Archives des articles tagués Ivrit

Certaines personnes bilingues ont bien l’impression d’avoir deux personnalités différentes.

L'interprétation d'un même évènement peut être différente selon la langue parlée. | TheDigitalArtist via Pixabay

L’interprétation d’un même évènement peut être différente selon la langue parlée. | TheDigitalArtist via Pixabay

Écrit par Nina Bailly

«​​​Qu’y a-t-il dans un nom? Ce que nous appelons rose
Par n’importe quel autre nom sentirait aussi bon.
»

Au-delà du caractère poétique de ces mots, ce que Wiliam Shakespeare fait dire à Juliette Capulet dans sa pièce la plus célèbre n’est en réalité pas tout à fait exact. On sait désormais que la langue que nous parlons agit sur nos pensées au point d’avoir un impact sur nos représentations, nos réactions et même nos capacités cognitives. Autrement dit, nos visions du monde sont influencées par la langue que nous utilisons.

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la fameuse «hypothèse de Sapir-Whorf». Devant son nom aux deux anthropologues qui l’ont formulée dans les années 1960, elle affirme justement que notre vision du monde dépend de la langue ou des langues employées au quotidien. Mais cette idée, également connue sous le nom de «relativité linguistique», n’est pas contemporaine. «Elle traîne depuis des siècles, voire des millénaires. Sapir et Whorf l’ont seulement réactualisée», affirme Agnès Steuckardt, professeure de sciences du langage à l’université Paul Valéry de Montpellier.

La linguiste explique que dès le XVIIIe siècle, le philosophe allemand Wilhelm von Humboldt affirmait que notre représentation du monde dépendait du langage, une idée qui revient aussi aujourd’hui avec le concept de «langue culture». Le constat est donc plutôt consensuel. La véritable question est plutôt de savoir: jusqu’à quel point?

Le rapport à l’espace et au temps

Lera Boroditsky, scientifique née en Ukraine, travaille sur le langage et la cognition. Elle a mené avec son équipe de nombreuses recherches sur la question de la relativité linguistique, en constituant une base de données expérimentales. Elle a notamment documenté, parmi les influences des langues sur nos représentations, celles portant sur le temps et l’espace. L’un des exemples les plus parlants est celui d’une communauté aborigène australienne: les Thaayorre. En kuuk-thaayore, qui appartient à la famille des langues pama-nyungan, on utilise beaucoup les points cardinaux pour s’exprimer.

Pour se saluer, par exemple, les Thaayorre ne demandent pas comment se porte leur interlocuteur, mais dans quelle direction il se rend, ce à quoi ce dernier répondra systématiquement par une direction précise. Ainsi, des expériences menées avec des locuteurs d’autres langues ont montré que cet usage avait engendré une différence cognitive: contrairement aux autres participants, les Thaayorre sont capables de s’orienter très précisément dans l’espace, dès leur plus jeune âge.

Ce n’est pas tout: lorsqu’un Thaayorre représente le temps dans l’espace, il le fait d’est en ouest. Aussi, si le sujet se trouve face au sud, sa représentation du temps ira de gauche à droite; s’il se situe face au nord, l’inverse; face à l’est, le temps ira de l’avant du corps jusqu’à l’arrière; et inversement face à l’ouest. La majorité des personnes francophones ou anglophones, comme bien d’autres, représentent quant à elles le temps de la gauche vers la droite.

Dans le cas que nous connaissons, le nôtre, si la position du corps change, la direction du temps reste la même. Dans celui des Thaayorre, le repère est la personne qui s’exprime, et la direction du temps change par rapport à elle, ce qui induit une représentation du monde égocentrique: le sujet est au centre du monde.

Dans une conférence donnée à San Francisco en octobre 2010, Lera Boroditsky évoque une campagne publicitaire de Nestlé pour des compléments alimentaires représentant la croissance d’un enfant.

Campagne publicitaire pour compléments alimentaires Nestlé. | Capture d’écran Long Now Foundation via YouTube

Cette campagne n’a pas été interprétée de la même manière dans les différentes régions du monde où elle a été diffusée. Cela s’explique par le fait que certaines langues induisent une représentation du temps allant de la droite vers la gauche (en arabe et en hébreu notamment), puisqu’elles s’écrivent de cette façon. Aussi, pour les personnes qui parlent ces langues, le message peut paraître tout à fait différent, voire lugubre.

Interprétation et description

Lera Boroditsky évoque dans cette même conférence un autre aspect de la relativité linguistique qui peut être lourd de conséquences: l’interprétation d’un même événement dépend également de la langue. Chaque système grammatical accorde une place différente au sujet d’une action. Ainsi, certaines langues auront tendance à utiliser des formes grammaticales qui mettent en avant le sujet (voix active), comme par exemple l’anglais. D’autres, comme l’espagnol, préféreront la voix passive.

Prenons l’exemple d’un accident où une personne que l’on appellera Julia fait tomber un vase, qui se casse. Si un anglophone est amené à décrire l’événement il utilisera certainement une phrase telle que «Julia a cassé le vase». En revanche, un hispanophone préférera «Le vase s’est cassé». Les langues qui utilisent la voix passive sont majoritaires dans le monde, donc, pour de nombreuses personnes, une construction telle que «I broke my arm», qui signifie littéralement en français «J’ai cassé mon bras», est insensée, puisqu’elle suppose que l’action est intentionnelle.

Lorsque le procès-verbal contient une forme active, l’accusé est plus fréquemment déclaré coupable que s’il contient une forme passive.

Dans une expérience, Lera Boroditsky et son équipe ont montré à plusieurs personnes deux vidéos: l’une d’une action intentionnelle (un homme qui éclate un ballon de baudruche avec un crayon), l’autre accidentelle (un homme qui, sans le vouloir, fait éclater un ballon de baudruche). 80% des anglophones ont décrit la vidéo de l’accident en utilisant une forme active, contre environ 63% des hispanophones. Lorsqu’on demandait aux participants, après avoir regardé les vidéos, de choisir parmi deux photos celle de la personne ayant éclaté le ballon par accident, environ 74% des hispanophones étaient capables de la reconnaître, contre environ 82% des anglophones.

Ces différences grammaticales ont des conséquences en matière de droit. En comparant 200.000 comptes-rendus de procès du tribunal pénal de Londres, les chercheurs ont observé que lorsque le procès-verbal contient une forme active, du type «Julia a cassé le vase», l’accusé est plus fréquemment déclaré coupable que s’il contient une forme passive.

Cognition et connotation

Un autre exemple montrant l’impact de la langue sur les capacités cognitives, que Lera Boroditsky qualifie «d’effets précoces», est celui de la description des couleurs. En russe, il existe deux mots différents pour les nuances de bleu, tandis qu’il n’y en a qu’un seul en anglais.

L’équipe de recherche a demandé à des russophones et des anglophones de trouver parmi trois carrés bleus, dont deux avaient la même teinte et un autre une teinte soit légèrement plus foncée soit plus claire, lequel était l’intrus, comme dans l’image ci-dessous.

Expérience proposée à des participants russophones et anglophones. | Capture d’écran Long Now Foundation via YouTube

Les participants devaient répondre le plus rapidement possible. Il se trouve que les russophones étaient plus rapides que les anglophones, et ce, même en neutralisant le plus possible la variable du langage, c’est-à-dire en leur faisant réciter une série de nombres à haute voix pendant l’exercice.

La langue parlée construit également des connotations différentes. Par exemple, dans de nombreuses langues latines ou encore en russe, les noms communs sont genrés. Ainsi, ils sont associés à des représentations selon que leur genre est féminin ou masculin (souvent au détriment des noms associés au premier).

Les études sur la relativité linguistique montrent qu’il existe autant d’univers cognitifs que de langues.

On peut en illustrer l’impact avec l’exemple de Michel-Ange qui, au XVIe siècle, a réalisé plusieurs sculptures pour représenter différents moments de la journée: l’aube, le jour, le crépuscule et la nuit. L’artiste a représenté une femme pour le premier et le dernier stade, et un homme pour le jour et le crépuscule, selon le genre de ces mots en latin. Comme tous les noms en latin ou en russe ont un genre, ils sont tous associés à des connotations, ce qui signifie que cela affecte tout ce qui peut être désigné par un nom dans le monde.

Langage et pensée sont interdépendants

Toutes ces expériences montrent l’ampleur de l’influence des langues sur nos représentations du monde et l’imbrication constante entre la pensée et le langage. Agnès Steuckardt explique que cela va à l’encontre de la pensée classique: selon les représentations platonicienne et cartésienne de la pensée, le langage préexiste à celle-ci (souvenez-vous du le mythe de la caverne).

«C’est une idée reçue très ancrée», explique la linguiste. «Elle s’illustre d’ailleurs par des expressions telle que “Je l’ai sur le bout de la langue.”» En vérité, on ne peut pas affirmer que les idées préexistent au langage, ou que le langage préexiste à la pensée; il s’agit plutôt d’une interaction constante entre les deux.

Selon Lera Boroditsky, les études sur la relativité linguistique montrent qu’il existe autant d’univers cognitifs que de langues, soit environ 7.000. Mais cette diversité va en diminuant, puisque certains experts estiment que la moitié d’entre elles auront malheureusement disparu dans un siècle.

 

[Source : http://www.slate.fr]

Abraham Sutzkever (: אַבֿרהם סוצקעווער — ; hebreo: אברהם סוצקבר; julio 15, 1913 – 20 de enero de 2010) fue un reconocido poeta de la lengua yiddish. El doctor Paul Glasser del Instituto YIVO en Nueva York declaró: «En el mundo de la posguerra, Sutzkever pasó a ser el poeta judío más importante así como un gran poeta a nivel mundial».1

Abraham (Avrom) Sutzkever nació el 13 de julio de 1913 en Smorgon, Gobernación de Vilna, Imperio ruso (ahora conocido como Smarhon’, en Belarús). Durante la Primera Guerra Mundial la familia se mudó a Omsk, en Siberia, donde su padre, Hertz Sutzkever, murió. En 1921, su madre, Rayne (nacida Fainberg), traslado a la familia a Vilna, donde Sutzkever asistió a la escuela hebrea para niños, conocida como cheder.

Sutzkever atendió la escuela secundaria judío-polaca Herzliah. Más tarde auditó clases de literatura polaca en la Universidad, y, a través de un amigo, fue introducido a la poesía rusa. Sus primeros  poemas fueron escritos en hebreo.2

En 1930 Sutzkever se unió al grupo de exploradores judíos de nombre Bin (“Abeja”), en cuya revista publicó su primera pieza literaria. Fue también ahí donde conoció a su futura esposa, Freydke. En 1933, formó parte de los escritores y artistas del grupo Yung-Vilne, entre los cuales se encontraban sus poetas amigos Shmerke Kaczerginski, Chaim Grado y Leyzer Volf.3

Sutzkever contrajo nupcias con Freydke en 1939, un día antes del inicio de la .4

En 1941, tras la ocupación nazi de Vilna, Sutzkever y su mujer fueron enviados al gueto de Vilna. Ahí fueron asignados a trabajar en la catalogación de documentos para ser enviados a un instituto en Frankfurt operado por los nazis. A riesgo de sus vidas, Sutzkever y sus colegas escondieron detrás del yeso y ladrillos de muros del gueto importantes documentos como un diario escrito por Theodor Herzl, dibujos de Marc Chagall y Alexander Bogen, así como otros tesoros. Los nazis asesinaron a su madre e hijo bebé. El 12 de septiembre de 1943 Sutzkever y su mujer huyeron a los bosques, y junto con su amigo, el poeta  Shmerke Kaczerginski, lucharon contra las fuerzas de ocupación como parte del batallón judío del ejército partisano.5

En 1943, su poema narrativo Kol Nidre llegó a manos del Comité Antifascista Judío en Moscú, cuyos miembros incluían a Ilya Ehrenburg y Boris Pasternak, así como el futuro presidente exiliado de la Lituania soviética, Justas Paleckis. Ellos imploraron al Kremlin que mandase un avión a rescatarlos. De esta forma, un avión localizó Sutzkever y Freydke en marzo de 1944, y los llevó a Moscú, donde nació su hija, Rina.6

En febrero de 1946 fue llamado para servir de testigo en los procesos de Núremberg, donde atestiguó en contra de Franz Murer, el asesino de su madre e hijo. Tras una breve estancia en Polonia y París, Sutzkever decidió emigrar a Palestina, (entonces aún bajo el Mandato Británico), llegando a  en 1947.

Dos años más tarde, 1949, Sutzkever fundó la revista en yiddish Di Goldene Keyt (La cadena dorada).

Sutzkever fue un viajero entusiasta: visitó junglas sudamericanas y la sabana africana, donde el espectáculo de una manada de elefantes o la canción de un jefe de la tribu de los basotho eran fuente de inspiración de sus versos en yiddish.

En 1985, Sutzkever fue el primer escritor  en recibir el prestigioso Premio Israel por su literatura. Un compendio en inglés apareció en 1991, así como traducciones a múltiples idiomas, incluyendo turco y japonés.

Freydke, su mujer, murió en 2003.

Abraham Sutzkever murió el 20 de enero de 2010 en , a la edad de 96 años.78​Dejó a dos hijas Rina y Mira, así como dos nietos.

Carrera literaria

Sutzkever comenzó a escribió poesía a una edad temprana, inicialmente en hebreo. Publicó su primer poema en Bin, la revista del grupo de exploradores judíos del mismo nombre. Más tarde, Sutzkever fue parte del grupo Yung Vilne (“la joveVilna“) fundado en el principio de los 1930s. En 1937, su primer volumen de poesía yiddish, Lider (Canciones), fue publicado por el capítulo  de la sociedad de escritores del PEN Club Internacional; su segundo libro, Valdiks (Del bosque, 1940), aparecido después de su traslado a Varsovia, durante el periodo de autonomía lituana.ii3

En Moscú, Sutzkever escribió una crónica de sus experiencias en el gueto de Vilna (Fun vilner geto,1946), una colección de poesía Lider fun geto (1946; “Canciones del gueto”) y empezó Geheymshtot (“Ciudad secreta”,1948), un poema épico sobre  judíos viviendo escondidos en las cloacas de Vilna.9​En 1949, Sutzkever fundó en Israel la única revista literaria trimestral en yiddish Di goldene keyt (La cadena dorada), la que  editó hasta su defunción en 1995. Con ella, Sutzkever resucitó las carreras literarias de escritores en  en Europa, las Américas, la Unión Soviética e Israel. Sin embargo, la política del sionismo oficial le resto importancia al yiddish, definiendo al mismo como dialecto de una diáspora derrotista. “Ellos no podrán desarraigar mi lengua,” replicó él. ” Despertaré a todas las generaciones con mi rugido.”

La poesía de Sutzkever fue traducida al hebreo por Nathan Alterman, Avraham Shlonsky y Leah Goldberg. En los años 1930s, su trabajo fue traducido al ruso por Boris Pasternak.10


 

  1.  «The Poetry of Abraham Sutzkever: The Vilno poet, reading in Yiddish» (product blurb for CD, Folkways Records). The  Voice store. yiddishstore.com. Archivado desde el original el 23 de marzo de 2006. Consultado el 1 de marzo de 2018. |archive-url= y |urlarchivo= redundantes (ayuda); |archive-date= y |fechaarchivo= redundantes (ayuda)
  2.  «YIVO | Sutzkever, Avrom»http://www.yivoencyclopedia.org (en inglés). Consultado el 8 de febrero de 2018.
  3. ↑ Saltar a:a b «Avrom Sutzkever» (en inglés británico). 16 de febrero de 2010. ISSN 0307-1235. Consultado el 3 de abril de 2018.
  4.  «Abraham Sutzkever». Consultado el 9 de febrero de 2018.
  5.  «UC Press E-Books Collection, 1982-2004». Escholarship.org. Consultado el 4 de enero de 2013.
  6.  «Abraham Sutzkever Last great Yiddish poet and a defender of his language»The Guardian.
  7.  Berger, Joseph (23 de enero de 2010). «Abraham Sutzkever, 96, Jewish Poet and Partisan, Dies»The New York Times. Consultado el 10 de abril de 2010.
  8.  «Poet and Partisan Avrom Sutzkever Dies»The Forward. 20 de enero de 2010. Consultado el 10 de abril de 2010.
  9.  Zucker, Sheva. «Avrom Sutzkever Israeli Writer»http://www.britannica.com. Consultado el 12 de febrero de 2018.
  10.  Mer, Benny (22 de enero de 2010). «Abraham Sutzkever, 1913-2017»Haaretz. haaretz.com. Consultado el 12 de febrero de 2017.

[Fuente: http://www.diariojudio.com, extraído de https://es.wikipedia.org/wiki/Abraham_Sutzkever%5D

Adaptada á normativa actual e con melloras, tiráronse 4.000 exemplares da cuarta edición dunha tradución directa ao galego dende o hebreo, arameo e grego que levou máis de 15 anos completar

Escrito por TAMARA MONTERO

Foi unha tarde de 1972, nun local alugado polo padre Seixas en Vigo, onde abrollou un proxecto que vería a luz nada menos que 17 anos despois: unha tradución ao galego da Biblia dende os seus idiomas orixinais (hebreo, arameo e grego) que gañou o Premio Nacional de Traducción en 1990 e coa que se lle agasallou en 1989 ao papa Xoán Paulo II na súa visita a Compostela.

A lembranza de Francisco Domínguez, presidente da Sociedade e Estudos, Publicacións e Traballos (SEPT) daquela xuntanza en Vigo con Alfonso Zulueta, Xaime Isla, Domingo Fernández del Riego e Xosé Luís Fontenla Rodríguez mestúrase en San Martiño Pinario coas voces de crentes galegos que reclaman para si o máis obvio: a palabra de Deus en galego, xa sexa porque «sabe máis a pan da casa», ou porque «cando rezo en galego sáeme de dentro, de alá ao fondo», ou, tirando de versos, «porque si, porque me gusta, porque me peta». Pero sobre todo, porque «os galegos precisamos e merecemos escoitala no noso idioma».

Daquel esforzo colectivo de preto de vinte anos saíu unha Biblia en lingua galega que onte presentou a súa cuarta edición, adaptada á normativa actual, revisada e mellorada baixo a coordinación de Xosé Fernández Lago (que tamén se encargou no seu día da coordinación da tradución canda a Andrés Torres Queiruga). «A palabra de Deus é sempre viva e actual e o Señor quere que a recibamos na nosa lingua para que nos resulte máis viva, máis cordial e máis agarimosa», explicaba o coordinador da presente edición.

Foi o arcebispo de Santiago, Xulián Barrio, o que lembrou que unha das principais achegas do Concilio Vaticano II foi o mandato de usar as linguas vernáculas para estender e achegar a Biblia por todo o mundo. En 1965, coa aprobación do cardeal Quiroga Palacios, o padre Seixas oficiou, o 25 de xullo, a primeira misa en lingua galega, ofrendada a Rosalía de Castro.

«E por que non?», contestaba o conselleiro de Cultura á pregunta retórica de por que unha Biblia en lingua galega. Primeiro, porque ten demanda. A terceira edición esgotouse hai máis de cinco anos e desta cuarta tiráronse uns 4.000 exemplares. «Se houbera que poñer unha etiqueta de calidade á nosa Biblia —explicaba Francisco Domínguez— eu diría dignidade imprescindible, tradución rigorosa e linguaxe próxima á fala do pobo, que a fai moi adecuada para o labor pastoral. Galicia e a Igrexa deben sentirse orgullosas dela».

Segundo, porque unha parte do galeguismo histórico tiña profunda pegada católica. E logo, porque a Biblia non apela só a unhas crenzas. Apela a unha identidade colectiva, a un xeito de ver o mundo. A unha cultura compartida entre moitos países. Lembraba Román Rodríguez que a Biblia transcende a fe e a relixión para ser non só «clave de bóveda da civilización occidental» e un compendio que «fixa valores e comportamentos fundamentais» desa mesma civilización. Se cadra, por iso Gutenberg a escolleu para ser o primeiro libro impreso da historia, reflexionaba o conselleiro.

«No fondo falamos dun libro profundamente humano». Nel están reflectidas a derrota, a redención, a misericordia, o xúbilo, o engano, a esperanza… E Galicia. Tamén Galicia ten o seu espazo nas Escrituras, en concreto no primeiro Libro dos Macabeos, no que se fala das campañas romanas neste territorio e da reacción de Xudas Macabeo a esta situación, que agora se pode ler en lingua galega adaptada á normativa actual.

 

 

[Imaxe: PACO RODRÍGUEZ – fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Pour la communauté juive de Hongrie, décimée par les nazis, panser ses plaies passe souvent par la recherche d’ancêtres. Aux Archives juives de Budapest, les demandes affluent. Mais malgré le temps, les tabous restent forts, même chez les plus jeunes.

L'historienne Ágnes Szegő consulte les registres d'état civil d'Eger, petite ville au nord-est de Budapest. | Raphaël Bernard

L’historienne Ágnes Szegő consulte les registres d’état civil d’Eger, petite ville au nord-est de Budapest.

Écrit par Raphaël Bernard — édité par Thomas Messias 

À Budapest (Hongrie)

Ces lignes de noms, de dates et de lieux de naissance, Ágnes Szegő les a probablement déjà lues et relues. Mais à chaque fois, elle les dévore avec la même intensité. Assise dans une des salles de lecture au premier étage du Musée et archives juifs de Budapest, dans un silence baigné du soleil de mai, la septuagénaire consulte les registres d’état civil d’Eger, petite ville au nord-est de la capitale hongroise, où vécut son arrière-grand-père. Depuis plus de quarante ans, cette historienne se consacre à l’histoire des juifs de Hongrie, comté par comté, ville par ville. «Je suis comme une sorte de détective», sourit-elle derrière ses lunettes dorées.

Cette mission lui semblait destinée. Originaire de la petite ville de Tiszafüred, au nord-est de Budapest, elle est la fille du dernier chef de la communauté juive locale. Cherchant ses mots en anglais, elle raconte: «En 1978, lorsque mon père est mort, j’ai hérité des registres d’état civil qui se trouvaient chez nous. Il y avait les dates de naissance, de mariage et de décès de plus de 3.600 personnes.» Des données précieuses, dans un pays où le recensement était tenu par les communautés religieuses jusqu’en 1895, et dont la population juive, jadis une des plus importantes d’Europe, passa de 800.000 à 200.000 membres entre mai et juillet 1944.

Peu à peu, Ágnes devient alors une sorte de référence, celle vers qui l’on se tourne pour rechercher ses ancêtres. Combien de personnes a-t-elle aidées? «Je ne sais pas», soupire modestement l’intéressée. Plutôt que compter, Ágnes préfère continuer, et se moderniser. Depuis 2018, elle administre un groupe Facebook de recherches généalogiques. Plus de 2.700 membres y demandent des conseils et partagent leurs dernières trouvailles.

Quête tardive

Parmi ceux dont les mystères familiaux ont été résolus, Ferenc Kepecs, 78 ans, compagnon d’Ágnes. Assis en face de sa bienfaitrice, montures épaisses sur le nez, il scrute les registres de la commune de Paks. Petite ville des bords du Danube, c’est là où habita Lőrinc, son père, mort dans le camp de concentration de Sachsenhausen en 1945, alors que son fils n’avait qu’un an. Ferenc fait partie de ces nombreux juifs hongrois qui, pendant longtemps, n’ont pas su grand-chose de leurs origines.

«Moi, je suis né en 1944 dans le ghetto de Budapest, et ma mère a réussi à nous sauver. Mais la majorité de ma famille était en province, et je dois dire qu’ils ont quasiment tous été décimés, comme presque tous les juifs hors de Budapest», raconte-t-il en nous regardant droit dans les yeux, déterminé à faire connaître son histoire«Le reste de ma famille s’est exilé. Après la guerre, nous nous sommes retrouvés très isolés, pauvres, sans aucune connexion», se rappelle ce journaliste à la retraite.

Ce n’est qu’une fois après avoir rencontré Ágnes, il y a huit ans, qu’il se met en quête de sa généalogie«J’ai dû attendre d’avoir 70 ans pour demander de l’aide à Ágnes. J’étais curieux de savoir, mais je ne savais tout simplement pas comment faire», s’excuse-t-il presque.

Au centre d’archives juives de Budapest, Ágnes consulte les registres d’Eger, ville de son arrière-grand-père. Ferenc lit les registres de Paks, la ville de son père, mort en déportation alors qu’il n’avait qu’un an.

Au cours de ses recherches, Ferenc fait une découverte qui le bouleverse. Lui, le descendant de petits commerçants et de bouchers modestes, a également pour ancêtre Ezekiel Panethrabbin en chef de Transylvanie au début du XIXe siècle. «Si j’avais su dans ma jeunesse que j’avais un ancêtre si illustre, j’aurais sans doute eu davantage confiance en moi. Ma famille et moi, nous vivions assez misérablement, j’ai longtemps eu une sorte de complexe d’infériorité à cause de ça. J’ai réussi à faire un beau métier, mais j’aurais peut-être pu faire une plus grande carrière si je l’avais su avant…»

Vertus thérapeutiques

Tout en écoutant Ferenc, assise derrière son bureau, Anikó Udvarhelyi, généalogiste aux Archives juives, le fixe de ses yeux bleus perçants et acquiesce. En sept ans d’exercice, elle a consulté plusieurs centaines de demandes de recherches d’ancêtres chaque année. Depuis la pandémie, elle observe que les requêtes sont passées d’environ 300 à 500 par an. «Les confinements successifs ont sans doute eu un effet introspectif sur la population», interprète-t-elle.

Peut-être est-ce aussi dû au retour d’un antisémitisme rampant dans la politique hongroise, encouragé par le Premier ministre Viktor Orbán, qui s’emploie entre autres à réécrire l’histoire de la Shoah, en soutenant que les Hongrois auraient autant été victimes des nazis que les juifs. Mais au-delà des chiffres, les requêtes ont souvent le même but: refermer des plaies restées trop longtemps ouvertes.

Psychologue familiale en plus d’être archiviste, Anikó cite ainsi les thèses d’Iván Böszörményi-Nagy, psychiatre américain d’origine… hongroise, pionnier de la psychogénéalogie. Selon cette théorie, les traumatismes se transmettent d’une génération à l’autre. «La volonté de chercher ses racines aide à résoudre les traumatismes», explique Anikó.

Parmi les familles juives hongroises, de tels non-dits sont monnaie courante.

Incollable sur Lacan et Freud, György Kozma, 68 ans, confirme. Dans son appartement cossu hérité de sa mère, juché sur les collines de Buda, ce dialoguiste-comédien-auteur à la retraite se faufile entre les piles de livres et de manuscrits, et pointe du doigt une banale étagère derrière son bureau.

«C’est en fouillant ici, à la mort de ma mère en 1984, que j’ai appris l’ampleur de mes racines juives. J’avais 30 ans», raconte-t-il dans un français lyrique, mâtiné d’anglais. Issu d’une famille d’intellectuels où la judéité est à peine un sujet de conversation, il découvre alors être l’arrière-petit-neveu du rabbin Immanuel Löw, homme politique considéré comme un héros de la cause juive en Hongrie.

Empli d’émotion, György décrit une vie qui change du tout au tout. «J’ai eu soudainement le sentiment d’appartenir à la cause des juifs qui ont toujours été opprimés. À cette époque, j’étais mal assuré et névrosé, je souffrais de bipolarité, j’aurais sans doute pu me suicider. Et tout à coup, j’ai ressenti de la stabilité. J’ai commencé à apprendre l’hébreu, à m’intéresser à la théologie. Presque immédiatement, je suis allé faire une psychanalyse, qui a duré six ans. J’ai notamment pu mettre un terme à mon addiction au cannabis.»

Pour Gyorgy Kozma, 68 ans, découvrir l’histoire de ses ancêtres lui a permis de soigner ses névroses et ses addictions.

Juifs sans le savoir

Parmi les familles juives hongroises, de tels non-dits sont monnaie courante. Pour comprendre, il faut remonter au XIXe siècle: en 1867, dans la foulée de la création de l’Empire austro-hongrois, le nouveau gouvernement hongrois émancipe tous les juifs du territoire, qui obtiennent la quasi-égalité des droits avec les Hongrois –un régime que seule la France égale à cette époque. «De nombreux juifs ont alors fait le choix de se recenser en tant que Magyars, par conviction patriotique, mais également pour accélérer la chute du plafond de verre dont ils étaient victimes», explique Ágnes.

L’élu d’extrême droite Csanád Szegedi, habitué des saillies antisémites, apprenait ainsi être le petit-fils d’une survivante d’Auschwitz.

Puis, après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux survivants de la Shoah enterrent eux aussi leur judéité. «D’une part, certains ont abandonné leur religion, terrifiés à l’idée que de telles atrocités puissent se reproduire. Il y avait une sorte de honte associée à leur traumatisme, jumelée au fait que personne ne voulait vraiment entendre leur histoire. Par ailleurs, de nombreux juifs se sont aussi tournés vers le communisme, y voyant le meilleur moyen d’éviter un nouveau génocide. Ils sont donc devenus résolument anticléricaux», continue l’historienne.

Conséquence: alors que selon une étude menée par le site généalogique MyHeritage en 2019, la Hongrie est le pays avec la plus forte proportion de population possédant du sang sémite derrière Israël, bon nombre de Magyars sont des juifs qui s’ignorent. Régulièrement, des personnalités font les gros titres, découvrant soudain leur ascendance juive. En 2012, l’élu d’extrême droite Csanád Szegedi, figure du parti Jobbik et habitué des saillies antisémites, apprenait ainsi être le petit-fils d’une survivante d’Auschwitz –et se convertissait au judaïsme dans la foulée.

Pour Éva Petrőczi, c’est à la naissance de son premier enfant, en 1973, qu’elle découvre ses racines juives. Écrivaine, poétesse et universitaire reconnue en Hongrie, elle raconte: «J’avais 22 ans. Pour me l’annoncer, ma mère m’a raconté que ma grand-mère Ida, qui venait de décéder, avait listé sur son lit de mort les dizaines de noms des membres de sa famille qu’elle n’avait pas pu sauver lors des rafles…», raconte-t-elle, les larmes aux yeux.

Ágnes s’assoit sur un banc devant la synagogue Dohány, pour une dernière confidence: un de ses fils dissimule ses origines à ses petits-enfants.

Pourquoi ce si long silence? «Mon père avait été fait prisonnier politique par les communistes lorsque j’avais 2 mois, et cela m’avait traumatisée. À cela s’ajoute le divorce de mes parents, lorsque j’avais 7 ans. Je crois qu’ils n’ont pas voulu m’ajouter un fardeau psychologique.» Pour elle aussi, cette nouvelle a l’effet d’un déclic: elle dédie bon nombre de ses poèmes à ses ancêtres et se passionne pour sa généalogie. En témoignent les murs de son grand appartement, remplis de portraits d’ancêtres dont elle connaît la biographie par cœur.

Éva Petrőczi, devant un portrait de son arrière-grand-mère et sa grand-mère, Ida. Sur son lit de mort, Ida faisait la liste de tous les membres de sa famille décédés en déportation.

Des tabous qui persistent

Mais là où certains explorent leurs origines en quête de réponses, d’autres préfèrent ne pas se poser de questions. Sári Gerlóczy a 13 ans lorsqu’elle apprend qu’elle est juive, par ses grands-parents: nous sommes en 1944, les Allemands viennent d’envahir la Hongrie. Issue d’une famille convertie au catholicisme, Sári est à l’abri, mais par solidarité avec leur entourage menacé, ses grands-parents décident de se lancer dans la fabrication de faux papiers: elle-même est en charge de vieillir artificiellement les documents contrefaits, et sauvera ainsi vingt-trois personnes.

«Je les frottais contre du fromage pour leur donner un air usé», se souvient-elle en souriant, paisiblement assise dans son fauteuil. Et malgré tout, Sári ne sait que peu de choses sur sa famille«Il faut demander à mon fils, lui a fait des recherches sur notre généalogie. Moi, ça ne m’intéresse pas, je déteste la religion.»

Sári Gerlóczy avait 13 ans lorsqu’elle apprit qu’elle était juive, en pleine occupation allemande. Pour autant, elle n’a jamais ressenti le besoin de partir à la recherche de ses ancêtres.

Y compris chez les plus jeunes générations, et même dans les familles engagées dans la diffusion de la mémoire juive, les tabous persistent. Une fois sortie des Archives juives, Ágnes s’assoit sur un banc devant la synagogue Dohány, pour une dernière confidence: un de ses fils dissimule ses origines à ses petits-enfants.

C’est l’historienne elle-même qui en a parlé en douce à l’aîné de 12 ans –en lui disant de ne pas le répéter. Malgré l’œuvre de sa vie, elle comprend que son fils soit réticent: «Il est fréquent que les enfants juifs se fassent harceler et agresser à l’école. C’est d’ailleurs arrivé aux miens lorsqu’ils étaient jeunes…»

Les petits-enfants d’Ágnes devront-ils découvrir leur histoire aux Archives juives?

 

[Photos de l’auteur – source : http://www.slate.fr]

Retour sur la vie et l’œuvre de A.B. Yehoshua, l’un des plus grands écrivains israéliens, lauréat du prix Médicis étranger en 2012.

 

Écrit par Myriam ANISSIMOV

A.B. Yehoshua, l’un des plus grands écrivains israéliens de sa génération, est mort le 14 juin dernier des suites d’un cancer à l’Hôpital Ichilov, à Tel Aviv. Il avait 85 ans. La psychanalyste Rivka Yehoshua, son épouse-amie et mère de ses trois enfants, avait disparu en 2016. Ils avaient tout partagé pendant cinquante-six ans de mariage, et les romans de l’écrivain étaient sans exception dédiés à sa chère Ika. Le couple et le mariage étaient au cœur de son œuvre. En larmes, il avait confié à Michaël Grynszpan, venu l’interviewer :

« Nous étions très attachés l’un à l’autre. Elle était une excellente compagne et je souhaitais décrire le mariage dans son côté positif. Parce que le mariage est tellement attaqué dans les romans. Les écrivains parlent tellement de conflits dans le mariage… ils écrivent à propos des divorces, à propos des déceptions… Et moi je voulais montrer la lumière qu’il y a dans le mariage. Et cela est un élément important dans mon écriture. »

Une jeunesse israélienne

Amos Oz, son ami de toujours, qui partageait ses idées en matière de politique, est décédé en 2018. Avec Aharon Appelfeld, disparu en 2018 et Yehoshua Kenaz, en 2020, les écrivains témoins de la naissance de l’État laissent, pour ainsi dire, la scène clairsemée.

Esseulé, Avraham Gavriel Yehoshua, appelé familièrement Boolie (le petit taureau) depuis l’âge de douze ans, vivait dans sa maison de Givataym, dans la banlieue de Tel Aviv. Sa famille était établie en terre d’Israël depuis cinq générations. Il était né en 1936 à Jérusalem, l’année de la Grande révolte des Arabes de Palestine sous mandat britannique, qui réclamaient la fin de l’immigration juive et s’opposaient à l’établissement d’un « Foyer national juif », selon les termes de la déclaration de Balfour.

Boolie avait grandi dans le quartier de Keren Abraham.

Du côté paternel, ses ancêtres venaient de Salonique, où un arrière-grand-père avait été rabbin. La famille de sa mère était originaire du Maroc.

Son père, orientaliste de renom, qui avait rédigé sa thèse de doctorat en arabe, était l’auteur de douze ouvrages sur la communauté sépharade. Il avait été interprète (hébreu-arabe-anglais), au Secrétariat général du mandat britannique en Palestine.

Avraham a fait ses études au gymnasia ivrit, le lycée laïc de Jérusalem qui formait l’élite du futur État d’Israël. Puis il a réalisé son service militaire en tant que parachutiste au sein de l’unité d’élite Golani, avant de participer à la « Guerre de Suez », en 1956.

Après quelques mois passés au kibboutz Hatzerim Neguev où il écrivit sa première nouvelle, La Mort du vieux, il étudia la littérature et la philosophie à l’Université hébraïque de Jérusalem, la seule qui existait à l’époque.

Pacifiste et sioniste convaincu

Débonnaire, généreux, souvent provocateur, et surtout plein d’humour, il appartenait à ce qu’on appelle en Israël « le camp de la paix ». Il évoquait le conflit entre les Juifs et les Palestiniens avec passion, n’évitant pas les paradoxes, mais se défendait d’être un donneur de leçon solennel. Il ne lançait pas d’anathèmes.

Il lui arrivait de changer d’avis, notamment sur ce sujet brûlant : longtemps, il avait soutenu avec véhémence la création d’un État palestinien mais, à la fin de sa vie, en 2018, il s’était dit favorable à un État binational, compte tenu de la situation sur le terrain, qu’il avait qualifiée d’« apartheid ». Il ne redoutait pas la dissolution du caractère juif de l’État dans l’éventuel État binational.

Et pourtant, il était un sioniste convaincu, voire radical, ainsi qu’il l’avait écrit dans un essai intitulé Pour une normalité juive (Liana Levi, 1998). Il avait une idée toute personnelle de l’identité juive. Il se qualifiait de « Juif total » parce qu’il était un citoyen de l’État juif et qu’il parlait l’hébreu. Selon cette conviction, les Juifs de la diaspora ne seraient que des portions de Juifs ! Le ladino et le yiddish, pourtant parlé par dix millions de locuteurs avant la Shoah, n’auraient donc pas à ses yeux le statut de « langue des Juifs ».

Cette idée peut laisser perplexe : Franz Kafka, Joseph Brodsky, Vassili Grossman, Isaac Bashevis Singer, Baruch Spinoza, Elias Canetti, ou encore Albert Einstein et Sigmund Freud n’auraient été que « des Juifs partiels, inachevés ! ».

Aurait-il acquis cette conviction au cours de son séjour en France de 1963 à 1967, en tant que délégué israélien de l’Union mondiale des étudiants juifs ? Il avait affirmé en 2006, lors d’un entretien avec le journaliste Michel Zlotowski pour Akadem, « qu’Israël est le nom du peuple juif, ainsi qu’il est écrit dans la Bible. »

Le roman d’Israël

Son engagement politique allait de soi, ainsi qu’il l’a exposé dans un essai intitulé Comment construire un code moral sur un vieux sac de supermarché (Éditions de l’Éclat, 2004). Ses romans, fourmillant d’intrigues ingénieuses et haletantes, sont le miroir des événements, des soubresauts de l’histoire mouvementée d’Israël. Il décrit les bouleversements de la société dans de vastes fresques, comme dans Monsieur Mani (Calmann-Lévy, 1994), son roman préféré.

Il avait pris son temps pour devenir écrivain, publiant à quarante ans son premier roman, L’Amant, paru en 1973 en Israël, et en 1977, en traduction française, chez Calmann-Lévy. L’intrigue avait pour toile de fond la guerre de Kippour.

Dans Le Responsable des ressources humaines (Calmann-Lévy, 2015), il évoquait le cas d’une travailleuse venue d’Europe centrale, tuée lors d’un attentat, et dont personne ne connaissait l’identité, y compris au sein de la boulangerie industrielle qui l’employait comme femme de ménage.

Un de ses derniers ouvrages paru en 2019, Le Tunnel, abordait sans complaisance le problème des villes construites par Israël au-delà de ce qu’on appelle « la ligne verte », c’est-à-dire la ligne de cessez-le-feu de la Guerre des Six jours, en 1967.

Trois jours et un enfant, son premier recueil de nouvelles, publié dans la collection de Geneviève Serreau, est paru en 1974 chez Denoël.

Plusieurs de ses romans ont été adaptés au cinéma, tels Trois jours et un enfant en 1967 par Uri Zohar (1935-2022) et Le Directeur des ressources humaines, adapté par Eran Riklis en 2010.

Yehoshua avait reçu le Prix d’Israël pour l’ensemble de son œuvre en 1995, et le prix Médicis étranger en 2012 pour son roman Rétrospective, paru chez Grasset.

Se sachant proche de la fin, il avait dit, avec un grand sourire fatigué à l’hôpital à ceux qui l’entouraient : « Les amis, ça suffit. J’ai vécu une vie bonne, riche et bien remplie, et même réussie, laissez-moi partir tranquillement, ne soyez pas trop désolés. Soyez sages. »

Boolie a été inhumé au cimetière du kibboutz Ein Carmel, près de Haïfa.

Signalons la parution cette année chez Grasset de La Fille unique, traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche.

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

Dans le monde juif orthodoxe, les femmes ont rarement accès aux textes religieux et sont en général absentes des lieux d’études talmudiques, contrairement au judaïsme libéral

La rabbin franco-suisse Eliora Peretz dans une synagogue de Jérusalem, le 22 mars 2022. (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

La rabbin franco-suisse Eliora Peretz dans une synagogue de Jérusalem, le 22 mars 2022.

Née dans une famille chrétienne en France, Eliora Peretz s’est convertie au judaïsme pour s’imposer comme l’une des rares femmes rabbins orthodoxes en Israël. Seul hic, et non le moindre, elle ne peut officier à la tête d’une synagogue, un poste réservé aux hommes dans ce courant du judaïsme.

Dans le monde juif orthodoxe, les femmes ont rarement accès aux textes religieux et sont en général absentes des lieux d’études talmudiques, contrairement au judaïsme libéral, où des femmes peuvent devenir rabbins, à l’instar de la Française Delphine Horvilleur.

Ancienne journaliste et mère de deux enfants, Eliora Peretz, 40 ans, est l’une des rares femmes en Israël à avoir obtenu, il y a quelques mois, un diplôme de rabbin, décerné par le rabbin Daniel Sperber, d’un courant de l’orthodoxie plus ouvert que les autres.

Mais son diplôme, décerné après trois ans d’études intensives, n’est pas reconnu par le rabbinat israélien et elle ne pourra donc pas officier dans une synagogue.

« Je ne vais pas évoluer dans une société qui va me dire ‘madame, bienvenue’ », déplore Eliora Peretz, qui espère s’imposer comme une « pionnière », en ouvrant la voie à une génération qui « bénéficiera du travail que nous faisons ».

Elle a pourtant étudié exactement selon le même cursus que les rabbins « reconnus » et connaît donc tout des lois alimentaires, de celles sur le repos hebdomadaire du shabbat, la vie en couple, le mariage ou la période de deuil.

« Rien n’interdit qu’une femme puisse marier un couple dans nos textes mais pourtant, c’est interdit en Israël », s’insurge Eliora Peretz, dans un entretien à l’AFP réalisé dans une synagogue de Jérusalem.

Plusieurs femmes orthodoxes dans le même cas qu’elle s’étaient tournées vers la Cour suprême israélienne en 2019 pour forcer le rabbinat à permettre à des femmes de passer les examens en vue d’obtenir le diplôme, réservé à la gente masculine.

Mais il n’y a eu guère d’avancées, puisqu’une seule Israélienne, Shira Mirvis, exerce depuis un an à la tête d’une communauté orthodoxe, à Efrat, implantation de Cisjordanie, regrette Eliora Peretz, dont les cheveux blonds sont en partie recouverts d’un foulard comme le portent les juives orthodoxes mariées.

À défaut d’être rabbin d’une communauté, elle pourrait être un guide spirituel et donner des cours, répondre à des questions de fidèles sur les sujets qu’elle maîtrise « autant qu’un rabbin » masculin, dit-elle.

« Pour moi, le rôle du rabbin est d’aider à donner du sens dans la pratique du judaïsme au quotidien », explique-t-elle, affirmant vouloir aider les « gens qui se posent des questions ».

La rabbin franco-suisse Eliora Peretz dans une synagogue de Jérusalem, le 22 mars 2022.

« Dieu est ma lumière »

Avant de devenir rabbin, Eliora Peretz, née Alexandra à Strasbourg, a eu une autre vie. Docteure en communication politique et journalisme, elle a choisi de s’investir dans les études religieuses.

Cette Franco-Suisse, qui a vécu en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis, raconte avoir « ressenti depuis (sa) plus tendre enfance » un attrait pour le judaïsme.

« Un parcours de rencontres » l’a ensuite poussée à se convertir, en choisissant le nom d’Eliora, qui signifie en hébreu « Dieu est ma lumière ».

« En étudiant, au fil des années, je me suis rendue compte que ce qui était offert aux femmes était limité dans la profondeur des sujets abordés, donc je n’ai pas eu le choix que de devenir rabbin pour étudier ce qui me fascinait », explique-t-elle.

« Devenir rabbin est venu de ma passion pour les textes de la Torah et pour le peuple d’Israël », affirme-t-elle, alors qu’elle continue d’approfondir les textes, plusieurs fois par semaine, dans un centre d’études à Jérusalem.

« Madame le rabbin » ou « madame la rabbine » ? Mme Peretz privilégie la deuxième option, mais estime ce débat de moindre importance.

« Mon but principal est d’arriver à un échange, à des rencontres et je ne veux pas me bloquer pour un titre car sinon, je n’aurais rien fait », assure-t-elle.

Elle refuse d’être au centre de controverses, évite les débats sur le féminisme religieux et estime que « personne ne prend la place de l’autre, personne ne combat l’autre ».

« On ajoute de la connaissance et c’est une bénédiction pour tous et toutes », ajoute la rabbine, sourire aux lèvres.

[Photos : Menahem Kahana / AFP – source : http://www.timesofisrael.com]

Lauréat du prix Médicis étranger en 2012 et figure de la gauche israélienne anti-occupation, l’auteur est décédé à l’âge de 85 ans. Nous republions l’un de ses textes, écrit pour « L’OBS » à l’occasion des 70 ans de l’État d’Israël, en 2018.

Avraham B. Yehoshua en 2015

Né en 1936 à Jérusalem de parents aux origines grecques et marocaines, Avraham B. Yehoshua a publié ses premières nouvelles en 1963. Depuis, ses romans et pièces ont été traduits de l’hébreu dans plus de 30 langues, dont le français. Il a été distingué par le prestigieux prix d’Israël en 1995 et par le prix Médicis étranger en 2012, pour son roman « Rétrospective » (Grasset), traduit de l’hébreu par Jean-Louis Allouche. Défenseur des droits des Palestiniens, Yehoshua était membre de B’Tselem, organisation israélienne de défense des droits humains et fervente opposante à l’occupation des Territoires palestiniens par Israël. En 2018, à l’occasion des 70 ans de l’État d’Israël, « L’OBS » lui avait demandé de dresser un bilan des sept décennies passées. Dans le premier article de cette série, Avraham B. Yehoshua jetait un pavé dans la mare de l’opinion : et si la solution des « deux États pour deux peuples » était devenue obsolète ? Nous republions son texte ci-dessous.

Et si on abandonnait la solution des deux États ?

Au troisième jour de la guerre des Six-Jours, après la conquête de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza, je me souviens que je ne cessais de proclamer, sur un ton quelque peu solennel : « Maintenant, il est temps de créer un État pour les habitants des territoires ! »

Ici, je vais essayer d’éviter les termes de « gauche » et de « droite », leur préférant « camp de la paix » et « camp national ». Pour plusieurs raisons. Dans le « camp national », ont œuvré et œuvrent toujours des hommes à la vision sociale de gauche. Alors que, dans le « camp de la paix », jusqu’à ce jour, s’activent nombre d’individus dont la conception économique et sociale est ultra-libérale et à mille lieues d’une idéologie de gauche.

En fait, nul ne doute que la plupart des partisans du « camp de la paix » agissent aussi à cause de motivations éminemment nationales et, de l’autre côté, dans le « camp national », il est certain que certains aspirent à une coexistence honorable, selon leur propre conception, avec les Palestiniens…

C’est pourquoi le distinguo entre « national » et « pacifiste » n’indique que les accents différents privilégiés dans le débat sur l’avenir et sur la nature de la solution du conflit historique entre Israéliens et Palestiniens.

Au cours des dernières années, à force d’invectives et d’anathèmes entre les camps « national » et « pacifiste », les discussions théoriques comme pragmatiques quant à la solution des « deux États » deviennent de plus en plus confuses, à cause de la situation chaotique au Proche-Orient, la leçon du retrait unilatéral de Gaza, la passivité de l’Autorité palestinienne, l’abattement du camp de la paix israélien qui commence à investir son énergie dans d’autres luttes civiques.

Mais, en premier lieu, cette solution des « deux États » s’évapore devant la multiplication des colonies en Judée-Samarie. Dès lors, à en croire les connaisseurs de la réalité géographique et démographique, il sera impossible de partager la Terre d’Israël en deux États souverains et distincts, et la division hypothétique de Jérusalem en deux capitales séparées par une frontière internationale devient de plus en plus improbable.

Innombrables frustrations

Pendant un demi-siècle, autrement dit, pendant la majeure partie de ma vie d’adulte, j’ai œuvré sans désemparer en faveur de la solution des deux États. La figure politique et publique qui m’a inspiré était l’ex-secrétaire général du parti travailliste, le député Lova Eliav, qui dans son ouvrage idéologique Erets Hatsvi [1] paru en 1972, détaille sa vision de la paix souhaitable entre Israël et ses voisins et, en particulier, entre Israéliens et Palestiniens.

À son exemple, j’ai adhéré, au milieu des années 70, à l’idée de reconnaître l’OLP comme le représentant du peuple palestinien dans des négociations et j’ai été l’un des signataires de l’appel au soutien de l’Initiative de Genève [2]. Avec la majorité de la population, j’ai soutenu l’évacuation unilatérale de Gaza et, pendant les différentes Intifada et l’extension des colonies, je n’ai pas cessé de prôner des idées possibles concernant les postes-frontières et le statut de minorités israéliennes dans le futur État palestinien – tout cela, afin de donner vie à la vision des « deux États » qui, depuis, n’a fait que s’étioler.

Face aux innombrables frustrations infligées à la fois par les gouvernements israéliens et par l’Autorité palestinienne, moi aussi, à l’instar de tous les partisans du camp de la paix, j’ai espéré que d’autres nations, surtout les États-Unis et l’Europe, exercent des pressions économiques et diplomatiques sur les deux parties afin de les obliger à trouver un compromis historique dans l’un des conflits les plus longs et les plus compliqués depuis le début du XXe siècle.

Certes, ce moment si attendu est survenu le jour où la direction officielle des Palestiniens et deux Premiers ministres israéliens de droite comme Ehud Olmert et Benyamin Netanyahou déclarèrent officiellement leur volonté d’agir en faveur de la solution des deux États. Avant sa démission, Olmert a pris même l’initiative d’un plan détaillé et plutôt généreux en vue d’un partage de la Terre d’Israël en deux États, mais Mahmoud Abbas, selon le témoignage d’Olmert, esquiva la plupart des réunions prévues pour débattre de ce plan.

Quant à Netanyahou, impossible de savoir ce qu’il pense vraiment lorsqu’il lance à l’occasion l’expression « deux États ». Parfois, il songe plutôt à une autonomie palestinienne et non à un État véritable. Certes, un accord de paix peut être formulé sur le modèle d’une autonomie et non forcément d’un État indépendant, mais il n’existe aucune autonomie sans que ses citoyens ne bénéficient de la citoyenneté de l’État lui-même, à l’exemple des Basques en Espagne ou des Québécois au Canada.

Or, certains membres de la droite vont jusqu’à bredouiller le terme de « deux États », comme une partie du Likoud, et des partis de droite alliés de la coalition (les partis religieux orthodoxes, eux, ne daignent pas s’occuper d’affaires aussi triviales…). Et il va de soi que le principe des deux États se situe au cœur de la solution politique prônée par des partis de gauche de même que par la Liste unifiée des Arabes d’Israël.

Pour leur part, l’Autorité palestinienne et la plupart des États arabes modérés appuient cette solution. La majorité des pays du monde, de l’Inde à l’Éthiopie, soutiennent officiellement cette solution, y compris ceux qui, semble-t-il, ignorent de toute façon où situer sur la carte Israël et la Palestine…

Un paravent illusoire et fallacieux

La solution du conflit par la création d’un État palestinien au côté d’Israël, qui passait pour extravagante et irréaliste il y a cinquante ans, quand Lova Eliav l’exposait devant les cellules du parti travailliste et que ses auditeurs s’interrogeaient, saisis de pitié : « D’où notre cher Lova a-t-il inventé les Palestiniens ? », est devenue aujourd’hui la pierre angulaire de tout le système politique.

Dans les années 70, Golda Meir, alors Premier ministre, se gaussait de la signification politique et identitaire du terme « palestinien » et prétendait ironiquement qu’elle-même était en fait palestinienne (d’ailleurs, par son pharisaïsme, son entêtement et sa myopie, elle ressemblait à de nombreux dirigeants palestiniens…), tandis que, désormais, des Premiers ministres ouvertement de droite en parlent de manière naturelle et négocient publiquement avec des chefs de l’OLP.

Et voilà que, alors que la notion d’État palestinien s’inscrit dans le marbre, moi et quelques-uns de mes meilleurs amis qui avons combattu pendant toutes ces années-là en sa faveur, nous sentons – puissé-je me tromper ! – que cette vision ne pourra plus s’incarner dans la réalité et qu’elle ne sert que de paravent illusoire et fallacieux à l’autre réalité diabolique d’occupation rampante mais profonde dont nous du camp de la paix, israélien et palestinien confondus, payons le prix à cause de notre découragement et de notre fatalisme.

Un paravent illusoire et fallacieux

La solution du conflit par la création d’un État palestinien au côté d’Israël, qui passait pour extravagante et irréaliste il y a cinquante ans, quand Lova Eliav l’exposait devant les cellules du parti travailliste et que ses auditeurs s’interrogeaient, saisis de pitié : « D’où notre cher Lova a-t-il inventé les Palestiniens ? », est devenue aujourd’hui la pierre angulaire de tout le système politique.

Dans les années 70, Golda Meir, alors Premier ministre, se gaussait de la signification politique et identitaire du terme « palestinien » et prétendait ironiquement qu’elle-même était en fait palestinienne (d’ailleurs, par son pharisaïsme, son entêtement et sa myopie, elle ressemblait à de nombreux dirigeants palestiniens…), tandis que, désormais, des Premiers ministres ouvertement de droite en parlent de manière naturelle et négocient publiquement avec des chefs de l’OLP.

Et voilà que, alors que la notion d’État palestinien s’inscrit dans le marbre, moi et quelques-uns de mes meilleurs amis qui avons combattu pendant toutes ces années-là en sa faveur, nous sentons – puissé-je me tromper ! – que cette vision ne pourra plus s’incarner dans la réalité et qu’elle ne sert que de paravent illusoire et fallacieux à l’autre réalité diabolique d’occupation rampante mais profonde dont nous du camp de la paix, israélien et palestinien confondus, payons le prix à cause de notre découragement et de notre fatalisme.

C’est pourquoi nous devons analyser la situation avec une honnêteté intellectuelle et tenter de réfléchir à d’autres solutions qui puissent mettre un terme à ce processus et le faire reculer. L’identité juive et sioniste de l’État d’Israël ne court aucun danger en ce moment, mais c’est plutôt son humanité et celle des Palestiniens soumis à notre pouvoir qui sont menacées.

Avraham B. Yehoshua

Traduit de l’hébreu par Jean-Luc Allouche.

[1] Arié « Lova » Eliav (1921-2010) fut un dirigeant travailliste de premier plan. Son ouvrage Erets Hatsvi (« La Terre excellente » [l’un des noms bibliques de la Terre d’Israël]) a connu un retentissement important.[2] Plan de paix alternatif présenté le 1er juin 2003 à Genève par le ministre israélien Yossi Beilin et l’ex-ministre palestinien Yasser Abd Rabbo. De nombreuses personnalités internationales ont soutenu cette initiative.

[Photo : YANNICK COUPANNEC / Leemage via AFP – source : http://www.nouvelobs.com]

 

Utak a teljesség felé - in memoriam Béla Hamvas

Escrito por

La obra de una vida
Béla Hamvas
Ediciones del Subsuelo. Barcelona, 2021
234 págs

La melancolía de las obras tardías
Béla Hamvas
Ediciones del Subsuelo. Barcelona, 2017.
196 págs.

La filosofía del vino
Acantilado. Barcelona 2014.
117 págs.

La presencia en la cultura de los escritores en los que alienta un espíritu heterodoxo es cada vez más marginal. Aquella tradición literaria que cuestionaba la Revolución Industrial y el declive de la conciencia espiritual y que tuvo exponentes en el círculo norteamericano de Concord, con figuras como Emerson y Thoreau, o en los escritos tardíos de Tolstói, se ha perdido casi por completo. Aunque el magma de gran parte de la narrativa actual tiene como telón de fondo una atmósfera de fractura, de «crisis», se tiene la sensación de que todo se diluye en una vaga intrascendencia, en un callejón sin salida. Escribir con la intención de sobresaltar las conciencias, abriendo una brecha en el impersonal escepticismo del lector resulta raro, casi inconveniente. De ahí la importancia de recuperar autores que lo hicieron en un momento crucial de nuestra historia y que por una razón u otra fueron silenciados. Este es el caso de Béla Hamvas.

Nacido en 1897 en una región del entonces reino de Hungría, reino que luego sufrió sucesivas amputaciones, Hamvas pertenece al linaje de las voces que reflejan la singular rareza de la lengua y la complejidad de la cultura de esta parte de Europa: desde el poeta Sándor Petöfi hasta Peter Esterhazy, pasando por el nobel Imre Kértesz. Es difícil clasificarlo, pues no fue un narrador ni un poeta al uso ni tampoco un filósofo que siguiera una línea de pensamiento determinada como no fuese el seminal «no sé» de Montaigne, aparte de su afinidad con Karl Jaspers. Escribió una ficción torrencial, Karnevál, en la que deconstruía la novela moderna haciendo uso de un lenguaje innovador, situándose sin complejos como árbitro entre dos mundos que no se comprenden entre sí, el este y el oeste. Pero el grueso de su producción consta de innumerables  ensayos literarios y filosóficos que fueron publicados hasta finales de los años cuarenta a la par que iba dando forma a proyectos enciclopédicos como Anthologia humana y Sciencia Sacra. El primero es una recopilación de textos que dan fe de la enorme y diversa producción del espíritu humano a través de cinco milenios, desde sentencias babilónicas hasta Ortega y Gasset pasando por Confucio y Lao-Tse. Sciencia Sacra continuaba lo iniciado en su segundo empeño monumental, La gran sala de los antepasados, recogiendo la que él denominaba «tradición espiritual de la humanidad arcaica», aquella sabiduría que había quedado bajo tierra a causa de la crisis en la que el ser humano entró en torno a medio siglo a. C.  Sin embargo, no pensemos que fue un sabio encerrado en su torre de marfil con un millón de libros. La verdadera obra de Hamvas es su vida y lo que ella le enseñó. Más allá de su omnívora curiosidad intelectual, y quizá más determinante que esta, están sus desgarros y sufrimientos en esos años convulsos en los que Europa vivió en crisis permanente. Que su figura haya permanecido en la sombra hasta hace pocas décadas puede tener que ver con lo versátil de sus escritos -que van de la historia de la cultura hasta la contemplación de lo minúsculo- y su deriva hacia la metafísica, pero también con el hecho de que no se exilió como hicieron otros escritores húngaros. Al contrario que sus contemporáneos Sándor Márai y Gyula Illyés, Hamvas permaneció en el país tras su participación en las guerras mundiales y después fue silenciado por el régimen comunista, como también le sucedió en menor medida a Kértesz. Herido en dos ocasiones en la guerra del 14, Hamvas fue llamado de nuevo a filas el 39, lo que no le impidió seguir escribiendo a la luz de un candil en el frente ruso, a la par que traducía a sus autores favoritos, entre ellos a Jakob Böhme y a Heráclito. Desde finales de los 20 escribía en varios periódicos y trabajaba en la biblioteca Central de Budapest. Con su amigo Károly Kerényi y otros intelectuales fundó Sziget (Isla), un círculo literario que pretendía revitalizar la cultura helenística clásica inspirándose en la obra del poeta Stefan George. Hamvas aspiraba a influir en el seno de una comunidad de espíritus afines pero pronto vio que esa senda no le llevaba adónde él quería. Se refugió entonces en la escritura. Políglota que dominaba el alemán, el francés y el inglés, sin olvidar lenguas como el hebreo, el griego antiguo y el sánscrito, Hamvas fue hilvanando con obstinación uno de los discursos más elegantes, poéticos y cristalinos que hoy se pueden leer en húngaro. Solo Illyés, en su inolvidable Gente de las Pusztas, alcanza a expresar con tanta sensibilidad un mundo propio y a la vez universal antes de que se desvanezca.

En ese discurso plagado de asociaciones insólitas, correspondencias y destellos, que fluye transparente, se aúnan dos opuestos, el cinismo y la inocencia, como decía Nietzsche que se debe escribir. Su primer libro fue La crisis mundial. Era 1933 y en él escribió: «El mundo moderno está en crisis y vive en el apocalipsis». A partir de ahí, la conciencia de que él debía hacer algo para salvarlo no le abandonaría, sería el norte de su vida incluso en los períodos más sombríos que tuvo que atravesar. De una forma u otra, su mirada se dirigía a ese horizonte apocalíptico que no hacía sino avanzar año tras año. En agosto de 1945 nuestro autor, desgarrado por la destrucción y el caos de la guerra, con el temblor y la palidez del desertor (pues tras fugarse del frente se había escondido en la capital húngara), recibe de nuevo la visita del sol y de la exuberante naturaleza a orillas del lago Balaton. Podría lamentarse ante las ruinas pero en lugar de eso y con ayuda de un par de copas de Szekszárdi, escribe de un tirón un panfleto que exalta la continuidad de la vida y borra de un plumazo el sinsentido de tantas acciones humanas que ha presenciado. Le llama «libro de plegarias para ateos», sean estos pietistas, puritanos o materialistas. Con el pretexto de ensalzar el vino y la divina naturaleza de la ebriedad, lo dirige a quien denomina «el hombre abstracto», esto es, el que desde su «nada» crea «la ciencia, la moral, la ley, el Estado». Al caracterizarle de «tullido que se aferra a su deficiencia como a una idea fija y considera su torpeza un gran logro», está hablando del everyman de hoy. Como todo panfleto, aunque este contenga muchos matices y verdaderos hallazgos, tanto enológicos como sensuales, lo que se pretende es que la persona no espiritual, esa que da la espalda a lo real «invisible», caiga en la cuenta de su error y se tambalee su falsa seguridad, pues los ateos, afirma, son «erráticos, llenos de preocupaciones y autoengaños». Y por ello, en contra de la «existencia sin intoxicación», invoca la verdadera religión, la del vino, que uniría a todos los hombres en una celebración universal, pues la persona solo es capaz de soportar la vida «en un estado de trance».  Y eso es lo que alienta en casi todos los escritos de Hamvas: el estado de trance que asistía a los místicos y les hacía ver la realidad y más allá de ella. Aunque él diga que no es religioso, siempre hay un trasfondo cristiano en todo lo que escribió el magiar. Estoico, solitario sin pesar, enraizado en la tradición clásica y amante del «camino medio» de Montaigne, Hamvas sabe que a través de la exageración se revela la verdad, y así, en Filosofía del vino, afirma que «la raíz de toda ebriedad es el amor». Y añade que el cuerpo femenino «es más liviano, más raro, más genial y, en definitiva, más espiritual que el del hombre».

Con cinismo e inocencia, Hamvas centra su reflexión en la experiencia de la crisis, de la noche oscura, del Untergang. Situémonos en 1946, cuando Hamvas publica su ensayo «Arlequín», recogido en el volumen La obra de una vida, miscelánea de textos de una penetración cultural y filosófica extraordinarios. El bufón, el arlequín, es la figura que escoge para desenmascarar la vacuidad que domina el mundo, el único que se ríe del «instinto de poder» que permea toda actividad humana, el único que se da cuenta de que «la lógica de la existencia es paradójica». Arlequín vive solo, libre, y se ha desprendido del miedo gracias a la melancolía. «La comunidad», afirma Hamvas, «no fue creada por el instinto social; la crearon los individuos por su miedo a estar solos». La gran paradoja de la existencia es que el ser humano solo es «poder» cuando «es nada», cuando carece de destino. Cuando no sabe ni le importa lo que va a suceder después. Y el desprenderse del miedo es obra de la «melancolía» que caracteriza la risa del bufón, esa fuente secreta que hace manar la verdadera alegría, la impetuosa Freude beethoveniana.

El escritor húngaro no podía intuir en 1946 que dos años después de escribir ese clarividente texto sobre Arlequín sería incluido en la lista B por el gobierno comunista (gracias a la intervención del ideólogo marxista Georg Lukács, que arremetió contra Hamvas por su defensa del arte abstracto), despedido de la biblioteca y su obra silenciada para siempre. Entonces, en 1948, escribe en «Jazmín y olivo» que ya no cree que la meta de su vida sea la creación de una «obra». No, eso ya no le interesa ni le mueve, pues se ha dado cuenta de que solo existe una obra: la «transubstanciación», el cambio del paradigma humano creado por la herencia secular: «Redimir la tierra y el cerezo y el pimiento y al mirlo y al perro del vecino y al vecino». Dejar atrás el instinto que nos hace bailar al son del «afán, el agobio, la agitación» y que siempre se inquieta por el mañana. «Soy real», declara, «no cuando vivo con mi instinto, sino cuando vivo con mi ánimo». Y añade: «El tiempo del ánimo es el instante. Florece». Se trata de ver, como escribió el místico alemán Jakob Böhme, que todo está envuelto en el milagro. Y así vivió Béla Hamvas dos décadas más: como un curioso saltamontes de las paradojas que se maravillaba, sereno y ardiente a la vez, de esa unidad milagrosa que subyace en la realidad. El idilio en la tierra es para él «la facultad de callar, de permanecer sentado, de esperar». Solo así se puede apreciar el milagro, que no es otra cosa que «realidad concentrada». En 1964, dos años antes de morir, vemos a nuestro autor a vueltas con el silencio y la intimidad, bienes fundamentales que ya carecen de valor, incluso de presencia en el mundo de hoy. En «La cama» arguye que la calma ha desaparecido y que en lo que llama la edad de oro de la civilización «la alegría consistía en que la tierra era íntima, como un huerto». En el mundo moderno de 1964 las coordenadas de la existencia las veía regidas por lo vertical, la columna, lo que permanece despierto y alerta, que piensa y actúa –es decir, el instinto-, y por lo horizontal,  dormir, volver al origen. «La última estación de la intimidad es la cama. Es lo que ha quedado del paraíso». El lugar íntimo que disfrutaban nuestros antepasados acabó hace tiempo: «vivimos sin intimidad, la vivienda es alojamiento, sentirse en casa es sentimentalismo». Y aún no habían llegado el opio de la decoración, los slums, el moderno batallón de los sin techo.

Como todo pensador outsider, Hamvas se apoya en la vitalidad y la visibilidad de la paradoja. Sigue la estela aún viva de Montaigne, al que dedica un agudo ensayo, una pieza maestra, como las que consagra a Schumann y a Orfeo. En 1935 llegó a denostar, en «El platonismo de la  escritura», el acto de escribir. «La escritura solo puede negar», afirmaba. Y arremetía contra la pluma y la imprenta con una fresca heterodoxia: «El periódico mata cada día la historia de aquel día. La novela arruina destinos. La filosofía hace añicos las posibilidades del mundo, la ciencia a los dioses». Así se hacía eco de una corriente antiintelectual, peligrosa en aquel momento de ascenso de los totalitarismos, que anteponía la vida a los libros. Pero él iba por otro lado al constatar que «la plenitud de la vida es muda» y que «la esencia siempre se encuentra en lo indecible». Al afirmar que la escritura desmoraliza y solo puede negar y que los más grandes escritores son «los críticos, los negadores, los irónicos»; cuando invoca a Nietzsche y su «enemigo de los libros» por esa «incapacidad para vivir que es inherente a la literatura y también a quien la lee», entendemos lo que está señalando. Si a finales del XIX la escritura era el territorio de la nostalgia, del «deseo de regresar a lo mejor que ha habido nunca», de algo que siempre está latente en la escritura de Hamvas –«reconquistar paso a paso el suelo de la antigüedad»-, hoy día ya no tiene ni por asomo esa coartada, pues tal suelo dejó de existir hace mucho tiempo. De ahí que encontremos debilidad y reiteración en la mayoría de lo que se publica. Para el húngaro, el auge de lo escrito «se gestó en un mundo en decadencia», y así el río de la escritura era «un síntoma de la destrucción y al mismo tiempo su causa». Entonces se pregunta si es posible la escritura que dé vida. La respuesta es sí, aunque para ello hay que volver a la edad dorada que la lógica de Platón y de Sócrates enterraron: «el griego encontró la única posibilidad de detenerse en el mundo que se desintegraba, de vivir incluso en la decadencia, de enriquecerse incluso en la destrucción». Y esa posibilidad, la única que nos es dada, es el idealismo: «una alianza secreta de quienes experimentan la conciencia de la verdad». La escritura para Hamvas solo tiene razón de ser, solo arroja luz en la caverna humana si es una «escritura platónica», si se pone al servicio de las personas para «descubrirles la verdad de las cosas» y de esa manera reflejar «la imagen divina».

Hay en esos tres libros de Hamvas publicados en español (el tercero es La melancolía de las obras tardías) una sutil intuición poética y una claridad de exposición de ideas y observaciones que apenas tienen parangón en la literatura del siglo XX. La prohibición de publicar desde 1948 afinó su mirada, expandió su imaginación y amplió el campo de sus intereses, al tiempo que le ofrecía la libertad de escribir para sí mismo sin pensar en el eco que producía. De la música de Beethoven, Schumann y Bartók hasta la contemplación de unos viñedos o de un huerto (en el que trabajó algunos años en Szentendre, al norte de Budapest, donde fue enterrado), pasando por sus elucubraciones sobre Kierkegaard en Sicilia y la exaltación de lo verde en Wordsworth, sin olvidar la metafísica de los árboles y el relato de la asombrosa claridad mental que le proporcionaba el ayuno en el campo, Hamvas dejó un legado de gran valor humano y literario. El infortunio que empezó en el que llama su «año de la perdición» hizo del escritor un Job que en lugar de lamentarse se alzaba como un roble cada vez más sano, más fuerte. Caminando por las llanuras vacías de la Puszta, trabajando como operario en las centrales térmicas, cogiendo cerezas y orquestando el canto de los pájaros, se convirtió en un nuevo Thoreau cuyo Walden era un océano de descubrimientos, un abismo de humildes entusiasmos. Gracias a «la riqueza ilimitada de las vivencias solitarias», se fue sedimentando su conciencia de outsider, de alguien que se aparta de la carrera por el éxito y la fama pero sigue galopando como un caballo salvaje fuera de la pista. Consiguió así acallar esa necesidad perentoria de dar rienda suelta a su talento mientras construía lo que denomina «el anonimato de renombre». Su meta, si tenía alguna, era ser reconocido «en la infinitud de lo íntimo».

Leyéndole, entramos en esa intimidad a la que él aspiraba. En «Días dorados», escrito entre 1932 y 1942, Béla Hamvas revela sus señas de identidad, el modo como fue poblando su mundo íntimo, pero no privado, mientras reformulada los principios de su conciencia espiritual. Esos días dorados corresponden al inicio del otoño, cuando «los huertos descansan perezosos en la niebla reluciente». En esos días de septiembre él experimentó la exaltación de la vida. Vio que debía elegir entre dos mundos: el agon de la vida pública, que le daba tan poco, y «lo otro», que le daba energía y esperanza y que consideraba basado en tres puntos: la necesidad de conocer de veras a las personas y su legítima diversidad; aceptar sin tapujos la crisis de la época, y por fin dar prioridad a la mística sobre la política. Se puede o no estar de acuerdo con él y su singular radicalidad, pero absorbemos con agrado la luminosa incertidumbre con la que formula sus ideas y relata sus andanzas; disfrutamos de sus diálogos armónicos, a veces desconcertantes como los de su compatriota Bartók, pues nos conmueven con su convincente sensualidad, son melodías extravagantes que resuenan largo tiempo en los oídos del lector. Al caracterizar a Heráclito se retrata a sí mismo: «es expresivo y musical, intelectual y simbólico, poético y científico, pero nunca de una forma armoniosa, pues un sentido siempre se traslada de un salto a su contrario, de la imaginación al concepto y a la inversa». Como sucede con Heráclito, la moral del magiar es «heroica, regia». Lo que deplora del mundo de posguerra es lo mismo que deploraba el filósofo de Éfeso en su época, 600 años antes de Cristo: la ausencia de «verdad», es decir, el fracaso de la alétheia, aquel «saber distinguido, seguro y valiente, demasiado orgulloso para ocultar ante sí mismo el verdadero sentido del orden del mundo». Como Hamvas, Heráclito se forzaba a escribir a pesar de que tal vez no quería escribir, y ese deber, que al húngaro le distraía de su auténtica vocación -la contemplación serena y sagaz del universo (acechar el trino heroico del mirlo o el elegíaco del ruiseñor, coger cerezas o manzanas o uvas, tocar el piano para sí mismo, caminar, escardar el huerto, leer a Powys o a Rabelais, espiar la bisexualidad de los árboles)-, es tal vez la única legítima que justifica al escritor: dar a los demás el fruto de su vida. Y de este modo dejar una «obra» que es una «no-obra», pues se diluye en la propia transformación interior del escritor.

Heráclito le sirve a Hamvas para argumentar su concepción elitista y regeneradora de la alétheia, de la «verdad», concepto siempre tan resbaladizo. En el mundo arcaico, alétheia era un bien común que después se perdió en el ruido y la noche de la multitud, convirtiéndose así en un «privilegio» en manos de una minoría, esos pocos que despertaron al espíritu, el cual de ser invisible pasó a ser «visible», sustancia real y cierta. «Espíritu significa estar en contacto con el orden universal primigenio, arder en armonía con el mundo». Y quienes están en contacto directo con él en su interior desprendido de ego, tienen el deber de trabajar para que «la humanidad halle la armonía, la unidad, la unión, el logos». A la postre, Heráclito y el «no saber pacífico, satisfecho, superior de Montaigne» constituyen los dos grandes pilares intelectuales y espirituales de Hamvas. «Caminamos entre ruinas», afirmaba el escritor en su ensayo de 1933 para celebrar los cuatrocientos años del ensayista de Burdeos, y «la humanidad, la historia entera es a cada instante un instante más pobre».

Aún hay mucha obra de Hamvas por descubrir. Estos tres libros que aquí se comentan no son más que la punta del iceberg, pues la obra completa original comprende varias decenas de volúmenes, y solo ha sido traducida de manera íntegra al serbio, mientras que en inglés y en alemán apenas se pueden encontrar pequeñas muestras de su arte. Como señala en el prólogo de La melancolía de las obras tardías Adan Kovacsics, el traductor de las tres obras del pensador húngaro publicadas en nuestro país, los escritos de Béla Hamvas fecundaron Hungría, Serbia y otros países del Este y «son fundamentales para comprender el pensamiento de aquella zona de Europa». Si tenemos en cuenta el caos en el que se sumieron los países balcánicos tras la caída del comunismo, su obsesión por el apocalipsis fue profética. Y quizá por eso el camino de redención que diseñó el húngaro encuentra ahora adeptos en una tierra desgarrada por el sufrimiento.

Gozando de esa plástica intensidad que caracteriza la lengua griega de Platón y Sófocles, la obra de Hamvas es un canto a lo que él llama el Alma Primera, aquella que se encuentra «a mayor hondura que las piedra»”, alma que precede a todo de concepto de religión. Y la búsqueda de esa hondura no concluirá nunca, pues, como escribió en Metapoiesis, «el deseo de encontrar el hogar definitivo está presente incluso en una mota de polvo». A lo largo de su heterodoxa búsqueda de la verdad nuestro autor comprendió que «tras la multiplicidad ilimitada del mundo lo mucho es todo Uno y solo Uno». Su palabra, serena y encendida a la par, que une en un mismo plano la locomotora y la flor, nos acompaña en ese desigual tira y afloja entre materia y espíritu que define nuestra época. Quizá la llegada del reino del espíritu, o del reino de Dios, que dirían algunos, pasa por el vino, y culminará cuando, como nos dice Hamvas, «el vino brote de fuentes y pozos, cuando caiga de las nubes, cuando lagos y mares se transformen en vino».

 

[Fuente: http://www.revistadelibros.com]

Grande admirador de William Faulkner, considerado um dos grandes nomes da literatura do seu país, reflectiu na sua obra sobre os dilemas e as ambiguidades da identidade judaica e foi um empenhado defensor de uma Palestina independente. Morreu aos 85 anos, com cancro.

Abraham B. Yehoshua fotografado em 2019

O escritor Abraham B. Yehoshua, considerado um dos grandes nomes da literatura israelita juntamente com Amoz Oz (1939-2018) e David Grossman (n. 1954), morreu nesta terça-feira aos 85 anos, com um cancro, num hospital de Telavive. A notícia foi divulgada pela sua família, disse a agência Reuters.

A sua obra, que inclui contos, romances, ensaios e peças de teatro, foi um permanente território de reflexão sobre os dilemas e as ambiguidades da identidade judaica, e nomeadamente da complexa coabitação entre Israel e a Palestina. Yehoshua defendia o direito do povo palestiniano a viver nas suas terras ancestrais.

Apesar da sua declarada oposição à abordagem do Estado israelita quanto aos territórios ocupados, o presidente Isaac Herzog lamentou a sua morte, enfatizando a importância do autor na construção de uma literatura nacional. “Deu-nos uma imagem precisa, fidedigna e amorosa, e às vezes também dolorosa, de nós mesmos: um mosaico de sentimentos profundos”, considerou num comunicado. “Foi um dos maiores escritores de Israel, ofereceu-nos obras inesquecíveis, que continuarão a ser lidas por gerações”, acrescentou.

Formado em literatura e filosofia pela Universidade de Jerusalém, Abraham B. Yehoshua deu aulas em Paris e foi professor de literatura comparada e de literatura hebraica na Universidade de Haifa, no Norte de Israel. Para Nitza Ben-Dov, ​que foi sua colega naquela instituição, era sem dúvida “o maior autor” de Israel. “Ele passou de escrever histórias surrealistas e oníricas, desligadas do tempo e do espaço, para escrever obras enraizadas na cultura israelita e no presente”, disse à Agência France-Presse.

Filho de judeus sefarditas de origem grega e marroquina, ex-paraquedista, foi uma figura proeminente da organização de direitos humanos B’Tselem e do partido de esquerda pacifista Meretz, que defende a retirada de Israel para as fronteiras anteriores à guerra de 1967, apoiando a criação de um Estado palestiniano independente.

A sua obra está traduzida do hebraico para mais de 28 línguas, incluindo o português, mas não está editada em Portugal. No Brasil estão publicados ShivaViagem ao Fim do MilênioA Noiva LibertaA Mulher de JerusalémFogo Amigo e O Túnel. O escritor foi um dos convidados da Festa Internacional de Paraty em 2010, onde debateu o processo de paz entre árabes e israelitas com a escritora iraniana Azar Nafisi.

Além do Prémio Israelita para Literatura em 1995, Yehoshua recebeu diversos galardões internacionais importantes, entre eles o prémio francês Médicis (em 2012), o Alterman Prize para Melhor Romance do Ano (em 1992), o Viareggio (em 2005), e pelo conjunto da obra, o Brenner Prize e o National Jewish Book Award.

“O trabalho de Yehoshua era estruturalmente inovador e tradicional quanto à narrativa”, descreve o The Times of Israel no seu obituário, lembrando que Yehoshua referia com frequência William Faulkner, autor que reverenciava.

[Foto: LEONARDO CENDAMO/GETTY IMAGES – fonte: http://www.publico.pt]

L’écrivain, multiprimé, militait pour la fin du conflit au Proche-Orient. Cette figure de la gauche israélienne anti-occupation est décédée ce mardi à 85 ans.

Avraham B. Yehoshua en octobre 2002.

Écrit par Alexandra Schwartzbrod

Avec la mort d’Avraham Yehoshua, ce 14 juin à l’âge de 85 ans, c’est une des dernières grandes figures de la littérature israélienne née avant la création de l’État d’Israël qui disparaît. L’écrivain incarnait avec Amos Oz, mort en 2018 à 79 ans, une sorte de totem conjuguant œuvre littéraire et engagement politique même si, sur le tard, il se montrait beaucoup plus circonspect sur le bien-fondé d’un État palestinien, militant plutôt pour la création d’un État binational. Dès l’annonce de sa mort, la fille d’Amos Oz lui a d’ailleurs rendu un vibrant hommage : «Il était un des écrivains les plus prolifiques, fins et courageux que je connaisse, et son amitié avec mon père était unique : ils avaient pour habitude de commenter méticuleusement et avec amour leurs manuscrits respectifs.» Avraham Yehoshua était aussi rond et émotif qu’Amos Oz était sec et sérieux, ils étaient nés dans le même quartier de Jérusalem, Keren Avraham, ce qui avait créé des liens. Sur le tard, ils s’étaient justement fâchés sur la question des deux États, Amos Oz restant convaincu de la nécessité de créer un État palestinien au côté de l’État d’Israël, Avraham Yehoshua considérant qu’il était trop tard compte tenu de l’avancée de la colonisation. «Le plus important, c’est d’abolir peu à peu l’apartheid et de donner la citoyenneté israélienne aux Palestiniens, nous confiait-il en 2019. Mais, à la fin, on n’en parlait plus avec Amos car je ne voulais pas l’énerverNous étions la dernière génération d’intellectuels à nous positionner sur le plan politique, nous avons une sorte d’autorité morale. Je suis très attaché aussi à David Grossman, même s’il est bien plus jeune, surtout depuis la mort d’Amos, cela nous a rapprochés.»

Un peu désabusé et triste

Né en 1936 à Jérusalem dans une famille juive séfarade, l’écrivain a grandi et étudié dans la ville trois fois sainte. Ce mélange et cette difficile cohabitation des religions imprégnera d’ailleurs une œuvre marquée par la mémoire et ce qu’elle lègue d’espoirs et de fardeaux. Après Jérusalem, il a passé quelques années à Paris – ce qui lui permettait de parler parfaitement le français – avant de s’installer à Haïfa, autre ville de mélange puisque Juifs et Arabes israéliens y vivent plutôt en bonne intelligence. Il a longtemps retrouvé sur les check-points ses amis Amos Oz et David Grossman avec qui il militait pour la paix mais, ces dernières années, il se montrait un peu désabusé et triste. À Paris en 2019, il paraissait déjà fatigué, le souffle court. Vêtu de noir, il se disait affecté par des deuils récents, à commencer par celui de sa femme, psychanalyste. Un drame pour lui qui disait avoir toujours fait passer la carrière de sa femme avant la sienne, et toujours considéré la famille comme plus importante que la littérature. «Il y a tant de morts autour de moi, nous disait-il. Nous étions trois écrivains inséparables, de la même génération : Amos Oz, Yehoshua Kenaz [également un grand traducteur, il a notamment traduit Balzac en hébreu, ndlr] et moi. Amos Oz vient de mourir et Yehoshua Kenaz a fini peu à peu par sombrer dans la démence.» Il se savait le prochain sur la liste.

Au crépuscule de sa vie, Avraham Yehoshua n’était plus certain que la mémoire, tant étudiée et sacrée pour le peuple juif, soit si précieuse. À l’occasion de la parution de son roman, le Tunnel (Grasset, 2019), dont un des héros perd peu à peu la tête (à l’image de son ami Yehoshua Kenaz), nous lui avions demandé si c’était une de ses angoisses. «Non, cette histoire est plutôt un défi à la tyrannie de la mémoire, nous avait-il répondu. Nous sommes trop paralysés par notre mémoire, la mémoire de la Shoah notamment. Cela devient un obstacle pour avancer. Quand j’étais jeune, il n’y avait pas de journée mémorielle de la Shoah, aujourd’hui c’est tout le temps. Et les Palestiniens aussi sont alourdis par leur mémoire. Il faut perdre la mémoire. Aujourd’hui, tout est question d’identité: on est classés en ashkénazes, séfarades, femmes, homosexuels, laïcs, religieux… cette question de la mémoire, de l’identité, nous empêche d’être flexibles, d’aller de l’avant.» Un questionnement incroyablement dans l’air du temps.

Questionnement permanent

Écrire aujourd’hui sur sa mort a quelque chose d’irréel alors que l’on vient tout juste de refermer son dernier livre, la Fille unique (Grasset), un très joli conte empreint de mélancolie mettant en scène une préadolescente évoluant dans une famille juive ashkénaze aisée du nord de l’Italie, en plein questionnement sur la judéité, le sacré, la diversité religieuse. Un livre hanté par l’amour de la famille et par l’approche de la mort : le père de la jeune héroïne est atteint d’une tumeur au cerveau, tumeur que son héroïne appelle «un supplément», ultime pied de nez à la maladie. La disparition de Yehoshua donne à ce livre une tout autre dimension, c’est comme s’il avait voulu, peu avant de s’éteindre, transmettre à la jeune génération le flambeau du questionnement permanent : qu’est-ce qu’être juif, et pourquoi les différentes religions ne peuvent-elles s’entremêler ? Son héroïne, Rachele, incarne à 12 ans la sagesse bien plus que ses parents un peu perdus. Ce sera à elle, au fond, de continuer les combats et les réflexions que Yehoshua ne pourra plus entreprendre. Message d’espoir, donc : ce que sa génération et surtout la suivante ont raté, la nouvelle va le réparer, peut-être.

 

[Photo : Menahem Kahana/AFP – source : http://www.liberation.fr]

L’auteur israélien Avraham Yehoshua, lauréat du prix Médicis étranger en 2012, est décédé à l’âge de 85 ans, a annoncé mardi l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv. Il était aussi une figure de la gauche israélienne anti-occupation.

Défenseur des droits des Palestiniens, Abraham B. Yehoshua était membre de B’Tselem, organisation israélienne de défense des droits humains et fervente opposante à l’occupation des Territoires palestiniens par Israël.

Né à Jérusalem en décembre 1936 de parents aux origines grecques et marocaines, il avait publié ses premières nouvelles en 1963. Depuis, ses romans et pièces ont été traduites de l’hébreu dans plus de 30 langues, dont le français.

En 1995, il avait reçu le prix d’Israël, plus importante reconnaissance culturelle au pays. Et en 2012, il avait raflé le prix Médicis dans la catégorie livres étrangers pour « Rétrospective » (Grasset), traduit de l’hébreu par Jean-Louis Allouche.

Le « plus grand auteur » d’Israël

Pour Nitza Ben-Dov, professeure de littérature à l’université de Haïfa (nord) ayant enseigné à ses côtés, Yehoshua était le « plus grand auteur » d’Israël.

« Il passait d’histoires surréalistes et pleines de rêveries, déconnectées du temps et de l’espace, à des œuvres ancrées dans la culture israélienne et le présent », a-t-elle déclaré à l’AFP. Ses derniers travaux étaient empreints de psychologie, influencés par sa femme psychanalyste, selon Mme Ben-Dov.

« Chaleureux et ouvert », avide de reconnaissance, il pouvait aussi se montrer mordant face à ses interlocuteurs, d’après Mme Ben-Dov. « C’était un homme complexe dont l’attitude vis-à-vis du monde était ambivalente. Sa conscience de la complexité de l’être humain, qu’il tirait de sa propre expérience, rendait son travail pluriel », a-t-elle encore salué.

Défenseur des droits des Palestiniens

Défenseur des droits des Palestiniens, Yehoshua était membre de B’Tselem, organisation israélienne de défense des droits humains et fervente opposante à l’occupation des Territoires palestiniens par Israël.

Cette association a salué mardi un homme ayant « dévoué son temps et son énergie à l’égalité, la paix et les droits humains pour tous ».

Le président israélien Isaac Herzog lui a aussi rendu hommage. Le travail de l’écrivain « s’inspirait de notre patrie et des trésors culturels de notre peuple, nous représentant dans un portrait fin, fidèle, compatissant et reflétant parfois une image douloureuse de nous-mêmes », a-t-il déclaré dans un communiqué.

« Il évoquait en nous une mosaïque de sentiments profonds », a-t-il ajouté.

Avraham Yehoshua doit être inhumé mercredi au cimetière d’Ein Carmel dans le nord d’Israël.

[Photo : KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFI – source : http://www.lqj.ch]

El novelista deja una prolífica obra traducida a unas treinta lenguas.

El novelista A. B. Yehoshúa.

El novelista A. B. Yehoshúa

Abraham B. Yehoshúa, uno de los novelistas modernos de Israel más aclamados por la crítica y defensor de los derechos de los palestinos, murió a los 85 años, dejando tras de sí una prolífica obra traducida a unas treinta lenguas.

« De los más grandes escritores de Israel de todas las generaciones », escribió en Twitter el presidente israelí, Isaac Herzog, al señalar que la obra del fallecido autor despertó en sus lectores « un mosaico de emociones profundas ».

Gracias a sus versátiles formas narrativas, que iban de lo surrealista a lo histórico, Yehoshúa recibió numerosos premios literarios en Israel y en el extranjero por sus 11 novelas, tres colecciones de cuentos y cuatro obras de teatro.

Para los expertos, fue uno de los primeros escritores de ficción en retratar el sufrimiento y las disyuntivas morales tras la guerra que siguió a la independencia de Israel, en 1948.

Aunque Yehoshúa tenía un pensamiento político de izquierda y abogó por los derechos de los palestinos, sus detractores aseguraban que su posicionamiento era tibio.

« Sus obras, extraídas de la imagen de nuestra patria y atesoradas por nuestro pueblo, nos reflejaron como un espejo certero, nítido, amoroso ya veces doloroso », comentó el presidente Herzog.

Llamado por algunos como el Balzac de Israel, en 1995 obtuvo el más alto galardón cultural de su país, y en 2012, ganó el premio de literatura Medicis de Francia por su novela La retrospectiva.

Su novela Cinco estaciones, que se publicó en una traducción al inglés en 1989, vendió 50.000 ejemplares en el original hebreo, el equivalente a un best seller multimillonario en Estados Unidos, según el diario The New York Times.

El Centro Médico Sourasky de Tel Aviv, donde se encontraba internado por cáncer, informó que su funeral se celebrará el miércoles en el cementerio de Ein Hacarmel.

Yehoshúa nació en Jerusalén en 1936, de padres con raíces en Grecia y Marruecos.

[Foto: Arielinson/Wikipedia – fuente: http://www.20minutos.es]

Retour sur la tragique histoire familiale de la Première ministre. Un passé dont elle parle peu mais qu’elle garde en mémoire et qui lui sert sans doute de guide.

Portrait des quatre enfants de Zelig Bornstein: Léon (l'aîné), Isaac, Joseph et Albert.

Les quatre enfants de Zelig Bornstein : Léon (l’aîné), Isaac, Joseph et Albert. Ils seront tous les quatre déportés. Joseph et Isaac survivront, pas les deux autres. Joseph est le père d’Elisabeth Borne qui a été nommée première ministre. Archives du Mémorial de la Shoah.

 

Écrit par Frédéric Haziza

Orpheline à 11 ans, pupille de la Nation, boursière, Elisabeth Borne se réfugie dans les sciences et les mathématiques à la mort de son père. Elle trouve dans les maths « quelque chose d’assez rassurant, d’assez rationnel ».

Une manière pour elle de se reconstruire, de se construire. Suivent neuf années de travail, d’efforts, d’abnégation, de volonté. En 1981, à 20 ans, elle est reçue à Polytechnique et parallèlement major à l’École normale supérieure. Elle choisit d’intégrer l’X. Sans doute en mémoire de son père résistant. Ce jour-là, sa mère accueille la réussite de sa fille en pleurant, en disant que son mari aurait été « si fier ».

« Quand on a un parcours de vie difficile, expliquera Elisabeth Borne le 19 mai aux Mureaux devant les membres d’associations et du conseil municipal des jeunes de la ville, ce qui est mon cas, et qu’il vous arrive des évènements pas très agréables dans votre vie personnelle, les sciences et les choses logiques ont un côté rassurant. Cela m’a attiré. En m’accrochant, j’ai intégré une école. Cela m’a été bien utile car j’étais payée par cette école, Polytechnique, et cela m’a permis de payer mes études ». Au centre de ce premier déplacement de Première ministre, le thème de l’égalité des chances choisi par Elisabeth Borne pour donner de l’espoir aux jeunes et singulièrement aux filles n’osant pas « aller au bout de leurs rêves ». Un déplacement qui la renvoie aussi quelque part à sa jeunesse fracassée.

En 1978, BAC scientifique en poche, bien qu’acceptée en Math sup à Louis Le Grand, le lycée des élites, la voie royale pour intégrer les grandes écoles scientifiques, la jeune Elisabeth choisit Jeanson de Sailly. À l’ambiance de la jungle sans solidarité entre les élèves du premier, elle préfère celle plus humaine du second. Un choix sans doute dû au double héritage familial paternel et maternel. Des deux côtés, on a en effet toujours cherché à « faire quelque chose d’utile pour les autres ». Joseph le père d’Elisabeth rejoint ainsi la résistance à 16 ans. Il écrira alors à son père Zelig, le grand-père d’Elisabeth : « Papa, si nous ne faisons pas ce qu’on nous demande de faire, qui le fera ? ». Résistant en tant que membre de l’Organisation juive de combat ou Armée juive (une organisation de résistance créée en 1942 à Toulouse par Abraham Polonski, qui permet le passage en Espagne de centaines de Juifs, qui en fournit d’autres en faux-papiers et qui participe aux combats de la Libération), il est chargé d’avril 1943 au 20 décembre 1943 de convoyer des jeunes de Grenoble vers le maquis de Biques.

Côté maternel aussi, il s’agit de faire quelque chose d’utile pour les autres. Son grand-père maternel Marcel Lescène fut le maire et le conseiller général de la commune de Livarot (Calvados). Et c’est d’ailleurs au centre de ce pays d’Auge, berceau donc de la famille de sa mère Marguerite, qu’Elisabeth Borne décide, en ce mois de juin 2022, de se porter candidate aux législatives.

La première ministre Elisabeth Borne.

La Première ministre Elisabeth Borne.

Pur produit de la méritocratie républicaine, à la sortie de l’X et de l’École nationale des Ponts et chaussées, elle se met au service de la France, de sa France. Une carrière de haute fonctionnaire dans des entreprises publiques, les cabinets ministériels et la préfectorale. Jusqu’à devenir ministre puis Première ministre. La seconde femme à Matignon de la 5èmeRépublique 30 ans après Edith Cresson.

Mais derrière cette enfant de la République, se cache aussi une enfant de la Shoah. Un passé, des racines, un destin familial dont elle parle peu mais qu’elle garde en mémoire, au plus profond d’elle. À Agnès Buzyn, fille comme elle d’un rescapé de la Shoah, elle dit un jour : « Tu sais mon nom c’est Bornstein ». Son père avait choisi celui de Borne, son nom de résistance à son retour d’Auschwitz. Tout simplement parce que comme beaucoup de déportés, il a peur que ça recommence. Il s’agit de préserver les siens et d’une famille qu’il entend créer. Ce jour de 2018 où Borne fait cette confidence à Buzyn, ni l’une, ni l’autre ne parlera de la Shoah. Elles savent désormais qu’elles ont les mêmes racines, le même destin familial mais, même entre elles, ces deux filles de déportés éprouvent une certaine gêne à évoquer un passé familial douloureux. « C’est une communauté qui est la mienne », confiera Elisabeth Borne le 23 juin 2021 à l’antenne de Radio J. Allusion aux origines juives de son père Joseph Bornstein (né le 02 mai 1925 à Anvers en Belgique) déporté avec son père Zelig (né à Lukow en Pologne) et ses deux frères Isaac et Albert par le convoi 66 parti de Drancy à destination d’Auschwitz le 20 janvier 1944 et arrêtés le 25 décembre 1943 suite à une dénonciation. Ils deviendront amis à Auschwitz avec Alfred Nakache, le « nageur d’Auschwitz ». Léon, le troisième frère ayant été déporté quelques mois plus tôt par le convoi 51 à destination de Sobibor où il sera pendu.

Isaac Borne, l’oncle de la nouvelle Première ministre a d’ailleurs raconté son histoire et celle de sa famille le 6 juin 2006 dans un long entretien réalisé par Catherine Bernstein pour la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et l’Ina.

Il y revient sur le parcours de ses parents depuis la Pologne qui les conduira à Anvers où son père devient diamantaire (plus précisément cliveur de diamants). Chez les Bornstein, on parle le yiddish, le français, le flamand et aussi l’hébreu. Nous sommes au début des années 20. Zelig Borne, le grand-père de la Première ministre a alors le projet de partir en Israël, de faire son « alyah ». Avec à la clé un projet professionnel : l’installation d’une usine de diamants à Netanya. Un projet qui n’ira pas à son terme. En 1940, les Bornstein quittent la Belgique pour la France d’où ils seront déportés. Seuls Joseph et Isaac rentreront de déportation. Arrivé à la gare d’Orsay fin avril 1945, les deux frères Joseph et Isaac sont accueillis par deux jeunes filles impliquées dans l’accueil des déportés. Marguerite Lescène, l’une de ces deux jeunes filles, deviendra la femme de Joseph Borne en 1958.

Plus les années passent, plus le père d’Elisabeth Borne est rattrapé par les fantômes d’Auschwitz, ceux de son père Zelig, de ses frères Albert et Léon exterminés par les nazis, rattrapé aussi par le traumatisme de la « Marche de la mort », de « Nuit et Brouillard » (en allemand « Nacht und Nebel »).

Zelig Bornstein, né Lukow en Pologne, pose avec trois de ses fils : Joseph, Isaac et Léon. Joseph (le premier à gauche sur la photo) est le père d’Elisabeth Borne.

Cette photo date de 1939. Zelig Bornstein, né Lukow en Pologne, pose avec trois de ses fils : Joseph, Isaac et Léon. Joseph (le premier à gauche sur la photo) est le père d’Elisabeth Borne.

Joseph se couche à l’aube et vit à un rythme décalé. Il est hanté par la Shoah. Il essaye de résoudre ses problèmes par la psychanalyse. En 1969, le psychanalyste le lâche, en lui demandant d’aller voir l’un de ses collègues. Trois ans plus tard, Joseph Borne se suicide. Un destin à la Primo Levi. Comme l’auteur de « Si c’est un homme », il avait tenté de renouer avec la vie après son retour de déportation. Mais en vain. Un parcours, un destin, une mémoire qu’Elisabeth garde en elle et lui sert peut-être de guide. Auprès de Libération, n’avait-elle pas expliqué avoir ressenti une certaine émotion quand, préfète, elle avait remis pour la première fois à un citoyen son décret de naturalisation. « Que moi, la fille de ce réfugié apatride, qui n’a été français qu’en 1950, j’accomplisse ce geste, cela disait quelque chose sur l’intégration ».


Frédéric Haziza, chef du service politique de Radio J, animateur du « Forum Radio J » et des « Enfants de la République »

 

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

La collection « Quarto » fait paraître un volume d’Œuvres d’Amos Oz comprenant dix textes choisis par l’écrivain israélien, dont les plus importants : Mon Michaël, le roman qui l’a révélé en 1968 ; Une histoire d’amour et de ténèbres, son autobiographie, parue en 2004 en France ; Seule la mer, le roman qu’il aimait le plus ; ou encore Judas, traduit en 2016. Quoique incomplet, ce volume restera unique.

Un Quarto d'Œuvres pour entendre (presque toutes) les voix d’Amos Oz

Amos Oz (2016) © Francesca Mantovani/Gallimard

Amos Oz, Œuvres. Préface de Nicholas de Lange. Postface de Fania Oz-Salzberger et biographie de Ilan Bar-David. Trad. de l’hébreu par Sylvie Cohen, Laetitia Devaux, Jacques Pinto, Rina Viers, Laurence Sendrowicz et Katherine Werchowski. Gallimard, coll. « Quarto », 1 728 p., 35 €

Amos Oz, avec Shira Haddad, Conversations sur l’écriture, l’amour, la culpabilité et autres menus plaisirs. Gallimard, 208 p., 18 €

Écrit par Norbert Czarny

On trouve aussi dans ce « Quarto » Chers fanatiques ou Rien n’est encore joué, essais et conférences du citoyen se disant plutôt « humaniste » qu’engagé, à la façon de Camus, l’un de ses modèles. Mais on n’y trouvera pas Les voix d’Israël, paru en 1983. C’est à l’origine un ensemble d’articles publié dans le journal Davar, et résultant de voyages – comme l’indique le titre en hébreu, Ici et là en Israël. Amos Oz, figure connue et reconnue de la gauche, se rendait dans des villes et des villages souvent hostiles, discutait avec des militants nationalistes installés dans les territoires occupés, s’opposait mais se réconciliait par l’argumentation. Ce recueil n’a pas pris une ride, et qui a envie de comprendre ce pays, voire des pays fracturés, divisés par le ressentiment, les haines et les fanatismes (on en connaît), trouvera dans les pages d’Amos Oz des pistes précieuses.

D’autres choix étonnent : ainsi, deux nouvelles sont incluses dans ce « Quarto », l’une tirée des Terres du chacal, un recueil traduit en 1976, l’autre, tchekhovienne à souhait, tirée de Entre amis, publié en France en 2013. Pourquoi deux textes seulement ? Pourquoi pas Scènes de vie villageoise en entier, ou ce Entre amis ? Mystère. Prenons les choses, les bonnes, comme elles sont.

Ce fort volume permet donc de retrouver l’écrivain décédé fin 2018. Pendant plus de cinquante ans, il a incarné la littérature de son pays. Il n’était pas le seul. Agnon, Prix Nobel 1966, et le poète Alterman, qui ont marqué le jeune écrivain, sont importants. On s’en voudrait aussi de ne pas mentionner Appelfeld, qui fut son professeur au lycée de Houlda, kibboutz dans lequel vivait l’adolescent, David Grossman et A. B. Yehoshua, ses deux amis avec qui il discutait des livres qu’ils écrivaient tous trois, beaucoup d’autres. Et pour n’oublier personne, même si ses éditeurs ne font guère d’efforts pour rappeler quel romancier il était, David Shahar, l’auteur du cycle du Palais des vases brisés.

L’histoire du jeune Amos Klausner, devenu Oz en quittant Jérusalem, son père et le malheur qui l’oppresse, est passionnante. Yehuda, son père, parle une bonne dizaine de langues. C’est un érudit qui travaillera toute sa vie comme bibliothécaire. Il aurait dû devenir professeur d’université ; il en éprouve un certain ressentiment. Ami de Jabotinsky, le leader nationaliste, il est clairement ancré à droite de l’échiquier politique. Fania, son épouse, ne partage pas ses convictions. En fait, elle partage peu avec lui. Le malheur qui frappe l’enfant est le suicide de sa mère. Mon Michaël est une transposition de ce drame. L’auteur se glisse dans la peau d’une femme et raconte. C’est la Jérusalem encore partagée par des barbelés d’avant 1967, et c’est une femme qui cherche dans son imagination de quoi combler le vide de son existence.

Amos Oz quitte à treize ans la ville de son enfance, une ville à la fois aimée et crainte, il passera de longues années au kibboutz. Au début, il est seul, pas très à son aise. Il se marie très jeune, est père très tôt, et devient professeur de lettres et de philosophie. Pas aussitôt car, au-delà de l’image mythique de ce creuset socialiste, la réalité est âpre. Il n’a pas de lieu pour écrire, il doit se débrouiller pour trouver le temps de le faire, mais surtout ce qu’il voit et ce qu’il entend n’a rien d’idyllique. La langue des pionniers est un hébreu sans grâce, sans finesse. Les slogans maintes fois répétés sont à l’opposé de ce que l’enfant a connu, notamment grâce à Zelda Schneerson, son institutrice, poétesse avec qui il développa son goût de la lecture, et commença à écrire.

Un Quarto d'Œuvres pour entendre (presque toutes) les voix d’Amos Oz

Oz est d’abord un écrivain attaché à sa langue, à la nuance, à la musicalité, au caractère poétique que l’on retrouvera dans sa prose. On lira ici la préface de Nicholas de Lange, son traducteur en anglais. Quand le romancier vit à Oxford, vers 1970, puis en Israël, à Arad, où vit la famille Oz, tous deux passent des jours entiers à discuter mot après mot les traductions. Appelfeld évoque un rapport semblable avec l’hébreu. Deux stylistes, en somme, mais pas seulement.

Amos Oz tel qu’on le lit est profondément attaché à son enfance yérosolomitaine. Une panthère dans la cave, roman mettant en scène un jeune garçon, en donne l’exemple. Profi, c’est son surnom parce qu’il est cultivé et « intello » tel un professeur, passe pour un traitre dans cette Palestine sous mandat britannique. Traitre : le mot revient aussi dans le roman Judas, et il est fréquemment employé par une certaine gauche radicale (sans parler de la droite populiste) pour qualifier l’homme public que ne cessera d’être Oz. Parmi les détails qui nous arrêtent, en lisant l’excellente bio-bibliographie richement illustrée qui ouvre le volume, on tombe sur une dédicace de 2011 à Marwan Barghouti, leader palestinien incarcéré depuis 2002 en Israël. Il lui envoie son autobiographie. Le geste choque. Comme l’explique l’écrivain pour défendre son attitude, les livres permettent de mieux se comprendre et celui-ci, qui remonte à l’histoire familiale et nationale, éclaire le sionisme des origines. Mais comprendre n’est pas un verbe très usité, ici ou là.

Sioniste, Oz l’est resté toute sa vie, critique cependant. En 1967, au lendemain de la victoire dans la guerre des Six Jours, il enquête parmi les soldats et recueille des propos amers, désabusés, qu’au plus haut niveau on préfèrera laisser sous le tapis. Un grand philosophe et érudit, Yehoshua Leibowitz, sera aussi mis au ban pour avoir répété que la mainmise sur les « territoires » détruirait le peuple et l’État. Cassandre n’a pas été écouté. Oz reste actif : il est membre fondateur de « La Paix maintenant », il soutient Beit Selem, l’ONG entre-temps attaquée et empêchée d’agir par Netanyahou et les siens : elle a le tort de révéler les atteintes aux droits de l’homme en Cisjordanie et à Gaza.

Un Quarto d'Œuvres pour entendre (presque toutes) les voix d’Amos Oz

La biographie que propose Ilan Bar-David, spécialiste de l’écrivain ayant eu accès à toutes les archives, est riche, émaillée de citations éclairantes. Mais elle ne parle pas de la vie plus ou moins secrète d’Oz, ni de ses rapports difficiles avec sa fille cadette, Galia [1] ; Fania, sa fille ainée, a d’autres souvenirs, qu’elle raconte dans une belle postface. Elle porte le prénom de sa grand-mère suicidée mais, pour Amos Oz, elle reste la première Fania, celle du bonheur.

Parmi les livres qui ne figurent pas dans le recueil, Les deux morts de ma grand-mère rappelle cette aïeule du jeune Amos, « morte de propreté ». Arrivée d’Europe, elle était obsédée par la saleté. Elle vivait à Jérusalem, « lugubre capitale d’un État exubérant ». Les deux adjectifs se discutent mais la grand-mère reste. Et ce qui pourrait servir d’épitaphe sur la tombe du petit-fils : « Un toit, une grand-mère, une blessure ». Ce qu’il faut pour devenir écrivain.


  1. En février 2021, Galia Oz a publié un ouvrage dans lequel elle accuse son père de lui avoir infligé, de son enfance jusqu’à sa mort, de nombreux sévices, physiques et moraux. Nili Oz, veuve de l’écrivain, a réfuté ses accusations dans un communiqué, signé par les deux autres enfants du couple, Fania et Daniel ; la première a déclaré avoir connu « un autre Amos » ; le second a aussi indiqué, dans un post Facebook : « Je suis sûr – c’est-à-dire je sais – qu’il y a un noyau de vérité dans [les] mots » de Galia. On peut lire un résumé de cette affaire en suivant ce lien.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Escrito por Xose Luís Méndez Ferrín 
Os xudeus de Galicia falaban a lingua das cidades e vilas nas que moraban, ou sexa a galega. Os nomes persoais dos varóns eran bíblicos (Isaque, David, Abraham) pro eles tiñan a atención de nomear as súas mulleres de xeito galego e meliorativo: Clara, Rica, Ouro, Alegría. En canto aos nomes de familia e alcumes, parece que na súa maioría eran galegos (Méndez, Pereira, Espiñosa, Sánchez), Certo que Pérez é moi numeroso entre xudeus, tamén pode ter unha procedencia hebrea coincidente co patronímico galego. Podían levar os nosos xudeus apelidos hebreus ou de escura fasquía semítica (escura para min); así: Cohén, Benveniste (coma o lingüista) Mardochai (V. Risco dicía ser este o verdadeiro apelido de Marx), Calvasan. Chaman a atención, polo caracter hebreu deliberado, os nomes de Ioseph Ibn Hayyim e de Moisés Ibn Zabarah, iluminados e calígrafo, respectivamente, da Torah ou Biblia de Kennicott, ambos os dous artistas coruñeses, que fan ostentación da súa veciñanza galega.
Seguiron falando galego os xudeus dispersados e expulsos de fins de século XV? –pregúntame Lucía Pereira Espinosa. Voulle responder cunha hipótese.
Logo do decreto de expulsión lanzado pola intolerancia dos ben chamados Reis Católicos en 1492, é fama que a maioría dos xudeus de Galicia pasaron a Portugal. Gozarían do beneficio dunha rede social de apoio nas xudarías daquel reino. Pro, poucos anos despois (1496-1497), o rei don Manoel ordenou a conversión obrigatoria ou, alternativamente, o exilio de todos os hebreus de Portugal.
Penso eu que os conversos e cristiáns novos que quedaron en Galicia fóronse confundindo co resto da poboación e non parece que existisen verdadeiros núcleos criptoxudaicos. Con todo, sabemos que un acusado de xudaísmo foi queimado en auto de fe que se celebrou na Praza Maior de Madrid a fins do século XVII e presidido por Carlos II. Esta víctima levaba o apelido moi galego de Carballo.
O continxente de xudeus galegos, portugueses e cataláns que se asentou no Mediterráneo oriental foi absorbido lingüísticamente polo continxente maioritario dos xudeus que falaban o castelán. E conformouse de tal modo a lingua e a cultura sefardita: sobre a base dunha preponderancia castelá. Reproduciuse nesta diáspora, pois, o fenómeno da hexemonía e dominación castelá na península ibérica sobre as linguas galega e catalá, e, aínda despois, da portuguesa.
Entendo que houbo unha porción de xudeus galegos e portugueses que arraízaron nos Países Baixos. Nese asentamento, a lingua dos xudeos galegos e portugueses reunificouse. Pasaríase, así, a unha sorte de novo galegoportugués, neste caso sefardita. Tal lingua foi usada polas familias de ascendencia galega e portuguesa nos Países Baixos até a Idade Contemporánea moi avanzada. Documentos en lingua sefardita galegoportuguesa consérvanse en arquivos de Amsterdam, teño entendido. O sefardita galegoportugués utilizouse como lingua oral e escrita nos Países Baixos deica a segunda metade do século XIX ou aínda máis adiante. Supoño que por eses tempos as nosas comunidades xudías dos Países Baixos se achegarían ao asquenazismo e adoptarían como lingua propia o neerlandés. Non coñezo estudos nos que se elucide o elemento galego deste galegoportugués dos Países Baixos nin que falen do elemento galego presente no xudeocastelán sefartita.
E ben, tanto na Europa occidental coma na oriental e no norte de África, perdida a lingua galega ou non, os sefarditas de orixe galega mantiveron moitos dos seus apelidos até os nosos días, aínda que sexa nalgúns casos difícil diferenciar o que é galego de aquilo que é portugués. En Galicia estamos moi orgullosos da posíbel orixe galega de certos sefarditas. Por exemplo: Francisco Sánchez, teorizador extremo do escepticismo no século XVI; Baruch Spinosa (Espiñosa, supoño, na orixe), filósofo revolucionario e único do século XVII; Pierre Mendès-France, o político perfecto do radicalismo pequenoburgués.
Observación
Hoxe os curiosos da historia dos xudeus en Galicia poden aproveitarse da lectura dunha obra moito documentada e compendiosa de Gloria de Antonio Rubio: Los judíos en Galicia (Fundación Barrié, A Coruña 2006). Gustaríanos precisar que os hebreus que aparecen mencionados en dous documentos do ano 1044 que se inclúen no Tombo de Celanova, sendo os primeiros de tal nación que figuran localizados en Galicia, non viviron, segundo a información que chegou a nós, en Celanova. Vagamente aparecen localizados (nin sequera fixados) no val do Arnoia e nas proximidades das aldeas de Fechas e Soutomel, como dependente dun feudal e para nada do abade de Celanova. En 1044 Celanova non era un núcleo urbano, senón só un convento. En todo caso, a vila de Allariz atópase a uns 12 quilómetros do teatro dos acontementos nos que se mencionan estes primeiros xudeus advertidos na documentación galega. E Allariz si que tivo xudaría ben poboada e documentada anos máis tarde.
[Fonte: http://www.blogoteca.com/outravision%5D

Es sabido por todos que los distintos alimentos y elementos que participan en las ceremonias y rituales religiosos deben cumplir determinadas reglas establecidas. El vino no escapa a ello, siendo condición indispensable para su aceptación en las liturgias que se ajuste a específicas normas tradicionales. En las dos partes de « Vinos religiosos », vamos a describir las características y modo de elaboración de los vinos de culto de las religiones judía y católica. En esta primera entrega, los vinos kosher.

Como primer paso, vamos a la traducción de la palabra « kosher », que significa « apto » o « adecuado » en idioma hebreo, y se encuadra dentro de la Kashrut, que es el conjunto de leyes dietéticas judías que constan en el libro del Levítico. El vino kosher es utilizado por la religión judía fundamentalmente en la Pascua, además de distintas celebraciones, como los oficios de los viernes. También, los judíos practicantes consumen solo este tipo de vino en su alimentación cotidiana.

Contrariamente a la creencia popular, el vino kosher no se elabora con uvas diferentes a los vinos comunes, ni son llevadas adelante prácticas « extrañas » durante la vinificación del mismo. Es un vino como los que estamos acostumbrados a tomar diariamente, con la salvedad que debe cumplir un conjunto de normas que vamos a pasar a detallar. Inclusive, muchos vinos kosher son de altísima calidad, llegando a superar en los famosos « concursos » a los vinos comunes.

Las uvas pueden ser recogidas a mano solo por judíos, fuera de los días de fin de semana, y deben llegar a la bodega enteras y en perfectas condiciones (sin enfermedades). Ya dentro de la bodega, ninguna persona que no sea judía puede ver el mosto o el vino, ni manipularlo, ni trabajarlo. Es por este motivo que generalmente todo permanece sellado dentro de las instalaciones. La totalidad del proceso es celosamente vigilado y certificado por un rabino.

Cuanto elemento o recipiente se vaya a utilizar es cuidadosamente higienizado bajo la atenta mirada de ese mismo rabino, y según la reglamentación « se necesita conocer cada ingrediente hasta la tercera generación de proveedores, saber quién lo procesó, cómo lo hizo y qué materias primas se utilizaron ». Cuando el enólogo que produce el vino no es judío, se le suele separar una barrica o depósito de vino, para que él siga la marcha productiva y le pueda indicar al rabino y su equipo las acciones a realizar.

Las principales normas para certificar un vino como kosher son:

En el viñedo:

– El viñedo debe tener cuatro años de edad como mínimo.

– Las cepas deben crecen sin intervención del hombre.

– Cada 7 años, el viñedo debe descansar (no habrá cosecha, salvo que cambie de dueño).

– El último abono orgánico del suelo se debe efectuar dos meses antes de la cosecha.

– Las uvas deben ser cosechadas y transportadas (fuera del fin de semana) con sumo cuidado, para que lleguen enteras a la bodega.

En la bodega:

– No pueden utilizarse levaduras seleccionadas, sino solo las que trae la uva del viñedo.

– No pueden utilizarse bacterias externas (por ejemplo, para inducir la fermentación maloláctica).

– No pueden utilizarse enzimas.

– La clarificación del vino se puede hacer solo con bentonita.

– Las uvas no pueden pisarse, ya que los pies las volverían « impuras ».

– La vinificación se debe realizar en tanques de acero inoxidable, no en barricas de madera.

– Se pueden utilizar barricas de madera para el añejamiento del vino, pero la elaboración de ellas también debe haber sido supervisada.

– El resto de las prácticas enológicas, son estándares.

– Las botellas que se usen deben ser nuevas, con su respectiva fabricación también supervisada.

Finalmente, si todos los pasos se cumplen, y el rabino así lo considera, este emite la certificación kosher y coloca el respectivo sello en las botellas. A partir de ese momento, las botellas pueden ser manipuladas por cualquier persona, hasta el momento de ser descorchadas, pero solo pueden ser abiertas y servidas por un judío, para que no pierdan su condición kosher. Una vez hecho esto, todos pueden beber el vino. La norma estipula también que el 1% de lo recaudado por las ventas será en beneficio de los pobres.

Ahora bien, ¿qué pasaría si una persona no judía ve el vino o mosto en la bodega, o lo toca, o lo manipula? En ese caso, dejaría de ser kosher. Pero en esta instancia aún se puede remediar. Para esto, la ley permite que el vino sea « mevushal », lo cual significa básicamente que sea pasteurizado. Con las tecnologías actuales, eso se logra con el proceso de Termo-Flash, que eleva la temperatura del vino en un brevísimo instante. Claro está que, aquellos vinos que no pasan por esta instancia organolépticamente son superiores.

Uno de los mejores vinos del mundo kosher se elabora en España, y se llama Peraj Ha’abib. Para ilustrar lo explicado en el párrafo anterior, basta citar la ficha técnica de este vino, que dice lo siguiente: « Vinificado bajo la estricta supervisión del rabino de la comunidad judía Habat de Barcelona. Se trata de un vino kosher de alta certificación: Lo mebushal (no está pasteurizado) y Le Pessaj (apto para la Pascua judía) ».

Por último, si usted leyó o quiere leer nuestra nota « ¿Cómo son los vinos orgánicos y los vinos biodinámicos? » publicada en diciembre de 2012, verá que los vinos kosher tienen una semejanza bastante marcada con los vinos orgánicos. Y en lo que respecta a la descripción organoléptica de estos productos, tal y como sucede con los vinos comunes, depende de cada uno de ellos: los hay muy buenos, buenos, y de los otros.

Por Diego Di Giacomo
diego@devinosyvides.com.ar
Sommelier – miembro de la Asociación Mundial de Periodistas y Escritores de Vinos y Licores

 

[Fuente: http://www.devinosyvides.com.ar]

L’écrivain B. Traven a eu recours à différents pseudonymes (Traven était l’un d’eux) et possédé plusieurs papiers d’identité. Son beau-fils lève le mystère sur sa filiation.

Portait en noir et blanc de face et de côté de l'écrivain B. Traven.

B. Traven

Écrit par Timothy Heyman

Allemand naturalisé Mexicain, B. Traven fut l’un des grands écrivains du XXe siècle. Auteur de quinze romans et d’innombrables nouvelles vendus à plus de trente millions d’exemplaires dans plus de cinq cents éditions et de trente langues, il a été appelé le « George Orwell allemand » pour la combinaison de son art du roman et son engagement moral, social et politique.

Non moins populaires ont été les adaptations de son travail au cinéma et à la télévision, certains de ses livres étant à l’origine de grands classiques tels que Le Trésor de la Sierra Madre (1948), réalisé par John Huston et avec Humphrey Bogart, qui a remporté trois Oscars, Macario (1960), premier film mexicain nominé à l’Oscar du meilleur film étranger, et Das Totenschiff [Les Mutins du Yorik] (1959), un film-culte en Allemagne. D’autres films tirés des œuvres de Traven, comme Rosa BlancaDías de otoño et Canasta de cuentos mexicanos, sont considérés comme de remarquables exemples du premier âge d’or du cinéma mexicain, dans les années 1950-60.

L’année 2019 a marqué deux anniversaires Traven : le 26 mars 2019, cinquante ans s’étaient écoulés depuis sa mort, et le 1er mai 2019, cela aurait fait cent ans qu’il avait échappé à la peine capitale à Munich pour avoir participé au gouvernement de la République des Conseils de Bavière (Bayerische Räterepublik). Ma femme Malú, qui est la belle-fille de Traven, et moi-même avons décidé, à l’occasion de ce double anniversaire, de révéler la filiation de Traven, animés du désir que les générations actuelles et futures se concentrent davantage sur ses livres que sur sa famille. Traven lui-même aimait dire que « le créateur ne devrait pas avoir d’autre biographie que son œuvre ». Cette révélation est également susceptible de contribuer à une compréhension plus profonde de ses sources d’inspiration et à une meilleure appréciation de son œuvre.

Le fils d’Emil Rathenau

Le 13 décembre 1990, Gabriel Figueroa, l’un des plus importants cinéastes mexicains du XXe siècle, a été le premier à révéler à Ange-Dominique Bouzet, journaliste à Libération, que Traven était le fils illégitime d’Emil Rathenau et que son vrai nom était Moritz Rathenau. Gabriel Figueroa a d’ailleurs consigné cette histoire dans ses Mémoires, publiés en 2005, huit ans après sa mort. Après son interview dans Libération, Figueroa a tenté d’appeler Rosa Elena (Chelena) Luján, veuve de Traven et mère de mon épouse Malú, mais sans parvenir à la joindre. Un peu plus tard, il nous a rencontrés lors d’une fête de Noël à Mexico et nous a fait part de sa révélation à Libération. Dans ses Mémoires, il se rappelle que je lui avais dit que le beau-père de mon père, Robert Poh, avait travaillé pour AEG, la compagnie d’électricité allemande fondée par Emil Rathenau. Il écrit également que le lendemain de la fête, il a rendu visite à Malú dans notre appartement – mon épouse s’en souvient bien.

Mais cette révélation n’a pas produit l’effet que l’on aurait pu escompter sur les « travenologues », qui ont attribué divers pères à Traven, de l’empereur Guillaume II à un briquetier du nord de l’Allemagne appelé Adolf Rudolf Feige. Et un sceptique pourrait croire que le lien avec Rathenau est un autre des écrans de fumée derrière lesquels Traven, qui a recouru à différents pseudonymes (Traven était l’un d’eux) et possédé plusieurs papiers d’identité au cours de sa vie, s’est abrité. Par exemple, ni Karl S. Guthke, professeur à Harvard et auteur de la meilleure biographie de Traven – B. Traven : The Life Behind the Legends – ni l’érudite Jasmina Jäckel de Aldana n’ont pris cette révélation suffisamment au sérieux. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce manque d’intérêt.

Les travenologues non mexicains sont mal informés de la vie mexicaine de Traven et des relations étroites qu’il entretenait avec Gabriel Figueroa et sa cousine Esperanza López Mateos, traductrice et agent littéraire de Traven entre 1941 et 1951, et elle-même sœur d’Adolfo López Mateos, qui a été président du Mexique de 1958 à 1964. Malú, qui était encore une enfant à la mort d’Esperanza  en 1951, connaissait très bien Figueroa, considéré comme un membre de la famille.

Inversement, beaucoup de travenologues mexicains, eux, connaissent moins la vie allemande de Traven et préfèrent se concentrer sur sa période mexicaine.

Après la mort de Traven en 1969, Chelena a confirmé, car Traven l’y avait autorisée, que son mari était bien la même personne que l’auteur, acteur et journaliste allemand Ret Marut. Mais pour beaucoup de travenologues, cette déclaration était insuffisante, d’autant que, respectant là encore le souhait de Traven, Chelena, décédée en 2009, a emporté l’ultime secret de la filiation de Traven/Marut dans la tombe.

Dans notre enquête sur la filiation Rathenau, nous avons passé en revue les biographies, livres, documents et effets personnels qui font partie des archives de Traven dans notre maison de Mexico. Nous avons également recueilli des informations sur la famille Rathenau dans des articles et des livres, ainsi qu’au siège new-yorkais de l’Institut Leo Baeck, consacré à l’investigation de l’histoire des Juifs de langue allemande.

Traven et Emil Rathenau

Plusieurs raisons nous ont convaincus que la version de Gabriel Figueroa est exacte.

Il est très peu probable que Figueroa, qui ne parlait pas allemand et ne connaissait pas bien l’Allemagne, ait entendu parler d’Emil Rathenau et de son importance dans ce pays, et encore moins de l’entreprise AEG, si ce n’est par Esperanza López Mateos qui, selon ses dires, était sa source d’informations sur Traven.

Esperanza, dans une lettre à sa famille, nommait Traven « Mauricio ». Elle-même enfant illégitime, cela constituait peut-être le socle de son amitié avec Traven, comme en témoigne l’abondante correspondance entre eux qui se trouve dans les archives. Jusqu’à ce que Traven embauche Chelena Luján comme interprète en 1953 – il l’épousera en 1957 –, ses meilleurs amis au Mexique étaient Esperanza López Mateos et Gabriel Figueroa.

La vie d’Emil Rathenau (1838-1915) fournit d’autres indices. Son père s’appelait Moïse Rathenau, prénom qu’il a ensuite transformé en Moritz, qui est la traduction allemande de l’hébreu Moshé. D’ailleurs, le nom complet d’Emil, Emil Moritz Rathenau, inclut celui de son père. Mais Emil n’a nommé Moritz aucun de ses deux fils légitimes : il a appelé le premier, né en 1867, Walther, et l’autre, né en 1871, Erich (et il a donné à sa fille née en 1883 le prénom d’Edith). Il est possible que ce soit parce que « Moritz » était un prénom trop évidemment juif qu’Emil a préféré ne pas le donner à ses enfants légitimes.

Jusqu’en 1878, Emil Rathenau, ingénieur et entrepreneur, s’était essayé à de nombreuses entreprises mais sans franc succès, jusqu’à ce que, en 1881, il assiste à la première Exposition internationale d’Électricité à Paris et que, en 1883, il acquière des brevets d’Edison. La même année, il fonde la Deutsche Edison-Gesellschaft für angewandte Elektricität, qu’il convertit quatre ans plus tard en AEG (Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft). En 1903, avec le soutien de l’empereur Guillaume II et à travers AEG, Rathenau sera le cofondateur, avec Siemens & Halske (propriété de son rival Werner von Siemens) d’une entreprise de radio-télévision : Telefunken Gesellschaft (Telefunken). Il est devenu l’un des plus prospères entrepreneurs de l’ère wilhelmienne en Allemagne.

La naissance de Traven, probablement en 1882 (une des dates de naissance produites par Traven lui-même dans au moins deux papiers d’identité), aurait coïncidé avec la création de la Deutsche Edison. Lorsque son fils illégitime est né, Emil avait probablement acquis la confiance nécessaire, en tant que Juif assimilé, pour le nommer Moritz.

Les lettres de Walther Rathenau à sa mère Mathilde révèlent que, en 1883, c’est-à-dire un an après la naissance de Traven, elle n’était pas heureuse dans sa vie de couple avec Emil. En bon représentant de son milieu socio-économique, Emil aimait le monde du théâtre et les femmes qui y gravitaient. Selon Figueroa, la mère de Traven était une actrice irlandaise, Helen Mareck, ce qui expliquerait l’affinité de Traven avec le théâtre et sa maîtrise précoce de l’anglais.

Traven et Walther Rathenau

Une des raisons pour lesquelles Traven a dissimulé sa filiation était qu’il la connaissait. Il savait qui étaient les membres de sa famille et il a même vécu avec l’un ou l’autre de ses deux frères pendant un certain temps. Walther, le demi-frère de Traven, a étudié la physique, la chimie et la philosophie ; il est devenu ingénieur comme son père et lorsqu’Emil Rathenau est décédé en 1915, Walther lui a succédé à la présidence d’AEG. Pendant la Première Guerre mondiale, il a été chargé de mettre en place un département de matières premières pour le gouvernement allemand. En 1921, il est devenu ministre de la Reconstruction, et en 1922 ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne – le plus important poste politique jamais occupé par un Juif allemand. Il a été assassiné le 24 juin 1922 par un groupe d’extrême droite antisémite.

Le succès de son demi-frère a probablement motivé le jeune Traven, mais dans des domaines très différents de ceux de Walther : le théâtre et l’activisme anarchiste. Au Mexique, sur ses papiers d’identité, Traven Torsvan s’est déclaré lui-même « ingénieur », comme son père et son demi-frère ; et dans plusieurs de ses livres, le héros est un ingénieur.

Au début du XXe siècle, après avoir débuté sa carrière en tant qu’acteur et metteur en scène de théâtre, Traven, sous le pseudonyme de Ret Marut, s’est intéressé à la politique, comme son demi-frère et en même temps que lui. Walther comptait au nombre des hommes éclairés de son temps. S’intéressant à la philosophie et aux arts, lui-même ayant des activités littéraires. Il a embrassé le capitalisme mais en essayant de l’adoucir, dans un esprit bismarckien, avec le filet de la sécurité sociale et de la philanthropie. Traven/Marut, lui, a emprunté une autre direction, se rapprochant de l’anarchisme idéaliste de Max Stirner ou d’une forme plus extrême d’« universalisme ». Comme l’écrit Isaac Deutscher dans « Le Juif non juif » (1968) : « Ils étaient a priori exceptionnels, dans la mesure où, en tant que Juifs, ils résidaient aux confins de diverses civilisations, religions et cultures nationales. Ils sont nés et ont grandi aux confins de différentes époques. Leur esprit a mûri là où les influences culturelles les plus diverses se sont croisées et fertilisées. Ils vivaient dans les marges ou dans les recoins de leurs nations respectives. Chacun d’entre eux était dans la société et pourtant pas en elle […]. C’est ce qui leur a permis de penser plus haut que leurs sociétés, au-dessus de leurs nations, au-dessus de leurs époques et de leurs générations, et de s’élancer vers de nouveaux horizons et vers l’avenir. »

Walther Rathenau a publié sous le pseudonyme W. Hartenau. Il a également écrit sur la situation des « Juifs non juifs » en Allemagne et sur la question de l’assimilation. C’était un ami de Maximilian Harden, un « Juif non juif » né Felix Ernst Witkowski. Harden a débuté sa carrière en tant que membre d’une troupe de théâtre et il a fondé un magazine, Die Zukunft, pour lequel Walther Rathenau a écrit quelques articles. C’était un modèle intéressant pour Traven qui, sous le pseudonyme Ret Marut, était lui aussi acteur et qui, en 1917, a fondé à Munich le magazine Der Ziegelbrenner. Dans cette publication, Marut décrit en détail comment, ayant participé à la République des Conseils de Bavière, il a échappé à la peine de mort le 1er mai 1919. Après son évasion, il a continué de vivre dans la clandestinité jusqu’en 1923, principalement en Allemagne, et en 1924 il est arrivé au Mexique.

C’est pour plusieurs raisons qu’en 1907, Traven apparaît pour la première fois, en tant qu’acteur, sous le pseudonyme de Ret Marut, la principale étant qu’il savait qu’il était un enfant illégitime et qu’il avait une double identité : un père juif et une mère non juive. Selon un livre sur la République des Conseils de Bavière de 1919, publié à Munich en 1968 et qui se trouve dans les archives de Traven, Ret Marut s’auto-identifiait comme « aryen-juif ». Les Juifs de l’époque étaient de plus en plus assimilés et las d’être identifiés comme tels, d’autant que l’antisémitisme persistait. Aussi était-il courant, dans les milieux du théâtre et de la politique, d’utiliser des pseudonymes : Lénine, Staline et Trotski, pour ne citer qu’eux, étaient des pseudonymes – sans compter que les métiers de l’écriture et du théâtre consistent à créer et à revêtir différentes identités. Enfin, il ne fait aucun doute que pour un anarchiste comme Traven, tout système – à commencer par tout ce qui régit l’identité : nom, papiers, etc. – tombait sous le coup de la réprobation : tel est en effet le thème dominant du Vaisseau des morts, son premier roman.

Traven et Ret Marut

Ret Marut est le principal pseudonyme auquel Traven a recouru pendant sa période allemande. Il se rapproche d’un autre nom qu’il a également utilisé : Richard Maurhut. On voit aisément que les deux noms sont comme des échos inversés de Moritz Rathenau.

Marut a plusieurs ramifications étymologiques : en sanskrit, le mot signifie « tempête ». D’ailleurs, lorsque, en 1943, Traven a fondé une maison d’édition au Mexique avec Esperanza López Mateos, il l’a appelée Ediciones Tempestad (« tempête », en espagnol). La tempête était une réalité dans la vie de Traven, et c’est une métaphore que l’on rencontre fréquemment dans ses livres. Il l’emploie même dans une lettre non publiée adressée à Malú quand elle était petite.

Le passage de Ret Marut (Moritz Rathenau) à B. Traven présente une curieuse symétrie. Dans la première moitié de sa vie, son nom Marut rappelle son prénom Moritz. Dans la seconde moitié, il utilise son nom de famille d’origine pour composer son nom de famille, « Rathenau » devenant « Traven ». La lettre « B. », quant à elle, est un reflet de la deuxième partie de sa vie, selon une explication qu’il a donnée personnellement a Malú : il corrigeait inlassablement des prénoms fictifs qui lui étaient assignées, en commençant par la lettre B (comme « Bruno »). Sur le document indiquant que Traven était né à San Francisco en 1882, figurait comme nom pour sa mère américaine : Helene Ottarrent. Le prénom est pratiquement le même que celui de sa véritable mère, Helen, et Ottarrent est une autre anagramme proche de Rathenau. Malú mentionne que, à l’époque où elle et sa sœur Rosa Elena grandissaient avec lui, Traven aimait beaucoup jouer à des jeux de mots avec elles.

Les archives de Traven contiennent une sélection de ses affaires en provenance d’Allemagne. On y trouve une brochure sur Harden, l’ami de son demi-frère, et un livre technique sur le téléphone publié aux États-Unis en 1904, un an après qu’Emil Rathenau a cofondé Telefunken avec Werner von Siemens. On y trouve aussi une feuille de papier sur laquelle Traven a consigné différentes combinaisons des lettres du nom Cahn, un nom de famille juif important dans l’arbre généalogique de Mathilde Nachmann-Rathenau, l’épouse d’Emil. Notons également qu’au milieu du numéro du Der Ziegelbrenner daté du 9 novembre 1918 figure une curieuse annonce renvoyant à « St. Moritz » – peut-être un message codé. C’est la seule annonce de ce type à travers l’ensemble des numéros du magazine.

Beaucoup de ceux qui gravitaient autour de Ret Marut étaient des « Juifs non juifs », notamment des représentants de la République des Conseils de Bavière, comme Kurt Eisner. Gustav Landauer (grand-père du réalisateur américain Mike Nichols) et Erich Mühsam qui, plus tard, fut l’un des premiers à reconnaître dans le style de B. Traven, écrivant au Mexique, celui du militant anarchiste Ret Marut.

C’est en Rhénanie que Marut a fait carrière en tant qu’acteur, réalisateur et anarchiste ; et en 1919, après s’être évadé de Munich pour échapper à la peine de mort, il est revenu dans cette région et a vécu à Kalletal, près de Cologne, avec les « Cologne Progressives » [Les progressistes de Cologne], un groupe de peintres dirigé par Franz Wilhelm Seiwert. D’ailleurs, après la mort de Traven, Chelena, en 1978, s’est rendue en Allemagne pour donner au Musée Ludwig de Cologne la collection d’œuvres de Seiwert que Traven possédait à Mexico.

D’autres « Juifs non juifs » emblématiques étaient de grands admirateurs de Traven, notamment Albert Einstein, qui a déclaré publiquement que Traven était son auteur préféré, et Bruno Kreisky, chancelier d’Autriche de 1970 à 1983.

Au Mexique : en paix avec Chelena

La vie de Traven a été marquée par plusieurs traumatismes qui, selon Chelena Luján, ont été à l’origine de son désir de cacher sa filiation jusqu’à sa mort – par ordre chronologique : sa bâtardise, son judaïsme, son arrestation, sa condamnation à mort, son évasion… Le meurtre de Walther Rathenau en 1922 a renforcé sa conviction que l’Allemagne était condamnée au fascisme et déterminé sa décision de quitter l’Europe. Certains historiens identifient d’ailleurs ce crime comme le début de la Shoah, et il est intéressant de relever que Genius, la récente série télévisée sur Einstein, commence par l’assassinat de Rathenau, qui était un ami d’Einstein. Le meurtre de Trotski au Mexique en 1940 a également dû compter pour Traven, l’idée que des émissaires d’un régime totalitaire pourraient atteindre le Mexique renforçant sa décision de rester dans l’anonymat et de passer la plupart de son temps dans le Chiapas et à Acapulco, plutôt qu’à Mexico City où vivait la communauté des Allemands expatriés, infiltrée par les nazis. La mort prématurée d’Esperanza López Mateos en 1951, à l’âge de 44 ans, a elle aussi eu un impact important sur Traven.

En comparaison des orageuses années allemandes, la dernière partie de la vie de Traven, aux côtés de Chelena Luján et de ses filles Rosa Elena et Malú Montes de Oca Luján, a été plus apaisée : les années 1957 à 1969 ont été comme le calme après la tempête. Avec l’aide de Chelena, il a pu se concentrer sur la diffusion de son œuvre par le BT-Mitteilungen. Il s’est occupé de l’adaptation de ses œuvres au grand écran, en s’impliquant jusque dans les moindres détails, renouant avec les débuts de sa carrière d’acteur et de réalisateur. Il est même revenu pour la première fois en Allemagne en 1959 pour la première de la version cinématographique de Das Totenschiff.

À travers de sa vie et son œuvre exceptionnelles, Traven a finalement résolu ses multiples ambivalences (bâtardise/identité, judéité non juive, allemand/mexicain, individualité/famille, politique/littérature…) et il est mort heureux.

Ironiquement, Moritz Rathenau alias B. Traven a vécu plus longtemps et il a atteint une plus grande notoriété que son père Emil Rathenau, qui a connu le succès entrepreneurial, et que son demi-frère Walther Rathenau, qui a fait une grande carrière politique. Traven est probablement aussi le seul membre de la République des Conseils de Bavière à avoir survécu jusqu’à un âge avancé. Ses réalisations sont le résultat de sa capacité à convertir l’anonymat en une forme de création et d’art. C’est la victoire de Traven.

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

La prestigieuse collection de Gallimard publie ce jeudi 12 mai les tomes III et IV des œuvres de l’écrivain juif praguois. Entièrement retraduits sous la direction du germaniste Jean-Pierre Lefebvre, ses textes non romanesques montrent la défiance du romancier, pourtant bilingue, vis-à-vis de la langue de Goethe.

S’il écrivait en allemand, Franz Kafka, né à Prague dans une famille juive, parlait également le tchèque et le yiddish.

La nouvelle traduction française des journaux et lettres de Franz Kafka dans la Bibliothèque de la Pléiade est l’occasion de rétablir la langue d’un auteur pas toujours sûr de son allemand, mais qui vise juste. La collection de prestige des éditions Gallimard publie jeudi 12 mai les tomes III et IV des œuvres de l’écrivain juif praguois (1883-1924), ses textes non romanesques.

Tout a été retraduit de A à Z, réparti entre sept collaborateurs. L’histoire de la réception de Kafka en français, c’est celle d’un précurseur, l’écrivain Alexandre Vialatte, qui le découvre en 1924 avec Die Verwandlung (La Métamorphose).

Vialatte sera le traducteur attitré de Kafka pour Gallimard, longtemps intouchable. Ses traductions furent reprises dans les premières versions des Pléiade, entre 1976 et 1989, de ce romancier qui a marqué la littérature du XXe siècle par ses ambiances, ses intrigues, son style étrange, angoissant. Ces traductions, parfois fautives, étaient corrigées dans des notes de fin de volume.

«Tout refaire»

«Le bilan de Vialatte est simple : c’était un écrivain doué, parfaitement lisible, mais qui s’affranchissait un peu du texte original, voire beaucoup. Donc il fallait tout refaire», explique à l’AFP le germaniste Jean-Pierre Lefebvre, qui a coordonné ces nouvelles Pléiade.

Ce travail titanesque avait donné deux premiers tomes en 2018 (Nouvelles et récits et Romans). Il livre aujourd’hui des œuvres aussi essentielles de Kafka que la Lettre au père ou les correspondances avec les deux femmes qui l’ont marqué, Felice Bauer et Milena Pollak. 

Jean-Pierre Lefebvre, agrégé d’allemand et normalien qui a aussi beaucoup traduit Stefan Zweig ou Sigmund Freud, prévient en préface : « Nous, lecteurs francophones, nous faisons une idée pas toujours exacte de la langue kafkaïenne. Elle est en effet beaucoup plus directe que celle de Vialatte.»

«Cette sobriété lexicale s’observe surtout chez les locuteurs d’une langue apprise et moins instinctive, soucieux de ne pas risquer les erreurs de conjugaison ou les défauts de pertinence», écrit-il.

Kafka était bilingue. Dans sa jeunesse, on parlait beaucoup tchèque à la maison. Il avait étudié et travaillait (chez un assureur) en allemand. Par ailleurs, il apprit le yiddish – et certains passages de la Pléiade maintiennent l’alphabet hébreu. Efficace dans des contextes professionnels, son allemand, dans la littérature, se méfie du risque.

«Un allemand beaucoup plus simple»

«On a fait des recherches pointues, et constaté qu’il avait un allemand beaucoup plus simple, avec moins de vocabulaire, de variations que chez d’autres écrivains qui ne reculaient pas devant la répétition, alors que les éditeurs peuvent recommander des variations, au contraire», explique Jean-Pierre Lefebvre à l’AFP. Exemple : une traductrice avait écrit initialement «J’étais mal fagoté». La Pléiade retient : «J’étais mal habillé.»

«Mal fagoté, c’est parlant, mais ça ne correspond pas à Kafka. Il garde toujours cette prudence. En allemand, il y a des tournures un peu périlleuses, les régimes d’un certain nombre de prépositions qui sont complexes, une syntaxe qui permet de construire des phrases comme de vraies énigmes, résolues tout à la fin par un verbe… Lui, il évite», détaille le traducteur.

Autre exemple : la fréquence étonnante d’un adverbe peu élégant, «allerdings», littéralement «en tout état de cause»«Ce terme a un spectre assez large qui justifie des traductions différentes en français, selon le contexte. Mais il vaut mieux en limiter le nombre, selon Jean-Pierre Lefebvre. C’est une langue prodigieuse, avec des moyens simples».

L’un des textes les plus aboutis de Kafka, qui l’illustre le mieux, est la Lettre au père, jamais lue par le père en question, et sauvée miraculeusement par l’exécuteur testamentaire Max Brod, qui envisagea de la faire disparaître tant elle était virulente.

À cet homme autoritaire, Kafka lance: «Ce sentiment souvent prédominant chez moi de n’être rien (un sentiment qui peut aussi être par ailleurs noble et fructueux) est dû pour beaucoup à ton influence. J’aurais eu besoin d’un peu de stimulation, d’un peu d’amabilité, qu’on me fraie un peu mon chemin au lieu de me le barrer comme tu l’as fait.»

 

[Photo : PVDE / Bridgeman Images – source : http://www.lefigaro.fr]