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Miloš Forman (1932-2018), réalisateur, scénariste et professeur de cinéma, est né en Tchécoslovaquie. Après le Printemps de Prague en 1968, ce chef de file de la « nouvelle vague » tchécoslovaque choisit l’exil aux États-Unis où il réalise des chefs d’œuvre – « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Hair », « Ragtime », « Amadeus » – et est distingué par deux Oscar du Meilleur réalisateur. Arte rediffusera le 8 juin 2021 « Milos Forman, une vie libre » (Milos Forman, ein freies Leben) par Helena Trestikova et Jakub Hejna.

Publié par Véronique Chemla 

Né en 1932, Miloš Forman est orphelin durant la Deuxième Guerre mondiale : directeur d’école, son père est résistant et sa mère, dénoncée, est tuée au camp nazi d’Auschwitz. Plus tard, des indices l’inciteront à penser que son père biologique a pu être un architecte juif.

Formé à l’École de cinéma de Prague, il s’affirme dans les années 1960 en chef de file de la nouvelle vague tchèque.

Il se distingue par ses comédies dramatiques ironisant sur le régime communiste : L’As de pique (1963), Les Amours d’une blonde (1965), Au feu, les pompiers ! (1967).

Après la répression du Printemps de Prague – son ami admiratif le réalisateur Claude Berri ramène de Prague à Paris l’épouse et les fils du réalisateur -, Miloš Forman s’installe aux États-Unis. Là, il y tourne Taking off (1971).

Suivent « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Hair », « Ragtime », « Amadeus »… Son génie dans la direction d’acteurs, la finesse psychologie, et son regard empreint d’humanité teintée d’ironie lui valent d’être distingué à Hollywood par deux Oscar du Meilleur réalisateur.

« La Tchéquie insoumise de Milos Forman »

Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d' »Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « La Tchéquie insoumise de Milos Forman » (Miloš Formans rebellisches Tschechien). « Les calmes collines de la Bohème d’après-guerre ont vu éclore le talent de l’un des plus grands cinéastes tchèques, Milos Forman. Dans la Tchécoslovaquie communiste, le jeune homme réalise ses premiers films dans lesquels il dénonce l’oppression et l’absurdité des systèmes autoritaires. Exilé aux États-Unis, il revient à Prague dans les années 1980 pour tourner l’un de ses chefs-d’œuvre, “Amadeus”.

« Milos Forman, un outsider à Hollywood« 
« Milos Forman, un outsider à Hollywood » est un documentaire produit et réalisé par Clara Kuperberg et Julia Kuperberg. « Milos Forman, adolescent, afin d’éviter de faire son service militaire, entre dans la première université qui l’accepte, celle de cinéma ! Malgré les contraintes de la bureaucratie stalinienne, il s’impose comme le créateur de la « nouvelle vague » tchèque ».

« Milos Forman, une vie libre  »

« Milos Forman, une vie libre » (Milos Forman, ein freies Leben) est un documentaire réalisé par Helena Trestikova et Jakub Hejna.

« J’évite consciencieusement de m’analyser. J’aurais horreur de devenir trop indulgent envers moi-même… »

« Milos Forman aura réalisé nombre de chefs-d’œuvre, de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » à « Man on the Moon » en passant par « Amadeus ». De la Nouvelle Vague tchèque à la consécration hollywoodienne, le portrait simple et émouvant d’un franc-tireur disparu en 2018, tissé d’archives en partie inédites ».

« Essentiellement tissé d’archives, dont certaines inédites, puisque les réalisateurs ont eu accès au fond privé de sa famille, et ponctué d’extraits de films, ce portrait est raconté par la voix du cinéaste disparu en 2018, tantôt en tchèque, tantôt dans son anglais à l’accent rocailleux, hormis un bref interlude dans un impeccable français ».

« Cinéaste entre deux mondes, habité par l’expérience précoce de la perte et de la solitude, mais aussi de la résistance, Milos Forman se livre avec une pudeur et une simplicité aujourd’hui presque désarmantes, tant son refus de la pose et de l’étalage intime semble relever d’une époque irrémédiablement révolue ».

« Recueillis sur plus de quarante ans, du milieu des années 1960 à 2009, la dernière où il a accepté d’être filmé, les entretiens qui font la matière de ce portrait ne parlent pourtant que de lui ».

« Mais qu’il replonge dans son enfance brisée par le nazisme (son père résistant, puis sa mère ont péri en déportation) ou la débine de ses premières années d’exil à New York, quand il loge gratuitement au glamour Chelsea Hotel, qu’il évoque sa gloire de héraut de la Nouvelle Vague tchèque (Les amours d’une blonde en 1965, puis Au feu les pompiers ! en 1967) ou ses Oscars en déluge (cinq pour Vol au-dessus d’un nid de coucou en 1976, huit pour Amadeus en 1985), Milos Forman fait montre de la même distance, teintée parfois d’autodérision ».

« Aussi peu soucieux de son image que d’analyse savante, il livre aussi le fil rouge qui a guidé ses pas avec constance : un attachement instinctif à sa liberté d’homme et de créateur, ayant préféré en connaissance de cause « la dictature du spectateur » à celle du bureaucrate ».

Rétrospective à la Cinémathèque

À l’été 2017, la Cinémathèque française a rendu hommage à Milos Forman en présentant une rétrospective de cet auteur (31 août-20 septembre 2017).

« Cinéaste tchèque contemporain à ses débuts des nouvelles vagues européennes des années 1960, devenu américain en 1968 après l’entrée dans Prague des chars soviétiques, Milos Forman a su garder son cap en n’étant jamais dupe de n’importe quel pouvoir : celui qui pèse sur les êtres pour les contraindre et les priver de toute dimension. C’est cette dimension retrouvée que ses films et ses personnages, à leurs risques et périls, manifestent et exaltent sans cesse », a écrit Bernard Benoliel.

« LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ

Et Bernard Benoliel d’analyser : « Vol au-dessus d’un nid de coucouHair, Amadeus… Qui ne connaît Milos Forman, sinon l’homme du moins ses films ? Mais davantage certains de ses films que l’œuvre tout entière, d’une rare cohérence par-delà les accidents d’une vie. Qui, jusqu’à récemment, a vraiment pris en compte Taking Off ? Qui a vu Ragtime sur grand écran ces dernières années ? A-t-on assez dit que Man on the Moon est un film stupéfiant, variation inspirée sur le spectacle et l’anti-spectacle ? Comprend-on suffisamment que les films et personnages de Forman ont en commun un humour tellement jusqu’au-boutiste qu’il devient manifeste politique ? « L’humour jaillit d’une crevasse qui s’est ouverte entre ce que les choses prétendent signifier et ce qu’elles sont en réalité. (…) Rien ni personne n’est dispensé du comique qui est notre condition, notre ombre, notre soulagement et notre condamnation », écrit Kundera à propos de Milos Forman justement. Sans doute cette attitude philosophique face à l’insensé de l’existence l’a t-elle sauvé lui-même, lui insufflant légèreté et lucidité, lui donnant envie de la place de cinéaste comme lieu idéal d’observation et qualifiant à jamais son regard sur le monde. »

« NAISSANCE D’UN REGARD

Et Bernard Benoliel de rappeler : « Né à Čáslav, dans l’ancienne Tchécoslovaquie, il est élevé dès l’âge de huit ans par de proches parents, les siens ayant été déportés sans retour. Il faut dire d’emblée la particularité d’un destin qui va irriguer toute son œuvre et lui donner chaque fois, quel que soit le sujet ou le pays du tournage, cette couleur si personnelle : Forman a connu intimement et à différents âges de sa vie toutes les idéologies qui ont formé et défiguré le XXe siècle, le nazisme, le communisme soviétique, le capitalisme américain. Non qu’il ait posé sur celles qu’il a représentées un regard d’équivalence ; il n’est simplement jamais dupe d’aucune, ni de celles-là ni de modèles historiques antérieurs, conscient de leurs effets systématiquement dévastateurs. Chaque fois, il leur oppose une liberté individuelle aussi fragile qu’acharnée et célèbre les sortes de riposte inventées par quelques-uns : un chant, un cri, une provocation, une sonorité inconnue – la musique et le rire de Mozart. »

Et Bernard Benoliel de poursuivre : « Étudiant à la FAMU, l’école pragoise pour futurs metteurs en scène, il travaille pour la télévision naissante, devient scénariste, assistant et signe un premier moyen métrage pour le cinéma, Concours, en 1962. Un film qui tranche déjà avec la production courante en choisissant, non un sujet « héroïque » mais banal, sauf qu’il n’était jamais traité à l’époque, révélant alors un interdit qui ne demandait qu’à se déchaîner : la vie réelle et les attentes d’une jeunesse, elle-même vue avec tendresse et sans complaisance. Forman est synchrone avec les nouvelles vagues qui se forment un peu partout au cours des années soixante. La confirmation de ce regard si singulier survient très vite avec deux longs métrages sensibles et impitoyables : L’As de pique (1963) et Les Amours d’une blonde (1965). En 1967, le jeune cinéaste fait un pas de plus, signant avec Au feu, les pompiers son premier film en couleurs et, surtout, une satire bouffonne qui trahit une impatience, la sienne et celle des forces vives de son pays : quelque chose d’un ordre politique immuable et périmé va céder, doit céder. Il est en France au moment où les forces du pacte de Varsovie écrasent en août 68 le Printemps de Prague, dont ses films tchèques constituent alors rétrospectivement parmi les plus beaux signes avant-coureurs. 1968 est le moment de l’impossible retour en arrière, du grand saut. Ou, tel qu’il a résumé lui-même son trajet d’est en ouest, Forman passe « du zoo à la jungle », d’un lieu où les personnes vivent comme en cage à un autre où l’illusion consiste à croire à la liberté parce qu’elle existe en théorie et même placée au cœur de la philosophie politique du « nouveau monde ».

« UN CINÉASTE À PART

Et Bernard Benoliel de souligner : « Étrangement ou logiquement, cet artiste, dont l’œuvre américaine interroge le spectacle et produit sa représentation critique, va rencontrer le succès : cinq Oscar pour Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), huit pour Amadeus (1983). En même temps, Forman demeure aux États-Unis un cinéaste à part : voir Taking Off, son premier film « américain » (1971) qui s’inspire en partie de Concours, qu’il tourne avec Miroslav Ondříček, le chef-opérateur de sa période tchèque, qui s’intéresse autant sinon moins à la jeunesse de son temps (Hair, dix ans plus tard) qu’à la génération des parents. À part encore parce que si souvent européen dans ses goûts : AmadeusValmont d’après Choderlos de Laclos (1988), Les Fantômes de Goya (2005). À part toujours parce qu’il choisit ses sujets ; parce que ses méthodes sur le plateau servent avant tout à restituer une certaine forme de « naturel » et de spontanéité des êtres, des gestes et des situations ; parce qu’il sait unir dans un même film la fresque et la miniature, tout un art du portrait à la manière de cet artiste dans Ragtime (1981) capable de faire apparaître des figures ressemblantes en découpant des profils dans du papier noir. Surtout, il s’éprend de personnages insoumis : Mozart, McMurphy (Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou), Berger (Treat Williams dans Hair), Larry Flint (1996), Andy Kaufman (Jim Carrey dans Man on the Moon, 1999), tous en butte à une forme ou une autre d’oppression avant que ne se dévoilent peu à peu leurs fêlures secrètes, la tentation du dédoublement, une forme de démence même que le spectateur, pris au piège de son identification idéale, n’avait su déceler plus tôt et constate avec étonnement. C’est dans cette manière d’être toujours surprenant et subtil, capable de formuler et déjouer des attentes, de provoquer pendant la projection elle-même un déplacement de la pensée que Forman rejoint son ambition la plus grande : « Je voudrais arriver à concevoir un art qui, à travers les infimes manifestations de l’esprit humain, puisse découvrir et libérer les plus grandes quantités d’énergie. »

« Vol au-dessus d’un nid de coucou » 

« À quel moment un individu qui remet en cause le pouvoir cesse-t-il d’être un héros et devient-il fou ? Ou vice-versa ? Ou les deux à la fois. À  la fin de la guerre, j’ai vu des gens attaquer des tanks avec un balai. On les a traités de fous. Quinze jours plus tard, on leur a érigé des statues, et on les a appelés des héros », se souvenait en 1976 Miloš Forman (1932-2018).

Le journaliste Ken Kesey s’inspire de son travail dans un hôpital psychiatrique et de ses expériences comme cobaye de produits chimiques hallucinogènes pour écrire son roman One Flew Over the Cuckoo’s Nest, du point de vue d’un Amérindien schizophrène. Dans les années 1960, une partie de la jeunesse américaine rebelle est sensible à la contestation qui agite les campus, aux thèmes et au style imagé de ce livre.

Au faite de sa gloire – il vient de jouer Spartacus de Stanley Kubrick (1961) -, l’acteur Kirk Douglas lit les épreuves du livre avant sa publication en 1962. Enthousiasmé, il en achète les droits et interprète le rôle principal dans l’adaptation théâtrale par Dale Wasserman à Broadway.

Fort du succès de la pièce, Kirk Douglas, qui dirige sa société de production Bryna, cherche les financements nécessaires pour l’adaptation cinématographique. En vain : les producteurs potentiels trouvent le sujet « trop déprimant ». Peu avant de céder ses droits, Kirk Douglas confie ce projet à son fils Michael, acteur devenu célèbre par son rôle d’un jeune policier au côté de Karl Malden dans la série Les rues de San Francisco.

Ce projet cinématographique est proposé à Miloš Forman par Michael Douglas et Saul Zaentz, producteur quinquagénaire de disques de jazz et dirigeant de la société Fantasy Records, longtemps la firme discographique indépendante la plus importante au monde. Né en 1932, Miloš Forman est le chef de file de la nouvelle vague tchèque.

À ses amis américains qui lui déconseillent de réaliser l’adaptation du roman de Kesey – « C’est mauvais pour toi ! Tu n’y arriveras pas : c’est un sujet si américain ! Tu ne pourras pas en faire un film qui plaira au public américain : tu es un immigrant de fraiche date de Tchécoslovaquie » -, Miloš Forman rétorque : « Pour vous, c’est de la fiction. Mais pour moi, c’est la réalité. J’ai vécu dans cette société-là. Le parti communiste était mon infirmière en chef. Il me disait quoi faire, quoi dire, à quoi penser, à quelle heure me lever et me coucher. Je sais de quoi ce livre parle. Beaucoup plus que vous ».

Et Vladimir Boukovski, « ex-dissident soviétique enfermé pendant 12 ans en tout dans une institution psychiatrique », renchérit : « Ce livre évoquait un sujet qui m’était très cher. J’ai lutté contre l’utilisation de la psychiatrie à des fins répressives ». En 1971, Vladimir Boukovski était parvenu à transmettre à l’Ouest un document intitulé Une nouvelle maladie mentale en URSS : l’opposition ».

Apprenant le choix de son fils, Kirk Douglas lui confie alors qu’il avait envisagé de produire seul le film en songeant à Miloš Forman, auteur de comédies tournées avec un budget réduit et rapidement. Il lui avait envoyé le livre. Las, les autorités tchèques l’avait confisqué avant qu’il ne parvienne à l’artiste.

La distribution ? Auparavant catalogué dans des rôles de « jeune homme sensible », Jack Nicholson s’impose pour interpréter Mc Murphy, « un genre d’anarchiste qui veut détraquer le système », comme le définit le réalisateur. Un acteur « parfait » dont Miloš Forman loue la préparation, la discipline et la générosité sur le plateau. Un acteur qui travaille énormément son rôle pour que son jeu soit le plus naturel possible à l’écran.

Miloš Forman tient à tourner en décors réels, comme en Tchécoslovaquie. Les producteurs peinent à trouver un hôpital psychiatrique pour y tourner le film, tant les descriptions des traitements prodigués dans le roman n’ont pas été appréciées par les psychiatres.

19 novembre 1975. Sortie du film. Les avant-premières du film sont accueillies par un public enthousiaste. Les patients de l’hôpital de Salem « ont adoré le film », se souvient le Dr Dean Broks. « Ils avaient l’impression d’être libérés d’eux-même », ajoutent Miloš Forman. Le succès est du film est « inattendu et mondial ».

Cependant, ce film rafle les cinq principaux Oscar : meilleur acteur – Jack Nicholson -, meilleure actrice – Louise Fletcher – , meilleur film – Michael Douglas et Saul Zaentz -, meilleur réalisateur – Miloš Forman, qui monte sur scène avec ses fils jumeaux dont il avait été séparé lors de son exil aux États-Unis – et meilleure adaptation cinématographique (Lawrence Hauben, Bo Goldman).

C’est le deuxième film à recevoir cinq Oscar principaux, après NewYork-Miami (It Happened One Nightde Frank Capra (1935). Après la cérémonie, Frank Capra envoie un télégramme à Miloš Forman : « Bienvenue au club ! »

« Milos Forman, une vie libre » par Helena Trestikova et Jakub Hejna

France, République tchèque, 2019, 55 min

Sur Arte les 10 mai 2020 à 22 h 50 et 8 juin 2021 à 1 h 50

Disponible du 03/05/2020 au 08/06/2020
Visuels : © Pavel Jiras

« Milos Forman, un outsider à Hollywood » par Clara Kuperberg et Julia Kuperberg
France, 2011
Sur Histoire les 7 octobre 2019 à 21 h 40, 8 octobre 2019 à 23 h 10, 12 octobre 2019 à 16 h 45, 18 octobre 2019 à 16 h 10 et 30 octobre 2019 à 16 h 40


« La Tchéquie insoumise de Milos Forman« 
France, 2019, 14 min
Disponible du 02/12/2019 au 02/12/2021

« Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Miloš Forman

Fantasy Films, 1975, 128 minutes

Diffusions :

– 27 juin 2011 à 20 h 40 et 28 juin 2011 à 1 h 50 ;

– 11 janvier à 20 h 45, 21 janvier à 0 h 40, 27 janvier à 1 h 25 et 1er février 2015 à 1 h 20

 Les citations sont d’Arte. Cet article a été publié le 9 mai 2020.

[Source : www.veroniquechemla.info]

Jeanne Moreau (1928-2017) était une comédienne – Ascenseur pour l’échafaud, Les Amants, Moderato cantabile, Jules et Jim, Eva, Le Journal d’une femme de chambre, Viva Maria !, La mariée était en noir, La Vieille qui marchait dans la mer… — -, pensionnaire de la Comédie Française (1947-1952), chanteuse, scénariste, réalisatrice, fine cuisinière et gastronome française, et membre de  l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France. Durant l’Occupation, par solidarité avec ses condisciples juives, elle a porté l’étoile jaune. Arte diffusera le 28 mars 2021 « Le train » (Der Zug) de John Frankenheimer et Bernard Farrel (1964), puis « Jeanne Moreau, l’affranchie » (Jeanne Moreau – Die Selbstbestimmte) de Virginie Linhart.

Publié par Véronique Chemla

Pour Jeanne Moreau (1928-2017), la vie d’un être humain était composée d’une série de premières fois.
 
« Jeanne Moreau, l’affranchie »
Arte diffusera le 28 mars 2021 « Jeanne Moreau, l’affranchie » (Jeanne Moreau – Die Selbstbestimmte) de Virginie Linhart.
« Disparue en 2017, à l’aube de ses 90 ans, « Mademoiselle Moreau » a placé sa vie et sa carrière sous le signe de la liberté. Flash-back sur les films et les réalisateurs (d’Antonioni à Truffaut en passant par Demy, Bunuel et Welles) qui l’ont révélée au public en même temps qu’à elle-même. »
« Dès qu’il y a une nouvelle vague quelque part, on sonne à ma porte », se plaisait à affirmer celle qui a fougueusement embrassé l’audace de cinéastes en quête de modernité ».
« Formée à la Comédie-Française, qui encaisse péniblement ses infidélités, l’actrice traverse une décennie de films commerciaux avant de trouver sa place dans le septième art ».
« Quasi novice, son pygmalion se nomme Louis Malle, qui lui crée un rôle de toutes pièces dans son adaptation du roman de Noël Calef, Ascenseur pour l’échafaud (1958). Les déambulations nocturnes de la comédienne, illuminées par les néons de la capitale et bercées par la trompette de Miles Davis, propulsent alors le cinéma hexagonal dans une nouvelle ère ».
« La même année, Les amants, dans un film homonyme infusé de leur passion, dynamiteront les conventions en emplissant le cadre d’une nudité et d’une sensualité jusqu’ici refoulées en contrechamp ».
« Après avoir incarné les bourgeoises à la dérive dans Moderato cantabile (1960) de Peter Brook et La notte (1961) d’Antonioni, l’actrice trouve dans la Nouvelle Vague un écho à son désir de légèreté : Jules et Jim (1962) et son tourbillon d’amour triangulaire, mis en scène par François Truffaut, la consacre égérie moderne en même temps que chanteuse d’immortelles ritournelles ».
« Sublimée par les tenues de Pierre Cardin, couturier homosexuel dont elle partage un temps la vie, l’actrice crève l’écran en noir (Eva de Joseph Losey) comme en blanc (La baie des anges de Jacques Demy), en France comme à l’international (Orson Welles, Luis Buñuel et son Journal d’une femme de chambre). »
« Composé d’extraits de ces pellicules inoubliables et d’interviews de l’actrice et de ceux qui l’ont dirigée, ce voyage cinéphile dans la décennie qui la vit éclore rend un vibrant hommage au jeu et à la personnalité hors du commun de celle qui incarna l’émancipation féminine avant l’heure, à la vie comme à la scène ».
« Jeanne Moreau, actrice et inspiratrice »

Serge Toubiana a rendu ce bel hommage à Jeanne Moreau lors d’une rétrospective à la Cinémathèque française en 2008 :

« Rieuse et tendre. C’est ainsi que François Truffaut décrit celle qu’il dirigea deux fois : dans Jules et Jim puis dans La Mariée était en noir. Mais leur complicité se manifesta auparavant sous forme d’un clin d’œil, dès Les Quatre cents coups. Jeanne Moreau y faisait une apparition très poétique aux côtés de Jean-Claude Brialy. Souvenez-vous : Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) erre dans les rues de Pigalle. Il a fugué et cherche un endroit pour dormir. Il croise une femme emmitouflée dans un manteau, qui court après son chien. Oh ! vous pouvez m’aider à l’attraper ? Surgit Brialy dans le rôle du dragueur : Eh ! Petit, c’est ta sœur ? Jeanne Moreau fut donc en quelque sorte la marraine de Truffaut en cinéma. Rôle hautement symbolique, qui dit l’importance de leur relation ou de leur lien. Auparavant, il y eut Louis Malle. Rencontre décisive, pour l’un comme pour l’autre. Ascenseur pour l’échafaud, puis Les Amants, et plus tard encore Viva Maria. Quand il évoque cette période, Malle est d’une totale franchise : « Quand j’ai tourné Ascenseur pour l’échafaud, j’avais une peur bleue des acteurs, tout simplement parce que je n’avais pas l’habitude d’avoir affaire à eux. Et s’il n’y avait pas eu Jeanne Moreau, qui m’a incroyablement aidé dans les deux premiers films que j’ai tournés avec elle… j’étais tellement novice, tellement ignorant ; dans ce genre de situation, quand on est paniqué… et jeune… on a tendance à vouloir jouer au chef. Pour ne pas se laisser dominer, sans doute. Et quand je revois mes anciens films, je me rends compte que j’ai fait des erreurs monumentales, non seulement dans la direction d’acteurs, mais parfois dans le casting. Mais c’est comme ça qu’on apprend. […] Il m’a fallu plusieurs films pour apprendre à connaître les acteurs ».
Ce que Jeanne Moreau apporta à cette génération de cinéastes, c’est d’abord l’audace, le courage d’innover, de prendre des risques, de se libérer du poids de la technique cinématographique. D’oser filmer vrai. Louis Malle dit aussi ceci, qui est essentiel : « On s’est soudain rendu compte qu’elle pouvait être une star de cinéma. Jusque-là, on disait que tout en étant une grande actrice, et très sexy, elle n’était pas photogénique. J’avais avec moi Henri Decae, ce grand opérateur que je connaissais des premiers films de Melville, comme Bob le flambeur. Ainsi que tous ceux de la Nouvelle Vague, je l’admirais énormément. Il m’a lancé, il a lancé Chabrol, puis Truffaut, et plusieurs autres. Mais j’étais le premier de ma génération à travailler avec lui. Quand on a commencé à tourner [Ascenseur pour l’échafaud], les premières scènes qu’on a faites avec Jeanne Moreau se passaient dans la rue, sur les Champs-Élysées. La caméra était dans une voiture d’enfant et Jeanne Moreau n’était pas éclairée… c’était un film en noir et blanc, bien entendu ; on avait pris ce nouveau film rapide, la Tri-X qui, de l’avis des cinéastes sérieux, donnaient un grain trop gros. Nous avons fait plusieurs longs travellings de Jeanne Moreau et, bien sûr, quand le film a été terminé, on a mis la magnifique musique de Miles Davis, plus sa voix à elle, sa voix intérieure. Elle n’était éclairée que par les vitrines des Champs-Élysées. Ça ne s’était encore jamais fait. Les opérateurs voulaient toujours qu’elle soit maquillée et ils l’éclairaient beaucoup, sous prétexte qu’elle n’avait pas un visage photogénique. La première semaine, il y a eu une émeute parmi les techniciens du labo, quand ils ont vu les rushes. Ils sont allés trouver le producteur et lui ont dit : « Il faut empêcher Malle et Decae de détruire Jeanne Moreau. ».
Détruire Jeanne Moreau. On se demande qui aurait pu détruire cette actrice, qui avait débuté une dizaine d’années avant que Malle ne lui confie le rôle inoubliable d’une femme errant la nuit dans les rues de Paris à la recherche de son amant. Tout commence au théâtre, où elle passe par le Conservatoire, puis par la Comédie-Française, puis encore par le TNP de Jean Vilar, où elle joue aux côtés de Gérard Philipe dans Le Cid. Au cinéma, elle tourne de nombreux films, alternant rôles secondaires et principaux, réalisés par Gilles Grangier (Gasoil, Trois jours à vivre, Échec au porteur), Jacques Becker (Touchez pas au grisbi), Henri Decoin (Dortoir des grandes, Les Intrigantes), Marc Allégret (Julietta), Jean Dreville (La reine Margot) ou d’autres encore, avant de croiser la génération de la Nouvelle Vague. Avec Malle, Truffaut, Roger Vadim (Les Liaisons dangereuses), Michelangelo Antonioni (La Notte), Joseph Losey (Eva, et plus tard : Monsieur Klein, puis La Truite, adaptation du roman de Roger Vailland), Orson Welles (Le Procès, Falstaff, Une histoire immortelle, The Deep/Dead Reckoning), Jacques Demy (La Baie des anges), Luis Buñuel (Le Journal d’une femme de chambre) et tant d’autres, Jeanne Moreau est une actrice qui inspire ses metteurs en scène. Louis Malle, encore lui, rappelle que c’est par son intermédiaire qu’il rencontra Louise de Vilmorin, qu’il sollicitait en vue d’adapter une nouvelle de Vivant-Denon, Point de lendemain, qui devait donner Les Amants. Lorsqu’il entra en relation épistolaire avec Henri-Pierre Roché, sollicitant son approbation pour adapter Jules et Jim, Truffaut envoya une photo de Jeanne Moreau (vraisemblablement dans Les Amants) à l’écrivain, en lui disant à peu près ceci : Voilà, c’est elle qui sera Kate (ou Catherine) dans mon film. « Grand merci pour les photos de Jeanne Moreau. Elle me plaît. Je n’ai bien sûr pas pu sortir pour voir Les Amants. Je suis content qu’elle aime Kathe. J’espère la connaître un jour. » C’est cela, une actrice qui inspire les cinéastes : celle qui, en plus de jouer, fait aussi trait d’union. C’est-à-dire rend possible leur désir ou leur rêve. Jeanne Moreau incarne, avant même que le film ne se tourne, le personnage et l’univers romanesque du film. Donc sa matérialité même.
Comment l’imaginer, sinon au centre ou au croisement de plusieurs mondes où se côtoient la littérature, la musique, la chanson bien sûr (impossible d’oublier Le Petit théâtre de Jean Renoir : une prise, une seule, sur Jeanne Moreau chantant *Quand l’amour meurt*), disons tous les arts, et le cinéma. L’aventure (sentimentale) du cinéma. Elle autorise ces croisements, elle les permet, pour ne pas dire qu’elle les met elle-même en scène. Il y a cette double dimension chez Jeanne Moreau, d’actrice et d’inspiratrice. Les cinéastes qui la choisissent l’ont fait en connaissance de cause. Pour sa voix, sa grâce, sa force de caractère et sa fragilité, son audace – car elle peut tout dire, user du langage avec mélodie, musicalité, tout en étant aussi parfois très prosaïque. Elle a fini par incarner le cinéma. Je n’aime pas beaucoup l’expression facile, souvent utilisée en parlant d’elle, d’ « ambassadrice du cinéma ». Cela la met sur un piédestal, alors qu’elle est infiniment plus simple et plus abordable, prête à toutes les aventures cinématographiques. Ce que prouve sa belle filmographie. C’est ce caractère qui me paraît la définir de la manière la plus vraie. Du côté des cinéastes, prête à prendre des risques avec eux, en protégeant leurs films. Donc leurs rêves. Protéger un film, qu’est-ce que cela veut dire ? De quoi faut-il protéger un film en train de se faire ? Bien sûr, des intempéries. Mais, surtout, de la perte de confiance, du train-train professionnel, du manque d’entrain et de gaieté. De l’ardeur de faire un film ensemble, acteurs et techniciens réunis. Truffaut encore : « À l’intérieur de mes vingt ans de cinéma, le tournage de Jules et Jim, grâce à Jeanne Moreau, reste un souvenir lumineux, le plus lumineux. »
Un mot, un seul, résume ce caractère ou ce sentiment : Liberté. J’ai retrouvé la lettre que Jeanne Moreau écrivit, à l’occasion d’un hommage rendu à Orson Welles en 1975, par l’American Film Institute :
« Orson Welles, où êtes-vous ? Chasseur chassé dans votre recherche sans fin, où êtes-vous ? Partout. Combien d’avions ? Combien de vols ? Combien d’aéroports ? Combien de villes et de pays ? Combien de suites d’hôtels ? Combien de tampons sur vos passeports ? Combien de coups de téléphone ? On vous croit ici, mais vous êtes déjà là. « Autrefois, quand faire des vœux était encore de quelques secours », vous auriez possédé le monde. Maintenant il n’y a ni pays heureux, ni paix, ni beauté à posséder, mais personne ne peut être dépouillé de sa fantaisie. […]
Orson Welles est devenu un fabricant de rêves, un magicien des sons, un poète, un cinéaste.
Quand l’écran lui appartient, nous lui appartenons.
Séquences fluides, gros plans, mots, mouvements de caméra ;
L’œil de la caméra d’Orson Welles,
Regardant, scrutant, contemplant, glissant, crée le charme qui rompt le mauvais sort.
Nous regardons.
Nous savons que nous ne serons pas trompés. […]
Un poète nous aide à vivre. Un homme libre est partout »
Lorsque l’on retrace le parcours de Jeanne Moreau, actrice et inspiratrice, elle-même cinéaste (Lumière et L’Adolescente), on croise à maintes reprises la liberté. C’est à cela que la Cinémathèque rend hommage. »
« Jules et Jim« 

Les 21 et 27 novembre 201728 mars à 15 h 05, 3 avril à 15 h et 9 avril 2018 à 15 h 05, Histoire diffusa Il était une fois… Jules et Jim (Folamour Production, 2004). « Tous les grands films sont des témoignages exceptionnels de l’époque où ils ont été conçus. Cette collection dresse le portrait d’un cinéaste à un moment de sa vie, à travers l’un de ses films. Portrait d’une époque, portrait d’un cinéaste, portrait d’un long-métrage et grande leçon de cinéma. « Il était une fois en 1962, Jules et Jim« , le troisième film de François Truffaut, adapté d’un roman de Henri-Pierre Roché. Ce film raconte l’histoire de deux amis, Jules l’Allemand et Jim le Français, qui aiment les femmes, mais lorsqu’ils rencontrent Catherine : ils tombent tous les trois amoureux ».

Sorti en 1962, le film est adapté du roman du même nom de Henri-Pierre Roché.

Il entrelace deux histoires d’amour – celle entre Jules et Catherine, celle entre Jim et son épouse Catherine – vécues un long moment, alternativement ou simultanément, sans apparemment que nul n’en souffre.

Mais la scène finale révèle le refus létal de Catherine que Jim mette un terme à leur relation amoureuse et vive une histoire d’amour avec une autre femme.

Jeanne Moreau y interprète la chanson « Le tourbillon », écrite par Serge Revzani (Cyrus Bassiak).

« Le Train »
Arte diffusera le 28 mars 2021 « Le train » (Der Zug) de John Frankenheimer et Bernard Farrel (1964). Suzanne Flon y incarne Rose Valland, l’attachée de conservation au musée du Jeu de Paume à Paris qui a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis et dont un très grand nombre a été convoyé vers l’Allemagne.
« Après le débarquement allié, les Allemands veulent emporter par le train des tableaux de grande valeur en Allemagne ». Le colonel Franz von Waldheim veut envoyer par un train spécial en direction de l’Allemagne les oeuvres d’art stockées au musée du Jeu de Paume. « Mais la conservatrice du musée alerte la résistance-fer. Sous la direction tenace de Labiche, sous-chef du secteur ferroviaire, toute la ligne où le convoi doit passer est sur le pied de guerre ».
 
« Alors que la libération de Paris approche, des résistants tentent d’empêcher un train contenant d’inestimables œuvres d’art volées d’arriver jusqu’à Berlin… »
« Par John Frankenheimer, un film d’action historique avec Burt Lancaster, Jeanne Moreau, Michel Simon et Suzanne Flon. »
« Paris, début août 1944. Le colonel Franz von Waldheim, grand amateur d’art, a la haute main sur les œuvres dites « dégénérées » spoliées en France par les nazis. Alors que les Alliés poursuivent leur avancée vers la capitale, l’officier de la Wehrmacht accélère les opérations pour transporter vers l’Allemagne des dizaines de toiles signées Picasso, Miró, Degas ou encore Renoir. Informé par Mlle Villard de la nature du précieux chargement, le résistant Paul Labiche mobilise des cheminots pour empêcher le convoi de quitter le pays. »
« Peu après le début du tournage, Arthur Penn, auquel la réalisation avait été confiée, est débarqué par la production, Burt Lancaster l’ayant alertée du… train trop paisible que prenait le film. Le comédien fait appeler à la rescousse John Frankenheimer, qui l’avait déjà dirigé dans Le temps du châtiment et Le prisonnier d’Alcatraz, pariant, à raison, que sa mise en scène transformera en course contre la montre le périlleux sauvetage dont son personnage prend les commandes ».
« Inspiré d’un récit que fit, après-guerre, Rose Valland, l’ancienne attachée de conservation du musée du Jeu de Paume sous l’Occupation, le trajet du convoi est ponctué de bombardements alliés sur les gares, mais surtout des sabotages héroïques commis par les cheminots résistants auxquels Le train rend hommage ».
« Réunissant aux côtés de Burt Lancaster une poignée de comédiens français, parmi lesquels Michel Simon, Suzanne Flon et Jeanne Moreau, un film d’action historique mené de main de maître, diffusé par ARTE en version restaurée. »
https://www.arte.tv/fr/videos/098025-000-A/le-train/
Pierre Cardin

Pierre Cardin a aussi habillé les personnages de la série britannique au succès mondial, Chapon melon et bottes de cuir, et l’actrice Jeanne Moreau, alors sa compagne, à la ville et à l’écran, notamment dans La Mariée était en noirde François Truffaut.

« La mariée était en noir »

Arte diffusa le 19 octobre 2020 « La mariée était en noir » (Die Braut trug schwarz) de François Truffaut.

« Une femme décide de venger son mari assassiné sous ses yeux le jour de leurs noces… En version restaurée, un hommage de François Truffaut à Alfred Hitchcock, porté par Jeanne Moreau. La sublime et fatale Jeanne Moreau y est entourée d’une pléiade d’exquis acteurs : Michel Bouquet, Jean-Claude Brialy, Charles Denner, Claude Rich, et Michael Lonsdale, décédé le 21 septembre dernier ».

« Julie et David viennent de se marier. Mais alors qu’il sort de l’église au bras de son épouse, David est abattu d’une balle venue d’on ne sait où. La mariée devenue veuve se lance à la recherche de l’assassin. Plusieurs hommes, pour leur malheur, croiseront son chemin… »

« Lorsqu’il réalise La mariée était en noir, adaptation du roman éponyme de William Irish, François Truffaut sort du demi-échec commercial de Fahrenheit 451 et travaille à son fameux livre d’entretiens avec Alfred Hitchcock ».

« De fait, de l’atmosphère à la direction artistique, en passant par la musique signée Bernard Herrmann, compositeur attitré du Britannique, aucun film du cinéaste n’a été aussi ouvertement influencé par l’œuvre du maître du suspense ».

« Plus que les meurtres successifs des assassins du mari, c’est la relation de Julie avec le dernier d’entre eux, Fergus, qui a vraiment inspiré Truffaut ».

« En plaçant le dénouement de l’histoire au milieu du film, il se consacre entièrement, dans la seconde partie, à son étude. Fasciné par les liens entre l’amour et la mort, le réalisateur livre ici sa vision personnelle de la femme fatale, entourée d’hommes lâches et immatures ».

« Aussi fantomatique que vénéneuse, Jeanne Moreau épouse le rôle d’une mariée qui n’est pas sans évoquer l’héroïne vengeresse de Kill Bill de Quentin Tarantino ».

Une femme enfermée dans sa passion amoureuse et son projet meurtrier, incapable ou refusant de saisir la chance de renouer une relation amoureuse avec le peintre Fergus, interprété de manière bouleversante par Charles Denner.

 

« Veuve le jour de son mariage, Julie Kohler se transforme en ange de la vengeance et élimine un à un les responsables de la mort de son époux, l’amour de sa vie. Mal aimé par les exégètes du cinéaste et par son auteur lui-même, La mariée était en noir est un film étrange dans lequel Truffaut tente d’appliquer les principes de son maître Alfred Hitchcock, sans pour autant renoncer à sa propre personnalité de cinéaste. Cela donne un résultat paradoxal », a analysé Olivier Père.

Et de poursuivre : « Les citations visuelles ou musicales – Truffaut emprunte à Hitchcock son compositeur fétiche, Bernard Herrmann – ne font que souligner les différences qui existent entre La mariée était en noir et les films du cinéaste anglais. Truffaut ne laisse pas vraiment la place au suspens, et refuse de diaboliser les coupables, décrits comme des échantillons de masculinité ridicules ou pathétiques – ils sont interprétés par les géniaux Michel Bouquet, Michael Lonsdale ou Charles Denner. Truffaut, français jusqu’au bout des ongles, ne parvient jamais au niveau de sophistication et de « glamour » de son modèle. Il y a dans son film une trivialité inséparable des personnages et des décors qu’il décrit, malgré des intentions déréalisantes qui emmènent parfois La mariée était en noir sur les territoires de l’onirisme. Jeanne Moreau hante le film comme un fantôme. Elle exécute son plan de manière méthodique, avec une sorte de folie froide. La mariée était en noir rejoint les grands films monomaniaques de Truffaut, qui imagine une héroïne obsédée par la mort. Le programme de cette adaptation française d’un roman de William Irish fait immanquablement penser à Kill Bill. Quentin Tarantino a pourtant déclaré n’avoir jamais vu le film de Truffaut ».

« Troublante égérie  »
« Incarnation de la femme libre et anticonformiste à l’écran comme dans la vie, Jeanne Moreau a fait tourner la tête de nombreux réalisateurs pour lesquels elle fut plus qu’une muse. Retour sur trois rencontres déterminantes pour l’actrice. Par Marie Gérard.
Louis Malle
À 25 ans, ce jeune homme prometteur a déjà coréalisé le documentaire Le monde du silence avec le commandant Cousteau. Après dix ans de carrière au théâtre et au cinéma, Jeanne Moreau, 29 ans, ne se reconnaît pas dans le cinéma français traditionnel des années 1950.

Louis Malle la filme déambulant dans les rues de Paris sur une partition de Miles Davis, le visage et les émotions à nu, dans un film noir mythique, Ascenseur pour l’échafaud (1958). Entre l’actrice et le cinéaste naît une passion qui irrigue leur film suivant, Les amants, objet de scandale. « C’est le premier film qui a été fait pour moi », dira Jeanne Moreau. Mais Louis Malle la quitte en 1958. Il lui offrira néanmoins un petit rôle dans son chef-d’œuvre, Le feu follet, puis orchestrera son duo avec l’autre grande star française de l’époque, Brigitte Bardot, dans l’explosive comédie Viva Maria, en 1965.

Admirateur déclaré, le jeune critique écrivait en 1957 dans Les cahiers du cinéma qu’elle était « la plus grande amoureuse du cinéma français ». Ils deviennent amis intimes, Jeanne fait notamment une apparition dans Les quatre cents coups et le cinéaste ne voit qu’elle pour jouer Catherine, une femme amoureuse de deux amis, dans Jules et Jim en 1962. L’actrice s’y montre éblouissante : à la fois légère, drôle, fatale et tragique. Elle débute aussi une fructueuse carrière de chanteuse grâce au succès de la chanson Le tourbillon, de son ami Serge Rezvani, qu’elle interprète dans le film de Truffaut. Ce dernier vit une brève histoire d’amour avec son égérie quelques années plus tard, avant de lui confier un rôle hitchcockien dans La mariée était en noir en 1967. Ils resteront proches, François se réfugiant souvent dans la maison de Jeanne à La Garde-Freinet.

La toute jeune pensionnaire de la Comédie-Française y rencontre le réalisateur démiurge de Citizen Kane en 1951. S’ensuivra une amitié d’une fidélité sans faille jusqu’au décès de Welles en 1985. L’Américain en exil lui propose un petit rôle dans Le procès, d’après Kafka, en 1962, puis une partition shakespearienne dans son Falstaff (1965), où elle démontre sa parfaite maîtrise de l’anglais, la langue de sa mère, une danseuse britannique. Jeanne Moreau est surtout la troublante héroïne d’Une histoire immortelle, tiré d’un récit de Karen Blixen, que Welles tourne en couleur pour la télévision française en 1967. La star française joue aussi dans The Deep, un des nombreux films inachevés du génie mal-aimé d’Hollywood, dont elle louait la démesure créatrice, elle qui aura traversé plus d’un demi-siècle de cinéma éprise d’absolu et de liberté. »

« Jeanne Moreau, l’affranchie » de Virginie Linhart
France, Kuiv Productions, 2017, 54 min
Avec la participation de TV5MONDE, CINE + et la RTS Radio Télévision Suisse
En coproduction avec Arte et l’INA
Sur Arte le 28 mars 2021 à 23 h 05
Disponible du 21/03/2021 au 23/09/2021

« Le train » de John Frankenheimer 

France, Italie, États-Unis, 1964
Version restaurée
Scénario : Franklin Coen et Frank Davis, d’après Le front de l’art – Défense des collections françaises, 1939-1945 de Rose Valland
Production : Les Productions Artistes Associés, Les Films Ariane, Dear Film Produzione
Producteur : Jules Bricken
Image : Jean Tournier, Walter Wottitz
Montage : David Bretherton
Musique : Maurice Jarre
Avec Burt Lancaster (Paul Labiche), Paul Scofield (le colonel Franz von Waldheim), Jeanne Moreau (Christine), Michel Simon (« Papa » Boule), Suzanne Flon (Mademoiselle Villard), Wolfgang Preiss (major Herren), Albert Rémy (Didont)
Sur Arte le 28 mars 2021 à 20 h 55
Visuels :
Burt Lancaster (Paul Labiche) et Jeanne Moreau (Christine) dans le film  » Le train » de John Frankenheimer
Burt Lancaster (Paul Labiche) et Michel Simon ( » Papa » Boule) dans le film  » Le train » de John Frankenheimer
Scène du train qui déraille dans le film  » Le train » de John Frankenheimer
© 1964 Metro-Goldwyn-Mayer Stud© 1964 Metro-Goldwyn-Mayer Studio

« La mariée était en noir » de François TruffautFrance, Italie, 1968, 1 h 43mn. Version restaurée

Auteur : Wiliam Irish

Scénario : Jean-Louis Richard, François Truffaut

Production : Dino de Laurentiis Cinematografica, Les Films du Carrosse, Les Productions Artistes Associés

Producteurs : Marcel Berbert, Oscar Lewenstein

Image : Raoul Coutard

Montage : Claudine Bouché

Musique : Bernard Herrmann

Avec Jeanne Moreau (Julie Kohler), Michel Bouquet (Coral), Jean-Claude Brialy (Corey), Charles Denner (Fergus), Claude Rich (Bliss), Michael Lonsdale (René Morane), Daniel Boulanger (Delvaux), Serge Rousseau (David)

Sur Arte les 19 octobre 2020 à 20 h 55 et 6 novembre 2020 à 13 h 35

Visuels : © Metro Goldwyn Mayer

 

Les citations sur les films proviennent d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info/%5D

 

 

quequetterie-paris-zigzag
 

“Une grosse, douce et juteuse expérience” : le crédo de la Quequetterie, le corner de street-food coquin du restaurant Fuumi, déjà connu pour avoir démocratisé le curieux concept du sushi-burrito. Au menu, des gaufres faites-maison gourmandes aux formes très érotiques. Mais ne pensez pas une seconde que les desserts sont seulement insolites, le goût est lui aussi au rendez-vous !

Déclinées en 6 bases à agrémenter de 12 nappages, les gaufres savoureuses sont “à déguster, savourer ou lécher”, selon les préférences. Et cela tombe bien, dans le corner de la rue d’Aboukir, il y en a pour tous les goûts : vous pourrez tout aussi bien y déguster des “quequettes” que des “foufounes” !

La Licorne, la Pussyn Cream ou encore le Sugar Daddy, laissez-vous tenter par la multitude de créations de la Quequetterie, qui, au delà de leurs formes, raviront tous les becs sucrés de la capitale pour leur textures moelleuses et leurs saveurs franches et gourmandes.

Côté prix, la légèreté est elle aussi au rendez-vous, puisque vous pourrez déguster une bonne Quequette à 5€ !

La Quequetterie
Corner du restaurant Fuumi
28, rue d’Aboukir – Paris 2e
Ouvert du jeudi au samedi de 13h à 17h

Crédit photo à la une : Instagram @chlooelu

 

[Source : http://www.pariszigzag.fr]

Escrito por SANTIAGO GONZÁLEZ

Para todo seguidor de Orwell, toparse con este título despierta, de forma ineludible, cierta curiosidad. En la contraportada lo detalla con claridad: la letra q y el número 9 en japonés son homófonos, se pronuncian Kyu, de manera que 1Q84 es, sin serlo, 1984, una fecha con ecos orwellianos.

Murakami es un escritor consagrado y que una de sus obras se titule así consiguió que me lanzara a su lectura sin pensarlo. Necesitaba indagar qué argumento se expondría, no esperaba ningún plagio pero supongo que a nadie le ocurriría escribir una novela y luego poner en su portada «Alicia en el país de las maravillas» o « El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha».

No obstante si te gusta el realismo fantástico y te dejas llevar historias inverosímiles, 1Q84 te agradará.

Esta novela, como otras de Murakami, basa su fuerza en dos elementos: una trama bien elaborada, y unos personajes interesantes y enigmáticos.

La prosa es clara, concisa y amable, mientras que sus textos están medidos casi milimétricamente.

«1Q84», de Haruki Murakami cuenta con tres libros. Los dos primeros libros tienen 24 capítulos separados entre sí por unas veinte páginas. No creo que sea una casualidad que el autor haya distribuido de forma tan equitativa cada capítulo, lo cual le da a la obra cierta ligereza, no en vano estamos antes casi mil quinientas páginas, y todo lo que se ayudar al lector se agradece.

Aunque realmente lo que el lector reconocerá mejor será el desarrollo de una trama que se muestra de una forma tranquila, con descripciones detalladas de las escenas y los personajes.

En ocasiones se produce una repetición de los hechos, pero es debido a que Murakami desarrolla el argumento desde varias perspectivas. la de los dos personajes principales: Tengo y Aomame.

Aomame es una instructora de gimnasia y asesina a sueldo de una mujer adinerada y Tengo es un profesor de matemáticas aficionado a la escritura. A ambos los conoceremos poco a poco, pero con profundidad.

Sus relaciones con el mundo que les rodea no son las típicas que podríamos asociar a un educador y a una asesina, son también las de personas corrientes, lo cual les hace creíbles.

Aomame y Tengo se van alternando por capítulos durante toda la novela, mostrando sus respectivas visiones sobre una trama que acabará relacionándolos.

Ambos viven sus experiencias sin encontrarse, los dos hablan de sus inquietudes y miedos, los dos viven sus fantasías, y los dos se aman sin casi saberlo.

Para un hombre occidental las historias de Murakami son atrayentes por el simple hecho de encontrarse ante una cultura muy distinta, esto hace que cada pensamiento, cada circunstancia nos pueda parecer enigmática.

En los tres volúmenes se hacen menciones a muchas obras de cine, música, literatura e historia.

Estas referencias son generalmente de creadores de todo el mundo como la Sinfonietta de Leoš Janáček que forma parte central de la trama, pero otras se centran en la historia de Japón o tienen relación directa, como el libro de Antón Chéjov, «La isla de Sajalín», donde narra extensamente la historia de los guiliakos que vivían en una isla cuya soberanía se disputaron Japón y Rusia.

También incluye narraciones sobre las conquistas del Imperio de Japón durante la Segunda Guerra Mundial.

Cuando lees a Murakami ya no importa tanto la trama. Disfrutas de su contexto, de sus personajes, de la forma mágica con la que une la realidad con la ficción, una ficción fantástica, perfectamente creíble en los mundos que desarrolla.

«1Q84», de Haruki Murakami es una buena novela. Deberás relajarte y disfrutar.

Ahora bien, ¿qué tienen que ver sus dos lunas, el desdoblamiento del tiempo, y una secta de ideología dudosa con «1984» de Orwell? Esto lo tendrá que encontrar cada lector.

 

[Fuente: http://www.culturamas.es]

L’auteure, compositrice et chanteuse Valérie Marienval publiait il y a peu Viva, un recueil de 10 chansons où se croisent tendrement les sonorités cool jazz et samba, la variété et les rythmes afro-caribéens.

Épaulée par un casting de musiciens prestigieux qui forment un solide quintet aux couleurs brésiliennes (Natallino Neto à la basse, Lameck Macaba à la guitare, Juliano Beccari au piano, Cesar Machado à la batterie et Zé Luis Nascimento aux percussions), Valérie donne vie à un projet généreux et gorgé de vibrations positives, dont les premières notes naquirent à Rio de Janeiro en 2014, avant de s’étoffer à Sao Paulo deux ans plus tard aux côtés du guitariste L. Costa. Elle puise son inspiration au travers d’expériences vécues ou empruntées auprès d’écrivains illustres comme Balzac (La Comédie Humaine), Baudelaire (L’Invitation au Voyage) ou Eugène O’Neil (Long Day’s Journey into Night).

C’est à Paris entre 2017 et 2018 que Viva est enregistré. Outre sa garde rapprochée – et la précieuse contribution de Lameck pour l’adaptation des textes – y est conviée une foule d’invités, dont l’excellent trompettiste Julien Alour et le saxophoniste californien Robby Marschall

Interprétés en français et en portugais, ses textes racontent la poésie des choses et célèbrent la vie de tous les jours, tantôt avec légèreté (« Ode au hamac »« Cubana Song »), tantôt avec gravité (« Humeur », « Rêver sa vie »« En Apparence », « Quelques Fois »).

 

Publié par Hiko

[Source : chroniques-de-hiko.blogspot.com]

Título: El embajador de la risa

Autor: Rafael Jurado

Ilustraciones: J. A. Luna Osorio

Editorial: Editamás, 2017

 

Escrito por Sebastián Gámez Millán

Por mucho que abarque el reflejo de la literatura, y a pesar de que nos recuerda el misterio de fondo de la existencia, ni ella ni el arte pueden equipararse a eso que llamamos “la realidad de la vida”. Quizá por ello el narrador, cualquier narrador, se ve obligado a seleccionar y a elegir qué momentos de una vida humana se quieren mostrar y explorar. En el caso que nos ocupa, El embajador de la risa, de Rafael Jurado, el autor representa los momentos en los que Charlie, un bufón de la corte, se convierte en quien llega a ser.

La literatura se ocupa por tanto de esclarecer la identidad personal de los personajes, unos personajes que en las obras logradas nos recuerdan bastante a nosotros, los seres humanos, que tampoco podemos evitar la pregunta socrática: “¿cómo debemos vivir?”. Esta incómoda y decisiva pregunta atraviesa la historia del la literatura y el arte del mismo modo que la historia de la ética y de la política.

Si de manera inevitable tenemos que elegir qué momentos de la vida se representan, ¿cómo eludir aquellos en los que alguien llega a ser quien es? Así al comienzo de esta historia el narrador nos informa que “la pregunta que se hacía (Charlie) era en qué cambiaría su vida a partir de ese momento” (p. 21). Tengo para mí que no es una pregunta casual: ¿nos dedicaríamos a la literatura si no nos inspirara cambiar nuestra vida, como nos pedía aquel verso de Rilke?

Un poco más adelante es el propio Charlie el que exclama, maravillado: “¡Cómo puede cambiar la vida en un minuto!” (p. 24). Al final descubrimos, lejos del happy end al que nos tiene acostumbrados Walt Disney, en palabras de Rafael Sánchez Ferlosio, la mayor fábrica de perversión del siglo XX, que la vida no cambia tanto sino por cómo nos adaptamos y la representamos. Y para adaptarnos y representarnos a ella, el humor y la risa desempeñan un papel esencial, pues lo que inexorablemente es trágico se puede ver cómicamente gracias a ello.

El narrador también insiste en cómo podría Charlie –o sea, cualquiera de nosotros– tomar las riendas de su vida: “Solo de él dependía su futuro” (p. 24). Y una página después: “Ahora, libre, podría elegir su vida, su destino” (p. 25). Aunque no parece tener muy claro quién es en última instancia el responsable de la vida, si él mismo por medio de su autonomía, la cual va desarrollando a medida que avanza el relato, o bien la providencia, como sugiere por otro lado (p. 25).

Acaso nosotros también nos debatimos en ocasiones acerca de a quién pertenece nuestra vida, si a eso que no se llama ciertamente con la palabra “destino”, o a nosotros, como acostumbramos a creer. En todo caso, como decía un filósofo, “narrar es buscar el quién de la acción”. Por lo tanto, es lo que tiene que descubrir el narrador.

Sirviéndose de un recurso intertextual que remite a Cervantes, maestro de la ironía y de la risa, del humor y de la ambigüedad: “(…) si alguna puerta se cerraba enseguida se abriría otra”, el narrador no deja de pensar sobre la nueva vida que parece que le aguarda a Charlie y la consiguiente libertad: “En los meses siguientes su vida probablemente diera un giro brutal. Tendría, por ejemplo, que lavarse su ropa y hacer frente a un sinfín de incomodidades de la que en el castillo se ocupaban otros. Junto con el resto de los demás cómicos, además de repartirse el dinero, debería repartirse también las tareas y responsabilidades: levantar la carpa, colocar las sillas, barrer el escenario, dar de comer a los animales e, incluso, limpiar las jaulas… ¡¡¡que olían fatal!!! ¡Vaya lote de trabajar!”.

En un relato para niños –pero no solo, pues al fin y al cabo, quién puede abandonar al niño que fue– siempre conviene plantearse uno de los temas capitales de esa edad, el precio de la libertad, que no es otro que la responsabilidad. Ambos términos, libertad y responsabilidad son, en efecto, indisociables: no hay responsabilidad sin libertad del mismo modo que no hay libertad sin responsabilidad, por lo que quizá tendrían que conjugarse juntos: libertad-responsabilidad.

La reflexión sobre la libertad-responsabilidad, junto con la identidad personal, es uno de los temas que atraviesa esta historia, como podemos apreciar hacia el final, cuando Charlie se debate acerca de si debe subir al escenario y participar en la fiesta de la risa o no y qué posibles consecuencias acarree en su vida y en su identidad: “Desde luego, no ganaría. Pero quizá le aplaudiesen al terminar. En ese momento ya se conformaba con no ser abucheado, con que nadie arrojase un tomate maduro desde el público. Aquello sería vergonzoso. Una mancha rosa en su expediente. Una razón para no volver a acudir a aquel concurso. Todos sus sueños se irían al traste en un momento. Ya no sería nunca embajador, ni espía, ni ministro de nada. Y los que nunca habían confiado en él podrían decir: “¿Veis? Ya os lo decía yo. Este tipo no tiene ninguna gracia” (pp. 53 y 54).

Lo que está en juego es su identidad, lo que puede llegar a ser o no. Pero esta duda hamletiana le paraliza poco antes de que comience la fiesta de la risa. En contra de lo esperado, Charlie nos sorprende con su decisión final. Sin embargo, no sabemos si esa decisión es propia de un vencedor o de un vencido, representa un triunfo o un fracaso: puede parecer en principio más lo segundo, ya que no cumple con las expectativas que tenía sobre sí mismo, no obstante, él sigue su camino en busca de sí mismo con la esperanza y la confianza de ser el embajador de la risa.

El otro tema que atraviesa la historia es la risa, el poder de la risa. Son numerosas las referencias y consideraciones que hay sobre ella desde el principio al fin. Veamos algunas: al comienzo se la denomina idioma universal: “idioma que, en todas partes, parecía ser valorado” (p. 15). Aunque poco más adelante es el propio Charlie quien reconoce un relativismo cultural de facto incluso en un asunto tan serio como el de la risa: “En cada lugar el humor es de una manera y no les hacen reír las mismas cosas” (p. 18).

Quizá la risa sea universal, pero no los motivos o las razones por las que reímos. Después de todo, una de las definiciones antropológicas del ser humano es homo ridens, es decir, el ser humano es el animal que ríe, donde reír es un restrictivo de “animal”, en consecuencia, aquello que supuestamente nos distingue del resto de animales no humanos. Obviamente, la risa implica otras características fundamentales: el lenguaje, la razón y el entendimiento. Sin ello no hay risa.

Cerca de la opinión más extendida, leemos: “Humor se puede hacer cuando uno es feliz y desea contagiar su felicidad. Pero, triste, ¿quién sería capaz de hacer reír a otros? Charlie aspiraba a ser libre. Estaba en su mano. Solo tenía que decir: ´Sí, quiero ser libre`” (p. 23). Sin embargo, a juicio de Nietzsche, “el ser humano sufre tan terriblemente que se ha visto en la necesidad de inventar la risa y el humor”. ¿Es el humor algo serio o tal vez solo brota desde la alegría y la felicidad? Posiblemente ambas cosas.

Sea como sea, “nada había, en su opinión, con más poder que un chiste bien contado. En el momento oportuno y con gracia. (…) Lo que todo el mundo recuerda es aquello que les ha hecho reír. Este es, sin duda, el poder de la risa (p. 32). Uno de los novelistas y ensayistas contemporáneos que más y mejor han reflexionado sobre el poder del humor ha declarado: “El humor: el rayo divino que descubre el mundo su ambigüedad moral y al hombre en su profunda incompetencia para juzgar a los demás; el humor, la embriaguez de la relatividad de las cosas humanas; el extraño placer que proviene de la certeza de que no hay certeza” (Milan Kundera, Los testamentos traicionados, Barcelona, Tusquets, 2007, p. 42).

Charlie sueña con convertirse en el embajador más extraordinario de su país por el poder de la risa, como nos indica el narrador: “A lo mejor, con el tiempo, él se convirtiera en el embajador más notable de su país. Y sin tener la necesidad de hablar de política o negocios… lograría materializar acuerdos por las simpatías que despertase” (p. 33). No sé si el autor, Rafael Jurado, recordaba que existió un filósofo ilustrado escocés, David Hume (1711-1776) que creía en el poder de la razón para las cuestiones matemáticas, científicas y cognitivas en general, pero no para las morales y políticas, que a su modo de ver dependían de los sentimientos y, en particular, de la simpatía, sentimiento que se debía cultivar para mejorar las relaciones humanas.

De manera semejante a Hume, es tal el poder de la risa que el narrador confía en que las labores diplomáticas entre diferentes países, por muy serias que sean, se traten siempre con humor: “la risa era un método infalible para acercar países” (p. 63). Sin embargo, precisamente un poco de más humor es lo que echo de menos en esta historia de Charlie, un humor del que no carece el autor, como podemos apreciar en algún fragmento: “Aquí está prohibido no divertirse. Así que, si traéis alguna preocupación ponedla debajo de la silla. Eso sí, no olvidéis llevárosla al terminar, porque aquí no la queremos. Y si después del show vosotros tampoco la queréis, cosa por la que no os culparé, por favor no la tiréis al suelo. Arrojadlas al contenedor de las tristezas que hay a la salida, para que la podamos reciclar.” (p. 60).

Por lo demás, aunque soy muy sensible a las comas, que alteran el significado de las frases, tengo para mí que en esta narración se emplean muchas, lo que a mi entender demora el ritmo y contribuye a que la narración posea menos fluidez y ligereza. El libro, por último, contiene ilustraciones de J. A. Luna Osorio, que acompañan bien la historia sin restringir apenas el espacio de nuestra imaginación. Así que ya saben: válganse de la risa como embajadora, tómense el destino con el debido humor.

 

[Fuente: http://www.culturamas.es]

 

La vie dans les poches (2)

Faut-il revenir sur une polémique vite éteinte ? En septembre 2020, le Livre de poche et les éditions du Masque ont annoncé que le célèbre titre d’Agatha Christie, Dix petits nègres, serait ainsi transformé : Ils étaient dix. La décision venait de l’arrière-petit-fils et ayant-droit de l’écrivaine, qui juge offensant et humiliant l’emploi du mot « nègre ». Comment lui donner tort ? Il faut être sourd et insensible à tout ce que charrie un mot, un son, pour ne pas comprendre. Ou être de mauvaise foi. Le dossier est-il clos pour autant ? Le nombre de poches récemment publiés qui nourrissent ce débat montre que non.


Agatha Christie, Ils étaient dix. Traduction de l’anglais de Gérard de Chergé révisée. Livre de poche, 283 p., 5,60 €

Raymonde Bonnetain, Une Française au Soudan. Sur la route de Tombouctou, du Sénégal au Niger. Édition de Philippe Artières. Mercure de France, coll. « Le temps retrouvé », 367 p., 8,90 €

Marie Treps, Maudits mots. La fabrique des insultes racistes. Points-Seuil, coll. « Le goût des mots », 360 p., 7,90 €

Sarah Mazouz, Race. Anamosa, coll. « Le mot est faible », 96 p., 9 €

 

 

Écrit par Cécile Dutheil de la Rochère

Revenons à la nouvelle couverture de l’édition française. Le titre est désormais accompagné d’une mention très lisible, composée dans un corps à peine inférieur : « précédemment publié sous le titre de Dix petits nègres ». Il est permis d’en rire. Les éditeurs de poche ne sauraient se priver de l’argent que rapporte ce roman. L’ouvrage est non seulement le plus vendu de tous ceux d’Agatha Christie, mais c’est un des livres les plus vendus au monde, près de cent millions d’exemplaires depuis sa parution en 1939, et le plus vendu dans la catégorie des romans policiers.

Quelles négociations entre les éditeurs français et l’ayant-droit ont présidé à cette demi-mesure ? Nous ne le saurons jamais, mais voilà pour la manne financière que représente la géniale mécanique romanesque et meurtrière de lady Christie. Or, en soulignant le génie de l’écrivaine, son savoir-faire extrême, son goût du jeu et de la légèreté qui fait de la mort une des règles de ce jeu, on souligne son goût du plaisir pur, chose qui plaide en faveur de l’effacement de la désignation qui, en 2020, fait mal : « nègre ».

Le titre original anglais, Ten Little Niggers, venait d’une comptine anglaise de 1869, elle-même adaptée d’une comptine américaine datant de 1868, Ten Little Indians. Dès l’origine, le titre a subi des modifications. Aux États-Unis, pays lesté de l’histoire de l’esclavage, le titre du roman d’Agatha Christie est And Then There Were None depuis 1940, soit un an après la publication originale du livre (c’est également le titre anglais depuis 1980). Les personnes qui ont poussé des cris d’orfraie en apprenant le changement de titre français avaient donc tort. Elles ne mesuraient pas la labilité du titre d’Agatha Christie, la variabilité de ses versions et de ses traductions, ni le fait que la France était un des derniers pays à faire comme si de rien n’était..

La vie dans les poches : Agatha Christie, la valeur de la correction politique

« Dix petits Indiens » ou « And Then There Were None » de René Clair, adapté du roman d’Agatha Christie (1945)

Il y a fort à parier que lady Christie aurait souhaité n’offenser personne, même s’il est difficile de parler pour une morte, et même si la comptine enfantine la plus innocente contient toujours une note perverse. C’est aussi toute la cruauté de l’enfance – et de l’Homme – que ces chansonnettes cachent. Ne nous voilons pas la face.

L’édition, donc la société, se censure ? Le livre intitulé Une Française au Soudan. Sur la route de Tombouctou, du Sénégal au Niger, de Raymonde Bonnetain, paru en septembre 2019, prouve le contraire. L’ouvrage est encadré, publié dans une collection à valeur historique, « Le temps retrouvé », et préfacé par un historien (Philippe Artières). Il n’en reste pas moins que ce journal est stupéfiant par le racisme pur et dur qu’il distille. Stupéfiant mais passionnant et instructif. Il permet de mesurer le chemin fait, en apparence, et la valeur de la correction politique.

Raymonde Bonnetain est la première femme française à avoir atteint les rives du Niger. Elle y est arrivée parce qu’elle avait décidé de suivre son mari, Paul Bonnetain, écrivain naturaliste, envoyé en mission pré-ethnographique dans ce qu’on appelait le Soudan (qui couvrait les actuels Sénégal, Mali et Guinée). Il faut s’imaginer la France bourgeoise de 1893, la IIIe République, la colonisation triomphante et les scandales – elle et son mari découvrent le scandale de Panama avec dix jours de retard, grâce à l’unique dépêche Havas qui parvient au Sénégal.

Raymonde (sur qui nous avons peu de renseignements) est jeune. Elle part avec sa fille, Renée, âgée de sept ans. Elle a l’esprit pratique et elle est audacieuse : décider de suivre son mari dans un pays nommé Soudan où nulle Française (blanche) n’avait jamais été, c’était faire preuve de courage et d’indépendance. Elle est intelligente. Elle-même se nomme plusieurs fois « la petite bourgeoise ignorante que je suis ». Ignorante peut-être, en tout cas curieuse, observatrice, précise, et sans doute bénéficiaire de l’école pour tous, celle de la République et celle que la République entend exporter sur le continent africain. Douée pour les descriptions, elle évoque la « lumière enragée » du ciel soudanais. Vive, énergique, elle est facilement irritée par tout ce qui résiste au temps du progrès.

Elle est « naturellement » féministe. Il faut voir l’assurance avec laquelle elle affirme que la colonisation aurait tort de se passer des femmes si elle veut réussir, c’est-à-dire, « attirer, sinon le colon, du moins le capitaliste ». Raymonde Bonnetain ne doute pas une seconde du bien-fondé de la colonisation ni de ses vertus civilisatrices, encore moins des espèces sonnantes et trébuchantes qu’elle rapporte. Son pragmatisme prime sur tout.

Les hommes et les femmes qu’elle découvre en Afrique ? Elle est si convaincue de leur « inintelligence » et de leur infériorité qu’ils lui servent d’argument pour faire valoir son féminisme : « Naturellement les noirs bâillent, avec leur mépris de primitifs pour la femme, de voir “madame toubab” se permettre elle aussi de monter à cheval. » La notion d’intersectionnalité, qui n’existait pas de son temps, se voit balayée par anticipation : c’est exactement le genre de lignes que la lecture de son journal fait bouger. Féminisme et antiracisme ne vont pas toujours main dans la main.

La jeune madame Bonnetain use peu des termes « autochtone » ou « indigène ». Elle décline toutes les variantes du mot « nègre » en lui ajoutant des suffixes de condescendance. On tombe des nues en lisant et en entendant tant de laideur verbale et morale, et si peu de questionnement intérieur.

À mi-parcours, voyant que sa fille s’ennuie, elle décide de lui procurer une « poupée vivante » et s’en va acheter une petite esclave qu’elle nomme Belvinda en hommage à l’une de ses ancêtres. Elle choisit une orpheline maltraitée et scarifiée, « car il faut bien, dit-elle, qu’une bonne œuvre rachète l’égoïsme de mon but : donner à Renée une compagne ». Raymonde Bonnetain est le produit de son temps, de sa culture et de sa blancheur, mais plus que cela encore. Jamais elle ne remet en question ses catégories de pensée ni ses filtres. Elle n’a jamais l’ombre d’un doute, d’un sursaut d’humanité ou de compassion. Elle montre un début d’attachement à la petite Belvinda, mais guère plus.

Interdire la publication d’un témoignage aussi violent et aussi riche ? Ce serait se priver d’une plongée aux racines mêmes de l’entreprise coloniale, renoncer à un élément de compréhension important pour mettre en perspective les débats d’aujourd’hui. Non pas que la brutalité du registre de Raymonde Bonnetain ait entièrement disparu. Au contraire. À lire l’ouvrage de la sémiologue Marie Treps, Maudits mots. La fabrique des insultes racistes, il est frappant de voir que la totalité ou presque des termes dépréciatifs utilisés par notre épouse-aventurière sont toujours de mise aujourd’hui, cent trente ans plus tard.

En rapprochant ces deux ouvrages, le premier, un journal, le second, un dictionnaire, on mesure à quel point le genre auquel appartient un livre – témoignage versus relevé scientifique – influe sur notre écoute et notre sensibilité à des qualificatifs orduriers. La lecture du premier choque et suscite de l’émotion. La lecture du second ne choque pas et suscite peu ou moins d’émotion. L’un est un écorché, un tableau à cru ; l’autre un panorama, un tableau déroulé dans une histoire.

La vie dans les poches : Agatha Christie, la valeur de la correction politique

Aujourd’hui, que faire pour dépasser l’émotion et l’indignation ? Lutter contre des mots par d’autres mots ? C’est l’idée que défend le petit ouvrage de Sarah Mazouz, sociologue et chargée de recherches au CNRS. Le livre, intitulé Race, fait partie d’une collection nommée « Le mot est faible », dont le but est de redonner sens à certains termes dans une perspective militante.

L’objet-livre d’abord : c’est une vraie réussite. Car il ne s’agit pas d’un poche comme les autres, mais d’un vrai cocktail Molotov de papier. De facture soignée et pensée, le bouquin est mince, facile à manier et à dégainer, il a de la main et des rabats pour en rabattre. Sa couverture oppose un à-plat noir et une titraille blanche, dont la moitié est imprimée à la verticale et oblige à tourner le livre pour lire ce qui devient un slogan. L’effet visuel est repris à l’intérieur, le texte étant ponctué de doubles-pages qui répètent certaines phrases sur un fond noir ou blanc. La fabrication du livre est performative, et elle est remarquable de la part d’une petite maison indépendante. N’oublions pas que les grands groupes obligent les éditeurs à des économies d’échelle qui produisent un papier buvard ignoble et une impression de qualité inférieure à celle de photocopies… Saluons donc l’engagement matériel des éditions Anamosa.

Quant au titre Race, il propose une mise au point, ou plutôt une mise à jour du lexique utilisé depuis quelques années, voire quelque mois, par les militants antiracistes. Racisation, racialisation, intersectionnalité, blanchité, colourblindedness… autant de termes, souvent empruntés à la langue américaine, dont Sarah Mazouz entend expliquer la nécessité et la raison d’être. Son propos est de justifier et d’enraciner un certain nombre de néologismes et de nouveaux usages, il n’est pas de prendre en compte l’histoire, ni même, au fond, le débat d’idées.

Elle s’y engage avec force et conviction. Est-elle convaincante pour autant ? « Pour ma part, écrit-elle, j’ai fait le choix dans mes travaux d’utiliser l’expression d’assignation racialisante pour insister sur la dimension processuelle du geste qui consiste à essentialiser une origine réelle ou supposée, à en radicaliser l’altérité et à la minoriser, c’est-à-dire à la soumettre à un rapport de pouvoir. » Outre le fait que radicaliser la langue pour souligner-dénoncer la radicalisation de l’altérité ne va pas de soi (mais cela mérite une vraie réflexion), ce type de prose témoigne d’autant d’ouverture que d’enfermement. Hélas, le texte de Sarah Mazouz produit régulièrement cette impression d’étouffement. Pour être un vrai pamphlet, il faudrait qu’il s’affranchisse de cet excès de technicité qui l’obscurcit.

Il est possible de parier : de tous ces néologismes, lesquels tomberont aux oubliettes ? lesquels s’imposeront ? lesquels changeront durablement notre regard sur les Autres ? Un feu s’est allumé du côté d’Agatha Christie, vite éteint. Un autre feu, plus durable, est en cours dans nos laboratoires de recherche : quel avenir promet-il ?

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Le jeune jazzman originaire du sud de la France Tristan Mèlia nous présente via Jazz Family son premier opus long format baptisé No Problem, titre emprunté à la célèbre composition d’un membre du prestigieux quintet de Charlie Parker, le pianiste new-yorkais Duke Jordan.

Comme l’intéressé le déclare lui-même, « pour faire cet album, il a fallu qu’il remonte le temps, revenir aux ballades de Lester Young, retrouver le swing de Michel Petrucciani et les mélodies de Tom Jobim… ».

Assis derrière son piano, il s’est entouré pour l’occasion des solides Thomas Bramerie à la contrebasse et Cedrick Bec à la batterie. Disciple, entre autres, de Mario StantchevMichel Zenino et Philippe Petrucciani lors de ses classes à l’Institut Musical de Formation Professionnelle de Salon de Provence, puis de Franck Avitabile à Lyon et Christophe Leloil à Dignes – Magnosque, c’est auprès de l’immense Giovanni Mirabassi qu’il parachèvera sa formation.

Fils de parents mélomanes et très tôt bercé par les sonorités de Barney Wilen et Claude NougaroTristan Mèlia déploie un jeu inspiré, élégant et raffiné. Son sens inné de la mélodie et sa sensibilité qui nous fait songer au phrasé de Bill Evans et à la profondeur du jazz West Coast, immerge l’auditeur dans un univers musical intimiste où mélancolielégèreté et swing accrocheur dénotent une vraie maturité.

 

Publié par Hiko

[Source : les-chroniques-de-hiko.blogspot.com]

Surnommé « Le fou chantant », Charles Trenet (1913-2001) était un auteur-compositeur-interprète, poète et acteur français. Arte diffusera le 18 octobre 2020 « Charles Trenet au Printemps de Bourges » (Charles Trenet beim Festival Printemps de Bourges) de Dominique Masson.

Publié par Véronique Chemla

« Le premier auteur-compositeur-interprète français que l’on puisse dire vraiment inspiré par le jazz est ce garçon du nom de Charles Trenet. […] Cette pulsation nouvelle, cette extraordinaire joie de vivre apportée par les chansons que ce garçon ébouriffé lançait à la douzaine, étaient nées de la conjoncture d’un remarquable don poétique et de la vitalité du jazz assimilé pleinement par une fine sensibilité. » Boris Vian (En avant la zizique… et par ici les gros sous, 1958)

La Mer, Y’a d’la joie, L’Âme des poètes, Revoir Paris, Ménilmontant, Douce France, Je chante, La Romance de Paris, Le Soleil et la Lune, Fleur bleue, Le Jardin extraordinaire, Que reste-t-il de nos amours ?, Boum !, Nationale 7, La Folle Complainte, Bonsoir Jolie Madame, J’ai connu de vous… Toutes ces chansons sont signées par  Charles Trenet (1913-2001), auteur-compositeur-interprète, poète et acteur français surnommé « Le fou chantant »,.

Adepte des jeux de mots – Le Débit de lait -, il débute dans un duo avec Johnny Hess dans les années 1930 – Charles et Johnny -, insuffle dans la variété française la légèreté d’airs de jazz camouflant parfois la part sombre de son caractère (Je chante).

Sous l’Occupation, il doit justifier n’être pas juif. Condamné à trois mois d’inactivité pour avoir chanté en Allemagne sous le régime de Vichy, il se rend au Canada, puis aux États-Unis, puis revient en France en 1954.

Malgré des périodes d’éclipses, il connait un succès durable. Distingué par de nombreux prix, il a exercé une influence sur plusieurs générations d’artistes : Georges Brassens, Jacques Higelin, Alain Souchon…

« Charles Trenet au Printemps de Bourges »

Arte diffusera le 18 octobre 2020 « Charles Trenet au Printemps de Bourges » (Charles Trenet beim Festival Printemps de Bourges) de Dominique Masson.

« Hommage au « fou chantant » Charles Trenet dont les chansons courent encore les rues, comme au Printemps de Bourges où il interpréta ses plus beaux titres en 1987 ».

« 2021 marquera les vingt ans de la disparition d’une grande figure de la chanson française : Charles Trenet, sa gouaille facétieuse et ses refrains immortels ».

« En 1987, le « fou chantant » donnait un concert devant 4 000 personnes, sous le grand chapiteau du Printemps de Bourges ».

« Cinquante ans après ses débuts, l’artiste remportait un triomphe avec ses plus beaux titres : « Que reste-t-il de nos amours ? », « La mer », « Le soleil et la lune » et « Y’a d’la joie », face à un public jeune et conquis ».

« Interviewé à l’époque sur la persistance de son succès, Trenet répondait, avec le sourire, par cette belle formule : « La sincérité peut s’habiller comme elle veut, elle peut même être un peu désuète… »

« Charles Trenet, l’ombre au tableau »

« Charles Trenet, l’ombre au tableau » est un documentaire de Karl Zéro et Daisy d’Errata.

« Qui se cachait derrière le masque du « fou chantant » ? Karl Zéro raconte la part d’ombre de Charles Trenet à travers des archives oubliées et les témoignages de ses amis proches – Charles Aznavour, Jean-Jacques Debout… »

« Pour Charles Trenet, tout semblait si facile, tout était léger, fugace, rêvé… « La mer », griffonnée en quelques minutes dans un train entre Narbonne et Carcassonne, fit le tour du monde et le transforma en milliardaire ».

« Mais derrière l’insolente réussite, derrière le chapeau cloche et les yeux qui riboulent, derrière le génie poétique se cachait un autre Charles : un petit pensionnaire abandonné par sa mère, un homme secret, un « pédéraste » à une époque où l’homosexualité n’était pas tolérée ».

« Alors, il se réfugiait dans le monde des rêves, avant d’être durement ramené à la réalité ».

« C’est ce Charles Trenet-là que le film raconte, ce Trenet blessé, mystérieux, solitaire ».

« Celui qui traversa le siècle sans jamais vouloir se livrer, par élégance, par désinvolture, par horreur d’avoir à se justifier ».

« Car, sa vie durant, l’homme a été poursuivi par les ragots. Collabo pour les uns, pédophile pour les autres, Trenet n’a jamais daigné répondre. Il a souffert en silence et chanté sans relâche pour faire taire les grincheux ».

« Karl Zéro et Daisy d’Errata font revivre ce vieux galopin sulfureux, poète dont le masque joyeux cachait mal les désespoirs, artiste solaire qui dédaignait toute forme de conventions, à travers des archives inédites et oubliées, et les témoignages de ses amis proches, parmi lesquels Charles Aznavour, Jean-Jacques Debout et Georges El Assidi ».

« Charles Trenet au Printemps de Bourges » de Dominique Masson

France, 1987, 43 min

Sur Arte les 18 octobre 2020 à 18 h 55 et 27 octobre 2020 à 5 h.

Disponible du 11/10/2020 au 27/11/2020

« Charles Trenet, l’ombre au tableau » de Karl Zéro et Daisy d’Errata

France, ARTE France, La Mondiale de Productions, 2012, 53 minutes

Les citations sont extraites du site d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Andrée Zana Murat, journaliste et restauratrice dans un théâtre parisien, publie « La cuisine juive tunisienne ». Un recueil clair, précis, didactique, de 320 recettes de mets juifs tunisiens – entrées, mets à base de poissons et viandes, entremets -, souvent associés aux fêtes, agrémentées de conseils et souvenirs familiaux, mais trop rarement illustrées. Article republié à l’approche de Yom Kippour 5781.
 
Publié par Véronique Chemla
 
Albin Michel a réédité « La cuisine juive tunisienne » par Andrée Zana Murat. 
 
Encore un livre de recettes juives ? Oui. Et un bon.
 
Variété, générosité
La cuisine juive tunisienne ? On n’ose pas dire que c’est la meilleure, car on va nous prendre d’un coup d’œil. Bon, je porte la main de Fatma. Cela devrait suffire à écarter le mauvais œil…
 
Foin d’ironie.
 
Jadis vilipendée – « trop grasse », « fait grossir » -, parfois réduite au couscous-boulettes, la gastronomie juive tunisienne bénéficie depuis quelques décennies de la vogue du « régime crétois » ou « méditerranéen » sain, de la mode pour des repas conjuguant huile d’olive, céréales, poissons – boutargue, thon, mulet, daurade, merlan, « petite friture » de sardines -, légumes et fruits frais, en un dosage judicieux de protéines, glucides et lipides.
 
Cette cuisine familiale a gagné en légèreté avec la substitution d’une cuisson grillée du poisson à la friture. Et encore, de nouvelles friteuses requièrent une dose minimale d’huile.
 
Enseignante, journaliste, Andrée Zana Murat souligne la diversité de la « cuisine juive tunisienne » : « subtil métissage de cultures, de couleurs et de saveurs, nourries de diverses influences – turque, grecque, italienne… –, la cuisine juive tunisienne, qui se transmet de mère en fille, en belle-fille, en petite fille, est conviviale, généreuse et économe ». C’est oublié un peu vite le rôle des Juifs tunisiens qui aiment faire le marché, ne dédaignent pas les fourneaux, se piquent de savoir mieux que leurs épouses la vraie recette du couscous ou de la tafina
 
Plus d’une accumulation de mets, la cuisine juive tunisienne s’avère un art de vivre, de se détendre, de critiquer, de se retrouver, d’assurer des transmissions identitaires entre générations. Une cuisine intimement liée aux fêtes. Ainsi, le premier jour de Shaouot, les Juifs consomment des produits lactés.
 
Aux classiques couscous, tajine, brick, harissa, merguez, ou loukoum, Andrée Zana Murat adjoint la marmouma, le nikitouche, la pkaïla, la fourma, des manicotti, le torchi, l’akoud (orkod), le complet de poisson et lablabi
 
Des entrées aux desserts, via les boissons, son livre réunit 320 recettes, « mémoire d’une communauté avec ses secrets et ses anecdotes », et ses souvenirs d’enfant jouant dans la distillerie familiale Zana, admirative de la « mystérieuse fabrication » de la boukha, eau-de-vie de figues distillées.
 
« Trucs, tours de main (« le secret de ma mère »), ou précisions sur l’origine des plats », leur déclinaison au fil des saisons, « viennent enrichir le fil de la transmission ».
 
Habilement, Andrée Zana Murat mêle les prescriptions de la cacherout – laver et saler la viande avant de la cuisiner, etc. – à la confection des repas. Judicieusement, elle indique les mets associés aux fêtes juives, tels le msoki et les sfirès (fritèches) de Pessah (Pâque juive, 14-22 Nissan).
 
À la lecture du livre, on se rend compte de la richesse d’associations – légumes (gombos, tomates, poivrons, aubergines), herbes fines (persil, coriandre), épices (cumin, carvi, cannelle, tabel), fruits (amandes, dattes, citron) – et des saveurs subtiles de cette gastronomie juive tunisienne populaire, de certains mets désormais difficilement réalisables faute des ingrédients : disparition des amandes amères – on peut cependant recourir au sirop d’orgeat – pour les pâtisseries, substitution de boyaux synthétiques aux boyaux des bœufs pour les osbanasExit la cervelle depuis la « crise de la vache folle ».
 
Parfois, on sursaute en lisant certaines recettes : par exemple, une chakchouka sans poivron – quésaco ? C’est comme une tarte aux fraises sans fraise. À la bintje, variété de pommes de terre à chair farineuse conseillée par Andrée Zana Murat, on préférera celles nouvelles à chair ferme (Amandine) qui tiennent mieux à la cuisson.
 
De très rares oublis, tels les kouclês, spécialité de boulettes à base de viande hachée salée et poivrée relevée d’harissa, et bouillies avec les boulettes « classiques », le ragoût (tajine) de viande de bœuf aux abricots concocté par des Juifs livournais, les pains italiens et tabounas

Quant à l’assiette tunisienne – brick aux pommes de terre et de la viande hachée, torchiminina, tranches de salami ou de mortadella, olives vertes salées, navettes apéritives farcies au thon, mini-pain italien -, sa présentation lacunaire empêche d’évoquer la charcuterie.

 
Clair, illustré de quelques dessins, La cuisine juive tunisienne bénéficie d’un précieux index des recettes. De manière regrettable, manquent des photographies des mets si colorés – tonalités ambrées au noir intense – pour ceux qui les ignorent. Une gastronomie nourrissante, un festin non seulement pour les papilles, mais aussi pour les yeux et l’odorat sensible aux harmonies des épices et des herbes fines.
 
Andrée Zana Murat dirige depuis une dizaine d’années le restaurant le Café Guitry » au théâtre Edouard VII dont le directeur est son époux, le metteur en scène Bernard Murat.
 
Avec La cuisine juive tunisienne, elle a signé un livre de référence généreux, pour gourmands et gourmets, une encyclopédie émouvante. Bref, un kif !
 
Andrée Zana MuratLa cuisine juive tunisienne. Albin Michel, 2016. 352 pages. 17,50 €. EAN13 : 9782226322180
 
 
Les citations proviennent du communiqué de presse. Cet article a été publié le 20 avril 2016, puis le :

– 4 juin 2016 à l’approche de Shavouot, fête juive pour laquelle le MAHJ (Musée d’art et d’histoire du Judaïsme)  propose un atelier culinaire le 5 juin 2016. Le premier jour de Shaouot, les Juifs consomment des produits lactés.
 septembre 2016 à l’approche de Roch HaChana 5777 (nouvel an juif) les 1er et 2 Tichri (3 et 4 octobre 2016). Cette fête juive rappelle « la création d’Adam et Eve, créés à l’image divine, et dont descend l’humanité tout entière, et la ligature d’Isaac, quand l’Éternel refusa le sacrifice humain pour le sacrifice animal » ;
– 29 septembre 2017. Article republié à l’approche de Yom Kippour 5778 ;
– 19 septembre 2018. Article republié à l’approche de Yom Kippour 5779 ;
– 28 septembre 2019. Article republié à l’approche de Roch Hachana 5780.
 
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Em 1977, Gal Costa vinha, nos últimos anos, de três momentos distintos da sua carreira: o primeiro, em 1974, culminara em dois discos, “Temporada de Verão – Ao Vivo na Bahia”, que dividia com Caetano Veloso e Gilberto Gil, e “Cantar”, onde a cantora registrou a beleza da sua voz, optando por um canto límpido que valorizava o esplendor da sua voz única, quase que a nos trazer um recital de luxo. Apesar do esplendor do momento, o público do desbunde e a crítica rejeitaram a perfeição daquela obra, conclamando de volta a Gal Costa rebelde que acostumaram a ver desde o psicodélico “Gal”, de 1969. O segundo momento originou o “Gal Canta Caymmi”, lançado em março de 1976, que nasceu na carona da novela “Gabriela” (1975), quando Dorival Caymmi compôs o tema da abertura, “Modinha Para Gabriela”, com exclusividade para a cantora interpretar. E finalmente, o terceiro momento, o espetáculo “Doces Bárbaros”, em 1976, que registrou no palco o encontro histórico de Gal Costa, Maria Bethânia, Gilberto Gil e Caetano Veloso. Com certeza, a inspiração do show “Com a Boca no Mundo” e, consequentemente, a do disco “Caras & Bocas”, vieram dos cenários circenses, das roupas coloridas, e de um momento “flower power” tardio dos “Doces Bárbaros”.

Caras & Bocas”, lançado em 1977, conseguiu ser um registro do desequilibrado show “Com a Boca no Mundo”, desvencilhando-se e superando, em qualidade, o espetáculo. O canto rascante e os agudos rebeldes que se registraram no palco, desapareciam em todas as faixas, mostrando uma cantora madura dentro de um repertório jovial. A temática “flower power” é quase imperceptível no álbum, com uma criação existencialista atemporal em faixas como “Negro Amor” e “Caras e Bocas”. O disco derruba todo experimentalismo do show, mostrando as rupturas de Gal Costa, definitivas, prontas para fazer que ela se torne uma grande dama da MPB. “Caras & Bocas” é definitivo, depois dele, não se poderia mais voltar à fase da rebeldia de outrora, mas sim inaugurar uma nova, pois a cantora superara a si mesma, rasgando a cena nacional, pronta para desabrochar. O álbum é isto, uma contrastante beleza juvenil e madura da Gal Costa que se iria transformar, no ano seguinte, na maior intérprete da Música Popular Brasileira em todas as suas vertentes. O disco é isto, uma sedutora e definitiva ruptura da verdadeira baiana.

Com a Boca no Mundo – Ecos do desbunde

Gal Costa tornara-se, no fim da década de 1960, a musa da Tropicália, e cantou solitária o movimento quando os amigos Caetano Veloso e Gilberto Gil partiram para o exílio em Londres. Da Tropicália à psicodelia e à filosofia existencialista underground do desbunde, Gal Costa tornou-se um ícone da juventude dos barbudos e intelectuais ideologicamente “sem lenço, sem documento”. Aos poucos a cantora cresceu em prestígio e maturidade vocal e de palco. Sua sensualidade exuberante contrastava com o intimismo natural, fazendo dela algo único e definitivo. O desbunde foi ficando pela estrada, e Gal Costa era mais do que uma cantora de um determinado setor da sociedade brasileira.

Quando chegou aos trinta anos, navegando triunfante pelo universo musical do conceituado Dorival Caymmi, esperava-se e exigiam-se dela voos mais ousados dentro da essência da MPB. Mas, teimosamente, ela retrocedeu, queria voltar a abraçar aquela juventude que se rasgava por ela, esquecendo que as barbas já tinham sido raspadas, e caras mais limpas contornavam as tendências. O espetáculo “Os Doces Bárbaros”, de 1976, ia contra o momento, e insistia em dizer que o sonho “flower power” não havia acabado. Foi recebido por fortes críticas. Após o show, Maria Bethânia seguiu a carreira sem que se deixasse afetar pelo clima, e Gilberto Gil, depois da humilhação sofrida pela prisão por posse de droga, uniu-se a Rita Lee, em um espetáculo único. Gal Costa e Caetano Veloso deixaram-se tomar pela nostalgia hippie que se encerrara em Woodstock. O mestre baiano deixava claro aquele momento, com o lançamento de “Odara”, palavra que virou sinônimo de alienação em um Brasil sufocado por uma ditadura militar.

Contrária ao que se exigia dela, Gal Costa optou por um show jovial, com o clima rebelde que transitava entre o tropicalismo e o desbunde. Guilherme Araújo, então empresário da cantora, foi contra, mas ela insistiu e nasceu “Com a Boca no Mundo”, espetáculo que causou polêmica e desprezo da crítica carioca, na sua estreia no Teatro Carlos Gomes, na Praça Tiradentes, centro do Rio de Janeiro. Gal Costa deslumbrava em cena com um vestido longo, com um corte na frente. Vinha rebelde, provocativa, apagando de vez o efeito dos recitais do “Cantar”. Voltava com um canto rascante, quase sujo, acompanhada por metais estridentes, e, a explorar à exaustão os agudos desafiadores, lembrando a época do “Fa-tal – Gal a Todo Vapor”. Mas a semelhança apagava-se diante do aparato cênico, algo inédito nos shows da cantora. A iluminação sofreu crítica negativa de todos, sem exceções. No repertório, ela trazia de volta as canções ícones do desbunde, “Pérola Negra” (Luiz Melodia) e “Vapor Barato” (Jards Macalé – Waly Salomão), e do tropicalismo psicodélico, “Cinema Olímpia” (Caetano Veloso). Numa época que Maria Bethânia declarava publicamente ser a única cantora no Brasil que sabia interpretar Chico Buarque, Gal Costa ousava em palco, o que nunca fizera em disco, cantar o compositor, fazendo-o em dois momentos brilhantes e únicos com “Flor da Idade” e “O Que Será (À Flora da Terra)”, só pelas interpretações históricas, culminando com a cantora sozinha, ao violão, interpretando “Um Favor”, valia todos os equívocos do espetáculo.

Com a Boca no Mundo”, que tinha como objetivo o lançamento do disco “Caras & Bocas”, sofreu forte rejeição, que não afetaria em nada o disco. Assim, aos 32 anos, a cantora promoveu a maior ruptura da sua carreira, encerrando com o espetáculo, todos os ecos do desbunde. O resultado viria no ano seguinte, com o disco “Água Viva”.

Da voz, a nota de cristal transparente

Caras & Bocas”, álbum de 1977, é quase a totalidade das canções que Gal Costa interpretou no show “Com a Boca no Mundo”. Teve a produção e excelentes arranjos de Perinho Albuquerque. Diferente do show, as interpretações do disco iam longe dos cantos rascantes e agudos rebeldes, trazendo momentos de suavidade e intensidade de um canto amadurecido, pronto para ser explorado em toda a sua técnica. A capa mesclava a descontração da era “flower power” com a sofisticação de uma mulher balzaquiana. Trazia a cantora de perfil, cabelos propositalmente revoltos, sobre um fundo preto. As fotografias, inventando caras e bocas, que justificavam o título, foram feitas por Marisa Alvarez Lima. Traz dez faixas, das quais três são versões de compositores norte-americanos.

A cantora iniciava o disco com a delicadeza intensa de “Caras e bocas” (Caetano Veloso – Maria Bethânia), canção que, por si só, define e alinha toda a proposta. Versos soltos, de um existencialismo mais sofisticado do que eloquente, adquirem cor na interpretação intimista, mas intensa de Gal Costa. A música desenha a tradução perfeita de uma grande mulher que se pôs a seguir a vida como cantora do Brasil:

“Mas se dessa garganta
Das cordas escondidas
Desse peito sufocado
Desse coração atrapalhado
Surge uma nota brilhante
De cristal transparente”

E o cristal da voz, explicitamente revelado na letra e na interpretação, seguia rasgando e invadindo as faixas. “Me recuso” (Rita Lee – Luís Sérgio – Lee Marcucci) dá passagem da leveza efêmera de Rita Lee para a jovialidade perene de Gal Costa. Vibrante, alegre, quase adolescente, a canção é uma rebeldia agradável contra a solidão, escancarando as portas da paixão para que se entre alguém sem medo. A cantora brinca com a canção, sem em momento algum deixar de levar a sério o seu canto. Afinal, tudo era “relativo aos bons costumes do lugar” E a baiana sabia como ninguém romper qualquer tradição de costume.

O momento de paixão juvenil dá passagem para uma canção intimista, quase épica, “Louca me chamam” (Crazy he call’s me) (Carl Sigman – Bob Russel – versão Augusto de Campos). Grande sucesso da música norte-americana, a versão de Augusto de Campos, poeta concretista, é poética, combinando-se à beleza do lirismo do timbre e canto de Gal Costa. E ela canta no fogo dos sentimentos, sem andar sobre ele. Move montanhas com a doçura de uma voz de sereia, e nas palavras poéticas da melodia, recebemos a chave do seu céu musical, sem ousarmos a chamá-la, sequer um momento, de louca.

Em “Clariô” (Péricles Cavalcanti), percebe-se a maturidade que atingira o canto de Gal Costa, conduzindo um momento que, em outros tempos, não fugiria ao passionalismo do desbunde. Interpretação que rasga de forma elaborada um intimismo supostamente latente. “Clariô” teve duas versões públicas, a do álbum e a do compacto simples 6069.177, lançado pela Philips. E na esperança de um novo momento que não se escondia, clareava a carreira da cantora rumo à identidade definitiva.

No mesmo ritmo, o lado A do LP era encerrado com “Minha estrela é do Oriente (Tindoró Dindinha)” (Jorge Ben). O mundo alegre de Benjor sempre alcançou porto seguro na voz e no estilo de Gal Costa. O compositor teve as suas canções gravadas por ela desde a época da Tropicália. A leveza existencialista, quase bicho-grilo, da canção, acentua a proposta neotropical do disco, aburguesando com elegância a hippie balzaquiana que se apresentava deslumbrante. Música típica do universo ousado da musa do tropicalismo e do desbunde.

Momentos de densidade poética e interpretativa

O lado B do disco era iniciado pela mítica “Tigresa” (Caetano Veloso), numa das interpretações mais sublimes e contundentes da carreira da cantora. Naquele ano, a canção foi gravada em simultâneo, por Caetano Veloso, no álbum “Bicho”; e, por Maria Bethânia, em “Pássaro da Manhã”. Mas foi na interpretação intimista contrastada com uma intensidade latente de Gal Costa que a canção adquiriu o tom exato da sua vitalidade transgressora, tornando-se um grande sucesso de 1977. A música foi tema da personagem de Sonia Braga na novela “Espelho Mágico”, de Lauro César Muniz, produzida pela TV Globo. Reza a lenda que “Tigresa” foi feita para a atriz. Vários aspectos da trajetória de Sonia Braga mostram-se reveladores nos versos, que trabalhara como atriz na montagem brasileira do mítico musical “Hair”, no início de 1970. “Tigresa” cita outros momentos datados, mas que no conjunto, desaparecem sob uma canção marcante e atemporal. Letra extensa e de momentos poéticos intensos, que Gal Costa sabe conduzir com perfeição, tornando-se, com sua vasta cabeleira negra, a própria tigresa dos versos.

“Esfregando a pele de ouro marrom
Do seu corpo contra o meu
Me falou que o mal é bom e o bem cruel”

E a intensidade do disco prossegue, atingido um apogeu em “Negro amor (It’s all over now, baby blue)” (Bob Dylan – versão Caetano Veloso – Péricles Cavalcanti). Inquietante, densa, profunda, temática símbolo da geração “flower power”, “Negro Amor” traz de volta a Gal Costa da época do desbunde, numa interpretação que transita entre a técnica perfeita do canto e o passionalismo que sempre rompera em emoção o intimismo da voz. Pungente, quase sem saída, o mundo de Bob Dylan chegava à poesia singular da MPB. A precipitação no abismo existencialista da canção não destrói o equilíbrio emotivo que Gal Costa passa com esta interpretação sublime e única. Ela encerrava aqui, oficialmente, o empréstimo do seu canto àquele movimento que se iniciara lá no princípio de tudo. E para os que insistiam em que o sonho não acabara, ela dizia:

“Risque outro fósforo, outra vida, outra luz, outra cor
E não tem mais nada, negro amor”

Final ao vivo

A densidade alcançada é diluída na proposta de “Meu doce amor” (Marina – Duda Machado), onde os agudos retumbantes da cantora são usados com um domínio incomum, fazendo a canção crescer vertiginosamente. Marina Lima era introduzida na MPB como compositora com extraordinário brilho. Gal Costa é aqui jovial, intensa, apaixonante. E se o sangue era doce, todos os ouvintes sangravam naquela voz que já não vacilava em busca do apogeu.

E o intimismo épico voltava em “Solitude” (Duke Ellington – Eddie de Lange – Irving Mills – versão Augusto de Campos), terceira e última versão do disco. Nunca o mundo se fez tão solitário como nesta interpretação de sereia embriagante. Gal Costa enlouquece a dor com a sua voz doce e cortante, quando o tema é a solidão. “Solitude”, apesar de intimista, alcançou relativo sucesso, tornando-se parte da trilha sonora da novela “Dancin’ Days”, de Gilberto Braga, em 1978. O sucesso foi imediato, e a cantora foi convidada a participar de um capítulo da novela, encontrando-se com as personagens de Sonia Braga e Joana Fomm. Na faixa, outro momento de delicadeza e interpretação de emotividade intuitiva.

No decorrer do show “Com a Boca no Mundo”, um dos momentos mais aplaudidos foi quando Gal Costa sentou-se em um pequeno banco e, a solo no violão, interpretou “Um favor” (Lupicínio Rodrigues). A plateia ia ao delírio. A cantora trouxe para o álbum aquele momento de beleza, encerrando com esta canção as dez faixas de “Caras & Bocas”. A versão aqui apresentada não foi gravada em estúdio, veio diretamente dos palcos, ao vivo. Inteligentemente, o álbum era encerrado em um tom que dava a sensação de ter sido feito todo ao vivo, no calor da plateia que lhe ouvira todas as faixas. Gal Costa tira o tom pungente do universo solitário de Lupicínio Rodrigues, dando-lhe, com a cumplicidade do público, uma dimensão de esperança diante dos reveses da paixão. Depois desta interpretação, a música tornou-se um clássico da MPB.

Caras & Bocas” arremata, com sofisticação e beleza, o que apenas ficou sugerido em “Com a Boca no Mundo”. Consolida o prestígio de Gal Costa, deixando claro que já era hora de tirar os pés descalços da cantora do palco, para que pisasse com sandálias de prata no âmago da Música Popular Brasileira.

 

“Minha cara invade a cena
Rasga a vida
Mostra o brilho
Agudo musical”

Ficha técnica:

Caras & Bocas

Philips
1977

Direção de produção: Perinho Albuquerque
Direção de estúdio: Perinho Albuquerque
Técnicos de gravação: Chocolate, Ary Carvalhaes, Jairo Gualberto e Luiz Cláudio Coutinho
Técnico de mixagem: Luigi Hoffer
Auxiliares de estúdio: Julinho, Aníbal e Varella
Montagem: Luiz Cláudio Coutinho
Capa: Aldo Luiz
Fotos: Marisa Alvarez Lima
Arte Final: Jorge Vianna
Estúdio: Phonogram
Arranjos e Regências: Perinho Albuquerque e Thomas Improta

 

Músicos participantes:

Piano: Thomas Improta
Guitarra: Perinho Albuquerque, Vinícius Cantuária e Beto Gomes
Baixo: Rubão Sabino e Moacyr Albuquerque
Violão: Rubão Sabino e Gal Costa (Um favor)

Bateria: Robertinho Silva, Paulinho Braga, Enéas Costa e Vinícius Cantuária
Violão folk: Rick Ferreira
Flauta: Jorginho
Gaita: Maurício Einhorn
Percussão: Mônica Millet, Bira da Silva e Djalma Corrêa
Pistom: Wanderley
Sax-alto: Tuzé Abreu
Sax-tenor: Raul Mascarenhas
Sax solo: Juarez Araújo

Faixas:

1 – Caras e bocas (Caetano Veloso – Maria Bethânia); 2 – Me recuso (Rita Lee – Luís Sérgio – Lee Marcucci); 3 – Louca me chamam (Crazy he call’s me) (Carl Sigman – Bob Russel – versão Augusto de Campos); 4 – Clariô (Péricles Cavalcanti); 5 – Minha estrela é do Oriente (Tindoró Dindinha) (Jorge Ben); 6 – Tigresa (Caetano Veloso); 7 – Negro amor (It’s all over now, baby blue) (Bob Dylan – versão Caetano Veloso – Péricles Cavalcanti); 8 – Meu doce amor (Marina – Duda Machado); 9 – Solitude (Duke Ellington – Eddie de Lange – Irving Mills – versão Augusto de Campos); 10 – Um favor (Lupicínio Rodrigues)

 

[Fonte: jeocaz.wordpress.com]

 

Malgré une profusion de textes relayant des propos profondément misogynes, le rap français semble pour l’instant avoir été épargné par les revendications nées de la vague #MeToo. « Le sale » continue de faire recette.

L’image de la femme dans le rap français.

Écrit par Olivier Cachin

« T’es djomb, on se reverra peut-être bientôt/ J’ai vidé mes couilles, pas le sac à dos » (tiré de Djomb, titre le plus écouté de l’été sur Spotify France). On pourrait s’arrêter là et fustiger la haute teneur en misogynie de cet extrait du hit de Bosh, découvert dans la série Validé où il incarnait Karnage, rappeur psychopathe et hyper-violent. On pourrait également noter l’amusante tentative de séduction en intro de la chanson (« Ton boule me rend romantique ») en guise de contrepoids.

Mais on peut aussi, plutôt que de fustiger une fois de plus un rappeur et ses propos, tenter de comprendre pourquoi la vague de féminisme qui a émergé ces dernières années suite à l’affaire Weinstein et au mouvement #MeToo a globalement évité la planète rap.

Michel Sardou et Orelsan ont un point commun

Flashback : On est au début des années 2000, le rap français est en période de récession. Dans la foulée du classique de Lunatic Mauvais Œil, une nouvelle génération met en avant le vécu des quartiers, l’illicite, bref le rap de rue. Après une décennie de rap conscient, les textes se radicalisent, font l’apologie de la vente de drogue et se complaisent dans la violence verbale. Quelques hommes politiques en profitent pour se faire de la pub en dénonçant les textes des rappeurs. De multiples procès ont émaillé l’histoire du rap en France, mais toujours pour des questions politiques (La Rumeur, NTM, Sniper, etc.). Si les procès sont plus médiatisés que la musique en elle-même, c’est parce qu’à quelques exceptions près, le rap français touche alors principalement un public spécialisé.

La montée en puissance d’internet et des réseaux sociaux va donner au rap une nouvelle plateforme d’expression et permettre l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes. Le rap devient « la musique préférée des Français », comme le proclame le titre d’un livre coécrit par Fif Tobossi, boss du site Booska P, et Laurent Bouneau, directeur des programmes de Skyrock. En 2009, Orelsan se retrouve au cœur d’un scandale médiatique avec son titre Sale pute, une fiction clippée écrite deux ans auparavant décrivant les pensées malsaines d’un homme trompé par sa petite amie.

On peut d’ailleurs en profiter pour trouver un point commun entre Michel Sardou et Orelsan : Le premier chantait « J’ai envie de violer des femmes, de les forcer à m’admirer, envie de boire toutes leurs larmes, et de disparaitre en fumée » (Les villes de grande solitude, 1973), le second « T’es juste un démon déguisé en femme, je veux te voir brisée, en larmes, je veux te voir rendre l’âme » (Sale pute, 2007).

Le point commun ? Outre la violence misogyne des textes, dans les deux cas le chanteur assume un rôle, joue un personnage, une fiction amplifiée dans le cas d’Orelsan par un clip qui accompagne le son, jamais sorti sur disque ou en streaming. L’histoire de Sale pute ayant largement été commentée, contentons-nous donc de noter que depuis, le rap n’a guère été épinglé pour ses propos sexistes. Même quand, en 2004, La Fouine rappe « Donc pétasse suis-moi dans mon hôtel, pour une volontaire agression sexuelle/ Faites monter les mineures j’suis pire que R. Kelly : 1 pour le sexe 2 pour la money » dans le morceau Sex et money. Ni quand, en 2015, Vald évoque le fantasme du viol dans la chanson Selfie (« Elle aimerait bien se faire violer, enfin pas vraiment violer/ Elle aimerait que je la violente, que je la casse sans demander »).

Le rap épargné par la vague #MeToo

Et puis est arrivée l’affaire Harvey Weinstein et la vague #MeToo, qui ont impacté le monde de la culture, principalement le cinéma et la littérature. Et le rap ? Autant le débat sur l’homophobie dans le rap français a eu lieu autour de la polémique sur l’interview de Sexion D’Assaut en 2010, autant le sexisme parfois extrême de certains textes ne semble pas soulever de débat virulent.

Mehdi Maïzi, journaliste passionné de rap et animateur du podcast « Le code » sur Apple Music, explique cette apparente indifférence aux propos misos : « Parfois j’anime des émissions où on n’est qu’entre chroniqueurs mecs et quand il y a des propos misogynes, on n’est pas plus touchés que ça. On se dit ‘Bon, ça fait partie du champ lexical rap, c’est pas bien mais voilà, le mec rigole’. Et puis quand on fait des émissions avec des chroniqueuses meuf, ou des auditrices, on se rend compte que ça peut être super violent. Donc on doit nous aussi questionner les rappeurs là-dessus. Parfois c’est compliqué, on est dans une sorte de proximité avec eux, on est entre kiffeurs de rap, on sait que c’est du second degré, en tout cas on est persuadés que ça en est, et donc que ça n’est pas grave. Alors que ça peut l’être. Vraiment. Il y a plein de femmes qui écoutent du rap et pour qui ça n’est pas forcément super cool d’être traitées comme de la merde dans les textes ».

Les rappeurs eux-mêmes sont-ils choqués par certains textes de rap? Driver, rappeur et animateur du podcast « Featuring », a un exemple en tête : « Dans Sors le cross volé, quand Jul dit ‘Enlève pas ton string, je vais te violer’, ça c’est dur. C’est peut-être le seul moment où je me suis dit ‘Je ne défends pas’. Il n’y a pas de contexte, c’est gratuit, ça va loin. Djomb de Bosch, je peux comprendre qu’une fille soit outrée en regardant le clip mais moi, en tant qu’homme, je ne suis pas choqué parce qu’il y a un contexte ».

« Parler de sexe n’est pas sexiste », assure le rappeur belge Damso, qui sait faire le grand écart entre des morceaux qui font grincer des dents et des textes émouvants. Lui aussi défend la notion de contexte : « Quand je parle de femmes, ce sont des histoires personnelles, jamais je ne fais de généralités. Je ne suis vraiment pas misogyne, je me suis même trouvé féministe sur certains points », déclarait-il en 2018 au Parisien. Ce qui n’a pas empêché les associations féministes belges de dénoncer ses textes qu’elles considèrent « remplis de mépris, de dégoût et de violence verbale envers les femmes ».

Les rappeurs aux textes misogynes jouent-ils un rôle quand ils dégradent certaines femmes dans leurs lyrics ? C’est ce que l’on comprend en écoutant Kaaris, fameux pour ses textes hyper brutaux, s’exprimer sur le sujet en 2014 dans l’émission Clique de Mouloud Achour : « Les filles, elles sont comme nous en vérité. C’est nous qui avons cru qu’elles n’étaient bonnes qu’à la cuisine. Les femmes, c’est des pirates. Elles travaillent, elles sont modernes et elles aiment le bon son hardcore ». Ce qui ne l’empêche pas de rapper dans son Freestyle 2.7.0 : « Une grosse baffe et une gorge profonde, j’lui envoie tout sur les ganglions/ En tout cas c’est ce que moi j’aurais fait pour réveiller Cendrillon ». Dr. Jeckyll & Mr. Hyde ?

En janvier 2019, quelques mois après l’esclandre ultra médiatisée à Orly entre Kaaris et Booba, le magazine féminin Marie Claire propose un papier de Catherine Castro titré « Les rappeurs sont-ils misogynes ? ». Il permet de mesurer le chemin parcouru depuis les années 1990, quand le rap français avait quasi systématiquement mauvaise presse. Des plumes féminines bien connues viennent témoigner de leur goût du rap, et tempèrent l’étiquette infâmante de sexisme qui plane tel un halo au-dessus de ce genre musical.

Ainsi Anne Cibron, manageuse d’artistes comme Booba et Orelsan, qui affirme n’avoir « jamais essuyé de remarques misogynes d’un rappeur. En revanche, les cols blancs de l’industrie, oui, ça y va ». Et qui en rajoute une couche dans une interview à Madame Figaro où elle dénonce la misogynie de la société française plutôt que celle des rappeurs : « On pourra encore stigmatiser le rap pendant longtemps pour permettre à la France d’ignorer sa propre misogynie, qu’il s’agisse de siffler Cécile Duflot à l’Assemblée ou de faire de l’âge de Brigitte Macron un débat national ».

Le rap moins homophobe mais toujours misogyne ?

Juliette Fievet, animatrice de Légendes Urbaines sur RFI et auteure du podcast « 40 ans de rap » sur France Inter, n’est pas choquée par la misogynie dans le rap. Et revendique le second degré, y compris pour le public féminin, de plus en plus présent. « Ça m’amuse beaucoup, les titres comme Djomb. Parce que le rap a toujours fait ça, il y a toujours eu de la vulgarité. J’ai conscience que c’est un exercice de style à prendre au second degré. Les mecs ne disent jamais que toutes les meufs sont des putes. Et 70% du public des concerts de Niro, Fianso ou Ninho, ce sont des nanas qui chantent les paroles à tue-tête, et elles n’ont pas le syndrome de Stockholm, elles savent très bien voir la différence entre un exercice de style et autre chose ! Je me souviens en chicha, quand passait le titre de Vegedream où il dit ‘pu-teuh !’, dès les premières notes, les meufs hurlaient debout sur les fauteuils, certaines parce que ça leur faisait penser à leur ex-meilleure amie qui leur avait volé leur mec, et elles ne se sentaient pas agressées. J’ai un point de vue particulier parce que je sais qu’il y a des femmes dans le rap game depuis toujours, des manageuses notamment, et elles s’occupent de rappeurs qui sont des Bisounours, alors que toutes les histoires salaces type #MeToo que j’ai entendu, c’était dans des milieux politiquement corrects, plutôt du côté des énarques que dans le rap ».

Interrogé par Booska P, Bosh revendique lui aussi le droit à la légèreté. « Pour moi Djomb ça a été de la facilité, sans être prétentieux. Aujourd’hui il est top 1, lyricalement parlant c’est pas une dinguerie, c’est de l’amusement, c’est du délire. Roms, jeune rappeur qui monte, enfonce le clou : « C’est un format radio et c’est devenu un tube malgré les textes, mais les paroles sont sans haine. Bosh ne ment pas, il représente des gens. Pour moi, c’est évident que c’est de la fiction. Si ça se trouve il est différent dans la vraie vie ».

Aladin 135, dont le récent projet Phantom le montre en couverture entouré de deux mannequins dénudés, fait confiance à l’intelligence des femmes : « Les femmes ont souvent plus de recul que nous sur le second degré. Quand je vois des jeunes filles écouter du rap, elles chantent encore plus les paroles, et ça les fait rire ! Certes, ça peut paraitre vulgaire pour d’autres générations qui n’ont pas eu l’habitude de voir les femmes aussi relâchées, mais je pense que ça fait aussi partie de l’évolution de la femme dans la société ».

Mehdi Maïzi met cependant un bémol au joker « second degré » : « Le second degré, c’est une grille de lecture. Un personnage misogyne dans une chanson n’est pas forcément comme son auteur dans le privé. Je le pense toujours mais ça a ses limites, et on ne peut pas juste évacuer la question en disant ça, ce serait trop simple. La société évolue, donc on doit aussi évoluer en tant que rappeur, journaliste rap ou auditeur de rap ».

Cette évolution, elle a déjà commencé dans le rap, notamment au sujet de l’homophobie. « Dans la nouvelle génération de rappeurs et rappeuses, il y a des choses qui ne sont plus dites, notamment homophobes, qui à l’époque étaient répandues », affirme Mehdi. « Je ne dis pas que ça a disparu, mais la nouvelle génération est plus woke sur ces sujets-là, et sur les femmes. Mais il y a aussi une partie du rap qui n’a pas bougé d’un iota et qui tient des propos sexistes. C’est une réalité dure à contredire ».

Il y a aussi un point commun entre Brassens et Booba

Un exemple de cette misogynie musicale : « Il y a les emmerdantes, on en trouve à foison / En foule elles se pressent / Il y a les emmerdeuses, un peu plus raffinées / Et puis, très nettement au-dessus du panier / Y a les emmerderesses ». Mais ce n’est pas du Booba, c’est du Brassens, chanteur réputé qui a donné son nom à des lycées. Deux poids, deux mesures ? Booba a volontiers été taxé de misogynie. Roms modère cette critique : « Quand Booba rappe ‘Enlève tout, je m’en fous de la dentelle/ Balance ton misogyne à Angèle’ dans Dolce Vitail joue sur les gens qui vont trouver ça misogyne, mais c’est plus subtil en fait. Il parle de la bien-pensance, il est fidèle à lui-même ».

Mehdi confirme : « Dans À la folie, Booba dit ‘Malgré tout je les respecte toutes/ Tu le sais si tu as croisé ma route’. Même si Booba a souvent été vu comme le rappeur sexiste parce qu’il incarnait beaucoup de clichés pour pas mal de gens, je ne pense pas qu’il aurait considéré important de préciser qu’il respectait toutes les femmes il y a quinze ans. Peut-être que lui aussi a évolué, et c’est normal, c’est un père de famille. C’est loin d’être parfait aujourd’hui mais j’ai quand même l’impression que doucement, trop doucement, on avance dans le bon sens ».

L’image globalement négative qu’ont les rappeurs auprès d’une partie de la population changera-t-elle si le contenu des textes change? Tessae, jeune rappeuse marseillaise, est une des trop rares artistes féminines du rap. Elle vient de sortir le clip de son morceau Salope, qui traite du harcèlement de rue. Du vrai vécu. « À l’époque où j’ai écrit le texte, chaque fois que je me connectais sur les réseaux, je lisais le témoignage d’une fille qui racontait qu’elle s’était fait agresser physiquement ou verbalement. Ma sœur, elle, s’est fait cracher dessus et insulter de salope. C’est de là qu’est né le morceau, c’est un ras-le-bol. En plus, ça n’est pas du tout pris au sérieux alors qu’on est en 2020 ».

Pour autant, Tessae ne fustige pas ses collègues, même si elle émet des réserves : « En vrai je pense que dans le rap français, il y a un peu de misogynie. Moi je me prends des commentaires disant que je fais des ‘textes de tchoin’ en parlant de Salope, alors que je traite du harcèlement de rue ! Une fille qui fait du rap, ça ne passe toujours pas pour certains ». Sur des textes comme celui de Djomb, Tessae sait être indulgente. « Je sais qu’on peut écrire des textes sans penser de A à Z ce qu’on dit, juste pour suivre une mode. Des fois j’écoute parce que le mood est cool, mais je ne suis pas forcément d’accord avec certaines paroles, notamment quand les meufs sont insultées, même si je kiffe l’ambiance ».

Faut-il censurer le rap misogyne? Privilégier la répression textuelle? Roms n’est pas de cet avis: « C’est difficile de juger à la place des femmes, je ne prends pas les textes comme elles. J’ai plein d’amies qui écoutent les mêmes chansons que moi, Ce n’est pas parce que la société est sexiste qu’on doit reproduire ça mais je ne pense pas que les rappeurs essaient d’être misogynes. Le rap, ça doit être instinctif. Je n’aime pas quand la censure ne vient pas de l’artiste lui-même, c’est bien d’avoir une équipe qui te donne son avis et te suggère d’éviter certaines dingueries. Après, si le mec est assez con pour la sortir quand même, il y aura une polémique, c’est normal ».

Les hommes n’ont pas le privilège de la crudité verbale, des rappeuses comme Casey n’hésitant pas à hausser le ton et à employer des images fortes comme dans le très hardcore À la gloire de mon glaire en 2010 (« Qui est le plus vulgaire, d’entre le vandale, le rappeur et le vaurien/ Quand la tolérance zéro sévit sur le terrain/ Et que le pouvoir se comporte réellement comme le parrain ? »). Même Beyoncé a chanté dans Don’t Hurt Yourself quelques lignes bien senties à l’égard des mâles alpha, y compris son mari Jay Z : « You ain’t married to no average bitch, boy/ You can watch my fat ass twist, boy/ As I bounce to the next dick, boy » (Tu n’as pas épousé ta chienne moyenne, mec/ Tu peux mater mon boul qui remue, mec/ Pendant que je rebondis sur une autre bite, mec).

« Le sale », une valeur sûre

Une des explications du langage vulgaire pour évoquer les femmes se trouve peut-être dans ces lignes extraites du premier album de Nekfeu : « Pour séduire les filles, tout peut marcher sauf être un garçon bien ». On peut bien le regretter, mais l’image du « bad boy » est une valeur sûre, et cela ne date pas de l’apparition du rap. Le rap français se conforme ainsi à une idée parfois préhistorique de la femme, à l’image d’une société qui valorise le pouvoir plutôt que le savoir.

« T’as pas de cerveau mais un gros cul, c’est déjà bien », lâche Kalash Criminel dans Patek, le clip d’Alkpote. Astuce et salto arrière : la formule est adressée à… Liza Del Sierra, fameuse actrice X française présente dans le clip, qui semble charmée du compliment de ce gentleman du ghetto (Sevran, en fait).

Un autre exemple ? « Elle serait prête à tout, même à se tatouer la tête de Marine Le Pen sur les fesses pour que je lui claque très fort/ Elle m’a dit ‘(…), je rêverais d’être ta chienne’, je l’ai menottée de manière détachée ». Kaaris ? Bosh ? Alkapote ? Non, Nekfeu dans Risibles Amours.

« Les rappeurs n’ont pas spécialement parlé de #MeToo », note Juliette Fievet. « Ce qui est marrant avec eux, c’est qu’ils peuvent écrire un texte sur les dix putes qu’ils ont baisées et le suivant sera une chanson larmoyante sur leur maman. C’est le paradoxe des rappeurs. Mais s’ils n’en ont pas parlé, ça n’est pas qu’ils ne se sont pas sentis concernés. On les taxe tellement de misogynie qu’ils n’allaient pas non plus se justifier, comme quand on demande aux musulmans de se désolidariser des terroristes alors qu’ils en sont les premières victimes ».

Driver, lui non plus, ne croit pas à une prise de conscience qui viendrait des rappeurs eux-mêmes. « Il faudrait qu’il y ait plus de femmes, et là je parle dans le public, qui se lèvent et s’opposent quand elles entendent des chansons misogynes. Parce que ce qui est important et qu’il convient de souligner, c’est qu’il y a énormément de filles qui adorent des chansons comme Djomb. Si les filles ne se lèvent pas face à ce genre de morceau, qui le fera ? Pas les hommes ! On n’aura pas un #MeToo dans le rap tant que des filles aimeront ce genre de chanson ».

Le débat ne risque pas de s’éteindre, et il y a fort à parier que certains textes de rap continueront à désigner certaines femmes comme des « putes » (Alkpote), des « sorcières » (Fianso), des « pétasses » (Freeze Corleone), des « salopes » (Aèlpéacha et tant d’autres). Pour Aladin 135, le public n’est pas dupe : « Les jeunes ont compris. Nous avant, on n’avait pas les réseaux sociaux et on était un peu dans le fantasme. On ne connaissait pas la vie des gens qui chantaient certaines choses. Aujourd’hui, les jeunes savent très bien que quand SCH fait le mafieux italien, ça n’est pas la réalité. Il n’y a plus de secrets pour le public, à part pour les très jeunes, à la limite. Les gens se rendent compte qu’on est dans l’entertainment« .

Au final, tout se résume peut-être par cette terrible formule de Bosh, encore lui, dans son titre Cœur noir sur l’album Synkinisi « Tu veux le hit parfait ? Parle de drogue et de grosses tasspés ». Le « sale », cette notion essentielle dans le rap français des années 20, reste une valeur sûre pour attirer l’attention du public. Pas sûr pourtant qu’il ait besoin de s’accommoder de formules misogynes pour rester hardcore.1

 

[Photo : Getty Images/Alen Popov – source : http://www.rfi.fr]

A seis años de la muerte de Gustavo Cerati, retomamos este texto del músico Gonzalo Aloras sobre su disco más relevante: ‘Bocanada’

Gustavo Cerati retratado por Gaby Herbstein durante la sesión de ‘Bocanada’

Escrito por Gonzalo Aloras

Cuando me fui de Rosario a vivir a Buenos Aires a fines de los noventa, porque irse a vivir a otra ciudad es toda una película, tenía tres discos en mi soundtrack personal: Algo vuela, el disco que yo estaba haciendo por ese entonces, iniciando mi etapa solista luego de varios años junto a Mortadela Rancia; Abre, de Fito Páez, con el que comencé a formar parte de su banda; y Bocanada, de Gustavo Cerati, que sonaba de fondo en ese remolino de acontecimientos.

Fito siempre tuvo una mirada de sociólogo pop. Y siempre tuvo gestos inclusivos. Así, en esa época y en conciertos sucesivos, uniendo puntas de un mismo lazo, hizo subir a su escenario a Mortadela Rancia para tocar “Estela” y a Cerati para tocar “Puente”. Uno de los momentos musicales más hermosos que he vivido.

A pedido de mis amigos de La Tempestad, hago foco en el tercer nudo de ese lazo, en el humo melancólico y tecno de la gran Bocanada de Cerati, que cumple veinte años. Para Gustavo, Bocanada fue su “primer disco solista”. Amor amarillo, tal vez por su manufactura casera, no representaba del todo para él ese lugar en su discografía.

En Bocanada quiso recuperar cierta dulzura, cierto confort musical, que en Soda Stereo no había desarrollado del todo. Quería un disco que fuese simple de apreciar. Con letras espirituales en torno al fluir y al estar. Quería plasmar un estado de liviandad al llegar a sus cuarenta años.

El arte gráfico del disco nos invita a relajarnos, en contraluz, entre el humo liviano y fugaz sobre texturas suaves y acogedoras. Glamour nocturno para escuchar. Lejos de aquel masoquismo ficcional que decía haber utilizado otrora como motor para sus letras, lejos de la figura del artista torturado que quiere salir y librarse de algo. Aquí el placer fue esencial; de allí la gran bocanada.

Las diferencias entre este álbum y el proyecto Soda Stereo son claras: el uso de la tecnología digital en el proceso creativo. La computadora como instrumento musical. El proceso de collage en la composición a partir del uso del sampler. La insistencia en las novenas, el mood melancólico.

El paso de la rítmica rock al funk. La apertura poética en los textos. La mixtura ecléctica de sonoridades y estilos. La electrónica como personaje principal. (Fito Páez realiza una mutación estética similar hacia el sonido electrónico en su disco Ciudad de pobres corazones, de 1987, de la mano de Tweety González y su maquinaria.)

Amor audio

No hay muchos ejemplos entre los músicos populares argentinos de su generación que dedicaran tanta pasión a la producción y le dieran tanta importancia a la experimentación, a la tímbrica, a las sonoridades, a la instrumentación, a la decisión en los materiales, al proceso mismo de grabación y mezcla; en otras palabras: al amor por el audio. Pues si acaso existen ejemplos entre aquellos cantantes que saben rodearse de profesionales y logran un refinado producto, no son artesanos en la concepción general del proyecto.

Gustavo Cerati era un escultor: esculpía el audio de sus canciones, secundado por su invaluable equipo de labor: técnicos y músicos. Pasó la mayor parte de su vida esforzándose en merecer su propio talento, creando un estilo. Amante de las guitarras y los delays, atento a las nuevas tecnologías aplicadas a la musicalidad del audio.

Ambient poética

Cerati siempre remarcó su dificultad para escribir letras. Esto es muy interesante, porque todos sabemos que las letras de sus canciones tienen momentos sublimes y poéticos, que no son obvios ni naturales en el pop. Se trata de extraños aforismos que supo encontrar y distribuir en cada una de sus canciones para darles vuelo.

“Siento que voy a arruinarlo”, me dijo Gustavo cuando estaba por escribir las letras de su último disco. Pero aquello que se nos aparece como dificultad, en realidad nos motiva a superarnos y nos mantiene alerta y atentos para no ceder, para no caer en la comodidad y el conformismo de la repetición vacía. Es destacable esta cualidad en Gustavo: un artista de semejante nivel que menciona con orgullo sus limitaciones porque sabe que su obra no padece de ellas, sino que gracias al esfuerzo, al trabajo y la búsqueda constante, más bien se caracteriza por haberlas superado.

Nota al pie: la “verdad” en el sentido de relato verídico, no es algo que haya inspirado a Gustavo para escribir letras sino, por el contrario, lo inspiraba la mentira, lo falso, la magia, el misterio, las máscaras, los efectos, el humo. Y esa era su visión del arte: la potencia de lo falso.

Estos son algunos de los “aforismos” que aparecen, tema a tema, en Bocanada:

1) Al ánimo de brillar / la luz se adelantó

2) La verdad que más engaña saber / recuerdo el mar / soñé estar aquí / y no recuerdo despertar

3) Cuando no hay más que decirnos / me hago uno con el humo / serpenteando la razón

4) Hoy te busqué / en la rima que duerme / con todas las palabras / Desordené átomos tuyos para hacerte aparecer

5) Hervidero de palabras / solo escucha tu alma / fluir sin un fin / más que fluir sin un fin

6) Tengo todo por no querer más nada

7) Desde que partió su verbo vive en mi carne / Cuento verdades como mentiras / La inútil perfección de buscar el silencio

8) Qué otra cosa es un árbol más que libertad

9) Hoy el oro está en mi piel / Te creé como un gran inventor

10) Por senderos que se bifurcan / en mundos paralelos / Todo esta pasando aquí y ahora

11) Lo que querías no tiene fin

Cerati retratado por Gaby Herbstein para la portada de ‘Bocanada’

La novena de Cerati

Hay una singularidad muy notoria en la composición melódica de este disco, que seguramente se dio por arrastre, por contagio, por simbiosis entre una canción y otra, durante el proceso de grabación y composición, y quizá por alguna influencia musical de Gustavo en aquellos días. Se trata de un elemento musical, rico en consecuencias sensoriales: todas las melodías de Bocanada hacen uso y abuso del intervalo de novena. Este intervalo musical, esta sonoridad distintiva, produce a la vez un efecto melancólico y profundo. Este álbum podría utilizarse como ejemplo didáctico en la aplicación de este intervalo y sus consecuencias dentro de la composición pop.

La balsa tecno

Bocanada fue un disco pensado y creado desde el sampler (el MPC3000). Un instrumento digital que permite copiar fragmentos de audio para repetirlo de manera fractal, modificando su pitch (o frecuencia), entre otras cualidades. Implica básicamente tomar fragmentos musicales de otros discos o grabaciones para un uso propio y diferente.

Este método de trabajo marcó el modo de Cerati desde esta producción hasta Fuerza natural (disco que merece un comentario extra pero complementario: Fuerza natural fue innovadoramente compuesto por Cerati solo con un pequeño controlador MIDI y una computadora, sin utilizar instrumentos musicales tradicionales, aunque luego, durante la grabación, hayan sido las guitarras acústicas las que definieron el color de la obra. Se percibe el desafío: alcanzar fuerzas que usualmente se consiguen con la electricidad de las guitarras rockeras, a través de instrumentos acústicos y de arreglos minuciosamente diagramados con ese fin. Aparecen, también, acordes y alteraciones armónicas no implementadas en el resto de su obra, así como gestos de la canción folclórica, dejando entrever su admiración y su orgullo por formar parte de la línea compositiva clásica argentina: Spinetta, García, Nebbia, etc.)

En Bocanada también fue muy utilizado el procesador Mutronics Mutator, una máquina para modificar audios ya grabados, con envolventes, filtros y oscilaciones de baja frecuencia, típicos de un sintetizador. Aunque en la producción de las canciones percibimos guitarras acústicas que parecieran ser las que llevan el tema o desde donde se compuso la pieza, esto sucede solo en algunos pocos casos, como “Puente”. El resto del material se construyó jugando con pedazos sueltos, reordenándolos y modificándolos hasta dar con nuevas formas sobre las cuales, sí, poder armar melodías y textos. La deconstrucción como filosofía musical.

(Elvis Presley, Eumir Deodato, Focus, John Barry, Gary Glitter, Porter Ricks, Thomas Dolby, Los Jaivas, XTC, Mark Snow, Electric Light Orchestra o The Spencer Davis Group son algunas bandas o solistas sampleados y deconstruidos.)

Hay dos temas instrumentales, “Balsa” y “Aquí & ahora (y después)”, que muestran por dónde venía su búsqueda antes de meterse de lleno en el proceso de Bocanada, a través de sus proyectos electrónicos paralelos, que terminaron confluyendo en un mismo río Babel.

Bocanada se fue componiendo durante su propio proceso de grabación (cuando normalmente son procesos que difieren en espacio-tiempo) y es por eso que, como cuenta Gustavo, la consola de sonido, que usualmente entra en acción a la hora del registro de lo ya compuesto, funcionó aquí como un instrumento más. “Un ecualizador es un instrumento”, decía.

La figura de Clive Goddard fue fundamental para la factura del audio. La mezcla realizada en Londres, y ese toque inglés en el sonido de mezcla final, es clave para la consistencia y la perdurabilidad del disco. Flavio Etcheto, Leo García, Martín Carrizo y Fernando Nalé también fueron protagonistas fundamentales del proceso, aportando juventud, frescura, ideas y técnica, inspiración y afecto, alrededor del autor.

Cerati logró el desafío de comenzar su etapa solista con un material que no solo estuviese a su altura sino que pudiese servir de puente para algo superior. “Lograré un buen feedback”, decía, “si soy consecuente con lo que hago y si mis discos coinciden con mis sentimientos”.

 

 

[Fotos: Gaby Herbstein  – fuente: http://www.latempestad.mx]

J.O. 1972 : la tragédie de Munich (Black September. The True Story of the Munich Massacre, 2006) est un documentaire de Sebastian Dehnhardt, Uli Weidenbach et Manfred Oldenburg. L’histoire de la prise d’otages et de l’assassinat de 11 athlètes israéliens lors des Jeux olympiques de Munich (ancienne République fédérale allemande, actuelle Allemagne) par les terroristes du mouvement arabe palestinien Septembre Noir. Et ce qu’elle révèle sur la détermination et le courage des athlètes et politiciens juifs israéliens, ainsi que la lâcheté et l’incompétence de dirigeants politiques et sportifs européens, la cruauté lâche des terroristes arabes palestiniens antisémites, dont Abu  Mazen (Mahmoud Abbas), et l’alliance remontant au grand mufti de Jérusalem al-Husseini entre ces derniers et les (néo-)nazis allemands. 

Publié par Véronique Chemla 

Après la guerre d’Indépendance (1948), la (Trans)Jordanie a accueilli un grand nombre de réfugiés arabes palestiniens, et occupe la Judée et la Samarie.

Dirigée par Yasser Arafat, l’OLP (Organisation de libération de la Palestine), notamment le Fatah, utilise le royaume hachémite comme base militaire à ses attaques terroristes contre l’État d’Israël. Elle tente aussi des putschs contre le pouvoir jordanien.

Lors de la Guerre des Six-Jours (1967), l’armée israélienne conquiert la Judée et la Samarie.

En septembre 1970, le roi Hussein de Jordanie réprime durement l’un de ces putschs visant à le détrôner ou/et à le tuer pour instituer un État-terroriste palestinien. Un accord est signé entre la Jordanie et Arafat, mais celui-ci n’en respecte pas les stipulations.

En 1971, le roi de Jordanie ramène l’ordre dans son royaume en luttant victorieusement contre les fédayins palestiniens qui fuient, en préférant parfois se rendre aux soldats israéliens, ou qui sont expulsés du royaume.

La même année, le Fatah crée le groupe terroriste arabe palestinien Black September (Septembre Noir) qui assassine en novembre 1971 le Premier ministre jordanien Wasfi al-Tal.

Onze athlètes israéliens Juifs tués 

À l’aube du 5 septembre 1972, lors des Jeux Olympiques (JO) d’été à Munich (alors en RFA), un commando lourdement armé de terroristes arabes palestiniens de Septembre Noir pénètre aisément dans le village olympique. Arborant des vêtements sportifs, il se dirige vers l’immeuble où demeure l’équipe israélienne.

Malgré la courageuse résistance d’athlètes israéliens, il kidnappe neuf athlètes de cette équipe ; les autres athlètes israéliens sont tués par les terroristes ou parviennent à fuir. Il formule alors ses exigences aux autorités allemandes : la libération de terroristes détenus en Israël et leur transfert en Israël, et celle de deux gauchistes allemands de la Faction armée rouge (RAF), Ulrike Meinhof et Andreas Baader, en Allemagne. Refus israélien. Les terroristes jettent par-dessus le balcon de l’immeuble un athlète israélien assassiné, Moshe Weinberg.

Malgré la demande israélienne, les autorités politiques allemandes et le Comité olympique refusent d’interrompre les J.O. dont les épreuves sportives, transmises à la télévision, se déroulent parallèlement aux négociations avec les terroristes.

Écartant les offres d’argent des autorités ouest-allemandes, les terroristes reportent leur ultimatum et exigent un avion pour aller au Caire (Égypte). Ils prennent un bus avec leur otage jusqu’à l’aéroport de la base militaire Fürstenfeldbruck de l’OTAN.

Là, des forces de l’ordre allemandes tentent une vaine opération pour mettre un terme à la prise d’otages. Alors que des athlètes israéliens étaient parvenus à rompre des liens autour de leurs poignets, tous les athlètes israéliens sont tués lors de l’intervention allemande.

Le bilan est lourd : onze athlètes juifs de l’équipe olympique israélienne – David Mark Berger (28 ans, haltérophile), Zeev Friedman (28 ans, haltérophile), Yosef Gottfreund (40 ans, arbitre de lutte), Eliezaar Halfen (24 ans, lutteur), Yosef Romano (32 ans, haltérophile), Amitzur Shapira (40 ans, entraîneur de l’équipe d’athlétisme), Mark Slavin (18 ans, lutteur), Andre Spitzer (27 ans, arbitre d’escrime), Yakov Springer (50 ans, entraîneur de l’équipe d’haltérophilie), Kehat Schor (53 ans, entraîneur de l’équipe de tir), Moshe Weinberg (32 ans, entraîneur de l’équipe de lutte) – et un policier ouest-allemand décédés.

Lors de l’opération allemande, cinq des huit terroristes sont tués, et trois interpellés.

Le 6 septembre 2012, Avery Brundage, président du Comité olympique, omet dans son discours d’évoquer les athlètes israéliens assassinés : « The Games must go on… » (Les Jeux doivent continuer). Ancien athlète ayant concouru aux J.O. en 1912, Avery Brundage avait dirigé des organisations sportives américaines et s’était élevé contre le boycott des J.O. de Berlin, dans l’Allemagne nazie, en 1936.

Cet « événement caractérise la naissance du terrorisme moderne ». Le communiqué de la chaîne Paris Première omet curieusement de le qualifier d’islamiste.

Il a eu de nombreuses conséquences : création par la RFA d’une cellule de lutte contre le terrorisme, bombardement de bases de l’OLP en Syrie et au Liban, détournement moins de deux mois plus tard d’un avion de la Lufthansa, libération le 29 octobre 1972 par la RFA de trois preneurs d’otages survivants.

Le gouvernement de Golda Méïr décide de venger les victimes, et d’agir pour prévenir toute reproduction de cette tragédie. La traque des terroristes par le Mossad s’étale sur plus d’une décennie. Elle vise à éliminer les responsables de cette tragédie – Abdel Wael Zwaiter, Mahmoud Hamchari, Hussein al Bachir, Abou Youssouf, Mohamed Boudia, Ali Hassan Salameh -, dont l’un des maîtres d’œuvre est l’Arabe palestinien Mahmoud Abbas (Abu Mazen). Par erreur, le Mossad tue Ahmed Bouchiki à Lillehammer.

En 1977, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, la France a expulsé Abou Daoud, terroriste du Fatah responsable de la prise d’otages des athlètes israéliens par le commando Septembre Noir aux J.O. de Munich, vers Alger où Abou Daoud a pu librement rejoindre le lieu de son choix. Et ce, malgré la demande d’extradition de la RFA et de l’État d’Israël. Abou Daoud témoigne dans ce documentaire dont les auteurs ont interviewé aussi des proches des victimes israéliennes, des responsables israéliens, tel Ehud Barak, et allemands.

Le 17 juin 2012, le journal allemand Der Spiegel révèle, en se fondant sur le rapport du Service fédéral de renseignement, que deux néo-nazis, Willi Pohl et Wolfgang Abramowski, ont aidé les terroristes de Septembre Noir, dont Abou Daoud (sous le nom de Saad Walli), chef du commando, dans la logistique de cette prise d’otages des athlètes israéliens. L’un des deux néo-nazis était chargé par l’OLP de commettre des attentats et de prendre des otages en particulier à la cathédrale de Cologne, ceci pour venger des arabes palestiniens tués par des policiers allemands. Willi Pohl, « aujourd’hui repenti de son passé nazi et devenu auteur pour la série télévisée à succès Tatort », a assisté à la rencontre entre Abou Daoud et des « Arabes portant costume et cravate », des diplomates syriens selon lui. Pohl et son complice « ont été arrêtés à Munich en octobre 1972 en possession d’armes automatiques, de grenades et d’une lettre de menace signée « Septembre noir » adressée à un juge chargé de l’instruction d’une enquête sur les membres du commando qui avaient survécu. Le commando s’était servi des mêmes grenades, de fabrication belge avec un explosif d’origine suédoise, pour tuer les otages israéliens ». En 1974, Pohl a été condamné à deux ans d’emprisonnement pour possession illégale d’armes.

Le 23 juillet 2012, ce journal allemand révélait que des alertes sur la tragédie à venir lors de ces J.O. avait été alors exprimées.

Le 26 août 2012, le Spiegel révélait que, craignant d’autres attentats, la RFA a collaboré officieusement, comme l’Italie, avec l’OLP peu après cet assassinat. Plusieurs mois après cet attentat, Walter Scheel, ministre allemand des Affaires étrangères, a rencontré secrètement plusieurs terroristes de Septembre Noir pour « reconstruire la confiance ». Ces terroristes ont réclamé le soutien allemand à l’OLP en échange de l’arrêt des attentats terroristes palestiniens. Et l’ont obtenu. La RDA a mis un terme à son enquête.

Le 29 août 2012, des archives israéliennes déclassifiées révèlent combien les Israéliens déploraient cette tentative de sauvetage « mal organisée et ratée. [Les Allemands ont] tout fait pour en finir avec cette histoire, à n’importe quel prix afin de ne pas perturber les Jeux Olympiques… Ils n’ont même pas fait un effort minimal pour sauver des vies, ils n’ont pas pris le moindre risque pour sauver les gens, ni les leurs ni les nôtres », selon Zvi Zamir, alors chef du Mossad. Selon le Premier ministre Golda Méïr, l’État d’Israël n’avait pas reçu d’alerte concernant une menace visant l’équipe nationale aux J.O. de Munich. Golda Méïr avait exhorté à ne pas rendre responsable de cette tragédie les services de renseignements israéliens.

Le 5 septembre 2012, lors d’une cérémonie à la mémoire des victimes israéliennes à l’aéroport de la base militaire Fürstenfeldbruck, Ankie Spitzer, veuve d’Andrei Spitzer, entraineur de l’équipe israélienne d’escrime, a déploré la « tentative de sauvetage désastreuse » des forces de sécurité allemandes. Elle a fustigé « l’incompétence, la stupidité et l’arrogance » des autorités allemandes en 1972, et l’interdiction pour les familles des victimes d’accès aux documents officiels sur cette tragédie. Elle a réclamé « une nouvelle enquête » sur cet échec. Lors d’une conférence de presse, elle a insisté pour que les autorités allemandes « ouvrent tout », car c’était son droit de savoir ce qui s’était passé. Président du Conseil central des juifs d’Allemagne, Dieter Graumann a dénoncé le « dilettantisme désastreux et inimaginable des forces de sécurité allemandes », et la « négligence » et la « légèreté » des dirigeants sportifs. « Aucun être humain ne peut comprendre » que les Jeux n’aient pas été interrompus immédiatement, a-t-il constaté. « Avons-nous été trop naïfs ? Avons-nous sous-estimé la menace terroriste ? Ces questions demeurent », a reconnu le ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Pieter Friedrich. Silvan Shalom, vice-Premier ministre israélien, a qualifié le 5 septembre 1972 d’un «  des jours les plus tragiques du jeune État d’Israël ». Il a considéré «  tout à fait légitimes » les demandes des proches des victimes et estimé qu’il était « peut-être temps » que l’Allemagne déclassifie les documents concernant cette tragédie.

Honte au Comité d’organisation olympique 

La campagne JustOneMinute –pétition lancée par Ankie Spitzer – a visé à faire respecter une minute de silence, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques à Londres (27 juillet-12 août 2012) à la mémoire des onze athlètes juifs israéliens assassinés.

Lancée à cette fin, une pétition sur Internet a recueilli 111 753 signatures en août 2012.

Cette demande est refusée par les organisateurs des JO, dont Jacques Rogge, l’actuel président du Comité d’organisation des JO, et Sebastian Coe, responsable du Comité d’organisation des JO à Londres, en alléguant que les J.O. seraient apolitiques et qu’une minute de silence serait inappropriée lors de la cérémonie d’ouverture des J.O.

Pourtant, en 1996, la guerre dans les Balkans a été évoquée lors de la cérémonie d’ouverture des JO. En 2002, une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes des attentats du 11 septembre 2001. En 2010, une minute de silence a été respectée à la mémoire du lugeur géorgien Nodar David Kumaritashvili, décédé lors d’un entrainement.

En fait, ces dirigeants craignent la réaction, et l’éventuel refus ou retrait des pays arabes.

La campagne JustOneMinute est soutenue par des politiciens israéliens, américains (Congrès), australiens, canadiens, italiens, français (Claude Goasguen), les gouvernements d’Israël, des États-Unis, d’Allemagne et d’Australie, ainsi que par des communautés juives dans le monde et des responsables chrétiens.

Le 25 juillet 2012, Ilana Romano, veuve de l’haltérophile israélien Yosef Romano, a demandé à ce que les spectateurs de la cérémonie d’ouverture des JO observent une minute de silence lorsque Jacques Rogge, qui a participé aux JO de Munich en tant que sportif, débutera son discours. La Chambre italienne des députés a observé une minute de silence.

En vain.

Le 25 juillet 2012, Al-Hayat Al-Jadida, quotidien de l’Autorité palestinienne, a titré : « Le sport est fait pour la paix, pas pour le racisme ». Il a fait état de la lettre du président du Comité olympique palestinien, Jibril Rajoub, à Jacques Rogge. Jibril Rajouby a exprimé à Jacques Rogge son appréciation de son opposition à la demande d’une minute de silence à la mémoire des athlètes juifs israéliens assassinés. Il a rappelé que « le sport en Palestine est moyen de réaliser les objectifs nationaux » et « un instrument de lutte pour présenter la cause palestinienne ». Le 25 juillet 2012, le quotidien palestinien al-Hayat a qualifié d’« opération » cet attentat terroriste palestinien et a cité Jibril Rajoub alléguant que cette minute serait « une cause de division et diffuserait le racisme parmi les nations ».

Le 25 juillet 2012, en réponse à une lettre de la députée et vice-présidente du Comité des Affaires étrangères de la Chambre des députés Fiamma Nirenstein, le président de cette Chambre, Gianfranco Fini, a fait observer une minute de silence par les membres de cette Assemblée. « Notre parlement a aujourd’hui condamné l’acte de violence le plus vile – le terrorisme – qui a frappé tant de fois Israël au fil des années, causant des dommages à des vies de civils innocents. Le dernier tragique attentat à Burgas contre des touristes israéliens, comme celui de Munich en 1972, exprime le désir de tuer la démocratie vibrante d’Israël », a déclaré Fiamma Nirenstein, en désignant « l’organisation palestinienne terroriste Septembre Noir ».

Le 29 juillet 2012, l’équipe olympique et des diplomates israéliens ont respecté une minute de silence lors de la cérémonie organisée devant leur pavillon du village olympique. Une trentaine d’athlètes de l’équipe italienne olympique, ainsi que le ministre italien des Sports, Piero Gnudi, s’est jointe à eux.

Le 6 août 2012, une cérémonie à la mémoire des athlètes israéliens assassinés a été organisée par la communauté britannique juive et l’ambassade d’Israël en Grande-Bretagne. Environ mille personnes y ont assisté, dont des responsables communautaires, Boris Johnson, maire de Londres, David Cameron, Premier ministre britannique, Jacques Rogge, Sebastian Coe, président du Comité d’organisation de ces Jeux 2012. « Même après 40 ans, c’est douloureux de revivre les moments les plus douloureux du mouvement olympique », a indiqué Jacques Rogge. « Honte à vous, parce que vous avez oublié onze membres de la famille olympique. Vous les discriminez pour la seule raison qu’ils sont Israéliens et Juifs », a déclaré Ankie Spitzer, veuve d’Andrei Spitzer, entraineur de l’équipe israélienne olympique d’escrime, aux dirigeants dudit Comité. Une déclaration accueillie par une standing ovation réservée aussi à Ilana Romano, qui a déploré que Jacques Rogge « se soit soumis au terrorisme. Votre nom sera écrit sur les pages de l’histoire comme un ancien athlète devenu le président qui a violé la charte olympique qui appelle à la fraternité, l’amitié et la paix ».

Malgré la demande d’Irwin Cotler, ancien ministre canadien de la Justice, aucune minute de silence n’est observée non plus lors de la cérémonie de clôture.

Médaillée olympique américaine juive de gymnastique, Aly Raisman a déclaré le 8 août 2012 qu’elle aurait observé cette minute de silence à la mémoire des athlètes israéliens tués.

Un CRIF « palestiniennement correct »

Le 5 septembre 2012, date commémorant les 40 ans de l’attentat perpétré contre des athlètes israéliens aux J.O de Munich, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) organise à 19 h, au siège du Comité national olympique à Paris, « lieu où l’olympisme fut créé », une cérémonie en présence de Valérie Fourneyron, ministre des Sports, du président du Comité national olympique et sportif français, Denis Masseglia, de l’ambassadeur d’Israël en France, S.E. Yossi Gal, de représentants de fédérations sportives, des associations de lutte contre l’antisémitisme et le racisme, des hauts responsables de la justice antiterroriste, afin de rappeler le souvenir de cet événement. Rappelons que, député socialisteValérie Fourneyron avait interrogé le 24 mai 2011 le ministre français des Affaires étrangères et européennes pour savoir « si la France soutiendra la soumission officielle du rapport Goldstone au conseil de sécurité en vue d’une éventuelle saisine de la Cour pénale internationale ».

Parmi l’assistance : l’ambassadeur des États-Unis en France Charles Rivkin, l’ambassadeur des États-Unis à l’UNESCO, David Killion, l’ambassadeur d’Allemagne en France, Suzanne Wasum-Rainer, Anne Hidalgo, première adjointe au Maire de Paris, Pierre Schapira, adjoint au maire chargé des relations internationales, le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, Rogel Nahum, athlète délégué par le Comité Olympique israélien, Bariza Khiari, vice-présidente du Sénat, Marc Trévidic, juge d’instruction, Alain Arvin-Berod, administrateur du think tank « Sports et citoyenneté », Muriel Schor, nièce de Kehat Schor, victime de l’attentat, des associations de lutte contre l’antisémitisme et le racisme, parmi lesquelles SOS Racisme, le Mouvement pour la paix contre le terrorisme (MPCT), la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs. Rappelons que Bariza Khiari, sénatrice, comparait le 14 janvier 2009 la bande de Gaza à une « prison à ciel ouvert » et est membre du Comité de parrainage de Salah Hamouriterroriste ayant reconnu sa responsabilité dans les préparatifs de l’assassinat du grand rabbin Ovadia Yossef.

Horaire tardif ? Pas une image sur cette cérémonie au JT de 20 h de France 2.

Est-ce un hasard si aucun sportif, ministre ou diplomate français ne s’est joint à la cérémonie à Londres le 29 juillet 2012 et si la France du président Nicolas Sarkozy ou du président François Hollande, des Premiers ministres François Fillon, puis Jean-Marc Ayrault ne s’est pas jointe à la campagne pour une minute officielle de silence aux J.O. de Londres en 2012 ? Rappelons le « vote décisif » de la France en faveur de l’inscription de l’église de la Nativité à Bethléem, « en urgence », malgré l’opposition des responsables chrétiens de ce site et au titre de la « Palestine » dans la liste du Patrimoine mondial par l’UNESCO (Organisation des Nations-unies pour l’éducation, la science et la culture) le 29 juin 2012, et  en faveur de l’admission de la « Palestine » à l’UNESCO le 31 octobre 2011. Bref, cette cérémonie organisée par le CRIF s’apparente à une session de rattrapage pour la France.

Est-ce un hasard si aucun responsable musulman ou/et arabe n’est annoncé à ces évènements ? Et la présence de l’imam de Drancy, Hassan Chalghoumi, souligne l’absence de tous les autres dirigeants des instances musulmanes françaises. Partout dans le monde, la ligne de partage entre juifs et musulmans passe par l’État d’Israël, le refus du monde musulman d’un État non-musulman, juif ou chrétien.

« Les athlètes assassinés étaient juifs, trente-six ans auparavant, les jeux de Berlin avaient été utilisés pour glorifier le nazisme et pour banaliser l’exclusion des juifs et cela avait été fait avec la complaisance de certains dirigeants du sport international qui se trouvaient encore aux commandes lors des jeux de Munich. Chacun connaît la trêve olympique sur laquelle d’ailleurs l’histoire nous dit finalement peu de choses précises. Mais l’utopie de Pierre de Coubertin est un magnifique objectif. Je suis sûr que les athlètes israéliens assassinés en étaient pénétrés. Je suis moins sûr, et je parle ici par litote, que tous aujourd’hui partagent cette utopie et que tous les athlètes en soient les porteurs. Des États qui refusent que leur équipe rencontre une équipe israélienne, des athlètes qui préfèrent être disqualifiés et revenir en héros dans leur patrie, plutôt que d’affronter des concurrents israéliens, des chaines de télévision qui coupent la transmission de leur reportage au moment où défile l’équipe israélienne », a déclaré Richard Prasquier, président du CRIF. 

Est-ce un hasard si le discours de Richard Prasquier lors de cette cérémonie et le compte-rendu rédigé par Eve Gani de cet événement – un résumé publié sur le site Internet du CRIF,  mal titré, évoquant une « cérémonie contre le terrorisme » (et pas à la mémoire des onze victimes juives israéliennes de cet attentat terroriste palestinien ?)  –  ne qualifient curieusement pas ce terrorisme de « palestinien ». Richard Prasquier omet aussi de nommer le mouvement terroriste Septembre Noir ou les États, arabes ou/et musulmans, qui refusent toute rencontre entre leurs sportifs et leurs homologues de l’État juif. Comme Richard Prasquier l’a alors si bien déclaré : « On ne bâtit rien sans le socle de la mémoire« . Ni sans l’Histoire. Curieusement, sur la photo illustrant ce compte-rendu, le sourire éclairant certains visages de personnalités – le sourire le plus patent semble celui de Pierre Besnainou, président du FSJU (Fonds social juif unifié) et de l’AUJF (Appel unifié juif de France) -, surprend et contraste avec la gravité du visage de Richard Prasquier. D’autant que ces personnalités communautaires et politiques posent devant l’affiche des onze victimes israéliennes de ces J.O.

Est-ce un hasard si ce passionnant et bouleversant documentaire est diffusé non par une chaine du service public français, mais par une télévision privée ?

Futur Mémorial 

Le 4 septembre 2013, lors de la cérémonie marquant le 41e anniversaire de cet attentat terroriste palestinien, Ludwig Spaenle, ministre bavarois de l’Éducation et des Affaires culturelles, a annoncé l’édification d’un Mémorial à Munich en mémoire des onze athlètes israéliens et du policier allemand tués en 1972.

Coûtant 1,7 millions d’euros, ce mémorial sera construit près du site munichois ayant accueilli les J.O. Il est l’aboutissement d’une réflexion commune dudit ministère bavarois et du ministère bavarois pour l’Éducation politique, des familles des victimes, du musée Juif de Munich, du consul d’Israël et du Mémorial du camp de concentration de Flossenbürg. Il sera inauguré en 2016.

Une cérémonie à la mémoire des 11 athlètes israéliens tués par des terroristes palestiniens lors des Jeux olympiques de Munich (1972) a eu lieu lors des Jeux olympiques d’hiver de 2014, ou XXIIes Jeux olympiques d’hiver (7-23 février 2014) à Sotchi, cité balnéaire bordée par la mer Noire (Russie).

L’implication d’Abbas/Mazen 

Le 2 décembre 2014, le Mouvement des étudiants pour Israël a écrit au ministre israélien de la Défense afin que soit reconnue la responsabilité de Mahmoud Abbas (Abu Mazen) qualifié de « ministre des finances du terrorisme » lors de ces Jeux olympiques en 1972.

« Après ce terrible massacre des onze athlètes à Munich, le gouvernement israélien dirigé par Golda Méïr s’est voué pour que tous ceux impliqués dans ces faits rendent des comptes et a adopté des mesures pour que soient jugés les terroristes impliqués dans l’organisation et la réalisation de l’attentat. Cependant, pour des raisons politiques, le responsable du financement de ce massacre, Abu Mazen, n’a pas été officiellement reconnu par l’État d’Israël comme un de ceux impliqués dans la promotion du massacre« , a déclaré Eliyahu Nissim, président de ce Mouvement.

Et d’ajouter : « Depuis quelques mois, nous avons réuni les preuves indubitables de l’implication d’Abbas dans ce terrible massacre qui a été effectué par l’organisation Septembre Noir, créée à l’initiative du Fatah d’Arafat, et Abbas a assuré le financement. En fait, l’implication d’Abbas dans cet attentat terroriste est bien connue du public et des familles des victimes. Voici quelques années, Ilana Romano, veuve de Yosef Romano, un des onze qui ont été assassiné à Munich, a dit lors d’une interview au Yediot Aharonot qu’elle détenait une cassette dans laquelle Abbas admet son implication dans le meurtre des athlètes. Après plusieurs années de suivi, nous savons qu’Abbas était le ministre des finances du meurtre de Munich et celui qui a amené l’argent de l’Arabie saoudite pour financer cette opération. Si le ministre de la Défense a le moindre doute sur l’implication d’Abbas dans le massacre des athlètes israéliens, nous devons saisir la chance de la prouver de de présenter les preuves. Même s’il y avait des doutes dans le passé, ceux-ci ont disparu au fil des années quand des détails sur ce massacre et ceux qui y étaient impliqués ont commencé à s’accumuler jusqu’à fournir une image très claire de l’histoire vraie. Maintenant, nous demandons seulement une reconnaissance formelle de ce qui est connu et clair pour tous… Il n’est jamais trop tard pour la justice… Abbas continue d’inciter au terrorisme et de le financer de manière régulière, notamment via des salaires et des bonus pour les terroristes assassins emprisonnés en Israël. Malheureusement, le gouvernement israélien lui permet de porter un chapeau différent chaque jour, comme il le veut – un jour le chapeau du terroriste, un autre jour celui du modéré. Il est temps de voir la réalité en face et de se souvenir qu’Abbas n’est pas seulement impliqué dans le terroriste et le financement de ce dernier actuels, mais aussi depuis 45 ans… Nous envisageons aussi la possibilité de saisir la Haute Cour et de lui présenter les preuves de l’implication d’Abbas dans le massacre de Munich« .

Au cours des dernières années, les liens étroits entre Abbas et Abu Daoud, « cerveau » de cet attentat terroriste palestinien ont été soulignés. En 2010, Abbas a loué Abu Daoud : « Il était l’une des figures leaders du Fatah et a consacré sa vie à la résistance, à un travail sincère, et au sacrifice physique pour les justes causes de son peuple ».

Directrice du Shurat Hadin Israel Law Center, l’avocate Nitsana Darshan-Leitner a montré comment Abbas a fourni le financement de cet attentat à Munich.

Le 2 décembre 2014, des étudiants israéliens ont écrit au ministre israélien de la Défense afin que soit reconnue la responsabilité de Mahmoud Abbas (Abu Mazen) qualifié de « ministre des finances du terrorisme » lors de ces Jeux olympiques en 1972.

Munich, de Spielberg

Ciné + Emotion diffusa les 10, 13 et 18 juin 2015 Munichde Steven Spielberg (2005). « À Munich, en 1972, un commando de terroristes palestiniens affilié au groupe «Septembre noir» prend en otages des athlètes israéliens. L’opération tourne au carnage. Aussitôt, Golda Méïr, Premier ministre israélien, prend la décision de répliquer. Avner, un jeune agent du Mossad, reçoit l’ordre de retrouver et d’éliminer les membres de « Septembre noir » qui sont considérés comme les commanditaires de l’attentat. Il change d’identité et quitte Tel Aviv en laissant sa femme enceinte. Arrivé en Europe avec un commando de quatre hommes, il tente d’entrer en contact avec le mystérieux « Papa », qui devrait lui permettre de localiser les terroristes… »

Athlètes torturés et mutilés 

Le 1er décembre 2015, le New York Times a révélé les tortures et castration infligées aux otages juifs israéliens par ces terroristes. Veuves de deux athlètes otages, Ankie Spitzer et Ilana Romano ont révélé ces actes barbares au documentaire Munich 1972 & Beyond, de Stephen Crisman. Né en 1940 à Benghazi (Libye), Yossef Romano, haltérophile et décorateur d’intérieur, a été blessé au début de la prise d’otages, alors qu’il tentait de combattre les terroristes. Il a été castré et abusé sexuellement devant ses camarades, ligotés. Les autres otages ont été battus, leurs os cassés. Deux otages, dont Yossef Romano, sont morts dans le village olympique. « Les terroristes ont toujours allégué qu’ils n’étaient pas venus pour tuer quiconque et qu’ils voulaient seulement libérer leurs amis emprisonnés en Israël. Ils disaient qu’ils ont tué le reste des otages du fait de l’opération de sauvetage à l’aéroport. Mais ce n’est pas vrai. Ils étaient venus pour blesser des gens. Ils étaient venus pour tuer ».

Les familles des otages ont toujours demandé des informations sur ce qui s’était passé, mais elles se heurtaient au déni de l’Allemagne. En 1992, Ankie Spitzer a fait part de sa frustration à un documentariste pour le 20e anniversaire de cette tragédie. Elle a été contactée par un individu qui lui a donné 80 pages, notamment d’un rapport de la police, sur ces faits. Les proches des otages ont donc sollicité de nouveau les autorités allemandes, et obtenu des documents et photographies sur les tortures subies par des athlètes. Ils ont alors promis de ne pas divulguer ces informations qu’ils ont rendues finalement publiques pour que les athlètes reçoivent à titre posthume une reconnaissance publique et officielle.

Nouveau président du Comité olympique international (IOC), Thomas Bach a exprimé son accord pour un moment de souvenir de tous les athlètes morts lors des J.O. durant les ceux à Rio en 2016. Ankie Spitzer et Ilana Romano œuvrent à ce que le souvenir des athlètes israéliens tués à Munich soit distinct de celui des autres athlètes, car leur mort a résulté d’un attentat terroriste. L’IOC est d’accord pour contribuer au financement d’un mémorial aux athlètes israéliens tués à Munich.

Dubaï Film Market


Dans le cadre du Marché du film à Cannes et de Dubai Goes to Cannes, le Dubaï Film Market (DFM) a présenté le 16 janvier 2016, de 16 h à 18 h, des extraits de quatre films dont Munich: A Palestinian Story, documentaire biaisé de Najib Hajjaj : « ‘Munich: A Palestinian Story’ tells the story of the hostage situation that took place at the 1972 Munich Olympics. It is the first time an Arab filmmaker has tackled the event. The films is directed by Palestinian filmmaker Nasri Hajjaj who was childhood friends with one of the Fidayeen group members who carried out and was killed during the hostage-taking incident. Years later, Hajjaj meets Jamal, one of the two surviving members of the group. The film is an attempt to present different views – irrespective of the support for or condemnation of the events in Munich in 1972″. Ilana Romano a refusé de témoigner dans ce documentaire partial qui désigne les terroristes islamistes palestiniens en « combattants de la liberté« . Lors de cette projection interdite à la presse, le réalisateur britannique Ken Loach était un des rares spectateurs.

J.O. Rio 2016


Les Jeux olympiques se déroulent à Rio de Janeiro du 5 au 21 août 2016.

Le 3 août 2016, dans le village olympique de Rio de Janeiro (Brésil), a été inauguré un mémorial en hommage aux athlètes décédés lors des Jeux olympiques.

Le « monument, qui contient une pierre du site d’Olympie, berceau des Jeux antiques en Grèce, est dédié notamment à la mémoire des victimes de l’attaque perpétrée par le groupe palestinien Septembre noir contre le pavillon où résidaient les membres de l’équipe d’Israël à Munich ».

En présence d’athlètes israéliens et allemands ainsi que des deux veuves de victimes israéliennes de Munich, Thomas Bach, président du Comité international olympique et champion olympique d’escrime en 1976 à Montréal (Canada) avec l’équipe d’escrime de la République fédérale d’Allemagne (RFA), a déclaré : « Les Jeux olympiques ont toujours été une affirmation de la vie. Que cette commémoration soit une affirmation de leurs vies ». Il a lu les noms des onze otages israéliens assassinés en 1972 et celui de Nodar Kumaritashvili, lugeur géorgien décédé accidentellement durant une descente d’entraînement la veille des JO d’hiver de Vancouver en 2010.

« C’est un moment incroyablement important. Nous avons attendu 44 ans pour ce moment. Nous nous sommes battus pour leur mémoire et la reconnaissance que nos êtres chers brutalement tués à Munich appartiennent vraiment à la famille olympique. Le président Bach a prononcé leurs noms et observé cette minute de silence, je ne peux pas décrire mon émotion », a confié Ankie Spitzer, veuve de l’entraîneur de l’équipe israélienne d’escrime à Munich, Andre Spitzer.

« C’est un moment historique pour lequel je remercie le président Bach », a témoigné Ilana Morano, veuve de l’haltérophile Yossef Moreno, un des premiers otages tués.

Le Comité international olympique (CIO) a annoncé qu’un site de deuil – Place of Mourning – constitué en particulier de deux pierres de l’Olympie antique encastrés dans du verre, situé dans la partie arborée du village des athlètes, se trouvera dans chaque village olympique et sera lié à une minute de silence à la mémoire des victimes du terrorisme palestinien.

Le 14 août 2016, à l’hôtel de ville de Rio de Janeiro, une cérémonie a rendu hommage aux 11 athlètes israéliens assassinés lors des Jeux olympiques de Munich de 1972 en présence de responsables olympiques, dont Thomas Bach, israéliens, dont Miri Regev, et brésiliens.

“Entendre enfin les noms des onze athlètes israéliens assassinés prononcés à voix haute à l’intérieur de votre village olympique, et voir une minute de silence être observée, ont été l’aboutissement de notre lutte pour que nos proches soient reconnus en tant que membres de la grande famille olympique”, a déclaré Ankie Spitzer.

Ministre israélienne des Sports et de la Culture, Miri Regev a demandé qu’une telle cérémonie ait lieu à chaque cérémonie d’ouverture des Jeux olympique. Elle a dit au Comité international olympique qu’un « drapeau noir » flottera toujours sur son événement sportif. « Notre bon ami, Thomas Bach a été le premier à comprendre l’obligation du CIO de marquer cette tragédie. Cependant, cette cérémonie n’est pas suffisante. Le chagrin pour les athlètes tués à Munich n’appartient pas seulement à leurs familles, pas seulement à l’État d’Israël, pas seulement au peuple juif. C’est une tragédie aussi pour le CIO qui aura un drapeau noir flottant. Cela doit devenir une partie intégrale de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques afin de rappeler au monde libre ce qui peut arriver quand on baisse sa garde. Espérons que vous, notre ami Thomas Bach, introduirez ce droit aux prochaines Olympiades à Tokyo », a déclaré Miri Regev.

Le 22 mars 2017,  à 22 h 32, Paramount Channel diffusa Munichde Steven Spielberg (États-Unis – Canada – France, 2005, avec Eric Bana, Daniel Craig, Ciarán Hinds, Mathieu Kassovitz, Hanns Zichler, Ayelet Zurer, Geoffrey Rush, Michael Lonsdale, Mathieu Amalric, Lynn Cohen, Yvan Attal, Gila Almagor. « À Munich, en 1972, un commando de terroristes palestiniens affilié au groupe « Septembre noir » prend en otages des athlètes israéliens. L’opération tourne au carnage. Aussitôt, Golda Méïr, Premier ministre israélien, prend la décision de répliquer. Avner, un jeune agent du Mossad, reçoit l’ordre de retrouver et d’éliminer les membres de « Septembre noir » qui sont considérés comme les commanditaires de l’attentat. Il change d’identité et quitte Tel Aviv en laissant sa femme enceinte. Arrivé en Europe avec un commando de quatre hommes, il tente d’entrer en contact avec le mystérieux « Papa », qui devrait lui permettre de localiser les terroristes… »

Nouveau mémorial

Le 6 septembre 2017, un nouveau Mémorial en mémoire des victimes a été inauguré à Munich en présence du président israélien Réouven Rivlin, du président allemand Frank-Walter Steinmaier et des représentants des familles des victimes israéliennes du terrorisme palestinien. Une minute de silence a été observée par l’assistance à la mémoire de ces victimes.

Le président Reouven Rivlin a déclaré : “Nous remercions le Premier ministre de Bavière Horst Seehofer pour cette initiative et pour sa sollicitude envers l’État d’Israël et le peuple juif”. Lors de son intervention, le président israélien a également rappelé que 45 ans après ce massacre, le terrorisme international continue à frapper et à menacer des innocents à travers le monde: “Il y a même des endroits où ces attentats sont présentés comme des actes de bravoure. Le Fatah a célébré récemment cet attentat comme un modèle à suivre. L’inauguration de ce mémorial doit donc être un message adressé à toute la planète: il ne faut en aucun cas être indulgent avec le terrorisme. Le terrorisme doit être dénoncé et combattu en tout endroit, à Barcelone comme à Londres, à Paris comme à Berlin ou à Jérusalem. Nous devons tous nous unir contre ce fléau”.

Ilana Romano, « veuve de l’haltérophile Yossef Romano hy”d, a exprimé sa grande émotion et estimé que ce mémorial constituait une dette morale envers les onze victimes. Elle a souligné que la présence des présidents allemand et israélien donnait plus de poids et de symbole à cette cérémonie ».

Le 18 février 2018, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est recueilli avec son épouse et le ministre de l’Education et de la Culture, devant ce Mémorial. Le Premier ministre israélien s’est rendu en Allemagne pour participer à la Munich Security Conference au cours de laquelle il a insisté sur la détermination de l’État juif à refuser toute menace visant sa sécurité.

Benjamin Netanyahu a lié la Shoah et l’assassinat des athlètes israéliens, en soulignant la grande différence constituée en l’existence de l’existence de l’État d’Israël qui agit contre le terrorisme : « There is significance that we are standing at the place where 11 Israeli athletes were murdered just because they were Jewish and Israeli. At this place, millions were massacred just because they were Jewish. The big difference is that we have a state, and the state acted, and is currently acting against terror and those who came to destroy us. Because of that we are here representing our proud state, that promises the future of our nation ».

La délégation israélienne a chanté la Hatikvah, hymne national israélien.

 

Daoud à Prague

En septembre 20107, des photos publiées ont montré la vie des terroristes Abou Daoud, dénommé Rak, et de Carlos à Prague, alors en Tchécoslovaquie, dans les années 1970 et 1980. Tous deux étaient espionnés par la police secrète tchécoslovaque, la StB. Des documents déclassifiés par le gouvernement tchèque évoquent Abou Daoud, soûl. Le comportement des deux terroristes inspiraient à la Tchécoslovaquie des craintes croissantes. En 1982, Abou Daoud a été interpellé par les services de sécurité tchécoslovaques alertés par la proximité d’un attentat terroriste en Europe occidentale et a été contraint de quitter ce pays. Il est mort en 2010 en Syrie.

« In 1982, possibly alerted to an impending new attack in western Europe, state security services detained Abu Daoud, the commander of Black September, and ordered him to leave, circulating reports of his sex life to other Eastern bloc spy agencies. He would die of kidney failure in 2010 in Syria. “I will never come back to Czechoslovakia,” he fumed to a hotel employee in the lift after a four-hour StB interrogation. “And I will also tell all my friends and acquaintances to look for another state to operate in. I am a decent person and I have never experienced such treatment anywhere in the world.”

Edwy Plenel

Le 2 avril 2018, interpellé par Me Gilles-William Goldnadel pour TV France Libre, Edwy Plenel, ancien directeur de la rédaction du Monde (1996-2004), président et cofondateur du site Mediapart, a reconnu avoir écrit sous le pseudonyme de Joseph Krasny, un article publié dans le journal trotskiste Rouge et exhortant à « défendre inconditionnellement » les terroristes palestiniens ayant commis cet attentat à Munich :

“L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël (…) Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation (…) À Munich, la fin si tragique, selon les philistins de tous poils qui ne disent mot de l’assassinat des militants palestiniens, a été voulue et provoquée par les puissances impérialistes et particulièrement Israël. Il fut froidement décidé d’aller au carnage”.

Le  2 avril 2018, le CheckNews de Libération a rappelé : « En 2008 dans Enquête sur Edwy Plenel, écrit par le journaliste Laurent Huberson, [ces écrits] sont pour la première fois exhumés. Quasiment un chapitre est consacré à l’anticolonialisme, l’antiracisme, et l’antisionisme radical du jeune militant Plenel. C’est dans ces pages que sont retranscrites ces  lignes ».

Edwy Plenel a déclaré CheckNews :
“Je n’ai jamais fait mystère de mes contributions à Rouge, de 1970 à 1978, sous le pseudonyme de Joseph Krasny. Ce texte, écrit il y a plus de 45 ans, dans un contexte tout autre et alors que j’avais 20 ans, exprime une position que je récuse fermement aujourd’hui. Elle n’avait rien d’exceptionnel dans l’extrême gauche de l’époque, comme en témoigne un article de Jean-Paul Sartre, le fondateur de Libération, sur Munich dans La Cause du peuple–J’accuse du 15 octobre 1972. Tout comme ce philosophe, j’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme d’où qu’il vienne et sans hésitation. Mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’État d’Israël”.

Malgré cette révélation, le président de la République Emmanuel Macron a maintenu Edwy Plenel comme journaliste l’interviewant le 15 avril 2018. Et ce, malgré de nombreuses demandes sur les réseaux sociaux en ce sens.

Le 18 avril 2018, Causeur a publié la tribune « Massacre de Munich: Plenel m’indigne » de Me Gilles-William Goldnadel :

« Dans le Médiapart du 10 avril, Edwy Plenel suggère que j’aurais « publicisé » son approbation du massacre des athlètes israéliens par le groupe terroriste palestinien Septembre Noir en raison de l’enquête de son journal concernant l’affaire libyenne mettant en cause Nicolas Sarkozy…

J’espérais qu’il était de la faculté de mes pires contempteurs de ne pas sous-estimer mon attachement au peuple israélien sans avoir à me prêter des arrière-pensées subalternes. À moins qu’Edwy Plenel pense qu’il vaut mieux rabaisser les motivations de ses contradicteurs, dans la pure tradition de combat d’un trotskisme culturel qu’il ne récuse pas.Mais trêve de querelle personnelle, le propos de cette chronique étant d’analyser les explications idéologiques livrées par Plenel à Libération à la suite de la polémique liée à ces révélations.Encore faut-il grandement relativiser le mot « révélations », puisque l’approbation par le directeur de Médiapart du massacre de Munich était connue de quelques initiés, figurait dans la biographie Wikipédia de l’intéressé et avait été, pour le coup, « révélée » par la grâce d’un livre écrit par Laurent Huberson : Enquête sur Edwy Plenel, en 2008.

Hier encore, j’avais 20 ans…

Dès lors, force est de constater qu’il aura fallu une décennie pour que cette révélation passe le barrage de la résistance médiatique, moins en raison de l’industrie de l’auteur du présent article que du fait que l’étoile de la star journalistique avait déjà pâli.

Depuis que l’intéressé, après avoir couvert d’une discrétion inaccoutumée les viols reprochés à Tariq Ramadan et avoir été brocardé pour cela par Charlie hebdo, avait répliqué en affirmant que le journal martyr prenait part à une campagne « générale » de « guerre aux musulmans », celui-ci n’inspire plus la crainte révérencieuse d’antan. Mais avant cette période fatale, il n’était pas question de poser la question. À côté de l’interminable immunité du journaliste-militant, apparaît également cette indulgence toujours coupable et parfois connivente qu’inspirent au monde médiatique les insanités de l’extrême gauche que je dénonce à longueur de chroniques.En matière d’insanités, celles dont fut capable le jeune Plenel en 1972 lorsqu’il se faisait appeler « Joseph Krasny », écrivait dans Rouge et qu’il récuse 46 ans plus tard avec une touchante spontanéité lorsqu’on lui met sous le nez, ne sont pas très ragoûtantes : « L’action de Septembre Noir a fait éclater la mascarade olympique, a bouleversé les arrangements à l’amiable que les réactionnaires arabes s’apprêtaient à conclure avec Israël. (…) Aucun révolutionnaire ne peut se désolidariser de Septembre Noir. Nous devons défendre inconditionnellement face à la répression les militants de cette organisation. » (Rouge, numéro 171).Il en faut de la haine, lorsqu’on a 20 ans, pour écrire de telles lignes et approuver le massacre de sportifs innocents. Comme l’écrit très bien le député LR Jean-Charles Taugourdeau : « En 1972, vous aviez 20 ans… J’en avais 19… Et contrairement à vous, je n’ai jamais écrit, ni même pensé une once de ce que vous avez pu écrire au sujet de l’assassinat des athlètes israéliens. Non, moi j’en ai pleuré. Et 46 ans après, je suis toujours très fier d’avoir pleuré ».

J’étais pas le seul, m’sieur !

J’en viens à présent aux deux justifications apportées par Plenel à Libération.

La première est de faire observer qu’à cette époque lointaine, à l’extrême gauche, une telle approbation du terrorisme palestinien était monnaie courante. L’argument relève lui de la fausse monnaie et est caractéristique de cette faculté de l’extrême gauche de vouloir s’exonérer à bon marché de tous ses péchés.Il est vrai que la faute est ancienne. Encore faut-il relativiser l’ancienneté. Et l’extrême gauche est bien mal placée en matière de pardon des péchés. Il n’y a pas plus hyper-mnésique ou anachronique qu’un militant trotskiste ou communiste. Il est capable de reprocher à un homme de droite de 2018 l’attitude d’un Croix-de-Feu en 1934 ou d’un collaborateur en 1940. Ou à un résistant héroïque contre les nazis d’avoir été pour l’Algérie française et d’être ainsi déchu de tout droit à une rue.

Plenel et ses amis ont la rancune aussi tenace que sélective.

Il est vrai également que l’extrême gauche en 1972 était fort bienveillante à l’égard du terrorisme palestinien aveugle. Plenel a parfaitement raison. Sauf que je passe encore aujourd’hui une bonne partie de ma vie intellectuelle à continuer à lui reprocher de continuer. Je mets au défi Plenel de me mettre sous les yeux un article dans lequel il condamnerait avec la vigueur dont il sait être capable le terrorisme du Hamas. Il fut au contraire le thuriféraire le plus exalté de Stéphane Hessel à qui j’ai reproché (dans Le vieil homme m’indigne) ses faiblesses insignes pour le mouvement islamiste.

Quelques mois après les attentats terroristes antijuifs à Paris, je reprochais aux Insoumis leur intention funeste d’avoir voulu rendre visite dans sa prison en Israël à un terroriste palestinien coupable d’attentat contre des civils. Je n’aurais pas assez d’un livre en dix volumes pour consigner à gauche cette complaisance extrême pour la violence contre les innocents qui transcende largement le conflit israélo-palestinien. Dois-je rappeler la complaisance des camarades de Mélenchon pour Fidel Castro, Guevara ou Robespierre ? Dois-je rappeler enfin que j’attends qu’ils reconnaissent le génocide vendéen ?

Edwy « Zola » Plenel

Seconde observation d’Edwy Plenel : « J’ai toujours dénoncé et combattu l’antisémitisme mais je refuse l’intimidation qui consiste à taxer d’antisémite toute critique de la politique de l’État d’Israël ».
La véracité contenue dans la première partie de l’argument ne me saute pas aux yeux.

Pour ne prendre qu’un seul exemple, son long flirt avec Ramadan, sa complaisance à l’égard des Frères musulmans et ses sympathies pour Mehdi Meklat ne m’incitent pas à le ranger dans le même Panthéon qu’Émile Zola.Mais trêve de persiflage, j’en viens à ce refus offusqué du chantage à l’antisémitisme qui relève chez Plenel et ses amis du mantra. Sorte d’amulette magique, d’eau bénite, de gousse d’ail protectrice à brandir lorsqu’un vampire sioniste tente de mordre le cou d’anti-israéliens radicaux.Ils voudraient que tout adversaire d’Israël, même le plus violent, se voit ipso facto et de plein droit, décerné un certificat de non-antisémitisme. Glissons sur ce sophisme ou cette perversion intellectuelle.J’ai toujours refusé d’utiliser l’argument antisémite pour reprocher à un anti-Israélien pathologique ou seulement injuste ce que je considère, à tort ou à raison, comme une attitude excessive.Encore que je conçoive aisément qu’on puisse être à la fois antisémite et anti-Israélien, il ne m’apparaît pas que ce soit en toutes circonstances l’explication causale. Et je ne place pas non plus forcément l’antisémitisme au sommet de la hiérarchie maléfique. L’ignorance, la sottise, la méchanceté, le goût pour la provocation, la jalousie -encore qu’ils ne soient pas incompatibles avec la haine des Juifs – me paraissant largement aussi redoutables.

Plenel ou le philosémitisme schizophrénique

Je reviens, pour terminer, vers M. Plenel. J’écris ici que je ne le crois pas un seul instant antisémite. J’écris encore que je le crois plutôt philosémite. Mais de ce philosémitisme névrotique que j’ai passé une bonne partie de ma vie intellectuelle à étudier et à combattre (Le Nouveau Breviaire de la Haine, Ramsay, 2001). M. Plenel en est même une des incarnations les plus dangereusement emblématiques.

M. Plenel, hanté et fasciné par la Shoah, adore le juif en pyjama rayé mais il l’abhorre en uniforme kaki. Au sein de sa religion athée post-chrétienne, il le vénère, christique et décharné quand il ne se défend pas. Mais il considère que le juif vivant violent est son nouveau Judas.

Voilà pourquoi, dans son inconscient tourmenté, M. Plenel considère que le musulman, victime du nouveau juif vivant, est devenu son nouveau juif rêvé. Et tant pis si son fantasme tourne le dos à la réalité. Voilà pourquoi, sans doute, Plenel jeune comme Plenel l’ancien, quoique hantés tous deux par la Shoah, sont incapables de ressentir combien assassiner des juifs musclés mais innocents à quelques kilomètres de Dachau demeure une ignominie toute particulière. »

Veuve du philosophe Benny Lévy, Léo Lévy a écrit dans La Règle du jeu (23 avril 2018) : « Le conformisme, la paresse de pensée ont laissé, en maintes occasions, advenir des catastrophes. Monsieur Plenel cite un article écrit par Sartre dans La Cause du Peuple, journal dont il était le directeur, soutenant l’action des terroristes. La Cause du Peuple était le journal de la Gauche Prolétarienne, organisation révolutionnaire maoïste, selon la terminologie de l’époque. Ses directeurs, l’un après l’autre, avaient été emprisonnés. Ayant accepté le titre de directeur, Sartre protégeait le journal grâce à sa notoriété, mais n’était pas à l’origine de ses positions. Paraît un texte condamnant sans ambiguïté l’action du commando, émanant de la direction de la Gauche prolétarienne. C’est à cette condamnation que l’article de Sartre répond. Il n’y avait donc pas une pensée unique de l’extrême gauche et Sartre n’en était pas l’expression, ni ne souhaitait l’être ».

« Black September. The True Story of the Munich Massacre » de Sebastian Dehnhardt, Uli Weidenbach et Manfred Oldenburg

ZDF, 2006, 1 h 30

Diffusions notamment sur la chaine Histoire les :

– 5 septembre 2012 à 20 h 35, 7 septembre 2012 à 8 h 55 ; 9 septembre 2012 à 14 h 20 ; 15 octobre 2012 à 11 h 15 ; 12 mars 2013 à 20 h 35.

– 03/07/2013 à 9 h 50, 09/07/2013 à 9 h 20, 19/07/2013 à 2 h 40, 15 septembre à 3 h 05, 25 septembre 2013 à 20 h 40 et 27 septembre 2013.

Le 5 septembre 2012 à 19h

Au Comité national olympique

1, avenue Pierre de Coubertin – 75013 Paris

 

Publié les 5 septembre 2012, les 11 mars et 7 septembre 2013, 10 février et 4 décembre 2014, 8 juin et 3 décembre 2015, 16 mai et 10 août 2016, 21 mars et 7 septembre 2017, 19 février et 3 mai 2018, cet article a été actualisé le 3 mai 2018.

[Source : www.veroniquechemla.info]

Le clip de la chanson Rock’n roll attitude, de Johnny Hallyday, est maintenant signalé sur YouTube comme «pouvant choquer certains publics». En cause, les trois ou quatre nichons qu’on y aperçoit. Cela en dit long sur le puritanisme qui sévit actuellement en même temps qu’une pornographie toute-puissante. Il s’agit en réalité des deux faces d’une même pièce hypocrite. Et d’un moyen pour les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) de contrôler nos vies, quitte à faire passer nos plaisirs et nos libertés à la trappe – et à anesthésier nos désirs.

Écrit par Jonas Follonier

Ah, la libération sexuelle! On croyait que la fin du monde ancien, patriarcal et puritain, laisserait place à des lendemains qui chantent, où les désirs seraient assouvis et où la frustration sexuelle appartiendrait au passé… La grosse blague! C’était sans compter que l’idéologie de la fin des frontières et de la fin des barrières propre à la gauche activiste de Mai 68 engendrerait une perte de repères. Replié sur lui-même, l’individu héritier de ce grand basculement allait bien vite ne plus savoir à qui ou à quoi se rattacher. La nation, la tradition, la littérature et même la famille n’étaient plus à disposition. Que lui restait-il pour justifier ses causes et ses actions? Les communautés. Et ainsi s’installèrent progressivement divers réflexes de la nouvelle gauche, prenant le nom de communautarisme, de néoféminisme ou d’antiracisme indigéniste.

Le problème, ou disons l’ironie de l’histoire, est que la table rase du passé peut bien souvent mener aux mêmes excès qu’il s’agissait de combattre. Le communisme a servi d’exemple en la matière. Avant lui, la Révolution française avait débouché sur la Terreur. À un manichéisme peut succéder un autre, aussi louables puissent paraître les intentions des instigateurs du nouveau monde. L’histoire regorge de tels exemples. Notre époque n’en est pas épargnée. Il suffit d’observer la direction dans laquelle se dirige un certain antiracisme ces derniers mois: brandie comme un étendard identitaire, la race revient sur le devant de la scène. Alors même que l’universalisme nous invitait à ne plus voir les individus selon leur origine mais selon l’humanité qu’ils partagent, l’indigénisme appelle les «Noirs» à s’affirmer comme tels – et comme victimes d’un système.

Une même analyse peut être menée à l’endroit du néoféminisme, qui se nourrit de «réflexions sur le genre» et s’abreuve de théories voulant mettre fin à la «culture machiste» de nos sociétés. Entendons-nous: il est évident que les femmes ne doivent pas être discriminées, puisque tout être humain est égal en droit. Mais ce n’est pas comme ça que les mouvements à la mode se saisissent de la question. Il s’agit maintenant de penser en sociologues, quel que soit le sujet et le niveau de la discussion: n’existent que des «groupes sociaux» – bref, des communautés. Ajoutez à ce tableau réducteur une bonne vieille dialectique marxiste, et le terrain de combat est tout prêt: la «culture du viol» oppresse les femmes tout comme la «bourgeoisie» oppressait le prolétariat. Quant au genre humain et à sa complexité, on repassera.

Un nouveau puritanisme

Rien d’étonnant, dès lors, que le mouvement de la libération sexuelle voulant porter un coup fatal au puritanisme excessif de l’ancienne société ait accouché d’un nouveau puritanisme. À force de voir du sexisme partout et de traquer ainsi la moindre représentation sexuelle de la femme, on en arrive à des aberrations qu’on ne pourrait qualifier autrement que de censure puritaine. L’idée qu’il faille protéger certains publics pouvant être choqués – jeunes, croyants, et j’en passe… – n’en est qu’un dérivé. Cet épisode signalé aujourd’hui par un ami a valeur d’exemple: le clip de la chanson Rock ‘n roll attitude de Johnny Hallyday n’est désormais plus disponible sur YouTube. En cliquant sur le lien qui pointe vers la vidéo, on peut lire cette information de la plateforme appartenant à Google: «La communauté YouTube a jugé le contenu suivant inapproprié ou choquant pour certains publics.» En cause, des seins nus apparaissant quelques secondes dans le clip.

Tout est là: la «communauté» YouTube a jugé le contenu «inapproprié» pour «certains publics» – comprenons par là la communauté des d’jeun’s, et allez savoir quelles autres encore. Voir des seins nus serait donc choquant pour les jeunes générations. Avant, ne serait-ce qu’il y a une quinzaine d’années, il revenait à l’éducation – principalement familiale – de faire en sorte que la découverte de la sexualité par les gosses se fasse progressivement. Bien sûr, les enfants en ont toujours su un peu plus que ce qu’ils veulent bien avouer à leurs parents, ça fait partie de la vie. Ce qui est cocasse, c’est d’en arriver à une société où un simple clic permet à un gamin de n’importe quel âge d’accéder à de la pornographie en tous genres, notamment hardcore, et où la réponse des GAFA est de censurer sur leurs plateformes tout téton qui s’y présente. Cela revient à répondre à la débauche par la création de frustrations!

Bien entendu, les autres occurrences de ce genre d’absurdité abondent. Jean-Paul Brighelli, de Causeur.fr, remarque que les périodes de pandémie y seraient particulièrement propices. Voici quelques cas qui méritent d’être relevés:

Il est tout de même frappant que conjointement à la contagion en cours (qui n’est pas l’abomination dont les médias nous rebattent les oreilles, mais c’est une autre histoire) des initiatives bien étranges, dans un pays aussi libéré que le nôtre, témoignent d’une étroitesse d’esprit à proprement parler puritaine. Un décolleté trop plongeant dans un supermarché? Un vigile, outré dans sa croyance en la vertu des femmes, rembarre la jeune femme qui voulait faire ses courses. Des seins nus sur une plage? Des gendarmes verbalisent la dame, qui n’a pourtant commis aucune infraction. On a appris à cette occasion que nombre de communes avaient passé des décrets municipaux interdisant ces exhibitions obscènes — forcément obscènes.

À qui profite le crime?

Mais allons plus loin. S’agit-il vraiment d’épargner nos chères petites têtes blondes de ces poitrines que l’on ne saurait voir – mais qu’on sait désormais cacher? Pas si sûr que l’idéologie du moment soit la seule responsables de ces manœuvres des grandes multinationales. Si l’on se balade sur Youtube sans avoir de compte Google, on doit non seulement cliquer sur «Je comprends et je souhaite poursuivre» si l’on veut visionner ce clip, mais on doit créer un compte Google et indiquer son âge dans ses informations personnelles! Il est bien sûr facile comme bonjour de tricher dans la livraison de ces informations. L’intérêt direct de Google est donc simplement de récolter plus d’abonnés.

Aussi, ce n’est pas de l’antiaméricanisme que de constater que ce puritanisme hypocrite est le fait des États-Unis. Une certaine influence d’outre-Atlantique pourrait bien expliquer en partie cette immersion du public sur le privé et ce culte des entreprises comme l’alpha et l’omega de l’existence. Les réglementations à tout-va des géants du Web, comme les règles peut-être trop strictes de la famille traditionnelle il y a soixante ans, sont en train de tuer la possibilité même d’une rock’n’roll attitude. Car l’arbitraire et la raideur, dans le cas présent, ne sont pas présents dans les magnifiques images de Rock’n’roll attitude, à recommander pour l’éducation – ne fût-ce que musicale – de tous les enfants, mais dans les censeurs de ce contenu! C’est l’occasion idéale pour ces entreprises de créer des besoins, de les frustrer et de proposer des services payants pour les satisfaire. Sérieusement, la situation devient préoccupante.

Les libertés perdues

C’est pourquoi l’exemple de ce clip de Johnny Hallyday tourné dans les années quatre-vingt est particulièrement intéressant. Le rock a beau passer pour neuneu aux yeux des enfants des années 2000, il vante une oasis de légèreté bien plus prometteuse que le monde qui se dessine, fait de brutalité sexuelle sans nom à disposition de tous, mais de disparition de l’érotisme dans le patrimoine officiel. Les paroles de cette chanson écrite par Michel Berger, véritable hymne au non-conformisme, à la curiosité, à la découverte, à la jouissance, à la diversité des expériences ou encore à l’amour de la musique par-dessus tout, décrivent une attitude qui paraît ringarde actuellement, et pourtant tellement plus libre que ce que l’air du temps bien-pensant nous promet comme avenir:

«Tout me fait craquer
C’est encore d’la dernière pluie que je veux être né
La mort, j’lui fais des pieds de nez
L’amour, j’suis pas décidé, j’veux encore essayer

Mais toi, lutte pour écrire ton histoire
Lutte pour garder ta mémoire
Et pour garder en toi
Une rock’n’roll attitude
Ne reste pas chez toi avec tes certitudes
Rock’n’roll attitude
Si l’été est trop lourd, si l’hiver est trop rude
Lutte contre la vie que tu mènes
Lutte pour la musique que tu aimes
Et que tu gardes en toi

Rire, rire de toutes ces nuits qui passent
Qui nous déchirent et qui prennent la place
Encore chaude de nos désirs
Vivre tous les moments qu’on a rêvés de vivre
Que ça aime, que ça tienne, que ça casse
Respirer chaque minute qu’on respire

Rock’n’roll attitude
Le risque de l’amour passe par l’amour du risque
Rock’n’roll attitude
Seules les passions de cire sont gravées dans les disques
Lutte contre les mots faciles
Lutte contre la haine des imbéciles
Garde toujours en toi
Une rock’n’roll attitude»

Luttons donc contre les mots faciles. Militons contre les indignations ridicules. Et pour le retour des tétons! Avis à tous les amateurs: pour l’instant, le clip de Que je t’aime, laissant voir lui aussi quelques belles formes, est encore accessible sur Dailymotion. Mais un nouveau clip – dépourvu de femmes nues, donc politiquement correct – a été réalisé en 2019 suite à la sortie de l’album Johnny proposant certains de ses plus grands titres réarrangés par Yvan Cassar avec un orchestre symphonique. C’est le seul clip officiel de Que je t’aime que l’on trouve actuellement sur YouTube… Heureusement, Johnny Hallyday est tout aussi sensuel que les femmes présentes dans ses anciens clips. On l’aura bientôt oublié comme on aura bientôt oublié ce qu’est la suggestion: le rock’n’roll est basé sur une attitude continuellement sensuelle. Nul sexisme à l’horizon. Profitons-en tant qu’il est encore temps.

Capture d’écran du clip officiel de «Que je t’aime» (1988), remplacé en 2019.

 

[Source : http://www.leregardlibre.com]

Publiées dans de nombreux magazines, les Parisiennes étaient devenues sa spécialité. Les jambes interminables, les coupes modernes et les poses ingénues de ces héroïnes des beaux quartiers représentaient une certaine idée de la mode et du luxe à la française. 

Écrit par Gariépy Raphaël

Le trait fin d’Edmond Kiraz ne croquera plus la capitale et ses habitantes, les Parisiennes, qu’il surnommait les libellules. L’illustrateur s’est éteint mardi à l’âge de 96 ans, a annoncé sa compagne à l’AFP.

Cet autodidacte absolu a passé son enfance en Égypte, commençant sa carrière de caricaturiste à l’âge de 17 ans. Arrivé à Paris en 1946 muni de ses quelques économies, il s’installe dans la très chic avenue Montaigne. C’est là qu’il fera la connaissance de la ville qui représente pour lui « la capitale des arts, du goût et de la mode », mais surtout de ses femmes aux jambes élancées, sophistiquées, mais naturelles, qu’il ne peut s’empêcher d’admirer à longueur de journée. Ses économies envolées, il retourne en Égypte avant de s’installer définitivement dans la Ville lumière.

En 1959, l’entrepreneur Marcel Dassault remarque ses illustrations, qu’il publiait alors dans Ici Paris, et lui propose d’assurer deux pages de dessins humoristiques dans son hebdomadaire, Jours de France. Les Parisiennes est le nom que l’homme d’affaires choisit pour le format, un label qui afflige à l’époque Kiraz qui n’imagine pas un seul instant qu’il restera 30 ans au sein du magazine.

Rapidement, la griffe de l’illustrateur s’impose : difficile de rester de marbre devant ces femmes stylisées, à l’ingéniosité calculée. Le stéréotype agace puis séduit, et rapidement Kiraz décline le format : Les Parisiennes à la plageLes Parisiennes au volantLes Parisiennes au bureau… Sorte de version bourgeoise et fashion de notre Martine nationale.

La silhouette longiligne de ses héroïnes servira également à illustrer les campagnes publicitaires de marques comme Renault (pour la Clio Chipie), Perrier, Canderel, Monoprix ou encore Nivea.

Beaucoup de ses dessins ont été publiés en recueils, essentiellement aux éditions Denoël. Son album Les Parisiennes se marient (1994) sera même préfacé par Carla Bruni. Il laisse en héritage des œuvres qui appellent une certaine légèreté, une envie de vacances et un goût de café à 8 € boulevard St-Germain…

Son style reste inimitable, comme le rappelle sa compagne : « La légèreté apparente de son style était le résultat d’un travail acharné. Kiraz suivait la mode en regardant les jeunes femmes qu’il croquait dans la rue et le monde de la mode suivait ses parutions. Il était rivé à sa table à dessin, expérimentant les harmonies de tons, cherchant toujours la délicatesse… »

[Photos : Je les aime comme ça – Éditions Denoel – source : http://www.actualitte.com]

Surréaliste avant l’heure, le fin lettré belge avait épinglé lors d’une conférence, en 1929, le conformisme de ses contemporains en matière de musique. L’occasion pour lui de plaider pour la plus haute forme de cet art 

Toute sa vie, Paul Nougé refusa l’idée de l’irresponsabilité de l’art. Ici, le poète belge «pose», à sa façon, dans un Photomaton.