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Chaque jour, un grand témoin évoque pour « La Croix », ce temps singulier de la crise sanitaire du Covid-19 et du confinement. Aujourd’hui, la psychanalyste Marie Balmary médite et questionne les Écritures. Dieu a-t-il quelque chose à voir avec le fléau de la pandémie ? Peut-on lui trouver un sens ?

Propos recueillis par Élodie Maurot

Je n’ai jamais eu autant de mal à écrire un article. La Croix me demande une méditation sur ce que nous vivons actuellement. Je venais de vivre un deuil et un incendie. Et puis sont arrivés pandémie mondiale et confinement. Pas étonnant que je me sois retrouvée devant la question du sens.

Y a-t-il un sens à découvrir ? Autour de moi, on me met en garde. Danger d’y voir une intervention punitive de Dieu dans l’histoire. Ce sont les hommes qui ont fait quelque part une grave erreur sur la vie. La science sait lire les causes. Pas besoin de chercher un sens…

Pas de chance pour moi, cela ne me suffit pas. Je ne peux pas ne pas entendre en moi la question impossible : Dieu est-il pour quoi que ce soit dans ce qui nous arrive à tous ? Des amis m’ont dit : attention, sur ce chemin les pièges sont partout. Dieu n’y est pour rien. Il nous laisse libres, responsables. Il n’intervient pas dans l’histoire. D’ailleurs, a-t-Il bougé lors de la Shoah ? Je réponds : non, il n’intervient pas dans les violences entre humains : a-t-il sauvé Jésus de ses ennemis ? Dieu est hors de cause.

Mais quelque chose grince dans le cœur des croyants si nous affirmons l’absence de Dieu au monde. Puisque même chacun de nous, individuellement, a sans doute un jour espéré, prié peut-être, pour qu’Il intervienne dans son histoire personnelle, pour lui permettre d’échapper à un danger mortel, pour protéger ceux que nous aimons. Ne disons-nous pas, lorsqu’un malheur nous a épargnés : Dieu merci ? Et tant de psaumes L’appellent à notre secours.

Une guerre ? Il me semble que cela ne nous aide pas de choisir ce terme. Un « fléau » plutôt. Mot mystérieux qui, depuis l’Antiquité, suscite une enquête : pourquoi apparaît-il ici maintenant ?

Si le déluge, Babel, la sortie d’Égypte sont des mythes, alors comment Dieu ne serait-il pas lui aussi mythique ?

Je file dans la Bible, la Genèse et l’Exode. On peut croire qu’il s’agit d’événements symboliques, voire mythiques mais non réels. Seulement si le déluge, Babel, la sortie d’Égypte sont des mythes, alors comment Dieu ne serait-il pas lui aussi mythique ?

Un fléau, c’est en général un phénomène qui vient de la nature. D’où qu’il implique le Créateur. J’entraîne le lecteur dans un essai de lecture. Vous allez trouver que j’exagère. D’accord. Exagérons ensemble et voyons ce que cela donne. Pour cela, il me faut revenir beaucoup en arrière.

Je vais reprendre trois interventions divines dans le récit biblique, mais d’abord entendre ce qui est dit dans le Nouveau Testament de Dieu. Pas d’intervention divine – parce que, comme il est écrit (Jean 5, 17), « le Père agit sans cesse ». Action permanente, donc.

Déluge, Babel et la sortie d’Égypte. Les raisons de ces trois « interventions divines » concernent d’abord la perte de l’égalité en dignité entre homme et femme : en Genèse 6, avant le Déluge, les hommes se croient fils des dieux tandis que les femmes ne seraient que des mortelles qu’ils prennent comme ils veulent. Et alors, « la route » qui menait l’humain mâle et femelle à l’image de Dieu est perdue. Les humains ne seront plus « divinisables ». D’où peut-être que Dieu regrette de les avoir faits. Sauf Noé et sa femme, ses fils et leur femme, et des animaux pour refonder la terre.

Babel (Genèse 11) : un rassemblement « mondial », totalitaire : « Toute la Terre… des paroles uniques. » Des slogans qui ne parlent que travail et technique pour se faire un nom unique, construire une ville et une tour dont la tête atteindra le ciel. Là encore la route de la relation entre humains et avec Dieu est perdue. Dieu les disperse sur la surface de la Terre, arrêtant leur asservissement à leur propre puissance. Il confond leur langue, ils ne se comprennent plus et arrêtent de construire.

Et puis l’Égypte (Exode) : Pharaon fait tuer tous les garçons. Il ne restera que des filles que les Égyptiens prendront comme ils veulent. Les hommes hébreux deviennent esclaves. Moïse demande à Pharaon de laisser partir son peuple trois jours au désert pour fêter YHWH. Faire un sabbat, un arrêt. Pharaon refuse. Il y aura alors les dix plaies d’Égypte. À la dixième plaie, le fléau a « réussi » : Pharaon laisse naître les Hébreux.

La mort du corps n’est pas ce qui peut nous arriver de pire. D’ailleurs, n’est-ce pas notre route à tous ? Le danger, c’est la perdition de l’âme

Lorsque j’ai vu écrit à Paris sur un grand magasin « Ouvert tous les dimanches », j’ai pensé : nous sommes donc en Égypte. Notre fléau à nous apparaît maintenant, alors que nous cumulons, en Occident du moins, les trois erreurs racontées dans la Genèse et l’Exode. Nous défaisons la différence homme/femme, donc la relation, nous construisons une mondialisation de plus en plus technique pour atteindre le ciel (l’homme augmenté, l’immortalité) et nous sommes à nous-mêmes nos propres pharaons, nous soumettant à toujours plus de travail – ou bien pas de travail pour ceux qui ne sont pas bons dans cette course-là. Nous n’avions aucun moyen d’arrêter cela. Or, tout s’est arrêté.

Arriverons-nous, maintenant, à sortir de ce mode de vie, avec notre âme, et la nature – elles demandent que s’arrête le désordre mortel de la surconsommation mondiale. Allons-nous lire selon l’Écriture que lorsque l’humanité va « droit dans le mur », comme cela a été tellement dit, alors la nature, la Terre, la vie intervient ? Hasard ou alerte ?

Dans l’Évangile de Matthieu (10, 30), je lis : «Et ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme ; mais craignez plutôt celui qui peut perdre et l’âme et le corps dans la géhenne. Deux petits passereaux ne se vendent-ils pas pour un sou ? Et pas un d’eux ne tombera en terre sans votre Père. Et pour vous, les cheveux mêmes de votre tête sont tous comptés. » Passereau ou cheveu, pas un d’eux ne tombera sans votre Père. Curieuse formule. Ce n’est pas le Père qui fait tomber, Il est « avec ».

Il y a, dans ce passage de l’Évangile, une autre chose à laquelle je souscris totalement : la mort du corps n’est pas ce qui peut nous arriver de pire. D’ailleurs, n’est-ce pas notre route à tous ? Le danger, c’est la perdition de l’âme. Il ne faudrait pas que les pouvoirs publics nous asservissent maintenant à notre santé.

Nous imaginons comme il va être difficile de changer nos priorités, de quitter des conforts qui nous infantilisent et des bonheurs catastrophiques. Difficile de trouver accès au désir le plus profond dont ce virus peut nous redonner le goût : la relation aux autres, la reconnaissance (y compris financière) de ceux qui servent la vie et pas le profit, qu’ils soient soignants, enseignants, entrepreneurs à tous échelons… Le désir d’être ensemble en paix dans une nature respectée et bénéfique. Ce désir profond auquel le fléau peut nous faire trouver l’accès.

Ce que je (re) découvre : les nouveaux outils pour échanger

Avant le confinement, je me méfiais des nouveaux outils de communication. D’ailleurs, je ne les utilisais pas, à l’exception du téléphone portable. Aujourd’hui, je réalise qu’ils sont plus porteurs de présence que je ne le pensais. Je découvre que l’on peut en faire un bon usage, même si c’est plus fatigant pour soi et pour l’autre. C’est donc qu’il y a de l’énergie dans la présence physique. Nous nous donnons mutuellement de l’énergie quand nous sommes les uns avec les autres. Il y a quelque chose d’un don dans la présence physique que je ne saurais – et ne voudrais – définir. Comme dans la Visitation de Marie à Élisabeth…

J’ai proposé à mes patients de poursuivre le travail au téléphone. Professionnellement, je le préfère à la vidéo, car je ne suis pas pour le face-à-face d’aussi près. J’utilise les autres outils – avec vidéo – pour poursuivre mon travail avec des groupes de recherche et pour les relations de famille, café Skype et apéro Zoom…

Je me suis demandé si je poursuivrais cet usage au-delà de cette période. Je crois que l’impossibilité nourrit quelque chose que le choix ne rendrait pas forcément possible. Si l’on pouvait faire autrement, est-ce que cela marcherait aussi bien ?

Ce qui me frappe également aujourd’hui, c’est que, quand on demande « Comment allez-vous ? », ce n’est plus une formule sans contenu. Comme si la merveille de la vie cessait d’être une évidence banale. C’est un gain pour nous tous. On sort de l’indifférence. C’est une force que la proximité de la mort donne…

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Marie Balmary, une psychanalyste en dialogue avec la Bible

Marie Balmary est psychanalyste à Paris. Psychologue clinicienne de première formation, elle poursuit depuis plusieurs décennies une relecture du récit biblique, qu’elle mène avec un groupe de lecteurs ayant l’expérience de la psychanalyse. Ce travail de traduction et de mise en résonance des Écritures avec la psychanalyse a donné naissance à plusieurs ouvrages : Le Sacrifice interdit. Freud et la Bible (Grasset, 1986), La Divine Origine. Dieu n’a pas créé l’homme (Grasset, 1993), Abel ou la traversée de l’Éden (Grasset, 1999), Freud jusqu’à Dieu (Actes Sud, 2010).

 

[Source : http://www.la-croix.com]

 

‘Irreductibles. Una història de la llengua i la literatura dels valencians’ és un assaig i un dubte exposats després d’una lectura intensa i en perspectiva: la del passat i la del present del valencià i de la literatura escrita amb totes les seues paraules, dos dels elements cabdals que han particularitzat i definit el poble valencià com a col·lectivitat europea des de fa vora huit segles.

Per a saber què ha passat amb la nostra llengua i la nostra literatura al llarg del temps, des de l’edat mitjana fins a la contemporaneïtat, cal llegir esta obra, escrita amb el fascinant estil de Carles Fenollosa: pertorbador, combatiu, irònic, brillant, provocador. Ací està tot allò que algú mínimament interessat en la llengua i la literatura valencianes hauria de conéixer sobre la seua evolució, des d’una perspectiva global.

El llibre, de fet, arriba en un moment històric decisiu i paradoxal: el nostre idioma és més estudiat i parlat per més quantitat de gent que mai, però veu seriosament compromesa la seua supervivència a mitjà termini. Esta impactant obra és també, al capdavall, una crida que ens interpel·la: fins ara hem sigut irreductibles, però ho serem a partir d’ara?

Biografia de l’autor

Carles Fenollosa (València, 1989) és doctor en Filologia per la Universitat de València, professor i escriptor. Ha centrat els seus estudis en determinades figures de la literatura valenciana moderna i contemporània, sobre les quals ha publicat diverses obres com ‘Un rei, un déu, una acadèmia. El Regne de València als ulls del noble Bernat Català de Valleriola (1568-1607)’ (2021) o ‘Víctor Iranzo, poeta de la Renaixença (1850-1890)’ (2022), Premi València Nova d’Assaig. En l’àmbit del periodisme i la narrativa, ha col·laborat en diverses publicacions periòdiques com el “Quadern” d’’El País’, ‘Saó’ o ‘Lletraferit’, i ha escrit ‘Narcís o l’onanisme’ (Drassana, 2018), I Premi Lletraferit de Novel·la.

Títol: Irreductibles. Una història de la llengua i la literatura dels valencians
Autor: Carles Fenollosa
Editorial: Drassana
Col·lecció: Odissea
Pàgines: 312
ISBN: 978-8412624106

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

Le Brésil se pare de jaune et de vert, les couleurs de son équipe de foot en route vers la Coupe du monde ! Des couleurs aussi victimes d’une manœuvre de récupération politique.

En route vers le Hexa !

Comme tous les quatre ans, Rio se prépare pour la grande fête du futebol, la Coupe du monde. On sort les drapeaux, on décore les rues et les bars avec guirlandes et fanions colorés, on peint des fresques sur les murs et les chaussées, on organise des espaces à l’air libre réservés aux seuls supporters. Tout est à la gloire de la Seleção, l’équipe nationale. Qui, bien sûr, va gagner la coupe ! Tout est en jaune et vert, les couleurs nationales.

Les spécialistes disent qu’il y a moins de mobilisation dans les rues et les espaces publics qu’auparavant. C’est bien possible. Beaucoup se passe désormais dans des espaces privés, fermés, entre amis : grands écrans, churrasco, batucada et bière à volonté ! Sans oublier drapeaux et maillots.

Car la ferveur est toujours bien présente au pays du futebol. On dit que le futebol n’y est pas un sport mais une religion. Pas faux. Même si, comme partout ailleurs, les enjeux d’argent, les conflits de pouvoir, les égos de certains joueurs et la violence des supporters ont de quoi rafraîchir les ardeurs.

Cette année, un mot revient en boucle : HEXA ! Comme SIX. Le fol espoir de tout un peuple de remporter sa sixième Coupe du monde. La dernière date de… 2002 ! Vingt ans, c’est long, beaucoup trop long pour les torcedores (supporters). Ils ont beau répéter qu’aucun pays n’a encore gagné autant de coupes qu’eux, il est bien temps d’en rajouter une nouvelle !

Confusion des genres

Mais cette année, il y a un petit hic question couleurs et symboles. Car c’est depuis septembre que les drapeaux fleurissent aux fenêtres des appartements de certains quartiers et de certaines voitures et que de nombreux Brésiliens vont faire leurs courses revêtus du maillot de la Seleção. Ce n’est pas une anticipation de la Coupe mais la manifestation de leur soutien inconditionnel au président-candidat Jaïr Bolsonaro. Lequel a tout simplement préempté pour son seul compte ces deux symboles du pays : le drapeau national et la camisa (maillot) de la Seleção. Ils sont devenus les attributs de son national-populisme : une confusion des genres parfaitement organisée, qui ne laisse aucun espace à son adversaire. Compliqué pour un supporteur de la Seleção partisan de Lula !

Pour le candidat ou pour la Seleção ?

Du coup, certains se mettent à rêver : le 18 décembre, le Brésil gagne enfin son Hexa ! Tous les Brésiliens, vêtus du maillot de la Seleção, agitent le drapeau national, tous ensemble, oubliant une division qui n’a pas de raison d’être. Un pays uni, réconcilié et vainqueur. En jaune et vert.

Histoire de couleurs

Au fait, d’où viennent ces deux couleurs majeures du drapeau national, qui date de la création de la République en 1889 ? On vous dira que le vert est celui des forêts du pays, dont l’amazonienne, et que le jaune représente l’or du Minas Gerais. Bien trouvé ! Mais en fait, elles sont l’héritage du drapeau impérial créé à l’Indépendance, en 1822 : le vert est celui de la famille de Bragance, de l’empereur Dom Pedro, et le jaune or vient de la famille des Habsbourg, de l’archiduchesse, devenue impératrice, Leopoldina.

Mais, aujourd’hui pour tout un peuple, ce sont les couleurs de la Seleção auriverde (or et vert). Un point, c’est tout ! On oublie l’histoire et la politique.

Christian Pouillaude

[Photos de l’auteur – source : http://www.courrierinternational.com]

LECFestival22 — Depuis 1988, le festival des Littératures européennes de Cognac, ou LEC pour les intimes, se donne pour mission de faire découvrir, le temps d’un long week-end, un pays d’Europe, son histoire et sa littérature. Pour sa 35e édition, le Portugal est à l’honneur. Pour traiter de son Histoire, nous recevons Yves Léonard, docteur en histoire et spécialiste du Portugal, ainsi qu’Ana Navarro Pedro, journaliste et correspondante en France pour le média portugais Visão.

Publié par Noé Megel

Longtemps considéré comme « un petit rectangle étriqué à la périphérie de l’Europe », le Portugal a maintenant l’image d’un pays attrayant, moderne et progressiste. Une réputation qui renoue avec sa grandeur passée, son histoire maritime.

Car le Portugal, c’est la mer. A portuguesa, l’hymne national du pays adopté en 1911 salue ce noble peuple, « héros de la mer ». Mais le Portugal, « c’est aussi la terre », souligne Yves Léonard, qui rappelle qu’avant les explorations maritimes, il y a ce territoire pratiquement inchangé depuis sa reconquista, dans la deuxième moitié du XIIIe siècle.

Son dernier ouvrage, Histoire de la nation portugaise (Tallandier), reprend les étapes et les évolutions de création de cette nation et souligne comment la culture, la littérature participe à cette construction. Ana Navarro Pedro, elle, ne manque pas de rappeler l’instrumentalisation de cet Empire colonial portugais, dont le mythe connaît son apogée lors de la dictature salazariste, de 1933 à 1974.

Même après Salazar, ce récit national du « peuple de navigateurs » persiste. Notamment lors de l’exposition universelle de 1998 à Lisbonne qui rappelle que le Portugal, c’est la mer.

ActuaLitté
Yves Léonard, Yves Léonard Editions Tallandier
Histoire de la nation portugaise
19/05/2022 396 pages 24,90 €

[Photo : Yves Léonard et Ana Navarro Pedro – (CC BY SA 2.0) – source : http://www.actualitte.com]

 


3822542879.JPGGregory Mion dans la Zone

«J’ai plus que jamais la conviction qu’aujourd’hui une existence convenable n’est possible qu’en marge de la société, en risquant naturellement avec plus ou moins d’humour qu’elle vous lapide ou vous condamne à mourir de faim.»
Hannah Arendt

«Un jour, je m’éveillai tout hébété à mon destin véritable.»
O. V. de Milosz, L’amoureuse initiation

Écrit par Juan Asensio
Cartarescu.JPGTout roman qui fait apparaître plus d’une fois le nom mythique d’Henry Darger promet au moins – supposons-le – de s’aligner sur les vastes proportions d’existence et de mystère de celui qui fut le mage de Chicago sans que nul ne le sache jusqu’à sa mort en 1973, et de celui qui fut encore, peut-être, le plus colossal des créateurs ayant jamais foulé la Terre de son pied olympien. En effet, quiconque a pu approcher un tant soit peu les exploits d’Henry Darger, quiconque a eu cette louable curiosité n’ignore pas que cet homme fut aussi secret que prolifique, traversant les jours comme une ombre et traversant les nuits comme un éclair, anonyme travailleur donnant satisfaction à tous ses maîtres et contremaîtres pendant le daytime avant de rentrer chez lui, de s’isoler dans l’unique pièce de son insipide studio, de se dresser ou se redresser à l’heure où tout se met à coïncider avec le mouvement déclinant du crépuscule. La ville se couchant, Henry Darger se levait – les gratte-ciel de Chicago disparaissant chaque soir dans les ténèbres, les fanatiques de ces priapismes en béton armé calmaient leurs ambitions tandis que Darger ressuscitait les siennes, les premiers visant la domination, le second espérant la fin de la domination la plus perverse. Quotidiennement et inlassablement, il se réveillait donc de la torpeur aliénante de ses pénibles métiers et des soumissions qu’ils impliquaient : il se délestait alors de sa normalité de surface pour se lester d’une pathologique et approfondie fureur créatrice, écrivant et peignant l’histoire à peu près véridique de sa vie aussi bien que l’histoire imaginaire de plusieurs enfants persécutés, ce qui, finalement, revenait au même tant ses personnages lui ressemblaient, tant ils étaient inscrits dans l’axe écrasant de sa propre enfance confisquée.
Ces intensités nocturnes – à l’instar d’un Prométhée qui se déchaînerait toujours en amont ou en aval de son répétitif châtiment – prirent la forme de nombreuses décennies de claustration qui permirent d’accumuler au sein d’un logement de fortune des milliers de pages et des quantités non moins énormes d’aquarelles. L’homme qui allait d’un emploi ingrat à un autre emploi ingrat possédait en réalité un refuge, un passage souterrain sous les décombres de son invisible personnalité publique : il avait la capacité de faire abstraction de sa banalité sociale et de vivre en lui-même et pour lui-même à l’égal d’un singulier démiurge refaisant le monde selon des critères davantage équitables – ne serait-ce déjà que pour juger les maudits bourreaux d’enfants et leur ôter artistiquement toute faculté de nuisance, tel un Dickens s’étant consacré à une littérature allégoriquement justicière pour sauver l’enfant qu’il avait incarné et pour condamner les adultes qui font la guerre à l’innocence, tel encore un résistant Armel Guerne à la remorque de la Seconde Guerre mondiale enfin terminée, noircissant des lignes spastiques mais belles in the hit of the moment, héros déconcerté par ces «enfants retournés à la mort les yeux remplis de gris», homme de loyauté affligé par le troupeau des collaborateurs, découragé sans doute par la diffamation qui a trop longtemps outragé les purs et durs, les compagnons de la France Libre, défait d’avoir «mal au mal qu’on nous a fait» (1) en usant d’une méthodique inhumanité, certainement sidéré de constater l’intransigeante évidence qui certifie la victoire du vice et la déchéance de la vertu – tout compte fait : le glas d’une ère qui eût pu sauver ses enfants de justesse et le début d’un temps maléfique où plus aucune candeur n’a l’air tolérée. Que ce soit Guerne ou Darger, Dickens aussi forcément, ces trois-là ne purent se résoudre à être du côté de «tous les malins de ce monde qui savent, savent si bien ne plus y penser», savent se laver les mains du «dessèchement de l’amour» (2) et du satanisme qui compromet gravement le séraphisme. Pour eux trois, il est indubitable que l’enfant est un sauveur, un abri, un talisman, et l’on verra que Mircea Cărtărescu ne siège pas en dehors de cette respectable assemblée dont le sociétaire américain l’a particulièrement ému. L’union de ces hommes, dût-on la trouver arbitraire parce qu’elle provient de notre foi, n’en constitue pas moins le chœur qui pourrait chanter «le cantique de l’amour», «l’amour candide de demain», le halo susceptible d’exorciser «les très-obscènes et sentencieuses larves de la banalité» (3) assassine qui d’une part, directement, envoyèrent par leur servitude un nombre incalculable de justes à l’échafaud, et qui, d’autre part et indirectement, eussent pu croire que Darger était des leurs à cause de sa prosaïque façade.
Tout roman (disions-nous au préalable de cette nécessaire digression) qui se soucie d’Henry Darger – lors même que ce souci se vérifierait seulement par le biais de deux discrètes occurrences – ne peut assurément que participer à la mémoire de ce titan d’Amérique en essayant d’être fidèle à ses convictions, à sa démesure et à son absence totale de considération pour ses lecteurs éventuels. Ce n’est que sous le regard d’un dieu de justice ou d’une entité apparentée que Darger a composé son œuvre surdimensionnée. Il ne songeait nullement à publier, de la même façon qu’il ne s’estimait nullement romancier ou artiste, comme c’est le cas du narrateur de Solénoïde de Mircea Cărtărescu (4), faisant deux allusions a priori intempestives au surnaturel vengeur de Chicago mais empruntant à plus d’un titre son inimitable sillon de fécondité (avant de se reconvertir dans une fécondité encore plus éloquente et plus à-propos pour lui-même). Comparativement à Darger, le narrateur de Solénoïde, parfois miscible aux obsessions et aux éléments biographiques de Cărtărescu (déjà par son année de naissance), parcourt le chemin de l’aventure humaine en paria fantomatique. Et séparément de ce que furent les circuits ascétiques du visionnaire de l’Illinois, ce n’est pas dans la gigantale agglomération de Chicago qu’il évolue, opprimée par les parois exponentielles de ses immeubles et par le pullulement d’une mentalité analogue à la psychologie d’un George F. Babbitt (5), mais dans la mégalopole de Bucarest, asphyxiée par la ruine et par toutes les gradations de l’effondrement, comme une espèce de cité américaine qui se serait écroulée sous le poids de son échec, animée à l’origine ou lors d’un chapitre de son expansion par une âme typique du Nouveau Monde conquérant, puis rattrapée par la sénilité de l’Ancien Monde européen dont les idéaux ont pu être massacrés par les idéologies.
Mais l’un dans l’autre, le Chicago de Darger et le Bucarest de Cărtărescu peuvent se confondre, la première moitié du XXe siècle de Chicago, inapte à reconnaître ses génies en les abandonnant au sort de la marginalisation et du libéralisme, pouvant préfigurer la seconde moitié du XXe siècle à Bucarest, prise dans l’étau du communisme et dans le régime dévitalisant de Nicolae Ceausescu, oiseau de malheur de la Roumanie, obscure silhouette que le narrateur de Solénoïde ne cite à aucun moment mais dont nous percevons continûment la gluante et dérangeante présence. En outre, exactement comme Darger, similairement aux jours insignifiants et aux nuits extraordinaires de ce dernier, le personnage de Cărtărescu travaille dans le mystère et l’ermitage de son domicile tout en exerçant la profession ordinaire de professeur de roumain dans une école excentrée de tout prestige. Rien (ou presque) n’est à cet égard central dans Solénoïde puisque tout a lieu en périphérie, en bordure, sur le rebord de Bucarest et en exfiltration des moindres sources d’intérêt que l’on accorde généralement au fait de vivre (et surtout au fait de bien vivre). De là émerge la thématique du secret, la nette impression que Darger fut un impénétrable secret pour son époque, un indéfinissable et inassimilable individu, le sentiment aussi que Bucarest et toutes ses milices de surveillance ne parviendront jamais à percer le coffre occulte de cet enseignant de roumain, l’un et l’autre étant des étoiles insaisissables parmi la constellation des mornes soleils de leurs quotidiens respectifs, l’un et l’autre s’acharnant à comprendre quelque chose de leur vie et de l’universalité de la condition humaine, l’un et l’autre, en somme, étant des «[bannis] de l’univers» dotés des compétences pour diagnostiquer la force cosmique de l’ostracisme, l’un et l’autre possédant un mode d’existence où le secret a pu devenir une «forme suprême d’intervention en ce monde» (6). Ainsi faisons-nous d’Henry Darger et de l’étrange raconteur de Solénoïde des sortes d’agents secrets du secret, des sortes d’opérateurs ontologiques du secret, un binôme qui n’eût pas d’autre élan que celui du secret, de la secrète discrétion, mais qui sut agir significativement au milieu du torrent existentiel, qui sut deviner dans la circonférence des choses un avant-poste du nombril de l’Être, une esquisse du noyau intersidéral où viennent se greffer les vérités ultimes et indicibles, un binôme semblable si l’on veut à une franc-maçonnerie solitaire qui n’avait pour frère et pour loge que le secret et rien que le secret – encore qu’il faudrait nuancer un peu pour le pédagogue de Solénoïde car sa démentielle solitude sera quelquefois atténuée par des rencontres décisives.
Il est troublant du reste que l’énigmatique narrateur de Cărtărescu revienne à plusieurs reprises sur le sabotage de sa carrière d’écrivain par un sévère et insensible collège de critiques alors qu’il écrit le journal le plus désarçonnant et révolutionnaire que l’on puisse lire (comme si Julien Green avait été subitement trépané et que l’on aurait enfoui à l’intérieur de sa boîte crânienne une partie du cerveau de Philip K. Dick). Il s’imagine que la disqualification de son poème intitulé La Chute a définitivement anéanti ses chances de renouveler le champ littéraire de la Roumanie et probablement du monde entier. Il lui arrive même de fantasmer une galaxie parallèle où il serait cet écrivain à succès, cet écrivain légitimé, cet écrivain qui aurait été validé dans un genre d’atelier d’écriture, dans un genre d’amicale des poètes bucarestois aussi louche que les conventicules de métromanes qui ont essaimé au sein du Mexico D.F. de Roberto Bolaño et que le romancier chilien a aimé brocarder ou révérer. Il n’en demeure pas moins que cette précoce élimination du narrateur par le soi-disant terrain officiel de la littérature l’a immédiatement inscrit parmi les dignes descendants d’Henry Darger. Puisque son talent n’a pas été reconnu, puisque les prétendues autorités esthétiques de Bucarest n’ont pas su lire sa poésie comme les bons citoyens de Chicago n’ont pas su déchiffrer le prodige cognitif de Darger, il devait éprouver d’emblée une expulsion de la norme et cultiver l’interminable nomenclature de ses anomalies (avec ses rêves bizarres en guise de sommet morbide, des rêves où alternent des ambiances picturales proches des tableaux de Füssli et des rêves entomologiques allant jusqu’à l’accouplement avec une vermine confusément anthropomorphe). C’est pourquoi la lecture de Solénoïde pourra paraître pénible à certains, ne fût-ce déjà que par le volume de l’ouvrage et par sa constante perquisition de l’aberration multimodale qui est à l’avenant de cette acromégalie romanesque. La lecture semblera aussi ardue en raison du large faisceau d’hypothèses qui sont testées (des hypothèses à la fois formelles et philosophiques), ardue encore par la répétition du délire onirique et par les soudaines incursions dans le domaine du fantastique, par le sentiment de fréquenter d’inédits et terrifiants corridors du château de Bran, sans parler d’une terminologie volontairement organique et souvent nosographique tant le narrateur insiste sur son état maladif, sur les parties souffrantes de son corps et de son esprit, sur la maladie de Bucarest et possiblement la maladie planétaire, sur le Mal insatiable qui ronge le monde et dont il se fait le porte-parole tutélaire, sur ce Mal holistique et peut-être incurable mais qui doit néanmoins nous encourager à ressaisir la réalité selon des angles sains, selon une mathématique d’initiés qui pourrait nous sauver de ces visions terribles et nous indiquer une algèbre divine derrière la dyscalculie des civilisations.
Au fond, Mircea Cărtărescu s’amuse à repousser le périmètre de l’expérimentation littéraire tout en proposant un roman worthy of the name, en l’occurrence, ici, le roman d’un Don Quichotte de la secrète configuration du réel, le roman d’un détective de la Forme platonicienne déboussolé par l’invulnérable et inexplicable devenir, le roman d’un fou furieux sporadiquement intuitif qui traque la suprême Intuition par-delà ses crises de rationalité, par-delà ses instincts tortueux et par-delà ses fastidieuses semaines d’enseignement. En cela, Cărtărescu revisite beaucoup de fantaisies qu’il a pu développer naguère dans son surprenant Orbitor, dans cette transcendante science-fiction, mais, cette fois, il va plus loin dans l’audace, plus loin dans la démiurgie, comme s’il se galvanisait par le truchement de son personnage, comme s’il était ce double de la galaxie parallèle tout à l’heure évoqué, cet écrivain réputé, nobélisable et installé, soufflant à son homologue fictif le substantiel pneuma de la littérature qui lui ferait défaut dans la mesure où les contrôleurs des travaux littéraires n’ont pas apprécié sa vaillante Chute – à moins tout au contraire qu’il ne faille lire Solénoïde comme un témoignage de ce que serait la littérature hors de n’importe quelle académie : une liberté inestimable que même Mircea Cărtărescu pourrait regretter, compte tenu désormais de sa reconnaissance internationale et par conséquent de son statut d’antinomie vis-à-vis de tous les Henry Darger recensés et spécialement non recensés.
Retenons toutefois que l’immensité de la tentative du narrateur – déceler l’indécelable ou sonder l’insondable – se déroule dans le secret absolu de ses recherches et les méandres de son off-center diary. Il faut ainsi l’appréhender comme un grand écrivain en puissance eu égard à la complète actualisation de ses ratages, à ses passions mystagogiques et à sa mélancolie professorale (pour ne pas dire sa mélancolie congénitale), car la grandeur en écriture ne peut aller de pair qu’avec une forme de lassitude sociale, un système de pessimisme assorti d’un système d’extase, voire une circonstance d’invisibilité de soi-même où l’on tend à repousser ce qui nous éclipse pour apostropher quelque improbable lueur, quelque improbable feu sacré qui brillerait derrière les faux temples des gloires éphémères. Là où se décident les notoriétés matérielles aux seules conséquences pratiques, cet homme du périphérique de Bucarest ne peut pas être, mais là où potentiellement se décide l’indécidable pour un cerveau médiocre, là où se fomente une envisageable intrigue métaphysique réservée aux consciences éclairées, il pourrait vraiment être – en d’autres termes : ses virtualités sont désagréablement retenues et il se met à compenser cette rétention dans l’espace-temps exotérique en décuplant sa monomanie pour un espace-temps ésotérique où les serrures les plus coriaces seraient selon lui sur le point de céder.
Et par rapport à cette mélancolie qui entraîne un pessimisme de la force et consécutivement une envie de s’édifier, de reprendre place dans un ordre plus juste, par rapport à ce désarroi qui s’empare un jour de tout enseignant dévoré par le fulgurant non-sens de sa mission (peut-être l’absurdité corrélée des collègues inanimés et des élèves indifférents), il faut se faire une idée par exemple des médisances qui l’ont possiblement accablé, lui, le prospecteur de l’irreprésentable, le scrutateur d’une voie lactée philosophale, qui l’ont dénigré dans son école et qui l’ont peu à peu déporté sur le terrain d’une surhumaine libido sciendi traduite en manuscrits surabondants : s’il avait du talent, s’il savait faire autre chose que ressasser les mêmes rengaines pédagogiques, s’il avait de quoi être quelqu’un, un vrai de vrai, s’il était the real deal (ont dû colporter les malveillants), il ne serait pas dans cet établissement scolaire et il serait l’écrivain que toute une nation attend. Mais c’est précisément parce que cet éducateur désabusé est tout cela, qu’il est sublime et doué, monumental et pionnier, qu’il végète dans ce bahut kafkaïen aux innumérables bâtiments et à l’architecture indéfinie, et que, une fois libéré de ses journées assommantes, il s’engage dans le biotope encore plus kafkaïen de sa maison, une espèce de monastère de l’Escurial exprimé par Dalí et se contorsionnant pour auto-engendrer de nouvelles pièces et de nouveaux passages secrets, amplifiant les obsessions de son occupant, exacerbant ses volontés de cartographier une intarissable réalité, le confortant de surcroît dans son opinion que le monde autour de son hétéroclite foyer dissimule des tréfonds autrement plus étonnants et essentiels pour la suite de l’histoire humaine. En dehors donc des réseaux mondains et des réseaux de compréhension habituels, le narrateur s’enfonce de plus en plus dans les infinis présumés qui nous régissent, l’infiniment grand et l’infiniment petit, abîmes où respirent de considérables secrets, et il s’y enfonce en secret, en scaphandrier des océans inexplorés. Par là même il nous incite à estimer son périple à sa juste valeur : ce sont les actes et les crédos les plus anonymes, les plus compulsifs, qui ont les meilleures chances de refaçonner le paradigme dominant et d’apporter aux contemporains de cette épistémologie officieuse des perspectives radicalement novatrices. En d’autres mots, le narrateur de Solénoïde pourrait bien être celui par lequel une révélation advient, celui par lequel une perception jusqu’ici inconnue se manifeste, celui qui pourrait divulguer une suite de Fibonacci au verso de tous nos désordres, au dos du foisonnement de la nature, au principe de nos propres créations, tel Krasznahorkai méditant sur l’hermétique beauté guidant le monde dans Seiobo est descendue sur terre. Mais tandis que László Krasznahorkai a imité une sorte de perfection cachée parmi les pages éblouissantes de Seiobo, l’ouvrage de Mircea Cărtărescu, à l’inverse, s’engloutit ou plutôt s’engouffre vers des strates de réalité de moins en moins parfaites, de moins en moins recommandables, entretissées cependant d’une mystique mathématicienne, suggérant que la perfection et l’imperfection ne sont que des cas particuliers d’un schéma suprasensible – ou d’une énergie, d’une omniprésence solénoïdale – éminemment différent de ce à quoi des siècles de réflexion nous ont accoutumés.
Ce faisant les abstractions les plus éthérées côtoient les composants les plus trivialement concrets au cœur de ce livre inclassable. Au registre des abstractions, on se souviendra des séquences hallucinées concernant la quatrième dimension et les travaux de Charles Howard Hinton à ce sujet. Les avancées cruciales du savant Hinton sont restituées non pas comme un point isolé sur la tapisserie de l’univers, mais, tout à rebours de cela, comme un authentique motif transitionnel dans le tapis de l’incommensurable réel, comme un nœud gordien indénouable à partir duquel pourrait néanmoins se démasquer telle ou telle innervation de la substance des choses. D’où ces extrapolations et autres digressions mirobolantes sur le tesseract, sur l’hyper-cube géométrique, figure cubique et quadridimensionnelle qui fascina Hinton et propulsa dans les intelligences ultérieures les possibilités du Rubik’s Cube. Il est d’ailleurs pertinent de regarder Solénoïde à l’image d’un Cube de Rubik insoluble et textuel, égrenant ses dimensions avec une infaillible autonomie et ajoutant à nos manières de voir et de sentir une féroce dimensionnalité que la littérature confirmée ne saurait nous offrir, pas davantage qu’une institution scientifique se permettrait de concevoir une réciprocité (ou une clé d’élucidation déterminante) entre Hinton et son mariage avec l’une des filles du mathématicien George Boole – Mary Boole en l’occurrence. Il y a donc là un tropisme qui rappelle tant et tant de fantaisies propres à Borges (ce dernier faisant du reste surgir Hinton dans son cuento adéquatement nommé Le Miracle secret eu égard à nos extravagances personnelles sur le narrateur de Cărtărescu), et, aussi, un reflet de tant et tant de défis lancés à la pensée arborescente telle qu’on peut s’en délecter chez Juan Rodolfo Wilcock et sa Synagogue des iconoclastes, recueil de nouvelles où les survivances borgésiennes sont légion. Et cette irruption de la descendance de Boole ne s’arrête pas en si bon chemin puisque le narrateur confesse un durable ensorcellement depuis qu’il a découvert un livre d’Ethel Lilian Voynich, une autre des nombreuses filles de Boole (il en eut cinq au total), quasiment centenaire à son décès en 1960 à New York, surtout reconnue pour son roman Le Taon, publié en 1897, la même année que Dracula, et qui fit se lever d’admiration la société soviétique pour laquelle cette fiction à forte teinture révolutionnaire influença plusieurs générations d’esprits coruscants. Il n’en fallait pas moins pour que l’hyperbolique créature de papier de Mircea Cărtărescu s’adonne à des rapprochements, des recoupements et des déductions plus renversants les uns que les autres, fouillant la trame de ces références jusqu’au vertige métaphysique.
Pour autant, nous le disions, cette métaphysique ou cette excessive auscultation nouménale côtoie sa jupitérienne contradiction par le truchement d’une saisissante descente parmi la stricte réalité phénoménale. Des cimes invariantes de la géométrie et de l’algèbre aux variations effrénées de l’abysse entomologique, il n’y a éventuellement qu’un pas, et l’on savoure maintes fois les odyssées du narrateur vers l’Ithaque d’une population d’acariens, vers la maison-mère des sarcoptes qui semble reproduire à une échelle microscopique les allées et les venues de l’inquiétant macrocosme de Bucarest. Muni d’une déclinaison accrue du principe de charité de W. O. Quine, le narrateur attribue aux insectes galeux des genres de propriétés rationnelles qui pourraient nous aider à optimiser les résultats de l’enquête mathématique. À un certain niveau d’empathie voire d’intropathie vis-à-vis des sarcoptes, le chroniqueur de ce voyage étourdissant n’est pas si loin de décréter une spirale logarithmique dans la nature même du mouvement parasite, mais il est finalement submergé par cet innommable grouillement, par ce langage inarticulé de la nuisance parasitique. On se rend compte en outre que les pages dédiées au périple des sarcoptes (ou du sarcopte fait homme ou de l’homme fait sarcopte) sont assimilables aux problèmes d’épistémologie autrefois soulevés par Thomas Nagel lorsque celui-ci se demandait ce que cela pourrait faire d’être une chauve-souris (7). Évidemment il faudrait être une chauve-souris pour le savoir, mais la performance narrative de Solénoïde est telle qu’il existe des moments de véritable bravoure sémantique – ou des instants de métamorphose que n’eût pas dédaignés un David Cronenberg – transcrivant la très conjecturale pierre de Rosette des acariens. En tous les cas, ce n’est pas exclusivement dans le ciel des Formes platoniciennes et platonisantes que se résout toute l’énigme de la réalité, mais bien en-deçà, dans les entrailles de Bucarest, dans les tripes de cette titanesque ville, là où se croisent et s’agglomèrent en des coïts impensables les inépuisables processions d’acariens et le mesmérisme inouï des solénoïdes qui sont enterrés à divers endroits de la capitale roumaine, dont l’un, pour ne rien arranger, gît à même les fondations de la convulsive habitation du narrateur. Ce sont d’ailleurs ces mêmes solénoïdes qui font entrer Bucarest en lévitation durant l’intermède magique d’une éblouissante vision, à mi-chemin du rêve intégral et du cauchemar lucide, arrachant la ville de ses pilastres enfouis pour la hisser vers les pylônes du firmament, le bas et le haut se rejoignant alors, le terrestre et le céleste se confondant provisoirement afin de supputer une synthèse du matériel et de l’immatériel – une coagulation des expériences et des connaissances.
Mais est-ce là ce qui est essentiel ? Est-ce que la vie de ce professeur de roumain à la fois illuminé (par les hauteurs cognitives) et enténébré (par les gouffres magnétiques) en serait changée radicalement s’il s’avérait que ses obsessions puissent trouver une issue favorable dans le cadre d’une solution finale au mystère du réel ? Une apocalypse émotionnelle survient à l’improviste et le réoriente dans une direction qu’il n’aurait jamais soupçonnée : la vie amoureuse patiemment consolidée et plus spécifiquement la paternité inhérente à cet amour perpétué. En devenant père d’une petite fille avec sa collègue de travail prénommée Irina, en ayant étendu l’amour jusqu’au royaume de l’enfantement, le narrateur renonce assez vite à ses conquêtes encyclopédiques, à ses pactes faustiens, pour se concentrer sur la vie en tant que telle, sur les richesses canonisables, sur les radiations alchimiques induites par la vie d’un enfant qui transfigure ses parents. L’enfant venu au monde le guérit presque d’emblée de ses dérives aussi bien savantes que psychologiques et la scène précise de son renoncement à tout savoir de la vie traduit son enveloppement par l’irréductible mystère de la vie. La petite fille non seulement guérit son père de sa maladie de nouveau Prométhée moderne, mais elle prépare également l’avenir, elle en est la souveraine législatrice. Cette enfant incarne même le plus puissant des solénoïdes car elle offre à son père non plus le contestable surplomb de l’intelligible ou de l’expérimentation aberrante, mais l’incontestable hauteur de la sensibilité vécue, l’irréversible clarté de l’amour que tout enfant porte en lui et qui pourrait même faire fléchir le cœur du diable. Ici s’explique à notre avis les deux mentions du patronyme de Darger dans ce non-roman qui en est un malgré tout : l’enfant que le narrateur a conçu avec Irina provient d’un soleil de justice, d’une lumière divinement brillante, et il apaise la mémoire de l’ermite de Chicago tout en corrigeant les erreurs d’inhumanité du paternel anciennement perdu.

Notes
(1) Armel Guerne, Danse des morts (cette citation et la précédente).
(2) Armel Guerne, ibid.
(3) Ibid.
(4) D’abord publié aux Éditions Noir sur Blanc puis repris au Seuil dans la collection Points Signatures. La traduction est l’œuvre patiente et remarquable de Laure Hinckel.
(5) Cf. Sinclair Lewis, Babbitt.
(6) Javier Marías, Berta Isla (cette citation et la précédente).
(7) Thomas Nagel, What is like to be a bat? (célèbre article de 1974).

 

[Photos : Martin Broen (The Guardian) – source : http://www.juanasensio.com]

Sous les dehors d’une fiction plus aisément lisible que ses livres plus anciens (La confession de la lionne, L’accordeur de silencesLa pluie ébahieLe dernier vol du flamantPoisons de Dieu, remèdes du Diable…), le grand écrivain mozambicain Mia Couto défend dans Le cartographe des absences une vision du monde, de l’histoire et de la littérature qui met la rupture de la poésie au centre d’une pensée fascinante de la mémoire.

Mia Couto © Jean-Luc Bertini

Mia Couto, Le cartographe des absences. Trad. du portugais (Mozambique) par Élisabeth Monteiro Rodrigues. Métailié, 352 p., 22,80 €

Écrit par Hugo Pradelle

Le cartographe des absences (quel titre, encore une fois !) est l’un des livres les plus aboutis et les plus nets de Mia Couto. Et s’il y déploie la même inventivité poétique – lexique, tournures, rythmes, images… – qui célèbre l’étrangeté des langues qui nous habitent et qui portent nos désespoirs les plus fondamentaux, il imagine surtout une forme, un dispositif qui lui permet à la fois de raconter une histoire complexe et de questionner très profondément le travail de l’écrivain, sa fonction, son pouvoir. Car, si tout est affaire de langue chez Couto, si elle porte en son sein le passé et le présent, si elle renferme toutes les contradictions et les violences de l’être, elle n’est jamais gratuite, vaine ou simplement belle. La langue, les écarts qu’elle permet sans fin, reconfigure la vie, c’est-à-dire que nulle existence n’est possible sans son inscription, que seule elle peut fixer le passé, en distribuer les éléments ou les traces, que seule elle peut permettre l’oubli salvateur ou l’invention d’un réel qui soit supportable.

Ce n’est pas rien que de partir de cette proposition. Et l’écrivain, l’un des plus grands de l’Afrique contemporaine, l’affirme avec plus de force encore en faisant un choix narratif assez désarçonnant. D’une manière qui tranche avec ceux de ses romans qui précèdent Les sables de l’empereur, son avant-dernier livre, Couto ordonne son récit autour d’une alternance systématique entre deux régimes narratifs distincts et fait preuve d’une grande rigueur dans l’élaboration d’une trame qui ne cesse de traverser les époques, de passer d’une histoire intime à celle d’une nation. Une forme, une écriture qui permet surtout, non pas de dire la vérité ou d’en tirer une morale, mais bien au contraire d’en explorer les vides, de leur conférer une existence possible.

Ainsi, les chapitres alternent entre le récit de la visite du narrateur, poète qui vient donner une série de conférences à Beira, ville de son enfance lointaine, et les archives méticuleuses et perfides d’un officier enquêteur de la PIDE, la police politique ultra-répressive du régime colonial portugais. Le lecteur est alors confronté à deux régimes de lectures différents. L’un relève du récit autobiographique, de la chronique des rencontres, des recherches qu’entreprend le poète, son histoire d’amour naissante avec une jeune femme qui s’avère être la fille du policier, la manière dont il revient sur les lieux de son enfance en pleine guerre, les aléas de sa mémoire, ses réflexions sur son père, lui aussi poète et militant de l’indépendance du pays (on notera quelques points communs avec la biographie de l’écrivain), la poésie, la vie, la douleur de vivre et de revenir à soi… L’autre, d’une nature documentaire et composite, rassemble la multiplicité des papiers et documents qui constituent le dossier d’instruction monté par l’officier de police contre le père – figure assez incroyable, à la fois attachante et détestable (chacun des chapitres commence en citant un extrait de ses poèmes) –, lequel dossier comprend des extraits de journaux intimes, des rapports, des entretiens, des lettres…

Le centre-ville de Beira (début des années 2000) © USAF/domaine public

On comprend que cette alternance permet de confronter les époques, d’en éplucher en quelque sorte la nature, les différences, dans une perspective exploratoire et morale, mais l’écrivain ne se limite pas à ce simple jeu d’artifice narratif et fait de cette proposition formelle quelque chose de proprement fascinant. Car, si Le cartographe des absences raconte la visite d’un poète au statut quasi emblématique sur les lieux de son passé, explore ses contradictions, ses empêchements, sa douleur à découvrir d’où il vient exactement, à examiner en quelque sorte les secrets de sa vie – les relations de ses parents, l’engagement de son père, la violence traumatique de la guerre, la difficulté de la création poétique, la souffrance et la maladie qui entravent le poète –, il les confronte à des sources, à des éléments cachés, manipulatoires, à des documents qui tantôt confirment des versions du passé tantôt les contredisent. Cette tension, cette alternance formelle ne relève pas du genre, de plus en plus galvaudé, de l’enquête ou de la confrontation de la fiction avec l’histoire. Non pas ! Car Mia Couto instille dans chaque bribe qu’il livre au lecteur un élément de doute, de questionnement, introduisant une sorte de distance qui achoppe sur la puissance poétique qu’on lui connaît si bien et qui surgit, de manière plus mesurée, avec une force démultipliée.

C’est ainsi la nature même du texte qui change et on y perçoit le projet d’un livre très ambitieux. En effet, quelle est la nature de ce dossier ? Faut-il le lire comme un ensemble de documents complémentaires qui éclaireraient de manière univoque la réalité, le présent, la mémoire du personnage ? Ou bien peut-on le concevoir comme un ensemble de fictions additives, logées, faussement, dans le récit comme des contrepoints qui révèlent l’impossibilité de cette forme même, son artificialité ou sa dimension illusoire ? On penchera plutôt pour cette lecture incertaine, inconfortable, troublante. Et c’est dans ce mouvement même, de fictions dans la fiction, de délitement de la nature des textes, dans leur frottement plutôt que dans leur affrontement, que l’on peut chercher à comprendre ce que l’écrivain tente de faire devant l’histoire de « ce pays [qui] a peur de sa propre histoire », face à son traumatisme, et comment la langue, le poème, la voix de l’écrivain, peut y tenir un rôle.

Tenter d’interroger aujourd’hui ce que la fiction peut devant l’histoire, en affirmant que seule l’invention, la composition du faux en quelque sorte, peut permettre de tenir un discours responsable, vrai, face à l’horreur du passé, à la violence des guerres coloniales, portugaises en particulier, aux troubles qu’elle génère dans nos existences, à la violence et aux mensonges qui nous constituent, n’est pas chose aisée, car on préfère trop souvent la simplicité, la morale unilatérale, aux réflexions sur la complexité et les contradictions de nos histoires. Le livre de Mia Couto ne se contente pas de réfléchir le passé, de porter un regard sur un monde décolonisé hanté par des fantômes, il réfléchit la place du poète, et plus avant de la langue même, dans ce processus. En mettant en scène un personnage dépossédé de sa mémoire, il ne pense pas strictement l’histoire mais aussi la façon dont le poète peut la reconstituer, subjective, hantée, fragile. Le cartographe des absences raconte un traumatisme dont rien dans la vie ne peut nous libérer vraiment. Ainsi, entre les deux énormes tempêtes qui détruisent la ville, figuration cataclysmique qui ordonne une vision panthéiste du temps, l’écrivain raconte, non pas une véritable histoire que la forme révélerait, mais son impossibilité terrifiante.

Le cartographe des absences, de Mia Couto : anatomie de l'oubli

La fonction du récit n’est plus alors de dire ce qui est présent ou vrai, mais d’en énoncer l’impossibilité. Et si le roman est peuplé de personnages extraordinaires d’une très grande force – on pense à la femme qui photographie les corps après le massacre, à l’ancien serviteur devenu un responsable politique influent, au jeune Sandro dont la disparition et la « maladie » secrète hantent tout le roman, au père aussi évidemment, plein de faconde et un peu veule parfois, aux camarades de luttes ou au pêcheur mystérieux qui a repêché le cadavre de la mystérieuse Alamunda, figure prodigieuse et absente qui porte tout le récit… –, si un univers parfaitement maîtrisé se déploie, c’est d’autre chose qu’il est question. D’une sorte de revers de l’histoire, ce que raconte le livre avec un brio indéniable. De ce qui n’est pas – pas racontable, pas mémorable, pas advenu. Car Mia Couto parle du passé, de la guerre, de la violence, des troubles que provoquent à l’intérieur des êtres les fantômes qui nous hantent sans fin, mais il parle surtout de l’impossibilité de les connaître autrement qu’en les inventant.

C’est là la fonction du poète, son rôle indispensable. Celui non de reconstituer la mémoire mais de l’inventer, de la faire jouer autrement, d’admettre l’incongruité des fantômes dans la vie, et de les porter par la langue dans le champ de la fiction. Une manière de penser non pas la mémoire mais l’oubli comme une fonction centrale de l’existence, qui doit être prise en charge et que seule la voix poétique, la fantaisie du conteur, peut admettre, accueillir et partager. Comme souvent chez Mia Couto, la réalité semble se défaire, brisée par des incongruités qui l’altèrent ou des forces qui la dépassent. Ici, sous les dehors d’une forme lisible, plus organisée, plus commode que les fictions décomposées auxquelles il nous avait habitués, le grand écrivain mozambicain raconte les oublis collectifs et intimes, dénonce la violence politique et les massacres, interroge la capacité à s’en remettre, mais sans moraliser ou faire la leçon, en s’intéressant à l’ombre de l’histoire, à ce qui est invisible, tu, censuré ou refoulé. Il n’en raconte pas le retour mémoriel mais, bien au contraire, il pense notre capacité d’oubli, d’effacement, de réinvention. Et, sans poser de distinction morale entre les sortes d’oubli, il exprime la puissance de la langue, du poème, pour le combler, le travailler sans cesse, le remuer, le refonder. C’est en le cartographiant, en réfléchissant la valeur du geste de fiction, qu’il peut révéler, dans un monde qui l’oublie trop souvent, que la littérature sert à reconnaître ce vide effrayant que l’on affronte, à destituer le passé du poids qu’on lui accorde et à faire entrer le monde, le réel, le passé, dans la fiction, l’instituant comme ce lieu absolu et fascinant de la lucidité obscure.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

K. Kavafis

Poesía completa anotada (a cargo de Miguel A. Areses Martín)

Aira, Allariz, 464 páxinas, 25,90 €, 2022

 

Escrito por Ramón Nicolás

Non é, sen dúbida, a miña unha experiencia singular pois sospeito que ha ser compartida por moitas persoas. A obra de Kavafis chegoume a través da música, concretamente da versión que Lluís Llach realizou do poema “Ítaca”, incorporada nun célebre disco titulado “Viatge a Ítaca” (1975). Composición que se inspirara, á súa vez, na tradución que o poeta Carles Riba fixera dos poemas do poeta grego. Abriuse aí un hiato ata que cheguei á edición que Hiperión publicara da súa obra nunha excelente tradución do inglés a cargo de José María Álvarez (Poesías completas, 1983) e desde aí ao traballo que Yolanda Vilarchao asinou como tradutora ao galego dos Poemas canónicos (Rinoceronte, 2007). Hai escasas datas, a editorial allaricense Aira puxo en circulación unha tradución á lingua galega da súa poesía completa, neste caso felizmente anotada, a cargo de Miguel A. Areses Martín.

Sospeito que este volume pasou un tanto desapercibido e non o merecería tanto pola calidade e dificultade do traballo que exhibe como pola relevancia que ten o feito de posibilitar o acceso total a unha das grandes voces poéticas do século XX na nosa lingua. Nel incorpóranse, así, os denominados poemas “canónicos” -onde se integra “Ítaca” e ese rogo para que sexa longo o camiño- e todo o resto da súa obra, alén das composicións inéditas, os denominados poemas “proscritos”, os “incompletos” e tres mostras da súa prosa poética. E súmese a todo isto un documentado epílogo, biográfico e valorativo, de inequívoca utilidade.

Dun ou doutro xeito, a capacidade metafórica e simbólica da obra de Kavafis latexa e perdura aquí como o clásico que é: o poeta da perda e do fado irremediable que recreou a historia, a filosofía e o erotismo con indubidables doses de orixinalidade. Este libro chega para confirmárnolo.

 

[Fonte: cadernodacritica.files.wordpress.com]

Costa forma parte dunha xeración única que fundou os alicerces da Música Popular Brasileira

Gal Costa durante un concerto en Bogotá en 2005.

A cantante e compositora brasileira Gal Costa, unha das maiores voces do país, morreu aos 77 anos de idade, segundo informou este mércores a súa asesoría. Costa é unha das máximas expoñentes do movemento tropicalista brasileiro, ao que tamén pertencen históricos como Caetano Veloso, Gilberto Gil e Maria Bethânia.

Tal e como informa Efe, as causas do seu falecemento non foron informadas.

Costa, coñecida como a Musa do Tropicalismo, pasou por unha cirurxía recente para a extirpación dun nódulo no nariz que lle fixo suspender a xira que lle ía levar a Europa na recta final deste ano.

Cunha presenza inigualable e unha voz única, Costa é banda sonora da historia do Brasil e forma parte dunha xeración única que fundou os alicerces da Música Popular Brasileira (MPB).

Nacida o 26 de setembro de 1945 en Salvador, capital do estado de Baía, desenvolveu a súa carreira musical durante máis de 50 anos, transitando por varias xeracións hoxe orfas dunha muller que enfrontou o conservadorismo da ditadura militar (1964-1985).

Nun país amordazado polo réxime, Costa usou a súa voz para romper moldes, mentres que Gil e Veloso estaban no exilio. A súa valentía foi censurada naquela época escura á que conseguiu dar luz con presentacións cargadas de forza ao son da súa guitarra.

Gañadora do Grammy Latino en 2011 polo conxunto da súa obra, Costa conversou con distintas correntes ao longo da súa traxectoria, desde a Bossa Nova ata o samba, pasando polo rock.

O mundo da música hase visto sorprendido e impactado pola noticia. Un dos primeiros en reaccionar foi Gilberto Gil, un dos seus compañeiros ao longo de toda a súa carreira e quen estivo con ela, xunto con Caetano Veloso e María Bethania, no grupo Doces Bárbaros: «Moi triste e impactado coa morte da miña irmá Gal Costa».

[Imaxe: Miguel Menéndez V. – fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Carlos Morais, Xavier Moreda, Isidro Román Lago e Anxo Padín

Memoria do Vigo proletario50 aniversario da folga xeral de setembro de 1972.

Galaxia, Vigo, 354 páxinas, 24 €, 2022

Escrito por Ramón Nicolás

Que se sabe hoxe do acontecido en Vigo o ano 1972?  Nunha cidade cegada polas luces e convertida nun parque temático, o cultivo da amnesia que aparca o incómodo conduce a ignorar a tradición proletaria dunha urbe cifrada nun dos acontecementos máis relevantes do movemento obreiro galego e estatal no século XX. Non se busque un eco reflectido destas mobilizacións en ningures, non o hai.

Para paliar a desmemoria, para divulgar e estimular o coñecemento desta parte substantiva da nosa historia; alén de homenaxear as persoas que o protagonizaron e denunciar os seus represores, aparece esta Memoria do Vigo proletario, subtitulado 50 aniversario da folga xeral de setembro de 1972 que, por extensión, afonda na reclamación dos dereitos laborais e sociais no franquismo.

A análise do que aconteceu naquel ano, iniciado cunha folga polo convenio en Citroën, á que seguiron mobilizacións de solidariedade polo asasinato de Amador Niebla e Daniel Rei en Ferrol, que continuou coa folga de Barreras no mes de maio e que tivo como estoupido final a mobilización do mes de setembro, é o asunto central deste libro, recollido nun amplo e brillante ensaio a cargo de I. Román Lago que sintetiza os antecedentes da folga, estuda as súas dinámicas, as actividades das organizacións obreiras e interpreta os sucesos ocorridos entre as que saliento as sorprendentes “manifestacións lóstrego”. Alén disto, incorpóranse cinco entrevistas, realizadas por Anxo Padín e Xavier Moreda, a catro líderes de fábricas claves no conflito como foron Xesús Chávez, de Citroën; Guillermo Fontán, de Ascón; Pilar Pérez, de Álvarez e Waldino Varela, de Vulcano, e a que responde Carlos Núñez, dirixente do PCE naquela altura. Non esquezo a reportaxe fotográfica de Anxo Padín que recupera o estado actual dos espazos fabrís e urbanos vinculados coa folga.

Os acontecementos do 72, aqueles que reforzaron un espírito colectivo de clase, permanecen gravados no imaxinario colectivo e particular de moitas persoas que recordamos como se perdeu o medo co paro das fábricas de Vigo ou co peche de comercios nos barrios do Calvario, Travesas e Teis, malia as cargas policiais, nun insólito exercicio de solidariedade cívica. Velaquí a oportunidade de asomarnos con rigor a aqueles feitos que tanto contribuíron a cambiar as cousas.

 

[Fonte: cadernodacritica.wordpress.com]

Il s’agissait du plus grand camp de prisonniers français à Berlin durant la Deuxième Guerre mondiale. Et pourtant, il était tombé dans l’oubli. Ses dernières traces devaient disparaître à jamais avec le lancement d’un énorme projet immobilier. Mais des initiatives citoyennes se sont mobilisées pour que l’histoire ne soit pas effacée à jamais. Une exposition « Le passé, on oublie ? » consacrée à ce camp vient de s’ouvrir à Berlin.

Prisonniers de guerre français lors d’une distribution de nourriture, 1940. CICR

Écrit par Pascal Thibaut

Joseph Baby a 22 ans lorsqu’il est mobilisé en 1939. Le jeune Français est fait prisonnier de guerre après la défaite de la France quelques mois plus tard. Il arrive au camp de Lichterfelde, au sud de Berlin, en août 1940 ; il porte le matricule 28 468. Au total, 1,8 million de Français seront prisonniers durant la guerre en Allemagne. Les Soviétiques seront trois fois plus nombreux et devront endurer des conditions bien plus dures. Les jeunes Allemands sont au front ; la main d’œuvre des pays occupés doit permettre à l’industrie germanique de tourner.

Joseph Baby restera cinq ans dans la capitale du IIIᵉ Reich où d’innombrables camps de prisonniers et de travailleurs forcés sont créés. Il rentre en France durant l’été 1945 et ne parlera quasiment jamais de ces années à Berlin.

Prisonniers de guerre français au camp de Lichterfelde, 1940. CICR

Les anciens prisonniers ne parlent pas forcément de leur passé en Allemagne. Le pays tourne la page. L’armée américaine utilise le site de l’ancien camp pour un centre d’entraînement et rase ce qu’il en reste dans les années 1990. Des petites entreprises utilisent d’anciens bâtiments du camp. Depuis les années 1950, des soldats français stationnés à Berlin-Ouest rendent hommage à leurs 400 camarades morts en détention durant la guerre dans la capitale allemande. Leurs restes sont transférés vers la France.

C’est très tard, il y a cinq ans, que des initiatives citoyennes, engagées dans le travail de mémoire dans cette partie de Berlin, effectuent des démarches pour sauvegarder le site après son rachat par un investisseur qui prévoit un vaste projet immobilier de 2 500 logements. L’engagement de ces groupes auprès de l’entreprise et de l’arrondissement permet de trouver un compromis : deux bâtiments de l’ancien camp seront sauvegardés. L’un d’eux sera utilisé dans les prochaines années comme centre de rencontre pour la jeunesse ; le second deviendra un lieu de mémoire rappelant l’existence du camp de prisonniers français.

La caserne Landweg 35a sera préservée, un mémorial doit être construit ici. © Antonia Weiße/Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit frei.

Thomas Schleissing-Niggemann dirige l’une des initiatives sur place. L’engagement de l’infatigable septuagénaire est intimement lié à son histoire familiale : « Mon père était membre du parti nazi et de l’organisation Todt. Ma propre biographie est liée à l’histoire avec un grand H. Je m’engage pour que ce sombre passé ne soit pas oublié. Le travail de mémoire reste central ».

Lors du vernissage de l’exposition « Le passé, on oublie ? », Thomas Schleissing-Niggemann a interpellé l’adjoint au maire à la Culture de la ville de Berlin présent, lui déclarant « Adoptez cet enfant. Faites en sorte que notre engagement pour conserver cette mémoire ne reste pas un feu de paille ». Une fois le projet immobilier réalisé, il faudra savoir qui gère ce lieu de mémoire et avec quels moyens.

Agnès Tanière, la fille du prisonnier de guerre Joseph Baby, a pu rencontrer ceux qui ont permis au camp de ne pas être oublié, et qui contribuent quelque part à ce que le passé de son père ne disparaisse pas : « J’ai été très émue d’apprendre que ces personnes s’étaient engagées pour que la mémoire du camp ne disparaisse pas. Ça réchauffe le cœur de voir qu’elles éprouvent une responsabilité devant l’histoire ; elles ont compris la souffrance de tous ces prisonniers qui étaient dans ces camps ».

L’exposition temporaire, lancée et hébergée par le Centre de documentation sur le travail forcé sous le IIIᵉ Reich et visible jusqu’à fin mai 2023, se veut aussi un moyen de rendre cette redécouverte publique et de contribuer à pérenniser un projet encore balbutiant.

Exposition sur l’ouverture du camp de Lichterfelde avec le sénateur pour la Culture Klaus Lederer et Christine Glauning, responsable du centre de documentation NS-Zwangsarbeit. © Andreas Schoelzel/Dokumentationszentrum NS-Zwangsarbeit frei.

L’exposition présente la vie des prisonniers dont les conditions de vie ont été perçues comme décentes lors de premières inspections de la Croix Rouge. Elles se détériorèrent par la suite. Les détenus travaillaient dans des entreprises ou déblayaient les dégâts causés par les bombardements alliés. Ils disposaient au sein du camp de leur logement sommaire, mais aussi d’une bibliothèque. Des cours furent organisés ainsi que des performances théâtrales. René Duverger, ancien champion olympique en haltérophilie, participa aux activités de cette troupe. Le magazine « Matricule X » aura environ 50 numéros entre 1941 et 1945. La publication réalisée par les prisonniers était soumise à une étroite censure et reprenait à son compte la propagande collaborationniste du régime de Vichy.

Des artistes français firent le déplacement pour « remonter le moral des troupes », comme Edith Piaf, qui chanta devant des prisonniers de guerre en Allemagne, également à Berlin à deux reprises. On la voit dans l’exposition sur une photo avec d’autres artistes au pied de la porte de Brandebourg. Après la guerre, l’artiste pourra prouver que ses voyages en Allemagne avaient été utilisés pour aider des prisonniers à s’évader.

Agnès Tanière aura sans doute beaucoup appris à travers les recherches des historiens sur le camp où fut interné son père et sur sa vie quotidienne à Berlin entre 1940 et 1945. La fille de Joseph Baby avait déjà en amont découvert, après la mort de son père, une centaine de lettres que ce dernier avait rédigées durant sa captivité. « Lorsque j’ai lu la première, j’ai dû m’interrompre et pleurer. C’était vraiment trop dur de découvrir ce passé dont il n’avait jamais parlé ».

Agnès Tanière, fille de l’ancien prisonnier de guerre français Joseph Baby © Andreas Schoelzel/Centre de documentation sur le travail forcé NS.

 

[Source : http://www.rfi.fr]

Usi e riusi del libro manoscritto nel Medioevo meridionale

RÉSUMÉ

Ce colloque international est consacré aux emplois et remplois du manuscrit médiéval latin dans l’Italie méridionale, considérée comme lieu de production, passage et circulation ultérieure des livres. Par le biais d’une approche interdisciplinaire, qui allie la codicologie, la paléographie, la philologie, l’histoire de l’art et des bibliothèques, les communications porteront sur les paratextes des livres médiévaux, cherchant aussi à déchiffrer l’histoire des annotateurs, en mobilisant des méthodes variées, exploratoires et numériques.

ANNONCE

Rome-Cassino, 23-24 mars 2023, École française de Rome, Scuola Superiore Meridionale, Università di Cassino e del Lazio Meridionale

Argumentaire

L’histoire d’un codex commence à la fin de sa fabrication, après la copie du texte. Mais les livres manuscrits n’ont pas qu’une seule vie : ils peuvent être lus et relus, annotés, intégrés, divisés, ou encore déplacés, à plusieurs reprises, de leur lieu de conservation. Bien que non prévues dans le projet initial, les annotations marginales des lecteurs, les corrections du texte, les ajouts au décor sont des opérations qui témoignent de la réutilisation du manuscrit, et donc de son véritable usage au fil du temps. Ces traces laissées par les lecteurs permettent de reconstituer l’influence des livres dans l’activité intellectuelle, personnelle et collective dans un lieu ou une période donnée. Se concentrer sur cette activité d’annotation signifie donc remettre le texte en contexte, en se demandant quel a été l’objectif des ajouts, quelle a été la méthode, quel a été, éventuellement, le public de destination.

Les aspects « marginaux » de l’histoire du livre, comme les notes, les signes, l’apparat paratextuel et, en général, les traces d’utilisation, n’ont pas bénéficié pendant longtemps de l’attention qui leur a été plus récemment accordée. De nombreux projets et évènements scientifiques ont en effet mis en évidence les grandes potentialités de recherche de ce domaine. Cet intérêt est aussi, et surtout, le fruit de la politique de numérisation des manuscrits médiévaux mise en place par les institutions de conservation. L’accessibilité et la possibilité de comparer plusieurs objets permettent non seulement de renouveler l’approche à l’objet-livre, de l’observer dans sa matérialité, y compris dans l’écriture et dans la décoration, mais aussi de changer de perspective, en passant du texte aux lecteurs et utilisateurs de ce texte.

Le colloque international Emplois et remplois du livre manuscrit au Moyen Âge méridional s’insère dans cette dimension de renouvellement des études, avec un focus sur la circulation du livre en Italie méridionale, en particulier dans le domaine latin. Par le biais d’une approche interdisciplinaire, qui allie la codicologie, la paléographie, la philologie, l’histoire de l’art et des bibliothèques, les communications porteront sur les paratextes des livres médiévaux, cherchant ainsi à déchiffrer l’histoire des annotateurs. L’espace méridional, à considérer comme lieu de production, passage et circulation ultérieure des livres manuscrits, est un laboratoire prometteur pour étudier les contacts qui touchèrent des centres intellectuels importants, au cours du Moyen Âge.

Le colloque voyagera symboliquement sur les routes de la circulation des livres latins, à partir de l’École française de Rome et l’Università di Cassino e del Lazio Meridionale. Les communications pourront porter, de façon non exclusive, sur les sujets suivants, en mobilisant des méthodes variées, exploratoires et numériques :

  • Pratiques de lecture et écriture : annotations, gloses, signes de lecture et travail intellectuel
  • Rapport entre texte et paratexte (dans la synchronie ou dans la diachronie)
  • Réutilisations du texte : copies, extraits, florilèges, citations
  • Notation musicale, tables de matières, diagrammes, calendriers
  • Relectures et formes de réception des textes transmis
  • Réutilisation des livres dans domaines différents (liturgie, école, vie privée etc.)
  • Histoire du manuscrit et déplacements dans lieux et bibliothèques différentes
  • Transformations matérielles, volontaires ou accidentelles : ajouts, soustractions, permutations

Modalités de contribution

L’appel à communications est ouvert aux doctorants, docteurs, jeunes chercheurs et chercheurs confirmés. Les propositions de communications, comprenant titre, argumentaire (max 500 mots) et un bref curriculum vitae, sont à envoyer à l’adresse suivante : usieriusidelmanoscritto@gmail.com

avant le 21 novembre 2022.

L’acceptation sera communiquée avant le 10 décembre 2022 et comprendra la prise en charge des frais de transport et d’hébergement. Les textes des contributions (en italien, français ou anglais) seront à envoyer avant le 10 mars 2023, accompagnés d’un résumé substantiel en langue anglaise, afin d’être distribués à l’avance parmi les participants et favoriser d’amples discussions. Les contributions qui auront été retenues seront publiés dans un volume, en format papier et en accès ouvert.

Comité d’organisation

  • Angela Cossu (EPHE-SAPRAT),
  • Elvira Zambardi (SSM/EPHE)

CATÉGORIES

DATES

  • lundi 21 novembre 2022

FICHIERS ATTACHÉS

MOTS-CLÉS

  • manuscript, transmission, reception, latin, southern Italy, middle ages

CONTACTS

  • Angela Cossu
    courriel : usieriusidelmanoscritto [at] gmail [dot] com

SOURCE DE L’INFORMATION

  • Angela Cossu
    courriel : usieriusidelmanoscritto [at] gmail [dot] com

POUR CITER CETTE ANNONCE

« Emplois et remplois du livre manuscrit au Moyen Âge méridional », Appel à contributionCalenda, publié le mardi 20 septembre 2022, https://calenda.org/1016965

Novo livro provoca: no bojo do colonialismo, a modernidade forjou-se pela diferenciação entre nós e “os outros”, a civilização e a “barbárie de lá”. Essa lógica explica a aversão das elites ao voto nordestino, visto como entrave ao seu desenvolvimento

Escrito por Renan Porto

Em breve será lançado no Brasil o livro Homo Modernus: por uma ideia global de raça da Denise Ferreira da Silva pela editora Cobogó. Li esse livro em inglês, Towards a Global Ideia of Race, e é uma leitura muito densa e desafiadora. Não lembro de Silva dizer em nenhum lugar algo fechado tal como “raça é x”. Sua proposta de método, a analítica da racialidade, investiga diferentes discursos sobre raça para mostrar o que se produz em torno destes discursos. A ciência aqui tem um papel de construção simbólica com força produtiva. Uma das formações que ela observa emergindo em torno do emprego das categorias utilizadas para dar conta de pensar a diferença humana, tais como raça e cultura, é o mapeamento do espaço global que emerge com as expedições coloniais e a distribuição dos povos sobre este espaço.

Para Silva, a globalidade é uma nova dimensão ontológica que emerge junto com a modernidade, consequência das explorações ultramar e do encontro entre povos diversos. O sujeito moderno se produz a partir de uma diferenciação de si dos seus outros que repentinamente povoam seu imaginário. A raça e a presença do outro racializado sempre estiveram implicadas na filosofia moderna desde seus primórdios, mesmo que de forma não dita, ou pior, em expressões tais como as de Hegel, que se referiu aos povos africanos como povos sem história.

Silva explica que o sujeito moderno se autoproduz afastando de si todo traço de determinação exterior. O sujeito racional forja uma interioridade consciente e é capaz de autodeterminar-se, diferente daqueles corpos afetáveis por paixões, clima, necessidades geográficas etc. dos “outros da Europa”. Mas desde que esse sujeito abstrato tenha sempre um corpo e suas condicionantes, a exterioridade vai sempre retornar e assombrar o construto moderno. Para Silva, a dialética hegeliana marca um momento importante nesse processo quando a exterioridade é incorporada ao processo racional. Na dialética hegeliana em que a história se produz no atrito entre sujeito e objeto, a exterioridade se torna um desdobramento da própria razão atualizando-se historicamente. Hegel coroa a modernidade como um mundo governado pela razão após a morte de Deus. Silva explica como isso coloca a sociedade como forma racionalizada, realização de um Eu transparente, tendo o Estado como expressão maior da racionalização. No entanto, a raça continuará sempre como um fantasma que assombra esse construto de dentro, um obstáculo para sua modernização plena.

Na segunda parte do livro, Silva analisa a emergência das teorias biológicas sobre a raça nos séculos XVIII e XIX para então abordar a emergência das ciências sociais no final do século XIX. A antropologia, principalmente, toma forma a partir de um afastamento do conceito biológico de raça em direção ao conceito de cultura como seu eixo principal. Raça, cultura, nação são as categorias mobilizadas para pensar as diferenças humanas. Silva explica, porém, como o afastamento do conceito biológico de raça e a produção da cultura enquanto objeto científico ainda deixam a raça como traço naturalizado das diferenças entre os corpos. O problema da raça continua como algo ainda inexplicado mas que funciona como dado para explicar problemas como a morte negra: morreu porque era preto. Na terceira parte do livro, Silva também analisa a mobilização do conceito de raça para explicar os problemas com os sujeitos racializados na formação da sociedade americana, e a raça aparece nos discursos sociológicos como um impedimento para a realização de uma sociedade moderna.

Desde que li este livro essas questões me perturbam. A raça para Silva não é uma identidade, está longe de ser algo individualista e tem um papel produtivo na configuração do espaço social. Essa mobilização geográfica da raça organizando uma construção simbólica sobre o espaço parece acontecer agora com a distribuição dos votos nas eleições do Brasil. As categorias da diferença como a raça ou cultura se tornam vetores de distribuição espacial da política. O Nordeste se firma como objeto de desejo e ódio, tal como Mbembe explica a ambivalência espectral (presente e ausente ao mesmo tempo) do corpo racializado. Os votos do Nordeste são explicados seja pela fome condicionada por causas exteriores e geográficas que afetam os corpos incapazes de autodeterminarem-se diante delas, seja pela consciência de um povo forte, um construto simbólico e imaginário do que é o nordestino.

Fabiana Moraes já argumentou muito bem em texto recente como o Nordeste é construído simbolicamente enquanto um problema para a modernização plena do Brasil. Argumento que me remete a um conhecido ensaio do Paulo Arantes escrito há vinte anos, A Fratura Brasileira do Mundo, onde ele contava a história do Brasil como sendo sempre marcada por essa modernização não realizada, sempre a um passo aquém do sonho de um país moderno. Os povos indígenas e quilombolas, por sua vez, aparecem hoje em discursos do ainda atual presidente e sua corja como como um empecilho para o desenvolvimento, a expansão agrícola modernizada sobre terras que parecem completamente virgens, inabitadas, intocadas pelo homem, um reino natural ainda por ser desbravado

A escritora caribenha Dionne Brand diz em seu livro The Map to the Door of No Return que o corpo negro é sempre um corpo naturalizado na cultura popular. E ela lembra: na cultura ocidental o natural é cativo da ciência, que é feita por aquele sujeito racional que Silva descreve tão bem. Esse corpo naturalizado é também o corpo do nordestino forte que resiste ao sol, a seca e a fome. A racialização do Nordeste que Moraes descreve também produz como efeito simbólico a identidade de uma cultura nordestina, quase que outra nação habitando internamente o corpo nacional brasileiro. Identidade difusa que se espalha país a dentro, tão presente em São Paulo, obstaculizando o sonho de uma nação moderna aos moldes europeus, ou seja, branco, daqueles que vão para Gramados e acordam pensando estar na Suíça.

Este sonho de nação é para muitos um longo pesadelo em que a morte bate à porta dentro do próprio estômago. O pesadelo da fome. Ou quando a morte berra de fora, com os tiros de pistoleiros contra comunidades indígenas. Além dos sonhos cancelados de centenas de milhares de mortos pela pandemia. O sonho desse Brazil com Z que debocha de quem morre e de quem tem fome é assombrado por dentro pela miríade de corpos espectrais que atrapalham a foto de cartão-postal do Brasil ideal, filho legítimo da Europa.

O dia das eleições, 2 de outubro, foi também o dia quando se completaram 30 anos do massacre do Carandiru. 111 pessoas foram mortas num mesmo dia e num mesmo lugar por uma instituição parte do Estado brasileiro. Como Jordhanna Cavalcante e Marcos Queiroz já argumentaram, o massacre do Carandiru foi a inauguração do que viria a ser a democracia brasileira: uma forma de governo em que a morte negra faz parte da normalidade e realiza o funcionamento da norma.

Por um lado, o governo do PT nunca foi capaz de acabar com a normalidade da violência antinegros. Mas o ainda atual governo fez de tal violência um discurso público sem pudor. Nessa equação, acredito que a situação do Brasil hoje ainda é a de enfrentamento de um passado colonial que persiste na nossa configuração social. Isso é explícito na concentração fundiária, na violência contra povos indígenas para expandir a extração de recursos naturais exportados para os países do Norte e na violência cotidiana contra as pessoas negras.

Ainda temos muito o que lutar para superar esse passado que não passa. E com certeza é muito mais difícil lutar quando a ameaça contra quem luta se torna uma política de Estado. Lula não é a solução dos nossos problemas justamente porque tais problemas são nossos e sem nossa mobilização coletiva e ação coordenada as soluções não virão de um messias. Já vimos o estrago que um tal messias pode causar em poucos anos.

Espero que nos próximos anos possamos estar mais distantes desse passado e reencontrar um passado diferente para nosso país. Um passado com a história de nossos povos, dos nossos bisavôs que guardam como que a última memória de que temos ainda ligação com uma história muito mais longa do que a história do Brasil como Brasil.

Um passado pra sonhar.

Um futuro ancestral.

 

 

[Imagem: Gilvan Samico – fonte: http://www.outraspalavras.net]

Comeza o Congreso Internacional de Toponimia no Camiño de Santiago

«Avieira como símbolo dos viaxeiros, da peregrinación, é unha creación da lingua galega. Só en galego conflúen nunha mesma palabra o substantivo que designa a cuncha do bivalvo e o adxectivo relativo ás vías dos camiños», proclama o académico Gonzalo Navaza. O Congreso Internacional de Toponimia no Camiño de Santiago arrincou onte a súa andaina na Facultade de Filoloxía da USC (Universidade de Compostela) cunha indagación das relacións dos nomes de lugar cos relatos xacobeos lendarios e reais.

Foi Navaza quen abordou na conferencia inaugural as etimoloxías xacobeas, dende o inexistente campo de estrelas de Santiago ata o nacemento de Viana do Bolo e da Coruña. Ao longo de tres días, o congreso reúne especialistas de Galicia, a Península, Italia e Francia. O encontro cobrará hoxe pulo musical con Germán Díaz, que ofrecerá (ás 19.30 horas) un concerto aberto ao público sobre a zanfona e a ruta xacobea.

No comezo do congreso, organizado pola Real Academia Galega (RAG) coa colaboración da USC e a Asociación Galega de Onomástica (AGON), e o apoio da Deputación da Coruña e da Xunta, o presidente da RAG, Víctor F. Freixanes, quixo pór de relevo a importancia deste encontro, que, anotou, «confirma a Academia e o mundo académico galego en xeral como un dos centros da toponimia, non só pola enorme riqueza que ten a nosa terra en nomes de lugar, senón pola tradición dos estudos de toponimia».

A académica Ana Boullón, organizadora do congreso xunto coa académica correspondente e presidenta de AGON, Luz Méndez, sinalou que o obxectivo é impulsar as novas investigacións sobre os nomes de lugar en Europa, a través dunha chamada á sistematización dos estudos científicos neste eido relacionados coas rutas xacobeas. «Queremos —di— que o europeísmo e tamén a multidisciplinariedade percorran as xornadas: a aplicación das novas tecnoloxías, a historia, a cartografía, o turismo ou a rehabilitación do patrimonio serán outros dos distintos eixes do proxecto».

O de Compostela foi un dos nomes abordados por Navaza, exemplo que dá conta da pegada na toponimia das crónicas do Camiño, lendarias e reais. Lembrou que é o diminutivo do resultado común galego do participio do verbo latino componere, con diversos significados, dende compoñer e construír ata adornar. «Quizais ten que ver con que a basílica de Santiago acabouse de construír a finais do século IX, o que explica a tardía aparición deste topónimo», suxire o profesor da Universidade de Vigo.

A crenza tan estendida de que Compostela quere dicir «campo de estrelas» ten en calquera caso moito de etimoloxía xacobea. Baséase nunha das lendas recollidas no libro cuarto do Códice Calixtino, o Pseudo Turpín (século XII), a crónica mítica da presenza de Carlomagno en Galicia. «Nos primeiros textos do Códice Calixtino menciónase a claridade cando se fala do lugar onde apareceu o sepulcro do apóstolo, pero non as estrelas. Estas non aparecen ata o Pseudo Turpín, no episodio en que Carlomagno soña que as estrelas o guían ata Santiago. Daquela, seguindo o camiño das estrelas, prepara a expedición na que irá deixando o Camiño libre de infieis. Este material lendario incorporouse ao Códice a partir da tradición da traslatio, a que explica como chegaron os restos do Apóstolo a Galicia ata o porto fluvial de Iria Flavia, que aparece nas fontes documentais con posterioridade á da inventio, a referida á descuberta do sepulcro do Apóstolo», detalla.

Malia ser o Pseudo Turpín un texto rexeitado pola ortodoxia católica, a lenda transmitiuse. No XV a estrela xa formaba parte da iconografía popular xacobea e no XIX chegou a oficializarse dalgún xeito cando o bispo López Ferreiro tivo por certa esta etimoloxía, dando comezo a unha serie de polémicas dentro da propia Igrexa, engade Navaza.

É un exemplo das etimoloxías fantásticas que imperaron durante séculos, antes de que se procurase o rigor científico. «Durante moito tempo a arte etimolóxica foi unha especie de rama da filosofía que consistía en ver o que esconden as palabras, en revelar a íntima realidade que designan, dicíase. E a través dela consolidáronse moitas ocorrencias e lendas», argúe Gonzalo Navaza.

Sobre Santiago, Liberum Donum, Libredón, Crunia, Faro e Brigantium

O outro elemento do topónimo da capital galega, Santiago, ten tamén unha clara orixe medieval asociada ao achado do sepulcro do apóstolo. «A aglutinación de santo ao nome non atopa equivalencia noutras linguas romances, agás no castelán porque o recibe do galego», indica Gonzalo Navaza, que aclara que formas como Xacobe non son completamente equivalentes a Santiago. A primeira refírese ao patriarca do Antigo Testamento, Iacob en latín; e Santiago é a forma aplicada aos apóstolos de Xesús a partir da forma latina Iácobus. Si son variantes de Santiago Iago ou Tiago, mentres que Diego, malia o que se adoita dicir, non garda relación.

Pero como se chamaba antes Santiago de Compostela? O Chronicon Iriense (século X) e a Historia compostelá (XII) rexistran a denominación en latín Liberum Donum, e só posteriormente aparece a correspondencia romance Libredón, que fai referencia ás terras seguramente doadas polas autoridades a raíz da descuberta do sepulcro e que gozaban da protección da coroa. «Isto explica outra etimoloxía xacobea, a do Milladoiro e outros lugares da zona co mesmo nome, porque as sucesivas doazóns de terra arredor do sepulcro iríanse marcando con miliarios».

O da Coruña é outro dos topónimos xacobeos estudados por Navaza que non proceden da tradición local, senón que foi tamén asignado polo rei don Afonso inspirándose nas crónicas carolinxias do Códice Calixtino, segundo propón o filólogo. Antes de pasar a chamarse Crunia no ano 1208, lembra, a cidade coñecíase como Faro, nome que á súa vez substituiría o antigo Brigantium.

Un professeur américain raconte que les deux tiers de ses étudiants ne savent pas lire les cursives, et qu’un nombre encore plus grand est incapable de les écrire.

Abandonner l'écriture cursive, c'est sans doute dire au revoir à une certaine façon de considérer la société. | Amaury Gutierrez via Unsplash

Abandonner l’écriture cursive, c’est sans doute dire au revoir à une certaine façon de considérer la société. | Amaury Gutierrez via Unsplash

Repéré par Thomas Messias 

Pour The Atlantic, un professeur d’histoire d’une fac américaine s’interroge sur les conséquences potentielles de l’arrêt de l’apprentissage de l’écriture cursive (l’écriture «à la main»). Son questionnement sur le sujet a démarré après qu’un de ses étudiants d’un niveau similaire à celui de nos licences lui a confié n’avoir pas pu tirer beaucoup d’informations du livre sur la guerre de Sécession que l’enseignant lui avait prêté, car il avait été incapable de déchiffrer les reproductions de manuscrits qui y figuraient.

Drew Gilpin Faust, le prof, a alors procédé à un sondage, et s’est rendu compte que les deux tiers des étudiants de cette promotion ne savaient pas lire les cursives, et qu’un nombre encore plus grand ne savait pas les écrire. D’où le début d’une réflexion, menée conjointement avec ses élèves, sur la place –et surtout l’absence– de l’écriture manuelle dans leur existence.

Au début des années 2010, rappelle Drew Gilpin Faust, l’écriture cursive a été rayée des enseignements imposés au sein du système américain K-12, sigle désignant le cursus scolaire allant de la maternelle au secondaire. Les étudiants d’aujourd’hui étaient alors à l’école primaire, où on leur a appris à utiliser des tablettes, des ordinateurs et des tableaux numériques. La plupart d’entre eux affirment n’avoir reçu que les bases de l’écriture cursive, pendant une année maximum.

Étonné par sa propre époque mais bien décidé à ne pas sombrer dans une observation amère de celle-ci, Drew Gilpin Faust fait preuve d’un certain fatalisme. «Le déclin de l’écriture cursive semble inévitable», écrit-il. «Après tout, l’écriture est une technologie, et la plupart des technologies sont tôt ou tard dépassées et remplacées.» Une affirmation frappée du sceau du bon sens, même si pour la plupart d’entre nous, qui avons grandi dans un système éducatif où l’écriture cursive était au centre de tout, il semble improbable que celle-ci puisse disparaître un jour.

Il reste particulièrement difficile d’envisager que des étudiants en histoire ne sachent ni lire ni écrire en lettres cursives, étant donné qu’ils ne pourront alors déchiffrer aucun manuscrit, et qu’ils devront se contenter de lire les travaux de recherche produits par d’autres. Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit impossible de mener de brillantes études d’histoire: c’est ainsi que l’un des étudiants de Faust est allé au bout de sa thèse, dont il a simplement remodelé le sujet afin de ne pas rencontrer d’obstacles liés à sa méconnaissance de l’écriture manuscrite.

Pour autant, n’est-il pas regrettable de devoir limiter son champ de recherche à cause de cette compétence manquante? L’enseignant cite aussi le cas d’une étudiante passionnée par Virginia Woolf, mais qui a décidé d’abandonner ses recherches sur l’autrice car elle n’était pas capable de lire ses nombreuses correspondances, écrites à la plume.

Communication rompue

Autre préoccupation de l’enseignant: comment font les étudiants et étudiantes pour déchiffrer les annotations laissées sur leurs copies? La réponse est simple: certains n’hésitent pas à demander à leurs professeurs, et d’autres ont purement et simplement décidé de les ignorer… ce qui est évidemment problématique. Si les uns continuent à utiliser l’écriture cursive et que les autres décident de ne même pas essayer de la lire, alors le dialogue de sourds est total.

Quid des listes de courses? Des cartes de vœux? Nous, les adeptes de l’écriture manuscrite, voyons mal comment nous pourrions nous en passer. La réponse est similaire à ce que Faust écrit plus haut: ce n’est qu’une technologie, elle est donc remplaçable. Tout ceci peut être fait de façon numérique, via un smartphone ou un ordinateur –et, si besoin, à l’aide d’une imprimante.

Abandonner l’écriture cursive, c’est sans doute dire au revoir à une certaine façon de considérer la société. Cela ne signifie pas pour autant que l’on perde au change. Sauf dans des situations comme celles de ces étudiants en histoire, qui se retrouvent perdus devant une simple écriture manuscrite comme nous le serions devant des hiéroglyphes égyptiens.

 

[Source : http://www.slate.fr]

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Os deuses e os heroes nunca mostraron unha actitude moi favorable coa xeografía. ¿Por que habían de facelo? Da mesma maneira que rexeitaron a historia, refuxiándose no seu propio tempo mítico, tamén o espazo mítico lles permitiu resistir as tentativas de seren cartografados. ¿Acaso Deus debería entregar á humanidade un mapa no que tivese marcado o itinerario cara a terra prometida? ¿Que tería sido a Odisea se Ulises tivese nas súas mans unha carta de navegación? Tampouco Dante, cando ingresa no Inferno, conta cun mapa; pero el é acompañado por un guía: un Virxilio convertido nunha especie de xeógrafo mítico, ou un xeógrafo do mito, como cada quen prefira. Mais, como se dixo, poucas cousas hai tan distantes entre si como a xeografía e o mito. Nin sequera as descricións do Inferno de Dante, tremendamente gráficas, son fáciles de cartografar. A expresión que empregamos como título, “cartografías invisibles“, é, a fin de contas, un paradoxo.

Sandro Botticelli, Mapa do Inferno (ca. 1480-1490). Biblioteca Apostólica Vaticana. Fonte: Wikimedia Commons

E malia todo, sempre cabe a posibilidade dunha mente brillante capaz de descifrar esta contradición e, sendo ademais benevolente, iluminar aos demais, mostrarlles o camiño. ¿Quen mellor para iso que un cartógrafo? Cara o final do século XV sería Botticelli quen, nunha empresa de cartografía mítica, pintase un dos mapas máis completos do Inferno. Un rodopío no que Lucifer atrae cara si aos pecadores, dominados polas forzas da gravidade e centrípetas ―forzas que antes de ser definidas polas ecuacións da física xa parecían ser intuídas―. O de Botticelli non é nin moito menos o primeiro mapa do Inferno dantesco: entre outros, Bartolomeo di Fruosino trazaba un Inferno claustrofóbico e desordenado, na liña do imaxinario medieval. Tal e como podemos imaxinar que é o Inferno. Mais o “mapa” de Bartolomeo non describe un territorio extensivo nin unha paisaxe que se preste á contemplación; se acaso podemos falar dunha paisaxe sonora formada polos alaridos e os lamentos dos pecadores, pero nada que se preste á vista. Dante fálanos de ríos e lagos, de desertos, de bosques, de cidades, espazos que aínda podendo resultar desagradables se prestan á contemplación. O remuíño de Botticelli, ao que seguirán moitas outras representacións semellantes do Inferno dantesco, presenta xa certo indicio de paisaxismo, de territorialidade.

Bartolomeo di Fruosino, Inferno (ca. 1430-1435). Biblioteca Nacional de Francia. Fonte: Wikimedia Commons

Neste Inferno Dante é un explorador nun continente descoñecido, e Virxilio o seu guía nativo. Como explorador, o florentino deberá realizar tarefas de cartógrafo e de antropólogo. E como tal, conta desde o primeiro momento cunha limitación: o seu propio itinerario. Os mapas dos exploradores remiten aos seus propios pasos, ás vereas e ás corredoiras, e inclúen as observacións e os datos que ao longo deses camiños poden compilar. Pero os intersticios que quedan entre os camiños tenden a converterse en espazos míticos, espazos ignotos onde viven o seres míticos e os monstros cuxas imaxes habitan os ocos en branco das antigas cartografías. Mais no Inferno a cousa cambia: alí os monstros saen ao encontro do explorador, habitan os mesmos camiños. Non hai espazos intersticiais porque todo o Inferno é espazo mítico.

É por isto que nin Bartolomeo di Fruosino nin Sandro Botticelli, nas súas empresas para cartografar o Inferno, precisan saírse do camiño. Mais, a diferenza do seu predecesor, Botticelli xa inclúe aquel indicio paisaxístico, algunha ollada ao territorio. O que si precisan ambos é un cambio de código, pois se na crónica de viaxe ofrecida por Dante prima o temporal, no traballo do cartógrafo o importante é o espacial. As cartografías infernais que sucederán as reportaxes do florentino manteñen certo horror vacui, a sensación de claustrofobia e a saturación dos sentidos ―os berros dos condenados, o cheiro a sangue e xofre, as visións espantosas―, mais agora aparece un principio ordenador: o camiño. Nestes mapas do Inferno todo é camiño, un camiño espiraliforme que ao desenvolverse sobre si mesmo non deixa lugar aos espazos intersticiais. Mais non son necesarios, pois o mesmo camiño é, neste caso, espazo mítico.

Podemos pensar, ademais, que o Inferno é tempo mítico: temporalmente está sometido ao mesmo carácter cíclico que o camiño. ¿Que quere dicir isto? Que o itinerario seguido por Dante, aínda supoñendo un lapso concreto, representa a totalidade do Inferno. O Inferno é eterno retorno, eterna penitencia; non hai redención nin cambio posible. Os avaros loitarán entre si a pedradas pola posesión duns bens durante toda a eternidade, os violentos contra a natureza corren baixo unha chuvia de lume sen chegar nunca a ser consumidos e reducidos a cinza. O Inferno é, espacial e temporalmente, un ciclo pechado sobre si mesmo. Nada escapa á forza centrípeta de Lucifer, que atrae aos pecadores cada si mesmo e os incapacita para calquera outra cousa que non sexa a penitencia ―chegando a casos como o dos avaros, nos que pode chegar a interpretarse que o castigo é auto-inflixido―. Os pecadores non están en condicións de alzar a súa vista á paisaxe; non poden ser contempladores, e moito menos cartógrafos. A cartografía é traballo para o explorador, e non para o habitante; sobre todo no Inferno.

Por algún motivo, nin sequera os sabios do Inferno sentiron a necesidade de saír fóra a cartografar o inframundo: tanta sabedoría reunida dentro dunhas murallas que conteñen o único espazo verde do Inferno, e ninguén elaborou un mapa do Inferno. Só un deles, Virxilio, se atreve a saír destas murallas para servir de guía aos visitantes. Pero os guías mostran os camiños e describen os intersticios, o seu coñecemento do territorio non responde á visión extensiva dos cartógrafos, cuxo traballo non deixa de ser un intento de racionalización da totalidade do mundo. É por iso que o Inferno se lle escapa: porque é un gran espazo intersticial, mítico; refuxio de monstros e temores. Un espazo extinto pola cartografía moderna. Unha de tantas cartografías invisibles.

[Fonte: http://www.mazarelos.gal]

Escrit per AGUSTÍ PONS

En el  llibre, Història dels avis que no vaig tenir (Llibres Anagrama) el seu autor, Ivan Jablonka, escriu: “La distinció entre les nostres històries de família i allò que voldríem anomenar la Història, amb la seva pomposa majúscula inicial, no té cap sentit. És exactament el mateix”. En efecte, cadascú de nosaltres viu la seva pròpia i intransferible història personal però, en siguem conscients o no, hi ha un fil conductor roig que ens uneix a la Gran Història, aquella que expliquen, o explicaven, els llibres de text; i ara, viquipèdia. La meva generació, per exemple, la dels nascuts els anys quaranta del segle passat, vam viure sota la presència de la Guerra Freda i aquest concepte, que ens semblava aliè a la nostra situació, va tenir, si ho mirem de prop, un impacte quotidià en les nostres vides.

Els avis de l’historiador francès Ivan Jablonka (1973) van morir a Auschwitz per la seva condició de jueus. Formaven part d’aquesta Gran Història que tenim assimilada en el nostre àmbit de coneixement d’una forma més o menys conscient o explícita. Els avis que Ivan Jablonka no va conèixer van ser dues més dels milions de víctimes de l’antisemitisme en l’Europa del segle XX. Però allò que fa diferent, i depriment, el llibre de Jablonka és que, gràcies a la reconstrucció de la vida dels seus avis, en adonem que l’Holocaust no va sortir del no res. La tragèdia de la familia Jablonka posa de manifest que l’Holocaust va ser l’exacerbació, fins a uns límits criminals que traspassen qualsevol imaginació possible, d’un fenomen, l’antisemitisme, que durant els decennis anteriors s’havia estès, amb major o menor virulència, per tota Europa. Els avis Jablonka van viure a Parczew, un petit poble de la Polònia repartida entre l’Imperi austro-hongarès, Rússia i Prússia. Formaven part de la comunitat jueva que  mantenia la seva pròpia llengua –l’ídix– i no cal dir que la seva pròpia estructura religiosa, familiar i, també, en molts casos, educativa.

Sobre ells queia el menyspreu, quan no la ira, dels catòlics no només per qüestions religioses –els jueus vistos com a deïcides—sinó perquè en un país, Polònia, sense existència legal, el catolicisme constituïa l’ancoratge del prohibit sentiment patriòtic. Els jueus de Parczew vivien legalment i socialment discriminats i això feia que la seva subsistència diària sovint fos precària quan no directament miserable. Ivan Jablonka reconstrueix la vida dels seus avis “in situ” i ho fa amb l’exactitud d’un bon historiador i la capacitat narrativa d’un bon escriptor. I a través dels trasllats de residència a que es veu obligada la família Jablonka per sortir de la misèria i de la persecució ens adonem que l’antisemitisme, legal i social, és present  no només a Polònia sinó també a Rússia, França i no cal dir que, finalment, a Alemanya. Tan sols aconsegueixen sobreviure amb unes mínimes condicions humanes aquells membres de la família Jablonka que emigren a Buenos Aires.

A mesura que avançava el segle XX, les mesures repressives contra els jueus anaven en augment fins arribar al sarcasme més cruel. A la França del cap de govern Daladier molts dels jueus que hi havien arribat des de Polònia o des d’altres països on eren perseguits –perquè pensaven que França era la terra dels drets humans– no aconseguien fàcilment la targeta de refugiat polític. Quan això succeïa, passaven a ser immigrants il·legals amb ordres de deportació si la policia els aturava pel carrer. Però, com se’ls podia deportar si els dirigents del seu país d’origen havien  aprovat una llei que prohibia precisament l’entrada de jueus?  Indocumentats, doncs, a París es veien obligats a portar una via subterrània, sense possibilitats d’obtenir cap contracte, malvivint del que ara en diríem economia submergida, instal·lats en pisos, o habitacions, d’acusada insalubritat. Quan els alemanys van entrar a París i van decidir començar les deportacions no van tenir gaire feina a trobar jueus: feia temps que la policia de la capital francesa tenia una llista, barri per barri, de les famílies jueves. L’avi que Ivan Jablomka no va conèixer s’havia apuntat a l’exèrcit francès en els mesos inicials de la Segona Guerra Mundial però ni això li va servir de refugi. Desmobilitzat després de la fulminant derrota de l’exèrcit francès res ni ningú no va evitar que ell i la seva dona fossin detinguts i duts a Auschwitz en una de les batudes massives que els nazis van efectuar. Però també és cert –i així ho recull el llibre—que no tots els francesos es van comportar de la mateixa manera. També hi va haver veïns, i organitzacions més o menys clandestines, que van aconseguir salvar alguns ciutadans jueus.

Per escriure aquest article he consultat l’entrada Daladier de la viquipèdia. S’explica amb detall la seva vida política; els seus encerts i els seus errors. De les lleis aprovades sota el seu mandat i que tant van perjudicar als jueus que havien trobat refugi a França no se’n diu res. Per al qui ha escrit l’entrada aquest no sembla un tema important. És un exemple més que l’antisemitisme es viu o que es continua volent fer creure que va ser flor d’un dia i d’un país.

 

[Font: http://www.dietariobert.cat]

La mayor parte de sus detractores están muy lejos de la altura moral de Gorbachov, pero tienen razón en una cosa: sin él, no puede explicarse el fin de la URSS.

Mijaíl Gorbachov, en la plaza Roja de Moscú en 1989.

Escrito por Nicolás de Pedro

Mijaíl Gorbachov, que ha muerto este martes a los 91 años, cambió el mundo. Con seguridad, más de lo que previó y, probablemente, mucho más de lo que quiso. Su intención nunca fue poner fin ni a la Unión Soviética ni al Gobierno comunista. No perseguía instaurar una democracia liberal, sino un « socialismo con rostro humano ». Su agenda de « reestructuración », que no « reforma », buscaba, así, insuflar un nuevo vigor al sistema soviético.

Pero no era en absoluto un cínico. Gorbachov quería genuinamente mejorar el sistema y con ello la vida de sus conciudadanos. A diferencia de otros jerarcas soviéticos, sus orígenes eran muy humildes y había conocido las penurias, disfuncionalidades y durezas del sistema desde su infancia en el campo de Stávropol hasta su ascenso a la cúspide del poder. Y, como apunta Marc Marginedas, mantuvo “intacta su integridad, algo excepcional en un país donde las luchas por el poder se libran de forma descarnada”. A lo que cabe añadir que la corrupción omnipresente tampoco hizo mella en su característico idealismo, optimismo y bonhomía.

Para revitalizar la URSS, Gorbachov necesitaba poner fin a la insostenible carrera nuclear y rivalidad con EEUU. De nuevo, no había cinismo en su empeño. Gorbachov era un firme convencido de la necesidad de asegurar la paz mundial. Su química personal tanto con Ronald Reagan como con George Bush padre resultó clave para poner fin a la Guerra Fría. Gorbachov se convirtió así en Gorby, un personaje, particularmente querido y admirado en la Europa Occidental, de Berlín a Madrid. También resultó clave su decisión de retirarse de la Europa central y oriental.

Sin la amenaza del Ejército Rojo, los regímenes comunistas se desmoronaron uno tras otro. Y a diferencia de líderes soviéticos precedentes, Gorbachov se abstuvo de usar la fuerza.

Las interpretaciones de la época y actuales de esta retirada son un buen ejemplo del choque de percepciones entre Moscú y sus vecinos y del idealismo de Gorbachov. Así, el dirigente soviético parecía convencido de que (una vez superadas las turbulencias políticas del momento) sus antiguos satélites mantendrían fuertes lazos con Moscú. Y hoy día, buena parte del ecosistema del Kremlin muestra una profunda irritación con lo que percibe como ingratitud por parte de estos países ante la retirada voluntaria de las fuerzas rusas.

Es decir, ni Gorbachov antes ni Putin hoy han sido capaces de comprender que en estos países se percibiera esta retirada como un ejercicio de liberación nacional.

Otro tanto puede decirse de la relación pasada y actual de Moscú con el resto de exrepúblicas soviéticas. Aquí, Gorbachov se mostró mucho más implacable y beligerante hasta el final con la idea de la ruptura soviética.

A pesar de que Gorbachov siempre quiso desmarcarse de la violencia, las fuerzas soviéticas reprimieron con dureza las muestras de contestación en su periferia, de Lituania a Kazajstán. De ahí la aparente paradoja de que en antiguas repúblicas soviéticas como Uzbekistán o Kazajstán se le recuerde, en ocasiones, como un nacionalista ruso chovinista y en Rusia como un típico representante del internacionalismo soviético hostil al nacionalismo ruso.

Esta paradoja se explica, en parte, porque Gorbachov rompió un pacto no escrito, pero vigente desde la época de Brezhnev con relación al funcionamiento de las repúblicas. En esencia, debían mostrarse leales a Moscú para los asuntos de Estado y a cambio podían hacer y deshacer a su antojo en sus asuntos locales. Se institucionalizaba así el estancamiento y la corrupción endémica en la Unión Soviética. No se trataba de que las cosas funcionaran, sino de que pareciera que funcionaban y todos fingieran que era así. Y eso era, precisamente, con lo que quería acabar Gorbachov.

Ese genuino afán reformista sin vocación de ruptura fue lo que, probablemente, llevó a Yuri Andrópov, jefe del KGB y posterior secretario general de la URSS, a aupar a un joven Gorbachov al politburó en 1980. Al contrario de lo que podía suceder en Europa Occidental o en América Latina, no era fácil encontrar a alguien sinceramente convencido de las bondades del modelo soviético en la Unión Soviética. Así que Gorbachov tenía algo de rara avis. Pero tanto él como Andrópov erraban y eran injustos al poner el foco exclusivamente en la periferia. La corrupción no era parte del sistema, sino el mismo sistema integrado verticalmente de Moscú a los confines soviéticos.

El apadrinamiento de Gorbachov por parte de Andrópov también tiene algo de irónico hoy, si tenemos en cuenta que este último es reverenciado por Putin y otros veteranos del KGB que, a su vez, desprecian a Gorbachov. Y el Kremlin no está solo en eso. Gorbachov era, en general, muy impopular en Rusia. Su recuerdo, quizás, será más positivo en el futuro. Pero hoy día, las valoraciones van desde quienes le consideran débil (lo peor en la cultura política rusa) hasta quienes, en clave conspirativa y un tanto delirante, le acusan de ser un traidor al servicio de Occidente.

La relación con el Kremlin de Putin no fue, pues, demasiado fluida y ya veremos cómo se desarrolla la despedida del último dirigente de la URSS. Anticipando el que, quizás, será el tono estos días, el vicepresidente de la Duma ha declarado que “quiere creer que Gorbachov se arrepintió en sus últimos días”.

En el discurso oficialista, Gorbachov es el máximo responsable de lo que Putin caracterizó como la “gran catástrofe geopolítica del siglo XX”.

Y las críticas de Gorbachov al actual inquilino del Kremlin, aunque escasas y muy contenidas, no hicieron sino aumentar la antipatía hacia su figura. Así, a principios de 2012, Gorbachov, como muchos otros moscovitas a la luz de las protestas en la plaza de Bolotnaya, se mostró crítico con el retorno de Putin a la presidencia tras el paréntesis de Medvédev, a lo que Dimitri Peskov, portavoz del Kremlin, replicó que “el antiguo jefe de un país enorme [la URSS] que, básicamente, destruyó, le sugiere que dimita a otro hombre que ha sido capaz de salvar a Rusia de correr la misma suerte”.

La mayor parte de sus críticos y detractores están muy lejos de la altura moral de Gorbachov, pero tienen razón en una cosa: sin él, no puede explicarse el fin de la URSS. Porque, al contrario de lo que suele repetirse en Occidente, el colapso de la Unión Soviética no fue inevitable. Muy al contrario, la disolución de la URSS fue inesperada, contingente y en parte fortuita. Y ahí, aunque no lo pretendiera así, Gorbachov jugó un papel decisivo para alumbrar un nuevo mundo.

 

Nicolás de Pedro es experto en geopolítica y jefe de Investigación y Senior Fellow del Institute for Statecraft. Es el autor en este periódico de La gran partida, un blog de política internacional sobre competición estratégica entre grandes potencias vista desde España.

 

[Fuente: http://www.elespanol.com]

Escrit per AGUSTÍ PONS

 L’enfonsament del comunisme va agafar per sorpresa a bona part de l’opinió pública europea perquè pocs eren conscients de la situació de col·lapse a la qual havia arribat la Unió Soviètica. Tenia més al·licients discutir sobre comunisme i eurocomunisme que no pas girar el cap envers Rússia i veure quina era la realitat d’aquell país. Jo vaig ser-hi  poc  després que Ielstin es fes amb el poder i era tan absolutament depriment el que vaig veure que al tornar a Barcelona vaig necessitar unes quants dies abans de posar-me escriure (i en aquells anys tenia l’obligació d’escriure cada dia).  Havia vist misèria a altres ciutats del món però tant a Ciutat de Mèxic com a Istanbul o a Rabat m’havia topat amb grups d’estudiants que circulaven en ciclomotors cap a la universitat, amb joves recepcionistes d’hotel que parlaven en anglès i s’esforçaven en atendre’t, és a dir, amb ciutadans que intentaven obrir-se camí i esforçar-se perquè creien que així viurien millor. A Moscou ningú no semblava tenir l’esperança en res i em vaig escruixir en veure com a les sortides de les boques de metro velles mestresses de casa venien els seus ocells domèstics, amb la gàbia inclosa. Svetlana Aleksiévitx ho ha explicat molt millor en el seu llibre Temps de segona mà. La fi de l’home roig, publicat per Raig verd en traducció de Marta Rebón.

            Aquesta és la Rússia que es va trobar Gorbatxov. Gorbatxov era un partidari radical d’europeïtzar Rússia, que era l’objectiu (utòpic) que s’havien plantejat alguns dels polítics i intel·lectuals dels segles XIX i XX. Però no tots. Enfront de l’europeïtzació, hi havia els qui assumien un eslavisme fet d’una barreja de patriotisme i misticisme. Rússia estava destinada a les gestes més altes sempre i quan no perdés uns valors propis, que no tenien res a veure –o gaire a veure— amb els de la Il·lustració. Aquesta és la discrepància, per exemple, entre Turgenev i Dostoievski com molt bé explica l’historiador Orlando Figes a Los europeos. Stalin es vantava, entre els seus íntims, d’haver aconseguit per a Rússia més territori que cap altre tsar o emperador: des de quasi Viena fins a Vladivostok. Però aquesta era una situació insostenible després del col·lapse del comunisme. Putin i els seus diran el que voldran però Gorbatxov no va poder fer res per mantenir els països de l’Europa de l’Est sota la seva fèrula. Eren països, Estats, que havien conegut la independència i, per tant, amb capacitat per tornar-se a organitzar autònomament així que les circumstàncies ho fessin possible. I és el que van fer.

           Una altra cosa és el pas del comunisme al capitalisme. No hi havia, ni hi ha, cap manual que ho expliqui. (A l’inrevés, sí). Havel, per boca de Glukcsmann, havia dit allò de “sortir del comunisme per tornar a la història” però ningú no sabia com fer-ho; probablement, Gorbatxov, tampoc. “Perestroika” i “glasnost” eren dos conceptes incitants per als intel·lectuals d’Occident i per a la petita minoria que a Rússia somiava amb un règim basat en la separació de poders però de contingut eteri. Tampoc no hi havia cap model on agafar-se. Nosaltres, vull dir els catalans i espanyols que érem joves a la caiguda del franquisme, ens podíem emmirallar en els avenços aconseguits durant la Segona República tot i que, ja de grans, arribéssim a la conclusió que la majoria dels seus dirigents no quedarien absolts per la història. I el mateix es pot dir dels ciutadans dels Estats Units, d’Anglaterra o de França. Es poden emmirallar en els puritans del “Mayflower”, en la història del seu Parlament o en la Declaració del Drets de l’Home. A quin tsar o a quin experiència històrica es podien emmirallar els russos? Potser per això és tan difícil treure el cadàver de Lenin de la plaça Roja.

            No podem esperar grans canvis en la situació política de Rússia. Putin ha posat en pràctica la versió més violenta de l’irredemptisme eslau després d’haver assumit les pràctiques més absolutistes del tsarisme i del comunisme. Gorbatxov queda, de moment, com una rara flor; una rara flor que, tanmateix, va possibilitar posar fi a una de les tiranies més criminals de tota la història de la humanitat.

 

[Font: http://www.dietariobert.cat]

Río de Janeiro, Salvador de Bahia e Niterói acollerán actos que terán como punto de partida O libro negro da lingua galega, de recente publicación en Xerais.

O escritor Carlos Callón durante a presentación da súa novela O libro negro da lingua galega, a obra que percorre 500 anos de persecución e silenciamiento do galego. EUROPAPRESS

O escritor Carlos Callón durante a presentación da súa novela O libro negro da lingua galega, a obra que percorre 500 anos de persecución e silenciamento do galego.

Como foi, e tamén como continúa a ser, a represión por razón de lingua no lugar do mundo onde naceu o galego-portugués. Ese é o punto de partida do ciclo de conferencias que o profesor Carlos Callón desenvolverá para a semana en tres universidades brasileiras. Callón realizará esas achegas desde a súa recente investigación O libro negro da lingua galega.

A primeira conferencia efectuarase na Universidade Federal da Bahia no día 22 de agosto e servirá como actividade inaugural do semestre para o Centro de Estudos da Lingua e da Cultura Galegas. O evento presentarao o profesor Márcio Coelho Muniz, especialista na literatura medieval galego-portuguesa.

No 24 de agosto a Universidade do Estado do Rio de Janeiro acollerá unha conversa co mesmo motivo, introducida pola escritora e investigadora Thayane Gaspar. Xa no día seguinte, a historia da represión do galego será protagonista dun evento na Universidade Federal Fluminense de Niterói, presentado polo profesor e pesquisador Xoán Carlos Lagares.

O libro negro da lingua galega, que percorre a historia do silenciamento do idioma propio do país desde finais do século XV até finais do XX, presentouse ao longo do mes de xullo por diferentes puntos da xeografía galega e está a ter unha excelente acollida. Case 1.400 persoas participaron nos actos de lanzamento en Galicia, que incluíron tamén dous roteiros en Santiago de Compostela e en Pontevedra para seguir as pegadas da represión idiomática nas rúas destas cidades.

Os actos no Brasil dan inicio a unha xira de presentacións do volume por diferentes lugares de Europa e da América. O propósito do autor con esta rolda de eventos en diferentes lugares é « axudar a dar a coñecer internacionalmente que o galego existe, que ten unha historia e que a día de hoxe non contamos coa igualdade de dereitos necesaria para garantir o noso mañá ». « A causa do galego fai parte da loita por un planeta diverso e con futuro », conclúe Callón.

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A nova obra de Carlos Callón percorre 500 anos de persecución e silenciamento do galego

O profesor de Xeografía e Historia do Instituto Español de Lisboa, Carlos Callón, presentou ‘O libro negro da lingua galega’, unha obra que se centra na represión existente cara á lingua galega desde 1543 ata a actualidade.

O acto de presentación celebrouse na libraría Couceiro, en Santiago de Compostela. Xunto ao autor, nacido en Ribeira, acudiron o director da editorial Xerais, Fran Alonso; o presidente da Mesa pola Normalización Lingüística, Marcos Maceira, e a licenciada en Tradución e Interpretación Iria Taibo.

Carlos Callón reivindicou a situación de « perigo » na que se atopa o idioma galego, preto dun punto de « non retorno ». O autor explicou que o obxectivo principal da obra, dividida en 15 capítulos, é « transformar o presente mediante o coñecemento do pasado ».

Ademais, Callón fixo un chamamento ao presidente da Xunta de GaliciaAlfonso Rueda, para que lea a novela. « Debe ler este libro para defender a lingua e a cultura que nos une », sentenciou o profesor de Xeografía e Historia.

TRABALLO IMPRESCINDIBLE

O presidente da Mesa da Normalización Lingüística, Marcos Maceira, recalcou que esta obra é un « traballo imprescindible » para coñecer as desditas que viviu o galego nos últimos 500 anos. Tamén mostrou a súa queixa ante a falta de documentos en galego –Seguridade Social ou pólizas de seguro– e a ausencia de oferta audiovisual en galego.

Pola súa banda, Fran Alonso subliñou a revitalización da lingua galega, a pesar da menor competencia das novas xeracións. Esta obra, en palabras de Alonso, é un « fito para a sociolingüística, coñecemento e manexo do galego ». Ademais, o director editorial de Xerais indicou que as principais fontes do libro foron documentos xurídicos, textos represivos contra o galego e documentos de debates xurídicos.

Alonso tamén afirmou que esta obra axudará a desmentir catro tópicos sobre o idioma. Estes estereotipos son a non imposición do castelán sobre o galego, a non existencia de políticas lingüísticas contra o idioma, persecución exclusiva durante o franquismo e o non impulso da lingua debido á baixa demanda da poboación.

UNHA VINTENA DE PRESENTACIÓNS EN XULLO

Carlos Callón confirmou 20 presentacións durante o mes de xullo para promocionar a novela en diversas localidades galegas. Das exposicións, o autor destacou as dúas que se celebrarán en Santiago de Compostela e Pontevedra.

A presentación na capital galega efectuarase o 7 de xullo na Praza Cervantes. Neste evento realizarase un itinerario para visitar os focos principais da represión lingüística do galego na cidade. O outro acto destacado será a celebración o 16 de xullo doutra ruta en Pontevedra desde o Museo Provincial.

[Imaxe: EUROPAPRESS – fonte: http://www.galiciaconfidencial.com]