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imatge de condiments alimentaris

El TERMCAT publica una actualització del Glossari de sabors del món, un recull terminològic de 100 termes relatius a productes alimentaris (verdures, fruites, begudes, pans) i elaboracions gastronòmiques (aperitius, plats a base de carn o de peix, salses, dolços i postres) d’arreu del món: productes i elaboracions de la cuina xinesa, japonesa, coreana, índia, armènia, turca, de tot l’Orient Mitjà, del Pròxim Orient, del Magrib, de l’Àfrica occidental o de l’Amèrica Central i del Sud.

El diccionari, fruit de la col·laboració amb el Centre de Normalització Lingüística L’Heura del Consorci per a la Normalització Lingüística, té l’origen en els termes treballats amb motiu de les diverses edicions de la mostra gastronòmica Els sabors del món, que va tenir lloc entre els anys 2012 i 2019 a Santa Coloma de Gramenet i els objectius de la qual eren la promoció del comerç local, la cohesió social i el foment del català com a llengua comuna. Més enllà de la mostra que el va originar, el Glossari de sabors del món continua alimentant-se amb la incorporació de nous termes, ja que està concebut com un projecte obert.

Aquesta actualització incorpora bàsicament noms de verdures i de bolets de la cuina xinesa; per exemple, s’hi han incorporat termes com ara brot de bambúarrel de lotusflammulina i escap d’all. Com a novetat, aquests nous termes presenten l’equivalent en xinès i van acompanyats d’una il·lustració. Cada fitxa conté la denominació en català, equivalents en castellà, francès i anglès, principalment, àrea temàtica, definició i, sovint, notes complementàries.

El Glossari de sabors del món forma part de la col·lecció Diccionaris en Línia del TERMCAT, que ofereix actualment prop de 160 títols dedicats a diversos camps d’especialitat.

 

 

[Foto: CC-BY 4.0 – font: http://www.termcat.cat]

Captura de pantalla de la presentació del Lèxic de ciclisme

 

Ahir dijous 5 de novembre es va presentar el lèxic A rodar. Lèxic de ciclisme. Pedalem en català!, elaborat pel Centre de Normalització Lingüística del Vallès Oriental i l’Ajuntament de Caldes de Montbui, conjuntament amb el TERMCAT.

L’acte va ser presidit per l’alcalde de Caldes, Isidre Pineda, i la directora general de Política Lingüística i presidenta del Consorci per a la Normalització Lingüística, Ester Franquesa, i també hi va participar el director del TERMCAT, Jordi Bover.

El lèxic forma part d’una col·lecció amb dos lèxics anteriors, Cinc contra cinc, que feia referència al futbol sala, i De cap a l’aiguaque contenia mots de la natació.

El lèxic inclou una història central que incorpora termes de l’àmbit del ciclisme que no necessiten definició, perquè s’entenen pel context, un glossari amb 55 entrades amb les corresponents definicions i una il·lustració d’una bicicleta amb el nom de cadascuna de les parts. Han participat també en l’elaboració d’aquest vocabulari membres d’Esport Ciclista Calderí, Club Ciclista de Sant Celoni, Club Ciclista Mollet i Club Ciclista Plana Lladó.

Els termes inclosos en aquest lèxic es poden consultar també des del Cercaterm.

Vegeu més informació en aquest enllaç.

[Foto: CPNL – font: http://www.termcat.cat]

C’est un phénomène qui prend de l’ampleur à chaque rentrée littéraire. Les chanteuses et chanteurs troquent le micro contre la plume, se jetant dans le bain de la littérature. Auraient-ils gagné la permission de devenir des écrivains à part entière ? Et comment passe-t-on de l’écriture de chanson à celle, au plus long cours, de nouvelles ou de romans ? Éléments de réponse. 

À chaque rentrée littéraire, certains chanteurs et chanteuses troquent le micro contre la plume.

C’est lorsqu’il a connu un succès monstre avec Zebda que Magyd Cherfi, a franchi le pas. Pris dans le tourbillon de Tomber la chemise, celui qui était l’auteur des chansons du groupe et l’un de ses trois chanteurs a décidé d’écrire des textes plus longs. Le chanteur est devenu un auteur, qui a repris de façon autobiographique les thèmes qu’il avait déjà creusés dans ses chansons.

L’identité beur dans la France décolonisée des années Mitterrand, le racisme ordinaire ou pas, et comment on construit un chemin quand tout vous renvoie à des origines perdues entre les rives de la Méditerranée… Comment a-t-il trouvé le chemin de l’écriture ? « On ne sait pas le mystère de l’écriture ou de la poésie. On entre là-dedans et puis on écrit. Moi, j’ai commencé à écrire des poèmes à 12-13 ans pour les copines, et elles étaient effarées. Imaginez, les quartiers Nord de Toulouse, il y a plus de 40 ans, un mec qui écrivait des alexandrins, ça ne courrait pas les rues », se souvient-il.

Dans son deuxième roman, La Part du Sarrasin, le chanteur/écrivain raconte la France de la Marche des beurs, en 1983, et les premiers temps d’un groupe qui ressemble très fortement au sien. Avec sa verve, il poursuit l’histoire de son alter ego, le Madge, qui avait été dans ses aventures précédentes le premier bachelier de sa cité (1).

[À écouter : Magyd Cherfi dans l’émission De vives(s) voix]

Mais cette fois-ci, Magyd Cherfi n’est pas seul à se faire une place en librairie.  En cette rentrée littéraire, Dominique A, Olivia Ruiz, Florent Marchet, ou Jeanne Cherhal, signent aussi des livres. Comment passe-t-on de l’écriture de chanson à celle, au plus long cours, de nouvelles ou de romans ? Les chanteuses et chanteurs auraient-ils gagné une légitimité à devenir écrivains ? Et quel accueil reçoivent-ils ?

Boris Vian, ingénieur, jazzman, chanteur, critique et écrivain

Le phénomène des écrivains/chanteurs n’est pas nouveau. Dans sa courte vie, Boris Vian aura été ingénieur, poète, musicien et critique de jazz, chanteur et bien sûr romancier. Héritier direct de Boris Vian, Serge Gainsbourg a été successivement peintre, chanteur, cinéaste et il aura écrit un « conte parabolique », Evguénie Sokolov, dont le héros n’est rien moins qu’un… peintre pétomane.

D’autres géants de la chanson, comme Georges Brassens, ont signé des romans sans que cela prête à conséquences. Si Yves Simon a été découvert en assurant certaines premières parties de Brassens à Bobino, en 1973, il avait déjà publié deux livres et en avait entamé un troisième. Chanteur populaire tout au long des années 1970, c’est comme écrivain qu’il sera surtout connu ensuite, se retirant volontairement de la lumière pour goûter « une célébrité de l’écrivain » qu’il préfère.

Dans la grande famille des auteurs-compositeurs lettrés, Dominique A fait régulièrement des allers-retours entre une chanson française largement marquée par les Anglo-Saxons et la littérature. Dans son dernier livre, Fleurs plantées par Philippe, il raconte un rendez-vous manqué avec Philippe Pascal, le chanteur de Marquis de Sade, et Marc Seberg, qui s’est suicidé l’an passé.

À propos des bouquins qu’il a écrits jusqu’ici, il estime : « J’adore le faire, mais je le dis sans afféterie : j’aime trop la littérature pour me faire des illusions sur mon écriture. Mon écriture est correcte, elle est recevable. Mais, autant je me sens dans la peau du chanteur qui est en train de construire une œuvre artistique sur le long terme, autant je ne me sens pas être un écrivain en train de construire une œuvre littéraire. Pas du tout ! Ce sont plutôt des pas de côté répétés que j’entends me permettre quand on me le demande ou que j’ai un besoin viscéral de le faire. »

Des mécaniques d’écriture différentes

Parmi tous les chanteurs interrogés, aucun ne se risque à prononcer ce mot d’écrivain de façon affirmative. Comme s’il restait une forme d’illégitimité… Dominique A se voit plutôt comme « un auteur »« C’est plus large et plus vague : j’écris », glisse-t-il.

Si Magyd Cherfi a rêvé d’être Flaubert à 15-16 ans, il avoue franchement qu’il n’aurait jamais frappé à la porte d’une maison d’édition pour proposer son travail s’il n’avait pas rencontré son éditeur, Bertrand Py, chez Actes Sud. Au contraire, l’écrivain Philippe Delerm et papa du chanteur Vincent Delerm, a toujours considéré la chanson comme un art majeur. Il a proposé à Jeanne Cherhal d’écrire son premier livre, À cinq ans, je suis devenue terre à terre, pour la collection qu’il dirige chez Points : Le goût des mots (2). « Ce que je recherche quand je fais écrire Jeanne Cherhal ou Anne Sylvestre, c’est d’être très vivant. D’être à la fois poétique, nostalgique par moment, ou d’avoir de l’humour. Peut-être que la chanson favorise cela, parce que dans un tour de chant, il y a toujours une chanson drôle ou des chansons plus tristes », dit-il.

Quand une chanson s’appuie sur des images et des fulgurances poétiques, écrire des nouvelles ou un roman relève plutôt de la course de fond. Passer de l’un à l’autre s’avère plus ou moins facile, selon les cas. Pour son livre, Jeanne Cherhal a répertorié les mots qu’elle aime. De cocotier à horizon, ce glossaire trace un autoportrait, dans lequel on retrouve son goût pour les formes rondes, son métier de chanteuse ou ses convictions féministes.

« Quand je n’arrivais pas à écrire sur un thème, je passais à autre chose. Je n’avais pas de butoir pour rendre mon texte, je m’y mettais quand je voulais. J’ai terminé ce livre durant le confinement, une période difficile à vivre pour tout le monde. Mais c’était très léger comme écriture », décrit-elle. « Je n’ai pas suivi de fil conducteur, mais j’ai l’impression qu’il s’est dégagé de lui-même, avec des personnages récurrents comme ma grand-mère, ou mon ami des îles, mon meilleur ami qui vit à la Réunion. Ce sont des textes qui font souvent référence à mes racines, aux gens de ma famille, l’air de rien. »

Un bon accueil critique, une audience diverse

Auprès de la critique, les chanteurs jouissent désormais d’un bon accueil. Il n’est plus rare non plus qu’ils soient dans la course aux prix littéraires. Mais comment expliquer que, du rockeur Mathias Malzieu au rappeur Kamal Haussmann, en passant par Cali, Bertrand Belin, Gaëtan Roussel, Grand Corps MaladeAbd Al MalikKery James ou Arthur H, on ne compte plus ceux qui ont franchi le pas ?

Conseiller littéraire du festival Les correspondances de Manosque et de la Maison de la poésie, à Paris, l’écrivain Arnaud Cathrine observe que depuis une bonne quinzaine d’années, les chanteurs ont gagné une véritable permission de se frotter à la littérature. Ce qui est pour lui une conséquence des rencontres entre chanteurs et auteurs se déroulant dans des festivals littéraires, comme celui de Manosque, et de la crise du disque. « Je crois que, quand ça allait bien, aux grandes heures de la grande variété qui marchait, il n’y avait pas besoin d’aller voir ailleurs. On ne peut plus simplement vivre de la vente de ses albums ou de ses tournées, les chanteurs ont donc besoin de se réinventer. Nous, les auteurs, on vit un peu la même chose », observe-t-il.

En dépit d’une notoriété qui leur permet de toucher plus facilement les lecteurs, l’impact des écrivains/chanteurs reste pour le moins divers. Sur un thème pointu, Fleurs plantées par Philippe, de Dominique A, paraît chez Médiapop, une petite maison d’édition dont les bonnes ventes sont souvent entre 1000 et 3000 exemplaires.

Pour la semaine du 28 septembre au 4 octobre, aucun livre de chanteur ne figurait dans le Top 20 –  Livres hebdo/GFK (3). Mais selon ce même classement, le premier roman d’Olivia Ruiz, La commode aux tiroirs de couleurs, était à la 28e place des livres de fiction qui s’écoulent le plus en ce momentQuatre après sa sortie et quelques mois après une adaptation au cinéma, le Petit pays de Gaël Faye était le dixième livre de poche le plus vendu en France cette semaine-là.

(1) Magyd Cherfi, Ma part de Gaulois, Actes Sud, 2016. Le livre a été récompensé par le prix Le Parisien Magazine et le Prix des Députés. Il a été en lice pour le Prix Goncourt des lycéens et le Prix Goncourt.
(2) Créée en 2006 chez Points et dirigée par Philippe Delerm, la collection Le Goût des mots porte sur le langage, avec notamment des ouvrages de linguistes. Côté chanteuses : outre le premier livre de Jeanne Cherhal, A cinq ans, je suis devenue terre à terre, il compte le livre d’Anne Sylvestre, Coquelicot et autres mots que j’aime.
(3) Le classement Livres hebdo/GFK recense les meilleures ventes de livres en France. En plus d’un Top  20, il prend en compte des sous-catégories, pour la fiction, la non-fiction, ou les livres de poche.

 

Écrit par Bastien Brun
[Photo : Getty Images/Christian Horz – EyeEm – source : ww.rfi.fr]
Praciña do Campo. Óleo © José Manuel Peña Romay

Carrancas e Tarabelos/Xosé Manuel Sarille

Antes de rematar o milenio pasado, o goberno francés encargou un estudo sobre os criterios de adhesión á comunidade nacional dos cidadáns. Dito na nosa linguaxe: avaliaron os sinais de identidade. Os principais son nacer en Francia, defender a liberdade e falar francés, pero o cuarto é nada menos que terlle aprecio ao viño e coñecelo. “O viño axuda a definirnos”, conclúen.

O descubrimento non sorprendeu aos habitantes do Hexágono, porque eles xa se fixaran no asunto, tiñan conciencia desa conciencia. Antes de que os invadisen os nazis, por exemplo, o xefe nacional dos viticultores púñase estupendo e felicitábase pola contribución do seu colectivo “á raza francesa”, á que lle entrega “ l’esprit, la gaieté et le bon goût”.

A min agrádanme máis estes baremos franchutes, relativamente propicios para a alegría, que os factores enumerados polo xeorxiano Joseph Stalin para definir a nación. A pesar do lamentábel galimatías de razas e razóns de nacemento.

Mais a proba suprema do valor patriótico que teñen os tintos franceses é a voracidade coa que se entregan a eles os inimigos máis íntimos de Francia, desvergoñadamente cativados polo alpiste gavacho. Adolf Hitler, cuxo ascetismo é unha lenda, o reichmarschall Hermann Göering, Albert Speer e o resto da tropa.

Ribbentrop fora comerciante de viños e mamaba champagne a feito, Goebbels tiraba máis para o borgoña, pero Göering, borrachón, canalla e manguelo consumado de arte, era un succionante nato de burdeos, especialmente de Lafite-Rothschild.

Dous días antes de entraren en París, o dono de La Tour d’Argent, o mellor restaurante da cidade, estaba moi preocupado, presentía que ían pillarlle a adega: cen mil botellas do mellor viño do mundo, moitas aínda do S. XIX. “Para min, ser francés – di o afoutado comerciante- significaba baterse polo meu país… sen esquecer o seu viño”. Retira as vinte mil garrafas excelentes e acerta na predición, porque a primeira visita do principal emisario de Göering foi exactamente a La Tour d’Argent.

– Onde garda a colleita de 1867?

– Foi bebida, monsieur.

– Hein!? Iso é imposíbel.

Entón ordenoulle aos soldados que confiscasen as outras oitenta mil garrafas do inmenso depósito de cinco andares baixo terra.

O 22 de abril de 1945, o xeneral Leclerc entrou na Alemaña ao mando da 2 DB. As potencias aliadas competían por tomar Berlín, pero os franceses fanlle un interior aos americanos e avanzan cara o Niño de Aguia, nos Alpes de Baviera. Pretextan que xa Napoleón seguira ese camiño para vencer os austríacos. A verdadeira razón é que o réxime nazi atesouraba ouro, prata, xoias, pinturas e… viño na especialísima residencia de Hitler. O botín máis delicioso da historia, iso sen discusión posíbel, todos os anos lendarios, a produción de Rothschild, Lafite, Mouton, portos e coñacs do XIX, champagnes, Krug, Moët, Salon, Bollinger, Pommery. Medio millón de magnums e garrafas máis pequenas. Douscentos homes de Lecrerc evacuaron caixas durante unha semana, para carros previamente baleirados de intendencias.

Cando chegaron os americanos estaba todo rañado. Pero hai que terlles respecto aos franceses porque son grandes, como se di agora, e tamén porque a nosa identidade galega de nación é bastante gavacha, está moi influída por eles, somos bastante gavachos. Polo Camiño francés trouxéronnos nada menos que o albariño, o románico, o barroco, a mellor literatura e infinitas novidades e tendencias. Galicia é un país europeo até as cachas, fillo como todos da mestura e da influencia foránea, para mellora xeral da humanidade.

Por certo que se o barroco chegou no XVII e se conformou no XVIII como un estilo poderosamente galego, diferenciado e universal, mal se lles pode chamar escuros a eses séculos, ou polo menos algo renxe aí, non si?

Todo parecía indicar que polo Camiño tamén nos mandaran a San Vicente, despois de convertelo en patrón dos viñateiros. Unha parte do que lles conto procede de La Guerre et le Vin, un libro moi lindo de Don e Petite Kladstrup. Nel San Vincent só aparece no glosario derradeiro, nun apuntamento apresurado: “Este santo foi elixido patrón dos viñateiros franceses na Idade Media por causa da primeira sílaba do seu nome”.

Vin significa viño. Pero cent significar significa cen, aínda que non o poñan na nota. E cen son moitos máis viños que un. Esa información tan sinxela permítenos deducir a causa da escolla popular (aínda que os do gremio ansíen máis a abundancia da colleita) e de paso retúmbanos na memoria subconsciente a tremenda troula medieval e borracheira. E tamén o sincretismo eclesial, permitindo que un mártir hispano do S. IV proceda en Champagne a tal viraxe de conduta.

Pero o noso San Vicente do viño máis venerado, o que está na Praza do Campo de Lugo, pisando o seu pedestal enriba da fonte desde hai trescentos anos, mirando desde alí para a maior malla de tabernas de Galicia e para as súas xentes, ouvindo rular os pipotes cada mañá e dando de beber el tamén un día ao ano, axudado por catro querubíns bochechudos que sopran amandi pola boca, non é o Mártir que adoptaron os franceses, senón o dominico Ferrer. Entón o milagre é aínda maior, porque Ferrer decide dar alí exemplo novo e diferente, polo que é tan venerado.

A pregunta lóxica é: San Vicente bebe? E a resposta ten que ser: estando trescentos anos seguidos sen moverse de tal sitio, algo beberá…

Nunha destas caeu. E quen non? Se o tiraron uns tarugos merecen todo o castigo, claro está, pero é preferíbel pensalo algo peneque e facelo máis próximo e humano, como no mellor Medievo. Así cavilaba tamén o seu engado o poeta Omar Kayyam: “Oh Alá! Non estarías un pouco bébedo? Rompiches nas miñas mans a ánfora que chea estaba de puro viño”. O troveiro José Larralde pon a un pobre desgraciado solitario do campo a dialogar con el: “Ayer bajé al poblao, puta! que andaba, con ganas de pelearme hasta con Dios, mirá un poco pa abajo, tirame algún trabajo, mirá que yo entoavía creo en Vós”.

Hai que amar o santo aínda que se crea pouco, sen torgalo con termos que o distancian e o conxelan. Sen tanto chamarlle barroco, que iso parécelle mal a calquera. Nin alcumalo de histórico con tanta seriedade, que vai rematar por distanciarse e perder a confianza na bebedeira, tan ansiada nesta señardade de secura vírica.

Que bote viño e que sexa axiña.

Notas

O Vinho e a Guerra. Don Kladstrup, Petie Kladstrup. Zahar, 2002.

Rubayat. Omar Kayyam. (Hai unha edición de Baía Edicións, que non é a da cita. Versión e debuxos de Correa Corredoira).

Ayer bajé al poblao. José Larralde. https://www.youtube.com/watch?v=6wEhzUAEVOM

[Fonte: http://www.praza.gal]

Qu’est-ce exactement qu’une langue ? Comment mesurer le niveau de vitalité d’une langue ? À quel moment une langue est-elle en danger ? Que faire pour revitaliser une langue en danger ? De vastes questions auxquelles l’Ethnologue et l’UNESCO tentent de répondre. 

Écrit par Marie Lebert

La 21e édition (2020) de l’Ethnologue recense 7.117 langues vivantes et 136 familles linguistiques. L’équipe de chercheurs de SIL International rassemble et organise chaque année une masse gigantesque d’informations glanées et vérifiées une à une sur le terrain par des milliers de linguistes regroupés dans des équipes nationales et/ou linguistiques présentes sur tous les continents. L’Atlas interactif de l’UNESCO des langues en danger dans le monde recense pour sa part 2.464 langues en danger en 2020.

Qu’est-ce exactement qu’une langue ?

Mais qu’est-ce exactement qu’une langue ? Selon l’Ethnologue, catalogue de référence de réputation mondiale : « La manière dont chacun choisit de définir une langue dépend des motifs qu’on a d’identifier cette langue comme étant distincte d’une autre. Certains basent la définition d’une langue sur des raisons purement linguistiques. D’autres reconnaissent la nécessité de prendre aussi en compte des facteurs sociaux, culturels ou politiques.

En outre, les locuteurs d’une langue ont souvent leurs propres critères pour l’appropriation d’une langue comme étant la leur. Ces critères sont souvent bien davantage liés à des questions de patrimoine et d’identité qu’aux traits linguistiques de la langue ou des langues en question
. »

Les six niveaux de vitalité d’une langue

Le rapport de l’UNESCO sur la vitalité et le danger de disparition des langues détermine six niveaux de vitalité pour une langue : sûre, vulnérable, en danger, sérieusement en danger, en situation critique, éteinte. (1) « Sûre » signifie que la langue est parlée par toutes les générations et que la transmission est ininterrompue d’une génération à l’autre. (2) « Vulnérable » signifie que la plupart des enfants parlent la langue, mais qu’elle est restreinte à certains lieux, par exemple, le domicile. (3) « En danger » signifie que les enfants n’apprennent plus la langue comme langue maternelle chez eux.

(4) « Sérieusement en danger » signifie que la langue est parlée par les grands-parents. Si la génération des parents peut la comprendre, les parents ne la parlent pas entre eux ou avec leurs enfants. (5) « En situation critique » signifie que les locuteurs les plus jeunes sont les grands-parents et leurs ascendants, et qu’ils ne parlent la langue que partiellement et peu fréquemment. (6) « Éteinte » signifie qu’il n’y a plus de locuteurs.

Pourquoi une langue disparaît-elle ?

Quels sont les facteurs de disparition d’une langue ? D’après les experts de l’UNESCO : « Une langue disparaît lorsqu’elle n’a plus de locuteurs ou que ceux-ci se mettent à parler une autre langue — en général, une langue de plus grande importance utilisée par un groupe plus puissant. Les langues sont menacées par des forces externes telles qu’une domination militaire, économique, religieuse, culturelle ou éducative, ou par des forces internes comme l’attitude négative d’une population à l’égard de sa propre langue.

Aujourd’hui, les migrations accrues et l’urbanisation rapide s’accompagnent souvent de la perte des modes de vie traditionnels et d’une forte pression en faveur de l’utilisation d’une langue dominante qui est nécessaire — ou perçue comme telle — à une vraie participation à la vie civique et au progrès économique.
 »

Que faire ?

Nombre de langues minoritaires, autochtones et menacées ont encore besoin de dictionnaires, de grammaires et de glossaires. Certaines langues ont même besoin de technologies de base telles que configuration de clavier et correcteur d’orthographe. La tâche est à la fois passionnante et titanesque.

Nombreux aussi sont les locuteurs de ces langues qui se battent pour garder leur culture en vie. De plus en plus de groupes linguistiques se tournent vers le web, devenu un outil majeur pour la revitalisation d’une langue. Des milliers de gens bloguent et utilisent les réseaux sociaux dans leur langue natale.

Les réseaux sociaux permettent à des communautés parfois éparpillées de nouer des liens et d’utiliser leur langue de manière naturelle. Ils permettent aussi de toucher les jeunes, un groupe démographique essentiel pour la revitalisation d’une langue, puisqu’une langue menacée est presque toujours une langue parlée seulement par les anciens. Plus les jeunes parlent et écrivent une langue menacée, moins elle risque de disparaître.

[Source : La saga du web multilingue]

 

 

Après ses nouvelles de jeunesse, traduites en 2017, Mia Couto, l’une des grandes voix de l’Afrique dans la littérature contemporaine, revient avec Les sables de l’empereur, sa publication la plus récente en portugais, traduite par Elisabeth Monteiro Rodrigues. Début mars, à Paris, l’écrivain et biologiste mozambicain s’est entretenu avec En attendant Nadeau.

Mia Couto, Les sables de l’empereur. Trad. du portugais (Mozambique) par Elisabeth Monteiro Rodrigues. Métailié, 672 p., 25 €

Écrit par Pierre Benetti

Au sein de la longue histoire des traductions, celle-ci sera peut-être un cas d’école. Les romans Mulheres de CinzaA Espada e a Azagaia et O Bebedor de Horizontes, reliés par une même trame narrative, ont été publiés séparément dans leur langue d’origine, respectivement en 2015, 2016 et 2017, au Mozambique, au Portugal et au Brésil, mais aussi dans les pays anglophones. En grande partie dicté par des motifs économiques, leur rassemblement en un seul volume pour la version française – un choix également fait par l’éditeur espagnol – a conduit Mia Couto à une reprise de son texte dans la perspective de sa traduction.

« J’avais pensé chaque volume en lui-même, comme si c’était un enfant », nous a expliqué Mia Couto. Équipée d’un glossaire très fourni et d’une note introductive de l’auteur, cette édition, faite à partir du livre paru au Portugal (pour le Mozambique, les textes sont édités par sa fondation), ne détaille pas les modifications apportées. Elle inscrit plutôt l’histoire de la jeune Imani et du soldat portugais Germano à la fois dans la continuité et comme si les personnages eux-mêmes avaient été transformés par le passage de la langue d’origine à la langue d’arrivée.

La question est d’autant plus intéressante que la traduction est un motif majeur du roman dans son ensemble et dans nombre de ses détails. Pendant la guerre du Portugal contre le royaume de Gaza et son roi, Ngungunyane, qui lui résistent à la fin du XIXe siècle, et dans le contexte de la concurrence coloniale sur le Continent qui est aussi une concurrence linguistique, notamment avec l’anglais parlé en Afrique du Sud, le portugais est imposé, mais tous les personnages ou presque traduisent, tout le temps. En particulier Imani, qui parle txitxope (ou chopi), l’une des quarante langues mozambicaines, et qui contrairement à sa famille maîtrise « la langue de l’envahisseur », mais on croise aussi une Italienne, des Suisses… Imani devient traductrice, pour le double compte des Portugais et des Vatxopi (ou Chopes), son peuple, sous la menace d’un double feu, à la fois utilisé comme auxiliaire par la puissance coloniale et menacé pour cette raison par ses voisins.

Imani n’est pas la seule parmi les protagonistes à faire des mots, à choisir l’objet de sa réflexion et par conséquent de l’action romanesque elle-même. Beaucoup évoquent, par exemple, dans de magnifiques dialogues, les noms perdus et remplacés des fleuves qui, bien loin de l’imagerie occidentale, sont des vecteurs de mémoire. Mais Mia Couto fait plus que représenter la rencontre des langues en parsemant son roman de txitxope. Il maintient tout au long des innombrables péripéties une position sceptique et critique à l’égard de la fixation orthographique des langues, poursuivie jusqu’aujourd’hui. Le travail d’Elisabeth Monteiro Rodrigues, qui suit son œuvre depuis le court texte Tombe, tombe au fond de l’eau (Chandeigne, 2005), va dans ce sens en ôtant les italiques qui soulignaient dans l’édition portugaise des mots « étrangers » (alors qu’ils ne sont en rien étrangers à Imani) ou en ne décidant pas de la transcription du nom même de la langue – on lit ici à la fois txitxope et chopi, Vatxopi et Chopes, comme on lit Ngungunyane et Gungunhane.

Devant l’alternance sur les trois tomes du récit d’Imani et de la correspondance du soldat Germano, on peut saluer le travail d’unification fourni par cette traduction. Là où Imani se déplace entre les langues, Germano reste prisonnier de l’imaginaire raffiné de Lisbonne et de Lorenço Marques, la future Maputo. Et lorsqu’elle veut s’adresser à des soldats dans sa langue maternelle, Imani, placée sous le signe de la transmission des événements passés et de la résistance dans une situation de contrainte, dit : « Je ne possédais aucune langue ». C’est qu’elle parle une langue qui lui est propre, celle d’un roman, faite de toutes les langues.

Comme son personnage, Mia Couto quitte son propre monde. Car ce projet de « trois en un » n’est pas la seule particularité des Sables de l’empereur : autrefois reconnaissable –  et trop souvent réduit – à ses néologismes, l’écrivain mozambicain semble laisser de côté la fable merveilleuse pour le récit historique, la métaphore pour une parole plus directe sur la violence de l’histoire ; il s’en explique, entre autres choses, dans notre entretien.

Mia Couto, Les sables de l’empereur

Mia Couto, à Paris (mars 2020)

Il semble que votre propre langue d’écriture ne soit plus tout à fait la même : elle comporte désormais peu de néologismes, voire pas du tout.

Cette idée de me libérer d’un portugais inventé, néologique, a commencé avant ce livre, disons avec La confession de la lionne (Métailié, 2015). Je voulais écrire dans un autre registre, me surprendre moi-même. Mon projet reste de raconter une histoire par le biais de la poésie, et je crois que je continue dans ce territoire-là. Et moi-même, quand j’écris, je me sens plus traducteur qu’écrivain, parce que je me trouve dans un espace de frontière : entre l’oralité et l’écrit, entre une rationalité d’origine africaine et une autre européenne, entre des langues différentes, qui expriment des points de vue et des cosmogonies différentes. Je suis un peu comme un contrebandier…

D’où vient ce besoin de vous « libérer » d’une langue que vous aviez pourtant créée vous-même ?

Je me sentais prisonnier de cette construction. Nous pensons être l’auteur du livre, mais en fait le livre est notre propre auteur, il nous produit nous-même. J’avais besoin d’être libre pour dire autre chose, autrement. Je voyais aussi que certains lecteurs en restaient à la dimension esthétique de ce travail. Ils ne percevaient pas que cette transformation du modèle normé de la langue portugaise voulait montrer d’autre possibilités d’utiliser la langue et de penser. Cela n’a pas été une décision soudaine, j’ai beaucoup réfléchi. Le plus grand ennemi de la beauté que je voulais créer était cette idée de « faire joli ».

Dans le texte en portugais, quelle est la place de la langue des vatxopi, le peuple d’Imani ?

Je ne parle pas cette langue, qui appartient à un groupe linguistique du sud du Mozambique, mais je comprends une langue similaire. Les locuteurs ont de grandes difficultés à nommer leur propre langue. Ces langues ne sont pas normalisées d’un point de vue orthographique. À chaque fois que je demandais quelque chose, on me donnait une réponse différente. Donc, dans chaque volume de l’histoire, on trouve des différences entre les mots. Et puis j’ai rencontré Alfonso Silva Dambile, qui m’a sauvé.

Qui est-ce ?

[Soudain, Mia Couto se met à parler en français] C’est un vieil homme qui connaît très bien l’histoire de son peuple. Tous les gens que je rencontrais pour faire le livre me parlaient de cet homme, qui est une sorte de sage ou d’érudit. À un moment, il m’a dit : « Peu importe si je te dis la vérité, puisque tu es un écrivain ! »

Vous-même, vous traduisez des langues du Mozambique ?

Je le fais de manière indirecte, car je n’ai pas une connaissance suffisante de toutes les langues du pays. Ce qui m’intéresse dans la compréhension d’un mot d’une autre langue, c’est la manière dont a été construite la réalité qui se trouve derrière ce mot. Et ce qui m’intéresse encore plus, c’est la raison pour laquelle certains mots n’existent pas. Par exemple, le mot « futur » : pourquoi il n’existe pas ici ou là ?

Comment voyez-vous l’évolution du portugais du Mozambique ?

C’est une langue en train de se construire. C’est un peu comme un adolescent qui n’obéit pas à ses parents. Actuellement, il y a tout un processus de normalisation, depuis le portugais jusqu’aux langues mozambicaines. Par exemple, au Mozambique, on dit « deux heures de temps », ce qui semble être un pléonasme, mais il faut le dire, car cela correspond à une certaine idée du temps. Je n’aime pas beaucoup, en général, l’idée de fixer les choses : quand on veut normaliser des langues ou des personnes, il y a toujours un côté négatif, même si je comprends que ce soit nécessaire. Avec ce livre, nous avons tous beaucoup souffert… À chaque fois qu’on fixait un mot en chope, quelqu’un nous disait un mot différent. Imposer une langue unique dans un pays qui en comporte vingt-cinq est un acte de violence. Je ne dirais pas que c’est une violence coloniale, mais c’est quand même une violence exercée contre la diversité de ces langues. Il y a eu un très grand changement au Mozambique après l’indépendance, avec Samora Machel, qui voulait créer ainsi l’unité nationale : il était interdit de parler sa langue maternelle. Aujourd’hui, la situation a changé. On apprend sa langue maternelle et le portugais. J’en suis content, mais je ne suis pas optimiste car, pour faire ça bien, il faudrait des moyens que le Mozambique n’a pas. Par exemple, la langue makua, quand on va la normaliser et l’enseigner à l’école, il va surgir cinquante variantes dialectales qui disent que ce n’est pas le vrai makua. La normalisation des langues crée de nouveaux conflits.

Il y a une autre nouveauté dans Les sables de l’empereur : vous y traitez de la violence de l’histoire d’une manière très directe, à peine métaphorique.

[Mia Couto repasse au portugais et rit] Cet entretien doit s’arrêter là, vous me demandez des choses trop difficiles ! Oui, c’est vrai. Auparavant, vivre avec la violence des guerres que j’ai connues était si traumatisant que j’ai préféré emprunter une voie métaphorique [dans les années 1970, Mia Couto s’est engagé auprès du FRELIMO (Front de libération du Mozambique), qui combattait pour l’indépendance]. Je traitais ce qui était cruel presque avec douceur. Je ne sais pas si c’est le temps qui a fait ça, car cette réalité est une réalité lointaine maintenant, mais il était nécessaire pour moi de recourir à un langage plus direct, plus cru. Aujourd’hui, j’utilise l’histoire, le passé, pour parler du présent.

De quel présent ?

Au Mozambique, l’histoire est très élastique : il n’y a pas eu de période de paix depuis l’indépendance. On en est au troisième accord de paix, et après cet accord il n’y a toujours pas la paix totale. Cette violence a quelque chose à voir avec la non-résolution des conflits du passé. L’un de ces conflits est celui qui se trouve dans Les sables de l’empereur, entre l’État de Gaza de l’empereur Ngungunyane et le Portugal de Mouzinho de Albuquerque. Dans ces conflits, il y a toujours une composante religieuse. La religion dominante au Mozambique, qui n’a pas de nom, a quelque chose à voir avec le culte des ancêtres. Elle préserve une relation vitale entre la terre, les personnes et les ancêtres. La terre est sacrée : en elle sont les morts ; envahir un territoire, c’est comme détruire une église. D’ailleurs, le roman commence avec une termitière, un lieu de naissance qui est aussi un lieu sacré. De telles violences obligent les gens à fuir, comme le fait Imani.

Mia Couto, Les sables de l’empereur

Le roman adopte le point de vue d’un peuple mozambicain qui se bat avec le Portugal et d’un personnage qui est à la fois femme, jeune et traductrice. Ce point de vue de l’entre-deux et de la minorité, est-ce le vôtre sur l’histoire ?

Oui, c’est moi-même, je suis cet homme-là : ma patrie, c’est la frontière. Je ne vois pas ça comme un drame, au contraire c’est une richesse. Ce n’est pas difficile de tenir cette position. Certains imaginent de façon illusoire qu’ils ont une seule identité. Au Mozambique comme dans le monde entier, les êtres humains sont entre des identités multiples. C’est très commun au Mozambique, où chacun parle une langue qui n’était pas la sienne et a deux ou trois religions. Le soir, les gens communiquent avec leurs ancêtres, la journée ils sont catholiques ou musulmans. Et ils ne voient aucun conflit là-dedans ! Donc, ils peuvent me voir comme l’un des leurs. Dans la rue, on m’arrête comme si j’étais un joueur de foot, pour que je transmette des messages. Je voyage souvent, même dans ma ville, je marche tout le temps. Le biologiste peut ne pas savoir beaucoup de choses, mais il marche beaucoup…

La relation de vos personnages aux arbres, aux fleuves, à la terre, est très importante. Décrivez-vous un monde disparu, détruit ?

Tout ce que je raconte se trouve encore au Mozambique. Je rencontre souvent cette relation très ancienne mais très vivante entre les individus et la nature. Les gens peuvent se transformer en arbre ou en lion, il n’y a pas de frontière d’identité absolue. Si on demande à un Mozambicain comment désigner « la nature », il n’a aucun mot pour le dire. La nature est en nous, nous sommes en elle, c’est une seule entité. Je ne pense pas qu’il y ait eu un jour une nature intacte, sans la trace de la main de l’homme. En quelque sorte, on a créé une deuxième nature. Souvent, on parle de nature mais sans l’appréhender ni la comprendre : ce que nous nommons nature, c’est la vie elle-même.

Ce que vous dites ne va pas vraiment dans le sens d’un discours voyant la nature comme étant « à préserver », et qui reste centré sur une vision occidentale.

Oui, les cultures locales sont globales et écologistes intrinsèquement ! Au cours de ma vie, je suis parti d’un point de vue européen et je suis allé vers autre chose. Cela m’aide énormément comme scientifique et comme être humain. J’ai appris que j’avais une relation de parenté avec les arbres, les fleuves, les pierres.

Quel a été cet itinéraire ?

J’ai perdu la peur. Je n’ai plus besoin de toutes ces grandes certitudes. Je suis disponible pour entendre d’autres types de connaissances. L’écriture, de son côté, est simplement une manière d’ordonner ce qui est en moi. Elle m’aide à donner un sens à ce que je ne connais pas. L’Afrique m’a offert un très beau cadeau, qui est de ne pas avoir peur de l’ignorance, ne pas avoir le sens de la prévision, de ne pas faire de la compréhension du monde une forme de domination ou de contrôle. On ne contrôle jamais rien.

Pourtant, en écrivant, vous fixez bien quelque chose.

Oui… j’aime beaucoup cette contradiction ! [Mia Couto rit]

Quelle a été la principale difficulté pour écrire ces trois romans, réunis en un ?

Cette histoire est comme un arbre, elle s’est ramifiée petit à petit. Il fallait tailler cet arbre de manière qu’il se développe. Le dernier volume a été le plus difficile : il fallait terminer l’histoire. J’écris parce que je suis fasciné par des personnages, par les potentialités qu’ils m’offrent. Donc, pour qu’il y ait une fin, il faut tuer le personnage et mettre fin à ses possibilités. Je pars toujours des personnages, ce sont eux qui racontent l’histoire. Et je pars aussi du principe que je ne veux pas savoir. C’est une écriture très obsessionnelle, qui me réveille la nuit pour me dire des choses. Les personnages existent, ils prennent possession de moi. Je dois ensuite les oublier. Je ne sais pas faire autrement.

Quels seraient les auteurs mozambicains à traduire et à transmettre, d’après vous ?

Il y a Ungulani Ba Ka Khosa, qui lui aussi a écrit un livre sur l’empereur Ngungunhane, Ualalapi (1987) ; Paulina Chiziane, dont un livre est traduit en français (Le parlement conjugal, Actes Sud, 2006) ; il y a beaucoup de jeunes, mais qui font surtout de la poésie, car le Mozambique est un pays avec une tradition poétique très forte. Moi-même, quand j’écris un roman, j’écris toujours de la poésie en même temps. C’est comme une pluie qui éclaircit le ciel. [Mia Couto vient de publier un recueil en portugais, intitulé Traducteur de pluie.]

Et que pourra-t-on lire prochainement de vous ?

Je termine un roman qui parle de mon enfance et de mon adolescence dans la ville de Beira, au centre du Mozambique, et qui raconte la fin d’un monde, le monde colonial, dans lequel j’ai grandi, et la fin de mon propre règne, mon enfance. Je continue dans le même registre que dans Les sables de l’empereur, mais en recueillant des documents pour chaque personnage. Chacun, donc, aura la liberté de parler le portugais qu’il désire. Je ne vais pas rompre radicalement en disant que jamais plus je ne retournerai aux néologismes… en fait, je ne veux pas refaire ce que j’ai déjà fait. D’ailleurs, je me relis seulement quand j’y suis obligé. Par exemple, je me suis relu pour l’adaptation au cinéma de mon roman La véranda du frangipanier. J’ai eu tellement honte que j’ai réécrit le livre.

Propos recueillis par Pierre Benetti et traduits par Elisabeth Monteiro Rodrigues

[Photo : Jean-Luc Bertini – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Difficile d’ignorer encore les demandes de certains groupes qui réclament la démasculinisation de la langue. Dévoiler le fonctionnement androcentré du français, certes. Mais les solutions sont compliquées

Image d’illustration — Clémence Anex

Écrit par Catherine Frammery

La dépêche de l’Agence France-Presse date de mardi dernier, 11h44 : « Décès de la dessinatrice Claire Bretécher, autrice des Frustrés et d’Agrippine ». Autrice ! C’est l’une des premières fois, si ce n’est la première, que l’Agence France Presse utilisait dans le titre d’un « urgent », donc très visible, cette forme féminisée de « l’auteur » (et qui, à la vérité, existait et était utilisée jusqu’à son éviction du premier dictionnaire de l’Académie française, au XVIIe siècle). Nul doute que celle que Roland Barthes décrivait comme « le » meilleur des sociologues, la seule femme à avoir pénétré un monde de la BD presque exclusivement masculin dans les années 1970 et 1980, aurait apprécié…

Si le mot est remarqué, c’est paradoxalement que l’écriture qui veut démasculiniser la langue est encore minoritaire. Et pourtant. L’écriture « inclusive » gagne du terrain, tous les jours. L’écriture inclusive, c’est un ensemble de pratiques et d’annotations qui vise à donner une représentation égale des femmes et des hommes dans la langue écrite, parce que la langue reflète une vision de la société et un projet politique. La petite phrase que l’écrivaine féministe Benoîte Groult aimait à citer vaut tous les exemples : « Cent femmes et un chien sont revenus contents de la plage. » « La violence symbolique est hallucinante, analyse le psycholinguiste Pascal Gygax, de l’Université de Fribourg, le masculin qui l’emporte est une règle très explicite qui ne permet pas l’abstraction. » Haro sur le masculin grammatical ! Bon gré mal gré, alors que l’Académie française a longtemps continué de batailler contre ce « péril mortel », une partie de la société s’est donc attelée à redonner leur place aux femmes dans la langue, toute leur place : soit la moitié de l’espace.

«Le ministre est enceinte»

Quelques exemples? Cela fait ainsi plusieurs années que les «droits humains» ont remplacé les «droits de l’Homme», la «majuscule de prestige» étant proscrite. Les élèves des universités suisses fréquentent des institutions académiques qui manient le langage épicène («l’audience» plutôt que «les auditeurs»), les doublets («les chanteuses et les chanteurs»), voire le point médian pour les plus audacieuses. Et la dernière Constitution du canton de Neuchâtel est rédigée en écriture dégenrée. Plus près de nous, toujours à Neuchâtel: la présentation aux parents de son cursus par le Lycée Jean-Piaget a entièrement été réalisée en écriture inclusive il y a deux semaines.

Des frémissements parmi vous? Il n’y a là pourtant rien de très récent, malgré les apparences. La Confédération a publié son premier guide de rédaction «non sexiste» dès 1986, rappelle la sociolinguiste Marinette Matthey (voir plus bas), la Chancellerie fédérale a démasculinisé ses textes allemands en 1995 (certes pas en français et en italien…) et le premier guide de rédaction épicène des Bureaux romands de l’égalité date de 2002. Ce qui change, c’est que, dans la foulée du mouvement #MeToo, le sujet est désormais très régulièrement abordé dans les écoles, les médias, voire les entreprises. Car une langue, c’est une vision du monde.

«Si les universités sont plus avancées, c’est parce que de par leur vocation, elles doivent prendre en compte toute la recherche qui existe, explique Pascal Gygax. Or cette recherche est sans équivoque, le langage, aujourd’hui très androcentré, a des conséquences.» Quand les couples de mots commencent presque toujours par un masculin («le fils et la fille», «le mari et la femme»), quand un manuel scolaire donne comme exemple de masculin et de féminin «un directeur» et «une danseuse» (exemple actuel), cela laisse des traces. Le métier de chirurgienne est génial ou le métier de chirurgien est génial? «Le ministre est enceinte», avait audacieusement titré un de ses livres le linguiste français Bernard Cerquiglini, pour montrer l’absurdité du français académique.

Le quotidien français Le Figaro a dû se faire violence pour faire d’Angela Merkel une chancelière : ses premiers articles évoquaient «un chancelier en talons hauts». On peut d’ailleurs remarquer que l’accord au féminin ne pose aucun problème lorsqu’il s’agit de vendeuse, d’aide-soignante ou de directrice d’école mais plus souvent lorsqu’il s’agit de faire justice à une procureure, une rectrice, une préfète – peut-être parce que ce n’est pas la place des femmes : pas étonnant que la féminisation des noms de métiers ait été un des premiers chevaux de bataille des féministes. En février 2019 enfin, après une longue lutte, elle a enfin été acceptée à une large majorité par l’Académie française, repaire de vieux repères. Ce qui n’a pas empêché qu’on découvre avec incrédulité la semaine dernière dans le Larousse que la boulangère était encore la femme du boulanger (la version en ligne a déjà été corrigée)…

«On a oublié comment la langue est plastique et a évolué», rappelle aussi Pascal Gygax. Le français s’est masculinisé en plusieurs étapes, l’une d’elles étant l’établissement du dictionnaire de l’Académie française, au XVIIe, qui a bouté hors de ses pages quantité de mots ou d’expressions moins masculines – poétesse, mairesse ou autrice sont de vieux mots! C’est aussi du XVIIe que date la règle du «masculin qui l’emporte sur le féminin». «Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins», édicte le grammairien Scipion Dupleix, «conseiller du Roy». Une pétition a été lancée par la linguiste Eliane Viennot pour réclamer la fin de cette règle et le retour de l’accord de proximité, très employé par le passé, sur le modèle: «Que les hommes et les femmes sont belles!»

Le pronom neutre

La démasculinisation n’intéresse pas que la langue française. La Norvège a tenté de supprimer le genre féminin. La Suède a introduit un nouveau pronom neutre. Les anglophones ont doucement abandonné le he (lui) masculin pour un they neutre depuis vingt ans, renouant là aussi avec une pratique ancienne (Someone came in, they were noisy). Les chairmen ont aussi laissé leur place à des chairpersons et les congressmen à des members of congress.

Mais le débat continue. Le sondage sur l’écriture inclusive organisé parmi les membres actifs de l’encyclopédie en ligne Wikipédia fin 2019 à l’initiative de la Genevoise «Natte à chats» s’est déroulé dans une ambiance très tendue (Wikipédia étant animée par une très forte majorité d’hommes). «Il y a eu beaucoup plus de réponses que d’habitude, 374 personnes sur 800 très actives sur la Wiki francophone ont participé, note la féministe, créatrice du projet «Les sans pages», qui veut donner plus de visibilité aux femmes dans Wikipédia. Mais l’ambiance était délétère, et il y a eu beaucoup d’attaques.» Les meilleurs scores ont été obtenus par les «termes englobant» et la «féminisation». «Natte à chats» note cependant un certain progrès depuis la première enquête sur la féminisation en 2015. «Je voudrais que chacun·e puisse écrire comme il·elle le souhaite.»

Ça y est, vous venez de le voir, c’est de l’écriture inclusive. Mais c’était le cas depuis le début de ce texte, l’aviez-vous remarqué ?

Petit glossaire de l’écriture inclusive

Il n’y a pas une seule forme d’écriture inclusive mais plusieurs. L’association DecadréE (decadree.com), qui promeut l’égalité dans les représentations, en présente les différentes strates, des formes douces, attentives à ce que le masculin ne l’emporte pas sur le féminin aux formes plus dures, qui font la part belle aux signes graphiques et aux expressions nouvelles. Ces exemples sont principalement tirés de sa brochure, L’écriture inclusive, son usage au quotidien et du site de l’historienne de la littérature Eliane Viennot.

Féminisation: «une juge, une apprentie, une nageuse, une agricultrice, une chirurgienne, une avocate», etc.
Doublet: «Lecteur et lectrice» de ce petit article explicatif, vous venez de lire un doublet.
Termes épicènes ou singuliers collectifs: «Les directeurs ont décidé d’investir» devient «Les membres de la direction» ou «La direction a décidé d’investir».
Accords, dont celui dit de «proximité», qui se fait avec le terme le plus proche: «Bonne année à ceux et celles que je n’aurais pas encore saluées». C’est un accord ancien que l’on trouve, par exemple chez Racine: «Surtout j’ai cru devoir aux larmes, aux prières, Consacrer ces trois jours et ces trois nuits entières».
Nouveaux pronoms: «il-elle» deviennent «iel», «ielle» ou «el».
Point médian: c’est une des formes plus voyantes, les plus connues et donc aussi les plus disputées. Signe graphique, «chacun · e», le point médian a pour pendant la barre d’exclusion «chacun/e» ou le trait d’union «chacun-e». La parenthèse «chacun(e)» est moins heureuse, puisqu’elle signifie que l’information placée-là est annexe. LT

 

[Source : http://www.letemps.ch]