Archives des articles tagués Langues régionales

Les habitants du Pays basque sont fiers d’être Basques, et surtout de leur langue. Cette dernière est unique au monde.

https://www.tf1.fr/tf1/jt-13h/videos/la-langue-basque-fierte-de-toute-une-region-98342827.html

Sur le marché de Saint-Jean-de-Luz (Pyrénées-Atlantiques), ne vous affolez pas si vous ne comprenez pas tout. Parler basque, c’est d’abord être Basque. Et sachez que ce n’est pas la langue la plus facile. « Nous sommes fiers de notre terroir, de notre patrimoine et donc de notre langue transmise à travers des générations » ; « Presque toute ma famille parle basque, c’est normal » ; « On tient à notre culture, notre histoire et notre langue. Ça me parait tout à fait normal que le basque soit parlé dans tous les aspects de la vie courante ».

Près d’un quart de la population parle basque, et plus encore, le chante. Des sonorités prenantes, des voix puissantes qui disent la fierté d’être basque. « Quand on chante en langue basque, il y a des vibrations que parfois, on ne peut pas voir dans d’autres langues », confie un chanteur chœur du club Pottoroak. Mais le basque est aussi l’affaire des plus jeunes. Dans ce collège, les élèves suivent leurs cours en basque pour, un jour, le transmettre à leur tour.

[Source : http://www.lci.fr]

L’écriture curieuse de certains mots se justifie souvent par leur origine. Mais cet argument vaut surtout pour les termes d’origines grecque et latine. Et encore, pas toujours…
Écrit par Michel Feltin-Palas
Personnellement, j’adore l’étymologie, cette branche de la linguistique qui explique en grande partie l’orthographe de notre lexique. Pourquoi, par exemple, le Panthéon s’écrit-il avec un h ? Parce qu’il vient du grec theios « qui concerne les dieux ». Pourquoi un k à « kinésithérapeute » ? Parce qu’il est le lointain descendant de kinêsis, qui signifie « mouvement ». Pourquoi un p à sept ? Parce qu’il s’agit d’une évolution du latin septem, de même que vingt prend un et un t en souvenir du latin viginti. Et je pourrais continuer ainsi longtemps.
Hélas, comme souvent en français, cette pseudo-règle n’en est pas tout à fait une. Et ce pour au moins deux raisons.
1. Il y a des langues privilégiées et des langues négligées. Comme le montre le paragraphe précédent, le recours à l’étymologie vaut surtout pour le latin et le grec. En revanche, on n’en tient très peu compte dans d’autres cas. « Hasard« , qui nous vient de l’arabe az-zahr, « jeu de dés », devrait en réalité s’écrire azard tandis qu' »assassin » devrait en toute logique posséder un [h] à l’initiale puisque le mot est issu de la secte des Hashishiyyin, laquelle commettait des meurtres en pleine mosquée. « Alarme » et « alerte » devraient s’écrire allarme et allerte dès lors qu’ils proviennent respectivement des expressions italiennes all’ arma (littéralement « aux armes ») et all’erta (« sur la hauteur »). Quant à notre « loustic », il devrait s’écrire avec un [g] puisqu’il vient de l’allemand, Lustig,  » joyeux ».
On observe la même négligence vis-à-vis des langues régionales. « Cohue », emprunté au breton koc’hu ou koc’hui, « halle », aurait toutes les raisons de devenir kohue, tandis que le [j] de « bijou » devrait être remplacé par un [z] puisqu’il s’agit d’un dérivé du breton biz, « doigt ». « Cadet », venu du gascon, devrait s’écrire capdet. Si l’on respectait son origine picarde, « maquiller » devrait s’écrire maquier, ou bien makier si l’on remonte plus avant au néerlandais maken dont il est lui-même issu. Quant à la célèbre « choucroute », il s’agit d’une transposition très aléatoire de sûrkrût, littéralement « herbe aigre ».
2. Même pour le latin et le grec, il existe de nombreuses exceptions. Une règle est-elle bien une règle quand on y déroge à qui mieux mieux ? On peut se poser la question tant les exceptions sont innombrables, y compris pour les deux grandes langues antiques.
· « Mélancolie », par exemple, vient du grec melankholia (« bile, humeur noire »), mais a tout de même perdu son [h]
· Alors qu’il se prononce segond, « second » prend un c pour une raison étymologique : il vient du latin secundus. Mais alors pourquoi « dragon » s’écrit-il avec un [g] alors qu’il vient du latin draco ?
· « Oreille«  devrait s’écrire aureille, conformément au latin auricula, forme que l’on retrouve d’ailleurs dans « ausculter«  et dans « auriculaire« .
· Les [h] de « trahir » et de « envahir » n’ont aucune justification étymologique puisque ces deux mots sont issus des verbes latins tradere et invadere. Ils pourraient donc très bien s’écrire traïr et envaïr sans que cela affecte leur prononciation.
· En 1694, l’Académie avait fixé une règle : si le son prononcé « an » remonte à un [e]latin, on écrit en ;s’il remonte à un [a], on écrit anAnfant, commencemant, samblant s’écrivent donc depuis « enfant », « commencement », « semblant ». Ce qui n’empêche pas le latin vindemia d’avoir donné « vendange »…
· La même année, les Immortels ont remplacé d’anciennes consonnes devenues muettes par des accents circonflexes : « août«  se substitue à aoust« brûler«  à brusler, « château » à chasteau, etc. Le problème est qu’ils en ajoutent aussi sans aucune raison à « théâtre » (qui vient du latin theatrum et du grec theatron) et à « pôle » (du latin polus et du grec polos). Dans le même temps, ils en oublient là où ils se justifieraient : sur le [u] de « soutenir », par exemple, qui vient de soustenir, et sur celui de « mouche »,qui vient de mosca…
· Sous la Renaissance, l’Académie française n’existe pas encore (elle sera créée en 1635) : les imprimeurs, disposent donc d’une grande liberté et en profitent pour disséminer de nombreuses lettres muettes pour des raisons étymologiques, en s’inspirant parfois d’usages plus anciens. Ils ajoutent un [g] et un [t] à « doigt » pour rappeler le latin digitus ;un [x] à « paix » (pax) ; des [p] à « compter » (computare), à « corps » (corpus) et à « temps » (tempus)… Cela nous paraît tout à fait naturel car nous y sommes habitués. Et pourtant, d’autres suggestions de ces mêmes imprimeurs n’ont pas connu la même fortune alors qu’elles répondaient à une logique équivalente. Qui, aujourd’hui, jugerait comme eux nécessaire d’ajouter un [b] à doubter (dubitare) et à soubdain (subitaneus) ou encore un [c] à faict (factum) ?
Cela ne veut pas dire qu’il faut faire fi de l’histoire des mots. Mais il n’est pas inutile de savoir que l’argument étymologique, souvent avancé pour s’opposer à un alignement de l’orthographe sur la prononciation, est à géométrie variable. Et qu’en réalité, notre jugement sur la « bonne » orthographe est souvent le fruit de l’habitude.
Sources :
L’aventure des mots français venus d’ailleurs, Henriette Walter, Robert Laffont

 

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

A mobilización, celebrada en Oviedo, pide o recoñecemento da lingua porque « amplía dereitos e liberdades ».

Manifestación pola oficialidade do asturiano e o galego-asturiano

Manifestación pola oficialidade do asturiano e o galego-asturiano

Unha multitudinaria manifestación percorreu este sábado o centro de Oviedo para esixir a oficialidade das linguas asturiano e galego-asturiano. A mobilización partiu da Estación do Norte, en Oviedo, e terminou na Praza da Catedral, onde leron un manifesto.

A convocatoria correu a cargo da Xunta pola Defensa da Llingua, cuxos responsables insisten en que a oficialidade soamente significa recoñecer legalmente o dereito que ten calquera persoa para usar libremente a lingua propia nun territorio. Así, consideran que esa oficialidade supón un avance democrático porque « amplía dereitos e liberdades cidadáns ».

Consideran que actualmente os falantes do asturiano e do galego asturiano non teñen recoñecido legalmente o seu dereito para expresarse nesas linguas. « Por que teñen menos dereitos que os falantes de linguas doutras comunidades? », preguntáronse, reivindicando o mesmo trato institucional e mesmo réxime de protección que teñen as demais linguas do Estado.

O Estatuto de Autonomía de Asturias, aprobado en 1981, xa contempla a protección do asturiano (‘ bable’) no seu artigo 4 e di que se promoverá a súa difusión nos medios de comunicación e o seu ensino, respectando as variantes locais. No ano 1998, con Sergio Marqués (PP) como presidente de Asturias, aprobouse a lei de uso e promoción do  bable/asturiano, que actualmente regula a protección do idioma.

A actual normativa, con todo, non é suficiente para os participantes na manifestación deste sábado, que esixen que o asturiano e o galego asturiano sexan oficiais e gocen da mesma protección e desenvolvemento que outros idiomas do país, como o catalán ou o galego. O contrario é unha discriminación, alegan.

 

L’école dispense aux élèves une certaine culture littéraire, mais aucune culture linguistique. D’où les nombreuses bourdes proférées sur le sujet. Florilège.

Écrit par Michel Feltin-Palas

Ce fut dit sur un ton sympathique, mais sans l’ombre d’une hésitation. En septembre 2017, Emmanuel Macron affirme à propos de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, signée par François Ier en 1539 : « À ce moment-là (…), le roi a décidé que tous ceux qui vivaient dans son royaume devaient parler français ». Incroyable bévue ! En réalité, cette fameuse ordonnance s’est contentée de chasser le latin des actes de justice (1). En revanche, elle se moquait comme de colin-tampon de savoir quelle langue utilisaient les Français pour converser.

Imaginez maintenant que notre chef de l’État commette la même bourde dans des domaines comme l’économie ou la diplomatie : cela ferait à coup sûr les gros titres des journaux et le déconsidérerait pour la fonction présidentielle. Là ? À peine un entrefilet en page 32, et encore. Car, en la matière, l’ignorance est généralisée. Il est vrai que, si l’école s’efforce d’initier les élèves à Molière, Voltaire et Balzac – ce en quoi elle a bien raison – elle ne dispense à ses élèves aucune culture linguistique. La preuve avec ces quelques idées reçues qui circulent à propos de notre langue nationale.

« Les rois de France ont toujours parlé français. » Evidemment pas. Sans remonter à Vercingétorix, qui s’exprimait en gaulois, les premiers « rois de France » furent les Mérovingiens et des Carolingiens. Or ceux-ci avaient pour langue maternelle des idiomes germaniques : le francique pour Clovis et le tudesque pour Charlemagne. Le premier monarque à parler « français » (ancien français, plus exactement) fut Hugues Capet, qui monta sur le trône en 987.

« C’est à Tours qu’on parle le français le plus pur. » Voilà l’une des affirmations que l’on entend le plus souvent en cette matière. À tort. Le mythe est né au XVIe siècle quand un grammairien… anglais, Jehan Palsgrave, asséna cette « vérité » dans un traité intitulé L’esclarcissement de la langue françoyse. L’explication ? Sous la Renaissance, la cour est itinérante et passe une grande partie de son temps dans les châteaux de la Loire. C’est donc évidemment la prononciation des aristocrates venus de Paris et non celle des paysans tourangeaux que Palsgrave juge la « meilleure ». Car hier comme aujourd’hui, la règle est toujours la même : l’accent prétendument « neutre » est celui de la classe sociale au pouvoir.

« Le français est une langue en danger. »Aucunement. Certes, sur la planète, notre langue nationale est dominée par l’anglais. Certes encore, une partie de ses « élites » recourt à qui mieux mieux aux anglicismes. Mais cela ne doit pas tromper. Avec quelque 270 millions de francophones, jamais le français n’a compté autant de locuteurs. Mieux encore : ce nombre devrait doubler dans les décennies qui viennent. Ce qui vaut mieux, on l’admettra, que de figurer dans la liste des quelque 2000 langues menacées de disparition.

« Ce qui n’est pas clair n’est pas français » (Antoine de Rivarol). J’ai déjà consacré une chronique à ce sujet. Citons ici simplement des phrases comme « Je loue mon appartement » ; « Je suis votre hôte » ou « Cet avocat est pourri » et l’on admettra que cette affirmation est pour le moins sujette à débat.

« Le français assure l’égalité entre les citoyens ». Que penseriez-vous si je vous disais que « l’alsacien assure l’égalité entre les citoyens » ? Il est probable que vous trouveriez ce postulat outrageusement avantageux pour les Alsaciens – et vous n’auriez pas tort. Curieusement, la France est donc parvenue à doter une seule de ses nombreuses langues – celle de Paris, le siège du pouvoir – de toutes les fonctions de prestige (administration, études, médias, etc.) ; à en priver les autres et à présenter cette mesure fondamentalement inégalitaire comme une mesure d' »égalité ». Merveille de la rhétorique…

« Le français est la langue de la liberté. » Encore une erreur ! Certes, le français fut la langue de la Révolution et de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Mais dois-je rappeler qu’elle fut aussi la langue… de l’Ancien Régime ? De même, notre idiome national fut par la suite à la fois la langue du colonialisme et de l’anticolonialisme, des dreyfusards et des antidreyfusards, de la Résistance et de la collaboration… En réalité, les langues ne portent aucune valeur. Chacune peut être mise au service de n’importe quelle idée, des plus fraternelles aux plus détestables.

« L’Académie française est composée de linguistes ». Pas du tout ! On y compte pour l’essentiel des écrivains, des historiens, des philosophes, des hauts fonctionnaires, sans oublier un ancien ministre, un biologiste et un évêque. Seuls deux philologues disposent de solides connaissances linguistiques : Barbara Cassin et Michel Zink.

« Le français se dégrade. » Non, le français évolue, ce qui est très différent. Bien sûr, ces évolutions résultent parfois de véritables erreurs (j’ai déjà expliqué dans cette lettre comment un « ombril » est devenu fautivement un « nombril »). Mais tel est le propre de toutes les langues vivantes. C’est d’ailleurs le latin tardif de nos ancêtres, c’est-à-dire un latin truffé d' »erreurs » par rapport au latin classique de Cicéron, qui a fini par déboucher sur l’ancien français. Et c’est cet ancien français qui, à la suite de multiples modifications, a abouti à notre français actuel. Lequel évoluera encore dans les siècles à venir…

« Les Français ont toujours parlé français. » Si cela est aujourd’hui le cas (à l’exception des immigrés de fraîche date et de quelques régions de Mayotte ou de Wallis-et-Futuna), ce phénomène est tout à fait nouveau, et même inédit dans la longue histoire de notre pays. Du temps de François Ier – élève Macron, soyez attentif ! – seuls 10 % à 20 % des sujets du roi maîtrisaient la langue du roi. Un pourcentage qui atteindra péniblement 20 % sous la Révolution et qui n’aurait franchi la barre des 50 % qu’aux alentours de la Première Guerre mondiale. Ce qui permet de rappeler que la France est un pays multilingue.

Concluons. Loin de moi l’idée de dénigrer le français, qui est ma langue maternelle et que j’adore. Simplement n’est-il pas inutile de distinguer la vérité scientifique du simple chauvinisme linguistique. Un défaut au demeurant largement répandu sur la planète…

(1) Pour le reste, les spécialistes sont divisés : certains considèrent qu’il s’agissait de remplacer le latin par le français, d’autre part les langues comprises par le peuple, quelles qu’elles soient.

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Certains méprisent les langues régionales sous prétexte qu’elles connaissent des différences d’un lieu à l’autre. A ceci près que l’on observe le même phénomène pour les « grandes » langues…
Écrit par Michel Feltin-Palas
Parmi les nombreux arguments tendant à dévaloriser les langues dites régionales, celui-ci est l’un des plus fréquemment utilisés : « Ce ne sont pas de vraies langues puisqu’elles varient d’un endroit à l’autre », d’où le terme péjoratif de « patois » qui leur est souvent associé. Or ce raisonnement, pardonnez-moi de l’écrire un peu brutalement, est le signe d’une quadruple ignorance. Voici pourquoi.
1. Le propre de toutes les langues vivantes est de se différencier. Pensez par exemple au latin, qu’avaient en commun sous l’Antiquité tous les peuples de l’Empire romain. Deux mille ans plus tard, il a donné naissance à l’italien, au français, à l’espagnol, au portugais, au roumain, pour ne citer que les plus connues. Faut-il en déduire que toutes ces langues ne seraient que des « patois » – y compris le français ? Évidemment non. Ce sont simplement des évolutions différentes du latin.
2. Le français lui-même varie d’un endroit à l’autre. Croit-on sérieusement qu’un avocat du XVIe arrondissement parle le même français qu’un ouvrier d’une cité de Seine-Saint-Denis ? Qu’une personne ayant vu le jour dans les années 1940 s’exprime comme un lycéen de 2021 ? Qu’un Marseillais recourt aux mêmes formulations qu’un Alsacien ? Je pourrais poursuivre cette énumération encore longtemps, mais vous m’avez compris : notre idiome national varie lui aussi et c’est bien normal puisqu’il s’agit d’une langue vivante. J’ajoute qu’avant de devenir une langue morte, le latin lui-même connaissait de grandes différenciations selon les territoires. Que penseriez-vous d’une personne qui en tirerait argument pour le qualifier de « patois »?
3. Le mot « patois » est systématiquement réservé aux langues régionales. La langue la plus utilisée au monde est aujourd’hui l’anglais. Or celui-ci connaît lui aussi de grandes variations entre l’Angleterre, l’Écosse, les États-Unis, le Kenya, l’Australie, la Jamaïque, l’Inde, tous territoires où il dispose pourtant d’un statut de langue officielle… Or, curieusement, il ne vient à l’idée de personne de déclarer que Boris Johnson s’exprime en « patois britannique » et Joe Biden en « patois américain ». Non, seules les langues minoritaires « bénéficient » de ce qualificatif, ce qui est évidemment très révélateur.
4. Les langues non enseignées varient davantage encore. Quand bien même l’occitan, l’alsacien, le flamand ou le créole réunionnais varieraient davantage que le français, cela serait tout à fait naturel. Si toute langue laissée « libre » fluctue spontanément, comme je viens de le souligner, elle fluctue moins à partir du moment où elle devient la langue de l’école. Pourquoi ? Tout simplement parce que son enseignement suppose de fixer une norme – que l’on va tenter d’inculquer à tous les enfants d’un pays. Or, si cette pression exercée par le système éducatif est effective pour le français, tel n’est pas le cas pour les langues dites régionales, lesquelles ne sont pas enseignées de manière massive.
Alors, oui : l’arpitan, le poitevin saintongeais, le corse, le bourguignon, le tahitien et tous les autres connaissent des variations selon les lieux. Cela ne fait aucunement d’eux de quelconques « patois », mais des langues minoritaires, voire minorisées. Ce qui, on en conviendra, n’est pas exactement la même chose.

[Source : http://www.lexpress.fr]

O presidente do Principado respondeu a mensaxe e o alcalde ferrolán pediu desculpas.

Unha mensaxe publicada en Twitter pola xerente da Sociedade Mixta de Turismo do Concello de Ferrol, María Luisa López, no que afirmaba que o asturiano é un idioma que « só se escoita en aldeas » e que fala « xente maior sen estudos » provocou unha polémica nas redes sociais na que entrou o presidente asturiano, Adrián Barbón, que replicou ao tuit demandando « respecto ».

O chío de María Luisa López

En concreto, a responsable da empresa municipal de turismo do consistorio ferrolán publicou a seguinte mensaxe: « Soy asturiana y he vivido en Asturias hasta los 25 años. Nunca he hablado (ni entendido) ‘el bable’ ni conozco a nadie que lo hable. Sólo se escucha en aldeas y, de siempre, lo habla gente mayor y sin estudios. Lo de ahora es tema político para vivir del cuento y enriquecerse unos pocos« .

A mensaxe foi respondida máis tarde o presidente do Principado de Asturias, que noutro tuit esixía « respecto »: « Entre esos “mayores y sin estudios”, estaban mis güelos. Y yo tengo estudios y soy Presidente del Principado de Asturias, gracias a mis cuatro güelos que hablaban asturiano, trabajaron toda su vida y lucharon porque sus hijos y nietos tuvieran una vida mejor. Le exijo respeto ».

Pola súa banda, o alcalde de Ferrol, Ángel Mato, lamentou o tuit publicado na conta persoal da responsable municipal, xa que o considera « unha total falta de respecto ».

Deste xeito, e tras incidir en que a liberdade de expresión « non é escusa coa que xustificar a desconsideración e a ofensa gratuíta » e apelar á responsabilidade de quen ostenta un cargo público, o rexedor socialista emitiu unha desculpa en nome do Concello e comprometeuse a remitir unha de carácter oficial ao presidente asturiano.

[Fonte: http://www.galiciaconfidencial.com]

Un estudi sociologic demòstra lo progrès del basco al Bascoat Nòrd, mai que mai entre los joves

Les collèges immersifs réclament le droit de passer le brevet en basque – Libération

Un des darrièrs bulletins sus las lengas de Michel Feltin-Palas, jornalista de l’Express, presenta “L’incresible succès de la lenga basca” en tot analisar un estudi del sociològ Eguzki Urteaga sus las politicas lingüisticas al Bascoat Nòrd.

Las donadas que presenta Urteaga indican que, en chifras totalas, lo nombre de bascofòns dins l’estat francés es passat en cinc ans de 73 000 a 74 000. La chifra pòt semblar ridicula, mas o es pas pas. Al contrari. E la diferéncia amb la realitat de las autras lengas de l’estat francés o fa venir evident. Dins tot l’estat, la mòrt de las generacions dels ans 1920 e 1930, las darrièras qu’avián una lenga mairala diferenta del francés, a fach caire lo nombre de locutors. Lo basco es la sola excepcion que son nombre de locutors non solament demesís pas mas tanben aumenta.

En percentatges, uèi dins lo nòrd del Bascoat lo 20,5% dels abitants parlan basco e lo 9,3% lo comprenon plan e mai se parlan tostemps francés. De soslinhar que dins lo Bascoat Sud, lo nombre de locutors es del 33,9% e son un 19,1% que lo comprenon plan e mai se parlan tostemps espanhòl.

A mai, Urteaga anóncia que la reüssida del basco es a far una pojada espectaclosa. Los sondatges comptabilizan sonque los mai grands de 16 ans, mentre que la màger part dels que seguisson l’escòla en basco son mai pichons.

Far partida d’una comunautat

Per Urteaga, lo progrès d’una lenga depend de qualques factors dont “la densitat de locutors qu’as a l’entorn, lo sentiment de competéncia lingüistica, la seguretat dels parlants e la motivacion, la volontat, d’emplegar la lenga.” Dins aquel sens soslinha que la volontat es estada la clau de la capitada del basco. Urteaga remarca qu’al Bascoat Sud lo mestritge de la lenga permet d’obténer d’emplecs mai aisidament e dona als locutors un sentiment d’“apertenéncia comunautària”. Al nòrd, es “lo sentiment comunautari qu’a reüssit a rompre la barrièra”.

Al nivèl politic, totes los partits franc de l’extrèma drecha revendicavan a las departamentalas de 2015 de mesuras de promocion del basco, e ara lo sosten a la lei Molac es massís. A mai, los grops basquistas ganhan de vòtes a cada eleccion.

Lo perilh ven dels trabucs de l’administracion francesa, mai que mai del Ministèri de l’Educacion dicha nacionala. Cada an, las ikastolas aurián de besonh de 25 nòus ensenhaires mas lo ministèri n’accèpta sonque 5. Un trabuc que los occitans coneissèm fòrt plan, malaürosament.


URTEAGA, Eguzki, La nouvelle politique linguistique au Pays basque. Editions L’Harmattan, 204 paginas. 20,50 èuros version papièr, 14,99 èuros version numerica.

 

 

[Imatge: Gaizka Iroz / AFP – poblejat dins http://www.jornalet.com]

Les adversaires des écoles immersives en langues régionales s’inquiètent du niveau de leurs élèves en français. A ceci près qu’il est… meilleur que la moyenne.

Écrit par Michel Feltin-Palas

Le Conseil constitutionnel en a ainsi décidé : les écoles immersives en langues régionales sont contraires à la Loi fondamentale. En cause : leur incompatibilité supposée avec cet alinéa de l’article 2 : « La langue de la République est le français » (adopté en 1992, je le mentionne au passage, pour lutter contre… l’anglais). Quant à Jean-Michel Blanquer, qui a téléguidé sa saisine, il s’inquiète officiellement pour le niveau en français de leurs élèves (1). Je n’étonnerais personne en écrivant que je conteste ces prises de position sur le fond dans la mesure où elles mettent en danger la diversité culturelle de notre pays. Mais c’est sur un autre terrain que j’aimerais me placer cette semaine, celui des simples faits.
Rappelons d’abord que l’enseignement immersif consiste à dispenser en langues régionales la plupart des cours, qu’il s’agisse de l’histoire, des sciences naturelles ou des mathématiques. À la maternelle et au CP, la langue régionale est même utilisée de manière exclusive car c’est l’âge auquel les enfants apprennent le plus facilement. Le français, lui, est intégré progressivement, à raison de trois heures en CE1, quatre heures en CE2, cinq heures en CM1 et six heures en CM2, par exemple, pour les calendretas (écoles immersives en occitan). Pourquoi ce choix ? Pour une raison évidente : en métropole, les enfants évoluent désormais dans une société totalement francophone. En famille, à la télévision, sur Internet, au foot ou au conservatoire, la majorité d’entre eux vit en français. Dès lors, seul un « bain linguistique » tel qu’il est pratiqué par l’enseignement immersif leur permet d’acquérir une certaine aisance dans la langue régionale. En sachant que ces vingt-quatre heures hebdomadaires restent largement inférieures à la totalité de vie éveillée d’un enfant (environ cent heures par semaine).
Y a-t-il néanmoins un risque de voir ces enfants ne pas maîtriser correctement le français ? C’est la crainte de Jean-Michel Blanquer, même si, de manière curieuse – à moins que ce ne soit très volontaire – le ministère de l’Éducation nationale n’a jamais réalisé d’enquêtes globales sur le sujet. On dispose en revanche de plusieurs études ponctuelles, que cite le rapport Euzet-Kerlogot, du nom des deux députés missionnés par le Premier ministre sur ce sujet.
La première a été réalisée dans le réseau Diwan (breton) en 2019 par les très sérieuses Inspections générales de l’Éducation nationale et de l’Administration, de l’Éducation nationale et de la Recherche (rapport Yves Bernabé- Sonia Dubourg-Lavroff). Voici ses conclusions : « Le réseau obtient aux évaluations d’entrée en sixième, au diplôme national du brevet, au baccalauréat, des résultats meilleurs que ceux de la moyenne nationale. Les résultats aux évaluations d’entrée en sixième montrent que les compétences attendues sont bien atteintes à la fin du CM2. » Les chiffres fournis par les inspecteurs concernant le brevet des collèges tournent carrément au plébiscite : 98,64 % de réussite pour Diwan en 2016 contre 87,9 % au niveau national ; 99,16 % en 2018 contre 87,30 %!
À l’inverse, enseigner le français et le breton à parité horaire, comme le souhaite Jean-Michel Blanquer, reviendrait à réduire l’exposition hebdomadaire des enfants à la langue régionale à seulement douze heures, ce qui ne permet pas de former de bons locuteurs. Ce que confirment d’ailleurs d’autres statistiques du rapport Bernabé-Dubourg-Lavroff : le niveau en breton des élèves qui suivent un enseignement à parité horaire est largement inférieur à celui de leurs camarades des écoles immersives Diwan. (2)
La seconde étude, menée par l’Office de la langue basque (où l’État est présent au côté des collectivités territoriales) concerne les élèves de CE1 – niveau où l’enseignement du français commence tout juste à être introduit. Verdict ? Lors des évaluations nationales, « les enfants ayant suivi l’expérimentation 100% basque à l’école maternelle ne présentent pas de déficit en français en CP (…), voire ont de meilleurs résultats sur la plupart des items évalués quant à la maîtrise de la langue que les élèves ayant suivi un enseignement exclusivement en français. »
Certes, ces données doivent être analysées avec prudence, dans la mesure où elles concernent de faibles effectifs et peuvent être influencées par la classe sociale des parents. Il demeure qu’à ce stade, rien, strictement rien, ne prouve que les élèves de ces établissements rencontrent de quelconques difficultés en français – bien au contraire.
Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant compte tenu des effets favorables bien connus du bilinguisme précoce sur la réussite scolaire. « Le fait de passer en permanence d’une langue à l’autre accélère le développement des fonctions cérébrales permettant la flexibilité cognitive », souligne ainsi la psycholinguiste Ranka Bijeljac-Babic (3).
Ces bons résultats sont d’ailleurs conformes à ce que l’on observe à l’étranger. Le rapport Euzet-Kerlogot rappelle ainsi que l’enseignement immersif en langues régionales s’inspire directement du Canada, où il a été mis en place pour sauver… le français, menacé par la prédominance anglophone ! Quant à moi, qui ai toujours eu l’esprit taquin, je ne peux m’empêcher d’ajouter que cette méthode supposée néfaste est appliquée avec les encouragements du même Jean-Michel Blanquer dans… les lycées français à l’étranger.
Peut-on enfin rappeler que la méthode immersive fut aussi celle utilisée sans ménagement par l’école publique depuis le début de la IIIe République au profit du français ? À une – grande – différence près : les fameux « hussards noirs » pratiquaient une immersion forcée, répressive et exclusive, puisque les enfants surpris à parler corse, breton ou basque étaient punis, voire humiliés. « Rien de tel dans les écoles immersives en langue régionale, qui reposent entièrement sur le volontariat, ne sanctionnent aucun élève désireux de parler français et visent le bilinguisme », souligne Jean-Louis Blenet, président de l’Institut supérieur des langues de la République française.
Qu’en conclure, sinon que Jean-Michel Blanquer comme les membres du Conseil constitutionnel semblent en l’espèce agir sous l’empire de l’idéologie, sans considération aucune pour les faits ? L’un des soi-disant « sages » l’a d’ailleurs confié au lendemain de la décision : « Franchement, nous étions plusieurs à ignorer totalement ce qu’était l’enseignement immersif. »
C’est le moins que l’on puisse dire.
(1) Il avait notamment déclaré au Sénat le 21 mai 2019 à propos des écoles Diwan : « D’un point de vue pédagogique, il y aurait beaucoup à discuter autour de ça. On pourrait arriver à dire que cognitivement, ce n’est pas si bon que ça, précisément si l’enfant est mis dans la situation d’ignorer la langue française. »
(2) Cela n’empêche pas ledit rapport de préconiser de manière paradoxale l’arrêt de la méthode immersive dans le réseau Diwan. Autre indice de l’idéologie hostile du ministère de l’Education nationale sur ce sujet.
(3) L’enfant bilingueRanka Bijeljac-Babic, Odile Jacob.

 

[Source : www .lexpress.fr]

Les Français ont-ils choisi en toute liberté d’abandonner les langues régionales au profit du français ? Beaucoup le croient ; ils se trompent.

Écrit par Michel Feltin-Palas

Un énarque de mes amis – non, ce n’est pas un oxymore – m’a dit un jour : « Après tout, si les Béarnais ont décidé de ne plus parler béarnais, c’est qu’ils l’ont bien voulu. » Il relayait là une croyance qui, pour être répandue, n’en est pas moins parfaitement erronée. Voici pourquoi.
Certes, l’État a toujours laissé les familles utiliser chez elles les idiomes de leur choix. Ce n’est pas pour autant que les Béarnais, les Catalans, les Normands, les Alsaciens, les Corses et les autres ont « décidé » d’abandonner leur langue historique. En réalité, on a fait en sorte qu’il en soit ainsi, en ayant recours à deux moyens complémentaires.
La mesure la plus décisive remonte au tout début de la IIIe République. En érigeant le français – et le français exclusivement – comme langue de l’école et de la réussite scolaire, Jules Ferry et le nouveau régime ont fait de celui-ci l’unique langue du savoir, des diplômes et de la promotion sociale. Or, c’est là une règle de base de la linguistique : laisser un individu « libre » de choisir une langue « utile » et une langue « inutile », c’est évidemment avantager la première. Les familles bretonnes, pour prendre ce seul exemple, auraient sans doute été ravies de voir leurs enfants devenir instituteurs, médecins ou avocats en suivant des études en breton, à ce « détail » près que cela était impossible. Dès lors, l’alternative était la suivante : soit passer au français, soit être condamné à la misère. Drôle de choix ! Comme le souligne le linguiste Patrick Sauzet« une langue ne peut fonctionner et se transmettre sainement que si elle peut être la langue de toutes les activités d’une société, des plus familières aux plus publiques, des plus simples aux plus élaborées, des plus humbles aux plus prestigieuses. L’enfermement des langues régionales dans le quotidien et l’informel a préludé à leur disparition programmée. Combien de temps pense-t-on que le français vivrait, au Québec comme à Paris, s’il était absent de l’école, des médias et de la vie publique, renvoyé à la seule sphère privée ? Pourquoi exiger des langues régionales qu’elles survivent dans des conditions objectivement impossibles ? »
Venons-en maintenant au deuxième moyen qui a conduit de nombreux Français à changer de langue. Et disons les choses comme elles sont : il s’est agi de méthodes indignes utilisées par certains instituteurs. J’exagère ? Jugez-en d’après ces quelques témoignages, hélas représentatifs :
· « Il y avait une ardoise qui circulait pendant les récréations (1960) que l’on mettait sur le dos de chaque copain qui parlait en occitan. Et le soir, tous ceux qui avaient leur prénom inscrit sur l’ardoise restaient pour conjuguer la phrase : « Je ne parlerai pas patois dans la cour. » (1)
· « Quand je suis entrée à l’école maternelle, à l’âge de 3 ans, je ne parlais que l’alsacien. La directrice m’a souvent enfermée dans un local obscur. » (2)
· « Dans l’école marseillaise de ma grand-mère, au début du XXe siècle, les petites filles surprises à parler provençal devaient nettoyer les toilettes. Et les récidivistes étaient contraintes de les lécher « puisqu’elles avaient de la merde dans la bouche ». (3)
· Après la Première Guerre mondiale (…), les instituteurs donnaient aux petits enfants alsaciens un morceau de savon à mâcher pour nettoyer leur bouche de cette affreuse langue » (Tomi Ungerer, dessinateur).
Faut-il préciser que, devenus adultes, ces malheureux élèves ont, pour la plupart, « choisi » de ne pas transmettre leur langue maternelle à leurs propres enfants, pour leur éviter de connaître les mêmes humiliations ? Préciser encore que ces pratiques ont été employées en France massivement jusqu’aux années 1960 pour ne disparaître que dans les années 1990 ? Préciser enfin qu’elles ont été aussi en vigueur dans les anciennes colonies, où elles perdurent parfois ?
Oh, il ne fait guère de doute que les « hussards noirs de la République » croyaient bien faire. Cela ne doit pas conduire pour autant à réécrire l’Histoire. Non, aucune famille n’a décidé spontanément d’abandonner la langue de sa région. Oui, l’État a créé des contraintes qui les ont conduites à opter pour le français. Oui encore, les méthodes auxquelles on a recouru pour parvenir à ce résultat ont été scandaleuses. Oui enfin, il serait bon que de tels faits soient enseignés, à l’ENA et ailleurs, ce qui éviterait à mon ami comme à beaucoup d’autres d’asséner en toute bonne foi d’absolues contre-vérités.
(1) Je n’ai plus osé ouvrir la bouche…, Philippe Blanchet et Stéphanie Clerc Conan, Editions Lambert-Lucas.
(2) Alsace, une langue qu’on assassine, collectif, Editions Salde.
(3) Langues, accents : les discriminations oubliéeslexpress.fr, 5 avril 2016.
[Source : http://www.lexpress.fr]

Capture d’écran d‘une vidéo sur YouTube [1] expliquant l’histoire et la présence actuelle de la langue occitane.

Écrit par Filip Noubel

Parmi la vingtaine de langues dites régionales parlées en France métropolitaine, six sont placées sous la rubrique d’occitan ou langue d’oc [2]. Parlé par plus d’un demi-million de personnes, et alimenté par une pratique éducative, médiatique et culturelle, l’occitan voit pourtant son nombre de locuteurs reculer. À qui la faute?

L’occitan (prononcé “outsita” en occitan) tire son nom d’une division des langues romanes issues du latin autour de la prononciation du mot “oui” selon une ligne qui partage la France en deux. Au nord, oui prend la forme du mot “oïl [3]” alors qu’au sud il devient “oc”,  ce qui a donné les termes de langue d’oc et d’occitan qui sont aussi utilisés pour décrire l’aire géographique et culturelle d’Occitanie qui représente la majeure partie du sud de la France.

L’occitan en tant que langue écrite est attesté dès le 10ème siècle, et a fonctionné comme langue littéraire, juridique et orale [4] jusqu’au 18ème siècle. À partir du 19ème siècle, il devient une langue principalement parlée qui reste la langue dominante des populations d’Occitanie dont beaucoup ne comprennent pas le français.

Qui parle occitan aujourd’hui?

Le nombre de locuteurs occitanophones qui se prête à de nombreuses interprétations reflétant différentes définitions de la maîtrise et de la pratique d’une langue.

Aujourd’hui, les estimations varient: [5] une enquête linguistique [6] réalisée en 2020 auprès de 8,000 personnes sur une grande partie de l’Occitanie par l’Office de la langue occitane [7], un établissement public créé en 2016 et couvrant 22 départements, indique que 7% en moyenne de la population parle l’occitan. Cette population représente plus d’un demi-million [8]de locuteurs.

Aujourd’hui, on distingue six principales variantes de l’occitan selon la région où elles comptent le plus de locuteurs: le gascon, le languedocien, le provençal, l’auvergnat, le limousin et le vivaro-alpin.

En dehors de la France, deux autres pays reconnaissent l’occitan comme langue avec statut régional officiel: l’Espagne, dans région du Val d’Aran [9] ; et l’Italie, dans les Vallées occitanes [10] du Piémont et de Ligurie. Monaco compte également 15% [11]d’occitanophones.

En France, les occitanophones sont en moyenne des hommes de 66 ans vivant à la campagne et qui pratiquent cette langue principalement en famille et avec leurs amis et leurs voisins. Plus de détails sur cette enquête sont disponibles dans cette vidéo sur YouTube:

Fait important, on ne compte plus d’occitanophones monolingues. On peut diviser les locuteurs de cette langue en deux catégories: une population qui a plus de 60 ans et parle l’occitan car cette langue leur a été transmise par la famille, et un deuxième groupe qu’on pourrait qualifier de néo-occitanophones, qui apprennent la langue dans des écoles immersives, et dont les parents ou la famille ne parle pas toujours occitan.

Pour ce qui est de l’éducation scolaire, l’Occitanie compte plusieurs écoles immersives dites Calandreta [12]. L’occitan est également proposé comme matière facultative [13] dans les écoles et enseigné dans les universités [14] où il est possible d’obtenir un diplôme supérieur en langue et culture occitanes.

Au niveau des médias, il existe une chaîne de télévision en langue occitane, OcTele [15]; plusieurs stations de radio [16] en général bilingues occitan et français, et une série de sites d’information régionale [17]en occitan. Le rôle des médias est essentiel [18] car ils valorisent une langue et contribuent à la transmission aux générations futures en ancrant cette langue dans la modernité et la culture numérique.

La culture est un vecteur qui permet à la fois de conserver l’héritage du passé tout en évitant la réduction au folklore ou à la muséologie. À ce titre, le monde occitan dispose de plusieurs institutions culturelles qui participent au prestige de la langue: des académies littéraires comme celle des Jeux Floraux [19] qui date de 1694, la fondation Félibrige [20]qui date de 1854, le Congrès permanent de la langue occitane [21], l’Office de la langue occitane déjà mentionné, des maisons d’édition [22]en occitan.

Certaines de ces initiatives, tout comme certains médias, bénéficient d’un soutien financier de l’État alors que d’autres sont privées.

Une langue qui reste menacée

Toutes les initiatives décrites ci-dessus sont positives et témoignent d’un renouveau certain, pourtant un fait reste avéré : le nombre de locuteurs ne cesse de diminuer [23]. Il ne semble pas que le manque d’initiatives culturelles soit à incriminer.

Le phénomène de recul est bien sûr lié au vieillissement des locuteurs occitanophones traditionnels dont la génération disparaît peu à peu. Mais réduire le problème à une explication purement démographique serait trop simpliste.

Il existe en effet des facteurs politiques tout aussi essentiels. Une des principales raisons est l’imposition du français qui accumule depuis trois siècles les arguments juridiques pour empêcher un usage plus répandu de l’occitan. Ainsi, dès 1802, [4] il est interdit de parler autre chose que le français à l’école publique. Cette interdiction est ensuite renforcée par des punitions et maintenue jusqu’aux années 1950, date à laquelle certaines langues régionales commencent à être enseignées [24].

Le débat est loin d’être terminé comme en témoigne la dernière polémique en date autour de la loi dite Molac de 2021  [25]à propos de l’enseignement immersif dans les écoles publiques, car l’État reste farouchement attaché à l’article 2 de la constitution française [26] qui déclare que “la langue de la République est le français”.

Les communautés des langues régionales et leurs représentants – activistes, personnalités politiques et de la culture ont beau se référer à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires,  [27]Paris refuse pour le moment de ratifier cette charte, après l’avoir toutefois signée. Cette méfiance répétée à l’égard des langues régionales explique la difficulté à valoriser l’occitan au sein de générations plus jeunes et surtout à une échelle plus étendue.

Ainsi, comme l’explique Jean-Christophe Dourdet, chercheur en langues occitanes dans un article de 2020 [28]:

La question de la revitalisation des langues est avant tout une question sociolinguistique. Plutôt que de demander une reconnaissance officielle des langues, d’autres approches de « revitalisation » visent à revendiquer des droits linguistiques pour les locuteurs et groupes de locuteurs de ces langues. Cette approche ne fonctionne que s’il existe une conscience linguistique suffisante pour permettre une revendication de groupe. En France, les locuteurs des langues de France ne présentent en général qu’une très faible conscience linguistique étant donné qu’ils considèrent leurs idiomes comme des « patois » au sens d’objets dépréciés. Cette idée est le fruit de décennies de politiques linguistiques françaises niant toute diversité linguistique au profit du tout français comme langue universelle d’émancipation.

La situation ne peut donc évoluer dans un sens d’une revalorisation active que dans le cas d’un soutien politique non-équivoque qui ne voit pas les langues régionales comme une menace. À ce sujet, la Charte européenne est très claire dans la définition de ses objectifs [29]:

La Charte se fonde sur une approche qui respecte pleinement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. Elle ne conçoit donc pas les relations entre les langues officielles et les langues régionales ou minoritaires en termes de concurrence ou d’antagonisme ; le développement de ces dernières ne doit pas, en effet, entraver la connaissance et la promotion des premières. Selon la Charte, chaque langue a sa place légitime.

James Costa, un chercheur britannique qui travaille sur les langues occitanes et écossaise entre autres, résume bien la situation en rappelant que la demande de plus de droits pour l’occitan se place dans une vision ouverte  tournée vers l’avenir [30]:

In that sense, language revitalization isn’t about regenerating pre-existing groups, but about inventing new ones, on new terms, while drawing on a construction of those groups as timeless or ancient.

Dans ce sens, quand on parle de revitalisation linguistique, il ne s’agit pas de régénérer des groupes pré-existants mais en fait d’en inventer de nouveaux, basés sur de nouveaux principes, tout en s’appuyant sur un socle éternel et ancien de ces groupes.

Article publié sur Global Voices en Français: https://fr.globalvoices.org

URL de l’article : https://fr.globalvoices.org/2021/08/10/266988/

URLs dans ce post :

[1] une vidéo sur YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=lkYW0X8BCAw&t=14s

[2] rubrique d’occitan ou langue d’oc: https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Promouvoir-les-langues-de-France/Langues-regionales

[3] oïl: https://fr.wikipedia.org/wiki/Langue_d%27o%C3%AFl

[4] langue littéraire, juridique et orale: https://locongres.org/fr/ressources/divers-fr/10950-pichona-istoria-de-la-lenga-occitana-e-de-son-estatut-fr-fr

[5] estimations varient:: https://www.laregion.fr/IMG/pdf/EnqueteOccitan.pdf

[6] enquête linguistique: https://www.ofici-occitan.eu/fr/restitution-des-resultats-de-lenquete-sociolinguistique/

[7] ’Office de la langue occitane: https://www.ofici-occitan.eu/fr/presentation-de-loffice/

[8] plus d’un demi-million : https://www.ofici-occitan.eu/fr/les-enjeux/

[9] Val d’Aran: https://fr.wikipedia.org/wiki/Val_d%27Aran

[10] Vallées occitanes: https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9es_occitanes

[11] 15% : https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_%C3%A0_Monaco

[12] Calandreta: http://calandreta.org/

[13] matière facultative: https://www.cairn.info/revue-ela-2006-3-page-265.htm#:~:text=Au%20coll%C3%A8ge%20l

[14] dans les universités: https://www.occitanetudesmetiers.com/occitan-universite.htm

[15] OcTele: https://www.octele.com/

[16] radio: https://www.radiopais.fr/

[17] sites d’information régionale : https://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article2427

[18] est essentiel: https://www.researchgate.net/profile/Fernando-Ramallo-2/publication/320935180_Les_langues_minoritaires_dans_la_communication_mediatique/links/5a0380270f7e9beb17705d4c/Les-langues-minoritaires-dans-la-communication-mediatique.pdf

[19] des Jeux Floraux: https://jeuxfloraux.fr/academie/missions/

[20] fondation Félibrige : http://www.felibrige.org/le-felibrige/

[21] le Congrès permanent de la langue occitane: https://locongres.org/fr/lo-congres-fr/l-institution/missions

[22] maisons d’édition : https://www.letrasdoc.org/fr/les-edtions/

[23] ne cesse de diminuer: https://www.univ-montp3.fr/uoh/occitan/une_langue/co/module_L_occitan_une%20langue_10.html

[24] commencent à être enseignées: https://www.vousnousils.fr/2020/02/05/quelle-place-pour-les-langues-regionales-a-lecole-628758

[25] la loi dite Molac de 2021 : https://fr.globalvoices.org/2021/07/20/266601/

[26] l’article 2 de la constitution française: https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur#:~:text=DE%20LA%20SOUVERAINET%C3%89-,ARTICLE%202.,Libert%C3%A9%2C%20%C3%89galit%C3%A9%2C%20Fraternit%C3%A9%20%C2%BB.

[27] Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_europ%C3%A9enne_des_langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires

[28] un article de 2020: https://journals.openedition.org/mimmoc/5667

[29] la définition de ses objectifs: https://www.coe.int/fr/web/european-charter-regional-or-minority-languages/the-objectives-of-the-charter-

[30] tournée vers l’avenir: https://occitan.hypotheses.org/55

 

Capture d’écran d’une vidéo sur YouTube [1] sur des manifestations au Pays Basque pour la protection de l’enseignement immersif

É

La France a longtemps pratiqué une politique linguistique axée sur l’imposition du français comme seule “langue de la République” tout en ignorant, voire interdisant l’usage de plus de vingt autres langues parlées sur son territoire européen. Au 21ᵉ siècle, les attitudes ont changé grâce à un regain d’intérêt pour les cultures régionales, ainsi qu’à certaines mesures législatives. Une nouvelle loi censée protéger les langues régionales passée en mai de cette année vient relancer le débat.

La nouvelle loi, intitulée Loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion  [2](dite aussi Loi Molac du nom du député Paul Molac [3] qui avait proposé ce projet de loi), entérine certaines avancées sur l’usage des langues régionales. Le texte législatif reconnaît ainsi l’importance de ces langues en termes généraux en leur conférant d’une part un statut de “trésor national” et d’autre part en soutenant l’enseignement des langues régionales, obligeant les communes “à contribuer aux frais de scolarité des écoles privées proposant un enseignement bilingue”.

Toutefois, la loi butte sur de nombreux aspects et continue à discriminer les locuteurs de langues régionales dans deux domaines : l’enseignement immersif et l’emploi de signes diacritiques spécifiques aux langues régionales dans les papiers d’identité.

En France, l’enseignement immersif consiste à plonger de très jeunes enfants dans un cursus où toutes les matières ou presque sont enseignées dans la langue cible. Ainsi l’histoire ou les mathématiques sont par exemple enseignées en breton ou en basque. Cet enseignement concerne 14 000 élèves [4]ce qui représente 0,1 % des élèves français, un chiffre en augmentation régulière [5].

La Bretagne a montré le chemin en 1977 en créant les écoles Diwan qui proposent une éducation bilingue dans plus de 50 écoles [6]. Ce mouvement a été suivi pour l’occitan (écoles Calandreta [7]) ainsi que d’autres langues comme l’alsacien, le corse et le basque. Ces écoles sont dites associatives, financées par l’État et les familles, et dispensent un programme scolaire approuvé par le ministère de l’Éducation nationale avec un statut d’”enseignement privé sous contrat”, dont relèvent également la plupart des écoles privées catholiques, par exemple.

Dans la rédaction finale du texte de la loi du 21 mai, le Conseil Constitutionnel s’est référé à l’article 2 de la constitution française [8] qui déclare que “La langue de la République est le français” pour justifier l’interdiction de l’enseignement immersif en langues régionales.

Un État-nation qui impose une langue unique 

Pour l’État français, la centralisation est un élément constitutif de son identité, et ceci inclut le rôle de la langue française.

Le français est une langue romane qui a évolué à partir du latin qui se divise au Moyen-Âge en langues d’oc et d’oïl au sud et au nord du territoire de la France actuelle.

En 1539, un premier document impose l’usage du français, qui remplace le latin comme langue officielle pour tous les documents publics. Il s’agit de l’Ordonnance de Villers-Cotterêts [9] du roi François Ier. Au départ, le français reste une langue minoritaire qui cohabite avec d’autres langues, mais peu à peu il s’impose comme langue dominante et exclusive dans tous les domaines : gouvernance, jurisprudence, éducation, commerce, religion, littérature et médias.

Au 19ᵉ siècle le système éducatif renforce ce rejet des langues autres que le français en particulier sous l’égide du ministre de l’Éducation de l’époque, Jules Ferry [10], qui interdit l’usage des langues régionales à l’école sous peine de châtiments. C’est la fameuse sentence énoncée dans les écoles publiques du pays: “Interdit de cracher par terre et de parler breton [11] (ou basque, occitan ou toute autre langue régionale).

Une diversité linguistique en net déclin

Aujourd’hui, une institution étatique est en charge des langues parlées en France, la Délégation générale à la langue française et aux langues de France [12]. Elle répartit les langues en trois catégories en dehors du français: langues régionales [13] parlées en France métropolitaine, les langues non-territoriales [14]comme le yiddish, le romani ou la langue des signes, et les langues des Outre-mer [15] dont on compte plus de 50 et parmi lesquelles figurent le kanak, le tahitien, ou le créole.

Les 23 langues régionales officiellement reconnues représentent une grande diversité linguistique comportant des langues romanes (catalan, corse, occitan, francoprovençal), germaniques (flamand, alsacien), celtes (breton) et non-indo-européennes comme le basque.

Mais si ces langues étaient les principales langues maternelles de millions de Français et Françaises jusqu’au 19ᵉ siècle [16], aujourd’hui on estime le nombre de locuteurs de ces langues à 2 millions, soit un peu moins de 3 % de la population de France métropolitaine. Voilà pourquoi l’État devrait se mobiliser pour freiner ce déclin et encourager un renouveau linguistique pensé dans la diversité.

Une politique en zigzag qui semble systématiquement opposer reconnaissance de la pluralité et défense du français

Toutefois, l’État français maintient une position ambiguë au sujet des langues régionales, hésitant entre diversité linguistique et protection sourcilleuse du français. En 1992, il a tenu à faire amender la constitution de la 5ᵉ République pour stipuler pour la première fois la place officielle de la langue française, mentionnée dans ce fameux article 2 afin de défendre la langue française qui semblait en péril face à une progression de l’anglais.

De plus, la France refuse de ratifier les 39 articles de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires [17] qu’elle a signée, en évoquant encore une fois une contradiction avec le même article de sa constitution. Ce traité datant de 1992 du Conseil de l’Europe [18] se propose de sauvegarder la diversité linguistique en Europe et inclut “la nécessité d’une action résolue de promotion des langues régionales ou minoritaires, afin de les sauvegarder; la facilitation et/ou l’encouragement de l’usage oral et écrit des langues régionales ou minoritaires dans la vie publique et dans la vie privée la mise à disposition de formes et de moyens adéquats d’enseignement et d’étude des langues régionales ou minoritaires à tous les stades appropriés.”

Des changements interviennent en 2008 lors d’une révision constitutionnelle [19]qui mentionne ces langues dans l’article 75-1 de la Constitution : “Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.” À ce sujet, le seul domaine où on peut noter un relatif engagement de l’État est l’aide financière apportée à des programmes radio et télé qui s’ajoutent à des initiatives privées principalement pour l’alsacien, le basque [20], le breton [21], le corse [22] et l’occitan. [23]

Manifestations et retour en arrière du Conseil Constitutionnel 

Suite au passage de la loi du 21 mai, de nombreuses manifestations [24] ont eu lieu à travers toute la France principalement au mois de mai pour dénoncer une censure de l’enseignement immersif qui dépend largement d’un soutien financier de l’État. Des pétitions [25] ont été lancées qui rappellent que l’article 2 de la constitution avait été élaboré et présenté comme une défense du français à l’encontre de l’anglais. Fait à noter, de nombreuses écoles bilingues français-anglais pratiquent l’immersion linguistique en France et ne semblent pas tomber sous le coup de cette loi.

Les activistes rappellent également que le président français Emmanuel Macron avait pris la défense [26] des langues régionales dès le 26 mai, s’opposant clairement à la décision du Conseil Constitutionnel qui a fini par réagir le 16 juin [27] en précisant que l’enseignement immersif est anticonstitutionnel uniquement dans l’enseignement public, mais autorisé dans le secteur privé.

Les activistes se penchent maintenant sur la définition du terme d’école associative [28] qui peut être interprété comme faisant partie du service public. La partie de ping-pong politico-législative va donc continuer. Reste à savoir si le 2 septembre, les élèves qui parlent alsacien, basque, breton, corse ou occitan retrouveront le chemin de leurs écoles.

Article publié sur Global Voices en Français: https://fr.globalvoices.org

URL de l’article : https://fr.globalvoices.org/2021/07/20/266601/

URLs dans ce post :

[1] sur YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=-hHvFsDdIEM

[2] Loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion : https://www.vie-publique.fr/loi/278001-loi-sur-les-langues-regionales-loi-molac#:~:text=25%20mai%202021-,Loi%20du%2021%20mai%202021%20relative%20%C3%A0%20la%20protection%20patrimoniale,r%C3%A9gionales%20et%20%C3%A0%20leur%20promotion&text=La%20proposition%20de%20loi%20apporte,enseignement%20et%20les%20services%20publics.

[3] Paul Molac: https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Molac

[4] 14 000 élèves : https://www.youtube.com/watch?v=aqhfv2-dvA8

[5] un chiffre en augmentation régulière: https://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/07/29/01016-20130729ARTFIG00330-le-succes-des-langues-regionales-a-l-ecole.php

[6] éducation bilingue dans plus de 50 écoles: https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/ecoles-diwan-40-ans-enseignement-bilingue-langue-bretonne-toujours-menacee-1354929.html

[7] (écoles Calandreta: http://calandreta.org/

[8] l’article 2 de la constitution française: https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur#:~:text=DE%20LA%20SOUVERAINET%C3%89-,ARTICLE%202.,Libert%C3%A9%2C%20%C3%89galit%C3%A9%2C%20Fraternit%C3%A9%20%C2%BB.

[9] ’Ordonnance de Villers-Cotterêts: https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordonnance_de_Villers-Cotter%C3%AAts

[10] Jules Ferry: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Ferry

[11] Interdit de cracher par terre et de parler breton: https://www.breizh-info.com/2016/05/25/44012/frederic-morvan-de-disparition-de-langue-bretonne/

[12] Délégation générale à la langue française et aux langues de France: https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9l%C3%A9gation_g%C3%A9n%C3%A9rale_%C3%A0_la_langue_fran%C3%A7aise_et_aux_langues_de_France

[13] langues régionales: https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Langues-de-France/Langues-regionales

[14] langues non-territoriales : https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Langues-de-France/Langues-non-territoriales

[15] langues des Outre-mer: https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Langues-de-France/Langues-des-Outre-mer

[16] 19ᵉ siècle: https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires_de_France

[17] Charte européenne des langues régionales ou minoritaires: https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_europ%C3%A9enne_des_langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires

[18] Conseil de l’Europe: https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_de_l%27Europe

[19] révision constitutionnelle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_constitutionnelle_du_23_juillet_2008

[20] basque: https://www.communaute-paysbasque.fr/basque-et-gascon/basque/vivre-en-basque/les-medias-bascophones

[21] breton: https://www.missionbretonne.bzh/liens/medias-bretons/

[22] corse: https://www.isula.corsica/linguacorsa/Approche-de-la-langue-corse-a-travers-les-medias_a81.html

[23] l’occitan.: https://www.cfpoc.com/accueil/liens-utiles/medias/

[24] nombreuses manifestations: https://www.ouest-france.fr/education/enseignement/langues-regionales-ce-qu-il-faut-retenir-du-debat-sur-la-loi-molac-7279489

[25] pétitions: https://www.mesopinions.com/petition/droits-homme/justice-nos-langues/147179?utm_source=ocari&utm_medium=email&utm_campaign=20210608081501_23_nl_nl_lexpress_bout_des_langues_60bdc55a8a44675e7c7b23c6#EMID=4978ab130374749a14c630b07c77777415f957230f857034c02e5b56c20cdef9

[26] avait pris la défense: https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/05/26/langues-regionales-emmanuel-macron-defend-leur-enseignement_6081548_823448.html

[27] réagir le 16 juin: https://www.francebleu.fr/infos/education/langues-regionales-l-interdiction-de-l-enseignement-immersif-ne-concerne-que-le-public-selon-les-1624008746

[28] école associative: http://calandreta-milhau.fr/ecole-associative/

Alors qu’il s’agit de la même langue, son avenir semble mieux assuré au sud des Pyrénées qu’au nord. Un écart qui ne doit rien au hasard.

Écrit par Michel Feltin-Palas

En France, on croit parfois que le déclin des langues régionales s’expliquerait par une sorte de fatalité. Adaptés à un pays rural, le picard, le breton, l’alsacien et les autres auraient simplement été vaincus par la modernité. Autrement dit, on n’y peut rien. Ce raisonnement a le mérite d’être séduisant. Il n’a qu’un léger défaut : il est entièrement faux.
Pour s’en convaincre, il suffit d’observer ce qu’il se passe lorsqu’une langue de France est également pratiquée dans un autre pays. Pour cela, prenons, pas tout à fait au hasard, l’exemple du catalan. En commençant par observer les réponses à ces trois questions (1) :
· « Comprend le catalan » : 94% en Espagne, 61% en France.
· « Sait parler catalan » : 80% en Espagne, 35% en France.
· « L’utilise dans la vie quotidienne » : 36% en Espagne, 8% en France.
Dès lors, de deux choses l’une. Soit le catalan serait adapté à la modernité côté espagnol, mais pas côté français, et j’attends avec gourmandise que l’on m’en donne la raison. Soit cette situation est la conséquence de deux politiques linguistiques différentes. Je ne ferai tomber personne de l’armoire en indiquant que cette seconde explication est la plus convaincante.
Depuis la chute de Franco, le catalan bénéficie en effet dans la région de Barcelone de mesures très favorables. Les administrations utilisent en priorité la langue régionale, tout comme les télévisions et les radios publiques. Mais la disposition la plus décisive concerne l’enseignement. « Les matières fondamentales sont partout enseignées en catalan à l’école primaire, à l’exception naturellement des nombreuses heures dévolues au castillan. La règle est globalement la même dans le secondaire. Quant au supérieur, l’enseignant choisit la langue dans laquelle il est le plus à l’aise », précise l’anthropologue Dominique Blanc. L’objectif est clair : à la fin de sa scolarité, tout élève doit maîtriser le catalan ET l’espagnol. Et c’est ce que l’on observe dans l’immense majorité des cas.
Reste maintenant à comprendre pourquoi ce qui est réalisé en Espagne semble impossible en France. Plusieurs facteurs se conjuguent.
· Une scolarisation plus tardive en Espagne. La généralisation du français a commencé dès le XIXe siècle, alors que celle du castillan est intervenue beaucoup plus tardivement. Lors du retour de la démocratie, le catalan partait donc de moins loin au sud des Pyrénées.
· Des connotations positives en Espagne, négatives en France. C’est Franco qui a imposé le castillan (la langue de la région de Madrid) à l’école. Résultat ? Le catalan (comme le basque ou le galicien dans d’autres régions de la Péninsule) symbolise la résistance à la dictature. Rien de tel en France où, à partir de la Révolution, le français a été présenté comme « la langue de la liberté » alors que les langues régionales ont été associées à l’Ancien Régime.
· Le rôle de la bourgeoisie. En France, les « élites » ont été les premières à passer au français – un moyen pour elles d’accéder aux meilleures places et de se distinguer du peuple. Rien de tel à Barcelone où, au contraire, la bourgeoisie locale, fière de sa culture, a toujours pratiqué et défendu le catalan.
· Un sentiment national plus intense en France. Au cours de l’Histoire, la France a souvent été en conflit avec d’autres puissances européennes, ce qui a eu pour effet de forger un sentiment d’unité nationale. L’Espagne, elle, a connu davantage de guerres civiles. Le sentiment national y est moins puissant qu’en France.
· Un État plus centralisé en France. Si un Andalou diffère d’un Aragonais et d’un Galicien, la diversité culturelle est plus marquée encore en France quand on compare un Alsacien, un Corse, un Breton et un Aveyronnais – sans même évoquer le cas particulier de l’outre-mer. C’est pour faire tenir ensemble des populations que rien ne prédisposait à partager un destin commun que la France s’est dotée au fil des siècles d’un État très centralisé. Et pour la même raison que ledit Etat a cherché à substituer le français aux langues régionales. Le phénomène est beaucoup moins marqué en Espagne.
L’exemple du catalan est d’autant plus intéressant qu’au sud des Pyrénées, la défense de la langue alimente en partie le sentiment séparatiste – je suis sûr que vous pensiez à m’opposer cet argument depuis le début de cet article. Ces événements, cela se comprend, suscitent en France des réticences vis-à-vis des langues régionales de la part de ceux qui sont légitimement attachés à l’indivisibilité de la République.
Et pourtant, unité nationale et respect des langues minoritaires ne sont en rien incompatibles. J’en veux pour preuve qu’il existe dans le monde environ 6000 langues pour 200 États : le multilinguisme est donc la norme, non l’exception. À Barcelone, il a d’ailleurs fallu l’annulation, en 2010, du statut d’autonomie adopté en 2006 pour voir le vote indépendantiste décoller véritablement. Paradoxalement, c’est le raidissement décidé par Madrid qui a dopé la tentation sécessionniste. Une partie de l’opinion a alors basculé, sur le mode : « Puisque l’autonomie est impossible, alors je choisis l’indépendance. » On observe la situation inverse en Suisse, qui reconnaît quatre langues officielles et qui, à moins que quelque chose ne m’ait échappé, ne connaît pas de menace séparatiste.
Il est donc deux voies pour faire vivre ensemble des populations différentes. L’uniformisation autoritaire, d’une part ; le respect de la diversité et des droits culturels des minorités, d’autre part. Seule la seconde est compatible avec l’ambition de la France d’être le pays des droits de l’Homme.
(1) Etude de 2015 sur les usages linguistiques du catalan en « Catalogne Nord » menée par la Generalitat de Catalunya, le Conseil départemental des Pyrénées-Orientales et l’Institut franco-catalan transfrontalier (IFCT) de l’Université de Perpignan. Les chiffres concernant la « Catalogne Sud » proviennent de la plataforma per la llengua 2018 et de Quim Nadal, ancien rapporteur de la loi de politique linguistique en Catalogne.

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Los elegits se demandan se las escòlas immersivas poiriàn dobrir a la rintrada e se los enfants sonats Fañch, Jòrdi o Núria seràn pas pus considerats coma “franceses”

Paul Molac

La censura de la Lei Molac, de proteccion de las lengas del país en França, inquieta un nombre considerable d’elegits. 140 parlamentaris an mandat al president Emmanuel Macron una letra dobèrta ont sollicitan de cambiar la Constitucion.

Demest d’autres afars, los signataris se mòstran inquiets de la menaça que los 160 centres educatius en immersion pòscan pas dobrir a la rintrada, e mai qualques unes foncionen dempuèi aperaquí 50 ans. Dins aquel sens, vòlon  saber se Macron s’assegurarà a la rintrada del respècte de las condicions pedagogicas d’aqueles establiments, dont las calandretas, après la decision del Conselh Constitucional sus la Lei Molac.

Per quant a la mesa en causa dels caractèrs tipografics inexistents en lenga francesa pels rèirenoms, los signants comprenon “pas que, uèi, la libertat de causida dels rèirenoms pels enfants de nòstre país pòsca èsser remesa en causa” e se demandan s’aqueles enfants seràn considerats coma “franceses”.

En consequéncia, sollicitan del president qu’engatge lèu-lèu una revision constitucionala que permeta al poder public “de protegir e promòure las lengas regionalas”.

 

Per mai d’informacion:

— Libération 17.06.2021: Langues régionales: 140 parlementaires veulent changer la Constitution
— Letra dobèrta dels parlamentaris al president Emmanuel Macron
[Poblejat dins http://www.jornalet.com]

Educació avala l’ensenyament en cors i dona esperances a les altres llengües de l’Estat francès

La immersió lingüística en llengua corsa es mantindrà durant el proper curs escolar, tot i la decisió del Consell Constitucional de prohibir aquest tipus d’ensenyament que havia avalat la Llei de Protecció patrimonial i promoció de les llengües regionals aprovada l’abril passat a l’Assemblea Nacional. Així ho ha anunciat aquest dimecres Saveriu Luciani, conseller executiu responsable de la llengua corsa, arran dels contactes mantinguts amb la màxima responsable del Ministeri d’Educació a Còrsega, Julie Benetti, que ha confirmat el manteniment de l’ensenyament immersiu en llengua corsa en les sis escoles de primària on ja es fa i que acullen 320 alumnes.

Luciani, que ha celebrat que “no hi hagi cap canvi en les escoles en la tornada al setembre del 2021”, ha explicat que tampoc no hi haurà “cap problema” a autoritzar la immersió lingüística en cors en altres escoles. L’únic que hauran de fer serà complir els requeriments pedagògics i administratius, com feien fins ara.

L’exemple de Còrsega suposa un motiu d’esperança per a tots els centres d’immersió en llengües dites regionals de l’Estat francès, que havien rebut amb molta satisfacció la “històrica” llei de llengües aprovada per l’Assemblea Nacional que, amb la mutilació del Consell Constitucional posa en perill la tasca de moltes escoles.

Els responsables polítics dels territoris afectats pels vetos a la coneguda com a Llei Molac (pel seu impulsor, el diputat bretó Paul Molac) pressionen el govern francès i el president, Emmanuel Macron, perquè deixi la resolució del Constitucional sense efectes pràctics o els minimitzi. Els presidents de les tretze regions de l’Estat han adreçat una carta conjunta a Macron en què li expressen la voluntat de treballar amb l’Estat per trobar la manera de garantir l’ensenyament immersiu de les “llengües regionals”, així com la presència de les grafies d’idiomes diferents del francès, també prohibides pel Consell Constitucional. Els tretze responsables polítics remarquen el rebuig que ha causat la resolució judicial als seus territoris, expressat en les manifestacions del dissabte passat, i recorden que hi ha molts estudis que demostren que la immersió no suposa cap escull per a l’aprenentatge del francès.

Per mirar de resoldre el conflicte, el primer ministre francès, Jean Castex, ha encarregat a dos diputats la missió de fer un informe sobre la immersió lingüística i actuar en conseqüència un cop se’n sàpiguen els resultats. Macron ha demanat que no es posin traves a l’ensenyament immersiu de les llengües minoritzades, que va qualificar de “tresor nacional”.

 

 

[Font: http://www.diaridelallengua.cat]

Desenes de milers de persones es manifesten contra una decisió del Consell Constitucional que considera la immersió a l’escola pública contrària a la Carta Magna · Les escoles immersives associatives temen pel seu futur

Manifestació a Baiona (País Basc), 29 de maig de 2021.

 

El que havia de ser una “llei històrica” ha deixat pas a una amenaça de present i futur. Així ho han entès les desenes de milers de persones que aquest 29 de maig s’han manifestat per les ciutats de diverses nacions sense estat de França, en defensa de la immersió en llengües minoritzades: una metodologia que té un avenir incert després de la declaració d’inconstitucionalitat de dos articles de l’anomenada Llei Molac.

Perpinyà, Albi, Carcassona, Bastia, Baiona, Lilla, Guingamp o Baiona han estat algunes de les viles que han concentrat les protestes, convocades per les organitzacions del col·lectiu Perquè Visquin les Nostres Llengües, entre les quals la majoria d’escoles immersives associatives com La Bressola, Calandretas, Diwan, Seaska o ABCM. Notables han estat, sobretot, les manifestacions del País Basc (Baiona) i Bretanya (Guingamp), les dues que, segons l’organització, han reunit al voltant de 10.000 persones cadascuna.

Des del País Basc, la federació d’escoles Seaska té clar que la immersió està ara “en perill” després que el Consell Constitucional hagi decidit que l’article 4 de la Llei Molac “ignora” l’article 2 de la Constitució francesa, el qual recull que “la llengua de la república és el francès”. “Per tant, [l’article] és contrari a la Constitució”, diu la decisió de la màxima autoritat constitucional de França.

La Llei Molac va ser aprovada per l’Assemblea Nacional francesa el 8 d’abril. Oferia tres grans novetats: la possibilitat d’usar la metodologia immersiva a les escoles públiques, un millor finançament per a les escoles immersives associatives i l’autorització de l’ús de signes diacrítics propis de llengües minoritzades (com ara la “ñ” del bretó) en els actes d’estat civil.

El 22 d’abril, però, 60 diputats de la majoria governamental van presentar un recurs contra la Llei Molac davant del Consell Constitucional, que el 21 de maig va determinar la inconstitucionalitat de la immersió i també de l’ús dels diacrítics.

En tots dos casos, hi ha una qüestió fonamental, segons el Consell: a França, la legislació no reconeix a ningú el dret d’usar una llengua que no sigui la francesa en les seves relacions amb l’administració o els serveis públics. Segons el Consell, la immersió i els diacrítics superen aquesta barrera.

Canviar la Constitució o provar de resistir?
Davant d’aquesta lògica, són diverses les veus que demanen de modificar la Constitució perquè aquesta incompatibilitat desaparegui. És la posició del col·lectiu Perquè Visquin les Nostres Llengües. Considera que seria inútil intentar aprovar una altra llei similar a la Llei Molac i opina que caldria modificar l’article 2 de la Constitució directament. També l’alcalde de Pau, François Bayrou, entén que és necessària una esmena constitucional.

El 2008, quan es va introduir la menció a les “llengües regionals” a la Constitució, es va parlar de fer-ho en l’article 1. Les reaccions del nacionalisme francès i de diverses instàncies oficials van ser irades i finalment els idiomes minoritzats van ser relegats a l’article 75.

Mentrestant, les possibilitats que obre la decisió del Consell Constitucional inquieten a moltes organitzacions que treballen a favor de les llengües minoritzades. No és ja que no es podrà introduir la immersió als centres públics, sinó que es genera incertesa respecte del futur de les escoles immersives associatives. El ministre d’Educació del govern francès, Jean-Michel Blanquer, ha avisat que la decisió “conduirà cap a algunes evolucions” en escoles com les Diwan.

A propòsit d’això, aquestes escoles immersives bretones han reconegut que “a partir d’ara, ens trobem en terreny desconegut en matèria jurídica, financera i operativa”. És la incertesa de fins a quin punt la decisió del Consell tindrà efectes, també, sobre les escoles immersives associatives.

Mentre, Seaska apunta que Blanquer té un “somni”: eliminar totalment el model immersiu, també a les escoles associatives, i substituir-lo pel “sistema bilingüe, que no crea parlants complets, de manera que les nostres llengües desapareguin”. La federació basca opina que les negociacions futures amb les autoritats franceses seran més complicades a causa de la decisió del Constitucional.

En un comunicat aquest 26 de maig, el president de França, Emmanuel Macron, ha dit que havia demanat al govern francès i al Parlament que “trobin els mitjans de garantir la transmissió” de la diversitat lingüística, respectant “els marcs pedagògics àmpliament reconeguts des de fa mig segle”.

 

[Imatge: : Euskaltzaleen Topagunea – font: http://www.nationalia.cat]

Un recensement national à venir en Pologne va laisser la possibilité aux minorités nationales d’exprimer leur appartenance culturelle et identitaire. En Silésie, région du sud-ouest du pays, une forte identité régionale demeure. Comment la nouvelle génération de Silésiens vit-elle son héritage ?

Image for En Silésie, que reste-t-il de l'identité régionale chez les jeunes ?

 

Écrit par Thomas Laffitte

« Dans une famille, on dit souvent que la deuxième génération s’intéresse de près à ses origines. Pour notre génération de Silésiens, c’est pareil ». Pour Mateusz, originaire de la région et vivant à Rybnik, non loin de la frontière tchèque, cela ne fait aucun doute : les jeunes silésiens s’intéressent à leurs origines. Même si les jeunes générations ne maîtrisent plus aussi bien le silésien que leurs aînés, la question de l’identité régionale a persisté, et refait aujourd’hui surface. La Silésie est non seulement la région la plus riche du pays après celle de Varsovie, mais c’est également la plus peuplée, avec un taux d’urbanisation très élevé (78% d’urbains).

Mateusz et sa compagne sont finalement revenus vivre en Silésie, après avoir voyagé à Cracovie, Munich et New York. « On travaille entièrement à distance, à mi-temps pour une boîte basée à Varsovie, à mi-temps en tant qu’entrepreneurs et activistes ». Cet activisme prend la forme d’un site web dédié à la Silésie. « Nous sommes des patriotes locaux qui utilisent leur temps libre et leurs ressources pour apprendre à mieux connaître la Silésie, la promouvoir, préserver sa langue et sa « conscience régionale » ». Ce jeune couple poste donc régulièrement du contenu sur les principales attractions touristiques de la région, tout en proposant des « guides touristiques, des articles en langue silésienne, des podcasts, des vidéos».

Pour ces patriotes, l’année 2021 pourrait peut-être marquer une étape importante dans la reconnaissance de cette identité. À partir du 1er avril, un recensement d’échelle nationale aura lieu en Pologne, et s’étalera jusqu’à fin septembre. Dans le formulaire obligatoire à remplir en ligne, en plus des questions administratives classiques, les citoyens polonais vont devoir répondre à des questions portant sur la religion ou leur nationalité. Sur cet aspect, les habitants de la Silésie pourront décider de déclarer (ou non) leur identité silésienne et le cas échéant, d’indiquer s’ils utilisent le silésien comme langue du quotidien.

D’un pays à l’autre, une histoire de frontières

Pour l’eurodéputé polonais Łukasz Kohut, pleinement engagé dans la reconnaissance de la Silésie en tant que région autonome, le recensement à venir est crucial. « Ma principale mission est de combattre pour le droit des citoyens à exprimer librement leur affiliation ethnique et linguistique », nous explique-t-il. L’évocation d’un combat n’est pas étonnante quand on connaît l’histoire de la région. Historiquement, la Silésie se trouve au carrefour – d’aucuns diraient « coincée » – entre la Pologne, l’Allemagne et la Tchéquie (historiquement la Bohême). Pour M. Kohut, cette histoire mouvementée est au cœur de la définition de l’identité silésienne, alors que « les Silésiens ont été divisés par des frontières imposées par les États-nations voisins, eux-mêmes hostiles les uns envers les autres ».

Durant l’entre-deux-guerres, la Silésie a disposé d’un parlement régional (en polonais sejm, de 1920 à 1945), qui a accordé une certaine autonomie à ses minorités. L’expérience fut toutefois de courte durée, car après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste en place pendant près de cinquante ans ne laissait aucune place à l’expression des identités régionales. Malgré la transition vers un régime démocratique au début des années 1990, M. Kohut explique que « la politique de l’État polonais dans les dernières décennies a été de nier les régionalismes ». Il ajoute même que « le gouvernement actuel, avec son obsession nationaliste, est de loin le pire depuis 1989 ». Il croit cependant à la possibilité d’un changement. « Je crois qu’avec le temps et avec un changement politique, la situation pourrait changer. Je vois beaucoup de jeunes politiciens démocrates, qu’ils soient de gauche ou centriste, comprendre et soutenir notre cause ».

Le destin bien connu d’une langue régionale

Asia, bientôt la vingtaine, est partie étudier en Grande-Bretagne après avoir joué pendant plus de 10 ans dans la troupe du théâtre Naumiony. Selon elle, « l’identité silésienne est inséparable de son dialecte. La manière dont vous parlez, l’intonation, la force du dialecte sont inséparables de l’histoire et des traditions de la Silésie ». Lors du recensement de 2002, un peu plus de 50 000 personnes de Haute-Silésie avaient déclaré parler la langue. Cela dit, ces chiffres ne couvrent pas la totalité de la région. Pour Mikołaj, 25 ans, lui aussi étudiant au Royaume-Uni, le lien avec la langue n’est plus si évident. « Même si c’est une part essentielle de la culture, personnellement, je ne pense pas que l’identité silésienne soit liée à la langue. Je sais que certains jeunes silésiens très engagés apprennent la langue, mais il n’y a pas de possibilités de le faire à l’école ». Il ne constate pas de réelle réappropriation de la langue par la jeune génération.

Qui plus est, comme toute langue régionale, le silésien fait face à la question de son statut. Asia préfère par exemple parler de dialecte. « Malheureusement, ça n’est pas une langue, mais j’espère que ça le sera un jour ! ». Comme c’est souvent le cas des langues régionales qui ne vivent qu’à travers le quotidien de ses locuteurs, elles souffrent d’un manque de standardisation. Maciej, la vingtaine, nous explique qu’« il n’y a pas une seule langue silésienne. C’est comme un pantalon troué : il y a beaucoup de choses similaires, mais il y a aussi des ajouts différents ». Le Silésien souffre également d’un héritage difficile. « Pour certains d’entre nous, on nous a enseigné que c’était très mal vu de parler silésien. C’était d’ailleurs une idée très répandue auparavant, auprès des anciennes générations, pour qui ça pouvait être juste naze de le parler », explique Maciej. Situation dont Asia se désole largement : « j’entends dire que le silésien sonne ‘primitif’, ça me rend si triste ! Les connotations autour du dialecte silésien sont déplorables ». Enfin, la question linguistique se heurte également à un autre obstacle, à l’heure où l’apprentissage des langues est souvent envisagé d’un point de vue utilitariste. Aussi, pour Stanisław, qui vient d’avoir 18 ans, « on n’a pas vraiment l’impression que le silésien serait utile pour notre futur, qu’on imagine le plus souvent hors de Silésie ».

Une jeunesse très pragmatique

En vue du recensement à venir, Stanislaw ne compte pas « exprimer quoique ce soit en lien avec la Silésie ». Les questions identitaires et linguistiques sont souvent secondaires auprès d’une jeunesse très européenne, mobile et prête à saisir des opportunités à l’étranger. Stanisław l’affirme d’ailleurs sans détour : « l’identité silésienne n’a jamais été quelque chose de très important pour moi ». Maciej abonde, même s’il a entendu parler du recensement, lui non plus ne prévoit pas de renseigner quoi que ce soit de particulier en lien avec la Silésie, « du moins, rien d’extra. S’il y a une question au sujet de ‘l’ethnicité’, alors je répondrai, mais sinon je ne ressens pas le besoin de montrer mes origines ». Ces jeunes adultes ne manquent pas de souligner qu’ils ne sont pas forcément très intéressés par la politique, ou alors qu’ils ne sont pas bien renseignés sur ces sujets-là. Pourtant, un certain pragmatisme se dégage de cette jeunesse qui, si elle semble peu intéressée à l’idée de défendre le régionalisme silésien, a toutefois un certain nombre d’idées bien claires, notamment quant à la nécessité de sortir de l’industrie du charbon.

« La Silésie ne serait pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui sans les mines de charbon », avance Asia, qui explique que les mines « font partie du paysage, elles sont partout ». De même, Stanisław souligne qu’ « un grand nombre de Silésiens pensent que le charbon est notre trésor ». Cette industrie, qui remonte au XVIIIe siècle, est la principale source d’emploi dans la région, avec près de 100 000 employés en 2015. Cela fait de la Silésie la région de la Pologne la plus dépendante à l’exploitation du charbon. Malgré cela, les jeunes sont unanimes : les mines doivent fermer. « Elles ne seront pas oubliées, au contraire, mais elles doivent être fermées le plus vite possible », explique Maciej. La plupart d’entre eux considèrent qu’une transition vers les énergies renouvelables est tout à fait possible dans un futur proche. « On peut tout à fait – et même, on doit vivre sans elles ! », affirme Asia. « On pourrait laisser l’identité industrielle rester prédominante, mais en utilisant d’autres types d’industrie, comme les énergies vertes », nous dit Stanisław. Qui plus est, « c’est possible d’avoir une institution défunte qui fonctionne toujours comme une part importante de notre culture », souligne Mikolaj.

L’horizon européen

L’autre sujet qui semble faire consensus auprès de la jeunesse silésienne est l’attachement à l’Union européenne. Stanisław compte même souligner sa qualité de « citoyen européen » lors du prochain recensement. « Je suis très attaché à la vision d’une Europe unie », nous dit-il. Au-delà du seul attachement à l’Europe, cette jeunesse semble espérer un approfondissement de l’intégration, dans une perspective fédérale. Si l’UE plaît autant, c’est aussi parce qu’elle semble représenter une solution politique moins envisageable au sein de l’État-nation polonais. Pour Mateusz, « s’il ne s’agissait que de l’UE, je serais calme et me sentirais en sécurité vis-à-vis de mon héritage silésien. Il y a clairement de la place pour les minorités au sein de l’UE, et c’est ça qui la rend si attractive et puissante ».

Les idées sécessionnistes ou séparatistes sont loin d’être la préoccupation de cette jeune génération. Mikołaj, qui compte bien mentionner son identité silésienne lors du prochain recensement, regrette que la Pologne soit si centralisée et aimerait voir plus de pouvoirs dévolus aux régions. « Évidemment, le rêve serait d’élire des eurodéputés au sein de régions qui transcendent les frontières, mais je comprends bien qu’en l’état actuel des choses, ça n’est pas à l’ordre du jour », ajoute-t-il. Un rêve à l’heure actuelle, mais peut-être une réalité quand cette génération se trouvera aux commandes.


Cet article a été réalisé en partenariat avec le Courrier d’Europe Centrale.

[Photo : Musée de Silésie à Katowice, sur le site d’une ancienne mine © Patrice Sénécal – source : http://www.cafebabel.com]

Denúnciao A Mesa pola Normalización Lingüística.

DNI

Desde decembro de 2001, vai para 20 anos, o documento de identidade (DNI) estaba, ademais de en castelán, no idioma propio de cada un dos territorios con esta lingua: galego, euskera e catalán.

Dábase así cumprimento a unha decisión nada a partir dunha proposta non de lei impulsada non por ningunha organización nacionalista, independentista ou “enemiga de la unidad de España” senón polo PP de Catalunya.

Mais agora, case 20 anos despois, dese paso, o novo documento de identidade xa non estará nin en galego (na Galiza), nin en vasco (en Euskal Herria) nin en catalán. Seguirá a estar en castelán e, a partir de agora, tamén en inglés. Mais xa non en ningunha das linguas cooficiais.

Isto é o que A Mesa pola Normalización Lingüística vén de denunciar nas redes sociais.

Con palabras en inglés, obrigatorio desde o 2 de agosto (levarán ese formato os que se tramiten a partir desa data) e que deixará obsoleto o actual DNI en 2031. Esta semana presentouse o novo DNI europeo, un documento que introducirá novidades na documentación dos cidadáns do Estado para partir do verán e que incorpora novas medidas de seguridade para cumprir co Regulamento UE 2019/1157 do Parlamento Europeo e do Consello do 20 de xuño de 2019, de obrigado cumprimento para todos os Estados da UE desde este verán.

Desta maneira, o Estado español adapta o DNI á lexislación da UE sobre identidade dixital.

 

[Fonte: http://www.nosdiario.gal]

« De l’esperança a l’indignació ». El 29 de maig Perpinyà clamarà a favor de l’ensenyament en català

Cartell de la convocatòria a favor de la immersió educativa del 29 de maig a Perpinyà el

Cartell de la convocatòria a favor de la immersió educativa del 29 de maig a Perpinyà.

La sentència del Consell Constitucional francès barrant el pas a l’ensenyament immersiu del català ha provocat molt malestar a la comunitat educativa i a la societat de la Catalunya del Nord. L’anomenada ‘llei Molac’, elaborada pel diputat bretó Paul Molac pretenia defensar la protecció del patrimoni de les llengües regionals i la seva promoció, per primera vegada en diverses dècades.

Tot i això, la immersió lingüística en català i altres llengües regionals ha estat tombada perquè « la llengua de la República és el francès ». La prohibició pot afectar escoles que imparteixin classes en bretó, basc, català o occità.

Des de les Escoles Bressola s’ha resumit molt bé el trànsit que s’ha viscut entre l’aprovació de la llei i la seva derogació pel part del Constitucional: « Amb poques setmanes de diferència hem passat de l’esperança a la indignació ». Aquesta indignació és el sentiment que marca el comunicat que han emès per valorar la sentència i convocar una manifestació a favor del sistema immersió pel pròxim dissabte 29 de maig a les 15h a la Plaça Catalunya de Perpinyà.

La sentència no només reafirma la supremacia del francès respecte totes les llengües de l’Estat, sinó que posa en risc el model educatiu de la Bressola, perquè, segons la sentència, seria « il·legal » ensenyar en català.

Cartell de la convocatòria de la manifestació a favor de l’educació immersiva. 

 

 

[Imatge: La Bressola – font: http://www.racocatala.cat]

Écrit par Michel Feltin-Palas

On aimerait en rire si ce n’était à en pleurer. Le 21 mai correspondait, selon l’ONU, à la Journée mondiale de la diversité culturelle. Et c’est ce jour qu’a choisi le Conseil constitutionnel pour signer ce qui ressemble à l’arrêt de mort des langues dites régionales (1) en censurant l’essentiel de la loi Molac dans des conditions on ne peut plus troubles. Vous pensez que j’exagère ? Alors lisez ceci.
· Le raisonnement est assez simple. Depuis des décennies, la France a fait en sorte que la transmission dans les familles s’interrompe (je reviendrai sur ce point prochainement). Dès lors, seul l’enseignement peut encore « créer » de nouveaux locuteurs. Mais pas n’importe quel enseignement. Il va de soi que, dans une société désormais totalement francophone, suivre trois ou six heures de cours par semaine ne suffit pas. La seule technique efficace est celle de « l’immersion », dans laquelle la majorité des cours a lieu en langue régionale. Or c’est cette méthode qui vient d’être déclarée inconstitutionnelle. Pire encore : non seulement elle ne sera pas étendue à l’école publique, comme le proposait la loi Molac, mais, selon le Conseil constitutionnel, elle est désormais interdite là où elle existait, notamment dans les écoles associatives : ikastolak au Pays basque, diwan en Bretagne, calendretas en Occitanie, bressolas en Catalogne, etc. Fin de la transmission dans les familles, interdiction de l’enseignement immersif : la boucle est bouclée.
· Certes, Jean-Michel Blanquer minimise les effets de cette décision. « La France encourage les langues régionales« , assure-t-il ainsi dans un entretien accordé à Ouest-France. S’il reconnaît être opposé à l’immersion, il se dit favorable au « bilinguisme », technique qui consiste à travailler dans deux langues en même temps, mais dans un volume horaire bien moindre. Ce faisant, le ministre de l’Éducation nationale joue sur les mots car il le sait parfaitement : cette méthode pédagogique ne permet pas de créer de bons locuteurs.
· La manière dont cette décision a été prise mérite aussi que l’on s’y arrête, et ce aussi bien politiquement que constitutionnellement. Commençons par la politique. Aucune loi n’avait été votée sur ce sujet depuis soixante-dis ans – ce qui en dit long sur la volonté réelle de la France de sauver son patrimoine linguistique. Or voilà que Paul Molac, un député régionaliste breton et opiniâtre (pléonasme ?), parvient à vaincre tous les obstacles, en réunissant sur son texte une écrasante majorité aussi bien au Sénat (253 pour, 59 contre) qu’à l’Assemblée nationale (247 pour, 76 contre).
· Mais la bataille n’était pas terminée, on vient de le voir. Jean-Michel Blanquer – il l’a reconnu – a fait rédiger par son propre cabinet la saisine officiellement déposée par 61 parlementaires – étrange conception de la séparation des pouvoirs. Phénomène tout aussi inédit : alors que la majorité du groupe LREM avait approuvé le texte, une minorité de ce groupe a saisi le Conseil sans en avertir le reste de ses collègues !
· À l’évidence, ce stratagème a également reçu l’aval d’Emmanuel Macron. En effet, la Constitution ne laisse que quinze jours au chef de l’État pour promulguer une loi définitivement adoptée. Ce délai expirait le 22 avril au soir ? La saisine est intervenue le… 22 avril à 18 heures.
· Quatre des 61 députés ont publiquement affirmé que leur signature leur avait été arrachée par une série de mensonges et ont écrit au Conseil constitutionnel pour la retirer. Si leur demande avait été entendue, le nombre de signataires serait tombé sous la barre fatidique des 60 et la saisine aurait été déclarée irrecevable. Sans surprise, le Conseil a estimé que leurs signatures devaient être tout de même comptabilisées.
· Ce n’est pas tout. Les « sages » n’étaient saisis que sur un article, concernant le financement par les communes de l’enseignement des langues régionales, article qu’il ont validé. Ils auraient pu s’en tenir là, comme il le fait d’ordinaire, mais il ont décidé de leur propre chef d’examiner deux autres articles du texte. Une pratique tout à fait exceptionnelle, selon les connaisseurs de l’institution.
· Venons-en à l’argumentation juridique. Pour censurer le principe de l’enseignement immersif, le Conseil s’est référé à un complément de l’article 2 de la loi fondamentale : « la langue de la République est le français ». Or de nombreux spécialistes contestent cette interprétation pour la raison suivante. Votée en 1992, cette phrase était destinée à lutter contre… l’anglais, comme en témoignent les débats de l’époque (voir « Lire aussi »). Plusieurs parlementaires, méfiants, avaient publiquement exigé que ledit article ne soit jamais utilisé contre les langues régionales, ce à quoi le gouvernement s’était explicitement engagé. Ajoutons qu’à aucun moment il n’est écrit que le français est la « seule » langue de la République. Ajoutons encore qu’un article 75-1 a été introduit en 2008 pour y faire figurer les langues régionales et pouvoir ainsi les défendre. Et pourtant : le Conseil ne cesse depuis bientôt trente ans de se référer à l’article 2 pour s’opposer aux langues minoritaires.
· Admettons cependant que l’article 2 ne soit pas clair et que l’on puisse de bonne foi hésiter sur son interprétation. Traditionnellement, dans les cas litigieux, le Conseil consulte les travaux préparatoires qui ont amené à sa rédaction. « En cas de doute, il se réfère aux intentions du législateur », confirme la juriste Anne Levade. Or, on l’a dit, celles-ci étaient explicites : non à l’anglais, aucune conséquence pour les langues régionales. Eh bien, le Conseil le reconnaît sans fard : il ne s’est pas rapporté aux débats de 1992 ! La raison ? « Selon lui, cet article est parfaitement clair. Il impose le français partout, et le français seul », souligne un spécialiste.
Notons pour terminer que le Conseil constitutionnel a également invalidé la disposition prévoyant dans les documents d’état-civil l’utilisation des signes « diacritiques » propres aux langues régionales, comme le ñ (qui figure pourtant dans l’ordonnance de Villers-Cotterêts). Signalons enfin qu’au cours des dernières semaines, le gouvernement a lancé avec force flonflons le « Pass culture » – sans e – et créé des cartes d’identité bilingues anglais-français.
Oui, on aimerait en rire si ce n’était à en pleurer.
(1) En tout cas en métropole. Les taux de locuteurs sont bien plus élevés outre-mer.

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

Il n’y a pas meilleur que lui pour faire se rencontrer la tradition celtique et la modernité. Le chanteur breton Denez Prigent vient de publier un nouvel album, Stur an Avel/Le Gouvernail du vent. Un disque envoûtant comme la potion d’un druide contemporain, où les instruments acoustiques fusionnent avec l’électronique. La liberté, l’amour, la mort : les 14 chansons en langue bretonne touchent à l’universel.

Le chanteur breton Denez Prigent revient avec l’album « Stur an Avel/Le Gouvernail du vent ».

Écrit par Sébastien Jédor

RFI Musique : Sur ce disque Stur an Avel/Le Gouvernail du vent, bombardes et cornemuses se frottent au qanûn turc et au duduk arménien. Mais votre méthode de travail reste la même…
Denez Prigent :
 J’ai une marque de fabrique, effectivement. Je viens du chant a cappella et pour moi, il est tout naturel, quand je travaille sur un nouvel album, d’enregistrer d’abord ma voix seule, pour garder intacte l’émotion et l’énergie du chant. Ensuite, j’habille ce corps de textures musicales différentes : traditionnelles et conventionnelles avec des instruments acoustiques ou plus modernes et avant-gardistes avec des sonorités électroniques.
Cette méthode me permet de ne pas perdre l’essentiel : le chant avant tout. Si je porte trop de vêtements, en quelque sorte, dans une chanson, je le sais tout de suite, parce que j’ai en tête le chant d’origine a cappella. Les musiciens qui m’entourent savent également que l’axe principal de mon travail, c’est le chant : ils ne viennent pas le vampiriser, mais le sublimer.

Mais de cette manière, vous n’êtes jamais certain de la forme que va prendre un morceau ?
Ça dépend. Pour En avel a-benn/Dans le vent contraire, le titre qui ouvre l’album, j’ai tout de suite pensé à faire appel à un bagad [formation bretonne traditionnelle avec cornemuse, bombarde et percussion, ndlr]. Mais en général, pour moi, peu importe que les instruments soient bretons ou pas. D’ailleurs, il n’y a pas vraiment d’instruments bretons. Il y des instruments qui sont devenus bretons. L’origine de la musique bretonne, c’est le chant a cappella, et cela remonte très loin, au Ve siècle, avec les premières gwerz, les premiers « récits ». Ce chant produit une mélodie non tempérée, arythmique. Plus tard, est venue la harpe, pour l’accompagner. Mais la bombarde, que l’on considère aujourd’hui comme un emblème de la musique bretonne, nous vient des croisades. C’est un instrument oriental à l’origine, adapté aux mélodies chantées… et qui est devenu breton à part entière !
C’est la même chose aujourd’hui. J’ai dans ma palette sonore des instruments qui ne sont pas bretons, mais qui le deviennent parce qu’ils accompagnent un chant en breton. C’est le cas du qanûn turc, que vous évoquiez, et dont joue Maëlle Vallet, une harpiste de formation qui a étudié auprès d’un grand maître en Turquie. Elle parvient parfaitement à se glisser dans toutes les nuances de la gwerz… Et le qanûn devient breton !

La gwerz, justement, est un style de chant que vous affectionnez beaucoup. Pourquoi ?
Oui, parce que si la chanson est une expérience individuelle, la gwerz, elle, est un chant qui touche presque au sacré. Il relate un évènement qui touche une large communauté : naufrage, épidémie, meurtre… Des faits tragiques… Ceux qui composent la gwerz sont souvent des contemporains de l’évènement, voire des témoins ou des protagonistes, comme des soldats ou des marins rescapés d’un naufrage par exemple. La poésie de la gwerz est époustouflante. Elle est le fruit de la rencontre des bardes gallois exilés en Bretagne et des bardes armoricains, au Ve siècle.
Ces gwerz ont été rassemblées au XIXe siècle et, pour certaines, traduites. George Sand, par exemple, considérait que la Gwerz du tribut de Nominoë [poème sur la vie d’un roi breton, NDLR], surpassait L’Iliade et l’Odyssée d’Homère. Le récit de Tristan et Iseult trouve, lui, son origine dans la Gwerz de Bran. Tolkien, l’auteur du Seigneur des anneaux, s’y est aussi intéressé. Il possédait un recueil de gwerz et il s’est inspiré de l’un de ces récits anciens pour un roman.
Quant à moi, la première fois que j’ai écouté une gwerz, j’ai ressenti comme une épiphanie… Cette émotion très forte ne m’a jamais quitté. C’était comme si toutes les cellules de mon corps s’étaient réveillées d’un coup. J’ai su que ce chant allait occuper une très grande place dans ma vie.

Que vous chantiez l’amour, la liberté ou de grandes épopées, c’est souvent la mélancolie qui domine. La mort n’est jamais loin. À quoi cela tient-il ? 
Le Breton est mélancolique. Il garde une nostalgie du temps passé et se méfie des grands changements présentés comme des « progrès ». Et s’il adopte finalement ces évolutions, il conserve précieusement ses racines, pour ne pas perdre l’essentiel. C’est mon cas aussi. J’habille mes textes de musique électronique, mais j’enregistre le chant a cappella avant tout, comme le veut la tradition, ainsi que je vous l’expliquais.
En Bretagne, la mort ne nous fait pas peur. Aujourd’hui, on cache les morts, on ne leur parle pas. Mais pendant très longtemps, en Bretagne, les morts ont vécu avec nous. Par exemple, le titre Pennoù kelc’hiet /Têtes auréolées m’a été inspiré par la vision d’un crâne dans un ossuaire. L’ossuaire est une chapelle funéraire située dans l’enceinte d’un cimetière, autour d’une église. Tous les cinq ans, tous les os des défunts étaient placés là, à la vue de tous, selon un rite bien précis. Les crânes étaient installés dans des châsses avec une épitaphe… Les enfants pouvaient dialoguer avec leurs aïeux.
Tout cela pour vous dire que le rapport du Breton à la mort ne relève pas d’une tristesse négative ! Le chant, même triste, est vécu comme un exutoire. Il nous libère et nous purifie des peurs et des angoisses liées à la mort ou à la maladie. Un chant breton comme la gwerz a des vertus thérapeutiques !

Denez Prigent Stur an Avel / Le Gouvernail du Vent (Coop Breizh) 2021
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[Photo : Emmanuel Pain – source : http://www.rfi.fr]