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« Notre-Dame-des-Fleurs », « Miracle de la rose », « Journal du voleur » et les autres sont publiés dans des versions non expurgées et longtemps restées clandestines.

Écrit par Elisabeth Philippe

Comédien et martyr, marginal et glorifié, Jean Genet, homme-oxymore chez qui les contraires s’accouplent pour engendrer d’étincelantes chimères, clamait crânement : « Je n’ai jamais cherché à faire partie de la littérature française. » Après son théâtre en 2002, voilà pourtant son œuvre romanesque qui paraît dans la Pléiade, temple de la littérature française. Mais c’est presque en contrebande qu’elle y fait son entrée, puisque sont ici publiées, sur papier bible, les versions non expurgées et longtemps clandestines de « Notre-Dame-des-Fleurs », « Miracle de la rose », « Pompes funèbres », « Querelle de Brest » et « Journal du voleur », accompagnées de poèmes et d’un appareil critique minutieux et passionnant établi par Emmanuelle Lambert, Gilles Philippe et Albert Dichy.

Les notes éclairent les variantes d’une édition à l’autre. Lors de la parution initiale des livres de Genet, les coupes ont essentiellement porté sur les passages pornographiques. Dans le texte de « Journal du voleur » publié en 1949, un petit pot de vaseline est ainsi pudiquement suivi de cette apposition : « dont la destination vous est assez connue ». Alors que dans la version qui circulait sous le manteau, aujourd’hui rétablie, on peut lire : « dont la destination était de graisser ma queue et celle de mes amants ».

Gisèle Freund (1908-2000) était une sociologue, photographe portraitiste (écrivains, artistes) ainsi que documentariste, et essayiste (Photographie et société, 1974) française d’origine allemande. Elle fut l’une des premières à faire ders portraits en couleurs dès 1938. À l’occasion des Rencontres de la photographie d’Arles, ARTE diffusera le 4 juillet 2021 « Gisèle Freund : portrait intime d’une photographe visionnaire », documentaire inédit de Teri Wehn-Damisch.

Publié par Véronique Chemla

« J’ai toujours préféré photographier une personne dans son intimité, entourée de ses objets personnels. L’homme éprouve parmi eux le sentiment de familiarité qui le détend et facilite la tâche du photographe. Le décor d’une demeure reflète la personnalité de son propriétaire. Mes « victimes », heureusement, se transformaient en collaborateurs, pleins de patience. J’insistais pour qu’ils se vêtissent aussi photogéniquement que possible de costumes clairs, de cravates vives, et avant tout pour qu’ils se rasent avec le plus grand soin », déclarait Gisèle Freund (1908-2000).
 
Sociologie et photographie
Née en 1908 à Schöneberg, près de Berlin, dans une famille juive allemande, Gisèle Freund grandit dans un univers d’intellectuels prisant les arts : son père, Julius Freund, industriel « fut un grand collectionneur des artistes romantiques allemands » et lui offre à l’âge de 15 ans, un appareil photographique.
 
Gisèle Freund étudie la sociologie à l’université de Francfort où elle rencontre Norbert Elias et pratique la photographie en « amateur politiquement engagée » : membre du mouvement des jeunesses socialistes, elle combat le nazisme et photographie l’Allemagne lors de la crise économique (manifestation à Francfort en 1932).
 
Après l’avènement du nazisme en janvier 1933, elle fuit l’Allemagne nazie et le Berlin cosmopolite et cultivé de son enfance pour rejoindre en mai 1933 Paris.
 
Le Tout-Paris littéraire photographié
De 1933 à 1940, Gisèle Freund soutient en 1936 – année où elle obtient la nationalité française par son mariage avec Pierre Blum dont elle divorcera – à la Sorbonne, traduit et fait publier, par la maison d’édition d’Adrienne Monnier, sa thèse La photographie en France au XIXème siècle, Essai de sociologie et d’esthétique ; réalise ses premiers photoreportages pour VU, Weekly IllustratedTime, Paris Match et Life – Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à la Mutualité en 1935, The Depressed Areas en Angleterre en 1936 ; James Joyce à Paris en 1938, la haute couture -, réalise ses premiers portraits d’écrivains en noir et blanc – André Malraux à l’occasion de la réédition de son roman La condition humaine distingué par le Prix Goncourt, Walter Benjamin – et expérimente dès 1938 la couleur, technique alors nouvelle et rare : l’Annuaire de la photographie publie en 1940 son portrait de Colette qui est la première photographie couleur publiée en France. Tout en luttant contre le nazisme.
 
Gisèle Freund et Walter Benjamin se rencontrent quotidiennement à la Bibliothèque nationale, où « l’une travaillait à sa thèse de sociologie sur la photographie en France au XIXème siècle, et l’autre à sa monumentale étude sur les Passages parisiens. De leurs échanges fréquents et de la complicité que chacun entretenait avec Adrienne Monnier naquit une véritable amitié, sensible dans leur correspondance comme dans leurs écrits respectifs, et dont les célèbres photographies de Walter Benjamin prises par Gisèle Freund, empruntes de confiance mutuelle, gardent la trace ».
 
Grâce aux libraires Adrienne Monnier, dont la librairie se trouvait rue de l’Odéon, et Sylvia Beach, ainsi que Jean Paulhan, directeur de la Nouvelle revue française chez Gallimard, Gisèle Freund rencontre des écrivains avec lesquels elle noue une relation privilégiée. « Au cœur d’une vie littéraire parisienne exceptionnellement riche, elle devient « la » photographe de plusieurs générations d’écrivains », fidèle à son Leica et aux pellicules Agfa et Kodak.
 
Grâce à Jean Paulhan et André Malraux, et surtout dans les librairies d’Adrienne Monnier et de Sylvia Beach, rue de l’Odéon, Gisèle Freund rencontre ces auteurs. Elle sait « gagner la confiance de ces écrivains peu habitués à se prêter à l’exercice du portrait photographique. Férue de littérature, ses premiers contacts avec eux sont d’ordre intellectuel. Les tirages étant à l’époque extrêmement coûteux, elle aura l’idée de leur présenter son travail à l’aide d’un projecteur », comme le 5 mars 1939 chez Adrienne Monnier.
 
De 1938 à 1939, Gisèle Freund réalise, sans retouche, une centaine de portraits, notamment ceux de Samuel Beckett, Simone de Beauvoir Walter Benjamin, Jean Cocteau, Colette, Paul Eluard, André Gide, Henri Michaux, Henri de Montherlant, Jean-Paul Sartre, Marguerite Yourcenar, Stephan Zweig, Jacques Prévert… Seul Roger Martin du Gard refuse d’être photographié.
 
Dès 1939, conseillée par Joyce, Gisèle Freund y ajoute des hommes de lettres anglo-saxons et d’autres artistes étrangers : George Bernard Shaw à Londres, James Joyce, Stephen Spender, Victoria Ocampo, Vita Sackeville-West, Frida Kahlo
 
« Je voulais comprendre quelle influence la photographie avait eu sur l’homme et en quoi elle avait modifié notre perception…
 
Je n’ai jamais photographié que des auteurs ou des artistes que j’aimais et que j’avais envie de raconter… Il y a beaucoup de choses que je ne voulais pas photographier. On m’a reproché que je ne suis pas allée photographier une guerre, parce que j’ai dit non. J’ai toujours cru, et c’est pour ça que j’étais intéressée dans la photo, que grâce à la connaissance du monde à travers la photo, les gens ne se tueraient plus. Si je connais quelqu’un très bien, pourquoi je vais le tuer ? Mais je me suis trompée. J’ai compris, un jour, que ce n’est pas vrai, que les gens se tuent quand même », disait Gisèle Freund. Et d’ajouter : v « L’œil n’est rien s’il n’y a personne derrière ».
 
La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent distinguait, de manière chronologique, trois thèmes : l’œuvre en noir et blanc – une cinquantaine de tirages originaux, portraits d’écrivains et reportages, regroupés en différentes séquences – et l’œuvre en couleurs réunissant des photographies prises dès 1938, soit une cinquantaine de portraits d’écrivains : Paul Valéry, André Gide, Stefan Zweig, Romain Rolland, Colette, James Joyce, et Virginia Woolf. « Je crois que la meilleure que j’ai faite, c’est celle de Virginia Wolf, le portrait d’elle, à un moment où elle ne s’est pas rendu compte que je la photographiais. Tous ses problèmes sortaient vraiment de cette tête, de ces yeux, de cette bouche. Instinctivement, je pense, je ne sais pas ce qui, en moi, déclenchait à chaque fois de photographier quelqu’un quand je trouvais que c’était quelque chose de l’intérieur de la personne, en réalité », déclare Gisèle Freund en 1991.
 
Ces tirages originaux constituent « une impressionnante galerie de portraits couleurs d’écrivains contemporains, photographiés parmi leurs livres ». Ce sont les rares, parfois uniques clichés de ces écrivains.
« C’est parce qu’elle est passionnée de sociologie et considère la photographie comme le moyen de révéler « l’homme à l’homme » que ses portraits font de Gisèle Freund un témoin privilégié de la vie intellectuelle de son temps », indique la galerie Lucie Weill & Seligmann.
 
En juin 1940, Gisèle Freund est contrainte de se réfugier en zone libre, puis se réfugie en 1941 en Argentine. 
 
Là, elle entre dans le cénacle d’auteurs tels Borges Maria Rosa Oliver, Bioy Casares et les membres de la revue littéraire SUR et photographie des paysages de Patagonie et de la Terre de Feu.
 
Elle travaille aussi pour le ministère de l’Information du gouvernement de la France libre, devient éditrice et crée une association de soutien aux écrivains français.
 
De Magnum à l’Elysée
De retour en France en 1946, elle expose ses photos de l’art sud-américain, puis effectue un reportage en Amérique latine pour le compte du Musée de l’Homme.
 
Pour l’agence Magnum, Robert Capa recrute Gisèle Freund dès 1947. Cette photojournaliste parcourt le monde pour Magnum.
 
Après la publication par Life en 1950 de son reportage révélant la richesse d’Eva Perón, épouse du président argentin, Gisèle Freund est contrainte de quitter l’Argentine pour l’Uruguay, où l’accueillent Jules Supervielle et Ingheborg Bayerthal, puis le Mexique avant de rentrer à Paris en 1953.
 
La soupçonnant de communisme, les États-Unis lui refusent un visa. « Robert Capa m’a virée de l’agence en 1954, lorsque les États-Unis m’ont refusé un visa d’entrée. J’étais sur la liste noire du sénateur McCarthy et Capa a eu peur pour l’avenir de Magnum à New York. Ça m’a fait très mal ».
 
Gisèle Freund collabore à Paris Match, Vu, Art et décoration, Images du Monde, Verve, ou Weekly Illustrated.
 
Elle photographie Nathalie Sarraute, Henri Matisse, John Steinbeck, Tennessee Williams, John Steinbeck, Alexandre Soljenitsyne, Le Corbusier…
 
« Révéler l’homme à l’homme, être un langage universel, accessible à tous, telle demeure, pour moi, la tâche primordiale de la photographie… La culture pour un photographe est bien plus importante que la technique… Personne ne se voit tel qu’il paraît aux autres. Nous habitons notre visage sans le voir, mais nous exposons cette partie du corps au premier venu qui nous croise dans la rue », disait Gisèle Freund qui publie en 1965 James Joyce à Paris, ses dernières années.
 
Les expositions de ses œuvres se multiplient, notamment au Musée d’art moderne de la Ville de Paris en 1968.
 
Gisèle Freund publie Le Monde et ma caméra (1970), Photographie et société (1974) dont la couverture est illustrée par l’œil d’Henri Cartier-Bresson, et Mémoires de l’œil (1977).
 
En 1977, Gisèle Freund devient présidente de la Fédération française des associations de photographes créateurs et obtient en 1980 le Grand prix national des arts pour la photographie décerné par le ministère de la Culture.
 
En 1981, cette « journaliste reporter photographe » réalise le portrait officiel du président de la République François Mitterrand posantLes Essais de Montaigne ouvert entre les mains, devant la bibliothèque de l’Elysée. Emplie de livres anciens aux reliures en cuir, dorées et brillantes, cette bibliothèque apparaît un peu floue par rapport à la netteté de ce fin lettré socialiste au costume sombre rehaussé apr la Légion d’Honneur et qui se piquait d’être écrivain.
 
Distinguée par de nombreux Prix, Gisèle Freund décède à Paris à l’âge de 91 ans.
 
Expositions
La photographe Gisèle Freund (1908-2000) a inspiré deux expositions à Paris en 2012 : Gisèle Freund, L’Œil frontière Paris 1933-1940 à la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent et, dans le cadre de Saint-Germain-des-Prés Photo Festival, Gisèle Freund Portraits d’artistes à St-Germain-des-Prés à la Galerie Lucie Weill & Seligmann. Documents d’archives originaux souvent inédits – correspondances, magazines imprimés, planches contacts, publications, diapositives projetées, etc. – évoquent cette « pionnière du photojournalisme et de la photographie en couleur, et une des précurseurs du portrait d’écrivain », une artiste ayant mêlé théorie, par ses essais sociologiques et historiques, et pratique de la photographie par sa collaboration à de prestigieux magazines et agence (Magnum). 

La dernière rétrospective de la photographe Gisèle Freund remontait à 1991 au Centre Pompidou. À l’hiver 2004-2005, dans le cadre du Mois de la photo à Paris, la FNAC Italie présentait l’exposition Portraits d’écrivains de Gisèle Freund, soit une quarantaine de portraits de James Joyce, Jean Cocteau, Saint-John Perse, Jean-Paul Sartre, André Gide, Marguerite Yourcenar, Samuel Beckett, Henri Michaux, Simone de Beauvoir, Walter Benjamin, Paul Eluard, Stephan Zweig…

C’est dire tout l’intérêt de ces deux expositions – L’œil frontière est le titre d’un projet éditorial non réalisé – sur cette « pionnière dans de nombreux domaines comme celui du portrait en couleur, de la projection photographique, de l’approche sociologique de l’image ou encore de l’histoire de la photographie ».

La Fondation Pierre Bergé–Yves Saint Laurent présenta une centaine de tirages et de nombreux documents d’archives de Gisèle Freund conservés par l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine), soit 1 200 tirages, 1 600 négatifs, 8 200 diapositives, 1 000 contretypes, 34 boîtes d’archives personnelles et professionnelles – manuscrits, correspondances, dossiers de gestion de l’œuvre, etc. -, sa bibliothèque…
 
Gisèle Freund a été l’une des photographes mises à l’honneur dans l’exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l’Orangerie et au musée d’Orsay.
 
« Gisèle Freund : portrait intime d’une photographe visionnaire »
À l’occasion des Rencontres de la photographie d’Arles, ARTE diffusera le 4 juillet 2021 « Gisèle Freund : portrait intime d’une photographe visionnaire » (Gisèle Freund – Ein Leben für die Fotografie), documentaire français inédit de Teri Wehn-Damisch (2021).
 
Ce film sera projeté aux Rencontres de la photographie d’Arles, le 7 juillet à 22 h à la Croisière, en présence de la réalisatrice.
 
« Au travers d’abondantes archives, un beau portrait intime de Gisèle Freund, photographe, sociologue et écrivaine, qui a immortalisé presque toutes les grandes figures du siècle dernier et témoigné avec acuité de la condition humaine. » 
« Le portrait mythique de Malraux la mèche au vent, c’est elle, comme celui, officiel, de François Mitterrand président, posant devant une bibliothèque. James Joyce, Virginia Woolf, Colette, Duras, Sartre et Beauvoir, mais aussi son ami Walter Benjamin, rencontré dans l’exil à Paris et sensible, comme elle, à la force des images… : tous ont défilé devant son objectif ». 
 
« D’origine juive et membre d’un groupe communiste, Gisèle Freund, née à Berlin en 1908 dans la bourgeoisie éclairée, fuit l’Allemagne nazie une nuit de mai 1933 avec, dans ses bagages, des clichés des corps tuméfiés de ses camarades, pris avec un Leica offert par son père. Cette héritière de Nadar, pionnière du portrait couleur, ira aussi sillonner le monde ». 
« Au fil de reportages dont elle rédige les textes, l’aventurière pose un regard aiguisé sur la condition humaine, du prolétariat du nord de l’Angleterre au petit peuple d’Argentine, leurré par l’icône Eva Perón, dont elle révèle dans Life l’indécente opulence ». 
 
« Au Mexique, celle qui se rêve cinéaste habite chez Diego Rivera et Frida Kahlo, qui s’en éprend. » 
 
« Rare femme ayant intégré l’agence Magnum dès sa création, cette actrice et penseuse de la photographie à l’allure Chanel a documenté les bouleversements politiques et sociaux du XXe siècle et en a immortalisé les figures les plus marquantes. »
 
« Inspirée par son amitié pour celle qu’elle a rencontrée en 1983, Teri Wehn-Damisch a plongé dans les archives de Gisèle Freund, conservées à l’abbaye d’Ardenne, siège de l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), pour scruter avec émotion des centaines de planches-contacts. » 
« À travers l’objectif de la photographe, disparue en 2000, défilent intensément les soubresauts et le tourbillon artistique et intellectuel du siècle dernier, laissant aussi émerger ses coups de cœur et blessures d’exilée. » 
 
« De Berlin à Paris, et de Buenos Aires à Brighton, le voyage est guidé par sa voix grave et celles qui l’ont connue − sa collaboratrice Élisabeth Perolini, l’écrivaine Rauda Jamis, les historiennes de l’art Lorraine Audric et Nathalie Neumann, et la chercheuse au CNRS Monique Sicard. En forme d’hommage, le beau portrait intime d’une grande dame des images. »
 
 
« Dans son « portrait intime » de Gisèle Freund, la documentariste Teri Wehn-Damisch explore un fonds d’archives méconnu pour rendre hommage à l’œuvre et à la vie extraordinaires de celle qui fut son amie. Propos recueillis par Laetitia Moller.
 
C’est votre deuxième film sur Gisèle Freund. Qu’est-ce qui vous fascine tant chez elle ?
Teri Wehn-Damisch : Je me suis sans doute reconnue en elle. Née en France, j’ai été élevée aux États-Unis, où mes parents ont été obligés de repartir en 1940 à cause de la guerre. Gisèle Freund a fui l’Allemagne pour Paris à l’âge de 25 ans. J’ai été attirée par des exilés qui, comme elle ou le photographe hongrois André Kertész, me donnaient une image mythique de la France : la beauté des rues, la liberté… Gisèle Freund a photographié toutes les personnalités littéraires de l’époque. Au début des années 1980, je lui ai proposé de réaliser un film sur elle. Elle m’a envoyé balader, avant de me mettre au défi d’adapter son ouvrage Photographie et société, peu connu à l’époque. Cela a donné naissance à mon premier documentaire et à une grande amitié entre nous.
 
Que racontez-vous de nouveau sur elle, près de quarante ans plus tard ?
Grâce à Clémence de Cambourg et Clémence Forestier, les deux productrices qui m’ont sollicitée pour ce projet, j’ai découvert un foisonnant fonds d’archives à l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine (Imec), notamment les planches-contact de son travail de reporter, au Mexique, en Angleterre… Outre les portraits iconiques d’André Malraux ou de Virginia Woolf qui l’ont rendue célèbre en France, elle a très tôt réalisé des sujets dignes des plus grands photoreporters. En Allemagne, elle est d’ailleurs avant tout considérée comme une photographe politique.
 
Au début du film, vous expliquez que vous aviez une dette envers elle…
Au cours des années 1990, Gisèle est devenue irascible, méchante, et a fait le vide autour d’elle. Comme la plupart de ses amis, cela m’a beaucoup peinée et je ne l’ai plus vue pendant des années. Plus tard, nous avons compris que cette attitude était liée aux prémices de la maladie d’Alzheimer qui l’a finalement emportée. Profitant de son isolement, une femme a exercé une emprise sur elle et accaparé ses archives et son travail. Si nous avions été à ses côtés, cela ne serait peut-être pas arrivé.
 
Comment filmer des photographies ?
Il a été essentiel pour moi de trouver des dispositifs filmiques pour mettre en scène les images fixes. Avec mon cadreur et monteur Samuel Fleury, nous avons inventé des trucages – artisanaux ou de motion design – pour naviguer dans les planches-contacts et mettre les photos en mouvement. Cela les fait vivre avec une épaisseur particulière. »
 
France, 2021, 52 mn
Coproduction : ARTE France, Complices Films
Sur Arte le 4 juillet 2021 à 20 h 05
Disponible du 27/06/2021 au 02/09/2021
Visuels :
Reportage à Brighton, 1935
Portrait de Virginia Woolf, 1939
Portrait de Frida Kahlo, 1951
Reportage au Mexique : Paysan revenant d’ un pèlerinage
Reportage à Newcastle, 1935
Auto portrait au miroir (début des années 30)
Portrait d’ André Malraux, 1935
© Archives Gisèle Freund / IME
 
Jusqu’au 29 janvier 2012
À la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent 
5, avenue Marceau. 75116 Paris
Tél : 01 44 31 64 31
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h

Jusqu’au 18 février 2012
À la Galerie Lucie Weill & Seligmann
6, rue Bonaparte. 75006 Paris
Tel. : +33 1 43 54 71 95
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h

Visuels de haut en bas :
Gisèle Freund, Autoportrait 1952
Épreuve argentique noir et blanc
23,2 x 16,4 cm
Collection Galerie de France
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC-Galerie de France

Gisèle Freund photographiée par Adrienne Monnier
Paris, vers 1935
Épreuve argentique noir & blanc
25 x 28 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Jean Cocteau sous l’enseigne d’un gantier
Paris, 1939
Épreuve argentique couleurs
30 x 20 cm
Collection Galerie de France
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

James Joyce
Paris, 1939
Épreuve argentique couleurs
30 x 21 cm
Collection Famille Freund
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Adrienne Monnier devant sa librairie La Maison des Amis des Livres
Paris, 1936
Épreuve argentique noir et blanc
14 x 19,4 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Sylvia Beach sur le seuil de sa librairie Shakespeare and Co
Paris, 1936
Épreuve argentique noir et blanc
14 x 19,4 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

James Joyce avec Adrienne Monnier et Sylvia Beach, à Shakespeare and Co
Paris, 1938
Épreuve argentique noir et blanc
25,6 x 36,5 cm
Collection Famille Freund
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

André Gide sous le masque de Leopardi
Paris, 1939
Épreuve dye-transfer couleurs (portfolio édité par Harry Lunn en 1977)
30 x 20,5 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Gisèle Freund sur sa terrasse rue Lakanal
Paris, 1934
Carte postale noir & blanc
10 x 6 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Virginia Woolf devant la fresque de Vanessa Bell
Londres, 1939
Épreuve dye transfer couleurs (portfolio édité par Harry Lunn en 1977)
30 x 20 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

Jean Cocteau
Paris, 1939
Épreuve dye-transfer couleurs (portfolio édité par Harry Lunn en 1977)
30 x 20,5 cm
Fonds Gisèle Freund, IMEC / Fonds MCC
© Gisèle Freund / IMEC / Fonds MCC

 

 

Les citations proviennent des communiqués de presse et d’Arte.

Cet article a été publié le 22 janvier 2012, puis le 13 novembre 2015.

 

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

La película checa “Viaje lejano” (1949) fue una de las primeras cintas en dramatizar la Shoá. Prohibida durante décadas y recientemente restaurada, su descripción de los horrores nazis sigue siendo una de las más impresionantes.

Escrito por James Hoberman

La primera cinta de Alfréd Radok, Viaje lejano [Daleká cesta], de 1949, era (y es) un hito, una película de su tiempo que sigue teniendo algo que decirle al nuestro. Realizada en un Estado antaño comunista y que ya no existe, durante el invierno de Guerra Fría de 1948-1949, el notable debut de Radok constituye  una obra maestra del cine checo. Fue una de las primeras, y sigue siendo una de las películas más sólidas, más originales y más influyentes a la hora de abordar el asesinato de la judería europea.

Viaje lejano tuvo su estreno en Nueva York en agosto de 1950, cuando no habían transcurrido ni tres meses de guerra en Corea, en el Stanley, un destartalado cine de Times Square que funcionaba como refugio de películas “yiddish”, documentales israelíes e importaciones soviéticas. A la película se le puso el título “yiddish” de Geto Terezin, por el “campo de tránsito” de Theresienstadt, conocido en checo como Terezin, donde se ubicaba en buena medida y se filmó parcialmente; tuvo un recibimiento tan entusiasta que se mantuvo en cartel durante más de un mes.

El crítico del New York Times, Bosley Crowther, llamó a Viaje lejano “la más brillante, la más potente y horripilante película sobre la persecución de los judíos por los nazis” que él hubiera visto, si bien advertía a “los débiles de corazón” que vieran la película “bajo su propia responsabilidad”. El diario de lengua “yiddish” Morgn Frayhayt daba cuenta de la asombrada respuesta pública de al menos una espectadora que afirmó reconocer en la pantalla a su yo convertido en ficción…Y con razón. Las primeras películas en representar el Holocausto, producidas en Europa Oriental poco después de la guerra las hicieron de manera característica supervivientes de verdad, y/o se realizaron con ellos. Todas tenían aspectos de psicodrama, docudrama, y documental.

Viaje lejano, que si es algo es personal, la escribió Erik Kolár, un abogado checo, judío asimilado, que, casado con una gentil, logró esquivar la deportación a Terezin hasta 1945. El director, Radok, hijo de una madre católica y un padre judío, se crió en una aldea bohemia y pasó buena parte de la guerra escondido, antes de que le enviaran a un campo de trabajos forzados para mischlings [término racial usado por los nazis para los “medio judíos”] en Polonia. Tanto su padre como su abuelo murieron en Terezin. Sobre la base de sus experiencias, Kolár adoptó una actitud conciliatoria hacia sus compatriotas gentiles; Radok, basándose en su experiencia, no. En su actitud y en su atención al detalle, Viaje lejano fue la película más judía realizada en Checoslovaquia hasta esa fecha y quizás en toda su historia.

oNinguno de los dos hombres había tenido con anterioridad implicación alguna en el cine. Radok era director de teatro cuando el estudio Barrandov, recién nacionalizado, le comprometió para dirigir el guión de Kolár. Su escuela cinematográfica fue Ciudadano Kane, que se había estrenado en Checoslovaquia después de la guerra (en 1947, Radok declaró a un periodista que, para él, Kane era la revelación más profunda del año). Al igual que KaneViaje lejano recurría al lenguaje visual del cine expresionista: una película estilizada que se autodramatizaba, de súbitas sombras y resplandecientes reflejos, tomas de espejos y ángulos que asoman, algunos tan bajos que mostraban visiblemente el techo.

Al igual que Welles, pero de modo distinto, Radok incorporó noticiarios en su relato, recurriendo a un pequeño encuadre dentro de otro para insertar el drama en el documental. Echando mano de películas de propaganda nazi como El triunfo de la voluntadViaje Lejano deja sentada la ocupación de Checoslovaquia de marzo de 1939 con una serie de trazos rápidos y diestros — soldados que marcan el paso de la oca, pintadas antisemitas, largas filas en el exterior de los consulados occidentales — y se centra luego en la situación de Hana Kaufmannová, una médico judía que se anticipa a su inevitable deportación a Terezin casándose con un colega gentil, Toník Bureš. La elección de la protagonista es crucial: Hana y Toník son seres racionales modernos, ejemplares. Además, como preludio a la puesta en práctica de las excluyentes leyes de Nuremberg, la primera orden de los nazis prohibió a los doctores judíos prácticas “arias”.

Aunque la deportación masiva a campos de concentración comenzaría unos dos años después, parece como si, casi de la noche a la mañana, la cultivada familia Kaufmann y sus vecinos judíos se viesen sistemáticamente humillados y despojados de sus derechos. A Hana la envían a trabajar a una clínica judía, Toník pierde también su empleo. Su cena de boda mezcla alegría y terror: los formales invitados burgueses marcados para la muerte con sus preceptivas estrellas judías. La normalidad se ve todavía más trastornada por un uso wellesiano del sonido de parte de Radok. A lo largo de la cinta se repiten como un eco tonalidades discordantes. Un suicidio se ve acompañado de una serie de monótonas escalas de piano que proceden del piso de arriba. Las deportaciones se llevan a cabo como una danza macabra y al son del inquitante bolero marcial de Jiří Sternwald.

El mundo vaciado de la película, de nudosa gente mayor, burocracia deshumanizadora e inmensos almacenes llenos de pertenencias judías confiscadas no puede sino evocar a Franz Kafka. En eso, Viaje lejano tiene mucho en común con Vida con una estrella, del novelista judío checo Jiří Weil, publicada en 1949, el mismo año del estreno checo de la película. Después de fingir su propia muerte, Weil sobrevivió a la guerra escondido. Su relato convertido en ficción constituye una desapasionada descripción del proceso por el cual, sin ninguna razón discernible, un empleado de banca de Praga se ve despreciado, degradado y expulsado (no se menciona la palabra “judío”, ni tampoco “nazi.”). Tanto en la novela como en la película, la irracionalidad manda. La única cosa que distingue a los judios de sus conciudadanos checos es la estrella amarilla.

En una medida no menor que Vida con una estrellaViaje lejano pertenece a lo que Jean-Paul Sartre denominó “literatura de situaciones extremas”, y se vincula a la novela de 1948 de Albert Camus, La peste. La película de Radok y la novela de Weil no solo evocan la sensación de Kafka de sistemática deshumanización sino también el género de existencialismo de Camus, que define la condición humana en términos de libertad de elección y responsabilidad personal bajo sentencia de muerte, frente a un universo hostil, incognoscible. Hay un diálogo de Viaje lejano que podría haberse tomado de La peste: “No estoy aquí esperando a la muerte”, le dice un judío a otro. La réplica es: “¿Dónde la vas a esperar entonces?”

Vida con una estrella alude, pero no se aventura por Terezin, la guarnición del siglo XVIII a 60 kilómetros de Praga, cuyas fachadas de los Habsburgo ocultaban casi diez veces más habitantes de los que se había construido para acoger. Un corral de espera para músicos, artistas, eruditos conocidos y otra gente “destacada”, Terezin era esencialmente la antecámara del exterminio, un lugar de constante coacción, comida insuficiente, y terrible higiene. En conjunto, unos 140.000 judíos pasaron por este campo de concentración denominado “modelo”. Allí murieron cerca de 33.000 personas; otras 87.000 fueron luego transportadas hasta Auschwitz.

En Viaje lejano, Terezin es un proceso: una fila entra en el campo mientras en otra fila se llevan a los muertos. Es también una pesadilla. El espacio es incoherente, tremendamente claustrofóbico. Los interiores son chapuceros. A lo incomprensible se suman vistas obstruidas y misiones enigmáticas. Las imágenes de ancianas fregando la estrecha acera en la que niños y danzarinas aterradas bailan como autómatas, o el breve atisbo de una marioneta que desciende por las tortuosas escaleras de algún nido secreto de ratas son dignas de Bedřich Fritta, artista gráfico cuyos dibujos fueron condenados por los nazis como “pornografía del horror”.

Con todo, algunos supervivientes de Terezin, sobre todo Arnošt Lustig, le han puesto objeciones a la estilización de Radok: “Había orden en Terezin, no esta clase de caos”, mantenía uno de ellos. Pero en el Terezin de Radok, caos y orden son indistinguibles. La única claridad es la que proporciona la desapasionada crueldad de los jefes supremos nazis.

Teniendo en cuenta que el campo se fundamentaba en el engaño, el uso que hace Radok de lo fantástico es una forma de verosimilitud. Terezin era ya un decorado de película. Los nazis filmaron allí dos pseudodocumentales. El segundo, filmado durante el verano de 1944, se vio precedido de meses de “embellecimiento”: se encalaron edificios, se limpiaron a fondo las calles, se puso césped, se plantaron rosales a fin de crear una alegre fachada para una delegación de la Cruz Roja danesa.

Las escenas más convincentes de Radok se basan en hechos reales: el “embellecimiento”; la misteriosa llegada de un millar de niños famélicos y harapientos (únicos supervivientes del alzamiento del gueto de Bialystok) inexplicablemente aterrorizados a la vista de las duchas de Terezin; los trenes cargados de judíos agonizantes, contagiados de tifus, enviados al campo en las semanas previas a la liberación.

En su crítica de Viaje lejano, Bosley Crowther se asombraba de que una película así hubiera podido hacerse en Checoslovaquia. Ciertamente, aunque Erik Kolár había presentado su guion a la industria cinematográfica recién nacionalizada menos de un año después de que terminase la II Guerra Mundial, Viaje lejano vino a realizarse durante un periodo confuso (que en cierto modo refleja), no menos para los judíos de Checoslovaquia que habían sobrevivido.

Radok se inscribió en el proyecto justo cuando los comunistas checoslovacos daban un golpe contra el gobierno de coalición de del país. Tres meses después, Checoslovaquia reconocía diplomáticamente a Israel y de inmediato dio comienzo a varios años de vender armas al Estado recién nacido. Mientras tanto, quizás anticipando la trampa que evoca la película, los judíos iban apresurándose a dejar el país. Viaje lejano se filmó durante un periodo de manifestaciones “contrarrevolucionarias”. Divulgada en principio, la película se estrenó prácticamente en secreto en el verano de 1949 en la primera oleada de juicios políticos, organizados principalmente por Rudolf Slánský (un comunista judío al que le llegaría su hora en 1952) y fue retirada después de una breve exhibición.

Igual que Checoslovaquia exportaba armas, exportaba también Viaje lejano. La película participó oficialmente en dos festivales internacionales de cine, entre ellos el de Cannes, ese verano; en 1950 se exhibió comercialmente en Bulgaria, Suiza, Israel, la Unión Soviética, los Estados Unidos y Francia, donde la recomendo “apasionadamente” el gran crítico André Bazin, quien escribió que “quizás ahora, por vez primera, se puede invocar el nombre de Kafka en relación con el cine”.

Se podría haber invocado el nombre de Kafka en relación a la carrera de Radok. Despedido del Teatro Nacional mientras Viaje lejano se encontraba en fase de producción, se vio obligado a esperar varios años para dirigir sus demás películas —una opereta anticuada y una comedia de época todavía más inocua — y se vio luego incluido en la lista negra por ser insuficientemente comercial. En un cambio de marchas, Radok pasó a iniciar la Laterna Magica, una mezcla de película, teatro y proyección de diapositivas que fue un exitazo en la Feria Mundial de Bruselas de 1958 y de la que fue igualmente purgado.

Radok abandonó finalmente Checoslovaquia tras la invasión de 1968. Para entonces, redescubierta por una generación de cineastas más jóvenes, Viaje lejano era una película de culto, anticipando e inspirando un aluvión de películas de la “nueva ola” referentes al destino de los judíos de Checoslovaquia durante la II Guerra Mundial. Prohibida una vez más, no se exhibió hasta después de la Revolución de Terciopelo, y se vio por primera vez en televisión en 1991, 15 años después de que Radok muriera en Viena.

Vida con una estrella termina con su antihéroe dando un salto existencial. Viaje lejano no ofrece esa conclusión positiva. Después de que el Ejército Rojo, al que no se ve, libere Terezin, los presos despiertan de su pesadilla al frenesí y el olvido. La discordante escenal final de la película reúne a los dos médicos en un enorme cementerio, en busca de algún significado por haber sobrevivido. Se oye una letanía de campos de concentración y una monumental estrella de David parpadea brevemente en pantalla, pero todas las tumbas están señaladas con una cruz. Esta coda podría parecer una imposición del estudio en el último minuto, salvo por el hecho de que Radok, evidentemente, hizo que fabricaran las cruces.

Uno se acuerda de una amarga observación en Vida con una estrella: “Desaparecía tanta gente a cada minuto que era mejor pensar que nunca habían existido”. En un absurdo histórico final, los judíos de Praga se han desvanecido hasta en la muerte.

James Hoberman : reputado crítico cinematográfico norteamericano, trabajó durante varias décadas para The Village Voice, una de las publicaciones culturales esenciales del periodismo neoyorquino. Autor de una docena de libros, ha sido profesor de cine en la escuela universitaria Cooper Union, dictando asimismo cursos en Harvard y la Universidad de Nueva York.

[Fuente: The Tablet – traducción: Lucas Antón – reproducido en http://www.sinpermiso.info]

En février 1971, le régime brésilien arrêtait le metteur en scène Augusto Boal (1931-2009). Ses spectacles comme sa sympathie pour l’Action de libération nationale (ALN), fondée par le révolutionnaire Carlos Marighella, l’avaient rendu insupportable aux yeux des militaires au pouvoir. Le créateur raconte son incarcération dans Miracle au Brésil, un émouvant témoignage paru dès 1974 au Portugal, introuvable depuis et traduit aujourd’hui en français.

Miracle au Brésil : les souvenirs de prison d'Augusto Boal

Écrit par Michael Löwy

Augusto Boal, Miracle au Brésil. Trad. du portugais (Brésil) par Mathieu Dosse. Préface d’Anaïs Fléchet. Chandeigne, 416 p., 22 €

Augusto Boal fut un dramaturge brésilien mondialement connu, fondateur en 1985 du Théâtre de l’Opprimé, une expérience théâtrale unique, conçue comme un outil d’émancipation radicale. Dès le début de la dictature militaire au Brésil, en 1964, il se situe résolument à l’avant-garde politique et artistique de la résistance au régime. Ses spectacles, Opinião (1964), Arena conta Zumbi (1965), Arena conta Tiradentes (1967), sont des appels à la révolte, inspirés de l’histoire du Brésil : Zumbi fut le chef d’une révolte d’esclaves, et Tiradentes le martyr de l’indépendance du pays.

Le récit de Boal, qui n’abandonne jamais l’humour, même dans les moments les plus tragiques, est plus que jamais actuel dans le Brésil d’aujourd’hui, présidé par le sinistre Jair Bolsonaro, admirateur frénétique de la dictature militaire et, en particulier, de ses pires tortionnaires. C’est un livre qui parle de l’angoisse, de la peur et de la souffrance, mais aussi du courage et de l’amitié.

Arrêté par la police, soi-disant pour un « contrôle de routine », Boal est amené aux locaux du tristement célèbre Département de l’ordre politique et social (DOPS). Une perquisition chez lui permettra une riche récolte de livres subversifs, dont Le rouge et le noir – couleurs fortement suspectes… Dans un couloir de la prison, il va rencontrer une ancienne assistante théâtrale, María Helena, accusée d’activités révolutionnaires, qui lui donnera une petite leçon de dramaturgie politique : « ici il faut être plus brechtien que stanislovskien… Il faut essayer de comprendre… Il faut savoir garder la distance… Si tu ne dis rien, ils pensent que tu n’as rien à dire, et ils finissent par arrêter la torture ». On n’a pas réussi à arracher la moindre information à María Helena, qui sera, quelques mois plus tard, assassinée par le régime.

Après avoir tenté, en vain, de l’intimider – « Ici tout le monde parle. Mieux vaut parler tout de suite » –, les policiers déshabillent Boal et l’attachent au Pau de arara (perche à perroquet), une méthode de torture déjà utilisée du temps de l’esclavage. La victime est pendue à une perche qui passe sous ses genoux pliés et les mains attachées. Comme on n’arrête pas le progrès, la version moderne du Pau de arara se distingue par l’usage intensif de l’électricité. « Chaque nouveau choc faisait plus mal que le précédent, et chaque cri était plus rauque ». Malgré de longues séances de torture, la victime persistait à répondre : « je ne sais pas ». La principale accusation que ses bourreaux lui jetaient à la figure était d’avoir transmis à l’étranger des documents qui « diffamaient le Brésil, en prétendant qu’ici on pratique la torture » ! La situation était si ridicule et l’argument des policiers si stupide que Boal n’a pu réprimer un sourire. Réponse des sbires : « Tu as ri ? Maintenant tu vas pleurer ! ».  Les chocs ont été intensifiés, et la victime a fini par s’évanouir. Les tortionnaires sont revenus à la charge après quelques minutes : « Ici tout le monde parle. Nous sommes des spécialistes ». Après avoir perdu connaissance deux ou trois fois, le dramaturge a été détaché et renvoyé dans sa cellule.

Très rapidement, une campagne internationale s’est développée, exigeant la libération d’Augusto Boal :  Arthur Miller, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Ariane Mnouchkine, Peter Brook et plusieurs autres ont protesté, des manifestations ont eu lieu devant les ambassades du Brésil de beaucoup de pays. Cette mobilisation mondiale l’a sans doute sauvé d’un calvaire sans fin qui aurait pu le conduire à la mort.

Dans un premier moment, Boal n’a pas été libéré, mais transféré du sinistre DOPS à la prison Tiradentes, où il a partagé sa cellule avec quelques autres prisonniers politiques. Il prenait tous les jours des notes sur la vie des détenus, en français, pour tromper la censure policière. Dans la cellule, des cours d’histoire, de théâtre, de français, d’anglais, étaient partagés, et on lisait les livres d’une petite bibliothèque qui contenait Beauvoir, Sartre, Brecht, Proust, Machado de Assis et Graciliano Ramos. Des discussions politiques ont eu lieu, bien entendu, que Boal raconte avec une pointe d’humour ironique, et qui témoignent de la terrible dispersion des forces de la résistance. Il cite par exemple cette déclaration d’un des prisonniers, par ailleurs fort sympathique : « J’étais militant du RTP, qui est la dissidence de la dissidence de l’ultragauche de la troisième ligne de la microfraction du vieux Parti Communiste »… Ou alors quand il observe que tous les détenus étaient d’accord sur la nécessité que la lutte contre la dictature soit dirigée par un seul parti, le vrai parti prolétarien. Le seul problème était que chacun croyait que son organisation était cet unique parti d’avant-garde.

Boal raconte aussi la visite de deux personnages religieux, situés aux antipodes l’un de l’autre. Un certain Luis, un homme de l’Opus Dei, leur a expliqué : « Je condamne la torture, mais convenons-en : au moins ici, l’ordre règne. Il faut le reconnaître, ici l’ordre existe. » L’autre, frère Joao (probablement une référence à Frei Betto), était aussi un prisonnier, accusé d’avoir aidé les révolutionnaires, qui leur proposait une lecture « subversive » des évangiles.

En avril 1971, Boal est libéré. Au moment de partir, il écoute un nouveau prisonnier, qui le remplace dans cette cellule, raconter les derniers épisodes de lutte et de résistance, ouvrière, paysanne ou populaire, contre la dictature. « Le peuple se bat. C’est cela le miracle au Brésil » – en réponse au discours du régime sur le prétendu « miracle économique brésilien ».

Le récit se termine ici, mais, dans sa préface, l’historienne Anaïs Fléchet raconte que Boal ne fut libéré que de manière conditionnelle, pour pouvoir participer au festival de théâtre de Nancy. Il va se rendre ensuite à New York, où il monte Torquemada, une pièce inspirée de son expérience carcérale. Ce sera le début d’une longue période d’exil. Il ne reviendra au Brésil qu’après la fin de la dictature militaire, en 1986.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

 

El 28 de agosto de 1947, Witold Gombrowicz dio una conferencia en Buenos Aires que nos puede servir de base para discutir algunas características de lo que llamamos « el espacio del lector ». La conferencia es ahora un texto célebre, « Contra los poetas », y Gombrowicz la incluyó, años después, como apéndice en su Diario.

Escrito por Ricardo Piglia 

Gombrowicz era un completo desconocido en aquel entonces. Vivía, pobremente, en oscuras piezas de pensión. Había llegado a la Argentina casi por casualidad, en 1939, y lo sorprendió la guerra y ya no se fue. En verdad, los años de Gombrowicz en la Argentina son una alegoría del artista tan extraña como la alegoría de los manuscritos salvados de Kafka. Luego de unos primeros meses dificilísimos, de los que casi no se sabe nada, Gombrowicz va entrando de a poco en circulación en Buenos Aires. Su centro de operaciones es la confitería Rex, en lo alto de un cine, en la calle Corrientes, donde juega al ajedrez y va ganando un grupo de iniciados y de adeptos, entre ellos al poeta Carlos Mastronardi y al gran Virgilio Piñera. Ha empezado a anunciar a quienes puedan oírlo que es un escritor del nivel de Kafka, pero, por supuesto, todo el mundo piensa que es un farsante: nadie lo conoce, nadie lo leyó. Además sostiene que es un conde, que su familia es aristocrática, aunque vive en la indigencia. Borges, con su malicia habitual, lo cristalizará, años después, con esta imagen:

A ese hombre, Gombrowicz, lo vi una sola vez. Él vivía muy modestamente y tenía que compartir la pieza, una azotea, con otras tres personas y entre ellas tenían que repartirse la limpieza del cubículo. El les hizo creer que era conde y utilizó el siguiente argumento: los condes somos muy sucios, con esa argucia consiguió que los demás limpiaran por él.

Entonces, en 1947 Gombrowicz sale a la superficie. Estaba por ahogarse, pero logra salir a flote, aunque volvió a hundirse varias veces después. Ese año aparece la traducción al castellano de Ferdydurke , y se publica, también en español, su obra de teatro El matrimonio . Pero, como sabemos, esas obras no tienen la menor repercusión. Son pequeñas ediciones que nadie lee, aunque quienes las leen nunca lo olvidan. La conferencia está ligada a la aparición de esos textos. Es un intento de hacerse ver, el inicio de una campaña de larga duración. Cualquiera que lee los testimonios o la correspondencia de esos años, lo ve a Gombrowicz intrigando y armando redes y conspiraciones microscópicas. Redes de amigos, de jóvenes, que intentan dar a conocer su obra.

Cómo llegó a dar esa conferencia, quién la organizó, cuántos asistieron, es algo que no sabemos bien. Solo sabemos que fue en la librería Fray Mocho, en la calle Sarmiento, casi Callao, en el centro de Buenos Aires. Una librería pequeña, muy buena. Se trataba de un lugar ajeno a los circuitos prestigiosos de las conferencias de aquellos años, como el Colegio Libre de Estudios Superiores, donde Borges empezó a dictar sus conferencias en 1946, o el Centro de Amigos del Arte, donde Ortega y Gasset daba sus multitudinarias conferencias en esa época.

El 28 de agosto de 1947, entonces. Las siete de la tarde, esa es la hora de las conferencias, la hora del crepúsculo. Pleno invierno en Buenos Aires. Gente con sobretodo, con abrigos, mujeres con tapados de piel quizá. Gombrowicz con su impermeable gris y su sombrero, el conde como pordiosero elegante.

Hay un primer dato que nos interesa especialmente. Gombrowicz da esa conferencia en castellano, en ese castellano áspero, de gramática incierta, que hablará siempre. No da la conferencia en francés, lengua que conocía y hablaba fluidamente, como era habitual en Buenos Aires. Victoria Ocampo daba sus conferencias en francés, y también lo hacía, con gran éxito, Roger Caillois, otro europeo en Buenos Aires. Una conferencia dicha en castellano, entonces, por un escritor polaco desconocido, en una oscura librería de Buenos Aires.

El castellano de Gombrowicz es el idioma de la desposesión. Nada que ver con el inglés de Nabokov, aprendido de chico con las institutrices inglesas. Gombrowicz aprende el castellano en Retiro, en los bares del puerto, con los muchachos, con los obreros, los marineros que frecuentaba; una lengua que está cerca de la circulación sexual y del intercambio con desconocidos. Retiro, con ese nombre tan significativo, es la zona del Bajo, del llamado Paseo de Julio, la zona por donde va a vagar Emma Zunz, la Recova, los bares de mala vida, los piringundines. El español aparece ligado a los espacios secretos y a ciertas formas bajas de la vida social.

Desde luego, Gombrowicz lo vive como una iniciación cultural, como una contraeducación. « Me bastaba con unirme espiritualmente por un momento con Retiro para que el lenguaje de la Cultura empezara a sonarme falso y vacío », escribe. Y de eso trata la conferencia: una crítica al lenguaje estereotipado, cristalizado en la poesía. Una crítica a la sociabilidad implícita en esos lenguajes falsamente cultivados.

Por su lado, Gombrowicz elige la inferioridad, la carencia, como condición de la enunciación. Y a eso se refiere de entrada en la conferencia. Cito la versión original conservada por Nicolás Espino, que no aparece luego en la edición del texto en su Diario :

Sería más razonable de mi parte no meterme en temas drásticos porque me encuentro en desventaja. Soy un forastero totalmente desconocido, carezco de autoridad y mi castellano es un niño de pocos años que apenas sabe hablar. No puedo hacer frases potentes, ni ágiles, ni distinguidas ni finas, pero ¿quién sabe si esta dieta obligatoria no resultará buena para la salud? A veces me gustaría mandar a todos los escritores al extranjero, fuera de su propio idioma y fuera de todo ornamento y filigrana verbales para comprobar qué quedará de ellos entonces.

El escritor siempre habla en una lengua extranjera, decía Proust, y sobre esa frase Deleuze ha construido su admirable teoría de la literatura menor referida al alemán de Kafka. Pero la posición Gombrowicz me parece más tajante. Lo inferior, lo inmaduro, se cristaliza en esa lengua en la que se ve obligado a hablar como un niño. Desde su primer libro, los cuentos que llamó Memoria de la inmadurez, Gombrowicz se colocó en esa posición. Y la inmadurez será el centro de Ferdydurke: el adulto que a los treinta años debe volver a la escuela, infantilizado.

Pero ¿una lengua menor para decir qué? Quizá, como escribe Gombrowicz el 30 de octubre de 1966 en su Diario, viviendo ya en Europa como un escritor consagrado, « el escándalo es que no tenemos todavía una lengua para expresar nuestra ignorancia ». En Buenos Aires ha encontrado ese lenguaje. La lengua como expresión de una forma de vida. La pobreza de la lengua duplica la falta de dinero, la precariedad en la que vive. El conde como pordiosero es simétrico del gran estilista que no sabe hablar. La desposesión como condición de la gran literatura. La opción Beckett, Céline, Néstor Sánchez; el escritor como clochard, el escritor que balbucea.

Gombrowicz está siempre cerca de la afasia. Mejor sería decir, Gombrowicz trabaja sobre la afasia como condición del estilo. El afásico es un infante crónico. Estamos otra vez en Ferdydurke.

Gombrowicz hace de la inferioridad, del anonimato, de la carencia, una ventaja y una posibilidad. No sé hablar, hablo como un chico y me refiero por eso a la más alta expresión del lenguaje: la poesía. Y sé lo que digo porque soy un gran artista.

Segunda cuestión, el castellano como lengua perdida de la cultura. El castellano como una lengua menor en la circulación cultural a mediados del siglo XX (y no solo del siglo XX). Circuitos débiles de la influencia y la difusión literarias. Gombrowicz tiene muy claros los efectos retrasados, la marcha lenta. Y a la vez los desvíos. Y las sorpresas. Porque Gombrowicz tiene mucho que agradecerle al castellano.

En principio, a la lectura de Ferdydurke que hace François Bondy, el director de la revista Preuves, el primer gran difusor de Gombrowicz en Francia. « En 1952 leí Ferdydurke en español », ha contado Bondy. Fue a partir de esa lectura que se interesó por él y lo hizo traducir al francés. Una lectura que le va a cambiar la vida a Gombrowicz. Porque Bondy es quien le consigue la invitación a Berlín en 1963, que va a permitir el regreso de Gombrowicz a Europa y su triunfo final.

Cómo le llegó a Bondy ese libro en español es una intriga. Un ejemplar de Ferdydurke en castellano, editado en Buenos Aires, llega a París. Cuando Gombrowicz conoce personalmente a Bondy en 1960 en Buenos Aires, durante un congreso del PEN Club, lo primero que quiere saber es en qué circunstancias ha llegado a leer Ferdydurke en castellano.

Los libros recorren grandes distancias. Hay una cuestión geográfica en la circulación de la literatura, una cuestión de mapas y de fronteras, de ciertas rutas que lleva tiempo recorrer. Y quizá algo de la calidad de los textos tiene que ver con esa lentitud para llegar a destino. Por ejemplo, la conferencia de Gombrowicz es contemporánea del texto de Sartre ¿Qué es la literatura? Los dos son de 1947. Los dos se plantean la misma pregunta y sus respuestas son simétricas y antagónicas. Y los dos tienen en común ser panfletos contra el arte (contra cierta noción espiritualizada del arte y contra su ilusión de autonomía). Y podemos decir que la conferencia de Gombrowicz, como síntesis de su poética, tiene hoy tanta (o mayor) influencia que la intervención de Sartre. (Y sería interesante comparar las dos concepciones de la poesía que están en juego en esos textos, porque para Sartre la poesía no se puede comprometer.)

Lenguas, tiempos, espacios. Puntos ciegos de la lógica literaria, inversiones. Del polaco al francés pasando por el español: otro circuito de difusión. Habría que hacer una historia de la lengua española y de las circulaciones culturales. El castellano no suele estar en esa red, pero Gombrowicz lo pone en una red central.

Por eso la conferencia en castellano dicha por Gombrowicz en Buenos Aires debe ser vista como un gran acontecimiento, casi invisible pero extraordinario. Uno de los grandes acontecimientos de nuestra historia cultural. Un gran paso adelante en la historia de la crítica literaria.

Y para seguir con la relación de Gombrowicz con el castellano hay otra escena que me gustaría recordar. Es otra vez una escena lateral, menor, que sin embargo condensa redes múltiples de la cultura argentina, y no solo de la cultura argentina.

En 1960, Gombrowicz tiene una entrevista con Jacobo Muchnik, uno de los grandes editores en la Argentina, el director de Fabril Editora, que publicó lo más interesante de la literatura europea y norteamericana de esos años, como El cazador oculto de Salinger o La modificación de Butor y también El astillero de Onetti. Entonces, por recomendación de Ernesto Sabato, que iba a publicar Sobre héroes y tumbas en esa editora, Muchnik recibe a Gombrowicz y le propone publicar Ferdydurke, que no se había reeditado desde 1947, en Los Libros del Mirasol, una de las primeras colecciones de libros de bolsillo en América latina, una colección popular muy buena, donde entre otras cosas habían aparecido El sonido y la furia de Faulkner y El largo de adiós de Chandler. Muchnik, que cuenta esta historia con mucha sinceridad en sus recuerdos de Gombrowicz, le propone hacer una edición de 10.000 ejemplares y le ofrece como anticipo un tercio de los derechos. « Eso es lo de menos », le contesta Gombrowicz. « Yo estoy dispuesto a autorizarle esa edición, si usted se compromete a editar otro libro muy importante que estoy escribiendo. Ustedes me hacen un contrato de edición del Diario argentino, y yo les autorizo a editar Ferdydurke. » Muchnik le responde que no puede comprometerse sin haber leído el libro. Y entonces, cuenta Muchnik, « sin quitarme los ojos de encima, Gombrowicz se llevó las manos al bolsillo del saco, extrajo un par de páginas escritas a máquina y me las alcanzó por encima de mi escritorio ». Muchnik le sugiere que se las deje para leer. « No », insiste cortante Gombrowicz. « Dos páginas se leen en un momento, léalas ahora, yo espero. » Entonces Muchnik se pone a leer, con Gombrowicz delante, « y ese texto », dice Muchnik, « me atrapó desde la primera frase. Pero cuando terminé de leerlo le dije, bueno, es extraordinario, pero no puedo comprometerme a publicarlo sin conocer todo el libro. Gombrowicz no me respondió, se puso de pie. Por encima del escritorio me quitó sus dos hojas, murmuró algo que no sé si fue un insulto o un saludo de despedida, y sin más giró sobre sus talones y se fue ».

Prefirió no reeditar Ferdydurke, no recibir el dinero del anticipo que seguro necesitaba porque quería ver publicado el Diario argentino. Y están esas dos páginas escritas en castellano. Un pequeño enigma: ¿qué páginas eran esas, quién las había traducido?, ¿Gombrowicz las escribió directamente en castellano?

Algo de la ética de nuestra literatura está en esa escena. Y algo que nos incumbe a todos nosotros y a nuestra tradición literaria está en la historia de la relación de Gombrowicz con la lengua argentina.

 

[Fuente: http://www.lanacion.com.ar]

Dans le cadre de « Bohemia Magica, Une Saison tchèque en France » (mai-décembre 2002), le Musée du Montparnasse a évoqué Franz Kafka (1883-1924), son œuvre, ses proches et son époque. Extraits de ses romans, notamment sur ses voyages à Paris (1910, 1911), ses dessins à la plume, des tableaux, des photographies de Prague, et bien d’autres documents sont rassemblés pour nous inviter dans l’univers de cet écrivain tchèque, Juif, de langue allemande. La Bibliothèque nationale d’Israël a mis en ligne des œuvres de Kafka.

Publié par Véronique Chemla

« Les deux voyages de Kafka à Paris (1910 et 1911) avec Max Brod, à travers des tableaux et des photographies de l’époque, les peintres tchèques de Montparnasse à l’époque de ces séjours (Alphonse Mucha, François Eberl, François Kupka), ceux qui ont connu Kafka à Prague, avant leur arrivée à Paris (Georges Kars et Othon Coubine du groupe des Huit), les photographies de Roger Pic de la mise en scène du « Procès » par Jean-Louis Barrault au Théâtre Marigny (septembre 1947), la vie et l’œuvre de Franz Kafka, à travers la vision de peintres et de sculpteurs de notre temps, les promenades pragoises de Kafka illustrées par des photos d’époque et récentes de Hélène Moulonguet et Christian Parisot, la richesse culturelle de Praga Magica, sous l’empire austro-hongrois puis dans la Tchécoslovaquie, l’univers onirique de l’auteur du « Procès », son recrutement par une compagnie d’assurance et la chambre de Kafka imaginée par Jack Vanarsky ». Cette exposition, c’est cela et autre chose, en raison du hiatus entre ses deux titres et son contenu très divers.

Plus que de « métamorphoses », il s’agit de présentations, d’inspirations, d’adaptations et d’introductions à Kafka. Tels les portraits de la famille bourgeoise et commerçante de Kafka par Valerio Cugia. Ou ceux du Cercle de Prague par Gerardo Dicrola, et les rêveries des peintres Anne Gorouben et Andrea Fortina, ou « Le Château » par Nathalie du Pasquier. Des visions teintées de mystère d’une « œuvre peu connue du vivant de Kafka, bannie sous le nazisme, redécouverte en France après la guerre par André Gide, André Breton et Jean-Paul Sartre ».

La « reconstitution du cabinet de travail de Kafka » et la boule sombre de Vladimir Skoda (2002) laissent perplexe et leurs bruits irritent.

Kafka, « l’émanation d’une culture qui n’est plus » (Gérard-Georges Lemaire)

Les angles retenus effleurent des faits ou suscitent des questions. Contre la volonté de Kafka qui souhaitait que ses manuscrits et lettres fussent détruits, son meilleur ami, Max Brod, les fait publier (« Le Château »), même inachevés (« Le Procès »), tant il est convaincu du caractère majeur de ces textes.

Kafka, un fin juriste ? C’est ce qu’affirme l’exposition. Alors le raisonnement juridique a-t-il marqué les œuvres de Kafka ? Quelle est la part de sa judéité dans leurs genèses ? Car « après avoir rejeté les traditions du judaïsme, Kafka découvre vers 1910 la littérature yiddish, la Bible, les textes hassidiques et se passionne pour l’idéal communautaire des premières colonies (sic) sionistes. Il lit Dostoïevski, s’initie aux théories socialistes et anarchistes et fréquente les milieux d’avant-garde pragois, allemands et tchèques ».

Pourquoi ses amours furent elles « malheureuses et interrompues » ? Pourquoi Milena a-t-elle été l’amour impossible de Kafka ? Pourquoi n’avoir pas montré aussi les photos de l’adaptation théâtrale de « La Métamorphose » par Yasmina Reza et Roman Polanski (1988) ?

Malgré cette multiplicité d’angles, la curiosité du visiteur demeure donc inassouvie. Le catalogue et le documentaire diffusé viennent suppléer certains manques.

Milan Kundera

Le 3 juin 2014, BibliObs a publié l’article « J’aimerais définir la beauté de Kafka, mais je n’y arriverai jamais » de Milan Kundera (hors-série du « Nouvel Observateur » consacré à la bibliothèque idéale des XIXe et XXe siècles, paru en mai 2013) :

« On a écrit un nombre infini de pages sur Franz Kafka qui, pourtant, est resté (peut-être justement grâce à ce nombre infini de pages) le moins compris de tous les grands écrivains du siècle passé. «Le Procès», son roman le plus connu, il s’est mis à l’écrire en 1914. C’est-à-dire exactement dix ans avant la publication du premier «Manifeste» des surréalistes, qui n’avaient pas alors la moindre idée de la fantaisie «sur-réelle» d’un Kafka, auteur inconnu dont les romans ne seront publiés que longtemps après sa mort. Il est donc compréhensible que ces romans qui ne ressemblaient à rien aient pu paraître comme hors du calendrier de l’histoire littéraire, cachés dans un lieu qui n’appartenait qu’à leur auteur.

Pourtant, malgré cet isolement, leurs innovations esthétiques précoces représentaient un événement qui ne pouvait pas ne pas influencer (même à retardement) l’histoire du roman. «C’est Kafka qui m’a fait comprendre qu’un roman, on pouvait l’écrire autrement», m’a dit une fois Gabriel Garcia Marquez.

Kafka examine les protagonistes de ses romans d’une façon toute particulière, comme on peut le constater clairement dans «le Procès» : il ne dit pas un mot de l’aspect physique de K. ; pas un mot de sa vie avant les événements du roman ; même de son nom, il ne nous laisse connaître qu’une seule lettre. En revanche, dès le premier paragraphe et jusqu’à la fin du livre, il se concentre sur sa situation : sur la situation de son existence.

Dans le cas du «Procès», il s’agit de la situation de celui qui est accusé. Cette accusation se présente d’abord d’une façon plutôt drôle: deux messieurs tout à fait ordinaires arrivent le matin chez K., qui est encore au lit, pour lui faire savoir, pendant une conversation plutôt agréable, qu’il est accusé et qu’il doit s’attendre à ce que l’examen de son cas s’étende sur une très longue période. La conversation est aussi absurde que drôle. D’ailleurs, quand Kafka a lu ce chapitre pour la première fois à ses amis, ils ont tous ri.

Le crime et le châtiment ? Ah non, ces deux notions dostoïevskiennes n’ont absolument rien à faire ici. Pourtant, des régiments de kafkologues les ont considérées comme le thème principal du «Procès». Max Brod, l’ami fidèle de Kafka, n’a pas le moindre doute sur la présence, chez K., d’une lourde faute cachée: d’après lui, K. est coupable de «Lieblosigkeit» (incapacité d’aimer ) ; de même, Edouard Goldstücker, un autre kafkologue célèbre, tient K. pour coupable «parce qu’il a permis que sa vie se fût mécanisée, automatisée, aliénée» et qu’il a transgressé ainsi «la loi à laquelle toute l’humanité est soumise et qui nous dit: Sois humain».

Mais encore plus fréquente (et je dirais encore plus bête) est l’interprétation juste contraire qui, pour ainsi dire, orwellise Kafka : selon elle, K. est persécuté par les criminels d’un pouvoir «totalitaire» avant la lettre, comme c’est le cas, par exemple, dans la célèbre adaptation cinématographique du roman réalisée par Orson Welles en 1962.

Or K. n’est ni innocent, ni coupable. C’est un homme culpabilisé, ce qui est une chose toute différente. Je feuillette le dictionnaire: le verbe culpabiliser a été utilisé pour la première fois en 1946 et le substantif culpabilisation encore plus tard, en 1968. La naissance tardive de ces mots prouve qu’ils n’étaient pas banals: ils nous faisaient comprendre que chaque homme (si je peux moi-même jouer avec des néologismes) est culpabilisable ; que la culpabilisabilité fait partie de la condition humaine. Soit à cause de notre bonté qui craint d’avoir blessé les faibles, soit à cause de notre couardise qui a peur de froisser ceux qui sont plus forts que nous, la culpabilisabilité est toujours avec nous.

Kafka n’a jamais formulé de réflexions abstraites sur les problèmes de la vie humaine ; il n’aimait pas inventer des théories ; jouer le rôle d’un philosophe ; il ne ressemblait ni à Sartre ni à Camus ; immédiatement, ses observations de la vie se transformaient en fantaisie ; en poésie – la poésie de la prose.

Un jour, K. est invité (anonymement, par téléphone) à se présenter, le dimanche suivant, dans une maison de banlieue pour y participer à une petite enquête le concernant. Pour ne pas compliquer le procès qu’il ne veut pas prolonger inutilement, il décide d’obtempérer. Donc, il y va. Même s’il n’a pas été convoqué à une heure précise, il se dépêche. D’abord il veut prendre un tramway. Puis il refuse cette idée pour ne pas s’abaisser devant ses juges par une ponctualité trop docile.

Mais en même temps, il ne souhaite pas prolonger le déroulement du procès, et donc il court ; oui, il court (dans l’original allemand le mot «courir», «laufen», se répète trois fois dans le même paragraphe) ; il court parce qu’il veut garder sa dignité et, cependant, arriver à temps à un rendez-vous dont l’heure reste indéterminée.

Ce mélange du grave et du léger, du comique et du triste, du sens et du non-sens, accompagne tout le roman jusqu’à l’exécution de K. et fait naître une étrange beauté qui n’a pas son pareil ; j’aimerais bien la définir, cette beauté, mais je sais que je n’y arriverai jamais. »

Manuscrits

Le 7 juillet 2015, un tribunal israélien a statué : les manuscrits de Kafka, dont avaient hérité Eva Hoffe et Ruth Wiesler, filles de la secrétaire de Max Brod, Esther Hoffe, reviendront à la Bibliothèque nationale d’Israël.

Le 7 février 2016, dans le cadre de Toute la mémoire du monde, 4e festival international du film restauré, la Cinémathèque française présenta Kafka va au cinéma, de Hanns Zischler (France / 2002 / 52 min) : « Durant des années, au gré de ses voyages et de ses déplacements professionnels, Hanns Zischler a tenté de retrouver, dans les archives et les cinémathèques, la trace des films évoqués par Franz Kafka dans sa Correspondance et dans son Journal entre 1908 et 1913. Ce film documentaire propose un jeu de pistes sur les traces de l’écrivain, entre Prague, Vérone et Paris, à la rencontre de personnalités qui viennent éclairer les réflexions de Zischler. Michal Bregant, des Archives du cinéma de Prague, évoque le cinéaste tchèque Jan Krizenecky dont les films, souvent comparés à ceux des frères Lumière, dévoilent Prague telle que Kafka l’a connue. Peter-André Alt apporte une analyse de la méthode d’écriture de Kafka à l’aune de sa vision du cinéma. Ce film offre des perspectives pleines d’esprit sur la fascination de Franz Kafka envers le cinématographe, et la fascination de Hanns Zischler envers Kafka ».

Le 8 août 2016, la Cour suprême d’Israël a confirmé un jugement de 2012 concernant les manuscrits de l’écrivain pragois Franz Kafka (1883-1924) détenus par la Bibliothèque nationale d’Israël. Elle a statué en faveur de la détention par cette Bibliothèque de ce fonds. Elle a donc « rejeté l’appel des sœurs Hoffe, héritières de Max Brod, un ami et exécuteur testamentaire de l’auteur du Procès, qui avaient été déboutées ».

Le 26 mai 2021, la Bibliothèque nationale d’Israël a mis en ligne des œuvres restaurées et numérisées de Kafka :

« The writer Franz Kafka (1883–1924) is considered a key figure in the annals of modern world literature. Kafka was born to an assimilated Jewish family in Prague, then one of the most important cities in the Austro-Hungarian Empire. He studied law at the German University in Prague, where he met the writer Max Brod, who would become his close friend.

During his academic studies, Kafka developed an intense interest in literature and philosophy, and begin writing his first works soon after. Kafka died of tuberculosis at the age of 41. Skeptical of its literary value, throughout his short life Kafka hesitated to publish his work, and as a result he received little recognition as a literary figure during his own lifetime. Thanks to Brod, who encouraged Kafka to complete and publish his works, Kafka’s writing has entered the canon of Western literature. The Schocken publishing house also contributed to Kafka’s worldwide recognition: in 1934, with Brod’s mediation, the publisher agreed to print a complete edition of Kafka’s writings. The first volumes were published in Germany and later in Czechoslovakia and the United States. Shocken also published Kafka’s works in Hebrew translation.

Kafka’s Estate

In 1921 and 1922, Kafka wrote two notes to Brod asking that all his manuscripts, paintings and letters be destroyed after his death. In defiance of this clear directive, from June 1924 Brod collected all of the materials from the various locations, examined them and began to publish what Kafka had stored away during his lifetime. The three unfinished novels The Trial, America and The Castle are among the most well-known of these works. Brod took all of Kafka’s writings with him when he left his native Czechoslovakia for Mandatory Palestine in March 1939, just hours before the Nazis invaded the country. In the early 1960s, he returned most of them to Kafka’s heirs.

These materials are preserved today in the Bodleian Library at Oxford, while hundreds of letters, a number of short manuscripts and even many of Kafka’s drawings remained in Brod’s possession, comprising a significant part of Kafka’s literary legacy. Between 2016 and 2019, Brod’s own extensive personal archive, along with Kafka’s items, was deposited in the National Library of Israel. A number of other original items of Kafka’s, including notebooks in which he practiced his Hebrew, are also preserved today at the National Library, and together these materials represent the third largest collection in the world of the great writer’s original material.

The digitization was performed by photographer Ardon Bar-Hama and was made possible thanks to the generous support of George Blumenthal ».

« La plupart des documents récupérés avaient déjà été publiés par Max Brod, à part des dessins inédits ni signés ni datés. Parmi ces documents figurent « environ 120 dessins, plus de 200 lettres à l’écrivain Max Brod, [dont] l’original de son testament littéraire demandant à son ami qu’il brûle tous ses écrits », a expliqué à l’Agence France-Presse Stefan Litt, conservateur chargé du projet ».

Le 10 juin 2021, à Prague (République tchèque), le Prix Franz Kafka 2020 a été « décerné à l’écrivain franco-tchèque Milan Kundera à l’occasion d’une cérémonie organisée à Prague, a fait savoir l’ambassade de France en République tchèque. À la demande de l’auteur, le prix sera remis à Anna Kareninová, la traductrice officielle de ses œuvres françaises en tchèque. »

« Âgé de 92 ans, Milan Kunderaest un des plus célèbres écrivains contemporains. Il vit en France depuis la moitié des années 1970. Il est le 20e lauréat de ce prix littéraire international décerné par la Société Franz Kafka et la ville de Prague. La date traditionnelle de la cérémonie de remise du prix, en octobre, a dû être reportée en raison de la pandémie de coronavirus ».

Variations sur Kafka

En 2016-2017, les trois galeries Saphir, notamment à Paris, présentèrent l’exposition Variations sur Kafka. Xylographiesde Sergio Birga, « artiste contemporain italien qui travaille avec brio la gravure sur bois ». Il avait rencontré des peintres expressionnistes allemands, tel Kokoschka.

Né en 1940 à Florence, cet artiste a été à l’honneur en 1977 par l’exposition collective « Mythologies Quotidiennes 2 » (ARC), qui réunissait des œuvres de peintres du mouvement « Figuration Narrative ».

Il « peuple ses paysages d’Italie, de Jérusalem ou de France, de réminiscence classiques étrangement revisitées par une inquiétante poésie ». Ce Chevalier des Arts et Lettres vit et travaille à Paris depuis 1966.

Kafka et Prague

Le 28 mars 2019 de 20 h 30 à 22 h 30, le Cercle Bernard Lazare (CBL) proposa la conférence « Kafka et Prague » avec Daniel Chocron, écrivain et coauteur avec Marinette Delanné, de « À Prague, sur les traces de Kafka » (Éd. La Lucarne des Écrivains). « Comment cette ville si particulière a-t-elle marqué un des plus grands écrivains du XXème siècle ? ».

Arte diffusa jusqu’au 6 septembre 2020, dans le cadre d' »Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « Prague la kafkaïenne » (Prag und Kafka). « Fin du 19ème siècle, Prague en Tchéquie est le cœur battant de la Mitteleuropa, cette Europe centrale qui brasse les cultures allemande, autrichienne, tchèque et juive. Dans ce brassage culturel unique naît Franz Kafka. Tchèque de confession juive et de langue allemande, l’auteur de la « Métamorphose » et du « Château » incarne l’identité à facettes multiples de sa ville ».

« Prague la kafkaïenne« 
France, 2018

Gérard-Georges Lemaire, « Métamorphoses de Kafka ». Editions Eric Koehler-Musée du Montparnasse, 2002. 288 pages. ISBN : 2 7107 0701 2

Jusqu’au 15 janvier 2017
Aux Galeries Saphir

Rambuteau : 69, rue du Temple. 75003 PARIS. TEL :  01 42 72 61 19
Wagram  : 69, avenue de Villiers.  75017 PARIS. TEL : 01 44 40 26 84
Lundi – Vendredi : 13:00 à 19:00  –  Dimanche : 13:00 à 19:00
Face Parking : 38, rue du Maréchal Leclerc  35800 DINARD. TEL : 02 99 46 86 85
Visuels :
Sergio Birga
Quadridessins

Cet article a été publié en 2002 par Guysen, et sur ce blog le :
– 23 octobre 2012 en raison du récent jugement d’un tribunal de Tel-Aviv imposant que soient déposés à la bibliothèque nationale d’Israël tous les écrits de Kafka et de Max Brod, son ami et exécuteur testamentaire. Arte a déprogrammé Kafka, le dernier procès de Sagi Bornstein le 24 octobre 2012 ;
– 4 juillet 2013. Hier était le 130e anniversaire de la naissance de Kafka ;
– 25 avril 2014. La Crypte du Martyrium Saint-Denis (75018) présente Le Journal de Kafka (1h15) les samedi à 20 h 30 et dimanche 16h30, dans une adaptation, nouvelle traduction et mise en scène de Béatrice Guéna (alias Laura Ley) ; les textes sont dits par Zygmunt Blazynsky ;
– 7 juillet 2015, 3 février, 13 août et 22 décembre 2016, 28 mars 2019.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Après son théâtre en 2002, ce nouveau volume de la Pléiade propose les éditions clandestines originales des romans et poèmes de Jean Genet, tel qu’en lui-même enfin.

 

Écrit par Anne COUDREUSE

L’écriture des romans et des poèmes de Jean Genet (1910-1986) se concentre sur une période remarquablement brève : six années, de 1942 – date de la publication à compte d’auteur du poème Le Condamné à mort, dédié « à Maurice Pilorge assassin de vingt ans », sous la forme d’une plaquette imprimée à une centaine d’exemplaires – à 1948, où paraît l’édition clandestine de Journal du voleur, imprimée à 400 exemplaires par Albert Skira à Genève. Découvrant le manuscrit de Notre-Dame-des-Fleurs en février 1943, Cocteau s’exclame : « C’est le grand événement de l’époque. Il me révolte, me répugne et m’émerveille. » Jean Genet écrit sur les marges de la société depuis les marges de la littérature.

Romans et poèmes
Jean Genet
2021
Gallimard
1648 pages

La plupart des œuvres inscrites au sommaire de ce volume étaient connues par la version qu’en proposent les Œuvres complètes de Genet, qui commencent à paraître chez Gallimard en 1951 sous le patronage de Jean-Paul Sartre, qui les préfacera en 1952 d’une étude de près de 700 pages devenue célèbre : Saint Genet, comédien et martyr. Mais le texte de ces volumes avait été révisé, soit par Genet, soit avec son assentiment, de manière à atténuer certains éléments sexuels et politiques. Comme l’indiquent les maîtres d’œuvre de cette édition, Gilles Philippe et Emmanuelle Lambert, « L’œuvre romanesque et poétique fut […] produite avec une fulgurance dont l’histoire littéraire ne présente guère d’exemples. On hésite cependant à dire de cet ensemble qu’il a “paru” : la publication de ces textes fut d’abord clandestine. C’est qu’à la provocation et à son fracas s’ajoute ici un élément de poids, la pornographie homosexuelle. » L’alexandrin lui donne un éclat somptueux dans la première publication de Genet, écrite à la prison de Fresnes où l’a conduit un vol de livres à la Librairie Stock, en face de la Comédie-Française :

 

« Colle ton corps ravi contre le mien qui meurt

D’enculer la plus tendre et douce des fripouilles.

En soupesant charmé tes rondes, blondes couilles,

Mon vit de marbre noir t’enfile jusqu’au cœur. »

 

D’une cellule de la Santé aux salons des Éditions Gallimard

Il a fallu un peu moins de dix ans à Genet pour échapper à son destin anonyme de prisonnier promis à la déportation en décembre 1943 quand il tombe sous le coup des lois pétainistes relatives aux vagabonds, et est transféré au camp des Tourelles, antichambre des camps de concentration placée sous le contrôle de la Milice.

Grâce à la chronologie (1910-1954) très détaillée et informée fournie par Albert Dichy, qui s’appuie sur son livre Jean Genet, matricule 192.102. Chronique des années 1910-1944, le lecteur peut suivre les errances, les fugues et les délits de Jean Genet, abandonné à sept mois par sa mère Camille Genet (c’est alors qu’il se voit attribuer son matricule de l’Assistance publique) ; il est placé en nourrice dans une famille du Morvan où il reçoit une solide éducation catholique (qui irriguera toute son écriture, comme en attestent déjà les titres de ses deux premiers romans).

Sa scolarité s’achève lorsqu’il a treize ans et est reçu premier de sa commune aux épreuves du certificat d’études primaires. Il échappe ainsi au sort de valet de ferme réservé aux enfants de l’Assistance publique à la campagne et entre en apprentissage pour devenir typographe en octobre 1924. Il s’en évade très vite et est placé en 1925 comme « petit secrétaire » chez un compositeur de chansons populaires, auprès de qui il apprend les règles de la versification et découvre Les Fleurs du mal.

Après l’avoir volé, il se livre à de nombreuses fugues et connaît en 1926 sa première expérience carcérale : trois mois de détention préventive à la prison de la Petite Roquette de Paris. Il est finalement « confié sous le régime de la liberté surveillée à la colonie agricole pénitentiaire de Mettray jusqu’à ce qu’il ait atteint sa majorité ». Il reste deux ans et demi dans ce qui deviendra l’un des hauts lieux de son œuvre, évoqué principalement dans Miracle de la rose et L’Enfant criminel. Dans Journal du voleur, il parle du « miraculeux malheur de [s]on enfance à Mettray ». Un extrait de Miracle de la rose montre en quoi il s’agit d’un roman à la fois poétique et initiatique, qui ne saurait se lire comme un témoignage ni une autobiographie au sens strict : « Dans un poème, les mots habituels sont déplacés et replacés de telle sorte qu’à leur sens courant s’en ajoute un autre : la signification poétique. Chacune des choses, chacun des objets qui me reviennent à l’esprit, composaient un poème. À Mettray chaque objet était un signe qui voulait dire douleur. » C’est là aussi qu’il découvre avec éblouissement les sonnets de Ronsard.

Ayant devancé l’appel du service militaire pour quitter Mettray avant sa majorité, il s’engage dans l’armée en 1929. Après de nombreux voyages et de nombreuses fuites, il est déclaré déserteur en mai 1936 et fuit à travers l’Europe, vagabondage d’un an qui fournira la trame de Journal du voleur. Il se réengage illégalement en 1938 à Brest, où il est condamné à trois mois de prison. En 1940 il est emprisonné à Fresnes, en 1941 à la prison de la Santé.

Alors qu’il tient une caisse de bouquiniste alimentée avec des livres volés, il rencontre en mars 1942 deux jeunes gens lettrés, intrigués par sa culture et qui le présenteront à Jean Cocteau le 14 février 1943. C’est lui qui, en confiant sa défense à Me Maurice Garçon, et en le présentant à la barre comme « le plus grand écrivain de l’époque moderne », le fera échapper à la réclusion à perpétuité. C’est lui qui interviendra à nouveau en mars 1944 pour le faire sortir du camp de Rouillé : il ne retournera plus en prison. En avril 1944 paraît un extrait de Notre-Dame-des-Fleurs dans la revue L’Arbalète, à côté de textes de Jean-Paul Sartre, Paul Claudel et Michel Leiris. C’est sa première publication non clandestine. Il fait en mai la connaissance de Jean-Paul Sartre au Café de Flore.

Revenir à la source des éditions clandestines

Les directeurs de ce volume ont fait le choix de revenir systématiquement au texte des premières publications clandestines. Ces versions n’étaient jusqu’à présent accessibles au grand public que pour Pompes funèbres et Querelle de Brest (dans la collection « L’Imaginaire »). En effet, la notoriété de Genet reposait sur la lecture de textes qui, pour certains « demeureraient longtemps indisponibles au public : Sartre et Cocteau avant lui avaient lu et commenté les versions clandestines », lit-on dans l’introduction qui revendique la nécessité de ce choix pour une redécouverte, spectaculaire et radicale, des cinq romans de de Jean Genet, « si on peut les appeler ainsi », comme il le souligne lui-même, en pointant la grande liberté générique de ses textes. « Il était donc temps, en revenant aux textes clandestins ici rassemblés pour la première fois, de rendre le nom de Genet à son origine : souterraine et agressive. […] C’est un chant obscur, émis depuis l’envers de la société », lit-on en conclusion de l’introduction de ce volume.

La quête de la « sainteté » infâme dans une langue splendide

« Si l’objet de Journal du voleur est la vie de Jean Genet entre 1932 et 1940, son thème est l’exemplarité de cette vie dans le domaine de la sainteté, ce dernier mot devant s’entendre au sens de Genet, c’est-à-dire au sens de celui qui, depuis Notre-Dame-des-Fleurs, renverse les valeurs (chrétiennes, sociales, légales) établies », explique Emmanuelle Lambert dans la notice consacrée à ce livre où Genet écrit : « la sainteté c’est de faire servir la douleur. C’est forcer le diable à être Dieu. C’est obtenir la reconnaissance du mal. » Plus généralement, l’œuvre de Genet glorifie la trahison, le crime, le vol, la veulerie, l’homosexualité. Pour reprendre une formule de l’introduction, « la splendeur stylistique est la pourpre dont il drape les indignes, les malfrats et les honteux. » Il écrit dans Journal du voleur : « La trahison, le vol et l’homosexualité sont les sujets essentiels de ce livre. Un rapport existe entre eux, sinon apparent toujours, du moins me semble-t-il reconnaître une sorte d’échange vasculaire entre mon goût pour la trahison, le vol et mes amours. »

Après le rêve hugolien de mettre « un bonnet rouge au vieux dictionnaire », Genet cherche avant tout à lui « baisser la culotte », comme l’explique l’introduction en citant une de ses lettres : « rendre acceptables dans le corps du bouquin de tels mots : bite, enculer et d’autres. » Il ne faudrait pas pour autant caricaturer cette langue par la formule : « un lexique obscène dans un écrin syntaxique orfévré ». Car la langue de Genet, qui proclame que la langue française est son seul attachement à la nation, ne se caractérise pas seulement par ses imparfaits du subjonctif et ses constructions syntaxiques chantournées voire précieuses. Elle témoigne aussi d’une grande richesse de vocabulaire, dont il faudrait écrire le dictionnaire : labarum, solfatare, giron, pariade, goménolé, alcade, rabouin, catalpa, simoun, autant de mots rares, sans parler de l’argot, que selon son premier éditeur, Paul Morihien, secrétaire de Cocteau, « Genet parlait mal », lui qui voulait utiliser la « langue de l’ennemi » plutôt que « la langue étrangère qu’aurait été l’argot » (Entretien avec Bertrand Poirot-Delpech). Dans Miracle de la Rose (1946), il écrit : « Toutefois je m’étonne que notre jargon n’ait pas eu sa trame plus serrée. Peut-être était-ce parce que nous le tirions de nous un peu chaque jour. Mais ce que nous disions et pensions, je le sens maintenant, ne pourra jamais être traduit par la langue française. » Il triomphe dans Journal du voleur, en même temps qu’il trouve un point d’arrêt : « Je veux réhabiliter cette époque en l’écrivant avec les noms des choses les plus nobles. Ma victoire est verbale et je la dois à la somptuosité des termes mais qu’elle soit bénie cette misère qui me conseille de tels choix. »

Ce qui triomphe chez lui, c’est la poésie, définie dans Pompes funèbres comme « l’art d’utiliser les restes », « d’utiliser la merde et de vous la faire bouffer ». Pour Genet, « le poète s’occupe du mal. » Il s’agirait ici de « la base esthétique de Pompes funèbres », et ce serait « n’y rien comprendre que de s’offusquer du pire », explique l’introduction en citant ce passage qui permet de saisir les réticences de Gaston Gallimard à le publier au-delà d’un cercle d’initiés : « l’officier allemand qui commanda le carnage d’Oradour […] a fait ce qu’il a pu – beaucoup – pour la poésie. » L’édition originale de 1947 fut tirée à 470 exemplaires. Plutôt que d’évacuer les difficultés posées par ce roman, l’introduction s’y affronte intelligemment : « Pompes funèbres demeure une œuvre non réconciliée, opaque. En ce sens […] il s’agit du véritable art poétique de Genet. Il met à nu, dans sa tension maximale, l’attribut commun de tous ses romans et de tous ses poèmes : leur brutale ambiguïté. »

Sans parler de l’importance aujourd’hui de l’œuvre de Genet pour les études de genre, des polémiques sur son antisémitisme et son attrait trouble pour le fascisme (qu’interroge l’essai d’Ivan Jablonka paru en 2004, Les Vérités inavouables de Jean Genet), la figure de Genet occupe une place majeure dans l’imaginaire contemporain, comme un classique. Rappelons qu’Annie Ernaux le cite en exergue de La Place (1983) : « Je hasarde une explication : écrire c’est le dernier recours quand on a trahi. » Et n’oublions pas l’hommage que lui rend Léo Ferré dans sa chanson « Poètes, vos papiers ! » dès 1957 :

« Littérature obscène inventée à la nuit
Onanisme torché au papier de Hollande
Il y a partouze à l’hémistiche mes amis
Et que m’importe alors Jean Genet que tu bandes
 »

En 2010, Étienne Daho avec Jeanne Moreau a proposé une nouvelle interprétation du Condamné à mort, sur la musique d’Hélène Martin, disparue récemment, et a redonné au grand public et à un public plus jeune le goût de cet écrivain transgressif.

Avec ses notices, ses notes, ses variantes, ses appendices et sa riche bibliographie, ce volume de la Pléiade est une invitation à la fois sensible et savante à (re)découvrir une œuvre majeure de la littérature.

 

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

文具ライター愛用の「一軍」文具を紹介するよ (note(ノート)) - LINE NEWS

Écrit par Maryse EMEL

Le nom de Magritte est populaire. Son oeuvre demeure cependant incomprise. Le sémiologue Sémir Badir lève le voile sur une peinture empreinte de philosophie.

Magritte et les philosophes Sémir Badir 2021                           Les Impressions Nouvelles                  169 pages

Sémir Badir, en écrivant Magritte et les philosophes, s’efforce de lutter contre un certain nombre d’idées reçues à propos du peintre. Il montre que pour ce dernier, les images sont « aptes à former des idées et à les mettre en valeur par des arrangements particuliers »   . Loin d’être des moyens au service d’une pensée qui leur serait extérieure, ou encore des pré-textes, les images ont une sémiologie et une rhétorique propres. Elles sont irréductibles à l’ordre du discours. Cette pensée en images de Magritte trouve des échos dans la pensée philosophique. Rencontres exemplaires dans la mesure où comme il en va pour les œuvres du peintre, elles « exposent et « présentifient » la force qui les anime »   en se jouant des accords et désaccords en quête sans cesse recomposée de la signification du monde. À ce titre elles posent de véritables questionnements philosophiques.

Transposer plutôt que traduire

Même si leurs univers de références sont étrangers l’un à l’autre, il y a chez Wittgenstein et Magritte la même volonté d’en finir avec une représentation du monde héritière d’une logique et d’un langage où le principe de non-contradiction et la tautologie règnent en maître dans l’institution de la signification. Il ne s’agit pas de rendre présent un modèle absent. Il s’agit pour Magritte de construire une « pensée-image » qui réunit simplement des figures. En-deça, l’image n’est rien. Le sens surgit de cette composition. Cette dernière n’est pas juxtaposition, car c’est de l’union seule que surgit le sens au cœur de la contiguïté des figures. « Ce qu’on ne peut dire, il faut le montrer » : cette thèse fondatrice de Wittgenstein dans le Tractatus, Magritte la reprend en la modifiant. Il ne s’agit pas d’opposer image et discours, mais au contraire de les laisser déployer leur univers de sens. C’est une des raisons qui conduit Sémir Badir à consulter les écrits de Magritte pour construire son analyse.

La peinture n’est qu’un moyen au service d’une finalité ouverte ne se limitant pas à l’art. En décembre 1963, Magritte écrivait à Bosmans : « Les images peintes sont l’égal de la parole, sans se confondre avec elle »   . Logique prédicative de la mise en relation des figures dans l’acte d’unir qui nous renvoie au travail du montage cinématographique. « Ceci n’est pas une pipe », parce que l’image ne montre que l’ordre des figures.

René Magritte - Ceci n'est pas une pipe - MuseumTV

Les œuvres ne délivrent pas de symboles. Les images « montrent » les choses sans attendre une interprétation. Refus de la position surplombante d’un sujet qui sait. Les œuvres peintes disent la poésie sans s’exprimer poétiquement. Il y a là de quoi agacer André Breton. L’artiste ne recherche ni une symbolique, ni une expression, juste une « ressemblance ». Qu’entend Magritte par là ?  Peut-être « un ordre commun aux figures peintes et aux choses du monde ». Pour que le sens advienne, il faut accepter le mystère du monde. Il ne faut pas expliquer, car ce serait retourner aux mots qui recouvrent l’image. Dans son tableau Explication, c’est avec ironie que « Magritte livre la recette du tableau : prenez une bouteille et une carotte ; amalgamez-les, sur une table juchée au sommet des montagnes. Qu’obtenez- vous ? Rien qui puisse se dire, mais seulement se montrer »   , écrit Sémir Badir. L’absence d’explication, voilà ce qui garantit la saisie du mystère du monde.

 

Fragments, découpe du monde

Analysant les tableaux de Magritte sur la période 1926-1928, correspondant au début du mouvement surréaliste belge, Sémir Badir y trouve un écho à la négation sartrienne. La démarche de Magritte, en effet, rejoint celle de Sartre pour qui la négation est antérieure au jugement, relève d’un questionnement, d’une attente. Prenons un exemple  : j’ai rendez-vous au café avec quelqu’un. Je vois du regard son absence. Ceci bien avant tout jugement. Ce « dépôt » du regard qui pense la négation, sous la forme de l’absence, la destruction et le manque, on le voit à l’oeuvre chez Magritte pour qui l’image est « une performance consistant à ne pas faire advenir ». Résistance qui risque de créer la déception chez le spectateur de l’oeuvre.

Ainsi, Magritte, dans L’homme du large, rassemble des figures qui résistent à la figuration. En s’en tenant à l’application des règles de la perspective, Magritte fait imploser de l’intérieur le cadre de la représentation. Les figures sont indescriptibles. « Comment, en effet décrire un fragment, un éclat, une découpe? »   , demande Sémir Badir. Il n’y a là nul travail de synthèse possible pour l’imagination. On assiste à une déréalisation de la représentation, à la faillite d’une conception étriquée de la représentation.


Sémir Badir commente le tableau La Voleuse, « portrait d’un être anthropomorphe appuyé sur un coffre en bois tigré (…) Cet être est enveloppé dans un voile noir »   . Il ouvre sur un mystère, une « inquiétante étrangeté », cet instant où le familier se fait surprenant. Le voile montre l’absence. Il dit le refus de la représentation. Il dit aussi le dévoilement attendu du monde.

Devant le tableau intitulé Personnage méditant sur la folie, « nous ne pouvons que nous poser des questions, soit que nous redoublons ainsi, par projection, un personnage lui-même en train de s’interroger, soit que nous interrogions le dispositif mettant un homme en dialogue avec le rien, une absence, un blanc »   . Le silence double l’indicible.

Le regard de l’âme

Montrer une image de la ressemblance, telle est la tâche du peintre pour Magritte opposé en cela à la position platonicienne défiante à l’égard de la représentation et des images, éloignées de deux degrés de la réalité. Il construit à ce propos des mises en scène de « problèmes », comme dans cette représentation détournée de l’allégorie de la caverne de Platon, un tableau représentant une toile sur un chevalet représentant l’horizon vu à travers l’ouverture d’une grotte obscure pourtant éclairée par un feu, soit une suite de simulacres.

La condition humaine de 1933, autre version, est  aussi un tableau dans un tableau :

La condition humaine (autre version)

Reprenant l’ascension du prisonnier libéré de ses chaînes vers la vérité, qui consiste en trois étapes, la sensation, la raison et le soleil, Sémir Badir montre qu’on peut se livrer à trois types d’interprétation. La première est phénoménologique, de nature sensible, donnant à voir un autre regard que le nôtre, redoublement projectif de notre regard. Le tableau exposé dans le tableau est un vieux thème de l’histoire de l’art depuis les Ménines de Vélasquez. Le peintre s’y donne à voir dans la fabrication de l’oeuvre. Si le tableau donne à voir le spectacle de la peinture, nous comprenons que ce moment où prime la sensibilité ne nous donne pas le sens de ce spectacle. L’imitation n’est pas, contre la position de Platon, le but de l’art.

La seconde interprétation est sémiologique et suit une certaine rationalité. Il y a là aussi insatisfaction. Si les signes mis en scène incluent les tableaux parmi les choses, ils ne peuvent s’y substituer. C’est une des significations du trop fameux « Ceci n’est pas une pipe ». Dans la troisième interprétation, Magritte rejette les solutions cubiste et futuriste qui font converger dans le tableau la multiplicité des points de vue. Relativisme qui ne conduit toutefois pas Magritte à adhérer à la thèse opposée. Si le monde s’offre à nous dans la diversité de ses apparences, c’est du fait de cet objet omniprésent dans ce tableau qu’est la fenêtre. Elle trace la séparation entre dehors et dedans, l’extérieur et l’intérieur. Elle contribue à justifier la perspective mais surtout elle ouvre sur une transparence lumineuse qui rend « les images peintes identiques aux apparences »   . Cette lumière a sa source en l’âme, « souveraine dans le monde de la pensée ».

L’exposition provocatrice de 1948 : vers une esthétique du laid

Les diverses interprétations y ont vu tantôt une parodie, tantôt l’origine du mouvement Cobra, tantôt encore un coup monté. De quoi s’agissait-il ? Ce sont vingt-cinq œuvres à part dans la production de Magritte. Elles portent le nom de « peintures vaches » et rompent avec une certaine décence. La matière y déborde littéralement la forme convenue du beau. En 1925 devant la reproduction du Chant d’amour de Chirico, Magritte avait rejoint le groupe des Surréalistes belges, accompagné du sentiment de libérer la peinture de ses chaînes.

Dans les années quarante, il est las de cette manière de faire. Il faut selon lui libérer la peinture du formalisme du «beau». Sémir Badir rapproche cette tentative de ce que Hegel dans l’Introduction à l’Esthétique nomme la géniale ironie divine de l’artiste. C’est ainsi qu’en 1943, Magritte en appelle à un «surréalidme en plein soleil»   en empruntant leurs manières aux impressionnistes – particulièrement à Renoir. En 1946, l’écart se creuse avec Breton, au point qu’en 1947 il n’est pas invité à l’exposition de ce dernier à Paris. Plus intimement, c’est aussi à un appel à la jouissance que se livre Magritte.

C’est du côté de la laideur qu’il va se tourner. La matière contre la forme devient occasion de licence et de plaisir, rejoignant dans une première  lecture le principe dionysiaque nietzschéen : «explosion de débauches colorées, une manifestation de plaisir qui entend bien détruire toute culture»   . Vouloir concilier le principe dionysiaque à l’oeuvre dans la danse et le théâtre, tel que l’entendait Nietzsche, au principe apollinien de ce qui fait l’art dans son formalisme, voilà une contradiction pour ce dernier. Ce sera le projet en 1943 du tableau Le Traité de lumière.

La ressemblance n’est pas similitude

Analysant le deuxième numéro des Cahiers du Chemin, paru en janvier 1968, où figure un texte de Michel Foucault autour de la Trahison des images, Sémir Badir y lit l’absorption de la peinture par le langage.

Absorbée, la peinture ne peut l’être que si on confond similitude, en tant que la participation des choses au monde visible, et ressemblance, action relevant de la pensée. Or Michel Foucault, dans son analyse de « Ceci n’est pas une pipe », va par le détour de la calligraphie, ramener la ressemblance à la similitude. « La similitude n’est rien d’autre que le masque dont se pare l’ennuyeuse répétition gouvernant la production des formes (abstraction faite de ce qu’elles sont susceptibles de représenter) et des interprétations symboliques (lesquelles renvoient sempiternellement aux mêmes origines religieuses et morales, ou séculières et psychanalytiques) »   , écrit Sémir Badir. L’image seule permet de montrer là où le langage se fait confus.

Michel Foucault, dans son livre Ceci n’est pas une pipe (Fata Morgana, 1973), rapproche Kandinsky et Paul Klee de Magritte, tout en précisant qu’en apparence, nul n’en est plus éloigné. Selon le philosophe, Klee et Kandinsky ont donné congé à la représentation en supprimant toute distance entre langage et image. Il tiendra cependant compte tardivement de cette distinction entre ressemblance et similitude : mais il commettra « un exact contresens à l’égard des intentions de Magritte », en « serinant le credo moderniste » selon lequel la philosophie et l’art sont appelés à mettre fin « au joug de la représentation »   . C’était oublier que le sens déborde des livres aussi… qui, tout comme les images trahissent, peuvent trahir aussi.

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

‘Una librería en Berlín’ es el relato autobiográfico de una judía polaca durante el Holocausto, redescubierto en 2010 y reeditado ahora con prólogo de Patrick Modiano
 

Ventanas de una imprenta judía destrozada tras la ‘Noche de los cristales rotos’, en 1938 en Berlín. 


Escrito por ÁLEX VICENTE 
 
El único libro que firmó Françoise Frenkel llevaba 70 años extraviado. Reapareció en un mercadillo de Niza en 2010, cuando fue encontrado por un bibliófilo intrigado por su sobria portada y su enigmático título: Rien où poser la tête (Ningún sitio donde reclinar la cabeza). Al abrirlo, descubrió el testimonio de una judía polaca, fundadora de la primera librería francesa de Berlín en 1921, que cruzó el continente escapando a la persecución de los nazis. De la capital alemana a París, y de ahí hasta Niza, desde donde logrará cruzar la frontera con Suiza tras dos intentos fallidos. Seis años después de ese descubrimiento, llega a las librerías traducido como Una librería en Berlín (Seix Barral), tras haberse convertido en uno de los fenómenos del año pasado en Francia.
Frenkel murió en enero de 1975. No dejó ningún rastro tras ella, salvo un puñado de documentos: su partida de nacimiento, su firma en el registro de la frontera suiza, un expediente de indemnización por los bienes que le embargaron los nazis. Estaban encerrados en un baúl que contenía un abrigo de piel de nutria, una gabardina negra, dos vestidos de punto, un paraguas, dos pares de zapatos y dos máquinas de escribir. Eso es todo lo que se sabe de ella. A día de hoy, no se ha encontrado ninguna fotografía de la autora. “¿En realidad hace falta saber más? No lo creo”, pregunta y contesta Patrick Modiano, Nobel de Literatura en 2014 y gran experto en los días de la ocupación nazi, en el prólogo del libro. “La gran singularidad de Una librería en Berlín es justamente que no podamos identificar a su autora de una manera precisa”, añade Modiano. Françoise Frenkel podría ser uno de los personajes del novelista, siempre con el rostro empañado por la niebla de la memoria.
La autora concluyó el manuscrito de Una librería en Berlín en 1944 a la orilla del Lago de los Cuatro Cantones, en el corazón de Suiza, donde la extinta editorial Jeheber lo publicaría un año más tarde. Sintiéndose, por fin, a salvo, Frenkel tomó la pluma para reflejar su experiencia. Pero lo hizo con una inhabitual contención. Más que una denuncia de la persecución y la vida en la clandestinidad a lo largo de su periplo, la obra está pensada como un homenaje “a los hombres de buena voluntad y valentía inagotable” que lograron “resistir hasta el final”. La escritora dejó los pasajes más traumáticos de su existencia al margen de sus páginas. Frenkel se esfuerza en subrayar la generosidad de los extraños. Insinúa los comportamientos mezquinos con un irónico desdén. El nombre de su marido, Simon Rachenstein, deportado a Auschwitz en 1942, ni siquiera aparece mencionado.

Documento de François Frenkel, autora del libro ‘Una librería en Berlín’, de un guardamuebles de París de 1940.

También es un relato sobre su pasión por la literatura, que sintió desde una edad muy temprana, cuando Frenkel “podía pasar las horas muertas hojeando un libro con imágenes o un gran volumen ilustrado”. Su librería, La Maison du Livre, fue algo parecido a un templo. Frenkel la define incluso como su “razón de ser”. Por ella pasaron André Gide, Apollinaire o Colette. En la Alemania francófoba de después del Tratado de Versalles, ese espacio se convirtió en un lugar “de olvido y desahogo, donde uno respiraba libremente”. Frenkel también firma una carta de amor a la cultura francesa y los valores universalistas con los que sigue asociada. Su auténtico nombre de pila era Frymeta, que convirtió en Françoise por el apego que sentía por su patria imaginaria.
Una librería en Berlín, que ya ha sido traducido a siete idiomas, volvió a la vida gracias al esfuerzo de Thomas Simonnet, de la editorial Gallimard —donde es editor de L’Arbalète, colección histórica donde publicaron Sartre y Jean Genet— y Frédéric Maria, consultor editorial para la francesa P.O.L. y la española Acantilado. “Varias editoriales se interesaron por él, pero algunas aspiraban a introducir cambios. Yo me negué a tocar el manuscrito”, afirma el segundo. Solo alguna expresión en desuso ha sido modificada para favorecer su comprensión. Maria también se encargó de seguir la pista a Frenkel para verificar la autenticidad del texto y recabar una serie de documentos históricos que aparecen publicados al final del libro.
Para Maria, el valor de este texto es incalculable. “Frenkel nunca dice explícitamente que es judía, pero se erige en portavoz de ese pueblo que busca la tierra prometida”, asegura sobre esta desconocida escritora. Puede que descubrir las páginas legadas por una mujer sobre la que no existía una sola referencia en Internet hasta 2010 no hagan más que intensificar la experiencia de la lectura. “Prefiero no conocer el rostro de Frenkel, ni las peripecias de su vida tras la guerra, ni la fecha de su muerte”, afirma Modiano en su prefacio. “De ese modo, su libro será siempre para mí la carta de una desconocida, olvidada en la lista de correos desde hace una eternidad y que parece que recibes por error, aunque tal vez eras, en realidad, su destinatario”.

LITERATURA RESUCITADA

Los testimonios sobre la Segunda Guerra Mundial cotizan al alza en el mercado literario, cada vez más atraído por los manuscritos inéditos y los libros redescubiertos. Antes que Françoise Frenkel estuvo Irène Nemirovsky y su Suite francesa, novela inconclusa de un millar de páginas que fue encontrada en una vieja maleta por sus hijas. Sería publicada en 2004 con un éxito apoteósico: hoy supera los 3 millones de ejemplares vendidos en el mundo, con adaptación hollywoodiense incluida. Por su parte, Anagrama editó en 2008 el Diario de Hélène Berr, el cuaderno autobiográfico firmado por una estudiante judía en la Sorbona, también prologado por Patrick Modiano.
Además, durante la década pasada se reeditó Una mujer en Berlín, el relato anónimo de una joven alemana entre los escombros de la capital alemana en 1945, al que parece referirse el título español de la obra de Frenkel. La editorial francesa prefirió ceñirse al original para evitar acusaciones de oportunismo. “Hemos sido particularmente transparentes y escrupulosos”, sostiene el editor Thomas Simonnet, que justifica esta reedición por “la importancia del libro como documento histórico, pero también su valor literario”. El estilo de Frenkel, límpido pero incisivo, distingue a una autora rigurosa y capaz de dar con algo muy difícil para todo escritor: la distancia precisa respecto a su propia historia.
 
 
 
[Foto: LIBRARY OF CONGRESS COURTESY EVERETT COLLECTION / CORDON PRESS – fuente: WWW.elpais.com]

Una nota sobre Regreso a Reims, de Didier Eribon

 

Escrito por Paula Andrea Marín C. 

El campo de los posibles… está estrechamente circunscrito a la posición de clase… Hay que pasar, como me sucedió a mí, del otro lado de la línea demarcatoria para escapar a la implacable lógica de lo que se da por sentado y para percibir la terrible injusticia de esta distribución desigual de oportunidades y posibles… Se trata de romper con las categorías incorporadas de la percepción y los marcos instituidos del significado y, en consecuencia, con la inercia social de la que dichas categorías y marcos son vectores, con el fin de generar una nueva mirada del mundo y, de esa manera, abrir nuevas perspectivas políticas. 

Las clases desfavorecidas creen estar accediendo a las posiciones de donde antes se las excluía, pero para cuando acceden a ellas, dichas posiciones ya han perdido el lugar y el valor que tenían en un estadio anterior del sistema… La distancia entre dominantes y dominados sigue intacta.

―Didier Eribon, Regreso a Reims.

Didier Eribon (Reims, Francia, 1953), filósofo, sociólogo, ensayista y periodista, publicó en 2009 Regreso a Reims, traducido y editado en español por Libros del Zorzal (Buenos Aires) en 2015. Eribon es ampliamente conocido en Francia y en Estados Unidos por sus estudios sobre disidentes y minorías sexuales, específicamente, las relacionadas con la homosexualidad masculina (en español, sus libros han sido traducidos y editados, sobre todo, por Anagrama). Le debo a alguien que me conoce bien el encuentro con este libro, alguien que sabe de mi obsesión por las relaciones entre clase social y trayectorias individuales, por aquello que algunos llaman la sociedad del “mérito” y sus muchos techos de cristal, pero también alguien que conoce mi amor por la obra de Annie Ernaux y de Pierre Bourdieu, ambos, como Eribon, originarios de provincias francesas diferentes a París; Ernaux y Eribon, además, se consideran deudores y herederos de la obra de Bourdieu.

Con una mezcla de escritura autobiográfica y de análisis sociológico, Eribon, hijo de un obrero y de una empleada doméstica, reconstruye su trayectoria socioprofesional (en el ámbito de las humanidades) en Regreso a Reims, a partir de un viaje a visitar a su madre, tras la muerte del padre y de décadas de no verlos. Desde ese momento y con una pregunta en mente: “¿Cómo podemos manejar nuestra relación con una historia que nos avergüenza?”, Eribon comienza a interrogar a su madre sobre sus orígenes sociales y rehace la historia de su familia, desde sus bisabuelos hasta él y sus hermanos. Como con Ernaux, me une a Eribon la procedencia de una familia que, hasta mi generación, no había podido acceder a la educación universitaria (y no todos hemos podido acceder, de hecho). Aunque, a primera vista, esta situación pueda verse como un triunfo del progreso social y de la democracia, siguiendo a Bourdieu en Las estrategias de la reproducción social, Eribon enfatiza en la ilusión de la educación como una vía para “salir adelante” y mejorar la posición social, una ilusión que deja por fuera el hecho de que para que esto sea realmente posible hacen falta dos formas de capital, además del académico: el social (unido al económico) y el cultural (que se desprende del social).

Si bien las sociedades occidentales han avanzado en el acceso a la educación gratuita (relativamente) y obligatoria de la mayoría de la población, el acceso al capital social y cultural sigue siendo el mayor obstáculo para que la educación sea, tal como lo preconizan los programas de gobierno, la manera para salir de la pobreza y la forma como todos contamos con las mismas oportunidades para ascender en la escala social. Se trata, a partir de ese punto –nos dicen-, del mérito, del talento propio; quien no logre sus objetivos será porque no cuenta con ese talento. Mentira, dicen Eribon y Bourdieu: las brechas sociales, la desigualdad se sigue reproduciendo porque los ricos de cuna (llamémoslos así, de una vez y distingámoslos de los “nuevos ricos”) siguen teniendo un capital social (contactos efectivos, en primer lugar, entre familiares) y cultural (conocimientos y experiencias directas con las artes y con las ciencias) que nunca podrá ser alcanzado por la mayoría de la población, y es así porque esa es una marca de distinción a la que no piensan renunciar tan fácilmente.

Asimismo, no es igual educarse en una escuela pública o en una privada; tampoco estudiar una carrera en una universidad de provincias o en una de la capital y, entre las de este lugar también hay diferencias. Ni qué decir de los que logran educarse fuera del país en comparación con los que hacen todo su recorrido académico en instituciones nacionales. Para tus “pares”, tus “colegas”, los datos de tu formación académica te ubican inmediatamente en un punto del plano social, te ponen más o menos cerca de ellos, te hacen parte de algo o te dejan por fuera de ello. En este sentido, avanzar en la escala social, llegar a un estrato superior que el de tus padres (en jerga colombiana: pasar del estrato 0 al 2 o del 2 al 4) es toda una osadía. Eribon debió dejar sus estudios de doctorado en filosofía porque no tenía cómo pagar su manutención para dedicarse a su tesis y porque aprobar los exámenes para convertirse en profesor nombrado en un liceo era una tarea casi imposible. Su “salvación” fueron los vínculos sociales que tenía en el ambiente gay parisino que frecuentaba y gracias al cual conoció a alguien que lo contactó -los benditos contactos- con el editor de un gran (y el “gran” es importante aquí, lo sabemos) periódico (¿Cuántas veces hemos escuchado o vivido variaciones de esta misma historia?). A partir de allí –y sumado al talento de Eribon como escritor e intelectual- se “da a conocer” (se hace visible, reconocible) en el medio y comienza su “carrera”.

Al igual que Ernaux en sus novelas, Eribon rememora su pasado como algo demasiado lejano ya de su presente, cuando ambos viven en medio de cierto estatus social más alto que el de sus padres; ciertamente, eso los hace sentir, por un lado, como traidores de su clase social o de su grupo familiar y, por otro, vergüenza de su origen social humilde: cambian los gustos, la forma de vestir, la forma de entretenerse, la forma de hablar y hasta de pensar, y esas diferencias crean una distancia que, en la mayoría de los casos, se vuelve insalvable. La escritura en estos dos autores franceses se convierte en una manera de mirar de frente la vergüenza. En el caso de Eribon, esa vergüenza, además, está marcada por la dificultad que representa reconocerse como parte de una minoría sexual. Ya La vida de Adèle, esa película maravillosa de Abdellatif Kechiche, nos explicó en qué consiste esa dificultad: entre más alta sea la clase social a la que perteneces (y más capital cultural posea), menos difícil será que tu familia y tu grupo social acepten tu disidencia sexual. Adèle se siente perdida porque aunque quiera vivir su homosexualidad y realizar su vocación artística, su sentido de pertenencia a una clase social se lo impide; cree que a lo que mínimamente puede aspirar es a ser profesora en un jardín de infantes y a conformarse con los novios que pueda conocer en su trabajo. Su expareja (otra mujer de una clase social alta-adinerada y relacionada con artistas reconocidos), en cambio, puede realizarse como artista y vivir su homosexualidad abiertamente. Esto, sin embargo, no elimina la violencia que conlleva ser diferente en una sociedad que siempre tiende a condenar lo que se sale de lo “normal” ni la sensación de vulnerabilidad permanente, pero evidencia que la situación no es igual para todos los que pertenecen a esas minorías y que, como a Eribon, alejarse de una clase social pobre permite vivir un poco más tranquilamente la homosexualidad (sin que desaparezcan, claro, todas las dificultades).

En mi memoria, guardo el recuerdo del día exacto en el que me di cuenta de la clase social a la que pertenecía y de los obstáculos que tendría en el camino para desarrollar mi vocación intelectual: como la mayoría de niños de mi generación, vi durante casi diez años seguidos (comenzando a mis nueve) Los Simpson; sentía –y mi hermano me lo recordaba- que yo era Lisa –y él Bart- y que mis padres eran Marge (en un papel más tradicional) y Homero (no teníamos una Maggi porque mi papá decidió hacerse la vasectomía). En uno de los capítulos, Lisa va a la casa de un niño rico, con capital social y cultural; en un momento y luego de hacerle unas preguntas, el padre del niño le hace saber a Lisa que no posee los conocimientos suficientes (el suficiente capital cultural) que la habilitarían para ser considerada parte de esa casa y la humilla por esto; pese a su inteligencia, Lisa sabe que algo le hará falta siempre y que no hay modo de solventarlo (esto, a su vez, genera la compulsión de siempre estar demostrando que se es apto). Los museos, las bibliotecas, las librerías, el teatro, la ópera, los conciertos de música con alto estatus cultural no están al alcance de todos; aunque muchas de estas experiencias se ofrezcan de manera gratuita, hace falta algo más para que la mayoría de la gente se sienta convocada por ellas, sienta que puede acceder a ellas, comprenderlas, disfrutarlas y, lo más difícil de todo: hablar de ellas, sentirse con la autoridad de hablar sobre ellas y de tener un lugar legítimo (y un grupo) para hacerlo. Al igual que Lisa, intenté y sigo intentando solventar ese capital cultural que no tuve ni por educación ni por conocimiento directo, a través de los libros y de convertir esas experiencias, a fuerza de voluntad, en algo propio, en algo a lo que tenía derecho (también, claro, porque me sentía identificada con ellas). Pero siempre hay alguien que te hacer recordar la falta: conoces la Mona Lisa, pero nunca has ido al Louvre; sabes quién es Henry James, pero nunca lo has leído en inglés.

En este punto, Eribon introduce una reflexión absolutamente pertinente: el creciente aumento de la desconexión entre el discurso político de la izquierda y las clases pobres y, consecuentemente, el acercamiento de estas a los movimientos de derecha. La mayoría de quienes construyen esos discursos de izquierda provienen de clases sociales humildes que han alcanzado cierto avance en la escala social, pero si lo que plantean Eribon y Ernaux es cierto, estos mismos ideólogos se avergüenzan de su origen social y eso produciría que sus discursos hagan sentir excluidos a aquellos que, en primer lugar, deberían sentirse interpelados, porque no entienden del todo sus términos; además, estos discursos han eliminado la lucha entre ricos y pobres, “la violencia desnuda de la explotación” como dice Eribon, e introdujeron palabras como “modernización” y “sujeto autónomo”, que claramente desplazan las luchas por la solidaridad y la redistribución de la riqueza. Esto es aprovechado por los ideólogos de la derecha quienes, a través de sus discursos populistas basados en prejuicios, hacen sentir incluidas a las clases humildes; de allí que el discurso xenófobo contra los inmigrantes, los valores tradicionales o la “seguridad” se inocule tan fácilmente en la mayoría de las personas y decida su voto en las urnas.

De dientes para afuera, el origen humilde se convierte para los intelectuales de izquierda en un motivo de orgullo, pero en la intimidad, produce vergüenza, algo de lo que quisieran deshacerse. Si eres intelectual o académico, es políticamente correcto ser de izquierda, pero al revisarse los discursos, los pensamientos, las acciones, las formas de relacionarse, especialmente con la familia, aparece la contradicción, la realidad de lo que sucede: hemos caído en la trampa y vemos la pobreza como una enfermedad de la que hay que alejarse y no como parte de un sistema opresivo; se nos olvida que lo que hay allí es la más pura explotación de unos sobre otros, adquirimos la “máscara blanca” y negamos nuestras “pieles negras”, no por voluntad, no como un acto consciente, sino por la inercia del sistema social que, sin querer, alimentamos, aunque nuestra necesidad sea legítima: apartarnos de un medio que asfixia nuestras ansias de otro tipo de realidad, de vida, de alternativas para la realización de nuestra vocación, conservar los pocos privilegios que hemos alcanzado con tanto esfuerzo. Es allí donde la derecha gana o donde la izquierda se vuelve reaccionaria.

¿Qué hacer, entonces? ¿Cómo ayudar a transformar ese “orden” milenario? Primero, manteniendo, como dice Eribon citando a Foucault, una “indocilidad reflexiva” que nos permita recrear una distancia irónica frente al funcionamiento social, para encontrar más fácilmente las grietas y hacerlas más grandes o crear otras. Segundo, convirtiendo la vergüenza en orgullo, un orgullo que desafíe los mecanismos más profundos de la “normalidad” social, de esa maquinaria que se ha vuelto inercia, que se ha naturalizado en nuestra consciencia y que nos ha robado la sensación de sentirnos dignos. Termino con una frase de Sartre, de su libro sobre Genet, citada también por Eribon: “Lo importante no es lo que hacemos de nosotros, sino lo que hacemos nosotros mismos con lo que hicieron de nosotros”. Regreso a Reims invita a hacer la siempre necesaria vuelta al pasado familiar para entender por quiénes hemos sido habitados, pero también para comprender que podemos elegir otras presencias a las que tenemos pleno derecho, sin perder de vista que somos una red, un colectivo y que, pese a que hay suficientes recursos para todos, deberíamos plantearnos siempre si aquello que anhelamos no es otra forma de seguir alimentando el sistema que intentamos cambiar.

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  • Didier Eribon. Regreso a Reims. Trad. Georgina Fraser. Buenos Aires: Libros del Zorzal, 2017.

 

[Fuente: http://www.revistacoronica.com]

Soixante ans après l’ouverture du procès Eichmann, la philosophe Danielle Cohen-Levinas établit un réquisitoire sur les rapports entre la philosophie allemande et l’antisémitisme, dans « L’Impardonnable ». Un essai lu par Michaël de Saint Cheron

Le criminel nazi Adolf Eichmann lors de son procès, à Jérusalem, en 1961.

Dans « L’Impardonnable – Êtes-vous juif ? », Danielle Cohen-Levinas, philosophe et musicologue, fondatrice du « Collège des études juives et de philosophie contemporaine » (Centre Emmanuel Levinas), établit un réquisitoire philosophique qui ne peut qu’inquiéter sur le rapport qu’ont entretenu la théologie et la philosophie allemandes depuis Luther (1483–1546) jusqu’à Karl Schmidt (1888–1985) et Heidegger (1889-1976), avec l’antisémitisme et les juifs. Mais dans un dernier chapitre, « L’impardonnable », elle retourne à la question première : « Où est la vérité du pardon ? Où est celle de l’impardonnable ? » Et elle accomplit son analyse phénoménologique avec Derrida, Jankélévitch et bien sûr Levinas, que l’on retrouve dans chacun des chapitres de sa démonstration.

Son chapitre II, « L’exception européenne. Après la fin de l’humanisme et de l’anti-humanisme », s’ouvre par cette question : « Quel avenir pour les Juifs en Europe après la Réforme de Luther, après l’épreuve d’une modernité marquée par un débat théologique contradictoire entre judaïsme et christianisme, après Auschwitz ? » (p.52). Elle fait très vite le constat amer que « l’antisémitisme est toujours présent en Europe ». On peut même dire qu’il remonte ici et là dans certains milieux. Comme si Hitler, Goebbels, Eichmann avaient gagné une seconde fois.

Il est aujourd’hui un impensable outrage commis à la face de l’humain, qui s’appelle l’antisémitisme, au point qu’il est devenu un paradigme universel, paradigme de ce peuple que Hegel a exclu de la totalité de l’histoire, que l’on a enfermé dans des ghettos bien avant l’horrible traite des Noirs, bien avant l’abominable Apartheid. Un siècle après la mort de Hegel (1770-1831), les nazis ont voulu supprimer les Juifs de la surface de l’Europe, ne pouvant prétendre les supprimer de la surface de la terre.

Au regard de ce concept de totalité, qui fut mis à mal après le Première Guerre mondiale par Franz Rosenzweig, puis après la Seconde Guerre mondiale et la Shoah, par Levinas, a resurgi l’idée philosophique du « dernier reste », déjà présent dans la Bible hébraïque. Chaque population, chaque communauté, chaque ethnie survivante de génocides, peut se dire un « dernier reste ». Danielle Cohen-Levinas a raison de montrer, de démontrer qu’il y eut bien volonté d’exclusion des Juifs de l’Europe, terre de chrétienté, où les Églises ont longtemps été toutes-puissantes.

L’Europe seule a voulu éradiquer les Juifs de sa surface

Dans une improvisation saisissante, Levinas déclara le 12 avril 1984, à son ami, le poète Claude Vigée :

« Pour les Juifs, tout le temps de la chrétienté qui s’est écoulé depuis les Croisades a été la préfiguration d’Auschwitz : neuf cents ans d’Auschwitz à petit feu, avant la grande flambée finale, le bûcher géant des années 1940-1945, ce feu de joie suprême, où triompha la haine d’Esaü, à l’encontre de Jacob, son frère. » *

Sur l’antisémitisme et la notion totalitaire de Heidegger en ce qui touchât à l’Être, au Dasein, je rapporterai ici une parole inoubliable que Levinas m’a dite, un jour béni de 1992, énonçant sa proposition principielle: « Il n’y va pas pour l’être que d’être », avant d’ajouter, comme pour préciser sa pensée : « Pour tous les étants, il y va d’être. L’attachement à la vie est le premier souci du vivant, mais chez l’homme, comme au-delà de ce souci de l’être, il y a le souci de l’autre, de l’être de l’autre. »Tout est dit sans doute dans ces quelques mots, qui portent en eux l’infini : « Il n’y va pas pour l’être que d’être. » Bien sûr, on peut opposer au Dasein l’« autrement qu’être » et au primat de l’ontologie, celui de l’autre-de-l’être, mais il y a dans cette parole, à moi adressée, comme une « évasion ». On peut le dire autrement : l’opposition irréductible est celle qu’il y a entre le Dasein heideggérien qui ne se soucie nullement de l’extermination de 6 millions de Juifs parmi tant d’autres victimes exterminées par les nationaux-socialistes, et le Je lévinassien, qui n’est jamais quitte de l’angoisse mortelle puis de la mort de l’autre homme.

En lisant « L’Impardonnable » de Danielle Cohen-Levinas, nous revient à l’esprit le livre de Jean-Claude Milner, « Les Penchants criminels de l’Europe démocratique » (Verdier, 2003), où le philosophe nous donnait déjà à comprendre que l’Europe seule a voulu éradiquer les Juifs de sa surface. Puis il avance que le terme nazi de Endlösung, la « solution finale », devrait plutôt être entendu par « solution définitive ». On nous accordera que la différence entre finale et définitive est ténue. Près de vingt ans après Milner, Danielle Cohen-Levinas fait à nouveau le terrible constat que « l’antisémitisme est une question qui perdure, comme si, à l’échelle européenne et mondiale, on ne savait quoi faire des Juifs et du judaïsme ». Mais il y a un dilemme ou pire, une aporétique, car « Non, l’Europe n’est pas antisémite » dans ses fondements. « Sa gloire réside précisément dans sa vocation à lutter contre tous les antisémitismes, d’extrême-droite comme d’extrême-gauche ; à veiller à ce que la haine de l’autre homme n’atteigne pas le nerf vivant des démocraties. » (p.53-54)

Mais quand notre philosophe écrit que « Luther transforma la haine des Juifs en raison d’État » (p. 41), on eût aimé qu’elle citât les paroles prononcées par la chancelière Angela Merkel à la Knesset, l’année du 60e anniversaire de l’État d’Israël et du 70e anniversaire de la nuit de cristal, le 18 mars 2008 : « La responsabilité historique de l’Allemagne [pour la sécurité d’Israël] fait partie de la raison d’État de mon pays. » On peut ajouter tout aussi sûrement : « pour la sécurité des Juifs sur le sol allemand. »

La banalité du mal « congédie la mauvaise conscience »

Danielle Cohen-Levinas tisse remarquablement sa problématique selon plusieurs questions, parmi lesquelles celle de la fin annoncée de l’humanisme depuis la « Lettre sur l’humanisme » de Heidegger à « L’Existentialisme est un humanisme » de Sartre, montrant qu’il y va de l’humanisme comme de l’antisémitisme, ainsi que Levinas l’énonce dans son petit texte de 1947, « Être juif », qui se voulait une réponse aux « Réflexions sur la question juive » du même Sartre. De facto, la question qu’elle pose ou que nous posons à la lecture de son livre est celle-ci : l’antisémitisme est-il au fond une question philosophique ? Parmi les premiers à l’avoir posée après Levinas, il y eut Adorno, Jankélévitch, Blanchot, Sartre bien sûr. Or Levinas répond très bien à ce dernier : « Être juif, ce n’est pas seulement rechercher un refuge dans le monde, mais se sentir une place dans l’économie de l’être » (cf. « L’Impardonnable », p. 163 sq et Emmanuel Levinas, « Être juif », Payot-Rivages, 2015).

Retenons deux éléments fondamentaux dans la problématique de Danielle Cohen-Levinas. Le premier, à partir de Rosenzweig, est que « Le reste [du peuple juif] est une figure non-intégrable à une totalité » (p. 141) et le second, que le fait d’être juif, n’est pas une particularité, ni le fait d’une race, mais une catégorie de l’être. Ces deux éléments font paradigmes. C’est ainsi que Levinas, dans son analyse de 1947, écrite quelque deux années seulement après la libération du dernier camp d’extermination, Auschwitz-Birkenau, et du dernier camp de concentration nazi, pouvait écrire que la persécution juive due au national-socialisme « a rappelé au Juif l’irrémissibilité de son être. Ne pas pouvoir fuir sa condition – pour beaucoup cela a été comme un vertige. Situation humaine, certes – et par là, l’âme humaine est peut-être essentiellement juive. » (op. cit. 164)

Dans son épilogue sur la question du pardon et de l’impardonnable autour de Derrida, Danielle Cohen-Levinas aborde la question de la banalité du mal développée par Hannah Arendt durant le procès Eichmann. Un haut-fonctionnaire de l’horreur « qui, jusqu’à la veille de son exécution, n’aura éprouvé ni culpabilité, ni responsabilité. Bref, un homme absolument froid. » (« L’Impardonnable », p.252)

Celui qui envoya des millions de victimes à la mort dans les plus grandes usines de mort jamais créées, en les déshumanisant, s’est totalement déshumanisé lui-même. Est-ce cela la banalité du mal ? Hannah Arendt parlant de banalité du mal, ne désignait-elle pas la banalité de l’horreur ? Mais comment admettre la banalité de la barbarie au XXe siècle, dans un pays comme l’Allemagne, qui semblait incarner le sommet de la culture et de la science modernes? Finalement, la philosophe allemande a touché un point de non-retour dans sa démonstration aporétique de la banalité du mal :

« Elle congédie la mauvaise conscience, l’idée de responsabilité trans-générationnelle, comme si l’impératif du repentir qui conditionne le pardon n’était pas une valeur éthique plus haute que le sommeil de la subjectivité et de la logique implacable du système .» (ibid. 254)

On peut penser avec Raul Hilberg, comme avec Claude Lanzmann, sur lesquels Danielle Cohen-Levinas clôt son livre, que les crimes accomplis par Hitler, Goebbels, Himmler et finalement leur « âme damnée » et leur bras armé, Eichmann, incarnaient bien la figure du Mal absolu (et non de la banalité du mal) et sont en tant que crimes contre l’humanité, imprescriptibles et impardonnables.

*« Vivre à Jérusalem : une voix dans le défilé », par Claude Vigée, Paris, nouvelle cité, 1985, p. 60-63, repris in Sens, revue de l’Amitié judéo-chrétienne de France, « Levinas », n°211, sept.-oct. 1996.

L’Impardonnable – Êtes-vous juif ?, par Danielle Cohen-Levinas, Cerf, 263 pages, 22 €

 

[Photo : AP/SIPA – source : http://www.nouvelobs.com]

Tahar Ben Jelloun recuerda en este texto la llamada que, siendo él un joven de 30 años, recibió de un autor consagrado de 64, volcado en la militancia política, cansado de la literatura y de su propia imagen de maldito. Aquel día nació una amistad a la que el autor marroquí ha dedicado un libro, ‘Jean Genet, mentiroso sublime’, que esta semana llega a las librerías de la mano de la editorial Huerga & Fierro

Jean Genet, en Chicago en 1968. LEE FRIEDLANDER / FRAENKEL GALLERY, SAN FRANCISCO

Escrito por TAHAR BEN JELLOUN 

Blanca escarlata, la voz de Jean Genet. El recuerdo de una voz tiene un color; la de Genet tenía algo de luminoso y al mismo tiempo de juguetona. Todavía la oigo. Voz trabajada por el tabaco, un poco ronca, casi femenina, pero una voz sonriente. Con el tiempo se volvió gruesa, calma y siempre presente, urgente. Escribirá en Un cautivo enamorado: “Como todas las voces, la mía está falsificada, y si no se adivinan las falsificaciones ningún lector es consciente de su naturaleza”.

Yo estaba lejos de advertir sus efectos especiales. Había cierta constancia en aquella voz, un tono que variaba poco. Nunca hablaba en voz alta y, hasta cuando estaba enojado, solo expresaba su exasperación con palabras escogidas. Era natural en él. Pero cuando escribía oía su voz interior, que debía ser diferente de la que utilizaba en público. A veces murmuraba o recalcaba ciertas palabras para hacer sentir mejor su importancia. Las acompañaba con gestos precisos como si dibujara caras y expresiones corporales. La voz de la falsedad. La voz de la verdad. La voz correcta. Pasaba de una a otra sin previo aviso. Procedía, ingenuamente, de un modo tan burdo que producía risa. Mentir es hacer piruetas. Él estaría de acuerdo con lo que decía Cavafis: “La verdad solo pertenece a los vencedores”, y añadía: “La verdad no es suficiente, pero el poeta da testimonio incluso de lo que no ha visto”. Genet no se reconocía “en el hilo de las evidencias” (René Char); lejos de ello, todo le parecía complejo y desconfiaba de todo y de todos salvo de los que amaba. Pasaba así de un exceso a otro y no le incomodaba. Era el hombre de la palabra dada, palabra que daba muy raramente. Del resto, firma, contrato, promesa, le daba por burlarse y reírse.

En ningún momento sentí que su voz era “falsa”, salvo cuando imitaba a la gente. Más de 40 años después, aún la conservo claramente en la memoria. La escucho, regreso al pasado y vuelvo a ver aquella mañana soleada de primavera, el 5 de mayo de 1974; yo tenía treinta años y él la edad que yo tengo hoy, cuando escribo estas líneas: 64 años. Mucho más que sus escritos, a los que vuelvo a menudo, es su voz la que más me acompaña. Para mí era la voz de un hombre verdadero, no la de un mentiroso, de un embustero, de un jugador o de un comediante. Sobre todo no la de un santo.

Me habló por teléfono, y me esforcé en representármelo. Había solo visto una foto suya con los Black Panthers en América. Me acordaba de su nariz de boxeador y de su cabeza calva. No estaba seguro de reconocerlo si me lo encontrara por la calle. Había oído hablar de él cuando se posicionó en favor de los prisioneros negros en América. Fue en julio de 1969, en el Festival Panamericano de Argel. Unos hombres venían de caminar por la luna, y nosotros, incrédulos, preferíamos la compañía de los militantes negros con Angela Davis a la cabeza. Fue allí cuando oí por primera vez el nombre de Genet en boca de Jean Sénac, poeta francés que se hizo argelino, asesinado en 1973 en Argel porque era homosexual, porque era rebelde, porque molestaba a un régimen militar duro y alérgico a la poesía, al pensamiento libre, a la imaginación creadora.

“Me llamo Jean Genet, usted no me conoce, pero yo sí, lo he leído y me gustaría quedar con usted… ¿Está libre para comer?”. Me dije: resulta gracioso, el mundo al revés. ¡Un mito de las letras francesas que me invita a mí! No me lo podía creer. Estaba vagamente al corriente de sus bromas, de sus polémicas, de sus escándalos y de sus obras prohibidas. Cuando estaba escribiendo mi primera novela, Harrouda, entre 1970 y 1972, descubrí el Diario del ladrón, que un amigo me había recomendado. “Léelo, habla de Tánger, un Tánger que ni tú ni yo conocimos”. Efectivamente, me quedé sorprendido y al mismo tiempo me intrigó lo que aquel hombre relataba de su viaje de Barcelona a Tánger. Aquella lectura me conmocionó, pero fue una conmoción saludable, formidable.

“Me llamo Jean Genet, usted no me conoce, pero yo sí, lo he leído y me gustaría quedar con usted… ¿Está libre para comer?”. Me dije: resulta gracioso, el mundo al revés. ¡Un mito de las letras francesas que me invita a mí!

¡Jean Genet quería conocerme! ¡Por supuesto que estaba libre! Lo habría anulado todo para aceptar su invitación. Fue la única vez en que me habló de usted. El tuteo era en él inmediato, salvo con las personas que quería tener a distancia.

Yo sabía que había leído Harrouda, aparecida en 1973, en Maurice Nadeau. Había hablado de ella en una emisión de France Culture. Su intervención se publicó en L’Humanité. Un amigo librero de la Rue de Rennes me lo comunicó algunos días después, pero demasiado tarde para encontrar el diario en los kioscos. Me dijo que Genet se metió con Sartre. “Harrouda de Tahar Ben Jelloun, Une vie d’Algérien de Ahmed, Le Cheval dans la ville de Pelégri, Le Champ des oliviers de Nabile Farès ―había declarado Genet el 2 de mayo de 1974― son los libros que uno tendría que leer para conocer la miseria de los emigrantes, su soledad y sus desdichas, que son también las nuestras. […] Es necesario que hable, y volveré a hablar de estas voces más lúcidas que lastimeras, ya que nuestros intelectuales, a los que todavía se les llama estúpidamente pensadores, escurren el bulto; los que supuestamente son los mejores se callan; uno de los más generosos, Jean-Paul Sartre, parece haber cometido un error y complacerse en el mismo. No se atreve a pronunciar una palabra, una palabra que podría ayudar a esas voces de Tahar Ben Jelloun y Ahmed. Pero Sartre ya no es el pensador de nadie, salvo de una pintoresca banda ya desbandada”.

Estas palabras me habían en un principio sorprendido, pues eran inexactas: mi novela no trataba de la miseria de los inmigrantes, sino de la historia de un niño que descubre la sexualidad entre las ciudades de Fez y Tánger. Genet solo había retenido la figura de la madre del niño y la de aquella anciana prostituta convertida en mendiga que los niños apodaban “Harrouda”. A la espera de leer todo el artículo, me dije “he de darle las gracias” y envié una carta bastante banal a Gallimard con mi dirección en el dorso del sobre: “Maison de la Norvège, Cité Universitaire, boulevard Jourdan, Paris XIV”.

Estaba muy lejos de imaginar que me respondería y no podía adivinar que elegiría telefonearme. En la Ciudad universitaria no teníamos teléfono en las habitaciones, solo una campana para avisarnos. Había entonces que bajar a recepción para atender la llamada. Yo estaba en pijama y, mientras me vestía, solo me invadía un temor: que el comunicante no hubiera ya colgado.

Me llamaban raramente. Debían de ser, pensé, mis padres o mi hermano seguramente de paso por París. Cuando tomé el auricular, su primera frase salió de una vez. Ni una sola vacilación, ni el más mínimo silencio entre las palabras. Como aprendida de memoria, como recitada por un comediante sin derecho a equivocarse: “Me llamo Jean Genet…”.

Me pidió que nos encontráramos en el restaurante L’Européen, frente a la Gare de Lyon. Tomé el metro con la emoción de ir a conocer al escritor con el que nunca hubiera esperado encontrarme un día. Pero he aquí que, perturbado por la invitación, me equivoco de estación y me encuentro en la Gare du Nord. Bajé de nuevo al metro volviendo a pensar en las páginas del Diario del ladrón, un libro que me había dejado noqueado por su virulencia, su crueldad y su audacia. Me acordaba de los escupitajos, de los piojos y de las palabrotas: “Los piojos nos habitaban. Proporcionaban tal animación a nuestras ropas, tal presencia, que, al desaparecer, parecía que estaban muertas. Nos gustaba saber, y sentir, pulular las bestias translúcidas que, sin ser domesticadas, eran tan buenas con nosotros que el piojo de otro nos asqueaba. Las cazábamos, pero con la esperanza de que en el día hubieran nacido las liendres. Con nuestras uñas las aplastábamos sin asco y sin odio”.

Se me había quedado este pasaje en la memoria porque me regresaba con precisión a aquellas noches pasadas en el campo disciplinario del ejército cazando chinches (cuando uno los aplasta, desprenden un olor insoportable) y piojos que se ocultaban en las sábanas, ya que nuestras cabezas eran sistemáticamente rasuradas cada dos días.

Tahar ben Jelloun, novelista e intelectual, premio Goncourt.

Tahar ben Jelloun, novelista e intelectual, premio Goncourt. BERNARDO PÉREZ

Después de haber atravesado todo París en metro, llegué finalmente con mucho retraso. Era un día particularmente soleado, Genet estaba en la acera, con un libro en la mano. Me sorprendió el rosa fresco de sus mejillas, un rosa caramelo. Un bebé risueño, pequeño de talla, camisa de un blanco relumbrante, pantalón beige no muy limpio, gastado chaquetón de gamuza, restos de nicotina en los dedos. Fumaba cigarrillos Panter, el humo olía fatal. Al entrar en el restaurante, creí que hacía bien diciéndole que admiraba su obra. Sin enfadarse, me dijo: “No me vuelvas a hablar nunca más de mis libros; escribí para salir de prisión, no para salvar a la sociedad; he salvado mi piel aplicándome como un buen escolar, ya lo sabes, eso es todo”.

Me quedé sorprendido, un poco desconcertado, sin saber cómo reparar la metedura de pata. Me había hecho ciertas ilusiones y pensaba que un gran escritor no hablaría así de su obra. Era el lado ingenuo de mis inicios en la literatura. Pero confieso que esta reacción violenta, sorprendente, me ayudó enormemente en mi vida y en mi trabajo. Era la primera vez que me encontraba con un escritor que no soportaba que se mencionara delante de él su obra. Resultaba muy raro. Le pregunté por qué. Me miró y me dijo: “¿Qué es lo importante, un hombre o una obra?”. Puso ante mí la obra que tenía en la mano, un libro en árabe. Me dijo: “Son Las mil y una noches, estaría bien que las tradujeras”. Le respondí que ya había buenas traducciones de aquel libro. No insistió y comenzó a hablarme con más detenimiento: “Vengo de Palestina y, al final, de Jordania y de los campos palestinos. La policía jordana me arrestó y luego me expulsó. Yo hablaba del Septiembre Negro, de la responsabilidad del pequeño rey; en pocas palabras, no fui bienvenido. En fin, tienes que saber que es horrible lo que he visto; sí, horrible, la gente tiene que saber lo que pasa allí. He visto a niños deshidratados, a madres implorar al cielo, a combatientes salir al alba a luchar contra el ocupante; he visto tales cosas que he escrito un texto que me ha pedido Arafat. Ha sido traducido al árabe. No lo tengo, pero me gustaría mucho pasártelo para que me dijeras si está bien traducido, ¿comprendes?, para los palestinos. Las palabras han de ser precisas, sin contrasentidos, es importante”.

Pidió una caña y puré. El camarero le dijo: “Puré, ¿con qué?, ¿carne, pescado?”. “Carne picada”. Me dijo: “En París, no se puede comer un plato de puré. Apenas me quedan dientes, de modo que no puedo masticar la carne, me alimento de puré; pero es necesario que pida carne, o no hay puré. Aunque, tú, toma lo que te apetezca. Eres mi invitado”. Durante el resto de la comida, en ningún momento habló de Harrouda ni de su intervención en France Culture; me habló de los campos palestinos, de Hamza, un combatiente palestino que había conocido, de la madre de Hamza, de los niños que jugaban con balones pinchados, de las polvaredas, de la falta de agua, de la dignidad de las mujeres. Insistió sobre este último punto y luego me dijo: “Hay que hacer algo, es necesario que los europeos sepan lo que pasa allí; les prometí que les ayudaría informando a la gente. El otro día recibí una carta de Claude Mauriac de Le Figaro, me pedía escribir algo sobre ya no sé qué y me daba una página entera, le telefoneé proponiéndole contar mi viaje a Palestina. Marcó un tiempo de espera y luego me dijo: “¡No, lo que te pido es una página literaria!”. Pero ¡yo no tengo nada que ver con eso, con la literatura! Lo que yo quiero es dar testimonio, ¡denunciar! ¡La literatura! ¡Menuda patraña!”.

Creí que hacía bien diciéndole que admiraba su obra. Sin enfadarse, me dijo: “No me vuelvas a hablar nunca más de mis libros; escribí para salir de prisión, no para salvar a la sociedad; he salvado mi piel aplicándome como un buen escolar, ya lo sabes, eso es todo”.

Hablando lentamente, como si dictara un texto aprendido de memoria, me dijo una frase parecida a la que ahora leo al principio de Un cautivo enamorado: “En Palestina, más que en otros lugares, me pareció que las mujeres poseían una cualidad más que los hombres. Por muy bravo, valiente, atento con los demás, todo hombre está limitado por sus propias verdades. A las suyas, las mujeres, por otra parte no admitidas en las bases pero responsables de los trabajos del campo, añaden a todas estas una dimensión que parece implicar una risa inmensa”.

Me di cuenta de que, para él, era de las mujeres palestinas de quienes deberíamos hablar con prioridad si tuviéramos que hacer algo juntos. Era incluso la razón secreta de aquella comida. No me decepcionó; al contrario, aquello me estimuló. Yo mismo estaba bastante comprometido con los palestinos en París y acababa de perder a un amigo, a Mahmoud Hamchari, asesinado en su casa al explotarle su teléfono. Los servicios secretos israelíes procedían de ese modo, en aquel tiempo, cuando querían eliminar a tal o a cuál representante de Palestina en Europa. Yo había escrito un poema en su memoria, que se convirtió en un cartel que distribuían los simpatizantes belgas de la causa palestina.

Jean Genet en la playa de Cannes, durante el festival de cine de 1957.

Jean Genet en la playa de Cannes, durante el festival de cine de 1957. GEORGES DUDOGNON / ALBUM

Le propuse de inmediato a Genet encargarme de escribir un artículo sobre el asunto en Le Monde, donde justamente había comenzado a colaborar. Me miró aturdido y luego me dijo: “No creo que quieran publicar algo que vaya a enojar a sus amigos israelíes”. Estaba convencido, y lo estuvo el resto de su vida, de que los medios franceses estaban “bajo la férula de los sionistas”…

Al día siguiente de nuestro encuentro, visité a Pierre Viansson-Ponté, el redactor jefe de Le Monde, para el que debía escribir en aquel diario desde que me lo presentara mi amigo François Bott. Viansson me aconsejó que me viera con Claude Julien, que dirigía Le Monde diplomatique. Lo que hice inmediatamente. Julien era un hombre elegante, cortés y atraído por los demás. Me dijo: “Eso me interesa mucho; le reservo la última página del mes de julio, es muy leída; espero su escrito”.

Comenzó luego un verdadero taller de trabajo con Genet. Venía casi a diario a mi cuarto de la Maison de la Norvège y me hablaba. Yo tomaba notas. Cuando no conseguía imaginarme los lugares, cogía él un bolígrafo y me dibujaba el campo con unos trazos. Quería ser preciso, exacto, y repetía varias veces la misma frase. Yo escribía casi bajo su dictado. Él me releía luego; con un bolígrafo rojo, tachaba las frases que no le gustaban. Venía a durar aquello unas dos horas. Todo lo contrario del Monde des livres, que me había enseñado a ser rápido pidiéndome a veces un obituario justo antes del cierre. Yo sabía trabajar con urgencia. Había hecho ya reportajes y enviaba mis artículos por telex porque la actualidad no espera. Lo que no le impedía al gran Jacques Fauvert, director de Le Monde en aquel tiempo, repetir: “Una información ha de verificarse más de una vez antes de ser publicada, incluso si hemos de aparecer después de los demás”. Eran otros tiempos, otras exigencias.

Me di cuenta de que, para él, era de las mujeres palestinas de quienes deberíamos hablar con prioridad si tuviéramos que hacer algo juntos. Era incluso la razón secreta de aquella comida.

Ya no me acuerdo cuántas mañanas y tardes trabajamos, Genet y yo, aquel texto. Una mañana muy temprano, él se levantaba a las seis, me llamó simplemente para cambiar una palabra. Me dijo: “¿Sabes?, se trata de los palestinos, hombres y mujeres sin patria; no podemos además maltratarlos con palabras incorrectas o impropias, se merecen nuestras mejores palabras; es por lo que hemos de ser precisos, muy precisos, y no dejar ninguna deficiencia o ambigüedad en el texto”. Debí teclear el artículo una decena de veces en mi vieja máquina de escribir. Él lo releía con un bolígrafo Bic rojo en la mano; subrayaba ciertos pasajes, escribía en el margen, tachaba algunas de sus propias palabras, leía en voz alta y luego me lo devolvía para que lo volviera a teclear. Yo ya no era a sus ojos un periodista, sino un cómplice al que le encargaba transmitir un mensaje. Estaba apasionado, decidido a hacer lo que fuera para dar testimonio de todo lo que había visto allí y de las condiciones inhumanas en las que vivían los refugiados palestinos. Se tomaba su papel tan en serio que había perdido el sentido del humor. Estaba serio, impaciente y, cuando hacía una pausa, despotricaba contra la prensa francesa que daba la espalda a la desgracia de aquel pueblo.

Debí teclear el artículo una decena de veces. Él lo releía con un bolígrafo rojo en la mano; subrayaba, escribía en el margen, tachaba, leía en voz alta y luego me lo devolvía para que lo volviera a teclear. Yo ya no era a sus ojos un periodista, sino un cómplice al que le encargaba transmitir un mensaje.

Terminado por fin el artículo, tras innumerables revisiones y correcciones, Genet puso una condición sine qua non para su publicación: Azzedine Kalak, el representante de la OLP en París, debía darme su autorización. Y aquí se encontraban ya reunidos en torno al texto, en mi pequeñísima habitación de la Ciudad universitaria: Jean Genet, Azzedine Kalak y Mahmoud Darwich, que, de paso por París, se nos había unido. Yo leía en francés y, seguidamente, traducía al árabe para Azzedine Kalak y Mahmoud Darwich. Estaban orgullosos y conmovidos por toda la atención que les prestaba Genet. Mahmoud lo conocía ya un poco, se habían conocido en Ammán. Iniciamos una conversación entre nosotros cuatro, en una mezcla de francés y árabe. Genet se lo tomaba todo tan en serio que llegó a parecernos un poco demasiado meticuloso, demasiado riguroso, lo que hizo incluso sonreír a Azzedine y a Mahmoud, en particular a este último, dotado de un gran sentido del humor. Frente a ellos, Genet se encontraba totalmente desprovisto del mismo. Pero conservo de aquel encuentro el recuerdo de un general buen humor y de una relación muy fraternal. ¿Cómo podía imaginar entonces que Azzedine Kalak sería asesinado cuatro años después, en aquella misma ciudad y probablemente por los servicios secretos iraquíes? Genet idealizaba sin duda a los palestinos y su causa, pero sabía lo que hacía; no era aquel su primer combate, y su lucha junto con los negros americanos le había enseñado que uno debía ser muy exigente y estar muy vigilante si quería ganar la partida.

Le llevé el escrito a Claude Julien, quien me dijo que estaba muy contento de publicar un texto inspirado por Jean Genet y su lucha en favor de la causa palestina. El artículo apareció en el número de julio de 1974. Tuve muy pocas reacciones a su contenido; en compensación, mis amigos no dejaban de repetirme que frecuentaba a quien ellos consideraban un enorme escritor. Por más que rectificara y dijera que el Genet que conocía era más un militante que un escritor, no dejaban de repetirme que la suerte me sonreía. “No solamente ha escrito sobre ti ―me dijo uno de ellos―, sino que ahora escribe contigo”. Más tarde comprendí hasta qué punto era Genet quien elegía siempre a las personas que frecuentaba y no al revés. Era ilocalizable, inasequible, fuera de alcance. Cuando nos veíamos, hacía todo lo posible por evitar a los que llamaba los “latosos”, una categoría que englobaba a los agentes del fisco como a los antiguos conocidos que esperaban retomar el contacto con él. En cuanto a la amistad, era intratable.

Traducción de Pedro Gandía Buleo.

‘Jean Genet, mentiroso sublime’. Tahar Ben Jelloun. Traducción de Pedro Gandía Buleo. Huerga & Fierro, 2021. 184 páginas. 16 euros. Se publica el 15 de abril.

 

[Fuente: http://www.elpais.com/babelia%5D

Escrito por Rafael Narbona

«Hay que ser un héroe para no seguir la moralidad de tu tiempo», escribió Michel Foucault. ¿Se trata de una reflexión autobiográfica o una declaración filosófica? Foucault fue una de las primeras víctimas ilustres del SIDA. Falleció en 1984 en París, con cincuenta y ocho años. Desde entonces, se le ha acusado de perverso, pedófilo, sadomasoquista. Sinceramente, su vida privada no me interesa y no seré yo quien emita un juicio condenatorio. Cada uno es muy libre de organizar su vida sexual como le parezca, siempre y cuando no lesione derechos ajenos. Los juicios moralistas son insoportablemente miserables. Si, además, se realizan sobre un difunto, incurren en la obscenidad. Foucault me parece un embaucador, pero no por sus pasiones íntimas, sino por sus ideas, tan equivocadas y dañinas como las de Sartre, un sofista con un indudable genio para la polémica y la argumentación. El autor de Las palabras y las cosas también era un hábil urdidor de hipótesis. ¿En qué consistía su pensamiento?

Foucault escribió sobre sexualidad, psiquiatría, sociología, instituciones penitenciarias, literatura, medicina. Desde su punto de vista, el saber no es simple erudición, sino una mirada penetrante que destruye mitos y prejuicios, invitando al ser humano a recuperar la inocencia de la niñez, cuando la conciencia -«una vidriera superficial»- aún no se ha convertido en la cárcel del pensamiento. Foucault sostenía que hay una profundidad oculta donde discurren las motivaciones reales de nuestra vida psíquica. Esa convicción le empujó a escribir tres obras sobre la aparición de la psiquiatría en el mundo occidental: Enfermedad mental y psicologíaHistoria de la locura en la edad clásica y Nacimiento de la clínica. El loco ha ocupado el lugar del leproso. En el siglo XVIII, aparecen los primeros manicomios, cuya función es esencialmente represiva. No se busca curar, sino apartar, segregar, excluir. No es casual que en esas mismas fechas surjan las primeras escuelas obligatorias y las prisiones mejoren sus métodos de vigilancia mediante el panóptico, una estructura arquitectónica ideada por el filósofo utilitarista Jeremy Bentham. Gracias al panóptico, es posible vigilar a todos los reclusos desde una torre central, sin que ellos puedan advertirlo: «Las cárceles, los hospitales y las escuelas presentan similitudes porque sirven para la intención primera de la civilización: la coacción». La tarima del maestro y la torre de vigilancia provocan una poderosa intimidación, actuando como un gigantesco ojo que capta y escruta cualquier movimiento. La sensación es tan abrumadora que se interioriza y automatiza la sumisión, reprimiendo cualquier gesto o idea que cuestione el orden establecido. En el caso del enfermo mental, la coacción es más compleja, pues su mente es particularmente rebelde. Por eso, se recurre a supuestas terapias con un alto grado de violencia física y psíquica. Además, se asocia la locura al crimen, el libertinaje y la inmoralidad. El objetivo último no es tan solo alienar al enfermo mental de la sociedad, sino recluir en manicomios a rebeldes, extravagantes e inadaptados. Las reflexiones de Foucault servirán de apoyo a la antipsiquiatría, proporcionando argumentos psicológicos, filosóficos e históricos para cuestionar la psiquiatría tradicional.

Para Foucault, el manicomio y la enseñanza reglada no existirían sin un discurso dominante. El poder necesita controlar las ideas, monopolizar el saber, imponer su visión del ser humano y la realidad. El poder real no se ejerce solo desde las instituciones. El filósofo francés habla de «microfísica del poder» para explicar que el poder configura aspectos básicos de nuestra vida cotidiana, indicándonos cómo debemos vivir nuestra sexualidad, qué podemos comer o cuál es la forma correcta de vestirse. A partir del siglo XVIII, se invoca la Razón para radicalizar el sacramento católico de la confesión, convirtiendo la minuciosa expiación de los pecados en una experiencia terrorífica. Al igual que el panóptico, el confesionario somete al individuo violando su intimidad. «En Occidente –escribe Foucault- el hombre se ha convertido en una bestia de confesión». Se bendice el sexo reproductivo, pero se persigue implacablemente a «la mujer histérica, el niño masturbador y el adulto perverso». El deseo sexual de las mujeres se interpreta como un desarreglo neurótico. La exploración del propio cuerpo se prohíbe de forma tajante, especialmente durante la pubertad. Las fantasías sexuales se consideran aberrantes, pues incumplen la expectativa de procrear.

En Las palabras y las cosas, Foucault sustituye el concepto de época por el de episteme. Cada etapa histórica se desarrolla de acuerdo con un paradigma o modelo. El pensador francés divide la historia de la humanidad en tres epistemes: renacentista, clásica, moderna. Cada una representa una ruptura con la mentalidad anterior. Nuestra época se caracteriza –entre otras cosas-  por la medicalización del comportamiento humano. La medicina no cura, sino que vigila, clasifica y castiga. Al igual que el maestro o el policía, el médico ejerce una estrecha vigilancia sobre el individuo, reprimiendo cualquier conducta que se desvíe de la norma. Los manicomios no son centros de salud mental, sino espacios de reclusión con diferentes tipos de castigo: electrochoque, camisas de fuerza, internamiento indefinido, un arsenal farmacológico que colapsa la mente y el cuerpo. Michel Foucault llama «bipolítica» a la alianza entre la medicina y el poder: «El control de la sociedad sobre los individuos no solo se efectúa mediante la conciencia, sino también en el cuerpo y con el cuerpo. El cuerpo es una entidad biopolítica, la medicina es una estrategia política». La sobremedicación y la psiquiatriazación del comportamiento son mecanismos para desactivar cualquier forma de resistencia o rebeldía.

¿Es cierto que la psiquiatría no busca curar, sino apartar, segregar, excluir, y que la medicina se ha aliado con el poder político para controlarnos y narcotizarnos, anulando nuestro espíritu crítico mediante la sobremedicación? Casi da vergüenza responder a esta pregunta, pues no parece una tesis filosófica, sino una hipótesis extravagante gestada en un blog sobre conspiraciones y tramas ocultas. Las enfermedades mentales son reales y, gracias a los psicofármacos, el pronóstico de patologías como la esquizofrenia y la psicosis maníaco-depresiva ha mejorado sensiblemente. En cuanto a la alianza entre los médicos y el poder político, quizás hubo algo de eso en la Alemania nazi, pero actualmente nadie puede tomarse esta acusación en serio. No parece menos insensato afirmar que la cárcel, la escuela y los hospitales desempeñan una función similar, «normalizando» a los ciudadanos mediante la coacción. Es un argumento con la misma consistencia que la teoría de que la covid-19 es un invento de Bill Gates para dominar el mundo. Tampoco creo que se haya declarado la guerra a la mujer histérica, el niño masturbador y el adulto perverso. Salvo en el caso de la última figura, los prejuicios se diluyeron hace mucho tiempo. Es cierto que pervive el machismo, pero las mujeres cada vez gozan de más influencia, desempeñando las más altas responsabilidades en la política, la economía, la ciencia, el derecho, la medicina, la educación, el periodismo y las actividades creativas, como la literatura, el arte o el cine. En cuanto al adulto perverso, puede consumar todas sus fantasías, excepto cuando atentan contra los derechos de los demás, especialmente si son menores. Si queremos encontrar sistemas políticos que ejercen una coacción que no discrimina entre público y privado, el cuerpo y la mente tendremos que hacerlo en regímenes enemistados con la democracia occidental, como la Corea del Norte de Kim Jong-un, donde se han prohibido los comentarios sarcásticos sobre el gobierno, el alcohol los días de diario, las decadentes películas extranjeras, los jeans, la publicidad comercial (no la ideológica, que salpica muros, carteles y escaparates), internet, los piercings.

En Occidente, el ser humano ya no es un animal confesante, sino un animal autocomplaciente. Se ha perdido la costumbre de hacer examen de conciencia. La búsqueda del placer inmediato ha inhibido los escrúpulos. El sentido de culpabilidad, necesario para superar los errores, se ha esfumado, pues se estima que conspira contra la libertad. Se olvida que no experimentar remordimientos no constituye una victoria moral, sino un retroceso hacia la irresponsabilidad infantil, donde el otro solo es un estorbo. Para Foucault, las normas de la sociedad burguesa nacen de un error: creer que la verdad existe. La verdad es una invención, no un valor objetivo e independiente, y siempre está al servicio del poder dominante. El filósofo francés pasa por alto una objeción elemental. Si no hay verdad, si solo se suceden las interpretaciones y las expresiones de poder, ¿cómo demostrar la validez de cualquier argumento? Foucault habla como un profeta, siguiendo la estela de Nietzsche, no como un pensador o un científico.

Es indiscutible que los locos siguen sufriendo un injusto estigma social, pero describir sus delirios como una visión alternativa constituye una frivolidad. Solo el que conoce la enfermedad mental por los libros puede atreverse a sostener algo así. Los delirios no son interpretaciones, sino distorsiones de la realidad que desarticulan al individuo, colapsando su libertad y destruyendo su proyecto vital. Para Foucault, el cuerdo es el verdadero alienado, pues ha interiorizado la represión imperante. Afortunadamente han surgido disidentes, mentes de gran clarividencia, como las de Sade, Nietzsche y Artaud. Sus transgresiones son gestos de rebeldía. ¿Se refiere Foucault al gabinete de Sade, donde los cuerpos son humillados, degradados y martirizados? Cagar en la boca de una doncella, una de las grandes pasiones del divino marqués, ¿constituye un gesto liberador? Foucault responsabiliza a la burguesía de todos los males y presume que solo hay un camino para instaurar una sociedad nueva: «la supresión radical del aparato judicial, de todo lo que pueda reintroducir el aparato penal». Hay que erradicar los tribunales y los procesos judiciales. Foucault no explica cómo se protegería entonces la vida, la propiedad o la libertad. ¿Cree que un cambio político puede extirpar definitivamente los impulsos antisociales? ¿Piensa en el advenimiento de un paraíso donde no habrá crímenes, robos, violaciones ni abusos, porque imperarán nuevos valores? No hace falta ser una autoridad en política o historia para señalar que Foucault habla como un visionario o un adolescente.

Cuando enfermó de SIDA, el filósofo francés ingresó discretamente en el Hospital de la Pitié-Salpêtrière, que había sido un psiquiátrico. Allí, lejos de «normalizarlo» mediante la coacción, le atendieron con respeto y humanidad. Como señala Roger Scruton en Pensadores de la nueva izquierda, le asaltó la realidad y «maduró». El embaucador, el mago que seducía con las palabras, fue desenmascarado por la enfermedad, que le obligó a reconocer que pese a sus imperfecciones, «la única cosa que tenemos precisamente es la normalidad», tal como señala Scruton. El médico, el juez, el maestro, no son nuestros verdugos, sino los que nos cuidan, nos protegen y nos enseñan.

 

 

[Fuente: http://www.revistadelibros.com]

Asistimos a un ‘revival’ del cliché conservador sobre lo inmorales y monstruosos que son todos los intelectuales, en especial los de izquierdas, y a la constatación de que nuestros referentes fueron unos tipos tirando a mala gente.

 

Escrito por Xandru Fernández (*)

¿Fue Michel Foucault un depredador sexual, un pedófilo, un monstruo? No hay pruebas que permitan afirmarlo. ¿De dónde sale entonces el rumor, esa sospecha que están difundiendo algunas cabeceras de la prensa amarilla y/o rojiparda? De Guy Sorman, un escritor francés que, en plena campaña de promoción de su último libro, soltó la perla en una entrevista para The Times. Según Sorman, en 1969 visitó a Foucault en Túnez y allí fue testigo de cómo este citaba a adolescentes en un cementerio para tener sexo a cambio de dinero. Es verosímil, por desgracia. Sea falso o verdadero, no es en absoluto inimaginable, ni sería el primer caso que conociéramos de una conducta semejante por parte de un intelectual de prestigio. Incluso el escenario tunecino es coherente, encaja con la escenografía clásica de la pederastia europea poscolonial, si bien el detalle del cementerio quizá sea un exceso imaginativo que resta verosimilitud al conjunto.

¿Sería asqueroso si fuera cierto? Sí, por supuesto, igual en su caso que en el de André Gide, Gil de Biedma, Pablo Neruda o Antonio Machado. Y en muchos otros: la lista varía en longitud e intensidad, cada uno añade sus filias y sus fobias, disculpa a este o propone a aquel en función de criterios no siempre transparentes, aunque cabe suponer que con la mejor de las intenciones. Lo cual (lo de las intenciones) no es lo de menos: si algo podemos sacar en claro de todas estas discusiones sobre personajes históricos que fueron en su día ejemplo vivo de conductas hoy consideradas por la mayoría como deplorables, censurables y punibles, es que, después de todo, vamos avanzando por la senda del respeto, nos volvemos cada día más compasivos con las víctimas de abusos y atropellos, lo que de algún modo es un consuelo después de ver lo mal que nos está yendo en otras áreas del progreso. Pero supongo que más de un lector querrá agarrarse a alguna forma de relativismo moral o impugnación de ese sentir mayoritario, y no soy yo precisamente el que tenga mucho que objetar a ese enfoque, mucho menos acogiéndome a sagrados universalismos normativos, al contrario: asumo que también yo escribo desde mi propia e intransferible perspectiva, según la cual un adulto que se beneficia de serlo y de tener dinero y poder y experiencia y el respaldo cultural y social de la asimetría poscolonial para tener sexo con niños que no poseen ninguna de esas cosas, y a los que obviamente es sencillo someter exhibiendo todo ese poder, toda esa riqueza y esa exuberancia de señorito metropolitano, merece un trato penal y personal de esos cuyo diseño encargaría uno a la mafia, a Stephen King o al propio Foucault, cuya fascinación por la truculencia conocemos muy bien todos los lectores de Vigilar y castigar.

Si esa sospecha se confirmara, lo que es, de todos modos, mucho suponer, ¿hasta qué punto influiría en nuestra lectura de Foucault? Hasta todos los puntos, me temo: no somos lectores angélicos, capaces de separar la obra del autor, sobre todo si se trata de un autor cuya obra pone en cuestión las aspiraciones universalistas de la epistemología normativa y, por tanto, las de la ética (aunque también de un autor al que debemos un texto bastante razonable sobre el mito del autor y de la coherencia del sujeto de discurso). Lo leeríamos a la luz de esa revelación en la misma medida en que leemos a Heidegger o a Carl Schmitt sabiendo que fueron nazis. Aunque no sea el mismo caso, puesto que Heidegger y Schmitt fueron efectivamente nazis, mientras que lo que estamos comentando de Foucault es tan solo un rumor, por verosímil que sea. ¿Por qué estamos entonces hablando de ello? Por sentido de la oportunidad: Foucault funciona en cierta esfera del infotainment como filósofo de cabecera del pensamiento queer, la posmodernidad y la cultura de la cancelación, de modo que puede parecer oportuno jugar al cazador cazado y usar su endeble constitución moral para atacar a toda la tradición de pensamiento que dice beber de él y, por extensión, a toda la izquierda. Dando por hecho que Foucault fuera de izquierdas, lo que no deja de ser sumamente discutible: toda vez que la pareja izquierda/derecha es solo visible a la luz negra del discurso ilustrado de la emancipación, es difícil encajar ahí una propuesta teórica que se dibuja, si no abiertamente antiilustrada, en todo caso hostil al momento humanista de la Ilustración. Aun aceptando, no obstante, una noción laxa, no humanista ni progresista, de la izquierda, tampoco parece que la « cultura de la cancelación » pegue mucho con Foucault, en la medida en que esta parece abastecerse de una fuente de indignación absoluta y obrar como una especie de tribunal del sentido moral de la cultura no muy congruente con el discurso foucaultiano.

Tal vez estemos a las puertas de un proceso de tipo político, similar al que tuvo lugar hace unos años cuando se trató de « cancelar » a Sartre por su inacción ante los gulag, haciendo de ello una causa general contra el comunismo y la izquierda en bloque. El objetivo, la pieza a batir, si es el caso, sería ahora todo aquello que el pensamiento conservador, de derechas o de izquierdas, considera expresión de una mentalidad malsana, antinatural, hostil a la determinación naturalista de la esencia de las cosas: el pensamiento queer, el posmodernismo, la diversidad como mal absoluto. ¿Qué tiene que ver Foucault con esas cosas? Todo y nada: más allá de la evidente influencia de Foucault en el discurso de las ciencias sociales contemporáneas, y en el tratamiento filosófico de las ideas de sujeto e identidad, lo cierto es que, como imagen corporativa, el magisterio de Foucault hay que reconducirlo a, por una parte, su condición de referencia para autores y activistas del feminismo y los derechos sexuales y, por otra parte, su aura de icono modernillo de cierta izquierda pop que, sobre todo en Estados Unidos, pero también en parte de América del Sur, lo reclama como « uno de los nuestros ».

Sea como sea, estamos lejos de poder abordar con serenidad un debate más grave (de gravitas) sobre cuestiones como esta, puesto que, por un lado, asistimos a un revival del cliché conservador sobre lo inmorales y monstruosos que son todos los intelectuales, en especial los de izquierdas (aunque no lo sean, ni inmorales ni monstruosos ni de izquierdas), y, por otro, a la constatación de que, con cementerios o sin ellos, muchos de nuestros referentes intelectuales fueron unos tipos tirando a mala gente, muy dados a disculpar en sí mismos comportamientos que denunciaban en los demás y a beneficiarse de asimetrías y jerarquías (de poder, de distinción, de capital simbólico y cultural) que decían combatir.

 

(*) Xandru Fernández es profesor y escritor.

[Fuente: http://www.bitacora.com.uy]

Escrit per M. Àngels Cabré

Vivim temps complexos que conviden a la polarització i, en justa correspondència, darrerament les polèmiques les carrega el diable. Ara, per si no en teníem prou amb la polèmica sobre la Llei Trans -una llei, per cert, molt necessària-, se’ns ha esverat el galliner per un llibre de poemes. Un simple recull que aspira a vendre milers i milers d’exemplars arreu del món. És a dir, un llibre de poemes que és més una operació de màrqueting que una altra cosa, detallet que l’esclat de la polèmica sembla haver fet oblidar però que les persones que s’embutxacaran els beneficis segur que tenen ben present.

Per si no esteu al cas, el poemari en qüestió recull els versos de la jove poeta Amanda Gorman sota el títol d’El turó que enfilem. El publicaran pròximament Univers en català i Lumen en castellà, sempre que l’autora no s’assabenti que aquest país nostre fa ben poc contra la discriminació racial. Gorman és aquella noia tan mona, llorejada com a Poetessa Nacional Juvenil, que va llegir un poema a la presa de possessió de Joe Biden. L’actual president dels Estats Units va voler fer una picada d’ullet a la població afroamericana, tan maltractada al seu país encara avui i li va sortir bé, sempre que no li importés que en els següents dies es parlés més de la poetessa que d’ell mateix. Aquell grapat de versos benintencionats i pamfletaris es van fer virals i ara toca munyir la vaca, de manera que mentre els seus agents es freguen les mans un munt de països han corregut a fer-se amb els drets de traducció del primer poemari d’aquesta llicenciada a Harvard que aspira ni més ni menys que a ser algun dia presidenta dels Estats Units. Ambició no li falta, oi?

No són però els versos els polèmics sinó qui els tradueix. Res de seguir l’antiga -i sembla que periclitada- tradició de confiar les feines de traducció a professionals amb experiència en el gènere en qüestió, sigui poesia, teatre, assaig, etc.  Encarregades ja les traduccions i mig fetes o fetes del tot -detall gens fútil-, l’autora va tenir una idea brillant, potser entre prova i prova d’algun modelet per a alguna de les moltes aparicions públiques que semblen agradar-li tant: per què no la traduïen boniques noies joves, activistes i amb el mateix color de pell que ella, i així tot plegat lluiria molt més? Els flaixos l’enlluernarien al costat de les seves traductores-alter egos a la Fira del Llibre de Frankfurt o de Guadalajara. Que tremoli Angela Davis, que fa uns dies va ser nomenada doctora honoris causa per la Universitat Pompeu Fabra per, entre d’altres, la seva incansable lluita antiracista.

Com a idea és bonica, no ho neguem. Una autora i la seva cohort de traductores, racialitzades i empoderades. On és la trampa, doncs? Què grinyola? Com a dona, activista i traductora veterana amb més d’un centenar de llibres traduïts, deixeu-me dir-hi la meva. No la meva opinió improvisada -des del meu privilegi de caucàsica europea en un país on hi ha pocs afrodescendents, però els suficients per entendre la necessitat de canviar alguns paràmetres-, sinó una opinió macerada i contrastada amb diverses amigues negres o emparentades amb persones que ho són. M’agradaria dir-li dues coses a Amanda Gorman, que amb aquest gest ha fet gala d’un etnocentrisme que ja voldria per a si Napoleó i que es veu que ignora totes les possibles interseccions que hi ha entre raça, gènere, classe social, sexualitat i un llarg etcètera.

Tant de bo aquest país nostre tingui aviat una representació notable de persones racialitzades en totes les professions, però encara no passa.

M’agradaria dir-li que traduir poesia és molt fàcil, però no li puc dir: em temo que és força més difícil que escriure-la. Perquè una editorial seriosa encarregui una feina com la traducció del seu llibre -amb els consegüents guanys en drets- fa falta un currículum notable que no s’improvisa. Qui conegui com jo el conec el món de la traducció des de dintre, sap de què parlo. També m’agradaria dir-li que aquest país nostre és ple de joves traductores racialitzades que es passen els dies agitant banderes feministes, antinuclears, antiracistes o de qualsevol de les moltes causes justes que existeixen, però lamentablement no és el cas. Tant de bo aquest país nostre tingui aviat una representació notable de persones racialitzades en totes les professions, però encara no passa. No som els Estats Units, on al passat esclavista se suma un 16% de població negra, per exemple. De fet, a Espanya hi resideixen poc més d’un milió de persones procedents d’Àfrica i les xifres per races ni les he trobat, potser perquè no hi són. No hi ha doncs grans plans per pal·liar aquesta desigualtat, perquè encara no hi ha gaire consciència de la nostra diversitat racial, que és sempre un regal.

No dubto que segurament a la jove poeta la mou la bona fe i una voluntat de contribuir a fer un món més just. Però és evident que Amanda Gorman, tot i haver passat una temporada a Madrid, no sap com es el nostre país pel que fa a l’accés deficitari de les persones racialitzades a moltes professions. Ben cert que, tot i que la presència massiva de persones d’altres llocs és més recent aquí que a altres països, tenim un greu problema de racisme. Ho va recordar el darrer 8M citant a Audre Lorde l’actriu trans Daniela Santiago -esplèndida protagonista de la sèrie Veneno-: “¿Com expliqueu que les dones que us netegen les cases i cuiden dels vostres fills mentre vosaltres assistiu a congressos de feminismes siguin en la seva majoria dones pobres i de color?”. Touché!

Jo veig en el rampell de Gorman un desconeixement radical de com es fan les lluites i una simple operació de màrqueting.

Ignorància al marge, seria bo explicar-li a la jove poeta que és incongruent aplaudir un president blanc i no voler un traductor del mateix color. Encertada reflexió que per cert feia en una entrevista a Núvol el seu traductor al català, el solvent Víctor Obiols. Com a mínim el gest resulta contradictori, no ho negareu.

Jo veig en el rampell de Gorman -o dels seus agents literaris- una pixada fora de test, un desconeixement radical de com es fan les lluites i una simple operació de màrqueting. Així ho he fet saber a les xarxes, on l’activista d’origen marroquí Míriam Hatibi em preguntava amb tot el seu dret si l’exigència de Gorman no era com quan les feministes demanem quotes als espais de representació. La resposta és no. Deixant de banda que no hi ha feina més invisible que la traducció -potser només superada per la de ficar-se dintre de la figura de Mickie Mouse a Eurodisney-, aquesta operació de Gorman té tant a veure amb demanar llistes paritàries a la política com amb cargolar el tabac amb paper de fumar ecològic, que és una veritable contradicció. Una cosa és voler forçar la paritat des d’estratègies coherents i una altra ben diferent tensar el debat públic des de la incoherència.

Al diari Ara la veu acreditada i ponderada de Marta Segarra parlava sobre aquest assumpte i deia que el gest violent de rebutjar certs traductors es podia assumir en benefici d’un objectiu més alt (no ho deia amb aquestes paraules tan clares, perquè sap que el terreny és relliscós, però ho deia). També feia menció a l’elecció a Bèlgica d’una rapera afrodescendent que encaixa amb els desitjos de Gorman i que segurament de traduir no en sap res. Segarra parlava de la conveniència que la rapera en qüestió comptés amb l’assistència d’algú experimentat a l’hora de fer la feina. Els agradaria, a vostès, que els operés del cor una persona sense la preparació suficient, però amb un bon cirurgià o una bona cirurgiana al costat? Doncs és el mateix. Prefereixo mil vegades més la traducció d’Obiols que la d’aquesta rapera.

Contràriament, aquest encreuament d’opinions sorollós sí que parla d’una cosa de la qual es parla poc: la falta de reflexió, amplitud de mires i cultura en general de les persones que defensen causes justes des de les emocions i sense tenir ni la més remota idea que els gestos, si no van acompanyats de sentit comú, són vacus. Quan l’any 1955 Rosa Parks va negar-se a cedir el seu seient a un blanc en un autobús no se li va acudir dir que el conductor havia de ser negre perquè també els negres poden ser conductors d’autobús. Va fer un gest útil i la història li ha donat la raó.

He traduït a l’actual papa de Roma i de catòlica i apostòlica en tinc ben poc. L’hauria traduït millor una monja? Quina bestiesa. He traduït la poesia completa d’Oscar Wilde i no sóc un home gai.

Amics i amigues, noves generacions que voleu el món just que mereixem, treballeu fermament en la defensa dels drets per a tots i totes però sense empassar-vos preses de pèl com aquest gest infantil i superb d’Amanda Gorman. Tampoc us fieu dels aliments que diuen que no porten transgènics, ni dels que diuen que no porten sucre i porten raïm, etc. Per no parlar del rebuig que generen gestos contraproduents com aquests, que fabriquen racistes i anti feministes a dojo.

Quan des del feminisme defensem les quotes per compensar la històrica discriminació de les dones, no se’ns acut tirar a terra un edifici fet per Gaudí perquè el construeixi una dona, ni trencar una escultura de Plensa perquè la faci una dona. Fer visibles les dones traductores racialitzades no passa perquè siguin les encarregades de traduir les dones de la seva raça, han de poder accedir a les feines amb igualtat de condicions, sense que importi a qui tradueixin si estan capacitades per fer-ho. No, no vull un futur que de tant políticament correcte faci pudor de fonamentalisme i les negres tradueixin les negres i les blanques les blanques. Tampoc vull que el futbol femení l’arbitrin només dones. Vull que les dones puguin arbitrar el futbol masculí, així de clar.

Una bona amiga escriptora de raça negra, després de dir-me que la idea de la jove poeta li semblava un despropòsit, m’ha remès al pròleg que Jean Paul Sartre va fer d’Els condemnats de la terra, de Frantz Fanon, una bíblia de l’antiracisme. En la seva opinió, aquell home blanc amb ulleres i no gaire semblant a Alain Delon va saber parlar dels negres com ella mai havia llegit, amb una empatia absoluta. Perquè no cal ser negre ni gai ni trans per entendre les opressions. I evidentment no cal ser dona per ser feminista, encara que algunes feministes lamentablement ho pensin. Jo no, jo crec que en la defensa de la justícia i de la diversitat hi cabem tots i totes.

Per aquesta raó no penso llegir el llibre d’aquesta jove poeta. Llegiré potser el pròleg d’Oprah Winfrey, lluitadora valuosa pels drets de les dones (recordeu el seu discurs als Globus d’or 2018), encara que sincerament m’hauria estimat més un pròleg de Sharon Olds o Louise Glück. Perquè entre l’activisme decoratiu i la literatura, em quedo amb la literatura.

 

[Font: http://www.nuvol.com]

Stéphane Hessel (1917-2013) était un normalien, résistant, diplomate depuis 1945, écrivain et militant politique français chrétien, né en Allemagne et d’origine juive. Venu en France à l’âge de 8 ans, il est naturalisé français en 1937, il rejoint les Forces françaises libres, en 1941, à Londres. Résistant, il retourne en France en mars 1944. Arrêté, il est déporté en août 1944 à Buchenwald. Sa carrière diplomatique s’effectue surtout auprès des Nations unies. Proche de Pierre Mendès France et de Michel Rocard, il accède à la célébrité par son militantisme soutenant les immigrés illégaux (« sans-papiers ») et les anti-Israéliens, ainsi que par son manifeste Indignez-vous ! (2010) au succès international. Arte rediffusera le 13 février 2021, dans le cadre de « Philosophie »,  « L’indignation, ça suffit ! » (Schluss mit der Empörung!) de Philippe Truffaut et le 28 février 2021 « Stéphane Hessel – L´homme d´un siècle » (Empört Euch! Engagiert Euch! – Stéphane Hessel) par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost.
Publié par Véronique Chemla
« Stéphane Hessel – L´homme d´un siècle » (Empört Euch! Engagiert Euch! – Stéphane Hessel) est un documentaire réalisé par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost. « Sept ans après la publication du manifeste phénomène « Indignez-vous ! », ce documentaire dresse le portrait de son auteur, humaniste profondément engagé », en fait un imposteur, « disparu en 2013 à l’âge de 95 ans. Plus de quatre ans après la disparition de Stéphane Hessel, homme charismatique et résolument optimiste, animé par une foi inébranlable dans le droit international, ce documentaire se penche sur son parcours et sur l’héritage qu’il a légué à la postérité ».
De Berlin à Paris
Stéphane Hessel naît à Berlin en 1917 dans une famille protestante luthérienne polonaise. Son père Franz Hessel, essayiste et traducteur allemand, est le troisième fils d’Heinrich Hessel, Polonais protestant d’origine juive, et commerçant de graines fortuné. Issue d’une famille silésienne bourgeoise antisémite, sa mère Helen Grund inspirera le personnage de Catherine dans « Jules et Jim », du romancier et marchand d’art Henri-Pierre Roché.En 1925, Stéphane Hessel arrive en France avec sa mère, correspondante de mode du journal Frankfurter Zeitung. Il fait la connaissance de Marcel Duchamp, Man Ray, Le Corbusier, Philippe Soupault, Jules Pascin, Calder, Picasso, Max Ernst et André Breton.Bachelier en 1933, normalien comme étranger en 1937, polyglotte, il obtient la même année la naturalisation française.

Il « incarne l’intellectuel européen par excellence, avant que la guerre ne le rattrape ».

Guerre
À l’été 1939, Stéphane Hessel épouse Vitia, jeune juive russe, interprète de conférences et dont le père est Boris Mirkine-Guetzevitch, professeur renommé de droit constitutionnel en France. La judéité de l’épouse suscite l’hostilité de la mère de Stéphane Hessel. Après la Libération, le couple Hessel a trois enfants : Anne, Antoine et Michel.

Stéphane Hessel traverse la guerre sans avoir combattu. Il est interné dans un camp de prisonniers militaires à  Bourbonne-les-Bains, et s’en évade avec le capitaine Segonne qui l’informe de l’appel du général de Gaulle.

Ayant rejoint la France en 1938, Franz Hessel et son fils Ulrich subissent les persécutions nazies. En 1941, Franz Hessel décède, et son fils Stéphane Hessel arrive à Londres, après un périple via Oran et Lisbonne où son épouse embarque pour les États-Unis.

À Londres, Stéphane Hessel choisit de travailler au sein du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA), comme agent de liaison avec l’état-major britannique, dans la section R. En 1942, son épouse Vitia le rejoint.

En mars 1944, Stéphane Hessel arrive clandestinement à Saint-Amand-Montrond dans le cadre de la mission Gréco pour disperser les émetteurs de la résistance. Dénoncé, il parle sous la torture, et est déporté à Buchenwald. Là, il survit en empruntant l’identité d’un déporté décédé. Il est transféré à Rottleberode, puis à Dora. Lors de son transfert vers Bergen Belsen, il s’évade, et parvient à atteindre les troupes américaines à Hanovre.

Le 8 mai 1945, il retrouve Paris.

Charte des droits de l’homme
En octobre 1945, il réussit le concours du quai d’Orsay, ouvert aux anciens combattants, résistants et déportés.

Lors d’un séjour aux États-Unis auprès de sa belle-famille, il change ses projets professionnels : il se détourne d’un poste en Chine et devient secrétaire dans la troisième commission de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) chargée d’élaborer la Charte des droits de l’homme. Sa mission ? Travailler à la section chargée de réunir la documentation sur les questions sociales et les droits de l’homme.

Cet « homme de gauche participe, à la Libération, à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme ». C’est faux. Le jeune Stéphane Hessel était un jeune sous-sous-fifre. Ce n’est qu’après le décès des auteurs de cette Charte qu’il a allégué l’avoir corédigée, ou parfois laissé dire… Une légende qu’Arte entretient et que le site Internet du Quai d’Orsay a accréditée. Mais les archives de l’ONU demeurent et détruisent ce mythe.

« Indignez-vous ! »
Après un passage en 1954 dans le cabinet de Georges Boris sous le gouvernement du président du Conseil Pierre Mendès France, il poursuit une carrière diplomatique terne.

En 1981, le président de la République François Mitterrand élève Stéphane Hessel à la dignité d’ambassadeur de France.

Il ne laisse pas un souvenir mémorable comme délégué interministériel pour la coopération et l’aide au développement.

En 1982, il est désigné par le président de l’Assemblée nationale, alors  Louis Mermaz, comme un des neuf membres de Haute Autorité de la communication audiovisuelle. Il y demeure jusqu’en 1985.

En 1986, sa femme Vitia meurt. Un an plus tard, Stéphane Hessel se remarie avec Christiane Chabry qu’il connait depuis trente ans.

Cet amateur de poésies rédige des rapports : « Immigrations : le devoir d’insertion » (1988), « Les Relations de la France avec les pays en développement » (1990) dans lequel ce membre (1990-1993) du Haut Conseil à l’intégration invite à revoir la politique française « dans le sens d’une plus grande rigueur et du rejet de toute complaisance clientéliste ». Des rapports non appliqués.

En 1993, Stéphane Hessel représente la France à la Conférence mondiale sur les droits de l’homme des Nations unies, qui se tient à Vienne.

« Diplomate puis militant inlassable de la cause des laissés-pour-compte – dont les sans-papiers –, cet amateur de poésie connaît, à 93 ans, en 2010, un succès phénoménal avec son essai « Indignez-vous ! ». Un livre d’une trentaine de pages, vendu à 4 millions d’exemplaires dans le monde entier et traduit dans des dizaines de langues.

Ce « manifeste aborde, entre autres, les questions de l’immigration, du conflit israélo-palestinien et des écarts croissants de richesse. Il devient le manifeste d’une jeune génération qui refuse de considérer la montée des inégalités et le capitalisme comme une fatalité ». Une réaction – l’indignation – à défaut de savoir, de réflexions et d’analyses.

« Quelques mois après sa publication, les partisans du mouvement 15-M (15 mai) descendent dans les rues de villes espagnoles pour dénoncer les partis politiques traditionnels et la corruption ».

« Rebaptisés « Les Indignés » par les médias, ils inspirent alors d’autres initiatives, comme « Occupy Wall Street » aux États-Unis ».

Anti-israélien
Membre en 2009 du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine, soutien du terroriste Salah Hamouri, Stéphane Hessel milite pour le BDS (Boycott Désinvestissement Sanction) de l’État d’Israël.

En 2011, il déclare au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung :

« Aujourd’hui nous pouvons constater ceci : la souplesse de la politique d’occupation allemande permettait, à la fin de la guerre encore, une politique culturelle d’ouverture. Il était permis à Paris de jouer des pièces de Jean-Paul Sartre ou d’écouter Juliette Gréco. Si je peux oser une comparaison audacieuse sur un sujet qui me touche, j’affirme ceci : l’occupation allemande était, si on la compare par exemple avec l’occupation actuelle de la Palestine par les Israéliens, une occupation relativement inoffensive, abstraction faite d’éléments d’exception comme les incarcérations, les internements et les exécutions, ainsi que le vol d’œuvres d’art. Tout cela était terrible. Mais il s’agissait d’une politique d’occupation qui voulait agir positivement et de ce fait nous rendait à nous résistants le travail si difficile ».

En janvier 2011,  Monique Canto-Sperber, alors directrice de l’École Normale Supérieure (ENS), annule une réunion, non pas entre Stéphane Hessel et des étudiants de cette prestigieuse école, mais une conférence politique appelant au boycott d’universitaires israéliens et réunissant Stéphane Hessel, Leïla Shahid, Haneen Zoabi, députée arabe à la Knesset, Michel Warschawski, Élisabeth Guigou, député, Gisèle Halimi, avocate, et Benoist Hurel, secrétaire général adjoint du Syndicat de la magistrature.

Complaisances politico-médiatiques
Interviewé en 2012 par Enquête & Débat, Frédéric Taddeï, animateur de Ce soir (ou jamais !), l’actualité vue par la culture (CSOJ), se souvenait que Stéphane Hessel « a quasiment débuté sa carrière » médiatique dans son émission. Dans l’une d’elles intitulée Gaza, une guerre pour quoi ?, Stéphane Hessel a déclaré devant un Tariq Ramadan ravi :

« Je veux relayer la pensée forte de mes amis israéliens : Mikado, Michel Warschawski, Amira Haas, Gideon Lévy qui disent « Le gouvernement intérimaire israélien actuel ne veut pas la paix »… S’il voulait la paix il négocierait avec le Hamas … disposé à revenir aux frontières de 1967. Mais les Israéliens n’ont pas d’intérêt réel pour la paix. Ils veulent garder les colonies. Ils veulent garder l’occupation. C’est ça qui est contraire au droit international […] qui est bafoué par Israël au point maintenant, après ce qui se passe à Gaza, de pouvoir être traité par des hauts fonctionnaires internationaux comme criminels de guerre… Il faut arrêter ce massacre ».

Quels fonctionnaires internationaux ? Frédéric Taddeï n’a pas eu la curiosité de demander lesquels. A-t-il interrogé sur la charte du Hamas ? Non. S’est-il enquis des raisons de ce vocable incorrect par un ambassadeur de France : frontières au lieu de lignes d’armistices, etc. ? Non. Que de mensonges non rectifiés !

« Nous n’avons pas de raison d’être fiers de la façon dont notre profession vient de célébrer la mémoire de Stéphane Hessel. Sa mort a malheureusement été l’occasion d’un nouvel accès de frénésie moutonnière des médias pour graver dans le marbre de l’Histoire une légende sans fondement trop facilement acceptée », a écrit Claude Moisy, journaliste, ancien PDG de l’AFP, dans Le Monde (5 mars 2013).

Et de poursuivre :

« Quasiment tous les médias ont aveuglément évoqué le rôle de coauteur de la Déclaration des droits de l’homme attaché à son nom. Le seul ennui est que ce rôle n’a pas existé. Il ne s’agit pas ici de ratiociner ou de jouer sur les mots. Peut-être pas auteur, concède-t-on parfois, mais au moins contributeur ou collaborateur des auteurs. Non.
La réalité est que pendant son séjour aux Nations unies, de 1946 à 1948, Stéphane Hessel n’a pris aucune part à la rédaction de la Déclaration qui eut lieu à ce moment-là.
L’affaire pourrait n’avoir qu’un intérêt anecdotique si le rôle de coauteur de la Déclaration attribué à tort à Hessel n’était devenu au fil des ans un des éléments constitutifs de sa célébrité et de la vénération qui a entouré la fin de sa vie.
Au risque d’être taxé de mesquinerie, je crois nécessaire de dénoncer cette légende malgré l’affectueuse sympathie que, comme beaucoup, j’ai éprouvée pour l’homme chaque fois que je l’ai rencontré. Ce qui est en cause ici le dépasse.
Nous avons une fois de plus la démonstration de l’inconséquence avec laquelle les médias imposent à l’opinion publique une vision illusoire de l’Histoire autour de héros populaires rendus plus séduisants encore qu’ils ne le sont en réalité.
Pourtant, tout le monde peut aujourd’hui accéder par Internet à des centaines de documents officiels sur la genèse de la Déclaration universelle des droits de l’homme, sur son comité de rédaction, sur ses débats et les conditions de son adoption. Aucun document de l’époque ne mentionne le nom de Stéphane Hessel.
Et pour cause : il est alors le modeste chef de cabinet de l’un des huit secrétaires généraux adjoints de l’ONU, le Français Henri Laugier, chargé des affaires économiques et sociales, qui ne faisait pas partie du comité chargé de rédiger la Déclaration.
Faute de Laugier, d’innombrables articles de presse évoquent le rôle de Stéphane Hessel « au côté » de René Cassin qui fut réellement, lui, l’un des principaux auteurs de la Déclaration.
D’autres le placent carrément « à la droite » d’Eleanor Roosevelt, l’épouse du président des États-Unis, qui présidait le comité de rédaction. Ces deux proximités sont aussi dénuées de fondement l’une que l’autre : Stéphane Hessel n’a jamais siégé aux côtés ni de l’un ni de l’autre aux réunions du comité.
Comment et quand est née la légende de la participation personnelle de Stéphane Hessel à la Déclaration ? Y a-t-il lui-même contribué ? Il est encore difficile de le déterminer avec précision.
Ce qui est sûr, c’est que soixante ans après son adoption, il a prudemment et habilement circonscrit son véritable rôle. Interviewé le 10 décembre 2008 sur un site de l’ONU, il a déclaré : « J’étais en contact permanent avec l’équipe qui a rédigé la Déclaration. J’assistais aux séances et j’écoutais ce qu’on disait, mais je n’ai pas rédigé la Déclaration… J’ai été témoin de cette période exceptionnelle ». Autrement dit, témoin mais pas acteur.
Il l’a confirmé deux ans plus tard, le 3 janvier 2011, dans un entretien avec Politis. « C’est l’occasion pour moi de revenir sur deux idées fausses. La première est que j’aurais fait partie du Comité national de la Résistance. (…) L’autre erreur est de m’accorder le rôle de corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme. (…) J’ai assisté à sa rédaction de très près et de bout en bout. Mais de là à prétendre que j’en aurais été le corédacteur ! »
Ces deux textes sont accessibles sur Internet, tout comme un entretien avec Simon Boquet publié en 2012 par la revue Texto, dans lequel il récuse une fois de plus ce titre de coauteur de la Déclaration pour parler seulement de « ce travail auquel j’ai été très modestement associé ».
Tout le monde a pu les lire, mais pratiquement personne n’en a tenu compte. Trop compliqué de corriger les erreurs, peut-être ?
Pour être tout à fait honnête, il faudrait sans doute évoquer aussi les centaines d’articles évoquant au cours de décennies la Déclaration des droits de l’homme et dans lesquels Stéphane Hessel manie des formules beaucoup plus ambiguës sur son rôle sans contester celui plus flatteur qu’on lui prêtait.
Mais la sympathie me porte à penser qu’il est trop tôt pour un tel inventaire ».

Le Monde a alors consacré « une application Mémoire à Stéphane Hessel, disparu le 27 février 2013. Cette application rassemble les meilleurs articles publiés par Le Monde sur Stéphane Hessel, ainsi que le texte intégral d’Indignez-vous ! »

Le 7 mars 2013, lors de la cérémonie nationale d’hommage en l’honneur de Stéphane Hessel dans la cour des Invalides à Paris, François Hollande, alors président de la République, a évoqué « un homme qui fut une conscience, un grand Français, un juste ».

« Des Français libres se souviennent »
Arte diffuse sur son site Internet « Des Français libres se souviennent » (Das freie Frankreich) de Samuel Thiebaut. « Daniel Cordier, résistant et ancien secrétaire de Jean Moulin, est décédé le 20 novembre 2020 à l’âge de 100 ans. En 1940, il avait rejoint le général de Gaulle à Londres après l’appel du 18 juin. En 2010, aux côtés de trois autres anciens membres de la France libre (Stéphane Hessel, Jean-Louis Crémieux-Brilhac et Yves Guéna), il participait à une table ronde animée par Régis Debray pour évoquer leur engagement et partager leurs souvenirs de résistants. »
« Daniel Cordier s’engage dans les FFL en juin 1940 ; après deux ans d’entraînement militaire, il est parachuté à Montluçon le 26 juillet 1942 et devient le secrétaire de Jean Moulin. »
« Stéphane Hessel rallie la France libre du général de Gaulle en 1941 et entre au Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) ; arrêté en juillet 1944, il sera déporté à Buchenwald puis à Dora. »
« Après avoir été fait prisonnier par les Allemands et s’être évadé, Jean-Louis Crémieux-Brilhac s’engage dans les Forces françaises libres (FFL) en septembre 1941 et devient chef du service de diffusion clandestine de la France libre. »
« Yves Guéna rejoint Londres depuis Ouessant dans la nuit du 19 au 20 juin 1940 ; il combattra en Libye et en Tunisie, en Normandie, en Alsace, puis en Allemagne jusqu’à Berchtesgaden. »
« Stéphane Hessel, mémoire des Droits de l’Homme »
« C’était il y a 70 ans : la Déclaration universelle des droits de l’homme. Stéphane Hessel, diplomate et homme engagé, n’a cessé au cours de sa vie de rappeler l’importance de ce texte fondamental. Nous vous proposons de réécouter son message aux générations futures. Un message livré en 2008 et qui résonne encore aujourd’hui. »

« L’indignation, ça suffit ! »

Arte diffusera le 13 février 2021, dans le cadre de « Philosophie »,  « L’indignation, ça suffit ! » (Schluss mit der Empörung!) de Philippe Truffaut.

« Pourquoi s’indigne-t-on ? Raphaël Enthoven ouvre la réflexion avec Laurent de Sutter, auteur d' »Indignation totale – Ce que notre addiction au scandale dit de nous », et Cécile Duflot, directrice générale de l’ONG Oxfam France. »
« Les convictions indignées sont souvent vues comme un cri du cœur, qui monte du fond des tripes. Mais si, au contraire, l’indignation revendiquait surtout un monopole de la raison ? Un indigné n’est pas surpris par ce qui le scandalise, mais bien conforté dans sa vision du monde, ralliant un « nous » des indignés contre un « eux » des indignes. Quelles peuvent en être les dérives ? Y a-t-il une hypocrisie derrière l’impératif de l’indignation ? »

« Réflexion avec le philosophe Laurent de Sutter, auteur d’Indignation totale – Ce que notre addiction au scandale dit de nous (Éditions de l’Observatoire, 2020) et Cécile Duflot, directrice générale de l’ONG Oxfam France. » Une ONG dont des dirigeants ou employés ont eu des comportements à Haïti et au Tchad qui ont suscité l’indignation lors de leur révélation en 2018 : abus sexuels, menaces et intimidations, etc. Quant à la loi ALUR votée en 2015 à l’initiative de Cécile Duflot, alors ministre écologiste de l’Égalité des Territoires et du Logement, elle a déprimé par ses « ravages » le marché de l’immobilier.

Les invités analysent notamment la photo de l’enfant syrien Aylan Kurdi, photographié mort sur une plage de Turquie, son instrumentalisation en faveur des « migrants« , et le dessin de Riss pour Charlie hebdo.
« Des Français libres se souviennent » de Samuel Thiebaut
France, 2010, 52 min
Disponible du 26/11/2020 au 25/05/2021
France, Allemagne, 2018, 3 min
Disponible du 11/12/2018 au 11/12/2038
« L’indignation, ça suffit ! » de Philippe Truffaut
France, 2021, 26 min
Invités : Laurent de Sutter, Cécile Duflot
Présentation : Raphaël Enthoven
Sur Arte le 13 février 2021 à 23 h 35
Disponible du 06/02/2021 au 28/01/2024

« Stéphane Hessel – L´homme d´un siècle » par Hans Helmut Grotjahn et Antje Starost
Allemagne, 2017, 53 Min
Sur Arte les 15 octobre2017  à 23 h 25, 4 novembre 2017 à 6 h 50, 28 février 2021 à 02 h 35

Disponible du 27/02/2021 au 27/05/2021
Visuels 
Le diplomate de l’ONU Stéphane Hessel (au milieu) avec les cinéastes Antje Starost (à droite) et Hans Helmut Grotjahn (à gauche).
© Gudrun ArndtAuteur-compositeur Konstantin Wecker
Actrice Hanna Schygulla
© Antje Starost Filmproduktion
Les citations sur le documentaire sont d’Arte.
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Escrito por David Aliaga

En una cafetería de Barcelona, mi rabino me explicó que había un autor francés –he sido incapaz de comprobar si se trata de Sartre, como creo recordar quizá porque el rav llevaba una biografía de Sartre en el bolsillo de su abrigo aquella tarde– que escribió que era judío aquél a quienes los antisemitas reconocían como tal. A efectos trágicos, la afirmación resulta amargamente certera. Sin embargo, en términos religiosos la cuestión sobre la judeidad de una persona es una de las mayores controversias en el seno del pueblo de Israel. Resumiendo mucho, según el movimiento ortodoxo (que no para todos y cada uno de los ortodoxos), solo es judío el nacido de un vientre judío y el converso certificado por un beit din ortodoxo; los movimientos reformista y masortí reconocen entre sí la autoridad de sus tribunales rabínicos, y también que una persona pueda ser judía de nacimiento aunque su madre no lo sea, si su padre lo es.

A pesar de que existe el debate, desde el punto de vista religioso, las interpretaciones de la halajá a las que se atienen las diversas corrientes del judaísmo están más o menos claras. Sin embargo, a la práctica, se complica. ¿Es judío el hijo de una judía que no ha sido educado en dicha tradición, que no acude a la sinagoga, que come cerdo y que no celebra Yom Kipur? ¿Serían judíos los nietos de esta persona? ¿Es judía la hija de un judío y una católica que ha estudiado la Torá, ha celebrado su bat mitzvá y se siente judía? ¿Es el judaísmo una religión, una designación étnica, una nacionalidad…? Y, sobre todo, ¿qué implica ser judío para el individuo?

En cada caso, estas preguntas dejan de ser materia de legislación religiosa para convertirse en una problemática identitaria íntima. En el ámbito literario, la obra de algunos de los autores más brillantes del último siglo se ha articulado como respuesta a la pregunta sobre la identidad (¿quién soy?) y las implicaciones de la condición judía sobre la autodefinición. Estados Unidos ha sido especialmente prolífico alumbrando escritores cuyos libros dialogan con la cuestión judía: Bernard Mallamud, Saul Bellow, Cynthia Ozick, Philip Roth, Jonathan Safran Foer, Nicole Krauss, Shalom Auslander… Tanto es así que desde hace décadas sus obras se estudian en una rama específica de los estudios literarios que se ocupa de la llamada Jewish American Fiction.

Durante muchos años el corpus de los estudios de literatura judía se había dado por sentado. Si un autor era judío en términos genéricos y escribía desde una perspectiva judía o sobre temas judíos, formaba parte de la nómina de escritores a estudiar. Sin embargo, en los últimos años, brillantes académicos como Benjamin Schreier (The Impossible Jew) han puesto en duda la facilidad para definir el corpus de la Jewish American Fiction. Si resulta complicado definir en qué consiste ser judío, si dicha pregunta tiene tantas respuestas posibles como individuos que se la formulen, designar a un creador como escritor judío tiene que ser bastante complicado. Más todavía cuando algunos de los autores judíos –de una forma u otra– más estudiados y valorados por la crítica rechazan la etiqueta. Cynthia Ozick, que ha escrito sobre el Holocausto y el trauma posterior, sobre el gólem, sobre el yídish…, rechazaba que su obra fuese “judía” en la entrevista que le realicé para el número 385 de Quimera. Por más que aborde temas y motivos judíos, que acuda a los servicios de la sinagoga ortodoxa de New Rochelle o que suela escribirme para felicitarme Pésaj y Janucá: “en cuanto a la escritura, el judaísmo no es y no ha sido nunca mi tema. No soy una rabina o una teóloga, ni siquiera una filósofa. No tengo capacidad para desempeñar esos oficios y, en dicho sentido, no soy una escritora judía, es decir, una escritora de libros judíos”.

En la Europa posterior a la Shoah, una de las obras más sugerentes en lo que se refiere al cruce entre la indagación por la identidad y la condición judía es la del autor francés Patrick Modiano. Es cierto que sus novelas buscan reconstruir un pasado personal absolutamente fragmentado (“Escribo para saber quién soy, para encontrar una identidad”), al tiempo que descorre los velos de silencio con los que Francia cubrió la complicidad o connivencia de buena parte de sus habitantes durante la ocupación alemana. Pero ni el rompecabezas identitario de Modiano ni su denuncia de los crímenes de los colaboracionistas pueden disociarse de las ramas sefardíes de su árbol genealógico si aspiramos a una comprensión esférica de su narrativa. Resulta complicado pensar que el autor nacido en Boulogne-Billancourt escribiese desde la postura en la que escribe, de no ser hijo de quien es.

El padre del premio Nobel, Albert Modiano, provenía de una familia de judíos italianos instalados en Salónica y emigrados a París. Durante la ocupación francesa sobrevivió escapando de las redadas de la Gestapo al tiempo que se acercaba a los nazis para comerciar con productos de estraperlo. De la misma forma que la ausencia de su madre, la actriz belga Louise Colpijn, se refleja en sus novelas en forma de niños desatendidos que se aburren en los camerinos de un cabaret, en el apartamento de una cupletista venida a menos, de infancias extrañas y provisionales…, las zonas oscuras de la biografía de su padre se erigen como imponentes columnas, recias preguntas sobre el papel de los franceses –de un judío francés– durante el nazismo.

Agosto de 1941. La policía francesa registra la identidad de los judíos en los territorios ocupados por el ejército alemán. (Autor desconocido – Deutsches Bundesarchiv/Wikimedia Commons)

En Dora Bruder (1997), Modiano confesó que la escritura de su primera novela, El lugar de la estrella (1968), obedecía al impulso de responder a la tradición novelística antisemita que se había desarrollado en Francia durante mucho tiempo. Servía como reparación a la conducta de compatriotas que, como su propio padre sefardí, contribuyeron, obtuvieron beneficios o miraron hacia otra parte cuando la nación señalaba al pueblo de Jacob. Precisamente esas dos novelas, junto con Libro de familia (1977), nos ofrecen un tríptico sobre el diálogo que el autor mantiene con la cuestión identitaria judía: tres obras muy distintas en lo formal, pero que además de compartir la denuncia, la melancolía y la búsqueda identitaria que atraviesa la bibliografía completa de Modiano, están cosidas entre sí por la cuestión judía.

El lugar de la estrella es un texto experimental, dolorosamente paródico e irreverente, que se inscribe en el contexto de surgimiento del debate sobre el papel de Francia en el Holocausto que el gaullismo había silenciado. Modiano se incorpora a la escena literaria con su primera novela en el año en que los jóvenes parisinos se echaron a la calle gritando, entre otras consignas, “¡Todos somos judíos alemanes!”, en solidaridad con Daniel Cohn-Bendit, un joven judío francoalemán que había participado en la ocupación de la Sorbona en el mes de mayo, y al que el gobierno francés prohibió la entrada en el país durante una década. Modiano ofrece a través de Raphaël Schlemilovitch un retrato cubista de lo que suponía para los jóvenes judíos franceses de mayo del 68 ser judíos en la Francia posterior al régimen de Vichy. El protagonista es una parodia histriónica de los argumentos judeófobos de autores como Louis Ferdinand Céline que, como Modiano escribe en Dora Bruder, descubrió en las estanterías de su padre. Schlemilovitch ridiculiza la simplificación negativa del antisemitismo –“ese monstruo imaginario (…) con su nariz torcida y sus garras (…) culpable de todo mal y culpable de todo delito”– en su aspiración a ser un judío “auténtico”. Pero, a través de sus contradicciones y de su evolución, expone también la complejidad de la construcción identitaria a la que tuvieron que enfrentarse miles de sefardíes y askenazíes galos en un contexto adverso, el relato que tuvieron que componer sobre sí mismos en respuesta al encuentro con el otro.

Casi treinta años después, en Dora Bruder, el francés nos confiesa el impulso que lo movió a escribir su primera novela y, a través de las implicaciones que supone la escritura de la novela, comprendemos que existe una voluntad de reparación por parte de Modiano. Es una enmienda que debió comenzar necesariamente con la denuncia de quienes perpetraron los crímenes y que en muchos casos vivían discretamente reinsertados en la democracia francesa, pero que debía completarse rescatando del olvido a todas las víctimas a través de una de ellas. Como si justificase haberse demorado en otros libros hasta encontrar a su más célebre protagonista, escribe: “Lleva tiempo conseguir que salga a la luz lo que ha sido borrado”.

Dora Bruder es el nombre de una niña desaparecida que el escritor francés lee en un periódico de 1941. Sus padres, desesperados, publican el aviso a pesar de que suponga exponerse a la policía de asuntos judíos que, como constata Modiano, existió en Francia, en la calle Greffulhe de París. Y Modiano, décadas después, retoma la búsqueda con la intuición, sino con la certeza, de a dónde lo conducirá. A través de los archivos, de documentación judicial, el narrador reconstruye el camino que llevó a Dora desde París hasta Auschwitz, y, al tiempo que le concede a la pequeña judía la dignidad de la memoria, reconstruye los edificios en los que operaban la burocracia colaboracionista y la policía xenófoba, derrumbados o reformados por la política municipal, sea como fuere, borrados del relato histórico falaz que Francia se había explicado a sí misma.

Dora Bruder comunica la idea de que la ocultación de los crímenes equivale al olvido de las víctimas. “Quedan pistas en los registros pero se ignora dónde están escondidos y qué guardianes los vigilan y si querrán enseñárnoslos. O tal vez, simplemente han olvidado que esos registros existen”. Febril y desbocada en El lugar de la estrella, la voz narradora de Modiano se apacigua con el paso de las novelas, y a finales de la década de 1990, nos encontramos a un narrador mucho más reflexivo, casi contagiado del laconismo burocrático del material administrativo que convierte en literatura. El cambio de tono y la mayor claridad en la sintaxis y en las imágenes bien podrían estar relacionados con el propósito distinto de las obras. Mientras que con su primera novela, Modiano derrumbaba un muro de silencio y lanzaba su literatura contra los criminales que habían quedado impunes, en Dora Bruder acomete con el sosiego del arquitecto un ejercicio de reconstrucción. En su opera prima construye una ficción excesiva, hiperbólica, para combatir el engaño de la Historia en el que se dio cobijo a los miserables; en la obra de 1997, caídas las máscaras, coloca a quienes las vestían frente a la certeza de lo notarial y recupera los rostros que tras la guerra se habían sacrificado a la restauración de la convivencia.

Entre el ejercicio de reparación y la denuncia airada, Libro de familia se presenta como un conjunto de relatos en los que el narrador trata de reconstruir su identidad a partir de los recuerdos que le sobrevienen en el momento de inscribir a su hija en un libro de familia, algo que a él, como judío, como a tantos judíos, se le había negado. En el caso del narrador, la burocracia solo sirve para emborronar su pasado porque el padre judío se vio obligado a firmar con un nombre falso su certificado de matrimonio. Existe también en esta obra una reparación simbolizada en el libro de familia. El documento legal representa la fijación de los orígenes de su hija, la certeza de unas raíces siempre difusas en los narradores modianescos que, como el autor, son hijos de padres ausentes o que ofrecen relatos incompletos de sí mismos. Pero la inscripción en un registro estatal de una familia con apellido judío implica también el fin de una forma de discriminación de Estado.

Esta preocupación por el lugar de los judíos en la sociedad francesa; los condicionantes que la judeidad de los padres de la ficción modianesca implican en la identidad de sus hijos, y el origen sefardí de Modiano parecen legitimar la pregunta sobre la posibilidad de incorporar al de Boulogne-Billancourt en el canon de la literatura judía europea. Aun cuando el autor pueda no considerarse judío o rechazar la etiqueta académica, novelas como Dora Bruder o Libro de familia evidencian una preocupación por las implicaciones de sus raíces familiares. Desde luego, uno puede intuir que, si el padre de Modiano no hubiese sido sefardí, la escritura del francés hubiese sido distinta. Con independencia del autor, y recuperando una expresión de Schreier, al menos tres de sus obras parecen afirmarse judías a sí mismas, lo judío emerge en el texto.

Si Patrick Modiano escribe “para encontrar una identidad”, entonces lo hebraico forma parte de ella aunque solo sea en forma de interrogante. A diferencia de autores norteamericanos, que han conocido la normalización de lo judío en su entorno y que escriben sobre una sociedad en la que lo judío forma parte de lo colectivo nacional, no existe un judaísmo casual ni ornamental en Modiano (ni lo existe apenas en la literatura contemporánea europea, salvo en novelitas que se apropian de lo cabalístico o lo sefardí como adorno mistérico o exótico). Lo hebreo se manifiesta a través de su preocupación por su propia responsabilidad y la de su país hacia los judíos, y de qué manera eso condiciona el hombre que es y su escritura. La respuesta que encontramos en sus textos es la de una identificación sin fisuras con quienes padecieron el nazismo y la ocupación, el compromiso de reparar una conducta que fue también la de ese padre sefardí colaboracionista.

Adicionalmente, como en la literatura memorialística de los judíos europeos que se vieron expulsados de sus hogares, que vieron a sus familiares morir en los campos, la del premio Nobel es una narrativa marcada por la necesidad de reconstrucción y reparación, y se constituye como un ejercicio de memoria y de denuncia. Afirmar que Modiano es un escritor judío o que sus libros son literatura judía resulta tan problemático como afirmar que existe una literatura judía. Y sin embargo, El lugar de la estrella, Libro de familia y Dora Bruder evidencian que sus raíces sefardíes tienen un peso específico en el diálogo que el autor sostiene con la pregunta fundamental de su obra: ¿quién es Patrick Modiano?


David Aliaga (L’Hospitalet de Llobregat, 1989) es escritor y editor. Licenciado en Periodismo por la UAB y máster en Humanidades por la UOC, actualmente prepara su tesis doctoral en el marco del programa de Teoría de la literatura de la UAB. Ha escrito sobre la cuestión identitaria judía en la literatura para revistas como Quimera Avispero, y es autor de los libros de relatos Inercia gris (2013), Y no me llamaré más Jacob (2016) y El año nuevo de los árboles (2018), así como de la novela breve Hielo (2014).

 

[Fuente: http://www.mozaika.es]

 

 

Escrito por Mouzar Benedito

“Odiai-vos uns aos outros”, parece ser o lema de um pessoal que se diz cristão e se sente dono da bola hoje em dia. É um tipo de cristianismo que não dá a outra face, dá o primeiro murro. E se for referir-se a contatos entre países, a tendência é adaptar a frase para “guerreai-vos uns aos outros”.

Assim, dá para supor que o poderoso líder brasileiro só está esperando Joe Biden tomar posse como presidente da gringolândia para declarar formalmente guerra àquele paiseco do norte, né? Um paiseco que vai ser esmagado pela nova potência do sul, que já está armazenando pólvora e talvez, usando a desculpa da covid-19, nem faça comemorações com espetáculos de fogos de artifício na virada do Ano Novo, porque a pólvora que seria usada nelas terá melhor serventia. Teremos, até começar a pauleira, um Brasil sem foguetes, traques ou busca-pés. Será que a pólvora das milícias cariocas também vai ser economizada?

O grande líder brancaleônico usa muita saliva, mas como se fosse pólvora. Não para conversas amigáveis, só para ofensas, ameaças e fanfarrices. Mas já fala no fim dela, saliva. E ela acabando, pólvora nos gringos! Viva! O fim está próximo (acreditam muitos dessa tendência que se diz cristã), então abreviemos. Vamos logo com isso!

Bom… Coletei umas frases por aí, começando por três grandes inspiradores desse pessoal, Goebbels, Mussolini e Hitler. Depois vem uma variedade de pensamentos sobre a guerra. Vejamos:

Joseph Goebbels: “Para convencer o povo a adentrar na guerra, basta fazê-lo acreditar que está sendo atacando”.

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Mussolini: “Estas guerras, ousaria dizer, estimulam de certo modo a economia das nações”.

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Adolf Hitler: “É sempre mais difícil lutar contra a fé do que lutar contra a inteligência”.

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Winston Churchill: “Se Hitler invadisse o inferno, eu cogitaria uma aliança com o demônio”.

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Maquiavel: “Os homens, quando não são forçados a lutar por necessidade, lutam por ambição”.

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Isaac Asimov: “A violência é o último recurso do incompetente”.

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Eu: “Há situações em que rico é que não vai pra frente. Na guerra, por exemplo”.

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Sartre: “Quando os ricos fazem a guerra, são os pobres que morrem”.

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Agatha Christie: “Fomos deixados com o sentimento horrível agora de que a Guerra nada resolveu, que ganhar uma é tão desastroso quanto a perder”.

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Pablo Neruda: “Os poetas odeiam o ódio e fazem guerra à guerra”.

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Virginia Wolf: “Podemos ajudá-los a prevenir a guerra não repetindo suas palavras e seguindo seus métodos, mas encontrando novas palavras e criando novos métodos”.

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Henfil: “Enquanto os sábios pensam sem certeza, os idiotas atacam de surpresa”.

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Sun Tzu: “A suprema arte da guerra é derrotar o inimigo sem lutar”.

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Charles Chaplin: “Se matamos uma pessoa, somos assassinos. Se matamos milhões de homens, somos heróis”.

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George Orwell: “Toda guerra, quando chega ou antes de chegar, é representada não como uma guerra, mas como um ato de autodefesa contra um maníaco homicida”.

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Orwell, de novo: “Toda propaganda de guerra, toda a gritaria, as mentiras e o ódio vêm invariavelmente das pessoas que não estão lutando”.

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Mao Tsé-tung: “A política é uma guerra sem derramamento de sangue; a guerra é uma política com derramamento de sangue”.

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Einstein: “Não sei com que armas a III Guerra será lutada, mas a IV será com paus e pedras”.

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Einstein, de novo: “A força sempre atrai os homens de baixa moralidade”.

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Santos Dumont (quando começaram usar aviões na guerra): “Criei um aparelho para unir a humanidade, não para a destruir”.

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Mark Twain: “Deus criou a guerra para que os americanos aprendessem geografia”.

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Julio Ribeiro: “Crítica e luta são as duas forças que podem levantar países decadentes e corruptos”.

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Ditado popular: “Guerra e amores: por um prazer, cem dores”.

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Miguel Couto: “No fundo de todas as guerras, obras dos homens, o que existe é a cobiça de riquezas ou glórias, mas sempre a cobiça”.

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Marquês de Maricá: “A ciência médica ensina a curar os doentes, a arte da guerra a matar os sãos”.

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Hipócrates: “A guerra é a melhor escola do cirurgião”.

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Vitor Caruso: “A humanidade é sanguinária. Todas as nações têm o seu Ministério da Guerra; nenhuma, o Ministério da Paz”.

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Quentin Crisp: “A guerra entre os sexos é a única em que ambos os lados dormem regularmente com o inimigo”.

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Oppenheimer (que chefiou o Projeto Manhattan, criador da bomba atômica): “Agora eu me torno a morte, o destruidor de mundos”.

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Guerra Junqueiro: “O povo, coitado, é soberano como fora Jesus para beber o fel, para morrer na cruz, para pagar impostos, para morrer na guerra”.

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Hannah Arendt: “A guerra tornou-se um luxo acessível apenas às nações pobres”.

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Tom Stoppard: “A guerra é o capitalismo sem luvas”.

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Arnold Toynbee: “Às guerras de religião se seguiram, depois de uma brevíssima trégua, as guerras das nacionalidades: e em nosso mundo ocidental moderno, o espírito dos fanatismos religioso e nacional constitui evidentemente uma mesma e só paixão maligna”.

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Napoleão Bonaparte: “Guerras religiosas são, basicamente, pessoas se matando para decidirem quem tem o melhor imaginário”.

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Napoleão Bonaparte, de novo: “O exército é uma multidão que obedece”.

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Peter Ustinov: “Os generais são um caso fascinante de desenvolvimento retardado. Afinal, aos cinco anos todos queremos ser generais”.

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Almirante Thompson: “O marinheiro está sempre em luta. Não precisa estar em guerra com outra nação”.

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Isabel Allende: “A guerra é obra de arte dos militares, a coroação da sua formação, a insígnia dourada da sua profissão. Não foram criados para brilhar na paz”.

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Che Guevara: “A farda modela o corpo e atrofia a mente”.

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George Bernard Shaw: “Nunca espere nada de um soldado que pensa”.

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Georges Clemenceau: “A guerra é um negócio muito sério para ser deixada por conta dos generais”.

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Clemenceau, de novo: “Fazer a guerra é mais fácil do que fazer a paz”.

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Golda Meir: “Um líder que não hesita antes de mandar seu país à guerra não está pronto para ser um líder”.

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Jorge Luis Borges (sobre a Guerra das Malvinas): “Uma guerra entre dois carecas por causa de um pente”.

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Mia Couto: “Em tempos de guerra, filhos são um peso que atrapalha muito”.

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James Joyce: “Paz e guerra dependem da digestão de algum fulano”.

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Abbie Hoffman: “Sou a favor do canibalismo compulsório. Se as pessoas fossem obrigadas a comer o que matam, não haveria mais guerras”.

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John Lennon: “Não esperem me ver atrás de barricadas, a menos que elas sejam de flores”.

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Karl Kraus: “A guerra, a princípio, é a esperança de que a gente vai se dar bem; em seguida, é a expectativa de que o outro vai se ferrar; depois, a satisfação de ver que o outro não se deu bem; e finalmente, a surpresa de ver que todo mundo se ferrou”.

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Thomas Mann: “A guerra é a saída covarde para os problemas da paz”.

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Eduardo Galeano: “No manicômio global, entre um senhor que julga ser Maomé e outro que acredita ser Buffalo Bill, entre o terrorismo dos atentados e o terrorismo de guerras, a violência está nos arruinando”.

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Barão de Itararé: “A guerra é uma coisa tão absurda e incompreensível que, quando se registra um combate de amplas proporções, até as ‘baixas’ são altas”.

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Bezerra da Silva: “Todo dinheiro gasto pela humanidade comprando armas para a guerra que só traz dor daria para matar a fome de todo povo sofredor”.

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Josué de Castro: “Fome e guerra não obedecem a qualquer lei natural, são criações humanas”.

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Ernest Heminway:

“Quem estará nas trincheiras a teu lado?

⸺ E isso importa?

⸺ Mais do que a própria guerra”.

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Otto von Bismarck: “Nunca se mente tanto como antes das eleições, durante uma guerra e depois de uma caçada”.

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Ditado popular: “Em tempo de guerra, mentiras por mar e por terra”.

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Ésquilo: “Na guerra, a verdade é a primeira vítima”.

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Clarice Lispector: “Eu sou o meu próprio espelho. E vivo de achados e perdidos. É o que me salva. Estou metida numa guerra invisível entre perigos. Quem vence? Eu sempre perco”.

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Voltaire: “Os homens corromperam um pouco a natureza, pois não nasceram lobos, e tornaram-se lobos. Deus não lhes deu nem canhões nem baionetas, e eles fabricaram baionetas e canhões para se aniquilarem”.

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Thomas Hobbes: “O homem é o lobo do homem, em guerra de todos contra todos”.

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Madame Du Barry: “Numa sociedade de lobos, é preciso aprender a uivar”.

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Ninon de l’Encios (cortesão francesa do século XVII): “O amor é como a guerra: fácil de começar e muito difícil de terminar”.

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Gandhi: “Uma pessoa que não está em paz consigo mesma é uma pessoa que está em guerra com o mundo inteiro”.

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Heródoto: “Em tempos de paz, os filhos sepultam os pais; em tempo de guerra, os pais sepultam os filhos”.

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Frederico, o Grande: “Quando um monarca deseja a guerra, começa-a muito simplesmente, quite com sua consciência, porque sempre tem qualquer homem da lei cheio de gravidade, para demonstrar por A + B que o direito estava ao seu lado”.

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Baruch Spinoza: “Paz não é a ausência de guerra; é um estado mental, na disposição para a benevolência, confiança e gestos”.

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Sólon: “A igualdade não gera guerras”.

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Ziggy Marley: “Quando todos os homens houverem dado as mãos, não existirão mãos para segurar armas”.

Trecho de uma música de Juca Chaves, da época em que o governo Juscelino comprou um porta-aviões de segunda mão, a que deu o nome de Minas Gerais: 

O Brasil já vai à guerra
Comprou porta-aviões
Um viva pra Inglaterra
De 82 milhões…
Mas que ladrões…

Em 2002 o Minas Gerais foi posto em leilão internacional e vendido por 2 milhões de dólares… transformado em sucata.

***

Mouzar Benedito, jornalista, nasceu em Nova Resende (MG) em 1946, o quinto entre dez filhos de um barbeiro. Trabalhou em vários jornais alternativos (Versus, Pasquim, Em Tempo, Movimento, Jornal dos Bairros – MG, Brasil Mulher). Estudou Geografia na USP e Jornalismo na Cásper Líbero, em São Paulo. É autor de muitos livros, dentre os quais, publicados pela Boitempo, Ousar Lutar (2000), em coautoria com José Roberto Rezende, Pequena enciclopédia sanitária (1996), Meneghetti – O gato dos telhados (2010, Coleção Pauliceia) e Chegou a tua vez, moleque! (2017, e-book). Colabora com o Blog da Boitempo mensalmente, às terças.

 

[Fonte: blogdaboitempo.com.br]

El jurado del IV Tribunal Russell estuvo integrado por personalidades de las ciencias sociales como: Eduardo Galeano, Bonfil Batalla, Stefano Varese, Darcy Ribeiro, Robert Jaulin entre otros. Durante el seminario web estarán presentes líderes indígenas del continente, parte del jurado y expertos internacionales para analizar la situación actual.

Archie Fire, lakota, se dirige al IV Tribunal Russell. De izquierda a derecha: primera fila: John Mohawk, Nilo Cayuqueo y José Barreiro. Foto: Jan Stegeman.

 

Histórica foto del IV Tribunal Russell donde aparecen prestigiosas personalidades de las ciencias sociales como: Eduardo Galeano, Bonfil Batalla, Stefano Varese, Darcy Ribeiro, Robert Jaulin entre otros.

El histórico y pionero Tribunal Beltran Russell de 1980 dedicado a los Derechos de los Pueblos Indígenas de las Américas recibirá un extraordinario tributo con motivo de sus cuarenta años de realización.

El seminario web público de tributo se realizará el 24, 25 y 30 de noviembre –fechas que coinciden con los días originales en que se realizó– con la participación de representantes de diversos países del Abya Yala.

Cabe recordar que el IV Tribunal Beltran Russell de 1980 se realizó en Rotterdam, en los Países Bajos, y congregó a más de doscientos delegados y testigos de los pueblos indígenas, en su mayoría provenientes de las Américas.

Llegaron a la ciudad de Rotterdam para dar sus testimonios presenciales y a través de documentos, sobre las flagrantes violaciones cometidas en contra de sus derechos humanos.

El jurado estuvo integrado por prestigiosas personalidades de las ciencias sociales como: Eduardo Galeano, Bonfil Batalla, Stefano Varese, Darcy Ribeiro, Robert Jaulin entre otros.

Entre los asesores y expertos internacionales se nombraron a Noam Chomsky y otros.

 

El Tribunal Russell

El Tribunal Russell, también conocido con el nombre de Tribunal Internacional sobre Crímenes de Guerra o Tribunal Russell-Sartre, fue un tribunal de opinión internacional e independiente, establecido en 1966 por el filósofo y matemático británico Bertrand Russell y el intelectual francés Jean-Paul Sartre para investigar y evaluar la intervención de Estados Unidos en Vietnam.

Posteriormente se establecieron varios tribunales de opinión siguiendo el modelo y tomando el nombre del Tribunal Russell:

  • Tribunal Russell II sobre Derechos Humanos bajo las dictaduras en América Latina (Roma y Bruselas, 1974-1976),​ Tribunal Russell sobre los Derechos Humanos en Psiquiatría (Berlín, 2001),
  • Tribunal Russell III sobre Derechos Humanos en la República Federal de Alemania (Fráncfort y Colonia, 1978-1979)
  • Tribunal Russell IV sobre el Etnocidio de los Pueblos Amerindios (Rotterdam, 1980).

 

Programa

Primer día: 24 de noviembre

  • Bienvenida por Leo van der Vlist, director del NCIV de los Paises Bajos.
  • Video de Acción de Gracias de Loran Thompson, pueblo Iroques.
  • Sherrill Elizabeth Tekatsitsiakawa “Katsi” Cook Mohawk.
  • Discurso de apertuta de apertura Oren Lyons, Haudinoshauni.
  • José Barreiro, Taino, Islas de las Antillas.
  • Nilo Cayuqueo, pueblo mapuche.
  • Winona La Duke, pueblo anishanabe, USA.
  • Sarah James, pueblo whichin. Alaska.
  • Elies Miller del Comité Organizador, homenaje a Fons Eickholt.
  • Frank van Vree sobre los medios del IV Tribunal Russell y los medios de hoy.
  • Martha Sánchez Nestor, pueblo amusgo, México.
  • Carmen Yamberla, quichua, Ecuador.
  • Palabras de clausura de Nilo Cayuqueo y Winona la Duke.

Segundo día: 25 de noviembre

  • Juan León Alvarado, maya d Guatemala, abre la sesión con oración. Material de archivo del caso de Guatemala del CTR, (Cuarto Tribunal Russell).
  • Jorge Agurto, Servindi (moderador) Perú.
  • Stefano Varese, jurado del CTR 1980.
  • Cosmovisión Maya (video).
  • Serv de Holand memorias de CTR, grupos de apoyo en Europa a los Pueblos Indigenas.
  • Archivo sobre Bill Means, lider iakota.
  • Imágenes audiovisuales sobre Phyllis y Tipiziwin.
  • Patricia Gualinga, quichua, Ecuador .
  • Material de archivo, Guillermo Bonfil Batalla, jurado en 1980.
  • Paloma Bonfil Sánchez, México.
  • Visual de archivo sobre Stefano Varese.
  • Stefano Varese y discusión de un panel con Juan Leon, Patricia Gualinga y Paloma Bonfil.
  • Palabras de clausura Juan León.

Tercer día: 30 de noviembre

  • Imágenes del CTR (Mario Juruna, Xavante).
  • Leonor Zalabata Torres (por confirmar).
  • Apertura por Ailton Lacerda Krenak, Brasil.
  • Francisco Cali Tzay (por confirmar) relator de las NN. UU. sobre los PP.II.
  • Dalee Sambo Dorough, Alaska (por confirmar).
  • Sharon Venne, pueblo creek, Canadá.
  • Leonor Zalabata, presenta a Theo y Tony.
  • Entrevista en video al profesor Theo van Boven, director de D H.
  • Tony Simpson – Fundación Russell Peace.
  • Hortensia Hidalgo, aymara  Chile.
  • Nick Tilson.
  • Oren Lyons – mantenedor de la fe, de los iroqueses – discurso de clausura.
  • Oración final de Ailton Krenak.
  • Segunda parte del documental sobre CTR.

Las conclusiones del IV Tribunal fueron concluyentes. Se probó y condenó las violaciones cometidas por gobiernos a través de las fuerzas armadas, policías y otros grupos armados que respondían a poderosos intereses.

Conozca el informe del IV Tribunal Russell con un clic en el siguiente enlace: https://documentacao.socioambiental.org/documentos/I5D00026.pdf

 

El IV Tribunal Russell tuvo mucha repercusión en la prensa internacional, sobre todo europea, pero también en parte en los Estados Unidos y Latinoamérica.

El citado tribunal fue un elemento catalizador hacia el fortalecimiento del movimiento indígena internacional y al proceso donde en las Naciones Unidas se creará el Grupo de Trabajo sobre las Poblaciones Indígenas en 1982.

A pesar de su enorme importancia y trascendencia el IV Tribunal Russell es poco conocido a nivel internacional y por las nuevas generaciones de líderes indígenas y defensores de los derechos humanos.

Durante el seminario web estarán presentes líderes indígenas del continente, parte del jurado y expertos internacionales para analizar la situación actual.

El contexto actual se muestra marcado por la pandemia, la crisis climática, la crisis civilizatoria y el debate de nuevos paradigmas para el futuro, con el aporte de las cosmovisiones indígenas.

[Fuente: http://www.servindi.org]

Ancien feuilletoniste du Monde, auteur du Pays de la littérature(Seuil, 2003) Pierre Lepape entreprend dans un bref livre de retracer son chemin de lecteur. Il inscrit son parcours sous le signe des ruines du Havre, sa ville natale, retrouvée bombardée en 1945. On peut être né dans la même ville et ne pas partager cette noirceur.

Pierre Lepape, Ruines. Verdier, 140 p., 14,50 €

Écrit par Marc Lebiez

Le 5 septembre 1944, les bombardiers anglo-américains ont anéanti une grande partie de la ville du Havre, tuant plusieurs milliers de civils en une nuit tout en évitant soigneusement d’atteindre les casernes occupées par les soldats allemands, lesquels n’ont pas eu de pertes à déplorer. Pierre Lepape avait quatre ans en 1945, quand ses parents sont revenus au Havre ; son enfance aura été marquée par cette image de désolation. Dans un vaste rectangle, tous les bâtiments avaient été détruits, plus un mur n’était debout. Il fallut une bonne quinzaine d’années pour que la ville fût à peu près reconstruite, tandis qu’en banlieue les baraquements de plusieurs camps de réfugiés restaient encore occupés. Décrivant la manière dont il eut à « construire sa jeune vie face au désastre », Pierre Lepape revient sur cette image des ruines qui lui paraît une métaphore adéquate pour analyser l’histoire littéraire contemporaine. Cette subjectivité n’a rien d’illégitime, quoique l’on puisse s’interroger sur le lien ainsi établi entre les ruines du Havre et celles de la littérature.

Je suis moi-même né au Havre, assez longtemps après Pierre Lepape pour que mon image de la ville soit tout à fait différente – et donc, peut-être, aussi celle de la littérature. Sauf la vie, mes grands-parents ont tout perdu lors de ces bombardements. Ils n’ont retrouvé un véritable logement qu’à la fin des années 1950. Dans ma famille, tout était neuf, postérieur à septembre 1944. Les plus anciens meubles et couvertures avaient été donnés par le Secours national, l’organe humanitaire collaborationniste de l’époque. Mes parents étaient adolescents pendant la guerre et aucun objet de leur enfance n’a été conservé. Cette coupure totale avec le passé faisait partie de ma légende familiale, comme de celle de la plupart des petits Havrais de ma génération.

Mais je n’ai jamais vu les ruines. J’ai connu une ville toute neuve, hormis dans les zones que les bombardiers n’avaient pas reçu mission d’anéantir. Deux ailes du lycée avaient été détruites mais le reste avait été épargné, si bien que les arcades de la cour d’honneur étaient encore comme du temps de Sartre. Restait aussi la mémoire de ces vieux professeurs qui avaient été ses élèves et en demeuraient éblouis.

Là où Pierre Lepape n’a vu que des ruines, j’ai connu une ville toute neuve, que ses habitants n’aimaient guère, précisément parce qu’elle était trop neuve et que, sous le même nom, les rues qu’ils avaient aimées n’avaient plus rien de commun avec le souvenir qu’ils en avaient conservé. C’était à nos yeux une attitude de vieux, comme de refuser la Maison de la culture fondée par Malraux, dont la survie était l’enjeu des élections municipales. La modernité ne nous faisait pas peur, elle était la réalité explicite de cette ville et notre valeur.

Le traumatisme des bombardements fait que les Havrais peinent à voir leur ville comme le berceau de grands écrivains qu’elle aura pourtant été, depuis Madeleine de Scudéry dont la vie occupe la totalité du XVIIe siècle et Bernardin de Saint-Pierre. Ils citent volontiers Armand Salacrou – un autre nonagénaire – et Raymond Queneau, son compère de l’Académie Goncourt. Le premier à cause de sa belle Villa Maritime dominant la plage, le second du fait de son œuvre même, dont l’importance est peut-être plus estimée aujourd’hui que de son vivant. Outre Salacrou et Queneau, l’unique lycée de l’époque accueillit, en même temps qu’eux, Georges Limbour, Jean Piel, Jean Dubuffet… Et aussi, une dizaine d’années auparavant, Martial Guéroult, successeur d’Étienne Gilson au Collège de France et autorité incontestée pour l’étude de la philosophie classique. S’ils ignorent ces noms, les Havrais savent en revanche que Sartre enseigna dans leur lycée, de 1931 à 1937, remplacé par Raymond Aron pendant son année berlinoise. Il écrivit La nausée à sa table du « Guillaume Tell », proche de l’hôtel de ville. Cette brasserie a brûlé le 5 septembre, tout comme le marronnier du square Jean-Jaurès, replanté après la guerre avec la bénédiction de saint Roch. En revanche, la bibliothèque municipale est longtemps restée en l’état, avec le même poêle, dans les mêmes locaux, une aile non bombardée du lycée.

Mais Pierre Lepape n’a vu que des ruines et le critique littéraire qu’il fut persiste à ne voir qu’un champ de ruines dans la littérature vivante. Évoquant sa jeunesse dans les années 1950, il ne retient que les événements désolants de la guerre froide, et réduit l’action de la municipalité communiste à ce qu’eut de pire la propagande stalinienne. Portant un regard rétrospectif sur l’Occupation – qu’il n’a vécue que durant sa toute petite enfance –, il décrit un milieu éditorial tellement obsédé par les luttes d’influence que les uns et les autres rivalisaient dans la compromission, certains par conviction antisémite, beaucoup par opportunisme. Drieu la Rochelle serait la figure par excellence de l’époque, avec la complicité d’un Paulhan présenté comme jouant sur les deux tableaux à la fois.

Pour une fois, l’action de Sartre pendant la guerre n’est pas ridiculisée. Lepape insiste sur ses efforts pour rallier les grands écrivains à « Socialisme et liberté » mais Gide est frappé de mutisme, Malraux « croit impossible une résistance efficace » et s’occupe de son bébé dont le parrain est Drieu. Paulhan propose de coopter l’auteur de La nausée au Comité national des écrivains (CNE) et aux Lettres françaises ; les communistes refusent absolument la présence de cet ami de Paul Nizan ; Sartre, alors, se réfugie dans l’écriture. C’est seulement début 1943 que Moscou consentira « à lui ouvrir la porte des Lettres françaises et du Comité national des écrivains ».

Pierre Lepape a conservé la nostalgie de cette « littérature de résistance » qui « témoigne d’abord pour l’importance de la littérature, c’est-à-dire de l’action effective du symbolique sur le réel ». Il apprécie que ces écrivains du CNE aient mis « leurs rivalités en berne pour célébrer le rôle irremplaçable, vital, de l’acte littéraire. Mauriac avec Sartre, Raymond Queneau avec Gabriel Marcel, Michel Leiris avec Jean Guéhenno, Aragon avec Pierre Emmanuel ». On ne contestera pas cette appréciation, sinon sur le point de savoir s’il faut vraiment connaître des conditions comme l’Occupation pour que l’acte littéraire ait ce poids. Il n’est pas sûr que la nostalgie soit bonne conseillère.

Le lycéen de 1956 est sensible à ce qui se passe à Budapest, à Suez, en Algérie. Il concède que paraissent cette année-là des livres « importants » et il cite Le roman inachevé d’un Aragon « au sommet de son art poétique ; L’emploi du temps de Michel Butor, Le balcon de Jean Genet ou La chute d’Albert Camus ». Mais c’est pour dire qu’aucun de ces textes ne lui paraît « faire corps avec [sa] vie, [ses] interrogations, [son] besoin de savoir ». Et ensuite, ce sera pire encore quand tout se proclamera « nouveau » : Nouvelle Vague, Nouvelle Gauche, Nouveau Roman, Nouvelle Critique, Nouvelle République, jusqu’aux Lettres Nouvelles de Maurice Nadeau. Dans ce « prurit de la nouveauté », il ne voit « qu’un avatar de la société de consommation ». Ce que c’était sans doute pour partie, mais pas seulement. Il a vingt ans et l’enthousiasme de la modernité lui échappe : de tout ce qui importe il ne reste que des ruines. Le Havre aussi était désormais « nouvelle », elle était reconstruite.

Le dernier chapitre, qui représente à lui seul le tiers du livre et fait pendant à l’évocation de la ville en ruines, décrit une littérature en ruines. La concurrence des écrans fait que plus personne ne lit ; la conversion des éditeurs à la seule logique capitalistique les amène à ne plus publier que des produits formatés ; la hiérarchie des valeurs intellectuelles disparaît dans le chaudron de la supposée « culture » à laquelle Malraux a consacré des « Maisons » trop tolérantes. Dans ce champ de ruines où même les orties ne poussent plus, les rares revues qui semblent subsister ne vivotent que par la grâce des abonnements institutionnels car elles n’ont plus de lecteurs.

Lorsque disparaissent à la fois Les Temps modernesLe DébatPoétique et La Recherche, il y a effectivement lieu de s’inquiéter. Mais de quoi cette concomitance est-elle le symptôme ? Pas assurément d’une disparition de tous les lecteurs comme le déclare le directeur du Débat. Avec la mort de Gérard Genette et celle de Claude Lanzmann, l’effet générationnel a pu jouer dans la décision de fermeture prise par de grands éditeurs, et une de ses contreparties est la vitalité de petites revues. Pierre Lepape fait l’éloge des Lettres Nouvelles de Maurice Nadeau, publication dont il déplore la disparition qui serait « un des symptômes de l’affaiblissement de la littérature ». C’est vouloir ignorer que l’aventure a continué, sous la forme de La Quinzaine littéraire puis d’En attendant Nadeau.

Même si les écrivains veulent encore croire qu’ils seront lus, ils ne peuvent, dit-il, se masquer la baisse des tirages de ceux que les médias de masse n’auront pas adoubés. Il est tentant de lui opposer une page du Journal de Gide écrite il y a un siècle. Celui qui était déjà le « contemporain capital » y raconte une conversation avec Henri de Régnier concernant leurs tirages respectifs. Ceux de Gide atteignent le nombre faramineux de sept mille, soit dix fois moins que ceux de son interlocuteur. Lepape lui-même cite un échange de lettres entre Flaubert et une George Sand qui avoue ne pas monter aussi haut que lui dans son ambition. Elle ne se croit pas de « premier ordre » et veut seulement « agir sur [ses] contemporains », quitte à être « dans cinquante ans […] parfaitement oubliée et peut-être durement méconnue ». Comment, sachant cela, le feuilletoniste du Monde peut-il s’accrocher à cette vision de ruines en ne voulant rien voir de ce que la modernité littéraire peut offrir d’enthousiasmant ? La ville détruite a été reconstruite, sa modernité n’est pas sans beauté. Faut-il vraiment piétiner dans les décombres ?

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]