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Unos días después de que Fogwill visitara Montevideo en 2010, en el marco del Festival Ñ realizado en el Centro Cultural de España, falleció en Buenos Aires. Era el 21 de agosto, tenía 69 años, y Fowgill a secas –sin el Rodolfo Enrique que lo antecedía– ya se había transformado en un mito en vida.

Escrito por Nelson Díaz

Sociólogo, docente de la Facultad de Filosofía y Letras de la Universidad de Buenos Aires, exitoso director de empresas de publicidad y marketing, se dio a conocer con Los pichiciegos, novela publicada en 1983 y ambientada en la guerra de las islas Malvinas.

Desde entonces, la figura de Fogwill fue creciendo. A relatos como el notable “Muchacha punk” y novelas como Vivir afuera y La experiencia sensible se les sumó una lengua filosa, un humor corrosivo y una lucidez crítica (contra los militares, la democracia, el peronismo y otros íconos argentinos) que lo elevaron a la categoría de enfant terrible de las letras argentinas. Tras su muerte, su hija, la actriz y cineasta Vera Fogwill, se encargó de ordenar y clasificar el disco duro de la notebook del escritor.

Ahora la edición de La introducción (Alfaguara) viene acompañada de dos noticias antagónicas. La buena es, obviamente, el placer de leer otra vez un libro nuevo del argentino. La mala es que no habrá más Fogwill. Su hija ha dejado claro que no queda material inédito. Ante esto, que de alguna manera nos predispone como lectores, sabedores de que la nouvelle –de menos de 130 páginas– es la despedida. Acaso entonces, con esa predisposición, La introducción se presenta como una novela crepuscular. Al comienzo, un hombre viaja en ómnibus y en taxi (para bajar el costo del traslado) hasta el barrio Nuevo Flores dos veces por semana a un complejo deportivo, Las Termas de Flores, a ejercitarse, sobre todo nadando, y a descansar.

Ese ojo clínico que Fogwill supo desarrollar en varios de sus libros aparece desde el comienzo, con el viaje en ómnibus, cuando el personaje se entretiene en mirar las nucas de los pasajeros, intentado inmiscuirse, bucear en sus pensamientos, A partir de la llegada al complejo deportivo, ese ojo clínico cambia el ángulo de lo que percibe, y aparece una detallada descripción de los ejercicios físicos de rutina de los cuerpos de una clase social media alta y alta que poco sabe (o no le importa) lo que ocurre en la llanura.

El cuerpo, el cuidado del cuerpo, pasa a ser un tema excluyente. Perpetuar la apariencia joven es casi una metáfora de perpetuarse en el poder, o algo cercano a él. El personaje, a lo largo de la novela, repite que va a Las Termas “para eludir cualquier pensamiento”. Para suerte de los lectores, no deja de pensar y diseccionar ciertos comportamientos sociales.

 

[Fuente: http://www.revistadossier.com.uy]

Ces femmes qui incarnent à elles seules les Années folles fascinaient déjà leurs contemporains.

Au moment où émerge la figure de la garçonne, la mode commence à jouer un rôle majeur dans la formation des représentations. | Wolfgang Sterneck via Flickr

Au moment où émerge la figure de la garçonne, la mode commence à jouer un rôle majeur dans la formation des représentations. | Wolfgang Sterneck via Flickr

Écrit par Christine Bard 

Figure phare des Années folles, la garçonne a gravé dans l’imaginaire collectif sa silhouette androgyne et ses cheveux courts. Symbole d’une émancipation controversée, elle cristallise les tensions d’une société ébranlée par la guerre, partagée entre fièvre de liberté et retour à l’ordre moral.
En nous propulsant au cœur d’une décennie fantasmée, Christine Bard analyse une révolution des représentations. Elle en saisit les déclinaisons, de l’univers de la mode à la scène lesbienne en passant par la littérature et le célèbre roman de Victor Margueritte. La garçonne incarne avec force l’ambivalence d’un monde en plein bouleversement.

L’essai réunit la culture des apparences, l’histoire politique et l’histoire sociale pour mieux cerner la puissance de cette figure entre subversion et modernité.

Nous publions l’introduction de Les garçonnes – Mode et fantasmes des Années folles de Christine Bard, paru le 13 octobre 2021 aux éditions Autrement.

La garçonne des Années folles résume la légende des années 1920. Le mot s’impose en 1922 avec le roman de Victor Margueritte, La Garçonne, et avec le succès foudroyant de la coupe de cheveux du même nom. Cette allure nouvelle excède le simple phénomène de mode. Le dictionnaire définit en effet la garçonne comme une «jeune femme menant une vie indépendante». Cette riche polysémie atteste le rapport entre la culture des apparences et l’histoire sociale: instrument de domination, la parure –et ses tortures que le XIXe siècle a raffinées– est aussi le lieu possible d’une libération.

Les facettes troublantes de cette «femme nouvelle» dérangent et fascinent les artistes, les journalistes, les moralistes. Ils nous en livrent de nombreuses représentations, révélatrices de leurs fantasmes et de leurs convictions, à la croisée de deux topiques particulièrement attractifs: la modernité et «la femme», liés dans une interrogation parfois joyeuse, mais le plus souvent inquiète, sur le brouillage des identités sexuelles. Le marquage du sexe par le vêtement est en effet un trait culturel fondamental. Il assigne chaque sexe à sa place dans toutes les manifestations de la vie sociale. Certes, la vieille tradition carnavalesque et la comédie autorisent bien des transgressions, mais l’inversion des rôles provoque un rire qui renforce souvent l’ordre établi.

Seule l’«inversion sexuelle», qui intrigue tant les médecins depuis le XIXe siècle, crée un trouble lisible dans les apparences. La mode de la garçonne transgresse donc un double tabou: celui de la différenciation sexuelle du genre vestimentaire mais aussi celui de l’homosexualité féminine. Préparée par l’explosion de la littérature saphique de la Belle Époque, la visibilité lesbienne devient éclatante dans les années 1920. La garçonne évoque inévitablement le goût des «inverties» pour le travesti. Dès 1889, Richard von Krafft-Ebing estime que l’«on peut presque toujours suspecter l’uranisme chez les femmes qui portent des cheveux courts ou qui s’habillent comme des hommes ou qui pratiquent les sports et passe-temps de leur entourage masculin; de même chez les chanteuses d’opéra et les actrices qui se montrent sur scène de préférence en travesti».

Les adversaires de l’émancipation des femmes ne manquent pas d’assimiler les garçonnes et les lesbiennes, utilisant ainsi l’homophobie/la lesbophobie contre l’ensemble des femmes. Car il n’est pas seulement question d’excentricité vestimentaire ou de mœurs: la garçonne semble témoigner des progrès inexorables du féminisme.

La garçonne touche un point sensible de l’imaginaire national, et les débats qu’elle soulève mettent à nu une dialectique tendue entre nostalgies archaïques et désir de modernité.

Sa déviance s’inscrit dans une époque précise, celle de l’après-guerre, celle de l’avant-Vichy. «L’esprit de jouissance l’avait emporté sur l’esprit de sacrifice», déclare Pétain en 1940, désignant la culpabilité des femmes pour mieux les renvoyer à leur «fonction naturelle», la maternité. Sans la garçonne, figure emblématique d’un défoulement collectif après les angoisses et les privations de la guerre, le mythe de l’éternel féminin aurait-il repris une telle vigueur dans les années 1940?

Paris, capitale de la mode, rendez-vous de l’avant-garde artistique, est au cœur de cette histoire. La Ville lumière bénéficie aussi de sa légendaire liberté de mœurs et de la réputation de tolérance de ses habitant·es. Réputation surfaite, sans doute, mais efficace. Paris accueille les influences étrangères, et la culture française intègre, non sans réticences, des idées, des produits, des films, des mots venus des États-Unis. Les Américain·es expatrié·es, peu nombreux mais remarqués, influencent l’air du temps. Paris, enfin, reste «la ville de la Femme». La France excelle dans l’apologie de l’éternel féminin et en diffuse une version flatteuse pour l’ego national, celle de l’élégance. Ce trait culturel explique la virulence des polémiques sur la masculinisation des femmes. La garçonne touche un point sensible de l’imaginaire national, et les débats qu’elle soulève mettent à nu une dialectique tendue entre nostalgies archaïques et désir de modernité.

Le mot «garçonne» lui-même se prête à de multiples interprétations. En partant à la recherche de toutes ses connotations, on découvre comment se constitue un mythe contemporain, surgi du magma de la culture de masse, empruntant à toutes les manifestations de la vie sociale. La garçonne n’entre pas dans l’imaginaire par la voie royale de la «grande littérature», des avant-gardes honorées par la postérité: les surréalistes ignorent la garçonne, trop triviale. C’est au contraire la littérature populaire –Victor Margueritte– qui assure le succès du nouveau modèle, en même temps que la mode qui en influence la perception et lui fournit son vocabulaire.

Loin d’être clos sur lui-même, ce discours de mode emprunte à l’air du temps tout en le créant. Sa rhétorique contamine le style des mémorialistes et des diaristes. Le goût des longues énumérations éclectiques, par exemple, y fait florès: de la garçonne, on dira qu’«elle adore» pêle-mêle «Freud», «le jazz», «les cheveux courts», «les partouzes», «Rudolf Valentino» et «les chiens pékinois». Remarquable contagion que l’on peut observer évidemment chez Paul Morand, le grand apologiste de la modernité des Années folles, mais aussi chez Emmanuel Berl, Maurice Sachs, Robert Brasillach, Maurice Bardèche. Ces juxtapositions insolites témoignent d’un temps riche de désirs, pétri de confusions, mais aussi, dit-on, dépourvu de hiérarchie, ce qui explique le succès de ce procédé chez des écrivains qui, après avoir goûté, ou avoir regretté de n’avoir pas vécu, les délices de l’hédonisme d’après-guerre, sont devenus les chantres d’un «ordre nouveau».

C’est la littérature populaire qui assure le succès du modèle de la garçonne, en même temps que la mode qui en influence la perception et lui fournit son vocabulaire.

La mode, il est vrai, offre aux écrivains les vertus poétiques de son lexique pour décrire la sensualité d’un vêtement, d’une matière, d’une couleur. Elle introduit aussi dans les récits une temporalité rythmée par le renouvellement de ses engouements. La longueur de la robe, baromètre du changement, devient ainsi un élément poétique de mesure du temps, source inépuisable de descriptions suggérant le climat de l’époque. Au moment où émerge la figure de la garçonne, la mode commence à jouer un rôle majeur dans la formation des représentations. L’écrit cède du terrain à l’image (affiches, publicités, dessins de mode, photographies de mode, d’art, d’information, peinture).

Grâce à son succès populaire, le cinéma fait entrer des stars, comme Dietrich ou Garbo, dans la légende de la garçonne. De ce cliché qu’est avant tout la garçonne, on trouve enfin des traces dans le discours politique, au sens large du mot. La voilà alors érigée en symbole de l’émancipation des femmes et de la «libération» –ou de la «dépravation»– des mœurs. Pamphlets, articles et caricatures abondent, surtout dans le camp de la droite, qui a fait de la dénonciation de la corruption des mœurs et de l’apologie des valeurs familiales son cheval de bataille. Mais la gauche se laisse gagner par la contagion et contribue à la formation d’un consensus républicain autour de valeurs traditionnelles. Par sa polysémie même, par ses douteuses et incertaines origines, la «garçonne», contrairement à la «femme nouvelle», à la «femme émancipée» du début du siècle, n’entre pas dans un cadre idéologique précis. Elle échappe même aux féministes, qui la condamnent.

La garçonne est donc avant tout un être de mots et d’images. Pour les féministes, cet être sort tout droit de l’imagination masculine. Le premier écrivain à avoir employé le mot, à avoir usé du pouvoir démiurgique de la nomination, est un homme: Joris-Karl Huysmans, écrivain fin de siècle, naturaliste mystique et misogyne, à propos d’une jeune femme androgyne et perverse au «sein dur et petit, un sein de garçonne, à la pointe violie». Victor Margueritte –le «Zola» des années 1920–, représentant d’un naturalisme plus «social», «progressiste» et plutôt philogyne, donnera au néologisme sa notoriété. Avec ces deux pères, la garçonne dispose d’une hérédité à la fois propice au fantasme et au commentaire social.

C’est dans un imaginaire encore très proche du XIXe siècle qu’il faut situer l’hypersexualité de la garçonne, proche parente des nymphomanes, tribades et prostituées du siècle victorien. La nouveauté des années 1920 réside peut-être dans cette idée que le «vice» n’est plus confiné dans les marges (aristocratie décadente et bas-fonds), mais gangrène le cœur de la société bourgeoise, pompe la sève des élites et se démocratise dans les classes moyennes.

Loin d’être dupes, ces femmes disent la part de rêve qu’elles trouvent dans la mode –rêve d’identité et d’altérité– et la part de jeu qu’elle procure.

Autre conviction de l’époque, le vice autrefois hypocritement caché s’étalerait désormais au grand jour à grand renfort de reportages voyeuristes, de complaisance exhibitionniste et de justifications «freudiennes». Est-il utile de préciser ici que toute cette littérature de dénonciation du vice fournit aux vertueux quelques frissons inavouables?

Les femmes évoquent la garçonne dans des textes qui sont plus réalistes, plus concrets, plus critiques et plus personnels. Certes, beaucoup participent à l’écriture de la mode et affectionnent cet univers qui modèle leur imaginaire, leur apparence, les soins qu’elles apportent à leur corps. Mais, loin d’être dupes, ces femmes disent la part de rêve qu’elles trouvent dans la mode –rêve d’identité (être soi) et d’altérité (être une autre)– et la part de jeu qu’elle procure: «jouer au garçon», écrit Colette, dont la lucidité et l’humour accompagnent le cheminement de ce livre.

[Photo : Wolfgang Sterneck via Flickr – source : http://www.slate.fr]

Comment trouver ses repères dans un Liban, leur Liban, qui n’existe plus ? Ils font partie de ces privilégiés qui gravitaient dans les hautes sphères de la société ou qui ont joui de tout ce que le pays avait de mieux à leur offrir. Récit.  

Régina Fenianos a dirigé le Bal des Débutantes de 1998 à 2019. Photo : Joao Sousa

Dans son salon d’apparat, Régina Fenianos est assise sur son canapé oriental couleur lie de vin. Elle affiche son plus beau sourire mais elle a du vague à l’âme. La « socialité » incontournable des soirées mondaines et caritatives n’a plus de quoi noircir son agenda. Tout juste de quoi occuper son temps ce jour-là, en prodiguant ses conseils à l’ambassade de Russie qui cherche à organiser un événement. Cette Brésilienne d’origine libanaise incollable sur le gotha mondial vit dans la nostalgie du passé. Celui du Liban à ses heures de gloire qu’elle a connu avant-guerre, puis celui d’avant la crise de 2019. Sur le piano, la photo de son mariage au Brésil en 1973 avec l’avocat Camil Fenianos, et celles entourée de sa tribu, fils, belles-filles et petits-enfants. Les murs de sa maison ancienne qui surplombe le port de Jounieh, sont devenus un almanach d’un temps désormais révolu. Les photos des galas, des remises de distinctions, mais aussi celles en compagnie des hommes qui ont marqué la politique libanaise de ces dernières décennies. Pas tout à fait incompatible, dit-elle, avec les deux bannières de drapeau libanais placées de part et d’autres d’un miroir ancien, son blason à elle de la « Thaoura ».

Comment trouver ses repères dans un Liban, leur Liban, qui n’existe plus ? Ils font partie de ces privilégiés qui gravitaient dans les hautes sphères de la société ou qui ont joui de tout ce que le pays avait de mieux à leur offrir. Ils sont issus de ce qu’on appelle les « bonnes familles », ont eu un parcours universitaire irréprochable, un métier des plus convenables. Tout comme leurs parents ou leurs enfants. En quelques mois à peine, les crises politique puis économique ont rebattu les cartes. La révolution a ratissé large. Riches ou pauvres, nombreux ont été les « déçus du système ». Une partie de la bourgeoisie libanaise est descendue dans les rues suite au soulèvement du 17 octobre 2019. Elle a été partie prenante de la révolution aux côtés des « sans-culottes ». Pendant des mois, plusieurs mondes ont foulé les mêmes pavés pour dénoncer le système. Un système qui tournait à l’avantage des puissants, avec ses zones grises, ses petits arrangements. Là est tout le paradoxe. Comment vouloir le changement lorsqu’on a toujours trouvé son compte dans ce Liban d’avant ? Dès les débuts du mouvement contestataire, la carioca a troqué le beau monde et ses tailleurs de créateurs, pour un drapeau à la main et un visage peint, en se mêlant à la foule qui se pressait au centre-ville de Beyrouth. « Le Liban passe avant tout. Ce n’est pas parce qu’on vit à Jounieh qu’on est sectaire », souligne Régina Fenianos. « C’était le plus beau pays du monde. Tous les princes étrangers me le disaient. Sauf que la classe politique a fini par tout détruire », ajoute-t-elle.

Régina Fenianos, dans son salon, dans la maison familiale de Jounieh. Photo Joao Sousa

Régina Fenianos, dans son salon, dans la maison familiale de Jounieh. Photo : Joao Sousa

« J’ai fait l’AUB et ta mère l’USJ »

Toufic Tahan, héritier et PDG de la grande chaîne d’électroménager Abed Tahan, a lui aussi cru dans la révolution et au changement. Mais il fait preuve d’une certaine lucidité. Parmi ses priorités, figure la lutte contre la corruption systémique, notamment le fait que certaines entreprises soient exonérées de frais de douanes ou ne déclarent pas leurs employés par exemple. « Je paye mes taxes, ma marchandise entre légalement, mes salariés sont assurés, et tu vois d’autres outrepasser ces règles complètement, c’est l’un des plus gros faits de corruption dans ce pays », estime-t-il.

Akram*, 62 ans, a battu le pavé aux côtés d’une foule éclectique, avant de faire marche arrière. « Il n’y avait pas d’opposition forte, c’était et c’est toujours trop le bazar », se plaint-il. Cet ex-financier incarne cette bourgeoisie chrétienne qui a vu son monde s’écrouler. Cet ancien de l’école d’ingénieur de l’AUB et titulaire d’une maîtrise en économie et relations internationales obtenue dans une faculté aux États-Unis, a fait toute sa carrière dans la finance, entre le Liban et les pays du Golfe. « Un jour mon fils m’a dit qu’il voulait entrer en business dans une université de seconde zone. Je lui ai dit ‘c’est quoi ça ? Je ne la connais pas celle-là. J’ai fait l’AUB et ta mère l’USJ’. Il était hors de question qu’il ne fasse pas le même parcours alors qu’il en était capable », raconte Akram, qui affirme n’avoir jamais utilisé de « wasta » (piston) de sa vie. Tout juste un coup de pouce d’un professeur qu’il connaît pour faire accepter le dossier de son fils à la prestigieuse université américaine. Dans leur appartement situé dans l’un des plus beaux quartiers d’Achrafieh, sa femme et lui ont comme tout le monde dû s’acclimater aux coupures incessantes de l’électricité et autres pénuries. Une nouveauté pour ce couple habitué à un certain standing. « Je fais désormais tout à pied. « Karamté » (ma dignité) ne me permet pas d’accepter de faire la queue pendant des heures pour faire le plein de ma voiture (à l’époque de la crise du carburant) », lâche-t-il entre deux lampées de thé, dans un café proche de chez lui. Les courses alimentaires sont désormais livrées directement à leur domicile. La crise du Covid et la situation économique ont mis tous ses projets professionnels à l’arrêt. À cause de la dévaluation de la monnaie, son épouse ne touche plus que 40 % de son salaire. « Notre niveau de vie a beaucoup baissé. Mais heureusement, nos enfants ne sont plus à notre charge puisqu’ils travaillent depuis peu en Europe », raconte Akram. Maintenant que le pays est à la dérive, il dit rêver d’un « Liban socialiste », se considère de centre-gauche, et ne serait pas contre le fait de prendre les transports en commun.

Même ceux qui étaient nantis font désormais davantage attention aux sorties, et ont la nostalgie de la vie d\'avant. Ici à Gemmayzé. Photo d\'archives Marc Fayad

Même ceux qui étaient nantis font désormais davantage attention aux sorties, et ont la nostalgie de la vie d’avant. Ici à Gemmayzé. Photo d’archives – Marc Fayad

« Être une employée lambda » à l’étranger
Lisa*, elle, oscille entre l’envie de continuer sa vie dans son pays et la tentation de le quitter. Après un parcours sans faille dans une école privée religieuse, des études à l’AUB et un master en Espagne, cette ingénieure et designer freelance de 37 ans est rentrée au Liban en 2015. Dès le début de la crise, les projets d’intérieurs de Lisa se sont réduits comme peau de chagrin, sa clientèle n’ayant plus accès aux fonds nécessaires ou préférant diriger son argent vers des choses plus essentielles. La jeune femme vit et travaille toujours au domicile familial, et ne se voit pas abandonner son statut d’entrepreneure pour « être une employée lambda » à l’étranger. « C’est vrai qu’autour de moi ça se vide, les gens partent. J’ai de moins en moins de projets, mais je ne raterais pour rien au monde cette opportunité de construire une identité nationale, je m’en voudrais de ne pas en faire partie », justifie-t-elle. À l’autre bout du fil, Lisa a parfois l’air gênée d’être une privilégiée. « Avant, je vivais dans un cocon, entre gens du même genre. C’est sûr que j’ai ressenti un petit choc culturel quand je suis arrivée à l’AUB. Puis, l’autre côté est devenu chez moi aussi ». Elle rêve de retrouver le Liban qu’elle a aimé, dans lequel elle a grandi… À quelques différences près. « Il nous faut un pays égalitaire, une nouvelle nation débarrassée de la mainmise de pays étrangers », dit-elle.

Après des années de quasi-insouciance, le château de carte qui s’est effondré a laissé place à un entre deux eaux lugubre. À cause de la situation actuelle, Régina Fenianos n’arrive pas à fermer l’œil avant deux heures du matin. Elle déambule d’une pièce à l’autre, avec une classe naturelle, et replonge dans ses souvenirs comme s’il s’agissait d’un lointain passé. Celui des soirées avec les ambassadeurs de tous les pays, mais aussi et surtout les années du Bal des débutantes qu’elle a monté en 1998. « Je ne pense plus à la belle vie ! C’est fini tout ça. On a eu la France, les États-Unis à notre chevet et ça n’a rien donné. Le patriarche maronite qui prie, ça aussi ça n’a rien donné ! ». Depuis son balcon, elle jette un œil sur la Vierge de Notre-Dame du Liban, et ravale ses larmes. Jamais on a autant toqué à sa porte pour demander de l’aide. À défaut d’un État fort, et d’un système de sécurité sociale, les classes les plus pauvres, toutes confessions confondues, ont toujours dû compter sur les œuvres de charité et associations de bienfaisance. Regina Fenianos en avait fait sa devise, pour « ne pas passer à côté de sa vie ». Un travail qui s’est intensifié en coulisses depuis le début de la crise et l’effondrement de la monnaie, propulsant la population dans une pauvreté inédite. À travers le Lion’s club, que son mari préside, elle a pu aider des familles de certains quartiers sinistrés après les explosions du 4 août 2020. Elle-même se trouvait dans un restaurant à proximité à ce moment-là, alors que ça faisait des mois qu’elle ne mettait plus un pied dehors à cause du Covid. Propulsée par la déflagration, elle parvient à se dépêtrer pour sortir des décombres et revenir chez elle au volant de sa voiture, blessée. L’impact psychologique est indélébile. « Je suis furieuse contre les dirigeants politiques qui n’ont rien dit, rien fait ! Même Emmanuel Macron est venu », déplore-t-elle.

Le bal des débutantes, un souvenir des grands événements qu'organisait Regina Fenianos par le passé. Ici en 2016. Photo d'archives

Le bal des débutantes, un souvenir des grands événements qu’organisait Regina Fenianos par le passé. Ici en 2016. Photo d’archives

« Je suis choqué par le fait que les gens ne bronchent pas »
L’effondrement du secteur bancaire est venu frapper les épargnants. Pour les familles aisées qui avaient placé toutes leurs économies en banque, les limitations des retraits et le haircut déguisé sur les dépôts en dollars, les ont forcés à s’adapter. « La crise économique impacte tout le monde, même nous, puisque nous avons de l’argent en banque et qu’il est impossible de le retirer. À cause de ça, nous ne pouvons plus aider comme avant, et nous n’avons plus autant de sponsors », poursuit la Brésilo-Libanaise. Lisa se trouvait en Europe lorsque les banques ont décidé de geler les comptes en devises à l’automne 2019. « C’est la première fois que je me retrouvais dans cette situation, je n’avais plus le sou, je devais compter sur des amis », se rappelle-t-elle. Akram, lui, avait pris les devants en voyant le cataclysme se profiler. Il achète un appartement à Paris en 2018, et retire petit à petit son argent des banques. « Je n’avais aucune confiance en ce système bancaire, puisque je le connais de l’intérieur. Les banques étaient gérées comme l’État, avec beaucoup de clientélisme, du népotisme. La banque centrale est clairement fautive et je suis choqué par le fait que les gens ne bronchent pas », confie Akram.

Depuis son bureau situé à Mazraa, Toufic Tahan, raconte pour sa part ne pas avoir vu un tel effondrement se profiler. « J’avais même rapatrié de l’argent de l’étranger vers les banques libanaises. Dieu merci, le business a pu continuer et nous avons pu limiter les pertes d’une manière ou d’une autre », confie l’homme d’affaires. Les personnes aisées disposant de dollars frais continuent de s’approvisionner en produits de luxe. La crise a fait émerger aussi une toute autre clientèle qui a su tirer profit de la crise de carburant ou du marché noir monétaire.

Au fil de la conversation, trois des personnes citées dans l’article estiment que le mode de vie à la libanaise est l’une des raisons de l’échec du système. « Sous l’ère Hariri, on vivait dans une sorte de bulle, et tout le monde en profitait, mais c’était éphémère. Tout le monde voulait voyager, s’acheter de belles voitures et les banques ont encouragé cela », estime Akram. Toufic Tahan va même plus loin. « Clairement les gens vivaient au-dessus de leurs moyens. Quand je voyais ma secrétaire voyager deux fois l’an, ou que je croisais un soldat de l’armée avec le dernier iPhone, ce n’était pas très sain », dit-il, comme si, pour lui, l’accès à un certain mode de vie n’était réservé qu’à une élite aisée.

L’époque où les banques prêtaient à outrance et où les taux d’intérêts sur les dépôts étaient alléchants étant révolue, le déclassement des différentes classes sociales s’est fait à la vitesse grand V. Aujourd’hui, seule une infime partie de la population parvient à maintenir un certain niveau de vie. Akram, sans emploi à cause du Covid et de la crise, a dû revoir ses dépenses à la baisse. Tout comme Lisa qui, n’ayant pas de compte bancaire à l’étranger, ne voyage plus et fait attention à ses sorties et à ce qu’elle consomme. « Ça permet de se concentrer sur l’essentiel. Ce qui m’angoisse le plus, c’est l’accès à l’éducation et à la santé plutôt que le luxe », affirme-t-elle.

Pour ne plus ressentir les coupures de courant, Toufic Tahan a fait installer chez lui des panneaux solaires et, avec des amis businessmen, a acheté des terrains dans le Akkar où ils produisent des légumes et des fruits, comme des avocats ou du litchi. « La crise ne nous a pas tellement impactés parce que nous vivions simplement. Mais oui, on ne voyage plus comme avant à cause du Covid et de l’argent », résume M. Tahan, dont les trois enfants vivent dans le Golfe et au Canada. « Les prix au supermarché sont devenus fous », s’indigne Regina Fenianos. Comme elle ne trouve plus certains médicaments, cette dernière compte désormais sur les voyages des uns et des autres pour se les procurer. « Je ne sais pas comment font les gens »…

*Les prénoms ont été modifiés

[Photo : Joao Sousa – source : http://www.lorientlejour.com]

El cineasta italiano, alejado ya de la política y en proceso de rodar una nueva película, estrena en España ‘Tres pisos’ y analiza su cine y su pasado activista en su despacho romano

El director Nanni Moretti, la semana pasada en su despacho de Roma.

Por DANIEL VERDÚ

Cuarto piso, un sencillo apartamento en Monteverde Vecchio, el barrio romano donde Nanni Moretti (Brunico, 68 años) vive y tiene la oficina de su productora desde hace décadas. En el pasillo, a modo de pequeño altar sobre una mesilla, reposa el casco blanco que durante años usó para conducir su vieja Vespa 125 azul, el mismo que llevaba en Caro diario. Uno de tantos elementos de su vida que viajaron a un lado y otro de la pantalla en una filmografía a menudo autobiográfica. Hoy la moto está en el museo del cine de Turín y él se mueve en una versión moderna del clásico de Piaggio. Roma, todo hay que decirlo, no es ya aquella romántica urbe cuyos misterios resplandecían en 1993 con el ralentí de su scooter retumbando en Ferragosto por los barrios periféricos. Y él tampoco es siempre ese personaje divertido con la broma en la punta de la lengua de sus películas.

Moretti está sentado en su escritorio, echa una mirada rápida a los intrusos y hace visibles esfuerzos por ser amable. En la habitación de al lado, las directoras de Las leonas, un documental en el que trabaja su productora, rematan su montaje. Él ya prácticamente no concede entrevistas. Así que observa con desconfianza al fotógrafo y espera sentado el interrogatorio con una postura más cercana a la del rígido juez que interpreta en Tres pisossu nuevo y aclamado filme, que al divertido Moretti de sus cintas cómicas. “Quiero hablar solo de mi película”, repite en varios momentos cuando el entrevistador intenta desviar la conversación hacia la política. El cineasta, eso sí, conserva intacta su corrosiva ironía, su desprecio a Silvio Berlusconi —de quien se convirtió en temible azote durante sus distintas presidencias— y el amor incondicional a todas las vertientes de su trabajo como director, actor, productor, guionista y exhibidor. “Entonces, ¿qué quiere saber?”.

Pregunta. ¿Cómo está?

Respuesta. Muy bien, porque estoy ya haciendo pruebas y localizaciones de mi nueva película.

P. ¿Qué tipo de película será?

R. Quiere que se lo cuente ahora, así, ¿no? ¡Qué pretensiones!

P. Hablemos entonces de Tres pisos, que estrena ahora. Se rodó y terminó antes de la pandemia y quedó paralizada en un cajón, pero toca elementos clave de este periodo. ¿Hubiera sido distinta si la hubiera escrito ahora?

R. La película y el libro hablan de nuestra tendencia a llevar vidas aisladas, a prescindir de una comunidad que pensábamos que ya no existía. La pandemia ha desenmascarado una mentira y el concepto de comunidad ha vuelto al primer plano. Hemos entendido lo duro que es el aislamiento, prescindir de los demás. La lección es que de esta experiencia tenemos que salir juntos. De modo que la película adquiere más actualidad ahora.

P. ¿Usted cómo la vivió?

R. ¿Quiere saber qué he aprendido? Nada. He obedecido las reglas que nos iban sugiriendo. En el primer confinamiento estaba un poco desorientado y luego, como la película estaba lista, empecé a escribir otra.

P. Es la primera vez que no es el autor de la historia y adapta una novela [Tres pisos es del israelí Eshkol Nevo]. ¿Por qué?

R. Estaba trabajando sobre un tema cuando una de las dos guionistas me sugirió leer Tres pisos. Entendí enseguida que había algo que me interpelaba, que tenía que ver conmigo. Así que empezamos a trabajar en una estructura, porque el libro son tres monólogos separados y carecía de la forma de una película.

Nanni Moretti, en una imagen de 'Tres pisos'.

Nanni Moretti, en una imagen de ‘Tres pisos’.

P. Tampoco es muy común que se vuelque en un drama. ¿Tiene que ver con su estado de ánimo?

R. Después de mi última película [Mia madre] quería escribir una comedia, pero no lo logré y llegó este libro que, como le digo, representaba bien la relación que tengo en este periodo con el mundo. Mis películas a veces son autobiográficas hasta el detalle y esta, no. Pero representa mi sentimiento en este periodo.

P. ¿A qué se refiere?

R. Me interesan mucho las consecuencias que encierra cada acción. Los italianos, a menudo, no asumen la responsabilidad de lo que dicen o hacen. No es nuestro fuerte. Lo que irrita al personaje que interpreto [un juez estricto y severo] es que su hijo no es capaz de hacer eso. Y el padre, en su rígida integridad, está cerca de perder la humanidad. Para él la justicia es más importante que los vínculos familiares.

P. ¿Cree que esa ausencia de responsabilidad de los italianos también se extiende a la política?

R. No quiero hablar de política… No. ¡Estoy aquí para hablar de mi película! [da golpecitos con los puños en la mesa].

« Hice política porque un hombre con un imperio mediático era presidente del Consejo de Ministros. Y eso, a mí que soy muy deportivo me parecía una gran anormalidad en una democracia.”

P. Eso hacíamos… Pero usted también ha hecho mucha política: de forma activa y en sus películas.

R. Sí, pero no quiero hablar de actualidad.

P. ¿Le cansa?

R. La sigo con atención intermitente. Pero esta es una entrevista que concedo debido a la salida de mi película en España.

P. Ya, pero en España también interesa su vertiente política.

R. Mire, yo tuve un compromiso apasionado pero temporal. Lo dije desde el principio. Han pasado 20 años. Siempre dije que no cambiaría de trabajo, porque amo lo que hago. Pero me aparté de mi oficio y empecé a hacer política con el movimiento de los Girotondi [un movimiento ciudadano que se reunía en las plazas para protestar contra Berlusconi y contra algunos sectores de la izquierda]. Era una situación extraordinaria.

P. ¿Por qué?

R. Un hombre con un imperio mediático era presidente del Consejo de Ministros. Y eso, a mí, que soy muy deportivo, me parecía una gran anormalidad en una democracia. Una enorme anomalía. Y no porque fuera de derecha, faltaría más. El problema es que no era un hombre cualquiera, tenía un conglomerado de telecomunicaciones y eso no debería ser posible ni para alguien que no hiciese política porque tendría que prohibirlo una ley antitrust. Es como si en la carrera de los 100 metros lisos uno de los participantes saliese 20 metros por delante. Eso es lo que significa en política tener tres canales de televisión, radios, periódicos… Era una situación extraordinaria y me parecía justo dedicar mi tiempo a una causa en la que creía.

P. Pues ahora se habla de él para la presidencia de la República. ¿Le parece extraño?

R. Más que extraño [guarda un largo silencio]. Es incomprensible. Pero antes le decía que los italianos no somos buenos asumiendo las responsabilidades de nuestras palabras y actos. Y tampoco lo somos con la memoria, la tenemos muy corta.

P. Casi hemos olvidado también cómo se estrenaban las películas antes y muchas pasan por plataformas antes de la salas. ¿Se lo propusieron con Tres pisos?

R. Recibimos ofertas durante la pandemia. Pero le dije al coproductor que no deseaba conocerlas. Solo quería esperar a que la gente pudiera volver a las salas. Y lo digo como espectador. Para mí ir a una sala de cine es una experiencia insustituible. Y es algo que eché mucho de menos en el confinamiento.

P. ¿Sobrevivirán salas como la suya? [Es propietario de la sala Sacher en el Trastevere].

R. Es usted un poco brutal… Pero las que tendrán más dificultad serán las películas medianas. El público siente que las verá en la televisión de casa. Pero habrá siempre espacio para grandes producciones y para los filmes de autor, de calidad. Los que están en medio ya están sufriendo más. Mi sala se defiende, sí.

Que se hable de Berlusconi como posible presidente de la República es incomprensible”

P. ¿Usted ve series?

R. Alguna sí. No miro ciencia ficción, ni terror…

R. ¿Haría alguna?

R. Van demasiado rápido para mis ritmos. No hay tiempo para pensar durante la elaboración. Y además, hay plataformas que son muy invasivas, prepotentes. Se entrometen en todos los aspectos. Más que plataformas son visiones del mundo. Y eso no me gusta.

Moretti entonces se desconcentra y se dirige al fotógrafo, que busca escenarios para el retrato en el pequeño despacho. “Oiga, usted no encuentra la paz… La próxima vez les convocaré en un castillo”.

Nanni Moretti, repasa su último guion en su despacho de Roma.

Nanni Moretti, repasa su último guion en su despacho de Roma. ANTONELLO NUSCA

P. Tres Pisos podría haber sucedido en cualquier ciudad. Pero Roma ha sido un personaje secundario de muchas de sus películas. ¿Podría hacer hoy un Caro diario?

R. Roma es hoy una ciudad mucho más agotadora que entonces. El transporte, por ejemplo, es un problema muy serio. En Roma el tiempo de los ciudadanos no vale nada y este asunto lo daña todavía más. Puedes estar tres cuartos de hora esperando un autobús, u horas en un atasco en el Lungotevere. Es una ciudad extenuante. Pero no viviría en otra.

« Roma es una ciudad cada vez más agotadora, el tiempo de los ciudadanos no vale nada. Pero no viviría en otro lugar”

P. ¿Cree que puede cambiar?

R. Gobernar Roma es una de las profesiones más difíciles del mundo. No basta la pasión o la honestidad. Hay que tener lucidez, competencia, buenos colaboradores y tiempo para cambiarla.

P. Otra de sus películas inolvidables fue Il Caimano, aquel retrato de Berlusconi…

R. Mire, le enseño un correo electrónico.

Moretti muestra un correo donde le alertan de que en Alemania Il Caimano se tradujo como Der Italiener [El italiano]. “Esto es un golpe duro”, dice con su profunda ironía.

P. ¿Hay algún personaje político que le inspiraría hoy una película?

R. No.

P. Mario Draghi podría ser un personaje muy morettiano si lo piensa. Esa ironía tan sofisticada, su discreción, la inteligencia jesuítica…

R. Ve, ahora si yo le respondo, usted titulará: “Haré una película sobre Draghi” o “no haré una película sobre Draghi…”. Así que no respondo.

P. Tranquilo, no lo haremos. Le pregunto por el personaje.

R. Pues es bastante enigmático. Pero no creo que el deber de un cineasta sea hacer películas comprometidas. El único compromiso debe ser hacer buenas películas. A poder ser, también innovadoras. Que no se hayan visto 10.000 veces antes. No hay argumentos de primera o segunda división.

P. ¿Qué le parece que Draghi gobierne Italia?

R. Le repito que preferiría hablar de cine. Pero se lo digo: hace 10 meses hubo un momento en el que la política fracasó y fueron a buscarle. Pero veremos qué sucederá.

« Este Papa me parece el idóneo para este momento histórico. La persona justa en el lugar justo en el momento preciso. Y me parece increíble que dentro del Vaticano le declaren la guerra”

P. En su festival Bimbi Belli celebra cada verano debates y proyecciones de cineastas noveles que luego han sido grandes. Uno de ellos, curiosamente, fue Franco Battiato.

R. Fue una noche preciosa. Estaba llenísimo. Era un gran tipo.

P. ¿Cómo vivió su muerte?

R. Me disgustó muchísimo. Le vi en uno de sus últimos conciertos en Roma. Pero mi recuerdo suyo me transporta a una noche en Sicilia, en la piscina de Acireale. Trabajábamos de seis de la tarde a cinco de mañana. Yo rodaba Palombella rossa, una película que transcurre en una piscina en un partido que empieza de día y termina de noche. Sonaba E ti vengo a cercare de Battiato, y 300 figurantes en la tribuna que la cantaban a coro. Toda la noche. Hasta que muertos de hambre comenzaron a gritar: “Moretti, Moretti, vogliamo li cornetti” [Moretti, queremos los cruasanes].

P. El día en que murió Battiato esa fantástica secuencia se hizo viral en redes… ¿Eran amigos?

R. No tuvimos gran relación personal. Aunque me encantaba como músico, y también como persona.

P. Uno de sus grandes personajes también fue aquel papa que no quería serlo. Aquel pontífice que interpretaba Michel Piccoli que necesitaba terapia. Como experto en la materia, ¿qué le parece el actual papa?

R. Yo no soy creyente. Más bien ateo. Aunque no estoy de acuerdo con la famosa frase de Buñuel: “Por la gracia de Dios”. Es lo contrario, yo estoy enfadado por serlo. Pero este papa me parece el idóneo para este momento histórico. Es la persona justa en el lugar justo en el momento preciso. Y me parece increíble que dentro del Vaticano haya pedazos del clero que le declaren la guerra. No entiendo cómo un cura, un obispo o un cardenal pueden no estar de acuerdo con Francisco.

 

[Fuente: http://www.elpais.com]

 

Un huaco es una pieza de cerámica típica de Perú, que presenta múltiples variantes. También es la noción que da nombre a la más reciente novela de Gabriela Wiener, “Huaco retrato”, una exploración personal de la memoria, el deseo y el racismo en la que la autora de “Nueve lunas” ajusta cuentas con su árbol genealógico. Hablamos con ella en Barcelona.

Movimiento de cambio. Foto: Jordi Vidal

Movimiento de cambio

Por Aïda Camprubí y Carolina Velasco

Gabriela Wiener (Lima, 1975) es una cronista bastarda en un sentido espléndido. A cualquiera que la lea se le afilan los colmillos de la envidia. Hincándolos en el labio, provocando un vivo sabor a sangre y a sexo. Con su último libro –o, como ella lo llama: su primera “novela ficcionada”–, “Huaco retrato” (Literatura Random House, 2021), le ha dado jaque mate a su tatarabuelo, Charles Wiener (1851-1913). Él, austriaco-francés, fue un expoliador que saqueó 4500 obras de arte peruanas y se atrevió a escribirlo en “Perú y Bolivia. Relato de viaje” (1880), verdadera ficción del patriarcado, de nada menos que 900 páginas. A Gabriela, la Wiener actual, le han hecho falta muchas menos para descodificar todas las estructuras sistémicas sobre las que se sustentaba. “Huaco retrato” es una bastardía literaria de ficción y no ficción, una crónica-historia de nuestros tiempos, una nueva suerte de huaco erótico, que habla por las rendijas de los vacíos que deja.

¿Por qué asusta tanto el concepto de “bastarda”? ¿Por qué no lo podemos ubicar? ¿Significa una encrucijada peligrosa?

Como todas las nociones creadas por el poder para marginalizar a un sector, son palabras que nadie se quiere poner en la camiseta. Pero desde nuestros colectivos hemos desarrollado el don de reapropiarla para convertirla en respuesta, en orgullo y en resistencia a este señalamiento.

Nos asusta la bastardía, pero en la misma península ibérica fuimos íberos, romanos, judíos y musulmanes. Ninguna estirpe es una línea única. ¿De dónde viene esta exigencia de pureza?

Lo nazi sigue presente frente a la diversidad. Frente al testimonio de que nuestra socialización está en la impureza, se sigue reivindicando el discurso contrario, el del imperio. Y España es muy imperialista, no jodamos; son siglos de haber intervenido sobre territorios hasta conseguir dominarlos. Ahora, desde el propio gobierno español se aprovecha la cruzada anticomunista hacia los gobiernos de izquierdas de América Latina.

Oyes a Aznar, a Ayuso, a Casado y a Cantó decir eslóganes ridículos sobre que el indigenismo es el nuevo comunismo. Hacen señalamientos directos hacia las poblaciones indígenas porque les preocupamos, porque hay organización. Los mapuches están escribiendo la constitución en Chile, no están en reservas o calladitos o siendo esterilizados, como ha pasado en Perú, por ejemplo. Si los líderes indígenas están siendo asesinados, es porque esto amenaza su poder y sus propiedades en el sur global.

Creo que no se puede seguir avanzando restando luchas, que es lo que el feminismo institucional está haciendo ahora mismo. Haciendo gala de excluir, repartiendo carnés y haciendo creer que el feminismo solamente puede existir desde una visión biologicista y para ciertas mujeres, de cierto color en la piel, con cierto poder adquisitivo, que solo quieren poder, caso, dinero. ¿Para qué nos va servir esta paridad si luego vamos a tener en la toma de decisiones a personas así?
Esta unión indígena conecta mucho con el feminismo al que aspiramos, que evidencia las faltas del feminismo blanco: el de las alianzas, vinculado al sur global, a las ancestras, al ecofeminismo, a defender el territorio. ¿Cómo te imaginas esta quinta ola?
No sé ya si se va a llamar “feminista” o si va a seguir llamándose “ola”, lo que sí creo es que no se puede seguir avanzando restando luchas, que es lo que el feminismo institucional está haciendo ahora mismo. Haciendo gala de excluir, repartiendo carnés y haciendo creer que el feminismo solamente puede existir desde una visión biologicista y para ciertas mujeres, de cierto color en la piel, con cierto poder adquisitivo, que solo quieren poder, caso, dinero. ¿Para qué nos va servir esta paridad si luego vamos a tener en la toma de decisiones a personas así? Mujeres que nos echan a las negras, a las disidentes, a la tantísima diversidad que ya está haciendo cosas ahora mismo. Sin una visión decolonizadora, antirracista, antineoliberal, no hay movimiento de cambio. Ojalá que los feminismos, en plural, puedan de verdad protagonizar estos cambios. Si no, se van a quedar atrás; son puro statu quo.

Para que funcione el sistema, nos fuerzan a ubicarnos. Sin embargo, la paradoja está en que hay un montón de borrados. En “Huaco retrato” hablas de las historias de los hombres de tu familia para evidenciar el vacío que hay en las historias de las mujeres. ¿Cómo se sostiene esta paradoja a nivel discursivo?

Las que han detectado el borrado en la memoria son precisamente otras mujeres feministas: las negras, las gitanas, las que están pensando en sus ancestras, de dónde vienen. Vamos a despatriarcalizar también nuestro relato de origen. Es una historia con minúscula, si quieres, pero que merece ser contada, porque la Gran Historia es la historia del poder, la del grupo que tiene la supremacía que ahora se intenta derruir. O, por lo menos, vamos a hacer una muesca en el árbol, pensando en que esto se transforme.

En “Huaco retrato” era importante hablar de esto. En el sentido de que mi familia daba vueltas en torno a la misma figura de respetabilidad blanca y europea (encarnada en el saqueador Charles Wiener). Quise sacar el revestimiento para ver qué había detrás. Y detrás estaba el racismo científico, todo el conocimiento del siglo XIX que se enfocó en justificar una visión del mundo en castas y que persiste hasta hoy.

Podemos hablar del holocausto y de que Europa vivió una de sus épocas más oscuras, pero los pueblos originarios venían padeciendo ya ese exterminio. Sea la suplantación cultural, la extirpación de su fe y, cuando no, el arrase de sus territorios o directamente la enfermedad y la muerte que se llevó allí. Esto también estaba detrás de Charles Wiener. Fue un enviado de una potencia colonial como Francia, que de esa manera reforzaba su poder en el mundo, para decir: “Mira qué bien lo hacemos, mira cómo los estudiamos”. Así es como se llevaban patrimonio cultural de un país, se llevaban a un niño por unas monedas o dedicaban exhibiciones a mostrar como animales a otras personas en sus zoos humanos. Y esto pasó aquí, en la Plaça Catalunya de Barcelona, en el Palacio de Cristal de Madrid; esa era la tendencia del momento en entretenimiento. El último zoo humano se cerró a mediados del siglo XX en Bélgica.

A países como España o Francia les conviene borrar la memoria, que no se cuente esta historia. Porque, si no, ¿cómo justificarían que se deje morir a la gente en las aguas europeas o que se esté amurallando la frontera con Marruecos? Que alguien sea encarcelado en un CIE por migrar, por buscar una vida mejor, es igual de salvaje que encerrar a gente dos siglos antes para mostrar cómo viven los nativos en sus colonias. Es el desprecio total por la vida no blanca. Se ejerce una violencia que es estructural, de la que se puede trazar una línea directa desde los zoos humanos hasta los CIEs.

La cara de un huaco erótico es mi cara de placer y el deseo es central en el libro, junto con los celos y la culpa. El huaco erótico podría ser esta forma de vivir la sexualidad tan libérrima, tan absolutamente pornográfica. Hay muchas pensadoras decoloniales que hablan de cómo la evangelización y todo el proceso colonial traen una moralidad a espacios que eran de libertad y goce sexual. Tengo que decir que falta lesbianismo en los huacos eróticos, pero sí había homosexualidad, agénero, trans*, maternidad, lactancia y sexo a la vez. Para mí, hay más representación de los cuerpos marrones en los huacos eróticos que en YouPorn

¿Cómo definirías el racismo español actual hacia las poblaciones de Abya Yala?

Somos el buen salvaje, el acabado de su proyecto civilizador, que terminó bien porque a los negros los temen, a los moros los temen, pero las latinoamericanas son mujeres que los cuidan. Es una relación tan perversa, tan paternalista, tan de no considerarlas nada, ni siquiera una amenaza… Eso me enrabieta totalmente. Mi libro también es una respuesta para decir que somos feroces, que vamos a dar respuesta. Somos cuidadoras porque venimos de vidas comunitarias, porque muchas mujeres que son terriblemente precarias dejan a su hijo para poder cuidar a tu hijo. Sobre ellas se sigue ejerciendo violencia administrativa, violencia de ley de extranjería y violencia económica. No les pagas lo que tendrías que pagarles para hacer ese trabajo y eso todavía se llama colonialismo.

¿Cómo representas estas comunidades de resistencia en tu novela?

El Colectivo Ayllu ha sido un referente total para “Huaco retrato”. Cuando vi lo que hacían en los museos con el patrimonio saqueado o sus performances en la estatua de Colón, encontré uno de los fundamentos teóricos del libro, desde una vertiente decolonizadora y heterodisidente.

Otra referente es la artista peruana Daniela Ortiz. Tiene un trabajo a propósito de las trabajadoras del hogar que viven en régimen de esclavitud en las casas de la clase alta limeña. Extrajo todas las fotos de posados de gente pija de Lima donde siempre había en un plano borroso la trabajadora, cargando el niño o como una mano que retira un plato. Una presencia fantasmal haciéndolo todo para que esto funcione, para que el mundo ocurra. ¿Y quiénes son las trabajadoras del hogar? Mujeres andinas migrando para ser cuidadoras en Lima, Buenos Aires, Santiago de Chile, Madrid, Barcelona… Esa es la migrante que se trata desde esa superioridad.

Mi tercer referente es María Galindo, parte del colectivo boliviano Mujeres Creando. Acaba de publicar “Feminismo bastardo” (Mujeres Creando, 2021), donde habla de cómo el poder quiere que nos creamos ese cuento del mestizaje feliz y de la reconciliación, cuando esta no ha existido. Tiene una idea de bastardía resignificada según la cual somos la memoria viva del conflicto. No vinimos aquí para tranquilizar vuestras conciencias, sino para recordaros que el conflicto sigue abierto.

Un proceso de deconolización que no termina nunca. Foto: Jordi Vidal

Un proceso de deconolización que no termina nunca.

Pienso en esos espacios donde, en vez de poner un monumento, dejan los agujeros de las bombas para que no se borre esa memoria.

En ese sentido, prefiero la decapitación de estatuas de los colonialistas. Entre que estén y no estén, prefiero que no estén, pero si tienen que estar, que sea con mutilaciones o grafitis interesantes. Creo que en España hace falta más de eso. Aquí hay tal régimen de terror contra la migración y las poblaciones migrantes que es bien difícil hacer acciones tan osadas. Con la Ley Mordaza te vas directo a la cárcel o te deportan. Es bien complicado que las propias negras y las marrones nos pongamos a hacer algo tan osado. Para esto, lo del feminismo de las alianzas no estaría nada mal.

¡Tomo nota! ¿Podríamos decir que tu novela también es un huaco erótico que representa la sexualidad actual?

Totalmente, la cara de un huaco erótico es mi cara de placer y el deseo es central en el libro, junto con los celos y la culpa. El huaco erótico podría ser esta forma de vivir la sexualidad tan libérrima, tan absolutamente pornográfica. Hay muchas pensadoras decoloniales que hablan de cómo la evangelización y todo el proceso colonial traen una moralidad a espacios que eran de libertad y goce sexual. Tengo que decir que falta lesbianismo en los huacos eróticos, pero sí había homosexualidad, agénero, trans*, maternidad, lactancia y sexo a la vez. Para mí, hay más representación de los cuerpos marrones en los huacos eróticos que en YouPorn.

En su taller online “Black Time, Black Queer, Black Flesh”, Iki Yos habla de cómo la categoría queer ha sido edulcorada por narrativas de la supremacía blanca y ha obviado prácticas ancestrales que ya existían en los cuerpos cimarrones/afrodescendientes y en comunidades indígenas antes de ser catalogadas por Occidente.

Lo llamado “monógamo” o “heterosexual” son ideas completamente occidentales que luego se imponen a través de la religión de una manera violenta. Me encanta el espacio del huaco erótico como un espacio de identidad. Soy también una persona que celebra el deseo, el cuerpo, los apetitos. Mi narrativa y mi trabajo literario son muy sexualizados para bien, de manera liberadora. Me remiten a mi origen mochica, porque los huacos eróticos son mochicas, son de la cultura del norte de Perú, de donde es mi abuelo. Mi color medio de la tierra es de la zona de los huacos retratos y de los huacos mochicas. Aunque no tenga pruebas de que venga de poblaciones originarias, me siento huaco erótico, encuentro parentesco y casa allí.

Las líneas genealógicas son muy patriarcales. Para romperlas, está bien que sintamos la historia a la manera de cada cual.

Exacto, hagamos nuestras propias etnografías. En esta novela hay una visión de especulación. El nivel de juegos de la realidad va hasta Charles Wiener, que era alguien que exageraba sus hazañas. También se pone en duda que mi rama familiar venga de él. Hay un momento en que el estudioso de Charles cree que, aunque las fechas medio coinciden, no hay pruebas. Te das cuenta de que hay mucha gente que vive con su escudo familiar, el blasón, el apellido que permite saber sus veinte antepasados, y nosotros no sabemos nada. Tres generaciones atrás y ya se acaba la memoria. Esto está borrado a propósito. ¿A quién le conviene que no exista esa memoria para seguir alimentando su mito personal?

¿Por qué no se habla de María Rodríguez, de quien sabemos con certeza que parió un hijo apellidado Wiener?

No se traslada la historia de ella de generación en generación, pese a que pudo haber sido una víctima. Por lo menos, una víctima del abandono. Quién sabe si tuvo la autonomía de “yo lo tengo y yo lo inscribo”. Es la posibilidad de haber tenido también un ascendente feminista, una mujer autónoma que decidió. Pero también a las feministas nos borran de la historia. O por víctima o por superviviente.

Me ha resultado sanador saber que si él fue un personaje icónico en su época, tú lo eres de la nuestra y has llevado a cabo algo que él no hizo: la descodificación. En vez de entender las problemáticas estructurales que estaban en sus vísceras, emprendió una huida, llevándose a muchos por delante.

¿Te imaginas que el Wiener que pasa a la historia no es Charles? Él se borró, se blanqueó. Era un judío austriaco que se nacionalizó francés y se convirtió al catolicismo. No se le puede juzgar; para sobrevivir también exageró sus hazañas. Se convirtió en un ser fraudulento. ¿Quién no ha recurrido también a estas picarescas para sobrevivir? Efectivamente, he hecho el camino contrario, un proceso de decolonización que no se acabará nunca. Siempre he tenido esta duda de si seguir firmando con este apellido. Ni siquiera pongo Bravo, el apellido de mi madre, porque ya es como una marca. Al haber hecho este libro, ya nadie me lo puede quitar. Este Wiener me lo he generado yo y además es posible que ni sea de Charles, sino de otro Wiener aún más perdido que yo. ∎

No lo llames autoficción

GABRIELA WIENER
“Huaco retrato”
(Literatura Random House, 2021)

Aún tengo grabada a fuego la tarde en que Gabriela Wiener presentó en una librería de Berlín la génesis de lo que sería su obra teatral “Qué locura enamorarme yo de ti” (2019): sin escenario, en un espacio pequeño, Gabriela ponía la voz, el cuerpo y la intimidad para contar una historia que, desde lo absolutamente confesional, nos llevó a los espectadores a plantearnos la maternidad, las relaciones y hasta nuestro lugar en el mundo como migrantes. Gabriela también pone el cuerpo, la voz y la piel en todo lo que escribe, ya sea una columna en la que admite el miedo ante el envejecimiento cuando mira a su mujer (más joven) o cuando narra, de forma nada idealizada, su introducción a la ayahuasca en “Sexografías” (Planeta, 2008), un compendio de columnas que son puro periodismo gonzo y en las que no duda en meterse en clubes de swingers o investigar en carne propia el proceso de donación de óvulos.

Decir que Wiener hace autoficción es una entelequia: a diferencia de quienes usan la falsa biografía, Wiener no oculta sus miserias ni sus miedos, no esconde a sus parejas bajo falsos nombres, no se autoidealiza ni trata de engañar al lector. Ella misma escribe en “Huaco retrato” que tiene la sensación “hasta sucia de estar metiendo la vida en la literatura o, peor, de estar metiendo la literatura en la vida”; hasta tal punto llega su brutal y necesaria honestidad. Los grandes temas de su obra, no podía ser menos, están atravesados por sus vivencias: la maternidad, el poliamor, la migración, el racismo… Pero, sobre todo, llama la atención la tremenda lucidez que gasta y ese sentido del humor con el que mete el dedo en la llaga, casi sin que te enteres, hasta que ya está dentro y te deja pensando durante días, porque puede que escriba desde lo personal, pero trasciende hasta lo universal. Carolina Velasco

[Foto: Jordi Vidal – fuente: http://www.rockdelux.com]

Tras casi una década sin publicar una novela, “el artefacto perfecto para entender nuestro mundo”, el escritor reflexiona en ‘La tierra de la gran promesa’ sobre los dramas pendientes del México pasado y contemporáneo, la compleja relación entre realidad y arte y la responsabilidad moral de los creadores

Juan Villoro. Foto: Sofía Grivas

“Mi generación estuvo enamorada de las utopías, de las grandes transformaciones. El socialismo, la democracia real, que no teníamos en México, el retorno a la naturaleza con el hipismo… pero treinta años después todo eso quedó en nada”, recuerda Juan Villoro (Ciudad de México, 1956), que ha prestado buena parte de su desencanto a Diego, el protagonista de su nueva novela tras casi una década. La tierra de la gran promesa narra la historia de un cineasta fracasado, marcado por el dramático incendio de la Cineteca de México de 1982, un caso irresuelto en el que ardieron más de 6.000 películas.

Reconvertido en documentalista de zonas de riesgo, la oportunidad de entrevistar en una casa de seguridad a un importante narcotraficante lo llevará a una realidad incontrolable, pues, como explica Villoro, “se convierte involuntariamente en vocero de otras personas, en cómplice de muchas cosas, y se encuentra en una encrucijada en la que ha perdido ya el control de lo que hace”. Exactamente lo que ocurre con los dramas que sufre el país azteca —la corrupción, el narcotráfico, la violencia…— que el escritor despliega uno por uno dando cuenta de la compleja maraña que los entrelaza y de lo difícil que es ponerles solución.

Pregunta. “En México, la ilusión siempre es más fuerte que la realidad”, escribe. ¿Por qué es su país “la tierra de la gran promesa” y por qué esta queda siempre incumplida?

Respuesta. Ese era el título de la película de Tarkovski que se exhibía en la Cineteca cuando ardió en llamas y me pareció muy propicio para hablar de una tierra donde las ilusiones se descarrilan y se incendian. En México se han prometido muchas veces transformaciones fundamentales, y los mexicanos, con enorme esperanza, nos hemos unido a ellas. Esperanzas deportivas, de que al fin la selección llegará a un quinto partido en el Mundial, o de bienestar económico, para que pueda haber mayor justicia social. Se ha inaugurado la modernidad una y otra vez y todo ha acabado en frustración. Esta novela es la crónica de un desencanto, pero también de una sigilosa resistencia, de lazos afectivos, comunitarios, culturales que permiten que la gente subsista y que todavía tenga algo que sigue siendo rebelde: la ilusión.

México es una tierra donde las ilusiones descarrilan y se incendian. Esta novela es la crónica de un desencanto, pero también de una sigilosa resistencia

P. Su protagonista repite en varios momentos que el arte se alimenta de las desgracias, ese mantra de que la felicidad no produce creatividad. ¿Realmente lo cree así?

R. En la película El tercer hombre Orson Welles se pregunta qué han dado al mundo la paz, la estabilidad y la prosperidad de Suiza. El reloj de cuco. En cambio, la corrupción, las intrigas y la violencia de Italia trajeron el Renacimiento. El arte generalmente prospera en situaciones complejas y dolorosas porque es una manera de compensar la realidad. Si el mundo fuera perfecto no necesitaríamos historias, las escribimos para soportar el peso de un mundo que está mal hecho. En esta medida, México es un país que nunca deja de surtir a un creador. El incendio de la Cineteca, que nunca se explicó, es una metáfora de esas situaciones que quedan abiertas, de esos fuegos que siguen calcinando cosas porque nunca se apagaron del todo, nunca se resolvieron.

Un compromiso rebelde

P. También reflexiona sobre la responsabilidad moral del artista. Si las novelas, el arte, reconstruyen la historia, algo muy notorio en América Latina, ¿cuál es este papel del creador?

R. Cada cual escoge una perspectiva para relacionarse con el mundo que tenemos. A mi juicio hay una doble responsabilidad. Por un lado, el arte es una manera de encontrar armonía y sentido en algo que no lo tiene. La realidad ocurre de manera abusiva, contradictoria, desagradable, y la literatura le puede dar un orden al caos. Y el otro aspecto tiene que ver con el placer. Se trata de crear belleza, de entender que incluso en el infierno hay algo que puede refutar los dolores y los quebrantos. En ese sentido, la literatura tiene un compromiso rebelde: procurar felicidad donde parecería que esta no tiene derecho a ocurrir.

P. Uno de esos infiernos que aborda la novela es el mundo del narcotráfico. ¿Es ya un modo de vida irrenunciable para mucha gente? ¿Qué motivaciones sociales lo impulsan?

El narcotráfico se ha incrustado plenamente en el tejido social mexicano. Los jóvenes se hacen sicarios porque no tienen alternativas

R. El narcotráfico se ha incrustado plenamente en el tejido social mexicano y es un fenómeno que tiene aristas culturales, políticas, económicas, religiosas, simbólicas… Fue un error cuando en 2006 el presidente Calderón declaró una guerra al narco, entendida exclusivamente como una campaña militar. Hay que entender que para muchos jóvenes no hay mejor opción real que pertenecer al crimen organizado. No se hacen sicarios porque un espíritu maligno haya poseído su alma, sino porque para un muchacho pobre que no tiene otras alternativas ingresar en esta vida es una oportunidad de tener dinero rápido, prestigio social, códigos compartidos…. Lo que debemos hacer para acabar con esto es crear alternativas. No entender a los narcotraficantes como gente llegada de otro planeta, sino como nuestros propios compatriotas, vecinos, amigos y familiares.

P. Justamente dice que “la realidad política depende de la construcción de narrativas”. ¿En esta era de fake news hemos olvidado el papel capital del lenguaje a la hora de representarnos el mundo?

R. Me parece muy importante entender que los políticos crean un discurso donde muchas veces es más importante la representación de la realidad que la realidad misma. En México, hace unos años el máximo encargado de la seguridad nacional, Genaro García Luna, actualmente encarcelado en Estados Unidos, creó montajes televisivos para simular que estaba impartiendo justicia. También es muy común que cuando se detiene a un capo, se le atribuyan a él todos los males, como vimos que pasó con el Chapo Guzmán, considerado como un criminal casi omnipotente. Es muy conveniente este tipo de chivo expiatorio.

El eterno retorno

Para combatir estos desmanes del poder, Villoro defiende el papel del periodismo para hallar la verdad, “que como decía Gramsci siempre es revolucionaria”, y por encima de todo la novela. “Este artefacto es uno de los mecanismos más eficaces para entender la complejidad de todas estas narrativas que se cruzan en nuestro día a día”, expone el escritor. “Es un mecanismo para dar sentido, confrontar y amalgamar todo tipo de relatos, todas esas tramas y visiones de la realidad que, sueltas y por separado, tratan de imponer un pensamiento único. Unirlas y explicarlas es lo único que nos puede hacer pensar de forma crítica”.

El arte prospera en situaciones dolorosas porque es una manera de compensar la realidad. Si el mundo fuera perfecto no existiría

De la amplia constelación de autores del español, Villoro destaca a unos cuantos “compañeros de generación”, como los argentinos Martín Caparrós, Leila GuerrieroHéctor Abad FaciolinceAlberto Barrera TyszkaEnrique SernaFabio MorabitoCarmen Boullosa… Pero se muestra muy entusiasmado con las nuevas voces femeninas —Samanta SchweblinMariana EnriquezLina MeruaneGuadalupe NettelSara Mesa…—, “porque su generación solamente ha conocido un mundo en crisis, no pasó por esa época en la que las utopías estaban en oferta, y saben que la tierra de la gran promesa no está en el futuro lejano, no es una arcadia inalcanzable, sino que es este mundo imperfecto y lleno de horror en el que podemos marcar una diferencia”, explica.

P. Confesaba hace poco que teme que la polarización política desemboque en un rebrote autoritario más sostenido. ¿Lo ve realmente posible?

R. El año pasado estuve con el decano del exilio español en México, Fernando Rodríguez Miaja, asistente de campo del general Miaja que defendió Madrid. Entonces tenía 103 años y una enorme lucidez. Decía que al escuchar a VOX oía cosas que le recordaban mucho a lo dicho poco antes de la Guerra Civil. Ciertas actitudes políticas que él consideraba irrepetibles volvían a ocurrir. El ser humano es un enamorado de las primeras oportunidades, rara vez piensa que está repitiendo errores antiguos. Una de las paradojas de los populismos recientes es que hacen las promesas que ya fracasaron en otro tiempo. Milan Kundera dice que vivimos en el planeta de la inexperiencia. Se vende como nuevo cosas que ya fracasaron en el pasado. Así que, ¿por qué no podría pasar una vez más?

Un optimista de la catástrofe

P. Recientemente escritores de varios países han tenido polémicas con sus gobiernos: los colombianos en la Feria del Libro, los peruanos en la FIL, el abominable caso de Nicaragua… ¿La cultura vuelve a ser un campo de batalla político en América Latina o nunca dejó de serlo realmente?

R. Aquí la cultura todavía tiene un peso social muy fuerte principalmente porque es un privilegio que detentan unos pocos. Es una paradoja que, en un país sin lectores un escritor se convierta en una suerte de profeta social. Se piensa que tenemos una esfera de cristal que puede actuar como un oráculo. Esto es un error, pero la cultura tiende a ser sobrevalorada en países donde no tiene un espacio propio suficientemente fuerte. Sería muy raro que en Estados Unidos o Europa un escritor fuera candidato a la presidencia. Son juzgados por sus libros, no por su representatividad social. En América Latina, mientras la cultura sea beneficio de unos pocos, servirá de talismán para discutir a través de ella problemas sociales muy importantes.

Como dice Kundera vivimos en el planeta de la inexperiencia. Los populismos triunfan hoy con promesas que ya fracasaron en el pasado

P. Chile, Colombia, Argentina…muchos países del continente están en procesos de cambio social. ¿Qué dos o tres reformas son las más urgentes para cumplir las promesas?

R. México tiene una desigualdad rampante, es uno de los países con mayor brecha entre ricos y pobres. Por ello, el principal combate es a la pobreza, porque si todo el país está en la precariedad es menos grave que si 14 millones de multimillonarios hacen agravio a todo el resto. Esta capa de ricos es muy fuerte, equivale al mercado interno de Suecia, pero a eso hay que agregarle también el de Pakistán… Y esta contradicción es inaceptable. Otra reforma urgente es erradicar la violencia, que ha convertido el simple hecho de salir a la calle en una circunstancia de alto riesgo. Después vendrían frenar la destrucción de la naturaleza y la discriminación de pueblos originarios y mujeres… La agenda de cambio es enorme y necesaria, pero soy un optimista de la catástrofe. Espero que de todas las convulsiones que estamos teniendo recientemente salga una esperanza.

[Foto: Sofía Grivas – fuente: http://www.elcultural.com]

Aux sources de son dernier disque, Sous un soleil énorme, influencé par René Char, il y a cette aventure argentine de trois mois à Buenos Aires. Chaque chanson de Bernard Lavilliers s’impose comme un voyage… À 75 ans, le musicien-vagabond, le Corto Maltese de la chanson, ne dévie pas de sa voie : une vie nomade, à la marge, une vie de combat et de lucidité, pour trouver sa place.

Dans le bistrot-restaurant à l’élégance surannée, près de la Maison de la Radio où nous avons rendez-vous, il arrive avec une bonne demi-heure de retard, que son manager s’empresse d’endosser. « Ma faute. Bernard adore la ponctualité« , affirme-t-il. Et Lavilliers de renchérir, d’un regard clair, presque outragé, de ceux qui ne mentent pas : « Je suis une horloge parlante, je déteste faire attendre. » D’emblée, on le rassure – son disque est sublime. Et son regard délavé, comme un havre si familier s’éclaire d’un enthousiasme d’enfant soulagé : « Ah c’est vrai, tu l’aimes bien ? Ça me fait super plaisir ! » Le chanteur l’avoue : depuis qu’il a gravé son dernier disque, il n’a plus jeté une oreille sur ses pistes, ces instants T, photographies de ses étapes. Et déjà, le marin-musicien en mouvement perpétuel scrute d’autres horizons où larguer ses amarres…

Au départ, un exil à Buenos Aires

Parler à Bernard Lavilliers, Corto Maltese de la chanson française, plonger dans son regard et ses histoires, écouter ses chansons, c’est toujours prendre le large… Car chacun de ses disques part d’un voyage, « ceux qu’il a fait, ceux qu’il imagine« . Au préalable de Sous un soleil énorme, il y a ce déplacement tangible, cet exil à Buenos Aires, seule capitale d’Amérique latine qu’il ne connaissait pas, et qu’il gardait précieusement sous son coude d’aventurier, comme une promesse, un rêve à venir. Il l’avait bien aperçue, cette ville, à travers quelques auteurs, Borges sur le bout du cœur, une poignée de films, comme El Secreto de sus ojos (Juan José Campanella, 2009, ndlr), des bribes de poèmes, des éclats de tango… Rien, pourtant, ne devait surpasser le terrain.

Durant trois mois, en 2019, il s’engouffre seul dans les méandres de cette ville aux accents européens, ce « port à l’envers« , qui fait « dos à la mer« . Il fréquente, la nuit, ses lieux interlopes, ses spectacles d’aventuriers, ses fêtes où résonne la musique « racine » des amérindiens Mapuche, les doléances de ses porteños, ses marins… Il côtoie ses artistes-peintres, traîne dans ses milongas, mange du bœuf « gonflé aux stéroïdes » à la réputation usurpée, s’interroge sans relâche, inquiet, sur la dictature militaire de ce pays, un pays à qui « il faut savoir pardonner« …

Voyager : remettre ses pendules à l’heure

Dans cet inconnu, Bernard, 75 ans, forge ses repères, avec une curiosité intacte. « Avant ce disque, je m’étais dit : il faut que je parte. Que je respire. Que je me mette de nouveau en urgence. Que je traîne sans horaires fixes. Que je tâte le pouls d’autres cités. Que je me perde, pour mieux me retrouver, dans ce pays où je ne connais personne, où nul ne me connaît. Je n’ai fait venir mon épouse, que lorsque j’ai eu suffisamment de ‘plans’« , explique-t-il. Celui qui avoue n’être jamais tant chez lui que « dans les trains, les avions, les bateaux« , voit dans le voyage une échappée belle salutaire : « Chaque périple offre un rendez-vous avec soi-même. Sur une page vierge, on retrouve ses conditions de démarrage. On remet nos pendules à l’heure.« 

De son refuge argentin, Lavilliers, le chanteur-reporter, a tiré trois chansons, trois bijoux ouvragés, trois beaux clichés, pleins de saveurs et de chair, finement orchestrés : Le piéton de Buenos AiresLes PorteñosNoir Tango… Dans ses pistes, il n’en oublie pas, pour autant, son cher Brésil, sa terre d’adoption. Ainsi reprend-il le cultissime samba-funk de Seu Jorge, Tive Razão. Pas une traduction, non, mais une adaptation, fidèle à l’esprit du titre d’origine. Car Bernard fonctionne ainsi : il offre ses relectures personnelles des musiques du globe. Car voici sa force – plonger dans l’éventail multicolore des musiques tropicales et les fondre, avec le plus grand respect, dans sa chanson française. Depuis toujours, du Chili à La Réunion, Lavilliers s’est mis à l’écoute des « cœurs du monde » qui battent parfois si fort, par sa vigilance aiguë sur l’actualité politique de ses endroits chéris, par l’écoute attentive, aussi, des tempos – un pas de samba, une chaloupe de maloya – ses boussoles.

Il tient d’elle, Saint-Etienne

Cette fois, son stéthoscope intime s’est porté sur sa ville natale, sa patrie, là où son voyage commence, Saint-Etienne, en complicité avec le duo Terrenoire, « ces mômes de 25 ans » qui « crachent leur poème« . En résulte une chanson sensible et magnifique, Je tiens d’elle, où deux générations disent leur musique, leurs racines, leur départ, grâce aux mots qui jaillissent de cette ville ouvrière. « Bien sûr que je me sens toujours d’ici, dit-il. Comme dans toutes les villes d’acier, de charbon, de textile… Je les comprends immédiatement.« 

Et c’est peut-être pour cela que cet ancien tourneur-fraiseur perpétue ses chansons politiques, ses engagements, même si le mot lui paraît galvaudé. Dans son Beautiful Days, il tacle avec ironie « Macron et ses petits marquis« . Dans Davy Moore, chanson de Dylan, subtilement traduite par Graeme Allwright, il prend sa part dans le mouvement Black Lives Matter. Dans Corruption, il dénonce ce qu’il honnit… Libertaire ? Anarchiste ? « Je dirais plutôt que je suis un éternel marginal, malgré mon statut de chanteur populaire. Marginal par ma vie, par mes fréquentations, par mon regard… » Un pas de côté qui, forcément, vise juste.

Intime et lucide 

Dans ce disque, davantage que sur les autres, Lavilliers se situe aussi entre la solitude et la multitude. Pour l’une des premières fois, il se révèle intime. Dans Je tiens d’elle, il évoque sa mère qui lui a offert sa première guitare. Et dans L’Ailleurs, écrit « après un problème cardiaque terrible« , sur un piano de dentelles et des volutes de violon, pivot du disque, il évoque sa fin prochaine, un chant d’amour et de mort en hommage à sa femme, une poésie à la grâce ultime.

La mort, ce dernier voyage, pourtant, ne lui fait pas peur, il le dit et l’assume sans ciller. Peut-être est-ce parce qu’il a assuré la passation, son héritage. Sur les pistes de ce disque, une cohorte de « jeunes » artistes lui emboîtent la voix : Terrenoire, mais aussi Gaëtan RousselHervéIzia, etc. Le titre de son disque Sous un soleil énorme, soucieux du climat, se réfère avant tout au vers de René Char : « La lucidité est la blessure la plus proche du soleil. » Et voici ce qui sûrement définit Bernard : la lucidité, mais aussi la tendresse… Celle d’un homme qui a su trouver sa place dans le monde.

Bernard Lavilliers, Sous un soleil énorme (Romance Musique / Universal Music France) 2021

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Écrit par Anne-Laure Lemancel

[Photo : Patrick Swirc – source : http://www.rfi.fr]

Cumpleaños y consenso: sobre los setenta de Charly

Escrito por Abel Gilbert

Curiosa horizontalidad la que ha atravesado el onomástico número setenta de Charly García. En un país con tantos odios atravesados, el cumpleaños feliz pobló el aire de vibraciones órficas. Las fieras, domesticadas por una misma melodía. No la de cualquier canción: una que podemos saber todos, aunque entenderla de muchas y diferentes maneras. En esa mnemotecnia colectiva radica, si se quiere, la condición de figura patrimonial. Tela para cortar, ahí. Más allá del carácter casi institucional del festejo, más allá de las valoraciones artísticas (creo que existe un consenso general en que el grandísimo repertorio de Charly está comprendido entre 1972 y 1984) y aquello a lo que nos remite su voz (alguna vez diáfana, hace mucho tiempo rota, como nuestras actuales esperanzas), la conmemoración (con su contrapunto entre el CCK y el Colón larretista) habilita algunos pliegues para pensar su figura.

Aventuro una hipótesis, insinuada en otro texto: la música de Charly, nuestro héroe cultural durante la dictadura, se desdibuja de manera gradual pero sostenida a medida que transcurre la transición democrática. Después de Piano bar (1984) no es lo mismo. No es el mismo. David Foster Wallace presenta en La escoba del sistema una idea interesante de las transformaciones, que viene de perillas para comprender el giro garciano: “Cuando Greg Sampson se despertó una mañana tras un sueño intranquilo, descubrió que se había transformado en una estrella de rock”. Tiene campera con tachas y “una guitarra Fender con la correa fuertemente sujeta a sus hombros”. La metamorfosis de Charly en rock star después de los treinta años fue penosa y no ocurrió en una sola noche. El paso del piano, la matriz de su melos, a la guitarra eléctrica, resintió su proceso compositivo. La redundancia de sus canciones se sustituyó por un exceso de representación. Y, también, además de ir de la cama al living, García fue de la gesta a la ingesta, con el tópico de lo nasal inscrito en sus canciones: del “me cuido la nariz” en “Peluca telefónica” a “hay algo en tu nariz, que escondes muy bien”, de “Tuve tu amor”, hasta llegar a “Me salieron tres cabezas, por nariz tengo una mesa”, de “Cucamonga dance”.

Rock star, entonces. El hado de un ecosistema enclenque y sin redes. Las cosas no podían salir bien fuera de las sociedades opulentas. Esa condición nobiliaria se asienta en paraísos fiscales, no en un departamento de Palermo. En 2017, el periodista David Hepworth, uno de los presentadores de Live Aid en julio de 1985, publicó Uncommon People: The Rise and Fall of the Rock Stars, un libro que nos puede ayudar a comprender esa transición de la música al acontecimiento en García. Para Hepworth, las estrellas de esa naturaleza fueron producto de la Guerra Fría. Se terminaron, lánguidamente, con los cambios de la industria discográfica, en los años noventa (justo cuando Charly abraza la causa del divo absoluto a bordo de una limusina). Encarnaron una época en que la música era de difícil acceso, si se la compara con este presente de hiperabundancia. La pérdida de la música de su categoría de alteridad comenzó a tornar fuera de fase ciertas cualidades de ese tipo de ídolos: la fanfarronería y el desenfado, el carisma y la confianza en sí mismo, la tendencia a actuar por instinto y una forma particular de comportarse. Algunos de esos atributos pasaron al deporte y a la política (y esa es una explicación posible del momento empático entre García y Carlos Menem en 1999).

Las estrellas de rock, dice Hepworth, no solo vivían su propia vida. “También vivieron una vida en nuestro nombre. Vivían en nuestras cabezas”. Hacían cosas que su audiencia no se atrevería a hacer. “Si seguían actuando a los cincuenta y sesenta años, no era simplemente porque querían hacerlo. Es porque lo exigimos. Ser una estrella del rock, como me dijo Bruce Springsteen hace treinta años, retrasa la edad adulta y prolonga la adolescencia. Esto es precisamente lo que nos resultaba tan atractivo”. Hay una canción de Charly que podemos marcar como clivaje entre los dos Garcías, el que había levantado las banderas de una Música Popular Argentina, al estilo de la MPB brasileña, y el que empieza a mirarse en el espejo de Keith Richards. Esa bella canción, una de las últimas perlas, se llama “Suicida” y forma parte de Cómo conseguir chicas, de 1988. “Yo ya no miro atrás”, canta y, de repente, cita “Fé cega, faca amolada”, de Beto Guedes, canción que conocemos (y admiramos) por Milton Nascimento. “Ahora no pregunto a dónde va el camino”. Charly se despide por completo de aquel que había sido. Lo que vendrá es La hija de la lágrima (1994). El camino comenzaría a trazarse como en las rutas de las películas de David Lynch, pero para animar el living de Susana Giménez.

Hepworth compara al poder simbólico de los rock stars en su momento de esplendor con el de “los soberanos todopoderosos o los aristócratas terratenientes de antaño”. Su éxito significaba que ellos, y solo ellos, se sentaban en la cima de una pirámide de riqueza, estatus y poder. Podían decir cualquier cosa. Pensemos un momento en el camaleónico David Bowie. En setiembre de 1976 es entrevistado por Playboy. Cameron Crowe quiere saber si cree “firmemente” en el fascismo o es solo una “manipulación mediática”. Bowie responde de manera inquietante: “Y, sí, creo firmemente en el fascismo” y se muestra favorable a “acelerar el progreso de una tiranía de derechas, totalmente dictatorial, y acabar con ella lo antes posible”. Las estrellas del rock “también son fascistas. Adolf Hitler fue una de las primeras estrellas de rock”. Hitler “era tan bueno como Mick Jagger”. Un rock star anglosajón podía permitirse boutades (inaceptables en un país herido como este, el nuestro) y luego olvidarlas. Charly nunca cruzó esos límites. Su viraje fue de otro orden (épater le bourgeois o le progre?), siempre como trasfondo de una crisis social con distintos niveles de encubrimiento.

Se ha defendido al García de los noventa bajo el argumento de que se trató de una renuncia calculada a la forma canción que había codificado con inspirada artesanía. Su antigua poiesis, se dijo, carecía de sentido en la era del cinismo privatizador. Y por eso se autodestruyó para cuestionar el estatuto de lo bello y ocupar el centro de la escena sobre la base de cierto exceso performático. Su salto de un noveno piso puso en acto ese cambio. Pero García nunca quiso ser como el norteamericano Chris Burden, cuya reputación en los setenta creció después de dar a conocer Shoot. La acción consistió en colocarse frente a un asistente que le disparó a una distancia de cinco metros. La intención era que la bala rozara la parte superior de su brazo para que apenas brotara una gotita de sangre. La mano del tirador tembló y la bala del calibre 22 le atravesó la carne. En Transfixed, Burden se crucificó sobre un Volkswagen y tensó los límites del arte (del daño) corporal. David Bowie, siempre tan atento a las piruetas del arte contemporáneo, tomó nota de esas experiencias extremas. “Te diré quién eres si me clavas a mi coche”, cantaría Bowie en “Joe the Lion”, su canción de Heroes. Es evidente que Charly no cultivó ese tipo de prácticas. “No es la bala lo que te mata, es el agujero”, señalaría Laurie Anderson sobre Burden. Podríamos decir entonces sobre García “no fue el salto a la pileta sino su agujero negro y su insondable dolor”. Lo del rock star sería, si seguimos ese razonamiento, apenas una máscara. El escándalo tuvo en Charly un componente digital: el paso de la televisión analógica al cable. A mayor cantidad de canales, mayor necesidad de reproducir su cuerpo en llamas con los zócalos televisivos que resumían su pendiente. Lo suyo nunca podía ser aristocrático, ni siquiera dandismo: fue síntoma, dolor y metáfora diseminada de modo previral.

“La fama requiere toda clase de excesos. Me refiero a la fama de verdad, a un neón que te devora, no a ese renombre sombrío de los estadistas en declive o de los reyes timoratos. Me refiero a los largos viajes por el espacio gris. Me refiero al peligro, al borde mismo del vacío, a la circunstancia de un hombre que les infunde un terror erótico a los sueños de la república. Entiendan al hombre obligado a habitar esas regiones extremas, monstruoso y vulvar, humedecido por los recuerdos de la violación. Por mucho que esté medio loco, lo absorberá la locura total del público”. No es Charly el que reflexiona, pero podría explicarlo. La confesión pertenece a Bucky Wunderlick, el rock star de Great Jones Street, la novela de Don DeLillo con la que intentó documentar en 1973 el nadir de la contracultura norteamericana. A diferencia de García, el personaje de DeLillo quiere huir de la fama y su imagen de falso revolucionario. Se retira a un apartamento en Manhattan, pero queda capturado por las tenazas de Transparanoia, su propia compañía, cuyos activos se han diversificado en todos los renglones posibles de la economía. “Maximizar el potencial de crecimiento. Algún día entenderás esas cosas”, le explican. Bucky es contactado por un representante de la Comuna Happy Valley, quien le encomienda custodiar una droga que debilita los centros del lenguaje del cerebro. El roquero también perderá su capacidad de habla. La historia nos ofrece una analogía sugerente.

¿Quién escribirá nuestra novela sobre Charly? En Respiración artificial, Ricardo Piglia cita el “no se banca más” de “La grasa de las capitales” que vomita la radio, en 1979. El oyente/narrador confunde a propósito a Charly con Spinetta. Si ese año la figura del entonces líder de Serú Girán es la de un denunciante, cuando Fogwill la recupera, en Vivir afuera, una novela sobre los noventa, García es otro. Un auto atraviesa la ciudad. El chofer le cuenta al personaje “que habían internado a Charly y que un compañero suyo lo había llevado en ese mismo taxi, totalmente drogado, sostenido por los dos guardaespaldas”.

Entre esas dos novelas hay otra muy menor, pero curiosa. Historia de Teller fue escrita por Jorge Lanata en 1991. El entonces director de Página/12 intentó relatar el espiral decadente de una estrella de rock: no es argentina, sino norteamericana. Teller decide fraguar su muerte, harto de la popularidad, reaparece en Venecia con otro nombre, otro rostro, dinero y nada que hacer, salvo comenzar su nueva vida. Lanata quería por esos días pertenecer al campo de la literatura emergente: agradece por lo tanto las lecturas de Juan Forn, Rodrigo Fresán, Martín Caparrós, así como de Tomás Eloy Martínez y Osvaldo Soriano. Da sus gracias también a Fito Páez y Guillermo Kuitca por adentrarlo en el mundo del rock y la pintura. Todo un campo de los noventa. Babel y editorial Planeta. Hasta participaría en una película de Eliseo Subiela, recitando un poema. En su fallida novela, Lanata emplea variedades de técnicas, fruto de sus lecturas actualizadas, y deja al pasar marcas culturales: el disco de Teller se llama Faulkner Died Again. Está DeLillo, claro, pero a la vez su Teller tiene algo de Charly, que ese año había sido internado. El personaje protagoniza recitales escandalosos. No se baja los pantalones: orina a los periodistas. “¿Quién puede determinar el comienzo de un derrumbe? ¿En qué momento se abre la grieta?”. Teller no es consecuente con su escape. Tras su intento de fuga, vuelve al ruedo. El espectáculo lo reclama.

A Charly también. Corre el año 2000, el país marcha al desastre y Lanata, que había olvidado sus veleidades literarias, lo recibe en su programa televisivo. García le dice al anfitrión que Menem es su fan y Lanata, que todavía forma parte de la esfera progre, lo acicatea. “La música está arriba de la política, suponiendo que hagas arte”. A lo que el músico, entre la levedad y la lucidez, le responde con una pregunta: “¿Sabés lo que es el arte? Cagarte de frío”. Lanata duda de esa condición, conoce la doxa roquera, aquello que podía haberse dicho sobre el autor de “Raros peinados nuevos”, y le recrimina que se repitiera tanto, hasta copiarse. “Creo que te das cuenta”. Pero Charly lo sopapea: “Yo pienso que sos un pelotudo”. El video tiene millones de reproducciones en YouTube. Los usuarios celebran en el foro de la plataforma el carácter profético del ídolo y cómo desenmascaró al periodista trece años antes de que emprendiera su propia metamorfosis política. Ese Lanata del 2000 siente que la razón, aunque podía asistirlo, no alcanza para polemizar con el rock star. Entonces lo deja solo tocando un teclado que su dueño pintó de plateado. Esa es su prebenda. Mueca aristocrática de un país que ya no puede sostener la paridad del peso con el dólar (tener un rock star propio también era una fantasía de la convertibilidad económica). El 2001 argentino fue también el de Charly. Sería redimido por Palito Ortega. Y ese rescate tiene sus aristas simbólicas.

Señala Hepworth que los rock stars duraron en el universo anglosajón mucho más de lo que tenía derecho a esperar. “Perduraron porque, al igual que las de las grandes películas de vaqueros, se interpretaban a sí mismos y, al mismo tiempo, interpretaban a sus seguidores”. Como el vaquero, el caballero, el juglar errante, la corista, el ladrón con traje a rayas, el banquero con sombrero de copa, el pintor con su boina, la estrella de rock fue relegada “al armario de los estereotipos anacrónicos”. En la vida real se han visto eclipsados por las estrellas del hip hop, “que son tan descaradas que harían sonrojar al roquero más desvergonzado”. Esas conclusiones pueden ser también leídas en clave argentina. Cuando García volvió (en limusina) a los escenarios, el rock, con su escala de abolengo, se parecía más a un parque temático. Charly erigió el propio. Las fechas de entrada y salida a ese mundo García han sido, en casi medio siglo, muy distintas para cada generación, que, en una carrera de relevos, de abuelos a nietos, se fue pasando las canciones. Todavía se escuchan tonterías sobre su oído absoluto: no está de más recordar que Beethoven era sordo y que la capacidad de reconocer las frecuencias no es un don artístico.

Ninguna de estas líneas interpretativas, escritas por alguien que se educó en 1975 con Charly, formó parte de los discursos sobre sus setenta años. Lo mejor de él nos recuerda cuánta agua (y sangre) pasó debajo del puente de este país. “En un rincón, la ingenuidad de los grupos de rock del 2000 y las máquinas generadoras y reproductoras de estupidez; en el otro, nuestros viejos. González, Fogwill, Silvina Ocampo, Rivera, Nebbia, María Moreno, Spinetta y García”, escribe Páez en su novela de 2018, Los días de Kirchner. Y fue Fito el maestro de ceremonias de las dos veladas, de aquella que participó el homenajeado en el CCK (cantó a tientas, con su voz trémula y el teleprompter como ayuda memoria, eso de “yo que crecí con Videla”) y la de los oropeles del Gran Teatro. Al otro día se acabaron los consensos. En las pantallas de Canal 13, Lanata denunció que está en marcha un plan mapuche para reconquistar el territorio perdido durante las masacres del siglo XIX. “Indios al ataque”, se llamó el programa.

 

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

Dieciocho años atrás, Fernando León recogía el Goya a Mejor película en camiseta negra. En la otra mano, una pegatina en la que, escrito en rojo sangre, se podía leer « No a la guerra ».

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Escrito por Pablo Caldera (*)

Hoy es uno de los directores españoles más reconocidos internacionalmente, y acaba de estrenar El buen patrón, una sátira sobre el mundo del trabajo, protagonizada por un impecable Javier Bardem, que la Academia de Cine española ha elegido para para competir por el Oscar a película internacional. Hablamos con él en el Taller de CTXT, inaugurando así la temporada postpandémica de ‘Fuera de Contexto’.

Empecemos por el contexto: hace veinte años te ibas a Vigo a documentarte sobre los estragos de la reconversión industrial. De esa historia nació Los lunes al sol, tu primera incursión en el retrato del mundo del trabajo y la película que te lanzó a la fama internacional. Veinte años después cuentas la historia al revés, desde el punto de vista del patrón, un hombre que no sería nada sin sus trabajadores pero que es el eje central de la película. ¿Cómo vino la idea? ¿Pensaste en hacer una película sobre el mundo laboral y luego vino el patrón, o primero nació Julio Blanco?

Primero vino Blanco, y todo lo demás. El tema central de la película es el poder, personificado en él. Así que apareció Julio Blanco, y con él dos cosas: el tema, la posibilidad de hablar del empleo precario, y el tono, que es la tercera pata de una idea, en este caso el tono de sátira. Me parece que ese personaje solo se podía contar con humor. Pero todo esto vino junto, con la idea del personaje. Hasta que no aparece Julio no siento que tenga una película.

Es una película sobre el equilibrio, está claro desde el momento en que nos enteramos de que la empresa de Blanco es una fábrica de balanzas. Hay una búsqueda continua de lograr el equilibrio en el tono (entre comedia y drama), en la trama e incluso en la cara de Bardem. El trabajo de los poderosos o los patrones consiste en hacer ver que el equilibrio es imposible sin desigualdad, que es mejor una desigualdad equilibrada que un desequilibrio entre arriba y abajo más igualitario.

Lo del equilibrio es muy cierto.  Julio Blanco es un personaje que tiene que encontrar un equilibrio en su vida personal, en su casa, con su pareja y también en su lugar de trabajo, porque es un equilibrio muy viciado, lleno de trampas debajo de los platos para que todo aquello aparente una vida equilibrada, justa, etc. Y la película empieza justamente en ese momento en el que todo aquello se empieza a descomponer por una serie de situaciones con sus trabajadores. La película habla, sobre todo, de cómo él intenta recuperar ese equilibrio a cualquier precio, y cómo eso conduce a que actúe cada vez de una forma más desesperada y terrible. Él es alguien acostumbrado a tener el control, a que todo el mundo le haga caso, y cuando eso no sucede no entiende nada. Ese es un punto importante del personaje, que lo descoloca por completo.

Pablo Caldera entrevista a Fernando León de Aranoa | Gabriel Méndez

El equilibrio también se da entre trabajo y familia: si una cosa falla, falla la otra. Los personajes se llevan sus problemas a la fábrica, entre otras cosas porque Julio Blanco se lo pide: una de las formas de explotación más persuasivas consiste en eso, en no distinguir entre vida y trabajo. Pero el interés de Julio con sus trabajadores solo es posible si puede obtener un beneficio de ellos. Incluso intenta entrar en el núcleo relacional de Miralles porque los problemas con su mujer suponen un problema para la empresa.

Esto se construye a partir del personaje de Miralles, que lleva 22 años trabajando para Blanco, y de alguna manera lleva sobre sus espaldas el peso de la empresa. Y Blanco no puede permitir que todo se vaya al garete la semana en la que les pueden conceder un premio. Me interesaba partir de la relación entre Miralles y Blanco, porque muestra hasta qué punto Blanco es capaz de llegar lejos por su propio beneficio y por paternalismo. ¡Tiene la osadía de hablar con la mujer de Miralles no solo una vez, sino dos! Y ella está también intentando recomponer su vida; de hecho, es el único personaje que le para los pies. Conforme avanza la película voy llevándolo más al extremo. Es una cosa muy real esta intrusión entre lo real y lo profesional. Y mucha gente vive situaciones así, eso de las llamadas a deshoras del jefe, de si estás haciendo lo que tienes que estar haciendo o, por supuesto, el control de las redes sociales antes de una entrevista de trabajo. Lamentablemente está casi normalizado que en una empresa puedan mirar tus redes para saber si sales todos los días de fiesta hasta las 3 de la mañana, o intentar averiguar tu ideología política en base a tus redes. A mí esto me sobresalta, cuando lo escribía me sobresaltaba, pero hay mucha gente que me ha contado que es así y en cierto sentido está normalizado, y es un peligro. Sin embargo, me sorprende que mucha gente que ve la película, y gente no necesariamente conservadora, me dice que es normal y que está bien que Blanco se entrometa en la vida personal y sexual de Miralles y su mujer.

La película es irónica sin ser cínica, pero quizás por eso es algo triste y desesperanzadora. El insumiso, el despedido, nunca logra convencer a los demás trabajadores, solo Román muestra algo de empatía, pero no se atreve a pasar a la acción por miedo a las represalias.

Entiendo lo que dices, es verdad. Quizá por eso la elección del humor. El humor es imprescindible en la historia, porque estoy contando una historia devastadora, la historia de un desastre. En la película nada funciona. En realidad, si lo piensas bien es una tragedia. Reírte de eso te permite un poco exorcizarlo, aunque hay que elegir bien el tono para evitar caer en la ridiculización. El humor en esta película sale del dolor.

En el cine social hay, digamos, dos caminos generales, según Robert Guédiguian, y uno es contar las cosas como son y otro contar cómo te gustaría que fueran. Esto último siempre es más positivo, más catártico para el espectador. Hacer crítica social contando cómo son las cosas convierte la película en algo más desolador, como el Ken Loach de Lady Bird, películas en las que no hay ni un momento de respiro. Esa bifurcación la he visto delante de mí varias veces, aunque no en esta película. Aquí quería contar una historia terrible pero como sátira descarnada, riéndome de este tipo y de su forma de operar.

Por otro lado, José es un náufrago, alguien que se planta y está ahí a fuerza de desesperación, pero que está solo, terriblemente solo, y adquiere así un grado de lucidez un tanto quijotesco. Es terrible porque él grita « ¡El pueblo unido jamás será vencido! » y no hay nadie alrededor. En ese sentido me interesaba que la película se localizase en una provincia, y no en Madrid, donde todo hubiera sido diferente. Los demás trabajadores se apartan de José por miedo, están también desesperados. La situación de los trabajadores es muy diferente a la que viví con Los lunes al sol hace veinte años, eso fue otra realidad. Quiero decir, cuando me documentaba pasé un tiempo con una empresa en la que había 350 trabajadores, quisieron echar a 80 y todos dijeron: no, aquí nos quedamos, de huelga en el astillero, aunque nos juguemos nuestro puesto de trabajo y nuestra vida. Eso no pasa en mi oficio, ni en el tuyo, ni en las profesiones liberales: solo pasaba en esos sectores, en el sector del metal, en la industria pesada; eran trabajadores con una formación muy distinta y una conciencia de clase muy férrea. Me parece todo un aprendizaje. Aquí es todo lo contrario, en la fábrica de Blanco no hay ese apoyo, y a través de José intento contar la desintegración de las relaciones, la fragmentación del trabajo donde no hay identidad ni apoyo ni solidaridad.

El cine social siempre se pone de parte de los oprimidos, y casi siempre persigue el generoso (pero difuso) gesto de « darles voz », que es lo que hiciste tú en Princesas, en Barrio, en Amador o en Los lunes al sol.  La primera secuencia de esta película nos hace pensar que el desarrollo va a ser parecido, pues presenta a unos inmigrantes discutiendo en un parque, pero luego sentimos que está algo desligada de la película.

Me gustaba empezar con esa secuencia, que introduce a un personaje que al final cobra importancia, pero es cierto que es una escena que, a nivel de planificación o incluso de lenguaje (porque la película está rodada de una forma más « espontánea », con cámara en mano), no tiene nada que ver con el resto. Me recordó a cuando estaba rodando Barrio, una escena con unos chavales y la autovía al fondo, es algo que he rodado muchas veces y que aquí parece que no tiene conexión con la película, pero desde luego ese personaje que aparece es importante luego para la trama.

Blanco se refiere a los empleados como a su familia, y a su becaria, Liliana, como « su hija ». Es el patrón patriarcal que se opone al personaje femenino bastante clásico: la femme fatale, aunque en este caso matizada por la relación laboral. ¿Cómo concebiste el personaje de Liliana?

Esa es la historia del cazador cazado. Ella se desvela como personaje a mitad de la historia, pero en las primeras escenas ya hay un cruce de miradas entre el pasillo y la oficina de Blanco, una mirada de abajo arriba. Las pocas veces que la cámara sale del punto de vista de Blanco es para dársela a ella, para mostrar que el personaje tiene su propio viaje y objetivo. Se genera una sensación inquietante: a ella le pasa algo, tiene un plan, aunque no está muy claro cuál, y no es en este caso una mera víctima como lo fue la anterior y como lo han sido otras becarias más. Luego tiene una reacción de despecho, cuando descubrimos cuál es su verdadero papel ahí.

Hablemos un poco de la puesta en escena: hay una metáfora visual muy clara entre arriba y abajo, el despacho de Blanco y la fábrica; luego está el lugar intermedio que ocupa Román en la puerta y, enfrente, José solitario. Pero nunca vemos un plano general de la fábrica, todo lo vemos desde el coche de Blanco.

Ese plano lo busqué, pero era muy complicado por la propia geografía de la fábrica, solo tenemos esa imagen abierta de la entrada. La estructura de la dirección arriba, como colgada, era muy típica en las fábricas de los 50 y 60, como la fábrica de Clesa en Plaza de Castilla, que es una estructura de vigilancia total. Del descampado que hay enfrente me gustaba que estuviera un poco levantado, de manera que José, aunque esté en huelga, sí que está posicionado literalmente « por encima » del plano de la fábrica. Cuando Blanco se ve obligado a cruzar la calle y confrontarle, José queda por encima, y hay un forcejeo en el que él tiene que dar dos o tres pasos para estar a su altura. Es divertido porque visualmente la relación se revierte.

La prensa juega un papel mínimo en la película, con poca capacidad de agencia: el patrón conoce al presidente del medio, e intenta extorsionarlo.

El medio local no sale muy bien parado, la verdad. Blanco es un pequeño poder local, incluso cuando llama al alcalde este pasa de él y está pendiente de las invitaciones al ballet más que nada. Estas dinámicas se dan a nivel nacional, pero me interesaba estudiarlas a este nivel local: cómo compra una página de publicidad para evitar que salga la noticia del tipo que está ahí acampado.

Has hecho varios documentales (el último Política, manual de instrucciones) y sé que estás preparando uno sobre Sabina. ¿Cómo llevas ese proyecto?

Sí, lo de Sabina es un proyecto grandísimo, el primer material es de hace doce años y lo hemos ido parando y retomando, en los dos últimos años con más ímpetu. Es un trabajo muy cercano, y he estado muy pegado a él grabando situaciones cotidianas. El documental intenta compartir ese privilegio de estar cerca y tener confianza con él. Cuando rodé el de Podemos pasó un poco lo mismo: parte del acuerdo no escrito y de la propuesta era documentar todo su viaje cuando apenas empezaban y cómo daban forma al partido, estaba planeado más de un año de seguimiento. Mi interés no era hacer un documental de campaña, sino dejar grabado el testimonio de un momento que no era esperable, y creo que en cinco o diez años tendrá un valor muy diferente al que tiene ahora. Les dije que eso solo tenía sentido si podía de verdad grabar sin cortes y censuras. Ya me pasó en un documental sobre las primarias de Almunia y Borrell, hace muchos años, que no acabé porque en cuanto había un problema nos decían que cortáramos. En este caso no fue en absoluto así, grabábamos discusiones internas muy candentes y nunca nos invitaron a irnos.

(*) Pablo Caldera (Madrid, 1997) es graduado en filosofía e investigador en epistemología y cine en la Universidad Autónoma de Madrid. ‘El fracaso de lo bello’ (La Caja Books, 2021) es su primer libro.

[Fuente: http://www.bitacora.com.uy]

Grabado en Salta durante este verano de 2021 por Eva Sola y Nadia Szachniuk, dos salteñas de quienes ya dimos a conocer otros álbumes, este nuevo disco es un recorrido por repertorio tradicional que cantan a dúo con maestría y con mayor acompañamiento instrumental que en la primera entrega, pero siempre con el canto y la caja como centro de su arte.

 

Luego de diez años de intervalo, llega un nuevo disco de Eva y Nadia, ahora despojadas de sus apellidos. Entonces, en octubre de 2011, cuando su Vidala fue seleccionado Disco de Folklores del Club, sonaban y parecían muy jóvenes. Curiosamente, esta versión sumó una década pero apenas se percibe eso: siguen sonando frescas, curiosas y juveniles. Quizás haya algo en el color de las voces, un poco más de profundidad, de grano, mínimo, y tal vez (eso se percibirá comparando ambos registros) mucho aprendizaje. Pero son las mismas, un poco más sabias, si cabe.

El centro de su arte sigue siendo el canto a dos voces, generalmente por terceras o sextas, sin grandes alardes contrapuntísticos, y sin hacerle asco al unísono cuando la emotividad lo pide. Curiosamente, viniendo de Salta, están lejos en la arreglística (no en el sentimiento) del Dúo Salteño que pergeñó el Cuchi Leguizamón. Sus dos voces, y la caja, son el corazón del disco, pero rodeadas de los instrumentos que tocan Seva Castro (sí, así con v), Santiago Tarco Arias y el gran Facundo Guevara. Resumiendo: guitarra, bandoneón y percusión, que en la zamba salteña es como decir el trío de piano, contrabajo y batería del jazz.

Con encanto, alternan recopilaciones de Isabel Aretz, Andrés Chazarreta o Leda Valladares con temas muy tradicionales de los Hermanos Simón Atahualpa Yupanqui, tan tradicionales que parecen (o son) también recopilaciones no declaradas como tales. En el recorrido del disco, el dúo no hace diferencias en el tratamiento entre temas firmados y recogidos en campo.

Con lucidez, ellas mismas afirman: « Vidala en mi zamba tiene perfume de carnaval, cajas chayeras, y piso de tierra. Se nutre de la boca del pueblo y del paisaje pasado, del gusto de cantar a dos voces, nuestra infancia en Salta, un viaje iniciático a Santiago del Estero, y el amor por lo anónimo y popular… ». 

Una edición muy completa (el librillo tiene 20 páginas en papel ilustración, a color, algo desusado hoy) con el apoyo de una universidad privada mendocina, hace de este objeto algo coleccionable.

[Fuente: http://www.clubdeldisco.com]

Xordica rescata a obra de Miroslav Krleza, autor fundamental en Croacia e clave na cultura europea

Por H.J.P.

Apesar de ser o maior escritor croata do século XX e un nome crave na cultura europea, Miroslav Krleza (Zagreb, 1893-1981) non tivo fortuna editorial en España. Pronto fará 15 anos de que o selo Minúscula publicou a súa novela O retorno de Filip Latinovicz (1932), un canto ao mundo en extinción do Imperio habsbúrgico que evoca en certas pasaxes a Joseph Roth.

Agora, ao fin, outra editora independente, Xordica, rescata Ao fío da razón (1938), tida por unha das narracións máis vangardistas de Krleza e na que o autor escora cara a unha perspectiva deformante, case kafkiana na súa barroquismo. Usa esa lente crítica para realizar un duro retrato da vida en provincias, das miserias da sociedade burguesa, e deixar ao aire a dubidosa moralidade en que medran as súas redes de poder. O protagonista, un avogado acomodado, decide un día -ese «momento fatal» que o viño axudar a aflorar- deixar de encartarse a «as leis da estupidez humana», falar sinceramente… e o seu peirao existencia dá un envorco. De súpeto, destapa ese tarro das esencias da franqueza e a lóxica e xa non pode parar, retractarse. Por suposto, ministros e dignatarios, conveciños cheos de dignidade, todos se senten atacados, calumniados, insultados, difamados, pola súa suposta clarividencia, por esa inxenua lucidez da que fai gala. «Pero ¿que podía eu fecundar ou comer daquel envilecido gabinete de cera que me rodeaba? Todo se abriu ante min como un órgano xenital feminino roído polo cancro e seccionado nun baleirado feito para o gabinete de feira, e eu, un cincuentón imbécil, que pasara a súa vida malgastando hospitalariamente o seu tempo con idiotas, empecei a reaccionar con noxo contra estes tolos acontecementos que me tiñan acurralado», relata para xustificarse: «Porque un home pode chegar aos sesenta anos sen ter vivido nunca, nin por un instante, a súa propia vida».

En fin, abstéñase o lector pusilánime.

 

[Ilustración: Xordica – fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Escrito por Francisco Suárez
«¿Cuántas veces tendré que morir para ser siempre yo?», se preguntaba Charly García en el tema “El show de los muertos” (1974), de su agrupación Sui Generis. Reproduciría la frase en el cuadernillo de Demasiado ego, el álbum que reunió dieciocho temas de su mítico concierto de 1999 en Puerto Madero, Buenos Aires, al que asistieron, según las cifras oficiales, 150 mil personas o, de acuerdo con su ego, 300 mil. Un récord absoluto para la época, en cualquier caso. Si bien las dimensiones del concierto le otorgaban un carácter histórico, similar al de las Bandas Eternas, el concierto de Spinetta en el estadio José Amalfitani celebrado diez años después, el resultado no podía ser más distinto. Primero, por el teatro cruel que García llevaba construyendo por lo menos durante una década alrededor de su propia obra y figura (tan solo en ese concierto anunció que arrojaría muñecos desde un helicóptero, simulando los tristemente célebres “vuelos de la muerte” de la dictadura argentina; el acto, ante las críticas de las Madres de Plaza de Mayo, terminaría por cancelarse, no sin invitar a las propias madres al escenario mientras interpretaba el tema “Kill My Mother”). Y, segundo, porque Demasiado ego terminaría por ser más que el registro nostálgico de un concierto: las interminables capas de efectos de sonido y grabaciones previas que García agregaría en la posproducción volverían prácticamente anecdótica la presencia del público, salvo en dos o tres ocasiones puntuales. El sonido de la masa se diluía hasta el punto en el que el cantante prescindía por completo de él: el último corte, un cover de “It’s Only Love” de The Beatles, termina con una narración de la fábula del flautista de Hamelin, un sampleo de su tema “Estaba en llamas cuando me acosté” y los breves aplausos de dos o tres personas. Estéticamente, el tratamiento de estudio se asemeja a los collages tenebristas que García comenzó a ensayar a partir de La hija de la lágrima (1994) y, por lo tanto, Demasiado ego incluso podría considerarse un álbum de estudio. Como si la maquinaria Say No More –su frase fetiche a partir de los noventa– deglutiera el rugido de la audiencia y la usara como materia prima de una nueva epifanía.
Es de sobra conocido que esa etapa está marcada por su fuerte adicción a las drogas, por lo que se ha vuelto un lugar común considerar sus discos, a partir de Filosofía barata y zapatos de goma (1990), como un espejo simple del decaimiento de su salud y su lucidez mental. Eso implicaría un enorme arco temporal de 27 años que se extendería hasta hoy, y que superaría un primer período de dieciocho años desde el lanzamiento de Vida (1972), su primer disco publicado con Sui Generis –etapa de verdadero estado de gracia, que incluye álbumes como Clics modernos (1983) o Parte de la religión (1987), además de sus trabajos con Serú Girán y La Máquina de Hacer Pájaros. Pero semejante separación es maniquea y, por lo tanto, artificial. Primero, porque sus álbumes “oscuros”, aunque irregulares, incluyen varios picos compositivos de su carrera; basta con escuchar “Fax U”, “Cuchillos”, “Lo que ves es lo que hay” o “Asesíname” (temas que no tienen, evidentemente, la claridad de sus producciones de los ochenta, pero ¿por qué habrían de tenerla?, ¿por qué alguien podría exigir que sus discos fueran siempre iguales?). Y, segundo, porque en el caos de álbumes como Say No More (1996) o El aguante (1998) se vislumbran no solo nuevas virtudes musicales de García, sino el espíritu de una época. Son profundamente políticos, por llevar a un extremo no solo al personaje (el del rockero, siempre bordeando con su caricatura) sino al sonido que lo sustenta. Say No More también deglute la música de la primera etapa de García: la mezcla, la remeda, la superpone, la destruye. «Las dos frases que más recuerdo de esa época son: “Mirá cómo hago mierda este tema” y “Dame un canal más y arreglo todo”», decía Guido Nisenson, su ingeniero de sonido de entonces, explicitando el proceso doble de destrucción por saturación y viceversa. Ante la cantidad de artistas que, en la madurez de sus carreras, parecen iniciar un proceso de autoparodia por las seguridades que les garantiza, García construye, a la inversa, con sus propios elementos, con sus leitmotivs, una operación kamikaze. Volver a sí obsesivamente hasta desfigurarse. Hacer de esa desfiguración un espejo. Rock and roll yo, demasiado ego.
Desde ahí se puede volver a preguntar: «¿Cuántas veces tendré que morir para ser siempre yo?» porque, en verdad, ya no es la misma pregunta y el yo, el que aspira a ser siempre, ya está transformado por sus muertes. Otra puntualización: la pregunta reproducida en el cuadernillo de Demasiado ego estaba acompañada de una fotografía de un Charly crucificado. Esa crucifixión, anunciando el final del siglo, solo tomaría pleno sentido dieciocho años después, con la publicación del primer sencillo de Random (2017): “La máquina de ser feliz”. Se sabe que el cantante Palito Ortega, viejo exponente del rock and roll argentino más inocuo, además de ferviente católico, fue clave en la rehabilitación de García, por lo que se temía que su regreso estuviera bañado de aguas religiosas. Sobre todo cuando se descubría que esa máquina, como se dice en la canción, solo la tienen Charly y el Papa Francisco. Y que tiene la forma del pez ichtus, que los primeros cristianos usaban como símbolo secreto. El tema, para mayor inri, es una balada en apariencia inofensiva que, aunque tiene guiños Say No More (sobre todo por esa introducción que mezcla sampleos de voces cinematográficas con pianos chopinianos), se decanta por una ligereza que no se le escuchaba tal vez desde “Chipi chipi”, su hit, a pedido expreso de Columbia Records, de 1994. La publicación del resto del álbum terminaría por desmentir tal temor (temas como “Amigos de Dios” se burlan, precisamente, de los predicadores), pero es interesante retener la idea de un García resucitado tras sufrir una pasión (que parece autoinfligida, pero que en el fondo podemos entender como social; la pasión del suicidado por la sociedad, como diría Artaud), porque implica la existencia de un mensaje. ¿Y qué mensaje otorga Random? ¿Cómo es la obra de alguien a quien ya se daba por retirado, sobre todo después de la problemática publicación de Kill Gil (2010); del que solo se hacían miradas retrospectivas y cuya nueva música, por tanto, aparece casi como un milagro? ¿Y cómo se relaciona con las etapas antes propuestas? ¿Qué ha sido de la maquinaria Say No More? Felizmente, Charly García continúa su proceso de transformación. No se ha serenado, no se ha higienizado, tan solo es una criatura nueva. La amalgama de funk, rock, folk y pop que popularizara en los ochenta, y que entraría en un túnel caótico durante las siguientes dos décadas,  aparece bajo un nuevo rostro –revitalizado pero con las heridas expuestas– y entrega dos o tres nuevos clásicos a su ya larga lista: “Rivalidad”, “Lluvia” o “Primavera”, donde canta la frase clave para redondear este recorrido: «Siempre estaré pronto a renacer». Y say no more.
[Fuente: http://www.latempestad.mx]
Charly García podría, sin duda, ser considerado uno de los compositores más importantes de la música popular argentina. De personalidad siempre polémica y de genialidad nunca discutida, Charly tiene sobre sus espaldas una trayectoria con una enorme influencia sobre todos los artistas argentinos posteriores. Lamentablemente, la moral pacata de muchos coterráneos y los medios ávidos de sensacionalismo otorgan más espacio en sus comentarios a los “escándalos” de su vida privada y su existencia ligada a los excesos que a la obra discográfica realizada desde 1972.
 
Escrito por Agustín Di Tomaso

Si se dejan de lado los logros musicales de Charly (ni más ni menos), observamos que varias de sus letras describen, de la mejor manera, etapas políticas y sociales de la Argentina. A través de su arte y visión personal de los hechos pudo dar cuenta de lo que ocurría. Tal como lo definió Fito Páez, uno de los músicos que ha reconocido la influencia de Charly en su carrera, “(García) es una ráfaga de lucidez imparable; es un ícono auténtico y un artista lúcido en un país muy hipócrita. Charly percibe la tragedia de este mundo como nadie”.

Hubo un tiempo que no fue hermoso…


Desde sus comienzos, las letras de García abarcaron todo tipo de temáticas. Una manera de esconder las canciones de la censura fue dar forma a fábulas que en apariencia parecen simples leyendas o adaptaciones de historias. En 1980, Serú Girán editó su mejor disco: Bicicleta, trabajo que contenía Canción de Alicia en el país, “la” canción de Charly sobre la dictadura. Una Alicia que es parte del país y este, su único hogar en el mundo: “Quién sabe Alicia, este país/No estuvo hecho porque sí/Te vas a ir, vas a salir/pero te quedas/¿Dónde más vas a ir?”.

También el promiscuo pianista se percató de la imagen falsa que vendía el “American way of life” en los países tercermundistas a principios de la década del ’70. Un ejemplo es la parodia Mr. Jones o pequeña semblanza de una familia tipo americana del disco Confesiones de invierno, donde Mr. Jones no entiende porque lo llevan preso si son “una familia muy normal”.

En ese paso adelante que significó en la música de Charly, el álbum conceptual Pequeñas anécdotas sobre las instituciones (tanto en sonido como temática), se ven numerosas muestras de la capacidad del músico para lograr un pantallazo de su tiempo. El primer tema, Instituciones, marca cómo estas adoctrinan la vida de los hombres. En todo caso, ¿para qué cuestionar el orden de las cosas si el consumo resuelve todo?: “Oye, hijo, las cosas están de este modo/Una radio en mi cuarto me lo dice todo/No preguntes más/Tenés sábados, hembras y televisores/Tenés días para dar aun sin los pantalones/No preguntes más”. Incluso Charly abarca temáticas como la muerte en El show de los muertos, en Las aventuras del señor Tijeras y la política en Música de fondo para una fiesta animada.

El segundo amor de García, el cine, se hizo presente en el segundo disco de La Máquina de Hacer Pájaros, Películas. Es en ese contexto violento y de represión (corría el año 1977) que se pregunta: ¿Qué otra cosa se puede hacer salvo ver películas? El cine como única vía de escape para el personaje de la canción: “Sobre la T.V. se duermen mis zapatos/Salgo a caminar para matar el rato/Y de pronto yo la veo entre los autos/Justo cuando la luz roja cierra el paso/Me acercaré al convertible/Le diré: ‘quiero ser libre, llévame, por favor’ » (¿Qué se puede hacer salvo ver películas?).

Tal vez la historia más fantástica, pero a su vez más realista que escribió Charly sea la canción que cierra el segundo disco de Sui Generis, Confesiones de invierno: Tribulaciones, lamento y ocaso de un tonto rey imaginario, o no, un monarca que posee todos los lujos y no logra reparar en la miseria en la cual sus súbditos están inmersos: “Yo era el rey de este lugar/Aunque muy bien no lo conocía/Y habían dicho que atrás del mar/El pueblo entero pedía comida/No los oí que vil razón/Les molestaba su barriga”.

No solo de historias vive el hombre


A veces, García recurría a ficciones para realizar su comentario acerca del presente que vivía; otras plasmaba los sentimientos en pequeñas situaciones que cualquiera pudiera identificar o identificarse. Por ejemplo, la paranoia es el tema central de Hipercandombe. El protagonista del tema está padeciendo una persecución o posee un alto grado de sufrimiento que lo convierte en un extranjero en su propio país: “Cuando la noche te hace desconfiar/Yendo por el lado del río/La paranoia es, quizás,/Nuestro peor enemigo/Cubrís tu cara y tu pelo también/Como si tuvieras frío/Pero en realidad/Te quieres escapar de algún lío” (Películas, 1977).

El músico también graficó el éxodo de cientos de argentinos con el advenimiento de la dictadura en el debut de Serú Girán de 1978 en Autos, jets, aviones, barcos; así como el caretaje argentino en la Grasa de las capitales (1979), con parodia a la revista Gente en la tapa del disco, y temas menos pintorescos y más complejos como la Guerra de Malvinas en su primer disco solista con No bombardeen Buenos Aires (Yendo de la cama al living, 1982).

Al año siguiente, 1983, con la dictadura en retirada, otra cuestión candente fue el de los desaparecidos, y Charly se expresó, como nunca, en Los dinosaurios: “Los amigos del barrio pueden desaparecer/Los cantores de radio pueden desaparecer/Los que están en los diarios pueden desaparecer/La persona que amas puede desaparecer (…) Pero los dinosaurios van a desaparecer” (Clics Modernos, 1983).

El mundo de fiesta


Charly, no obstante, también creó canciones que buscan brindar una imagen optimista y de expectativa. ¿Para quién canto yo entonces? cierra Pequeñas anécdotas sobre las instituciones, y actúa como resumen de la función que cumple el artista: intérprete de sensaciones y pensamientos. Y para García no es relevante la incomprensión que pueda abarcar al arte. Simplemente se limita a expresarse porque al hacerlo él, lo hacen todos: “Yo canto para esa gente/Porque también soy uno de ellos/Ellos escriben las cosas/Y yo les pongo melodía y verso”.

En No te dejes desanimar coloca un manto de esperanza frente a la feroz realidad de miles de desaparecidos y de derechos violados por el gobierno: “Estás harta de ver los diarios/Estás harta de los horarios (…) No te dejes desanimar/No te dejes matar/Quedan tantas mañanas por andar” (Películas, 1977).

El sentimiento de pertenencia a un lugar sobresale en Los sobrevivientes, de la Grasa de las capitales. El protagonista de la canción está hastiado de la realidad en la cual se halla inmerso, pero se reconoce en donde vive: “Estamos ciegos de ver/Cansados de tanto andar/Estamos hartos de huir/En la ciudad/Nunca tendremos raíz/Nunca tendremos hogar/Y sin embargo, ya ves/Somos de acá” (1979).

Con la ida de Reynaldo Bignone y con la democracia por venir, en Yendo de la cama al living, Charly graba un tema que data de los últimos conciertos con Serú Girán: Yo no quiero volverme tan loco. El mensaje es simple: hay que despertarse del largo letargo que significó el gobierno militar: “Escucho el beat de un tambor entre la desolación/De una radio en una calle desierta/Están las puertas cerradas y las ventanas también/¿No será que nuestra gente está muerta?”.

En definitiva, García ha logrado lo que un puñado de artistas: conmover con su arte (en este caso la música) a través de melodías y hacer pensar a los oyentes a través de las letras. Quizás sea su viejo compañero de Serú Girán, Pedro Aznar, quien lo definió de la mejor manera: “Mientras Spinetta es un explorador de almas, de lo abstracto y lo intangible, Charly es, ante todo, el gran cronista de esta sociedad”.
 
 
[Fuente: rebvelados.blogspot.com]

El último libro de Néstor Kohan, Hegemonía y cultura en tiempos de contrainsurgencia soft (Ocean Sur, 2021), es de lectura urgente para comprender a profundidad los procesos actuales que el comandante Fidel Castro consideró como batalla de ideas, en los ámbitos de la cultura y las ciencias sociales.

Escrito por Gilberto López y Rivas 

El libro está precedido por fragmentos de sendos escritos de dos respetados profesores argentinos, secuestrados y desaparecidos por la dictadura militar, Daniel Hopen y Haroldo Conti, que muestran uno de los rasgos distintivos del fascismo y el terrorismo global de Estado: su odio a la intelectualidad revolucionaria. Estos epígrafes conllevan un propósito central de la obra: mostrar que, pese a represiones o cooptaciones, es posible resistir al enemigo de la humanidad y la vida en el planeta: el capitalismo y los Estados imperialistas que imponen su explotación y dominación a los pueblos oprimidos y recolonizados por la vía de una contrainsurgencia letal, que ha provocado catástrofes humanitarias en numerosos países, o una contrainsurgencia soft, blanda.

Néstor Kohan no es dado a irse por las ramas. Entra directo a expresar que se embarca en una sociología de la cultura e historia intelectual con la declarada intención de desatar polémica, lo cual siempre logra, girando su trabajo en torno a tres problemas centrales: hegemonía/contrahegemonía, imperialismo y contrainsurgencia.

El libro trata un caso en particular: Cuba y su lucha contra el imperialismo estadunidense, la metáfora de David y Goliat, que ha sido una dramática realidad por más de 60 años: enfrentar con éxito las incontables incursiones militares abiertas y encubiertas, sabotajes, guerra bacteriológica, intentos de asesinato de dirigentes, actos terroristas, el bloqueo y las acciones de sus múltiples aparatos de inteligencia y contrainteligencia, que se complementan con el más notorio: la Agencia Central de Inteligencia (CIA). Esta estrategia de contrainsurgencia militar ha sido acompañada de otra táctica imperialista dedicada a minar la moral y hegemonía socialista de la revolución cubana. A la denuncia sobre el papel que juegan las fundaciones fachadas de la CIA que proporcionan los fondos para la compra de conciencias, Néstor, con su ya proverbial erudición, va desbrozando la maleza ideológica de una contrarrevolución que se esfuerza por “construir una opción pretendidamente ‘democrática’ […] contra el proyecto comunista, al que sigue calificando, con escasa originalidad, de ‘totalitario’ […], donde las palabras ‘democracia’ y ‘república’ se enarbolan sin nombre ni apellido, sin referencias de clase ni determinaciones históricas, sociales ni geopolíticas”.

En torno al reciente debate cubano, Néstor afirma que revolución cultural es lucidez y es socialismo, sobre todo en el contexto de la crisis capitalista más profunda de la historia, en la que la especie humana está en peligro. Precisamente, en los momentos en que circulaba la demanda del Premio Nobel para la brigada médica cubana internacionalista Henry Reeve, y en plena emergencia sanitaria del Covid-19, estalla, ¡qué casualidad!, el Movimiento San Isidro en Cuba, el cual, como era de esperarse, recibe la cobertura mediática ­internacional.

Néstor observa, con dolor, las firmas de amigos y compañeros en un manifiesto, junto con conocidos trásfugas, y se debate entre la amistad y la necesidad ética de definirse frente a ese movimiento, optando por no perder la brújula del eje de la lucha de clases y las relaciones de fuerza, a partir del cual hace un recorrido crítico de gran envergadura teórica, sobre la línea discursiva del manifiesto. Kohan reitera su posicionamiento, con el que concordamos plenamente: “Revolución socialista, la cubana, que durante décadas ha sido y seguirá siendo la única vacuna y el único antídoto para garantizar la autodeterminación nacional y popular de Cuba frente a las pretensiones anexionistas de Estados Unidos, sea en su versión neofascista, sea en su presentación light y soft, igualmente imperialista”.

Asumiendo que los conflictos y los intentos de dominación no han desaparecido y que la guerra ideológica, fría, tibia o caliente, abierta o encubierta, simétrica o asimétrica, continua, y a propósito de la polémica sobre imperialismo, ciencias sociales y cultura, Kohan convoca a recuperar un programa antiimperialista y anticapitalista actualizado y acorde con nuestra época, como una tarea urgente y en el centro de la agenda. Exhorta a reactualizar y elaborar colectivamente nuevos planes culturales contrahegemónicos. Remontar la pendiente inclinada de las derrotas genocidas que padecimos, desmontando la avalancha asfixiante de propaganda y manipulación de la opinión pública que enfrentamos a diario.

El estudio y la discusión sobre este oportuno y excelente libro de nuestro camarada y amigo Néstor Kohan ofrecen las herramientas teóricas para estar a la altura de estos desafíos.

 

[Fuente: http://www.jornada.com.mx]

 

 

 

 

 

Escrito por Atilio Pérez da Cunha

“Ese perro que aúlla a las sombras,
ese agujero en la suela del zapato derecho,
ese árbol que vestirá mi carne,
finalmente,
apuntan hacia Dylan”.

Eduardo Darnauchans

Una garganta con arena

Más de cincuenta años después de su aparición en las calles del bohemio Greenwich Village de Nueva York, todavía el huracán de Minnesota tiene fuerza para ganar el premio de la Academia Sueca, que le entregó el Nobel de Literatura por “haber creado una nueva expresión poética dentro de la gran tradición americana de la canción”. Un premio que corona una carrera que ha tenido otros reconocimientos literarios importantes, ya que Dylan obtuvo la Orden de las Artes y las Letras (1990), el Príncipe de Asturias (2007) y el Pulitzer (2008).
El Nobel, las dificultades de la Academia para encontrarlo y que asista a la ceremonia de premiación y lo que hará, presuntamente, con dicho premio lo han convertido en noticia recurrente en la más amplia diversidad de medios. Por lo tanto, el vecindario está alborotado.
Algunas personas que no leen siquiera las necrológicas o los resultados de la quiniela, y que jamás han oído a uno de los mayores poetas contemporáneos, debaten sobre el merecimiento de tal premio. Los expertos también debaten aunque no sean, precisamente, expertos en la frondosa obra de Bob Dylan a lo largo de 55 años de carrera, desde que llegó en el frío invierno de 1961 a Nueva York.
Hace poco, el poeta Víctor Cunha, tan urubeatnik y tan dylaniano como yo, me contaba que escuchó una tertulia radial en la que algunos expertos discutían sobre Dylan. Decía Víctor: “En Montevideo, un programa matinal junta a cuatro personas alrededor de una mesa para charlar sobre el caso. Lo cual no está mal en sí. Lo que sí está mal es que los anuncien como que son expertos en Dylan, cuando no lo son. De hecho, me consta que son expertos pero en rubros que no son Dylan, y eso es lo que lo vuelve más bizarro, porque quienes defienden no saben mucho cómo defender, los que atacan no saben qué o cómo es que hay que atacar. El conductor del programa lee incansable una pregunta de un oyente que habla de un cierto aire andaluz de la vestimenta de Dylan. El conductor finalmente encara a los expertos y les pregunta. Los expertos, a favor o en contra, no tienen la respuesta. En realidad, no se necesita ser experto para saber que la pregunta es errónea. El toque no es andaluz, sino mexicano. Cualquier abombado sabe que esos trajes con vira en el borde de la solapa y en las costuras laterales del pantalón, con bolsillos sin tapa y detalles de cuero, el corbatín de lazo, más el sombrero blanco a veces de alas dobladas o negro de ala dura, las botas bordadas y de taco, da entre Texas y México, no Andalucía. La primera vez que Dylan estuvo en Uruguay salió a escena vestido de esa manera. Será que le gusta”. Pienso en estas palabras del poeta y coincido: lo único andaluz en la vida de Dylan han sido los libros de Federico García Lorca.
Desde el otro lado de una calle de Malvín, un veterano cuidacoches me grita: “Dylan ganó el premio Nobel”.
El músico y poeta canadiense Leonard Cohen, a sus 82 años, aplaudió el premio Nobel de Literatura concedido a Bob Dylan y aseguró que otorgarle ese galardón al cantautor estadounidense es como “poner una medalla al Monte Everest por ser la montaña más alta”. Muchos años antes, el mismo Cohen, otro gran ícono de la canción de tópico, había dicho: “Bob Dylan es uno de esos personajes que solo aparecen una vez cada trescientos o cuatrocientos años”.
Pocas horas después de conocida la premiación de la Academia sueca, Nelson Caula, entrañable colega y amigo, me llamó para opinar sobre el premio Nobel de Literatura entregado al judío errante, la poderosa central poética, la garganta de arena y de “urraca valerosa”, que ha marcado a varias generaciones del planeta en los últimos cincuenta años. Entonces imaginé que sería natural que el posible lector de esta nota pensara que es oportuna, o que es en cierto modo oportunista, dada la repercusión del Nobel y sus consecuencias. Pero, en realidad, estaba pactada bastante antes y es mi manera de celebrar esta edición aniversario de Dossier. Y, también, en cierto modo, la celebración de una parte sustancial de mi propia vida.

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¿Cómo llegó Dylan al cul du monde?

“Oh, oye esto, Robert Zimmerman,
escribí una canción para ti
acerca de un joven extraño
llamado Dylan,
con una voz como la arena y pegamento”.

David Bowie

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Hasta 1969-1970 no había escuchado a Bob Dylan. El mundo entonces mostraba las claras modificaciones sufridas en su geografía política tras la Segunda Guerra Mundial. Se había configurado una bipolaridad derivada de la división del planeta en dos zonas de influencia controladas respectivamente por Estados Unidos y la Unión Soviética (URSS). Los estadounidenses miraban a América Latina como su patio trasero. Habían comenzado a hacer una política intervencionista, y todo lo que se les antojaba diplomáticamente en los países de la Organización del Tratado del Atlántico Norte y de Oriente Medio. La URSS manejaba con mano firme a los países de la entonces llamada “Cortina de Hierro”, y con el garrote del Pacto de Varsovia había aplastado a los gobiernos aperturistas de Hungría, en 1956, y de Checoeslovaquia, en 1968.
Uruguay se deslizaba, entretanto, en una espiral de violencia inédita y sorprendente, como si alguien se hubiera dormido mirando Heidi y se hubiera despertado, bruscamente, con una escena de un film de terror de Stephen King.
Era una época sin celulares inteligentes, sin internet, sin televisión satelital y sin videoclips, sin discos compactos ni mp4. Para un muchacho del sur del Sur era imposible imaginarse la voz y la imagen de un cantor/poeta que se había convertido en la banda de sonido de los movimientos civiles de Estados Unidos en los años sesenta. Dylan.
Disculpe el lector si esta nota resulta autorreferencial, pero la escribe alguien que se hizo poeta, poeta menor, pero poeta al fin, gracias a Bob Dylan.
En los patios del viejo Instituto Alfredo Vásquez Acevedo, agitado por aquellos años complejos y violentos, eran muy pocos aquellos con los que se podía hablar de Bob Dylan. Él ya era un referente de la canción de autor, o de tópico, y se había convertido casi en una leyenda viva como los grandes del folk Pete Seegger, Joan Baez y Woody Guthrie.
En 1970 había corrido a comprar Nashville Skyline, disco compartido con el cantante country Johnny Cash, pero no conocía más que algunas letras de sus primeros discos, las emblemáticas ‘Blowin in the wind’ y ‘A hard rain gonna fall’, que nunca habíamos escuchado, ya que sus discos eran imposibles de conseguir.
Ignoraba por completo que en julio de 1966 Dylan había sufrido un accidente con una motocicleta Triumph Tiger 100 en una carretera cerca de su hogar en Woodstock. Nunca supimos con certeza la gravedad de sus heridas, más allá de alguna declaración del propio cantante/poeta que dijo que sufrió la fractura de varias vértebras cervicales.
Como en muchas otras ocasiones, el personaje Bob Dylan aparecía rodeado de misterio y oscuridades, dado que después del accidente no fue hospitalizado ni hubo partes médicos que refirieran a la entidad de las heridas.
Algunos biógrafos y críticos de la obra de Dylan señalan que el accidente ofreció al cantante la oportunidad de sacarse de encima las presiones que había acumulado al convertirse en el referente, aunque él aclarara reiteradamente que no quería serlo, de todos los movimientos sociales y contestatarios de la época.
“No sigas a líderes, vigila los parquímetros”, había advertido en ‘Subterranean homesick blues’, uno de los temas de su disco Bring All Back Home, de 1965, que aquí en Montevideo no se oyó hasta 1972. En ese mismo año pude conseguir Highway 61 Revisited, en un canje pelo a pelo por un disco de Astrud, una de las mujeres de João Gilberto. El disco de Dylan, considerado uno de los mejores de la historia, era casi todo eléctrico, motivo por el cual Bob había sido abucheado en el Festival Folk de Newport de 1965. En las nueve canciones de ese disco está presente la literatura dylaniana más pura, desde ‘Like a Rolling Stone’, su canción más emblemática, hasta la densa y aluvional ‘Desolation row’, cuya extensión era ya un verdadero cross a la mandíbula.
Para los que conocíamos a Dylan solo por su álbum country Nasville Skyline, fue un verdadero impacto. Por eso no entendimos nada.
En ese puzle perverso que es el personaje Bob Dylan, creado por Robert Zimmerman, faltaban tantas piezas que resultaba imposible completar la imagen global del poeta/cantor que, a pesar de todo, empezábamos a idolatrar como pequeños devotos.
Ignorábamos tanto sobre Dylan, que hasta los años ochenta podíamos decir de él que seguía siendo “un perfecto desconocido”.

La historia oficial (“Eso quiere decir que hay otra historia”)

En los años setenta el mayor conocimiento sobre Bob Dylan lo obtuve por transmisión oral y, muy eventualmente, la audición de alguno de los discos inconseguibles en Uruguay, de parte de mi amigo Hamlet Faux, entonces periodista de los ya desaparecidos diario El Día, Radio Sur y Radio Panamericana. Él fue un referente fundamental: todo lo que podía saber de Dylan lo sabía gracias a Hamlet Faux, quien también me acercaría, en los primeros años de la década de 1980, las publicaciones de Los Juglares y la biografía del periodista estadounidense Anthony Scaduto (la más autorizada hasta entonces, aceptada por el propio Bob), consecuencia de la producción editorial de la España posfranquista.

Captura de pantalla 2017-02-26 a la(s) 10.36.30Leer la biografía de Dylan por Scaduto fue como si un prisionero sometido a una celda de castigo recibiera un manual de cocina con las recetas de apetitosos platos que no podría probar durante su encierro. Cada página alertaba sobre discos y asuntos referidos al poeta/cantante que temía no llegar a conocer. Me relamía como el preso que saboreaba sus platos imposibles.
Hoy en día, tras haber recorrido una buena distancia de mi vida como periodista y comunicador, pienso que sigo ignorando muchas cosas sobre la obra y la vida de Bob Dylan, ese personaje creado por el Sr. Zimmerman.
Cuando Bob Dylan cumplió sesenta años, permitió que apareciera una gran cantidad de libros biográficos o dylanianos. Obviamente, fue también una buena oportunidad para las reediciones de las biografías escritas por Anthony Scaduto y por Robert Shelton, el presunto “descubridor” del cantante/poeta en un bar del Greenwich Village en los años en que Dylan hacía “ásperas canciones folk servidas con fuego y azufre”, según sus propias palabras.
Pero a medida que los libros, de un modo u otro, llegaban a mis manos, me daba cuenta de que la vida de Dylan sucumbía frente a su obra, monumental y abrasadora. (En mayo de 1981, en una disquería de Rúa das Andradas, en mi querida Porto Alegre, “expropié por amor” el doble álbum de vinilo Selfportrait, de Dylan, en una carísima edición holandesa).

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Este autorretrato producido por el poeta/cantante despertó la ira de un personaje de los setenta, Alan Jones Weberman, quien dedicó muchas noches a revisar el tacho de basura de Dylan para ver si encontraba allí, entre restos de hamburguesas, cajas de cereales, pañales sucios y otros residuos, la explicación de su misterio. (Weberman pasó de ser un fanático de Dylan a ser su archienemigo, como Lex Luthor con Superman. Siempre que pienso en eso recuerdo una frase que me dijo el doctor Jorge Batlle: “Mire, mi amigo, no existe peor fundamentalista que un converso”).
¿Qué cuenta una biografía de Bob Dylan? La vida, probablemente las múltiples vidas de un artista inclasificable, un hombre de una raza, de uno solo, que apareció en los contraculturales años sesenta, bajo un amenazante cielo nuclear y cielos sureños cargados de extrañas frutas (negros del Mississippi colgados por hijos y nietos de Lynch).
Bob Dylan es una creación original de Robert Zimmerman, aunque no está claro si tomó su apellido del poeta Dylan Thomas, porque incluso el propio Bob se ha ocupado de negarlo, al tiempo que reconocía la influencia de su lírica, así como de la escritura de Allen Ginsberg (que aparece junto a él en el film Don’t Look Back, la poesía beatnik y los poetas surrealistas).

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Robert Allen Zimmerman, hijo de Abe y Betty, ambos respetados integrantes de la pequeña comunidad judía de Duluth, Minnesota, nació el 24 de mayo de 1941 y se crió en las colinas de minas de hierro, en Hibbing, al oeste del Lago Superior. Sus abuelos paternos fueron emigrantes judíos de Odessa, actual Ucrania, que huyeron a Estados Unidos por causa de los pogromos y la violencia racista. Los abuelos maternos, judíos de Lituania, habían llegado a América un poco antes que los Zimmerman, escapando del fuego de infiernos similares.
En 1946 nació David Zimmerman, el único hermano de Bob. Un año después, toda la familia se trasladó a Hibbing, una pequeña ciudad minera cerca de la natal Duluth, también dentro del estado de Minnesota, cercana a la frontera con Canadá.
La familia vivía de la pequeña casa de electrodomésticos regenteada por el padre de Bob, y él comenzó a interesarse muy tempranamente por la música. Precozmente escuchaba en las radios discos de blues y de los cantantes country de los años cincuenta, hasta que a los trece años, en su Bar Mitzvah, recibió una guitarra de regalo. Esto fue casi un sismo en la vida de aquel adolescente, en una ciudad tan dura y asfixiante como las minas cercanas, destino inevitable de muchos muchachos de su calle y de su generación.
El otro elemento inspirador, en una ciudad donde nunca pasaba nada, fue la amistad con Echo Helstrom, una linda muchachita que resultó el primer amor juvenil de Bob Dylan. Esta muchacha, de singular belleza, de largo cabello rubio y ojos azules, una suerte de Brigitte Bardot de Minnesota, fue la fuerza y el motor para escapar de la mediocre realidad de Hibbing en dirección a Nueva York, donde una época de parto se hacía visible en las calles.

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Del frío Nueva York de 1961 a Los Ángeles caídos de sus 75 años

En 1959, cuando Fidel Castro ya se había instalado en La Habana, el todavía Robert Zimmerman se trasladaba a Minneapolis para matricularse en la universidad. En una clase de anatomía no pudo soportar la vivisección de un conejo y abandonó la facultad por la carretera.
Durante una época inicial, su interés estuvo centrado en el rock and roll. Él mismo manifestó que entonces quería ser tan grande como Elvis. En un proceso cada vez más inclinado hacia lo que el poeta Washington Benavides define como “canción de texto”, Dylan fue inclinándose por la música folk, que era una cosa más seria, que expresaba sentimientos y pensamientos sobre una época dramática y agitada. “Las canciones estaban llenas de tristeza, de triunfo, de fe en lo sobrenatural, y tenían sentimientos más profundos”.
La influyente Echo Helstrom, su noviecita juvenil, parece que fue la que sugirió el nombre “Bob Dillon” que acabó siendo Bob Dylan. Con ese nombre llegó un frío invierno de 1961 a Nueva York. “Llegué en lo más crudo del invierno. Hacía un frío brutal y todas las arterias de la ciudad estaban recubiertas de nieve, pero yo había salido del norte glacial, de un rincón de la tierra donde los bosques gélidos y las carreteras heladas eran moneda corriente. Podía superar las limitaciones. No iba en busca de dinero ni de amor. Me sentía extremadamente despierto, iba a la mía, era un tipo poco práctico y, para colmo, un visionario”.

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La leyenda dice que lo primero que hizo Dylan al llegar fue visitar a quien consideraría “su último héroe”, Woody Guthrie, un prolífico e influyente cantor folk identificado con los mineros, los pobres y los oprimidos. Woody estaba en la última fase de la enfermedad de Huntington, una rara patología neurológica, hereditaria y degenerativa. Dylan lo visitó en el Greystone Park Psychiatric Hospital y en los ratos de lucidez de Guthrie, aquel desgreñado muchacho cantaba para él sus versiones de canciones folk conocidas y sus propias creaciones, especialmente una que tituló ‘Song for Woody’:

“Eh, eh, Woody Guthrie,
te he escrito una canción
sobre un divertido viejo mundo
que va dando vueltas,
que parece enfermo y está hambriento,
cansado y roto,
que parece como muriéndose
y apenas ha nacido”.

Las letras de Dylan incorporan una variedad de temas sociales, políticos, filosóficos y literarios que desafiaron a la música pop-rock convencional existente y apelaron generalmente a la contracultura emergente en la época. Influido por Guthrie, Robert Johnson (el blusero que vendió su alma al diablo), Hank Williams y Cisco Huston, Dylan amplió y personalizó los géneros musicales a lo largo de más de cinco décadas de carrera musical.
En apenas cuatro años desde su llegada a Nueva York, Dylan grabó varios discos, se erigió como rey del folk junto a la reina Joan Baez y revolucionaría la música pop y rock, volviéndose un referente para ascendentes bandas como The Beatles, The Rolling Stones y The Byrds. La discografía consta de 37 álbumes de estudio, diez en vivo, catorce álbumes recopilatorios y cerca de setenta discos simples de vinilo. En aquella época, Dylan era uno de los artistas más pirateados, por lo que existen numerosos discos no contabilizados en su discografía oficial. Hoy en día, en plena era digital, en cada presentación de Bob Dylan aparecen nuevos registros piratas, muchos de ellos con una más que aceptable calidad de sonido. Entre 2014 y el presente año, Bob Dylan publicó sus dos últimos discos de estudio, Shadows in the Night y Fallen Angels, que contienen sus versiones, muy dylanianas, de canciones escritas por distintos autores, Johnny Mercer, Harold Arlen, Sammy Cahn y Carolyn Leigh, entre 1923 y 1963, algunas de ellas grabadas por Frank Sinatra.

Maese Dylan, una vez más en el camino

Un académico sueco cataloga a Dylan de “maleducado y descortés”. Un joven periodista montevideano coloca un trozo de una canción ligera de Dylan, una de las mil que compuso, y se pregunta: “¿A esto le dieron un Nobel?”. Claro está, no ha escuchado nunca obras como ‘Desolation row’, ‘It’s a hard rain gonna fall’ o ‘Tangled blue’, tan densas y con fuerza de knock out como los puños del gran Muhammad Alí.
Bob Dylan, con setenta y cinco años, es más joven que el día que acaba de nacer e ilumina la habitación en la que escribo esta nota.
Un entrañable amigo, tan dylaniano como un servidor, me dice: “No podemos esperar que Dylan piense con nuestras cabezas o tome decisiones como las que tomaríamos. Dylan es Dylan”. No podemos saber entonces qué hará seguidamente. Es posible que en la carretera, que nunca ha abandonado, vuelva a recordarnos que lo único que ha querido en esta vida es ser él mismo. Y que no tiene ninguna otra respuesta para darnos, porque las que esperamos siguen soplando en el viento.
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Dedico esta a nota a mi hijo Miguel, que algún día heredará mis discos de Bob Dylan.

 

[Fuente: http://www.revistadossier.com.uy]

A escritora uruguaia, premio Cervantes 2018, móstrase plena de lirismo, lucidez e frescura aos seus 97 anos

Ida Vitale, durante la presentación del poemario en Montevideo, el pasado 23 de septiembre.

Ida Vitale, durante a presentación do poemario en Montevideo, o pasado 23 de setembro.

Escrito por H. J. P.

Camiño do centenario -cumprirá 98 anos o 2 de novembro-, á poeta uruguaia Ida Vitale sóbralle frescura e lucidez. Móstrao na súa nova obra, Tempo sen claves, o primeiro poemario que publica desde que lle concederon o Premio Cervantes 2018. Non falta neste libro o amor pola natureza e as súas criaturas, que xa deixou patente na súa De plantas e animais (rescatado por Tusquets ao comezo da pandemia, pero editado orixinalmente no 2003), unha deliciosa colección de textos nos que fai gala dunha curiosidade infinita e unhas non menos heterodoxas lecturas. Pero en tempo sen claves pode acharse moito máis, volvendo nos seus versos sobre viaxes, literaturas e recordos, algúns non tan luminosos senón dolorosos -e tamén cheos de amor- como os oito en que evoca a ausencia do seu segundo esposo, Enrique Fierro -como ela, poeta, crítico literario e tradutor-, que morreu no 2016. Polas súas páxinas pasean Corot, Mozart, Hegel, Klee ou Kafka, e en certas pasaxes o humor se espreguiza gozoso. Aínda que prevaleza o rumbo triste da despedida: «Fóra do paraíso, ¿tanta dita será / para min soa, dita?».

 

[Imaxe: Alejandro Prieto | Efe – fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Un roman du sensible et de la « folie curieuse » qui met en scène trois provinciales venues étudier les Lettres à Paris.

Écrit par Anne COUDREUSE

Ma meilleure amie
Fabienne Jacob
2021
Buchet-Chastel
106 pages

Fabienne Jacob avait déjà évoqué, dans Un homme aborde une femme (Buchet-Chastel, 2018), les années Campo, du nom de la station de métro la plus proche, qui avait donné le sien à un appartement communautaire meublé de bric et de broc, et habité par la narratrice de ce nouveau roman, Helga, étudiante en Licence de Lettres modernes à Paris, comme ses deux colocataires, Rosie et surtout Sambre, qui a choisi son prénom, et que l’on voit d’abord de dos, dans la vitalité de sa queue de cheval blond vénitien. Toute la première partie du roman est consacrée à la vie virevoltante de ces trois étudiantes romanesques et provinciales (elles viennent toutes les trois de la région aujourd’hui appelée Grand Est), vivant la littérature autant qu’elles la lisent et la découvrent : « Au lycée, on nous avait déconseillé les études de Lettres, ça ne mène à rien, voie de garage. Chacune pourtant avait choisi l’option garage, pressentant que ce serait une voie royale. » Elles viennent de maisons où il n’y avait pas de livres, ou si peu, et en font désormais des talismans, des mots de passe, des trésors : aussi bien ceux de la collection Poésie/Gallimard, que les romans de Marguerite Duras, l’amant de Sambre devenant un nouveau Marin de Gibraltar. Le lecteur s’enchante de cette infusion de la littérature dans le roman, qui sait aussi en percer les illusions : « Effi, notre voisine d’immeuble […], nous avait bien prévenues, les écrivains sont les hommes les plus vicieux de la création. »

« Fou curieux »

À ce trio féminin s’ajoute Anders, l’amant de Rosie, qui fait des études de sismologie. C’est peut-être pour ça que « Campo a commencé à tanguer. On avait toujours su comment résoudre l’équation 1+1+1, mais devant 1+1+2, on séchait. » Sambre part du jour au lendemain : « C’était la fin des études et l’expiration du bail de Campo. Je ne laisserai personne dire que l’entrée dans la vie adulte est le plus bel âge. » C’est sur cette citation déformée de l’incipit d’Aden Arabie de Paul Nizan que s’ouvre la deuxième partie du roman, qui contient des pages savoureuses et pleines d’humour sur les aléas professionnels d’Helga et de Rosie, et sur la fâcheuse tendance de leurs employeurs à confondre « littérature et communication, fac de Lettres et école de commerce ». Comment s’inventer sans modèle, sans « la meilleure amie » qui donne son titre au roman ? « L’amour, c’est être fou curieux, dit Flaubert. L’amitié aussi », ajoute la romancière, qui donne à sentir la qualité de cette relation à l’autre qui aide à devenir soi-même. Même quand il s’agit de s’imaginer dans sa vieillesse, le livre prodigue « cette odeur de jeunesse » que chantait Miossec dans son album Baiser (1997), mais l’auteure ne donne jamais dans la nostalgie ni dans la complaisance, et cultive une lucidité bienvenue sur la persistance des joyeux idéaux dans la vie qui vient après qu’on a dû sauter de « la falaise » : « chacun devant soi son petit carré de travail, de mari ou de femme, une perspective mesquine sur le néant. »

Sensations

À chaque page du livre, le lecteur s’émerveille d’une écriture qui est aux antipodes de cette mesquinerie et développe les sensations avec une vraie poésie dans les mots et les rythmes des phrases. Le plaisir d’être assise dans un jardin, la peau de l’homme endormi à côté de soi, les draps de lin, tout devient palpable, sensuel. Fabienne Jacob invente le moyen de faire naître son lecteur à tout un univers qu’elle lui découvre comme pour la première fois, par la grâce de sa langue et son incarnation. Est-ce parce que le français n’est pas sa langue maternelle (elle a d’abord entendu le dialecte mosellan), même si elle ne faisait aucune faute dans les dictées de l’école primaire, qu’elle la transforme en une langue neuve et infiniment vivante ? Elle semble vouloir donner à la langue conquise la qualité de la langue maternelle : « Quand on en prononce les mots, on ressent instantanément et puissamment la sensation physique. »

Ma meilleure amie est donc sans doute un livre qu’on goûte trop vite à la première lecture, et qu’il faut relire pour laisser diffuser en soi toutes ses qualités, et d’abord cette soif toujours neuve de la liberté grande.

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

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Escrito por Claudio Ferrufino-Coqueugniot
Estará en mis libros, el Fragmentos. Ya está en mis textos, en ojos, memoria y corazón. Chico Buarque y David Bowie. Ariano Suassuna desde no hace mucho, también. Firmes, Miriam y César, desde siempre y para siempre si aceptamos que el recuerdo no tiene fin.
Acaban de pintar un mural exterior. Dos afiches representativos en él, de los tiempos duros, y buenos, del año de 1996. Sodade, Cesária Évora cantaba; lo hacía Raimón. Se lo dije, en Denver, a la diva de los pies descalzos, que en un lugar lejos su música era salmo de Dios. Un par de fotografías lo atestiguan, aunque las palabras las borró la cámara siendo transparentes.
Allí Ligia aprendió a sambar. Dijo que no sabía, pero lo hacía mejor que Cartola y callé. No hay que desmentir a una bella cuyos pasos se marcan hasta en la escalera caracol al segundo piso. Dos afiches, decía, uno de la Revolución Rusa, de los grandes del avant-garde, con una mujer beligerante, belicosa, seductora y peligrosa. La imagen es de entonces, pero el póster en sí es de Rage Against the Machine, pieza de arte gráfico ya imposible de conseguir. La he visto en la entrada del Fragmentos, iracunda bajo llovizna. Quizá anunciando, como en Hesse, que la entrada cuesta la razón. Me costó, nos costó, a mucha gente; cabe aclarar que la sinrazón fue lo más dulce de esas horas tan antiguas y ambiguas hoy a la distancia, si se quiere tener lucidez en algo que jamás la necesitó. No lúcidos, pero brillantes, amantes, lúbricos y sin embargo terrestres.
En otro, la figura de Malcolm X, la misma que tenía yo colgada en la puerta de entrada de mi primer apartamento en Arlington, en la Calle Monroe, donde termina y se curva. Dos de tantos, del ulular del Normandie partiendo de Le Havre, de Mark Twain, mientras la figura enana del gran Lautrec parece un cliente más del paraíso de la cachaza y el vodka, de los fantásticos emparedados Baurú y el sabor del orégano, las alitas picantes, primeras en Cochabamba, la hamburguesa, las pastas, y el kebob de pollo cuya receta hizo fortuna de otros en Nueva York.
Pasaron Humberto Quino y Víctor Hugo Viscarra, entre tantos. Aldo Cardoso y sus modelos. Con Aldo, en la cocina, bajábamos de golpe un seco de aguardiente. La mejor caipirinha del mundo, las mejores sonrisas. Ramón Rocha Monroy escribió sobre la simpatía de las dueñas. Wilson García Mérida entraba apresurado y desaparecía. Jimmy Bermúdez le indicaba a Luis Bredow el camino de la huida. José Manuel bebía la mitad de los vasos que servía. Había baile hasta las cuatro de la mañana. A su modo, era el amanecer del mundo. Luego crecimos, maduramos hasta el aburrimiento y, como buenos adultos entramos a la brega marital, inane e interminable. Claire dejaba caer un lado del cabello para confirmar sus dotes de mujer fatal. Año Nuevo de 1997, me acuerdo. Me atrincheras detrás de una puerta y me besas. Camisa blanca un poco abierta que deja ver tu blanco seno. “La Oficina”, le decían ustedes, a ese rincón del beso… I Wish You Were Here, suena Pink Floyd, y un parroquiano ofrece un par de botellas de Huari para escuchar Shine On You Crazy Diamond. De allí partimos hacia el kilómetro 7, tal vez, cerca de Colcapirhua era, al rito de la chicha en cueca. Volvió la noche y no habíamos dormido. Debimos quedarnos despiertos hasta ayer.
Hay tantos nombres que mejor no hablar porque el olvido parece desaire y es solo tiempo pasado de treinta años entre insomnio y letargia. Magda y Huáscar. Mi hermana Picha con su eterno café, maestra de los dados en la cancha, y en Mallarmé. Cristina, que vive en Turín, el de Béla Tarr, de los piamonteses que me antecedieron en la osadía de los Ferrufino. Cristina, con quien dos décadas después hemos retomado la charla, casi el “como decíamos ayer” de Fray Luis de León, que, a su modo, cárceles también las sufrimos.
Ligia, de la eterna guerrilla, del ataque febril inesperado y lo silente clandestino.
Angélica, Edwin, la ahijada, el concilio del comino y la papa frita. La esencia del café está en su cocina, en ollas van y vienen y órdenes y confusión que siempre acaban en arreglada satisfacción de todos y el retorno, impresionante y sin pausa, de los clientes por tanto tiempo ya; más ahora, según Miriam, que el mural ha recordado lo que fue el Café Fragmentos para Cochabamba, lo que siempre será.
Café Fragmentos. Calle Chuquisaca 501, entre El Prado y Antezana. De la gloria y la fanfarria.

 

 

[Fuente: lecoqenfer.blogspot.com]

Le Lévitique condamne l’homosexualité masculine. Le judaïsme, quel que soit ses courants, accueille les Juifs homosexuels. Depuis 1977, des homosexuels français sont réunis dans l’association dynamique, Beit Haverim (« La maison des amis », en hébreu). Deux affaires récentes montrent leur situation paradoxale. Le 3 juin 2016, l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk a déploré l’homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv, lors de sa chronique hebdomadaire matinale sur Radio J. Une polémique s’en est suivie, mêlant postures « politiquement correctes », hypocrisie, crainte de s’aliéner un lobby particulièrement actif dans les milieux politiques et médiatiques, électoralisme – « vote homosexuel » dans certains arrondissements parisiens -, réactions liberticides, propos comminatoires, ignorance du judaïsme, silence rabbinique, mépris pour l’altérité, la norme et l’autorité spirituelle ou morale, clientélisme, etc. Le 17 août 2021, Fabien Azoulay a été transféré d’une prison en Turquie, où il effectuait sa peine résultant d’une condamnation pour importation d’une substance illicite, à une maison d’arrêt en France. Un transfert bénéficiant d’une mobilisation d’institutions juives françaises qu’elles ont refusée au Dr Lionel Krief, spolié.

Publié par Véronique Chemla

Le Lévitique, troisième des cinq livres de la Torah, présente la relation sexuelle entre hommes comme une « abomination » (« To’évah », en hébreu) :

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination« . (Lévitique 18:22)

Le Lévitique ajoute (20:13) : « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux ».

Une exécution théorique car la peine de mort n’est pas appliquée : à partir de la chute du Temple, un sanhédrin ne peut pas se former pour l’énoncer.

Selon le rabbin libéral Gabriel Farhi, la prohibition de l’homosexualité masculine viserait la sodomie.” Delphine Horvilleur, rabbin du mouvement juif libéral, considère que « le texte n’est pas clair. Selon elle, il dénoncerait des relations sexuelles ayant un caractère humiliant entre hommes, mais pas la tendance homosexuelle. Quand à l’homosexualité féminine, elle serait “sans impact”.

« Gilles Berneim ancien grand rabbin de France, avait signé une déclaration contre l’homophobie, mais ce n’est jamais suivi par des actes », a déploré Alain Beit, président du Beit Haverim (« La maison des amis », en hébreu), association française créée en 1977 et regroupant des homosexuels juifs (Le Point, 25 septembre 2017).

Si l’homosexualité comme pratique est condamnée par le judaïsme orthodoxe, les divers courants du judaïsme s’accordent sur l’accueil des homosexuels. Le mouvement juif libéral américain ordonne des rabbins homosexuels. Et, en mai 2019, Daniel Atwood, âgé de 27 ans, a été le premier rabbin orthodoxe gay ordonné à Jérusalem, alors que la Yeshivat Chovevei Torah, séminaire juif libéral newyorkais, ait refusé sa semikha ou ordination après qu’il se soit fiancé à un homme.

En octobre 2020, Benny Lau, rabbin orthodoxe israélien influent du courant sioniste religieux, « a déclaré que la loi juive n’interdisait pas aux membres de la communauté LGBTQ de fonder une famille. Il a fait cette déclaration dans le cadre d’une série de directives, publiées sur sa page Facebook, à l’intention des Juifs pratiquants appartenant à la communauté LGBTQ et à leurs proches, sous l’intitulé « Être seul n’est pas une bonne chose pour l’Homme ».

Sur ce sujet large, j’aborderai deux affaires importantes : la polémique liée aux propos de Joseph Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France (1987-2008) sur Radio J en 2016, et la campagne d’institutions juives françaises unanimes visant le transfert de Fabien Azoulay, franco-américain quadragénaire gay, d’une prison turque à une prison française. Une mobilisation publique qu’ils ont refusée au Dr Lionel Krief, spolié.

Radio J
Né en 1944 à Tunis, l’ancien grand rabbin de France, Joseph Haïm Sitruk, est un chroniqueur régulier de Radio J, une des quatre radios de la fréquence juive en Île-de-France, le vendredi matin, vers 7 h 50,

Le 3 juin 2016, il a déploré l’homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv, lors de sa chronique hebdomadaire radiophonique qui dure quelques minutes.

Cette chronique a suscité l’hostilité générale, d’abord dans la blogosphère juive, puis légèrement au-delà. Et en plus, Joseph Haïm Sitruk a osé viser une niche touristique israélienne. Donc aucun renfort à espérer d’outre-Méditerranée. Quant aux rares sites Internet ayant défendu Haïm Sitruk tout an avançant la maladresse dans l’expression, tels JSS News et Dreuz, malheur à eux : ce fut un hallali.

Le 5 juin 2016, Serge Hajdenberg, directeur de Radio J, a expliqué sur cette radio qu’il laissait toute liberté à l’ex-grand rabbin de France Haïm Sitruk, puis s’est désolidarisé des propos tenus le 3 juin 2016 et qu’il a condamnés. Le propre du journalisme, c’est d’autoriser des opinions différentes dans le cadre de la loi. Et l’ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk a le droit de ne pas être « politiquement correct », et de rappeler la position du judaïsme orthodoxe.

En enlevant cette chronique du site de la radio – pour éviter un procès ? -, Serge Hajdenberg a rendu difficile l’étude du contenu de la chronique. Tout un chacun a réagi sur les réseaux sociaux à partir d’un mot ou d’une phrase sortis de leur contexte. Sauf s’il est parvenu à trouver le podcast sur un autre site Internet.

Guy Rozanowicz, secrétaire général de la radio, a aussi évoqué des « propos dangereux » de l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk.

Quelle est l’audience de la chronique hebdomadaire de l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk ? Alain Granat pense-t-il sincèrement qu’un internaute attentif et influençable se rendrait immédiatement à Tel Aviv pour ne serait-ce qu’exprimer son opposition morale à la Gay Pride ? Un acte violent a-t-il été commis lors de cette manifestation sous surveillance policière accrue ?

Jewpop

Dès le 4 juin 2016, sur Jewpop, le « site qui voit des Juifs partout », Alain Granat a fustigé cette chronique du 3 juin 2016, sur Radio J, de Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France, hostile à la Gay Pride. Cette chronique est absente du site de la radio de la fréquence juive francilienne.

Alain Granat a écrit :

« Le 3 juin, jour de la Gay Pride de Tel-Aviv, c’est un torrent d’homophobie qu’il a déversé en toute impunité à l’antenne de la fréquence juive, Radio J se métamorphosant alors en Radio CourtoiJ.

Une bonne chronique radio, tout comme le sermon d’un rabbin, se doit de démarrer par une accroche forte. Joseph Sitruk, malgré sa santé fragile après plusieurs AVC et la maladie qui le frappe, a conservé ses réflexes en la matière. Avec une introduction ne laissant nul doute sur la teneur à venir de ses propos, toute en empathie et compréhension pour les juifs homosexuels. L’esprit apaisant du shabbat s’annonce sur les ondes de la radio juive : « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité ». Vous nous rétorquerez que de telles paroles provenant de Joseph Sitruk n’ont rien de surprenantes. Tenant, durant ses mandats successifs de grand rabbin de France (de 1987 à 2008), d’une ultra-orthodoxie tranchant avec l’esprit d’ouverture de ses prédécesseurs les Grands rabbins Kaplan et Sirat, le contraire eût étonné.

La suite de son intervention est à l’avenant, axée sur la Gay Pride de Tel-Aviv, qui « rabaisse au rang le plus vil » Israël, « initiative de tentative d’extermination morale » de son peuple. Et concluant en beauté sur le mode djihad : « J’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ». On se souvient de l’assassinat l’année dernière d’une adolescente de 16 ans, Shira Banki, lors de la Gay Pride de Jérusalem, par un intégriste juif. Radical.

On se pose aussi légitimement la question de la responsabilité de la direction de l’antenne de Radio J, diffusant en direct sur ses ondes des propos d’une telle violence et les cautionnant de facto par son absence de réaction. Alain Beit, nouveau président de l’association juive LGBT Beit Haverim, s’en est indigné, soulignant à juste titre que si Joseph Sitruk est dans son droit d’exprimer son désaccord avec la Gay pride de Tel-Aviv, sa chronique déborde largement de ce cadre en incitant à la haine des homosexuels.

On passera sur la « mise en onde » surréaliste de cette chronique, offrant en spectacle aux auditeurs la voix d’un homme affaibli par la maladie, entre extrait sonore d’un épisode de Star Wars et parodie d’un discours de Bouteflika. Vous êtes bien sur une radio juive. On en sourirait presque si ces propos et leur diffusion irresponsable n’étaient aussi lamentables ».

À chaque élection au Grand rabbinat de France, on nous fait le même coup : le candidat « ouvert » contre le tenant de l’orthodoxie. Orthodoxie ? Je connais le sens de ce mot. Mais que signifie « ultra-orthodoxe » ? Existe-t-il des critères pour évaluer l’orthodoxie ? Si oui, lesquels ?

Pourquoi évoquer le djihad, spécifique à l’islam ? L’interprétation par Alain Granat du mot « radical » ne repose sur aucun mot. Aucun appel à l’assassinat dans cette formulation maladroite du grand rabbin Haïm Sitruk. Par un raccourci honteux, Alain Granat enchaîne sur l’assassinat de l’adolescente israélienne Shira Banki, en 2015, par un fanatique. Que signifie « radical » ? Il existe un Parti radical de gauche. Pourquoi dénigrer ce vocable « radical » ?

Avec Jewpop, aucune voix divergente ne doit s’exprimer, même maladroitement, même d’une voix quasi-inaudible, même émanant d’une personne atteinte de maladies graves ? Alain Granat aurait-il réagi ainsi si cette chronique avait été diffusée lors des mandats (1987-2008) de cet ancien grand rabbin Joseph Haïm Sitruk ? S’est-il indigné que celui-ci ait continué d’exercer sa fonction éminente malgré sa grave maladie ? Faut-il être « politiquement correct », donc de gauche, pour être publié sur Jewpop ?

Alain Granat qui évoque « RadioCourtoiJ », un jeu de mot évoquant Radio Courtoisie, média souvent classé à droite ou à l’extrême-droite.

Où est l’appel à la haine ? Il y a un appel à l’action, mais sans aucune précision sur celle à mener. Par contre, le texte d’Alain Granat est d’une rare agressivité. « On ne tire pas sur une ambulance », avait pourtant écrit la journaliste Françoise Giroud.

Et, dans un autre domaine, Alain Granat s’est-il indigné du discours de l’actuel grand rabbin de France Haïm Korsia, le 6 septembre 2015, lors de la cérémonie en mémoire aux martyrs de la Déportation, invitant à un « sursaut civique et humain« , à « des gestes forts » en faveur de l’accueil des « migrants » ? En quoi était-il « civique » d’accueillir des immigrés en situation irrégulière, originaires d’États inculquant dès le plus jeune âge l’antisémitisme à leurs habitants ? Des « gestes forts », c’est moins grave qu’une « réaction radicale » ?

Gabriel Farhi
Gabriel Farhi a fondé l’AJTM (Alliance pour un judaïsme traditionnel et moderne) représenté par la synagogue parisienne Beth Yaacov. Il est le fils du rabbin Daniel Farhi, qui dirigea le MJLF (Mouvement juif libéral de France).

Le 5 juin 2016, sur Judaïques FM, Gabriel Farhi, rabbin de la communauté Beth Yaacov et aumônier israélite des hôpitaux, a exprimé son dégoût face aux propos de l’ancien grand rabbin de France et « une certaine clémence considérant l’état de santé de l’ancien grand rabbin de France en lui reconnaissant une certaine constance sur le sujet ». Dans l’article L’Homophobie n’est pas une opinion sur son blog :

Vous souvenez-vous de Shira Banki ? C’était cette jeune fille de tout juste 16 ans qui défilait le 30 juillet dernier lors de la Gay Pride à Jérusalem. Un homme, prétendument religieux, s’est jeté sur elle et l’a poignardée à mort. Elle a succombé à ses blessures trois jours plus tard. La veille de son passage à l’acte le meurtrier faisait part de sa haine à l’encontre des homosexuels sur les ondes d’une radio israélienne. Pourquoi ce rappel alors que nous n’avons pas encore atteint la date anniversaire ? Parce que d’autres propos, similaires, ont été entendus cette fois-ci sur les ondes françaises de nos voisins d’antenne Radio J. Le Grand Rabbin Sitruk, ancien Grand Rabbin de France, a exprimé avec « violence » je reprends ses propos toute sa désapprobation de la tenue le jour même de la Gay Pride à Tel Aviv vendredi dernier. Joseph Sitruk « crie son indignation dans des termes radicaux et violents ». L’homosexualité est une « abomination » et une « catastrophe ». C’est même une « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël ». Face à un tel péril, Joseph Sitruk en appelle aux auditeurs de Radio J en leur demandant de « réagir de façon radicale à une telle abomination »…

Comment un ancien grand rabbin de France pour lequel il nous est demandé de prononcer régulièrement des Psaumes face à son état de santé critique peut-il dans un sursaut, d’une voix chancelante, tenir de tels propos ? … On ne peut faire le reproche à Joseph Sitruk de son ultra-orthodoxie et de sa lecture littérale de la Torah. Mais a t-il vu le monde évoluer ? A t-il entendu parler de Shira Banki ? Sait-il qu’en tant que maître il a des disciples qui entendront cet appel à une réaction « radicale » comme un appel au meurtre des homosexuels. Sait-il enfin qu’en France les propos homophobes sont pénalement punis par la justice ?

Curieusement, Gabriel Farhi fuit le dialogue sur la position du judaïsme sur l’homosexualité pour se réfugier dans l’émotion vertueuse, voire dans la menace procédurière.


Delphine Horvilleur
Sur son compte Facebook, Delphine Horvilleur, femme rabbin du MJLF, a invité le 5 juin 2016 à relire le numéro de Tenoua sur l’homosexualité, tout en rappelant la mémoire de Shira.

Antoine Strobel-Dahan, rédacteur-en-chef de Tenouaa publié sur le site de la revue du (MJLF), un texte intitulé Homophobie condamnant la chronique objet de la controverse. Il consacre environ la moitié du texte à l’assassinat de Shira Banki en 2015 et de Rabin. Il oriente les lecteurs vers le numéro 60 de la revue consacré à la position du judaïsme sur l’homosexualité. Il publie l’enregistrement audio des interventions du grand rabbin, de Serge Hajdenberg et de Guy Rozanowicz, secrétaire général de la radio évoquant des « propos dangereux », sur Radio J.

Caroline Fourest

Dans sa chronique du 6 juin 2016 sur France Culture intitulée L’appel à haine du rabbin Sitruk, Caroline Fourest, journaliste qui ne cache pas son homosexualité, a fustigé le grand rabbin Sitruk qualifié d' »intégriste ». À tort, elle a allégué que l’homosexualité serait une « obsession » du chroniqueur, et l’homosexuel un « nouveau bouc émissaire ». Combien de textes sur ce thème par ce chroniqueur de Radio J ? 5, 10 sur des centaines ? Plus ? Moins ? Et Caroline Fourest de conclure sur l’impératif de condamner l’ancien grand rabbin. Les mêmes qui « sont Charlie » refusent la liberté d’expression à ceux ayant un avis distinct du leur ?! Ce « politiquement correct » conduit à la censure, à une société totalitaire.

« Le rejet de l’homosexualité est un classique des religieux conservateurs mais si on ne s’en n’émeut plus, on le légitime, et à force de le légitimer, il ne faut pas s’étonner que des fous de Dieu, (…) finissent pas exécuter ce qu’ils pensent être un ordre divin », a poursuivi la journaliste. N’importe quoi. Plus de huit millions d’habitants, dont 6,1 millions de Juifs, vivent en Israël, et aucun homosexuel n’y a été assassiné. C’est tellement plus facile, et prudent, de condamner un grand rabbin de France malade que la persécution des homosexuels par l’Autorité palestinienne, ou par divers pays musulmans.

« Ce sont les propos de Joseph Sitruk, qu’il faut abréger », a conclu Caroline Forest. Comment ? Par une réaction « radicale » ?

En 2014, Caroline Fourest avait déjà consacré une tribune au guet, divorce juif, mais en prenant une certaine liberté par rapport aux faits. En 2008, elle avait aussi publié dans Charlie hebdo un article à charge contre le grand rabbin Joseph Sitruk, sans lui donner la parole. En 2012, elle a allégué à tort que la France aurait exterminé « six millions de Juifs » (sic) lors de la Deuxième Guerre mondiale, et déplorait l’insuffisante culture générale en France. Elle souhaite limiter la liberté sur Internet, et précisait : « La haine raciste est la seule limitation à la liberté d’expression ». Apparemment, l’ex grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk ferait partie, selon elle, de ces « haineux » qu’il serait bon d’assigner en justice à fin de condamnation pénale. Et dire qu’elle enseigne à Sciences Po « Faire ou défaire société : différents modèles face aux contestations de la démocratie » !

Réseaux sociaux

Jean-Daniel Flaysakier, journaliste-médecin, l’AJC (American Jewish Committee) Paris représentée par Simone Rodan-Benzaquen, Raphaël Glucksmann, Yael Mellul, avocate, Frédéric Haziza, journaliste… La condamnation est unanime : « propos homophobes », « extrémiste », « inacceptables appels à la violence ». Combien ont entendu la chronique ayant suscité le controverse ? On ignorait l’audience si exceptionnelle de la chronique hebdomadaire sur Radio J, vers 7 h 50, de l’ex-grand rabbin de France.

Frédéric Haziza anime une des rares émissions de radios françaises juives à avoir atteint une dimension nationale : le Forum dominical de Radio J. Il collabore aussi au Canard enchaîné et à La Chaîne parlementaire. En mars 2011, il avait invité Marine Le Pen, présidente du Front national (FN). Ce qui avait suscité l’indignation de responsables communautaires et la division au sein de la direction de la radio. Radio J avait rapidement décidé de ne pas l’accueillir dans son Forum. Pour Frédéric Haziza, liberté devrait être donnée à Marine Le Pen, mais pas à l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk.

Le 4 juin, Frédéric Haziza a twitté : « Propos du GR Sitruk inacceptables. L’homophobie est un délit, une forme de racisme ». On ignorait que les homosexuels constituaient « une forme de race ». Une phrase qui n’a pas choqué les « belles âmes ».

C’est curieux : les mêmes qui exhortent à accepter la différence, l’autre, sont les premiers à condamner celui qui affirme le même impératif, et au premier lieu de l ‘altérité, la différence sexuelle.

« En qualifiant la Gay Pride de Tel Aviv de « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël », et en appelant à réagir « de façon radicale à une telle abomination », l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruck a-t-il réalisé la gravité des paroles qu’il a tenues hier sur Radio J ? », s’est indigné Sacha Reingewirtz, président de l’UEJF, qui a dénoncé les propos de l’ancien grand rabbin de France. C’est le même qui a refusé de rencontrer Naftali Bennett, alors ministre d’un gouvernement issu d’élections démocratiques en Israël.

« Je préfère cette photo aux propos haineux prononcés par Sitruck. Elle rassemble alors les propos peuvent tuer », a twitté Gil Taieb le 4 juin  2016. Ce membre du Conseil du Consistoire israélite de Paris Île-de-France a refusé d’aider le Dr Lionel Krief, médecin nucléaire juif français qui lutte contre sa mort socio-professionnelle. Tout comme l’AJC France. La solidarité avec les homosexuels prévaut sur celle avec les Juifs ? Gil Taieb entamera-t-il des démarches au sein du Consistoire contre Haïm Sitruk ?

Beit Haverim

« C’est bien l’unité de la communauté dans son ensemble que vous avez compromise », a déclaré Alain Beit, président de l’association juive LGBT, Beit Haverim, à Haïm Sitruk. Depuis quand « la communauté juive » est-elle unie ? Même pas pour défiler contre l’antisémitisme en 2002. Récemment, Serge Klarsfeld a manifesté son opposition à la conférence à laquelle participait l’essayiste Eric Zemmour car elle se tenait à la grande synagogue de la rue des Victoires. Jusqu’où ces dirigeants associatifs iront-ils dans des atteintes à nos libertés fondamentales ? La chronique du grand rabbin Joseph Haïm Sitruk a-t-elle été instrumentalisée dans une offensive impitoyable contre le judaïsme orthodoxe, consistorial ?

Alain Beit a l’intention d’assigner en justice Haïm Sitruk pour « incitation à la haine ». Alain Beit va-t-il assigner aussi Tenoua qui diffuse le podcast de la chronique litigieuse ou Frédéric Haziza pour son tweet ? Vraisemblablement non, en raison notamment de la proximité avec le MJLF, Et Alain Beit poursuivrait quels propos ? Un mot traduit en français ? Une opposition à la Gay Pride ? Vous imaginez une audience avec un septuagénaire respectable se déplaçant difficilement, arborant au revers de sa veste l’insigne de commandeur de la Légion d’Honneur, et peinant à répondre aux questions de magistrats ou d’avocats ? Et un juge de ces « territoires perdus de la justice« , si réjoui de voir des Juifs se disputer, oserait condamner la Bible, le judaïsme, ou la traduction d’un mot hébreu en « abomination » – vocable utilisé aussi pour désigner l’adultère -, voire le terme « radical » ? Est-ce ce que visent des homosexuels revendiqués et leurs soutiens ? Cette audience judiciaire risquerait de se tourner à leur désavantage dont il donnerait une image inquiétante. Leur vrai visage ? Entre deux identités – juif et homosexuel – laquelle prévaut au sein du Beit Haverim ?

Le ridicule tue aussi.

Le 18 décembre 2015, présidée par Alain Bourla, la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de Grande instance de Paris a condamné Christine Boutin, ancienne ministre et ex-présidente du Parti chrétien démocrate, à 5 000 euros d’amende pour « incitation et provocation à la haine et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle », en l’occurrence envers les homosexuels. Le « tribunal correctionnel a été au-delà des réquisitions du procureur, qui avait réclamé à l’audience fin octobre une amende de 3 000 euros à son encontre. Christine Boutin a également été condamnée à verser 2 000 euros de dommages et intérêts à chacune des deux associations, Mousse et Le Refuge, qui s’étaient constituées parties civiles ». Dans un entretien au magazine Charles (2 avril 2014) et intitulé « Je suis une pécheresse », Christine Boutin avait déclaré : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n’est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné ». « Ce que l’on entend dans vos propos, c’est que les homosexuels sont une abomination », avait résumé le procureur, indiquant que le parquet avait reçu 500 plaintes de particuliers outrés après sa déclaration ». Qui on ? Est-on condamnable en fonction de la perception, variable selon les individus, de ses propos ? L’avocat de Christine Boutin « avait plaidé la relaxe, estimant que sa cliente était jugée pour « une opinion ». Il lançait alors : « Votre décision aura des conséquences énormes sur la liberté d’expression. Si vous suivez les réquisitions du procureur, alors il faut saisir la Bible ! » « Mon opinion s’inscrit dans la tradition chrétienne. Mais je suis une femme directe, j’essaye d’être en accord avec mes convictions profondes mais cela ne veut pas dire que je condamne les personnes homosexuelles. Je ne pensais pas blesser avec ce mot. Depuis, je ne l’ai pas redit », avait déclaré l’ancienne députée des Yvelines, en faisant part de ses regrets. Le procureur avait déclaré en audience devant un public essentiellement composé de soutiens des parties civiles : « Nous ne sommes pas dans la simple expression d’une opinion, c’est une stigmatisation publique. » En rappelant que la loi condamnant l’incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle avait été votée en 2004, il a ajouté : « Il n’y a pratiquement pas de jurisprudence, c’est la raison pour laquelle votre décision est attendue ». Un jugement inquiétant pour la liberté d’opinion et de culte.

Beit Haverim va-t-il ajouter une jurisprudence à ce jugement lourd ?

Haïm Korsia

Le 8 juin 2016, interrogé par Laetitia Enriquez pour Actualité juive hebdo, le grand rabbin de France Haïm Korsia a dit « comprendre que les propos du grand rabbin Sitruk aient pu choquer, plus particulièrement dans le contexte de l’horrible assassinat perpétré l’an dernier dans un même défilé qui se déroulait à Jérusalem… Mais je connais bien le grand rabbin Sitruk, et je peux vous assurer que ses propos ont largement dépassé sa pensée, et qu’ils ne correspondent pas à ce que le grand rabbin Sitruk a construit d’humanité tout au long de sa carrière ».

Et de poursuivre : « Il faut être autant rigoureux avec soi-même qu’il faut être généreux et bienveillant envers les autres. C’est là la grandeur du judaïsme et c’est ce que le grand rabbin Sitruk m’a lui-même appris tout au long de ces années que j’ai passées à ses côtés. Si le mot abomination est bien la traduction du mot qu’emploie la Torah au sujet de l’homosexualité, pour autant, la Torah ne parle pas de condamnation humaine. Chacun doit au contraire accueillir l’autre dans le respect de son intimité et, de façon plus générale, en œuvrant en faveur de la lutte contre les discriminations, y compris contre l’homophobie. Or, en matière de lutte contre les discriminations, le grand rabbin Sitruk a toujours été à l’avant-garde de tous les combats menés par la société française au cours de ces trente dernières années ».

Le grand rabbin Korsia « assure en outre que son prédécesseur n’avait pas mesuré le risque d’interprétation d’appel à la violence de ses mots sur d’éventuelles actions radicales de qui que ce soit », car « le grand rabbin Sitruk a toujours affirmé que celui qui commet un crime au nom de l’Éternel, commet un crime contre l’Éternel ».

D’un grand rabbin de France, de l’auteur d’un essai sur le judaïsme et la sexualité, on attendait une réaction d’une autre nature. Le long silence de Haïm Korsia sur la polémique née des propos du grand rabbin dont il a été le conseiller spécial intrigue et s’avère éloquent. Une piste explicative peut être trouvée dans un droit de réponse de Me Alex Buchinger publié par Actualité juive (n° 1394, 9 juin 2016). Cet avocat avait été pris à partie par le rabbin Gabriel Farhi dans cet hebdomadaire (1er juin 2016), dans un texte intitulé Le grand rabbin de France n’est pas libéral. Me Alex Buchinger écrit : « En tant que secrétaire rapporteur de l’ACIP » (Association consistoriale israélite de Paris), « je suis l’interlocuteur de ses salariés. Plusieurs rabbins consistoriaux m’avaient fait part de leurs préoccupations du fait de la place prise de plus en plus grande, par les dirigeants du mouvement libéral aux côtés du grand rabbin de France, et ce, au détriment de l’institution consistoriale ». Cet avocat affirmait sa conviction que le grand rabbin Korsia n’était pas libéral.

Même silence de la part du grand rabbin de Paris Michel Gugenheim.

Aucun rabbin, consistorial ou libéral, n’a indiqué, dans un communiqué de presse ou un post, la position du judaïsme sur l’homosexualité afin d’éclairer, d’informer, Juifs et non-Juifs. Aucun n’a fait ce travail indispensable de pédagogie. Ce qui aurait pu aussi mettre un terme à la polémique. Seul le rabbin Raphaël Sadin, Roch Kollel du Kollel Elicha dans le quartier de Bayit Vegan, à Jérusalem (Israël), a soutenu vers le 22 juin 2016, sur EspaceTorah.com, le grand rabbin Sitruk, et présenté de manière didactique la position du judaïsme sur l’homosexualité.

Rappeler la position du judaïsme sur l’homosexualité aurait également risqué de s’aliéner ce mouvement juif libéral et d’écorner l’image du grand rabbin de France Haïm Korsia.

L’affaire Bernheim a aussi marqué les rabbins français et les a incités à la prudence à l’égard de l’homosexualité. La position de Gilles Bernheim, alors grand rabbin de France, contre le mariage entre homosexuels, promu alors par le président François Hollande et le gouvernement socialiste, s’avère à l’origine de la découverte publique de sa fausse agrégation et de ses plagiats, ainsi que de la fin de sa fonction éminente. Nul Juif ne peut seul s’opposer au pouvoir politique en France. Une leçon bien comprise.

Pauline Bebe

Sur le Huffington Post, Pauline Bebe, première femme rabbin de France, a publié le 9 juin 2016 une lettre ouverte au grand rabbin Joseph Sitruk intitulée « J’ai été scandalisée lorsque j’ai pris connaissance des propos que vous avez tenus sur les ondes de la communauté à la veille de shabbath dernier » :

« Vous qui êtes rabbin, vous ne pouvez pas ignorer le pouvoir des mots, cette phrase des Proverbes (18, 21): « La vie et la mort sont entre les mains de la langue » et son interprétation talmudique (TJ Péah 1, 1) « Dites au médisant: il parle ici et il tue à Rome, il parle à Rome et il tue en Syrie ».
Ne croyez-vous pas que le fanatisme et les appels à la haine ont fait couler assez de sang sur la surface de la terre ?

Dois-je je vous rappeler ce que dit la tradition juive sur la responsabilité des dirigeants dont les propos ont une influence plus grande sur ceux qui les écoutent ? « Avtalion disait: Sages, mesurez vos paroles » (M. Avoth 1, 11).
Vous citez la Torah, mais cette même Torah ne dit-elle pas dans la même parasha kedoshim : « Ne reste pas indifférent au danger de ton prochain » (Lev.19, 16) ?
Alors je ne peux me taire en entendant vos propos qui incitent à la haine, et si Shira Blanki (de mémoire bénie) a été assassinée, vos propos sont aussi assassins !
Monsieur le grand rabbin, en proférant ces paroles monstrueuses contre la communauté homosexuelle, vous semblez vous prévaloir de la Torah, pourtant faudrait-il établir une hiérarchie dans le domaine de l’éthique ? Il semblerait que vous effectuez un choix dans cette Torah. Continuez-vous à mettre en pratique la lapidation par exemple du « fils rebelle et insoumis (Deut. 21, 18-21) pour lequel les sages rabbins de la Tossefta (Tos. Sanh. 11) ont dit « un fils rebelle et insoumis n’a jamais existé » ?
Continuez-vous à pratiquer la polygamie qui a été interdite par une takana, un décret de Rabbenu Guershom au XIIIème siècle, refusez-vous d’établir une ketouba, un acte de mariage sous prétexte qu’il aurait été inventé par Shimon ben Shétah au premier siècle pour protéger les droits de la femme et n’existait pas dans la « Torah » ? Continuez-vous d’appliquer la peine de mort alors qu’elle a été quasi-abrogée par les rabbins du Talmud (M. Makkoth 1, 10) ? Lorsque les rabbins ont trouvé une loi injuste, ils ont eu le courage de la faire évoluer parce qu’il fallait s’assurer que la halakha, la loi juive, reste éthique.
Ainsi aucun juif aujourd’hui ne peut se targuer d’observer la Torah à la lettre et heureusement ! Et le Deutéronome (17, 9) ne nous dit-il pas qu’il faut consulter les juges de notre temps ? Lorsque cela correspond à vos propres préjugés homophobes, il faudrait écouter un verset qui est marqué par son temps et ne correspond plus à notre sens de l’éthique aujourd’hui ?
Comme les rabbins ont fait évoluer la loi sur « le fils rebelle et insoumis », nous devons faire évoluer les esprits sur ce sujet.
Monsieur le grand rabbin, l’humiliation de la communauté homosexuelle est une ‘avera, une transgression du principe fondamental d’éthique de la Torah : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lev.18, 19) ainsi qu’une incitation à la haine. Rashi sur Berakhot (20a) disait : « Dans de nombreux cas les sages ont permis de déraciner les paroles de la Torah lorsqu’il s’agit de kevod habrioth, de l’honneur dû à toute personne créée par Dieu ».
Pensez-vous que la communauté homosexuelle n’a pas droit à ce kevod habrioth, à cet honneur, qui est dû à tout être humain quelles que soient ses origines, sa naissance, son orientation sexuelle ? Feriez-vous des différences entre les créatures de Dieu ?
Alors pour donner un autre visage au judaïsme, je veux vous dire que je suis fière de faire partie du mouvement religieux juif majoritaire dans le monde aujourd’hui, réunissant près de deux millions de juifs dans 50 pays du monde qui affirme la totale égalité de leurs fidèles et qui donne aux juifs homosexuels la même place qu’aux hétérosexuels.
Je suis fière que l’Etat d’Israël organise cette marche de fierté (gay pride) alors que d’autres pays continuent de persécuter, prôner l’exclusion et la violence envers cette communauté. Je suis fière de voir des drapeaux multicolores flotter dans le ciel d’Israël aux côtés des drapeaux bleus et blancs. Je suis fière de compter de nombreuses personnes gays dans ma communauté et qu’elles puissent accéder comme tous les autres juifs à tous les rites, transmettre le judaïsme et le vivre au quotidien en portant haut l’étendard de la kedousha, de la sainteté.
Comme tous les êtres humains, ils portent en eux l’étincelle divine car quelle que soit notre orientation sexuelle, nous avons tous « été créés à l’image de Dieu, betselem elohim » (Gen.1, 27) !
La Shekhina (Présence Divine) pleure dès qu’un être humain en humilie un autre et pire lorsqu’il incite à la violence. Monsieur le grand rabbin, vous faites pleurer la Shekhina.
Mais je sais que chaque fois qu’un être humain reconnaîtra la dignité d’un autre, différent de lui, en le regardant droit dans les yeux et qu’il ne niera pas son héritage de la Torah et sa place légitime, entière et juste dans la tradition juive, la Shekhina séchera ses larmes ». Ce texte riche en citations, et au ton violent, révèle la mission que s’est assignée Pauline Bebe : « Faire évoluer les esprits sur ce sujet » et « faire évoluer une loi injuste ». Quel programme !

Épilogue
Le 10 juin 2016, dans sa chronique matinale sur Radio J, l’ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk est revenu sur sa précédente chronique. Il a affirmé ne pas vouloir exclure. Puis, il a souhaité aux auditeurs de « vivre un Chavouot dans la sérénité ».

Le 16 juin 2016, sur Radio J, le grand rabbin Haïm Korsia a défendu son prédécesseur – « Il a toujours défendu les libertés individuels et ceux en situation de faiblesse, et contre les discriminations » – en se plaçant uniquement sur le terrain des libertés et de la lutte contre l’homophobie : « On est dans la protection des droits de chacun. L’honneur du judaïsme est qu’à coté de Martin Luther King, des Juifs ont porté son combat… L’horrible tuerie d’Orlando [attentat terroriste contre un club homosexuel en Floride et revendiqué par un terroriste au nom de l’État islamique, Nda] est motivée par la haine. On doit combattre cette haine d’où qu’elle vienne ».

Radio J a diffusé une annonce publicitaire sur un prochain événement du Beit Haverim. Le 19 juin 2016, Guy Rozanowicz a interviewé en direct le responsable de l’association fondée en 1975 qui a regretté le silence du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) sur la chronique controversée.

Cette polémique inutile a terni l’image du judaïsme, présenté comme rétrograde et dangereux, et de ses principaux protagonistes. À lire les réactions et gloses, souvent outrancières, des représentants du mouvement juif libéral, on s’interroge sur leur respect des textes juifs.

Débat communautaire

Le grand rabbin de France Haïm Korsia a répondu favorablement à l’invitation du Beit Haverim et participa au débat Judaïsme contre toutes les discriminations, le 29 juin 2016, à 18 h 30, au Centre communautaire de Paris. Ce débat a été animé par Eva Soto et Pierre Gandus, journalistes respectivement sur Judaïques FM et Radio Shalom, et Jean-François Strouf, responsable de la communication et des projets au Centre et à l’ECUJE (Espace culturel et université juif d’Europe) et membre d’Avenir du judaïsme.

Organisée par le Centre communautaire de Paris et le Beit Haverim, le 29 juin 2016, cette réunion est ainsi présentée : « Dans la plus récente actualité comme dans les grandes tendances de la société, les questions de discrimination sont hélas à l’ordre du jour. On a parfois du mal à mettre des mots sur des actes. Après l’attentat d’Orlando, il aura fallu attendre plusieurs heures avant que soit prononcée l’expression « crime homophobe » – quid de l’absence du mot « islamiste » ? -, « aussi longtemps que pour l’expression « attentat antisémite » après l’attaque contre l’HyperCacher. Quel regard le judaïsme, comme doctrine, et ses dirigeants portent-ils sur ces discriminations ? À l’intérieur même de la communauté juive, les femmes sont-elles considérées avec équité par nos institutions ? Les homosexuels sont-ils réellement les bienvenus dans nos synagogues ? Dans quelle mesure l’orthodoxie juive dialogue-t-elle avec les autres courants du judaïsme ? « 

Selon le rabbin Farhi, ce débat avec Alain Beit, président de Beit Haverim, sera l’occasion de « réfléchir sur les discriminations, de présenter le regard du judaïsme sur les discriminations, de faire un tour d’horizon sur la place des femmes, les différents courants – loubavitch, conservateur, libéral, masorti – du judaïsme ». Une manière de noyer la question de l’homosexualité parmi des thématiques diverses. Le statut des femmes est-il comparable à celui des homosexuels ? Dans aucune synagogue on interroge les fidèles sur leur sexualité, et l’entrée à la synagogue n’est pas subordonnée à l’hétérosexualité.

L’AFP (Agence France Presse) publiait une dépêche intitulée La place des homosexuels dans le judaïsme français en débat. « C’est la première fois qu’un grand rabbin de France en exercice accepte notre invitation, qui sera aussi l’occasion de parler de plusieurs sujets qui fâchent », a expliqué à l’AFP Alain Beit, président de l’association de juifs homosexuels. Le grand rabbinat a tenu à « élargir le propos à d’autres discriminations, comme le sexisme », ainsi qu’aux relations entre le judaïsme incarné par le Consistoire israélite, traditionaliste et orthodoxe, et les courants progressistes (libéral ou massorti), confirme-t-on dans l’entourage du chef religieux de la première communauté juive d’Europe ».

L’AFP citait Jean-François Strouf qui considérait la déclaration de l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk « en contravention avec la loi : en France, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit… Ma lecture, qui est celle de la très grande majorité des Juifs pratiquants, est que ce que dit la Torah n’est jamais au service de la stigmatisation. Si quelqu’un ne veut pas respecter le shabbat, par exemple, personne ne peut le stigmatiser. Cela doit s’appliquer à tous les sujets ».

L’AFP évoquait aussi le guet, divorce juif, la « candidature d’une femme à la présidence du Consistoire central qui a été contestée par des dayanim, les juges rabbiniques ». Sur l’homosexualité, « sujet pas vraiment abordé par le Consistoire », déplore Alain Beit, « les tabous demeurent. Est-ce que les juifs homosexuels sont des parias ? Ou bien sont-ils les bienvenus dans les synagogues, traités sur un pied d’égalité au niveau des rites, avec une possibilité de « monter à la Torah » par exemple ? » D’où l’idée d’un premier débat, dont le mouvement homosexuel espère qu’il ne sera « pas un rendez-vous unique ».

Le 29 juin 2016 à 18 h 24, la page Facebook de cet événement indiquait : 17 Internautes intéressés dont moi, 15 participants et quatre invités. Parmi les participants : le rabbin Gabriel Farhi, deux journalistes d’Actualité juive hebdo – Sandrine Szwarc et Pierre Regini – et Yaël Hirschhorn, conseillère en Communication du grand rabbin de France. Bigre ! L’événement passionne…

La rare photographie publiée sur Twitter révèle une faible assistance. Lors du débat, aucun post n’a été publié sur cette page Facebook. Sur Twitter, Mikael Zenouda, président d’Act Up-Paris, a twitté quelques citations des orateurs.

Exemples : « Les discriminations contre les femmes ne tuent pas en France et dans le monde occidental, ailleurs oui envers les jeunes filles » (Haïm Korsia) – or, le « 4 octobre 2002, Sohane Benziane, 17 ans, était brûlée vive dans une cave de la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine » -, « Réprobation collective contre les maris qui ne remettent pas le guet à son ex femme, symbole d’asservissement de la femme » et « Place des femmes : aucune limitat° à l’accès à l’étude, mais pr rabbinat : posit° libérale non partagée par le judaïsme orthodoxe » (Korsia), « Il y a déjà un placard dans une synagogue, n’en rajoutons pas un 2eme » (Beit Haverim). Quoi de neuf ? Rien.

Ultime tweet de Mikael Zenouda à 20 h 54 à la fin du débat : « Rencontre korsia / beit : questions du public, aucune femme n’a eu la parole. @labarbelabarbe se frotterait les mains ». Puis, Mikael Zenouda s’est ravisé et a interpellé Haïm Korsia sur ce fait. À 23 h 54, il a interrogé : « Je n’ai tjrs pas compris votre conception différente de l’homophobie, condamnable et d’être contre l’homosexualité, acceptable ».

Par ce débat entre personnes partageant peu ou prou les mêmes idées, le grand rabbin Haïm Korsia a poli son image en « rabbin-prônant-l’ouverture-et-la-tolérance » par un discours convenu. Fiasco ?

Curieusement, Actualité juive hebdo (n° 1398, 7 juillet 2016) a publié un article d’une demi-page présentant de manière louangeuse ce débat. « Sans précédent également étaient à la fois la teneur et la fermeté des propos tenus car, avec audace, si ce n’est courage, la plus haute autorité religieuses du judaïsme français a martelé que l’homophobie est d’abord un délit pénalement condamnable et que « l’homophobie n’a absolument pas sa place dans le judaïsme, ni à la synagogue, ni à l’école juive », a écrit Sandrine Szwarc. Cette « plus haute autorité religieuse du judaïsme français » a-t-elle défini l’homophobie ? Où est son courage ? Le Code pénal définit-il l’homophobie ? Cet article illustre l’écart abyssal entre un média communautaire et un regard extérieur critique.

Ce « débat » est révélateur d’un manque ou d’un refus de lucidité de dirigeants communautaires sur l’urgence de défendre les Juifs spoliés sous un « gouvernement des juges », telle la sexagénaire Eva Tanger, qui affronte aussi des problèmes liés à son divorce religieux (guet), et sur laquelle pèse une menace d’expulsion alors que le fond du dossier est en cours d’examen. Au lieu d’affronter le pouvoir politique, le grand rabbin Korsia, qui n’a pas aidé le Dr Lionel Krief victime de spoliations et d’antisémitisme, a tenu des propos creux similaires à ceux énoncés lors de sa campagne électorale en 2014 et depuis son élection. Au mieux, aucun intérêt. Au pire : lamentable.

Décès

Né en 1944 à Tunis, l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk (z »l) est mort le 25 septembre 2016, à 71 ans. J’adresse mes condoléances à sa famille.

En 1990, quelques jours après la profanation du cimetière juif de Carpentras, Joseph Sitruk, alors grand rabbin de France, s’était rendu dans un réunion qu’il avait conclue par ces mots : « Je perçois votre émotion. Je la comprends. J’y suis sensible. Permettez-moi de vous raconter une histoire que m’a relatée un de mes étudiants. Celui-ci a vu ces trois inscriptions sur un mur de l’université hébraïque de Jérusalem : « Dieu est mort », signé Nietzsche ». Au-dessous, quelqu’un avait écrit : « Nietzsche est mort », signé Dieu ». Et au-dessus de cette inscription, une troisième personne avait conclu : « Le peuple juif est vivant ! »

Radio J quarantenaire
Le 7 mai 2017, Radio J a invité le Beit Haverim à l’occasion du quarantenaire de sa création. A été notamment évoqué le refus du CRIF d’accepter l’association Beit Haverim comme association membre.

Pour cet anniversaire, le Beit Haverim a édité le livre Judaïsme et homosexualité. « Ce livre militant fait un bond en arrière de 40 ans pour expliquer comment une poignée de Juifs ashkénazes, en 1977, ont décidé de créer ce groupe embryonnaire qui deviendra le Beit Haverim. Traversant les décades, l’association n’a cessé de lutter pour la reconnaissance des droits des homosexuels. Quelles sont les clés qui permettent d’assumer son identité juive quand on est gay, lesbienne ou trans ? Comment la communauté juive, par l’intermédiaire de son grand rabbin de l’époque, a joué un rôle majeur pour tenter d’empêcher le mariage pour tous ? Malgré les pressions traditionnalistes, les couples de même sexe sont de plus en plus décomplexés et renouent avec une valeur chère au judaïsme, le désir de transmission, en devenant parents. Ces avancées ne peuvent malheureusement pas cacher l’homophobie d’une partie de la communauté (d’ailleurs dans le déni à ce sujet). Pourtant, le meurtre de Shira Banki à Jérusalem, puis les violents propos de l’ex-grand rabbin de France, Joseph Sitruk, interpellent. Face à tous ces tumultes, le Beit Haverim reste une oasis permettant à ses membres de maintenir un lien avec le judaïsme sans avoir à se cacher ou à craindre le regard des autres. Il n’existe pratiquement aucune bibliographie en langue française sur le thème Judaïsme et homosexualité. Cela n’est pas étonnant car les institutions juives pratiquent depuis des années une politique de l’autruche sur ce sujet en niant ou négligeant l’existence du problème. Cependant, notre position de double minorité demeure très inconfortable car nous, homosexuels juifs, « pesons » peu au sein de la communauté. De fait, très peu d’efforts sont faits pour notre inclusion ; les représentants de nos institutions semblent n’avoir tiré aucune leçon de notre statut de minorité, refusant de nous accorder un statut, ce dont ils ont eux-mêmes souffert. Pourtant, le judaïsme enseigne de ne pas faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’il nous fasse. Alors que les rabbins libéraux et massortis échangent avec nous depuis assez longtemps, les rabbins du Consistoire refusent pour la plupart de s’afficher avec nous. Il a été extrêmement difficile de trouver un rabbin du Consistoire qui accepte d’écrire pour le livre. Nous regrettons d’ailleurs que l’actuel grand rabbin de France ait décliné notre invitation alors qu’il est sensé représenter tous les Juifs. L’objet de ce livre est donc de réparer ces lacunes en présentant une analyse des rapports entre judaïsme et homosexualité, afin de favoriser l’émergence de pistes d’inclusion des personnes LGBT juives dans la communauté pour la prochaine décennie ».

Le Beit Haverim organise aussi une série d’événements en 2017 : conférence, etc.

S’il a participé à la Gay Pride à Paris lors de chabbat, le Beit Haverim défend l’État d’Israël accusé notamment de pinkwashing, c’est-à-dire de promouvoir par des actions de marketing son image gay-friendly, de tolérance à l’égard des homosexuels via la Gay Parade de Tel Aviv.

Fabien Azoulay

C’est un twitt publié le 10 avril 2021 par Mikaël Journo, rabbin de la communauté de Chasseloup-Laubat à Paris (75015) et alors candidat au poste de grand rabbin de France, qui a révélé à beaucoup d’Internautes et publiquement l’incarcération en Turquie du Franco-américain juif Fabien Azoulay, âgé de 43 ans.

Le 27 février 2018, Fabien Azoulay avait été condamné par la Cour d’assises d’Istanbul à 16 ans et 8 mois de prison, pour avoir acheté en 2017 du GBL, un produit rendu illégal en Turquie six mois auparavant. Un achat effectué sur un site Internet, par carte bancaire, depuis Istanbul où ce quadragénaire se trouvait dans le cadre d’un tourisme médical (opération d’implants capillaires).

Le GBL (gamma-butyrolactone) est un produit chimique utilisé initialement comme un solvant industriel. « Utilisé comme stimulant sexuel ou excitant dans les clubs parisiens, le GBL, une fois entré dans l’organisme, se change en GHB, un anesthésiant utilisé en médecine et surnommé « drogue du viol ». Si cette substance se fait plus discrète depuis 2018, lorsque les autorités et le milieu de la nuit parisienne ont tiré la sonnette d’alarme, cela n’empêche pas sa consommation de perdurer, principalement dans des cadres privés. » Une overdose de GHB induit un coma ou le décès du consommateur.

Depuis sa condamnation, le quadragénaire a « été transféré à la prison de Giresun, à huit cents kilomètres d’Istanbul, ce qui rend les visites de ses proches impossibles. Son isolement est total ».

« Incarcéré depuis le 16 septembre 2017, il a été victime de violences aggravées commises par un codétenu, qui lui a infligé des brûlures en raison de son homosexualité et de son appartenance à la religion juive. Il est constamment l’objet d’intimidations et de harcèlement en vue de sa conversion à l’Islam »

Les avocats de Fabien Azoulay, dont Me François Zimeray, ont souligné l’innocence de leur client. En mai 2019, ils ont demandé son transfert, « une procédure complexe ». « La demande de transfèrement de Fabien n’a connu aucune évolution depuis bientôt novembre 2019. Selon ses avocats, Maîtres Carole-Olivia Montenot et François Zimeray : « Nous ne méconnaissons pas ce qui fait que les relations sont distendues entre la France et la Turquie, mais il n’est pas admissible que Fabien Azoulay en fasse les frais. Nous appelons au sens des responsabilités de part et d’autre pour qu’une solution humanitaire soit trouvée et qu’il soit transféré en France. »

Des institutions juives françaises, dont le CRIF et le B’nai B’rith France, se sont mobilisées en faveur de Fabien Azoulay.

Dans une lettre au président de la République Emmanuel Macron, les avocats de la famille de Fabien Azoulay ont alerté sur la condition dramatique du condamné dans une geôle turque. Ils y ont dénoncé « une audience expéditive et une condamnation anormalement lourde. Fabien est désespéré et ses jours sont en danger ».

Lancée par David Benaym, la pétition « Transférez Fabien Azoulay incarcéré en Turquie, harcelé, torturé car français, Juif et gay » a recueilli 120 189 signatures au 18 août 2021. Sous-titre : « Le Midnight Express de Fabien Azoulay, incarcéré en Turquie ». Cette pétition rappelait les faits et exhortait à transférer Fabien Azoulay dans une prison française. « La famille considère que le risque que Fabien attente à ses jours est réel. Elle compte sur l’implication du président Macron, désormais personnellement informé de la situation, pour mettre un terme à cette situation ».

Les présidents français et turc se sont entretenus pendant 45 minutes en tête-à-tête avant le début du sommet de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique nord) le 14 juin 2021, à Bruxelles (Belgique). Le président de la République Emmanuel Macron a twitté :

« J’ai pu évoquer le cas de notre compatriote Fabien Azoulay. Les conditions d’un transfèrement rapide avancent et je l’espère nous permettront d’aboutir dans les meilleurs délais. La discussion de ce matin produit des résultats d’ores et déjà utiles ».

Le 17 août 2021, sa mise à l’écrou a été signifiée à Fabien Azoulay qui a été incarcéré à la maison d’arrêt de La Santé.

« Quand l’administration [Quai d’Orsay ou ministère des Affaires étrangères, Ndlr] se retrouve dans une situation d’inertie, il n’est pas de meilleure arme que la mobilisation de l’opinion publique. La mobilisation a permis que les deux présidents, français et turc, se parlent. Les choses ont pu s’améliorer très rapidement », a déclaré Me Carole-Olivia Montenot, avocate de Fabien Azoulay, sur Radio J, le 18 août 2021.

Elle a demandé pour son client un accompagnement psychologique et par l’aumônier de La Santé. Elle a déploré que le parquetier ait interdit à Xavier Azoulay de voir son frère revenu de Turquie. Elle a remercié ceux qui se sont mobilisés en faveur du transfèrement.

Elle a annoncé qu’elle allait déposer pour son client des demandes de permis de communiquer, et une requête en adaptation de la peine turque pour importation de produit stupéfiant au droit français : recel de vente de GBL, une infraction punie d’une peine d’emprisonnement de cinq ans. Devrait suivre la « libération quasi-immédiate » de Fabien Azoulay, compte tenu des quatre années d’emprisonnement déjà effectuées.

 

Cet article a été publié le 8 juin 2016, puis les 25 septembre 2016 et 8 mai 2017.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Escrito por José Ernesto Nováez Guerrero 

Los cubanos vivimos la jornada del 11 de julio con asombro, tensión e incertidumbre. Lo que inició con una protesta en el municipio de San Antonio de los Baños, en la provincia de Artemisa, se extendió rápidamente por el país, llevando a que muchos saliéramos a las calles para defender proyectos de país muchas veces contrapuestos.

Entender los sucesos en toda su complejidad resulta fundamental para el futuro de la isla. Lo ocurrido evidencia fracturas y retos que es necesario, como pueblo, asumir y resolver para evitar escenarios de una mayor escalada de tensiones.

En primer lugar está la crisis económica y sanitaria generada por la pandemia del Covid-19 a escala mundial y que ha golpeado duramente a todas las economías, en especial a las más pobres. En Cuba, con una economía constantemente tensionada por el bloqueo de Estados Unidos y un subdesarrollo estructural que no ha sido posible superar, ese impacto se ha visto reforzado.

Como consecuencia, se ha creado un escenario de desabastecimiento, ajustes, distribución racionada de los bienes de consumo básicos, escasez de fármacos e irregularidad en los servicios, lo cual contribuye a complejizar de sobremanera el día a día del cubano común. Por si fuera poco, en semanas recientes ha habido una nueva ola de contagios sin precedentes en el país que ha congestionando los servicios sanitarios en casi toda la isla y llevando a nuevas medidas restrictivas en un intento de las autoridades por frenar el aluvión de nuevos casos.

Para entender el estallido del domingo 11, es preciso tener en cuenta la estrategia sostenida de subversión del orden interno en Cuba por parte del gobierno de Estados Unidos. Esta estrategia, que se remonta a los inicios de la Revolución, ha transitado por diversas fases, que incluyen el apoyo a la contrarrevolución armada interna en los primeros años de la década de los 60, los atentados y sabotajes contra infraestructuras de servicios o productivas, la introducción de virus y enfermedades, como la fiebre porcina y el dengue hemorrágico.

Con los años se ha ido acrecentando y perfeccionando el mecanismo de sanciones orientadas a ahogar cualquier vía de liquidez para la economía cubana. Estas medidas, cuyo carácter extraterritorial Cuba y la Asamblea General de Naciones Unidas han condenado en numerosas ocasiones, contribuyen a dificultar significativamente la dinámica interna del país, sirviendo como aliciente para crear insatisfacción social.

La irrupción de las redes sociales en la cotidianeidad de los cubanos aporta otro elemento a esta estrategia de subversión. Dichas redes son empresas privadas capitalistas con claros compromisos ideológicos con la élite mundial, son actores políticos de subversión probados en numerosos escenarios internacionales. Baste recordar su papel en las revoluciones de colores o en la llamada primavera árabe. En nuestro continente podemos destacar su función en el golpe de Estado en Bolivia en 2019.

El analista español Julián Macías Tovar demostró cómo se construyó y magnificó mediante bots la etiqueta SOSCuba, involucrando a famosos y logrando generar estados de opinión que promovieran la inestabilidad en el país. También se han usado intensivamente fake news y fotos y videos orientados a crear la matriz de que existe una gran inestabilidad interna y que la policía ha sido represiva. En esta campaña de asalto simbólico lo menos importante es la verdad, sino el rédito a corto plazo en materia de lograr acciones y reacciones en lo nacional e internacional.

En este sentido, se pretenden manipular los hechos recientes para colocar en la agenda política estadunidense el tema de una invasión militar “humanitaria”, apelando a un supuesto colapso interno.

Para los cubanos en la isla lo ocurrido el 11 de julio plantea retos y contradicciones que debemos resolver como sociedad para garantizar un desarrollo armónico. El más importante es cómo lograr mayor grado de democracia y participación popular sin fracturar la unidad nacional, que tan importante ha sido para enfrentar la agresión constante de EU. Y como extensión de este está el de cómo construir sólidos vínculos entre la nación y la emigración, de forma tal que esta última no acabe actuando como instigadora de la agresión y persecución en contra de su país natal.

Es preciso lograr una penetración social más profunda de las estructuras de participación y asistencia social creadas por la Revolución. Entre los manifestantes del 11 de julio contra la Revolución muchos sostenían posturas anexionistas, contra las que combatió José Martí, quien comprendió con total lucidez que tras esta postura política se ocultaban intereses expansionistas.

El combate contra el anexionismo, que tiene en la industria cultural miamense y los símbolos que esta fabrica sus emblemas vitales en la hora presente, es una de las tareas mayores. Pero este combate es también contra las formas ideológicas de dominación del gran capital.

Estas horas de dificultad no pueden hacernos olvidar las perspectivas que se abren para el país, sobre todo con la vacuna Abdala. Antes de finalizar agosto el gobierno estima tener inoculada a más de 60 por ciento de la gente, lo que augura un escenario de progresiva normalización de la vida en el país y de retorno del turismo, vital para la economía.

Además, alegra comprobar que Cuba nunca ha estado ni estará sola. Muchos países e infinidad de amigos de todo el mundo han alzado sus voces enérgicas en defensa de la isla rebelde.

Los que salimos a las calles el 11 de julio al grito de patria o muerte no llamábamos a dañar a nadie, expresábamos la convicción de defender con nuestra vida aquello en lo que creemos. A pesar de la imagen que desde los medios cartelizados y las redes sociales se ha intentado construir, los revolucionarios cubanos no somos violentos. En Cuba se ha dialoga incansablemente, pero la línea roja siempre será la defensa de la soberanía como obra colectiva de justicia social.

Un país que se construye permanentemente en el ejercicio constante de todos los cubanos, que se crece ante las dificultades, que avanza entre el escarnio y la mentira. Un pequeño archipiélago que tuvo el atrevimiento de construir un proceso social de los humildes, por los humildes y para los humildes. Por eso, por todas estas razones y por muchas más, Cuba por siempre defendida.

* Coordinador del capítulo cubano de la Red en Defensa de la Humanidad

 

[Fuente: http://www.jornada.com.mx]