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Eric Zemmour, homme pressé ? Le polémiste assiste à un panel sur la « famille » à Budapest le 24 septembre, sans avoir, à ce jour déclaré officiellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Attila Kisbenedek/AFP

 

 

Écrit par Alain Policar

Chercheur associé en science politique (Cevipof), Sciences Po

 

Pour Éric Zemmour, qui occupe l’actualité médiatique sans que l’on sache toujours s’il est candidat ou non à l’élection présidentielle, la France est menacée par le « séparatisme civilisationnel ». Ce terme (séparatisme) n’est sans doute pas le fruit du hasard : se souvient-on qu’il fut utilisé pour parler des luttes décoloniales, notamment celle des Algériens et, bien avant, dans l’Antiquité, qu’il était l’expression d’un reproche classique fait aux Juifs – certains auteurs considèrent qu’il est au fondement de la judéophobie ?

Notre mode de vie, nos « valeurs » seraient menacés par la montée en puissance de l’islam, à tel point que le « Grand remplacement », dans un horizon annoncé comme trop proche pour ne pas s’en inquiéter, ne manquera pas de se produire. Devant ce supposé danger, il conviendrait de mettre en avant les vertus de l’assimilation.

Ce faisant, Éric Zemmour ne fait qu’actualiser ce qui a longtemps été la doctrine de la République, doctrine dont seul le « camp national » défendrait l’héritage, tout en se gaussant de ses valeurs. En effet, ces dernières exprimeraient une « vision post-moderne de l’Homme ». Passons sur l’absence de définition du concept de post-modernité, et traduisons : désirer l’égalité et la fraternité, ce serait œuvrer pour « l’indifférenciation des peuples et des individus, la négation de leur histoire et leur disparition en tant qu’entités civilisationnelles et politiques ».

Mais alors si l’indifférenciation est un mal, comment vouloir l’assimilation, laquelle a pour ultime objectif d’indifférencier ? Comprenne qui pourra.

En réalité, Zemmour accepte les différences dès l’instant où ceux qui les incarnent sont placés dans un statut de subordination : selon lui, la grandeur de la France ne réside-t-elle pas dans sa mission civilisatrice, c’est-à-dire dans l’éducation, par la colonisation, des « races inférieures » ?. Position indifférente aux horreurs du racisme colonial, considérées comme le prix à payer pour l’édification morale des indigènes.

L’assimilation, une politique aux fondements raciaux

Cette adhésion à l’assimilation ne doit pas surprendre si l’on se souvient qu’elle a été le nom servant à justifier une politique aux fondements raciaux. Politique qui s’exprime avec limpidité dans l’existence de privilèges pour les colons, faisant de ces derniers une sorte d’aristocratie, c’est-à-dire de race à part. D’ailleurs, ainsi que le souligne l’historien américain Tyler Stovall, les colons se désignaient plus volontiers comme Blancs ou Européens que comme Français :

« C’est dans les colonies que les conceptions de l’idée nationale française se confondirent d’abord avec l’idée raciale de blancheur. »

Mais revenons à Éric Zemmour et à ses thèmes de prédilection. L’adhésion à l’assimilationnisme implique, malgré l’apparent paradoxe, l’inassimilabilité de quelques-uns. Le polémiste ne rappelle-il pas régulièrement que l’islam n’est pas compatible avec la République ? À cet égard, il est significatif que l’obtention de la citoyenneté pour les femmes musulmanes d’Algérie, en 1958, ait été liée, lors de cérémonies d’inauguration, au retrait de leur voile : comment mieux exprimer l’idée qu’il fallait alors cesser d’être musulmane pour devenir française ?

Archives de l’INA, YouTube

C’est clairement l’avis du polémiste. Mais, même s’il envisage une remigration (de qui, exactement ?), il dit ne nourrir aucune hostilité envers les musulmans que seuls des esprits étroits confondraient avec l’islam.

Mais que serait un homophobe qui n’éprouverait aucune méfiance envers les homosexuels ? À travers le cas d’Éric Zemmour, nous comprenons que l’idée ancienne d’une nation française définie en termes raciaux influence durablement les débats contemporains. Et ce ne sont pas les appels incantatoires à l’universalisme qui nous persuaderont du contraire.

De quel universalisme parle-t-on ?

Car, ce qui est proposé aux immigrés est de se plier aux traditions françaises, celles-ci étant supposées universelles par essence. L’universalisme alors n’est plus un humanisme ouvert à la diversité mais un « symbole de résistance du nationalisme français ». C’est bien ainsi que le décrit Achille Mbembe dans l’ouvrage collectif de 2005, consacré à La Fracture coloniale :

« À force de tenir pendant si longtemps le “modèle républicain” pour le véhicule achevé de l’inclusion et de l’émergence à l’individualité, l’on a fini par faire de la République une institution imaginaire et à en sous-estimer les capacités originaires de brutalité, de discrimination et d’exclusion. »

Le jugement peut paraître sévère, mais l’histoire française, bien avant d’ailleurs l’instauration de la République, témoigne de cette connotation racialiste. L’universalisme se fourvoie, jusqu’à se vider de sa substance, lorsqu’il fait de l’identité nationale la boussole du combat républicain.

En réalité, le modèle assimilationniste est lié à une conception dévoyée de l’universalisme, qu’il est commun de désigner, avec Michael Walzer, comme « de surplomb ». Le philosophe américain attire l’attention sur le caractère incertain, quant à ses effets, d’un universalisme, celui du judaïsme des temps prophétiques, qui se proposerait de servir de lumière pour les nations.

Uniformément éclairées, certes, mais « la lumière étant faible et les nations récalcitrantes », il se peut que l’œuvre civilisatrice prenne beaucoup de temps, voire un temps infini. Les fondements mêmes du colonialisme et les raisons de son refus sont énoncés avec une impressionnante sobriété par le philosophe américain :

« Les serviteurs de Dieu se tiennent au centre de l’histoire […], tandis que les histoires des autres sont autant de chroniques de l’ignorance et de conflits dépourvus de sens. »

Une haine de l’universel

Joseph de Maistre (1753-1821), homme politique. Peinture de Karl Vogel von Vogelstein, vers 1810. Wikimedia

Il n’est pas sans signification de noter que la position de surplomb peut se vêtir d’autres habits, notamment ceux de l’anti-cosmopolitisme, lequel vilipende utopistes invétérés et belles âmes aveuglées. N’est-ce pas exactement sur ce registre que se situe Éric Zemmour ?

Si bien qu’il est permis de faire l’hypothèse que derrière ce faux universalisme se dissimule en réalité une haine de l’universel qui puise ses racines dans la pensée contre-révolutionnaire telle que l’exemplifie la fameuse phrase de Joseph de Maistre dans ses Considérations sur la France (1796)) :

« J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan, mais quant à l’homme je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie. »

De la même façon, Zemmour décrit un monde fragmenté au sein duquel doit prévaloir l’obsession de la pureté, c’est-à-dire la haine du mélange, l’angoisse d’indistinction. Il y a trois ans environ, nous écrivions ici même, à propos de sa place dans l’espace public, qu’il nous fallait résister à la « sémantique du crépuscule », celle que décrit Orwell dans 1984, instrument d’assujettissement des individus par l’intermédiaire d’un langage appauvri et manichéen. Peut-être est-il encore temps ?


L’auteur publie « L’universalisme en procès », Le Bord de l’eau, 5 novembre 2021.

 

[Source : http://www.theconversation.com]

Orwell descendió a las simas donde se oculta el Leviatán y pasó una temporada en su vientre, escrutando sus entrañas. Nos contó lo que vio y nos advirtió que nunca había que bajar la guardia. Leer sus artículos es una buena forma de mantenerse despierto y alerta

Algunos escritores nos dejan imágenes que revelan lo que hay en su interior. No son simples instantáneas, sino gestos que expresan su concepción de la ética, la política o las relaciones humanas. Al escribir sobre George Orwell, pseudónimo de Eric Arthur Blair, se me vienen a la cabeza varias imágenes que retratan su forma de entender la historia, la moral o la literatura. La primera es una famosa fotografía con las milicias del POUM. Orwell se encuentra al fondo. Solo se lo identifica por su estatura, que sobresale notablemente, superando a sus compañeros por una cabeza. Su pelo alborotado le imprime ese aspecto de estudiante bohemio e indisciplinado al que Eton no ha logrado domesticar. Parece un advenedizo, un ejemplar exótico en un lugar muy alejado de su hábitat. Orwell pensaba que iba a luchar contra el fascismo de los militares sublevados, sin sospechar que el virus de la intolerancia también había infectado las filas republicanas. La persecución del POUM cambiará profundamente su visión de la política, convirtiéndole en una de las primeras voces que criticó el comunismo desde la filas de la izquierda, pues nunca renunció a sus convicciones socialistas. Orwell consideraba que la misión del intelectual era entrometerse en los escenarios más peliagudos, husmeando debajo de las alfombras. La impertinencia no es un efecto colateral, sino la esencia de su quehacer.

Orwell fue un testigo incómodo de la Guerra Civil. Desmontó las versiones maniqueas, señalando que el totalitarismo poseía dos máscaras: fascismo y comunismo. Se anticipó a Hannah Arendt gracias a su experiencia como combatiente en el frente de Aragón, donde un francotirador franquista le hirió en el cuello con un balazo que casi le cuesta la vida. Orwell siempre temió la muerte por causas naturales. Pensaba que la biología nos aboca a una agonía nauseabunda, pero comprobó que una herida de guerra no era mucho mejor. Sobrevivir al disparo de un soldado enemigo, no le libró de una muerte prematura. Enfermo de tuberculosis desde la época de Sin blanca en París y Londres (1933), cuando intentaba triunfar como escritor y sus escasos ingresos le obligaban a frecuentar los comedores públicos y dormir en albergues, falleció en 1950 en un hospital londinense. Nacido en la India británica en 1903, Orwell pasó a la historia como un raro ejemplo de equilibrio entre política y literatura, dos ámbitos que suelen repelerse, pero que él logró conjugar con acierto. Autor de dos de las novelas más influyentes del siglo XX, Rebelión en la granja (1945) y 1984 (1949), su figura ha sido alabada y denigrada con fervor. Acusado –falsamente- de delator y reaccionario, sería absurdo negar sus flaquezas, como sus prejuicios homófobos, pero es innegable que su obra ha prestado un valioso servicio a la causa de la libertad, desenmascarando las artimañas del pensamiento totalitario.

La segunda imagen de Orwell que acude a mi mente es la que le muestra examinando una espada japonesa. El escritor británico nunca fue pacifista. De hecho, opinaba que el pacifismo favorecía a los tiranos. Cuando Hitler bombardeó las ciudades inglesas, se pronunció a favor de responder con la máxima dureza: “Si alguien deja caer una bomba sobre vuestra madre, dejad caer dos bombas sobre la suya”. Cuando le vemos con un cigarrillo en la boca desenvainando una espada japonesa, entendemos que no habla en broma. Orwell apreciaba mucho el coraje, la camaradería masculina y la belleza de las armas. Policía en Birmania durante cinco años, detestaba el autoritarismo, pero siempre fue un hombre de acción y jamás escondió su desprecio por los revolucionarios de salón. La tercera imagen que completa en mi memoria el perfil de Orwell exhibe su sonrisa frente a un micrófono de la BBC. Lejos de cultivar el aislamiento del escritor recluido en su torre de marfil, siempre prefirió mancharse con el barro de la historia. Voluntario antifascista en España, flagelo de los totalitarismos y agitador político con vocación pedagógica, Orwell concibió la escritura como un servicio público y no como una expresión de la subjetividad o una aventura estética.

Entre 1937 y 1949 escribió docenas de artículos que abordaban las distintas facetas del totalitarismo, un fenómeno complejo que no se circunscribe exclusivamente al terreno de la política, sino que también afecta al ámbito de la religión, la ética, la estética y la psicopatología. DeBolsillo acaba de publicar una selección de esos textos agrupados bajo el título Opresión y resistencia. En sus páginas, Orwell no se conforma con realizar análisis teóricos. Escritor con una aguda conciencia de su tarea como artífice de mundos sostenidos por la palabra, reflexiona sobre las motivaciones que le han impulsado al terreno de la creación literaria. En un arranque de sinceridad, admite que recurrió a la escritura para compensar sus fracasos en la vida cotidiana, pues se sentía inadaptado e infravalorado. Ese propósito, solo vagamente consciente en sus inicios, no le llevó a cultivar una literatura intimista o formalista. Nunca experimentó la urgencia de crear una obra de arte, sino de denunciar injusticias o llamar la atención sobre tragedias apenas conocidas. Jamás le interesó explorar los límites del lenguaje o conocerse mejor mediante la introspección. “La buena prosa es como el cristal de una ventana” y solo prospera mediante la “anulación constante de la personalidad”. Escribir nunca le resultó placentero: “Es un combate horroroso y agotador, como si fuese un brote prolongado de una dolorosa enfermedad”. Escribir no es una elección racional, sino el fruto de una fatalidad: “Nadie emprendería jamás semejante empeño si no le impulsara una suerte de demonio al cual no puede resistirse ni tampoco tratar de entender”.

Orwell evoca su participación en la Guerra Civil española desmitificando la retórica bélica y la épica comunista. La rutina del frente carece de ardor guerrero. Fundamentalmente, se lucha contra el hambre, el frío, el miedo, el sueño y los piojos, y cuando surge la oportunidad de matar al enemigo, a veces se producen inesperadas paradojas, como le sucedió a él, incapaz de disparar a un fascista que huía con los pantalones bajados. Orwell no condena la guerra. Admite que es el mal, pero en ocasiones es “el mal menor”. A veces hay que pelear para sobrevivir y “para hacerlo hay que ensuciarse”. Todos los bandos cometen atrocidades, pero no todos los contendientes son iguales. Siempre hay una causa más justa que otra. En el caso de la Guerra Civil española, había que tomar partido por los obreros y campesinos, explotados y maltratados, o por la burguesía, preocupada exclusivamente por sus privilegios: “El odio que la República española suscitó en los millonarios, duques, cardenales, playboys, conservadores y no sé cuántos otros bastaría para mostrar cómo son las cosas en realidad. En esencia, se trataba de una lucha de clases. De haber triunfado, la causa de la gente común habría salido fortalecida en todas partes. Pero se perdió, y los que viven de sus rentas en el mundo entero se frotaron las manos. Ese fue el asunto de fondo, y el resto es mero parloteo”.

Orwell se burla de los que acusan a los obreros de materialistas, señalando que las necesidades del estómago son mucho más urgentes que las del alma. Paradójicamente, las circunstancias políticas internacionales provocarán que los comunistas españoles acaben luchando indirectamente al lado de los golpistas, frenando las tendencias revolucionarias de los anarquistas. La consigna de Stalin es que las democracias occidentales deben saber que la Unión Soviética ha renunciado a exportar la revolución a otros países. Las purgas contra el POUM incluirán la manipulación periodística. Por primera vez, Orwell descubrirá que la prensa oculta hechos, los deforma o los inventa. Es una de las estrategias básicas del totalitarismo. No es suficiente alterar el presente. También hay que modificar el pasado, si resulta conveniente. El objetivo es que la mentira adquiera el prestigio de la verdad. Orwell confiesa que esa forma de proceder le “atemoriza mucho más que las bombas”. Un mundo donde un líder político pueda decidir que dos más dos son cinco sumiría a la humanidad en una oscuridad terrorífica.

En su evocación de la Guerra Civil española, Orwell, que no es un simple publicista sino un literato, no se limita a contrastar ideas. Su memoria rescata dos recuerdos que le parecen más reveladores que cualquier panfleto. El encuentro con un joven miliciano italiano –“fiero, conmovedor, inocente”- que le sonríe mientras le estrecha la mano le corroborará la existencia de una generación de hombres y mujeres de admirable dignidad. Sabe que el fascismo no descansará hasta exterminar a esos luchadores que encarnan la posibilidad de un mundo mejor. Ya en el frente aragonés, alguien robará un paquete de puritos a Orwell y acusarán a un joven barcelonés de los arrabales, con la piel muy oscura y de aspecto casi árabe. Lejos de protestar, el muchacho se dejará registrar. Descalzo, menudo y vestido con harapos, cuando su inocencia queda acreditada, no exige ninguna disculpa o satisfacción. A pesar de no ser culpable, no ha intentado defender su dignidad. “En el fatalismo de su actitud –escribe Orwell- podía verse la desesperada pobreza en que había sido criado”.

El desencanto experimentado en España no implicó un cambio de ideas. Orwell jamás dejó de identificarse con el socialismo democrático. Siempre soñó con las milicias rojas acuarteladas en el Ritz, pero quiso dejar muy claro que él no era uno de esos intelectuales de izquierdas que se burlaba del patriotismo o del arrebato experimentado en el campo de batalla, cuando el individuo descubre que forma parte de un cuerpo imperecedero y místico. “Un movimiento socialista inteligente utilizará el patriotismo en vez de limitarse a insultarlo”. Partidario de la independencia de la India, Orwell aboga por la nacionalización de los sectores estratégicos, pero considera necesario ser respetuoso con la tradición, preservando instituciones como la monarquía. Le preocupa el hedonismo de los ingleses, que desactiva la ambición y la capacidad de resistencia frente a la adversidad. Asegura que si el totalitarismo se extiende por todo el planeta, la literatura desaparecerá, pues no puede desarrollarse sin libertad. Afirma que el principal pecado de la izquierda ha consistido en pretender ser antifascista sin ser antitotalitaria. Esta falta quizás hay que atribuirla al misticismo revolucionario. No es posible regenerar la sociedad, utilizando la violencia como método de acceso al poder. Los izquierdistas no reparan en eso, tal vez porque el dogmatismo ideológico engendra “hombres huecos” (T. S. Eliot), incapaces de pensar por sí mismos. Cualquier cambio duradero debe basarse en la educación de las masas. Sin pedagogía, no habrá progreso. Lo cierto es que de momento el concepto de proletariado internacional es un mito. Un partido de fútbol moviliza más a los trabajadores que la conciencia de clase. Eso sin contar que la prosperidad de los obreros ingleses depende de la explotación de los trabajadores de la India, casi reducidos a la esclavitud. Orwell se adentra en el terreno de la psicopatología reconociendo que la actividad revolucionaria muchas veces es el resultado de un desajuste personal: “la gente saludable y normal no se siente más atraída por la violencia y la ilegalidad que por la guerra”.

Aunque Orwell se declara socialista democrático, muchas veces habla como un liberal: “Si algo significa la libertad, es el derecho a decirle a la gente lo que no quiere oír”. No parecen las palabras de un socialista, que suscribe una ideología con dogmas casi místicos, como que al final de la historia se impondrán la justicia y la igualdad, sino las de un librepensador, siempre dispuesto a ser intempestivo e impertinente. Orwell admite que su socialismo nace de la repugnancia que le produce la explotación de los trabajadores y no de la fe en la economía planificada. El socialismo alberga la creencia irracional de que el paraíso es posible en la Tierra, pero lo cierto es que la Unión Soviética no es el Edén, sino una dictadura donde el Partido ha ocupado el lugar de la burguesía, convirtiéndose en la nueva clase dominante. Ya en los años 30, con una historia relativamente breve, parece un Estado teocrático que ha sacrificado la verdad objetiva. Sus consignas son verdades inmutables ante la opinión pública, pero los líderes pueden alterarlas en cualquier momento. El totalitarismo exige una obediencia ciega, pero prescinde de la coherencia, algo inconcebible para un verdadero escritor. La literatura es incompatible con cualquier forma de ortodoxia. El escritor siempre es un hereje, una voz discordante. Por eso, los inquisidores de todas las épocas responden a sus palabras con el fuego. “Si desaparece la cultura liberal en la que hemos vivido desde el Renacimiento –escribe Orwell, expresándose otra vez como un liberal y no como un socialista-, el arte literario perecerá con ella”.

El socialismo es un credo optimista, pero ese talante no se observa en el autor de Rebelión en la granja y 1984. Su visión del panorama internacional es sombría. Piensa que la ONU es perfectamente inútil y nunca logrará ser un freno efectivo para la guerra. Se muestra partidario de la unidad de Europa bajo la égida de la socialdemocracia y cree que es imprescindible mantener el servicio militar obligatorio, preparando a la población para defenderse de agresiones de los gobiernos totalitarios. Orwell acusa a Gandhi de facilitar el dominio inglés con su apología de la no violencia. Su santidad, que incluía la abstención de comer carne y mantener relaciones sexuales, le parece inhumana. Entre Dios y el hombre, Gandhi elige a Dios. En cambio, Orwell se inclina por el hombre y elogia los placeres de la Tierra. El pacifismo encierra una trampa letal: “Si no estás dispuesto a quitarle la vida a alguien, con frecuencia debes estarlo a que se pierdan vidas de otra manera”. A pesar de sus críticas, Orwell reconoce la talla moral de Gandhi: “¡qué olor tan limpio consiguió dejar detrás de sí!”.

Los artículos de Opresión y resistencia no han perdido vigencia. El nacionalismo y el fanatismo religioso han regresado. En Europa y Estados Unidos, el populismo ultraconservador no deja de ganar adeptos. El antisemitismo se ha debilitado, pero no ha desaparecido el odio racial, ahora desplazado a los inmigrantes musulmanes. El comunismo se ha convertido en una fuerza residual, pero la crisis de 2008 le proporcionó oxígeno, rescatando ese aliento utópico que hipnotizó a varias generaciones. El Leviatán a veces se esconde en las profundidades, pero puede volver a la superficie cuando las masas, abrumadas por la inseguridad y el miedo, suspiran por el amparo de un Estado fuerte y paternal. Vivir bajo la sombra de un dragón puede ser una grata experiencia para el que ha conocido la precariedad y la incertidumbre. Orwell descendió a las simas donde se oculta el Leviatán y pasó una temporada en su vientre, escrutando sus entrañas. Nos contó lo que vio y nos advirtió que nunca había que bajar la guardia. Leer sus artículos es una buena forma de mantenerse despierto y alerta. La libertad es una larga vigilia que se prolonga más allá del amanecer, pues el poder totalitario nunca renuncia a su ambición de esclavizar al ser humano.

[Fuente: http://www.elcultural.com]

 

L’école dispense aux élèves une certaine culture littéraire, mais aucune culture linguistique. D’où les nombreuses bourdes proférées sur le sujet. Florilège.

Écrit par Michel Feltin-Palas

Ce fut dit sur un ton sympathique, mais sans l’ombre d’une hésitation. En septembre 2017, Emmanuel Macron affirme à propos de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par François Ier en 1539 : « À ce moment-là (…), le roi a décidé que tous ceux qui vivaient dans son royaume devaient parler français ». Incroyable bévue ! En réalité, cette fameuse ordonnance s’est contentée de chasser le latin des actes de justice (1). En revanche, elle se moquait comme de colin-tampon de savoir quelle langue utilisaient les Français pour converser.

Imaginez maintenant que notre chef de l’État commette la même bourde dans des domaines comme l’économie ou la diplomatie : cela ferait à coup sûr les gros titres des journaux et le déconsidérerait pour la fonction présidentielle. Là ? À peine un entrefilet en page 32, et encore. Car, en la matière, l’ignorance est généralisée. Il est vrai que, si l’école s’efforce d’initier les élèves à Molière, Voltaire et Balzac – ce en quoi elle a bien raison – elle ne dispense à ses élèves aucune culture linguistique. La preuve avec ces quelques idées reçues qui circulent à propos de notre langue nationale.

« Les rois de France ont toujours parlé français. » Evidemment pas. Sans remonter à Vercingétorix, qui s’exprimait en gaulois, les premiers « rois de France » furent les Mérovingiens et des Carolingiens. Or ceux-ci avaient pour langue maternelle des idiomes germaniques : le francique pour Clovis et le tudesque pour Charlemagne. Le premier monarque à parler « français » (ancien français, plus exactement) fut Hugues Capet, qui monta sur le trône en 987.

« C’est à Tours qu’on parle le français le plus pur. » Voilà l’une des affirmations que l’on entend le plus souvent en cette matière. À tort. Le mythe est né au XVIe siècle quand un grammairien… anglais, Jehan Palsgrave, asséna cette « vérité » dans un traité intitulé L’esclarcissement de la langue françoyse. L’explication ? Sous la Renaissance, la cour est itinérante et passe une grande partie de son temps dans les châteaux de la Loire. C’est donc évidemment la prononciation des aristocrates venus de Paris et non celle des paysans tourangeaux que Palsgrave juge la « meilleure ». Car hier comme aujourd’hui, la règle est toujours la même : l’accent prétendument « neutre » est celui de la classe sociale au pouvoir.

« Le français est une langue en danger. »Aucunement. Certes, sur la planète, notre langue nationale est dominée par l’anglais. Certes encore, une partie de ses « élites » recourt à qui mieux mieux aux anglicismes. Mais cela ne doit pas tromper. Avec quelque 270 millions de francophones, jamais le français n’a compté autant de locuteurs. Mieux encore : ce nombre devrait doubler dans les décennies qui viennent. Ce qui vaut mieux, on l’admettra, que de figurer dans la liste des quelque 2000 langues menacées de disparition.

« Ce qui n’est pas clair n’est pas français » (Antoine de Rivarol). J’ai déjà consacré une chronique à ce sujet. Citons ici simplement des phrases comme « Je loue mon appartement » ; « Je suis votre hôte » ou « Cet avocat est pourri » et l’on admettra que cette affirmation est pour le moins sujette à débat.

« Le français assure l’égalité entre les citoyens ». Que penseriez-vous si je vous disais que « l’alsacien assure l’égalité entre les citoyens » ? Il est probable que vous trouveriez ce postulat outrageusement avantageux pour les Alsaciens – et vous n’auriez pas tort. Curieusement, la France est donc parvenue à doter une seule de ses nombreuses langues – celle de Paris, le siège du pouvoir – de toutes les fonctions de prestige (administration, études, médias, etc.) ; à en priver les autres et à présenter cette mesure fondamentalement inégalitaire comme une mesure d' »égalité ». Merveille de la rhétorique…

« Le français est la langue de la liberté. » Encore une erreur ! Certes, le français fut la langue de la Révolution et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Mais dois-je rappeler qu’elle fut aussi la langue… de l’Ancien Régime ? De même, notre idiome national fut par la suite à la fois la langue du colonialisme et de l’anticolonialisme, des dreyfusards et des antidreyfusards, de la Résistance et de la collaboration… En réalité, les langues ne portent aucune valeur. Chacune peut être mise au service de n’importe quelle idée, des plus fraternelles aux plus détestables.

« L’Académie française est composée de linguistes ». Pas du tout ! On y compte pour l’essentiel des écrivains, des historiens, des philosophes, des hauts fonctionnaires, sans oublier un ancien ministre, un biologiste et un évêque. Seuls deux philologues disposent de solides connaissances linguistiques : Barbara Cassin et Michel Zink.

« Le français se dégrade. » Non, le français évolue, ce qui est très différent. Bien sûr, ces évolutions résultent parfois de véritables erreurs (j’ai déjà expliqué dans cette lettre comment un « ombril » est devenu fautivement un « nombril »). Mais tel est le propre de toutes les langues vivantes. C’est d’ailleurs le latin tardif de nos ancêtres, c’est-à-dire un latin truffé d' »erreurs » par rapport au latin classique de Cicéron, qui a fini par déboucher sur l’ancien français. Et c’est cet ancien français qui, à la suite de multiples modifications, a abouti à notre français actuel. Lequel évoluera encore dans les siècles à venir…

« Les Français ont toujours parlé français. » Si cela est aujourd’hui le cas (à l’exception des immigrés de fraîche date et de quelques régions de Mayotte ou de Wallis-et-Futuna), ce phénomène est tout à fait nouveau, et même inédit dans la longue histoire de notre pays. Du temps de François Ier – élève Macron, soyez attentif ! – seuls 10 % à 20 % des sujets du roi maîtrisaient la langue du roi. Un pourcentage qui atteindra péniblement 20 % sous la Révolution et qui n’aurait franchi la barre des 50 % qu’aux alentours de la Première Guerre mondiale. Ce qui permet de rappeler que la France est un pays multilingue.

Concluons. Loin de moi l’idée de dénigrer le français, qui est ma langue maternelle et que j’adore. Simplement n’est-il pas inutile de distinguer la vérité scientifique du simple chauvinisme linguistique. Un défaut au demeurant largement répandu sur la planète…

(1) Pour le reste, les spécialistes sont divisés : certains considèrent qu’il s’agissait de remplacer le latin par le français, d’autre part les langues comprises par le peuple, quelles qu’elles soient.

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Qüestionarà el significat “més estricte i caduc” d’expressions com ‘ser un home’ o ‘comportar-se com un home’

El Centre de Noves Masculinitats impulsat per l’Ajuntament de Barcelona ha entrat en funcionament aquest dijous, segons ha informat el consistori de la capital catalana. Es tracta d’un equipament que neix amb la voluntat de ser un espai obert a la ciutadania per promoure models de masculinitats “positius, oberts, plurals i heterogenis”. Un altre dels objectius de la iniciativa és generar imaginaris diferents del significat “més estricte i caduc” de “ser un home” o “comportar-se com un home”, així com per promoure la transformació social cap a relacions més sanes i igualitàries, segons subratllen els seus responsables.

A finals de juliol l’Ajuntament presentava una iniciativa que l’alcaldessa de la ciutat, Ada Colau, definia com una de les “més interessants” impulsades pel consistori. Colau afirmava aleshores que, per exemple, les agressions al col·lectiu LGTBIQ+ “estan molt vinculades a un model de masculinitat patriarcal que cal revisar”.

El nou equipament neix amb tres línies estratègiques sobre les quals treballarà: l’esport (un dels sectors socials on el rol de masculinitat hegemònica és molt present, afirmen des del consistori), l’educació (amb el disseny d’un catàleg d’accions pensat per als diferents agents de la comunitat educativa) i la cultura (tot fomentant la creació de peces i espais en els equipaments culturals de la ciutat que tractin la temàtica).

En paral·lel, el centre neix amb la voluntat de “crear comunitat”. Per aquest motiu s’ha generat un espai de participació en la plataforma ‘Decidim‘, per tal que la ciutadania que estigui interessada a treballar els models de masculinitats plurals pugui fer arribar les seves propostes i opinions.

‘PLURAL, Centre de Masculinitats’, ubicat a l’avinguda del Marquès de l’Argentera, 22, també és la nova seu Servei d’atenció a homes per la promoció de relacions no violentes (SAH) i compta, en total, amb un equip professional de 10 tècnics. L’espai disposa d’una gran sala polivalent, despatxos per entrevistes, sala de reunions i l’àrea per als professionals. El seu pressupost anual és de 1,3 milions d’euros.

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

Si furgueu per internet i busqueu el nom de Marian Díez, trobareu que és l’escriptora recentment guanyadora –amb l’obra Allò que imaginàvem que seria– del premi de narrativa Enric Valor de la Diputació d’Alacant. Seguiu i prompte vos assabentareu que aquesta dona polièdrica i manyosa en tot el que es proposa, també és actriu, monologuista, guionista, blocaire, columnista i tècnica de l’Ajuntament del seu poble, Monòver, on és responsable de cultura, festes i educació. I jo volia parlar amb ella, amb la secreta esperança que ens facilitara la fórmula que li permet multiplicar-se i ser una dona, una escriptora, tan eixerida.

Marian Díez Picó

Publicat per Gràcia Jiménez

Allà que me’n vaig a Monòver, on hem quedat per xarrar, i, gràcies al meu agosarat navegador, com la protagonista d’un dels seus monòlegs, arribe per uns viaranys insospitats descobrint paratges recòndits on se solapen casetes d’estiu, vinyes, fàbriques i vies de tren. Al centre de la vila, tope amb l’imponent Casino, que delata una societat agrícola i industrial pròspera, i comprove que no duc el mòbil i no tinc l’adreça exacta. No passa res, segur que algú m’ajudarà a trobar el carrer i la casa. Pregunte a una senyora que em diu en un bell valencià del sud que ella no sap ni el nom del seu carrer, però que sap anar a tots els llocs. Ben fet, pense, ací les dones són molt valentes. Després de dos intents més, una amable estanquera em diu, ah! sí, la xica dels monòlegs, i m’envia al carrer de dalt. Ja davant del panell de timbres, un espontani, que em veu perduda, m’assegura que l’escriptora viu al primer pis. No és cert, però. Moleste uns quants conveïns de Marian Díez i, per fi, entre. Dec haver muntat un cert aldarull, ja que sent com Marian crida des de l’escala el meu nom i m’arreplega amistosament abans que jo m’enganye de banda i de planta. Li conte l’odissea i ens riem amb ganes, ella amb un riure que s’encomana.

Sembla que tot al teu voltant es multiplica, no hi ha lloc per a l’avorriment

No sé, no sé, d’avorrir-me no tinc temps…, soc com una dona orquestra. Si ho veus en conjunt dius: hala, quanta cosa! No pare, però hi va haver anys d’atur obligat per la maternitat, la criança va ser un parèntesi fins que el meu fill Arnau va fer un any i vaig reprendre les actuacions, els monòlegs. Va ser molt complicat, feia els bolos prop de casa, amb el xiquet al cotxe, dins del carret al camerino…

Vas estar en guaret uns anys, però la teua realitat té molts vessants, és molt polièdrica

Jo diria, altrament, que molt complicada, afegint-hi una mare amb 93 anys, que tinc a casa, i això no et pots imaginar com ho ha complicat tot, afegint-hi els meus fills preadolescents, la faena… Ho estic duent un poc d’aquella manera.

I les actuacions els caps de setmana…

Sí, però no és la meua activitat professional; van eixint cosetes, i Xavier Monzó, el meu company a l’escenari, consulta si pot ser o no. En Xe, de poble en som dos, però en “Noche de perros y girasoles” l’obra que portem de Juan Luis Mira, en som tres i ja és més difícil.

I quan trobes temps per escriure?

Sobretot els caps de setmana; abans jo era d’alçar-me molt prompte o vetlar de nit, però he hagut de desmuntar-ho tot, literalment; el meu estudi ara és l’habitació per ma mare…, ja no tinc espai per mi… Però em busque la vida! A l’estiu escric a la terrassa, i m’encanta.

Si Virginia Wolf alçara el cap!

Ja ho pots dir! A voltes arribe a casa i els meus fills s’han apoderat d’un lloc que jo cobejava per poder treballar, però al final sempre trobes el temps i l’espai per fer la teua.

Dona multitasques que, a més de treballar a l’Ajuntament, fa teatre, escriu monòlegs, un blog, columnes a la premsa, novel·les… Ho fas per disciplina militant o perquè disposes d’una personalitat hiperactiva?

He, he, un poc de tot, però t’he de dir que el moment d’escriure és el millor del dia. Estic esperant que arribe, el gaudiment, és una necessitat. Hi ha dies que vals més i d’altres no tant, però tracte de traure temps.

Escriure és el que et dona més pau, on et sents més tu?

Sí, manes tu, tu vas dirigint la història i els personatges. En el teatre autors i directors et marquen el camí, i ja em va bé. Però també, de vegades, ho passe malament. A voltes em dic: però en quins embolics em pose?

El verí del teatre…

Així és. La setmana prèvia a l’estrena estic nerviosa… però una volta soltes la primera frase ja va rodat i ja tot és gaudir.

Diuen que el públic et traspassa adrenalina.

Sí, però que conste que el dia de la funció, des del matí, el passe fent-me valerianes! No ho puc evitar!

Parlem de la teua obra. Com a sociòloga de formació, supose que observes molt la gent.

M’encanta observar, però no escodrinyar, eh!, que jo no vull ser xafardera! Més bé soc com una esponja: escolte una conversa a un cafè i ja hi veig una columna, un monòleg, fins i tot una novel·la.

Allò que imaginàvem que seríem relata el tràfec quotidià d’una dona més o menys com tu. La protagonista, Diana, és el teu alter ego o és un patró de dona d’una determinada edat?

Puc ser jo, sí, té algunes coses meues, o de qualsevol altra dona en circumstàncies semblants, quan arribes a aquell punt que estàs atrafegada atenent els pares i els fills. Però hi ha moltes coses en la història de Diana que no tenen res a vore amb mi, encara que moltes de nosaltres, tan despernegades, ens podem identificar amb ella, intentant tindre vida pròpia. I jo m’ho mire tot això amb humor…

Quan isca el llibre, la segona quinzena d’octubre, en faràs presentacions…

Jo encantada, ja en tinc ganes. Supose que estarem a les places del llibre, i a les fires. Serà diferent de quan interprete dalt de l’escenari . M’interessa molt el que m’arriba dels lectors, et diuen coses que no t’han passat pel cap, que t’ajuden a millorar, a reflexionar. Especialment els clubs de lectura, on espere que em conviden.

La novel·la és divertida i tots tenim ganes de riure, o de somriure. Parlem d’això, de la diversió, de l’humor, una constant en tot el que fas.

Em trobe molt còmoda en la ironia, utilitzar aquest recurs m’agrada molt.

I per què?

No ho sé. Vaig començar a escriure monòlegs per identificació i admiració d’Andreu Buenafuente, i ací estic.

Buenafuente et va prologar el teu primer llibre, Sempre plou quan no hi ha escola, conta’m, conta’m.

Sí, sí. Sobre el 2001 o 2002 comence a sentir els seus monòlegs per internet i a la tele. M’encantaven, i vaig pensar que jo podria contar coses semblants de Monòver –dius Monòver però és qualsevol poble–, que tots al final s’assemblen… Vaig començar a escriure’n un cada setmana i l’enviava per e-mail a un llistat de gent, amics, que, al seu temps, el passaven a més gent, i així es va ampliar el cercle. Recorde que un dels primers que em va fer un comentari va ser Vicent Soler, actual conseller d’Hisenda, a qui jo no coneixia però es veu que li arribaven…

Què et va dir? (I Marian diu de memòria):

«Els teus monòlegs són com una gota d’aigua fresca.»

(I riu).

Vaig seguir en aqueixa dinàmica i quan ja en tenia molts de monòlegs, vaig muntar un espectacle, ací a Monòver, que es deia Els monòlegs de Marian. Eren unes 10 peces, que incorporaven gent del poble, prou coneguda, que mai havien estat dalt d’un escenari. Allò va ser…, uff! La Casa de Cultura atapeïda, que no en cabien més. Un èxit! Els vam repetir durant molts anys, amb algunes variacions. Després els vaig representar acompanyada d’un grup de jazz, alternant-los amb peces musicals. Vam fer moltes cosetes, va estar molt bé.

Parlem d’humor. Els valencians practiquem molts tipus d’humor…, quin es el que més t’atreu?

El que jo faig es parlar de les coses que m’envolten, de records de quan era xiqueta, de costums que mantenim, situacions molt properes, em naix així, exposant el costat absurd d’allò que a nosaltres ens sembla tan normal.

Fas un humor bastant net, ni brofegades, ni sornegueries àcides…

No busque la rialla fàcil, busque aquell humor que necessita, per a ser entès, un poc més de temps, fent que la gent pense. No m’agraden alguns tipus d’humor, que respecte; m’estime més que la gent s’identifique amb situacions viscudes, ací al poble o a qualsevol altre lloc. Vaig participar a un programa gravat a Reus, que emetia una xarxa de televisions, i la gent es reia exactament igual a Reus, a Tortosa, a Petrer o a Alacant. Ho he pogut comprovar.

Generalment les dones no solen fer literatura, o monòlegs humorístics, si més no al País Valencià…

Quan vaig començar a eixir amb l’espectacle, i entrar en els circuits, és cert que no vaig coincidir mai amb cap altra dona. Ara hi ha més gent, Maria Juan, Carol Tomás… sí, en som prou, afortunadament, abans estava més a soletes.

Vols dir que a Catalunya o les Illes era diferent?

No ho sabria dir, a Catalunya sí que hi havia dones humoristes d’èxit, que veiem per televisió, com la Lloll Bertran per exemple. Amb algunes vaig coincidir però per ací es feia un humor per homes dirigit més a homes. Quan vaig començar, fa uns vint anys, no tenia cap referent femení pròxim. Però ara sí, per sort hi ha moltíssimes humoristes. Particularment m’agrada molt Maria Juan.

Tornant a la literatura, la teua novel·la es una mena de suma de situacions tipus monòleg?

No, en absolut. La novel·la va per capítols i jo anava marcant-me el que aniria fent; en tot moment sabia el que volia contar i on volia arribar. Però, a vore, he de confessar que tot va començar per una columna i a partir d’aquí vaig trobar que donava per a més, que podia ser el principi d’alguna cosa més, d’una novel·la.

Conta’m, de què anava aquella columna inspiradora?

De les pèrdues d’orina, i vaig pensar que si seguia el fil hi havia material per un llibre. (A Marian i a mi ens entra la rialla, subjectes com estem a l’edat de tot és possible…) I va arribar el confinament i va ser…, uff!, amb tota la meua càrrega de faena no em veia capaç de seguir contant res. Fins que vaig pensar introduir tot això al meu relat, afegint-li encara un puntet de més agonia (o d’èpica) a la situació de la protagonista. Nosaltres som les qui carreguem més pes. Quan, en realitat, no volem manar tant a casa! No s’ha avançat en la igualtat com caldria. En la societat de hui, encara molts homes es desentenen de la logística domèstica, com si no anara amb ells.

I a més, dones de frontera que no estem al centre de la nostra cultura, que estem a l’extrem de l’extrem.

No només les dones, tots estem així per ací.

Però com a dona activista, creativa, en una llengua no sempre ben rebuda…

Si posara en filera totes les voltes que m’han dit «perquè no te’n passes al castellà?»… Però a mi no em naix, el que conte ho he viscut en valencià, no sabria fer-ho en una altra llengua…, puc escriure altres coses en castellà, un article sobre la catedral de Burgos, per exemple, però si el tema em toca, no puc. Per això estan els traductors, no?…

Tenim futur?

Quan vaig presentar el llibre Sempre plou quan no hi ha escola hi havia gent que em deia que en valencià no el llegirien. Em frustra molt veure el poc ús entre els més joves malgrat estudiar el valencià i fins i tot en valencià. Em dol molt.

La substitució va molt veloç, amb poques accions que contraresten.

Tot el que hem lluitat, tot el que hem fet…: els més joves, com els meus fills, no entren en polèmica, engrunsen els muscles.

Al teu treball a l’ajuntament copsaràs la situació lingüística de la frontera, que no és tan dolenta com alguns creuen.

No, no ho és, però l’ús i la promoció depèn molt del color polític, hi ha hagut anys que no es feien pràcticament activitats en valencià.

Molts valencians desconeixen el Vinalopó Mitjà, la teua comarca, què podem fer per conèixer-nos millor entre nosaltres?

Per exemple, en À Punt, al programa «Bona Vesprada», es presenten pobles. Els meus fills van fer la sol·licitud, enviant un vídeo sobre Monòver, i van venir… però és cert, hi ha un gran desconeixement entre els valencians. Jo mateixa vaig estar amb Xavi Monzó i un xic d’Alcoi, en Assumptes interns, on hi havia els catedràtics per zones, però tal volta ens ha faltat més temps… i calen més programes de tota classe que representen les comarques meridionals. Un amic, quan es va assabentar que jo havia guanyat el premi Enric Valor, em va dir «has posat Monòver en el mapa», què exagerat! Però sí que és de veres que estem un poc aïllats. Alguns pensen que som murcians, però jo no em veig res de comú amb ells o amb els veïns manxecs, em sent pleníssimament valenciana! Malgrat les dificultats, ací tots em contesten en valencià i donem gràcies! (I Marian Díez torna a riure desenfadada).

Estàs de presentació del premi Enric Valor, però ja tens en ment alguna nova novel·la?

De fet ja en tenia. Tinc moltes coses escrites, alguna que no vorà la llum mai de la vida, coses massa personals, però d’altres que sí. Mai havia gosat presentar-me a un premi. Ho vaig fer sense expectatives, animada per Lliris Picó, i ja veus.

Vaja! que tens més material, per polir?

Sí, sí. Fa uns anys vaig fer tres radionovel·les en l’emissora local, d’una d’elles tinc tots els guions i, rellegint-los, vaig pensar que també podria donar per a una novel·la. A les fàbriques, en aquells cinc minuts d’emissió, paraven per escoltar-nos… Vam implicar molta gent del poble; si la protagonista, una aparadora, anava a queixar-se a l’alcalde, eixia l’alcalde de veritat, si anava a la carnisseria, venia la carnissera. La gent estava superenganxada!

O siga, amb pocs recursos i molta imaginació es pot fer ràdio i televisió en valencià i d’èxit.

Crec que sí. Jo veia TV3 i pensava: és que nosaltres no podem fer coses semblants? Si és una qüestió més de creativitat que de recursos! Ara s’imita el que fan altres cadenes i s’apliquen fórmules que a la gent, especialment els joves, ja no els interessen. També he fet tele local, m’encantava! Vam fer un programa, Monovers pel Món, descobrint racons del terme que ni nosaltres sabíem que existien: una cova amb uns espeleòlegs, o un hotel rural en una pedania…

I sense desvetllar res, la teua darrera i imminent novel·la va…

L’humor es conrea poc, sembla que s’escriu més costumisme, novel·la negra, històrica, intimista… però tots tenim ganes de coses fresquetes, de situacions quotidianes i de riure’ns de nosaltres mateixos. Per ací anirà.

Tant de bo s’estenga l’exemple, i l’humor reflexiu i intel·ligent s’òbriga camí a casa nostra. Ens acomiadem, Marian Díez i jo, amb un bon vi de Monòver i uns magnífics sequillos i peruses, dolços oficials si és que això existeix del Vinalopó Mitjà. En aquesta terrassa que la inspira, Marian posa orgullosa mostrant un poble monumental, el seu, encara per descobrir per molts de nosaltres on, sí, també va nàixer Azorin.

Llarga vida a l’humor!

 

[Font: http://www.laveudelsllibres.cat]

Influencers da medicina nas redes sociais

 

Escrito por Julio Pompeu

Cláudio é médico. Consagrou-se estudando e trabalhando em instituições de prestígio entre os médicos. Noutro dia, um paciente ressabiado lhe perguntou porque tomar o remédio. Cláudio estranhou. Não pelo questionamento, cada vez mais frequente, mas pela desconfiança.

Desconfiança é grave. Desagrega e desintegra relações. Talvez, por causa das redes sociais, pensou. Nelas, qualquer um pode ser visto. Mas para, de fato, ser visto, precisa mais do que só ter uma conta no Instagram. Precisa chamar a atenção. E ninguém se faz notar sendo igual a todo mundo. Precisa ser diferente. Muito diferente. Engraçado. Inusitado. Barulhento. Esquisito.

Ele se fez médico respeitável jogando o jogo das instituições. Estudou, disse e fez o que lhe disseram que era para estudar, dizer e fazer. Outros sempre lhe disseram o que fazia sentido e o que era heresia na sua profissão. Tornou-se influente por ser igual aos outros médicos.

Fora da medicina, isso bastava para ser respeitado. Deixou de bastar quando o fora da medicina tornou-se o dentro das redes sociais. O influencer é médico como ele, só que sem a sua trajetória institucional. E é ouvido. E respeitado. E seguido. Na disputa selvagem por influência nas redes, o papo de Claudio é tedioso.

Instituições nada mais são que um amontoado de pessoas que concordam em concordar com alguma coisa. Com regras sobre o concordar e os fazeres para pertencer a ela.

Pertencimento é a questão. Você não participa de uma instituição, você se entrega a ela. Torna-se dela. Diz o que os outros dizem e do jeito que dizem. Veste-se como os outros se vestem. A consagração institucional vem pela igualdade.

Não pertencer a uma instituição parece libertador. Exala-se liberdade na coloquialidade das falas, no inusitado do agir, na simplicidade do vestir e na frugalidade das lives. Perto deles, o institucional parece sisudo, autoritário e anacrônico.

Mas instituições não são despropositadas. Nunca foram. Na sua cultura de formalidades e rituais, mantêm-se os acordos. Sem eles, não há modos consagrados de agir. Nem certo e errado. Não há comunidade. Ela é mais que amontoado de gente. É comungar valores, significados, propósitos e sentir-se acolhido por isso.

Na geleia das redes, há bandos. Aglomerados de pessoas em torno de acordos circunstanciais e volúveis como os desejos. Ao bando ninguém pertence, todos seguem.

Numa sociedade assim, nada dura. Nada é. Tudo está. Tudo o que é sólido precisa desmanchar-se no ar. Vive-se em torno de vontades e voluntarismos. Perdem-se as referências de certo e errado, digno e indigno. Sem o sentimento de pertencimento, fica o desamparo e a solidão num mundo dinâmico de incertezas e surpresas.

No que resta das instituições, a corrupção se disfarça de libertação. Hospital mata paciente caro e determina tratamento precoce em nome da liberdade dos médicos. Médicos contrariam a ciência nas redes em nome da sua liberdade de dizerem o que pensam.

E muitos defendem com raiva o absurdo como se fizesse sentido. Não por razão, que não há, mas pela ilusão de que se amontoando pela opinião eliminam a solidão da vida online e o desamparo de não haver uma comunidade à qual pertencerem.

E sozinhos no bando, seguem. De imagem em imagem driblando o vazio. Inventando sentidos para uma vida sem sentido. Anestesiados morais. Como pacientes dopados de morfina à espera de uma morte evitável.

 

[Ilustração: Mihai Cauli – fonte: http://www.terapiapolitica.com.br]

Fenômeno do conservadorismo, multiplicam-se nas redes perfis que ensinam mulheres a serem mais delicadas e a entender, através da Bíblia, que devemos ser sorridentes auxiliares dos homens

Escrito por Fabiana Moraes

VOCÊ PASSA PELA RUA E TÁ LÁ: o outdoor mostrando a garota de cabelos coloridos na propaganda do banco digital; a jovem gorda de biquíni em uma campanha pelo “empoderamento feminino”; a campanha do dia dos namorados e namoradas trazendo duas mulheres se beijando; a nova coleção de uma marca famosa com modelos transgêneras. Uau, parece mesmo que o mundo mudou, e as mulheres conseguiram um espaço mais plural e menos vigilância sobre corpo, gênero, peso, orientação sexual, trabalho, etc.

Mas tem uma armadilha em forma de delicada caixinha de música aí.

Enquanto a publicidade sugere avanços que muitas vezes estão acontecendo apenas no plano mais superficial da representatividade – as mulheres continuam recebendo salários menores e o índice de violência doméstica explodiu durante a pandemia, por exemplo –, um vagalhão formado por subserviência e naftalina cai sobre o que foi duramente conquistado. Uma parte considerável das redes sociais exibe agora um conteúdo que facilmente poderia estar no Jornal das Moças (1914-1965), publicação na qual era possível ler conselhos como “a desordem em um banheiro desperta no marido a vontade de ir tomar banho fora de casa” (1945) ou “a mulher deve fazer o marido descansar nas horas vagas, nada de incomodá-lo com serviços domésticos” (1959).

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Juro que não estou exagerando.

Exemplo 1: “Não importa qual o motivo, não durmam em camas separadas. Um casal deve partilhar tudo, até a noite de sono. Se brigaram, durmam juntos mesmo assim.”

Exemplo 2: “Um homem provedor, maduro e comprometido com você se sente perfeitamente bem pagando o jantar. E isso não tem nada a ver com o valor da conta! Existem muitos homens provedores independente da capacidade financeira que eles têm! Mulheres têm gastos e preocupações infinitamente maiores do que os homens até chegar em um encontro, e se você quer que ele permaneça te cortejando, sendo cavalheiro e gentil sempre, deixe que ele pague a conta.”

Sim, os textos acima pertencem a 2021 e estão publicados na conta do Instagram de Carol Fregulia, que se apresenta como mentora (o “coach” saiu de moda) de relacionamentos. Ela faz parte de uma das correntes da feminilidade com perfume “bela, recatada e do lar”, algo valorizado por almas juvenis como a do ex-presidente Michel Temer. Nela, textos e vídeos ensinam práticas como fisgar o boyzinho dos sonhos e a manter uma “energia feminina”, sempre com um ar coquete e instagramável. Na outra corrente, há a devoção máxima a três únicos elementos: Deus, Bíblia e Marido. É a missão de ser auxiliar dos homens que deve guiar as mulheres, afinal, prega a feminina rosa-cristã, foi primeiramente com esse propósito que o Todo Poderoso as criou.

Há diferenças mais ou menos sutis entre cada uma das correntes “femininas”. Em perfis como o do Jornal das Moças – opa, desculpem, o de Carol Fregulia –, há alguma dose de “empoderamento”, percebido em conselhos como “que hoje, no dia das mulheres, você se recorde que não é preciso provar pra ninguém o quão maravilhosa você é“. Há também a possibilidade de uma garota ter seus ficantes sem ser questionada por isso. Mas logo a embalagem progressista entra em choque com outros conselhos. Mulheres, por exemplo, devem se livrar de qualquer “energia masculina”, que, segundo Carol, é “se sentir cansada, sobrecarregada, insatisfeita com a vida e com as relações”, entre outras características.

Perfil reproduz um conteúdo que poderia estar no Jornal das Moças do início do século 20.Imagens: Instagram

(E eu, bobinha, achando que estava cansada e sobrecarregada por causa da quantidade diária de trabalho, pandemia, vacinas superfaturadas, destruição de ecossistemas, desemprego alto, presidente despreparado, sofrimento social, gás a R$ 100. Mas é apenas a minha “energia masculina” operando).

Em um post especialmente complicado, lemos que é de péssimo tom ir ao apartamento do pretendente se a mulher não quiser algo mais íntimo: “se você ainda não pretende ter intimidade com ele, não participe da intimidade dele também. Além disso, homens odeiam mulheres que ficam atiçando e na hora H correm.” Bem, garota, se você até pensou em transar com o rapaz quando foi até a casa dele, mas por um motivo qualquer mudou de opinião, saiba que vai ter que dar para não desagradar o varão. Afinal, diz a mentora, homens odeiam mulheres que ficam “atiçando”. Sem problema normalizar em uma rede social, e ainda em tom de conselho, um pouco da cultura do estupro: o design é róseo, os sorrisos são largos, as sobrancelhas perfeitas e a caixinha de música com a bailarina delicada está tocando. Logo, os likes vão surgir como frágeis raparigas em flor.

Assim como o perfil descrito, há diversos outros com diferentes alvos também em plataformas como o YouTube. Manu Evelin (60 mil inscritos) dá dicas sobre como ser uma “garota suave” na aula “Como ter movimentos mais delicados e femininos”. Já Leo Aquilla (400 mil inscritos) comenta como arrumar marido rico.

Nesses exemplos, porém, não encontramos – pelo menos não explicitamente – as características percebidas nos perfis claramente antifeministas, todos fortemente assentados na religião e no repúdio a pautas valorizadas por esses movimentos. Aqui, ter uma postura piedosa e cuidar do lar– mesmo se você estiver arrasada de cansada depois de um dia de trabalho – é tão importante quanto manter o sorriso sempre aberto para o varão. Há outra distinção: a valorização da energia masculina de Jair Bolsonaro, o provedor que veio salvar o Brasil das trevas, e o desprezo por mulheres politizadas.

Em um, Cris Corrêa se apresenta como “autora da linha de estudos Não Existe Feminista Cristã”, o que significa, entre outras práticas, diminuir a imagem de figuras como Frida Kahlo: “Ela só ganhou notoriedade por ter sido amante de homens importantes para a revolução”. Também há frequentes relatos de mulheres que estavam “perdidas”, mas voltaram, quase todos ligando, sem qualquer sentido, o feminismo ao uso de drogas e a uma vida “depravada”. Um exemplo é o perfil Fielmente Feminina, mantido por Amanda Durham no Instagram. Nele, ela publicou a “Carta de uma mulher resgatada da promiscuidade”.  Citarei alguns trechos:

Instagram

CARTA DE UMA RESGATADA A UMA ACORRENTADA:

Amada mulher,
Eu já estive onde você está. Eu já estive em todas essas festas, já bebi até passar mal, já até experimentei algumas drogas. Como você, eu selecionava a roupa mais sensual e dançava de modo que causasse inveja nas mulheres e desejo nos homens. Vazio. Amada menina, eu também já fui abusada sexualmente. Eu tinha 12 anos. Ele roubou meus sonhos e minha infância. Ninguém sabia. Eu não queria que ninguém soubesse. Vergonha. Medo. Culpa. Falta de informação. Com isso tive minha sexualidade despertada precocemente. (…) Eu sei que você não gosta de entregar seu corpo para esses homens. Você quer parecer moderninha, liberal, feminista, mas você detesta isso! Eu sei que você age dessa forma pensando que um deles vai te tirar dessa imundície, te resgatar desse buraco fundo e escuro onde você se encontra. Não, não vai! O nome do seu REDENTOR, aquele que vai quebrar essas correntes que te aprisionam, é JESUS CRISTO! Eu pertencia à promiscuidade, à pornografia, à prostituição, ao desamor. Hoje eu pertenço ao AMOR, eu pertenço a JESUS CRISTO, hoje e eternamente! Amanda”.

Pois é. Amanda, mais uma pessoa lamentavelmente abusada na pré-adolescência, associa o feminismo ao terrível evento sofrido por ela. Em um raciocínio inverso, culpa as mulheres e poupa os homens por um crime que é majoritariamente praticado por eles e que explodiu no Brasil nos últimos anos. Em 2019, o Anuário Brasileiro de Segurança Pública revelou que 66 mil pessoas foram vítimas de estupro no país em 2018, sendo 53,8% delas meninas de até 13 anos. Quatro meninas até essa idade são estupradas por hora no Brasil. Os documentos obtidos em delegacias, fóruns etc. mostram que os agressores muitas vezes são pais, padrastos, irmãos, avôs. Ou seja: não é nas festas ou nas ruas que as crianças e jovens estão necessariamente correndo perigo, e sim dentro de suas casas ou nas de pessoas próximas.

Pesquisando grupos de direita e neofascistas na internet há mais de dez anos, a editora do El Coyote Letícia Oliveira percebeu o crescimento desse feminino em contraposição ao feminismo. É a valorização de uma essência “fêmea” que estaria presente em um passado idílico no qual haveria mais pureza, obediência e menos questionamento, por exemplo, ao domínio masculino. “As mulheres seriam hoje infelizes por terem liberdade demais. Para ser feliz é então necessário um retorno a uma tradição que supostamente parte de uma hierarquia natural na sociedade, com a mulher submissa ao homem”.

Letícia tem razão: um patamar mais baixo na hierarquia pública e privada em relação aos homens é algo abertamente defendido e explicado entre parte das femininas cristãs nas redes. É o caso do perfil Feminilidade Cristã Brasil, mantido por Jackeline Queiroz.

Em um de seus vídeos ela explica, lendo a Bíblia, que Adão estava sobrecarregado de trabalhos quando Deus decidiu fazê-lo dormir, arrancou-lhe uma costela e criou a mulher justamente para auxiliá-lo, tipo uma superestagiária. “Por isso que é bom ler a Bíblia para não ser feminista, porque a feminista acha que a mulher está aqui para fazer a sua própria vontade. Para ser a bambambam, a gostosona, a empoderada. Para ser feliz”.

Segundo Jackeline, a feminina cristã é uma mulher regida unicamente pela palavra de Cristo (a Bíblia), e não pela filosofia da época. Nessa perspectiva, questões estruturais relacionadas ao machismo e à misoginia, como a violência doméstica e o alto número de estupros que vitima principalmente crianças e pré-adolescentes, também devem ser resolvidas através dos ensinamentos bíblicos, e não com políticas públicas. “O marido deve amar a esposa assim como Cristo ama a igreja, de forma sacrificial, pois foi isso que Jesus fez por nós. A agressão é justamente o oposto do que o marido deveria fazer. É a distorção e perversão do casamento. Cremos inclusive, nesse caso, que haja denúncia e que o agressor seja preso. Sobre o estupro, é igualmente desprezível, pois caracteriza em imoralidade sexual e falta de amor ao próximo. Deve ser severamente punido. Inclusive, existe o exemplo de Diná, filha de Jacó, que ao ser abusada por Siquem foi vingada por seus irmãos, que destruíram uma cidade inteira por causa da honra de sua irmã. Famílias desestruturadas expõem os mais fracos a barbaridades como essas. Sem Deus, aquele que sustenta tudo e todos, tudo é caos. E nada poderá melhorar essa tragédia”, diz ela, em entrevista ao Intercept.

Nas redes, os perfis Feminilidade Cristã e Fielmente Feminina interagem: no Sete de Setembro, quando Bolsonaro insuflava um golpe e pedia o fechamento do STF, a primeira publicou uma bandeira do Brasil (“Pela liberdade. Pela nossa pátria. Em oração”), enquanto a segunda respondeu com corações verde e amarelos.

A busca da felicidade como um grande atrevimento da mulher também é vista no canal Fé e Tulipas (Florescendo em um Mundo Caído), mantido pela jovem Rebeca Salazar. Em um de seus vídeos, ouvimos, a partir dos três minutos: “Hoje em dia muitas feministas dizem que devemos buscar nossa própria realização e nossa felicidade, mas foi essa oferta que a serpente fez a Eva no Jardim do Éden – e a gente sabe onde levou, porque todo pecado promete várias coisas, mas não consegue cumprir”. Em outro canal, Ramini Lima ensina 5 condutas de uma esposa sábia: 1. ela ora pelo seu esposo; 2. é sempre positiva; 3. cuida do lar; 4. é carinhosa; 5. surpreende o esposo.

Apesar da cantilena da mulher enquanto serva do marido e dos homens ser predominante, há uma ou outra voz dissonante dentro das congregações cristãs, inclusive evangélicas. É o caso de Larissa Ribeiro, 24 anos, que se apresenta nas redes através do perfil @lesbcrente no Instagram. Ela e a esposa, Ingrid dos Santos, 25, fazem parte da Contemporânea Igreja Cristã, na qual a questão do machismo estrutural faz parte do debate cotidiano. “Nosso entendimento é de que o feminismo é uma luta sobre equidade de gêneros. Quando a gente passa a ler a Bíblia, quando lê o Novo Testamento, vê que os afirmamentos de Jesus se alinham com a luta feminista. Jesus se fez presente no momento em que uma mulher ia ser apedrejada, foi contra aquilo o que a religião determinava ali. Ele acolheu aquela mulher e a protegeu.”

Larissa critica a leitura instrumentalizada da Bíblia por vários setores evangélicos: “De fato, existem versículos sobre o marido ser o provedor e mulher ser submissa. Mas se a gente não analisar os contextos, a história, o momento político e social desses textos, terminamos com visão mais conservadora e rasa do que foi escrito naquele momento. Na teologia inclusiva, falamos que texto sem contexto é pretexto.”

Violência e fé

Evangélica e teóloga, Valéria Vilhena é autora da pesquisa Pela voz das mulheres: uma análise da violência doméstica entre mulheres evangélicas atendidas no Núcleo de Defesa e Convivência da Mulher Casa Sofia e do livro “Uma Igreja sem voz: análise de gênero da violência doméstica entre mulheres evangélicas. Ela foca nessa falsa binaridade entre feminino/feminismo e chama atenção para o fato de termos, na história, uma série de mulheres insurgentes. “Isso não nos coloca como inimigas, ou não deveria colocar mulheres contra as mulheres. Mas isso também é estratégia desse modelo masculino de ser/estar e manter-se no mundo, nessa posição de superioridade em relação às mulheres. Portanto, assim, mantêm-se mulheres que desejam agradar aos homens, mesmo se isso seja contrário ao seu bem-estar, à sua saúde mental e física, à sua dignidade e autoestima. Não há problema em agradar, cuidar, demonstrar todo amor e carinho que sentimos pelo nosso companheiro/a, a questão é a linha às vezes tênue de limite, de respeito, parceria, cooperação. E comportamentos sexistas, misóginos, por exemplo, não são saudáveis em nenhum relacionamento, ao contrário, levam a diversas violências, mesmo para àquelas que ainda não reconhecem”. (Leia entrevista completa com Valéria aqui).

No Instagram, o perfil @desin.fluencer, mantido a partir de 2020 pela farmacêutica Priscilla Rezende, traz uma espécie de curadoria a respeito de influenciadoras/es que espalham de propagandas enganosas a racismo, classismo, machismo. Inicialmente, o perfil mostrava o charlatanismo de influenciadoras/es publicizando produtos para fazer o cabelo crescer, fórmulas mágicas para emagrecer etc. Depois, o escopo foi sendo ampliado de acordo com o material que a farmacêutica recebia: coach que ensina a ganhar dinheiro enquanto dorme, tik tokers “engraçadinhos” e racistas etc.

Nos últimos meses, porém, a aparição de dicas sobre “resgatar a feminilidade” e de como atrair um provedor (não de internet, e sim um bofe) cresceu. Os posts são todos enviados por seguidores e seguidoras, e Priscilla seleciona o que está no seu feed. “Esse way of life de submissão tem aumentado muito na minha caixa de entrada. Teve um movimento de coach homem dando palpite sobre comportamento de mulher – ficar com unha bem feita, malhar, ficar gostosa – e depois veio essa onda de mulher cristã e submissa, que tem que ser magra para ter um homem provedor.”

Boa parte das autointituladas femininas do material recebido são bolsonaristas e recorrem frequentemente à Bíblia para atestar a necessidade da submissão da mulher ao homem. “Desde 2018, com a eleição de Bolsonaro, existe uma licença poética para externar esse tipo de coisa nas redes. Eu ando bem assustada. A gente luta para a mulher ter igualdade, espaço no trabalho, aparecem essas pessoas e disseminam esse tipo de comportamento de mulher loura de cabelo liso, malhada, unha feita e botox, e o marido provedor, esperando ele em casa.”

Esse contra-ataque ao feminismo não é novidade: em 1991, Susan Faludi publicou o livro “Backlash”, no qual elenca o reacionarismo que se insurge contra os avanços proporcionados pelas feministas em décadas anteriores. Ali, ela escreveu: “Exigir que as mulheres ‘voltem à feminilidade’ é o mesmo que pedir que os mecanismos culturais engatem a marcha a ré, que todos nós voltemos a um tempo fabuloso, quando todo mundo era mais rico, mais jovem, mais vigoroso. A mulher “feminina” é algo eternamente estático e infantil. Ela se parece com a bailarina numa antiga caixinha de música, de imutáveis traços delicados e pueris, voz tilintante, corpo preso num pino, rodando numa espiral que nunca vai mudar.”

Esclarecimento, 6 de outubro, 18h55: Retiramos menção a um dos perfis porque parte do conteúdo ao qual o texto se referia foi removido.

[Fonte: http://www.theintercept.com]
C’est l’idée généreuse et un peu folle portée par un groupe de militants proeuropéens : proposer un latin modernisé comme langue commune de l’Union
Écrit par Michel Feltin-Palas
Lisez cette phrase à haute voix : Id est max lepide, gratie pro auxila (1) et dites spontanément à quoi cela vous fait penser. À du latin ? Vous n’avez pas tort, à ceci près que ce n’est pas tout à fait du latin. En fait, il s’agit d’un nouveau latin, tel qu’il a été imaginé par la bien nommée Académie du nouveau latin qui vient d’être créée par un groupe de passionnés.
Donc, cela ressemble à du latin, mais, au fond, là n’est pas l’essentiel. Car l’objectif de l’homme qui a imaginé cet idiome n’est pas d’abord linguistique, mais politique, au sens noble du terme. Après avoir suivi de brillantes études (HEC, Sciences po) et connu le succès professionnel en lançant différentes start-up, Vincent Jacques, 39 ans, est aujourd’hui d’abord et avant tout un militant européen. Et c’est sa passion pour le Vieux Continent qui le conduit à défendre ce projet un peu fou : proposer ce latin modernisé comme langue commune pour l’Union européenne. « Notre continent fait face à des puissances concurrentes comme la Chine, la Russie, l’Inde qui menacent de le déstabiliser. Pour sauver leur modèle, les Européens doivent renforcer leur cohésion et, pour cela, disposer d’une langue en partage », dit-il. Or pour lui, cette langue ne peut être que le nouveau latin. Pourquoi ? « Parce qu’il s’agit d’une langue neutre, n’avantageant aucun pays. Parce qu’il s’agit d’une langue prestigieuse, qui a déjà servi de langue de communication dans l’Histoire. Et parce qu’elle n’est pas seulement l’apanage des pays latins : le Saint Empire romain germanique, par exemple, s’est voulu le continuateur de l’Empire romain. » Son objectif ultime ? Faire en sorte qu’elle soit apprise un jour dans toutes les écoles.
Vincent Jacques ne propose pas de revenir au latin classique, mais à un latin simplifié, sans déclinaisons, avec un ordre de mots fixe et des terminaisons identiques par catégorie grammaticale : le « a » pour les noms communs ; le « e » pour les adjectifs, le « s » pour les pluriels, etc. Ancien militant espérantiste, il en a tiré les leçons. « J’ai compris que l’espéranto était rejeté en raison de son caractère artificiel et de ses ambitions mondiales. Avec le nouveau latin, je garde la simplicité de l’espéranto en l’appliquant à une langue profondément européenne. » Selon lui, 150 heures suffisent pour apprendre ce nouveau latin, contre 1500 heures pour l’anglais.
L’anglais, justement : n’est-il pas déjà, dans les faits, l’idiome commun des Européens ? « Pas du tout, rétorque Vincent Jacques. En réalité, seules les « élites » le maîtrisent tandis que 90 % des habitants sont incapables de mener dans la langue de Shakespeare une véritable discussion sur l’avenir des retraites, l’utilisation des pesticides, l’instauration d’un salaire minimum ou le dernier match de foot ! ». Ce n’est pas tout. À ses yeux, il serait paradoxal de voir l’Union continuer de recourir à l’anglais qui, depuis le Brexit, n’est plus la langue historique d’aucun pays membre. « Comment l’Europe peut-elle espérer devenir une puissance respectée dans ces conditions, interroge-t-il ? Imaginez-vous les dirigeants chinois parler anglais ? »
Il le sait : son projet va se heurter à de multiples adversaires, à commencer par ceux qui ont fait l’effort de maîtriser l’anglais et n’ont aucune envie de perdre leur avantage concurrentiel – et encore moins d’apprendre une autre langue, fût-elle beaucoup plus simple. Il lui faudra affronter également les partisans du tout-français (ou du tout allemand ou du tout espagnol) qui, au fond, souhaitent simplement remplacer une domination par une autre. Le nouveau latin déplaira encore aux partisans de la diversité linguistique, qui rêvent de voir les 27 langues de l’Union enfin traitées à égalité ; aux pragmatiques, qui plaident pour l’usage de trois langues de travail seulement (l’anglais, le français et l’allemand), mais aussi aux pays comme le Danemark, l’Estonie ou la République tchèque, habitués depuis longtemps à parler la langue d’un « grand ». On en oublie peut-être…
Qu’à cela ne tienne. Vincent Jacques poursuit sa route. Comment dit-on Alea jacta est en nouveau latin ?
(1) « C’est très gentil, merci pour ton aide ».

 

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Acaba de ser publicado El segundo sexo en el Río de la Plata (Marea, 2021), compilado por Mabel Bellucci y Mariana Smaldone. El libro aborda diferentes dimensiones del pensamiento de Simone Beauvoir y la recepción de su obra en la Argentina y en el Uruguay. A continuación, se anticipa el artículo presentado por la historiadora Graciela Sapriza durante la Jornada Académica en Homenaje a Simone de Beauvoir por los setenta años de la publicación de El segundo sexo, organizada por la Facultad de Humanidades y Ciencias de la Universidad la República.

Escrito por Graciela Sapriza 

Este artículo revisa las lecturas de El Segundo Sexo de Simone de Beauvoir y su impacto emancipador en jóvenes uruguayas -aún adolescentes- transformadas luego en activistas o revolucionarias. Creo que ellas; las militantes de las izquierdas de los sesenta fueron las protagonistas e impulsoras de la “retomada feminista” durante la transición de la dictadura a la democracia en el país (1985).

Estas lecturas tuvieron como escenario la “revuelta juvenil” del mayo francés, entendiendo este “mayo” como un referente mucho más amplio que el protagonizado por los estudiantes parisinos. En Occidente creció una importante oposición a las guerras imperialistas que se expandió en los campus universitarios y en los festivales de música a los que se sumaron el inconformismo del movimiento hippie y las manifestaciones pacifistas en Estados Unidos.

Las propuestas de transformación radical de los modos de producción se veían como inseparables de la emancipación de los cuerpos y de los placeres.  Esa conquista no pudo hacerse sin una transformación profunda de la sociedad, sumada a la aparición de la píldora anticonceptiva (1960) separando sexualidad y reproducción. Algunos analistas incluso definen el periodo como el de una “revolución sexual”.

Sin embargo, para muchas jóvenes, la experiencia de la “revuelta juvenil” fue frustrante.  La militancia no se tradujo en una mayor igualdad entre varones y mujeres. Esa desilusión motivó el cuestionamiento de las bases patriarcales de la cultura occidental como lo hizo Sulamith Firestone, en su Dialéctica del Sexo, y Kate Millett en Política Sexual. Ambos textos publicados en 1970. Estas reflexiones académicas propiciarán el surgimiento de la llamada “segunda ola” feminista que no tuvo eco en América Latina y el Caribe, presionada por otras urgencias en los años sesenta.

Los dos hechos marcantes en cambio fueron el impacto de la Revolución cubana (1959) y la transformación de la Iglesia católica a partir del Concilio Vaticano II (1962) y su adaptación al medio latinoamericano a través de la II Conferencia del Episcopado Latinoamericano celebrado en Medellín, Colombia, en 1968.

Algunos testimonios corroboran esta apreciación, Sonia Mosquera, militante del Movimiento de Liberación Nacional – Tupamaros (MLN-T) que sufrió 12 años de prisión, recreó sus inicios como activista:[1] “Yo empecé a militar en el año 67 o 68, en el movimiento estudiantil. Se trataba de una época donde había muchos estímulos exteriores que convocaban a una acción militante, que no solamente se daba en Uruguay sino a nivel de Latinoamérica, y que de pronto empezó como una marca muy importante la Revolución cubana”. En Sonia se sumó la formación católica, “Y, como que los valores cristianos creo que tuvieron que ver –mucho que ver-”. Ana María Araujo –también militante del MLN, que sufrió un prolongado exilio-, coincidió en que, “Los curas guerrilleros, Camilo Torres, todo un movimiento importantísimo teórico, en Brasil, sobre lo que después va a constituir la Teología de la Liberación. Esas fueron como mis primeras vivencias subjetivas de una futura militancia política”.

Señalamientos que se reiteran en muchas conversaciones mantenidas con actuales integrantes de distintos colectivos feministas y anteriores militantes izquierdistas, en la búsqueda de sus opiniones sobre el “desembarco” de El segundo sexo en sus vidas. Se iniciaban en la vida en un contexto efervescente y revolucionario.

Esta fue una época de profundos cambios, no solo en términos de movilización y polarización, sino cambios socioculturales, que impactaron directamente en los mandatos de género (de Giorgi, A.L.2018[2])

En Uruguay, un conjunto importante de mujeres ingresó a los distintos movimientos de izquierda, algunas en la guerrilla urbana, otras militaron en el Partido Comunista o en partidos políticos que pronto fueron ilegalizados en el marco de la vigencia de las “Medidas prontas de seguridad”. Para las mujeres jóvenes de clase media “la política estaba en la calle” -como expresó Lilian Celiberti en nuestra conversación-  y sobre todo en las movilizaciones estudiantiles que comenzaron en 1967 y 1968, reflejo del incremento de la matrícula femenina en la enseñanza media y superior. Muchas de ellas solo se dieron cuenta más tarde que ser « compañeras » de lucha no significaba la igualdad con los varones, aun cuando usaran armas. Se vieron tensionadas entre reconocerse como “subalternas” y verse como “otras” a través de la lectura del “Segundo Sexo”; y manifestar su compromiso con las luchas sociales y políticas presionándolas a postergar esas (consideradas por los dirigentes varones) “reivindicaciones menores” en pos de la promesa de la revolución con mayúsculas.

La biblioteca de una joven militante

Marta Valentini dice que su compromiso político, “vino por la vía de las lecturas, más allá de (otras) influencias”. Detallar cuáles fueron las preferidas por estas jóvenes devela una nutrida biblioteca. Una extensa lista que va desde los teóricos revolucionarios: Karl Marx, Federico Engels, Antonio Gramsci y Frantz Fanon, a los autores del “boom latinoamericano”, los del “realismo mágico”:  Julio Cortázar, Gabriel García Márquez, Alejo Carpentier, Mario Vargas Llosa. También los uruguayos Mario Benedetti, Juan Carlos Onetti, el joven Eduardo Galeano. Abundan poesías, obras de teatro, películas, canciones y otras producciones tales como el semanario Marcha citado en primer lugar. La biblioteca incluye autores universales: Fiodor Dostoievski, León Tolstoi, Herman Hesse, Romain Rolland, André Malraux y pocas menciones a Simone de Beauvoir y el Segundo Sexo. A los 16 años, Lilian Celiberti ingresó al Instituto Normal (Magisterio). ¡En esa época leyó a Jean-Paul Sartre y Albert Camus –y todos los escritores existencialistas-, ¡pero no a Simone de Beauvoir! Recién en 1980, en la cárcel de Punta de Rieles, cuando llegó una donación de dos mil libros gracias a la misión de la Cruz Roja, leyó a la autora francesa y quizá allí comenzó a ser feminista. Aunque contaba con el antecedente de sus tres años exiliada en la Italia efervescentemente feminista de los 70, la de las enormes manifestaciones de mujeres que conquistó las leyes del divorcio y la del aborto en el país sede del Vaticano.

Ivonne Trías, escritora, periodista y editora, recordó que una compañera de calabozo en el cuartel donde se encontraban prisioneras tenía ese libro y era el año 1972. Ella era una ávida lectora y conseguía textos en la biblioteca de la Casa de la Cultura de su barrio.

Asocio a Teresa con las dos activistas mencionadas anteriormente por su militancia anarquista (reitero que consulté pura y exclusivamente a feministas activas en la transición a la democracia). Ella parece ser la excepción, leyó el Segundo Sexo a los 19 y siente que le cambió la vida. El libro fue un regalo de una compañera de su padre que trabajaba en el diario El Día. Ese ejemplar que aún conserva fue editado por Psique en traducción de Pablo Palant en 1954 en Buenos Aires. Fue tal su impacto que inspiró el giro que dio su vida. Rompió con su novio y no se casó, se afilió a una agrupación trotskista, comenzó a participar en manifestaciones y ocupaciones de centros de estudio. Esas actividades la llevaron a ser una de las primeras jóvenes prisioneras políticas antes del golpe de Estado recluida en la Escuela de Enfermería “Carlos Nery”, donde sufrieron una represión hasta entonces desconocida en el país.

Estas mujeres jóvenes estaban apostando a un cambio, primero en la práctica, poniendo el cuerpo, aún sin poder ordenar tanto disgusto y desasosiego. Y todas pensaban que estaban en pie de igualdad con sus compañeros varones y “solo ya bastante vieja” Marta se dio cuenta de que “estaba equivocada”. Sin embargo, aún detrás del “mito de la igualdad”, incluso respaldándose en él para impulsarse, también sin cuestionarlo, se procesaban profundas transformaciones como lo expresa claramente Lilian Celiberti (2018),  “la militancia política, especialmente la que se da en las organizaciones armadas, fue para esa generación un modo de apropiación de “su tiempo” y produce una afirmación subjetiva radicalmente distinta de la de generaciones anteriores”.[3] La ruptura con los modelos tradicionales de mujer que se dio en esos años (para jóvenes de clase media al menos) resulta evidente.

El desencuentro entre los militantes varones y las mujeres, la verticalidad de las organizaciones armadas, todo se sumó para no dejar espacio para mayores cuestionamientos. Las discusiones se terminaban cuando se esgrimía el concepto de la “contradicción principal”, “me acuerdo de la frase que se nos repetía sistemáticamente… priorizar: la contradicción principal… la lucha por la liberación de la mujer vendrá después” ,relata Araujo, autora de “Tupamaras. Mujeres de Uruguay”, publicado en francés y ácidamente criticado por sus compañeros exiliados en 1977. El texto nunca fue traducido al español.

Los militantes políticos de izquierda vivieron la toma de conciencia feminista como algo “altamente peligroso”, dice la autora, y que “a las compañeras latinoamericanas que estábamos en ese momento en París nos costó enjuiciamiento por parte de la izquierda latinoamericana, y evidentemente, la imagen de las feministas en los años 75-76-77, éramos como las brujas de la película” (destacados míos).

El proceso que permitió la recuperación (parcial) de la democracia iniciado en 1980 (por el Plebiscito en el que triunfó el NO a la constitución propuesta por los dictadores) coincide con la aparición de grupos de mujeres inicialmente agrupadas en torno a la satisfacción de las necesidades básicas y a la defensa de los DDHH. Grupos que ambientaron el resurgimiento del feminismo en formato social y/o político partidario. La transición a la democracia (1984-85) puso a luz un nuevo movimiento feminista.

A lo largo del texto cité fragmentos de conversaciones que mantuve con mujeres a las que busqué expresamente por reunir las dos condiciones, haber pertenecido a organizaciones de izquierda y ser iniciadoras de grupos de mujeres que se volcaron a concientizar amas de casa, otras a denunciar la violencia de género, algunas centradas en los derechos sexuales y reproductivos o la comunicación feminista. Las consulté para orientar mis interrogantes acerca de cuanto contribuyó el terrorismo de Estado y la represión a toda forma de participación política en brindar un escenario propicio para el desarrollo de esta “segunda retomada” del feminismo. Y cuánto influyeron las lecturas adolescentes al inicio de sus prácticas revolucionarias y si estas se mantuvieron en reserva para aflorar en conciencia feminista después de esos largos años de experiencias dolorosas de prisiones, exilios y pérdidas.

Me interesó cerrar el artículo con la mención a esas reuniones -aparentemente lejanas de la “recepción” de El segundo sexo, aunque próximas, si consideramos su legado- porque induce a revisar las posiciones de las mujeres de izquierda radical frente a la subordinación de género, antes, durante y después de la dictadura cívico militar (1973-1985). Permite visualizar los cambios en concepciones y prácticas que produjo la represión, tomando en cuenta las vivencias de la cárcel y las resistencias cotidianas del “insilio” y luego la dura lucha que trajo aparejada el intento de conjugar feminismo y militancia de izquierda para someterla a la cruda luz (o visión) de los anhelos y las desilusiones que trajo aparejadas.

Notas:

[1] En este encuentro dieron testimonio cinco activistas de diferentes opciones políticas, diferentes experiencias: Marta Valentini y Antonia Yáñez del Partido Comunista del Uruguay (PCU), Sonia Mosquera del MLN-T, que sufrieron la cárcel por largos años, Ana María Araujo, exiliada en Francia, se desafilió del MLN, y Lilian Celiberti, militante de la ROE y luego del Partido por la Victoria del Pueblo (PVP), pasó dos veces por la prisión, vivió tres años exiliada en Italia y, a su regreso, secuestro y nuevamente prisión.

[2] De Giorgi, A.L. (2018) Adiós Susanita. Trayectorias emancipadoras y relatos de las jóvenes del 68 uruguayo. Ponencia. Encuentro a 50 años del 68. Miradas e interpretaciones desde el sur. FHUCE. Montevideo.

[3] Celiberti, L. Disputas en los sentidos de la memoria. Cuerpo, sexualidad y derechos en la militancia de izquierda de los 70. Ponencia/ Fazendo Genero 2018 Florianópolis (inédito).

Graciela Sapriza es historiadora feminista. Directora del Centro Interdisciplinario de Estudios Uruguayos (CEIU). Se ha especializado en historia social e historia de la mujer, trabaja sobre memoria del pasado reciente (1973-1985).

 

[Fuente: http://www.sinpermiso.info]

L’Alliance française, mais pas seulement, rend hommage au Pérou avec « La huella de Monsieur Chat » : une fresque artistique qui a vocation à capturer et représenter les relations existantes entre la France, la Suisse et le Pérou. Mais également un signe de coopération culturelle et d’amitié. 

ActuaLitté

La fresque a été réalisée par les artistes Monsieur Chat et Gabriel Alayza, et se trouve sur la surface du mur latéral de l’hôtel Pullman Lima Miraflores, situé sur l’Avenida Larco, bloc 11, à Miraflores.

« Cette œuvre d’art s’aligne sur notre marque, car elle met en évidence le message de liberté, d’égalité et de solidarité qui existe entre les différentes institutions participantes et qui est mis à l’honneur avec ce projet », a déclaré Milagros Calderón, directrice générale de l’hôtel Pullman Lima Miraflores.

L’opportunité de célébrer la diversité environnementale, culturelle et linguistique du Pérou, mais également des valeurs communes. Une devise générale, « Liberté, Égalité, Solidarité » : des valeurs communes qui favorisent la relation entre ces pays.

Le personnage “iconique” de Monsieur Chat

Le célèbre chat est né en 1997, inspiré par le dessin d’une petite fille. 24 ans plus tard, après l’avoir fait voyager sur tous les continents, Thoma Vuille, dit « Monsieur Chat », continue de faire peindre ce personnage iconique. L’optique constante : véhiculer un message d’espoir et de joie.

Figure emblématique du street art français, le chat jaune et joyeux sourit sur les façades de nombreux bâtiments, en France et dans le monde. Il égrène ses clins d’œil et « mets de l’humain et de l’amour dans la ville », comme le dit Thoma Vuille lui-même, l’artiste qui égaye la grisaille urbaine de son pinceau.

[Source : http://www.actualitte.com]

« Cicéron contre Catinila au Sénat », oeuvre de Hans W. Schmidt, 1912

Écrit par Christophe Bertiau

Il semble désormais admis que le latin soit une matière scolaire d’élite, destinée à reproduire les inégalités sociales en érigeant en valeur suprême la distance à la nécessité matérielle, la gratuité des apprentissages non professionnalisants, dont seuls les bourgeois peuvent faire ostentation. La Russie soviétique, déjà, supprimait le latin des programmes en vue d’émanciper les travailleurs, tandis que l’Italie fasciste lui prêtait des vertus anti-marxistes. On ne peut nier que le latin s’adresse depuis longtemps en priorité à des catégories sociales aisées, sinon en théorie, du moins dans les faits. Mais en soutenant que le latin est une matière scolaire « bourgeoise », on omet un élément décisif : le recul considérable qu’il a subi au cours des derniers siècles s’explique avant toute chose par l’essor économique et politique de la bourgeoisie.

À l’époque moderne, l’école occidentale vise en priorité à l’acquisition de la langue latine et à la connaissance de la civilisation romaine. Le monde grec n’est pas oublié, mais n’occupe généralement qu’une place secondaire dans les apprentissages. Les cours se donnent longtemps en latin, et les élèves sont tenus de parler latin durant les récréations sous peine de sanctions. Avec le temps, cette suprématie du latin sera de plus en plus contestée. Elle se maintient toutefois à peu près jusqu’à la fin du XIXe siècle, avec des reculs significatifs et des chronologies différentes selon les territoires. Pour qui n’est pas familier de l’histoire du latin, cette persistance a de quoi surprendre. Au XIXe siècle par exemple, de nombreux cours universitaires aux Pays-Bas se donnent encore en latin. À l’université française, les thèses secondaires devaient être conçues en latin jusqu’en 1903 – ainsi de celle d’Émile Durkheim sur Montesquieu en 1892. Quant à l’Église catholique, elle n’abandonne officiellement le latin pour la liturgie et l’administration des sacrements qu’avec le concile Vatican II (1962-1965), décision immortalisée par Georges Brassens, qui chante :

« Sans le latin, la messe nous emmerde ».

Le déclin du latin dans l’enseignement n’est pas dû à une prétendue poussée d’utilitarisme qui caractériserait l’entrée de l’Occident dans la modernité. On notera tout d’abord qu’au moins jusqu’au XVIIIe siècle, le latin possédait une utilité pratique d’une importance sociale considérable : il était la langue privilégiée de l’Église catholique, de la science et de l’administration. Ensuite, l’éducation était loin de se résumer à l’école, institution qui joue certes alors un rôle clé, mais ne s’adresse qu’à une minorité privilégiée. Dès le Moyen Âge, la plupart des métiers s’apprennent en situation, au contact avec des professionnels plus aguerris. La transformation historique majeure consiste en réalité dans la prise en charge par l’école de savoirs qui en étaient jusque-là exclus et vont concurrencer les humanités classiques sur leur propre terrain. À mesure que la bourgeoisie gagne en puissance, elle va pouvoir remodeler l’école pour l’adapter à ses propres besoins en matière éducative.

Il n’empêche que les partisans du latin ont fini par devoir répondre de son utilité. L’utilité du latin est en réalité une question biaisée. Une chose n’est jamais utile en soi; l’utilité est fonction d’un but. Mais quelle est donc l’utilité que l’on commence à dénier au latin ? Dans le journal belge Le Messager de Gand du 25 décembre 1845, un publiciste dénonce l’absurdité d’un enseignement « moyen » (notre enseignement secondaire) fondé sur le latin :

«Tandis que pour faire un médecin l’enseignement supérieur enseigne la médecine, l’enseignement moyen pour faire un fabricant enseigne le latin ; pour faire un navigateur, le latin ; et afin de rendre le futur navigateur intrépide, le professeur lui expliquera illi robur et aes triplex, élégie admirable qui le fera trembler de tous ses membres, à la vue d’une vague furieuse ; pour faire un maître de forges, on lui apprend encore le latin. »

Autrement dit, la langue de Cicéron ne permet pas aux enfants de bourgeois d’acquérir les compétences nécessaires à l’exercice de leur futur métier. Ce n’est pas tant l’utilité du latin que la fonction même de l’enseignement secondaire qui est en jeu : celui-ci doit-il former des professionnels ou œuvrer à un perfectionnement intellectuel et moral de l’homme en général, comme le souhaitaient les partisans des études classiques en un temps où le latin avait perdu beaucoup de son utilité professionnelle ?

De ce point de vue, des matières alors nouvelles telles que les sciences, les langues modernes ou les mathématiques se veulent d’emblée plus « utiles » : les sciences contribuent au développement des techniques, qui à leur tour permettent l’innovation et facilitent la production de marchandises ; les langues modernes font depuis longtemps partie de l’éducation des commerçants, censés pouvoir communiquer avec des étrangers ; la connaissance des mathématiques permet, entre autres, de tenir les comptes d’un commerce. On pourra, certes, toujours prêter à ces matières un rôle humaniste de perfectionnement intellectuel et moral, mais il ne peut s’agir que d’une interprétation a posteriori, qui ignore les mobiles des acteurs qui ont réclamé pour elles une place plus importante dans l’enseignement. Suite au bannissement de la Compagnie de Jésus – à la tête d’un prestigieux réseau d’écoles international – en France en 1763, la ville de Nîmes, réputée pour son commerce du drap, plaide ainsi pour que les collèges enseignent désormais les mathématiques et les langues vivantes.

On ne peut toutefois comprendre les résistances qu’ont rencontrées des doléances de ce type qu’en considérant le prestige qui s’attachait encore au latin. On reconnaît aux latinistes une intelligence et une morale supérieures qui les distingueraient du « vulgaire ». Dans l’Angleterre victorienne, on voit ainsi un nombre considérable de marchands enrichis envoyer leurs enfants dans des prestigieuses public schools (des écoles privées qui recrutaient au-delà des alentours immédiats) dont le programme, centré autour du latin et du grec, avait peu changé au cours des siècles. Au XIXe siècle, si l’on s’en prend aux prérogatives du latin, c’est d’ailleurs rarement pour souhaiter son éviction pure et simple de l’enseignement. Ce qui distingue surtout les établissements scolaires traditionnels et ceux qui proposaient un renouvellement des cursus, c’est que ceux-ci séduisaient fort peu en dehors des catégories professionnelles précises auxquelles ils étaient destinés.

Aujourd’hui célébrés dans les médias, les succès d’une bourgeoisie tournée vers le commerce et l’industrie s’attiraient alors souvent le mépris d’une bonne partie de l’intelligentsia. À la quête du profit et aux intérêts matériels, on oppose des mœurs exemplaires, acquises au contact des Anciens. L’extrait suivant, issu du Journal de l’instruction publique : revue littéraire et scientifique du 10 mars 1872, en dit long sur ce mépris :

« L’habitude de s’enfermer dans une sphère d’action d’où sont bannies les études que nous appelons inutiles et superflues, abaisse le sentiment et déprime les âmes. L’attitude des Anglais en est, de notre temps, une preuve frappante et singulière. Tout mesurer au mètre, tout peser au poids de la livre sterling, c’est, je le veux bien, sagesse et prudence. Un peuple qui se conduit d’après ces principes peut avoir une forte marine, une industrie puissante ; il peut avoir le sentiment vif et pénétrant de sa valeur, le désir jaloux de sauver partout sa liberté et sa dignité. Je ne méprise point ces avantages, et je les voudrais voir plus à notre portée. Mais on m’accordera sans doute aussi qu’il y a dans le caractère du peuple anglais une rudesse, un égoïsme, un calcul d’intérêt qui ne sont pas ses plus belles qualités. »

Pour que les matières nouvelles détrônent le latin au sein même d’un enseignement dit « humaniste », il fallait toutefois que survienne un changement de grande ampleur, qui petit à petit devait rendre la position humaniste intenable comme projet éducatif global. Ce changement, c’est le basculement vers une société de marché, dont Karl Polanyi a bien saisi les implications :

« Au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans le système économique».

À ce jour, on ne peut pas dire que l’enseignement n’ait jamais été un simple appendice au marché du travail. Néanmoins, alors que l’ordre divin, qui maintenait la bourgeoisie dans une position sociale subalterne, ne peut plus être invoqué pour justifier des inégalités de naissance, le marché du travail va prendre le relais pour déterminer quel sera le rôle de chacun dans le monde professionnel. De plus en plus, le système éducatif va devoir répondre de son « utilité », c’est-à-dire de la possibilité qu’il offre de trouver un emploi.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité se déploie à grande échelle un chantage par la faim : dépossédés de leurs propres moyens de subsistance, les individus se voient contraints de vendre leur force de travail sur un marché pour assurer leur survie. Désormais, la profession d’un individu se négociera sur un marché et fera intervenir l’éducation reçue comme facteur d’« employabilité ». Ainsi, tout enfant qui aurait suivi une formation peu valorisée ou peu demandée sur le marché du travail risque de se retrouver sans le sou à la fin de ses études. Plus la logique de marché s’impose, et plus une angoisse devient perceptible : en optant pour tel ou tel type d’études, l’enfant ne se condamne-t-il pas à mourir de faim ? Diversifier l’offre d’enseignement au sein d’une section qui entend s’adresser au plus grand nombre, c’est rendre les enfants aptes à envisager un vaste choix de carrières possibles sur un marché capricieux.

L’enseignement dit « général » n’est pas un enseignement humaniste, mais une solution de compromis qui mêle visées humanistes et visées professionnalisantes, afin d’assurer à tous une capacité d’adaptation face aux « exigences du marché du travail ». On voit bien comment l’ascension économique et politique de la bourgeoisie et l’instauration d’un marché du travail, voulue au premier chef par une bourgeoisie capitaliste en quête de main-d’œuvre, a rendu l’idée même d’un enseignement largement déconnecté du monde professionnel de plus en plus difficile à tenir : volonté politique, angoisse des familles et appât du gain se conjuguent désormais pour adapter l’enseignement à cette réalité nouvelle.

Le latin n’est pas une matière « bourgeoise », car la bourgeoisie n’a jamais été un groupe homogène. Il a ses défenseurs bourgeois et ses opposants bourgeois. Il séduit avant tout les privilégiés et n’a sans doute pas tous les mérites qu’on lui reconnaît, mais il a au moins le mérite de s’inscrire en faux par rapport à la logique marchande, même si ses défenseurs ont dû développer un argumentaire de la polyvalence (« apprendre à apprendre ») pour justifier sa présence dans les écoles à l’ère du capitalisme.

Les attaques réitérées contre le latin au nom de l’égalité des chances témoignent avant tout d’une acceptation du système économique tel qu’il est, puisqu’il semble désormais aller de soi que le capitalisme est « le moins mauvais des systèmes » et que le marché répond à des lois auxquelles il serait sacrilège de vouloir toucher. Si les inégalités économiques abyssales inhérentes au capitalisme sont fondées en nature et se justifient selon les mérites de chacun, le combat pour l’égalité cède nécessairement la place à celui pour l’égalité des chances. C’est à l’école qu’il revient désormais de remédier aux maux de notre société. Elle est chargée, d’une part, de réduire les inégalités familiales en permettant aux enfants les moins favorisés de rattraper leur retard et de prendre leur part au rêve capitaliste, censé récompenser le talent et le mérite par-delà les barrières de classes, et d’autre part, de combattre le chômage en offrant une formation en adéquation avec les besoins du marché du travail. Le système scolaire a dû s’adapter au marché. Et le latin en a fait les frais.

Christophe Bertiau 

  1. Ce texte est une version abrégée et légèrement remaniée de mon article « Le latin, une matière “bourgeoise” ? Sur le déclin du latin dans l’enseignement à l’époque contemporaine », dans Chr. Bertiau et D. Sacré (dir.), Le latin et la littérature néo-latine au XIXe siècle. Pratiques et représentations, Bruxelles/Rome, Institut historique belge de Rome (« Institut historique belge de Rome. Études », 7), 2019, pp. 11‑34.
  2. Voir J.‑Cl. Passeron et P. Bourdieu, Les héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Minuit (« Grands documents », 18), 1964 et La reproduction, éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Minuit (« Le sens commun »), 1970.
  3. Françoise Waquet, Le latin ou l’empire d’un signe. XVIe-XXe siècle, Paris, Albin Michel (« L’évolution de l’humanité »), 1998.
  4. Dominique Julia, « Une réforme impossible. Le changement des cursus dans la France du 18e siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, 47, 1 (1983), p. 63.
  5. John Lawson et Harold Silver, A Social History of Education in England, London, Methuen & Co Ltd, 1973, p. 252.
  6. Karl Polanyi, La grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, trad. de l’anglais par Catherine Malamoud et Maurice Angeno, préf. de Louis Dumont, [Paris], Gallimard (« Bibliothèque des sciences humaines »), 1983 [1944], p. 88.

 

 

 

[Source : http://www.larepubliquedeslivres.com]

L’Institut du monde arabe (IMA) propose l’exposition « Divas. D’Oum Kalthoum à Dalida » assortie d’un catalogue. S’émancipant des influences européennes ou américaines, les artistes femmes chanteuses, danseuses ou artistes arabes ont concouru à un art spécifique par ses instruments, ses récits, ses mélodies, en étant souvent influencées par la renaissance musicale égyptienne (nahda).

Publié par Véronique Chemla

« Sur la route entre Beyrouth et Le Caire, une voix résonne. Dans l’intimité du voyage, où les chemins s’enfilent en rubans ornés de sable, le chauffeur entonne un refrain. C’est celui d’un morceau d’Oum Kalthoum. Nous voilà transportés par son chant, comme bercés par l’âme d’un peuple. Fayrouz, Warda, Sabah, les mélodies prodigieuses et légendaires des divas, leur ardeur, ont été le symbole d’une intense révolution artistique. La féérie de ces figures de l’âge d’or de la musique et du cinéma arabe est célébrée à l’IMA. Pour restituer fidèlement cette atmosphère mystique, l’exposition ouvre ainsi le passage vers la vie, l’histoire et l’art de ces musiciennes d’exceptions. Leur lyrisme suscite une douce et profonde émotion, invitant à découvrir de véritables trésors culturels. Héritiers et héritières de cette période d’effervescence artistique, dansent toujours sur leur rythme. Nous chantons et pleurons encore leurs poèmes immortels. La finesse, la délicatesse de ces voix restent. C’est aussi d’une force d’âme dont on se souvient. Ces rossignols sont des combattantes, des pionnières. Sur pellicule, les regards de Faten Hamama ou les danses endiablées d’Hind Rostom, de Samia Gamal et de Tahiyya Carioca n’auraient pu être possibles sans des luttes revendiquant une place et un statut. Elles ont clamé leurs hymnes à la liberté ! », a écrit Jack Lang, président de l’IMA.
Et Jack Lang de poursuivre : « Les questions de liberté de la femme dans le monde arabe font souvent l’objet de raccourcis et d’amalgames. Cette exposition m’est alors apparue comme nécessaire et primordiale. Laissons les artistes, chercheurs et intellectuels s’exprimer, mettre des mots et des concepts sur le sujet. L’art, le talent, la puissance de ces divas, leur ont permis d’accéder à une posture à la frontière du sacré. Elles savent exalter et galvaniser le public, l’émerveiller, l’entraîner au paroxysme de l’émotion. Donnant à voir un genre nouveau, à la fois majestueux, libre et poétique, elles sont des femmes émancipées et engagées. Dalida, Warda, Fayrouz ou encore Faten Hamama, ces divines divas, iconiques déesses je les admire ! J’ai eu l’immense chance d’assister à des concerts aussi mémorables que celui d’Oum Kalthoum au Caire. Je m’abandonne encore à ce monde raffiné, céleste et enchanté, entre envolées, rêves et murmures. C’est donc aux admirateurs, aux mélomanes, aux curieux, épris de cet univers fabuleux, transcendant, désireux d’être plongé dans cette lumière, que cette exposition est dédiée. »
« L’Institut du monde arabe rend un hommage unique aux plus grandes artistes femmes de la musique et du cinéma arabes du XXe siècle, avec une exposition événement qui célèbre à la fois leur histoire et leur héritage contemporain. »
« Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida dresse les portraits épiques et étonnants des divas de l’« âge d’or » de la chanson et du cinéma arabes, à travers un parcours abondamment nourri de photographies d’époque, souvent inédites, d’extraits de films ou de concerts mythiques, d’affiches cinématographiques au graphisme glamour, de magnifiques robes de scène, d’objets personnels et d’interviews rares. »
« D’Oum Kalthoum à Warda al-Djazaïria, d’Asmahan à Fayrouz, de Laila Mourad à Samia Gamal, en passant par Souad Hosni, Sabah, sans oublier la toute jeune Dalida, l’exposition se veut un fabuleux voyage au cœur des vies et de l’art de ces chanteuses et actrices de légende, mais également une exploration des changements profonds qu’elles ont portés. Icônes intemporelles, femmes puissantes, symboles adulés dans les sociétés arabes d’après-guerre, ces divas aux carrières exceptionnelles s’imposent du Caire à Beyrouth, du Maghreb à Paris, incarnant une période d’effervescence artistique et intellectuelle, une nouvelle image de la femme, ainsi que le renouveau politique national qui s’exprime du début des années 1920, notamment en Égypte, jusqu’aux années 1970. L’exposition met ainsi en lumière, à travers ces divas, l’histoire sociale des femmes arabes et la naissance du féminisme au sein de ces sociétés patriarcales, leur participation au panarabisme et aux luttes d’indépendance dans les contextes de la colonisation et de la décolonisation, et – avant tout – leur rôle central dans les différents domaines artistiques qu’elles ont contribué à révolutionner. »
« Sur une superficie de 1 000 mètres carrés, l’exposition se déploie en quatre grands moments. Le visiteur rencontrera successivement les femmes pionnières et avant-gardistes féministes dans Le Caire cosmopolite des années 1920 ; les divas aux voix d’or que furent Oum Kalthoum, Warda, Fayrouz et Asmahan durant la période 1940-1970 ; les productions cinématographiques de « Nilwood » et le succès des comédies musicales égyptiennes qui consacrent les divas actrices telles que Laila Mourad, Samia Gamal, Sabah, Tahiyya Carioca, Hind Rostom ou Dalida. »
« La dernière partie de l’exposition met en valeur les regards d’artistes d’aujourd’hui sur ces divas, dont l’héritage est une profonde source d’inspiration pour toute une nouvelle génération. La photographe et vidéaste libanaise Randa Mirza associée au musicien et compositeur hip hop Waël Kodeih, les plasticiens et plasticiennes Lamia Ziadé, Shirin Neshat – qui a offert une image de son film Looking for Oulm Khaltoum (2017) pour l’affiche de l’exposition – Youssef Nabil, le photographe Nabil Boutros… Création musicale holographique, installation vidéo, films, photomontages : autant d’œuvres fortes nées de ce patrimoine musical et iconographique unique réapproprié. »
« Autour de l’exposition, enfin, une riche programmation culturelle fera la part belle aux femmes en interrogeant leur place au sein des sociétés arabes actuelles au travers de concerts, de conférences, de projections de films et d’événements exceptionnels. »
« Divas, d’Oum Kalthoum à Dalida, invite à découvrir des légendes de la musique et du cinéma arabe de 1920 aux années 1970. Oum Kalthoum, Asmahan, Fayrouz, Warda ou encore Sabah, Hind Rostom, Samia Gamal, Tahiyya Carioca, Faten Hamama, Souad Hosni, Dalida et tant d’autres, toutes ont contribué à une révolution artistique qui s’est jouée en Égypte et au Liban. Femmes puissantes, émancipées, avant-gardistes… Qui sont ces icônes qui furent les voix et les visages du monde arabe ? Quels enjeux de l’histoire politique, sociale et intellectuelle se dessinent derrière leurs vies et leurs carrières ? Ces trajectoires personnelles posent des questions aussi passionnantes que celles du dévoilement, du corps des femmes dans la société, de leur place dans les entreprises culturelles, de leur rôle et de leur image dans l’idéologie panarabe, ou encore des liens entre féminisme et art. Un regard inédit sur les femmes artistes dans le monde arabe est proposé dans cet ouvrage. 21 articles rédigés par des experts, historiens, sociologues, portent un éclairage nouveau sur ces questions. Plus de 200 illustrations rendent hommage à l’esthétisme d’un temps, celui de l’âge d’or de la chanson et du cinéma arabes qui continue à nourrir la création la plus actuelle. Du Caire à Beyrouth, en passant par le Maghreb et la France, ce catalogue fait (re)découvrir des personnalités exceptionnelles dont l’héritage est aujourd’hui encore une source d’inspiration pour de nombreux artistes ».
« LE CAIRE DES ANNÉES 1920 : LE TEMPS DES PIONNIÈRES ET DES PREMIÈRES DIVAS »
« L’exposition s’ouvre sur la ville du Caire au début du XXe siècle, au moment de l’apogée de la « Nahda », période de « renaissance intellectuelle » dont la capitale égyptienne est le centre actif et incontournable, attirant les artistes venus de tout le Moyen-Orient ».
« Alors que la scène artistique fut au siècle précédent essentiellement dominée par des hommes, à partir des années 1920, les femmes sont de plus en plus nombreuses à revendiquer de nouvelles libertés, à s’imposer et à être partie de différents domaines artistiques et intellectuels ».
« Pionnières du mouvement féministe égyptien et arabe, Hoda Chaaraoui (1879-1947) et Ceza Nabaraoui (1897-1985) fondent, en 1923, l’Union féministe égyptienne pour la défense des droits des femmes. Hoda Chaaraoui est la première femme à se dévoiler publiquement ; Ceza Nabaraoui devient la rédactrice en chef de la revue féministe L’Égyptienne (Al-Misriyah) dont le sous-titre « Sociologie, féminisme, art » souligne les engagements politiques de ces femmes avant-gardistes. L’exposition se fait l’écho de ce militantisme pionnier en présentant les couvertures de L’Égyptienne, mais aussi celles de journaux satiriques et de divertissement comme le célèbre Rose al-Youssef, créé en 1925 par l’actrice Rose al-Youssef (1898-1958), qui participa au renouveau du théâtre égyptien dans l’entre-deux-guerres et anima l’un de ces salons littéraires très prisés et influents du Caire cosmopolite de cette époque. »
« Cette première partie de l’exposition rend également hommage aux premières divas, souvent aujourd’hui oubliées ou méconnues. De Mounira al-Mahdiyya (1885-1965), chanteuse, première actrice musulmane à apparaître sur scène et icône d’un âge d’or du café chantant et de l’opérette, à Badia Massabni (1892-1974), danseuse orientale (sharqî) et fondatrice de nouveaux lieux de spectacles et de concerts dont le fameux cabaret Casino Badia en plein cœur du Caire, d’Assia Dagher (1908-1986) à Aziza Amir (1901-1952), toutes deux figures engagées d’une industrie et d’une cinématographie égyptiennes naissantes, ces femmes ont profondément transformé et impulsé la vie artistique arabe, du cinéma à la chanson, de la danse au music-hall et au cabaret. Ces femmes artistes réussissent à défier la domination masculine sur la scène musicale et le divertissement ou à s’imposer dans les secteurs émergents des industries du disque et du cinéma. C’est grâce à ces pionnières, devenues chanteuses, danseuses, actrices, femmes d’affaires, entrepreneuses, productrices, réalisatrices, journalistes, militantes politiques du nationalisme arabe, que les grandes divas des années 1940-1970 ont pu exister et acquérir auprès de publics majoritairement masculins une reconnaissance incontestée. »
« La Chanson du cœur », le premier film chantant égyptien »
« Considéré comme le premier film parlant et chantant de l’histoire du cinéma égyptien, La Chanson du cœur (Onchoudet el-Fouad) a été réalisé en 1932 par Mario Volpe. »
« Le film a été restauré à partir d’un négatif original en nitrate conservé dans les collections de la Cinémathèque ; et d’un morceau chanté inscrit sur un disque Shellac 78 tours découvert par la Fondation pour l’Archivage et la Recherche de la Musique Arabe (AMAR). »
« Sa projection est l’un des temps forts de l’exposition. »
« La Chanson du cœur met en scène une grande chanteuse égyptienne, Nadra (1907-1990). Devenue également actrice, Nadra jouera dans de nombreux films musicaux. En ce début des années 1930 qui voit naître et se consolider l’industrie cinématographique égyptienne avec la création des studios Misr, Oum Kalthoum (Weddad, 1936), Mounira al-Mahdiyya (La Coquette, 1935), Badia Massabni (La Reine du music-hall, 1935) deviendront à sa suite les icônes féminines et les premières vedettes, parfois rivales, de ce genre nouveau qui fera la gloire et la domination du cinéma égyptien, ainsi que la popularité exceptionnelle de ces actrices chanteuses ou danseuses dans l’ensemble du monde arabe. »
« Figures du mouvement féministe arabe »
« Le salon littéraire fut l’un des lieux d’expression de l’émancipation de la parole des femmes : il fait ainsi émerger des figures féministes importantes comme May Ziadé (1886-1941). Autrice, romancière, journaliste, son salon du Caire fut un haut lieu de rencontre et d’échanges pour la bourgeoisie moderniste et l’intelligentsia égyptiennes. »
« Dès 1908, elle défend la liberté des femmes. Elle voit dans le droit au savoir et à l’éducation des petites filles les outils primordiaux de l’indépendance des femmes et de leur émancipation du carcan familial et patriarcal. Elle s’intéresse aux premières figures féminines et féministes du monde arabe : Aïcha Taymour (1840-1902) et Malak Hifnî Nasîf (1886-1918). »
« En 1908, Hoda Chaaraoui (1879-1947) fonde le Mabarrat Mohammed Ali al-Kabîr, société philanthropique qui s’attache à l’éducation des femmes. »
« Née dans une riche famille musulmane de Minya, au sud du Caire, Hoda Chaaraoui milite très tôt pour l’égalité homme-femme. En 1919, dans le contexte du mouvement d’indépendance égyptienne, elle crée la Société de la femme nouvelle destinée à favoriser l’alphabétisation des femmes et l’enseignement de l’hygiène. En 1923, elle fonde l’Union féministe égyptienne avec Ceza Nabaraoui (1897-1985) et crée la revue féministe L’Égyptienne dont Nabaraoui sera l’active rédactrice en chef. Toujours en 1923, les deux femmes, de retour de Rome où elles avaient assisté au Congrès international des femmes, se dévoilent en public. Désormais, elles apparaîtront tête découverte. Après la Seconde Guerre mondiale, Ceza Nabaraoui tentera de redonner vie à l’Union féministe égyptienne. »
« De l’intimité à la scène : dans la peau des grandes divas de la chanson »
« La figure de la diva émerge dans ce contexte de transformations culturelles, technologiques et médiatiques. Des années 1940 à la toute fin des années 1960, ces femmes, d’origines et de confessions différentes, vont susciter un engouement populaire extraordinaire dans l’ensemble des pays arabes et incarner, chacune de façon spécifique, l’idée d’une culture arabe commune. »
« Ce second moment de l’exposition est consacré aux « voix d’or » de la chanson arabe. Les visiteurs pourront entrer dans la vie intime et publique des quatre chanteuses d’exception choisies : Oum Kalthoum, Warda al-Djazaïria, Asmahan et Fayrouz. »
« Après une déambulation au cœur de l’espace privé des loges de chacune de ces divas, le visiteur pourra découvrir des extraits de chansons qui ont fait leur gloire, des interviews, des objets personnels, des photos de tournage et des scènes chantées de films dont elles furent les actrices. Il se retrouvera ensuite dans l’espace public de la scène, au rythme des photographies et projections d’extraits de leurs concerts mythiques. »
OUM KALTHOUM (v. 1900-1975)
« Celle qui fut surnommée « l’Astre de l’Orient » s’impose jusqu’à aujourd’hui comme la « plus remarquable artiste vocale du monde arabe du XXe siècle ».
« Devenue icône de la culture populaire, elle commence par bouleverser profondément les canons de la musique traditionnelle dont elle est issue, en initiant le passage du « takht » (ensemble instrumental classique) à l’orchestre composé de nombreux instruments à cordes. Symbole d’une nation égyptienne aspirant à l’indépendance et à la modernité, celle qui sera un soutien indéfectible du pouvoir nassérien à partir de 1952 fait se rencontrer en sa personne toutes les aspirations d’un « projet national égyptien ».
« Née dans l’Égypte rurale, Oum Kalthoum est formée très jeune par son père aux chants des hymnes religieux et à la récitation coranique. Remarquée par des célébrités de la chanson cairotes, elle donne quelques concerts au Caire au début des années 1920, puis s’y installe en 1924. Très rapidement, sa renommée grandit grâce, non seulement à de nombreux concerts, mais également aux premiers disques qu’elle enregistre. À partir de 1926, Oum Kalthoum gère sa carrière de façon très professionnelle et « entre dans le trio médiatique des trois grandes dames du chant arabe avec Mounira al-Mahdiyya et Fathiyya Ahmad »1.
« Le répertoire d’Oum Kalthoum est en majorité constitué de chansons sentimentales. La chanteuse va surtout donner naissance à un genre musical arabe nouveau : la chanson longue en plusieurs parties, mais également des opéras ou poèmes symphoniques occidentaux, et caractérisée par de larges temps d’improvisation. Au fil des décennies, Oum Kalthoum transforme l’orchestre oriental en introduisant des cordes frottées, des percussions et des instruments empruntés aux traditions occidentales comme le piano, la guitare, l’accordéon ou l’orgue. Les concerts d’Oum Kalthoum sont de véritables performances vocales et musicales. »
« Comme les autres divas de cette époque, Oum Kalthoum, parallèlement à sa carrière de chanteuse, tourne dans plusieurs films chantants. Entre 1936 et 1947, elle sera la vedette de six films, dont Weddad (1936), Le Chant de l’espoir (1937), Aïda (1942), Fatma (1947). »
« Proche de Gamal Abdel Nasser (1918-1970), fondateur du mouvement des Officiers libres qui, en 1952, renverse le roi Farouk et met en place la République égyptienne, Oum Kalthoum devient, à partir des années 1960, « l’ambassadrice symbolique de l’Égypte nassérienne »2.
« En 1967, en remerciement de son soutien pendant la Guerre des Six Jours, Oum Kalthoum se voit offrir par Nasser la réalisation d’un film biographique. Le cinéaste Youssef Chahine est chargé de ce projet qui ne verra jamais le jour. Néanmoins, Chahine ayant pu entamer son travail avec la diva, filma, en couleur, l’un des concerts d’Oum Kalthoum. Ces rushes sont projetés dans l’exposition. »
1.-2. Catalogue de l’exposition Divas, D’Oum Kalthoum à Dalida, p. 71, Frédéric Lagrange, « Oum Kalthoum, un projet national ».
Oum Kalthoum
• « Son style est inimitable : elle tient, dès son premier concert, son foulard qui sera son seul et unique effet scénique. Elle ne porte que des diamants sur scène et des perles en journée et ses lunettes noires soulagent ses yeux affaiblis par un glaucome.
• Appelée « L’Astre de l’Orient », elle est la plus grande chanteuse arabe de tous les temps.
• Elle chantait tous les premiers jeudis du mois à la radio et la légende veut que le monde arabe s’arrêtait pour l’écouter.
• Elle mène son public jusqu’à la transe lors de ses concerts pouvant durer plusieurs heures. Lors de ses deux représentations à l’Olympia, jouées à guichet fermés, Bruno Coquatrix s’inquiète. Deux chansons sont prévues au répertoire pour chaque soirée. Il ne savait pas que chacune d’elles durait 1h30.
• Lors de son enterrement, l’émotion fut tellement importante que son cercueil fut porté pendant plusieurs heures par la foule dans les rues du Caire. »
ASMAHAN (vers 1917-1944)
« Issue d’une famille princière druze, Amal al-Atrache, connue sous le nom de scène d’Asmahan, étudie la musique au Caire où sa mère musicienne et chanteuse est venue s’installer avec ses enfants en 1923. »
« Asmahan commence à se produire au début des années 1930 dans les cabarets de la capitale, et c’est à la radio nationale égyptienne (Radio Cairo) qu’elle débute sa carrière de chanteuse. Elle devient très vite célèbre grâce à ses enregistrements à la radio et au cinéma (Victoire de la jeunesse en 1942 ; Amour et Vengeance en 1944). D’un extraordinaire charisme sur scène, Asmahan a su s’entourer des meilleurs compositeurs (Mohammad al-Qasabgi, Riad al-Sunbati, son frère Farid al-Atrache, Zakaria Ahmad,…) et paroliers (Bayram al-Tunisi, Ahmed Shawqi, Ahmed Rami, Isma’il Hakim). Sa voix, « du contralto chaleureux au soprano dramatique »1, lui permet d’aborder un large éventail de tonalités, allant des influences occidentales au tarab, et des styles d’ornements vocaux, avec une grande maîtrise du maqâmât (système modal arabe) et de la mawâwîl (les improvisations vocales). »
Asmahan
« • Amal al-Atrache, princesse druze d’origine syro-libanaise, est née sur un bateau entre Izmir et Beyrouth en 1917.
• « Tu es née dans l’eau, dans l’eau tu périras », sont les mots d’une voyante qu’Asmahan aurait consulté à l’âge de 15 ans.
• Amal al-Atrache et son frère Farid al-Atrache étudient la musique et ont deux professeurs influents, Zakaria Ahmad et Daoud Hosni. Un jour, Amal interprète pour Daoud Hosni une chanson d’Oum Kalthoum.
Le compositeur lui donne alors le nom d’Asmahan, « La sublime ».
• Asmahan se produit très jeune dans les cabarets et les soirées privées où elle rencontre, vers 1930, le journaliste Mohammed el-Tabei, qui deviendra son plus proche confident. Il écrit : « Il se dégageait d’elle un sentiment extraordinaire, comme si toute la douceur du monde et toute la gravité des tragédies s’étaient confondues en elle… ».
• L’amplitude de sa voix et sa grande maîtrise technique la placent parmi les plus grandes chanteuses des années 1930 aux côtés d’Oum Kalthoum.
• Elle se marie deux fois avec son cousin, le prince Hassan al-Atrache, avec qui elle aura une fille, Camélia.
Sa vie rangée dans le djebel druze la fait sombrer dans la dépression. Elle le quitte à plusieurs reprises pour retrouver sa vie tumultueuse au Caire. Femme rebelle et indépendante, elle fume, boit et collectionne les amants.
Elle s’oppose aux colères de son autre frère Fouad, qui ne supporte pas la voir mener une vie dissolue.
• Ses rares apparitions et son image, connue grâce seulement à deux films, font d’elle l’objet d’un mythe. Elle meurt pendant le tournage du second Amour et Vengeance. Le réalisateur Youssef Wahbi sera obligé de changer la fin du film.
• Espionne pendant la Seconde Guerre mondiale, elle se verra confier la mission par les Britanniques de convaincre les Druzes de laisser passer les Alliés dans le djebel.
• Elle meurt à l’âge de 27 ans noyée avec son ami Mary Baine. La voiture qui la conduisait sombre dans les eaux du Nil le 14 juillet 1944. Le conducteur de la Rolls-Royce Silver Ghost, qui remplaçait le chauffeur habituel, ne meurt pas. De nombreuses théories sur cette mort seront avancées et fascinent encore aujourd’hui. »
1. Catalogue de l’exposition Divas, D’Oum Kalthoum à Dalida, p. 84, Sherifa Zuhur « Asmahan : un modèle de musicalité ».
WARDA AL-DJAZAÏRIA (1939-2012)
« Née en France, à Puteaux, Warda Ftouki est la fille de Mohamed Ftouki, militant « nationaliste algérien, et d’une mère libanaise de confession musulmane. »
Warda commence à chanter à la fin des années 1940, dans le cabaret de son père, le « Tam Tam », au Quartier Latin. Dans les années 1950, elle passe sur Paris Inter de la radio télédiffusion française. »
« En 1955, le label Pathé Marconi produit son premier disque. »
« En faveur de l’indépendance de l’Algérie, Warda n’hésite pas à chanter des textes engagés, et voit sa célébrité grandir auprès des milieux algériens parisiens. Ses chansons sont diffusées dans tout le monde arabe où sa notoriété s’affirme, notamment au Caire. Au début de la guerre d’Algérie, en 1956, sa famille est expulsée vers le Liban. »
« À Beyrouth, la jeune chanteuse se produit dans les cabarets et prend le nom de Warda « al-Djazaïria » (« la Rose algérienne »). Sollicitée par Helmi Rafla, célèbre réalisateur de comédies musicales égyptiennes, Warda s’installe au Caire, à partir de 1959, et tourne deux films : Almaz et Abdou (1962) et La Princesse arabe (1963). Elle fréquente les milieux musicaux de la capitale et les plus grands musiciens arabes, et enrichit son répertoire de chansons d’amour. De l’indépendance de l’Algérie en 1962 jusqu’en 1972, Warda s’installe à Alger et suspend sa carrière. Au début des années 1970, elle redémarre une carrière en Égypte et épouse le compositeur Baligh Hamdi. Elle adopte alors un style intemporel de « diva orientale ». Elle est au sommet de sa gloire. De Paris à Beyrouth, du Caire à Alger, Warda connaît un succès immense avec plusieurs dizaines de millions d’albums vendus dans le monde et un répertoire de plus de 300 chansons portées par une voix exceptionnelle. »
Warda al-DjazaIria
« • Militante, elle interprète alors des chansons patriotiques en faveur de la décolonisation de l’Algérie et reverse une partie de ses recettes au FLN. Les plus grands artistes d’Égypte assistent à ses concerts.
• En 1956, la police soupçonne le cabaret Tam Tam de servir à cacher des armes pour les combattants du FLN.
• Ce n’est qu’en 1962, au moment de la décolonisation, que Warda découvre son pays l’Algérie. Elle rencontre alors celui qui deviendra son mari et le père de ses deux enfants, Djamel Kesri, qui lui impose de mettre un terme à sa carrière de chanteuse.
• Son style perpétue l’héritage d’Oum Kalthoum tout en innovant en introduisant des sonorités du Maghreb.
• En 1972, année de son retour au Caire, elle devient une diva adulée du monde arabe et reconnue par les plus grands compositeurs.
• Les morceaux plus pop qu’elle enregistre dans les années 1990 sont des succès remixés aujourd’hui dans les boîtes de nuit1. »
1. Les tubes des années 1990 : Je me sens bien avec toi / Batwanes beek (1992) ; J’ai cessé de t’aimer / Harramt ahibbak.
FAYROUZ (1934-)
« Née à Beyrouth, Fayrouz débute sa carrière comme jeune choriste de Radio Liban à la fin des années 1940. »
« Avec les compositeurs Assi et Mansour Rahbani, elle connaît une carrière fulgurante et participe au renouveau de la musique libanaise. La création en 1957 du Festival international de Baalbeck et ses éditions successives permettent aux frères Rahbani de créer un genre musical nouveau, « l’opérette libanaise », dont Fayrouz sera l’égérie. Fayrouz se fait aussi l’interprète de chansons mêlant des styles musicaux divers, à la fois orientaux et occidentaux, parfois avec des sonorités sud-américaines. »
« Celle qui incarne son pays et sa beauté tout comme sa tragédie et chante son amour pour le Liban, fait ses débuts au cinéma avec Le Vendeur de bagues (1965), réalisé par Youssef Chahine, et enchaîne les tournées dans les pays arabes (Damas, Amman, Alger, Oran, Constantine, Tunis, Rabat, Casablanca), en Europe (Londres, Paris), en Amérique latine, aux États-Unis et au Canada ».

« Au début des années 1970, Fayrouz devient l’interprète de son fils, Ziad Rahbani, compositeur et créateur du jazz oriental. En 1979, elle enregistre Seuls, avec des chansons jazzy composées par Ziad Rahbani. Cet album marque un renouveau dans la carrière de la chanteuse. »

Fayrouz
« • À Beyrouth, comme sa famille ne pouvait pas se procurer de radio, elle écoutait celle de ses voisins depuis sa cuisine.
• Alors qu’elle chantait l’hymne national à la fête de son école, un professeur du conservatoire la remarque. À 12 ans, elle rejoint le conservatoire et le chœur de la Radio du Proche-Orient, où elle finit soliste.
Elle prend alors le surnom de « Fayrouz », qui signifie Turquoise en arabe. Elle rencontre Assi et Mansour Rahbani, qui vont, avec son aide, révolutionner la chanson libanaise.
• Elle sait tout chanter et les frères Rahbani tout écrire, chansons, théâtres, opérettes. Le trio provoque, dès ses premiers titres, un véritable séisme dans le monde de la musique.
• Elle connaît une renommée internationale suite à ses chansons pour la Palestine. Elle devient alors l’âme et le cœur du monde arabe.
• Elle a toujours refusé de quitter le Liban trop longtemps.
Ainsi les réalisateurs Henri Barakat et Youssef Chahine vinrent travailler à Beyrouth pour elle.
• Arabe et libanaise avant tout, elle refuse de quitter son pays lors de la guerre civile libanaise et décide de ne plus chanter au Liban pour éviter les récupérations.
La légende veut qu’elle fût la seule à pouvoir traverser Beyrouth malgré les barrages pendant toute la durée du conflit.

• Son premier concert à Beyrouth en 1994 après 20 ans de silence reste un moment important dans l’histoire du Liban moderne.

• C’est par une rencontre avec la chanteuse, le 31 août 2020, que le président Emmanuel Macron débute son voyage officiel à Beyrouth après les violentes explosions qui y ont eu lieu. Le chef de l’État français lui a remis une décoration [Légion d’honneur, Ndlr] en signe de reconnaissance de son talent et de son engagement envers son pays. »

« La chanteuse libanaise, très appréciée par des générations de terroristes palestiniens, a essentiellement acquis son aura en chantant la “cause palestinienne”, avec surtout “Sa Narjeou Yawmane” (“Nous reviendrons un jour”), un hymne propagandiste dédié aux Palestiniens ayant quitté leurs maisons sur ordre des pays arabes dans l’attente de la destruction d’Israël. Elle dédie une autre chanson, “La fleur des villes”, à Jérusalem, après la défaite des troupes arabes contre Israël en 1967. En 2018, avec “Ela Mata Ya Rabbou” (Combien de temps, Seigneur?), elle chante en l’honneur des terroristes gazaouis de la “Grande Marche du Retour”, qui tentent jusqu’à aujourd’hui de rentrer illégalement en Israël pour tuer des civils. »

L’ÂGE D’OR DES STARS DE « HOLLYWOOD SUR LE NIL »
« Entre la fin des années 1930 et le début des années 1970, l’Égypte devient le quatrième producteur mondial de films. L’industrie cinématographique égyptienne connaît son « âge d’or » à partir du milieu des années 1940 et domine totalement le marché du cinéma arabe, avec des productions diffusées dans tous les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Pendant cette période de prospérité, entre 50 à 60 films sont réalisés par an. Le Caire devient « Hollywood sur Nil » ou « Nilwood ». La comédie musicale, la comédie et le mélodrame portent l’essor et le succès populaire de cette industrie, dont les premiers studios Misr furent créés en 1935 par Talaat Harb. »
« La ferveur du public pour la chanson et la danse dans les films dès les années 1930 conduit les producteurs à favoriser la comédie musicale, et jusque dans les années 1960, pas moins de 225 films musicaux dansants seront réalisés. Toutes les grandes divas de la chanson surfent sur la vague de ce genre nouveau. Si c’est le cas d’Oum Kalthoum ou d’Asmahan dans les années 1930-1940, le succès grandissant, au niveau mondial, du cinéma égyptien et des comédies musicales en particulier, voit naître le phénomène du star system avec ces divas actrices, appuyé par les magazines illustrés et les affiches de films au graphisme suggestif. »
« La troisième partie de l’exposition, consacrée à « Nilwood » et aux comédies musicales, met en avant ces divas actrices, chanteuses et/ou danseuses, au glamour fascinant : Laila Mourad, Souad Hosni, Sabah, Tahiyya Carioca, Samia Gamal, Hind Rostom, Dalida,… C’est l’occasion de découvrir ou de redécouvrir les chorégraphies de Tahiyya Carioca (1919-1999), légende de la danse orientale et à l’affiche de plus de 120 films, la talentueuse Samia Gamal (1924-1994), qui débuta sa carrière au sein de la fameuse troupe de Badia Massabni, joua dans une cinquantaine de films et dont les numéros de danse dans La Danse de l’adieu (1954) ou dans Zanouba (1956) ont marqué l’époque des comédies musicales égyptiennes. »
SAMIA GAMAL
« • À huit ans, elle colle un papier sur la vitre de sa fenêtre pour se regarder danser dans le reflet. Son père la découvre et la place dans un atelier de couture au Caire.
• Son style mêle la danse orientale, les pas hollywoodiens et ceux du ballet classique avec des allusions latino-américaines.
• Elle est la première danseuse à utiliser des talons hauts.
• En 1944, Farid al-Atrache assiste à un spectacle qu’elle donne à l’Auberge des Pyramides1, établissement du Caire et lui propose de signer pour quatre comédies musicales. Une histoire d’amour naîtra entre les deux acteurs et leur couple deviendra un des plus mythiques du cinéma égyptien.
• Elle popularise la danse orientale et apparaît dans plus de 57 films entre 1940 et 1960.
• Après sa séparation avec Farid al-Atrache , elle part aux États-Unis faire une tournée et se fait connaître du public français avec Ali baba et les quarante voleurs en 1954.
• En 1952, elle épouse Sheppard King, un riche homme d’affaire texan qui se convertit à l’islam.
Leur mariage ne durera pas. Elle épouse Rushdy Abaza en 1958 et se retire définitivement du cinéma en 1972. »
1. « L’Auberge des Pyramides est un cabaret du Caire sur la route des Pyramides. Ce cabaret portait un nom français, il ne s’agit pas d’une traduction. Il y avait des spectacles de danses et de chants et s’y tenait l’élection de Miss Égypte mais également « de la plus belle baigneuse de l’année en maillot une pièce » et ils organisaient aussi un « Gala des plus jolies jambes ».
« D’autres divas marquent également cet âge d’or : Laila Mourad (1918-1995), star incontournable des comédies musicales des années 1940. Souad Hosni (1942-2001) qui joua dans plus de 75 films, de la comédie aux films policiers et aux mélodrames, ou encore la chanteuse libanaise Sabah (1925-2014) à la filmographie tout aussi impressionnante de plus d’une centaine de films, Hind Rostom (1926-2011) qui travailla avec les plus grands réalisateurs de l’époque, dont Youssef Chahine pour Gare centrale en 1958 ou encore Faten Hamama (1931-2015), icône du cinéma égyptien qui marqua par son talent pendant un demi-siècle en tournant avec les plus grands réalisateurs égyptiens tels que Ezzedine Zoulficar, Henri Barakat et Youssef Chahine. Elle forma avec Omar Sharif un des couples les plus légendaires du cinéma égyptien ».
Souad Hosni
« • Actrice emblématique du cinéma égyptien, elle est connue comme la « Cendrillon de l’écran arabe ».
• Cette brune espiègle et souriante incarne à merveille la jeunesse rêvée des années 1960. Alors que les Officiers libres viennent de renverser la monarchie égyptienne, elle devient avec Abdel Halim Hafez, l’emblème du « renversement de l’ordre ancien ».
• Elle joue dans soixante-quinze films, allant de la comédie aux films policiers et mélodramatiques.
• Elle est retrouvée morte le 21 juin 2011 après une chute de plusieurs étages. L’enquête conclut à un suicide mais les prises de parole de sa famille et des révélations sous-entendant un passé d’espionne sèment le doute chez ses fans. Sa mort tragique et mystérieuse participe à l’incroyable fascination qu’elle exerce encore. »
« Ces actrices sont portées par un esthétisme glamour influencé par les films américains hollywoodiens. »
Laila Mourad
« • D’origine juive, Laila Mourad commence à chanter à l’âge de 15 ans poussée par son père, chanteur respecté.
• Elle est choisie par le grand compositeur Mohammed Abdelwahab pour jouer dans son film Yahia el hob, un des premiers films égyptiens sorti en 1938.
• Sa voix sublime, reconnue par les plus grands réalisateurs et compositeurs, fut surnommée le « Carillon de l’Orient ».
• Elle devient la plus grande chanteuse de l’âge d’or du cinéma égyptien et aurait été désignée par Oum Kalthoum comme chanteuse officielle de la révolution égyptienne.
• Au sommet de sa gloire, elle met brusquement fin à sa carrière à seulement 38 ans. Les raisons de cet arrêt soudain restent inconnues. »
Faten Hamama
« • Faten Hamama débute sa carrière à 7 ans dans un film de Mohammed Karim, Jours heureux en 1939 et apparaît dans plus de 57 films jusqu’en 1993.
• Sa grande beauté et la richesse de son jeu d’actrice séduisent les plus grands réalisateurs : Ezzedine Zoulficar, Salah Abou Seif, Youssef Chahine.
• Elle est capable d’interpréter tous les rôles : des mélodrames populaires aux films réalistes et engagés en passant par les comédies musicales.
• Faten est mariée, quand en 1954, elle tourne Ciel d’Enfer de Youssef Chahine. Elle fait la connaissance sur le plateau du jeune premier Michel Chalhoub, futur Omar Sharif. C’est en tournant une scène de baiser que le réalisateur comprend ce qu’il est en train de se passer. Faten divorce peu de temps après et Michel, chrétien, se convertit à l’islam pour l’épouser et devient Omar Sharif. Un des couples les plus mythiques du cinéma égyptien venait de se former. »
« Affiches de cinéma, robes, extraits de comédies musicales, unes de magazines mettront à l’honneur à la fois le talent de ces actrices, leur sensualité, le caractère iconique de leur présence dans un cinéma égyptien et arabe du divertissement qui se veut aussi un outil « d’attraction et d’unification culturelle ».
Sabah
« • Sabah signifie matin, en arabe.
• Elle tire son surnom al-Chahroura, la merlette, de son petit village natal de la montagne chrétienne, à l’est de Beyrouth, à Wadi Chahrour, littéralement la « vallée du merle ».
• Une « Barbarella levantine », écrit le journal L’Orient-Le Jour.
• C’est à la demande de la pionnière du cinéma, Assia Dagher, qui avait besoin d’une Libanaise pour son film, qu’elle s’installe au Caire en 1944.
• En 1945, elle joue dans son premier film Le Cœur n’a qu’un seul amour d’Henri Barakat et bâtit sa carrière d’actrice sur sa voix d’or, capable de tenir une note plus d’une minute.
• Elle jouera ensuite dans une centaine de films et interprétera plus de 3 000 chansons.
• Sabah exigeait de présenter une chanson libanaise dans chacun de ses films. Elle contribua ainsi à internationaliser la musique libanaise.
• Sa chanson, Allô Beyrouth, aurait été la plus écoutée sur les scopitones1 des cafés arabes parisiens.
• Mariée sept fois, elle ne garde pas un grand souvenir de ses maris : « La plupart de mes mariages ont duré cinq ans. Au bout de la cinquième année, je deviens folle ! Ces hommes ont tous voulu gérer ma vie et ma carrière. En contrepartie, ils ne m’offraient rien » déclare-t-elle à L’Orient-Le Jour.
• Elle a été une des premières chanteuses arabes à se produire à l’Olympia à Paris, ainsi qu’au Carnegie Hall à New-York, au Piccadilly Théâtre à Londres et à l’Opéra de Sydney en Australie.
• Son sourire, ses boucles d’or, sa garde-robe pleine de frou-frous et de paillettes et sa vie privée très tumultueuse ont fait d’elle une icône du monde arabe.
1. Jukebox associant l’image au son »
« La fin de cette section abordera la fin de l’âge d’or des Divas, concomitante de l’arrêt progressif de la production des comédies musicales et de la disparition des acteurs politiques du panarabisme (Nasser en 1970). »
Hind Rostom 
« • Elle est connue pour être une des plus belles femmes du monde arabe et une de ses plus grandes actrices.
• Elle est la « Marilyn de l’Orient », car elle présente des ressemblances physiques troublantes avec la star américaine. Pour autant elle n’a pas toujours apprécié la comparaison avec Marilyn Monroe qu’elle jugeait réductrice.
• C’est une actrice et une danseuse hors pair. Dans ses premiers films, ce don lui vaudra souvent des rôles de danseuses de cabarets, sensuelles et dangereuses, ce qui lui vaut une réputation de grande séductrice.
• Femme de caractère et très combative, elle fait tout pour ne pas s’enfermer dans des rôles de faire-valoir et va s’imposer dans tous les styles, de la comédie au drame en passant par le polar psychologique.
• Sa renommée est telle qu’elle joue son propre rôle auprès d’Omar Sharif dans la comédie Rumeur d’amour. »
Tahiyya Carioca 
« • Elle a un nom qui n’a rien d’égyptien ! La samba alors appelée carioca est très à la mode dans les années 1930. Tahiyya n’hésite pas à intégrer ces sonorités à ses performances et, avec ce nom de scène, emprunte un peu à la mythologie hollywoodienne : Carioca étant le nom du premier film de Ginger Rogers et Fred Aster.
• Invitée à danser aux noces du roi Farouk en 1936, cette femme volcanique n’aurait pas hésité à gifler sa majesté qui lui aurait glissé un glaçon dans le décolleté !
• Son tempérament bien trempé et ses sympathies communistes la mèneront trois mois en prison en 1953 après l’avènement au pouvoir de Gamal Abdel Nasser.
• Elle s’est mariée 14 fois et ne garde pas une grande estime pour les hommes qui ont partagé sa vie qu’elle qualifie régulièrement de « salopards ».
• Sa fin de carrière se fait sur les planches, elle dirigera une troupe de théâtre qui porte son nom ainsi qu’un théâtre. »
https://youtu.be/SclFMPjkZ40
DALIDA (1933-1987)
Naissance du mythe en Égypte
« C’est grâce à l’industrie cinématographique égyptienne florissante que Dalida doit son entrée dans le monde des divas internationales. »
« Née au Caire en 1933, celle qui est encore Iolanda Gigliotti, issue d’une famille italienne installée dans la capitale égyptienne, devient Miss Égypte en 1954. Ce titre lui ouvre dans un premier temps les portes du cinéma égyptien. Dès 1954, elle joue un rôle de vamp dans Un verre, une cigarette de Niazi Mostafa, puis celui d’une femme fatale dans Le Masque de Toutankhamon, réalisé par le français Marco de Gastyne. »
« Dalida part alors pour Paris où elle débute une carrière de chanteuse à succès. »
« En 1977, Dalida reprend une chanson égyptienne de 1919, écrite par un auteur compositeur nationaliste, Salma Ya Salama. En France comme au Moyen-Orient, la chanson rencontre un succès extraordinaire. La chanteuse enchaîne avec un second titre entièrement en arabe, Helwa Ya Baladi, qui connaît le même retentissement. »
« En 1986, le cinéaste Youssef Chahine la choisit pour incarner l’héroïne dramatique de son film Le Sixième Jour. Dalida y interprète, en arabe, le rôle de Saddika, lavandière cairote, qui cherche à protéger son petit-fils de l’épidémie de choléra qui décime le Caire. »
« L’exposition consacre un espace particulier à la figure de Dalida et son rapport à l’Égypte. Plusieurs objets et documents provenant de la collection du frère et producteur de la chanteuse, Orlando, sont présentés : des photographies de Dalida remportant le concours de Miss Égypte en 1954, des images de tournage du film Le Masque de Toutankhamon. Seront également montrés des extraits d’Un verre, une cigarette et la tenue qu’elle portait pour chanter Salma Ya Salama, qui est conservée au Palais Galliera, à Paris. »
Dalida
« • Son vrai nom est Iolanda Gigliotti. Elle est née au Caire dans une famille d’immigrés italiens. Elle vit alors dans le quartier cosmopolite de Choubra avec sa mère adorée et ses deux frères. Son père est premier violon à l’Opéra du Caire.
• Elle parlait l’italien à la maison, le français et l’italien à l’école et l’arabe égyptien à l’extérieur.
• En 1954, sa participation au concours de Miss Égypte et ses photos en maillot léopard devenues mythiques lui ouvre les portes de cinéma égyptien.
• La même année, elle joue dans le film Le Masque de Toutankhamon, l’or du Nil. Dalida pour ce rôle fait une courte apparition où elle incarne une ténébreuse espionne qui doit séduire Gil Vidal lors d’une mémorable danse des sept voiles. Marco de Gastyne, réalisateur français de ce film, la convainc de quitter Le Caire pour Paris.
• Elle rencontre rapidement le succès en tant que chanteuse.
Elle devient pour Charles Trenet la « Pharaonne de la chanson française ».
• Elle revient une première fois au Caire en avril 1959, pour une série de concerts en français joués à guichet fermé aux légendaires cinémas Rivoli et Kasr al-Nil.
Dès lors, elle fera salle comble dans tous ses concerts en Égypte comme au Liban.
• C’est auréolée de gloire qu’en 1977, la star internationale, reprend une chanson du folklore égyptien, Salma Ya Salama qu’elle chantera en 6 langues ! Le succès en France et au Moyen-Orient est vertigineux. Son second titre enregistré Helwa Ya Baladi, rencontre le même enthousiasme. Ces deux chansons célèbrent son pays d’enfance, l’Égypte, la nostalgie, la douleur de l’exil et le réconfort de se savoir quelque part chez soi.
• Le rêve cinématographique de Dalida attendra 32 ans avant de se réaliser et c’est l’Égypte qui le lui offrira. Le grand réalisateur égyptien, Youssef Chahine, la choisit pour être l’héroïne du bouleversant film Le Sixième Jour (1986). Elle y incarne, en arabe, Saddika, une blanchisseuse, occasion inespérée de rompre avec son personnage glamour de chanteuse. »
https://youtu.be/XLCmJA1kzd8
« HÉRITAGE ET RÉSONANCES CONTEMPORAINES »
« Que ce soit dans la mode, le cinéma, les arts visuels ou les musiques actuelles, les divas de l’âge d’or de la chanson et du cinéma arabes fascinent les artistes contemporains. Ainsi, l’exposition se prolonge sur les résonances de la révolution artistique accomplie par ces divas arabes et sur la période culturelle et historique qu’elles incarnent dans la création actuelle. »
« Des oeuvres récentes d’artistes de renommée mondiale y sont présentées. »
« Youssef Nabil qui, depuis les années 1990, travaille la photographie argentique peinte à la main, afin de reproduire les couleurs passées des photographies anciennes, s’inspire du cinéma égyptien des années 1950. Dans une vidéo de 12 minutes, I Saved My Belly Dancer (2015), il célèbre la danse orientale qu’il craint de voir disparaître. »
« Nabil Boutros explore par ses clichés noir et blanc le quotidien égyptien, des rites religieux aux lieux de sociabilité, cafés ou mosquées. Dans sa série de photomontages, Futur antérieur (2017), il détourne des extraits de films égyptiens des années 1960 et questionne les aspirations déçues d’un avenir meilleur. »
« L’illustratrice et artiste franco-libanaise Lamia Zadié développe dans ses romans graphiques l’histoire du monde arabe. Dans son installation Ô nuit, Ô mes yeux, tirée du roman graphique du même nom (2015), elle lie les deux grandes stars de la chanson et du cinéma, Oum Kalthoum et Asmahan à l’évolution politique de la région, tout en retraçant la vie des divas, des cabarets et des cinémas du Caire. »
« Deux courts métrages issus du film que l’artiste irano-américaine Shirin Neshat a consacré, en 2017, à Oum Kalthoum sont présentés : Looking for Oum Kulthum. Le public pourra également découvrir des portraits de femmes artistes qui nourrissent depuis longtemps la réflexion de Neshat sur le rôle des femmes créatrices, particulièrement au Moyen-Orient. »
« Shirin Abu Shaqra propose une réflexion sur le temps qui passe, dans une vidéo où, Salma, diva oubliée, se remémore sa gloire d’autrefois. Passé et présent se confronte au rythme de la chanson Sulayma (1959) de l’artiste syrienne Zakia Hamdan (1927-1987), monologue sur l’amour déçu, l’abandon et la trahison. Enfin, le duo d’artistes Randa Mirza et Waël Kodeih ont créé spécialement pour l’exposition une installation sous forme d’hologrammes dédiée à deux figures de la danse et du cinéma égyptiens, Tahiyya Carioca et Samia Gamal, sur une bande-son composée à partir de morceaux populaires tirés de films égyptiens. »
« FRISE CHRONOLOGIQUE : L’ÂGE D’OR DES DIVAS »
« 1905-6
Mounira al-Mahdiyya fait partie des premières chanteuses à se produire sur une scène de spectacle.
1906
Mounira al-Mahdiyya enregistre ses premiers disques en 1906 pour la compagnie allemande Odéon sous le nom de Sett Mounira [Madame Mounira].
1917
Mounira al-Mahdiyya, première égyptienne musulmane à jouer dans une pièce de théâtre.
1923
Dévoilement d’Hoda Chaaraoui à son retour du congrès de l’alliance internationale des femmes.
1924
Arrivée d’Oum Kalthoum au Caire.
1926 
Oum Kalthoum enregistre son premier disque Si je te pardonne sur un texte écrit par le poète Ahmed Rami
1926-27
Leila, premier film muet égyptien produit par Aziza Amir et réalisé par Wedad Orfi et Stéphane Rosti.
Aziza Amir interprète aussi le rôle principal.
1932
La Chanson du cœur premier film parlant égyptien avec l’actrice et chanteuse Nadra.
1934
Oum Kalthoum signe un contrat avec Radio Le Caire qui lui permet de donner un concert directement retransmis tous les premiers jeudis du mois pendant vingt-sept ans.
1936
Wedad, premier rôle d’Oum Kalthoum au cinéma.
1942
Victoire de la jeunesse de Youssef Wahbi avec Asmahan.
1944
Amour et Vengeance de Youssef Wahbi avec Asmahan.
1944
Mort d’Asmahan.
1945-65
Âge d’or du cinéma égyptien avec plus de 225 comédies musicales produites.
1954
Concours de Miss Égypte et interprétation de deux rôles par Dalida dans des films égyptiens : Le Masque de Toutankhamon et Un verre, une cigarette (parution en 1955). Départ la même année de Dalida pour la France où elle débute une carrière de chanteuse.
1956
Fermeture du cabaret le TAM TAM à Paris, le père de Warda, propriétaire du lieu, étant accusé de cacher des armes pour le FLN. Départ de Warda pour Beyrouth, puis trois ans plus tard, elle s’installe en Égypte.
1957
Première représentation de Fayrouz au festival de Baalbeck.
1964
Début de la collaboration entre Oum Kalthoum et Mohammed Abdelwahab et parution de leur plus grand succès, Enta Omri (Tu es ma vie).
1965
Fayrouz dans Le Vendeur de bagues de Youssef Chahine
1967
Défaite de l’Égypte face à Israël : le chant de Fayrouz devient plus tragique. Elle chante. El Qods (Jérusalem).
1967
Concert d’Oum Kalthoum. à l’Olympia
1970
Concert d’Oum Kalthoum prévu à Moscou mais finalement annulé en raison de la mort du président Gamal Abdel Nasser. Épuisée et malade, elle chante encore en public jusqu’en 1973
1972
Retour de Warda sur scène après 10 ans d’absence pour fêter les 10 ans de l’indépendance de l’Algérie à la demande de Houari Boumédiène.
1975
Mort d’Oum Kalthoum.
Plus de 5 millions de personnes assistent aux funérailles.
1977
Les frères Rahbani composent leur dernière comédie musicale, Petra, présentée à Aman puis Damas puis au casino du Liban et au Picadilly.
Le Liban sombre dans le cauchemar de la guerre civile. Pendant dix-neuf ans elle ne chantera plus au Liban. Libanaise avant tout, elle refuse de quitter son pays. Sa carrière continue à l’international.
Parution de Salama ya salama de Dalida qui devient un succès international. Deux ans plus tard, Dalida enregistre son deuxième succès : Helwa ya Baladi
1979
Concerts de Fayrouz et Warda à l’Olympia.
1986
Dalida interprète le rôle de Saddika dans Le Sixième Jour de Youssef Chahine ».
« LE LEXIQUE DES DIVAS »
* « Une partie de ces définitions sont tirées ou adaptées du livre “Centralité de la musique égyptienne” de Philippe Vigreux »
« Danse sharqî
Ou danse orientale est née dans les cabarets du Caire à la fin des années 1920. Elle trouve son origine dans l’évolution de danses folkloriques comme le baladî pour s’adapter au goût d’un nouveau public notamment occidental..
Le costume évolue vers une tenue. de danse moderne, raffinée, ornée. de perles et de strass, accompagnée de voiles, de bijoux aux bras et à la tête. La danse sharqî envahit rapidement les écrans de cinéma égyptiens et se démocratise.
*Dawr (ou dôr, pl. adwâr)
Dawr (ou dôr, pl. adwâr) : pièce maîtresse du concert de musique savante à la fin du XIXe siècle et durant les deux premières décennies du XXe siècle. La première partie est une introduction chantée qui offre une version condensée des phrases mélodiques. La deuxième partie reprend chaque phrase de la première partie pour en offrir une version développée. Au début du XXe siècle un chœur vient accompagner le chanteur. Cette adjonction inaugure une forme de chant alterné où le chanteur répète plusieurs fois certains vers ou fragments de vers combinés selon son goût, apportant à chaque fois des variations « entérinées » par le chœur.
Layâlî
Improvisation vocale sur les mots « yâ lêlî, yâ ‘ên ? (ô nuit, ô [brûlure de] mes yeux) au cours de laquelle le chanteur fait montre de sa virtuosité à l’état pur. Élément introductif à d’autres formes du répertoire ou simple intermède en cours de chant, le layâlî s’individualise comme genre et moment esthétique. La traduction généralement admise (ô nuit, chère nuit) est un contresens. Il s’agit ici de l’œil brûlé par l’insomnie et les larmes du désir de l’aimée.
Maqâm (pl. maqâmât)
Système modal, organisation des échelles mélodiques.
Mawwàl (pl. mawâwîl)
Composition poétique chantée en arabe dialectal donnant lieu à. un type d’improvisation vocale basée essentiellement sur la modulation et la structure rythmique du vers.
Nilwood
Terme utilisé pour qualifier l’industrie cinématographique égyptienne à son apogée (1945-1965), on parle également d’Hollywood sur le Nil.
*Qasîda (pl. qasâ’id)
Adaptation musicale d’un poème en arabe classique d’inspiration profane ou religieuse, mettant en valeur l’improvisation vocale. La qasîda peut être soit composée ou semi-improvisée sur un rythme déterminé (wahda) soit entièrement improvisée et non soumise à un schéma rythmique fixe.
Studios Misr
Studios légendaires de l’“âge d’or” du cinéma égyptien. Fondés en 1935 par le banquier égyptien Talaat Harb, l’ouverture de ces studios représente un événement majeur dans l’histoire culturelle de l’Egypte. Le premier film produit par ces studios est Weddad. Film dans lequel Oum Kalthoum tient son premier rôle au cinéma.
Takht (pl. tukhût)
Ensemble instrumental de musique savante comprenant un oud (luth), un qânûn (cithare), un violon, un nây (flûte) et un riqq (tambour sur. cadre ou tambourin). Il s’étoffe à partir de 1930 et admet violoncelle.et contrebasse.
 *Taqsîm (pl. taqâsîm)
Développement instrumental ou vocal (taqsîm-layâlî) d’un mode, improvisation par laquelle l’instrumentiste, par un agencement mélodique et rythmique libre.
Taqtûqa (pl. taqâtîq)
Née avant le début du XXe siècle.et souvent considérée comme ancêtre de la chanson légère moderne (ughniya), elle était à l’origine exclusivement réservée aux femmes avant d’intégrer partiellement le répertoire masculin. Elle se compose d’une structure en couplets/refrain, faisant d’elle le type même de la chanson populaire facile à retenir. D’où sa vogue dès les années vingt, d’abord par le disque, puis au cinéma.
Tarab
Ou « extase musicale » est un phénomène, propre à la musique arabe, qui touche l’auditoire en concert. Il est généré par la concentration du public et la performance du chanteur ou de la chanteuse. Par la répétition, la variation de la même phrase et la créativité de son improvisation, il/elle mène le public jusqu’à une émotion artistique d’une grande intensité. »
« DIVAS, la collection capsule par Raphaëlle Macaron pour l’Institut du monde arabe »
« Miroirs de poche, sacs, carnets, posters, pochettes zippées, badges… l’illustratrice libanaise Raphaelle Macaron a imaginé pour l’institut du Monde Arabe des œuvres exclusives représentant trois grandes divas du monde arabe : Oum Kalthoum, Fayrouz et Warda. Pour chacune de ces divas, Raphaëlle Macaron – qui a déjà réalisé des covers pour Acid Arab et Habibi Funk et des illustrations pour le New York Time et Society – crée des univers rétro et aux couleurs pop, faisant référence à des concerts emblématiques présentés dans l’exposition ».
« Ces visuels sont déclinés sur toute une gamme de produits dérivés à découvrir sur la boutique en ligne de l’Institut du monde arabe. Des accessoires du quotidien et créations iconiques à prix doux à offrir ou à s’offrir d’urgence ! »
 « 5 questions à Raphaëlle Macaron
Vous dites volontiers que l’une de vos principales sources d’inspiration, c’est la musique que vous écoutez.
Les chansons d’Oum Kalthoum, Fayrouz et Warda font-elles partie de votre univers musical quotidien ?
Oui, la musique est ma source principale d’inspiration. Fayrouz, Oum Kalthoum et Warda ne font pas nécessairement partie de mon univers musical quotidien, mais ont définitivement marqué mon enfance et mon adolescence. Je les associe à des souvenirs familiaux tendres et sereins. Mais c’est une mémoire si forte que, parfois, elle est aussi source de nostalgie extrême. Je choisis donc mes moments pour les réécouter.
Quelle est la place de ces chanteuses dans le Liban d’aujourd’hui, auprès de la jeune génération – la vôtre ? Fayrouz est-elle toujours la diva adulée de tous ?
Fayrouz est encore une figure populaire très importante. Sa musique autant que son personnage sont un mythe au Liban.
« J’essaye souvent de raconter quelque chose, même s’il s’agit d’un simple dessin. » (Youtube, L’Orient-Le Jour, 2018) : qu’avez-vous eu envie de raconter en réalisant les affiches de Fayrouz, Warda et Oum Kalthoum ?
J’ai surtout eu envie de retranscrire l‘ambiances des 3 concerts de chacune des trois divas en question. À chacune correspond un univers et une présence sur scène spécifiques. Elles ont toutes un charisme puissant, impossible d’illustrer cela dans une affiche. Fayrouz par exemple, debout devant un orchestre et une armée de danseurs : elle captive toute l’attention avec ses yeux mi-clos. Ce qui est frappant dans ce concert, c’est le jeu d’éclairage : un puits de lumière sur elle, des ombres très fortes… Ça fait presque penser à l’expressionnisme allemand. Sur l’affiche, j’ai voulu représenter cette présence justement très imposante dans une forme qui reprend celle d’un spot lumineux.
J’ai aussi voulu me faire plaisir visuellement : pour l’affiche d’Oum Kalthoum, je me suis inspirée de l’imagerie des affiches traditionnelles du cinéma égyptien, peintes à la main, souvent avec un portrait en premier plan et un paysage en fond. Ce que j’aime dans ces compositions, c’est la liberté avec laquelle on représente un personnage entier, puis des détails, ou des scènes, un peu comme des packshots selon les codes d’affiches publicitaires. Son portrait de profil avec ses lunettes de soleil iconiques résonnait bien avec le profil du sphinx derrière elle. C’est d’ailleurs une photo connue d’elle devant les pyramides qui m’a inspirée – c’est une belle métaphore sur son importance dans la culture égyptienne.
Pour Warda, je me suis bien amusée à regarder ses costumes, ses coiffures, ses habillages de scène… je n’arrivais pas à décider quel look j’allais choisir, j’ai donc essayé de trouver une composition pour en mettre le plus possible !
Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais je me suis inspirée des compositions des couvertures de vieux comics américains… peut-être pour exprimer son extravagance ?
Y a-t-il eu des spécificités à votre travail de création, dans la mesure où il était destiné à figurer sur des objets très divers ; êtes-vous partie des contraintes liées au support pour réaliser votre travail, ou avez-vous ébauché des projets, avant de vous atteler à leur adaptation sur le support ?
Pas vraiment, le travail d’affiche est très instinctif pour moi. J’ai donc commencé par les concevoir avec l’idée de pouvoir isoler des éléments pour le motif. J’ai essayé de créer ensuite un motif qui reprenait bien l’univers des trois divas et qui serait facilement adaptable sur tout support.
Vous n’avez quitté le Liban que depuis cinq ou six ans. Vous qualifieriez-vous de « Libanaise à Paris » ou d’artiste internationale ? 
Et quel impact a votre installation en France – particulièrement depuis que la pandémie interdit les voyages – sur votre travail ?
Je ne me qualifie pas tout court, les questions d’identité sont toujours plus complexes que ça. Je suis encore très ancrée au Liban malgré ma présence en France, mais celle-ci me donne la possibilité d’avoir le recul nécessaire pour en parler et surtout la possibilité de développer mon activité artistique. La pandémie et l’interdiction de voyage ont été d’autant plus difficiles à cause des multiples catastrophes qui ont frappées Beyrouth cette année : ça a été douloureux d’assister à cela de loin, dans une impuissance totale. Cependant, j’essaie de canaliser cette énergie dans mon travail. »

 

Du 27 janvier au 26 septembre 2021

Salles d’exposition (niveaux 1 et 2)
1, rue des Fossés-Saint-Bernard – Place Mohammed V
75005 Paris
Tél. : +33 (0)1 40 51 38 38
Du mardi au vendredi de 13 h à 18 h
Les samedis, dimanches et jours fériés de 13h à 19h
Fermé le lundi
Visuel :
Warda
© A.Sidoli et T.Rambaud_Divas

Les citations proviennent du dossier de presse.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Copenhague

Escrito por Cristina Gironès

El día que abrí el correo y me encontré con la tan esperada carta de aceptación al programa de máster Erasmus Mundus tuve que irme a correr. Ahora que lo tenía entre las manos dudaba sobre mis deseos y capacidades. Por aquel entonces aún quedaba una semana larga para que Europa se paralizase por el coronavirus. Los meses anteriores no habían sido fáciles, y estaba a punto de tomar la decisión de dejar mi contrato indefinido para irme a vivir a un país tan pequeño, tan desconocido, tan insignificante para la geopolítica global como Dinamarca. Acostumbrada a escribir sobre desgracias, ¿dónde podía encontrar buenas historias en el –considerado– país más feliz del mundo?

Nunca había vivido en ninguna región más al norte de Hamburgo, ni, por supuesto, nunca se me había ocurrido visitar la aburridísima Escandinavia. Pero ahí me encontraba, explicándole a uno de mis mejores amigos en el coche dirección Barcelona que ya lo tenía, que sí, que el consorcio elitista había decidido aceptar a esta chica normalísima, crecida entre vacas y campos de trigo, para su programa de periodismo internacional.

En mi cabeza, Dinamarca era el país perfecto: los prados eran verdes –nunca amarillos–, los edificios estaban limpísimos –sin ningún graffiti–, y las bicicletas se podían aparcar sin candado y sin sufrir por si alguna persona decidía volver a su casa con tu medio de transporte. Y es que esto no es casual: el discurso occidental siempre se ha servido de este territorio como el paradigma del bienestar, de la sostenibilidad, de la igualdad. El resto de Europa es una copia imperfecta de Dinamarca, y su campo de desarrollo es siempre desde su posición.

Aproveché el confinamiento para ponerme al día. ¿Eran mis expectativas y mis ideas algo real? Por el momento, la universidad estaba cumpliendo todos los estereotipos nórdicos. Nos orientaron a la hora de buscar una habitación, nos ayudaron a tramitar la residencia o visado e, incluso, nos acompañaron emocionalmente durante todo el proceso. Y después de googlear a fondo encontré que, efectivamente, durante décadas Dinamarca ha sido conocida como uno de los países más tolerantes y abiertos del mundo, especialmente a lo que a migración y refugio se refiere. Y este último apunte es importantísimo para entender mi experiencia.

Movimientos sociales ¿de raíz?

Era la primera vez que entraba en el centro social en el que acabaría pasando gran parte de mi año en Dinamarca. Recuerdo que, al abrir la puerta, un fuerte aroma a café y a desinfectante de manos se coló por mi nariz. Ese lugar era especial, pero no tenía nada que ver con los CSO (centros sociales ocupados) o ateneus ocupados que había frecuentado en el pasado. Aun así, las paredes parecían un collage de llamamientos populares, banners pro-Palestina y muchos-muchos pósteres en contra del cambio climático.

La chica que me atendió –el espacio era, también, una cafetería– se dirigió a mí en inglés. Después de invitarme a una taza de un líquido negro aguado al que solían llamar filtered coffee, me explicó que tenían diversas asambleas que se celebraban semanalmente para organizar manifestaciones, eventos u otras acciones. Y me apunté, sin pensarlo, a dos grupos de movilización. Hacía tiempo que mis espacios de confort eran centros sociales como ese.

¡Qué guay! Me fui a casa contenta. Esto me duró, a lo sumo, un par de días. Después de la primera reunión –estaba vinculada a un focus group de migración–, mis ánimos estaban por los suelos. Las personas con roles de poder, danesas y en la treintena, repetían una y otra vez que Dinamarca había sido la primera nación en firmar la Convención sobre Refugio de la ONU, que había liderado la atención y aceptación de inmigrantes desde principios de los 2000. Que siempre había sido un ejemplo a seguir, y que todo lo que estaba sucediendo ahora era “momentáneo” y “poco relevante”.

Lo que era “momentáneo” y “poco relevante” en su opinión era la deriva nacionalista del gobierno socialdemócrata con la complicidad de una sociedad poco movilizada. Y es que después de haberse situado como el primer país europeo en iniciar los trámites de expulsión de un centenar de personas refugiadas Dinamarca también estaba endureciendo otras políticas. Por ejemplo, aprobó recientemente una nueva ley que dificulta el acceso a la ciudadanía y que plantea la deportación de migrantes desempleados o con historial delictivo. Y esto no es todo. La línea dura que ha marcado el gobierno de Mette Frederiksen también ha impulsado la externalización de fronteras para expulsar a los solicitantes de asilo a centros de detención fuera de Europa, posiblemente en África, para que se estudien allí sus casos.

¿Qué hacer cuando, ante semejantes recortes de derechos, los que deberían estar en primera línea justifican lo injustificable? Por suerte, otras voces empujaron a la organización a moverse. Y, a raíz de esto, concentraciones y campañas empezaron a ocupar tiempo y espacio públicos. Si bien es cierto que existen grandes iniciativas de muchas personas, mayoritariamente internacionales, que abogan por la carga política de los movimientos sociales, estos no brillan precisamente por el rigor y radicalidad de sus exigencias.

Y de aquí, creo, surgió una reflexión con un amigo del centro. Por aquel entonces ya era pleno invierno y, aunque hacía pocos días que Halloween había inundado las casas, la Navidad y sus luces empezaban a despuntar en todas las calles. Vivir a menos de 0 grados era una experiencia nueva para mí y, aparte de algún proceso de congelación, me adapté gentilmente al clima hostil de Dinamarca. Fue en una de esas tardes en que el sol se iba a las tres y el glögg –vino caliente con canela– brotaba fácilmente de las botellas, en que me encontré nuevas y flagrantes contradicciones políticas.

Una de las puntas de lanza que alimenta la imagen de Dinamarca como un estado perfecto en el que todo funciona bien, en que la salud y la educación son gratuitas, en que el gobierno se encarga de todos los asuntos públicos es, precisamente, el Estado del Bienestar. Y es, efectivamente, uno de los aspectos que más envidio de los países nórdicos. Donde se centra mi reflexión es más bien en las consecuencias sociales de todo esto. Que una estructura así funcione bien no es algo que se haya conseguido con la movilización social, por más que me pese. Es más, es precisamente esta estructura la que consigue que la sociedad esté cada vez más desmovilizada. Si todo funciona bien, si nadie tiene hambre y todos tienen techo, ¿qué vamos a pedir?

Esta pregunta resonó dentro de mí. La idea de que Dinamarca posee una sociedad civil fuerte es, de nuevo, mentira. Y es que esta deriva conservadora en grado sumo se está dando con la pasividad –y el apoyo– de casi todo el mundo. Innegable es que la despersonalización de los extranjeros, convertidos en una suerte de monstruos, es una imagen compartida, socialmente aceptada. Todas las decisiones políticas pretenden disuadir a los inmigrantes de poner un pie en el país con la idea de fondo de llegar a una política de cero refugiados, y esto, al parecer, no inquieta a nadie. Si el Estado decide esto, es por qué será lo mejor para todos. Esto, que entra de lleno en contradición con una Escandinavia idealizada, puede provocar un efecto llamada. ¿Quién puede resistirse a adoptar el ejemplo del país más feliz del mundo?

La moral luterana en un país confesional

Las políticas de migración y asilo se endurecen año tras año en un contexto europeo de crecimiento de la extrema derecha. Por tanto, ciertas decisiones políticas –legislativas– no serían tan extravagantes en, por ejemplo, Alemania. Pero, ¿Dinamarca? Nuevamente, la imagen del país prevalece por encima de todo. Los titulares y las noticias siguen apuntando a la confianza social, a las ayudas públicas y al sentido de igualdad entre los ciudadanos como la fórmula mágica para su satisfacción. Pero, ¿son estos los verdaderos pilares del sistema?

Compartir mi vida con quince daneses no me habría supuesto ningún problema si hubiese podido escoger. Y, aunque no pude, probablemente fue lo mejor que me pasó en esos meses. Sorteando los estereotipos puedo afirmar que, para conocer a una persona nórdica, tienes que ponerle mucho –muchísimo– empeño. Por tanto, no hay mejor fórmula que un confinamiento pandémico con esta finalidad. Y ahí estaba, intentando superar unas semanas especialmente frías y oscuras mientras practicaba mi duolingo diariamente a marchas forzadas.

Fue una de esas noches, en las que compartíamos la cena porque poco más podíamos hacer, que el debate sobre las religiones adquirió más relevancia que nunca. Cuestión de aburrimiento, supongo. Después de criticar encarnizadamente el papel de la Iglesia en los países del sur de Europa me atreví a sacar el gran tema del cristianismo en Dinamarca. Mis compañeros, algunos de ellos amigos, parecían empeñados en negar de manera reiterada que la religión fuese parte importante de sus vidas. Y, aun así, todos habían aprendido a comportarse como luteranos. El país, de los pocos Estados confesionales de Europa, está estrechamente ligado a la religión. Es más, los llamados valores daneses tienen mucho de religiosos y poco de identitarios: la necesidad de aparentar que todo va bien, que todo funciona a la perfección y que no hay nada que pueda mejorarse es algo intrínseco al modelo danés y su visión del mundo.

Es justamente este uno de los puntos en los cuales se puede criticar el famoso informe de las Naciones Unidas. ¿Es realmente Dinamarca el país más feliz del mundo? Sobre la base precisamente de esta pregunta se han escrito muchos artículos y un gran libro, Gente casi perfecta, de Michael Booth. Y es, también, basándome en ello, que seguí indagando en la terquedad de mis daneses, su negativa a aceptar su parte de culpa –consciente o no– en el asunto. Dinamarca se había convertido en el paradigma de la perfección sin ser, de lejos, un Estado perfecto. Y, volviendo a la deriva antiinmigración, esto también tiene mucho que ver con la radicalización de la socialdemocracia en el país.

En los años anteriores a este 2021, la socialdemocracia, agonizante en la mayor parte del continente, había perdido también importantes segmentos de votantes en Dinamarca. La mayoría de ellos habían ido a parar a la derecha, a los nacionalistas xenófobos, que consideran que la defensa de este autosatisfecho modelo blanco, nórdico, europeo y vikingo pasa por eliminar de la ecuación a los inmigrantes, ya que se conciben en bloque como una amenaza. En un país en el que la cobertura estatal es un pilar que sirve de pegamento, que estructura la sociedad, la piel oscura significa una quiebra del sistema social.

Mientras el flæskesteg –cerdo al horno– se cocía lentamente y el humillo iba ganando terreno en nuestra cocina número cinco, un compañero no dudó en defender al gobierno al que no había votado. “Lo que está claro es que tenemos ayudas porque pagamos impuestos. Somos un país pequeño y si ahora todo el mundo viene a estudiar gratis aquí, o a trabajar y a ganar dinero, perderemos lo que hemos conseguido”. En otro contexto esta frase quedaría enmarcada para la posteridad en un cómo justificar el racismo para principiantes. No obstante, en Dinamarca esta creencia está mucho más extendida de lo que yo misma imaginaba. Un chovinismo similar ya formaba parte del neonazismo nórdico en los inicios de los 2000; lo que cambia es que ahora la izquierda –y la sociedad en general– está adoptando esta misma retórica.

Además, y de puerta afuera, Frederiksen propone acoger a los refugiados buenos, a los que dictaminen las cuotas de la ONU o a los que el mercado laboral necesite. Una estrategia de corrección política como esta busca mantener su estatus y su buena imagen en los órganos europeos y del resto del mundo. A la vez, sus declaraciones en ruedas de prensa apuntan todo lo contrario. Y es que nuevamente la moralidad protestante vertebra el Estado en su conjunto: es importante demostrar una admirable tolerancia y progreso aunque no se correspondan con la realidad. La moral protestante y el énfasis en la nación, o lo que es lo mismo, el cristianismo y el ser danés, son fenómenos que se refuerzan mutuamente. Y es en este marco en que el Welcome refugees está institucionalizado y, a la vez, la xenofobia se ha vuelto mainstream, una tendencia general.

La periferia, lejos del Danishness

La ficción del ser danés ha impregnado el orgullo nacional de los escandinavos. No solo son las banderas, que se enarbolan en cualquier contexto, como aniversarios, cumpleaños, bodas y otros eventos sociales. Esta idea ha propulsado una guerra cultural, una estrategia mediante la cual el Danishness desafía al islam. Y en este conflicto el Estado aparta cada vez más a las personas migrantes y no blancas a la periferia tanto simbólica y como física.

Ya en primavera, mi bicicleta decidió dejar de funcionar y mi objetivo fue conseguir otra. El transporte público, escaso y caro, con controles de seguridad muy estrictos y multas estratosféricas, no me parecía una opción viable. Y a través de una app móvil llegué al mal llamado ghetto de la ciudad. Esta denominación no es gratuita: el gobierno propuso una legislación para reducir el número de residentes no occidentales que viven en los barrios desprotegidos. Esto se traduce en la práctica en la limitación de la cantidad de población no blanca al 30% y en otorgar a los municipios el derecho a denegar viviendas.

Si bien es cierto que cuando sales del centro de la ciudad el paisaje, físico y social, cambia muchísimo, mi impresión de ghetto –que por entonces no sabía que se consideraba como tal– no fue distinta a la que tengo sobre cualquier calle un poco alejada del Paseo de Gracia de Barcelona. La población ya no era totalmente blanca, alta, rubia y con abrigos afrancesados hasta los tobillos. Las bicicletas ya no eran dignas de Amelie, con flores en la cesta delantera. Pero no era, ni de lejos, lo que el gobierno –y por extensión la sociedad– pretendía mostrar: ese ghetto era ghetto porque la piel de sus habitantes no era blanquísima, porque el sistema de transporte los orillaba cada vez más a la periferia del Estado, porque nadie quería verlos como parte de un país que, para bien o para mal, ya no es lo que era.

Y en esta necesidad de ser danés sobrevive, también, la americanización de la cultura. Mientras reivindican el sentir nacional, la cultura y las tradiciones, el consumo general de todo esto se refleja más y más en el American dream. Mientras es guay desayunar porridge cada día, el cuscús, el tachín persa o el café turco son subproductos que causan, incluso, repulsión. Por tanto, en este contexto, repetir que Dinamarca es el país más feliz del mundo es, como mínimo, falaz. Dinamarca no es tan bueno –o, al menos, no para todos–. El producto interno per cápita, la esperanza de vida saludable y otros indicadores parecidos dicen que se encuentra en la posición más alta en la clasificación del bienestar. Pero si la media apunta esto, también cabe destacar que la población inmigrante es, nuevamente, marginada: estructuralmente reporta niveles más bajos de vida.

En esta paradoja nórdica hay miles y miles de personas que experimentan el paraíso de una forma muy distinta. El país, supuestamente abierto y tolerante, está intentando acabar con la diversidad, viviendo como si no existiesen daneses de piel negra o rasgos asiáticos. O lo que es lo mismo, está intentando expulsar a quienes no cumplen sus estándares de corrección –física, cultural, social y económica– lo más lejos posible de su oasis de felicidad.

 

 

[Foto de la autora – fuente: http://www.fronterad.com]

Es presenten diversos documents per a l’ús d’un llenguatge inclusiu, no només en allò que fa referència al masculí i femení, sinó també a col·lectius diversos.

 Font: Tim Mossholder

L’objectiu més general de la comunicació inclusiva és donar rellevància a la presència dels dos sexes. Font: Tim Mossholder

Escrit per Joan Rosinach

El llenguatge emprat al llarg de la història de la humanitat havia pretès, de d’un principi, tenir un estàndard neutre. No obstant això, la realitat és que l’ús del genèric del masculí per anomenar tot allò referent als dos gèneres ha acabat, d’alguna manera, invisibilitzant a les dones. L’objectiu més general de la comunicació inclusiva és donar rellevància a la presència dels dos sexes en els diferents missatges emesos i evitar també l’ús d’imatges que puguin afectar la dignitat de dones o homes o que transmetin estereotips sexistes.

Des de fa un temps, diverses organitzacions fan servir en les seves comunicacions l’ús d’un llenguatge inclusiu, no només en allò que fa referència al masculí i femení, sinó també als diversos col·lectius que avui dia conformen la societat. Parar atenció en què els termes usats tinguin en compte la manera com les persones volen ser anomenades, fugir de determinades paraules i expressions que estan connotades molt negativament i evitar certes associacions són un pas fonamental per recollir i reconèixer la diversitat.

A continuació, es presenten algunes guies que poden ajudar a les entitats en el camí cap a la utilització d’un llenguatge inclusiu en la seva tasca diària.

 Font: Pierre Bamin

Diverses organitzacions ja fan servir en les seves comunicacions l’ús d’un llenguatge inclusiu. Font: Pierre Bamin

Guia de Comunicació Inclusiva. Grup Alba

Aquesta guia, publicada pel Departament de Cultura de la Generalitat de Catalunya el març de 2021, està destinada a les administracions públiques, els mitjans de comunicació i tots els agents socials. L’objectiu és fer un tractament de la discapacitat amb un llenguatge adequat, lliure d’estereotips i que utilitzi la terminologia amb què les persones amb discapacitat se senten més identificades, per contribuir a donar-ne una imatge objectiva i a afavorir-ne la inclusió social.

Guia de llenguatge inclusiu en el tractament de persones amb discapacitat

Aquest document creat per l’Ajuntament de Barcelona, parteix de la importància de l’ús d’un llenguatge no sexista per ajudar a crear un món més just i igualitari. La guia compta amb una llarga llista d’exemples i propostes d’un llenguatge inclusiu i no sexista, i ho ofereix per mitjà d’un disseny molt visual que permet la captació ràpida dels conceptes. A banda de la llengua i les imatges, també exposa que qualsevol tipus de contingut ha de ser inclusius per fomentar la participació femenina i corregir la tendència a un enfocament androcèntric dels relats.

10 punts per visibilitzar les dones en el llenguatge

Elaborada per un grup d’alumnes de l’Institut Gaudí de Reus l’any 2017, aquesta guia proporciona eines a la comunitat educativa per ajudar en la millora de l’ús del llenguatge dins i fora de les aules. El document és fruit de l’observació del material que utilitza el centre educatiu i l’anàlisi d’enquestes contestades pel professorat i per l’alumnat, en què es van detectar diverses mancances a l’hora d’utilitzar un llenguatge inclusiu. Exposa la coeducació com un mètode educatiu que es fonamenta en el principi de la igualtat entre sexes i la no discriminació.

Transgenere’m, promoció per la Igualtat de Gènere

Publicada per l’ Il·lustre Col·legi de l’Advocacia de Barcelona en el marc del seu Pla Integral 2018-2021, aquesta guia pretén ser un instrument que contribueixi a l’ús de termes i expressions lliures de sexisme. El document ho aborda des de dues principals vessants, la presa de consciència que la forma de comunicar-nos pot ser discriminatòria i excloent; i facilitant recursos que permetin assolir una comunicació inclusiva i no sexista, que doni visibilitat i reconegui per igual a dones i a homes, evitant ambigüitats.

Llenguatge inclusiu i no sexista

Amb aquesta guia, publicada l’any 2011, es vol desemmascarar i aportar solucions a alguns usos androcèntrics del llenguatge, com aquells que invisibilitzen o fan difícil imaginar en un àmbit determinat la presència o l’actuació de les dones. S’entén per usos sexistes els que menystenen o desvaloren un dels dos sexes. El document també descriu diverses estratègies lingüístiques que la llengua mateixa ens forneix per tenir alternatives a l’ús del masculí com a genèric.

Guia per a l’ús no sexista del llenguatge a la Universitat Autònoma de Barcelona

Publicada per la Mesa per a la Diversitat en l’Audiovisual del Consell de l’Audiovisual de Catalunya (CAC), aquesta publicació vol contribuir a integrar la diversitat de la societat catalana en l’ús d’un llenguatge inclusiu, que eviti els estereotips i no suposi cap barrera o menysteniment per a les persones o els col·lectius. Recull diverses propostes per evitar un llenguatge discriminador o que incorpori prejudicis, evitar les concepcions xenòfobes i paternalistes, i les atribucions tòpiques.

Guia de llenguatge inclusiu

Es tracta d’una eina, publicada per la Generalitat de Catalunya el 2011, que vol facilitar la consulta i resolució de dubtes pel que fa a l’ús d’estratègies i recursos lingüístics en els textos de l’Administració pública. El document insisteix a no abusar de determinats recursos, s’hi indiquen límits i es fan certes apreciacions per evitar que es facin servir solucions concretes d’una manera mecànica. Es normalitza l’ús del masculí com a categoria gramatical no marcada i, al mateix temps, es reivindica l’ús de formes dobles per precisar o emfasitzar la referència a homes i dones.

Guia d’usos no sexistes de la llengua

Emmarcada dins del Pla d’Igualtat del Grup Alba, aquesta guia de comunicació inclusiva publicada el 2021 compta amb recursos, estratègies i activitats que permeten reflexionar al voltant la llengua i la comunicació. S’hi troben alternatives a aquelles expressions o paraules que en el nostre context sociocultural actual es consideren discriminatòries. Parteix de la idea que en la comunicació també cal tenir en compte altres factors, com són el tractament de la imatge i l’accessibilitat de la comunicació.

 

[Font: http://www.xarxanet.org]

La visite de la reine de Saba au roi Salomon, Edward John Poynter, 1890. Wikipédia

Écrit par Christian-Georges Schwentzel

Professeur d’histoire ancienne, Université de Lorraine

 

Nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur la place de la femme dans la Bible. L’occasion pour certain.e.s de questionner l’égalité femmes-hommes dans les textes, tandis que d’autres ont mis en avant l’engagement et la lutte des femmes bibliques.

Mais les rédacteurs de la Bible ont aussi imaginé un type de femmes nocives, dont on parle moins, et qui cumulent à peu près toujours les mêmes caractéristiques  : elles sont étrangères et usent de leur charme pour entraîner à leur perte des Hébreux puissants ou respectés.

Figures de l’altérité et de la débauche, ces vénéneuses se révèlent potentiellement castratrices pour les hommes qui croisent leur chemin.

La patronne harceleuse

La première de cette série de femmes, suivant leur ordre d’apparition dans la Bible, est une Égyptienne dont le nom ne nous est pas donné. L’auteur nous apprend seulement qu’elle est l’épouse de Putiphar, un des plus grands personnages du royaume, conseiller du pharaon. Or l’Hébreu Joseph, fils de Jacob, poursuit alors sa carrière professionnelle en Égypte. Grâce à ses remarquables compétences, il est monté en grade jusqu’à devenir le gestionnaire des biens du puissant Putiphar. Il administre aussi bien la maisonnée de son patron que ses domaines agricoles.

Joseph et la femme de Putiphar, Sergey Solomko

Tout va donc pour le mieux, lorsque la femme de Putiphar fait des avances à Joseph qui est beau garçon. « Couche avec moi », demande avec insistance l’Égyptienne (Gn 39, 7). Mais Joseph la repousse. Elle se met alors à le harceler.

Un jour, alors qu’elle se trouve dans sa maison, seule avec lui, elle le saisit par un pan de sa tunique et lui réitère sa demande : « Couche avec moi ». Joseph la repousse à nouveau et prend la fuite, mais sa tunique se détache et reste entre les mains de l’épouse qui fait mine d’appeler à l’aide. Les domestiques accourent, puis le mari rentre à la maison. La patronne harceleuse accuse Joseph d’avoir tenté d’abuser d’elle. Rattrapé, le jeune homme est jeté en prison.

Mais, rassurez-vous, il s’en sortira un peu plus tard grâce à ses extraordinaires qualités et surtout à l’aide de Dieu. L’écueil représenté par la méchante femme n’aura donc été que passager.

Dalila la castratrice

Comme l’Égyptienne qui mit dans l’embarras Joseph, Dalila la Philistine représente elle aussi le péril féminin. Samson, héros viril et juge, c’est-à-dire chef des Hébreux, éprouve une attirance particulière pour les étrangères qu’il préfère aux femmes de son peuple. Il épouse une Philistine qui le trahit avant même la fin du festin de ses noces qui devait durer sept jours (Jg 14, 17). Plus tard, il rend visite, à ses risques et périls, à une prostituée qui vend ses charmes à Gaza (Jg 16, 1).

Enfin, il devient l’amant de Dalila, sans doute la plus nocive de toutes les femmes du moment. Mais Samson est sous le charme. Il se laisse berner par la manipulatrice, allant jusqu’à lui révéler le secret de sa force. « Révèle-moi donc pourquoi ta force est si grande », lui demande Dalila avec insistance (Jg 16, 6). « Comment peux-tu dire : Je t’aime, alors que ton cœur n’est pas avec moi ».

Dalila endort Samson sur ses genoux, d’Alexandre Cabanel (1878) Wikimedia

La séduisante Philistine se livre ici à ce que nous qualifierions aujourd’hui de chantage affectif. Samson finit par céder : « Le rasoir n’a jamais passé sur ma tête […]. Si j’étais rasé, alors ma force se retirerait loin de moi, je deviendrais faible et je serais pareil aux autres hommes ». Peu après, Dalila « endormit Samson sur ses genoux et appela un homme qui rasa les sept tresses de sa chevelure ; alors il commença à faiblir et sa force se retira loin de lui ».

L’édition œcuménique de la Bible précise qu’il existe une version plus ancienne du texte hébreu dans laquelle Dalila coupe elle-même les cheveux de son amant : « elle rasa ; elle commença à l’affaiblir ». Cette variante souligne davantage encore le rôle féminin castrateur.

Prévenus par Dalila, les Philistins capturent Samson, désormais bien incapable de se défendre. Ils lui crèvent les yeux et le jettent en prison. Dieu lui permettra néanmoins de se venger, un peu plus tard, lors d’une ultime attaque suicide. À l’occasion des célébrations en l’honneur de Dagôn, leur grand dieu, les chefs philistins exhibent au peuple le prisonnier, depuis la terrasse du temple. Samson prend appui sur deux colonnes et, après avoir prié Dieu de lui rendre une dernière fois sa force, il renverse les colonnes, provoquant l’effondrement de l’édifice. « Que je meure avec les Philistins », sont ses dernières paroles.

L’auteur conclut de ces mots l’épisode : « Les morts qu’il fit mourir par sa mort furent plus nombreux que ceux qu’il avait fait mourir durant sa vie » (Jg 16, 30). En fin de compte, la traîtresse aura été fatale à Samson, mais aussi indirectement à son propre peuple.

Dalila, par Gustave Moreau, 1896. Wikimedia

Provocante reine de Saba

La Bible comble d’éloges le roi Salomon dont la puissance et la richesse auraient égalé la sagesse. Le souverain domine un vaste empire s’étendant de l’Euphrate à la frontière de l’Égypte. Peuples et rois vassaux lui versent de lourds tributs. Il possède un merveilleux palais, de l’or à profusion, de nombreux chars et chevaux, ainsi qu’un harem composé de 700 épouses « de rang princier » et 300 concubines (1 R 11,3).

Dans un premier temps, Salomon, en pleine possession de ses capacités viriles, parvient à dominer toutes ces femmes. Il réussit aussi à déjouer les pièges de la reine de Saba, spécialement venue à Jérusalem depuis son royaume du sud de l’Arabie, le Yémen actuel, pour tenter de le déstabiliser.

Elle entendait « le mettre à l’épreuve par des énigmes » (1 R 10, 1). Il ne s’agissait donc nullement d’une visite amicale, mais d’une provocation. Cependant, Salomon ne se laisse pas impressionner : il « lui donna la réponse à toutes ses questions ».

Halle Berry dans le rôle de la reine de Saba (Solomon and Sheba de Robert M. Young, 1995).

Il la domine ainsi par son intelligence supérieure. La souveraine en a le souffle coupé. Elle reconnaît qu’elle a été vaincue par le roi qui la renvoie dans son pays. La reine de Saba incarne à nouveau, comme Dalila, la femme étrangère dangereuse. Mais contrairement à Samson, Salomon ne se laisse pas manipuler.

La souveraine aux jambes poilues

Les développements ultérieurs de cette légende vont dans le même sens, tout en ajoutant de nouveaux ingrédients. Ainsi, dans le Targum Sheni du livre d’Esther (écrit midrashique en araméen, datant sans doute du VIIe ou du VIIIe siècle), Salomon reçoit la reine dans une salle d’audience pavée de cristal. La souveraine croit qu’il s’agit d’un bassin rempli d’eau. Pour le traverser, elle retrousse sa robe. Salomon découvre alors que ses jambes sont… poilues ! « Ta beauté est celle d’une femme, mais tes poils sont plutôt ceux d’un homme », lui fait-il remarquer.

Gina Lollobrigida en reine de Saba dans le film de King Vidor, 1959. Youtube

Cette anecdote est censée souligner l’anormalité que représente la femme exerçant le pouvoir politique, caractéristique virile, selon le point de vue du rédacteur. Salomon remet à sa place cette reine qui inverse les rôles masculins et féminins.

Concubines idolâtres

Plus tard, avec l’âge, Salomon finit cependant par perdre ses capacités viriles. Les épouses étrangères sont montrées du doigt comme les véritables responsables de la déchéance de leur époux, lui-même coupable d’avoir introduit dans son lit ces femmes interdites. « Le roi Salomon aima de nombreuses femmes étrangères. […] Elles étaient originaires des nations dont le Seigneur avait dit aux fils d’Israël : Vous n’entrerez pas chez elles et elles n’entreront pas chez vous, sans quoi elles détourneraient vos cœurs vers leurs dieux » (1 R 11, 1-2).

 

 

[Source : http://www.theconversation.com]

 

 

Somando e subtraindo, hoje, exatamente quarenta e oito anos depois da morte de Salvador Allende, o balanço é muito claro e desafiador   

 

“Aprendam a lição..(porque) muito mais cedo do que tarde, se abrirão novamente as grandes alamedas por onde passará o homem livre, para construir uma sociedade melhor.. Tenho a certeza que meu sacrifício não será em vão.”

Publicado por José Luís Fiori

Salvador Allende, às 9,30 horas da manhã do dia 11 de setembro de 1973.
O golpe militar, a morte de Salvador Allende e o fim do governo da Unidade Popular, na manhã nublada, fria e melancólica de Santiago do Chile, daquele 11 de setembro de 1973, foi um momento trágico da história politica da esquerda latino-americana, e foi também um momento de mudança irreversível do pensamento crítico e progressista do continente.
Nos anos 60, e até o início da década de 70, do século passado, América Latina viveu um momento de intensa criatividade intelectual e política. Foi o período áureo da revolução cubana e de sua influencia sobre os movimentos de luta armada do continente, em particular, no Brasil, Uruguai e Argentina, e um pouco mais tarde, na América Central. Foi o tempo do reformismo militar de Velasco Alvarado, no Peru, e de Juan José Torres, na Bolívia; da volta do peronismo e da e da vitória de Juan Domingos Perón, na Argentina; da primeira experiência reformista democrata-cristã, na Venezuela, e, acima de tudo, do “reformismo cepalino”, de Eduardo Frei, e do “socialismo democrático”, de Salvador Allende, no Chile.
Tendo como pano de fundo, como desafio político e intelectual, o “milagre econômico” do regime militar brasileiro. Neste período, Santiago transformou-se no ponto de encontro de intelectuais de todo mundo, e virou o epicentro do que talvez tenha sido o período mais criativo da história politicas e intelectual latino-americana do século XX. Revolucionários e reformistas, democrata-cristãos, socialistas, comunistas e radicais, tecnocratas e intelectuais, líderes sindicais, sacerdotes, artistas e estudantes discutiam – a todas as horas e em todos os cantos da cidade – sobre a revolução e o socialismo, mas também, sobre o desenvolvimento e subdesenvolvimento, industrialização e reforma agrária, imperialismo e dependência, democracia e reformas sociais, e sobre a própria especificidade histórica do capitalismo latino-americano.
Por que Santiago? Porque o Chile foi o único país do continente onde se tentou – de fato – combinar democracia com socialismo, nacionalizações com capitalismo privado, e desenvolvimentismo com reforma agrária, durante o período da Frente Popular, entre 1938 e 1947, e durante o governo da Unidade Popular, entre 1970 e 1973, mas também, de certa forma, durante o governo. Na década de 1930, os socialistas e comunistas chilenos formaram uma Frente Popular com o Partido Radical, venceram as eleições presidenciais de 1938, e depois foram reeleitos mais três vezes, antes de serem separados pela intervenção norte-americana, no início da Guerra Fria, em 1947. Os governos da Frente Popular chilena, sob a liderança do Partido Radical, colocaram sua ênfase nos programas de universalização da educação e da saúde publica, mas também na infraestrutura, no planejamento e na proteção do mercado interno e da indústria. Mas foi só em 1970 que o governo da Unidade Popular propôs explicitamente um projeto de “transição democrática para o socialismo” como estratégia de desenvolvimento e sem destruição da economia capitalista.
Antes de Allende, os democrata-cristão “chilenizaram” o cobre, e começaram a reforma agrária, mas o governo da UP acelerou a reforma agrária e radicalizou a nacionalização das empresas estrangeiras produtoras de cobre, e foi além disto, ao propor criar um “núcleo industrial estratégico”, de propriedade estatal, que deveria ser o líder da economia capitalista e o embrião da futura economia socialista.
Este foi, aliás, o pomo de discórdia que dividiu a esquerda durante todo o governo da Unidade Popular, chegando até o ponto da ruptura, entre os que queriam limitar as estatizações industriais aos setores estratégicos da economia, e os que a queriam estender, até originar um novo “modo de produção”, sobre a hegemonia estatal. Pois bem, este projeto absolutamente original de “transição democrática para o socialismo” do governo da Unidade Popular foi interrompido pelo golpe militar do general Pinochet, com apoio decisivo dos EUA e do governo militar brasileiro.
Mas como previu Salvador Allende no seu último discurso, “muito mais cedo do que tarde”, o Partido Socialista voltou ao governo do Chile, em 1989, aliado com os democrata-cristãos. Só que naquele momento os comunistas chilenos haviam sido dizimados, e os socialistas já haviam aderido ao consenso neoliberal, hegemônico, durante a década de 90, e haviam deixado de lado os seus sonhos socialistas.
Uma década depois, entretanto, no início do século XXI, a esquerda avançou muito mais e conquistou o governo de quase todos os países da América do Sul. E nesta hora, um grande numero de jovens das décadas de 60 e 70, que escutaram as últimas palavras de Allende, no Palacio de la Moneda, foram chamados a governar.
Por todo lado, em vários pontos da América do Sul, a esquerda voltou a discutir sobre o socialismo, o desenvolvimentismo, a igualdade e as novas estratégias de transformação social para o século XXI. Mas depois de uma década, a esquerda latino-americana deu-se conta de que a palavra “socialismo’ hoje tem conotações absolutamente diferentes nas montanhas andinas, nas grandes metrópoles, nos pequenos povoados, ou nos vastos campos ocupados pelo sucesso exportador do agrobusiness; que o “desenvolvimentismo” se transformou num projeto anódino e tecnocrático, desprovido de qualquer horizonte utópico; que defender a “indústria” ou a “reindustrialização”, virou um lugar-comum da imprensa, que pode significar qualquer coisa segundo o economista de turno; e o “reformismo social” foi dissolvido num conjunto de políticas e programas desconexos originários do Banco Mundial, mais preocupado com o seu “custo-efetividade” do que com a luta pela igualdade social.
Somando e subtraindo, hoje, exatamente quarenta e oito anos depois da morte de Salvador Allende, o balanço é muito claro e desafiador: a geração de esquerda dos anos 60 e 70 chegou em muitos países ao poder, mas já não tinha mais do seu lado a força do sonho e da utopia que levou Salvador Allende à resistência, ao silencio e à morte, naquela manhã violenta e inesquecível do dia 11 de setembro de 1973, na cidade nublada, fria e melancólica de Santiago do Chile.
11 de setembro de 20
*Este artigo apenas atualiza a data e reproduz outro com o mesmo nome publicado em Carta Maior, em 9 de setembro de 2013. Sua inclusão neste livro é uma homenagem a Salvado Allende. democrata-cristão, de Eduardo Frei, entre 1964 e 1970.

[Foto: Reuters – fonte: http://www.cartamaior.com.br]

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¿Quién dijo que las polémicas intelectuales no son para el verano? Allí donde el clima estival es suave, el momento resulta tan bueno como cualquier otro. Así lo demuestra el caso de Alemania, un país que todavía tiene respeto a las ideas: una de sus publicaciones señeras, el semanario Die Zeit, ha dado curso a una interesante discusión acerca de las políticas de la memoria. En particular, se trataba de discernir si el Estado alemán había venido prestando demasiada atención al exterminio nazi de los judíos europeos en detrimento de sus propias empresas coloniales, así como de precisar si eso se ha hecho a propósito y con finalidades espurias relacionadas con el apoyo a Israel o la perpetuación del racismo. Quienes así lo afirman son historiadores poscoloniales cuyas acusaciones quieren reabrir el viejo debate acerca de la excepcionalidad de la Shoah, un asunto que colea desde la famosa «disputa de los historiadores» de comienzos de los años 80. Y dado que no hay historia nacional sin cadáveres en el armario, el asunto presenta un interés universal.

El comienzo de la polémica está en la publicación de un artículo firmado por los académicos Jürgen Zimmerer y Michael Rothberg que llama a «suprimir el tabú de la comparación» entre el Holocausto nazi y otros acontecimientos históricos. La historiografía se globaliza y el pensamiento se pluraliza: ante estos desarrollos contemporáneos, dicen, los alemanes tienen que cambiar el modo en que se relacionan con su memoria. Reducir el exterminio judío a la condición de un episodio nacional de carácter excepcional sería contraproducente por varias razones: desatiende factores que explican la guerra alemana de aniquilación en el frente oriental, como el propósito de ganar «espacio vital» de tipo colonial; neutraliza la fuerza moral del «nunca más», ya que un suceso singular no puede repetirse; sirve para que otros europeos o sus gobiernos encubran la complicidad con los verdugos nazis, como sucedería en Polonia. Pero es que con ello se distorsiona además la «dinámica plural de la memoria pública», impidiendo el desarrollo de «una cultura del recuerdo más inclusiva» y adecuada a una sociedad alemana cada vez más heterogénea: si el recuerdo del Holocausto se transmitiera familiarmente, sostienen Zimmerer y Rothberg, los alemanes cuyas familias no vivían en el país en esa siniestra época carecerían de memoria alguna. Peor aún, la insistencia en la singularidad del nazismo tiene por objeto «salvar» la identidad nacional alemana, colocando un oportuno cortafuegos entre la historia alemana «normal» —incluido el colonialismo— y los crímenes nazis. O sea:

«La «caja negra» de Auschwitz» rompe la conexión estructural entre los crímenes alemanes y la historia alemana, limitando las ominosas continuidades al antisemitismo».

Irónicamente, pues, el trabajo de memoria realizado con el nazismo tendría como contrapartida una cierta desmemoria. Siguiendo esta estela, el académico norteamericano Dirk Moses procedió a denunciar en un artículo publicado en el portal suizo Geschichte der Gegenwart lo que denomina «el catecismo alemán». Su tesis es que ha llegado el momento de abandonar la premisa de que el Holocausto es una ruptura con la civilización; por mucho que sea la base moral de la República Federal, es posible y aun deseable establecer comparaciones entre el genocidio nazi y los demás genocidios. Es necesario contemplar el nazismo en el marco del imperialismo colonial característico de su época, lo que equivale a «desprovincializarlo» —término que se ha convertido en habitual entre los historiadores contemporáneos— y, por tanto, a normalizarlo. Para ello, es preciso abandonar las creencias que dan forma al «catecismo» que Moses denuncia. Sus principios serían los siguientes: el Holocausto es único porque nunca antes se había tratado de eliminar de raíz a un grupo étnico completo; es una ruptura civilizatoria; se deriva del mismo una responsabilidad especial de Alemania hacia los judíos e Israel; el antisemitismo no es racismo, sino un tipo especial de prejuicio; y, en fin, el antisionismo es antisemitismo. Este catecismo habría reemplazado al anterior, que describía el Holocausto como el accidente histórico provocado por la acción de un grupo de fanáticos desligados de las corrientes dominantes en la sociedad alemana.

Varias son las razones de Moses para rechazar categóricamente esta visión de las cosas. Por un lado, este catecismo no refleja ya el mundo de la vida de los jóvenes alemanes; como sus pares estadounidenses, no solo consideran que el racismo contra los inmigrantes es un serio problema en todas partes, sino que constatan que Israel apoya los asentamientos ortodoxos y aleja con ello la solución de los dos Estados. Para colmo, ninguna de estas realidades puede ser reprimida ya por los «censores sacerdotales» gracias a la «anarquía democrática» de Internet. ¡La verdad vuela sola! En lo que a los historiadores se refiere, también él subraya que la globalización ha conducido a un mayor interés por la historia imperial y la literatura colonial, creando dentro del ámbito de los «Estudios del Holocausto» el miedo a que su objeto se vea degradado: si la historia de la modernidad está marcada por el proyecto colonial, el nazismo quizá no sea entonces ninguna rareza.

A principios de julio, Die Zeit pone a discutir —un procedimiento que se ha hecho marca de la casa— al propio Moses con el profesor Volkhard Knigge, académico de la Universidad de Jena y exdirector del Memorial de Buchenwald. Lo hace bajo una rúbrica intimidante: «¿Cuán justa es nuestra memoria?». Knigge empieza por señalarse a sí mismo como uno de los «altos sacerdotes» criticados por Moses y recuerda que el Holocausto ha sido siempre comparado con otros acontecimientos, empezando por los crímenes comunistas y terminando con los bombardeos aliados sobre las ciudades alemanas; la cultura alemana de la memoria siempre ha estado, dice, dispuesta a evolucionar. Para Moses, por el contrario, esa apertura terminó alrededor del año 2000, momento en que esa cultura se convierte en rígida una ideología de Estado; la mejor muestra de esa nueva realidad la ve Moses en la designación parlamentaria del movimiento propalestino BDS como «antisemita». Knigge es categórico: «Una política de la memoria dirigida autoritariamente por el Estado es imposible en la República Federal». A su juicio, la memoria es susceptible de ser instrumentalizada en cualquier sitio; sin embargo, es un sinsentido afirmar que en Alemania existe una versión oficial de la historia nacional impuesta a historiadores y ciudadanos. Para Knigge, no tiene demasiado sentido comparar genocidios, pero si hay algo específico en el Holocausto es la voluntad de eliminar a cualquier precio a sujetos definidos por su pertenencia a una raza. De ahí que el Holocausto sea a la vez singular y comparable. Ante esta argumentación, Moses se reafirma en su crítica poscolonial y exige que en el debate histórico se ponga más empeño en escuchar las voces de los colonizados.

Quien salta al ruedo de la controversia una semana después es el conocido historiador Saul Friedländer, ya casi nonagenario e instalado en Los Ángeles. Su posición es clara: aunque la política de la memoria del Holocausto es objeto de críticas crecientes en nombre del credo poscolonial, Auschwitz fue algo diferente al colonialismo occidental y así debemos representárnoslo. Para Friedländer, la premisa del pensamiento poscolonial es acertada: el mundo occidental ha ignorado durante demasiado tiempo su pasado colonial y su racismo. Pero de ahí no se sigue que las demás conclusiones de Moses sean certeras. A decir verdad, sostiene, los historiadores alemanes y parte de la opinión pública no reconocen la singularidad del Holocausto hasta los años 80; hasta entonces, el debate historiográfico se centraba en las causas del mismo. Sucede que el exterminio de los judíos no tiene nada de pragmático ni se relaciona con la búsqueda de recursos a la manera colonial; de lo que se trataba era de salvar a la raza aria destruyendo a la raza judía, descontaminando la sociedad alemana de cualquier resto de los aniquilados. Para el veterano Friedländer, el empeño de Moses por vincular colonización, imperialismo y exterminio judío resulta forzado e infructuoso; al no residir ya en Alemania, en cambio, el historiador se abstiene de discutir la tesis de Moses según la cual el resentimiento contra los inmigrantes y la creencia racista en una white supremacy están al cabo de la calle.

Moses no se arredra y responde, sin decir ya nada nuevo, a las críticas. A Friedländer lo tiene por un historiador de otro tiempo, relacionado con la contienda de los historiadores de los 80 y sus resonancias intelectuales; se trataba entonces de rebatir la idea, influida por el anticomunismo de Ernst Nolte, de que no había nada en el Holocausto que lo distinguiera de los crímenes soviéticos. A su modo de ver, estamos en otro tiempo y en otro debate: Friedländer no se entera. El problema que Moses denuncia, insiste Moses, no está en los estudios del Holocausto sino en la instrumentalización del Holocausto: la continuación de la vieja política de la memoria serviría tanto para eludir las críticas a Israel como para sortear el reconocimiento de los crímenes del colonialismo alemán. Friedländer tiene miedo, se malicia Moses, de que el Holocausto y su memoria acaben subsumidos en las categorías coloniales, perdiendo con ello su especificidad. Más aún: tiene miedo de que las protestas del movimiento antirracista Black Lives Matter sigan su escalada y alcancen a la comunidad judía norteamericana. A decir verdad, la historia occidental está llena de «crímenes fundamentales», que es como Friedländer califica al Holocausto; entre ellos, la dominación territorial de las colonias y la esclavización forzosa de sus habitantes. Para Moses, este pasado no es pasado: «La herencia de la supremacía blanca concierne a Estados Unidos y Alemania —también a mi país de origen, Australia— de maneras muy distintas, pero con una similar persistencia».

A este respecto, un periodista de la casa —Thomas Schmidt, redactor jefe del Feuilleton— se pregunta si tiene razón el poscolonialismo cuando sostiene que Occidente no puede ser salvado moralmente. ¿Es el racismo insuperable? ¿No hay salida frente a la condena moral que el pasado impone sobre el presente? La portadora de este mensaje sería, para el autor, la nueva izquierda que recorre el mundo; una izquierda que ya no lucha por la clase obrera ni persigue la igualdad material. Los portavoces de la misma ya no hablan de la brecha entre capital y trabajo, sino de una diferencia más profunda que atañe a la raíz misma de la modernidad occidental: la supremacía de los blancos que los propios blancos decretan. De ahí provienen el colonialismo, la explotación de los inmigrantes, el racismo sistémico. Y desde entonces, sostiene esta izquierda, nada ha cambiado en el mundo; su tarea es llevar a cabo, por fin, una auténtica descolonización. Derechos humanos, democracia liberal, redistribución estatal: todo eso es la mascarada ideológica que permite que las cosas sigan como estaban. El universalismo occidental sería, en consecuencia, un particularismo enmascarado. Y la lucha contra el mismo debe continuar, porque el pasado está presente de mil maneras en nuestras sociedades: «La whiteness es siempre ella misma y es siempre contemporánea». Bajo este marco general, el Holocausto es presentado como un episodio más del impulso colonizador occidental. Por lo demás, dejando al margen el debate acerca de las estatuas o los nombres de las calles, no existe ningún movimiento de masas dispuesto a realizar los fines de la critical race theory, que habrá de conformarse así con operar en el plano simbólico.

Finalmente, al menos por el momento, el escritor Maxim Biller ha publicado una pieza en el Zeit del pasado 2 de septiembre en la que arremete contra «los nuevos relativistas». Biller, judío de origen armenio, cree que Moses y compañía se equivocan de lleno al tratar de reducir el Holocausto a la condición de episodio ordinario en la historia de las atrocidades occidentales. De manera elocuente, se refiere al «horror metafísico» provocado por el descubrimiento de los campos de exterminio al final de la guerra: los alemanes comprobaban que las montañas de cadáveres apilados en el suelo eran monumentos de una «religión de la muerte» defendida en su nombre. Andando el tiempo, claro, se habló de los «verdugos voluntarios de Hitler» y quedó claro que la responsabilidad colectiva de los alemanes tenía su fundamento. Biller, quien duda de las verdaderas motivaciones de los historiadores-activistas y se pregunta si no son antisemitas de izquierda empeñados en acusar a las élites judías anglosajonas de todos los males del mundo, subraya así la singularidad del Holocausto. La «solución final» trató de resolver la separación espiritual y moral que se había ido trazando entre los judíos y el resto del mundo desde hacía siglos; su denominación era por ello elocuente.

¿Qué pensar? Este tipo de polémicas intelectuales, con nombres y apellidos, apenas se producen en España; salimos perdiendo, ya que vivifican el debate público y constituyen una oportunidad para la exploración de asuntos controvertidos. Aquí como allí, el problema inherente a ellas está en la determinación de la honestidad de los contendientes: ¿son todos ellos genuinos truth-seekers o sus argumentos sirven a intereses personales, partidistas o ideológicos? Dado que no hay manera de saberlo, sino tan solo de sospecharlo, no queda más remedio que aplicarse a la deliberación suponiendo las mejores intenciones en los demás, incluso si ni siquiera uno mismo las alberga. En otras palabras, será el intercambio de argumentos y el respeto hacia los «hechos probados» de la historia lo que decida la suerte del debate. Claro que cuando se trata de hechos históricos bien conocidos, como sucede con el Holocausto, las novedades vienen dadas por la aparición de nuevas interpretaciones sobre los hechos. Y en la medida en que estas últimas no pueden verificarse, salvo que sean tan disparatadas que puedan descartarse a la primera, lo decisivo será cuán plausibles resulten a partir de los argumentos con que se defienden. Siendo cosa sabida que nuestra visión del pasado no es inmutable, ya que los relatos históricos cambian con el tiempo por razones que van de las modas ideológicas a la aparición de nuevas claves interpretativas, nunca podemos estar seguros del destino que correrá un argumento novedoso: cuidado con reírse de él. Ahora bien: el éxito de un argumento novedoso tampoco garantiza por sí mismo su correspondencia con ese pasado histórico que solo podemos reconstruir a partir de los rastros que ha dejado.

Ni que decir tiene que el cuestionamiento de la singularidad del exterminio nazi de los judíos europeos por parte de académicos prominentes no puede sino atraer la atención pública en un país, Alemania, que ha construido su identidad nacional durante los últimos setenta años bajo el peso insoportable de su pasado totalitario. Desde luego, es comprensible que la primera reacción ante un crimen semejante consistiera en atribuir su responsabilidad a un puñado de desalmados; nadie quiere mirarse en un espejo semejante. Recordemos la dificultad con que Claude Lanzmann desarrolló el rodaje de Shoah, su película documental sobre la solución final; una obra desgarradora que se construye sobre el testimonio de los testigos y la participación de algunos verdugos. Es difícil enfrentarse a este trabajo sin concluir que hubo algo distintivo en el Holocausto, ya se lo contemple desde el punto de vista ideológico (como empresa radical de depuración étnica basada en un odio enfermizo) u organizativo (empleo de la meticulosidad de los procedimientos burocráticos y la potencia de los recursos industriales como herramientas de exterminio, sin por ello olvidarnos la importancia que tuvo en los territorios orientales el asesinato «tradicional» con arma de fuego). Significativamente, el estreno de la serie de televisión norteamericana Holocausto en 1978 produjo un impacto formidable sobre la opinión de masas: el drama protagonizado por Meryl Streep y James Woods fue determinante para que se reabriera el debate público sobre este siniestro acontecimiento histórico. Hasta ese momento, con la excepción del proceso a Eichmann y algún otro proceso judicial más o menos notorio, el trauma colectivo quedaba acaso demasiado cerca; Sebald ha descrito un proceso similar en relación con la memoria de los bombardeos masivos aliados sobre las ciudades alemanas en la última fase de la guerra.

No es este el lugar para responder a las innumerables preguntas que suscita la controversia intelectual de la que se ha dado noticia. Sin embargo, la idea de que el exterminio nazi de los judíos europeos debe verse como parte de la más amplia empresa colonial europea y como un objetivo asociado pragmáticamente a la búsqueda de nuevos recursos territoriales se antoja poco convincente. Es tal el énfasis nazi en la necesidad imperiosa de acabar con los judíos, culminando así de la manera más expeditiva siglos de antisemitismo europeo; se trata de un odio tan específico, que se expresa de forma tajante como resultado del miedo a una contaminación biológica; y los medios que se emplean para realizar el fin de la aniquilación colectiva del pueblo judío son tan metódicos, perversos y eficaces, que resulta difícil no ver en el Holocausto una ruptura con la civilización. ¡En la Alemania de Beethoven, Goethe, Murnau! Si este crimen tiene un símbolo, es el humo ascendente de los hornos crematorios.

En cambio, hay que dar la razón a los críticos cuando ponen de manifiesto la necesidad de abrir los ojos ante la magnitud de los crímenes del colonialismo: la Bélgica de Leopoldo, por poner un ejemplo notorio, no se portaba en el Congo mucho mejor que los nazis. Pero, ¿qué hay de las tropelías cometidas por los japoneses en Manchuria? Y, entonces, ¿qué pasa con el Gulag de los soviéticos? Aquí está seguramente el quid de la cuestión: la historia ha sido una exhibición de atrocidades y sus perpetradores están lejos de haber sido siempre europeos blancos con licencia para matar. El pecado europeo está en la flagrante traición a los ideales racionalistas de la Ilustración. Podríamos decir: en la justificación racionalista de los crímenes, presentados convenientemente como parte necesaria del proceso de modernización de los pueblos atrasados del mundo entero. Ocurre que se hace difícil incluir al nazismo dentro de esa categoría; la ideología milenarista nazi es un irracionalismo de fondo romántico antes que un proyecto de la razón ilustrada, por mucho que haga uso de las herramientas de la modernidad —burocratización, industrialización, comunicación de masas— en la brutal realización de sus atroces fines. De ahí que este disparo de los historiadores poscoloniales yerre el tiro, lo que no significa que todas sus balas sean de fogueo. Sobreactuar, empero, les sienta mal: nos pasa a todos.

[Fuente:www.revistadelibros.com]

Nina Simone (1933-2003) était une pianiste, chanteuse, compositrice et arrangeuse musicale ainsi qu’une militante américaine pour les droits civiques aux États-Unis. Son registre incluait le jazz, le blues, la soul, le R&B, le folk, le gospel. Arte diffusera le 4 septembre 2021 « Nina Simone – Live at Montreux 1976 » de Jean Bovon.  

Publié par Véronique Chemla

Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan et Billie Holiday, Nina Simone (1933-2003) composent le carré d’as des meilleures chanteuses de jazz.
Certains ont découvert Nina Simone, interprète émouvante de « Ne me quitte pas  », chanson de Jacques Brel.

Nina Simone (1933-2003) est née dans une famille pauvre méthodiste.
Elle aspire à devenir la « première concertiste classique noire en Amérique ».
En 1950, elle sort major de sa promotion du lycée Allen, pensionnat pour enfants noirs surdoués.
Durant l’été 1950, à la Juilliard School, sous la férule de Carl Friedberg, elle prépare l’audition d’entrée au Curtis Institute of Music de Philadelphie. Mais elle essuie un échec qu’elle attribue au racisme. Ce que nie cet Institut.
Tout en suivant les cours de Vladimir Sokhaloff, elle gagne sa vie en travaillant auprès d’un photographe, puis comme pianiste d’une professeure de chant et au Midtown Bar & Grill à Atlantic City.
En 1954, pour dissimuler à ses parents son métier de chanteuse dans un cabaret, elle choisit comme nom d’artiste, Nina Simone – Simone par admiration pour Simone Signoret.
Elle se constitue un public admiratif.
En 1955, elle fait la connaissance de Tex Axelrod qui l’invite à interpréter I Loves You, Porgy, chanson de l’opéra Porgy and Bess de George Gershwin.
Pour le label King Records, Nina Simone enregistre un premier disque.
En 1957, le label Bethlehem Records lui fait enregistrer I Love You, Porgy. Un succès.
https://youtu.be/v1TKfqSdEtQ

L’année suivante sort son premier album, Little Girl Blue qui comprend notamment My Baby Just Cares for Me (littéralement « Mon bébé ne s’occupe que de moi »), une chanson d’amour de jazz blues du compositeur Walter Donaldson et du parolier Gus Kahn, pour la comédie musicale américaine de Broadway Whoopee! (1928), suivi du film musical Whoopee! de Thornton Freeland (1930) avec Eddie Cantor. En 1987, une publicité du parfum No 5 de Chanel, réalisée par Ridley Scott avec Carole Bouquet, reprend ce titre qui se hisse aux premières places des classements musicaux mondiaux. Comme Nina Simone a vendu à Bethlehem Records ses droits sur cet album pour 3 000 $, elle ne bénéficie pas de ce succès financier.

https://youtu.be/6YxkqDYr-gI
Le registre de Nina Simone inclut le jazz, le blues, la soul, le R&B, le folk et le gospel.
De son mariage en 1961 avec Andrew Stroud, policier devenu son manager, nait sa fille, Lisa Celeste Stroud en 1962.
Dans les années 1960, Nina Simone milite pour les droits civiques des Noirs américains, et affine sa conscience politique en discutant sur Marx ou Lénine.
Le 12 avril 1963, Martin Luther King est arrêté à Birmingham (Alabama) ; Nina Simone donne un récital au Carnegie Hall. En juin, elle offre les recettes d’un autre à la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), et en août participe, dans le stade d’une université noire, au premier concert multiracial de cet état.

Téléspectatrice, elle assiste à la télévision à la marche sur Washington pour l’emploi et la liberté, culminant par le discours de Martin Luther King « I have a dream ».

En 1964, son passage de Colpix à Philips s’accompagne d’un tournant dans ses chansons : d’une thématique afro-américaine (Brown Baby) à une revendication pour l’égalité raciale aux États-Unis (Mississippi Goddam, Old Jim Crow, Strange Fruit, Four Women).
Elle prononce un discours politique lors de la Marche de Selma à Montgomery en 1965.
Nina Simone soutient une démarche de changement politique par la violence.
Elle rend hommage à Martin Luther King assassiné dans sa chanson Why? (The King Of Love Is Dead). 
https://youtu.be/JkPjEKCTKME
La décennie 1970 est marquée par son divorce, ses démêlés avec le fisc et son exil à La Barbade et, sur les conseils de Miriam Makeba, au Libéria, en Suisse, aux Pays-Bas et en France (1981-1983).
Sa vie est perturbée par se problèmes psychiatriques (troubles bipolaires).
En 1992, Nina Simone publie son autobiographie, I Put a Spell on You, dont s’inspire Frank Lords pour son documentaire Nina Simone : la légende.
Sept ans plus tard, Nina Simone est distinguée par le Music Award à Dublin, et, en 2000 par le Diamond Award for Excellence in Music de l’Association de la musique afro-américaine de Philadelphie.
À Paris, l’allée Nina Simone est située sur la place de l’Île-de-Sein, dans le XIVe arrondissement.
Documentaires et biopics

En 2014, Jeff Lieberman réalise « The Amazing Nina Simone » (122 minutes). « Années 60 : grâce à un style unique et des pamphlets musicaux comme « Mississippi Goddam », Nina Simone devient une vedette aux États-Unis pour sa vision sans concession de la libération noire. Aujourd’hui, 11 ans après sa mort, Nina est plus populaire que jamais. Avec de nouvelles perspectives sur sa carrière avortée de pianiste classique, sa reconnaissance mondiale grâce au jazz, du Sud ségrégationniste aux droits civiques et à son exil en France, le film saisit l’héritage d’une artiste singulière. »

https://youtu.be/6aevK36nBQ8

En 2015, Liz Barbus réalise le documentaire What Happened, Miss Simone? (Netflix, 1 h 42 minutes)présenté en ouverture du Festival du film de Sundance 2015.
« L’histoire de la chanteuse de légende Nina Simone, mêlant des enregistrements jamais diffusés à de rares images d’archives, le tout bercé par ses plus grands succès ». « Nommé aux Oscars, ce portrait d’une icône controversée a remporté l’Emmy du meilleur documentaire ».
Parallèlement, est sorti Nina Revisited.. A Tribute To Nina Simone, album de reprises des plus grands titres de Nina Simone.
https://youtu.be/MtnmncV74uM
En 2016, sort Nina, biopic réalisé par Cynthia Mort avec Zoe Saldana, David Oyelowo et Kevin Mambo. Zoe Saldana « avait fait l’objet de vives critiques en raison de ses origines sud-américaines et de son teint trop clair. Pour les besoins du film, Zoe Saldana avait d’ailleurs dû passer par la case maquillage pour faire foncer sa peau et avait porté une prothèse lui épaississant l’arête du nez. »

En 2020, « l’actrice de 42 ans a affirmé qu’elle regrettait d’avoir accepté le rôle qui aurait dû revenir, selon elle, à une actrice afro-américaine. «Je n’aurais jamais dû jouer Nina», confesse Zoe Saldana dans une vidéo relayée par le Huffpost. « J’aurais dû faire tout ce qui était en mon pouvoir, avec les leviers que j’avais il y a dix ans, pour confier le rôle à une femme noire pour qu’elle puisse incarner le rôle d’une femme noire exceptionnelle », poursuit l’actrice très émue ».

« Je pensais à l’époque que j’avais la permission parce que j’étais une femme noire. Je le suis. Mais il s’agissait de Nina Simone. Nina a eu un parcours et une vie qui doivent être honorés dans le moindre détail. Sa voix, ses opinions, sa vision, sa musique et son art, tout était unique. Elle était si honnête, elle méritait mieux », déplore Zoe Saldana, qui finit par s’excuser dans un sanglot ».

« Je vais vous dire ce que la liberté signifie pour moi : ne pas avoir peur. J’entends par là ne vraiment pas avoir peur», se défendait Zoe Saldana lors de la sortie du film, citant ainsi Nina Simone. »

« Cependant, l’entourage de la chanteuse décédée en 2003 lui avait sèchement répondu sur Twitter, la priant de ne plus jamais parler de «Nina» pour le restant de ses jours ».
https://youtu.be/VG9jU_7no1k
Judaïsme, Juifs et Israël

« En 1962, Nina Simone a intégré à son répertoire la chanson folklorique israélienne Eretz Zavat Chalav U’Dvash (« Le pays où coulent le lait et le miel », en hébreu) – cette expression revient à 21 reprises dans la Torah. En 1963, elle l’a interprétée avec une autre chanson israélienne intitulée « Vaynikehu » selon le programme, au Carnegie Hall, en habillant ces sons anciens de son style », un « mélange exquis de joie et de nostalgie ». Nina Simone a su capturer « à la fois la nostalgie de quelqu’un en exil et le souvenir lointain du bonheur d’être chez soi », en Terre d’Israël (Eretz Israël). Nina Simone a séjourné en Israël durant plusieurs semaines. « Elle a trouvé la paix avec des musiciens là-bas, et à la plage », a affirmé le documentariste Jeff Lieberman.

« Il est probable que Nina Simone ait appris cette chanson de Shlomo Carlebach [rabbin, compositeur, interprète, Nda], qu’elle a rencontré dans les années 1950, alors qu’ils débutaient tous deux dans leur carrière. »
« Soul Doctor – Journey of a Rockstar Rabbi » est une comédie musicale (musical) de Broadway évoquant la vie du rabbin Shlomo Carlebach et son amitié avec Nina Simone – celle-ci l’a familiarisé avec la soul et le gospel -, avec des musiques et paroles de Shlomo Carlebach et David Schechter,  dans une mise en scène de Daniel Wise. Elle a été créée en 2013.
https://youtu.be/YBAAkJyEhlA

Sur son album Pastel Blues (1965), Nina Simone a aussi repris la chanson « Strange Fruit » (« fruit étrange »), tirée d’un poème écrit et publié en 1937 par Abel Meeropol (1903-1986). Auteur-compositeur et librettiste américain juif célèbre sous son nom d’artiste Lewis Allan, Abel Meeropol a composé la musique de cette chanson fustigeant les lynchages de Noirs américains, dans le Sud des États-Unis. Cette chanson est interprétée par Laura Duncan en protest song sur les scènes de New York, notamment au Madison Square Garden, à la fin des années 1930. Billie Holiday l’a chantée pour la première fois en 1939, au Café Society de New York et l’a popularisée.

Le « strange fruit » est le corps d’un Noir pendu à un arbre :
« Southern trees bear a strange fruit
Blood on the leaves and blood at the root
Black bodies swingin’ in the Southern breeze
Strange fruit hangin’ from the poplar trees ».
https://youtu.be/4iGjr_PwIQ8
En mars 2015, Ester Rada, chanteuse israélienne d’origine éthiopienne, a rendu hommage à Nina Simone, dans un EP, I Wish, composé de 4 titres, dont Four Women.
https://youtu.be/mWTmBmuAsIE
En avril 2015, Yael Naim a interprété « Plain Gold Ring de Nina Simone, au festival de Bourges, pour l’hommage qui lui était consacré. C’était un honneur de pouvoir interpréter un de ses titres. Cette femme dégageait une force incroyable et c’est ce que j’admire : elle a su transformer sa rage en un chant puissant et émouvant ». (L’express, 25 mai 2015)
« Nina Simone – Live at Montreux 1976 »

Arte diffusera le 4 septembre 2021 « Nina Simone – Live at Montreux 1976 » de Jean Bovon.

« Un légendaire concert enregistré à Montreux en 1976 au cours duquel la diva de la soul donne toute sa démesure ».

« Sur les cinq concerts que Nina Simone, disparue en 2003, donna au festival de jazz de Montreux, celui enregistré le 3 juillet 1976 est le plus mémorable et le seul dont il subsiste une vidéo ».

« Sanglée dans une petite robe élégante, la reine de la soul et du blues apparaît, tendue et altière, puis se laisse dérider par une facétie du public, avant de s’installer au piano ».
« Déclarant qu’elle souhaite « commencer par le commencement », elle démarre par un morceau de son premier album, « Little Girl Blue », lancé par une superbe introduction classique ».
« Ce préambule rappelle que Nina Simone a travaillé d’arrache-pied à ses débuts pour devenir concertiste, un rêve brisé par la ségrégation et ses origines sociales, dont elle gardera une plaie ouverte à jamais ».
« Le public est saisi par sa voix magnifique et déchirante, sa virtuosité au piano et sa présence chaleureuse ».
« Toujours sur le fil, Nina Simone se raconte avec émotion, entre les morceaux « Backlash Blues », « Be My Husband », « Feelings », etc., qu’elle interprète seule au piano ou accompagnée d’un batteur ».

« Pour finir, elle fait venir sur scène un percussionniste sénégalais et livre une danse africaine libératrice. Une prestation mémorable. »

« Nina Simone – Live at Montreux 1976 » de Jean Bovon 

Suisse, Royaume-Uni, 1976, 73 min
Production : Montreux Sounds SA
Sur Arte le 4 septembre 2021 à 00 h 10 et 30 septembre 2021 à 5 h
Disponible sur arte.tv du 27/08/2021 au 31/12/2021
Visuels :
Nina Simone en  » Live in Montreux » 1976: Seule au piano, ou accompagnée de son batteur
© Courtesy of Mercury Studios
Les citations sur les émissions proviennent d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

 

La musique punk est animée par une forte esthétique « DIY » (do it yourself). Fourni par l’auteur

Écrit par Manuel Roux

Doctorant en Sciences de l’Éducation (CeDS) et chercheur au sein du projet d’étude PIND (ANR), Université de Bordeaux

Lors d’une première tournée des squats allemands en 2014 avec notre groupe PVST, nous avons été frappés par l’implication des organisatrices et des organisateurs que nous connaissions à peine, et qui pourtant ont donné de leurs temps et de leur énergie. Sans leur aide, nous n’aurions pu mener à bien et à moindres frais notre série de concerts à l’étranger.

Leur militantisme culturel semble régi par des conventions implicites qu’un ami traduit d’ailleurs non sans humour par l’appellation « le package allemand ». Car leur engagement va bien au-delà de l’aspect strictement musical. Partout où nous étions accueillis, de la nourriture exclusivement végane nous était proposée. Lors d’une autre tournée en 2019, un des squats près de Francfort accueillait même un « dojo Do It Yourself (DIY) » pour les punks voulant s’essayer à la self-défense contre de potentielles agressions, qu’elles soient sexuelles ou motivées par des raisons politiques.

Journal ethnographique : tournée européenne jour 6, 17/04/2019, Squat Haus Mainusch, Mainz, Allemagne. Lieu de réunion pour gérer les affaires courantes du squat servant également de dojo DIY.

Pour contrecarrer toutes formes de domination et afin de masquer ce qui pourrait apparaître comme un privilège masculin, les batteurs devaient jouer en soutien-gorge s’ils étaient tentés de se dénuder pour avoir moins chaud lors du concert !

S’affichaient également des drapeaux « Welcome refugees » et des logos « Good night white pride » représentant un punk tabassant un nazi à terre : quelques jours auparavant, un squat avait été incendié par un groupuscule d’extrême droite. Ces punks-là vivaient une tout autre réalité que la nôtre en France, bien avant les évènements de Charlottesville et l’alerte faite par l’ONU au sujet du risque accru d’attentats terroristes d’extrême droite en occident, et avant ##MeToo.

Sept ans plus tard, tout se déroule comme si les punks avaient préparé en amont le monde d’après.

Organisation du travail contributive et en réseau

L’expérience de ces tournées a été le socle de nos questionnements pour penser les innovations punk. Les comprendre demande cependant l’adhésion à un prérequis important et contre-intuitif : être un punk, c’est du travail. Le sociologue Fabien Hein a bien décrit la multiactivité des groupes de musique dans son livre Ma petite entreprise punk.

Composer sa musique en salle de répétition, apprendre à l’enregistrer, réaliser son propre merchandising à l’aide d’une machine à sérigraphie, monter son label pour diffuser ses œuvres et planifier ses tournées… L’ensemble de ces tâches demande du temps, beaucoup de temps. Certes, ce principe de la « débrouille » est observé pour d’autres phénomènes culturels émergents, mais c’est bien le punk qui l’a institué en règle, sinon en convention devant régir le travail de production de ses œuvres à l’intérieur de la scène. Cette organisation guidée par l’éthique DIY vise l’affaiblissement radical de la division du travail puisqu’elle consiste à se couper de certains maillons de la chaîne de production structurant les mondes de l’art en faisant tout soi-même, mais avec les autres.

Souhaitant sortir des logiques marchandes et dans une volonté d’inclusion, c’est par le recours au prix libre que toute personne est invitée à participer à hauteur de ses moyens pour financer ces activités, tant qu’elle n’affiche pas publiquement des idées et comportements oppressifs (sexistes, racistes, homophobes, etc.).

Journal ethnographique : tournée européenne jour 6, 17/04/2019, Squat Haus Mainusch, Mainz, Allemagne. Panneau d’affichage à l’entrée du squat montrant les valeurs défendues du lieu.

Ainsi, tout le monde est logé à la même enseigne puisque les artistes acceptent d’être payés en fonction des entrées vendues. La confiance règne : envers l’organisation, qui doit attirer suffisamment de punks, mais aussi envers le public dont on espère le soutien. Pour que ces artistes puissent espérer rembourser leurs frais de route, le public est invité à payer un prix libre. La forme musicale sert d’ailleurs cette raison démocratique, puisqu’il n’est pas nécessaire d’être virtuose pour se produire sur scène. Il faut seulement avoir la volonté de partager sa passion pour le punk avec son entourage. Do it with your friends donc. La musique se veut alors – en apparence – simple et directe afin que n’importe qui puisse s’y essayer sans craindre un manque de compétence musicale.

La scène punk DIY comprend tout un réseau de scènes locales auto-organisées dans le but de s’extraire du pouvoir des industries musicales. Cette organisation a permis le développement de ses propres canaux de diffusion d’œuvres artistiques, en profitant de l’avènement d’internet pour les étendre mondialement. Des groupes de punk hardcore français comme Birds in RowThe Prestige ou Wank For Peace ont ainsi eu l’occasion de parcourir les routes d’Asie, de Russie tout en passant par Cuba ou Israël sans avoir recours à des promoteurs, mais en faisant seulement appel à la solidarité des punks. Ce mode d’auto-organisation rappelle celui du « travail contributif » développé par Bernard Stiegler où il s’agit d’abolir les barrières entre public et rock-stars : la scène punk appartient à tous.

L’inversion du mérite

La scène punk repose sur un modèle de réussite singulier modélisé par ce que l’on pourrait appeler un capital contre-culturel fondé sur un renversement idéologique de la réussite : celui ou celle qui réussit dans le punk est la personne qui passe l’épreuve du don de soi. Car c’est en faisant passer son intérêt personnel après celui du collectif que l’on gagne en notoriété tout en évitant d’être taxé·e d’opportuniste. Paradoxalement, pour que soit rendu visible aux yeux des punks le choix de l’opposition à l’establishement, il faut être suffisamment reconnu par la presse mainstream et jouer dans des lieux institutionnalisés.

Un accès à ces espaces ouvre à la possibilité de faire le choix de refuser de se soumettre à leurs règles, et ainsi ne pas trahir l’intégrité punk. Il y aurait par conséquent un intérêt au désintéressement : ce n’est pas la logique économique qui guide l’action, ni celle de l’art pour l’art, mais la recherche d’une pureté de l’engagement dont les pratiques d’auto-organisation nécessaires à la production et la diffusion de la musique, doivent être comprises comme parties intégrantes de l’œuvre elle-même.

L’outillage punk : subversion, éthique et débrouille

L’outil premier du punk consiste à subvertir l’ordre en place, de manière parfois illégale lorsqu’il s’agit de squatter un lieu, afin d’imposer sa vision du monde. Musiciennes et musiciens détournent par exemple l’argent obtenu des concerts dans des salles subventionnées, ou profitent d’une tribune pour transmettre ses valeurs de solidarité et d’égalité. Cet argent est tantôt reversé à des associations menant des actions militantes ou peut être réinvesti directement dans la scène DIY pour garantir son autonomie.

Et suivant l’héritage des Riot Grrrl, ce mouvement féministe des années 1990 dénonçant la part essentiellement masculine des musiciens de la scène punk, les problèmes de violences sexistes sont pris à bras le corps. Les femmes s’auto-organisent en s’armant d’outils pédagogiques de l’éducation populaire et de l’empowerment. Des ateliers d’apprentissage musical sont proposés par exemple par Salut Les Zikettes, doublés par la promotion des figures féminines et activistes sont relayés dans des fanzines comme Big Up Girls.

Cinquième couverture du fanzine Big Up Girls

Ces initiatives sont aussi l’occasion d’ouvrir des espaces de discussions en non-mixité nécessaires pour que des témoignages d’abus soient d’abord partagés, puis éventuellement rendus visibles. Ce fut le cas notamment à travers l’enquête récente de Mediapart relatant des témoignages de violences sexuelles au sein des musiques extrêmes.

Sans oublier l’aspect le plus important au cœur de l’idéologie punk, celle de la débrouille : lorsque l’on n’a pas les moyens de s’offrir un instrument ou des outils pour réaliser son propre merchandising, il faut les créer soi-même. Tout devient possible avec une connexion Internet et des poubelles bien remplies, surtout lorsque l’on a l’opportunité de se former à la débrouille lors de ces ateliers DIY.

Nous voyons ainsi s’articuler ce que l’on pourrait appeler un art total, mais qui pourtant se dénie souvent comme tel : il se fond presque entièrement dans les conditions de sa réalisation, c’est-à-dire comme étant autant un moyen qu’une fin en soi puisqu’il débouche rarement sur une carrière artistique classique. Un débat entre punks et scientifiques est d’ailleurs ouvert pour savoir si l’aspect éphémère de l’action DIY marque la faiblesse de la scène punk ou représente une réelle arme politique. Mais il ne pose pas la question de l’autonomie de ses valeurs ainsi que celle relative à ses propres moyens de production en régime numérique.

Il ne questionne d’ailleurs que trop peu les liens ambigus, parfois nécessairement tissés avec les pouvoirs publics. Enfin, il écarte selon nous rapidement un point crucial qui pourtant lient les punks : toutes et tous partagent un affect commun pourtant déterminant dans leur trajectoire de vie, celui du même attachement à la musique punk bien avant qu’il soit traduit en discours militant.

[Source : http://www.theconversation.com]

Escrito por Claudio Ferrufino-Coqueugniot

Me he puesto a ver el filme Casanova, de Lasse Hallström. En la biblioteca del pasillo de la casa grande estaba el libro Vida amorosa de Casanova, de editorial argentina de aquellas clásicas de los años cincuenta; Tor, quizá.

Como no había restricciones familiares de lectura, aquella fue mi primera aproximación al erotismo. Además que venía cada capítulo con un dibujo representando a la dama cuya historia se contaba. Lucrecia… Ligeras de ropa, a veces, pero sobre todo insinuando que había un misterio. Ese libro, más la descripción en La Ilíada de cuando Juno con sus encantos seduce y distrae a Júpiter durante la guerra de Troya para dar victoria a los argivos. ¡Cómo recuerdo! Se pierden en una nube, un nimbo, seguro, de los blanquísimos y enormes, y el dios sin freno se entrega a la carne divina mientras hacen pasto de sus protegidos en tierra. Juno no mostraba nada, ni senos ni piernas que yo recuerde. La seducción era de verbo; la palabra como llave paradisíaca. Nada explícito; todo sugerente. En Casanova había detalle, calzones y muslos, y vellos que parecían bosques encantados con marmita hirviente de fondo.

Ávido niño, leía. Siendo la mujer todavía lo grande desconocido, la presencia femenina tomaba características peculiares. Había el corrillo de amigos que habían visto “cosas” de primas y hermanas, que sabían que los mayores en tal y cual ocasión les habían contado del altar donde la oración se formaba con voces de placer. Llegó Doña Bárbara, de Rómulo Gallegos, un libro que tengo que leer otra vez, cincuenta años después, para develar una pregunta escondida desde siempre, esa sensación inexplicable cada vez que oigo mención del personaje. ¿Qué fue, qué era? Doña Bárbara montada en iracundo viento tal vez representaba los caballos del placer de William Blake, corceles que desconocía pero que imaginaba de mil formas, creando un Frankenstein de mujer con los pechos de Raquel Welch, el cabello de Catherine Deneuve y los ojos de Romy Schneider. Luego vinieron las divas del porno: Christy Canyon, Seka, Celeste. Fue distinto, atractivo sin duda, pero lo concreto cerraba paso a lo onírico. No es que hable de amor, si se puede hablar de amor. “¡Qué me van a hablar de amor!”, cantaba Julio Sosa. “Varón, pa’ quererte mucho/Varón, pa’ desearte el bien/Varón, pa’ olvidar agravios/Porque ya te perdoné”, continuaba el Morocho del Abasto. Distiendo los músculos, divago, hago digresiones e imagino al chico sentado sobre los fríos mosaicos soñando pezones venecianos grandes como olivas y duros como monedas. Aguas turbias, remos que cortan el agua, si hasta la geografía ponía su aderezo erótico. Luego vino la realidad, que fue mejor que el sueño. Bastante después, cuando la Lucrecia de Giácomo Casanova tuvo nombres más terrenos y el boato señorial cedió al polvo de adobes deshechos en la tarde cochabambina.

Larga la literatura de la carne y del sentimiento. Del refinamiento inglés, que aparecía en la puerta con portaligas violetas, hasta el olor del molle frotado contra la piel, dejándola del color del jamillo. Eva y la manzana, el higo y el membrillo. No otra cosa es el mito del Jardín de las Hespérides. En términos locales aquello de robar fruta se decía k’ukear. Entrar por el pastizal y llevarse uva y durazno. La fruta dorada ella, así en el mundo de hoy me acusen de transgredir todas las normas de la igualdad y el decoro. Fruta y joya y luna y arroyo, peor (mejor) si a eso le añadimos que tenía voz, que pensaba, que sabía cómo arrojarte por las quebradas del desdén con el espinazo roto. Ladrón de amor, suena el vallenato. K’uko enamorado…

Cambio las arias de Haendel por piezas de clavecín de Jean-Baptiste Forqueray. El cielo de Colorado amenaza lluvia. Los trabajadores van al matadero, alegres porque están en los Estados Unidos y sus dientes se han comprado por migajas de cierto lujo. No se puede luchar contra eso. Sobrevivir no tiene juicio. Comienza a garuar; seguiré con mi película. ¿Si tuve vida amorosa? Creo; la imaginé o la imaginaron por mí. No tapizaré mis muros con pieles de vencidos a la usanza babilónica. Vencidos, caídos, descuartizados como Tupac Amaru, colgada y expuesta la momia de Cromwell. No, nada de eso. Bato con parsimonia la falta de azúcar en mi café, mezclo la crema que ablanda y enfría el calor.

Por Helena de Troya las negras naves cubrieron el Ponto, y sobre altares se violaron Casandras y degollaron Políxenas. Otra Helena, Helena Czaplińska, desató la debacle en la estepa como nunca se había visto. El amor también se viste de muerte. O la Muerte se viste de amor.

 

 

[Fuente: lecoqenfer.blogspot.com]