurs recueils rassemblent ses articles critiques, notamment La brosse à relire, ouvrage réédité dans la collection « Espace Nord » en 2015.

En 1985, il publie son premier roman, La grande roue. Le livre figurera dans la première sélection du prix Goncourt. Le deuxième roman, Parades amoureuses (1990) figurera dans celle du Renaudot. En 1996, Le ventre de la baleine s’inspire des interrogations laissées par l’affaire Cools.

Homme de théâtre, romancier et critique, Jacques De Decker est également un éminent biographe, avec des livres consacrés notamment à Ibsen et Wagner. Il est élu à l’Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique (Arllfb) le 8 mars 1997, au fauteuil 8. Accueilli par Jean Tordeur, qui l’avait fait entrer au Soir, il succède à Albert Ayguesparse. En 1998, il relance Marginales, la revue créée par son prédécesseur.

En 2006, le germaniste est élu à la Koninklijke Academie voor Nederlandse Taal en Letteren, pendant flamand de l’Arllfb.

Animateur littéraire, observateur avisé et défenseur des littératures belges, il devient secrétaire perpétuel de l’Arllfb en 2002. Une fonction qu’il quitte à la fin de l’année 2019, à laquelle lui a succédé Yves Namur. Il a toutefois gardé un rôle actif au sein de l’institution : secrétaire perpétuel honoraire, il était en charge de l’organisation des manifestations commémorant le centenaire de l‘Arllfb, créée en 1920.

Dans une interview accordée au Carnet et les Instants à la fin de l’année 2019, celui qui était encore secrétaire perpétuel pour quelques semaines évoquait le rôle de l’Académie et son importance dans les temps troublés que nous vivons. Un entretien à retrouver ici.

mise à jour 16h50:

Le Pen Club de France vient de rendre hommage à Jacques De Decker : 

Le PEN club français, l’ensemble de son Comité et de ses membres, en particulier ceux engagés dans le dialogue de la francophonie, adressent à tous les membres du PEN club Belgique et aux proches de Jacques De Decker ses plus sincères condoléances.
Nous mesurons d’autant plus la perte que nous subissons tous que Jacques était venu avec beaucoup d’humanité et de bienveillance, tout grand lettré qu’il restera à nos yeux, dans nos esprits et dans nos bibliothèques, participer à nos Rencontres de Paris en janvier dernier.

[Source : http://www.actualitte.com]

À l’occasion du Mardi gras, Jean-Benoît Nadeau revisite le français louisianais. Un parler qui retrouve de la vigueur et qui se déleste peu à peu du folklore qui lui a longtemps été associé.

Écrit par Jean-Benoit Nadeau

J’ai toujours été ébloui par la poésie du parler de Louisiane, alors je profite du Mardi gras pour en faire un peu le tour. Il porte une espèce de génie particulier, très fort – qu’il faut célébrer malgré les risques évidents d’engloutissement par le raz-de-marée anglophone. Est-ce l’influence créole, indienne, acadienne, américaine ? Les quatre, ou autre chose encore ?

Mis à part le cas de Zachary Richard et de son arbre dans ses feuilles, j’ai entendu parler cadien pour la première fois à la radio. J’avais 16 ans et nous arrivions du Texas sur l’immense autoroute sur pilotis vers La Nouvelle-Orléans. Quelqu’un changeait les postes sur le récepteur et soudain, j’entends un type à la radio qui annonce en français qu’on « vend de la vaisselle pour manger de dedans ». Cela faisait deux mois que nous faisions le tour des États-Unis, c’était la première fois que j’entendais du français sur les ondes et je ne l’ai jamais oublié.

Bien des années plus tard, en reportage en Louisiane, je me suis intéressé tout particulièrement à la langue et à la culture du pays. Le cinéaste Charles Larroque m’avait fasciné en me racontant que les Cadiens se saluent encore en se demandant « Comment les haricots ? » Si ça va bien, on répond que les « haricots sont salés » ou « pas salés » – par allusion au lard qu’on cuisait avec les haricots quand on en avait les moyens, ou pas. Autre variante: « comment ça plume ? », par allusion au fait qu’on peut mettre ou non la poule au pot. Si ça plume joliment, c’est que ça va très bien, merci, et vous ?

Le parler cadien traditionnel est très lié au terroir local. Que ce soit des expressions comme « Sérieux comme une poule après pondre » ou « Amarrer ses chiens avec des saucisses » (être riche, avec « amarrer » au sens d’attacher). Ici, un « capon » est un poltron (de « chapon », coq castré) et une « ratatouille » est une querelle entre conjoints. Cela fleure bon la fameuse cuisine cadienne avec sa terminologie variée comme le « maque choux » (une recette typique à base de maïs), le tac tac (le maïs soufflé), le boudin (porc, riz, oignon, piment mis en tripe) et le gombo (un ragoût, dont on dit qu’il existe autant de variétés qu’il y a de Cadiens).

De la table à la musique, il n’y a qu’un pas. Les haricots ont donné leur nom à l’un des principaux genres musicaux louisianais, le « zydeco » (mélange de blues et de rhythm and blues) : le mot est une déformation de « zarico ». Quant à la plus célèbre expression louisianaise, « Lâche pas la patate ! » (Tiens bon), elle provient d’une coutume, la « danse de la patate », où les couples devaient tenir une patate entre leurs fronts. La coutume s’est perdue depuis deux générations, mais la célèbre chanson éponyme de Jimmy C. Newman a immortalisé l’expression.

Les Québécois ont plus de facilité que les Français avec le parler cadien. D’abord parce que l’oralité est forte au Québec, mais aussi parce que le parler populaire cadien et canadien ont des racines communes. Comme dans bien des régions de France, d’ailleurs, on prononce « tchins » pour « tiens », on s’« abrie » (se couvrir), on « débarre » la porte ; quand on est mouillé, on est « trempe » et on dit « astheure » pour maintenant.

Évidemment, américanité oblige, le parler cadien compte énormément de calques ou d’expressions traduites de l’anglais, comme « Laisser les bons temps rouler » (apprécier le moment présent) ou « padna (de partner) » qui signifie « compagnon, compagne ». Le terme « cajun » est lui-même une translittération anglaise de cadien. À l’inverse, un des traits de l’anglais louisianais est la présence fort de mots français (davantage que pour l’anglais québécois), en particulier des verbes comme « to trainer », « to roder », « to téter », « to fouiller », qui sont compris par tous, même dans leur conjugaison française. (Beau sujet de thèse : pourquoi le français québécois, qui est dominant au Québec, produit-il moins de gallicismes dans l’anglais québécois que le cadien pour l’anglais de Louisiane ?)

D’Acadiens à Cadiens

Ces particularismes reflètent une histoire très particulière que les Québécois connaissent mal. Le français en Louisiane s’est appuyé sur trois groupes très distincts. D’abord les premiers Français arrivés avant 1762, année de la vente de la Louisiane à l’Espagne. Le deuxième grand groupe, qui arrive vers 1800, est constitué de 10 000 planteurs blancs et des affranchis réfugiés après l’indépendance d’Haïti. Ces deux groupes se sont rapidement assimilés.

Le troisième grand groupe, moins nombreux, est arrivé vers 1780. Il s’agissait de réfugiés acadiens. Les Espagnols souhaitent coloniser la rive droite du Mississippi avec des catholiques pour résister à l’invasion redoutée de colons anglo-protestants. Ces Acadiens vont d’abord s’installer autour du bayou Lafourche, au sud-est de La Nouvelle-Orléans, avant de déplacer leur centre à l’ouest. Ces Acadiens, réfugiés derrière le gigantesque marais de la rivière Atchafalaya (tributaire du Mississippi), ont maintenu une culture florissante qui a assimilé pendant un siècle les éléments irlandais, alsaciens, indigènes et afro-américains malgré l’érosion progressive de leurs droits linguistiques.

Cette histoire complexe fait que plusieurs termes locaux sont mêlés. Par exemple, il y a deux siècles, « créole » désignait au départ une personne riche. De nos jours, selon la zone, créole peut vouloir dire un Cadien, un Autochtone ou un Afro-Américain. « Cadien » tend aujourd’hui à désigner quelqu’un qui parle français alors que « Cajun » fait plutôt référence aux Cadiens assimilés.

La culture connaîtra un déclin marqué après 1920. Il résulte du développement du pétrole par les Texans, de l’ouverture d’une route à travers le marais, de la conscription pendant la Deuxième Guerre mondiale, de l’interdiction du français dans l’enseignement et de l’anglicisation du clergé. Puis, soudainement, en 1968, le gouvernement louisianais a renversé sa politique pour créer le Conseil de développement du français en Louisiane (CODOFIL, selon l’acronyme anglais), dont le rôle a été récemment amplifié en Agence des Affaires francophones. Pendant la même période, une génération de jeunes Louisianais comme Zachary Richard, Barry Jean Ancelet et Amanda Lafleur pour ne citer qu’eux vont se revendiquer d’une langue que leurs parents ont souvent refusé de leur transmettre et se la réapproprier.

Après le folklore

Toujours est-il qu’on assiste actuellement en Louisiane à une espèce de renouveau francophone. L’instruction par immersion française, introduite il y a 30 ans et qui touche actuellement 5300 élèves, donne des résultats. Fait nouveau : on voit arriver des francophones très militants issus des cours de français de base à 30 minutes par jour. C’est le cas de Will McGrew qui vient de créer Télé-Louisiane avec Drake Leblanc Brian Clary, mais aussi Bennett Boyd Anderson qui vient de lancer la gazette web Le Bourdon de la Louisiane avec Sydney-Angelle Dupléchin Boudreaux. Il faut d’ailleurs lire le Manifeste du Bourdon pour se faire une idée de quel bois se chauffe cette jeune génération.

Dans ce renouveau, la vieille identité cadienne tend à se diluer en « francophonie louisianaise », un peu comme ce que l’on observe au Canada où la jeunesse va se déclarer volontiers francophone plutôt que « franco-ontarienne », « franco-manitobaine » ou « fransaskoise ». Je précise qu’il s’agit d’une tendance et que c’est rarement d’une netteté absolue.

Ce renouveau a des effets intéressants sur la langue, car le français cadien n’est pas nécessairement celui des jeunes francisés par l’immersion ou les écoles. Ils se revendiquent d’une même histoire, mais j’ai l’impression que le folklore y tient moins de place. On dit encore « chevrette » (au sens de crevette), « nonc’ » (au sens d’oncle) ou « ti » pour petit, mais il y a une tension certaine entre un français cadien assez normatif et le parler du terroir.

Mais ce genre de tension intergénérationnelle est en soi un signe de santé, un peu comme au Québec. À Montréal, bien des jeunes n’utilisent plus des expressions qui étaient courantes il y a deux générations, quand ils les connaissent. Et personne ne pleure le vieux « r » roulé des chansons de Robert Charlebois, qui vieillit bien, malgré tout. Il en sera de même du parler cadien, qui va forcément développer de nouveaux usages.

[Photo : Pixabay – source : http://www.lactualite.com]