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Le BUND ou l’Union générale des travailleurs juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie est un mouvement socialiste juif créé à la fin du XIXe siècle dans l’Empire russe.

Militant pour l’émancipation des travailleurs juifs dans le cadre d’un combat plus général pour le socialisme, le Bund prône le droit des Juifs à constituer une nationalité laïque de langue yiddish. Il s’oppose donc tant au sionisme qu’au bolchevisme dont il critique les tendances centralisatrices.

Historique du BUND

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Arkady Kremer, fondateur du BUND

Le Bund est fondé à Vilne (Vilnius, en yiddish) le 7 octobre 1897, par des militants du cercle marxiste de la ville. Il cherche à unifier tous les travailleurs juifs de l’Empire russe dans le cadre d’un parti socialiste unifié. Bien que le terme « juif » soit dans le nom du parti, ses fondateurs ne veulent pas créer un parti spécifiquement juif : ce sont des sociaux-démocrates qui travaillent en milieu juif et en yiddish. Pour eux, le parti est un détachement du mouvement socialiste russe œuvrant en milieu juif. Le Bund diffuse une presse clandestine de qualité, en yiddish, qui résiste à la répression tsariste.

Le Bund était un parti socialiste laïc, s’opposant à ce qui lui paraissait réactionnaire dans la vie traditionnelle juive en Russie. Le parti se heurte à l’hostilité des rabbins qui condamnent les actions contre le tsarisme. La naissance du Bund marque la rupture d’une tradition juive ancrée dans les communautés de Russie. Selon Rachel Ertel, « pour certains, l’athéisme devint un article de foi pour laquelle ils étaient prêts à mourir comme leurs pères pour la « Sanctification du nom » (Kiddoush Hashem) ».

Le Bund s’opposa fermement au sionisme, affirmant que l’émigration en Palestine n’était qu’une forme de fuite en avant. Lors de son 4e congrès, le Bund « considère le sionisme comme une réaction de la classe bourgeoise contre l’antisémitisme et la situation anormale du peuple juif. Le sionisme politique érigeant pour but la création d’un territoire pour le peuple juif ne peut prétendre résoudre la question juive, […] ni satisfaire le peuple dans son ensemble » (Cité par Henri Minczeles, Histoire générale du Bund, un mouvement révolutionnaire juif, Denoël, 1999, p. 68.).

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Rassemblement de l’Organisation des Jeunes Bundistes (Varsovie, 1932)

Après l’invasion nazie, les bundistes jouèrent un rôle important dans la résistance armée des populations juives contre l’occupation nazie. L’activité du Bund fut cependant freinée par la répression stalinienne. En pleine guerre, Staline ordonna l’exécution de deux des principaux dirigeants du Bund. Victor Alter et Henryk Erlich furent fusillés à Moscou en décembre 1941 sous l’accusation cynique et mensongère d’être des agents de l’Allemagne nazie. Un représentant du Bund, Samuel Zygelboym, siégea au sein du gouvernement polonais à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale et se suicida en 1943 pour protester contre l’inaction des Alliés face à la Shoah en cours. Le Bund joua également un rôle important lors de l’insurrection du ghetto de Varsovie et fut une des principales composantes de l’Organisation juive de combat dans laquelle il était représenté par Marek Edelman.

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Vladimir Medem

Le Bund existe encore formellement au XXIe siècle en tant que Bund travailliste juif, organisation associée à l’Internationale socialiste, mais la Shoah a anéanti les populations au sein desquelles il était enraciné. New York est sa base internationale, seules des sections subsistent en diaspora, en Australie, au Royaume-Uni, en Israël ou encore en France avec le Centre Medem Arbeter Ring.

Vladimir Medem (ci-contre) est considéré comme le plus grand théoricien du Bund


Les chants révolutionnaires yiddish

Que ce soit en français, en yiddish, en espagnol, en italien, en allemand ou en russe, toutes les chansons révolutionnaires expriment le même sentiment et les mêmes aspirations. Le sentiment de ceux qui se dressent contre un ordre établi pour le profit d’une minorité. Le mot d’ordre de révolte qui surgit lorsque celui qui en a assez de subir, crie : « Ça suffit ! ».

Ces chants témoignent de la férocité des années de misère, d’exploitation et de dictature, mais aussi de l’espoir d’un monde meilleur, débarrassé des injustices et de la guerre.

Le Bund a joué un rôle vital en soutenant les cercles culturels yiddish, ainsi que les ensembles musicaux et théâtraux.

De très nombreux chants révolutionnaires ont été écrits en yiddish, que ce soient par des auteurs comme David EdlestadtMordkhay GebirtigMorris Winchevsky, ou plus simplement crées dans les rues et scandées par les masses lors de manifestations. Voici quelques auteurs de ces chants de lutte.

Shalom Anski
Shloyme Zanvl Rappoport (1863 – 1920), connu sous le pseudonyme de Sh. Anski est un écrivain, journaliste et ethnographe, spécialiste du folklore juif et de la culture yiddish. Connu notamment pour être l’auteur du grand classique de la littérature yiddish Le Dibbouk, il écrivit également pour le Bund deux chansons : Tsum Bund (Au Bund) et Di Shvue (Le Serment). Ce dernier, écrit en 1902, est devenu l’hymne du Bund et est chanté lors de commémoration, ainsi que le 19 avril en souvenir du soulèvement du ghetto de Varsovie.

Hirsh Glick
Hirsh Glick (1922 – 1944) était un poète et partisan juif de Lituanie. À l’âge de 13 ans, il compose ses premiers poèmes en hébreu, qui paraissent dans la presse juive locale, puis, sous l’influence du Yung Vilna (« Jeune Vilna »), un groupe de jeunes poètes et dessinateurs juifs, il écrit en yiddish, sa langue natale. Yung Vilna deviendra, sous l’influence de Leizer Wolf, le groupe le plus important de Yung Vald (« Jeune Forêt »), dont Hirsh Glick est le poète le plus éminent. Après l’opération Barbarossa (attaque de l’armée du Troisième Reich sur l’Union soviétique en 1941), Hirsh Glick est expédié avec son père dans le camp de travail de Baltoji Vokė, puis à Rzeza. Bien qu’affaibli physiquement, il continue à produire des poèmes emplis d’espoir, qui réconfortent ses codétenus. Il envoie ses poèmes à ses amis du ghetto de Vilnius, où ils sont publiés dans les périodiques locaux, et remportent même des concours.

En 1943, lorsque le camp de Rzeza est liquidé, du fait de ses liens avec les partisans, Glick est transféré au ghetto, prenant part à sa vie culturelle, mais aussi à la lutte clandestine, aux côtés de la Fareynikte Partizaner Organizatsye (« Organisation unifiée des partisans »). Hirsch Glick participe à des sabotages et prépare un soulèvement du ghetto. En 1943, quand la nouvelle de l’insurrection du ghetto de Varsovie parvient aux oreilles des Juifs de Vilnius, Hirsh Glick écrit le chant des partisans juifs (Zog nit keyn mol – Ne dis jamais) dans le ghetto de Vilnius. Ce chant héroïque sonne comme un acte de foi en la survie des Juifs et leur victoire finale. Il exalte la lutte des Juifs contre les nazis. Le chant est immédiatement adopté comme hymne des résistants du ghetto de Vilnius. Il est repris dans d’autres ghettos.

David Edelstadt
David Edelstadt (1866 – 1892) est un poète et ouvrier anarchiste russe. Né dans une famille russe d’origine juive, son père, Moïse Edelstadt, est enrôlé de force pendant près de 25 ans dans l’armée du tsar, pratique assez fréquemment utilisée à l’encontre des juifs. Le 8 mai 1881, il est touché de plein fouet par un pogrom durant lequel des juifs de la région de Kiev et de ses environs sont violemment attaqués. Suite à son hospitalisation, il fait la rencontre d’un médecin qui aide de nombreux juifs à s’enfuir vers les États-Unis. Avec l’aide de ce médecin, il émigre pour les États-Unis en 1882. C’est dans ces années qu’il adopte le yiddish comme langue d’expression courante, en lieu et place du russe. Il devient alors le rédacteur en chef de l’hebdomadaire anarchiste Fraye Arbeter Shtime (La Voix du travailleur libre). Parmi ses poèmes mis en musique, citons Mayn tsavoe (Mon Testament) ou In Kamf (Au Combat).

Mordkhay Gebirtig
Mordchay Gebirtig (1877 – 1942) est un poète et compositeur juif polonais de langue yiddish. Il s’investit dans le Bund : pour lui, la vie juive doit continuer en Pologne (et non en Palestine) ; le socialisme doit remplacer la religion, et le yiddish doit devenir la langue des masses juives. Il a écrit une centaine de chansons, rarement exemptes de signification sociale, qui vont de la berceuse à la chanson nostalgique, en passant par la chanson révolutionnaire (Arbetlozer marsh). La plus connue est sans doute Undzer shtetl brent (Notre village brûle), un chant de révolte écrit après le pogrom de Przytyk en 1938, et qui fut repris par les combattants des ghettos.

Il est assassiné le 4 juin 1942 dans le ghetto de Cracovie.

De nombreux autres auteurs juifs ont écrit des chansons ou poèmes révolutionnaires mis en musique, tels Avrom Reysen, Y.L. Peretz, Nokhem Yud, S. Lehman…

 

 

 

 

 

 

Sources :
- Wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bund
- Centre Medem Arbeter Ring
- Histoire Générale du BUND de H. Minczeles

 

[Source : http://www.iemj.org]

Il faut déboulonner le « New York Times »

Pour le quotidien américain, « les institutions françaises devraient prêter plus d’attention à l’histoire de l’esclavage du pays, au lieu d’honorer une icône de la suprématie blanche ».


Le journal américain qui a la prétention de se considérer comme LE quotidien de référence, est surtout devenu l’organe officiel de l’intolérance des prétendus progressistes de l’idéologie victimaire « woke ».

Sacrés Français!

Ne tirant aucune leçon des démissions l’an passé de son rédacteur en chef de la rubrique d’opinions James Bennet et de sa journaliste vedette Bari Weiss, le petit télégraphiste de la pensée unique qu’est devenu le New York Times ne ménage particulièrement pas ses efforts pour s’attaquer à la France et aux Français, ces « mauvais élèves de l’Empire du Bien », comme l’écrivait Philippe Muray.

Les « éveillés » du New York Times, adeptes des purges par l’effacement et le bannissement (la cancel culture) s’en prennent cette fois dans l’édition du 18 mars à Napoléon Bonaparte qui ne serait pas « un héros à célébrer ».

Aucune nuance ni mise en perspective historique

Ressassant l’argument du rétablissement de l’esclavagisme dans les colonies en 1802 (oubliant au passage le contexte historique de cette décision, les regrets de l’Empereur et l’abolition de la traite négrière pendant les Cent jours en 1815), Napoléon est considéré comme « le plus grand des tyrans, une icône de la suprématie blanche »… Sans aucune nuance ni mise en perspective, l’auteure de la tribune oublie la leçon de Marc Bloch sur le rôle de l’Histoire: comprendre et ne pas juger car « à force de juger, on finit presque fatalement, par perdre jusqu’au goût d’expliquer ».

Pire, elle fantasme l’organisation par l’État français (notamment à l’école) d’une ignorance officielle des sujets qui fâchent concernant Napoléon. C’est bien sûr faux, puisque le rétablissement de l’esclavagisme n’a jamais été nié en France et la polémique vient d’ailleurs et surtout depuis quelques années de certains Français eux-mêmes, adeptes de la repentance et du rejet de tout ce qui symbolise et doit représenter pourtant  – en bloc – avec ses lumières et ses ombres, notre histoire nationale.

Les éditorialistes américains sont à l’ouest

Si malheureusement certains Français dénigrent notre passé, comment font-ils pour ne pas être révoltés par les attaques subies par notre pays suite à la décapitation de Samuel Paty devant le collège où il enseignait, après avoir été menacé pour avoir montré les caricatures de Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression ?

L’annonce des mesures contre le séparatisme islamiste par Emmanuel Macron a conduit l’automne dernier à un déchaînement de la presse anglo-saxonne : pour le Financial Times  « la guerre de Macron contre le séparatisme islamiste ne fait qu’accroître les divisions en France »; Politico titre sur « la laïcité, dangereuse religion française »; pour le Washington Post: « au lieu de s’attaquer au racisme systémique, la France veut réformer l’Islam »; et enfin le New York Times pose la question « la France alimente-t-elle le terrorisme en essayant de l’éradiquer ? ».

Pour cette presse, c’est donc un peu notre faute si nous sommes visés par des attaques terroristes et si un professeur d’Histoire se fait décapiter… Ce qui fait dire au président français dans sa réponse au New York Times« Quand je vois, dans ce contexte, de nombreux journaux qui je pense viennent de pays qui partagent nos valeurs, qui écrivent dans un pays qui est l’enfant naturel des Lumières et de la Révolution française, et qui légitiment ces violences, qui disent que le cœur du problème, c’est que la France est raciste et islamophobe, je dis : les fondamentaux sont perdus ».

Mais que peut-on espérer d’une presse libérale américaine qui n’est plus du tout « Charlie »? Le New York Times a d’ailleurs décidé fort peu courageusement il y a quelques années de supprimer toutes les caricatures dessinées de ses pages pour éviter de froisser les sensibilités…

Il est peut-être temps de déboulonner la statue du New York Times ?

Suprémacistes

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[Illustration : Pacific Press/SIPA – numéro de reportage : 01003059_00001 – source : http://www.causeur.fr]

Écrit par Jonas Follonier

Aujourd’hui, nous seront fixés: le peuple aura tranché si, oui ou non, il doit être interdit de se dissimuler le visage dans les espaces publics en Suisse. L’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» demande à ce que soit interdite toute dissimulation du visage (burka, cagoule, casque de moto…) dans les rues, restaurants, commerces et autres lieux publics. Font exception les lieux de culte et les cas où des coutumes locales ou des motifs sanitaires, climatiques ou sécuritaires justifient de se couvrir le visage.

Le débat aura souvent tourné autour de la burka et du niqab, voiles islamiques recouvrant intégralement le visage des femmes (à part les yeux pour le niqab). Selon le Conseil fédéral, le fait que très peu de femmes portent le voile intégral en Suisse et qu’il est déjà punissable pour un homme d’imposer le port du voile à une femme est un argument suffisant pour rejeter l’initiative. Le Parlement opine du chef.

Toujours concernant le voile intégral, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter aura tenu une position étonnante: «les femmes s’habillent comme elles veulent». C’est ce qu’on appelle une «pétition de principe»: ce débat consiste précisément à savoir si, oui ou non, se couvrir le visage dans l’espace public est anodin, si c’est une manière de s’habiller comme les autres. Or, au lieu de donner des raisons de penser que oui, la ministre n’a fait que l’affirmer. Ses adversaires, eux, ont des arguments à donner. N’en citons que deux pour l’instant: la burka manifeste une soumission de la femme à l’homme et une ostentation en public de l’islam politique, deux points montrant que ce n’est pas un habit comme les autres.

Ne parlons même pas de l’argument économique de la même KKS (et de bien d’autres à droite), voulant qu’une interdiction de la burka démotiverait des touristes fortunés des Émirats arabes à venir dans nos stations: si l’économie prime sur tout, y compris l’humanisme le plus primaire sur nos chemins et nos montagnes, autant le dire tout de suite et les choses seront claires.

Mais le plus regrettable dans toute cette histoire aura été de dissimuler le thème du visage, justement. Quel que soit le nombre d’hooligans cagoulés ou de femmes portant la burka ou le niqab en Suisse, un objet constitutionnel est par définition une question de principe. Ne pas interdire le cannibalisme sous prétexte que cette pratique serait marginale n’est pas valable. Il en devrait aller de même avec cette votation.

Car au fond, telle est la question qui nous est posée: voulons-nous, en tant que société civilisée, assurer la présence des visages dans l’espace public? Comme l’écrit la philosophe Stéphanie Perruchoud dans nos colonnes ou l’ancienne conseillère nationale Suzette Sandoz sur son blog «Le Grain de sable», les mesures d’hygiène liées au Covid-19 nous ont rappelé à quel point nous sommes avant tout des corps. Et, plus précisément, que notre humanité se manifeste par nos visages.

Oublions les initiants, leurs arguments scabreux sur la criminalité et les affiches anxiogènes auxquelles ils nous ont habitués: c’est toujours le texte de l’initiative qui fait foi et celui-ci, au bout du compte, aurait mérité un débat de fond sur notre rapport au visage. Il n’a hélas pas eu lieu. En Suisse, on parle si mal de laïcité, d’universel, d’islam et de symboles. Pathétique!

 

[Photo : des femmes en burka avec leurs enfants à Herat, en Afghanistan, publiée sur Wikimedia CC 2.0 – source : http://www.leregardlibre.com]

Le confinement a permis à certains haredim de remettre en question leur éducation religieuse.

Un homme et une femme juifs ultra-orthodoxes dans un parc à Jérusalem.

Repéré par Juliette Thévenot

C’est le pire délit pour les juifs ultra-orthodoxes d’Israël et pourtant, depuis le début de la pandémie de Covid-19, beaucoup de haredim ont quitté leur communauté pour adopter un mode de vie laïque. Avec le confinement, la routine des ultra-orthodoxes a été totalement perturbée: les établissements d’enseignement religieux et les lieux de culte ont dû fermer leurs portes, les cérémonies ont été annulées et la surveillance sociale omniprésente des membres de la communauté a été mise à mal.

Certains ont donc profité de cette liberté inédite pour découvrir de nouvelles choses et remettre en question leur éducation juive ultra-orthodoxe. C’est notamment le cas de Racheli Ohayon, 21 ans. «Quand j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir, les questions se sont à nouveau multipliées», confie la jeune femme au New York Times. À cause du confinement, Racheli a dû arrêter de travailler. Elle a acheté un smartphone, découvert un nouveau monde d’informations et de musiques grâce à Google et YouTube, s’est inscrite à la bibliothèque de sa ville et a commencé à lire de la littérature qui lui était interdite.

«J’ai grandi avec le sentiment que les haredim étaient spéciaux et différents, poursuit-elle. J’ai découvert que je ne suis pas si spéciale ou différente, qu’il y a des millions de personnes comme moi. C’est ce qui m’a fait dire: “C’est fini, je m’en vais”.»

3.000 départs tous les ans

«S’ils ne sont pas dans leur cadre éducatif habituel, mais qu’ils vont sur internet, rencontrent des amis et vont à la plage, cela conduit [les haredim] à une grande exposition», explique au quotidien américain Gilad Malach, directeur du programme ultra-orthodoxe de l’Israel Democracy Institute, un centre de recherche indépendant consacré au renforcement de la démocratie israélienne. «Ils pensent à des options auxquelles ils ne songent pas quand ils sont dans la yechiva, et l’une d’entre elles est de partir.»

Pour l’instant, il n’existe aucune donnée pour chiffrer l’ampleur de cette défection. Mais les organisations qui aident les ultra-orthodoxes à passer de la vie en communauté à la vie dans la société israélienne moderne ont constaté une augmentation importante de la demande, rapporte le New York Times. Par exemple, l’organisation Hillel a dû créer une liste d’attente pour son refuge d’urgence à Jérusalem et a enregistré une augmentation de 50% du nombre d’anciens ultra-orthodoxes cherchant de l’aide en 2020.

Du côté du ministère du Travail et des Affaires sociales, Naftali Yawitz, qui dirige la division aidant à financer ces organisations, évoque simplement une «vague très importante» de nouveaux départs ces derniers mois. Le gouvernement israélien et l’armée ont d’ailleurs récemment reconnu les anciens haredim comme un groupe social distinct. Ils ont également instauré de nouvelles politiques leur donnant accès à des subventions, à des cours spéciaux pour les aider à aller à l’université ainsi qu’à des programmes de formation professionnelle.

Les départs de la communauté ultra-orthodoxe ne sont pas nouveaux, la crise sanitaire a seulement accéléré le phénomène. Selon une étude basée sur des données recueillies jusqu’en 2018 par l’Israel Democracy Institute, environ 3.000 jeunes adultes quittent chaque année cette communauté, qui compte plus d’un million de personnes.

 

[Photo : Menahem Kahana / AFP – source : http://www.slate.fr]

 

La régularisation du jeune boulanger bisontin réclamée

Des pleurs sur le plateau de Cyril Hanouna

Il s’est notamment épanché au micro complaisant de France inter, radio qui a fait connaitre la pétition protestataire qui a dépassé les 200 000 signatures en quelques jours : “On ouvre les portes à un gamin et on lui dit : T’en fais pas, on te protège tu risques rien. On lui alloue de l’argent, on le loge. Et deux ans plus tard, on lui dit : non ce beau rêve dans lequel tu étais, il n’existe plus, tu rentres chez toi !” En mettant en avant le caractère émouvant du parcours du jeune immigré dans les journaux, en pleurant sur le plateau de Cyril Hanouna, des questions légitimes ont été écartées, nous allons y venir.

Sous la pétition en ligne, c’est la grande litanie des bons sentiments. Les réactions sont unanimes. Albin s’indigne: “la France a-t-elle vraiment envie d’être indigne des Droits de l’Homme?” Corinne observe que, “pour Laye mais aussi pour tous ceux qui se sont intégrés et ont trouvé et fait leur place parmi nous, ils ne « prennent » rien ils apportent.” Selon Claire, “après tout ce chemin parcouru, l’absurdité d’expulser ce jeune homme est évidente.” Renée s’autorise une remarque plus philosophique : “Nous humains, nous devrions avoir le droit de vivre libre sur le sol que nous avons choisi”.

L’assimilation à la française en panne

Enfin, Catherine fait part de son expérience. Si elle signe elle aussi la pétition, elle n’en reconnait pas moins que certains immigrés posent des difficultés : “Mon compagnon est étranger et nous sommes dans l’attente de son titre de séjour. Il est inadmissible de faire attendre des personnes qui se sont intégrées ou ont fait des formations, qui parlent bien le français et qui bossent. À côté de ça quand je vais à la préfecture je suis dégoûtée de voir le nombre de familles qui ont plein de gosses, qui ont donc plein d’aides diverses et ne parlent pas le français ! Je connais même une personne qui vit en France depuis six ans qui ne sait ni lire ni parler notre langue, qui a fait de fausses déclarations à Pôle emploi (…) il faudrait commencer par faire du tri pour ceux qui ne foutent rien et qui nous coûtent une blinde au lieu de vouloir mettre dehors ceux qui méritent.”

Avec un soutien aussi important, l’intégration de notre jeune mitron est-elle assurée ? L’avenir le dira. Le dossier du Guinéen aurait été repris en haut lieu par les autorités à Paris, croit savoir la presse locale… L’assimilation par le travail et la bonne maîtrise du français plaident évidemment en faveur de M. Laye Fodé Traoré, mais sa bonne intégration dans la société française ne peut aucunement être garantie par qui que ce soit. Une pétition, un chantage à la grève de la faim et des éditoriaux de gauche tous similaires ne sont pas l’assurance d’une régularisation.

Ces questions que les pétitionnaires écartent

On a dit que le Guinéen était arrivé seul par la mer. En réalité on n’arrive jamais véritablement seul, et cela fait partie du problème alors que le multiculturalisme – et son cortège de revendications communautaires et de fiertés mal placées – est entré depuis de nombreuses années en conflit avec le modèle autour duquel la France s’est construite. En effet, les individus sont porteurs d’habitudes, de codes, de modes de vie ou de pensée venus d’ailleurs, ce qu’explique très bien Bérénice Levet dans son dernier article sur l’assimilation. La philosophe y établit un diagnostic inquiétant de notre situation : “Avec l’universalisme et la laïcité, l’assimilation est une singularité française. De ces trois piliers, tous branlants aujourd’hui, l’assimilation est le plus chancelant.” Si les généreux pétitionnaires – qui signent en trois clics et peuvent montrer leur belle âme sur les réseaux sociaux – ne se les posent pas, des questionnements sous-jacents sont toujours latents dans ce type d’affaire.

Tout d’abord, quel volume de mineurs de bonne volonté en provenance d’un continent malheureux et à la démographie galopante la France est-elle en mesure d’accepter ? Et a-t-elle les moyens d’écarter ceux dont la volonté d’intégration n’est pas réelle, dans un contexte de hausse des flux ?

Ensuite, en acceptant de garder Laye Fodé Traoré sur le sol français, quel signal envoyons-nous à toutes les mères souhaitant mettre leur progéniture à l’abri du danger ? Combien d’entre elles en Afrique sont déjà en train de penser à envoyer leurs fils sur les routes de l’exil ?

Comme M. Fodé Traoré est entré sur le territoire national en bafouant la loi, passe-t-on l’éponge sur ce point ? L’assimilation par un dur travail est-elle le seul critère qui doit nous préoccuper ? Et qui ira s’assurer du bon niveau de français évoqué par le patron ?

Et si la boulangerie ferme?

Enfin, si la boulangerie de Monsieur Ravacley venait à fermer des suites de la crise économique liée au covid, est-on certain que ce dernier continuerait de soutenir le jeune immigré ? S’il ne le fait pas, sa subsistance devra-t-elle alors reposer sur la solidarité nationale ?

Avec le chômage et l’insécurité, l’immigration apparait comme une des préoccupations majeures de l’opinion. Ceux des Français qui l’évoquent inlassablement étude après étude et qui ont les pires craintes sur cet afflux permanent ne supportent plus le chantage moral continu propre aux affaires du type de la boulangerie de Besançon. Si leur parole est déjà écartée des ondes de France inter, elle est également ignorée par la classe politique depuis des décennies. C’est un problème démocratique considérable. Un gouvernement aura-t-il le courage de dire en face des familles françaises que les métiers boudés – pourtant financièrement attractifs pour qui accepte de travailler beaucoup – ne sont définitivement plus pour elles si elles ne s’en emparent plus ?

[Photo : SEBASTIEN BOZON / AFP – source : http://www.causeur.fr]

Une adoption plénière

Cérémonie d’accueil dans la citoyenneté française, au salon d’honneur de la préfecture de Cergy (Val-d’Oise), 30 octobre 2003.

En France, le vivre-ensemble pacifique des différences est nécessaire, mais pas suffisant. Le projet français est plus ambitieux : il attend du nouveau venu que, dans la sphère publique, il devienne un Français comme les autochtones. En échange, il reçoit une appartenance qui n’interdit ni les croyances personnelles ni le respect de ses ancêtres.

Avec l’universalisme et la laïcité, l’assimilation est une singularité française. Ensemble, ces trois notions forment comme un triptyque : ils sont les trois volets d’un même retable. Un retable qu’on dira républicain, en précisant toutefois que si la lettre est républicaine, l’esprit, lui, est éminemment français. L’assimilation fleure bon la IIIe République, mais la passion de l’unité et du commun qui l’inspire renvoie à la longue histoire de la France.

L’assimilation à la française est un principe chancelant

De ces trois piliers, tous branlants aujourd’hui, l’assimilation est le plus chancelant. Elle fait figure, et depuis plus longtemps que les deux autres, de mal-aimée.

L’assimilation est la forme proprement française de l’intégration des immigrés, des nouveaux venus par les hasards et souvent les commotions de l’Histoire. Pour comprendre cette spécificité, il faut avoir à l’esprit quelques données historiques. « Chaque peuple qui a atteint un certain degré de développement, notait l’historien Werner Jaeger, dans son magistral ouvrage Paideiaa le souci de se continuer dans son être propre, de sauvegarder ses traits physiques, intellectuels et moraux. » Si bien que tout pays est bousculé et même mis au défi par l’arrivée d’individus qui ne sont pas sans bagages, mais porteurs d’habitudes, de codes, de modes de vie et de pensée autres que ceux du pays d’accueil ; autres, c’est-à-dire étrangers, voire contraires au pays où ils s’établissent. La question prend cependant un tour particulièrement brûlant dans un pays comme la France qui s’est ingéniée tout au long de son histoire à faire de l’un avec du multiple, qui, « si elle a de la peine à être une, ne saurait se résigner à être plusieurs » (Fernand Braudel), bref une France qui a la passion du monde commun. La France se singularise en effet (jusqu’à quand ?) par sa répugnance à voir les éléments qui la composent « superposés comme l’huile et l’eau dans un verre », pour reprendre l’image d’Ernest Renan. C’est pourquoi nous tenons la bride aux communautés, pourquoi nous refusons la fragmentation de la France en une mosaïque de communautés vivant chacune à son heure, suivant son calendrier, ses costumes et ses coutumes, pourquoi aussi l’« archipellisation » nous est non seulement une douleur, mais une offense.

Le Petit Journal, mars 1896. © Bianchetti/Leemage

Le Petit Journal, mars 1896. Bianchetti/Leemage

Une France qui se distingue aussi par son entente de la vie, par ses mœurs, ces lois non écrites qui confèrent à un pays sa physionomie propre, et où longtemps, l’économie n’a pas eu le premier ni le dernier mot.

Une autre donnée historique mérite d’être prise en considération. Si nous avons fait le choix de l’assimilation, c’est assurément que nous cultivons la passion du commun et que nous sommes jaloux de notre mode de vie, mais c’est aussi que, plus que tout autre pays, la France se sait fragile, périssable, bref mortelle. Elle n’a pas attendu la Première Guerre mondiale pour en être instruite. La fracture de 1789 et le pathos révolutionnaire de la table rase lui ont enseigné cette vulnérabilité. D’où l’instauration de mécanismes qui lui garantissent une certaine persévérance dans l’être. L’assimilation est l’un d’entre eux. Elle est une assurance prise contre la nouveauté et ses potentialités destructrices, dont l’immigré est porteur. Comme l’est, soit dit en passant, le nouveau venu par naissance, qui, s’il n’apprend pas à connaître et à aimer la civilisation dans laquelle il est introduit en naissant, menace de défaire ce que ses ancêtres ont fait de singulier et de précieux. C’est un faux humanisme, disait Merleau-Ponty, que celui qui nie que l’altérité soit une question.

On comprend mieux dès lors que là où les autres pays peuvent se contenter d’une simple coexistence, pourvu qu’elle soit pacifique, d’un vivre-ensemble dans ses différences, et de l’insertion du nouveau venu dans la vie économique, la France, elle, poursuit un dessein autrement ambitieux : elle demande au nouveau venu de se fondre dans le creuset français. Elle attend de lui qu’il ait le souci, le scrupule même, de devenir, dans la sphère publique, un Français comme les autres, c’est-à-dire comme les autochtones.

L’assimilation, le mot dit la chose : il ne suffit pas au nouveau venu de respecter la culture du pays dans lequel il entre, il lui faut se l’approprier, faire sienne l’histoire, unique, que raconte notre pays, apprendre les notes et les harmoniques qui composent la partition que nos ancêtres ont arrangée, interprétée et nous lèguent. L’assimilation proclame la préséance de l’identité nationale sur les identités particulières, elle affirme sans trembler l’essentielle asymétrie entre la société d’accueil et le nouveau venu. Immigrer, comme naître, c’est entrer dans un monde qui était là antérieurement à l’individu, cette antériorité oblige. Un monde, c’est-à-dire une communauté historiquement constituée, une collectivité sédimentée, cimentée par des siècles de civilisation commune, un « vieux peuple chargé d’expériences » (Bernanos). Si l’identité de la France est bien narrative, si elle n’est pas figée dans quelque essence et éternité que ce soit, elle n’est pas non plus un palimpseste.

L’assimilation n’est pas une punition, c’est une offrande

L’assimilation repose sur une conception qu’on pourrait dire épique du peuple et de la patrie. Il s’agit d’entraîner tous les membres de la nation dans une histoire commune. Elle s’ancre dans une conception non ethnique de la nation. La France, disait l’historien Jacques Bainville, c’est « mieux qu’une race, c’est une nation ». Ce qui cimente le peuple français, ce sont des souvenirs, le souvenir des actes et des accomplissements de ceux qui ont fait la France, la langue dont le secret perce et rayonne dans sa littérature, longtemps, du temps de l’apprentissage par cœur, des poèmes, des textes en prose. Qui que vous soyez, d’où que vous veniez, dit en substance l’assimilation, vous pouvez devenir Français pourvu que vous ayez la volonté et le désir d’apprendre notre histoire, de la comprendre et de l’aimer. Et cette proposition est possible parce que, être français ce n’est pas seulement avoir du sang français qui coule dans ses veines, parce que, pour être français, il ne suffit pas de se donner la peine de naître. Il faut donner des gages de son aspiration à maintenir vivant un héritage, et le maintenir vivant non en le visitant et éventuellement le goûtant en touriste, mais en trempant sa plume dans l’encrier et en en continuant l’esprit, et non la seule lettre.

La France attend de l’étranger qu’il transmue cette substance en sa moelle propre, et substantifique.

[Photo : FREDERICK FLORIN / AFP – lisez l’intégralité de ce billet sur http://www.causeur.fr]

Musulmana de izquierdas, referente del movimiento negro y feminista, cuestionada desde posiciones laicas, denuncia el “racismo de Estado” y no rechaza el velo. Rokhaya Diallo es una polemista estrella en la Francia del siglo XXI.

Rokhaya Diallo, antes de un programa de televisión en París.

Rokhaya Diallo, antes de un programa de televisión en París.

Escrito por Marc Bassets

Cuando Rokhaya Diallo (París, 1978) era pequeña, pasaba horas ante el televisor. De allí sacó, quizá sin darse cuenta, los códigos que años después le permitirían moverse con soltura en las eléctricas tertulias televisivas a las que es asidua. Y fue ante el televisor donde aquella niña tímida y aplicada, hija de una costurera y de un mecánico senegaleses, descubrió lo que sería una de las pasiones de su vida: los dibujos animados japoneses y el manga.

“En estos dibujos, había muchas cosas relacionadas con el combate, con el hecho de luchar y vencer en busca de un mundo ideal”, dice. “Y pienso que me influyó”.

Rokhaya. Hay personas cuyo nombre basta para identificarlas. En los ámbitos en los que ella se mueve, donde confluyen periodismo, activismo y política, cuando se pronuncian estas tres sílabas enseguida se sabe de quién se está hablando. Ella insiste en que no representa a nadie más que a sí misma, pero quienes la escuchan en las tertulias, o la siguen en las redes sociales, o leen sus libros, o ven sus documentales, para aplaudirla o para vilipendiarla, proyectan en ella algo más. “Mujer, negra, musulmana”, se define a sí misma.

Las tres palabras pueden ser suficientes para despertar la admiración: al fin una voz que hace visible esta Francia menos visible. O la irritación: he aquí —en un país donde todos los ciudadanos son libres e iguales y el Estado debe ser ciego ante su religión, el color de su piel o su adhesión a otras identidades— a alguien que lleva a gala estas señas de identidad y que, además, denuncia que, en 2020, son motivo de discriminación; que Francia, como Estados Unidos, arrastra un pecado original racial.

“Francia es un país en el que las mujeres deben expresarse dentro de una lógica de seducción, se nos educa para gustar y ser agradables y sonrientes. Y de una mujer negra se espera una forma de gratitud. Que yo me sienta cómoda en los medios de comunicación, y en mi lugar, se considera una forma de arrogancia”, dice. “Si represento algo, es una palabra minoritaria, porque soy mujer, soy negra, soy musulmana. No somos muchas que seamos tan visibles”, continúa. Y añade: “Cuando cometo un error, lo pago más que otros”.

La entrevista para preparar esta semblanza se desarrolló el viernes 16 de octubre a las cinco de la tarde. Mientras hablábamos en un café cerca del Centro Pompidou en París, en Conflans-Sainte-Honorine, una localidad a 35 kilómetros de aquí, un refugiado checheno, inspirado por la agitación en las redes sociales del islamismo radical, decapitaba a un profesor por mostrar en clase las caricaturas de Mahoma publicadas por el semanario satírico Charlie Hebdo.

La voz incómoda del antirracismo francés

“Su estatuto de mujer, musulmana y negra hace de usted una privilegiada”, le reprochó, unos días después del atentado, el ensayista Pascal Bruckner en un programa de televisión en el que ambos participaban. “Le permite expresar una serie de cosas que, si las hubiese dicho yo, sobre todo respecto a Charlie Hebdo, llevó, junto a otros, a la muerte de los 12 de Charlie Hebdo…”. “¿Lo que yo dije llevó a la muerte de alguien? Es escandaloso lo que usted dice”, replicó Diallo. “No tengo absolutamente ninguna responsabilidad en ningún acto terrorista”.

Bruckner citaba, para apoyar la grave acusación, un texto que, según admite ahora Diallo, figura entre esos errores que supuestamente habría pagado más caro que otros. Se trata de una carta colectiva publicada en 2011, después de un primer atentado sin muertos ni heridos que incendió la redacción de Charlie Hebdo. La carta acusaba al semanario de “anticlericalismo primario unido a una obsesión islamófoba” y sostenía que “no es de recibo apiadarse” de la publicación, puesto que “los daños materiales los asumirá el seguro”.

El texto envejeció rápido y mal.

Ella lo firmó. “Fue en 2011, antes de los atentados [de 2015], pero se presenta como si lo hubiésemos firmado después de los atentados. Lo firmamos una veintena de personas, pero soy la única a quien se le reprocha”, justifica. “Considero que el texto no era pertinente”, admite.

Rokhaya Diallo es una presencia pública en Francia desde hace una década al menos. Después de estudiar Derecho y Comercio, trabajó en el canal Disney. Los disturbios de 2005 en la banlieue —los barrios periféricos— tras la muerte de dos adolescentes que se electrocutaron cuando huían de la policía despertaron su conciencia política.

“En los medios se les trataba de sinvergüenzas. Habrían podido ser mis hermanos o primos, su vida no tenía valor”, recuerda. “Y me di cuenta de que quienes comentaban esto en la televisión o en la radio eran hombres blancos, y hablaban de eso como de algo lejano”. Ha dedicado estos años a intentar solventar este déficit. “Si soy francesa, es porque el encuentro entre mis ancestros y Francia fue racista, colonial, violento”, dice, incansable contra lo que llama el “racismo sistémico o de Estado”.

Pero ¿cómo sostener este argumento si la Constitución prohíbe la discriminación racial y esta es ilegal? La respuesta se encuentra, en parte, en marginaciones reales reconocidas por el propio Macron: en la vivienda, en la educación, en el mercado laboral. También en actos racistas de la policía, como ha reconocido el ex defensor del pueblo Jacques Toubon. La ecuación es compleja.

“Racismo de Estado”, aclara Diallo, “no significa que el Estado sea legalmente racista: no hace falta que el racismo esté inscrito en la ley para que las instituciones lo propaguen”.

Muchas de sus opiniones son, para sus adversarios, ideas extranjeras directamente importadas del multiculturalismo norteamericano. Chocan con una idea de la laicidad francesa, e incluso con el feminismo del que ella se reclama partícipe. Diallo, por ejemplo, no rechaza el velo, que ella no lleva, y se opone a la ley de 2004 que prohíbe la ostentación de signos religiosos —entre ellos, el pañuelo islámico— en las escuelas.

“No soy provelo: soy proelección. Lo que debe estar en el centro de las consideraciones es la libertad de las mujeres a disponer de su cuerpo. Me batiré tanto por que no se prohíba a una musulmana francesa que lleve el pañuelo como contra el hecho de que en Irán o Arabia Saudí se la obligue a llevarlo. Lo importante es la elección y que las cosas sean impuestas o no. En Francia, la mayor parte de mujeres que llevan el pañuelo lo hacen de manera voluntaria, según un estudio del Instituto Montaigne”, argumenta. Cuando se le objeta que el velo puede entenderse como una imposición machista, una manera, precisamente, de controlar el cuerpo de las mujeres, responde: “La mayoría de chicas que llevan el pañuelo dicen que lo llevan como sumisión respecto a Dios. No quiero entrar en la teología porque no es mi punto fuerte. Pero si analizamos el velo como un símbolo que marca la dignidad del cuerpo, no podemos no asociarlo a otros símbolos, como los tacones que deforman los pies, por ejemplo”, responde. “A mí no me gusta que, en un país en el que los musulmanes son minoritarios, se juzgue que el sexismo de los musulmanes es particularmente retrógrado: hay un sexismo general”.

Todas estas posiciones contra corriente, su descaro, su empeño en denunciar el “racismo institucional” llevaron al Gobierno francés, a finales de 2017, a excluirla de un grupo de expertos sobre Internet. The New York Times dedicó al caso Diallo un editorial. “Francia fracasa a la hora de afrontar el racismo”, lo tituló. “Siempre me dicen que no amo Francia, pero yo había aceptado dar mi tiempo a la República por algo que me importaba”, comenta.

La raza, como el sentimiento nacional, es un aprendizaje.

De pequeña, Diallo no era consciente de que era negra. Creció en la banlieue de París, rodeada de personas de todos los orígenes. Descubrió que era negra más tarde, con la mirada de los demás. Le preguntaban de dónde venía. Se extrañaban de que no tuviese acento al hablar francés. Años después, algunos cuestionarían su lealtad a su país. Su último libro se titula: Francia: ámala o cállate.

 

 

[Fotos: ED ALCOCK – fuente: http://www.elpais.com]

Récemment, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a déclaré publiquement que, selon lui, « la liberté d’expression n’est pas sans limites ». Il s’agirait de toujours bien réfléchir si ce que l’on dit est potentiellement blessant pour des personnes. Conception ô combien curieuse d’un droit pourtant rudimentaire pour tout esprit libéral! Curieuse au sens d’étrange, mais pas curieuse au sens d’étonnante: les communautaristes ne sont pas à un délire près.

La réaction du monde politique français face à la décapitation de Samuel Paty ne s’était pas fait attendre, unanime sur la nécessité de rappeler coûte que coûte que la liberté d’expression inclut la possibilité de blasphémer et que la France doit défendre sa laïcité – c’est un minimum, disons. La réaction de Justin Trudeau, elle, était arrivée bien plus tard : il lui avait fallu onze jours et une motion déposée par le Bloc québécois pour qu’il daignât prendre la parole. Déjà critiqué pour cette lenteur quasi coupable, voilà que le chef du Parti libéral du Canada s’est encore un peu plus enfoncé dans l’ambiguïté lors d’une conférence de presse le 30 octobre dernier avec cette réponse à une question portant sur le droit de caricaturer :

« La liberté d’expression n’est pas sans limites. […] Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète »a estimé l’homme d’État se considérant comme un libéral progressiste. Or, s’il y a une ligne politique que suit cette déclaration, c’est celle du communautarisme et non du libéralisme. Ce n’est plus l’individu, quel qu’il soit, qui a des droits inaliénables, tels que celui de s’exprimer : ce sont les communautés qui ont des droits « à la reconnaissance », « au respect », nous disent les nouvelles forces de progrès à la mode Trudeau. Après tout, est-ce bien grave ? La liberté d’entreprendre n’est-elle pas la plus importante ? Le libéral ne pourrait-il pas s’accommoder d’une invitation à quelques dessinateurs laïcards de modérer leurs gribouillages ?

Ce serait là ne rien comprendre à l’essence de la liberté. Celle-ci se mesure aux détails autant que le diable s’y cache. Et le grand penseur libéral Alexis de Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1840), avait déjà prophétisé une époque où l’on oublierait ce fait fondamental : « Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gêne, il comprime, il énerve, il éteint, il hébète, et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger. »

Plus récemment, dans les colonnes du Regard Libre, l’historien tout aussi libéral Olivier Meuwly s’inquiétait du fait qu’effectivement, les « droits à » (droits dits « positifs », prisés par les gauchistes) prennent peu à peu le dessus sur les « droits de » (droits dits « négatifs ») : « […] pour la droite qui est globalement libérale, hormis les héritiers de la droite catholique conservatrice, les droits de l’homme sont ceux de la Révolution française et américaine. Il semble fondamental d’avoir des droits supérieurs protégeant les libertés individuelles. » Les nouveaux « droits » qui ne sont pas des libertés individuelles constituent donc un risque couru par la liberté de chacun au nom de l’égalitarisme. Le communautarisme n’en est qu’une variante. Il est paradoxal que cette manière non-occidentale de concevoir la société ait séduit des nations qui avaient fortement contribué à forger l’idée libérale, à savoir les pays anglo-saxons.

L’universalisme, dans lequel nous pouvons trouver les germes aussi bien de la laïcité à la française – dont on parle sûrement un peu trop, car ce n’est pas vraiment le sujet – que des droits naturels de tout être humain et, sur le plan institutionnel, de l’État de droit de nos nations occidentales, défend une conception opposée à celle du communautarisme dans lequel le Canada est empêtré. Il n’y a aucune limite à la liberté d’expression ; l’autocensure est injustifiable. Tout individu est libre de ses opinions, y compris provocatrices, y compris moqueuses. Pour reprendre les mots de la philosophe Simone Weil, qui – c’est le moins qu’on puisse dire – n’était pas une réactionnaire, «la liberté d’expression totale, illimitée, pour toute opinion quelle qu’elle soit, sans aucune restriction ni réserve, est un besoin absolu pour l’intelligence» (L’Enracinement, 1949). Il en va de l’esprit de débat autant que du principe fondamental de liberté, d’ailleurs.

Cela étant, précisons qu’évidemment, il existe des codes sur la manière de nous adresser aux autres. Mais ces codes ne sont pas politiques, ils relèvent des manières, de la civilité, de l’éducation. Précisons aussi qu’évidemment, nuire à autrui, porter atteinte à son prochain, à son intégrité, n’est pas tolérable. Cela, nous le tenons en Occident de notre tradition judéo-chrétienne qui fonde la distinction entre la personne et ses croyances ou ses actes. C’est dans cette tradition culturelle que s’est bâtie au fil des siècles notre tradition politique moderne, donnant naissance aux droits universels de l’homme et du citoyen.

Or justement, s’attaquer au prophète dans un journal ou dans un dessin, c’est s’attaquer à une croyance, voire à l’instrumentalisation de cette croyance : c’est donc un droit, et même en quelque sorte un devoir si l’on part du principe que pour faire usage de son intelligence, il faut analyser, critiquer. Les Lumières, c’est la raison, donc la critique. L’israélo-suisse Carlo Strenger va jusqu’à dire le « mépris civilisé » dans un ouvrage portant cette expression comme titre (2015) : « Une culture du mépris civilisé se fonde […] sur la volonté de faire valoir ce mode de pensée avec toutes les conséquences que cela entraîne – tel est le principe qui permet de se forger une opinion responsable. » Lumières versus bien-pensance.

En ramenant la question des caricatures à une « communauté » qui serait « stigmatisée », Trudeau – en a-t-il seulement conscience ? – tombe dans le piège des terroristes. L’air de rien, pour des raisons soi-disant vertueuses et bien plus raisonnablement par clientélisme électoral, le donneur de leçons du Canada met dans le même panier musulmans et islamistes et confond musulmans et islam, comme si aucun musulman n’était capable de se dissocier de l’idée que le blasphème mérite une punition. Alors même que les Trudeau nous bassinent avec le « pas d’amalgame », ce sont eux qui se retrouvent à appeler de leurs vœux la fidélité demandée par les islamistes aux musulmans envers leur prétendue « communauté ». Ce sont eux qui renforcent la terreur déclaration après déclaration, loi après loi, sottise après sottise. À l’inverse, la justesse d’un Emmanuel Macron – « en France, il n’y a qu’une seule communauté, la communauté nationale » – en ressort plus fortement.

Justin Trudeau, pour le dire crûment, n’est pas Charlie. Or, être Charlie n’a jamais consisté à préférer leur humour à l’ironie d’un Philip Roth. Tout ce que le bon sens demande, c’est d’accepter qu’on puisse encore parler, dessiner, vivre librement dans notre coin du monde. Et comme l’a bien relevé le journaliste Konrad Yakabuski dans le quotidien canadien Le Devoir, le fait que le premier ministre soit revenu depuis sur ses déclarations, en assurant qu’il ne condamnait pas les caricatures de Charlie Hebdo, ne change rien à l’affaire. Car « le mal [est] fait. Si ça lui a pris deux semaines pour préciser sa pensée sur la liberté d’expression, c’est parce qu’il n’y tient pas tant que cela. » En réalité, le fait que Trudeau ait précisé deux semaines plus tard qu’il ne condamnait pas les caricatures est un geste qui devrait même nous glacer : cela nous montre justement qu’il devait le préciser. Pour s’en convaincre lui-même ?

 

[ Photo : Wikimedia CC BY 3.0 – source : http://www.leregardlibre.com]

« Bref du pape en 1791 », une réponse anonyme à la bulle « Caritas » du pape Pie VI dans laquelle il a dénoncé la « Constitution civile ». Musée Carnavalet, Paris

Écrit par Annie Duprat

Historienne, CY Cergy Paris Université

 

En 2018, l’enseignement moral et civique est devenu obligatoire dans les classes de collège. On peut lire dans le Bulletin officiel que « l’enseignant exerce sa responsabilité pédagogique dans les choix de mise en œuvre, en les adaptant à ses objectifs et à ses élèves » : ce que font les professeurs, ce qu’a fait Samuel Paty.

Tandis que se déroule le procès-fleuve des attentats de 2015, dits « de Charlie Hebdo » n’était-il pas judicieux de proposer à l’examen une caricature publiée par ce journal, et de se pencher concrètement sur le concept de laïcité ?

Caricatures anticléricales

La caricature antireligieuse, qu’elle soit ironique ou paraisse juste décalée n’est jamais innocente pour des croyants.

Le combat mené en France contre l’église catholique qui culmine avec la loi de 1905 a été très violent. Les caricatures anticléricales du début du XXe siècle ne se privent pas d’associer la figure du prêtre à des corbeaux ou à des cochons, de les montrer en train de peloter matrones ou petits garçons et toutes sortes de situations scabreuses.

Sous le titre « Leurs occupations », la légende de cette caricature anonyme publiée dans le journal La Calotte en 1911 joue aussi sur l’humour : « Qu’est-ce que vous faites, l’abbé ? » « Je fais comme vous, je cherche un sein sur le calendrier ».

Un but polémique

Au sens étymologique, « caricare », charger, donne l’italien caricatura, dont les Français tireront à la fois le mot « charge » et la notion de « portrait-charge » qui a eu tant de succès au XIXe siècle, et le mot « caricature », toute figuration à but polémique.

Dans L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751), la charge est ainsi définie :

« C’est la représentation, sur la toile ou le papier, par le moyen des couleurs, d’une personne, d’une action ou plus généralement d’un sujet, dans laquelle la vérité et la ressemblance exactes ne sont altérées que par l’excès du ridicule. L’art consiste à démêler le vice réel ou d’opinion qui était déjà dans quelque partie, et à le porter par l’expression jusqu’à ce point d’exagération où l’on reconnaît encore la chose, et au-delà duquel on ne la reconnaîtrait plus ; alors la charge est la plus forte qu’il soit possible. »

On voit bien que tout l’intérêt de la caricature réside, selon cette définition, dans l’excès, dans le jeu avec la limite.

Diderot ajoute que « c’est une espèce de libertinage d’imagination qu’il ne faut se permettre tout au plus que par délassement… ». En écrivant cela, le philosophe montre qu’il n’a pas perçu la puissance polémique, voire destructrice, de la caricature qui peut devenir un danger mortel pour l’ordre public.

Au XVIIIe siècle, les monstres du Moyen-Âge et de la Renaissance, les personnages zoomorphisés ou hybrides, les scènes burlesques dites du « monde à l’envers » font la joie des foules. On y voit par exemple le cochon égorgeant le charcutier, l’épouse battant son mari. Le rejet joyeux de l’ordre public ordinaire s’exprime aussi dans les charivaris des fêtes populaires. Tout ceci est le substrat de la caricature, qu’elle soit politique, sociale ou de mœurs. Elle a donc dès l’origine une fonction cathartique permettant peut-être de sublimer la violence.

Quand les questions évoquées par les caricatures sont complexes, les textes insérés dans l’image (« bulles » ou « phylactères ») permettent d’en éclairer le sens, mais alors elles sont moins percutantes, car plus difficilement compréhensibles au premier regard. La caricature se doit d’être directe et simple et l’image gagne beaucoup à n’être pas encombrée de signes qui brouillent l’aperçu visuel, dans une vitrine, un journal ou sur une affiche murale.

Le tournant de la Révolution française

La Révolution française voit l’explosion des caricatures. Quand le pape Pie VI condamne la Constitution civile du clergé votée par l’Assemblée nationale constituante au printemps 1791, la réaction de Jacques Bonhomme – figure emblématique du Français « bien de chez nous » – ne se fait pas attendre : il s’essuie le derrière en riant avec le bref du pape, c’est-à-dire un acte administratif rédigé par le pape intimant un ordre à destination des fidèles.

L’image emprunte au registre du « monde à l’envers » par l’inversion des valeurs, le regard à destination du spectateur et le sourire complice, la scatologie appliquée à une question cléricale de la plus haute importance, du point de vue de la papauté du moins.

Pacte de lecture

Il y a un élément essentiel qui ne doit jamais être oublié quand on évoque la caricature : le pacte de lecture entre la caricature – parfois le caricaturiste – et le spectateur.

Car une image, qu’est-ce ? Des lignes, des signes et éventuellement des couleurs agencées sur un support (papier, bois, toile, verre et parfois pierre) afin de produire du sens dans le regard et l’esprit du spectateur. L’objet n’est rien sans un regard extérieur.

Il est donc théoriquement possible que le même document produise une infinité de significations – et de contresens, ce qui rend son utilisation pédagogique très délicate.

Le pacte de lecture repose sur une culture et une compréhension communes des deux parties. Ce paysan rigolard qui s’essuie le derrière avec un « bref » pontifical est dans la transgression la plus absolue, non seulement par ce qu’il dit (le rejet, la moquerie), mais par la situation triviale dépeinte ici.

Mais il appartient aussi au registre de l’humour, car la scatologie, un des thèmes favoris de la comédie de foire, suscite un rire immédiat, souvent avant même que le spectateur n’ait identifié la scène ni les protagonistes.

L’âge d’or de la caricature

En France, sans doute le seul pays à pratiquer et à révérer autant la critique graphique (caricature) ou textuelle (pamphlets, satires, fables) quelques dessins polémiques ont acquis un statut exceptionnel et il suffit de les évoquer par une simple litote – « Ils en ont parlé » – pour comprendre que la conversation renvoie au célébrissime dessin de Caran-d’Ache (de son vrai nom Emmanuel Poiré) publié en 1898 à l’occasion de l’affaire Dreyfus dans le quotidien Le Figaro.

Dessin emblématique de l’affaire, il dit les querelles au sein même des familles. Son auteur était antidreyfusard, mais tout le monde pouvait reconnaître ce déjeuner familial totalement ruiné par les discussions au sujet de « L’Affaire ». Adolescent tombé par terre, chien qui s’enfuit avec une fourchette plantée dans l’arrière-train… l’ambiance est clairement électrique ! Le laconisme de l’image « Un dîner en famille » renforce la puissance du propos puisque seules deux légendes apparaissent : « Surtout, n’en parlons pas » au cartouche supérieur et « Ils en ont parlé » au cartouche inférieur. Elles ne sont pas indispensables pour la compréhension du document, mais servent à le référencer aisément lors d’une conversation ou d’une évocation à l’écrit s’il n’y a pas d’illustration.

Le fameux dessin de Caran d’Ache au sujet de l’affaire Dreyfus. Wikipedia

Caricature et satire se sont développées grâce à l’existence d’un espace public démocratique. La liberté d’expression qui le caractérise permet de voir éclore de nouvelles modalités de contestation des puissants, des façons de penser ou des mœurs. On parle « d’âge d’or de la caricature » pour les années entre 1830 (fondation de La Caricature journal par Philipon) et au moment de l’affaire Dreyfus, de 1890 à 1900.

Siècle du triomphe de la bourgeoisie, le XIXe est également celui des révolutions, de la lutte des classes et des peuples. La loi de 1881 sur la liberté de la presse protège longtemps les dessinateurs jusqu’au moment où, après la Seconde Guerre mondiale, ayant pris conscience du danger des attaques ad hominem, la jurisprudence introduira la protection des individus et le droit à l’image.

L’irruption d’Internet change la donne en permettant à tous de voir ce qui se publie sous d’autres cieux. Il y a un véritable choc des cultures pour cette bande de joyeux drilles qui dessinaient pour Charlie Hebdo. Le dessinateur Luz l’avait très bien expliqué en 2006, après l’affaire des caricatures danoises et l’incendie de Charlie Hebdo.

La culture commune qui permettait de préserver ce pacte de lecture est aujourd’hui en grand danger. Il s’agit donc de réfléchir aux moyens de la refonder, afin de préserver l’esprit frondeur et le sens critique qui font la richesse d’une société démocratique, au-delà des différences d’origines et de convictions religieuses de ceux qui la composent.

 

[Source : http://www.theconversation.com]

Com apoio de Bolsonaro, entidade fundada por Damares tem influência decisiva na Defensoria Pública, no MEC e no Itamaraty.

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Bolsonaro recebe em seu gabinete o defensor público-geral da União, Daniel Pereira, indicado pela Anajure.

Escrito por João Filho

A Defensoria Pública da União, órgão federal que presta assistência jurídica gratuita aos mais pobres, mudou a maneira como escolhe seu chefe após a chegada do bolsonarismo. Antes, os defensores públicos elegiam uma lista tríplice e a submetiam ao presidente da República, que obrigatoriamente deveria escolher um dos três nomes. Mas uma nova etapa foi introduzida nesse processo seletivo. Agora, os candidatos precisam passar pelo crivo de uma entidade representativa dos evangélicos, a Associação Nacional de Juristas Evangélicos (Anajure), que tem entre seus fundadores a ministra Damares Alves.

Os três candidatos da lista tiveram que passar por uma sabatina terrivelmente evangélica promovida pela entidade. Essa sabatina, claro, não faz parte oficialmente do processo de escolha do novo chefe da DPU, mas isso não importa. O bolsonarismo não trabalha com esse tipo de formalidade. A chancela evangélica virou algo tão fundamental, que todos os três candidatos fizeram questão de participar e demonstrar alinhamento ideológico à turma. Após entrevistar os candidatos, a Anajure escolheu Daniel Macedo Pereira, o segundo da lista, e enviou um ofício ao presidente da República fazendo a recomendação. Bolsonaro acatou prontamente.

Uma reportagem da Piauí deste mês contou em detalhes como funciona o lobby evangélico comandado pela Anajure e o alcance do seu poder dentro do governo Bolsonaro. Nesse ofício enviado ao presidente, fica claro que o principal critério de escolha dos juristas evangélicos para chefiar a DPU foi a defesa intransigente “do direito à vida desde a concepção” — a velha obsessão com o aborto. Informaram o presidente que Daniel Macedo se tinha comprometido a criar “um grupo de trabalho em defesa dos direitos do nascituro”. A DPU é um órgão que historicamente apoia mulheres em situação de risco que, muitas vezes, recorrem ao aborto legal. Esse é o principal motivo da predileção da Anajure pelo aparelhamento do órgão.

O grupo é tão obcecado com o tema aborto, que emitiu nota congratulando o presidente dos EUA pela escolha de uma juíza antiabortista para a suprema corte: “Dra. Barret é juíza de carreira, cristã, conservadora, mãe de sete filhos e defende que a vida deve ser protegida desde a concepção, posição com a qual a Anajure tem coincidido ao longo dos últimos anos.”

A Anajure tem cerca de 700 membros e não representa a totalidade dos evangélicos. É um grupo formado por calvinistas, uma corrente evangélica que se difere das demais por entender que a cultura cristã se deve impor sobre a sociedade. A Anajure é controlada por líderes de igrejas conhecidas como protestantes históricas, principalmente a Presbiteriana, a Batista e a Metodista.

De acordo com o teólogo Ronilso Pacheco, “a diferença principal dos evangélicos calvinistas dos demais é sua compreensão de que o cristianismo deve reivindicar sua hegemonia sobre a cultura”. Nem todos os calvinistas pensam assim, mas esses grupos ligados a Bolsonaro, como a Anajure, pensam. Diferentemente dos neopentecostais, que são mais histriônicos e atuam de maneira ostensiva na política em defesa dos seus interesses, os calvinistas são mais discretos e silenciosos. Eles atuam nos bastidores não por cargos mais cobiçados, onde está o dinheiro, mas por cargos jurídicos nos quais valores morais são disputados, como é o caso da DPU, a PGR, a AGU e o STF. Enquanto a opinião pública se volta para a histeria de felicianos e malafaias, a Anajure vai silenciosamente pautando a esfera pública, aparelhando o judiciário e violando a laicidade do estado.

Os dois ministros da Justiça de Bolsonaro, Sergio Moro e o atual, André Mendonça, sempre tiveram boa relação com a Anajure e tornaram-se figurinhas carimbadas nos eventos da entidade. Mendonça, que se tornou chefe da Advocacia Geral da União, a AGU com apoio da Anajure, era o nome preferido do grupo para assumir a última vaga no STF. Dessa vez, porém, Bolsonaro não seguiu a tropa evangélica e escolheu Kassio Nunes Marques, que não come na mão da turma.

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Ex-ministro Sérgio Moro recebendo carta de apoio ao projeto anticrime das mãos do diretor executivo da Anajure, Uziel Santana. Foto: Anajure

Apesar de contrariá-los com a decisão, o presidente fez questão de mandar um afago: “A segunda vaga, em julho do ano que vem, com toda certeza, mais que um terrivelmente evangélico, se Deus quiser nós teremos lá dentro um pastor”. Detalhe: André Mendonça, o nome dos sonhos da Anajure, é pastor da Igreja Presbiteriana. Há poucos meses, a Anajure já tinha feito um lobby muito bem sucedido para um outro pastor da Igreja Presbiteriana comandar um cargo importante. Refiro-me a Milton Ribeiro, outra figurinha carimbada desse convescote evangélico, que foi escolhido por Bolsonaro para comandar o MEC.

Para ser escolhido como procurador-geral da República, Augusto Aras teve que beijar a mão da Anajure. Além de ser o único candidato a assinar a carta de princípios enviada pela entidade, Aras chegou a telefonar para o presidente da Anajure para confirmar seu alinhamento ideológico. Ao assinar a carta de princípios, Aras concordou que “a instituição familiar deve ser heterossexual e monogâmica, as doutrinas religiosas não podem ser enquadradas como discurso de ódio e todo homossexual deve ter liberdade para tornar-se paciente em tratamento de reversão sexual”.

Além de avançar sobre a área jurídica, a Anajure exerce forte influência sobre o Itamaraty. Não é de hoje que a entidade demonstra interesse em alçar voos internacionais em defesa do cristianismo que, segundo eles, é perseguido no Brasil e no mundo. Graças ao seu poderoso lobby, a Anajure tornou-se a primeira entidade de juristas evangélicos a ter assento na Organização dos Estados Americanos (OEA), que conseguiu graças ao diálogo que manteve com o governo Dilma. A bandeira que ela diz defender nesses avanços internacionais é a da liberdade religiosa, mas, na prática, trata-se de uma luta pela hegemonia cultural dos valores cristãos sobre o mundo. Um diplomata com mais de duas décadas de carreira ouvido pela reportagem da Piauí afirmou: “A gente passa vergonha o tempo todo. Essa bandeira de liberdade religiosa não traz ganho objetivo nenhum, não amplia comércio, não produz nada. É algo que só funciona no campo da ideologia, da representação.”

O Itamaraty agora tem ajudado a Anajure no lobby diplomático por uma vaga no Comitê sobre ONGs da ONU, que ainda não foi conquistada graças às objeções levantadas pela China. Antes de aprovar a entrada do grupo, os chineses pediram explicações sobre as atividades exercidas por ela em países como Portugal, EUA e Jordânia.

Além da sua influência sobre o governo Bolsonaro, a Anajure tem uma máquina articulada criada para difundir seus valores e encontrar meios de boicotar a laicidade do Estado. A Academia Anajure, criada há três anos, oferece um curso de “cosmovisão cristã” para estudantes e bacharéis em direitos. Em um dos textos do grupo sobre o assunto há conceitos bizarros do ponto de vista jurídico, que colocam o cristianismo como o único caminho para a justiça entre os homens:

“Por que é tão importante ter uma cosmovisão cristã? Porque o cristianismo nos dá um mapa para a realidade, um esboço do mundo do jeito que ele realmente é: a ordem moral e física de Deus.”

“No caso do Direito, especificamente, somente a cosmovisão cristã pode erigir um sistema de justiça, igualdade e dignidade da pessoa humana.”

Na sede em Brasília, a Anajure tem um sistema que monitora todas os diários oficiais dos três poderes e as publicações de partidos e movimentos que eles consideram anticristãos. Segundo a reportagem da Piauí, um software vigia permanentemente 600 sites e produz relatórios diários. Toda vez que o software detecta a publicação de uma palavra-chave considerada uma ameaça para os valores cristãos, a equipe jurídica do grupo é acionada. Eles não estão para brincadeira.

Como se vê, a Anajure não é simplesmente uma entidade de juristas evangélicos em defesa da liberdade religiosa e dos interesses do seu grupo religioso, o que seria legítimo. Essa é só a fachada. Na realidade, trata-se de um lobby religioso poderoso, de caráter fundamentalista, que tem como objetivo impor seus valores ao conjunto da sociedade aparelhando o Judiciário e pisoteando a laicidade do estado. O avanço da entidade sobre os órgãos públicos é gravíssimo e, de pouquinho em pouquinho, vai-se desenhando a formação de um Estado teocrático.

 

[Fonte: http://www.theintercept.com]

Entretien avec le youtubeur vedette

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Propos recueillis par Daoud Boughezala

Avec ses vidéos Youtube tournées dans sa voiture, Aldo Sterone est devenu une des vedettes de l’Internet francophone. N’hésitant pas à aborder des sujets aussi sensibles que l’immigration, l’islam ou le multiculturalisme, cet algérien expatrié en Angleterre ignore le sectarisme et la langue de bois. Entretien exclusif.


Daoud Boughezala. Pour commencer, j’aimerais que vous vous présentiez aux quelques lecteurs de Causeur qui ne vous connaissent pas encore. Comment vous êtes-vous retrouvé à tourner des vidéos Youtube dans votre voiture ?

Aldo Sterone. Je suis un blogueur algérien qui habite près de Londres. À la base, j’avais commencé à réaliser des vidéos en algérien pour les Algériens. Puis j’ai voulu m’adresser aux francophones à travers le canal d’Aldo Sterone qui est arrivé bien après.

Beaucoup de vos vidéos traitent de l’islam en Europe et de l’immigration. Mettons les pieds dans le plat : êtes-vous par principe opposé à l’immigration afro-maghrébine en Europe ?

Non, je n’ai pas cette attitude. Mais je rejette en bloc les antiracistes patentés qui ont poussé des millions d’immigrés vers l’échec et la victimisation alors qu’ils avaient de l’or entre les mains. Ces immigrés étaient sur une terre certes difficile mais qui leur ouvrait des potentialités infiniment plus grande que dans leur pays d’origine. Et je parle aussi pour moi-même : en Algérie, jamais je n’aurais pu atteindre 1% de ce que je fais en Europe. La vie n’est pas facile, y compris pour des gens nés en Europe, occidentaux depuis quinze générations, qui vivent dans la rue ou travaillent chez Starbucks endettés pour vingt ans. Nous sommes huit milliards, notre monde est difficile mais il ne faut pas tout racialiser. Effectivement, quand on vient de loin, c’est évidemment encore plus difficile. Il faut accomplir tout un cheminement pour s’insérer dans une société, en apprendre la langue, trouver une position en harmonie avec sa société d’origine. Mais le discours du type « Les gens sont racistes, il faut m’aider » ouvre la porte à la paupérisation.

Et vous, quel cheminement avez-vous suivi pour émigrer ?

Jeune, comme des millions d’Algériens au pays, je ne rêvais que d’une seule chose : partir. J’étais en conflit avec la société, y compris sur la religion. Peut-être l’étais-je encore davantage que maintenant, l’âge m’ayant modéré. J’ai eu l’opportunité d’étudier en Suisse, puis je suis parti vivre en Allemagne et en France. C’est en arrivant ensuite en Angleterre que j’ai trouvé mes marques.

Pourquoi ?
 
Le multiculturalisme y est vraiment assumé. Par exemple, il n’y a pas de discrimination à l’embauche fondée sur le nom. Quelqu’un peut s’appeler Mohamed ou Singh, le business passe avant tout. Si Mohamed a les compétences et apporte une valeur ajoutée à l’entreprise, on l’embauche. On n’est pas obligé de l’aimer mais on respecte ses droits et on le considère comme un individu à part entière. Alors qu’en France, un fossé s’est creusé. La faute est probablement partagée mais au fil du temps et des crises successives, la société française s’est retrouvée avec des communautés dos à dos.

D’ordinaire, le modèle assimilationniste français est érigé en rempart au communautarisme anglo-saxon. Pourquoi l’accusez-vous de favoriser le repli sur soi ?

C’est un peu contre-intuitif. La France est par exemple le pays le plus laïque d’Europe mais aussi (et pourtant) celui où les salafistes et les mouvements religieux extrémistes font la pluie et le beau temps. En France, on professe quelque chose qui ne marche pas dans les faits. Au Royaume-Uni, le multiculturalisme a été poussé jusqu’au bout alors qu’en France, on ne l’assume pas. Certains demandent : « Pourquoi s’appeler Mohamed, porter un voile, faire le Ramadan ? » On ne peut pourtant pas demander à des gens de venir d’ailleurs de devenir identique au Français de souche chrétien en une génération, d’appeler ses enfants Jean-Paul et Marie, d’aimer le vin et le saucisson, etc. Il est inhumain d’exiger de quelqu’un qu’il devienne Français dès qu’il atterrit en France…

 

 

[lisez l’intégralité de ce billet sur  http://www.causeur.fr]

 

Le dossier « Nouvelles censures » de la revue Cités apporte une contribution très utile à la compréhension d’une vague d’intimidation qui se réclame de l’émancipation.

 

Écrit par Véronique TAQUIN

Le dossier « Nouvelles censures » , coordonné par Isabelle Barbéris et Nathalie Heinich, est consacré aux nouveaux phénomènes de « censure militante » qui s’imposent à nous depuis quelques années .

« Nouvelles censures », dossier de la revue Cités, n° 82 Nathalie Heinich (dir.), Isabelle Barbéris (dir.) 2020 Presses universitaires de France (PUF)

De la peur à l’autocensure : nouveaux asservissements

Dans sa présentation de l’ensemble du dossier, « Nouvelles censures et vieux réflexes totalitaires », la sociologue Nathalie Heinich fait observer que la censure et les tentatives de censure, aujourd’hui et en France, dans les domaines académiques et culturels, n’émanent guère de l’État ou du Rassemblement National, mais de groupes de pression militants qui se réclament de l’extrême gauche. C’est une véritable « chronique de la trouille en milieu intellectuel » que tient la sociologue au fil d’exemples qu’elle a récemment rencontrés : peur de la présidence de l’Université de Bordeaux-Montaigne devant la pression du lobby LGBT visant à empêcher une conférence de Sylviane Agacinski en raison de ses positions sur Procréation Médicalement Assistée et Gestation Pour Autrui ; peur de collègues allemands renonçant à aborder la question des réfugiés devenue taboue ; peur d’un journaliste français rappelé à l’ordre par sa direction pour avoir osé parler de Polanski sans obéir à des féministes radicalisées désireuses de le boycotter ; peur chez des universitaires français de passer pour réactionnaires s’ils refusent de soutenir une grève votée par une assemble générale d’étudiants et d’enseignants. Autant de cas symptomatiques, relevant de l’intimidation ou de la censure : ils viennent allonger une liste d’affaires comportant des accusations de blackface (contre la mise en scène des Suppliantes d’Eschyle par Philippe Brunet) ou d’appropriation culturelle (contre le metteur en scène Robert Lepage pour n’avoir pas fait jouer des acteurs autochtones canadiens dans un spectacle consacré à la défense des peuples autochtones canadiens).

Pour Nathalie Heinich, ceux qui se réclament de justes causes dans la défense des « dominés » n’en sont pas moins illégitimes dans la multiplication de ces pressions : car c’est bien d’une « dérive fascisante » qu’il faut parler à propos de cette extrême gauche « radicalisée », qui remplace le débat par l’invective, confond la science avec l’idéologie et montre dans la pratique son mépris du droit. Ce dernier point doit être souligné, car l’usage de l’intimidation sous toutes ses formes, l’imposition forcée du boycott, l’indifférence aux libertés académiques, ne créent pas simplement un climat détestable : ils posent le problème de la fermeté, ou de la lâcheté, des réponses institutionnelles, car c’est « à cela que l’on reconnaît le totalitarisme : à la peur de le dénoncer qu’il suscite chez ses victimes ».

Dans « Vocabulaire et autocensure », Laurent Dubreuil, comparatiste qui vit aux États-Unis où il enseigne depuis longtemps, se propose d’analyser le « mécanisme de la censure préventive » dans quelques cas précis où sévit une « police langagière » dans ce pays : ils relèvent toujours de ce que l’auteur a diagnostiqué comme « la dictature des identités » dans un excellent ouvrage   . Les pratiques traditionnelles de censure se poursuivent aujourd’hui, de l’empêchement de publier à l’épuration des corpus de toute offense supposée, mais elles sont mises au goût du jour par les modes d’intervention des « meute(s) interconnectée(s) » et par le déploiement d’une « phraséologie de l’identité navrée ».

Laurent Dubreuil s’intéresse au cas typique dans lequel un terme est interdit d’emploi à certains locuteurs, ce qui l’exclut dès lors de l’usage commun : son utilisation est réservée aux victimes de la blessure identitaire correspondante. Laurent Dubreuil revient ainsi sur la polémique soulevée par une fan blanche du rappeur noir Lamar qui avait osé reprendre le terme Nigga présent dans une de ses chansons ; sur la procédure disciplinaire engagée contre Laurie Scheck pour avoir osé prononcer en cours, en étudiant l’histoire du titre I am Not your Negro / Nigger, le terme tabou alors qu’elle n’a pas la couleur correspondante. Laurent Dubreuil pour sa part est attaqué pour avoir osé parler en cours de la « culture de l’effacement » comme demande de censure collective. Le raisonnement s’étend à toute identité blessée, comme l’indique la campagne électronique visant la revue The Nation pour l’emploi du mot crippled par un auteur non handicapéUn conservateur de livre rares dans une prestigieuse université de l’état de New York peut être mis en cause pour n’avoir cité que des auteurs ne correspondant pas à une identité protégée, aussi bien que pour avoir utilisé un terme argotique en évoquant la prostitution masculine.

Laurent Dubreuil critique donc la vaste entreprise d’intimidation qui se réclame de l’interdiction de « contenus haineux » : aucune libération ne peut procéder de la censure, et « aucune autocensure ne saurait faire moins que nous asservir ».

Particularismes identitaires et logiques de propagande dans la culture

Dans « Écriture inclusive et exclusion de la culture », François Rastier apporte la précision d’une formation de linguiste, enrichie par la large et profonde culture des « philologues » de la meilleure tradition, pour mettre au jour « l’irrationalité » de l’écriture dite « inclusive », en prolongeant l’analyse de Jean Szlamowicz   . Sous prétexte de féminisme, l’écriture « inclusive » concerne à un double titre la question de la censure, puisque d’un côté, elle s’avère ouvrir sur une « exclusion de la culture », et que, de l’autre côté, elle renvoie d’ores et déjà à une tentative d’exclusion personnelle : Jean Szlamowicz a été la cible de collègues militants qui entendaient le censurer, car « l’inclusivité obligatoire » dont se réclament les « barbarismes futuristes » de l’écriture dite inclusive est celle d’une novlangue qui vise l’exclusion des collègues à censurer, mais aussi le renforcement du « contrôle social », exercé sur dénonciation de « micro-agressions », avant de signifier l’exclusion même de la culture : la discipline de base, la linguistique, dont François Rastier considère que les apports fondamentaux sont niés, mais aussi l’ensemble des « sciences de la culture » qui sont toujours la cible de « pouvoirs forts » : elles sont aujourd’hui critiquées par des « décideurs » qui reçoivent le renfort militant de ceux qui voudraient dénoncer, à la suite de Derrida, la « colonialité essentielle » de la culture.

Comme le souligne François Rastier, le succès du « performatif » (« Quand dire, c’est faire »), tellement vanté par le postmodernisme, (qui se réclame de la réutilisation de John L. Austin par Jean-François Lyotard) dépend toujours d’un « magistère dogmatique » : en l’occurrence ce sont les « universitaires déconstructeurs et postcoloniaux » qui relaient aujourd’hui l’Église dans la « magie militante ». Élément très important de l’analyse par François Rastier de ce « maccarthysme de gauche », il remplace les « contradictions de classe » par des « querelles de préséances » entre identités : or l’effacement de la « conscience de classe » par cette « colonialité essentielle » et cette « conscience de genre » a quelque chose de bien commode au service d’un ordre qui n’a rien de juste.

« “Blackface”, “barbouillage” : de la falsification à la censure », d’Isabelle Barbéris, qui est spécialiste des arts de la scène, porte sur l’abus de la notion de blackface, malhonnêtement acclimatée ici sous le vocable de « barbouillage ». Isabelle Barbéris rappelle les complicités d’intellectuels en faveur dans les médias et l’Université, à l’égard du militantisme « suprémaciste » d’un groupe comme la Ligue de Défense Noire Africaine, et elle analyse dans le détail le forçage sophistique de divers commentaires inspirés par le prétendu « décolonialisme » mais aussi par des militants intersectionnalistes soudain affolés par la « culture du viol » dans un poème de Chénier qui dormait plutôt bien dans sa tombe. Sur un point d’érudition, la mise en accusation de Michel de L’hôpital exhumé pour racisme anti-noir s’avère relever de la falsification. Il vaudrait mieux préserver la recherche universitaire de cette logique de propagande, mais l’institution ne semble guère y résister, ce qui est assez inquiétant.

L’intérêt de l’article d’Isabelle Barbéris est également d’identifier les origines des doctrines mobilisées dans ces polémiques, qu’il s’agisse de « l’architecture théorique » du décolonialisme, reposant sur des « notions développées à partir des années 1980 dans les universités nord-américaines où une première génération de chercheurs a été formée et financée », ou bien de la conception politique de Carl Schmitt, modèle « pré-décolonial » des décoloniaux Norman Ajari et Achille Mbembe. Sur cette dernière référence, qui ne fait pas l’unanimité, l’article d’Isabelle Barbéris donne à réfléchir, car si Carl Schmitt faisait déjà remonter au xvie siècle l’idée de « colonialité globale », il serait utile par exemple de cerner ce qu’apportent en propre Immanuel Wallerstein, puis Étienne Balibar, à une analyse du « système-monde » inspirée de Braudel, lui-même bizarrement embarqué dans une vision décoloniale généralisée alors qu’il se montre attaché à ce qu’il considère comme « l’identité de la France ». Quant à l’idée force du décolonialisme, branche radicale des études postcoloniales qui fait de la colonisation depuis ses débuts la panacée de l’explication, le principe d’explication moniste de la « race » prétendument « sociale » hérite selon Isabelle Barbéris de la « biopolitique » de Michel Foucault ; cette origine devrait protéger cette théorie du reproche d’essentialiser la « race », mais en fait, elle dilue la « race » présentée comme « réalité globale », dans un « social » si largement entendu qu’il perd en signification. L’analyse de ces références est indispensable pour cerner l’idéologie qui tente de s’imposer dans des opérations de censure sauvage menées par certains groupes.

Dans « Extension du domaine de l’offense. Mouvement (féministe) d’humeur », la sociologue Liliane Kandel apporte l’indispensable éclairage critique d’une militante du Mouvement de Libération des Femmes (MLF), universaliste puisque féministe et donc restée universaliste, pour mesurer « l’extension du domaine de l’offense » que nous constatons aujourd’hui en différentes causes devenues identitaires dans le pire sens du terme. En ce qui concerne l’invocation de l’offense dans le domaine religieux, quand la laïcité démocratique invalide l’accusation de blasphème, il en a été fait grand usage au nom de l’islam, mais Liliane Kandel rappelle, en suivant Jeanne Favret-Saada, que cette astuce rhétorique avait été employée en défense de la foi chrétienne par un idéologue catholique devenu président du MRAP   …

L’invocation d’une sensibilité blessée s’applique à diverses caractéristiques présentées comme constitutives de l’identité (religion, race, genre…), mais le champ des blessures identitaires est indéfiniment extensible (corpulence, validité physique ou psychique, âge, etc.) : c’est ce qui promet des affrontements réduits au face à face des offenseurs et des offensés et, plus outrancièrement encore, des bourreaux et des victimes. Liliane Kandel, mentionnant les plaintes les plus « vocales » qui émanent ces temps-ci de femmes et de « racisés », s’attache plus particulièrement aux errements pittoresques découlant du vieux thème militant du « continuum des violences patriarcales », qu’il s’agisse de porter plainte contre un regard sexuellement insistant (le « male gaze ») ou bien de condamner le viol comme « génocide individuel » (sic), ou encore de comparer les témoignages d’Adèle Haenel et de Primo Levi sur l’oppression qu’ils ont subie. Hyperboles et surenchères conduisent Liliane Kandel à s’interroger sur la notion populaire de « féminicide », mais aussi sur les conséquences pratiques d’une demande d’imprescriptibilité du viol. Enfin, elle met en cause la prétendue « justice féministe » qui s’exerce par coup de force sur Internet au mépris du droit et de l’État de droit.

Au nom des dominés, la lutte de tous contre tous

Le dossier « Nouvelles censures » apporte une contribution précieuse à la compréhension d’une vague de terrorisme intellectuel qui n’est certes pas sans précédent dans l’histoire, mais qui étonne au point que se présente l’image insolite d’un « maccarthysme de gauche », venue sous la plume de François Rastier : le maccarthysme en son temps se veut au service d’un État dans le cadre d’une guerre froide qui l’oppose à l’Union soviétique, or il n’y a plus d’URSS et parmi d’autres États-nations, l’État français de welfare subit les coups de boutoir d’une démolition néolibérale. Pendant ce temps, la chasse aux sorcières fait rage sur les motifs réactionnaires de la religion et de la race en mobilisant le « genre » en porte-à-faux, sur des confusions majeures qui n’échappent pas à une féministe universaliste comme Liliane Kandel.

Si on est suffisamment informé, la supercherie prend d’autant moins que ces confusions se donnent une coloration progressiste alors qu’elles allient de fait les revendications modernes du « genre » avec les puissances réactionnaires de fond que sont la race et la religion conçue en termes archaïques (archaïsme par rapport à la révolution occidentale moderne, selon l’analyse de Marcel Gauchet). Il est temps de se réveiller, et de ne pas négliger les contingences qui font que, dans des universités d’Amérique du Nord, se sont conclues des alliances boiteuses entre genre, race et religion : le grand absent en est la classe, ce qui devrait suffire à alerter sur la bizarrerie des manœuvres. Laissons-les aux Américains, qui n’ont d’ailleurs jamais connu de mouvement de masse inspiré par le marxisme et dont les problèmes spécifiques ne relèvent peut-être pas de nos solutions. Un point commun réside pourtant dans la situation des intelligentsias, qui de part et d’autre de l’Atlantique, se paient de mots magiques sur le thème de la « performativité » des représentations : le leurre postmoderne qui repose sur un excès de confiance dans le pouvoir transformateur des mots est une illusion typique d’intellectuels qui rêvent d’agir. Aujourd’hui ils s’emportent assez dans leurs chimères pour s’autoriser à intimider par une véritable police du langage. La portée révolutionnaire de cette philosophie de campus reste modeste en Amérique du Nord compte tenu du coût des études supérieures, mais en France par exemple, les effets de cette politique sont d’ores et déjà sensibles dans les quartiers pauvres où l’endoctrinement sur des thèmes identitaires trouve d’autres canaux de diffusion et a d’autres prises. Les effets électoraux donnent aussi à réfléchir : si Mark Lilla met en évidence les responsabilités des universitaires états-uniens dans la fabrication de l’électorat de Trump   , qu’est-ce qui se fabrique en France, en toute bonne conscience, à brève échéance électorale ? « Chaque avancée de la conscience identitaire de gauche a marqué un repli da la conscience politique de gauche », écrit Mark Lilla   , « L’éducation fondée sur l’identité est, de toutes les évolutions que j’ai abordées dans cet ouvrage, la plus autodestructrice par rapport à la gauche, […] La pédagogie de gauche de notre époque, axée sur l’identité, est en réalité une force de dépolitisation »« Dès que vous présentez un problème exclusivement en termes d’appartenance identitaire, vous invitez votre adversaire à faire de même ». Mark Lilla, comparant la réception de son livre aux États-Unis et en Europe remarquait : « Mes lecteurs étrangers sont beaucoup plus conscients » de la menace que représente l’extrême droite que ne l’est la gauche américaine, « parce qu’au cours des trente dernières années ils ont vu bon nombre de leurs électeurs migrer vers des partis d’extrême droite ». Si seulement cette conscience était aussi vigilante qu’il le faut, ici…

Le premier constat à méditer dans le cas français est que censure et tentatives de censure proviennent plutôt d’une certaine extrême gauche intellectuelle – gardons-nous des généralisations qui négligeraient le cas des intellectuels les plus lucides agissant dans la tendance contraire, comme Sophie Bessis sur le fondamentalisme musulman, Manuel Boucher sur « la race » et les « radicalités identitaires », ou Nedjib Sidi Moussa sur la « confessionnalisation » et la « racialisation » de la question sociale. Certains intellectuels militants au service des nouvelles censures se sont montrés très complaisants à l’égard d’activistes haineux qu’ils trouvent toujours moyen d’excuser, comme ceux du Parti des Indigènes de la République ou bien de la Ligue de Défense Noire Africaine : leur virulence finit donc par s’imposer aussi à une certaine gauche prétendument modérée, hystérisée dans la conviction d’appartenir au camp du « Bien ». Il faut pourtant désapprendre à penser dans ces termes, comme y invite l’ensemble de l’œuvre de Pierre-André Taguieff, particulièrement L’émancipation promisequi demande de revenir aux « évaluations fondées », ne pouvant procéder que d’un « jugement circonstancié » sur « tel ou tel changement », débarrassé des idéologies de l’émancipation vouées au manichéisme . Et là encore, les clivages se multipliant au sein de nombreux courants politiques, il faut éviter les généralisations hâtives sur ce que serait « la gauche ».

L’efficacité indéniable des identitarismes décoloniaux doit être expliquée puisqu’ils parviennent à manipuler les ressorts exécrables de la « race » et de la religion vécue comme mode de structuration « hétéronome » des communautés humaines. L’explication multifactorielle doit faire une place essentielle aux inégalités sociales, qui explosent précisément au moment où les mobilisations classistes sont affaiblies ; mais on doit également tenir compte de la bonne réception, « à gauche », d’un discours extrémiste qui parvient à jouer sur la bonne conscience : ce discours joue sur un moralisme facile très répandu « à gauche » pour vous dispenser à bon compte de comprendre une situation politique, thème qui mériterait lui aussi d’être exploré à fond. Le terme « décolonialisme » présuppose que la décolonisation reste à faire, ce qui permet d’occulter la réalité des divers accès à l’indépendance dans les pays décolonisés, tout en inventant un combat de diversion dans les banlieues d’immigration. Le dossier des « Nouvelles censures » décrypte les leurres du décolonialisme et se concentre sur l’urgence concernant des phénomènes plus graves, en ce sens qu’ils jouent sur la peur des acteurs sociaux : laisser faire ce terrorisme intellectuel, c’est platement céder à la peur, et le problème, une fois qu’on l’a compris, est de faire en sorte que les institutions académiques tiennent leur rang, au lieu de se rendre complices par une trop prudente passivité. L’ensemble des articles publiés dans ce dossier est peut-être un signe qu’une résistance collective commence à s’organiser.

Les phénomènes de censure ou les luttes « identitaires » inavouées appartiennent au grand courant des luttes identitaires qui remplacent ou s’efforcent de remplacer les luttes de classe. Ce n’est pas dire qu’il faille en entretenir la nostalgie comme s’il n’y avait rien à critiquer dans une mobilisation classiste, mais il est de fait que les luttes identitaires de notre temps ne mobilisent manifestement qu’avec des effets désastreux, dans l’impossibilité logique où elles se trouvent de généraliser une lutte d’identité particulière : chacune se construit sur l’exclusion des autres, d’où le développement logique vers des luttes de tous contre tous, et notamment des concurrences victimaires, mais aussi une extension indéfinie des identités demandant à être protégées. À cela s’ajoutent les déplacements consternants que nous constatons dans les luttes sociales vers le domaine du chimérique : c’est le domaine des revendications infinies du client-roi qui se voudrait unique. Comment éviter un tel déplacement sans veiller à ce que la prétendue défense des « dominés » et l’invocation vague de « l’émancipation » ne servent de prétexte à intimider plutôt qu’à débattre ?

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

 

 

 

 

L’éminent historien, figure de la gauche israélienne pacifiste et spécialiste du fascisme aux thèses parfois controversées, est mort dimanche à Jérusalem, à l’âge de 85 ans.

Zeev Sternhell en 2015, à Jérusalem.

Écrit par Guillaume Gendron

Historien renommé et soldat respecté, «archisioniste» autoproclamé et pacifiste infatigable, patriote inquiet et ardent défenseur des Lumières : Zeev Sternhell, qui s’est éteint dimanche à Jérusalem à 85 ans, était tout ça. Couvert d’honneurs mais controversé, sans jamais se renier ou se contredire. Le plus français des historiens israéliens, phare de la gauche intellectuelle dans son pays, toujours en tête de cortège des pétitions anticolonisation et dans la ligne de mire des fanatiques messianistes, a tracé une vie et une œuvre rectilignes, bien que ballottées par les aléas d’un XXe siècle tragique, dont il tentera, toute sa vie, de définir le génotype d’une maladie chronique appelée fascisme.

«Tragédie» de l’Israël moderne

Un destin juif, de la Shoah à ce qu’il nommait la «tragédie» de l’Israël moderne, en passant par la France, avec qui il eut une relation compliquée, entre fétichisation de sa laïcité et conviction que le pays des droits de l’homme fut aussi le premier laboratoire du fascisme. Et qui s’achève, comme un symbole, à l’aube de l’annexion partielle de la Cisjordanie, lui qui voyait la colonisation des Territoires palestiniens comme un «cancer» terminal pour l’État hébreu.

Sternhell naît dans une famille de marchands juifs de Galicie polonaise. La petite enfance est bourgeoise et assimilée : à la maison, on ne parle pas un mot de yiddish. Il a 6 ans quand la guerre éclate. Son père endosse l’uniforme polonais et part combattre l’Armée rouge. Peu après la défaite, il meurt d’épuisement parmi les siens. L’enfant voit ensuite défiler sous ses fenêtres les longs convois de Russes aux mines effrayées sous le joug des Allemands tout-puissants. Tout s’accélère alors. Il est enfermé dans le ghetto avec sa mère et sa sœur, qui mourront en déportation.

Réchappant aux liquidateurs nazis, il gagne Lviv avec un «oncle débrouillard», sous la protection d’un officier polonais et réfugié parmi une famille d’ouvriers, fervents catholiques. «Nous avons survécu à la guerre grâce à des papiers aryens, deux familles de Justes, pas mal de chance et plus qu’un peu d’argent», résumera-t-il.

Dans l’immédiat après-guerre, il est «baptisé à l’eau bénite et tout le tintouin» et se retrouve même enfant de chœur à la cathédrale de Cracovie. Une courte conversion, sincère et enfantine, pas seulement un camouflage dans une Pologne toujours antisémite, qui s’évapore aussitôt à son arrivée en France, en 1946, à la faveur d’un regroupement familial. À Avignon, chez un autre oncle, il apprend rapidement le français et se fond dans le moule «méritocratique et laïque» qu’il vantera, parfois avec un certain aveuglement, toute sa vie. Néanmoins, le garçonnet à la maturité exacerbée sent qu’il ne sera jamais «authentiquement français» et vit la création d’Israël en 1948 comme un «miracle» «Soudain, il y avait un passeport, un uniforme, un drapeau. La création de l’État, c’était comme la création du monde pour moi.»

«Je n’ai jamais voulu vivre comme un colon»

Il débarque en Israël à 16 ans, en 1951, passe par la case kibboutz mais délaisse vite les travaux manuels pour les études, financées par un héritage providentiel. Dans l’uniforme kaki de la rugueuse brigade Golani, il prendra part en tant qu’officier puis réserviste à quatre guerres – celles de Suez, des Six Jours, de Kippour et enfin lors de la première invasion du Liban.

En parallèle, il participe à la fondation, en 1978, du mouvement Shalom Akhshav («La Paix maintenant»), qui réclame la fin de l’occupation de la Cisjordanie et Gaza, ainsi que la création d’un État palestinien. Seule solution, comme le martèlera Sternell toute sa vie, pour une paix durable et la survie d’un Israël juif et démocratique. Dans Haaretz, où il publia des kilomètres de tribunes, ce sioniste athée s’expliquait ainsi : «Je ne suis pas venu en Israël pour vivre en minorité. Il y avait des pays plus sûrs et plaisants pour ça. Mais pour autant, je n’ai jamais voulu vivre comme un colon.»

Au fil des ans, ses diagnostics sur la bascule d’Israël toujours plus à droite lui inspireront des sentences de Cassandre désespérées et polémiques, voyant dans la normalisation de l’idéologie anti-Arabes et le vote de la loi «Etat-nation» par le gouvernement Nétanyahou en 2018 les germes «non pas d’un simple fascisme local, mais d’un racisme proche du nazisme à ses débuts». Dix ans plus tôt, le professeur émérite de l’université hébraïque de Jérusalem avait été légèrement blessé par une bombe artisanale placée devant son domicile par un colon fanatique.

Violents affrontements intellectuels

Le milieu universitaire était aussi un terrain miné pour Sternhell, qui, bien que couronné par le prix Israël en 2008 et courtisé par les universités anglo-saxonnes les plus prestigieuses, était toujours à deux doigts de l’excommunication. Ses thèses sur le fascisme français ou le socialisme israélien provoquèrent de violents affrontements intellectuels, pas toujours éteints. Réfutant le concept des trois droites de René Rémond, Sternhell voyait en Barrès, Boulanger et Maurras des proto-fascistes, et dans le régime de Vichy une sorte de continuum de la droite nationaliste française «anti-Lumières», et non un accident de l’histoire. Suffisant pour causer l’ire des pontes du sujet, comme Michel Winock à Paris ou Simy Epstein à Jérusalem.

Quant aux travaillistes israéliens, Sternhell assurait que leur pseudo-socialisme était plus un outil de contrôle de la population pour faciliter la conquête de la Palestine et l’édification de l’État qu’une idéologie sincèrement rouge.

Avec sa disparition, Israël devra faire sans les piqûres de rappel de celui qui aimait à répéter qu’«aucune société n’est génétiquement immunisée contre le phénomène dont l’Europe a été victime».

[Photo : Thomas Coex/AFP – source : http://www.liberation.fr]

Sternhell, especialista de fama mundial en la investigación del fascismo, escribió para el periódico Haaretz a lo largo de casi 50 años y nos previno acerca del deterioro de la democracia israelí. 

Escrito por Ofer Aderet – traducido por Margalit Mendelson 

El profesor Zeev Sternhell, uno de los más importantes investigadores del pensamiento político, murió a los 85 años por complicaciones de una cirugía. Miembro de la Academia Americana de Ciencias y uno de los intelectuales prominentes de la izquierda israelí, Sternhell escribió a lo largo de varias décadas artículos para Haaretz criticando agudamente a la derecha israelí y mundial, y advirtiendo acerca del deterioro de la democracia israelí. Dejó a su esposa Ziva, catedrática en Arquitectura, y dos hijas, Tali y Yael, doctorada en Historia, y nietos. 

Así como su carrera académica, también la biografía personal de Sternhell fue tormentosa. Nació en 1935 en Przemyśl (Pshemishl), Polonia, y cuando tenía cuatro años, estalló la Segunda Guerra Mundial. Su padre, que luchaba en el Ejército polaco, murió un año después, y entonces los nazis asesinaron a su madre y a su hermana. Zeev huyó con su tío y su tía del gueto de Pshemishl a Lvov, donde se ocultó haciéndose pasar por católico con la ayuda de un oficial polaco. “Había crecido en un mundo muy ordenado, muy protegido, el mundo de una familia burguesa europea,” contaba en una entrevista que le hiciera Ari Shavit en 2008, “y de pronto, a los cinco años, ese mundo se derrumbó”. 

Después de la guerra, Sternhell fue bautizado en el cristianismo. “Polonia estaba infectada de antisemitismo, y en cierto sentido lo peor fue precisamente después de la guerra”, dijo. “No había dudas de que los judíos no tenían futuro en Polonia. Después de todo lo que habíamos visto, quedaba claro que había que terminar con eso, cambiar totalmente de identidad”. Según él, “todo empezó como un juego, pero lentamente dejó de ser un juego. Empezó a gustarme. Siendo niño en medio de una guerra horrorosa y cuando todo alrededor daba mucho miedo, tu padre muerto y tu madre desaparecida, fácilmente te dejas llevar por la fe religiosa con la esperanza que de allí provendría tu salvación”. 

 En 1946, Sternhell fue trasladado por un tren de la Cruz Roja a Francia, y allí abandonó su identidad católica. “Borré todo lo pasado en Polonia”, contó. “Francia me brindó un hondo reconocimiento a la libertad, a los derechos humanos y al laicismo. Sin embargo, nunca me sentí francés, sabía que Francia no era mi hogar. Yo, en tanto judío, era de otro lugar”. 

A los trece se enteró del surgimiento del Estado de Israel y en 1951 llegó solo a Israel. “El surgimiento del Estado fue como la creación del mundo para mí”, dijo. “En toda mi vida no hubo un acontecimiento más emocionante que ese. Me llevó a una especie de elevación. El hecho de que el Ejército de los judíos luchara y venciera, y la fundación del Estado, sobrepasaba para mí todo lo que hubiera podido imaginar. No soy solo sionista, soy supersionista. Para mí, el sionismo fue y sigue siendo el derecho de los judíos a decidir su destino y su futuro”. 

En la Guerra del Sinaí, en 1956, Sternhell, oficial de Golani, comandó un pelotón; en la de los Seis Días luchó en la “División de acero” comandada por Israel Tal y en la de Yom Kipur, cuando volvió de Oxford para integrar las filas de su Ejército, dirigió las operaciones de una brigada de tanques. Participó también en la primera guerra del Líbano. En el último artículo que publicó en Haaretz citó a “Talik” Tal después de la Guerra de Yom Kipur: “Ahora podemos declarar el reconocimiento de la Entidad Nacional Palestina. Esto puede ser el principio de un proceso de paz y de nuestra integración a la región. Pero no tuvimos un gran estadista que hiciera los movimientos políticos destinados a evitar la guerra, y no tenemos un estadista de esa envergadura que tome ahora la iniciativa política para lograr la paz y la integración a la región”. Sternhell terminó su artículo diciendo: “Parece que lo hubiera dicho hoy. Valdría la pena que los dos comandantes en jefe que se integran hoy al gobierno, y el que queda en la oposición, además del que aún viste el uniforme, lo piensen bien”. 

La carrera académica de Sternhell empezó y terminó en la Universidad Hebrea de Jerusalén, y alcanzó la cima convirtiéndose en un especialista de renombre mundial en la investigación del fascismo. Sus libros “La derecha revolucionaria”, “Ni derecha ni izquierda” y “El nacimiento de la ideología fascista”, que despertaron ardorosas polémicas, cambiaron la concepción de la investigación del fascismo y las acepciones tradicionales de derecha e izquierda, y acuñaron nuevos conceptos básicos en el área del estudio de las ideologías antiliberales y antidemocráticas. 

En sus investigaciones, Sternhell presentó al fascismo como un fenómeno con honda raigambre, una ideología formulada sistemáticamente que responde a cambios sociales y de ideas que se dieron en una Europa inmersa en la búsqueda de respuestas a interrogantes que ni el liberalismo capitalista ni el socialismo revolucionario supieron darles. Sternhell asoció su vocación con sus vivencias infantiles: “Es muy probable que aquella vivencia subyace a mi trabajo académico e intelectual. Era importante para mí comprender cómo el orden liberal y democrático sucumbió con tal rapidez en la Europa satisfecha y cultivada”. 

En los ‘90, Sternhell se volcó al estudio de otro tema controvertido. En su libro “¿Construcción de la nación o justicia social?” planteó que el objetivo principal del laborismo en Israel fue la conquista de la tierra y no el imponer una ideología socialista. “Siempre oí hablar y leí acerca del socialismo israelí, pero cuando llegué aquí no lo vi en concreto fuera del marco del kibutz”, dijo. “El movimiento laborista no tenía una concepción conducente al cambio social; el objetivo nacional fue alcanzado, y de forma magistral. Pero en el área social no se plantearon objetivos de gran escala, y tampoco se lograron”. En otro libro suyo, “La antiilustración”, Sternhell describió la historia intelectual de Europa como una lucha entre dos tipos de modernidad. Según él, “En contraposición a la modernidad racionalista, que alienta valores universales, está la modernidad basada en la relatividad de los valores y en la negación del legado de la Ilustración”. 

Tras el vuelco político del ‘77, Sternhell intentó incurrir en la política y se asoció al “Círculo 77”, un grupo de intelectuales decidido a reconstruir al laborismo. “Pensábamos devolver todo y ponerle fin al conflicto en base a las líneas del ‘67”, dijo. Rápidamente comprendimos que era imposible hablar con Itzjak Rabin, con Shimon Peres o con Mota Gur de devolver territorios”. 

 En el 2008, Sternhell recibió el Premio Israel en el área de la investigación de las ciencias políticas. “Sternhell es uno de los pensadores más emblemáticos del país y del mundo en el campo del pensamiento político y el estudio de las ideologías”, dictaminó el concejo consultivo del premio. “A lo largo de su trayectoria investigó la dimensión intelectual de movimientos políticos y sociales que plasmaron el mundo moderno, y sobre todo se abocó a los fenómenos que sacudieron las bases del liberalismo democrático: el fascismo, el nacionalismo radical y la lucha contra la Ilustración”. 

Paralelamente a su labor académica, Sternhell manifestó posiciones taxativas contra la conquista y contra la extrema derecha desde todas las plataformas posibles, principalmente el diario Haaretz, donde publicó a lo largo de casi 50 años. “La función de todo intelectual que pretende servir a su sociedad más allá de su aporte científico es criticar al gobierno y señalar las fallas sociales”, explicó. 

Por años nos advirtió Sternhell contra el deterioro de la democracia israelí. “No hay ninguna sociedad inmune genéticamente a los fenómenos que victimizaron a Europa”, dijo. “Esa es la histórica enseñanza básica para nuestra generación”. En 2014, después del operativo Margen Protector (Tsuk Eitán), dijo en una entrevista a Haaretz que “la democracia en Israel se ha ido desgastando hasta alcanzar un nuevo punto de debacle con la guerra”. Cuando le preguntaron acerca de la caracterización de Israel como democracia, respondió: “Una buena parte de nosotros ya no cree en eso. Pero aun los que sí creen o aparentan creer no podrán (seguir haciéndolo en el futuro)”. A los asentamientos los definió como un cáncer, y en 1988 escribió que “solo quien esté dispuesto a subir a Ofra [NdR: uno de los asentamientos más populosos y beligerantes] con tanques podrá frenar la correntada fascista que amenaza ahogar a la democracia israelí”.  Pocos meses después de haber sido galardonado con el Premio Israel, sufrió un atentado en su casa de Jerusalén, con una bomba casera que le causó heridas leves. El terrorista judío Jack Title, autor del atentado, explicó que su intención era ocasionarle un daño al “Profesor izquierdista”. Sternhell respondió que “ese hecho demuestra la fragilidad de la democracia israelí”. 

En el reportaje a Haaretz de ese año, Sternhell se pronunció claramente: “No vine a Israel para vivir en un país binacional, pero tampoco vine para ser la autoridad colonialista. A mi modo de ver, el sentimiento nacional que no es universal, el nacionalismo que no respeta los derechos nacionales de los demás, es un nacionalismo peligroso. Creo que el tiempo urge. Lo que me preocupa es que la buena vida aquí lleva a la gente a vivir en una falsa ilusión. Esto no puede durar otros cien años. No estoy seguro de que dure ni diez. Para mí es realmente el fin del mundo. Quisiera saber que cuando me toque retirarme, mis hijas y mis nietas podrán seguir viviendo aquí una vida de normalidad. Pero hoy, el futuro de mis hijas y mis nietas no me parece seguro. Eso realmente me persigue: que lo que existe hoy, se desintegre mañana”.

[Publicada en el diario Haaretz – reproducido en http://www.nuevasion.com.ar]

Publicado por Adrián Feijoo Sánchez

A República de Checoeslovaquia foi un dos países que naceron coa desintegración da monarquía austrohúngara tralo final da Gran Guerra (1914-1918). A súa concepción retrotráese ata antes do conflito europeo, coas negociacións entre checos e eslovacos, interesados os segundos na idea dun Estado binacional, coa autonomía garantida nos planos administrativo e político. O paso definitivo para a unión foi o Pacto de Pittsburgh de maio de 1918, onde quedaban ratificadas a autonomía xudicial e parlamentaria para Eslovaquia e o recoñecemento da súa lingua. En outubro, o Consello Nacional Eslovaco rompe con Hungría e confirma a unión checoeslovaca1.

Pero o novo Estado (que a diplomacia postbélica posibilitou) nacera marcado coas profundas diferenzas entre territorios: por un lado Eslovaquia, cunha economía de predominio rural e máis atrasada ca a do seu veciño, e unha sociedade maioritariamente católica e xerarquizada; polo outro, a industrializada2, laica e urbana sociedade checa, con importancia do luteranismo e incluso do ateísmo3.

A cuestión relixiosa foi especialmente candente, sobre todo na parte eslovaca, onde había unha tradición de cregos que actuaban coma líderes intelectuais e activistas do movemento nacionalista. Eles esperaban aumentar a súa influencia e mellorar as súas condicións materiais coa unión, pero en cambio atopáronse cos intentos de modernización e laicización: separación de Igrexa e Estado, ideas de igualdade, liberdade de conciencia ou a emancipación da muller4.

Estas diferenzas sociais e económicas traducíronse en diferenzas de corte político. Na rexión checa a tradición democrática das correntes burguesa e campesiña era moi forte, que consolidou un réxime pluralista e parlamentario estable; no contexto urbano e industrial, de suma importancia, as clases medias apoiaban ás diferentes variantes do liberalismo, e os traballadores ó socialismo5.  Da man de políticos coma Tomáš Masaryk, fomentouse ademais o entendemento de partidos moderados, evitando o éxito de forzas nacionalistas ou extremistas6.

O crego Andrej Hinka. Fonte: Wikimediacommons

Ese contexto explica a debilidade das correntes fascistas nas rexións checas, as cales cristalizaran en tres partidos: a Comunidade Nacional Fascista ou NOF, fundada en 1926, inspirada no fascismo italiano; o Campo Nacionalsocialista Checo ou Vlakja, xurdido na década dos trintas7; e en 1934, Unificación Nacional (Narodní sjednocení), unha unión de pequenos grupos fascistas8. Ningún dos tres obtivo unha gran relevancia electoral nin social.

Pero a situación era diferente en Eslovaquia, onde en 1918 fundouse o Partido Popular Cristián-Eslovaco, a posteriori renomeado coma Partido Popular Eslovaco de Hlinka (Hlinkovà Slovenská Ludova Strana, ou Ludakis), baixo a dirección do párroco Andrej Hlinka. Era un partido orixinalmente conservador e moderado, católico, populista e nacionalista, pero con claras tendencias cara ó autoritarismo e o corporativismo9. Non se pode dicir que fose unha agrupación estritamente fascista, polo menos ata 1938, onde a influenza alemá fomentaría un proceso de “fascistización” parecido ó de outras forzas en países ocupados polos nazis10.

Nas súas propostas presentábanse a defensa exacerbada da relixión e educación católicas, e a intención de esixir os órganos administrativos propios prometidos polo Pacto de Pittsburgh; nos sectores máis radicais reclamábase unha estrutura de tipo federal, ou directamente a independencia. A súa doutrina social inspirábase nas encíclicas papais, abominando o socialismo e o comunismo pero prometendo terras ós campesiños, maiores ingresos ós traballadores e emprego ós parados. Ó mesmo tempo, pretendían expandir o poder das elites eslovacas e do clero, e restrinxir as ideas de liberalismo e modernización procedentes das rexións checas11.

Os ludaki desconfiaban dos checos, xa que non os consideraban católicos “puros”, polo escaso tacto do goberno de Praga coas tradicións católicas eslovacas12, pola dependencia do mesmo nos luteranos, e tamén pola chegada de funcionarios checos ó país para cubrir postos que non podían ocupar os eslovacos, pola falta de traballadores cualificados13. Había tamén fortes tendencias antisemitas no partido14, que terán consecuencias espantosas coa futura instauración do Estado independente. Pero aínda queda para iso. Terán que chegar ó poder.

Bibliografía

-R. C. BIJMAN: Clerical Fascism? A Controversial Concept and its Use. Tesis de máster. Utrecht, Universiteit Utrecht, 2009.

-Jerzy W. BOREJSZA: La escalada del odio. Movimientos y sistemas autoritarios y fascistas en Europa, 1919-1945. Madrid, Siglo Veintiuno de España Editores, 2002..

-Xosé Manoel NÚÑEZ SEIXAS: Movimientos nacionalistas en Europa. Siglo XX. Madrid, Editorial Síntesis, 2004.

-Stanley G. PAYNE: El fascismo. Madrid, Alianza Editorial, 2014.

Notas ao pé

  1. Xosé Manoel NÚÑEZ SEIXAS: Movimientos nacionalistas en Europa. Siglo XX. Madrid, Editorial Síntesis, 2004, p. 146. []
  2. Ata o 75% da industria na antiga Austria-Hungría. []
  3. Jerzy W. BOREJSZA: La escalada del odio. Movimientos y sistemas autoritarios y fascistas en Europa, 1919-1945. Madrid, Siglo Veintiuno de España Editores, 2002, pp. 200-201. []
  4. R. C. BIJMAN: Clerical Fascism? A Controversial Concept and its Use. Tesis de máster. Utrecht, Universiteit Utrecht, 2009, p. 73. []
  5. Stanley G. PAYNE: El fascismo. Madrid, Alianza Editorial, 2014, p. 157. []
  6. Jerzy W. BOREJSZA: La escalada…, p. 200. []
  7. Stanley G. PAYNE: El fascismo, p. 157. []
  8. Jerzy W. BOREJSZA: La escalada…, p. 201. []
  9. Stanley G. PAYNE: El fascismo, p. 158. []
  10. Íbid., pp. 172-173. []
  11. Jerzy W. BOREJSZA: La escalada…, pp. 202-203. []
  12. Xosé Manoel NÚÑEZ SEIXAS: Movimientos nacionalistas…, p. 146. []
  13. R. C. BIJMAN: Clerical Fascism? A Controversial…, p. 146. []
  14. Jerzy W. BOREJSZA: La escalada…, p. 202. []

[A foto de portada amosa o Tratado de Trianon (1918) e a disolución de Austria-Hungría. Fonte: Wikimediacommons – fonte: http://www.mazarelos.gal]

Gueule
Royale Georgette
Instagram (@royalegeorgette)

Écrit par Jean-Noël Cuenod

Le coronavirus n’a pas fini de bouleverser nos us et coutumes. Alors que nous déambulions visages nus, sans y penser, voilà que nous avons le masque. Non pas que nous fassions toutes et tous la gueule. Mais Sa Majesté Covid XIX a décidé que nous devions nous masquer à sa vue. Question de respect pour sa couronne virale.

Comme d’habitude, les pays d’Europe ont fait masques à part. Un groupe germano-latin, tout d’abord, aux injonctions plus directives : en France, Italie, Espagne, Autriche et Allemagne, le port du masque est obligatoire dans les transports en commun ; outre-Rhin et en Autriche, il l’est aussi dans les commerces alors que dans l’Hexagone, il est recommandé dans les lieux publics.

Masque « germano-latins » et « celto-nordiques » !

À l’opposé, on constate l’émergence d’un groupe celto-nordique, nettement plus libéral : la Suède, la Norvège, le Danemark et la Finlande laissent leurs citoyens agir comme ils l’entendent ; les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l’Irlande n’ont pas donné de consignes strictes pour l’instant.
La Suisse adopte plutôt la pratique celto-nordique, avec une forte incitation, sans contrainte, au respect de mesures de sécurité. L’Office fédéral de la santé publique n’impose pas mais préconise le port du masque notamment dans les transports en commun et si la distance de sécurité (1) entre chaque quidam ne peut être assurée.
Toutefois, toutes ces mesures ne sont pas gravées dans le marbre mais esquissées sur le sable dont Covid XIX peut effacer les marques d’un pied méprisant afin de pousser les États en question à prendre d’autres mesures, dans le sens restrictif ou permissif. À en croire le site Swissinfo dans un article récent, les Suisses se montrent d’ailleurs fort réticents à se masquer.

Les ambiguïtés des masques

En France, la nudité du visage est devenue depuis plusieurs années un statut défendu ou combattu pour différentes raisons, notamment politiques et religieuses. L’interdiction du voile intégral dès 2011 n’a pas manqué d’être mise en parallèle ­– de fallacieuse manière selon Le Plouc (2) – avec le port obligatoire du masque dans les transports publics. Ainsi, Kenneth Roth, le président de l’ONG Human Rights Watch, a-t-il lancé sur Twitter : L’islamophobie peut-elle être plus évidente ? Le gouvernement français recommande les masques mais interdit encore la burqa (voir ci-dessous). Il renvoyait son touitte vers l’article d’un journaliste du Washington Post, James Mc Aulay, les libéraux américains n’ayant jamais compris la laïcité telle qu’elle est pratiquée en France.
Le procureur général américain Kenneth Roth est un juriste hautement estimable qui s’est notamment battu farouchement contre la fabrication et l’emploi des mines antipersonnel. Mais là, il se fourre le doigt dans le niqab car les deux masques ne sauraient être comparés : l’un ne s’impose qu’aux femmes afin de les maintenir en état de soumission, l’autre est exigé de tous les usagers des transports publics sans discrimination et dans l’unique but de contribuer à diminuer les risques de propagation coronavirale. L’un est édicté « pour toujours » ; l’autre n’est qu’une mesure de sauvegarde temporaire.
Lors de sa prise de position publique contre le voile intégral, la philosophe Elisabeth Badinter avait illustré l’importance de la nudité du visage dans la société française en s’adressant ainsi aux islamistes et autres salafistes : Sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation, et jusqu’à la connivence d’un sourire ? 

Masques « jaunes »

Dans un tout autre contexte, la question du masque et de la nudité faciale s’est reposée plus récemment, à l’occasion des manifs « Gilets Jaunes ». Depuis le 10 avril 2019, le Code pénal français (article 431-9-1) prévoit cette disposition :
Est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende le fait pour une personne, au sein ou aux abords immédiats d’une manifestation sur la voie publique, au cours ou à l’issue de laquelle des troubles à l’ordre public sont commis ou risquent d’être commis, de dissimuler volontairement tout ou partie de son visage sans motif légitime.
Dans ce cas-là, le fait d’être masqué est donc sévèrement réprimé par ce nouvel article qui fait partie du dispositif « anticasseur » concocté par le ministre de l’Intérieur Castaner. « Si tu veux manifester contre moi, tu dois le faire à visage découvert afin que je puisse te reconnaître et te réprimer si tu en viens à dépasser mes bornes », tel est donc le message délivré par l’État en l’occurrence.
Bien entendu, les trois cas – voile intégral, masque anticovid, masque de manif – ne sauraient en aucun cas être confondus. Toutefois, ils démontrent à quel point la présentation publique du visage est devenu un objet politique et qui plus est, d’un maniement délicat pour une démocratie.
Appliquera-t-on l’article 431-9-1 si « une personne aux abords immédiats d’une manifestation » a dissimulé son visage sous un masque chirurgical ? Une salafiste sera-t-elle réprimée si elle combine voile simple et masque médical, comme cela avait déjà été dénoncé en 2013 par le syndicat de policiers Alliance dans un article de L’Express ?

Montrer son visage est perçu comme un acte de civilité essentiel dans nos contrées. Les mimiques, les mouvements des lèvres, les petits signes discrets, les froncements de sourcils, les multiples façons de sourire, constituent une partie essentielle du langage corporel et donc du langage tout court.
Nous allons en être privés, ce qui risque d’appauvrir encore plus la communication sociale et devenir un facteur de violence parmi d’autres. Le visage nu n’est pas seulement un objet de séduction, c’est surtout une façon démocratique, civique et respectueuse d’être au monde.

(1) En Suisse, elle est fixée à deux mètres
(2) Le Plouc

[Source : http://www.agora-francophone.org]

« Je suis un homme tout à fait ordinaire, un simple passant de l’existence, un observateur, un témoin » écrit Marc Lumbroso dans son livre Itinéraire d’un Juif français ordinaire.

Écrit par Maya Nahum

Ordinaire ? Sans doute. Et c’est peut-être cela qui fait l’intérêt de ce livre : l’histoire d’un homme ordinaire du siècle dernier, devenu un témoin inquiet de la France du XXIe siècle, empêtrée dans des communautaristes étouffants, ces « identités meurtrières » que déplorait Amin Maalouf il y a déjà 20 ans.

Car ce sont ses propres identités multiples, ouvertes et joyeuses dont traite essentiellement Marc Lumbroso et du temps où il était facile d’être un homme, un Français, un juif, sans peur et sans reproches.

C’est fini. « Les juifs français, comme moi, ne sont pas seulement tristes ; ils sont inquiets pour eux-mêmes et pour la France ».

On n’est pourtant pas dans le 9-3 mais dans le XVIe arrondissement de Paris où vit Marc Lumbroso et dont il est maire adjoint. Chef d’entreprise et ancien président du B’nai B’rith France, si lui a peur, il y a de quoi s’alarmer. D’autant qu’il est « Homme de modération et de nuances » comme l’écrit son maire, Claude Goasguen dans la préface du livre.

Marc Lumbroso est né à Tunis en 1943. La Tunisie est alors sous protectorat français. Musulmans, Maltais, Siciliens, Sardes, Français – dont beaucoup de Corses -, Juifs y vivent côte à côte.

La communauté juive est double, d’une part les Touansas, dont la présence, antérieure à la conquête arabe, remonte aux Phéniciens, d’autre part les Granas, les juifs chassés d’Espagne et du Portugal en 1492 et qui se réfugièrent en Italie (Le mot Grana vient de la déformation de Livourne, Ligourna, donnant Grana).

Cette distinction entre Touansas et Granas était profonde. Les premiers considérant les autres comme des presque goys, les seconds regardant de haut les Touansas, trop orientaux et pas assez occidentaux pour eux.

C’était il y a fort longtemps bien sûr ! Mais cet antagonisme a donné lieu à des récits et blagues qui se racontent encore dans les familles. Les Lumbroso sont Grana de Livourne justement. Ils sont viscéralement attachés à la France. Sans doute parlent-ils italien ? Le jeune Marc fréquente un collège jésuite qui fut son « apprentissage de l’universalité… » et où il ne s’est jamais senti autant Français, écrit-il, c’est là qu’il approche le monde chrétien.

Il rencontre l’Hachomer Hatzaïr, la Jeune garde, un mouvement scout juif dont le but est d’envoyer les enfants vivre en Terre Sainte. Il ne fera pas son alya mais devient sioniste à tout jamais.

Il perd sa mère très jeune et rêve de France où il part après le bac pour faire ses études. Il y rencontre une jeune polonaise, juive, qui deviendra sa femme et la mère de ses enfants.

Marc Lumbroso vit Mai 68 comme étudiant, en couple avec Annette. Politiquement il se sent plutôt « centre droit », très opposé aux valeurs de droite. Un humaniste pour le progrès social, mais aux antipodes de la pensée marxiste. Modéré et nuancé.

1969 : Seize mois de service militaire. Il est vite affecté au TGPE (Tableau général des propriétés de l’État). Il n’y connaît rien mais se voit chargé de la mise à jour des ouvrages appartenant à l’armée de terre. L’expérience de l’armée le rend « plus républicain et patriote que jamais, fier d’être Français, et soulagé d’avoir été reconnu comme tel en dépit de [s]es différences de juif d’Afrique du Nord », écrit-il. Ses identités se portent bien.

Marc Lumbroso va trouver chez les francs-maçons du Grand Orient de France un écho à ses valeurs : « un chemin initiatique sur fonds de solidarité et de fraternité… mais chez les êtres humains le sentiment de fraternité n’est pas naturel ». Lucide, il cite Caïn. « Je ne suis pas le gardien de mon frère ».

Marc Lumbroso finira par choisir le B’nai Brith, « les Fils de l’Alliance », association juive équivalente des francs-maçons et il en deviendra le président.

À la Mairie du XVIe, il s’occupe du logement, avec compassion et rigueur. Il veut aider les gens en détresse. Pendant son mandat, il rencontre huit à dix mille personnes en demande de logement. Et en tant que maire adjoint, il marie. Même des personnes du même sexe ou une transsexuelle. Pour lui ce n’est pas plus insolite qu’un vieillard qui épouse une jeunette, comme ces couples de circonstance pour obtenir la nationalité française… Marc Lumbroso ne juge pas. La pluralité des identités. Sa crainte vient d’ailleurs, de « l’identité obsessionnelle ». De ces islamistes qui hurlent leur haine antisémite, mais aussi de l’extrême droite qui reprend du pouvoir, ou des « gilets jaunes » qu’il considère comme un soulèvement identitaire des plus démunis.

Ces extrémistes de tous bords sont un danger pour les juifs de France, qui voient ressurgir les vieux clichés : le juif riche, le juif partout, le juif tueur d’enfants (palestiniens bien sûr). Quelques pages du livre parlent de Dieu et de Spinoza, dont il se sent proche, retracent l’histoire de la Palestine et de la création de l’État d’Israël, d’autres pages parlent de laïcité, qu’il défend bec et ongles, Marc Lumbroso est cultivé. Il se dit agnostique.

Il faut lire l’Itinéraire d’un Juif français ordinaire comme on se balade en forêt, on peut revenir sur ses pas, s’attarder sur une page comme sur un arbre, repartir vers une autre clairière. Tout ici est nuances et modération, ce qui calme en ces temps de certitudes folles.

Itinéraire d’un Juif français ordinaire

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