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Dans son dernier roman, le Colombien Juan Gabriel Vásquez retrace la vie du cinéaste Sergio Cabrera, sa formation politique, militaire mais aussi artistique, en l’inscrivant plus largement dans la trajectoire de sa famille : ses grands-parents, républicains espagnols exilés en République dominicaine puis au Venezuela, et en Colombie ; et son père, militant maoïste qui entraïna sa famille dans la Chine de la Révolution culturelle. 


Juan Gabriel Vásquez, Une rétrospective. Trad. de l’espagnol (Colombie) par Isabelle Gugnon. Seuil, 464 p., 23 €


Écrit par Florence Olivier

« Être colombien est un acte de foi. » Qui n’a entendu cette réplique d’un personnage de Borges dans la bouche de tel ou tel intellectuel colombien ? Détournée de son sens premier – la mise à nu de tout sentiment national –, elle résume, non sans une salutaire dérision, la déception voire le désarroi du discoureur face à la persistance de la violence politico-militaire ou de celle du narcotrafic dans l’histoire colombienne. Si Juan Gabriel Vásquez ne reprend pas ce lieu commun, il tient à rappeler que, né en 1973, il n’a jamais connu de période de paix dans son pays. Ferme partisan de l’application des accords de paix de 2016, âprement négociés entre le gouvernement et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), l’écrivain entend apporter dans Une rétrospective des éclairages aussi crus que nuancés sur divers pans de ce passé toujours brûlant. Hanté par les métamorphoses de la violence politique qu’a connue la Colombie depuis le XIXe siècle, Juan Gabriel Vásquez renchérit dans ce dernier roman sur plusieurs de ses paris coutumiers : narrer l’incidence de l’histoire sur les vies privées des citoyens ; manier la relation entre père et fils comme métaphore du conflit historique ; mener son récit à la manière d’une enquête mémorielle ; façonner une fine marqueterie entre fiction et faits réels recueillis auprès de témoins. Le tout avec un talent de conteur qui tient son lecteur en haleine.

Une rétrospective de Juan Gabriel Vásquez : vie de Sergio Cabrera

Éditions Alfaguara

Une rétrospective, titre qui transpose éloquemment celui de la version originale – Volver la vista atrás est un vers d’Antonio Machado –, se veut une fiction fondée uniquement sur des faits réels, survenus dans la vie du cinéaste colombien Sergio Cabrera. À l’exacte façon du Limonov d’Emmanuel Carrère ? On suivra plutôt Juan Gabriel Vásquez, qui, dans une « Note de l’auteur », précise l’acception qu’il retient ici du verbe « feindre » : « Modeler, concevoir, donner forme à quelque chose ; a) pour désigner des objets physiques tels que des sculptures et objets similaires, tailler. »

C’est, en effet, dans la surabondance des péripéties d’une vie exceptionnelle qu’il lui aura fallu tailler son récit. Inséparable de l’histoire de sa famille, l’expérience de Sergio Cabrera est non moins inséparable de l’histoire colombienne et de celle, internationale, de la gauche révolutionnaire. Une geste tumultueuse et tout à la fois une vie picaresque dont les souvenirs, longtemps tus, occultés ou perçus de biais par celui-là même qui aura vécu ces événements, s’assemblent enfin pour trouver un sens. L’intime réconciliation du cinéaste avec son passé, et donc avec sa capacité de créer et d’aimer au présent, met en anamorphose celle qui pourrait advenir dans l’histoire colombienne et que l’auteur, tout comme le personnage de Sergio Cabrera, appelle ardemment de ses vœux.

Passé et présent du cinéaste se percutent violemment en 2016 tandis qu’à la Cinémathèque de Barcelone se déroule une rétrospective de l’œuvre de Sergio Cabrera. L’application des accords de paix vient d’être rejetée, lors d’un référendum, par une courte majorité de citoyens colombiens. Le cinéaste traverse une grave crise existentielle : en manque d’inspiration, en butte aux reproches de ses producteurs, il vit en Colombie tandis que sa dernière femme, portugaise, s’est réinstallée au Portugal, y emmenant leur fille de cinq ans. Lorsqu’à Lisbonne, sur le chemin de Barcelone, Sergio apprend la mort de son père, il décide, sans plus d’explications, de ne pas rentrer à Bogota pour assister aux obsèques de Fausto Cabrera. Dès cet instant, la rétrospective de son œuvre cinématographique se double d’une rétrospective intime qui, à travers les souvenirs du père, ramène Sergio à ceux de sa propre vie. Tel est le principe temporel que suit le récit d’Une rétrospective. Crise du personnage et crise nationale coïncident dans le temps, et il n’échappera à nul lecteur que le roman de Juan Gabriel Vásquez sonde le passé du premier pour rouvrir puis panser les plaies d’un pays qui les a laissées à vif.

Une rétrospective de Juan Gabriel Vásquez : vie de Sergio Cabrera

Affiche de « La stratégie de l’escargot » de Sergio Cabrera (1993)

Si le suspense de l’enquête mémorielle que le romancier manie en virtuose dans Le bruit des choses qui tombent (2012) est moindre dans cette chronique biographique, l’habile effet d’aller-retour entre présent et passé y supplée. Les lieux que traverse ou qu’aura habités Sergio Cabrera – mais aussi son père, Fausto, son grand-oncle, Felipe, son grand-père, Domingo, sa mère, Luz Elena, sa sœur, Marianella – ne jouent pas un rôle mineur dans l’afflux et l’ajustement de ses souvenirs sous un nouveau jour. Comme souvent chez Juan Gabriel Vásquez, une cartographie mémorielle surgit de la forme d’une ville ou d’une région, voire de celle d’un pays tout entier, car tout lieu, hanté, est lieu de mémoire.

Les trois longues parties de ce roman biographique embrassent l’histoire de trois générations de Cabrera, depuis les années qui ont précédé la guerre civile espagnole jusqu’en cette année 2016 où Barcelone accueille et célèbre le cinéma de Sergio Cabrera. C’est cette même ville qu’avaient dû fuir, peu avant qu’elle ne tombât aux mains des troupes franquistes, les républicains Felipe, officier et combattant héroïque de l’armée de l’air catalane, son beau-frère et garde du corps Domingo, les deux fils de ce dernier, Fausto et son frère Mauro. De cette histoire de lutte, de défaite et d’exil, nul membre de la famille, descendants y compris, ne pourra se dépêtrer avant bien longtemps. Les Cabrera exilés vivront une vie picaresque dans la République dominicaine du dictateur Trujillo, puis au Venezuela, enfin en Colombie, où ils se fixeront.

La vocation d’acteur du jeune Fausto – née de l’indéfectible alliance entre les idéaux de la République espagnole, côté communiste, et l’amour de la poésie que cultive sa famille – fera de lui une indispensable figure d’avant-garde dans les milieux du théâtre puis du théâtre télévisé en Colombie. C’est cet homme, fantasque et dogmatique, enjôleur et autoritaire, qui, convaincu d’œuvrer pour le bien de tous, façonnera les destins de ses enfants, Sergio et Marianella, qu’il ralliera à la cause de la révolution internationale à l’heure du maoïsme. Lui-même n’était-il pas fasciné, donc façonné, par l’image héroïque de son oncle Felipe ? Voici donc, illustrée à la perfection, l’une des approches de l’histoire que privilégie le romancier Juan Gabriel Vásquez : l’entrelacs indémêlable entre histoire individuelle et histoire collective. L’expérience de vie de Sergio Cabrera aura été modelée par celles de son père, de son grand-oncle, de son grand-père ; elle trouve son origine et sa couleur dans l’idéologie de la gauche internationale des années 1930 et dans la culture républicaine espagnole où art et politique se fondaient l’un dans l’autre. Et quelle expérience !

C’est dans la Chine de la Révolution culturelle, où Fausto a été recruté en tant qu’expert par l’Institut des langues étrangères de Pékin, que Sergio et sa sœur se formeront dans leur adolescence. De l’implacable solidité de cette formation font foi nombre de documents éloquents dans la deuxième partie et jusque dans l’épilogue du roman : des photographies, des extraits du journal de Marianella écrit en chinois ou des passages d’une fort longue lettre du père qui tient lieu de bréviaire ou de manuel de survie pour ses enfants restés seuls en Chine. Au lecteur de juger sur pièces. Portés par l’enthousiasme paternel pour le régime de la Chine populaire, endoctrinés, Sergio et Marianella ne cessent de solliciter de nouvelles tâches militantes : travail dans une commune à la campagne puis en usine, engagement dans des groupes de Gardes rouges, enfin, ultime privilège, entraînement militaire. C’est qu’ils doivent parfaire leur formation avant de rejoindre leurs parents, repartis sans eux en Colombie, pour s’engager à leur tour dans la lutte de la guérilla maoïste.

Une rétrospective de Juan Gabriel Vásquez : vie de Sergio Cabrera

Le récit de cette dernière période de leur jeunesse fait la matière de la troisième partie du roman. Et il serait bien court de dire que c’est celui d’un désenchantement. L’absurdité, l’égarement au sens propre comme au sens figuré, la folie, la violence meurtrière, y sont associés à la guérilla tout comme à la forêt tropicale où évoluent les troupes. On y lit un juste hommage à la tradition latino-américaine du roman de la selva, dont La Voragine (1924) du Colombien José Eustasio Rivera est l’une des illustrations magnifiques. Aliénés, les jeunes gens et leurs parents parviendront, au terme de rudes péripéties, à quitter la guérilla colombienne sans abjurer la cause maoïste. Sergio, Fausto et Luz Elena repartiront en Chine populaire.

Une rétrospective peut être lu comme un roman de (dé-)formation conté à rebours mais aussi comme un roman d’artiste. Car, au récit de l’initiation politique et militaire de Sergio Cabrera, se mêle celui de son précoce apprentissage artistique d’acteur puis de photographe aux côtés de son talentueux père. Plus tard, le jeune militant maoïste vole des instants à ses devoirs de révolutionnaire pour voir des films dès qu’il en trouve l’occasion. Tout comme Fausto avait su braver les obstacles de sa condition d’exilé pour devenir acteur, Sergio saura trouver dans sa vocation de cinéaste la force d’échapper à l’emprise de ce père tant aimé et tant admiré. Loyal, il fera jouer Fausto dans la plupart de ses films. Les chapitres consacrés à la rétrospective barcelonaise de 2016 revisitent avec acuité l’œuvre du cinéaste, politique et parodique tout à la fois. Où l’on voit qu’Une rétrospective propose une vision de l’engagement artistique qui, précisément, permettrait de libérer l’art de l’emprise de l’idéologie ou, mieux encore, d’user du premier comme d’un antidote contre la seconde.

L’épilogue du roman fait coïncider avec la rétrospective cinématographique de Barcelone l’ultime émancipation de Sergio Cabrera, tourné non plus vers le passé mais vers l’avenir, non plus vers son seul père défunt mais aussi vers son fils de dix-huit ans. À ce dernier, il aura transmis son histoire, enfin revue jusque dans ses recoins les plus sombres, ainsi que celle, inoubliable, de Fausto et de la famille Cabrera. L’art d’hériter sans soumission et l’art de transmettre, tels sont les épineux défis que relèvent et le personnage de Sergio Cabrera et le romancier Juan Gabriel Vásquez. Car on ne verra nul hasard dans le prix biennal de roman Vargas Llosa qu’a reçu, en 2021, Une rétrospective. Parmi les maîtres latino-américains de l’écrivain se côtoient en effet, réconciliés par leur libre héritier malgré leurs différends idéologiques, le Péruvien Mario Vargas Llosa et le Colombien Gabriel García Márquez. Négociateur hors pair, Juan Gabriel Vásquez sait confronter sans ciller les versions en conflit du passé politique et littéraire colombien, latino-américain, mondial. Être romancier est un acte de foi.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

Roma desordenada. La ciudad y lo demás
Juan Claudio de Ramón
Siruela, 2022, 342 pp.
Escrito

En la época del turismo de masas se siguen escribiendo libros de viajes, quizás más que cuando el viaje era el privilegio de unos pocos y la mayoría solo lo imaginaba a través de un libro o de las escenas de una película. Muchas de esas obras, y no digamos las guías de todo tipo, no pasan de ser una abultada reseña de las impresiones del viajero, acaso no muy diferente de las que aparecen en las redes sociales. Pocas alcanzan la categoría de obra literaria, aunque para conseguirla no solo hace falta erudición sino, ante todo, estilo, cercanía, capacidad de suscitar en el lector impresiones, evocaciones y reflexiones que invitan a una lectura lenta y sabrosa, muy alejada de la inmediatez obligada de los best sellers veraniegos.

Entre estos libros está Roma desordenada. La ciudad y lo demás del escritor y diplomático Juan Claudio de Ramón, que estuvo destinado cuatro años en la capital italiana. Uno de los rasgos principales de esta obra es subrayada en el prólogo de Ignacio Peyró: es un libro de paseos más que de viajes. Lo ha escrito un residente de la Ciudad Eterna, que sabe muy bien que nunca podría abarcarla, ni en su cuerpo ni en su espíritu, aunque viviera en ella el resto de su vida. Su título nos indica que no es una obra para ser sistematizada y menos aún clasificada. Es de esos libros que, a mi juicio, tienen la cualidad de poder empezar su lectura en cualquier capítulo sin desmerecer nada. Los paseos se pueden programar, ciertamente, pero lo que no se puede programar es la memoria involuntaria, al estilo de Marcel Proust, esa presencia viva del pasado en el presente que para el escritor francés era una fuente de felicidad, y toda una religión estética. En este sentido me parece intuir que Juan Claudio de Ramón ha debido ser un lector habitual de Proust. Su Roma desordenada, con el paso de los años, podría estar destinada a ser una crónica particular del tiempo perdido y del tiempo recobrado. Nuevos y continuos ojos para paisajes con o sin figuras.

El libro es desbordante en temáticas o acaso habría que decir en rostros. A algunas de ellas me refiero a continuación, a sabiendas de que otras se quedan fuera y que, por lo general, las temáticas, y más aún los rostros, son difícilmente clasificables.

Un libro de lugares y cosas

Ni que decir tiene que este es un libro de lugares y cosas. Su autor asume aquello de est anima in rebus, que, por cierto, me parece muy proustiano. Tomemos como ejemplos las fuentes y los pinos. Las primeras, como dice nuestro autor, son oídas antes de que podamos ver la lograda combinación entre el agua y el mármol travertino. Son presentadas casi como un símbolo religioso, en la que la fe resulta ser una creencia fluctuante capaz de cortar las vías de agua de la incredulidad. Los pinos, cuyo número se calcula en ciento veinte mil, están inexorablemente vinculados a la historia de la Roma imperial, algo que movió al régimen de Mussolini a multiplicar estos árboles por toda la ciudad, aunque los expertos nos recuerdan que el pino romano procede en realidad de Asia Menor. Las profundas raíces de los pinos provocan más de una catástrofe, aunque en eso no solemos reparar los que los relacionamos con el poema sinfónico de Respighi, al que también alude Juan Claudio de Ramón.

Entre las múltiples ocupaciones del paseante romano está reflexionar sobre los lugares que en otro tiempo fueron famosos. Una muestra es la Via Veneto, cuya denominación completa es Vittorio Veneto, un éxito de las armas italianas en la Primera Guerra Mundial que no satisfizo al irredentismo de la inmediata posguerra. Fotodepredadores, pronto conocidos como paparazzi, estrellas del cine italiano y del norteamericano, pero, ante todo, un ambiente de indolencia, apatía y sedentarismo, como señala el autor. Una ociosidad perpetua en la que también tenía cabida un tipo de intelectual italiano, una persona culta incapaz de desprenderse de su pose irónica y de un escepticismo laico con el que pretendía situarse al margen del catolicismo y del marxismo. Acaso se pareciera un tanto al Petronio de la corte de Nerón, al menos al del Quo Vadis de Hollywood, el gran enemigo de todo lo que consideraba vulgaridad. Ese Petronio también debió de vivir su particular dolce vita. Pero lo cierto es que poco queda ya de la vieja Via Veneto y ni siquiera es fácil descubrir la huella de la fama efímera en los hoteles de lujo, tal y como atestigua el autor.

Por lo demás, Juan Claudio de Ramón pasea por lugares menos céntricos. Unas veces lo hace en bicicleta por la Via Appia, remoto origen de la autopista, aunque su finalidad más primaria fuera la de instrumento de la expansión militar romana. Otras veces camina a pie por el EUR, la ciudad que no fue, levantada por el fascismo italiano con la ambición de repetir la Roma imperial. Ese mismo régimen se llevó por delante la Roma medieval y proyectaba más tropelías urbanísticas. En cambio, la república italiana no ha aplicado al urbanismo fascista el consabido método de la memoria selectiva.

Cuando el arte se hace filosofía y la historia atraviesa el tiempo

Muchos alumnos de historia del arte siempre recordarán que esa asignatura les fue explicada con un método descriptivo muy atento a las formas y los materiales, pero que ignoraba la estética y el contexto cultural. Eso contribuyó a matar su sensibilidad. Un método ajeno por completo a este libro. El autor de Roma desordenada posee muchas cualidades para describir con soltura y amenidad la Roma artística, bien se trate del templete de Bramante, de la Fornarina de Rafael, de las controvertidas obras religiosas de Caravaggio, de los jardines romanos plasmados por Velázquez, de las arquitecturas rivales de Bernini y Borromini o de la ternura presente en algunas de las esculturas de Canova. Son todas ellas páginas de grata lectura, y que no nos obligan a caer en ese trivial culto a la religión del arte que inventó Johann Winckelmann, el alemán de la Ilustración que a partir de una escultura de Apolo trazó toda una serie de elucubraciones, perdurables durante siglos, y que hicieron de Grecia un supuesto paraíso perdido del arte. A partir de ahí surgió la estúpida idea, en acertada opinión de Juan Claudio de Ramón, de que el arte es el alma de los pueblos. En contraste, nuestro autor guarda sus simpatías para una sonrisa de terracota, la famosa sonrisa arcaica de los etruscos: «La historia del arte occidental consiste en borrar del rostro esa sonrisa que hoy nos parece boba y ficticia». Es un acertado comentario contra la artificiosidad y, en definitiva, contra la pérdida de la inocencia. En esa sonrisa, salpicada de una cierta melancolía, el autor de este libro encuentra nobleza e inteligencia. Todo lo contrario a ese dejar de sonreír y pretender hacerse el interesante, que algunos identifican con la madurez.

Por las páginas de Roma desordenada cruza también la historia, sin orden cronológico por supuesto. Leemos capítulos sobre la matanza de las Fosas Ardeatinas, la terrible represalia ordenada por Herbert Kappler en 1944, durante la ocupación alemana de Roma; sobre Garibaldi y la efímera república romana de 1848; sobre el saqueo de Roma en 1527 interpretado por muchos soldados de Carlos V como un castigo a una ciudad corrupta y libertina que necesitaba un fuego reparador; sobre la antigua Roma de Rómulo a Constantino pasando por Augusto y Nerón; o sobre la Roma de Pedro y Pablo de los que el autor resalta sus diferencias. Son unas páginas que nos invitan a profundizar en la historia de la Ciudad Eterna y en sus múltiples interpretaciones, a menudo opuestas entre sí. T.S. Eliot dijo que «Roma es el momento presente del pasado» y Juan Claudio de Ramón asegura que el tiempo no es un enemigo. Tampoco lo era para Proust, siempre deseoso de reencontrarse con él. Cabría añadir que en Roma la historia atraviesa el tiempo, salta a los ojos del paseante, pues el turista suele estar demasiado ocupado en otras cosas. Libros como el presente son una invitación a desplegar otros sentidos a través de Roma y su historia.

Paseos por la literatura y el cine

Tan solo algunos escritores, de los muchos que visitaron la Ciudad Eterna, aparecen en las páginas de esta obra, si bien todos ellos son mirados con gran simpatía por su autor. En primer lugar, Goethe, que procede de un norte rígido y brumoso, disfruta de Roma con los cinco sentidos y encuentra una magnífica fusión entre arte, naturaleza y vida. Más adelante, surgen dos escritores del siglo XIX. El primero es Chateaubriand, diplomático como el autor, que encontraba a Roma bella y triste a la vez, y que vive allí un amor romántico, del que hay recuerdo en la iglesia de San Luis de los franceses. El segundo es el poeta Gioachino Belli, funcionario de los Estados Pontificios y al mismo tiempo anticlerical, famoso por sus sonetos escritos en romanesco. Es el poeta del pueblo romano, un pueblo amante por tradición de la sátira. Dos escritores españoles del exilio republicano se encuentran también en el libro, María Zambrano y Rafael Alberti. La primera, de la que se resalta su amistad con el pintor Ramón Gaya, quizás comprendió a Roma, y la amó, mejor que el segundo. En el libro se describen además los escenarios urbanos en que vivieron.

En mi opinión el cine, italiano por supuesto, es de gran ayuda para disfrutar de este libro. En más de un momento se puede pensar en La gran belleza de Paolo Sorrentino, citada en varias ocasiones. Algunos críticos la destrozaron en su momento, sobre todo por no soportar su frecuente comparación con La dolce vita de Fellini. Por mi parte, pienso en esa película cuando Juan Claudio de Ramón nos relata su conversación con el príncipe Scipione Borghese, aunque esa charla daría para muchos otros paralelos literarios, cinematográficos o simplemente periodísticos. Urbanismo y paseos en motocicleta van de la mano de Caro diario de Nanni Moretti, película citada y en cierto modo vivida por el autor. No faltan alusiones a Pasolini, sobre todo el de las periferias romanas de sus primeras realizaciones. Se incluye además una referencia a una particular villa romana, la del profesor Mario Praz, presente en Confidencias de Visconti, visitada por el autor y con sorpresa final incluida. Sin embargo, no deja de ser significativo que en el último capítulo aparezca el escritor y guionista Ennio Flaiano, tan vinculado al cine italiano y en particular a La dolce vita. La playa de Fregene, próxima a Roma y frecuentada por Flaiano, es inseparable de unas perdurables imágenes en blanco y negro.

Quizás el autor haya querido trazar aquí una pincelada de melancolía, porque al final del capítulo nos anuncia que él y su familia tienen que regresar en una semana a España. Se podría afirmar que Roma desordenada es una invitación a volver a Roma, aunque no se haya estado físicamente allí. Roma, «la capital de mi mundo» según Juan Claudio de Ramón, es un sitio que siempre se añora, aunque haya otros lugares en que se puedan tener más y mejores comodidades. Por eso se entiende que uno de los proyectos, del autor y su familia, sea volver a Roma.

[Fuente: http://www.revistadelibros.com]

Escrito por Claudio Ferrufino-Coqueugniot

Cierta vez me preguntaron qué me hubiese gustado ser. Pensaron que mi opción de quién, más que de qué, estaría entre Günter Grass y García Márquez, pero no. Contesté que platillero en una banda. ¿No lo oyeron? Platillero, haciendo piruetas con los platos dorados, girándolos entre mis manos como si fuesen mariposas, en la celebración del Señor del Gran Poder, o del Gran Joder, vamos.

Lo recordé este amanecer lluvioso -llueve menos que en Macondo- mientras la casetera tocaba La Motilona, cumbia de Los Alegres Diablos. Chas, chas, que aquí viene el ritmo, platillo en la cabeza, media vuelta, giro y contragiro, arriba, con los dedos, igual a los negros basquetbolistas norteamericanos que de la pelota hacen un mundo que da vueltas sin parar.

Contemplo las bandas, uno de los espectáculos impresionantes del universo, esa mixtura, de aparente caos en que multitud de instrumentos aúlla al mismo tiempo en angustiosa fraternidad. He pensado, leyendo novelas tradicionalistas y mirando fotos de las sociedades geográficas, que nos han registrado en la historia -a los bolivianos- como nativos taciturnos mirando el horizonte. Por detrás crece la hirsuta paja, se levantan peladas tetas/colinas de piedra implacable y un hato de llamas pasta en los confines del mundo. Pero Bolivia es país alegre, despiadado en el desenfreno, incluso entre aquellos taciturnos amoratados por el frío que cubren la melena de cabra debajo de chullus de lana con increíbles colores y diseños. Tan alegre que me parece que la mejor representación del país, si tuviésemos que ponerle una concreta apariencia física, sería esa del platillero con un terno brilloso, blanco, gris metálico, rojo, algo chillón, discordante, que hace movimientos sensuales y cabriolas al mismo tiempo que produce música. Síntesis de un mestizaje que uno y otro lado tratan más que desdeñar, evitar.

Desde los platillos de la batería, que acompasan con suavidad las canciones y a veces se acarician con un ramillete, hasta los personales, algunos tan grandes como de un metro de diámetro; dorados, eso sí, porque hay que preciarse de una profesión sin duda más antigua que la de dar trasero por dinero, la de golpear dos objetos planos sin ritmo al principio y luego seguidos ya por otros sonidos que acompañan su básica y elocuente voz.

Cierto que el diablo, la diablada, son imponentes, que cuando salen del socavón o de cualquier bar de la avenida Siles donde festeja el pasante, en medio de estruendo de cohetes, poca cosa se les puede comparar, pero si alguien no ha visto un platillero de Bolivia, tronado por el alcohol más que por la veneración del virginato o señorío, sudado en su piel de cobre que brilla con el agua, no ha visto nada. Porque si este platillero ya asimiló el infierno del ritmo y alucina con un opio, el de la música, que nos lleva a Baco o, más antiguo, al fuego mismo primigenio, nada lo podrá parar hasta que caiga rendido, sonido de metal al suelo, y duerma cubriéndose del sol con un plato que se calienta al rojo y lo despierta para continuar. ¿Dónde? Siempre hay dónde y siempre hay cuándo y nunca por qué. Como la patria que ríe pero no se la puede ver. Ni tampoco cuando llora.

Entrecierro los ojos porque no he dormido, no por veleidad de poetastro infeliz y exiliado que no soy. Por el sueño, y sabiendo que a través de él, de tanto pensar, de repetir una y otra un vinilo o un compacto inundado de platillos, he de convocar los fantasmas de ayer, cuando Bolivia pasaba penosamente de sociedad rural a esbozo urbano. Diablos, morenos, kusillos podrían ser los espectros de esa inevitable transformación. Si acaso la modernidad los acucia para renovar vestimenta, glorificar el milenio con aberraciones de mal gusto o lo que fuere, hay un espíritu que permanece incólume, anciano, que se sobrepone al tiempo y nos renueva a tiempo de devolvernos atrás.

Incluso en un entierro, cuando la banda toca un lento huayño de pena o ataca un bolero de caballos de guerra, suena el plato, espaciado, no enloquecido, de cuando en cuando, como una ráfaga de recuerdo con ruido de vidrio roto. Tubas, trombones, sensatos tambores apenas tocados y chas, chas, de a ratos, ya no el platillero con terno sino uno modesto, de camisa blanca, pantalón negro, avejentados zapatos de charol y olor a jabón de tocador con dejo de almizcle. Luego la pala deja caer la tierra encima del cajón, chas, chas, y el libro de horas se ha cerrado.

Platillero hasta el fin del mundo, obviando públicos y dioses, ensimismado, entusiasmado con dos soles amarrados a las muñecas como guantes de boxeo. Llevar el platillo a veces de sombrero, otra de abanico, y estrellarlo contra el otro y disfrutar como de cópula el temblor del bronce, mayor mientras mayor sea el diámetro, dorado porque tiene que ser, y fundido con sudor de herrero, gota de oro, pizca de plata y orín de burro.

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[Publicado en TENDENCIAS (La Razón/La Paz), 04/06/2017 – foto: Banda Pagador – reproducido en lecoqenfer.blogspot.com]

Dans Tenir sa langue, Polina Panassenko évoque son enfance déchirée entre la Russie et la France mais aussi la perte de son prénom soudain francisé à son arrivée à Saint-Étienne. Polina change de lieu, de langue et devient Pauline. Avec la chute de l’URSS, l’exil, tout un monde s’effondre. Polina Panassenko le ravive avec force dans un premier roman où elle se place avec justesse et humour à hauteur de l’enfant qu’elle était.

Tenir sa langue, le premier roman de Polina Panassenko

Polina Panassenko


Polina Panassenko, Tenir sa langue. L’Olivier, 186 p., 18 €

Écrit par par Jeanne Bacharach

De Pauline à Polina, à l’oral, une seule lettre change. Pourtant, soudain, le « nom propre » n’est plus à soi. Une lettre n’est jamais un détail dans un prénom : elle porte, sous sa légèreté apparente, le poids d’une histoire. Dans Tenir sa langue, récit d’un prénom amputé de son a russe pour un e muet et pourtant si parlant, la lettre imposée exprime la violence de l’exil, l’injonction institutionnelle à l’intégration. Plus encore, le prénom de la narratrice, qui était aussi celui de sa grand-mère juive, Pessah, victime des pogroms et condamnée à prendre le prénom russe de Paulina pour cacher sa judéité, porte le poids de l’antisémitisme et de la honte d’être juive. Pauline vient redoubler la honte et symbolise sa transmission entre les générations de femmes d’une même famille. La narratrice, en portant son désir de retrouver son prénom d’origine au tribunal comme dans l’écriture de ce premier roman, cherche à rompre cette chaîne et à affirmer, en liberté, son passé, sa langue et son histoire.

Il s’agit donc bien là de Tenir sa langue – merveilleux titre pour ce premier roman de grande tenue. Tenir sa langue et la maintenir face à ceux qui voudraient qu’elle s’efface. Cette affirmation de soi apparaît avec force à travers la scène inaugurale du roman, au tribunal de Bobigny, face à la procureure opposée à ce changement de nom : « Ça l’écorche ? Ça lui fait une saignée ? Ou alors elle a peur que je me glisse dans sa langue de procureure. Le prénom comme cheval de Troie. Et une fois à l’intérieur, schlick. Un jaune d’œuf qui coule. Poc. Une fusée dans l’œil. Elle a peur que je lui mette ma langue dans la sienne et de ce que ça ferait. Elle a peur de ses propres enfants en fait. » La narratrice, avec courage, tient tête au passé et à celles et ceux qui semblent craindre le mélange des langues, l’immixtion d’un « Polina » russe au beau milieu des « Pauline » bien français.

Tenir sa langue peut ainsi se lire comme le geste inaugural d’une écrivaine (même si on rappellera la parution en 2015 d’une enquête intitulée Polina Grigorievna aux éditions de L’Objet Livre) qui cherche et revendique un nom. On y perçoit également un geste politique particulièrement fort. Les saillies de la narratrice formulées à l’encontre de la politique d’intégration française sont des plus saisissantes, à l’image de l’évocation de Jallal Hami, camarade rencontré sur les bancs de Sciences Po. La narratrice évoque sa noyade en 2012 au cours d’un week-end de bizutage à Saint-Cyr. Elle se souvient du discours du chef d’état-major des armées évoquant le sens de l’engagement du jeune homme, manière selon lui de « rendre à la France un peu de ce qu’elle lui avait donné ». Alors que le procès a lieu au moment où la narratrice tente de récupérer son prénom au tribunal, elle évoque ce drame devant son avocate : « mon avocate dit Il ne faut pas faire d’amalgames. S’il ne s’appelait pas Jallal, il se serait noyé quand même. […] Elle a raison mon avocate. N’importe qui aurait pu se noyer. Mais est-ce que pour n’importe qui on aurait parlé de dette ? Ah oui, dit l’avocate, mais ça c’est un peu le cas de tous les émigrés, non ? ». Alors que Polina est sur le point de retrouver son prénom, celui de Jallal est nié, de même que son histoire et son individualité. Le combat pour la reconnaissance du prénom porte en lui celui de la reconnaissance d’une personne.

Polina Panassenko souligne ainsi la puissance politique et symbolique de la lettre. « À la fin de l’année je passe de Polina à Poline. J’adopte un en feuille de vigne. Polina à la maison, Poline à l’école. Dedans, dehors, dedans, dehors ». La lettre changée bouleverse le « je » le plus intime qui, soudain, ne s’appartient plus tout à fait, se dédouble. Elle devient la métaphore de l’exil et de la séparation brutale entre l’intérieur et l’extérieur. La lettre traduite renvoie au changement de place que la narratrice occupe dans le monde, au dehors comme en dedans. Marquant la séparation d’avec la Russie, sa langue, la datcha, l’appartement familial et les grands-parents restés là-bas, elle porte en elle la violence de la frontière et ouvre un espace intérieur instable et angoissant, cet « horrible en dedans en dehors » selon l’expression d’Henri Michaux.

Tenir sa langue, le premier roman de Polina Panassenko

L’évocation de l’entrée en maternelle, qui coïncide avec le changement de prénom, se distingue dans le roman par l’émotion qu’elle suscite. Polina évoque l’exclusion géographique dont elle est victime dans la cour de récréation décrite comme un « enclos » triangulaire. L’expression « à hauteur d’enfant » prend ici tout son sens. Polina Panassenko parvient à nous faire voir l’espace de l’école tel que se le représente la narratrice enfant. Nous voyons avec ses yeux d’enfant lorsque, pénétrant dans l’école, elle évoque le « trou noir » : « À l’intérieur ça sent le parapluie mal séché et la peau de lait bouilli. » À l’extérieur, jouant derrière les buissons de la cour, Polina rencontre le petit Philippe, bègue, avec qui elle occupe « la pointe la plus étriquée et silencieuse du triangle ».

L’écriture à hauteur d’enfant prend corps de manière plus délicate encore à travers la langue que l’on entend dans tout le roman. Polina Panassenko fait résonner les mots français mâtinés de russe pour les adoucir (comme Philippe qui devient « Philiptchik ») et surtout les mots français déformés, incompris, les sons les plus étranges qu’il faut décrypter par-delà l’accent qui devient « [sa] langue maternelle » : « « Tian« , il tend quelque chose. « Vian« , il se déplace. » La narratrice évoque avec humour l’état de confusion dans lequel elle se trouve : « Il semblerait que si je dis Sava ?, l’autre va comprendre que je demande comment il se porte. Et si je dis Sava ! on comprendra que je vais bien. Je ne sais pas pourquoi. À Moscou, « sava » veut dire « hibou ». Je ne sais pas pourquoi ici il faut dire « hibou » pour se donner des nouvelles. » Polina Panassenko tient sa promesse initiale : tenir sa langue, jusque dans sa plus profonde étrangeté.

 

[Photo : Patrice Normand – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

El décimo séptimo curso de intérpretes y traductores de lenguas indígenas para los servicios públicos se realizará del 24 de octubre al 12 de noviembre en el distrito y provincia de Satipo, en la región Junín.

El curso que durará 20 días de manera presencial, apunta a formar traductores e intérpretes en las lenguas ashaninka, asheninka, awajún, nomatsigenga, matsigenka, kakinte, kakataibo, shipibo-konibo, yanesha y yine.

Esas lenguas son habladas por un total de 187,696 peruanos residentes en 11 regiones del país: Junín, Pasco, Huánuco, Ucayali, Madre de Dios, Cusco, Loreto, Amazonas, Cajamarca, Amazonas y Ayacucho.

El curso es convocado por el Ministerio de Cultura (Mincu) y el plazo para los postulantes tiene como fecha límite el 13 de setiembre.

Políticas públicas

Durante el evento de lanzamiento en Satipo, la viceministra de Interculturalidad, Rocilda Nunta Guimaraes, destacó que este curso forma parte de las políticas públicas que se vienen impulsando para la construcción de un Estado intercultural.

Las lenguas indígenas forman parte de nuestra diversidad y son una manifestación viva de la cultura y la historia de los pueblos indígenas u originarios.

En 16 cursos desarrollados a la fecha se han capacitado a más de 620 personas pertenecientes a 23 regiones del país, hablantes de 38 de las 48 lenguas indígenas, siendo la primera vez que el sector realiza este curso, aquí en Junín, Satipo.

“El Perú no es un país de una sola lengua. Tenemos 48 lenguas indígenas y queremos que nuestros hermanos y hermanas de los pueblos originarios ejerzan sus derechos lingüísticos y accedan a servicios públicos con orgullo y sin discriminación etnicorracial”, resaltó la viceministra de Interculturalidad.

Desde la rectoría del Ministerio de Cultura se forman intérpretes y traductores con el objetivo de contribuir a garantizar los derechos lingüísticos de los más de 4.4 millones de peruanos y peruanas, que hablan alguna de las 48 lenguas indígenas u originarias.

Ellos deben ser el puente que ayude al acceso a los servicios públicos de esta población en los sectores Salud, Justicia, Reniec, Policía Nacional del Perú, entre otros.

En el evento también participó Jean Pierre D’Laura Quintana, asesor del Despacho Ministerial de Cultura, quien manifestó el compromiso de la gestión de la ministra de Cultura, Bettsy Chávez, para la efectiva atención de las demandas pendientes de los pueblos originarios de la selva central.

“Han transcurrido 200 años de vida republicana, donde los pueblos indígenas aún acceden a servicios públicos en los cuales no se respeta su lengua originaria. Por ello, desde el sector Cultura vamos a redoblar el trabajo para que se garanticen sus derechos lingüísticos”, anotó.

En tanto, el presidente de Asociación Regional de Pueblos Indígenas de la Selva Central (ARPI-SC), Jorge Cline Chauca, invitó a los hablantes de lenguas indígenas a postular al 17 cursos de Intérpretes y Traductores de Lenguas Indígenas.

Ello, a fin de que el Estado conozca mejor las necesidades de la población y se mejore el acceso a los servicios públicos de la población indígena.

También asistieron a la presentación, el alcalde provincial de Satipo, Iván Olivera; el director de la DDC Junín, Javier Rojas; la vicepresidenta de la Organización Regional de Nacionalidades Amazónicas de Selva Central (Ornasec), Denisse Irova, asimismo, el coordinador de la Defensoría del Pueblo de Satipo, Gino Zorrilla, y el director de Interculturalidad de la Universidad Nacional Intercultural de la Selva Central Juan Santos Atahualpa, Rudy Roque.

Sobre el curso

Del total de postulantes a nivel nacional, 50 personas serán seleccionadas para participar en el XVII Curso de Intérpretes y Traductores de Lenguas Indígenas.

Los postulantes deberán realizar los siguientes pasos para su inscripción, teniendo como fecha límite, el 13 de setiembre del presente:

1. Descargar la información del documento completo de la convocatoria y los anexos 1 (resumen de la convocatoria) y 2 (modelo de hoja de vida).

2. Entregar su currículum vitae (CV) documentado (conforme al anexo 2) y presentarse de manera presencial en las sedes de las Direcciones Desconcentradas de Cultura de las regiones donde se hablan las lenguas indígenas convocadas, o completar el siguiente enlace.

Para mayor información sobre la convocatoria y los requisitos, los y las interesadas pueden escribir al correo electrónico: curso.interpretes.indigenas@gmail.com

 

[Fuente: http://www.servindi.org]

Suspender a alguien es quitarle voz, y quitar la voz es expulsar de lo social, es desterrar, el gran castigo que ya los griegos practicaban con el ostracismo. Convierte a un individuo en un fantasma, en alguien que no posee nada

Collage’ con imágenes de Kevin Spacey, Plácido Domingo y J. K. Rowling, tres figuras que se han visto inmersas en debates sobre la cultura de la cancelación. PEPA ORTIZ (GETTY)

Escrito por  

Uno de principios fundamentales de la lógica tradicional es el de no contradicción, que afirma que nada puede ser y no ser a la vez y en el mismo sentido. Aristóteles lo consideró, por su rango, el primer principio, aquel del que derivarían los demás. Como todo buen principio, su verdad nos resulta evidente, tanto que cualquiera diría que es casi una perogrullada. Pero el asunto es más complejo de lo que parece. Este superprincipio conlleva como elemento inadmisible, dentro del razonamiento, la existencia de la contradicción, afirmando que lo que la contiene debe ser rechazado como falso, o bien resuelto en el modo de la síntesis dialéctica. Gracias a él la ciencia, la tecnología y el razonamiento lógico han avanzado a niveles inimaginables.

Existe, sin embargo, un peligro, parecido al de la falacia naturalista que denunciaba Hume, que es el de cometer el error de pasar la validez de este principio a campos que no le corresponden, como puede ser el del arte, la moral o los afectos. Difícil imaginar una literatura a la que se le exija claridad y firmeza (la autentica poesía es hija de la paradoja, dice Pessoa), desestimar a un pensador por sus discordancias, requerir a un director de cine desarrollos lineales y congruentes o desestimar a un artista plástico por sus propias confrontaciones. En cuanto a los afectos —amor y deseo, y sobre todo en el caso de este último— lo propio es en muchos casos precisamente la convivencia de los contrarios y la dificultad de la armonía. Pueden preguntarles a los grandes místicos, a Bataille —conviene releer su texto El erotismo—, a Lacan o a Sade. En el terreno de la moral, el escenario se vuelve aún más complicado por las consecuencias obvias que de ello podrían derivarse, es decir, la complejidad de sentenciar sobre el bien y el mal. Exigir que en esos registros tan propiamente humanos se eliminen o resuelvan los contrasentidos es cuando menos una actitud necia, pero incluso puede llegar a ser, en algunos aspectos, sospechosa de intransigencia y de propensión al juicio ligero. Y, sin embargo, contamos con innumerables intolerantes con las contradicciones, sobre todo ajenas, enemigos de las paradojas y militantes de los enunciados apofánticos, que se posicionan sin vacilaciones en los parámetros que la norma social popular exige, que se convierten en poseedores de la verdad —la única, la suya—, y se indignan ante la coexistencia de lo aparentemente irreconciliable. Aborrecen que pueda ocurrir que una proposición no sea ni verdadera ni falsa, estado que es una deriva de ese principio de no contradicción con el que comenzábamos. Son incapaces de tener la mirada prudente, de entender que la contradicción es jugosamente inevitable en gran medida y en muchos casos es incluso exuberantemente fecunda, si se la deja brotar en su tirantez. A estos amantes de los dualismos extremos y de la verdad monolítica les alteran las zonas intermedias, hasta tal punto que, cuando las detectan, llaman a la acción, convocando hordas de justicieros que castiguen con el arma de la cancelación a los discordantes. Cancelar a alguien es quitarle voz, y quitar la voz es expulsar de lo social, es desterrar, el gran castigo que ya los griegos practicaban con el ostracismo. Cancelar a un individuo es convertirlo en un fantasma, en un subalterno, en alguien que no posee nada. Desgraciadamente, nos estamos acostumbrando a la barbaridad de la cancelación cultural, borrando de las redes y de los ámbitos públicos a los que han cometido la falta de la inconsistencia, exigiéndoles además la humillación de perdón público, como en los peores momentos de la historia. Pero además, desgraciadamente, esta práctica se va extendiendo a ámbitos más privados, más pequeños. Mantener que un sí quizá sea un no, o viceversa, o que incluso se den a la vez, que convivan ambos en un mismo tiempo o a lo largo del decurso del mismo, convierte a quien lo hace en un pecador laico, un terrorista moral, merecedor de la condena a ser cancelado e incluso linchado. Porque la cancelación es un linchamiento, el que lleva a cabo la horda de los necios jueces populares que pululan por las redes. Es muy osado hacer de la afirmación que dice que el sí no puede ser no a la vez una proposición universal, es decir, que posea una validez para todos los casos. Hacer de la afirmación que dice que solo el sí sea sí debería darnos miedo.

Dada nuestra condición humana, podemos correr el peligro de afiliarnos a las líneas de los verdugos de cierta inmadurez mental, la de los sumisos con sed de autoridad que, en aras de la razón y la verdad, sentencian, cancelan y linchan. Cuidémonos de ello.

Aurora Freijo es escritora y profesora de Filosofía. Su última novela es La ternera (Anagrama).

 

[Fuente: http://www.elpais.com]

Escrito por Jorge Majfud

Por una ley de 1994 (Holocaust Education Bill), en las escuelas públicas de Florida hay una materia llamada “Holocausto”, por la cual se estudian las atrocidades racistas ocurridas en Europa contra el pueblo judío. En 2020, el gobernador Ron DeSantis promulgó otra ley que exige que todas las escuelas primarias y secundarias certifiquen que están enseñando a las nuevas generaciones sobre el Holocausto. Por entonces, los senadores de la comunidad afro lograron que también se incluya en los programas la mención a la Masacre de Ocoee, donde 30 personas negras fueron asesinadas en 1920, lo que, para entender el racismo endémico y las injusticias sociales, viene a ser como explicar el cuerpo humano por su sombra.

Por ley, también, desde el año 2022, en esas mismas escuelas secundarias de Florida, está prohibido discutir la historia racista de Estados Unidos. La razón radica, según el gobernador Ron DeSantis, en que “no se debe instruir a nadie para que se sienta como si no fuera igual o avergonzado por su raza. En Florida, no permitiremos que la agenda de la extrema izquierda se apodere de nuestras escuelas y lugares de trabajo. No hay lugar para el adoctrinamiento o la discriminación en Florida”.

Si de eso no se habla, eso no existe. De este lado del Atlántico, el racismo no existe y nunca existió.

Los mismos esclavistas que definían como “propiedad privada” a millones de esclavos (la base de la prosperidad del país) en base a su color de piel, llamaron a ese sistema “bendición de la esclavitud”, la que querían “expandir por todo el mundo” para “luchar por la libertad”, al tiempo que a su sistema de gobierno llamaban “democracia” (Brown, 1858).

Los mismos que robaron y exterminaron a pueblos nativos mucho más democráticos y civilizados que la nueva nación de la fiebre del oro antes de la fiebre del oro, lo llamaron “defensa propia” ante “ataques no provocados” de los salvajes (Jackson, 1833; Wayne, 1972).

Los mismos que inventaron la independencia de Texas para reinstaurar la esclavitud y luego la guerra contra México para apropiarse de la mitad de su territorio, los mismos que mataron y violaron a mujeres frente a hijos y esposos, lo hicieron por el designio divino del “destino manifiesto” de Dios (Scott , 1846).

Los mismos que practicaban el deporte de matar negros en Filipinas lo hicieron para cumplir con “la pesada carga del hombre blanco” de civilizar el mundo (Kipling, 1899).

Los mismos que invadieron, corrompieron y plagaron América latina de repúblicas bananeras, destruyeron democracias y plantaron decenas y decenas de dictaduras sangrientas, lo hicieron para luchar por la libertad y la democracia (Beveridge, 1900; Washington Post, 1920; CIA, XXX).

Los mismos que regaron Asia con bombas atómicas, millones de bombas más benéficas sin un año de tregua, agentes químicos sobre millones de seres humanos y dejaron millares de muertos por donde pasaron, llamaron a ese ejercicio extremo de racismo “heroica victoria”, aun cuando fueron humillantes derrotas (Johnson, 1964; Bush, 2003).

Pero de eso no se puede hablar porque puede ofender a alguien de piel blanca que se sienta identificado con todos esos campeones de la libertad, la democracia y la justicia divina.

Como decía una canción popular para reclutar voluntarios para la guerra inventada contra México:

La justicia es el lema de nuestro país

el que siempre tiene razón (Pratt, 1847).

No por casualidad, cada vez que esos grupos de fanáticos sintieron que sus privilegios estaban amenazados por la nunca aceptada igualdad, inventaron teorías de autovictimización, como la teoría del “exterminio blanco”, articulada en el siglo XIX para justificar el colonialismo y la opresión de pueblos no caucásicos (Pearson, 1893) y ahora ha renacido como una novedad como la “Teoría del reemplazo” que criminaliza a los inmigrantes de países no europeos como “peligrosos invasores” (Camus, 2010).

No por casualidad, Adolf Hitler se inspiró en el por entonces institucionalizado racismo de la extrema derecha estadounidense que adoctrinó a millones de personas a sentirse superior por su color de piel y a otros millones a aceptar su inferioridad por la misma razón (Grant, 1916).

No por casualidad, Hitler condecoró a los grandes hombres de negocios de Estados Unidos y prohibió que en la educación pública se enseñen “cosas de izquierdistas”. Antes de perseguir y matar judíos, en 1933 cerró la célebre escuela Bauhaus por estar lleno de “antialemanes” y ser un “refugio de izquierdistas” que querían cuestionar y cambiar la historia.

En Florida y en todo el país, los sistemas de educación deberían empezar por una materia llamada “Hipocresía patriótica” para desarrollar en algo la capacidad intelectual de enfrentar la realidad histórica sin edulcorantes y sin las fantasías de Hollywood, de Disney World y del Ku Klux Klan.

No somos responsable de los crímenes de nuestros antepasados, pero somos responsables de adoptarlos como propios al negarlos o justificarlos. Somos responsables de los crímenes y de las injusticias que se cometen hoy gracias al negacionismo de la realidad que, no sin fanatismo, llamamos patriotismo. Un negacionismo criminal y racista, ya que, otra vez, niega justicia y el básico derecho a la verdad de las víctimas para no incomodar la sensibilidad de los demás, el grupo dominante desde hace más de dos siglos, el que insiste en la estrategia de la autocomplacencia y la autovictimización como forma de calmar sus frustraciones y su odio fundacional. Peor aún cuando ese derecho a la verdad se ha cercenado por leyes y una cultura llena de tabúes, todo en nombre de una democracia que les estorba y usan, como a los demagogos de la antigua Atenas la usaron para demonizar y luego ejecutar a Sócrates por andar cuestionando demasiado. Todo de forma legal, está de más decir, hasta que las leyes son escritas  por otros.

¿Qué mayor adoctrinación que el negacionismo o la prohibición de revisar la historia? ¿Qué más adoctrinación que imponer el silencio cómplice o una “historia patriótica” en las escuelas, recargada de mitos creados post factum y sin sustento documental?

 

[Fuente: http://www.majfud.org]

Prezentado por Silvyo OVADYA

Esta semana meldimos en los jurnales ke los ladrones se rovaron dos Sefer Toras del kal de Gaziantep ma los apanyaron el mizmo diya. Ma komo no biven djudios en Gaziantep, no deshan Sefer Toras kasheres kuando no ay dingunos en esta  sivdad. Se estava viendo mismo de las fotos ke la Sefer Tora no era orijinal; era printada en papel. Era la Aftara. I la segunda kasha – en el oriente de muesto payis las mapas no son las mismas ke en el oksidente ande se emplea kashas para guadrar las sefer toras- no avia nada porke no estan deshando la Sefer Tora aya kuando tornan a Estanbol. Dospues mos disheron ke el prezidente de la munisipalitad kere azer una biblioteka en la sinagoga. Kreo ke no topo otro lugar!! Deke no pensan de azer un chiko muzeo sovre los djudios de Gaziantep, eksplikando sus istorias i metyendo fotografias sovre los djudios ke bivyeron en esta sivdad?
Ay dos semanas ke el mayor de Edirne me telefono para demandarme syertas kestyones konsernando los djudios de Milas. Ya se ke bivia una komunidad bastante ancha en Milas. El padre, las tiyas i los grandes paryentes de mi amigo, Jak Levi, eran orijinarios de esta sivdad. Konversavamos kon su nona. I mos kontava munchas kozas sovre los djudios de Milas. El mayor kere ke el simiteryo djudio sea reorganizado i mismo keren restorar la sinagoga. Ma kreo ke esta sana.
De una parte  puedesh ver dirijentes ke keren restorar todas las rikezas de los djudios, i de la otra parte dirijentes ke no keren.
Esta semana me embiyeron fotos de syertas tombas bastantes antiguas ke fueron guadradas kuando izieron fraguas en el simiteryo de Edirne. Dingunos no me eksplikaron esto. Es yo ke esto pensando de esta manera. Si reushimos a salvar estas piedras kreo ke devemos de enstalarlas en la parte del simiteryo ande no se topa tombas.
En el Impero Otomano i en los primeros anyos de la republika avia munchas sivdades ande bivian djudios. Ma oy en diya los vemos en Estanbol i en İzmir. Ya savemos ke ay syertas chikas komunidades en Bursa, Ankara, Antakya, Adana, Edirne, Çanakkale i Kırklareli (unas kuantas personas en las 3 sivdades dalkavo). No vos esto mensionando las sivdades o kazales ande estan biviendo los djudios los 10 o 15 anyos dalkavo komo Bodrum, Çeşme i otros kazales d’enverano.
Oy en diya reelmente es muy difisil para los dirijentes de muestra komunidad de pueder kontrolar todo este patrimonio. El Dyo ke mos de fuersa i koraje para pueder konservarlo.

 

[Orijin: http://www.salom.com.tr]

La Guerra de Portugal (1640-1668): La guerra ibérica más importante jamás librada, tan crucial y tan olvidada

 

Escrito por MARÍA FIDALGO CASARES

Es muy llamativo que con el auge de los estudios históricos sobre los Austrias y más aún con el boom de los Tercios —cuya espita fueron la saga Alatriste y los cuadros de Ferrer-Dalmau— este apasionante y crucial conflicto hispano-luso haya quedado tan relegado. Nunca como ahora se ha hablado tanto de las proezas y heroicidades de los Tercios, pero muy pocos se han detenido a analizar las acontecidas en la larga Guerra de Portugal (1640-1668).

Sorprende saber que los éxitos superaron a los fracasos, aunque estos últimos fueran los decisivos para el devenir de la contienda, y que destacaron potentes personalidades en ambos bandos, que lucharon con el convencimiento de la victoria. Pero estamos ante un conflicto bélico en el que ni siquiera en su denominación hay unanimidad. ¿Guerra de Portugal? ¿Guerra del Usurpador Braganza? ¿Guerra de Secesión Portuguesa? ¿Guerra de la Restauração?… Nos quedamos con “Guerra de Separación de Portugal”.

¿Por qué tan olvidada pese a lo crucial de su devenir?

Diferentes cuestiones se plantean al respecto. En el caso español… ¿es por la minusvaloración nacional —o más que minusvaloración, el distanciamiento absoluto— hacia lo portugués? ¿Se convirtió en un hecho soterrado porque teniendo las bazas para ganar nunca debimos perder? ¿Se entiende mejor una derrota como Rocroi, frente a una Francia poderosa, que otra como Ameixial contra una Portugal contestataria?

¿Ha sido su funesto resultado el responsable de que se haya convertido en una guerra olvidada, incluso para estudiosos de la Historia de España? No. No puede ser el caso. Y si no, fijémonos en el hoy archiestudiado y casi manido Rocroi.

Sin embargo, si a la bibliografía española puede imputársele la minusvaloración portuguesa, para la lusa su nacionalismo es el que les impediría ver algo obvio.

« Sin discusión algunafue el momento más crítico de la historia peninsular, porque perdimos el primer imperio global de la humanidad« 

Y es que en su bibliografía, la Guerra da “Restauração” versus España, clave y muy investigada, representa la vuelta a un pasado mítico y romántico de independencia del Reino de León. Paradójicamente, tras la guerra de la que hablaremos, su valorada independencia lejos del “cautiverio español” vendría hipotecada económicamente con Francia y las Provincias Unidas, y políticamente con Inglaterra… de por vida. Frente a ello, la unión con una España cuyos reyes tenían tanto de portugueses como de españoles. ¿Están de espaldas a la realidad que conllevó el fin de un imperio “donde no se ponía el sol” y un futuro común de perspectivas hegemónicas?

Sean cuales sean las razones, sobre todas ellas gravita una reflexión más profunda. Y es que, sin discusión alguna, fue el momento más crítico de la historia peninsular, porque perdimos el primer imperio global de la humanidad. Un hecho que trazaría el rumbo de la historia moderna de Europa y el que más ha marcado la trayectoria de los últimos siglos a ambas naciones… para peor. Con toda probabilidad, la cosmovisión política planetaria tendría un mayor peso hispano-luso, y hoy los núcleos de poder no serían los que son.

La evidencia empírica de la unión peninsular

Lo que es una evidencia empírica es que, compartiendo península e islas norteafricanas y con fronteras topográficas tan rotundas, la segmentación política resulta artificial. Hay documentos irrefutables, como los del Concilio de Toledo, en los que la Hispania visigótica ya tenía conciencia de un único reino. Después, en la Reconquista, surgirían los intereses de nobles feudales que nos separarían y, aunque Felipe II, Felipe III y Felipe IV volvieran a ser reyes de ambos reinos, la unión quedaría sepultada para siempre.

Carlos V e Isabel de Portugal, padres de Felipe

Aun así, hubo esperanza. El siglo XIX nos devolvería una coyuntura propicia, desde el posible matrimonio de Isabel II con un Braganza a los principios de la Revolución de 1848 que sustentaba el ideal ibérico basado en el liberalismo democrático o federalista, las unificaciones de Alemania e Italia, o el ejemplo del federalismo de países como Estados Unidos y Suiza. En el 68 se concibió la unión ibérica dentro de la lógica geográfica que llevaba a una economía librecambista y un común sistema de comunicaciones que exigía la unificación política y una nueva realidad nacional: Iberia.

Perdimos el último tren cuando se eligió para la corona de España a Amadeo de Saboya y no al portugués Fernando de Coburgo… Lo cierto es que aunque la Unión Ibérica siempre ha estado latente, en el siglo XXI la idea es cada vez más implanteable en una España desvertebrada y despedazada moralmente por los nacionalismos periféricos.

De los matrimonios de los Reyes Católicos a Felipe II

De los pocos peros que se suelen poner a los Reyes Católicos —hasta sus más furibundos partidarios— es que no hubieran afrontado en su reinado la unificación política peninsular y optaran solo por asegurar su alianza casando a sus hijas con reyes sucesivos.

Pero lo que no lograron los Reyes Católicos lo conseguiría su bisnieto por vía hereditaria… y en condiciones mucho más ventajosas, pues en ese momento Portugal era una nación riquísima. El rey Sebastián I de Portugal había muerto en 1578 en la legendaria derrota de Alcazarquivir en las cruzadas del norte de África, y su sucesor, Enrique I, falleció sin herederos, tras lo que se generaría un vacío de poder en el trono luso.

Felipe II

Muchos candidatos optaban por la Corona portuguesa. De todos ellos, ninguno con tantas razones de sangre como Felipe II de España, que impuso sus derechos legítimos a la sucesión con el nada desdeñable apoyo de gran parte de la nobleza, que veía en la unión ibérica una gran oportunidad.

Hijo de Isabel de Portugal y nieto de Manuel I el Afortunado, era el varón de más edad y su madre estaba muy por delante en cualquier línea sucesoria respecto a sus rivales. La relación Habsburgo-Avís era tan estrecha que casi formaban una única familia con dos ramas y matrimonios en todas las generaciones. De los once enlaces de la desaparecida dinastía de Avís, ocho habían sido con los Austrias españoles. Felipe, educado en portugués, con ayas lusas, tenía tantos o más ancestros portugueses que españoles o austriacos.

Portugal y Felipe II

Aunque la nación vecina entonces, como los demás reinos hispánicos, fuese gobernada por virreyes, Felipe II conservó sus propias leyes e instituciones y Portugal se mantuvo como entidad casi independiente. El Consejo de Portugal, compuesto en exclusiva por portugueses, asesoraba al monarca sobre asuntos concernientes al reino y controlaba su imperio ultramarino, que le otorgaba grandes ventajas económicas. El rey español se comprometió, además, a defender el vasto imperio luso, que se extendía por territorios americanos, africanos y asiáticos, y rescató a los más de ochocientos caballeros portugueses que permanecían presos en Alcazarquivir. Felipe tenía además todo el apoyo de los poderosos jesuitas, con gran influencia en Portugal, y una parte muy significativa de la nobleza y burguesía beneficiada de ser los únicos que podían dedicarse a la trata de esclavos y ejercer sus actividades comerciales en el Atlántico cruzando en grandes galeones desde las costas africanas hacia los virreinatos de Nueva España y Perú.

« El máximo error fue no haber designado a Lisboa, la urbe más cosmopolita y opulenta del planeta, como capital de ambos Estados« 

La unión con Portugal supuso ventajas y desventajas para ambos países. Las ventajas para Felipe II fueron un millón de nuevos súbditos, la ampliación de la costa atlántica y la duplicación de sus flotas oceánicas y, para ambos, una misión conjunta en las empresas de ultramar. Entre las desventajas: la complejidad de administrar dos Estados tan diferentes y el descontento popular por las tropas de ocupación que en su momento saquearon con violencia los pueblos y ciudades portuguesas, fortaleciendo el sentimiento antiespañol. Pero el máximo error, y claro, “a toro pasado”, fue no haber designado a Lisboa, la urbe más cosmopolita y opulenta del planeta, como capital de ambos Estados. Antonio Igual Úbeda, en su libro El Imperio español, opina que Felipe II “supo iniciar la obra trascendental de la unidad ibérica, pero no supo convertirla en empresa nacional”.

Las hostilidades

La unión ibérica se mantendría durante el reinado de Felipe III y IV, pero tocaría a su fin en 1668, con el reconocimiento de la independencia de Portugal tras una larga contienda en torno a la frontera conocida como La Raya.

Como hemos comentado, este momento, el más trascendental de nuestra historia peninsular, comenzaría a ser olvidado durante siglos por los investigadores españoles. Tampoco ahora, con el auge de los estudios autonómicos, ni en Galicia, Castilla, Extremadura o Andalucía, escenarios de excepción en la guerra, se habían acometido aproximaciones de relieve.

La obra de referencia

Fue ese arrinconamiento nacional y la ausencia de análisis especializados lo que condujo al autor, Enrique F. Sicilia Cardona, a realizar un proyecto con la Editorial Actas que acaba de salir al mercado con el título La Guerra de Portugal (1640-1668)Gracias a esta editorial, al autor y a su gusto por los senderos históricos poco trillados, hoy tenemos una obra que desde su aparición ya se ha convertido en la referencia de este crucial conflicto peninsular y que, desde España, se había dejado demasiado tiempo en el olvido.

Enrique F. Sicilia Cardona (Madrid, 1973) es licenciado en Geografía e Historia (UNED) y en Ciencias de la Información-Periodismo (UCM). Vocal de la junta directiva de la Asociación Española de Historia Militar (ASEHISMI), profesor de Humanidades, conferenciante y especialista en temas histórico-militares, ha publicado numerosos artículos en revistas de ámbito nacional, y es autor de los siguientes libros: La batalla de Nieuport 1600, La batalla de Sekigahara 1600Napoleón y Revolución: Las Guerras Revolucionarias, y coautor de La Guerra del Rosellón (1793-1795).

Los conspiradores

El alzamiento separatista por la independencia de Portugal en absoluto fue un “levantamiento popular generalizado” —como se ha vendido en el imaginario luso—. Sicilia Cardona aclara en su libro que fue algo minoritario. De hecho, en la zona norte apenas tuvo seguimiento y Madrid mantuvo durante toda la guerra una corte de portugueses leales a la casa de Austria. Por su parte, los llamados fidalgos, la alta nobleza, principales ostentadores de señoríos en Portugal, permanecieron en conjunto fieles a Felipe IV o terminaron exiliándose.

João de Braganza

Los instigadores de la rebelión fueron un pequeño grupo de conspiradores en torno a don João, el acaudalado VIII duque de Braganza. Era una élite dirigente de portugueses afectada por la pérdida de privilegios que conllevaban las reformas del Conde Duque de Olivares. También, las quejas incidían en la incapacidad de Felipe IV —pese a sus grandes esfuerzos— para defender sus territorios de ultramar de otras potencias como Holanda, Francia e Inglaterra. Por cierto, que João, emparentado con grandes linajes de Castilla y cuya esposa era hermana del duque de Medina Sidonia —y que según la tradición dijo: «Más vale ser reina por un día que duquesa toda la vida»— aceptó ser nombrado rey, pero no ser el líder de la insurrección y, a la espera de que esta triunfase, se quedó entregado a su pasión, la música, en el palacio de Vila Viçosa.

Proclamación de D. João IV como rey de Portugal, pintada por Veloso Salgado

La inteligencia militar y sus aliados

Sicilia Cardona nos acerca los pormenores de los agentes secretos españoles en Portugal: “Desde Carlos V y sobre todo Felipe II la monarquía hispánica tuvo una espectacular y eficaz red de información que mantuvo Felipe IV, incluso con un espía mayor o jefe de espías. Sería fundamental para conocer las debilidades y fortalezas del oponente y a partir de esa información planificar estrategias. Portugal también tenía su servicio de espionaje, pero por experiencia, tradición y recursos, el sistema español estaba más desarrollado”, explica. Otro aspecto de la inteligencia militar fue el uso de sicarios para eliminar a los cabecillas rebeldes. “Felipe IV intentó descabezar el alzamiento tratando de eliminar mediante el asesinato selectivo a don João IV y esa corte postiza o doble que crearon los Braganza en Lisboa, pero los portugueses tuvieron la habilidad suficiente para descubrirlo y evitarlo”.

« El golpe de gracia vendría al final de la guerra con la Inglaterra de Carlos II, que ayudó con tropas poderosas y con la Royal Navy« 

Como pasó en América, el verdadero fin de la hegemonía española sería provocado por una alianza de enemigos de España. En este caso, franceses, ingleses y neerlandeses: “Para que un gigante sea derrotado hacen falta varias fuerzas contrarias trabajando al unísono”, recuerda Sicilia. Lo curioso es que estos aliados harían un doble juego, aliados en esta guerra peninsular, pero atacando sin piedad sus posiciones ultramarinas… ​En relación a la ayuda internacional, el golpe de gracia vendría al final de la guerra con la Inglaterra de Carlos II, que ayudó con tropas poderosas y con la Royal Navy, que ya empezaba a ser una fuerza de primer orden.

Batalla de Las Dunas

Pero junto a esas alianzas, no debemos olvidar el sempiterno problema de Flandes… Flandes fue el teatro principal y la atracción fatal de los Austrias hasta 1667. Siempre su preservación influyó negativamente en la política exterior hispánica. “Nuestras tropas allí eran mucho más numerosas que en Portugal y sobre todo muy superiores en infantería. Echando la vista atrás se debería haber abandonado antes su dominio y centrarse en la recuperación de Portugal, no tengo ninguna duda, para continuar con esa unión hispánica hegemónica”, afirma Sicilia.

El momento crucial: REBELIÓN

Inmersa en la Guerra de los Treinta Años, la crisis económica y política del imperio se había ahondado. En la década de los 20, y, a partir de 1630, aumentó el malestar social y, como en otras zonas de España, se extendieron sucesivas revueltas como las de Oporto y Lisboa en 1629 o Évora en 1637, una tensión que fue utilizada en su beneficio por la nobleza portuguesa.

« En el frente catalán combatían numerosos soldados portugueses a favor de los Austrias y la unidad en su conjunto llegó a estar al mando de un portugués, Francisco Manuel de Melo« 

El quid es que supieron, además, aprovechar el momento propicio para rebelarse: España acababa de perder su flota ante la armada holandesa en la batalla naval de las Dunas (Downs) en 1639 y se enfrentaba a la sublevación catalana. Francia llevaba décadas intentando provocar la división hispano-portuguesa y modernos analistas afirman que incluso la rebelión de Cataluña habría sido instigada por Richelieu. El genial cardenal habría apoyado las reivindicaciones de João con el convencimiento de que una guerra con Portugal agotaría los recursos españoles.

Con la derrota sorpresiva de los hispánicos en Montjuich, los lusos tendrían más tiempo para preparar la posible embestida de Felipe IV, más preocupado por recuperar, de momento, Barcelona que Lisboa. Curiosamente, en el frente catalán combatían numerosos soldados portugueses a favor de los Austrias y la unidad en su conjunto llegó a estar al mando de un portugués, Francisco Manuel de Melo.

Así pues, el 1 de diciembre de 1640 comenzaba el alzamiento en Portugal: la gobernadora, Margarita de Saboya, fue arrestada, y el secretario de Estado, Miguel de Vasconcelos, asesinado. El día 15 de diciembre del mismo año, João era entronizado como Juan IV de Portugal, y reconocido también en Brasil y Asia.

TEATROS Y MODELOS

La Guerra de Portugal, de Sicilia Cardona, se presenta como una obra perfectamente estructurada. Una vez concretada la ruptura política peninsular, se ocupa de las zonas de disputa de ambos contendientes con los diferentes teatros de operaciones y sus variables… El estudio va analizando la importancia de las decisiones en los hechos bélicos, la propia topografía, las vitales líneas de comunicaciones y sus vituallas para los ejércitos, los informantes o las plazas abaluartadas, verdaderos escollos y puntos estratégicos o hasta el mismísimo clima que paralizaba la acción durante meses.

Doble enfoque español y portugués y la caballería

Es, asimismo, muy reseñable en la obra el acercamiento al contrincante: “Si queremos analizar convenientemente esta guerra, debemos estudiar y poner en su justo contexto al enemigo portugués, verdadero ausente en los estudios anteriores”, afirma el autor. Y es que esta obra no desdeña los estudios de los especialistas portugueses y da voz —como nunca antes— a sus personajes principales para aportar así una decisiva mirada a las fuentes lusas y dar más amplitud a los hechos narrados. Quizás sea este doble enfoque, español y portugués. una de las características más notorias de esta obra.

Richelieu y el Conde Duque

El autor, especialista en historia militar, compara atinadamente los modelos marciales de ambos reinos y considera que eran muy similares al haber coexistido durante décadas, si bien se decanta con razones de peso por atribuirle a la monarquía hispánica la primacía teórica y práctica.

Es destacable, también, dentro de las tres armas, el grado de decisión e importancia que, según el autor, adoptará la caballería, para él verdadera protagonista en esta larga contienda.

El estudio bélico

La obra, con espléndida portada de Jordi Bru, referencia de la fotografía histórica, consta de 535 páginas, más otras 24 de un cuadernillo central a color, repleto de fotografías del propio autor. Asimismo, podemos encontrar grabados que ayudan a comprender mejor las décadas de lucha y tres mapas que sitúan los principales hechos de armas.

El estudio bélico se enfoca en las fases de la guerra, que el autor divide en tres periodos principales:

I: 1640 a 1648

El reino de Portugal se lanza a una guerra abierta.

El principal factor que beneficiaría a los rebeldes lusos es que en esta época España estaba inmersa en múltiples teatros de operaciones que condicionaban su esfuerzo e impedían su focalización en solo uno.

Mapa de operaciones

A la espera de una inminente invasión desde Castilla —que tardaría en producirse— asistimos a los saqueos e incendios en los pueblos fronterizos, con una gran violencia tanto en la defensa como en el ataque. Unas auténticas luchas urbanas que no desmerecen a otras más conocidas como las de San Martín de Trevejo o Valverde.

Valverde

Desde el principio de la guerra, la intención de los portugueses fue obvia: no solo recobrar su independencia, sino también apoderarse de Extremadura. En diciembre de 1640, un ejército portugués, mandado por el general Rabello, con 5.000 infantes y 900 caballos, intentó tomar por sorpresa la villa de Valverde de Leganés, próxima a Olivenza.

« En la plaza de la villa, el enfrentamiento fue brutal. Finalmente, al mando del capitán don Diego de Lara acometieron a los enemigos por la espalda y se decidió la batalla« 

El capitán vizcaíno Juan de Garay, jefe del ejército de Extremadura, había recibido una confidencia sobre los planes lusos, por lo que se anticipó enviando a los tercios del marqués de Rivas y del marqués de Falces y a 3.000 soldados de caballería al mando de don Antonio Pacheco. Tras ligeros combates, los portugueses avanzaron en masa hacia la villa, abrieron brecha en la muralla y penetraron en Valverde.

Soldados españoles y vecinos lucharon al unísono. En la plaza de la villa, el enfrentamiento fue brutal. Finalmente, al mando del capitán don Diego de Lara acometieron a los enemigos por la espalda y se decidió la batalla.

El general portugués Rabello cayó muerto de un impacto de lanza, y los portugueses, viéndose descabezados, se desbandaron y fueron pasados a cuchillo: 800 bajas españoles y 2.000 enemigas. La larga guerra acababa de empezar.

Azulejo de la Batalla de Montijo

Junto a esas luchas fronterizas, el primer órdago de consideración fue una operación portuguesa en la provincia de Badajoz que penetró hasta Montijo. Sería la primera gran batalla de esta guerra con un resultado controvertido, pues ambos se vieron vencedores —lo que corrobora Sicilia escarbando en multitud de fuentes—. En relación a ello, el autor presenta dos novedades: ubica la batalla en una situación diferente a la habitual —con pruebas convincentes de esa posibilidad— y narra otra operación portuguesa poco reseñada que acechaba Badajoz y la batalla del fuerte de Telena en 1646, nunca referenciada en obras anteriores.

Plano de Badajoz

Así, el libro va siguiendo el conteo de los años y los diversos combates. Los portugueses van adquiriendo mayor experiencia, particularmente en su fuerza montada. Aunque en varios encuentros serían batidos por el marqués de Molinghen, el mando hispánico en el sector principal del Alentejo-Extremadura, poco a poco se irán colocando en una situación de paridad con los hispánicos.

II: 1648 a 1659: PRUEBA DE FUERZA

Una vez firmada la paz de Münster con los neerlandeses, solo Francia, que lleva desde 1635 disputando la preponderancia en Europa a las tropas del Rey Planeta, parece ayudar a los lusos.

« La verdadera prueba de fuerza lusa se iba a materializar en su ataque a la plaza más relevante del primer escudo portugués en el Alentejo, Elvas« 

En esta segunda fase, habrá una relativa calma en torno a La Raya. Sin embargo, habrá operaciones de calado como la conquista de Olivenza por los hispánicos, o el posterior asedio de Badajoz por los portugueses. Pero la verdadera prueba de fuerza lusa se iba a materializar en su ataque a la plaza más relevante del primer escudo portugués en el Alentejo, Elvas, sitiada por los hispánicos. Ese ataque del ejército de socorro, entre la niebla, supondría la primera gran victoria campal de los bragancistas, un punto de inflexión que precipitaría la tercera y postrera fase de la guerra.

Elvas

III: CAÍDA DEL TELÓN de 1659 a 1668

La monarquía hispánica, desembarazada ya del enemigo francés por el Tratado de los Pirineos pudo, por fin, concentrar toda su atención en el teatro portugués. Al frente de un ejército de unos 18.000 infantes y 8.000 caballeros, D. Juan José de Austria, bastardo real, hábil comandante, héroe de la pacificación de Nápoles y el que arrebató Barcelona a los galos, penetra a través de Extremadura. Los españoles fueron rindiendo las distintas plazas fronterizas hasta tomar, el 22 de mayo, la ciudad de Évora, la segunda más importante del reino, que se situaba en una posición estratégica en la ruta hacia Lisboa en 1663.

Parecía acercarse la victoria final para la monarquía hispánica, pero en este tiempo Portugal ya no estaba tan indefensa como al principio de la guerra. Había construido tres escudos abaluartados en el Alentejo, y sus tropas estaban actuando desde hacía años a un gran nivel táctico. Por si fuera poco, Francia seguía apoyándola y habían firmado una nueva alianza con Inglaterra. Contaban con las mejores bazas para, desde su propio territorio, golpear en el momento preciso a los hispánicos, tal y como sucedió.

A los españoles les faltó el apoyo de una armada fuerte y contundente. La conjunción naval y terrestre para ayudar en el bloqueo de Lisboa era vital y hubiese sido decisiva sobre todo en esta tercera fase de la guerra con la amenazante presencia de la armada inglesa en favor de Portugal.

Ferrer-Dalmau pintando a Juan José de Austria

Ameixial

Ahora se producirá la batalla más decisiva de esta guerra, Ameixial, donde las otrora invencibles tropas españolas serían batidas por la excelente visión táctica de Schomberg, un mercenario francés al servicio luso.

Esto no desanimó a Felipe IV, que rebuscó entre sus tropas europeas para devolver el orgullo a sus armas y confió sus tropas al III marqués de Caracena, veterano de mil batallas. Para Sicilia Cardona, “fue el mando hispánico que mejor entendió la naturaleza de esta guerra, porque deseaba atraer a los enemigos a otra gran batalla para batirlos. Habían perdido hombres y tiempo asediando plazas fuertes”. Sin embargo, los españoles volverían a ser derrotados en Montes Claros, el enfrentamiento más sangriento de la guerra, en Vila Viçosa, providencialmente en la cuna simbólica de los Braganza.

Palacio de Vila Viçosa

Esta batalla final decanta la balanza del destino. La corte madrileña se sumió en la desesperación viendo cómo sus anhelos de recuperar aquel reino quedaban definitivamente rotos el 13 de febrero de 1668, fecha del Tratado de Lisboa. Ni João (muerto en 1656) ni Felipe IV (en 1665) lo firmaron. Serían sus herederos, los jóvenes Carlos II de España y Alfonso VI de Portugal, ambos discapacitados y sometidos a regencias, los encargados de firmar la separación definitiva de los reinos españoles y Portugal.

El balance bélico. ¿Un conjunto de factores nos hicieron perder?

¿Antepuso Felipe IV sus intereses en Flandes, sumidero de hombres y dinero para la monarquía, a la recuperación de Portugal? ¿Se equivocó al dividir las fuerzas en varios ejes —sin superioridad numérica y a mucha distancia de Lisboa— en lugar de concentrarlas en un único ejército? ¿Se entretuvieron en tomar plazas fuertes y descuidaron otras zonas? ¿Fue equivocada la estrategia hispánica de invadir Portugal demasiado tarde, cuando ya tenían escudos abaluartados defensivos en el Alentejo, teatro principal junto a Extremadura?

Carlos II de España y Alfonso VI de Portugal

La conclusión del investigador Sicilia es rotunda: “La monarquía se había desgastado en proyectos costosos, perdiendo recursos financieros, hombres y la logística necesaria. Se enfrentó a un ejército muy entrenado y disciplinado que luchó con determinación”. Para el historiador, fue crucial la ayuda exterior, y la calidad de los mandos enemigos entre los que destaca al mariscal Schomberg, enviado por el rey Luis XIV, como la mejor mente militar de la contienda.

El libro termina con unos interesantes anexos donde encontramos biografías de los mandos protagonistas de ambos rivales, listados de capitanes generales y gobernadores militares, más una tabla con la comparativa de los tamaños, en diferentes años, de los ejércitos contendientes.

La pregunta del millón: ¿Fue el final de los gloriosos Tercios españoles?

De las tres armas, en esta guerra la que más ha sorprendido al autor es la caballería, y considera que fue la fuerza predominante y clave por su mayor movilidad. “Gracias a ella, España pudo dominar las dos primeras fases con determinación y potencia de choque, lo que le daría triunfos rotundos”. Pero sobre todo, lo que deja claro, es que en esa tercera y decisiva fase final hay una pérdida de nivel de la infantería de los famosos tercios españoles.

Rocroi por Augusto Ferrer-Dalmau

Por ello, para Sicilia Cardona, la época gloriosa de los Tercios, se acaba aquí. “Se habla mucho de Rocroi, pero Montes Claros es la última ofensiva de esa gallarda infantería mítica y legendaria, imbatible en mil lides, pero que llegó a su límite y al final tuvo que enfrentarse a un ejército con un nivel táctico similar, e incluso, moralmente, superior”, sentencia.

Una obra bien pensada, estructurada y escrita

El epitafio a aquel largo combate lo podemos encontrar en el escritor Arturo Pérez Reverte, cuando dijo aquello de que “al final, a uno lo derrotan siempre”.

Eso fue lo que ocurrió con la monarquía hispánica, esa entidad supranacional que intentó recuperar Portugal, y tendrían que pasar 28 años para percatarse de que lo había perdido, y con él su vinculación peninsular, por lo que ahora sabemos, sin posible vuelta atrás.

¿Es un libro solo para amantes de la historia militar?

Aunque Enrique Sicilia afirma que “todavía queda por investigar sobre algunas de las batallas más relevantes de esta guerra”, lo cierto es que La Guerra de Portugal, de la Editorial Actas, no solo viene a llenar un inexplicable vacío bibliográfico, sino que trasciende el ser la obra primigenia para convertirse en la obra definitiva, la referencia imprescindible y de lectura obligada para el conocimiento de este período histórico.

¿Es un libro solo para amantes de la historia militar? En absoluto. Lógicamente, sus páginas aportan un gran caudal de datos bélicos, pero también disfrutaremos de personajes fascinantes, portugueses y españoles, convencidos de que estaban destinados a la gloria e imbuidos de una sensación de victoria final o incluso de una cuasicontrarrevolución, organizada por la mismísima Inquisición. Apasionantes son también las traiciones y alianzas de ingleses y franceses que se coaligaron para ayudar a Portugal y cuyo único interés sería derribar al todavía gigante de la monarquía hispánica que, por mucho que se empeñen los leyendanegristas, atesoraba un ingente poder planetario.

Tras la lectura de la obra, los amantes de la Historia constatarán la realidad de que sin conocer la Historia de Portugal de este siglo es imposible afrontar la de España. Deslumbra entre sus páginas este importante escenario, casi absolutamente ignoto, que trascendía la política de la península y que se convertía en una guerra de escala internacional en aquel siglo de pugna por la hegemonía de occidente.

Pero sobre todo, fue mucho más que eso. El autor concluye: “Fue la guerra que España nunca debió perder”. Nos atrevemos a más y matizamos: “Fue la guerra que jamás debimos librar”, pues perdimos ambos países el primer imperio global de la Humanidad.

La Guerra de Portugal, de Sicilia Cardona, nos acerca a la guerra ibérica más importante de nuestra historia. Un episodio demasiado olvidado, pero tan crucial que cambiaría sin vuelta atrás los futuros designios de una península, una Europa y hasta una cosmovisión geopolítica que hubiera tenido sin duda el contundente sello Marca Hispania.

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Autor: Enrique F. Sicilia Cardona

Título: La Guerra de Portugal (1640-1668)

Editorial: Actas

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[Fuente: http://www.zendalibros.com]

De Patrice Lumumba, héros de la révolution congolaise, il ne reste qu’une dent. Cette dernière a été rendue lundi à sa famille par la Belgique, soixante ans après un assassinat auquel le pays a activement participé.

Une femme porte le portrait du premier Premier ministre du Congo, Patrice Lumumba, devant sa dépouille, lors d'une cérémonie à l'ambassade du Congo en Belgique, le 21 juin 2022, à Bruxelles. | Kenzo Tribouillard / AFP

Une femme porte le portrait du premier Premier ministre du Congo, Patrice Lumumba, devant sa dépouille, lors d’une cérémonie à l’ambassade du Congo en Belgique, le 21 juin 2022, à Bruxelles.

Écrit par Albert Marie — édité par Natacha Zimmermann

Ce lundi 20 juin au matin, on ne parlait que d’elle dans les salons du palais royal de Belgique, à Bruxelles. L’après-midi, elle entrait au palais d’Egmont, à Bruxelles toujours, sous le regard d’interminables délégations d’officiels belges et congolais venus la voir. Partout en ville, d’un square de la porte de Namur à l’ambassade du Congo, on la célébrait. À l’heure où on écrit ces lignes, un orchestre militaire joue pour elle sur le tarmac de l’aéroport de Melsbroek.

Dès ce mercredi, elle doit entamer un tour du Congo, au cours duquel des dizaines de milliers d’anonymes sont invités à leur tour à venir se recueillir devant elle au rythme des orchestres, des offices religieux et des hommages diplomatiques. Elle, dont le périple doit se terminer en sa demeure éternelle de Kinshasa, capitale du Congo, le 30 juin prochain. Elle, la dent de Patrice Lumumba.

Cette dent est tout ce qu’il reste de la dépouille du héros de l’indépendance congolaise, exécuté moins d’un an après la déclaration de cette dernière, dans la nuit du 17 janvier 1961, par des officiers belges et des complices sécessionnistes de la province du Katanga, au sud du Congo. Patrice Lumumba y fut tué par un peloton d’exécution. Son corps, découpé puis dissous dans l’acide par le commissaire belge Gérard Soete –qui suivait alors des ordres officiels– rendit à ses assassins quelques dents, dont celle remise aujourd’hui à sa famille.

L’enquête embarrassante d’un historien belge

L’histoire de ce crime est longtemps restée secrète. Enfouie sous un tapis pendant quarante ans, parmi d’autres épisodes honteux que la Belgique souhaitait oublier. Jusqu’à la fin des années 1990, au moment où un historien et sociologue belge, Ludo De Witte, s’est penché sur l’événement pour commencer à en révéler les contours.

Interrogé par Slate, il se souvient: «Je venais de lire un ouvrage écrit par l’avocat Jules Chomé, un partisan de Patrice Lumumba, dans lequel il tentait d’expliquer sa destitution et son assassinat. Mais il y avait des trous énormes dans l’histoire, donc j’ai décidé d’y regarder de plus près. Comment l’un des assassinats politiques les plus importants du XXe siècle africain pouvait-il être si peu documenté?»

De ses recherches est sorti, en 2000, un livre-enquête à l’écho retentissant, L’assassinat de Lumumba, qui établit la responsabilité active du royaume de Belgique dans la mort de Patrice Lumumba. La publication de l’ouvrage a entraîné d’autres travaux universitaires et médiatiques sur le sujet, qui révèlent notamment que le commissaire belge Gérard Soete a conservé chez lui, comme un trophée de chasse, deux dents issues des restes du Premier ministre congolais. «Je les ai arrachées, il avait une très bonne denture», racontera même un peu plus tard, fièrement et face caméra, le commissaire belge dans un documentaire de Thomas Giefer.

Une restitution très symbolique

Embarrassée, la Belgique, contrainte à réagir, a déployé une commission d’enquête parlementaire qui, en 2001, a reconnu la «responsabilité morale» du pays dans la mort de Lumumba, sans conclure à sa responsabilité pénale. Plus de vingt ans ont passé depuis et la famille de Patrice Lumumba, premier Premier ministre du Congo indépendant, a finalement récupéré sa dépouille ce lundi, à la faveur d’une récente décision de la justice belge ordonnant sa restitution.

La fin d’une immense attente pour ses proches, auxquels cette cérémonie offre enfin la possibilité du deuil: «Je ne peux pas dire que c’est la joie, mais c’est positif qu’on puisse enterrer le nôtre, en tant qu’Africain, en tant que Bantou. Son âme va pouvoir reposer en paix», posait Roland Lumumba, l’un de ses fils, vendredi, face à la presse. Il voit aussi dans cette restitution très symbolique l’occasion d’entamer un nouveau chapitre dans l’histoire des relations entre le Congo et la Belgique, pour «ouvrir une nouvelle ère […] et bâtir l’avenir ensemble», en laissant de côté les rancœurs légitimes.

Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, semble partager cette position. Dans son discours en marge de la cérémonie, lundi, il a souhaité poser les bases «d’une nouvelle coopération et de nouveaux liens» entre les deux pays. Il a également présenté les très attendues «excuses du gouvernement belge pour la manière dont il a pesé sur la décision de mettre fin aux jours de Patrice Lumumba» et pour «ce système pernicieux qui a terni honteusement l’histoire de [la Belgique]» que fut la colonisation. Mais tout cela est-il assez pour oser le mot «réconciliation»?

Non, tranche en substance l’historien Ludo De Witte, qui a lui-même initié l’action en justice ayant abouti à la restitution de la relique de Patrice Lumumba à sa famille: «Il ne faut pas oublier que la Belgique était moralement obligée de réagir et de rendre cette dent. Cette restitution est un symbole fort qui rentre dans la dynamique de réchauffement diplomatique observée ces dernières années. Mais elle ne peut pas suffire à solder le passé colonial

Le besoin de conséquences concrètes pour avancer

Existe-t-il alors d’autres mesures capables d’opérer cette réconciliation? «Il faudrait que les discours et les actes symboliques soient suivis de conséquences financières, politiques voire juridiques très concrètes», estime l’historien. Financier, politique, juridique: voilà donc les trois carreaux qu’il manquerait encore à la grande mosaïque d’une potentielle réconciliation entre les deux pays.

«Le régime congolais veut de l’aide, de l’argent; la Belgique veut surtout une stabilité à l’est du Congo, pour ne pas mettre en péril l’exploitation des richesses minières du pays.»

                                                 Ludo De Witte, historien

Le volet financier, car, à ce jour, la cruciale question de l’indemnisation des victimes reste lettre morte. «C’est pourtant une étape obligée pour envisager la réconciliation», juge Anne Wetsi Mpoma, historienne de l’art née en Belgique de parents congolais, qui participa, en 2020, avec neuf autres experts, à une commission parlementaire ayant pour but d’analyser le passé colonial du pays.

À l’occasion de cette commission, qu’elle juge aujourd’hui avoir été «une mascarade, un écran de fumée pour calmer la révolte naissante au lendemain de manifestations Black Lives Matter, très suivies en Belgique», elle fit le constat que «parler de réparations financières restait inaudible pour beaucoup de monde en Belgique». Ludo De Witte appuie: «Le régime congolais veut de l’aide, de l’argent, alors que la Belgique veut surtout une stabilité à l’est du Congo, pour ne pas mettre en péril l’exploitation des richesses minières du pays.»

Toutefois, les excuses présentées lundi par le Premier ministre belge, qui ont une étendue légale plus importante que les «regrets» dont s’était contenté le roi Philippe ces dernières années, laissent entrevoir la possibilité de réparations financières à venir.

Une enquête qui traîne, qui traîne…

Le volet politique car, soixante-deux ans après l’indépendance congolaise, le racisme persiste encore en Belgique, comme l’a reconnu lundi le Premier ministre du royaume, rejoint sur ce point par Anne Wetsi Mpoma: «Les relations sont encore marquées par un certain paternalisme. Il y a toujours dans la population et chez certains intellectuels cette tendance à dire que la colonisation aurait fait plus de bien que de mal», affirme-t-elle.

«Le quotidien est compliqué en Belgique pour les afrodescendants», poursuit Anne Wetsi Mpoma. Selon elle, il faudrait tout d’abord commencer par «enseigner à l’école la réalité du passé colonial, et pas sa version édulcorée, car si les gens ne sont pas conscients que les rancœurs d’aujourd’hui sont les conséquences des actes d’hier, on ne peut pas aller vers la réconciliation». «Il est important que toute la vérité soit dite, pour que ce passé influence le présent des deux pays», résumait il y a quelques mois Juliana, la fille de Patrice Lumumba, dans un entretien à Jeune Afrique.

Le volet juridique, enfin, car plus de soixante ans après le meurtre de Patrice Lumumba, la justice belge n’a toujours pas prononcé de condamnation dans cette affaire, malgré une enquête ouverte depuis 2011«Cette enquête contre les Belges impliqués dans l’assassinat de Lumumba traîne depuis onze ans, déplore Ludo De Witte. Aujourd’hui, il n’y a plus que deux survivants parmi les coupables potentiels. Il faut que la justice rende une décision avant qu’ils ne décèdent, sinon le dossier risque d’être classé sans suite.»

Début mai, le fils aîné de Patrice Lumumba, François, déclarait«Notre deuil ne prendra pas fin avec le retour de la dépouille de notre père. Nous voulons connaître toute la vérité sur sa mort et que les coupables encore vivants soient punis.» Ce mardi, dans la nuit, la dent de Patrice Lumumba est rentrée au Congo. Un premier carreau est posé, mais la mosaïque est encore loin d’être achevée.

 

[Photo : Kenzo Tribouillard / AFP – source : http://www.slate.fr]

Le musée Anu du peuple juif se trouve au centre du campus de l’université de Tel-Aviv. C’est un musée historique avec une perspective très particulière. « Anu » signifie « Nous » en hébreu et ce musée glorifie précisément le « Nous » du peuple juif. Il célèbre l’histoire juive avec sincérité et optimisme et fait comprendre au visiteur que même si les Juifs ont subi de multiples épreuves le beau et le bon l’emportent sur le mal, que les exploits et les acquits culturels ont transcendé l’histoire douloureuse du peuple juif.

L’objectif du musée est de présenter l’histoire quatre fois millénaire du peuple juif de telle manière que le visiteur se sente partie prenante en insistant sur le pluralisme de l’identité juive. Sur trois étages, le musée montre à quel point la culture et l’art juifs (du cinéma à la philosophie en passant par la danse, l’humour et le théâtre) ont enrichi la culture au niveau mondial. Le musée montre également les aspects du judaïsme ashkénaze et séfarade ainsi que la manière dont vivaient les Juifs américains du Lower East Side à New York.

[Photo : REBECCA STEINER – source : http://www.israelentreleslignes.com]

El pasado nazi que algunas dinastías empresariales no quieren reconocer

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La columna vertebral de la economía alemana actual es la industria automotriz. Esto no solo se debe a que representa alrededor del 10 por ciento del PIB; marcas como Porsche, Mercedes, BMW y Volkswagen son reconocidas en todo el mundo como símbolos del ingenio y la excelencia de Alemania en el sector industrial. Estas empresas invierten millones en mercadotecnia y publicidad para sustentar esa imagen. Invierten menos dinero y energía en hablar sobre sus orígenes.

El éxito de estas corporaciones se remonta directamente a los nazis: Ferdinand Porsche convenció a Hitler de poner en marcha las operaciones de Volkswagen. Su hijo, Ferry Porsche, quien hizo crecer a la empresa, se ofreció voluntariamente como oficial de las SS. Herbert Quandt, quien convirtió a BMW en lo que es hoy, cometió crímenes de guerra. También Friedrich Flick, quien llegó a liderar Daimler-Benz. A diferencia de Quandt, Flick fue sentenciado en Núremberg.

No es que este sea un secreto en la Alemania moderna, pero sí se ignora con despreocupación. Estos titanes de la industria, los hombres que desempeñaron un papel central en el desarrollo del “milagro económico” del país después de la guerra, en general siguen siendo alabados y celebrados por su visión empresarial, no por sus actos bélicos. Edificios, fundaciones y premios llevan sus nombres. En un país que es tan elogiado por su cultura de remembranza y arrepentimiento, el reconocimiento honesto y transparente de los actos en tiempos de guerra de algunas de las familias alemanas más adineradas sigue siendo, en el mejor de los casos, una acotación. Pero las cuentas no estarán del todo ajustadas sino hasta que estas empresas —y Alemania— sean más explícitas sobre el pasado nazi de sus patriarcas.

He escrito sobre estas familias desde hace una década; primero, como periodista de Bloomberg News, luego, como autor de un libro sobre las dinastías empresariales alemanas y sus historias relacionadas con el Tercer Reich. He indagado en cientos de documentos históricos y estudios académicos, así como en memorias y autobiografías. He hablado con historiadores y visitado archivos dentro y fuera de las fronteras alemanas. Y mis descubrimientos me han asombrado.

Veamos primero a los Quandt. En la actualidad, dos de los herederos de la familia tienen un patrimonio neto de unos 38.000 millones de dólares, controlan BMW, Mini y Rolls-Royce y tienen participaciones considerables en las industrias química y tecnológica. Los patriarcas de la familia, Günther Quandt y su hijo Herbert Quandt, fueron miembros del Partido Nacionalsocialista Obrero Alemán y sometieron hasta a 57.500 personas a trabajo esclavo y forzoso en sus fábricas, donde se producían armas y baterías para la iniciativa bélica alemana. Günther Quandt adquirió empresas de judíos que fueron obligados a vender sus negocios a precios inferiores a los del mercado y de otros cuyas propiedades fueron incautadas luego de que Alemania ocupara sus países. Herbert Quandt ayudó con al menos dos de estas adquisiciones sospechosas y también supervisó la planificación, la construcción y el desmantelamiento de un subcampo de concentración que jamás se finalizó en Polonia.

Tras el fin de la guerra, los Quandt fueron “desnazificados” en un proceso jurídico malogrado durante la posguerra en Alemania, cuando la mayoría de los perpetradores del Holocausto eludieron el castigo por sus crímenes. En 1960, cinco años después de heredar una fortuna de su padre, Herbert Quandt salvó a BMW de la quiebra. Se convirtió en el accionista mayoritario de la empresa y comenzó a reconstruirla. Hoy en día, dos de sus hijos, Stefan Quandt y Susanne Klatten, forman parte de la familia más rica de Alemania, con un control casi mayoritario de BMW. Los hermanos gestionan sus fortunas desde una ciudad cerca de Fráncfort en un edificio que lleva el nombre de su abuelo.

Los Quandt de la actualidad no pueden alegar que desconocen las acciones de su padre y su abuelo. La información que acabo de mencionar se incluye en un estudio de 2011 que encargó la dinastía Quandt cuatro años después de que un documental crítico que apareció en la televisión expuso parte de la implicación de la familia en el Tercer Reich. Pese a haber ordenado el estudio, que fue realizado por un historiador y un equipo de investigadores, al parecer los herederos de la BMW prefieren seguir con su vida como si no se supiera nada.

En la única entrevista que ofreció en respuesta a los hallazgos de la investigación, Stefan Quandt describió el distanciamiento que la familia tomó de su padre y su abuelo como un conflicto necesario pero “enorme y doloroso”. Aun así, el nombre de Günther Quandt sigue plasmado en sus oficinas centrales, y Stefan Quandt concede un premio anual de periodismo que lleva el nombre de su padre. Stefan Quandt afirmó creer que el “trabajo de toda la vida” de su padre lo ameritaba.

En la entrevista, Stefan Quandt declaró que, para la familia, los objetivos principales del estudio eran “la apertura y la transparencia”. Pero durante una década más, el sitio web de Herbert Quandt Media Prize mostró una biografía de su homónimo que no mencionaba sus actividades durante la época nazi, excepto por el momento en que se unió al consejo administrativo de la empresa de baterías de su padre en 1940.

Eso no cambió sino hasta finales de octubre de 2021, más de una década después de que se realizó el estudio, pero, muy evidentemente, a pocos meses de que yo cuestionara a la familia al respecto. Ahora, una biografía ampliada menciona parte de los hallazgos del estudio, como la responsabilidad que tuvo Herbert Quandt en la contratación de personal en las fábricas de baterías de Berlín, donde personas fueron sometidas a trabajo esclavo y forzoso. Pero aún omite la participación de Herbert Quandt en el proyecto del subcampo de concentración, el uso que hizo de prisioneros de guerra en su propiedad privada y su contribución a la adquisición de compañías que fueron arrebatadas de empresarios judíos.

En 2016, la rama filantrópica de BMW se consolidó con el nombre BMW Foundation Herbert Quandt. Ahora es una organización benéfica de categoría mundial, con alrededor de 150 millones de dólares en activos, que apoya causas de sustentabilidad e inversiones de impacto. Stefan Quandt y Klatten se cuentan entre sus donantes fundadores. Si tomamos la información del sitio web de la fundación, la biografía entera de Herbert Quandt se resume a un solo acto: “Garantizó la independencia” de BMW. El lema de la organización benéfica es promover el “liderazgo responsable” e inspirar a “líderes de todo el mundo a trabajar para desarrollar un futuro más pacífico, justo y sustentable”.

BMW y sus accionistas mayoritarios, Quandt y Klatten, no están solos en su revisionismo. En 2019, la Ferry Porsche Foundation anunció que otorgaría la primera cátedra de Historia Corporativa de Alemania en la Universidad de Stuttgart. La empresa Porsche creó la fundación en 2018, 70 años después de que Ferry Porsche diseñó su primer auto deportivo. “Enfrentar nuestra historia es un compromiso de tiempo completo”, escribió el presidente de la organización benéfica en una declaración. “Este es precisamente el tipo de reflexión crítica que la Ferry Porsche Foundation quiere promover, porque: para saber a dónde vas, debes saber de dónde vienes”.

Podría haber comenzado más cerca de casa. La fundación lleva el nombre de un hombre que, de manera voluntaria, solicitó trabajo en las SS en 1938, fue contratado como oficial en 1941 y mintió al respecto por el resto de su vida. Durante la mayor parte de la guerra, Porsche estuvo ocupado con la administración de la empresa Porsche en Stuttgart, que explotó a cientos de trabajadores forzados. Como el director ejecutivo de Porsche en las décadas de la posguerra, se rodeó de personas que tenían puestos de alto rango en las SS.

En su autobiografía de 1976, Porsche ofreció un recuento histórico tergiversado, repleto de declaraciones antisemitas, sobre el cofundador judío de Porsche, Adolf Rosenberger. Incluso acusó a Rosenberger de extorsión luego de que se vio obligado a huir de la Alemania nazi. La verdad fue que, en 1935, Ferry Porsche recibió las acciones de la empresa que le correspondían a Rosenberger luego de que su padre, Ferdinand Porsche, y su cuñado, Anton Piëch, compraron las acciones del cofundador, a un precio muy inferior al del mercado.

Hoy, Porsche no solo auspicia cátedras o fabrica autos deportivos. Junto con sus primos, los Piëch, los Porsche controlan el Grupo Volkswagen, que incluye a Audi, Bentley, Lamborghini, Seat, Skoda y Volkswagen. El patrimonio neto combinado del clan Porsche-Piëch se valúa en unos 20.000 millones de dólares. Ahora se preparan para escindir a Porsche del Grupo Volkswagen y cotizarla en bolsa, en la que se perfila para ser una de las ofertas públicas iniciales más grandes de 2022.

Los Porsche nunca han mencionado en público las actividades que sus patriarcas perpetraron durante el régimen nazi. Y Ferry Porsche no fue el único implicado: Ferdinand Porsche, quien diseñó el Volkswagen, dirigió la fábrica de Volkswagen durante la guerra junto con Piëch. Ahí, decenas de miles de personas fueron explotadas en condiciones forzosas y de esclavitud para producir armas en masa.

La Ferry Porsche Foundation auspició la cátedra de la Universidad de Stuttgart porque, en 2017, los miembros de su Departamento de Historia publicaron un estudio financiado por la empresa sobre los orígenes de Porsche en la era nazi. Sin embargo, tal parece que el estudio omitió algo muy importante: por algún motivo, la investigación no incluyó ningún documento personal de Rosenberger. El estudio también describió de manera errónea cómo se dio la venta de las acciones de Rosenberger. Cuanto más analicé el estudio, más comenzó a revelarse como una fachada parcial en vez de un recuento íntegro.

Luego tenemos a los Flick. Friedrich Flick controló uno de los conglomerados de acero, carbón y armamento más grandes de Alemania durante el régimen nazi. En 1947, fue sentenciado a siete años de cárcel por crímenes de guerra y de lesa humanidad. En su juicio en Núremberg, fue declarado culpable de hacer uso de trabajo esclavo y forzoso, brindar apoyo económico a las SS y saquear una fábrica de acero. Tras su liberación anticipada en 1950, reconstruyó su conglomerado y se convirtió en el accionista mayoritario de Daimler-Benz, otrora el mayor fabricante de automóviles en Alemania. En 1985, Deutsche Bank adquirió el conglomerado de Flick, con lo cual sus descendientes se volvieron multimillonarios.

En la actualidad, una rama de la dinastía Flick valuada en alrededor de 4000 millones de dólares administra una fundación privada en Düsseldorf bautizada con el nombre de su patriarca. La fundación —que tiene un puesto en el consejo administrativo de una de las universidades más prestigiosas de Alemania y destina fondos a causas educativas, médicas y culturales, sobre todo en Alemania y Austria— sigue llevando el nombre de un criminal de guerra convicto en cuyas fábricas y minas decenas de miles de personas trabajaron en condiciones forzadas o de esclavitud, incluidos miles de judíos. Pero si revisas el sitio web de la fundación, jamás te enterarías del pasado sombrío de la fortuna de los Flick.

¿Cómo es posible que tres de las familias empresariales más poderosas de Alemania, así como sus compañías y sus organizaciones benéficas, estén tan desconectadas de la cultura de remembranza tan elogiada del país?

Cuando le pregunté a Jörg Appelhans, el vocero de años de Stefan Quandt y Klatten, acerca de su decisión de bautizar sus oficinas centrales y su premio para medios con el nombre de su padre y su abuelo, me envió un correo electrónico que decía: “No creemos que cambiar los nombres de calles, lugares o instituciones sea una manera responsable de lidiar con las figuras históricas”, porque hacerlo “impide que haya una exposición consciente del papel que tuvieron en la historia y más bien fomenta el olvido”.

Esta contorsión es desvergonzada a un nivel muy específico. Estas familias no exponen la historia sangrienta detrás de sus fortunas excepto, en ocasiones, en estudios encargados, redactados en un denso alemán académico y cuyos hallazgos luego se excluyen al describir el legado de la familia en internet. Ni siquiera enfrentan su pasado de manera honesta. De hecho, hacen lo contrario: conmemoran a sus patriarcas sin mencionar sus actos durante la era nazi.

Los representantes de los multimillonarios Flick se rehusaron a ofrecer comentarios cuando me comuniqué con la oficina de la familia. Cuando pregunté por qué no había una biografía de Ferry Porsche en el sitio web de la fundación que lleva su nombre, Sebastian Rudolph, el presidente de la fundación, respondió que se está “examinando en qué medida también debería representarse esto en el sitio web de la fundación” y agregó que “contemplamos el trabajo de toda la vida de Ferry Porsche desde una perspectiva diferenciada”.

Durante décadas, la cultura de remembranza ha sido un componente central de la sociedad alemana. En todas las ciudades y pueblos alemanes encontrarás los Stolpersteine, cubos de latón y concreto con nombres y fechas de muerte y nacimiento de las víctimas de la persecución nazi. Hay monumentos, grandes y pequeños, por todas partes. En las cafeterías, desde Berlín hasta Fráncfort y desde Hamburgo hasta Múnich, se escuchan conversaciones a diario sobre la culpa y la expiación colectivas. Son diálogos reflexivos, matizados y, sobre todo, conscientes.

No obstante, este movimiento encaminado a enfrentar el pasado, por algún motivo, no está llegando a muchos de los magnates más venerados de Alemania y sus historias turbias. Cuanto más tiempo dedicaba a aprender sobre estas dinastías empresariales y sus mancillados pasados, fortunas y empresas, además de su deseo de ignorar o encubrir el grado de implicación de sus patriarcas en el Tercer Reich, más comencé a dudar sobre la verdadera profundidad, sinceridad y durabilidad de esta cultura de remembranza en Alemania.

La industria automotriz es un arquetipo alemán por excelencia, es esencial no solo para la economía del país, sino también para su identidad. ¿Acaso repudiar a estos magnates sería un rechazo de la identidad nacional? ¿Acaso debemos alabar a estos hombres porque siguen siendo símbolos poderosos del resurgimiento y el poder económico alemanes? ¿Celebrar el éxito comercial sigue siendo más importante en Alemania que reconocer los crímenes contra la humanidad? ¿O será que la respuesta real es más simple? Quizá el país está en deuda con unos cuantos multimillonarios y sus empresas globales, que están más interesados en proteger sus reputaciones —y sus fortunas— que en hacer frente al pasado.

David de Jong es el autor de Nazi Billionaires: The Dark History of Germany’s Wealthiest Dynasties, del cual se adaptó este ensayo.

[Ilustración: Matt Chase – fuente: http://www.nytimes.com]

Le dernier roman de l’auteur turc Orhan Pamuk se présente comme l’œuvre d’une historienne contemporaine, séduite par les lettres que la princesse sultane Pakizê a écrites à sa sœur aînée alors qu’elle résidait pour six mois dans l’île de Mingher frappée par une épidémie de peste, en 1901. Cette narratrice, désireuse dans un premier temps d’éditer les lettres, se persuade qu’il serait judicieux, en s’en inspirant, d’écrire l’histoire de ce lieu fascinant pendant l’épidémie. Ainsi, littérature et archives semblent, au départ, ne pas s’opposer mais s’enrichir mutuellement en contribuant à l’élaboration d’un roman homogène et bien documenté, sous l’égide de Guerre et Paix. Précisons, toutefois, que l’île n’a jamais existé et que l’ouvrage a été commencé avant la pandémie.

Les nuits de la peste, d'Orhan Pamuk : la princesse et l'île contaminée

Orhan Pamuk

Orhan Pamuk, Les nuits de la peste. Trad. du turc par Julien Lapeyre de Cabanes. Gallimard, 688 p., 25 €

Écrit par Jean-Paul Champseix

Le début du dernier roman d’Orhan Pamuk ne peut être « reçu » par le lecteur sans que s’impose le rapprochement avec le covid. Bruits et rumeurs, dénis, entêtements, complotisme, opinions infondées circulent à propos de la maladie et de sa diffusion. Les malheureux médecins, dont l’un se convainc de l’utilité du masque, sont même accusés d’avoir apporté la peste ! Et la nuit (d’où le titre du livre) les actions humaines sont encore plus délictueuses et secrètes. Une chose est sûre : la pandémie mine la cohabitation entre chrétiens et musulmans. La méfiance s’accroissant, les orthodoxes grecs accusent les musulmans d’être arriérés, ignorants et de favoriser la contamination, en se croyant protégés par des amulettes. Les Turcs accusent les Grecs de fuir provisoirement l’île dans l’intention de revenir une fois que la population aura été décimée.

Le très long roman de Pamuk installe le lecteur dans cette île contaminée. Elle est magnifique avec ses pierres colorées et ses roses parfumées mais la peste fait rage, et la narratrice ne nous épargne pas, à l’instar de Giono et de Camus, les descriptions de la maladie et de ses conséquences sur les corps. Des scènes atroces se produisent lorsque de jeunes enfants assistent à l’agonie de leur mère qui, jadis tendre et douce, se transforme « en une espèce de fauve égoïste, désespéré et impuissant ». L’indiscipline, la négligence, la volonté de fuir, le fatalisme, le désespoir et les rituels entravent les précautions sanitaires. L’écrivain n’est pas tendre, en particulier, avec les musulmans bigots et réfractaires des puissants « couvents » – il y en a vingt-huit – qui mènent l’île à la catastrophe. Faut-il y voir une critique contemporaine de l’électorat islamo-nationaliste du président Erdoğan ? Il est difficile de ne pas y penser.

En dépit de la gravité de la situation, il se trouve – et cela n’étonnera pas les lecteurs de Pamuk – que les trois protagonistes de l’ouvrage sont amoureux. Trois couples, en effet, vivent un amour parfait que la pandémie n’émousse pas. La princesse, qui fut enfermée toute son existence dans un palais, connaît une idylle très physique avec Nuri, son mari médecin ; le major Kâmil, soldat à la carrière médiocre, trouve la passion dans un mariage arrangé par sa mère. Le gouverneur, harassé de problèmes, reprend force et joie de vivre avec sa maîtresse qui sait le réconforter. Si les femmes n’apparaissent guère dans le déroulement social des événements, elles jouent un rôle important dans la mesure où les trois personnages masculins sont portés par un sentiment amoureux. Ajoutons qu’elles font montre d’un vrai courage en ne craignant pas la redoutable maladie.

Au mitan de l’ouvrage, un événement important survient, qui est le tournant du roman : la marche vers l’indépendance de l’île. Il faut préciser que la Crète vient tout juste d’être perdue par l’Empire ottoman. Le major Kâmil, garde du corps du docteur Nuri, et natif de l’île, enclenche un processus par quelques actions et déclarations (arrêt du télégraphe et discours en turc et en français : « Vive Minguère, vive les Minguériens ! Liberté, Égalité, Fraternité ! »). Toutefois, la narratrice souligne à quel point l’Histoire ne « s’accomplit » pas mais se fraie un sentier étroit en fonction d’événements casuels : ainsi, à la suite d’un malentendu, l’enseigne publicitaire d’un pharmacien devient le drapeau national ! Les notables qui assistent au discours du major pensent qu’il s’agit d’une simple mise en scène ourdie par le gouverneur. De plus, l’interprétation complètement biaisée des événements par les journaux français, grecs et anglais qui servent leurs intérêts nationaux contribue également à orienter l’Histoire dans un sens révolutionnaire. Ainsi, l’indépendance s’effectue par la force des choses, par l’intermédiaire de responsables politiques qui, hormis le major, ne la souhaitent pas. On entend même un cri : « À bas Abdülhamid ! » mais on ignore qui a clamé ce slogan blasphématoire ; et on ne sait si on l’a vraiment entendu.

Les nuits de la peste, d'Orhan Pamuk : la princesse et l'île contaminée

La narratrice contemporaine n’épargne pas l’Histoire officielle, qu’elle analyse comme une fabrication a posteriori, à base de récits pour manuels scolaires, de chansons, de statues, de timbres et de commémorations. La langue, le minghérien, totalement fétichisée alors qu’elle est succincte et que très peu de gens la maîtrisent, joue aussi un rôle identitaire stupéfiant. S’opposent donc, à plusieurs reprises, le roman humain, sensible et nuancé, qui montre bien la fragilité des circonstances, et le roman national catégorique, factice et convenu. D’autant que l’on enjoint à un honnête archéologue de s’abstenir d’évoquer les origines asiatiques de la nation minghérienne qui se situeraient au bord de la mer d’Aral. Le major Kâmil lui explique que « dans les contes de mon enfance, il n’y a ni lac de ce genre, ni asiatiques ». Il ajoute : « Je vous prie de ne pas nous dire que nous sommes “arrivés après” sur cette île ». En effet, dans la région, antériorité vaut toujours primauté.

Orhan Pamuk, écrivain doté d’une fibre historique sérieuse – il a demandé à Edhem Eldem, professeur d’histoire turque et ottomane au Collège de France, de se pencher sur son ouvrage – balise son récit de repères qui décrivent l’émiettement inexorable de l’empire. La narratrice montre toute l’ambiguïté d’un sultan paranoïaque, Abdülhamid II, qui se voit contraint d’adopter des réformes sous la pression occidentale, tout en se rêvant chef du monde musulman. De fait, Mingher subit le blocus d’une flotte étrangère, et « les puissances » espèrent voir l’île se détacher de l’empire. La vie politique locale en révolution est toutefois malmenée par la maladie qui, sans égards, frappe le major Kâmil, héros de l’indépendance, et sa compagne. Un moment, la princesse Pakizë devient reine ; puis, naturellement, le responsable des services secrets, modeste et obséquieux fonctionnaire qui manœuvre dans l’ombre, se retrouve président d’une république aux geôles et aux camps de travail bien pourvus.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les arcanes de la politique croisent les raisonnements d’un roman policier, façon Sherlock Holmes… En effet, le docteur Nuri est également chargé par Abdülhamid II, lui-même admirateur de Conan Doyle (qu’il décorera quand celui-ci visitera Istanbul !), de faire la lumière sur l’assassinat du chimiste Bonkowski. Ce sultan névrotiquement inquiet était tout particulièrement intéressé par les empoisonnements qui ne laissent pas de traces. Sherlock Holmes et la princesse Pakisê ont d’ailleurs un point commun qui fait honneur aux écrivains. Le détective élucide les intrigues sans guère sortir de son bureau ; la fille du sultan, recluse dans sa chambre d’hôtel, parvient à restituer la vie complexe de l’île.

Les nuits de la peste, d'Orhan Pamuk : la princesse et l'île contaminée

Le sultan Abdulhamid II en Une du supplément illustré du « Petit journal » (21 février 1897) © Gallica/BnF

Pamuk a la qualité du conteur oriental qui sait prendre son temps, sans chercher à créer des tensions à la manière des feuilletonistes. Il atténue même de possibles effets de surprise en nous faisant part à l’avance d’événements ou de la mort de tel personnage. Le lecteur le suit dans l’élaboration de l’ambiance qui se crée dans une petite île qui lui devient familière. Il peut même s’aider d’une carte de la capitale de l’île de Mingher, Arkaz, présentée au début du roman avec tous ses édifices, dans une facture qui rappelle le Guide du routard !

Pamuk, qui se dit pourtant « romantique », se tient à distance. Ses personnages principaux, peu dessinés psychologiquement et physiquement, sont néanmoins attachants, et surtout ils peuvent surprendre par des réactions inattendues. L’écrivain ne sacrifie pas aux stéréotypes. Par exemple, Sami Pacha, le gouverneur de l’île – dont on s’attend au début à ce qu’il soit un bureaucrate conformiste, manœuvrier et cruel –, gagne en épaisseur et en humanité. La philosophie amère de l’ouvrage tient sans doute dans cette phrase : « Et l’Histoire nous enseigne que les hommes qui jettent le premier pas sur la voie menant aux pires désordres, aux révolutions et aux massacres, avancent généralement sans peur, animés par l’intime conviction de faire exactement le contraire de ce qu’ils sont en train de faire ». Ainsi, la maladie ne rend pas plus raisonnable, au contraire, et l’Histoire demeure immaîtrisable. Ce ne sont pas les jours que nous vivons qui pourraient donner tort à Pamuk.

 

[Photo : Jean-Luc Bertini – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

[BLOG You Will Never Hate Alone] Est-ce si difficile de réaliser qu’à partir du moment où un gouvernement d’extrême droite accède au pouvoir, il en est fait de la vie démocratique de ce pays?

On ne transige pas avec les valeurs de la République. | Black Nexus.cz via Flickr

Écrit par Laurent Sagalovitsch 

Qu’on en soit aujourd’hui à évoquer la possibilité d’une Marine Le Pen à l’Élysée en dit long sur l’état de déliquescence morale à l’œuvre dans la société française. Une nouvelle fois, rien, ni la précarité de l’existence ni l’incertitude de l’époque, ne peut légitimer l’approbation d’une politique qui, si elle était appliquée, ressemblerait à une sorte de perpétuation de la collaboration, ces heures noires de l’Histoire de France dont on aimerait tant qu’elles n’existèrent jamais.

Le simple fait de vouloir mettre en œuvre une mesure comme la préférence nationale –réalise-t-on vraiment de quoi il s’agit, du poids de son ignominie, de sa parfaite imbécillité?– devrait suffire à disqualifier Madame Le Pen et tous ses affidés. Voilà donc la France, qui ne fut jamais aussi grande que lorsqu’elle fut une terre d’asile pour tous les persécutés de la Terre, en passe de devenir un état paria, une nation où il faudrait opérer une différence entre l’étranger et le Français, établir des régimes spéciaux qui verraient certains être disqualifiés ou remerciés au seul motif de leur origine.

Ne comprend-on pas que c’est mettre là le doigt dans un engrenage dont nul ne peut dire jusqu’où il nous mènera, jusqu’où il nous perdra? Qu’à partir du moment où vous commencez à opérer une distinction entre des résidents d’un même pays, vous empruntez un chemin qui vous mène droit vers une forme de ségrégation, un régime racial où bientôt ce seront les musulmans, les juifs, tous ceux aux origines douteuses, à qui on refusera d’accéder à telle profession ou à tel logement?

C’est avec toutes nos forces qu’il faut dire à Marine Le Pen que jamais la France ne s’abaissera à pareille infamie. Que seulement y penser, c’est déjà rabaisser la nation française, l’humilier, la salir, cracher à la face de son histoire. On ne peut pas aimer son pays au détriment de ceux qui eurent l’inconvénient de naître ailleurs. Ou que les tragédies de la vie ont poussé sur la route de l’exil, vers cette France éclairée, patrie des droits de l’homme et terre de l’humanisme.

Aussi quand j’entends certains hésiter sur leur vote de la semaine prochaine, quand je vois des étudiants renvoyer dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen, j’ai le sang qui me monte à la tête. De quelle déréliction souffrent ces esprits pour tenir de tels propos? De quel mal sont affublés ceux qui entendent s’abstenir pour mieux punir le président actuel? Est-ce si difficile de réaliser qu’à partir du moment où un gouvernement d’extrême droite accède au pouvoir, c’en est fait de la vie démocratique de ce pays?

Qu’il n’y a pas de retour en arrière. Que tôt ou tard les libertés seront confisquées, les droits fondamentaux bafoués. Qu’une fois lancée, la machine de l’exclusion ne peut plus s’arrêter. Que sitôt qu’un pouvoir autorise la population à laisser libre cours à ses pulsions les plus morbides, plus rien ne s’oppose à ce que, sous peu, ce qui naguère était une démocratie enviée de tous devienne un régime scélérat où l’humanisme est bafoué, renié au profit de la force brute, de la force sale.

Aujourd’hui, quand on se retourne vers le passé, à l’heure de se souvenir des heures sombres de la collaboration, on ressent comme une honte et une sidération au regard de l’attitude des autorités françaises de l’époque. Et pourtant, des décennies plus tard, voilà qu’un nombre considérable de citoyens français songent à élire ceux qui sont leurs dignes successeurs, de ces esprits égarés qui au mépris de toute considération humaine jetèrent la France plus bas que terre.

On voudrait cracher à la face de la résistance, de ces âmes magnifiques de courage qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Vous cherchez la revanche, vous n’aurez que la honte. Et ne dites pas que cette fois, vous ne savez pas. L’avenir ne vous accordera aucune circonstance atténuante. C’est en conscience que vous aurez porté au pouvoir celles et ceux par qui la nation périclitera.

Peu importe l’état de votre bulletin de paie ou le niveau de vos ressources, la hauteur de vos frustrations, l’insupportable poids de vos exaspérations, vos rancœurs, vos ressentiments. Quand on en vient à la morale, à l’éthique, à la survie d’une nation, à son honneur, à son rang et à son prestige, à la préservation de son identité, oui de son identité, on oublie tout, le ventre qui gronde de faim, les fins de mois difficiles, les rebuffades en tous genres.

On vote les dents serrées, s’il le faut.

Et on bâtit des idéaux qui rassemblent au lieu d’exclure.

 

[Photo : Black Nexus.cz via Flickr – source : http://www.slate.fr]

El escritor hispano-peruano Mario Vargas Llosa ha presentado en el Ateneo madrileño, no hay lugar más galdosiano en Madrid que dicha institución, su nuevo libro “La mirada quieta (de Pérez Galdós)”, un pormenorizado estudio de todas las obras de teatro y de las novelas del genial escritor canario, aunque algunos no lo reconozcan así, ya al que la Iglesia católica le hurtó un merecidísimo premio Nobel de Literatura. Nunca le perdonaron obras suyas como “Electra” o “Tormento”.

Mario Vargas Llosa

Presentación del libro La mirada quieta (de Pérez Galdós)

Escrito por JAVIER VELASCO OLIAGA

Para el autor galardonado con el Nobel de Literatura, “el libro es el resultado de la pandemia. Quise leer toda la obra narrativa de Pérez Galdós durante ese tiempo, que en un principio iba a durar unos pocos días y que se demoraron hasta los 18 meses que estuvimos casi encerrados. En ese tiempo, pude leer toda su producción teatral y todas sus novelas, incluidos los Episodios Nacionales, y también parte de su producción periodística”. Hay que recordar que don Benito comenzó su carrera como periodista en diversos periódicos, llegando a realizar numerosas crónicas parlamentarias, algunas de las cuales las escribió cuando fue diputado en Cortes durante tres legislaturas.

“Benito Pérez Galdós presenta en los Episodios Nacionales una historia ligera, cómoda y simpática de los principales episodios del siglo XIX. Su gran valor es que está muy documentada y buscó siempre la objetividad. Dio una visión como novelista más que como historiador. Lamentablemente, no llegó a concluir los Episodios tal y como había planificado. Su éxito en el teatro le distrajo de ese proyecto”, recordó Mario Vargas Llosa en la rueda de prensa en la que estuvo acompañado por la editora Pilar Reyes.

Vargas Llosa hizo algunas declaraciones un tanto provocativas sobre el escritor canario. “Fue un escritor muy irregular, alternando obras maestras con otras más fáciles de leer, y no fue tan moderno como Clarín. Se ha hablado mucho sobre la influencia de Flaubert en su obra, pero no se parecían en mucho”, sostuvo el escritor que para él sus mejores obras son “Fortunata y Jacinta” y “Misericordia”, obviando las cuatro novelas de Torquemada, sin duda su obra cumbre.

“Pérez Galdós fue muy crítico con la Iglesia católica, sobre todo con la presencia de la Iglesia en la vida de las personas”, señaló Vargas Llosa. Esa inquina que tuvo el escritor canario le costó el galardón del Premio Nobel de 1912, cuando casi lo tenía ganado y la Iglesia católica maniobró para desprestigiarlo. Nunca le perdonaron que escribiese obras como las reseñadas anteriormente. La Iglesia avaló a Marcelino Menéndez Pelayo como candidato al Nobel, y la Academia sueca al ver la disparidad de criterios que se propugnaba desde España optó por concedérselo al poeta y novelista polaco Gerhart Hauptmann.

“Pérez Galdós fue muy crítico con la Iglesia católica”

Para el nobel, “Galdós hizo un esfuerzo de objetividad en los Episodios Nacionales yendo en contra de sus propias convicciones políticas”. Los episodios que más le han gustado han sido todos aquellos que tienen que ver con el levantamiento contra los franceses protagonizados por las clases populares. “Todos los que tratan a las guerrillas están excelentemente bien narrados”, afirmó rotundo. Para posteriormente decir que “Galdós fue un personaje contradictorio y muy mal humorado”. Otro de los episodios que le ha apasionado fue el del asesinato de Prim.

Mario Vargas Llosa ha creado un perfil completo, personal y sugerente del escritor español. Nadie como el nobel peruano es capaz de analizar con tal lucidez la obra de un creador. En palabras suyas, «Galdós hizo lo que Balzac, Zola y Dickens hicieron en sus respectivas naciones: contar en novelas la historia y la realidad social de su país. Con sus Episodios estuvo en la línea de aquellos, convirtiendo en materia literaria el pasado vivido, poniendo al alcance del gran público una versión amena, animada, bien escrita, con personajes vivos y documentación solvente, de un siglo decisivo de la historia española».

“Hoy nos parece increíble la hostilidad que despertó Pérez Galdós en su propio país, en aquellos años en que escribía sus novelas, sus obras de teatro y los Episodios nacionales. Tenía sus partidarios, por supuesto, pero me temo que sus adversarios fueran más numerosos. Como revela Francisco Cánovas Sánchez en su ensayo, se decía de él que sus libros apestaban «a cocido», que escribía con vulgaridad, sin elegancia, y es famoso el insulto que le dedicó Valle-Inclán en Luces de Bohemia llamándolo «garbancero», un apodo que nunca se pudo quitar de encima. Se vio, sobre todo, cuando hubo un movimiento espontáneo de sus admiradores; unos quinientos escritores, periodistas y artistas pidieron para él el Premio Nobel de Literatura en 1912, cuando el autor tenía sesenta y nueve años. Al parecer, la Academia sueca recibió listas de firmas de España combatiendo esa idea que superaban en número a las que respaldaban su candidatura, objeciones que procedían de círculos católicos ultras que lo consideraban un librepensador extremista. Nadie es profeta en su tierra y en la España de Pérez Galdós, todavía impregnada entonces de un catolicismo estrecho y sectario, se lo tenía injustamente por un «liberal» comecuras, aunque nunca lo fuera: su liberalismo y republicanismo fueron discretos y, sobre todo, tolerantes. Con razón y la claridad que lo caracteriza, el escritor y poeta Andrés Trapiello dijo de aquella operación sueca contra Galdós: «Fue el triunfo de la roña y la sarna españolas frente a los principios liberales”, escribe Vargas Llosa en el prólogo de su nuevo libro.

Para finalizar, el premio nobel sostuvo que “Galdós conoció de primera mano las enormes diferencias sociales que había en el Madrid de su época. La miseria extrema de algunos de sus barrios y lo narró de forma trágica, aunque siempre con destacando la alegría de vivir y el humor que tenían los madrileños, siempre riéndose de sí mismos y contando chistes”. Para el escritor, “Galdós no estaba considerado como un estilista refinado sino que se le consideraba vulgar y demasiado popular”, concluyó. Lo que demuestra la poca o nula sensibilidad literaria de muchos críticos literarios.

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

En plein cœur de la campagne présidentielle, un collectif d’historiennes et d’historiens de métier s’engage face aux falsifications de l’histoire dues à Éric Zemmour. Tour d’horizon urgent des mensonges de l’idéologue d’extrême droite et, en filigrane, des stratégies rhétoriques servant sa vision du monde brutale et intolérante.

Tract Zemmour contre l’histoire : la stratégie du mensonge

Zemmour contre l’histoire. Gallimard, 64 p., 3,90 €

Écrit par Solène Minier

Pourquoi Zemmour ? On fera remarquer à juste titre que tous les autres candidats à la présidentielle, à des degrés divers, aiment à saupoudrer leurs interventions d’interprétations du passé parfois capillotractées, souvent tout bonnement fausses. Cependant, l’utilisation de l’histoire par Éric Zemmour n’est pas anecdotique : elle est systématique et mise au service d’une idéologie haineuse. C’est en se prétendant historien – en jouant sur la plasticité du terme – que Zemmour publie des livres et intervient sur des plateaux télévisés. C’est donc en historiennes et historiens de profession que le collectif répond.

Du règne de Clovis (fin du Ve siècle) au procès de Maurice Papon (1997-1998), en passant par les massacres de protestants de la Saint-Barthélemy (1572), la Révolution française (1789) ou le régime collaborationniste de Vichy (1940-1944), ce sont toutes les périodes de l’histoire de France qui sont scrutées à l’aune des résultats les plus récents de la recherche historique, en dix-neuf épisodes rigoureux et efficaces. À chaque assertion mensongère du polémiste, une réponse claire : non, la croisade n’est pas une victoire française – c’est là une vision nationaliste totalement anachronique. Non, il n’y a pas eu de génocide vendéen, puisque les Vendéens ne formaient pas un groupe national défini et que les autorités révolutionnaires n’eurent jamais de doctrine systématique sur la question vendéenne. Non, Pétain n’a jamais préparé la revanche contre l’Allemagne, trop occupé à faire la chasse aux meneurs du Front populaire comme Léon Blum et à ceux qu’il appelait « les ennemis de l’intérieur ». Ces mises au point sont d’autant plus cruciales que le débat public est marqué par la recrudescence des théories complotistes. Non seulement les historiens mais aussi l’ensemble de la communauté scientifique peinent à les contrecarrer et à faire entendre l’irréductible réalité de certains faits, victimes, en particulier dans les sciences sociales, des interventions de l’exécutif dans leurs thématiques de recherche et leurs résultats.

Cependant, loin de se contenter de pointer du doigt des contrefaçons historiques, les membres du collectif agissent en historiennes et en historiens : ils expliquent. Pourquoi Zemmour choisit-il certains partis pris historiques plutôt que d’autres ? Derrière les manipulations du passé apparaît une idéologie d’une violente cohérence, excédant de loin les petites phrases polémiques destinées à élargir la fenêtre d’Overton. L’éloge du colonialisme, le racisme et l’islamophobie occupent une place de choix dans son discours : l’Algérie aurait été créée de toutes pièces par la France conquérante en 1830. Quant aux Algériens, ils ne se seraient vu gracieusement octroyer l’indépendance que par la mansuétude d’un de Gaulle miséricordieux. Ce discours paternaliste qui leur ôte toute réelle capacité d’action nie la réalité du rapport de force : en 1959, quand de Gaulle annonce l’autodétermination des Algériens, la France est en échec sur le terrain algérien face à la résistance du FLN et en difficulté sur la scène internationale, notamment à l’ONU.

Un autre trait saillant d’Éric Zemmour est son autoritarisme et son bellicisme. Corollaire de son soutien indéfectible à l’armée et à la police, il veut légitimer les violences commises par ces institutions, parmi lesquelles l’usage de la torture et de l’assassinat en Algérie (contre le militant communiste Maurice Audin en 1957, par exemple) ; ou encore, les violences policières ordonnées en 1961 par le préfet de police de Paris Maurice Papon, ancien collaborationniste, contre la protestation pacifique des Algériens face au couvre-feu illégal qu’ils subissaient.

Enfin, n’oublions pas la misogynie crasse du personnage, qui tente de réduire Simone de Beauvoir à une simple bluette, élève obéissante et pâle imitatrice de Jean-Paul Sartre. Derrière le personnage, c’est sa philosophie qu’il tente d’attaquer, en particulier son affirmation selon laquelle l’identité féminine ne découle pas d’une prétendue nature féminine mais de l’éducation reçue – il y préfère la croyance fausse, quoique rassurante, en un éternel féminin conditionné par la biologie.

Derrière cette carte de la haine – autoritarisme, racisme, misogynie – se devine le positionnement de Zemmour sur l’échiquier de l’extrême droite, qu’il est malheureusement loin d’être le seul à occuper. Parler d’un génocide vendéen lui permet de courtiser les monarchistes, au premier rang desquels Philippe de Villiers (qui, à l’heure où ces lignes sont écrites, est membre du parti « Reconquête »), concepteur du Puy du Fou où se joue la grand-messe de la mémoire contre-révolutionnaire des guerres de Vendée.

Tract Zemmour contre l’histoire : la stratégie du mensonge

Le plus petit haut-parleur du monde (1924) © Gallica/BnF

S’il est impossible et sans doute vain de corriger chaque mensonge de Zemmour, l’échantillon des citations figurant dans ce tract offre un aperçu efficace de ses stratagèmes rhétoriques. Le ressort du dévoilement au grand public d’un secret que les élites dissimuleraient au reste de la population est le plus courant et le plus efficace : ainsi, « on » aurait volontairement effacé Clovis des mémoires (ce qui est faux au regard non seulement des programmes scolaires mais aussi de la production scientifique et de vulgarisation à son sujet). Un autre ressort classique de la réaction consiste à peindre les victimes du passé, souvent issues de minorités religieuses, sous les traits de bourreaux afin d’alimenter l’obsession du déclin et d’un prétendu grand remplacement. Éric Zemmour cautionne ainsi le massacre de dizaines de milliers de protestants par de bons bourgeois catholiques lors de la Saint-Barthélemy (1572) au prétexte que les protestants auraient représenté une menace pour les catholiques, un véritable « État dans l’État » – alors que la recherche historique a montré que les protestants ne représentèrent jamais plus de 10 % de la population du pays et massacrèrent très peu.

Pour servir ses intérêts politiques, et à rebours de la méthode historique qui exige de se détacher autant que faire se peut des jugements de valeur, Zemmour prête aux acteurs du passé des intentions qu’ils n’avaient pas et les fait rentrer au chausse-pied dans son roman national. Ainsi, au mépris de ce que les sources, ces lettres de poilus épuisés par deux ans et demi de guerre, nous disent des souffrances des troupes, il prétend que l’insurrection des soldats de 1917 contre la guerre et sa conduite aurait, au contraire, manifesté leur souhait de poursuivre les combats. Il exploite aussi sciemment les confusions dans l’esprit du public pour servir ses discours. Ainsi, quand il prétend que le procès du collaborationniste Maurice Papon en 1997-1998 fut un procès politique, il brouille les lignes pourtant très nettes entre la sphère publique et médiatique, qui appelle à une condamnation symbolique, et l’enceinte judiciaire, qui a pour seul but d’évaluer factuellement la responsabilité personnelle de Papon dans les actes qui lui sont reprochés.

Face à ces manipulations, les historiens et historiennes ne se contentent pas d’offrir à un lectorat déjà convaincu un arsenal de faits étayés à opposer aux partisans de Zemmour. Collectivement, avec fermeté et sérénité, ils rappellent surtout, aux convaincus comme aux indécis, que l’étude du passé suit une méthode, fondée sur le refus des jugements de valeur et de l’imposition aux sociétés du passé de catégories qu’elles ne connaissaient pas. Cette méthode s’appuie sur une lecture directe, critique et contextualisée des sources : les actes du procès de Dreyfus ou de celui de Papon, les mémoires de Simone de Beauvoir ou encore les lettres des mutins de 1917. Enfin et surtout, par ce tract collectif où les contributions ne sont pas signées individuellement, ils rappellent combien le savoir historique est d’abord une construction commune en perpétuelle évolution. Refusant la figure de l’intellectuel solitaire ayant un avis et des compétences sur tout (ce que Zemmour se targue d’être), ils ne s’érigent pas en gardiens du temple, mais rappellent que la recherche historique est d’abord collective : elle partage et confronte ses savoirs afin de prouver la véracité des faits et de bâtir à partir d’eux des interprétations qui pourront, dans le futur, être remises en question – contrairement aux faits eux-mêmes.

Au-delà du seul cas de Zemmour, ce tract s’inscrit pleinement dans les initiatives des historiens qui, après un certain retrait dans les années 1980 et 1990, se sont de nouveau impliqués dans le débat public à partir des années 2000. Ils s’attellent à regagner le terrain perdu face aux « historiens de garde » et autres tenants d’un roman national aussi fantasmé qu’intolérant et, pour cela, explorent de nouveaux outils littéraires et médiatiques. Ainsi, ce tract s’articule à une vidéo collective sur la chaîne YouTube « C’est une autre histoire » et à une interview de Florian Besson et Catherine Rideau-Kikuchi sur la chaîne de Nota Bene, deux des vidéastes les plus actifs dans le domaine de la vulgarisation historique. Cet ouvrage à mettre entre toutes les mains construit donc une méthode qui demeurera, passé le temps court de la campagne présidentielle, une pierre de touche dans la réflexion sur les modes et les buts de la diffusion des résultats de la recherche en histoire.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Por Martin Blaney

La decisión de expulsar al director Sergei Loznitsa de la Academia de Cine de Ucrania « estaba directamente relacionada con el relato que el director cuenta acerca de Ucrania », según Anna Machukh, directora ejecutiva de la Academia y del Festival Internacional de Cine de Odesa.

Loznitsa anunció el sábado (19 de marzo) que había sido expulsado de la organización, en parte, por expresar su apoyo a los cineastas rusos disidentes (ver la traducción a continuación de este artículo).

Al explicar la expulsión, Machukh declaró: « Desde el comienzo de la invasión a gran escala de Ucrania por parte de Rusia, hemos pedido incansablemente a la comunidad cinematográfica mundial que boicotee el cine ruso. Pero Sergei Loznitsa se opone públicamente a ello, negando así la responsabilidad colectiva de los rusos en la guerra que su país ha desatado en Ucrania ».

Añadió que Loznitsa « recurre a menudo a la especulación sobre el tema de las relaciones entre Ucrania y Rusia », lo cual es una posición « inaceptable » y « contraria a los valores de la Academia de Cine de Ucrania ».

La Academia dijo que « los países de Europa y el mundo entero deben tener una imagen completa e inequívoca de lo que el país agresor está haciendo en Ucrania. Por lo tanto, todo ucraniano es hoy embajador de su país ».

« Recae hoy una responsabilidad especial sobre aquellos especialistas de las industrias creativas bien conocidos en el extranjero. Su posición debe ser clara e inequívoca ».

La Academia añadió que Loznitsa había « subrayado repetidamente que se considera un cosmopolita, ‘un hombre de mundo’. Sin embargo, hoy, cuando Ucrania lucha por defender su independencia, el concepto clave en la retórica de todo ucraniano debe ser el de su identidad nacional ».

Loznitsa, « asombrado »

En un comunicado emitido el sábado por la noche en respuesta a la decisión de la Academia, Loznitsa afirmó haberse « asombrado » al leer que se le expulsaba por « cosmopolita ».

Afirmó que este término solo había adquirido una connotación negativa durante la campaña antisemita de Stalin entre 1948 y 1953.

« Al hablar en contra del cosmopolitismo, los miembros de la Academia ucraniana recurren a este mismo discurso creado por Stalin, que se basa en el odio, en la negación de la libertad de expresión, la defensa de la culpa colectiva y la prohibición de cualquier manifestación de individualismo y de elección individual », declaró.

Afirmó que el enfoque de la « identidad nacional » era afín al nazismo y suponía « un regalo para los propagandistas del Kremlin ».

También rechazó el llamamiento de la Academia a la comunidad mundial para que no le considere representante de la esfera cultural ucraniana.

« En mi vida he representado a ninguna comunidad, grupo, asociación o ‘esfera' », escribió Loznitsa. « Todo lo que digo y hago han sido y serán siempre mis propias declaraciones y acciones individuales ».

« Siempre he sido y seré un cineasta ucraniano », concluyó.

Loznitsa, habitual del Festival de Cine de Cannes, ha dedicado su carrera a explorar la historia y la política de Ucrania y de la región en general. Su película de 2018, Donbás, que ganó el premio Un Certain Regard de dirección en Cannes, captaba el conflicto entre las fuerzas del gobierno ucraniano y los separatistas respaldados por Rusia en el este de Ucrania, que precedió a la actual invasión a gran escala por parte de Rusia.

[Fuente: Screen international

Carta abierta de Sergei Loznitsa acerca de su expulsión de la Academia de Cine de Ucrania

Sergei Loznitsa

Desde ayer noche he ido recibiendo cartas y llamadas de amigos y colegas de todo el mundo que expresan su asombro y piden una explicación de lo ocurrido con la Academia de Cine de Ucrania. También yo estoy tratando de entenderlo.

El 27 de febrero de 2022 difundí un comunicado:

« La guerra desatada por Rusia contra Ucrania constituye un acto suicida y demencial que conducirá inevitablemente al derrumbe del criminal régimen ruso. El mundo entero ha sido testigo de la batalla entre el Bien y el Mal, la Verdad y la Falsedad, una batalla de proporciones bíblicas. ¡La victoria será para Ucrania! Estoy consternado por la indecisión y cautela de los gobiernos, organizaciones públicas y ciudadanos que podrían ayudar a Ucrania no solo con palabras, sino también con acciones rápidas y decisivas. La tragedia humanitaria que se está desarrollando ante nuestros ojos está provocada en gran medida por la política hipócrita de apaciguamiento del monstruo, la política de hacer negocios con Rusia. A lo largo de decenios, el mundo occidental ha cerrado los ojos a los crímenes cometidos por el régimen ruso en Chechenia, Georgia, Crimea, el Donbás y otras regiones de Europa y del mundo, y ha hecho concesiones basadas en una política de « pragmatismo ». ¡Ha llegado el momento de que la comunidad mundial despierte, se dé cuenta de lo que está pasando y aplaste al monstruo ruso! »

Abandoné la Academia Europea de Cine porque su declaración inicial, emitida pocos días después del comienzo de la guerra, era demasiado neutral, inoperante y conformista en relación con la agresión rusa. Ni siquiera consideraban posible calificar la guerra como tal.

En estos últimos días, he ido explicando a diversas publicaciones y periodistas de Europa y América las razones y la esencia del estallido de la guerra, llamando al mundo a unirse a la lucha contra la agresión rusa, además de participar en proyecciones benéficas de mis películas « Donbás » y « Maidán », cuyos fondos se destinan a ayudar a Ucrania; colaboro en la evacuación de personas de Ucrania y ayudo a los refugiados.

En esta trágica situación de guerra, me parece que hay que intentar mantener el sentido común. Estoy en contra del boicot a mis colegas, los cineastas rusos, que se opusieron y siguen oponiéndose a los crímenes del régimen de Putin.

He leído con asombro la declaración de la Academia de Cine ucraniana, de la que he sido expulsado por mi cosmopolitismo. Traducido del griego, « cosmopolita » significa « ciudadano del mundo ». La primera persona que se proclamó cosmopolita fue el antiguo filósofo griego Diógenes. El filósofo estoico Zenón, el filósofo alemán Emmanuel Kant, los ilustrados Voltaire, Diderot, Hume y Jefferson se llamaron a sí mismos cosmopolitas.

Desde el siglo XVIII, se denominaba « cosmopolita » a aquella persona abierta a todo lo nuevo y libre de prejuicios culturales, religiosos y políticos. Solo en la época del estalinismo tardío, durante la campaña antisemita desatada por Stalin en 1948-1953, esta palabra adquirió una connotación negativa en el discurso propagandístico soviético.

Al hablar contra el « cosmopolitismo », los « académicos » ucranianos recurren al discurso estalinista, que se basa en el odio, la negación de la disidencia, la afirmación de la culpa colectiva y la prohibición de cualquier manifestación de libre elección individual. ¿O es que están en contra de la tradición filosófica de Diógenes, Zenón, Kant y Voltaire? ¿Contra los valores que sustentan la cultura y la sociedad de la Europa moderna, que dicen anhelar? Me veo obligado a hablar en detalle de la semántica del término « cosmopolita » porque, fuera del antiguo imperio soviético, los argumentos que dan los « académicos » solo son inteligibles para los sovietólogos.

Los profesores de lengua rusa de la Universidad de Nantes (Francia) celebran todos los años un festival, a cargo de la universidad, de películas de procedentes de aquellos países formados tras la caída de la URSS. De este festival me enteré por una carta de la Academia de Cine de Ucrania. Hoy me he puesto en contacto con los organizadores del festival y me he enterado de que la « Academia » y los miembros del estamento cultural ucraniano apoyan, en principio, la decisión de celebrar el festival, pero piden únicamente que todas las películas rusas sean substituidas por otras ucranianas. Literalmente: « … proponemos sustituir todas las películas del programa por películas producidas en Ucrania o sobre Ucrania, separando así (la carta dice « delimitando ») nuestra cultura del cine ruso… ».

Cuando los organizadores del festival se negaron a hacerlo, se vieron atacados e insultados por personalidades de la cultura ucraniana. El lema del festival es « Entre Lviv et l’Oural », que significa « Entre Lviv [Leópolis] y los Urales », y no « De Lviv a los Urales », como tradujeron los « académicos » del francés. Las proyecciones del festival son benéficas, todos los fondos recaudados se destinarán a la Cruz Roja, al programa de ayuda de emergencia a Ucrania. Así se indica en la página web del festival. El festival no cuenta con el apoyo de ninguna institución rusa.

« Ahora, cuando Ucrania lucha por defender su independencia, el concepto clave en la retórica de cada ucraniano debería ser el de su identidad nacional », escriben los « académicos » ucranianos. No una posición civil, no el deseo de unir a todas las personas cuerdas y amantes de la libertad en la lucha contra la agresión rusa, no un esfuerzo internacional de todos los países democráticos por ganar esta guerra, sino la « identidad nacional ». Por desgracia, esto es nazismo. Un regalo de la Academia de Cine de Ucrania a la propaganda del Kremlin.

Los « académicos del cine » ucranianos exigen en su llamamiento a la comunidad mundial « no situarme como representante de la esfera cultural ucraniana ». En mi vida he representado a ninguna comunidad, grupo, asociación o esfera. Todo lo que digo y hago ha sido y es solo mío, individual, de palabra y obra.

Siempre he sido y seguiré siendo un cineasta ucraniano.

Espero que todos mantengamos el sentido común en estos trágicos momentos.

Fuente: www.e-flux.com

 

periodista y crítico británico cinematográfico de Screen International en Alemania, Suiza y Austria desde los años 90, además de jurado en numerosos festivales internacionales.
director de cine ucraniano conocido por sus documentales y películas dramáticas, nació en Bielorrusia, estudió en Kiev Ingeniería y Matemáticas, y dirección en la Universidad Panrusa Guerásimov de Cinematografía de Moscú.

 

[Reproducido en http://www.sinpermiso.info]

Un 16 de marzo de 1892 nacía el poeta peruano César Vallejo, uno de los máximos exponentes de la poesía vanguardista latinoamericana del siglo XX.

César Vallejo es uno de los fundadores de la poesía en América Latina y una figura decisiva en la literatura mundial del siglo XX. Sus versos construyeron una forma literaria distinta pero también fueron más allá, para proponer una visión desafiante de la historia humana. Impactado por el mensaje cristiano de igualdad y solidaridad, por la Revolución rusa y por el compromiso universalista que desató la defensa de la República española, la obra de Vallejo da testimonio del contacto fértil con una verdad: la del «acontecimiento comunismo».

Toda su poesía muestra cómo una voz va siendo tramada por una verdad que, en este caso, es una verdad política, que busca la emancipación humana y lucha por ella. Son versos que observan las posibilidades todavía no realizadas en la historia e intentan convocarlas con decisión. Si hoy reconocemos que Vallejo es un clásico de la literatura, es porque su obra trae una verdad que agujerea el sentido de lo dado y restituye el universal de la justicia humana.

Una poesía de lo universal

Ya va a venir el día; da
cuerda a tu brazo, búscate debajo
del colchón, vuelve a pararte
en tu cabeza, para andar derecho.
Ya va a venir el día, ponte el saco.

La poesía de Vallejo es, en efecto, una que surge de una profunda convicción política pues reconoce que, a lo largo de la historia, han sucedido un conjunto de hechos que traen consigo ideas universales de justicia y de igualdad que recorren todos los tiempos. Si bien sus versos nunca tuvieron reparo en reconocer cómo los seres humanos nos acobardamos ante el acontecimiento (¡como quedamos de tan quedarnos!, dice una notable línea de Trilce XIX), lo cierto es que buena parte de sus poemas constatan cómo los sujetos somos capaces de tomar decisiones y ser fieles a un ideal aun cuando todo se ha vuelto adverso. «El hombre se identifica por su pensamiento afirmativo, por las verdades singulares de las que es capaz, por lo inmortal que hace de él el más resistente y el más paradójico de los animales», ha subrayado Badiou en La Ética.

Como expongo en mi libro, César Vallejo: un poeta del acontecimiento, Vallejo entendió al comunismo como la posibilidad de reconciliar al hombre con el pasado, con la naturaleza y consigo mismo. Si la historia humana era un larguísimo relato de escasez y explotación social, el comunismo podría convertirla en una acción productiva, justa e igualitaria. Vallejo celebraba los adelantos de la modernidad pero cuestionaba la concentración de capital, la nueva cultura del consumo y los intereses dominantes de los centros de poder.

Ya desde Lima, pero sobre todo en Europa, Vallejo comenzó a sentirse parte de aquellas demandas que reclamaban un cambio radical. Vallejo llegó a Europa luego de la Primera Guerra Mundial, conoció los avances de la Revolución rusa, sufrió la crisis económica de 1929, observó las luchas obreras por todo el continente y contempló —con horror— el surgimiento del fascismo. En lo personal, vivió la pobreza en carne propia, pues casi no tuvo un trabajo estable: sus crónicas periodísticas fueron siempre mal pagas, remuneradas con retraso o directamente carecieron de retribución alguna.

Es muy conocido este fragmento de una carta dirigida Pablo Abril de Vivero el 27 de diciembre de 1928: «Voy sintiéndome revolucionario y revolucionario por experiencia vivida más que por ideas aprendidas».

Ya viene el día; dobla
el aliento, triplica
tu bondad rencorosa
y da codos al miedo, nexo y énfasis,
pues tú, como se observa en tu entrepierna y siendo
el malo ¡ay! inmortal,
has soñado esta noche que vivías
de nada y morías de todo…

En esta poesía, el comunismo se refiere a un exceso que se desborda frente al estado normal de la realidad. Sabemos que toda verdad trae algo excesivo porque anuncia la emergencia de algo verdaderamente nuevo. ¿En qué consiste? El comunismo ofrecía una «sociedad de productores asociados» donde el excedente no quedaba privatizado, donde las relaciones entre capital y trabajo siempre podían reinventarse y donde el bien común era el marco general para la realización personal. En esta poesía, el comunismo fue muchas cosas; pero, sobre todo, fue un exceso de la voluntad. La «idea comunista» invitaba a la articulación de las viejas demandas de la historia, las durísimas luchas del presente y la necesidad producir un verdadero cambio histórico. Vallejo vio en el comunismo la posibilidad de superar a una subjetividad victimizada y temerosa de sí misma.

El sujeto de la poesía de Vallejo es, sobre todo, un sujeto de la voluntad. Si su poesía tiene un componente ético, ello ocurre a razón de que intenta reconstruir la categoría de sujeto. La idea es la siguiente: un sujeto solo se vuelve un sujeto (un hombre humano, en sus palabras) cuando opta por ser fiel a una verdad; cuando se involucra con el acontecimiento, cuando toma una decisión que lo transforma por completo.

Vallejo observa que la vida humana es fundamentalmente una inercia (se compone de días, dice un famoso verso) y que solo la aceptación del acontecimiento puede forzarla a salir de su entrampamiento circular. «Todo sujeto está en el cruce de una repetición, de una interrupción, de un emplazamiento y de un exceso», sostuvo Badiou en la Teoría del sujeto, en su necesidad de argumentar cómo «un animal humano» solo se convierte en sujeto cuando está dispuesto a resubjetivizarse; vale decir, a transformarse a razón de haber experimentado el contacto con ese procedimiento de verdad que el acontecimiento trae consigo.

Por eso, en sus últimos poemas, Vallejo se propuso celebrar a un conjunto de personajes que defendieron la «idea comunista» hasta las últimas consecuencias. Se trata de personajes que fueron capaces de tomar una decisión, que no se rindieron ante las dificultades y que no dudaron en entregar su vida heroicamente. Si Vallejo escribió sobre ellos, lo hizo con la intención de generar un contraste: neutralizar el carácter reactivo ante la verdad del acontecimiento. Esta es una poesía que observa cómo los procesos de subjetivación personal están íntimamente relacionados con la fidelidad o infidelidad ante una decisión que siempre es muy difícil asumir.

Muchos poemas sostienen que la única forma de ser verdaderamente humano consiste en la voluntad por exceder a la humanidad común y aspirar hacia algo mayor. Esta reconciliación con lo excesivo solo puede surgir en el momento en que el sujeto ha decidido ser fiel a la verdad del acontecimiento. «De la única cosa de la que se puede ser culpable es de haber cedido en su deseo», sostuvo Lacan para subrayar que el sujeto no debe dejarse chantajear por la falta de garantías. De múltiples maneras, la poesía de Vallejo promueve no tenerle miedo a las decisiones y a los actos que estas implican. Se trata de una poesía que invita a insistir en las verdades más allá de las derrotas.

Un poeta del futuro

Vallejo es un poeta que nos coloca ante una ética de la responsabilidad y de la convicción. A pesar de todos los fracasos ocurridos, su poesía insiste en que hay que seguir adelante y apuntar a lo imposible. En muchos de estos versos (vale decir, en las descripciones a los voluntarios de la República, de Pedro Rojas, de Ramón Collar, entre otros), Vallejo se esfuerza por representar el sacrificio de quienes optaron por sostener ese deseo y por transformarlo en un «acto».

Es cierto que muchas veces estos personajes se quedan solos o fracasan, pero no es menos verdadero que son heroicos porque su fidelidad a la verdad demuestra la falta inherente que hay en lo simbólico. Por eso mismo, ellos escenifican la pasión o la voluntad de ir más allá del sentido común, de tener el coraje para convertir la pulsión en deseo o, mejor dicho, de encausar el exceso humano hacia una nueva opción política.

Pedro Rojas, así, después de muerto,
se levantó, besó su catafalco ensangrentado,
lloró por España
y volvió a escribir con el dedo en el aire:
«¡Viban los compañeros! Pedro Rojas».
Su cadáver estaba lleno de mundo.

La poesía de Vallejo anuncia el acontecimiento, constata su presencia en el mundo y, finalmente, lo defiende a pesar de las derrotas. Vallejo se dio cuenta, al decir con Žižek, que «las verdaderas ideas son indestructibles y vuelven siempre que se anuncia su muerte». Por eso, sigue Žižek, «como el poeta de los vencidos, buscó generar una temporalidad diferente para fundar un tiempo nuevo».

Digámoslo de otra manera: aunque la historia quiera hacernos creer que este tipo de causas están irremediablemente perdidas, aunque se nos machaque día a día de la imposibilidad de estas causas, aunque se nos diga que el capitalismo es el único horizonte y que la justicia social no es posible, la poesía de Vallejo siempre invita a salir en busca de España, a nunca claudicar en la crítica al poder. Desde este punto de vista, Vallejo es siempre un poeta del presente, un poeta del futuro, el poeta más contemporáneo del mundo por venir.

 

[Fuente: http://www.jacobinlat.com]

Le ministère de la Culture a publié, pour l’année 2022, son Observatoire de l’égalité femmes-hommes dans le domaine de la culture. En matière d’accès aux moyens de production, les aides à la création reviennent autant aux autrices et traductrices qu’à leurs homologues masculins, mais les montants alloués aux femmes restent en moyenne inférieurs.

ActuaLitté

Publié par Antoine Oury

Parce qu’elles émanent de l’État et donc de l’argent public, les subventions et aides en matière de création littéraires se doivent d’être particulièrement exemplaires en matière d’égalité d’accès. En 2021, le Centre national du livre, établissement public placé sous la tutelle du ministère de la Culture, parvient à assurer aux autrices et traductrices « autant de chance d’obtenir une aide que les hommes », selon le rapport de l’Observatoire de l’égalité.

En effet, en 2021, la part des femmes dans les demandes est de 47 % et elles reçoivent 46 % des aides, note encore le document.

Toutefois, les montants moyens par aides accordées restent encore 15 % plus faibles pour les traductrices et les autrices, selon le relevé (8128 € d’aide moyenne pour les autrices/traductrices contre 9555 € pour les auteurs/traducteurs). Le recul est notable par rapport à 2020, où l’écart avait été réduit à… 1 % (8406 € et 8527 €). Ces différences peuvent aussi s’expliquer par les projets présentés eux-mêmes, qui ne nécessitent pas forcément les mêmes montants en matière de subvention.

La part des femmes au sein des demandes totales reste stable (47 %), avec une hausse de la part des aides allouées à des femmes (46 % contre 43 % l’année passée). La part des montants totaux alloués revenant à des femmes reste stable (42 %).

Concernant les domaines éditoriaux, les autrices et traductrices sont majoritaires, pour les aides allouées, en littérature jeunesse (65 %) et littératures étrangères (60 %), et sont même les seules représentantes en littérature classique et critique littéraire, avec une seule aide allouée, de 15.000 €, à une autrice/traductrice, en 2021.

À l’inverse, peu d’autrices et de traductrices sont aidées dans les domaines de la bande dessinée, de l’histoire, des sciences humaines et sociales, de la philosophie et de la poésie. Les montants moyens alloués par aide sont toutefois plus élevés pour les autrices et traductrices en philosophie, poésie et, dans une moindre mesure (+ 1 %), pour les livres d’art.

Les plus fortes disparités, en matière de montant d’aide, se retrouvent dans les littératures étrangères, la littérature jeunesse, l’histoire, les sciences humaines et sociales, et la bande dessinée.

L’égalité femmes-hommes en progression au sein du Centre national du livre est à mettre en lien avec la parité presque parfaite qui s’observe au sein de ses commissions. 57 % des présidentes de commission sont des femmes, comme 55 % des membres de ces commissions, au global.

Dans le détail, au sein des commissions, la parité fait encore défaut pour la commission « Littérature scientifique et technique » (22 % de femmes seulement), et la philosophie (30 %). À l’inverse, les hommes sont moins bien représentés dans les commissions Printemps des poètes (80 % de femmes), Partir en livre (79 % de femmes) et Littératures étrangères (69 % de femmes).

[Illustration : Images Money, CC BY 2.0 – source : http://www.actualitte.com]