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Un roman du sensible et de la « folie curieuse » qui met en scène trois provinciales venues étudier les Lettres à Paris.

Écrit par Anne COUDREUSE

Ma meilleure amie
Fabienne Jacob
2021
Buchet-Chastel
106 pages

Fabienne Jacob avait déjà évoqué, dans Un homme aborde une femme (Buchet-Chastel, 2018), les années Campo, du nom de la station de métro la plus proche, qui avait donné le sien à un appartement communautaire meublé de bric et de broc, et habité par la narratrice de ce nouveau roman, Helga, étudiante en Licence de Lettres modernes à Paris, comme ses deux colocataires, Rosie et surtout Sambre, qui a choisi son prénom, et que l’on voit d’abord de dos, dans la vitalité de sa queue de cheval blond vénitien. Toute la première partie du roman est consacrée à la vie virevoltante de ces trois étudiantes romanesques et provinciales (elles viennent toutes les trois de la région aujourd’hui appelée Grand Est), vivant la littérature autant qu’elles la lisent et la découvrent : « Au lycée, on nous avait déconseillé les études de Lettres, ça ne mène à rien, voie de garage. Chacune pourtant avait choisi l’option garage, pressentant que ce serait une voie royale. » Elles viennent de maisons où il n’y avait pas de livres, ou si peu, et en font désormais des talismans, des mots de passe, des trésors : aussi bien ceux de la collection Poésie/Gallimard, que les romans de Marguerite Duras, l’amant de Sambre devenant un nouveau Marin de Gibraltar. Le lecteur s’enchante de cette infusion de la littérature dans le roman, qui sait aussi en percer les illusions : « Effi, notre voisine d’immeuble […], nous avait bien prévenues, les écrivains sont les hommes les plus vicieux de la création. »

« Fou curieux »

À ce trio féminin s’ajoute Anders, l’amant de Rosie, qui fait des études de sismologie. C’est peut-être pour ça que « Campo a commencé à tanguer. On avait toujours su comment résoudre l’équation 1+1+1, mais devant 1+1+2, on séchait. » Sambre part du jour au lendemain : « C’était la fin des études et l’expiration du bail de Campo. Je ne laisserai personne dire que l’entrée dans la vie adulte est le plus bel âge. » C’est sur cette citation déformée de l’incipit d’Aden Arabie de Paul Nizan que s’ouvre la deuxième partie du roman, qui contient des pages savoureuses et pleines d’humour sur les aléas professionnels d’Helga et de Rosie, et sur la fâcheuse tendance de leurs employeurs à confondre « littérature et communication, fac de Lettres et école de commerce ». Comment s’inventer sans modèle, sans « la meilleure amie » qui donne son titre au roman ? « L’amour, c’est être fou curieux, dit Flaubert. L’amitié aussi », ajoute la romancière, qui donne à sentir la qualité de cette relation à l’autre qui aide à devenir soi-même. Même quand il s’agit de s’imaginer dans sa vieillesse, le livre prodigue « cette odeur de jeunesse » que chantait Miossec dans son album Baiser (1997), mais l’auteure ne donne jamais dans la nostalgie ni dans la complaisance, et cultive une lucidité bienvenue sur la persistance des joyeux idéaux dans la vie qui vient après qu’on a dû sauter de « la falaise » : « chacun devant soi son petit carré de travail, de mari ou de femme, une perspective mesquine sur le néant. »

Sensations

À chaque page du livre, le lecteur s’émerveille d’une écriture qui est aux antipodes de cette mesquinerie et développe les sensations avec une vraie poésie dans les mots et les rythmes des phrases. Le plaisir d’être assise dans un jardin, la peau de l’homme endormi à côté de soi, les draps de lin, tout devient palpable, sensuel. Fabienne Jacob invente le moyen de faire naître son lecteur à tout un univers qu’elle lui découvre comme pour la première fois, par la grâce de sa langue et son incarnation. Est-ce parce que le français n’est pas sa langue maternelle (elle a d’abord entendu le dialecte mosellan), même si elle ne faisait aucune faute dans les dictées de l’école primaire, qu’elle la transforme en une langue neuve et infiniment vivante ? Elle semble vouloir donner à la langue conquise la qualité de la langue maternelle : « Quand on en prononce les mots, on ressent instantanément et puissamment la sensation physique. »

Ma meilleure amie est donc sans doute un livre qu’on goûte trop vite à la première lecture, et qu’il faut relire pour laisser diffuser en soi toutes ses qualités, et d’abord cette soif toujours neuve de la liberté grande.

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

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Escrito por Claudio Ferrufino-Coqueugniot
Estará en mis libros, el Fragmentos. Ya está en mis textos, en ojos, memoria y corazón. Chico Buarque y David Bowie. Ariano Suassuna desde no hace mucho, también. Firmes, Miriam y César, desde siempre y para siempre si aceptamos que el recuerdo no tiene fin.
Acaban de pintar un mural exterior. Dos afiches representativos en él, de los tiempos duros, y buenos, del año de 1996. Sodade, Cesária Évora cantaba; lo hacía Raimón. Se lo dije, en Denver, a la diva de los pies descalzos, que en un lugar lejos su música era salmo de Dios. Un par de fotografías lo atestiguan, aunque las palabras las borró la cámara siendo transparentes.
Allí Ligia aprendió a sambar. Dijo que no sabía, pero lo hacía mejor que Cartola y callé. No hay que desmentir a una bella cuyos pasos se marcan hasta en la escalera caracol al segundo piso. Dos afiches, decía, uno de la Revolución Rusa, de los grandes del avant-garde, con una mujer beligerante, belicosa, seductora y peligrosa. La imagen es de entonces, pero el póster en sí es de Rage Against the Machine, pieza de arte gráfico ya imposible de conseguir. La he visto en la entrada del Fragmentos, iracunda bajo llovizna. Quizá anunciando, como en Hesse, que la entrada cuesta la razón. Me costó, nos costó, a mucha gente; cabe aclarar que la sinrazón fue lo más dulce de esas horas tan antiguas y ambiguas hoy a la distancia, si se quiere tener lucidez en algo que jamás la necesitó. No lúcidos, pero brillantes, amantes, lúbricos y sin embargo terrestres.
En otro, la figura de Malcolm X, la misma que tenía yo colgada en la puerta de entrada de mi primer apartamento en Arlington, en la Calle Monroe, donde termina y se curva. Dos de tantos, del ulular del Normandie partiendo de Le Havre, de Mark Twain, mientras la figura enana del gran Lautrec parece un cliente más del paraíso de la cachaza y el vodka, de los fantásticos emparedados Baurú y el sabor del orégano, las alitas picantes, primeras en Cochabamba, la hamburguesa, las pastas, y el kebob de pollo cuya receta hizo fortuna de otros en Nueva York.
Pasaron Humberto Quino y Víctor Hugo Viscarra, entre tantos. Aldo Cardoso y sus modelos. Con Aldo, en la cocina, bajábamos de golpe un seco de aguardiente. La mejor caipirinha del mundo, las mejores sonrisas. Ramón Rocha Monroy escribió sobre la simpatía de las dueñas. Wilson García Mérida entraba apresurado y desaparecía. Jimmy Bermúdez le indicaba a Luis Bredow el camino de la huida. José Manuel bebía la mitad de los vasos que servía. Había baile hasta las cuatro de la mañana. A su modo, era el amanecer del mundo. Luego crecimos, maduramos hasta el aburrimiento y, como buenos adultos entramos a la brega marital, inane e interminable. Claire dejaba caer un lado del cabello para confirmar sus dotes de mujer fatal. Año Nuevo de 1997, me acuerdo. Me atrincheras detrás de una puerta y me besas. Camisa blanca un poco abierta que deja ver tu blanco seno. “La Oficina”, le decían ustedes, a ese rincón del beso… I Wish You Were Here, suena Pink Floyd, y un parroquiano ofrece un par de botellas de Huari para escuchar Shine On You Crazy Diamond. De allí partimos hacia el kilómetro 7, tal vez, cerca de Colcapirhua era, al rito de la chicha en cueca. Volvió la noche y no habíamos dormido. Debimos quedarnos despiertos hasta ayer.
Hay tantos nombres que mejor no hablar porque el olvido parece desaire y es solo tiempo pasado de treinta años entre insomnio y letargia. Magda y Huáscar. Mi hermana Picha con su eterno café, maestra de los dados en la cancha, y en Mallarmé. Cristina, que vive en Turín, el de Béla Tarr, de los piamonteses que me antecedieron en la osadía de los Ferrufino. Cristina, con quien dos décadas después hemos retomado la charla, casi el “como decíamos ayer” de Fray Luis de León, que, a su modo, cárceles también las sufrimos.
Ligia, de la eterna guerrilla, del ataque febril inesperado y lo silente clandestino.
Angélica, Edwin, la ahijada, el concilio del comino y la papa frita. La esencia del café está en su cocina, en ollas van y vienen y órdenes y confusión que siempre acaban en arreglada satisfacción de todos y el retorno, impresionante y sin pausa, de los clientes por tanto tiempo ya; más ahora, según Miriam, que el mural ha recordado lo que fue el Café Fragmentos para Cochabamba, lo que siempre será.
Café Fragmentos. Calle Chuquisaca 501, entre El Prado y Antezana. De la gloria y la fanfarria.

 

 

[Fuente: lecoqenfer.blogspot.com]

Le Lévitique condamne l’homosexualité masculine. Le judaïsme, quel que soit ses courants, accueille les Juifs homosexuels. Depuis 1977, des homosexuels français sont réunis dans l’association dynamique, Beit Haverim (« La maison des amis », en hébreu). Deux affaires récentes montrent leur situation paradoxale. Le 3 juin 2016, l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk a déploré l’homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv, lors de sa chronique hebdomadaire matinale sur Radio J. Une polémique s’en est suivie, mêlant postures « politiquement correctes », hypocrisie, crainte de s’aliéner un lobby particulièrement actif dans les milieux politiques et médiatiques, électoralisme – « vote homosexuel » dans certains arrondissements parisiens -, réactions liberticides, propos comminatoires, ignorance du judaïsme, silence rabbinique, mépris pour l’altérité, la norme et l’autorité spirituelle ou morale, clientélisme, etc. Le 17 août 2021, Fabien Azoulay a été transféré d’une prison en Turquie, où il effectuait sa peine résultant d’une condamnation pour importation d’une substance illicite, à une maison d’arrêt en France. Un transfert bénéficiant d’une mobilisation d’institutions juives françaises qu’elles ont refusée au Dr Lionel Krief, spolié.

Publié par Véronique Chemla

Le Lévitique, troisième des cinq livres de la Torah, présente la relation sexuelle entre hommes comme une « abomination » (« To’évah », en hébreu) :

« Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination« . (Lévitique 18:22)

Le Lévitique ajoute (20:13) : « L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retombera sur eux ».

Une exécution théorique car la peine de mort n’est pas appliquée : à partir de la chute du Temple, un sanhédrin ne peut pas se former pour l’énoncer.

Selon le rabbin libéral Gabriel Farhi, la prohibition de l’homosexualité masculine viserait la sodomie.” Delphine Horvilleur, rabbin du mouvement juif libéral, considère que « le texte n’est pas clair. Selon elle, il dénoncerait des relations sexuelles ayant un caractère humiliant entre hommes, mais pas la tendance homosexuelle. Quand à l’homosexualité féminine, elle serait “sans impact”.

« Gilles Berneim ancien grand rabbin de France, avait signé une déclaration contre l’homophobie, mais ce n’est jamais suivi par des actes », a déploré Alain Beit, président du Beit Haverim (« La maison des amis », en hébreu), association française créée en 1977 et regroupant des homosexuels juifs (Le Point, 25 septembre 2017).

Si l’homosexualité comme pratique est condamnée par le judaïsme orthodoxe, les divers courants du judaïsme s’accordent sur l’accueil des homosexuels. Le mouvement juif libéral américain ordonne des rabbins homosexuels. Et, en mai 2019, Daniel Atwood, âgé de 27 ans, a été le premier rabbin orthodoxe gay ordonné à Jérusalem, alors que la Yeshivat Chovevei Torah, séminaire juif libéral newyorkais, ait refusé sa semikha ou ordination après qu’il se soit fiancé à un homme.

En octobre 2020, Benny Lau, rabbin orthodoxe israélien influent du courant sioniste religieux, « a déclaré que la loi juive n’interdisait pas aux membres de la communauté LGBTQ de fonder une famille. Il a fait cette déclaration dans le cadre d’une série de directives, publiées sur sa page Facebook, à l’intention des Juifs pratiquants appartenant à la communauté LGBTQ et à leurs proches, sous l’intitulé « Être seul n’est pas une bonne chose pour l’Homme ».

Sur ce sujet large, j’aborderai deux affaires importantes : la polémique liée aux propos de Joseph Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France (1987-2008) sur Radio J en 2016, et la campagne d’institutions juives françaises unanimes visant le transfert de Fabien Azoulay, franco-américain quadragénaire gay, d’une prison turque à une prison française. Une mobilisation publique qu’ils ont refusée au Dr Lionel Krief, spolié.

Radio J
Né en 1944 à Tunis, l’ancien grand rabbin de France, Joseph Haïm Sitruk, est un chroniqueur régulier de Radio J, une des quatre radios de la fréquence juive en Île-de-France, le vendredi matin, vers 7 h 50,

Le 3 juin 2016, il a déploré l’homosexualité et la Gay Pride à Tel Aviv, lors de sa chronique hebdomadaire radiophonique qui dure quelques minutes.

Cette chronique a suscité l’hostilité générale, d’abord dans la blogosphère juive, puis légèrement au-delà. Et en plus, Joseph Haïm Sitruk a osé viser une niche touristique israélienne. Donc aucun renfort à espérer d’outre-Méditerranée. Quant aux rares sites Internet ayant défendu Haïm Sitruk tout an avançant la maladresse dans l’expression, tels JSS News et Dreuz, malheur à eux : ce fut un hallali.

Le 5 juin 2016, Serge Hajdenberg, directeur de Radio J, a expliqué sur cette radio qu’il laissait toute liberté à l’ex-grand rabbin de France Haïm Sitruk, puis s’est désolidarisé des propos tenus le 3 juin 2016 et qu’il a condamnés. Le propre du journalisme, c’est d’autoriser des opinions différentes dans le cadre de la loi. Et l’ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk a le droit de ne pas être « politiquement correct », et de rappeler la position du judaïsme orthodoxe.

En enlevant cette chronique du site de la radio – pour éviter un procès ? -, Serge Hajdenberg a rendu difficile l’étude du contenu de la chronique. Tout un chacun a réagi sur les réseaux sociaux à partir d’un mot ou d’une phrase sortis de leur contexte. Sauf s’il est parvenu à trouver le podcast sur un autre site Internet.

Guy Rozanowicz, secrétaire général de la radio, a aussi évoqué des « propos dangereux » de l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk.

Quelle est l’audience de la chronique hebdomadaire de l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk ? Alain Granat pense-t-il sincèrement qu’un internaute attentif et influençable se rendrait immédiatement à Tel Aviv pour ne serait-ce qu’exprimer son opposition morale à la Gay Pride ? Un acte violent a-t-il été commis lors de cette manifestation sous surveillance policière accrue ?

Jewpop

Dès le 4 juin 2016, sur Jewpop, le « site qui voit des Juifs partout », Alain Granat a fustigé cette chronique du 3 juin 2016, sur Radio J, de Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France, hostile à la Gay Pride. Cette chronique est absente du site de la radio de la fréquence juive francilienne.

Alain Granat a écrit :

« Le 3 juin, jour de la Gay Pride de Tel-Aviv, c’est un torrent d’homophobie qu’il a déversé en toute impunité à l’antenne de la fréquence juive, Radio J se métamorphosant alors en Radio CourtoiJ.

Une bonne chronique radio, tout comme le sermon d’un rabbin, se doit de démarrer par une accroche forte. Joseph Sitruk, malgré sa santé fragile après plusieurs AVC et la maladie qui le frappe, a conservé ses réflexes en la matière. Avec une introduction ne laissant nul doute sur la teneur à venir de ses propos, toute en empathie et compréhension pour les juifs homosexuels. L’esprit apaisant du shabbat s’annonce sur les ondes de la radio juive : « La Torah considère l’homosexualité comme une abomination et un échec de l’Humanité ». Vous nous rétorquerez que de telles paroles provenant de Joseph Sitruk n’ont rien de surprenantes. Tenant, durant ses mandats successifs de grand rabbin de France (de 1987 à 2008), d’une ultra-orthodoxie tranchant avec l’esprit d’ouverture de ses prédécesseurs les Grands rabbins Kaplan et Sirat, le contraire eût étonné.

La suite de son intervention est à l’avenant, axée sur la Gay Pride de Tel-Aviv, qui « rabaisse au rang le plus vil » Israël, « initiative de tentative d’extermination morale » de son peuple. Et concluant en beauté sur le mode djihad : « J’espère que les auditeurs écouteront mon appel au secours et réagiront de façon radicale à une telle abomination ». On se souvient de l’assassinat l’année dernière d’une adolescente de 16 ans, Shira Banki, lors de la Gay Pride de Jérusalem, par un intégriste juif. Radical.

On se pose aussi légitimement la question de la responsabilité de la direction de l’antenne de Radio J, diffusant en direct sur ses ondes des propos d’une telle violence et les cautionnant de facto par son absence de réaction. Alain Beit, nouveau président de l’association juive LGBT Beit Haverim, s’en est indigné, soulignant à juste titre que si Joseph Sitruk est dans son droit d’exprimer son désaccord avec la Gay pride de Tel-Aviv, sa chronique déborde largement de ce cadre en incitant à la haine des homosexuels.

On passera sur la « mise en onde » surréaliste de cette chronique, offrant en spectacle aux auditeurs la voix d’un homme affaibli par la maladie, entre extrait sonore d’un épisode de Star Wars et parodie d’un discours de Bouteflika. Vous êtes bien sur une radio juive. On en sourirait presque si ces propos et leur diffusion irresponsable n’étaient aussi lamentables ».

À chaque élection au Grand rabbinat de France, on nous fait le même coup : le candidat « ouvert » contre le tenant de l’orthodoxie. Orthodoxie ? Je connais le sens de ce mot. Mais que signifie « ultra-orthodoxe » ? Existe-t-il des critères pour évaluer l’orthodoxie ? Si oui, lesquels ?

Pourquoi évoquer le djihad, spécifique à l’islam ? L’interprétation par Alain Granat du mot « radical » ne repose sur aucun mot. Aucun appel à l’assassinat dans cette formulation maladroite du grand rabbin Haïm Sitruk. Par un raccourci honteux, Alain Granat enchaîne sur l’assassinat de l’adolescente israélienne Shira Banki, en 2015, par un fanatique. Que signifie « radical » ? Il existe un Parti radical de gauche. Pourquoi dénigrer ce vocable « radical » ?

Avec Jewpop, aucune voix divergente ne doit s’exprimer, même maladroitement, même d’une voix quasi-inaudible, même émanant d’une personne atteinte de maladies graves ? Alain Granat aurait-il réagi ainsi si cette chronique avait été diffusée lors des mandats (1987-2008) de cet ancien grand rabbin Joseph Haïm Sitruk ? S’est-il indigné que celui-ci ait continué d’exercer sa fonction éminente malgré sa grave maladie ? Faut-il être « politiquement correct », donc de gauche, pour être publié sur Jewpop ?

Alain Granat qui évoque « RadioCourtoiJ », un jeu de mot évoquant Radio Courtoisie, média souvent classé à droite ou à l’extrême-droite.

Où est l’appel à la haine ? Il y a un appel à l’action, mais sans aucune précision sur celle à mener. Par contre, le texte d’Alain Granat est d’une rare agressivité. « On ne tire pas sur une ambulance », avait pourtant écrit la journaliste Françoise Giroud.

Et, dans un autre domaine, Alain Granat s’est-il indigné du discours de l’actuel grand rabbin de France Haïm Korsia, le 6 septembre 2015, lors de la cérémonie en mémoire aux martyrs de la Déportation, invitant à un « sursaut civique et humain« , à « des gestes forts » en faveur de l’accueil des « migrants » ? En quoi était-il « civique » d’accueillir des immigrés en situation irrégulière, originaires d’États inculquant dès le plus jeune âge l’antisémitisme à leurs habitants ? Des « gestes forts », c’est moins grave qu’une « réaction radicale » ?

Gabriel Farhi
Gabriel Farhi a fondé l’AJTM (Alliance pour un judaïsme traditionnel et moderne) représenté par la synagogue parisienne Beth Yaacov. Il est le fils du rabbin Daniel Farhi, qui dirigea le MJLF (Mouvement juif libéral de France).

Le 5 juin 2016, sur Judaïques FM, Gabriel Farhi, rabbin de la communauté Beth Yaacov et aumônier israélite des hôpitaux, a exprimé son dégoût face aux propos de l’ancien grand rabbin de France et « une certaine clémence considérant l’état de santé de l’ancien grand rabbin de France en lui reconnaissant une certaine constance sur le sujet ». Dans l’article L’Homophobie n’est pas une opinion sur son blog :

Vous souvenez-vous de Shira Banki ? C’était cette jeune fille de tout juste 16 ans qui défilait le 30 juillet dernier lors de la Gay Pride à Jérusalem. Un homme, prétendument religieux, s’est jeté sur elle et l’a poignardée à mort. Elle a succombé à ses blessures trois jours plus tard. La veille de son passage à l’acte le meurtrier faisait part de sa haine à l’encontre des homosexuels sur les ondes d’une radio israélienne. Pourquoi ce rappel alors que nous n’avons pas encore atteint la date anniversaire ? Parce que d’autres propos, similaires, ont été entendus cette fois-ci sur les ondes françaises de nos voisins d’antenne Radio J. Le Grand Rabbin Sitruk, ancien Grand Rabbin de France, a exprimé avec « violence » je reprends ses propos toute sa désapprobation de la tenue le jour même de la Gay Pride à Tel Aviv vendredi dernier. Joseph Sitruk « crie son indignation dans des termes radicaux et violents ». L’homosexualité est une « abomination » et une « catastrophe ». C’est même une « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël ». Face à un tel péril, Joseph Sitruk en appelle aux auditeurs de Radio J en leur demandant de « réagir de façon radicale à une telle abomination »…

Comment un ancien grand rabbin de France pour lequel il nous est demandé de prononcer régulièrement des Psaumes face à son état de santé critique peut-il dans un sursaut, d’une voix chancelante, tenir de tels propos ? … On ne peut faire le reproche à Joseph Sitruk de son ultra-orthodoxie et de sa lecture littérale de la Torah. Mais a t-il vu le monde évoluer ? A t-il entendu parler de Shira Banki ? Sait-il qu’en tant que maître il a des disciples qui entendront cet appel à une réaction « radicale » comme un appel au meurtre des homosexuels. Sait-il enfin qu’en France les propos homophobes sont pénalement punis par la justice ?

Curieusement, Gabriel Farhi fuit le dialogue sur la position du judaïsme sur l’homosexualité pour se réfugier dans l’émotion vertueuse, voire dans la menace procédurière.


Delphine Horvilleur
Sur son compte Facebook, Delphine Horvilleur, femme rabbin du MJLF, a invité le 5 juin 2016 à relire le numéro de Tenoua sur l’homosexualité, tout en rappelant la mémoire de Shira.

Antoine Strobel-Dahan, rédacteur-en-chef de Tenouaa publié sur le site de la revue du (MJLF), un texte intitulé Homophobie condamnant la chronique objet de la controverse. Il consacre environ la moitié du texte à l’assassinat de Shira Banki en 2015 et de Rabin. Il oriente les lecteurs vers le numéro 60 de la revue consacré à la position du judaïsme sur l’homosexualité. Il publie l’enregistrement audio des interventions du grand rabbin, de Serge Hajdenberg et de Guy Rozanowicz, secrétaire général de la radio évoquant des « propos dangereux », sur Radio J.

Caroline Fourest

Dans sa chronique du 6 juin 2016 sur France Culture intitulée L’appel à haine du rabbin Sitruk, Caroline Fourest, journaliste qui ne cache pas son homosexualité, a fustigé le grand rabbin Sitruk qualifié d' »intégriste ». À tort, elle a allégué que l’homosexualité serait une « obsession » du chroniqueur, et l’homosexuel un « nouveau bouc émissaire ». Combien de textes sur ce thème par ce chroniqueur de Radio J ? 5, 10 sur des centaines ? Plus ? Moins ? Et Caroline Fourest de conclure sur l’impératif de condamner l’ancien grand rabbin. Les mêmes qui « sont Charlie » refusent la liberté d’expression à ceux ayant un avis distinct du leur ?! Ce « politiquement correct » conduit à la censure, à une société totalitaire.

« Le rejet de l’homosexualité est un classique des religieux conservateurs mais si on ne s’en n’émeut plus, on le légitime, et à force de le légitimer, il ne faut pas s’étonner que des fous de Dieu, (…) finissent pas exécuter ce qu’ils pensent être un ordre divin », a poursuivi la journaliste. N’importe quoi. Plus de huit millions d’habitants, dont 6,1 millions de Juifs, vivent en Israël, et aucun homosexuel n’y a été assassiné. C’est tellement plus facile, et prudent, de condamner un grand rabbin de France malade que la persécution des homosexuels par l’Autorité palestinienne, ou par divers pays musulmans.

« Ce sont les propos de Joseph Sitruk, qu’il faut abréger », a conclu Caroline Forest. Comment ? Par une réaction « radicale » ?

En 2014, Caroline Fourest avait déjà consacré une tribune au guet, divorce juif, mais en prenant une certaine liberté par rapport aux faits. En 2008, elle avait aussi publié dans Charlie hebdo un article à charge contre le grand rabbin Joseph Sitruk, sans lui donner la parole. En 2012, elle a allégué à tort que la France aurait exterminé « six millions de Juifs » (sic) lors de la Deuxième Guerre mondiale, et déplorait l’insuffisante culture générale en France. Elle souhaite limiter la liberté sur Internet, et précisait : « La haine raciste est la seule limitation à la liberté d’expression ». Apparemment, l’ex grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk ferait partie, selon elle, de ces « haineux » qu’il serait bon d’assigner en justice à fin de condamnation pénale. Et dire qu’elle enseigne à Sciences Po « Faire ou défaire société : différents modèles face aux contestations de la démocratie » !

Réseaux sociaux

Jean-Daniel Flaysakier, journaliste-médecin, l’AJC (American Jewish Committee) Paris représentée par Simone Rodan-Benzaquen, Raphaël Glucksmann, Yael Mellul, avocate, Frédéric Haziza, journaliste… La condamnation est unanime : « propos homophobes », « extrémiste », « inacceptables appels à la violence ». Combien ont entendu la chronique ayant suscité le controverse ? On ignorait l’audience si exceptionnelle de la chronique hebdomadaire sur Radio J, vers 7 h 50, de l’ex-grand rabbin de France.

Frédéric Haziza anime une des rares émissions de radios françaises juives à avoir atteint une dimension nationale : le Forum dominical de Radio J. Il collabore aussi au Canard enchaîné et à La Chaîne parlementaire. En mars 2011, il avait invité Marine Le Pen, présidente du Front national (FN). Ce qui avait suscité l’indignation de responsables communautaires et la division au sein de la direction de la radio. Radio J avait rapidement décidé de ne pas l’accueillir dans son Forum. Pour Frédéric Haziza, liberté devrait être donnée à Marine Le Pen, mais pas à l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk.

Le 4 juin, Frédéric Haziza a twitté : « Propos du GR Sitruk inacceptables. L’homophobie est un délit, une forme de racisme ». On ignorait que les homosexuels constituaient « une forme de race ». Une phrase qui n’a pas choqué les « belles âmes ».

C’est curieux : les mêmes qui exhortent à accepter la différence, l’autre, sont les premiers à condamner celui qui affirme le même impératif, et au premier lieu de l ‘altérité, la différence sexuelle.

« En qualifiant la Gay Pride de Tel Aviv de « tentative d’extermination morale du peuple d’Israël », et en appelant à réagir « de façon radicale à une telle abomination », l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruck a-t-il réalisé la gravité des paroles qu’il a tenues hier sur Radio J ? », s’est indigné Sacha Reingewirtz, président de l’UEJF, qui a dénoncé les propos de l’ancien grand rabbin de France. C’est le même qui a refusé de rencontrer Naftali Bennett, alors ministre d’un gouvernement issu d’élections démocratiques en Israël.

« Je préfère cette photo aux propos haineux prononcés par Sitruck. Elle rassemble alors les propos peuvent tuer », a twitté Gil Taieb le 4 juin  2016. Ce membre du Conseil du Consistoire israélite de Paris Île-de-France a refusé d’aider le Dr Lionel Krief, médecin nucléaire juif français qui lutte contre sa mort socio-professionnelle. Tout comme l’AJC France. La solidarité avec les homosexuels prévaut sur celle avec les Juifs ? Gil Taieb entamera-t-il des démarches au sein du Consistoire contre Haïm Sitruk ?

Beit Haverim

« C’est bien l’unité de la communauté dans son ensemble que vous avez compromise », a déclaré Alain Beit, président de l’association juive LGBT, Beit Haverim, à Haïm Sitruk. Depuis quand « la communauté juive » est-elle unie ? Même pas pour défiler contre l’antisémitisme en 2002. Récemment, Serge Klarsfeld a manifesté son opposition à la conférence à laquelle participait l’essayiste Eric Zemmour car elle se tenait à la grande synagogue de la rue des Victoires. Jusqu’où ces dirigeants associatifs iront-ils dans des atteintes à nos libertés fondamentales ? La chronique du grand rabbin Joseph Haïm Sitruk a-t-elle été instrumentalisée dans une offensive impitoyable contre le judaïsme orthodoxe, consistorial ?

Alain Beit a l’intention d’assigner en justice Haïm Sitruk pour « incitation à la haine ». Alain Beit va-t-il assigner aussi Tenoua qui diffuse le podcast de la chronique litigieuse ou Frédéric Haziza pour son tweet ? Vraisemblablement non, en raison notamment de la proximité avec le MJLF, Et Alain Beit poursuivrait quels propos ? Un mot traduit en français ? Une opposition à la Gay Pride ? Vous imaginez une audience avec un septuagénaire respectable se déplaçant difficilement, arborant au revers de sa veste l’insigne de commandeur de la Légion d’Honneur, et peinant à répondre aux questions de magistrats ou d’avocats ? Et un juge de ces « territoires perdus de la justice« , si réjoui de voir des Juifs se disputer, oserait condamner la Bible, le judaïsme, ou la traduction d’un mot hébreu en « abomination » – vocable utilisé aussi pour désigner l’adultère -, voire le terme « radical » ? Est-ce ce que visent des homosexuels revendiqués et leurs soutiens ? Cette audience judiciaire risquerait de se tourner à leur désavantage dont il donnerait une image inquiétante. Leur vrai visage ? Entre deux identités – juif et homosexuel – laquelle prévaut au sein du Beit Haverim ?

Le ridicule tue aussi.

Le 18 décembre 2015, présidée par Alain Bourla, la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de Grande instance de Paris a condamné Christine Boutin, ancienne ministre et ex-présidente du Parti chrétien démocrate, à 5 000 euros d’amende pour « incitation et provocation à la haine et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur orientation sexuelle », en l’occurrence envers les homosexuels. Le « tribunal correctionnel a été au-delà des réquisitions du procureur, qui avait réclamé à l’audience fin octobre une amende de 3 000 euros à son encontre. Christine Boutin a également été condamnée à verser 2 000 euros de dommages et intérêts à chacune des deux associations, Mousse et Le Refuge, qui s’étaient constituées parties civiles ». Dans un entretien au magazine Charles (2 avril 2014) et intitulé « Je suis une pécheresse », Christine Boutin avait déclaré : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n’est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné ». « Ce que l’on entend dans vos propos, c’est que les homosexuels sont une abomination », avait résumé le procureur, indiquant que le parquet avait reçu 500 plaintes de particuliers outrés après sa déclaration ». Qui on ? Est-on condamnable en fonction de la perception, variable selon les individus, de ses propos ? L’avocat de Christine Boutin « avait plaidé la relaxe, estimant que sa cliente était jugée pour « une opinion ». Il lançait alors : « Votre décision aura des conséquences énormes sur la liberté d’expression. Si vous suivez les réquisitions du procureur, alors il faut saisir la Bible ! » « Mon opinion s’inscrit dans la tradition chrétienne. Mais je suis une femme directe, j’essaye d’être en accord avec mes convictions profondes mais cela ne veut pas dire que je condamne les personnes homosexuelles. Je ne pensais pas blesser avec ce mot. Depuis, je ne l’ai pas redit », avait déclaré l’ancienne députée des Yvelines, en faisant part de ses regrets. Le procureur avait déclaré en audience devant un public essentiellement composé de soutiens des parties civiles : « Nous ne sommes pas dans la simple expression d’une opinion, c’est une stigmatisation publique. » En rappelant que la loi condamnant l’incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle avait été votée en 2004, il a ajouté : « Il n’y a pratiquement pas de jurisprudence, c’est la raison pour laquelle votre décision est attendue ». Un jugement inquiétant pour la liberté d’opinion et de culte.

Beit Haverim va-t-il ajouter une jurisprudence à ce jugement lourd ?

Haïm Korsia

Le 8 juin 2016, interrogé par Laetitia Enriquez pour Actualité juive hebdo, le grand rabbin de France Haïm Korsia a dit « comprendre que les propos du grand rabbin Sitruk aient pu choquer, plus particulièrement dans le contexte de l’horrible assassinat perpétré l’an dernier dans un même défilé qui se déroulait à Jérusalem… Mais je connais bien le grand rabbin Sitruk, et je peux vous assurer que ses propos ont largement dépassé sa pensée, et qu’ils ne correspondent pas à ce que le grand rabbin Sitruk a construit d’humanité tout au long de sa carrière ».

Et de poursuivre : « Il faut être autant rigoureux avec soi-même qu’il faut être généreux et bienveillant envers les autres. C’est là la grandeur du judaïsme et c’est ce que le grand rabbin Sitruk m’a lui-même appris tout au long de ces années que j’ai passées à ses côtés. Si le mot abomination est bien la traduction du mot qu’emploie la Torah au sujet de l’homosexualité, pour autant, la Torah ne parle pas de condamnation humaine. Chacun doit au contraire accueillir l’autre dans le respect de son intimité et, de façon plus générale, en œuvrant en faveur de la lutte contre les discriminations, y compris contre l’homophobie. Or, en matière de lutte contre les discriminations, le grand rabbin Sitruk a toujours été à l’avant-garde de tous les combats menés par la société française au cours de ces trente dernières années ».

Le grand rabbin Korsia « assure en outre que son prédécesseur n’avait pas mesuré le risque d’interprétation d’appel à la violence de ses mots sur d’éventuelles actions radicales de qui que ce soit », car « le grand rabbin Sitruk a toujours affirmé que celui qui commet un crime au nom de l’Éternel, commet un crime contre l’Éternel ».

D’un grand rabbin de France, de l’auteur d’un essai sur le judaïsme et la sexualité, on attendait une réaction d’une autre nature. Le long silence de Haïm Korsia sur la polémique née des propos du grand rabbin dont il a été le conseiller spécial intrigue et s’avère éloquent. Une piste explicative peut être trouvée dans un droit de réponse de Me Alex Buchinger publié par Actualité juive (n° 1394, 9 juin 2016). Cet avocat avait été pris à partie par le rabbin Gabriel Farhi dans cet hebdomadaire (1er juin 2016), dans un texte intitulé Le grand rabbin de France n’est pas libéral. Me Alex Buchinger écrit : « En tant que secrétaire rapporteur de l’ACIP » (Association consistoriale israélite de Paris), « je suis l’interlocuteur de ses salariés. Plusieurs rabbins consistoriaux m’avaient fait part de leurs préoccupations du fait de la place prise de plus en plus grande, par les dirigeants du mouvement libéral aux côtés du grand rabbin de France, et ce, au détriment de l’institution consistoriale ». Cet avocat affirmait sa conviction que le grand rabbin Korsia n’était pas libéral.

Même silence de la part du grand rabbin de Paris Michel Gugenheim.

Aucun rabbin, consistorial ou libéral, n’a indiqué, dans un communiqué de presse ou un post, la position du judaïsme sur l’homosexualité afin d’éclairer, d’informer, Juifs et non-Juifs. Aucun n’a fait ce travail indispensable de pédagogie. Ce qui aurait pu aussi mettre un terme à la polémique. Seul le rabbin Raphaël Sadin, Roch Kollel du Kollel Elicha dans le quartier de Bayit Vegan, à Jérusalem (Israël), a soutenu vers le 22 juin 2016, sur EspaceTorah.com, le grand rabbin Sitruk, et présenté de manière didactique la position du judaïsme sur l’homosexualité.

Rappeler la position du judaïsme sur l’homosexualité aurait également risqué de s’aliéner ce mouvement juif libéral et d’écorner l’image du grand rabbin de France Haïm Korsia.

L’affaire Bernheim a aussi marqué les rabbins français et les a incités à la prudence à l’égard de l’homosexualité. La position de Gilles Bernheim, alors grand rabbin de France, contre le mariage entre homosexuels, promu alors par le président François Hollande et le gouvernement socialiste, s’avère à l’origine de la découverte publique de sa fausse agrégation et de ses plagiats, ainsi que de la fin de sa fonction éminente. Nul Juif ne peut seul s’opposer au pouvoir politique en France. Une leçon bien comprise.

Pauline Bebe

Sur le Huffington Post, Pauline Bebe, première femme rabbin de France, a publié le 9 juin 2016 une lettre ouverte au grand rabbin Joseph Sitruk intitulée « J’ai été scandalisée lorsque j’ai pris connaissance des propos que vous avez tenus sur les ondes de la communauté à la veille de shabbath dernier » :

« Vous qui êtes rabbin, vous ne pouvez pas ignorer le pouvoir des mots, cette phrase des Proverbes (18, 21): « La vie et la mort sont entre les mains de la langue » et son interprétation talmudique (TJ Péah 1, 1) « Dites au médisant: il parle ici et il tue à Rome, il parle à Rome et il tue en Syrie ».
Ne croyez-vous pas que le fanatisme et les appels à la haine ont fait couler assez de sang sur la surface de la terre ?

Dois-je je vous rappeler ce que dit la tradition juive sur la responsabilité des dirigeants dont les propos ont une influence plus grande sur ceux qui les écoutent ? « Avtalion disait: Sages, mesurez vos paroles » (M. Avoth 1, 11).
Vous citez la Torah, mais cette même Torah ne dit-elle pas dans la même parasha kedoshim : « Ne reste pas indifférent au danger de ton prochain » (Lev.19, 16) ?
Alors je ne peux me taire en entendant vos propos qui incitent à la haine, et si Shira Blanki (de mémoire bénie) a été assassinée, vos propos sont aussi assassins !
Monsieur le grand rabbin, en proférant ces paroles monstrueuses contre la communauté homosexuelle, vous semblez vous prévaloir de la Torah, pourtant faudrait-il établir une hiérarchie dans le domaine de l’éthique ? Il semblerait que vous effectuez un choix dans cette Torah. Continuez-vous à mettre en pratique la lapidation par exemple du « fils rebelle et insoumis (Deut. 21, 18-21) pour lequel les sages rabbins de la Tossefta (Tos. Sanh. 11) ont dit « un fils rebelle et insoumis n’a jamais existé » ?
Continuez-vous à pratiquer la polygamie qui a été interdite par une takana, un décret de Rabbenu Guershom au XIIIème siècle, refusez-vous d’établir une ketouba, un acte de mariage sous prétexte qu’il aurait été inventé par Shimon ben Shétah au premier siècle pour protéger les droits de la femme et n’existait pas dans la « Torah » ? Continuez-vous d’appliquer la peine de mort alors qu’elle a été quasi-abrogée par les rabbins du Talmud (M. Makkoth 1, 10) ? Lorsque les rabbins ont trouvé une loi injuste, ils ont eu le courage de la faire évoluer parce qu’il fallait s’assurer que la halakha, la loi juive, reste éthique.
Ainsi aucun juif aujourd’hui ne peut se targuer d’observer la Torah à la lettre et heureusement ! Et le Deutéronome (17, 9) ne nous dit-il pas qu’il faut consulter les juges de notre temps ? Lorsque cela correspond à vos propres préjugés homophobes, il faudrait écouter un verset qui est marqué par son temps et ne correspond plus à notre sens de l’éthique aujourd’hui ?
Comme les rabbins ont fait évoluer la loi sur « le fils rebelle et insoumis », nous devons faire évoluer les esprits sur ce sujet.
Monsieur le grand rabbin, l’humiliation de la communauté homosexuelle est une ‘avera, une transgression du principe fondamental d’éthique de la Torah : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lev.18, 19) ainsi qu’une incitation à la haine. Rashi sur Berakhot (20a) disait : « Dans de nombreux cas les sages ont permis de déraciner les paroles de la Torah lorsqu’il s’agit de kevod habrioth, de l’honneur dû à toute personne créée par Dieu ».
Pensez-vous que la communauté homosexuelle n’a pas droit à ce kevod habrioth, à cet honneur, qui est dû à tout être humain quelles que soient ses origines, sa naissance, son orientation sexuelle ? Feriez-vous des différences entre les créatures de Dieu ?
Alors pour donner un autre visage au judaïsme, je veux vous dire que je suis fière de faire partie du mouvement religieux juif majoritaire dans le monde aujourd’hui, réunissant près de deux millions de juifs dans 50 pays du monde qui affirme la totale égalité de leurs fidèles et qui donne aux juifs homosexuels la même place qu’aux hétérosexuels.
Je suis fière que l’Etat d’Israël organise cette marche de fierté (gay pride) alors que d’autres pays continuent de persécuter, prôner l’exclusion et la violence envers cette communauté. Je suis fière de voir des drapeaux multicolores flotter dans le ciel d’Israël aux côtés des drapeaux bleus et blancs. Je suis fière de compter de nombreuses personnes gays dans ma communauté et qu’elles puissent accéder comme tous les autres juifs à tous les rites, transmettre le judaïsme et le vivre au quotidien en portant haut l’étendard de la kedousha, de la sainteté.
Comme tous les êtres humains, ils portent en eux l’étincelle divine car quelle que soit notre orientation sexuelle, nous avons tous « été créés à l’image de Dieu, betselem elohim » (Gen.1, 27) !
La Shekhina (Présence Divine) pleure dès qu’un être humain en humilie un autre et pire lorsqu’il incite à la violence. Monsieur le grand rabbin, vous faites pleurer la Shekhina.
Mais je sais que chaque fois qu’un être humain reconnaîtra la dignité d’un autre, différent de lui, en le regardant droit dans les yeux et qu’il ne niera pas son héritage de la Torah et sa place légitime, entière et juste dans la tradition juive, la Shekhina séchera ses larmes ». Ce texte riche en citations, et au ton violent, révèle la mission que s’est assignée Pauline Bebe : « Faire évoluer les esprits sur ce sujet » et « faire évoluer une loi injuste ». Quel programme !

Épilogue
Le 10 juin 2016, dans sa chronique matinale sur Radio J, l’ancien grand rabbin de France Joseph Haïm Sitruk est revenu sur sa précédente chronique. Il a affirmé ne pas vouloir exclure. Puis, il a souhaité aux auditeurs de « vivre un Chavouot dans la sérénité ».

Le 16 juin 2016, sur Radio J, le grand rabbin Haïm Korsia a défendu son prédécesseur – « Il a toujours défendu les libertés individuels et ceux en situation de faiblesse, et contre les discriminations » – en se plaçant uniquement sur le terrain des libertés et de la lutte contre l’homophobie : « On est dans la protection des droits de chacun. L’honneur du judaïsme est qu’à coté de Martin Luther King, des Juifs ont porté son combat… L’horrible tuerie d’Orlando [attentat terroriste contre un club homosexuel en Floride et revendiqué par un terroriste au nom de l’État islamique, Nda] est motivée par la haine. On doit combattre cette haine d’où qu’elle vienne ».

Radio J a diffusé une annonce publicitaire sur un prochain événement du Beit Haverim. Le 19 juin 2016, Guy Rozanowicz a interviewé en direct le responsable de l’association fondée en 1975 qui a regretté le silence du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) sur la chronique controversée.

Cette polémique inutile a terni l’image du judaïsme, présenté comme rétrograde et dangereux, et de ses principaux protagonistes. À lire les réactions et gloses, souvent outrancières, des représentants du mouvement juif libéral, on s’interroge sur leur respect des textes juifs.

Débat communautaire

Le grand rabbin de France Haïm Korsia a répondu favorablement à l’invitation du Beit Haverim et participa au débat Judaïsme contre toutes les discriminations, le 29 juin 2016, à 18 h 30, au Centre communautaire de Paris. Ce débat a été animé par Eva Soto et Pierre Gandus, journalistes respectivement sur Judaïques FM et Radio Shalom, et Jean-François Strouf, responsable de la communication et des projets au Centre et à l’ECUJE (Espace culturel et université juif d’Europe) et membre d’Avenir du judaïsme.

Organisée par le Centre communautaire de Paris et le Beit Haverim, le 29 juin 2016, cette réunion est ainsi présentée : « Dans la plus récente actualité comme dans les grandes tendances de la société, les questions de discrimination sont hélas à l’ordre du jour. On a parfois du mal à mettre des mots sur des actes. Après l’attentat d’Orlando, il aura fallu attendre plusieurs heures avant que soit prononcée l’expression « crime homophobe » – quid de l’absence du mot « islamiste » ? -, « aussi longtemps que pour l’expression « attentat antisémite » après l’attaque contre l’HyperCacher. Quel regard le judaïsme, comme doctrine, et ses dirigeants portent-ils sur ces discriminations ? À l’intérieur même de la communauté juive, les femmes sont-elles considérées avec équité par nos institutions ? Les homosexuels sont-ils réellement les bienvenus dans nos synagogues ? Dans quelle mesure l’orthodoxie juive dialogue-t-elle avec les autres courants du judaïsme ? « 

Selon le rabbin Farhi, ce débat avec Alain Beit, président de Beit Haverim, sera l’occasion de « réfléchir sur les discriminations, de présenter le regard du judaïsme sur les discriminations, de faire un tour d’horizon sur la place des femmes, les différents courants – loubavitch, conservateur, libéral, masorti – du judaïsme ». Une manière de noyer la question de l’homosexualité parmi des thématiques diverses. Le statut des femmes est-il comparable à celui des homosexuels ? Dans aucune synagogue on interroge les fidèles sur leur sexualité, et l’entrée à la synagogue n’est pas subordonnée à l’hétérosexualité.

L’AFP (Agence France Presse) publiait une dépêche intitulée La place des homosexuels dans le judaïsme français en débat. « C’est la première fois qu’un grand rabbin de France en exercice accepte notre invitation, qui sera aussi l’occasion de parler de plusieurs sujets qui fâchent », a expliqué à l’AFP Alain Beit, président de l’association de juifs homosexuels. Le grand rabbinat a tenu à « élargir le propos à d’autres discriminations, comme le sexisme », ainsi qu’aux relations entre le judaïsme incarné par le Consistoire israélite, traditionaliste et orthodoxe, et les courants progressistes (libéral ou massorti), confirme-t-on dans l’entourage du chef religieux de la première communauté juive d’Europe ».

L’AFP citait Jean-François Strouf qui considérait la déclaration de l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk « en contravention avec la loi : en France, l’homophobie n’est pas une opinion, c’est un délit… Ma lecture, qui est celle de la très grande majorité des Juifs pratiquants, est que ce que dit la Torah n’est jamais au service de la stigmatisation. Si quelqu’un ne veut pas respecter le shabbat, par exemple, personne ne peut le stigmatiser. Cela doit s’appliquer à tous les sujets ».

L’AFP évoquait aussi le guet, divorce juif, la « candidature d’une femme à la présidence du Consistoire central qui a été contestée par des dayanim, les juges rabbiniques ». Sur l’homosexualité, « sujet pas vraiment abordé par le Consistoire », déplore Alain Beit, « les tabous demeurent. Est-ce que les juifs homosexuels sont des parias ? Ou bien sont-ils les bienvenus dans les synagogues, traités sur un pied d’égalité au niveau des rites, avec une possibilité de « monter à la Torah » par exemple ? » D’où l’idée d’un premier débat, dont le mouvement homosexuel espère qu’il ne sera « pas un rendez-vous unique ».

Le 29 juin 2016 à 18 h 24, la page Facebook de cet événement indiquait : 17 Internautes intéressés dont moi, 15 participants et quatre invités. Parmi les participants : le rabbin Gabriel Farhi, deux journalistes d’Actualité juive hebdo – Sandrine Szwarc et Pierre Regini – et Yaël Hirschhorn, conseillère en Communication du grand rabbin de France. Bigre ! L’événement passionne…

La rare photographie publiée sur Twitter révèle une faible assistance. Lors du débat, aucun post n’a été publié sur cette page Facebook. Sur Twitter, Mikael Zenouda, président d’Act Up-Paris, a twitté quelques citations des orateurs.

Exemples : « Les discriminations contre les femmes ne tuent pas en France et dans le monde occidental, ailleurs oui envers les jeunes filles » (Haïm Korsia) – or, le « 4 octobre 2002, Sohane Benziane, 17 ans, était brûlée vive dans une cave de la cité Balzac, à Vitry-sur-Seine » -, « Réprobation collective contre les maris qui ne remettent pas le guet à son ex femme, symbole d’asservissement de la femme » et « Place des femmes : aucune limitat° à l’accès à l’étude, mais pr rabbinat : posit° libérale non partagée par le judaïsme orthodoxe » (Korsia), « Il y a déjà un placard dans une synagogue, n’en rajoutons pas un 2eme » (Beit Haverim). Quoi de neuf ? Rien.

Ultime tweet de Mikael Zenouda à 20 h 54 à la fin du débat : « Rencontre korsia / beit : questions du public, aucune femme n’a eu la parole. @labarbelabarbe se frotterait les mains ». Puis, Mikael Zenouda s’est ravisé et a interpellé Haïm Korsia sur ce fait. À 23 h 54, il a interrogé : « Je n’ai tjrs pas compris votre conception différente de l’homophobie, condamnable et d’être contre l’homosexualité, acceptable ».

Par ce débat entre personnes partageant peu ou prou les mêmes idées, le grand rabbin Haïm Korsia a poli son image en « rabbin-prônant-l’ouverture-et-la-tolérance » par un discours convenu. Fiasco ?

Curieusement, Actualité juive hebdo (n° 1398, 7 juillet 2016) a publié un article d’une demi-page présentant de manière louangeuse ce débat. « Sans précédent également étaient à la fois la teneur et la fermeté des propos tenus car, avec audace, si ce n’est courage, la plus haute autorité religieuses du judaïsme français a martelé que l’homophobie est d’abord un délit pénalement condamnable et que « l’homophobie n’a absolument pas sa place dans le judaïsme, ni à la synagogue, ni à l’école juive », a écrit Sandrine Szwarc. Cette « plus haute autorité religieuse du judaïsme français » a-t-elle défini l’homophobie ? Où est son courage ? Le Code pénal définit-il l’homophobie ? Cet article illustre l’écart abyssal entre un média communautaire et un regard extérieur critique.

Ce « débat » est révélateur d’un manque ou d’un refus de lucidité de dirigeants communautaires sur l’urgence de défendre les Juifs spoliés sous un « gouvernement des juges », telle la sexagénaire Eva Tanger, qui affronte aussi des problèmes liés à son divorce religieux (guet), et sur laquelle pèse une menace d’expulsion alors que le fond du dossier est en cours d’examen. Au lieu d’affronter le pouvoir politique, le grand rabbin Korsia, qui n’a pas aidé le Dr Lionel Krief victime de spoliations et d’antisémitisme, a tenu des propos creux similaires à ceux énoncés lors de sa campagne électorale en 2014 et depuis son élection. Au mieux, aucun intérêt. Au pire : lamentable.

Décès

Né en 1944 à Tunis, l’ancien grand rabbin de France Haïm Sitruk (z »l) est mort le 25 septembre 2016, à 71 ans. J’adresse mes condoléances à sa famille.

En 1990, quelques jours après la profanation du cimetière juif de Carpentras, Joseph Sitruk, alors grand rabbin de France, s’était rendu dans un réunion qu’il avait conclue par ces mots : « Je perçois votre émotion. Je la comprends. J’y suis sensible. Permettez-moi de vous raconter une histoire que m’a relatée un de mes étudiants. Celui-ci a vu ces trois inscriptions sur un mur de l’université hébraïque de Jérusalem : « Dieu est mort », signé Nietzsche ». Au-dessous, quelqu’un avait écrit : « Nietzsche est mort », signé Dieu ». Et au-dessus de cette inscription, une troisième personne avait conclu : « Le peuple juif est vivant ! »

Radio J quarantenaire
Le 7 mai 2017, Radio J a invité le Beit Haverim à l’occasion du quarantenaire de sa création. A été notamment évoqué le refus du CRIF d’accepter l’association Beit Haverim comme association membre.

Pour cet anniversaire, le Beit Haverim a édité le livre Judaïsme et homosexualité. « Ce livre militant fait un bond en arrière de 40 ans pour expliquer comment une poignée de Juifs ashkénazes, en 1977, ont décidé de créer ce groupe embryonnaire qui deviendra le Beit Haverim. Traversant les décades, l’association n’a cessé de lutter pour la reconnaissance des droits des homosexuels. Quelles sont les clés qui permettent d’assumer son identité juive quand on est gay, lesbienne ou trans ? Comment la communauté juive, par l’intermédiaire de son grand rabbin de l’époque, a joué un rôle majeur pour tenter d’empêcher le mariage pour tous ? Malgré les pressions traditionnalistes, les couples de même sexe sont de plus en plus décomplexés et renouent avec une valeur chère au judaïsme, le désir de transmission, en devenant parents. Ces avancées ne peuvent malheureusement pas cacher l’homophobie d’une partie de la communauté (d’ailleurs dans le déni à ce sujet). Pourtant, le meurtre de Shira Banki à Jérusalem, puis les violents propos de l’ex-grand rabbin de France, Joseph Sitruk, interpellent. Face à tous ces tumultes, le Beit Haverim reste une oasis permettant à ses membres de maintenir un lien avec le judaïsme sans avoir à se cacher ou à craindre le regard des autres. Il n’existe pratiquement aucune bibliographie en langue française sur le thème Judaïsme et homosexualité. Cela n’est pas étonnant car les institutions juives pratiquent depuis des années une politique de l’autruche sur ce sujet en niant ou négligeant l’existence du problème. Cependant, notre position de double minorité demeure très inconfortable car nous, homosexuels juifs, « pesons » peu au sein de la communauté. De fait, très peu d’efforts sont faits pour notre inclusion ; les représentants de nos institutions semblent n’avoir tiré aucune leçon de notre statut de minorité, refusant de nous accorder un statut, ce dont ils ont eux-mêmes souffert. Pourtant, le judaïsme enseigne de ne pas faire à autrui ce qu’on ne veut pas qu’il nous fasse. Alors que les rabbins libéraux et massortis échangent avec nous depuis assez longtemps, les rabbins du Consistoire refusent pour la plupart de s’afficher avec nous. Il a été extrêmement difficile de trouver un rabbin du Consistoire qui accepte d’écrire pour le livre. Nous regrettons d’ailleurs que l’actuel grand rabbin de France ait décliné notre invitation alors qu’il est sensé représenter tous les Juifs. L’objet de ce livre est donc de réparer ces lacunes en présentant une analyse des rapports entre judaïsme et homosexualité, afin de favoriser l’émergence de pistes d’inclusion des personnes LGBT juives dans la communauté pour la prochaine décennie ».

Le Beit Haverim organise aussi une série d’événements en 2017 : conférence, etc.

S’il a participé à la Gay Pride à Paris lors de chabbat, le Beit Haverim défend l’État d’Israël accusé notamment de pinkwashing, c’est-à-dire de promouvoir par des actions de marketing son image gay-friendly, de tolérance à l’égard des homosexuels via la Gay Parade de Tel Aviv.

Fabien Azoulay

C’est un twitt publié le 10 avril 2021 par Mikaël Journo, rabbin de la communauté de Chasseloup-Laubat à Paris (75015) et alors candidat au poste de grand rabbin de France, qui a révélé à beaucoup d’Internautes et publiquement l’incarcération en Turquie du Franco-américain juif Fabien Azoulay, âgé de 43 ans.

Le 27 février 2018, Fabien Azoulay avait été condamné par la Cour d’assises d’Istanbul à 16 ans et 8 mois de prison, pour avoir acheté en 2017 du GBL, un produit rendu illégal en Turquie six mois auparavant. Un achat effectué sur un site Internet, par carte bancaire, depuis Istanbul où ce quadragénaire se trouvait dans le cadre d’un tourisme médical (opération d’implants capillaires).

Le GBL (gamma-butyrolactone) est un produit chimique utilisé initialement comme un solvant industriel. « Utilisé comme stimulant sexuel ou excitant dans les clubs parisiens, le GBL, une fois entré dans l’organisme, se change en GHB, un anesthésiant utilisé en médecine et surnommé « drogue du viol ». Si cette substance se fait plus discrète depuis 2018, lorsque les autorités et le milieu de la nuit parisienne ont tiré la sonnette d’alarme, cela n’empêche pas sa consommation de perdurer, principalement dans des cadres privés. » Une overdose de GHB induit un coma ou le décès du consommateur.

Depuis sa condamnation, le quadragénaire a « été transféré à la prison de Giresun, à huit cents kilomètres d’Istanbul, ce qui rend les visites de ses proches impossibles. Son isolement est total ».

« Incarcéré depuis le 16 septembre 2017, il a été victime de violences aggravées commises par un codétenu, qui lui a infligé des brûlures en raison de son homosexualité et de son appartenance à la religion juive. Il est constamment l’objet d’intimidations et de harcèlement en vue de sa conversion à l’Islam »

Les avocats de Fabien Azoulay, dont Me François Zimeray, ont souligné l’innocence de leur client. En mai 2019, ils ont demandé son transfert, « une procédure complexe ». « La demande de transfèrement de Fabien n’a connu aucune évolution depuis bientôt novembre 2019. Selon ses avocats, Maîtres Carole-Olivia Montenot et François Zimeray : « Nous ne méconnaissons pas ce qui fait que les relations sont distendues entre la France et la Turquie, mais il n’est pas admissible que Fabien Azoulay en fasse les frais. Nous appelons au sens des responsabilités de part et d’autre pour qu’une solution humanitaire soit trouvée et qu’il soit transféré en France. »

Des institutions juives françaises, dont le CRIF et le B’nai B’rith France, se sont mobilisées en faveur de Fabien Azoulay.

Dans une lettre au président de la République Emmanuel Macron, les avocats de la famille de Fabien Azoulay ont alerté sur la condition dramatique du condamné dans une geôle turque. Ils y ont dénoncé « une audience expéditive et une condamnation anormalement lourde. Fabien est désespéré et ses jours sont en danger ».

Lancée par David Benaym, la pétition « Transférez Fabien Azoulay incarcéré en Turquie, harcelé, torturé car français, Juif et gay » a recueilli 120 189 signatures au 18 août 2021. Sous-titre : « Le Midnight Express de Fabien Azoulay, incarcéré en Turquie ». Cette pétition rappelait les faits et exhortait à transférer Fabien Azoulay dans une prison française. « La famille considère que le risque que Fabien attente à ses jours est réel. Elle compte sur l’implication du président Macron, désormais personnellement informé de la situation, pour mettre un terme à cette situation ».

Les présidents français et turc se sont entretenus pendant 45 minutes en tête-à-tête avant le début du sommet de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique nord) le 14 juin 2021, à Bruxelles (Belgique). Le président de la République Emmanuel Macron a twitté :

« J’ai pu évoquer le cas de notre compatriote Fabien Azoulay. Les conditions d’un transfèrement rapide avancent et je l’espère nous permettront d’aboutir dans les meilleurs délais. La discussion de ce matin produit des résultats d’ores et déjà utiles ».

Le 17 août 2021, sa mise à l’écrou a été signifiée à Fabien Azoulay qui a été incarcéré à la maison d’arrêt de La Santé.

« Quand l’administration [Quai d’Orsay ou ministère des Affaires étrangères, Ndlr] se retrouve dans une situation d’inertie, il n’est pas de meilleure arme que la mobilisation de l’opinion publique. La mobilisation a permis que les deux présidents, français et turc, se parlent. Les choses ont pu s’améliorer très rapidement », a déclaré Me Carole-Olivia Montenot, avocate de Fabien Azoulay, sur Radio J, le 18 août 2021.

Elle a demandé pour son client un accompagnement psychologique et par l’aumônier de La Santé. Elle a déploré que le parquetier ait interdit à Xavier Azoulay de voir son frère revenu de Turquie. Elle a remercié ceux qui se sont mobilisés en faveur du transfèrement.

Elle a annoncé qu’elle allait déposer pour son client des demandes de permis de communiquer, et une requête en adaptation de la peine turque pour importation de produit stupéfiant au droit français : recel de vente de GBL, une infraction punie d’une peine d’emprisonnement de cinq ans. Devrait suivre la « libération quasi-immédiate » de Fabien Azoulay, compte tenu des quatre années d’emprisonnement déjà effectuées.

 

Cet article a été publié le 8 juin 2016, puis les 25 septembre 2016 et 8 mai 2017.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Escrito por José Ernesto Nováez Guerrero 

Los cubanos vivimos la jornada del 11 de julio con asombro, tensión e incertidumbre. Lo que inició con una protesta en el municipio de San Antonio de los Baños, en la provincia de Artemisa, se extendió rápidamente por el país, llevando a que muchos saliéramos a las calles para defender proyectos de país muchas veces contrapuestos.

Entender los sucesos en toda su complejidad resulta fundamental para el futuro de la isla. Lo ocurrido evidencia fracturas y retos que es necesario, como pueblo, asumir y resolver para evitar escenarios de una mayor escalada de tensiones.

En primer lugar está la crisis económica y sanitaria generada por la pandemia del Covid-19 a escala mundial y que ha golpeado duramente a todas las economías, en especial a las más pobres. En Cuba, con una economía constantemente tensionada por el bloqueo de Estados Unidos y un subdesarrollo estructural que no ha sido posible superar, ese impacto se ha visto reforzado.

Como consecuencia, se ha creado un escenario de desabastecimiento, ajustes, distribución racionada de los bienes de consumo básicos, escasez de fármacos e irregularidad en los servicios, lo cual contribuye a complejizar de sobremanera el día a día del cubano común. Por si fuera poco, en semanas recientes ha habido una nueva ola de contagios sin precedentes en el país que ha congestionando los servicios sanitarios en casi toda la isla y llevando a nuevas medidas restrictivas en un intento de las autoridades por frenar el aluvión de nuevos casos.

Para entender el estallido del domingo 11, es preciso tener en cuenta la estrategia sostenida de subversión del orden interno en Cuba por parte del gobierno de Estados Unidos. Esta estrategia, que se remonta a los inicios de la Revolución, ha transitado por diversas fases, que incluyen el apoyo a la contrarrevolución armada interna en los primeros años de la década de los 60, los atentados y sabotajes contra infraestructuras de servicios o productivas, la introducción de virus y enfermedades, como la fiebre porcina y el dengue hemorrágico.

Con los años se ha ido acrecentando y perfeccionando el mecanismo de sanciones orientadas a ahogar cualquier vía de liquidez para la economía cubana. Estas medidas, cuyo carácter extraterritorial Cuba y la Asamblea General de Naciones Unidas han condenado en numerosas ocasiones, contribuyen a dificultar significativamente la dinámica interna del país, sirviendo como aliciente para crear insatisfacción social.

La irrupción de las redes sociales en la cotidianeidad de los cubanos aporta otro elemento a esta estrategia de subversión. Dichas redes son empresas privadas capitalistas con claros compromisos ideológicos con la élite mundial, son actores políticos de subversión probados en numerosos escenarios internacionales. Baste recordar su papel en las revoluciones de colores o en la llamada primavera árabe. En nuestro continente podemos destacar su función en el golpe de Estado en Bolivia en 2019.

El analista español Julián Macías Tovar demostró cómo se construyó y magnificó mediante bots la etiqueta SOSCuba, involucrando a famosos y logrando generar estados de opinión que promovieran la inestabilidad en el país. También se han usado intensivamente fake news y fotos y videos orientados a crear la matriz de que existe una gran inestabilidad interna y que la policía ha sido represiva. En esta campaña de asalto simbólico lo menos importante es la verdad, sino el rédito a corto plazo en materia de lograr acciones y reacciones en lo nacional e internacional.

En este sentido, se pretenden manipular los hechos recientes para colocar en la agenda política estadunidense el tema de una invasión militar “humanitaria”, apelando a un supuesto colapso interno.

Para los cubanos en la isla lo ocurrido el 11 de julio plantea retos y contradicciones que debemos resolver como sociedad para garantizar un desarrollo armónico. El más importante es cómo lograr mayor grado de democracia y participación popular sin fracturar la unidad nacional, que tan importante ha sido para enfrentar la agresión constante de EU. Y como extensión de este está el de cómo construir sólidos vínculos entre la nación y la emigración, de forma tal que esta última no acabe actuando como instigadora de la agresión y persecución en contra de su país natal.

Es preciso lograr una penetración social más profunda de las estructuras de participación y asistencia social creadas por la Revolución. Entre los manifestantes del 11 de julio contra la Revolución muchos sostenían posturas anexionistas, contra las que combatió José Martí, quien comprendió con total lucidez que tras esta postura política se ocultaban intereses expansionistas.

El combate contra el anexionismo, que tiene en la industria cultural miamense y los símbolos que esta fabrica sus emblemas vitales en la hora presente, es una de las tareas mayores. Pero este combate es también contra las formas ideológicas de dominación del gran capital.

Estas horas de dificultad no pueden hacernos olvidar las perspectivas que se abren para el país, sobre todo con la vacuna Abdala. Antes de finalizar agosto el gobierno estima tener inoculada a más de 60 por ciento de la gente, lo que augura un escenario de progresiva normalización de la vida en el país y de retorno del turismo, vital para la economía.

Además, alegra comprobar que Cuba nunca ha estado ni estará sola. Muchos países e infinidad de amigos de todo el mundo han alzado sus voces enérgicas en defensa de la isla rebelde.

Los que salimos a las calles el 11 de julio al grito de patria o muerte no llamábamos a dañar a nadie, expresábamos la convicción de defender con nuestra vida aquello en lo que creemos. A pesar de la imagen que desde los medios cartelizados y las redes sociales se ha intentado construir, los revolucionarios cubanos no somos violentos. En Cuba se ha dialoga incansablemente, pero la línea roja siempre será la defensa de la soberanía como obra colectiva de justicia social.

Un país que se construye permanentemente en el ejercicio constante de todos los cubanos, que se crece ante las dificultades, que avanza entre el escarnio y la mentira. Un pequeño archipiélago que tuvo el atrevimiento de construir un proceso social de los humildes, por los humildes y para los humildes. Por eso, por todas estas razones y por muchas más, Cuba por siempre defendida.

* Coordinador del capítulo cubano de la Red en Defensa de la Humanidad

 

[Fuente: http://www.jornada.com.mx]

 

Um dos maiores pensadores contemporâneos, o francês Edgar Morin completa um século de vida. E comemora lançando um novo livro

O pensador francês Edgar Morin: “A palavra ‘filósofo’ talvez me conviesse bem, mas hoje a filosofia, no geral, fechou-se em si mesma e a minha filosofia é uma filosofia que observa o mundo, os acontecimentos”. Foto: Wikipédia

 

Escrito por Marcello Rollemberg

“A vida é curta, a arte é longa”, popularizou o poeta romano Sêneca, em um aforismo que venceu os séculos. Ou seja, a arte permanece mesmo quando seu autor já tiver cruzado a fronteira entre o terreno e o etéreo. O sonho de todos, contudo, é que a arte – cultura, consciência, criação, dê-se o nome que quiser – acompanhe pari passu o nosso caminhar, com a existência alongando-se ao ponto de fazer com que as linhas paralelas que acompanham criação e vida se toquem, mais do que se tangenciem. É uma quimera? Para ainda alguns poucos, não, com a arte perene confundindo-se com uma vida longa e criativa. Para ficarmos em apenas dois exemplos: o cineasta português Manoel de Oliveira viveu até os 107 anos, ativíssimo e trabalhando até o fim em três projetos inconclusos. E o arquiteto Oscar Niemeyer trabalhou em seu escritório quase até o fim, às vésperas de completar 105 anos. A esses, some-se agora talvez um paradigma dessa longevidade aliada à extrema lucidez nesses tempos estranhos: o sociólogo e filósofo francês Edgar Morin, criador da teoria do “pensamento complexo”, que neste dia 8 completa um século de vida. E como ele está comemorando essa marca centenária? Lançando mais um livro, que se soma aos 70 que ele publicou no decorrer de sua prolífica vida. Em Leçons d’un siècle de vie (Lições de um século de vida, em tradução literal), o pensador da transdisciplinaridade recorda etapas cruciais de sua vida, destaca os erros porventura cometidos, a dificuldade de compreender o presente e a necessidade do exercício da autocrítica para a vida em sociedade. Um longo e essencial inventário de cicatrizes e realizações.

O novo livro de Edgar Morin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Segundo Morin, como destaca o site da Radio France International (RFI), uma das grandes lições de sua vida foi deixar de acreditar na sustentabilidade do presente, na continuidade e na previsibilidade do futuro. “A história humana é relativamente inteligível a posteriori, mas sempre imprevisível a priori”, escreve ele em seu novo livro. E diante dessa imprevisibilidade do presente, o pensador destaca, é fácil cometer erros. Ele relaciona pelo menos dois que teria cometido ao longo de sua trajetória política e intelectual: seu pacifismo antes da Segunda Guerra Mundial, que o impediu de enxergar a verdadeira natureza do nazismo – ele depois consertaria esse equívoco, sendo parte atuante da Resistência Francesa, onde adotou o codinome “Morin”, que após a guerra o acompanharia para sempre, deixando de lado o sobrenome familiar judeu sefardita Nahoum. O outro foi sua crença no sistema soviético, mais tarde abandonada. “Minha estadia de seis anos no universo stalinista me educou sobre os poderes da ilusão, do erro e da mentira história”, relembra ele em Leçons d’un siècle de vie.

Mas, entre erros e acertos, na tabela de somas e débitos, Edgar Morin acertou muito mais. A conta final é totalmente favorável a ele – e sua obra e sua história pessoal e intelectual estão aí para provar. Uma obra, frise-se, monumental, não só na quantidade de livros publicados, mas principalmente – claro – na qualidade e na importância das ideias que ele estabeleceu.

“É impossível dar conta da importância de suas contribuições científicas, filosóficas, antropológicas, sociológicas, pedagógicas, mas, sobretudo, epistemológicas”, escreveu em artigo recente no jornal Valor Econômico o professor sênior do Instituto de Energia e Ambiente da USP e colunista da Rádio USP José Eli da Veiga. Em seu texto, Veiga faz referência aos seis volumes de O Método, talvez a obra maior de Morin, que trata “da natureza da vida, das ideias, da humanidade e da ética”. Aceitando a tortuosidade em se vencer as “difíceis 2.500 paginas” dos volumes, o professor aponta um outro caminho para iniciantes dispostos a “mergulhos mais profundos”: Meu Caminho, publicado pela Bertrand Brasil em 2010. “Não há melhor introdução à monumental obra de Morin do que estas treze entrevistas, concedidas em 2008, à jornalista Djénane Tager. Em linguagem coloquial, estão realçadas suas contribuições sociológicas, os estudos de física e biologia que o levaram à teoria da complexidade, a justificativa da escolha do termo ‘método’, sua maneira de analisar o estado do mundo”, assinala José Eli da Veiga em seu artigo.

Complexidades, educação e comunicação 

Por tantas contribuições fundamentais em vários campos do conhecimento, Edgar Morin fez – e ainda faz – da transdisciplinaridade seu campo fértil de ação e reflexão. Não é exagero chamá-lo de principal pensador ocidental contemporâneo. No campo da educação, por exemplo, ele foi um dos primeiros a sugerir uma reforma de paradigmas, questionando o ensino meramente disciplinar e pautado em conteúdos técnicos. Para ele, o que importa é aplicar o conhecimento de maneira crítica. Em entrevista publicada no jornal português O Público, em 2009, por exemplo, ele defendeu uma “reforma radical” no ensino para acabar com o que ele chamou de “hiperespecialização”.

“Apenas com esta mudança de paradigmas no ensino as pessoas serão capazes de compreender os problemas fundamentais da humanidade, cada vez mais complexos e globais”, afirmou o autor de Os Sete Saberes Necessários à Educação do Futuro, que criticou o fato de nas escolas e universidades não existir “um ensino sobre o próprio saber”, sobre “os enganos, ilusões e erros que partem do próprio conhecimento”. Para Morin, o ideal seria criar “cursos  de conhecimento sobre o próprio conhecimento”. “Conhecer apenas fragmentos desagregados da realidade faz de nós cegos e impede-nos de enfrentar e compreender problemas fundamentais do nosso mundo enquanto humanos e cidadãos, e isto é uma ameaça à nossa sobrevivência”, avaliou ele, com uma visão de humanismo que está difícil de se encontrar nos dias de hoje.

Em outra entrevista, esta para o programa Milênio, da GloboNews, Edgar Morin deu mais pistas da sua forma de pensar o mundo sensível e esclareceu, para quem ainda não tinha compreendido, sua teoria do pensamento complexo. “A tragédia do nosso sistema de conhecimento atual é que ele compartilha tanto os conhecimentos que a gente não consegue se fazer essas perguntas. Se perguntarmos ‘o que é ser humano?’, não teremos respostas, porque as diferentes respostas estão dispersas”, afirmou ele. “E, no fundo, é isso que chamo de pensamento complexo, um pensamento que reúne conhecimentos separados. O objetivo do ensino deve ser ensinar a viver. Viver não é só se adaptar ao mundo moderno. Viver quer dizer como, efetivamente, não somente tratar questões essenciais, mas como viver na nossa civilização, como viver na sociedade de consumo”, acrescentou o pensador na entrevista – para também apontar seu olhar para um outro problema dos tempos atuais: informação demais, conhecimento de menos.

“É preciso ensinar não só a utilizar a internet, mas a conhecer o mundo da internet. É preciso ensinar a saber como é selecionada a informação na mídia, pois a informação sempre passa por uma seleção”, afirmou ele. “Informação não é conhecimento. Conhecimento é a organização das informações”, esclareceu Morin, que ainda mantém uma conta bastante ativa no Twitter – “É uma forma de me expressar, de expressar ideias que me ocorrem, reações que tenho frente a acontecimentos e de uma forma muito concentrada”, revelou ele à Folha de S. Paulo em 2019.

Entre tantas áreas pelas quais Morin e suas complexidades trafegaram, talvez a da comunicação seja realmente aquela em que seu olhar se tenha debruçado com uma atenção mais específica. Já em 1960, ele fundou na École de Hautes Études en Sciences Sociales, em Paris – ao lado de Roland Barthes e Georges Friedmann –, o Centro de Estudos de Comunicação de Massa, com a intenção de adotar uma abordagem transdisciplinar do tema. E suas teorias, nesse campo, germinaram – no Brasil, inclusive.

Na Resistência Francesa contra o regime nazista, o pensador francês adotou o codinome “Morin”, que após a guerra o acompanharia para sempre, deixando de lado o sobrenome familiar judeu sefardita Nahoum.

 

“Edgar Morin sempre teve uma relação particular com a comunicação, desde os seus primeiros escritos na década de 1960 sobre a cultura de massa e o cinema, até os influentes escritos sobre o imaginário. Mas é como pensador e crítico da ciência monodisciplinar e fragmentada que atinge uma repercussão que só fez crescer junto aos estudos de comunicação no Brasil”, afirmou ao Jornal da USP a professora sênior da Escola de Comunicações e Artes (ECA) da USP Maria Immacolata Vassallo de Lopes. “Tem havido uma singular correspondência da sua teoria da complexidade com o pensamento transdisciplinar, que é a marca da comunicação em torno dos princípios da dialogia, das interações e das interligações. A possibilidade de que a comunicação aproveite positivamente as reflexões de Morin fazem da ECA um centro irradiador de suas obras, não somente porque quebram e abrem as disciplinas, mas também porque as transbordam, estabelecendo relações cada vez mais densas entre as ciências exatas e ciências sociais e humanidades”, atesta a professora.

É por este caminho, apontando “transbordamentos” e interconexões no pensamento de Edgar Morin no campo das ciências humanas – e da comunicação, como extensão –, que acompanha a também professora sênior da ECA Mayra Rodrigues Gomes. “Ao entender a comunicação como processo que realiza o trânsito interpessoal de informações, ideias, opiniões, não a podemos dissociar das instâncias que ela costura. Ela invoca necessariamente saberes de diversas naturezas que brotam em diferentes campos do conhecimento, incluindo técnicas e métodos particulares”, contextualiza a professora. “Edgar Morin trouxe há várias décadas a concepção do ‘paradigma da complexidade’, com a qual criou um instrumental de trabalho que leva em conta a natureza interdisciplinar da comunicação, a complexidade das sociedades contemporâneas, a diluição das fictícias oposições entre razão e mito, ciência e arte, real e imaginário.”

Mas diante de tantas teorias, de tantos olhares trans e interdisciplinares – e com tantos anos de vida e sabedoria –, como será que Edgar Morin se definiria? Disse-se lá no começo deste texto que ele é sociólogo e filósofo. Seria reducionismo? “A melhor definição seria não ter definição. De bastar-se. A palavra ‘filósofo’ talvez me conviesse bem, mas hoje a filosofia, no geral, fechou-se em si mesma e a minha filosofia é uma filosofia que observa o mundo, os acontecimentos. Sou muito marginal, quer dizer, sou marginal em todas essas áreas. Então, sou aquele que querem que eu seja.”

 

[ Fonte: jornal.usp.br]

La visibilité médiatique ne concerne et ne réjouit que ceux pour qui l’apparence est le tout, et la valeur ne se mesure pas au nombre de ceux qui suivent son ombre.

La modestie concerne le rapport de soi à soi, avant de définir une certaine façon de se situer par rapport aux autres. | Tusik Only via Unsplash

La modestie concerne le rapport de soi à soi, avant de définir une certaine façon de se situer par rapport aux autres. | Tusik Only via Unsplash

Écrit par Charles Hadji 

Peut-on prôner la modestie dans une société où domine la concurrence? Le néolibéralisme triomphant privilégie la performance. Pour réussir, il faut être plus performant que les autres. Et les réseaux sociaux, sur lesquels les jeunes sont si présents, incitent beaucoup à la mise en scène de soi. Comment l’éducation pourrait-elle, dans un tel contexte, se proposer de valoriser la modestie?

En prônant la modestie, ne condamne-t-on pas ceux qu’on éduque à rester éternellement en retrait, voire à devenir d’éternels losers? Y aurait-il, en 2021, quelque chose à gagner, à part quelques quolibets, en étant modeste? À l’heure où un philosophe comme Michael Sandel interroge «la tyrannie du mérite» qui figerait et légitimerait la répartition des places dans la société, créant une forme d’hybris chez les gagnants du système, retour sur les enseignements de quelques grands philosophes.

Un sens de la «juste mesure»

La modestie n’est pas absence d’ambition, mais refus de l’excès. On pourrait la définir comme la retenue dans l’appréciation de soi. Elle concerne le rapport de soi à soi, avant de définir une certaine façon de se situer par rapport aux autres. Ne pas se prétendre, et d’abord ne pas se croire meilleur, ou plus fort, que ce que l’on est. Être modeste, c’est avoir le sens de la «juste mesure».

Étymologiquement, modestie signifie précisément «mesure» et «modération». Au sens qu’Aristote donne à ce terme dans son Éthique à Nicomaque, la modestie est une vertu, «consistant en une médiété entre deux vices, l’un par excès et l’autre par défaut»; «Le vice a pour caractéristiques l’excès et le défaut, et la vertu la médiété.» La «médiété» est la «juste mesure».

Aristote en propose des figures concrètes: «l’homme prudent», autrement dit le sage, saura faire preuve de «magnanimité», juste milieu entre la vanité et l’humilité. Ou encore de «véracité», juste milieu entre la vantardise et la dépréciation de soi.

Descartes fait le même éloge de la modération dans la première règle de sa «morale par provision», qui invite à se gouverner «en toute chose suivant les opinions les plus modérées et les plus éloignées de l’excès, qui fussent communément reçues en pratique par les mieux censées de ceux avec lesquels j’aurais à vivre»; «tout excès ayant coutume d’être mauvais», le plus utile est de suivre les opinions les plus modérées, qui sont vraisemblablement les meilleures.»

La modestie, au sens de mesure et de modération, est ainsi une attitude vertueuse qui offre un gain significatif pour la gouvernance de sa vie, à la fois en matière d’éthique et d’efficacité pratique.

Une exigence de lucidité

La modestie n’est pas faiblesse. Elle n’est pas résignation, mais lucidité. C’est un effort de lucidité qui se traduit par le refus de la prétention et de la vanité. En ce sens, la mort de Socrate donne une leçon de force.

Pour Alain, dans ses Éléments de philosophie, Socrate est le modèle de la modestie du sage. Selon le témoignage de Platon (Apologie de Socrate), pour répondre au réquisitoire de ses accusateurs, Socrate commence par évoquer un paradoxe. Il avait «conscience de n’être sage ni peu ni prou», alors que, selon l’oracle de Delphes, personne n’était plus sage que lui.

La Mort de Socrate par Jacques-Louis David. | Alonso de Mendoza via Wikimedia Commons

Cela permet de définir «une sagesse purement humaine» (un savoir qui se rapporte à l’être humain), que possèdent ceux qui ont compris que le vrai sage est celui qui n’a pas la prétention de l’être. Beaucoup d’hommes semblent sages à beaucoup d’autres, et surtout à eux-mêmes, alors qu’ils ne le sont point. Le faux sage «croit savoir quelque chose, alors qu’il ne sait rien, tandis que moi, si je ne sais pas, je ne crois pas non plus savoir».

La modestie délivre de l’illusion (de la «prétention») de l’excellence (de son «auto-excellence»), qui obscurcit l’esprit de «bon nombre de gens qui croient savoir quelque chose et qui ne savent rien ou peu de choses», comme Platon le fait dire à Socrate. Elle conditionne la progression dans la connaissance de soi, de l’être humain, et de l’univers.

La modestie comme orgueil des justes

La fierté de Socrate avait frappé toutes les personnes assistant à son procès. Un certain orgueil pourrait-il donc faire bon ménage avec la modestie? Certes, la modestie est un signe de lucidité quant à ses limites. Mais elle est avant tout le refus de la tyrannie du paraître. Le modeste est celui qui privilégie la consistance de l’être, plutôt que la facticité du paraître.

Certes encore, la coupure entre être et paraître a quelque chose d’artificiel! Chacun n’est en premier lieu que ce que son corps donne à voir. Comme le dit Paul Valéry (fragments du Narcisse), «Toi seul, ô mon corps, mon cher corps, Je t’aime, unique objet qui me défend des morts».

Mais personne ne se réduit à ses apparences. Et surtout pas aux apparences sociales. On le sait depuis Pascal: la «grandeur d’établissement» ne mérite qu’un «respect d’établissement». La visibilité médiatique ne concerne et ne réjouit que ceux pour qui l’apparence est le tout, et la valeur ne se mesure pas au nombre de ceux qui suivent son ombre (aussi grande fût-elle).

Il faut entendre ici la voix lumineuse de Pascal, pour qui l’orgueil trouve sa vraie place dans «l’ordre de la charité». La «concupiscence de la chair» est bonne pour «les riches, les rois», qui ont pour objet le corps; la concupiscence spirituelle, pour les curieux et savants, qui ont pour objet l’esprit. L’orgueil proprement dit, enfin, appartient aux sages, qui ont pour objet la justice, lit-on dans ses Pensées: «Ce n’est pas qu’on ne puisse être glorieux pour les biens ou pour les connaissances, mais ce n’est pas le lieu de l’orgueil. Le lieu propre à la superbe est la sagesse.»

Oui, l’homme modeste est celui qui est capable d’éprouver, quel que soit son espace d’action et de réussite (comme père, professeur, compagnon, ami, artisan, acteur social, écrivain, astronome, ou encore chercheur en physique), l’orgueil d’avoir en tout et toujours recherché la justice, et tenté de se hausser à l’ordre de la «vraie charité». À l’égal des saints, à qui, selon Pascal, Dieu seul suffit.

Pour Pascal, on le sait, la sagesse n’est visible qu’aux «yeux du cœur». C’est cette visibilité que recherchera celui qui aura compris en quel sens la modestie est le couronnement d’une éducation humaine réussie.

 

[Source : http://www.slate.fr]

 

 

 

Con la publicación de los ‘Diarios’ del escritor, el lector español dispone por primera vez de un testimonio crucial para comprender un período dramático de la historia de Europa

Stefan Zweig

 

Stefan Zweig se ha convertido en el símbolo de la Europa tolerante e ilustrada que intentó destruir el nazismo. Durante décadas, se le consideró un biógrafo elegante y un novelista menor. Con buen criterio, su nombre se situó por debajo de Thomas MannRobert Musil o Franz Kafka, pero en los últimos años se ha rescatado y revaluado su obra, especialmente en España, donde la editorial Acantilado ha realizado una extraordinaria labor con nuevas y rigurosas traducciones. El mundo de ayer, sus memorias, se ha convertido en un éxito de ventas y en un ejercicio de memoria colectiva. El continente que alumbró la Enciclopedia, la física de Newton, la poesía de Rilke y la democracia liberal sucumbió a la tentación totalitaria, encendiendo hogueras donde —como ya advirtió Heine— ardieron, en primer lugar, libros y, poco después, seres humanos.

Zweig no fue un intelectual beligerante. A diferencia de los hermanos MannÖdön von Horváth o Bertolt Brecht, se abstuvo de condenar el nazismo en sus inicios. Ni siquiera la prohibición de sus libros en Alemania, ni la experiencia del exilio, lograron que abandonara su silencio. Cuando en su gira por América del Sur le instaron a que condenara el nazismo, respondió: “Nunca hablaré contra Alemania, el intelectual debe permanecer cerca de sus libros, no está preparado para lo que requiere el liderazgo popular”.

Zweig comprendería tardíamente su error, cuando la caída de Singapur en manos del imperio japonés le hizo creer que el totalitarismo se extendería por todo el planeta. El 22 de febrero de 1942 se suicidó en Petrópolis, Brasil, acompañado por su segunda esposa. En su nota de despedida, escribió: “Saludo a todos mis amigos… Ojalá puedan ver el amanecer después de esta larga noche. Yo, demasiado impaciente, me voy antes de aquí. Creo que es mejor finalizar en un buen momento y de pie una vida en la cual la labor intelectual significó el gozo más puro y la libertad personal el bien más preciado sobre la Tierra”.

La publicación de estos Diarios de Zweig en la excelente traducción de Teresa Ruiz Rosas constituye un verdadero acontecimiento editorial. El lector español dispone por primera vez de un testimonio crucial para comprender un período particularmente dramático de la historia de Europa. Los Diarios abarcan del 10 de septiembre de 1912 hasta el 19 de junio de 1940, cuando el escritor parte hacia el exilio, hundido en sombríos pensamientos. Como sostiene Mauricio Wiesenthal en su prólogo, son más interesantes hoy que cuando se escribieron. Aún contemplamos con perplejidad cómo Europa dilapidó la herencia de Erasmo y Montaigne, permitiendo que el odio sepultara el ideal de libertad, igualdad y fraternidad acuñado por la Revolución francesa. Mientras los sabios se ocultaban, los demagogos escalaban hasta lo más alto, despertando el fervor de unas masas fanatizadas.

Al margen de su extraordinaria calidad literaria, los ‘Diarios’ de Zweig son una elocuente lección de historia y moral

Zweig no observa la realidad desde su escritorio. Viaja por París, Londres, Nueva York, Suiza, Brasil. A veces por placer; otras, por necesidad. En esos lugares, se encuentra con los grandes intelectuales y artistas de la época: Richard StraussRomain Rolland, Rilke, Hofmannsthal, Alma MahlerSchnitzlerFreud… Zweig es pudoroso. Protege su intimidad, escamoteándonos las zonas en penumbra donde tal vez laten deseos reprimidos. A diferencia de otros diaristas, no transige con el exhibicionismo o la indiscreción. Prefiere la alusión al dato desnudo, lo entrevisto a lo explícito, lo difuso a lo descarnado. Sabemos que se sentía atraído por la bohemia, pero nunca fue un maldito ni un inadaptado.

El escritor comienza sus anotaciones hablándonos de un diario perdido y de su propósito de escribir otro para que sus recuerdos no se borren o difuminen. Desde la primera línea, admite su timidez y pesimismo. Le gustaría educar su voluntad, pero se ha resignado a vivir en la atonía. Escribe a ratos sueltos, venciendo la apatía y la pereza. Es curioso que un autor tan prolífico se atribuya estos rasgos.

Aunque no es un escritor beligerante en cuestiones políticas, cuando estalla la guerra se avergüenza de vivir en su mundo, rodeado de libros y lejos del frente. Contempla con tristeza lo que sucede, incapaz de identificarse con el ardor bélico de sus compatriotas. Se escribe con Rolland, hallando consuelo en sus convicciones pacifistas. Visita a Hugo Wolf, herido en una pierna y escucha consternado el horror que se vive en el campo de batalla. Los soldados están desmoralizados. Solo los oficiales siguen hipnotizados por la épica de la guerra. Zweig nos narra los acontecimientos de la contienda con una mezcla de lucidez y escepticismo. Todo le parece irreal y absurdo. Solo reconoce una causa: la lucha por la dignidad del ser humano. Al principio de la guerra, se plantea alistarse. Al final, es un hombre desengañado que detesta el heroísmo de cartón piedra.

Lee a Shakespeare, Dostoyevski, TolstóiGuerra y paz le parece “un evangelio para nuestro tiempo”. Su obra está impregnada de humanismo y verdad. Destinado al Archivo de Guerra, se libra del frente por su mala salud. Zweig siempre escribe de forma elegante y precisa, pero sin caer en la retórica. Su sencillez y limpieza transmite sinceridad. No está pensando en el porvenir de sus Diarios como obra literaria, sino en la necesidad de expresar sus emociones. Durante los “felices veinte”, vive con angustia la posibilidad de un nuevo conflicto bélico: “Las generaciones futuras deberán aprender cómo hemos vivido todos estos años, esperando cada día un nuevo cataclismo. No hay mañana que no abramos el periódico con un ligero temor”.

Elegante y preciso, Zweig no piensa en la posteridad de sus Diarios, sino en la necesidad de expresar sus emociones

Poco antes de la Segunda Guerra Mundial, viaja a Brasil. El clima húmedo y caluroso le parece insufrible para un europeo y se conmueve ante el espectáculo de una calle llena de prostitutas, expuestas en escaparates como mercancías: “Qué teatro al servicio del placer inmediato más banal y cruel”. Cuando el 1 de septiembre de 1939 Alemania invade Polonia, Zweig apunta: “Hoy es el día en que ha empezado la mayor catástrofe de la humanidad”. No se equivoca. Escribe desde Bath, en el suroeste de Inglaterra. No domina bien el inglés y eso le atormenta, pues limita su capacidad de comunicación.

Pronostica que la guerra causará la caída del capitalismo. Es sorprendente que apenas aluda al sufrimiento de los judíos, pese a serlo él también. Escéptico en materia religiosa, nunca ha pensado demasiado en el estigma de pertenecer a la “raza maldita”. Sostiene que el nazismo es la “ideología de los resentidos”, la hora de la venganza de los mediocres. Admite que se está desmoronando: “Nunca había sido tan pesimista, jamás había tenido tan pocas esperanzas”.

Cuando llega la noticia de que la cruz gamada ondea en la Torre Eiffel, la desesperanza se convierte en desesperación: “Tengo casi 59 años y los próximos serán espantosos, ¿qué sentido tiene soportar todas estas humillaciones?”. El nombramiento de Petain como jefe de Estado ahonda su angustia: “Ya no hay salvación, Europa está acabada, nuestro mundo se desmorona. Definitivamente, ahora somos apátridas”. Antes de partir a América, su desolación es infinita: “Se ha perdido Francia, reducida a escombros por siglos, el país más cautivador de Europa, ¿para quién escribiré, para qué viviré?”.

Al margen de su extraordinaria calidad literaria, los Diarios de Stefan Zweig son una elocuente lección de historia y moral. Nos muestran que la civilización no es una conquista irreversible, sino un logro precario. Europa siempre será el continente de la Shoah. La chimenea de Auschwitz sigue proyectando su sombra, recordándonos el potencial destructor de las ideologías. Ahora que han vuelto los viejos demonios del nacionalismo y el racismo, leer a Zweig ya no es una elección estética, sino un gesto de compromiso con los valores humanistas de la Europa democrática e ilustrada.

 

[Fuente: http://www.elcultural.com]

 

Escrito por Federico Romani

Los primeros cuentos de Ricardo Piglia eran los fotogramas de un ciclo de vida, un sistema con sus reglas explícitas, pero también enigmáticas. Con el descubrimiento de la potencia expresiva de sus materiales (citas, lecturas, experiencias personales), el futuro autor de Respiración artificial (1980) creó una zona de experimentación donde las tradiciones narrativas clásicas —del policial a la ciencia ficción; de la ficción histórica al diario personal— regulan un único proyecto narrativo que se mantiene en movimiento a través de una serie de obsesiones: el dinero, la traición, la fatalidad suicida del héroe melancólico, la literatura como historia imaginaria y alterada de la realidad. En sus inicios como cuentista, Piglia narra viajes (“El joyero”, “Un pez en el hielo”, “El fin del viaje”), y en todos esos recorridos el traslado es un riesgo sin proporciones directas con la transparencia de la prosa: la distancia entre dos puntos mide las formas del peligro, y las tragedias son pequeñas, casi domésticas, como si las situaciones consumieran de a poco las energías mismas del relato. El cine y la literatura nacieron con los viajes, y la propia trayectoria de Piglia nace con un exilio interior narrado como el descubrimiento de una dirección inesperada entre las páginas de un diario personal.

Piglia tiene una certeza: se narra para alojar un secreto. Sus “Tesis sobre el cuento” (1986) incluyen convenciones fantasmales sobre maniobras narrativas, la transformación y el tratamiento del enigma como un intercambio de planos ocultos. En Nombre falso (1975), la anécdota sobre el texto inédito de Arlt mueve la ficción desde la revisión de los sentimientos oscuros de un personaje hacia algo que solo tiene relación con el lenguaje. Es un cambio de eje en la relación entre ficción y realidad, pero también un punto de apoyo construido con la lucidez de quien adivina el instante preciso en que la literatura se vuelve una máquina capaz de interrogar el destino. Solo de esa manera la vanguardia crece desde su propia experiencia, y esa relación extraña pone en tensión el arco de una obra que la edición de Cuentos completos vuelve a lanzar de manera renovada contra el horizonte de la literatura argentina. El juego de espejos entre las dos nouvelles de Prisión perpetua (1988) y las historias seleccionadas de La ciudad ausente (1992) —aquí presentadas como “Cuentos morales”— asume el problema de la cronología para desatenderlo después. Piglia siempre jugó con sus textos, los acomodó y reacomodó más de una vez a lo largo de su vida, como tratando de revisar los efectos que su aparición provocaba o para descubrir cómo se entienden entre sí lo personal y lo social, esa forma compleja de lo colectivo.

Resulta difícil comprender los efectos de una poética personal sin caer en la evidencia del valor de una vida. Casi siempre, el contacto con la experiencia ajena se resuelve en perplejidad e incertidumbre, excepto cuando la literatura consigue capturar al mismo tiempo un universo personal y las tensiones del momento cultural —que es siempre un momento político— de una época específica en un país determinado. Así, el enigma de una vida puede derivar hacia una forma de reflexión histórica o transformarse en el borrador fantasmal y detectivesco de una obra que desde el primer momento se presentó a la manera de capítulos sucesivos de una biografía escrita en el futuro. Ricardo Piglia siempre narró en la estela de Walter Benjamin, como si la relación con el lenguaje no fuera otra cosa que el intento repetido y fulgurante de recuperar algo que se ha perdido. Como si la obra no estuviera completa hasta el preciso momento en que se fija en el porvenir el recorrido que la hizo posible.

 

Ricardo Piglia, Cuentos completos, Anagrama, 2021, 832 págs.

 

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

O negacionista não está interessado em demonstrar as razões e os argumentos de sua crença. Ele segue uma combinação de palavras sem qualquer sentido ou concordância, exceto sobre a tese que pretende instalar no imaginário grotesco dos outros. Para que isso ocorra, ele não prova a verdade de sua afirmação, mas segue jogando a responsabilidade ao adversário, mesmo quando este já lhe mostrou, em sucessivas ocasiões, a falsidade daquilo que ele acredita.

Escrito por Léo Peruzzo Júnior

A obra de Carl Sagan (1934-1996), O Mundo Assombrado pelos Demônios (The Demon-haunted wolrd), publicada em 1995, parece antecipar o caótico cenário que a pandemia tem revelado: a ciência é uma vela no escuro que precisa lidar, por um lado, com a trupe de negacionistas que a buscam apagar e, por outro, com a hipótese de que a melhor forma de vivermos bem é acreditando no poder da escuridão. É exatamente sobre a tênue linha entre ciência e pseudociência, opinião e argumentação, crença e saber sistematizado, ignorância e conhecimento que a tipografia filosófica de Sagan permite diagnosticar a existência de “demônios” que, constantemente, assombram o mundo.

Ao contrário de outros tempos, os demônios hodiernos não usurpam apenas o discurso científico (para manipulá-lo na ótica de suas insanas ideologias, entre as quais estão triturar a diferença cultural, eugenizar o comportamento e homogeneizar os próprios interesses políticos), mas procuram instrumentalizar o aparato do poder político soberano para reconstruir o discurso calcado em sua weltanschauung (visão de mundo). De qualquer modo, o diagnóstico do presente pode começar quando a igreja, uma espécie de adversária à ciência moderna, ergue-se contra os negacionistas e reafirma sua voz à favor da pesquisa científica. Afinal, teria o espaço político deixado de fomentar a ciência para iludir-se, novamente, com a imaginação grotesca do próprio pensamento?

A resposta é não. Precisamos separar, antes de mais nada, o espaço público democrático, de um lado, e a imaginação grotesca do poder político, do outro. Enquanto a ciência consolidou-se sobre o exercício do livre pensar, da crítica, da investigação e da subordinação das paixões às evidências, a imaginação grotesca busca anestesiar a pluralidade de ideias através da vigilância e eliminação dos corpos e das mentes de seus adversários. Assim, extinguir uma política pública que incide sobre a alimentação dos mais vulneráveis, por exemplo, não deixa de ser uma clara estratégia da imaginação grotesca, bem como retirar direitos e garantias trabalhistas a fim de sucumbir a existência da vida diante dos interesses da burguesia. Em nossos tempos, escassos de lucidez e bom-senso, não é preciso ser comunista para ver o esquartejamento da cultura em prol de uma ideologia arbitrária do capital, assim como também não precisamos ser judeus para assistir, mais uma vez, o genocídio contra a diversidade étnica, racial, religiosa ou de gênero.

Este horizonte político que sufoca e esmaga o pensamento crítico é aquele que também marginaliza a ciência. Assim como um médico, no qual a catarse sobre o paciente buscar encontrar a patologia e identificar suas causas e tratamento, este sujeito contemporâneo parece ter abandonado sua função na história e optado pela sofisticação espúria dos demônios que, agora, já não vivem mais da e na escuridão. Eles estão aí, ora na “praça”, ora no “mercado”, ora nas “igrejas”, ora no “gerenciamento da saúde” e, infelizmente, na “gestão do espaço público”. Não estão satisfeitos apenas em obter prazer sobre a cegueira intelectual que ronda a gênese da sociedade, mas procuram aperfeiçoar os mecanismos de controle, disciplina e automação da vida singular. Investem na disseminação de “notícias falsas”, por fim, como recurso político para incitar a polêmica vazia, obter apoio e manobrar a consciência. Não acendem velas; ao contrário, procuram apagar a credulidade daqueles que confiam na pesquisa como instrumento de aperfeiçoamento de si mesmo e da sociedade.

A imaginação grotesca só prospera porque se aproveita da ausência de solidez intelectual. Isso, obviamente, não significa que ela atinge mais fecundamente aqueles poucos que se sentaram nos bancos escolares e tiveram a oportunidade de realizar a experiência do esclarecimento. Ao contrário, a imaginação grotesca consegue ali proliferar porque encontrou matéria orgânica suficiente que fora nutrida com uma pitada generosa de má-fé. Há, portanto, em alguns casos – uma vez que toda generalização é estúpida e irracional – uma cumplicidade intrínseca entre os monstros e aqueles que obtêm o mesmo gozo no exercício da monstruosidade. É por isso que, nos tempos atuais, a ciência precisa lidar não apenas com os problemas inerentes ao método, mas também como afirmação pedagógico-política diante da colonização do seu espaço e da sua vitalidade. Como retrucou a pesquisadora Natalia Pasternak, durante depoimento na CPI da Covid-19,  a “ciência não tem dois lados”, isto é, não depende do obscurantismo para perpetuar sua identidade. “Ouvir um lado e ouvir outro”, por sua vez, é uma experiência dialética significativa desde que as armas do embate sejam argumentos, ideias e racionalidade, o que não parece ser o caso quando consideramos aquilo que a política governamental brasileira procura fomentar.

De todo modo, não podemos negar que há uma crise interna na ciência, particularmente acentuada no último século, a qual tem repensado a existência do próprio método científico. Popper, Bachelard, Kuhn, Lakatos e Feyerabend, por exemplo, dedicaram-se à história da ciência para refundar uma espécie de olhar crítico sobre a forma como a ciência adquire vida e perpetua-se no tempo. Neste sentido, se a indução é um critério insuficiente para provar a verdade de uma generalização, como afirma Popper em A Lógica da Pesquisa Científica, o problema da demarcação científica torna-se indispensável às decisões de caráter metodológico. Agora, aceitar que algo seja científico considerando apenas as possíveis experiências perceptuais de base empírica, segundo ele, é pura ingenuidade do psicologismo que abraça nosso pensamento. Os enredos e fantasias da hidroxicloroquina, por exemplo, são recheados daquilo que Popper já havia condenado.

Para polemizar o método científico é necessário um exercício mais significativo do que o sadismo das próprias paixões. Embora alguma parcela da Ciência, ou melhor, daqueles que controlam os discursos oficiais da Ciência, esteja interessada em mutilar as Humanidades, foi justamente através deste confronto que nos distanciamos da modernidade e optamos por avaliar as bases epistemológicas do modo como produzimos conhecimento. Vale recordar, aqui, a expressão de Sagan quando afirma, então, que “talvez a distinção mais clara entre ciência e a pseudociência seja o fato de que a primeira sabe avaliar com mais perspicácia as imperfeições e a falibilidade humanas do que a segunda (ou a revelação “infalível”)”. Neste caso, como poderíamos avaliar o comportamento de um negacionista que opta em colocar o ônus da prova ao adversário para sustentar suas opiniões falaciosas?

O negacionista não está interessado em demonstrar as razões e os argumentos de sua crença. Ele segue uma combinação de palavras sem qualquer sentido ou concordância, exceto sobre a tese que pretende instalar no imaginário grotesco dos outros. Para que isso ocorra, ele não prova a verdade de sua afirmação, mas segue jogando a responsabilidade ao adversário, mesmo quando este já lhe mostrou, em sucessivas ocasiões, a falsidade daquilo em que ele acredita. O negacionista, portanto, crê piamente que o adversário mostrará a verdade de seu argumento e, ao final, admitirá que na ausência de evidências suas hipóteses estavam corretas. Afinal, se B disse para S (sociedade), mesmo sem evidências ou provas, que acredita no funcionamento de C, e B consegue apoiadores para C, deve ser verdadeiro que o consenso desta ‘maioria’ esteja correto.

A falácia anterior mostra que hoje, mais do que nunca, deveríamos inverter o ônus da prova: não é a sociedade que deve provar a falsidade da pseudociência, mas é a pseudociência que deveria negar os elementos empíricos e probatórios apresentados pela ciência. Mas, por que a pseudociência parece germinar tão bem e agregar tantos seguidores e simpatizantes? Sagan tem uma resposta: “a pseudociência é adotada na mesma proporção em que a verdadeira ciência é mal compreendida – a não ser que a linguagem falhe nesse ponto. Se alguém nunca ouviu falar de ciência (muito menos de como ela funciona), dificilmente pode ter consciência de estar abraçando a pseudociência” (O mundo Assombrado pelos Demônios, p.32). Parece evidente, portanto, que o primeiro diagnóstico que temos é derivado de uma deficiência histórica de acesso à Educação. Investimos pouco e mal na formação cultural das pessoas, particularmente se considerarmos a disseminação das Humanidades como disciplina crítica na formação dos processos epistêmicos de aprendizagem.

Entretanto, a abordagem do acesso à Educação resolve parcialmente o problema dos negacionistas. Em que pese a manipulação ideológica sobre as massas, há uma proliferação de informações falsas de negacionistas altamente letrados. Nestes casos, diferente de um primeiro grupo constituído essencialmente por sujeitos carentes de formação e saber crítico, trata-se de pura má-fé. Não há ingenuidade em seus discursos, mas apenas o ranço autoritário, recalcado e patológico de sujeitos que pretendem dominar o mundo e, assim como denunciado por Sagan, torná-lo escuro. É apenas neste ambiente escuro que podem copular, digerir seu ódio e alimentar a tirania de seu próprio clã. Por isso, a espada da ciência, parafraseando Sagan, precisa também lutar contra a política e seus vícios, uma vez que “os erros estão tornando-se caros demais”.

Negacionistas, de um modo geral, são sujeitos ingênuos diante da ciência. Alimentam suas crenças em uma visão arcaica do método científico moderno, particularmente na hipótese de que o domínio da natureza ou é absoluto, eterno e imutável ou, então, os procedimentos devem ser tomados como falsos e/ou irracionais. É importante, contra eles, recordar a crítica de Paul Feyerabend, em A Ciência em uma sociedade livre: “(…) a Ciência não é sacrossanta. O simples fato de ela existir, ser admirada e produzir resultados não é suficiente para fazer dela uma medida de excelência. A Ciência moderna surgiu das objeções globais ao que ocorria antes e contra o próprio racionalismo, a ideia de que existem regras e padrões gerais que direcionam nossos negócios, inclusive os do conhecimento, oriundos das objeções globais ao senso comum” (p.22-23). Isso significa que, segundo Feyerabend, o fato de a Ciência ser plural ou anárquica em seus métodos, isto é, não ser mais uma unidade, mostra que ela não consiste apenas em fatos e conclusões extraídas de fatos. A Ciência é composta de “ideias, interpretações de fatos, problemas criados por interpretações conflitantes, erros e assim por diante” (p.33). A educação científica dos negacionistas, portanto, parece estar condicionada ao papel já assumido pelos “roedores neopositivistas” na década de 1930. Feyerabend indicará, por exemplo, que em uma sociedade democrática a ciência tem de ser protegida das ideologias, embora acredite que, em alguns casos, “a ciência deveria ser ensinada como uma concepção entre muitas e não como o único caminho para a verdade e a realidade”.

Há, por fim, uma diferença significativa entre a ciência e os “demônios” negacionistas: enquanto a primeira está interessada em colocar seus resultados à avaliação dos pares (por exemplo, no processo conhecido como double peer and blind review), ao controle das agências governamentais e à crítica do espaço público, o segundo grupo prefere enclausurar-se exclusivamente na redoma de seus apoiadores e legionários. Estes últimos estão convictos, portanto, de que a “rainha louca” de sua imaginação grotesca deve, na ausência de evidências e argumentos, impor-se através da violência do discurso oficial. Entretanto, quando este discurso oficial não produz os resultados esperados, buscam o anonimato das redes virtuais para insuflar o odor pútrido das convicções que não conseguem sustentar à luz do dia. Assim, enquanto “a ciência prospera com seus erros, eliminando-os um a um”, conforme afirma Sagan, os negacionistas e sua pseudociência procuram hipóteses formuladas “de modo a tornar-se invulneráveis a qualquer experimento que ofereça uma perspectiva de refutação, para que em princípio não possam ser invalidadas” (p.39).

Denunciá-los já não é suficiente. É preciso combatê-los e, rapidamente, levá-los aos Tribunais Internacionais pelos crimes omissivos e comissivos que confessam publicamente. A ciência em uma sociedade livre, portanto, não há de admitir que o jogo político da imaginação grotesca continue invertendo o ônus da prova, assombrando o livre pensar e cooptando nosso senso crítico.

Léo Peruzzo Júnior é professor de pós-graduação em Filosofia (PUCPR) e dos departamentos de Filosofia da FAE e da Faculdade Vicentina.

 

[Fonte: http://www.diplomatique.org.br]

En conjunto, los ‘Cuentos completos’ de Ricardo Piglia componen uno de los libros señeros de la literatura contemporánea en español

Ricardo Piglia en su estudio

Escrito por Federico Romani

Los primeros cuentos de Ricardo Piglia eran los fotogramas de un ciclo de vida, un sistema con sus reglas explícitas pero también enigmáticas. Con el descubrimiento de la potencia expresiva de sus materiales (citas, lecturas, experiencias personales) el futuro autor de Respiración artificial (1980) creó una zona de experimentación donde las tradiciones narrativas clásicas –del policial a la ciencia ficción; de la ficción histórica al diario personal– regulan un único proyecto narrativo al que se mantiene en movimiento a través de una serie de obsesiones: el dinero, la traición, la fatalidad suicida del héroe melancólico, la literatura como historia imaginaria y alterada de la realidad.

En sus inicios como cuentista Piglia narra viajes (“El joyero”, “Un pez en el hielo”, “El fin del viaje”), y en todos esos recorridos el traslado es un riesgo sin proporciones directas con la transparencia de la prosa: la distancia entre dos puntos mide las formas del peligro, y las tragedias son pequeñas, casi domésticas, como si las situaciones consumieran de a poco las energías mismas del relato. El cine y la literatura nacieron con los viajes, y la propia trayectoria de Piglia nace con un exilio interior narrado como el descubrimiento de una dirección inesperada entre las páginas de un diario personal.

Piglia tiene una certeza: se narra para alojar un secreto. Sus “Tesis sobre el cuento” (1986) incluyen convenciones fantasmales sobre maniobras narrativas, la transformación y el tratamiento del enigma como un intercambio de planos ocultos. En “Nombre falso” (1975) la anécdota sobre el texto inédito de Arlt mueve la ficción desde la revisión de los sentimientos oscuros de un personaje hacia algo que solo tiene relación con el lenguaje. Es un cambio de eje en la relación entre ficción y realidad, pero también un punto de apoyo construido con la lucidez de quien adivina el instante preciso en que la literatura se vuelve una máquina capaz de interrogar el destino.

Solo de esa manera la vanguardia crece desde su propia experiencia, y esa relación extraña pone en tensión el arco de una obra que la edición de los Cuentos completos vuelve a lanzar de manera renovada contra el horizonte de la literatura argentina. El juego de espejos entre las dos nouvelles de Prisión perpetua (1988) y las historias seleccionadas de La ciudad ausente (1992) –aquí presentadas como “Cuentos morales”– asume el problema de la cronología para desatenderlo después. Piglia siempre jugó con sus textos, los acomodó y reacomodó más de una vez a lo largo de su vida, como tratando de revisar los efectos que su aparición provocaba o para descubrir cómo se entienden entre sí lo personal y lo social, esa forma compleja de lo colectivo.

Resulta difícil comprender los efectos de una poética personal sin caer en la evidencia del valor de una vida. Casi siempre el contacto con la experiencia ajena se resuelve en perplejidad e incertidumbre, excepto cuando la literatura consigue capturar al mismo tiempo un universo personal y las tensiones del momento cultural –que es siempre un momento político– de una época específica en un país determinado. Así, el enigma de una vida puede derivar hacia una forma de reflexión histórica o transformarse en el borrador fantasmal y detectivesco de una obra que desde el primer momento se presentó a la manera de capítulos sucesivos de una biografía escrita en el futuro.

Ricardo Piglia siempre narró en la estela de Walter Benjamin, como si la relación con el lenguaje no fuera otra cosa que el intento repetido y fulgurante de recuperar algo que se ha perdido. Como si la obra no estuviera completa hasta el preciso momento en que se fija en el porvenir el recorrido que la hizo posible.

    Ricardo Piglia, Cuentos completos, Anagrama, Barcelona, 2021, 832 pp.

 

[Fuente: http://www.latempestad.mx]

 

Miloš Forman (1932-2018), réalisateur, scénariste et professeur de cinéma, est né en Tchécoslovaquie. Après le Printemps de Prague en 1968, ce chef de file de la « nouvelle vague » tchécoslovaque choisit l’exil aux États-Unis où il réalise des chefs d’œuvre – « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Hair », « Ragtime », « Amadeus » – et est distingué par deux Oscar du Meilleur réalisateur. Arte rediffusera le 8 juin 2021 « Milos Forman, une vie libre » (Milos Forman, ein freies Leben) par Helena Trestikova et Jakub Hejna.

Publié par Véronique Chemla 

Né en 1932, Miloš Forman est orphelin durant la Deuxième Guerre mondiale : directeur d’école, son père est résistant et sa mère, dénoncée, est tuée au camp nazi d’Auschwitz. Plus tard, des indices l’inciteront à penser que son père biologique a pu être un architecte juif.

Formé à l’École de cinéma de Prague, il s’affirme dans les années 1960 en chef de file de la nouvelle vague tchèque.

Il se distingue par ses comédies dramatiques ironisant sur le régime communiste : L’As de pique (1963), Les Amours d’une blonde (1965), Au feu, les pompiers ! (1967).

Après la répression du Printemps de Prague – son ami admiratif le réalisateur Claude Berri ramène de Prague à Paris l’épouse et les fils du réalisateur -, Miloš Forman s’installe aux États-Unis. Là, il y tourne Taking off (1971).

Suivent « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Hair », « Ragtime », « Amadeus »… Son génie dans la direction d’acteurs, la finesse psychologie, et son regard empreint d’humanité teintée d’ironie lui valent d’être distingué à Hollywood par deux Oscar du Meilleur réalisateur.

« La Tchéquie insoumise de Milos Forman »

Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d' »Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « La Tchéquie insoumise de Milos Forman » (Miloš Formans rebellisches Tschechien). « Les calmes collines de la Bohème d’après-guerre ont vu éclore le talent de l’un des plus grands cinéastes tchèques, Milos Forman. Dans la Tchécoslovaquie communiste, le jeune homme réalise ses premiers films dans lesquels il dénonce l’oppression et l’absurdité des systèmes autoritaires. Exilé aux États-Unis, il revient à Prague dans les années 1980 pour tourner l’un de ses chefs-d’œuvre, “Amadeus”.

« Milos Forman, un outsider à Hollywood« 
« Milos Forman, un outsider à Hollywood » est un documentaire produit et réalisé par Clara Kuperberg et Julia Kuperberg. « Milos Forman, adolescent, afin d’éviter de faire son service militaire, entre dans la première université qui l’accepte, celle de cinéma ! Malgré les contraintes de la bureaucratie stalinienne, il s’impose comme le créateur de la « nouvelle vague » tchèque ».

« Milos Forman, une vie libre  »

« Milos Forman, une vie libre » (Milos Forman, ein freies Leben) est un documentaire réalisé par Helena Trestikova et Jakub Hejna.

« J’évite consciencieusement de m’analyser. J’aurais horreur de devenir trop indulgent envers moi-même… »

« Milos Forman aura réalisé nombre de chefs-d’œuvre, de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » à « Man on the Moon » en passant par « Amadeus ». De la Nouvelle Vague tchèque à la consécration hollywoodienne, le portrait simple et émouvant d’un franc-tireur disparu en 2018, tissé d’archives en partie inédites ».

« Essentiellement tissé d’archives, dont certaines inédites, puisque les réalisateurs ont eu accès au fond privé de sa famille, et ponctué d’extraits de films, ce portrait est raconté par la voix du cinéaste disparu en 2018, tantôt en tchèque, tantôt dans son anglais à l’accent rocailleux, hormis un bref interlude dans un impeccable français ».

« Cinéaste entre deux mondes, habité par l’expérience précoce de la perte et de la solitude, mais aussi de la résistance, Milos Forman se livre avec une pudeur et une simplicité aujourd’hui presque désarmantes, tant son refus de la pose et de l’étalage intime semble relever d’une époque irrémédiablement révolue ».

« Recueillis sur plus de quarante ans, du milieu des années 1960 à 2009, la dernière où il a accepté d’être filmé, les entretiens qui font la matière de ce portrait ne parlent pourtant que de lui ».

« Mais qu’il replonge dans son enfance brisée par le nazisme (son père résistant, puis sa mère ont péri en déportation) ou la débine de ses premières années d’exil à New York, quand il loge gratuitement au glamour Chelsea Hotel, qu’il évoque sa gloire de héraut de la Nouvelle Vague tchèque (Les amours d’une blonde en 1965, puis Au feu les pompiers ! en 1967) ou ses Oscars en déluge (cinq pour Vol au-dessus d’un nid de coucou en 1976, huit pour Amadeus en 1985), Milos Forman fait montre de la même distance, teintée parfois d’autodérision ».

« Aussi peu soucieux de son image que d’analyse savante, il livre aussi le fil rouge qui a guidé ses pas avec constance : un attachement instinctif à sa liberté d’homme et de créateur, ayant préféré en connaissance de cause « la dictature du spectateur » à celle du bureaucrate ».

Rétrospective à la Cinémathèque

À l’été 2017, la Cinémathèque française a rendu hommage à Milos Forman en présentant une rétrospective de cet auteur (31 août-20 septembre 2017).

« Cinéaste tchèque contemporain à ses débuts des nouvelles vagues européennes des années 1960, devenu américain en 1968 après l’entrée dans Prague des chars soviétiques, Milos Forman a su garder son cap en n’étant jamais dupe de n’importe quel pouvoir : celui qui pèse sur les êtres pour les contraindre et les priver de toute dimension. C’est cette dimension retrouvée que ses films et ses personnages, à leurs risques et périls, manifestent et exaltent sans cesse », a écrit Bernard Benoliel.

« LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ

Et Bernard Benoliel d’analyser : « Vol au-dessus d’un nid de coucouHair, Amadeus… Qui ne connaît Milos Forman, sinon l’homme du moins ses films ? Mais davantage certains de ses films que l’œuvre tout entière, d’une rare cohérence par-delà les accidents d’une vie. Qui, jusqu’à récemment, a vraiment pris en compte Taking Off ? Qui a vu Ragtime sur grand écran ces dernières années ? A-t-on assez dit que Man on the Moon est un film stupéfiant, variation inspirée sur le spectacle et l’anti-spectacle ? Comprend-on suffisamment que les films et personnages de Forman ont en commun un humour tellement jusqu’au-boutiste qu’il devient manifeste politique ? « L’humour jaillit d’une crevasse qui s’est ouverte entre ce que les choses prétendent signifier et ce qu’elles sont en réalité. (…) Rien ni personne n’est dispensé du comique qui est notre condition, notre ombre, notre soulagement et notre condamnation », écrit Kundera à propos de Milos Forman justement. Sans doute cette attitude philosophique face à l’insensé de l’existence l’a t-elle sauvé lui-même, lui insufflant légèreté et lucidité, lui donnant envie de la place de cinéaste comme lieu idéal d’observation et qualifiant à jamais son regard sur le monde. »

« NAISSANCE D’UN REGARD

Et Bernard Benoliel de rappeler : « Né à Čáslav, dans l’ancienne Tchécoslovaquie, il est élevé dès l’âge de huit ans par de proches parents, les siens ayant été déportés sans retour. Il faut dire d’emblée la particularité d’un destin qui va irriguer toute son œuvre et lui donner chaque fois, quel que soit le sujet ou le pays du tournage, cette couleur si personnelle : Forman a connu intimement et à différents âges de sa vie toutes les idéologies qui ont formé et défiguré le XXe siècle, le nazisme, le communisme soviétique, le capitalisme américain. Non qu’il ait posé sur celles qu’il a représentées un regard d’équivalence ; il n’est simplement jamais dupe d’aucune, ni de celles-là ni de modèles historiques antérieurs, conscient de leurs effets systématiquement dévastateurs. Chaque fois, il leur oppose une liberté individuelle aussi fragile qu’acharnée et célèbre les sortes de riposte inventées par quelques-uns : un chant, un cri, une provocation, une sonorité inconnue – la musique et le rire de Mozart. »

Et Bernard Benoliel de poursuivre : « Étudiant à la FAMU, l’école pragoise pour futurs metteurs en scène, il travaille pour la télévision naissante, devient scénariste, assistant et signe un premier moyen métrage pour le cinéma, Concours, en 1962. Un film qui tranche déjà avec la production courante en choisissant, non un sujet « héroïque » mais banal, sauf qu’il n’était jamais traité à l’époque, révélant alors un interdit qui ne demandait qu’à se déchaîner : la vie réelle et les attentes d’une jeunesse, elle-même vue avec tendresse et sans complaisance. Forman est synchrone avec les nouvelles vagues qui se forment un peu partout au cours des années soixante. La confirmation de ce regard si singulier survient très vite avec deux longs métrages sensibles et impitoyables : L’As de pique (1963) et Les Amours d’une blonde (1965). En 1967, le jeune cinéaste fait un pas de plus, signant avec Au feu, les pompiers son premier film en couleurs et, surtout, une satire bouffonne qui trahit une impatience, la sienne et celle des forces vives de son pays : quelque chose d’un ordre politique immuable et périmé va céder, doit céder. Il est en France au moment où les forces du pacte de Varsovie écrasent en août 68 le Printemps de Prague, dont ses films tchèques constituent alors rétrospectivement parmi les plus beaux signes avant-coureurs. 1968 est le moment de l’impossible retour en arrière, du grand saut. Ou, tel qu’il a résumé lui-même son trajet d’est en ouest, Forman passe « du zoo à la jungle », d’un lieu où les personnes vivent comme en cage à un autre où l’illusion consiste à croire à la liberté parce qu’elle existe en théorie et même placée au cœur de la philosophie politique du « nouveau monde ».

« UN CINÉASTE À PART

Et Bernard Benoliel de souligner : « Étrangement ou logiquement, cet artiste, dont l’œuvre américaine interroge le spectacle et produit sa représentation critique, va rencontrer le succès : cinq Oscar pour Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), huit pour Amadeus (1983). En même temps, Forman demeure aux États-Unis un cinéaste à part : voir Taking Off, son premier film « américain » (1971) qui s’inspire en partie de Concours, qu’il tourne avec Miroslav Ondříček, le chef-opérateur de sa période tchèque, qui s’intéresse autant sinon moins à la jeunesse de son temps (Hair, dix ans plus tard) qu’à la génération des parents. À part encore parce que si souvent européen dans ses goûts : AmadeusValmont d’après Choderlos de Laclos (1988), Les Fantômes de Goya (2005). À part toujours parce qu’il choisit ses sujets ; parce que ses méthodes sur le plateau servent avant tout à restituer une certaine forme de « naturel » et de spontanéité des êtres, des gestes et des situations ; parce qu’il sait unir dans un même film la fresque et la miniature, tout un art du portrait à la manière de cet artiste dans Ragtime (1981) capable de faire apparaître des figures ressemblantes en découpant des profils dans du papier noir. Surtout, il s’éprend de personnages insoumis : Mozart, McMurphy (Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou), Berger (Treat Williams dans Hair), Larry Flint (1996), Andy Kaufman (Jim Carrey dans Man on the Moon, 1999), tous en butte à une forme ou une autre d’oppression avant que ne se dévoilent peu à peu leurs fêlures secrètes, la tentation du dédoublement, une forme de démence même que le spectateur, pris au piège de son identification idéale, n’avait su déceler plus tôt et constate avec étonnement. C’est dans cette manière d’être toujours surprenant et subtil, capable de formuler et déjouer des attentes, de provoquer pendant la projection elle-même un déplacement de la pensée que Forman rejoint son ambition la plus grande : « Je voudrais arriver à concevoir un art qui, à travers les infimes manifestations de l’esprit humain, puisse découvrir et libérer les plus grandes quantités d’énergie. »

« Vol au-dessus d’un nid de coucou » 

« À quel moment un individu qui remet en cause le pouvoir cesse-t-il d’être un héros et devient-il fou ? Ou vice-versa ? Ou les deux à la fois. À  la fin de la guerre, j’ai vu des gens attaquer des tanks avec un balai. On les a traités de fous. Quinze jours plus tard, on leur a érigé des statues, et on les a appelés des héros », se souvenait en 1976 Miloš Forman (1932-2018).

Le journaliste Ken Kesey s’inspire de son travail dans un hôpital psychiatrique et de ses expériences comme cobaye de produits chimiques hallucinogènes pour écrire son roman One Flew Over the Cuckoo’s Nest, du point de vue d’un Amérindien schizophrène. Dans les années 1960, une partie de la jeunesse américaine rebelle est sensible à la contestation qui agite les campus, aux thèmes et au style imagé de ce livre.

Au faite de sa gloire – il vient de jouer Spartacus de Stanley Kubrick (1961) -, l’acteur Kirk Douglas lit les épreuves du livre avant sa publication en 1962. Enthousiasmé, il en achète les droits et interprète le rôle principal dans l’adaptation théâtrale par Dale Wasserman à Broadway.

Fort du succès de la pièce, Kirk Douglas, qui dirige sa société de production Bryna, cherche les financements nécessaires pour l’adaptation cinématographique. En vain : les producteurs potentiels trouvent le sujet « trop déprimant ». Peu avant de céder ses droits, Kirk Douglas confie ce projet à son fils Michael, acteur devenu célèbre par son rôle d’un jeune policier au côté de Karl Malden dans la série Les rues de San Francisco.

Ce projet cinématographique est proposé à Miloš Forman par Michael Douglas et Saul Zaentz, producteur quinquagénaire de disques de jazz et dirigeant de la société Fantasy Records, longtemps la firme discographique indépendante la plus importante au monde. Né en 1932, Miloš Forman est le chef de file de la nouvelle vague tchèque.

À ses amis américains qui lui déconseillent de réaliser l’adaptation du roman de Kesey – « C’est mauvais pour toi ! Tu n’y arriveras pas : c’est un sujet si américain ! Tu ne pourras pas en faire un film qui plaira au public américain : tu es un immigrant de fraiche date de Tchécoslovaquie » -, Miloš Forman rétorque : « Pour vous, c’est de la fiction. Mais pour moi, c’est la réalité. J’ai vécu dans cette société-là. Le parti communiste était mon infirmière en chef. Il me disait quoi faire, quoi dire, à quoi penser, à quelle heure me lever et me coucher. Je sais de quoi ce livre parle. Beaucoup plus que vous ».

Et Vladimir Boukovski, « ex-dissident soviétique enfermé pendant 12 ans en tout dans une institution psychiatrique », renchérit : « Ce livre évoquait un sujet qui m’était très cher. J’ai lutté contre l’utilisation de la psychiatrie à des fins répressives ». En 1971, Vladimir Boukovski était parvenu à transmettre à l’Ouest un document intitulé Une nouvelle maladie mentale en URSS : l’opposition ».

Apprenant le choix de son fils, Kirk Douglas lui confie alors qu’il avait envisagé de produire seul le film en songeant à Miloš Forman, auteur de comédies tournées avec un budget réduit et rapidement. Il lui avait envoyé le livre. Las, les autorités tchèques l’avait confisqué avant qu’il ne parvienne à l’artiste.

La distribution ? Auparavant catalogué dans des rôles de « jeune homme sensible », Jack Nicholson s’impose pour interpréter Mc Murphy, « un genre d’anarchiste qui veut détraquer le système », comme le définit le réalisateur. Un acteur « parfait » dont Miloš Forman loue la préparation, la discipline et la générosité sur le plateau. Un acteur qui travaille énormément son rôle pour que son jeu soit le plus naturel possible à l’écran.

Miloš Forman tient à tourner en décors réels, comme en Tchécoslovaquie. Les producteurs peinent à trouver un hôpital psychiatrique pour y tourner le film, tant les descriptions des traitements prodigués dans le roman n’ont pas été appréciées par les psychiatres.

19 novembre 1975. Sortie du film. Les avant-premières du film sont accueillies par un public enthousiaste. Les patients de l’hôpital de Salem « ont adoré le film », se souvient le Dr Dean Broks. « Ils avaient l’impression d’être libérés d’eux-même », ajoutent Miloš Forman. Le succès est du film est « inattendu et mondial ».

Cependant, ce film rafle les cinq principaux Oscar : meilleur acteur – Jack Nicholson -, meilleure actrice – Louise Fletcher – , meilleur film – Michael Douglas et Saul Zaentz -, meilleur réalisateur – Miloš Forman, qui monte sur scène avec ses fils jumeaux dont il avait été séparé lors de son exil aux États-Unis – et meilleure adaptation cinématographique (Lawrence Hauben, Bo Goldman).

C’est le deuxième film à recevoir cinq Oscar principaux, après NewYork-Miami (It Happened One Nightde Frank Capra (1935). Après la cérémonie, Frank Capra envoie un télégramme à Miloš Forman : « Bienvenue au club ! »

« Milos Forman, une vie libre » par Helena Trestikova et Jakub Hejna

France, République tchèque, 2019, 55 min

Sur Arte les 10 mai 2020 à 22 h 50 et 8 juin 2021 à 1 h 50

Disponible du 03/05/2020 au 08/06/2020
Visuels : © Pavel Jiras

« Milos Forman, un outsider à Hollywood » par Clara Kuperberg et Julia Kuperberg
France, 2011
Sur Histoire les 7 octobre 2019 à 21 h 40, 8 octobre 2019 à 23 h 10, 12 octobre 2019 à 16 h 45, 18 octobre 2019 à 16 h 10 et 30 octobre 2019 à 16 h 40


« La Tchéquie insoumise de Milos Forman« 
France, 2019, 14 min
Disponible du 02/12/2019 au 02/12/2021

« Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Miloš Forman

Fantasy Films, 1975, 128 minutes

Diffusions :

– 27 juin 2011 à 20 h 40 et 28 juin 2011 à 1 h 50 ;

– 11 janvier à 20 h 45, 21 janvier à 0 h 40, 27 janvier à 1 h 25 et 1er février 2015 à 1 h 20

 Les citations sont d’Arte. Cet article a été publié le 9 mai 2020.

[Source : www.veroniquechemla.info]

La plataforma MUBI alberga dos trabajos de uno de los documentalistas más importantes de la actualidad: ‘The Trial’ y ‘State Funeral’

Fotograma de State Funeral (2019), de Serguéi Loznitsa

Escrito por SERGIO HUIDOBRO

La historia ocurre no dos sino tres veces: la primera como tragedia, la segunda como farsa y, a veces, la tercera como cine. Karl Marx diagnosticó las dos primeras, haciendo paráfrasis de Hegel. Pero Marx no llegó a ver cine ni a enterarse de que, en las palabras futuras de Lenin, el cine sería “de entre todas las artes la más importante”. La tercera etapa no ha sido escrita ni dicha sino filmada, y es una idea que sobrevuela cada documental de Serguéi Loznitsa (Bielorrusia, 1964) con lucidez creciente.

En The Trial (процесс, 2018) y State Funeral (государственные похороны, 2019), estrenadas en las ediciones 75 y 76 del Festival de Venecia y disponibles actualmente en la plataforma MUBI, asistimos como fantasmas a dos rituales masivos a los cuales, sin embargo, no fuimos convocados. El primero es un juicio público ocurrido a finales de 1930 como ensayo general para las futuras purgas estalinistas. Los acusados eran un grupo de ingenieros; los cargos, pertenecer a una organización inexistente que habría organizado contra el Estado soviético un sabotaje industrial que no había ocurrido. Se confesaron culpables, dado que admitirlo mediante declaraciones prefabricadas era su única opción frente a la pena de muerte.

Serguéi Loznitsa

Fotograma de The Trial (2018), de Serguéi Loznitsa

Como una secuela infame de aquello, State Funeral [Funeral de Estado] presenta sin palabras ni relato el monumental velorio y sepultura del cuerpo de Iósif Stalin en marzo de 1953. Desde el juicio a los ingenieros habían pasado más de dos décadas, una guerra mundial y un número de muertes atribuidas a sus purgas aún indeterminado, pero por consenso dantesco. El mapa de Europa había cambiado drásticamente por voluntad de Koba, el georgiano de hierro, y su funeral se ejecutó como un rito majestuoso, solemne y cursi que ocultaba que, en realidad, la tragedia había ocurrido en los treinta años previos en que había dominado la Unión Soviética.

Superadas las fases de tragedia y farsa, nos enfrentamos a la tercera: el registro. La imagen como testimonio, aunque no sea neutro; como relato, aunque sea parcial. The Trial [El juicio] y State Funeral completan un quinteto documental construido con paciencia de eremita a lo largo de quince años. Las anteceden Bloqueo (блокада, 2006), Mal de archivo (Представление , 2008) y El último imperio (событие, 2015). Todas reflexionan, formalmente, en torno al uso de archivos audiovisuales para reelaborar la memoria ruso-soviética. Reconstruyen días y períodos que marcaron quiebres en la vida pública del imperio eslavo, como el sitio de Leningrado, la intentona de golpe de Estado que desencadenó la Perestroika o el juicio y el funeral referidos.

En todos ellos Loznitsa y sus montadores (el lituano Danielius Kokanauskis, en las dos que aquí interesan) escarban en decenas de horas de cintas filmadas para limpiarlas, ordenarlas y presentar ejercicios meticulosos de montaje dialéctico (lo que Eisenstein llamó montaje de atracciones) en el cual los planos visuales, intercalados con grabaciones sonoras de época, se suceden uno a otro en relatos de flujo natural despojados de toda narración, voz en off, textos explicativos, cronologías o entrevistas. Igual que aquella escuela pionera del montaje soviético, sus documentales son corales, masivos, plurales, sin protagonistas y alejados conscientemente de la dimensión del individuo.

Al haberse formado en la Bielorrusia soviética desde la era espacial hasta el fin de la URSS, es natural que en Loznitsa –también formado, por cierto, como matemático– fermentaran las teorías de la imagen de Dziga Vértov, Lev Kuleshov, Artavazd Peleshyan o el propio Eisenstein en el siglo reciente. De acuerdo con estas existen dos tipos de relación dialéctica en el montaje de cine: entre la imagen y el sonido y entre una imagen y otra. En la primera relación el sonido adquiere dimensión estética cuando no se limita a ilustrar lo que vemos sino a ampliar su significado; de acuerdo con la segunda, una imagen solo adquiere poder comunicativo cuando se engarza con la imagen que vimos antes y la que vemos después. De esta forma, a lo largo de un metraje los estímulos de imagen y sonido se construyen como una cadena de ADN o un tapiz.

Serguéi Loznitsa

Fotograma de State Funeral (2019), de Serguéi Loznitsa

El resultado es el flujo de tiempo fílmico, ampliamente descrito por Tarkovski pero mejor resumido por el propio Loznitsa: “[El tiempo fílmico] solo existe mientras nos sumergimos de verdad en lo que estamos observando, sin atender a los estímulos del tiempo externo, al tiempo real”. En consecuencia, The Trial y State Funeral resultan experiencias inmersivas y directas que casi simulan el tiempo real. En ellas nos sentimos desnudos frente a imágenes igualmente desnudas: flotamos en la Historia cuando esta, en un embrujo de montaje, parece suceder en la pantalla, sin artificio ni mediación.

Aunque naturalmente resulten más llamativas para los interesados en la historia soviética, tanto The Trial como State Funeral plantean argumentos urgentes sobre la posverdad contemporánea y los usos políticos de lo audiovisual, así como sus límites para manipular la verdad al diluirla, quizá inevitablemente, con la mentira / ficción / artificio / montaje. Viéndolas traje a la memoria algunos pasajes de Gulag (2003), el extenso estudio de Anne Applebaum que funciona como reverso ensayístico del Archipiélago Gulag de Solzhenitsyn; coinciden en la angustia vital por no poder capturar (él) ni recobrar (ella) ningún registro fotográfico ni audiovisual como prueba física del terror estalinista. La conclusión que flota en las dos lecturas es que a partir de la invención de la imagen fotográfica –y, por extensión, fílmica– los únicos crímenes que el futuro acepta como reales son los que sucedieron frente a cámaras.

Por eso, quizá, la medida para evaluar los horrores del siglo sigue siendo la de los campos nazis, mientras que los de Stalin y los de Mao siguen sujetos a debate: no por un horror superior hacia los primeros, sino por haber sido filmados. En esa intuición terrible descansa el logro alcanzado por Serguéi Loznitsa, que parece guardar la fe en que a veces, si hablamos de memoria histórica, una imagen vale más que mil cadáveres.

 

[Fuente: http://www.latempestad.mx]

La crítica y ensayista Mercedes Monmany reúne en Ya sabes que volveré las vidas de tres escritoras, una diarista, una poeta y una novelista, que fueron asesinadas en Auschwitz. 

De izda. a dcha. Irène Némirovsky, Gertrud Kolmar y Etty Hillesum

Escrito por ALBERTO GORDO 

Irène Némirovsky, Gertrud Kolmar y Etty Hillesum fueron las tres grandes escritoras y las tres compartieron destino: murieron en Auschwitz entre 1942 y 1943. Sus vidas breves fueron sin embargo distintas; provenían, respectivamente, de Francia, de Alemania y de los Países Bajos, y en su obra lo documental no se trata igual, o directamente (como en el caso de la poeta Kolmar) no se trata. A ellas ha dedicado Mercedes Monmany (Barcelona, 1957) su último libro, Ya sabes que volveré (Galaxia Gutenberg), en donde además de los tres perfiles incluye un ensayo sobre la tragedia cultural que fue el Holocausto.

« Siempre me interesó el tema de los intelectuales en Auschwitz -comenta la ensayista-. Y lo cierto es que, a poco que se investigue, no dejan de aparecer. Ocurre a nivel general, en el Holocausto. Se cercenó a toda una parte, la más importante quizás, de la cultura europea. Por los asesinatos, pero también a consecuencia de los suicidios, de la dispersión. Ahora cabe preguntarse qué significó ese corte, ese vacío. Pero me temo que nunca lo sabremos ».

Ls tres autoras escribieron diarios, poesía y narrativa. Y las tres, dice la autora de Por las fronteras de Europa, pertenecían a « una élite intelectual cuyo mundo se desmoronó cuando comenzó la persecución ».

Nèmirovski fue una escritora reconocida en la Francia de entreguerras (aunque era de origen ucraniano escribió en francés). Fue deportada en 1942 y murió, como tantos otros, nada más llegar a Auschwitz. Su carrera, dice Monmany, « estaba ya lanzada », pero su fama hoy no se debe a ninguna de las novelas que despertaron el interés de sus contemporáneos, sino a una obra póstuma que apareció sesenta años después de ser escrita.

El manuscrito de Suite francesa, novela ambientada en la Francia ocupada, acompañó en la huida por todo el país a las dos hijas de Nèmirovski, una de las cuales, Denise Epstein, revelaría su existencia en 2004. Aquel año se publicó en francés y en 2005 Salamandra la editó en español. Ganó el Premio Renadout, que por primera vez se entregó de manera póstuma.

Gertrud Kolmar, prima hermana de Walter Benjamin, era una poeta cuya voz empezó a oírse en el Berlín de los años veinte, y cuya originalidad hizo que la crítica de entonces ya apuntara a ella como la gran poeta judía en lengua alemana del momento.

Durante muchos años estuvo olvidada, pero su poesía se comenzó a reivindicar en Alemania en los años noventa. De no haber muerto entonces, dice Monmany, habría alcanzado la categoría de una Nelly Sachs. « Es una simbolista, una poeta de la naturaleza y de los animales. No es una cronista. Fue una especie de Emily Dickinson alemana, con un mundo interior torturado y muy rico », explica la crítica.

Kolmar vivió en el Berlín loco de entreguerras, una ciudad tan cosmopolita como caótica, pero no participó de aquella explosión de libertad. Pertenecía a las élites intelectuales judías, pero se percibe -dice la ensayista catalana- que tenía dificultades para relacionarse en sociedad. « Mi recomendación es buscarla en su correspondencia, una correspondencia bellísima, llena de imágenes, que mantuvo con sus hermanos que se habían ido a Suiza ».

Etty Hillesum, la más desconocida, dejó escritos unos diarios. Esta sí fue en vida una escritora secreta. Era neerlandesa de Middelburg y murió el 30 de noviembre de 1943, tras formar parte de un convoy de deportados de 987 personas, incluidos 170 niños, del que solo sobrevivirían ocho. Toda su familia murió en Auschwitz. « Sus diarios, que fue lo único que dejó, son impresionantes, pero por alguna razón aquí no ha llegado del todo. En Italia, en Adelphi, lo tienen publicado íntegro », cuenta Monmany.

Aquí se han publicado antologías en Anthropos, pero su alcance fue mínimo. Las comparaciones con Ana Frank son inevitables, si bien estos son los apuntes de una mujer madura, de 27 años, con una sólida formación intelectual. « Hillesum tenía una lucidez, una penetración, una capacidad analítica y una potencia expresiva impresionantes, así que es inevitable pensar que, de no haber muerto, podría haber sido una gran ensayista, una gran filósofa ».

[Fuente: www.elcultural.com]

«Hymne à l’amitié et à la vie» pour certains, Drunk (2020) collectionne les nominations: Cannes, Oscars, César, Golden Globes. Et pourtant, le réalisateur Thomas Vinterberg rate complètement son sujet principal: l’alcool. Comme une bière en fin de journée, Drunk s’apprécie pour se vider l’esprit.

Écrit par Alice Bruxelle

Si vous me connaissiez personnellement, vous sauriez probablement que je ne me refuse pas un petit verre de Fendant de temps à autre et, je l’avoue, plusieurs si affinités il y a. Un peu comme les personnages de Drunk, qui, eux, substituent le vin valaisan à quelques litres d’alcool dissimulés dans leur gourde. S’ils n’ont pas le bon goût de s’enivrer avec les produits du terroir, c’est parce que l’œuvre dont il est question est un film danois réalisé par Thomas Vinterberg, à qui l’on doit le premier film – Festen (1998) – du mouvement cinématographique Dogme95, dont il est le cofondateur. Une majorité de critiques dithyrambiques ont suivi la sortie du long-métrage, concrétisées par une pléthore de nominations et de prix: nomination notamment au Festival de Cannes et aux Golden Globes, ainsi que les récompenses du César du meilleur film étranger et de l’Oscar du meilleur film international. C’est donc sous le brouhaha des applaudissements que l’on tentera de glisser un peu d’eau dans le vin de Drunk, non seulement pour amortir la cuite qu’il nous réserve, mais aussi pour se rendre compte du vide laissé derrière lui une fois celle-ci passée.

Une réalité poncée au papier de verre

Selon la théorie du psychologue norvégien Finn Skårderud, si le déficit de 0,5 grammes d’alcool présent selon lui naturellement dans le sang était comblé, l’être humain verrait son existence considérablement améliorée dans tous les domaines. Au nom de la science, quatre amis enseignants, dont Martin, dépressif et incarné par Mads Mikkelsen – qui retrouve Vinterberg, avec qui il avait tourné La Chasse (2012) – décident de l’opérationnaliser. Cette expérience les conduit à s’enivrer durant la journée en augmentant au fur et mesure les doses jusqu’à se retrouver aux confins de leurs limites. La thématique de l’alcool n’est pas un choix hasardeux de la part du réalisateur. En effet, aussi paradoxal soit-il, entre les frontières du second pays «le plus heureux du monde», l’alcool est un fléau, bien démontré dès la scène d’ouverture dans laquelle des lycéens se vautrent dans l’ivresse et le vomi dans une désinvolture totale. Si le cinéaste n’a voulu prendre aucun parti concernant cette problématique – l’alcool n’est ni de l’eau, ni le signe avant-coureur de la perdition de la société – cette liberté accordée au spectateur de se forger sa propre opinion aurait dû supposer de ne pas «trahir l’essence des choses, de les laisser d’abord exister pour elles-mêmes librement» comme a écrit très justement André Bazin. Cela ne se traduit en tout cas pas dans le film. Le choix de nous couper d’un certain nombre d’outils pour appréhender la réalité laisse même un relent de trahison amère dans la bouche.

Dans une interview accordée à Euronews, Thomas Vinterberg décrit son long-métrage comme «un film qui parle de la vie». Dans un article du Parisien, il s’agit d’«un hymne à l’amitié et à la vie» pourvu de scènes qui s’étirent «avec beaucoup de réalisme». Si, en effet, l’un ne va pas sans l’autre, c’est-à-dire qu’il est nécessaire d’avoir un certain effet de réalisme pour réaliser un film «qui parle de la vie», Drunk manque la marche et ne fait qu’édulcorer la réalité.

Même si les mouvements de caméra portée – l’une des caractéristiques du Dogme95 – font miroiter un léger effet documentaire – comme si l’on se trouvait au cœur de la détresse des personnages –, le reste n’est qu’un hachoir pour toute pensée digressive qui s’écarterait de la trame narrative horriblement linéaire. Il y a en premier lieu un problème, ensuite la solution et la fin est une synthèse tiède des deux; rien de surprenant, donc. De plus, Drunk sous-entend une pensée binaire qui écarte toute tentative de complexité du réel. Mads Mikkelsen, malgré sa présence corporelle, se réfugie dans une dichotomie banale: il adopte soit le comportement du loser le plus pathétique ne réussissant pas à exister face à ses élèves, ses collègues et sa femme, soit celui du super-héros. Une fois la précieuse potion salvatrice ingurgitée, il maîtrise en effet sa classe de façon magistrale, se réconcilie – en une soirée – avec sa femme et retrouve le chemin de son existence. Jamais de plans sur les effets indésirables de l’alcool, aucune gueule de bois. C’est la solution, point barre.

L’apothéose aurait pu se trouver dans le moment le plus tragique de la narration: celui de la mort. Mais cette dernière se passe en hors-champ, Thomas Vinterberg ne nous laissant même pas le temps de nous familiariser avec l’enjeu majeur de la dépression, l’enjeu même du film: la lucidité sur notre propre finitude, celle qui nous pousse à déboucher des bouteilles pour oublier l’écoulement inéluctable du temps. Couvrez cette mort que je ne saurais voir; cela fait venir des pensées coupables.

Feel good movie avant tout

Le film ne parle donc aucunement de la vie, et ne brosse aucun tableau du réel. La vie est interdépendante de la mort et la soustraire revient donc à éliminer la vie. «Le réel me donne de l’asthme», écrivait Cioran, et pourtant la conclusion du long-métrage est une invitation au «lâcher-prise», à la danse, à la joie. Céder à quelque chose qui n’existe pas: le vide existentiel. Et c’est là où se vautre Drunk: il se pare d’airs philosophiques – notamment en citant un autre danois, Kierkegaard, au début et à la fin – mais le fond relève plus du symptôme nihiliste.

Le succès s’appuie sur d’autres codes: celui du feel good movie. Les protagonistes, en atteignant les limites de la société contemporaine et de leur classe sociale – le fameux triptyque boulot, maison, mariage – parviennent à dépasser leur condition par un élément complètement artificiel, une solution toute faite à la portée de n’importe quel quidam. Le film grise. D’une part parce que la situation des quatre amis peut entrer en résonance avec la nôtre. La dépression étant la maladie du siècle, la balayer d’un revers de manche, à l’image du traitement de la question sur la mort, réconforte par son aspect utopique, voire autistique. D’autre part, parce qu’il écarte la possibilité de devoir se changer soi-même, et donc d’entamer un processus laborieux et coûteux. Bousculer un status quo est effectivement moins séduisant que d’oublier sa propre souffrance en dansant.

En fin de compte, Drunk s’aligne parfaitement avec son sujet: il fabrique de l’oubli. Se vider la tête par une cuite ou «lâcher-prise» devant un feel good movie, à vous de choisir.

 

[Source : http://www.leregardlibre.com]

 

El libro más reciente de la lingüísta Yásnaya Elena Aguilar Gil nos recuerda el destino de discriminación que han sufrido las lenguas indígenas en México. No se trata, como nos aclara esta reseña, de sopesar que algunas lenguas son mejores que otras, sino de exigir que la sociedad valore la diversidad lingüística y su presencia como eje fundamental en la educación.

 


Sacrificamos México en aras de crear la idea de México
—Yásnaya Elena Aguilar Gil

 

Escrito por Patricia Córdova

La experiencia está siempre al servicio de la conciencia y de la imaginación; para no sucumbir ante el caos de la existencia, el ser humano acota ambas con relatos y moralejas de todo tipo.  Nuestras vidas —hemos aprendido— transcurren según la estructura de una narración: planteamiento, causas, consecuencias, nudos y desenlaces. Por ello, el sentido de lo vivido es  tan limitado como las historias y argumentos que interiorizamos.

Escribimos la historia de nuestra vida —e interpretamos la de los otros— al seleccionar los nudos con los que explicamos lo que acontece a nuestro alrededor. El sentido es siempre una selección que pone en evidencia nuestros alcances y nuestras limitaciones. Este sutil, pero poderoso hecho, propicia la madre de todas las batallas: la de las narrativas.

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No ha habido inocencia en la expansión del español en la propia península ibérica ni en América. Desde Antonio de Nebrija, el andaluz que escribió la primera gramática del español en 1492, quedó claro que si la publicaba y la dedicaba a la reina Isabel la Católica era porque “siempre la lengua fue compañera del imperio”. En las primeras páginas de Gramática de la lengua castellana, Nebrija explica la importancia histórica de lenguas como el hebreo, griego y latín y argumenta que la lengua es una pieza clave para extender la fe religiosa.

La primera gramática del español es un nudo lingüístico y político con el que España define una expansión económica, religiosa y sociocultural que marcó la historia de su colonia,  la posterior América Latina. Sin embargo, el proceso de evangelización y dominio que se extendió a lo largo de trescientos años de colonia llevó también a la escritura de las lenguas originarias, a la confección de sus gramáticas (artes de las lenguas primigenias) y al inventario de vocabularios concebidos de acuerdo a lo que los líderes religiosos y nuevos gobernantes necesitaban que nombraran los recién conquistados.

En 1820, justo antes de la consumación de la Independencia de México, el 65% de la población eran hablantes de alguna lengua indígena. Hoy solo el 6.5% de la población habla una de las 68 lenguas indígenas que existen en el país. La Independencia destituyó a los españoles, pero a la vez revictimizó a las comunidades indígenas. Fueron sometidas a un proyecto de nación en el cual se condicionó su existencia a la negación de sus lenguas, de sus territorios y de una autonomía política que ya había sido arrebatada. Este es el antecedente histórico y la situación glotopolítica que Yásnaya Elena Aguilar Gil aborda en Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística (Almadía, 2020).

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Desde el primer texto, “Ser o no ser: bilingüismos”, Yásnaya imprime su particular estilo: una mirada aguda sobre la política lingüística que se ha aplicado a las lenguas originarias, a partir del análisis de experiencias cotidianas. El contraste entre el bilingüismo en su comunidad Ayutla, Oaxaca, y en Ciudad de México, marcó su manera de narrar el mundo. Dos cosas sorprenden a la autora: en Ayutla se desdeña la educación bilingüe y se prefiere la “formal” (monolingüe en español) y en Ciudad de México se pondera el bilingüismo (no español-náhuatl, sino español-inglés). Su cierre es auténtico y espontáneamente irónico: “Entendí, en pocas palabras, que no es lo mismo ser bilingüe que ser bilingüe”.

Yásnaya es ayuujk jä’äy, mixe, y muestra una singular y permanente disposición al cuestionamiento. Le seduce pensar en la existencia de la lengua, la diversidad y la injusticia. La génesis de su lucidez y lucha las presenta, claramente, en Un nosotrxs sin Estado (Ona Ediciones, 2020). A Yásnaya la educaron con una disciplina rigurosa en la lectura de los clásicos. De niña sus tíos la hacían leer en voz alta, cada día, para que adquiriera un español sin acento. El libro rojo de Mao Tse-Tung, Los vedas, el PanchatantraLas mil y una noches, la Ilíada y la Odisea de Homero, las obras de Amado Nervo, Manuel José Othon, Sor Juana Inés de la Cruz, Alexander Pushkin, Ánton Chéjov, Fiódor Dostoievski, Walt Whitman y Lev Tolstói —el nombre de Yásnaya es, de hecho, un homenaje a este autor—, fueron lecturas, “edificios sonoros”, cuyo significado ignoraba, y que más tarde se iluminaron a la luz de sus estudios de preparatoria, licenciatura y posgrado en Ciudad de México.

Los textos que componen Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística son una compilación de ensayos breves publicados en la revista Este país entre 2011 y 2015. Los compiladores —Ana Aguilar Guevara,  Julia Bravo Varela, Gustavo Ogarrio Badillo y Valentina Quaresma Rodríguez— también han incluido  tuits y entradas de Facebook de la lingüista que aluden a los temas de tales ensayos.

El libro es evidencia del sincretismo lingüístico y cultural que ha sucedido a lo largo de 500 años, pero tiene el gran mérito de ser el primero escrito en su género por una mujer, una ayuujk jä’äy, y por alguien cuya agudeza analítica le permite exponer, de forma clara, las diversas aristas del asunto. Su empatía por el mundo la lleva a aprender de todo y de todos. De una amiga japonesa, compañera universitaria, aprende que es mejor sentirse contenta y no orgullosa de hablar una lengua, y sentencia: “El orgullo puede estrechar lazos con la dignidad pero también con la soberbia o, en el peor de los casos, se utiliza como un parche emotivo que cubre una herida amplia y profunda. Un relleno que trata de compensar una carencia”.

La dificultad de la convivencia entre lenguas que gozan con un mayor o menor prestigio también la lleva a anotar que para una niña que habla italiano, inglés y español en casa lo extraño es un entorno monolingüe, prebabélico. La también maestra en lingüística hispánica, Yásnaya Elena —cuya madre, por cierto, se llama Eneida— evoca, en otro ejemplo, el rechazo que provoca hablar español en ciertos contextos en Estados Unidos, de la misma manera en que han sido denostadas las lenguas originarias en México. Su conclusión es que no existen lenguas minoritarias, sino minimizadas al extremo de crear familias que rechazan que sus hijos sean educados en armonía con su lengua materna, sea esta una lengua originaria o el español hablado en México.

La censura sistemática, algunas veces casi invisible, con que se ha tratado a las lenguas originarias se manifiesta en la ignorancia y desprecio que despiertan más allá de los círculos de lingüistas cuyo interés no rebasa, en ocasiones, la obsesión por partículas morfológicas o por la construcción y crítica de una gramática. “¿Por qué la diversidad cultural y lingüística no es un eje temático importante en los contenidos educativos?”, pregunta la autora. En su histórico discurso “México. El agua y la palabra”, pronunciado en la Cámara de Diputados el 26 de febrero de 2019 y que forma parte del libro, la lingüista recuerda que, en promedio, una lengua muere cada tres meses. En un centenar de años se habrán extinguido la mitad de las lenguas del planeta. Causa pudor que no se sepa nombrar las lenguas habladas en México, causa desconcierto que se haga tan poco para preservar las del mundo. Con ello se niega el derecho a una vida propia y digna de estas comunidades. El monolingüismo, además, adelgaza la inteligencia, pues nos alejamos de la complejidad creativa y cognitiva que cada lengua entraña al nombrar el mundo. Aprender que en ayuujk el azul y el verde se mezclan en una sola palabra  —tsujxk—advierte que los colores pueden ser percibidos en un continuo cromático, sin las divisiones con que otras lenguas los definen. Asimismo, saber que täay puede significar “ser chistoso” en el mixe de Ayutla, pero “mentir” en el mixe de Tlahuitoltepec, puede disparar la creatividad si se imaginan los enredos comunicativos que dicha variante puede causar. Yásnaya Aguilar convive, precisamente, en ambas comunidades.

Los conflictos lingüísticos se convierten en conflictos identitarios, pero la seriedad con que Yásnaya los aborda no necesariamente implican una renuncia a su particular humor: “En Europa fui mexicana, en México soy oaxaqueña, en Oaxaca estoy siendo mixe, en la sierra suelo ser de Ayutla. En algún punto soy indígena, pero eso me lo dijeron o lo intuí en el contraste antes de que llegara el nombre. Durante un ataque de fuerzas extraterrestres seguro que seré terrícola, y lo seré con pasión.” La conciencia de esta multirreferencialidad contrasta con la sencilla elegancia con que en ayuujk se nombra a todo aquel que no sea mixe: akäts. La visión del mundo mixe se simplifica en este aspecto, así como en Harry Potter a todos aquellos que no pueden hacer magia se les llama muggles.

La fascinación que suscita conocer nuevas lenguas, sin embargo, no puede ser un hecho si el fomento de la diversidad no cuenta con el apoyo de un gobierno y de sus instituciones. Cuando la lingüista afirma: “Hay tantas razones para querer aprender nuevas lenguas, pero solo  una para querer dejar de hablarlas”, se refiere al racismo, maltrato y negación a que los pueblos originarios han sido sometidos a lo largo del tiempo.

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El proyecto de nación mexicana, que tuvo su origen a partir de la consumación de la Independencia en 1821, ha sido también el proyecto de la negación de los pueblos indígenas y su pluralidad. Una negación no sólo del reconocimiento de las lenguas, sino del derecho a las tierras, al agua, a los recursos naturales y a gobiernos autónomos: “La pérdida de una lengua no es un proceso pacífico en el que los hablantes abandonan una lengua por otra, es un proceso en el que median castigos, menosprecios y en la mayoría de los casos, colonialismo contra los pueblos que la hablan”. Llegada la discusión a este punto, la lingüista Yásnaya Elena Aguilar Gil se torna activista. No son solo lenguas las que se ignoran, sufren segregación y mueren, son naciones indígenas. En un tuit de 2017 apunta: “Nación mapuche dividida en dos Estados: Argentina y Chile; nación sami dividida en cuatro Estados: Suecia, Noruega, Finlandia y Rusia; nación cucapá dividida en dos Estados: México y Estados Unidos”.

En defensa de los pueblos originarios, Yásnaya parece recuperar la etimología de la palabra nación: del latín natio -ōnis, es decir,“lugar de nacimiento” -“pueblo”. Hablar desde la cultura mixe, desde su lengua materna de la familia otomangue, la coloca en un territorio discursivo que es también tierra, organización política y social, conocimiento y mitología ancestral, costumbres familiares y culinarias concretas. El ayuujk encarna el nacimiento, desarrollo y consolidación de un pueblo que sigue luchando por ser respetado y reconocido. Inspirada en el periodista mapuche Pedro Cayuqueo, Yásnaya Elena plantea, en su libro Un nosotrxs sin estado, que México es un Estado plurinacional y no una nación multicultural; critica la educación indígena impartida en español, los hospitales y juzgados sin intérpretes que conozcan la lengua de cada región. La idea de mexicanidad —reclama— los ha ignorado: “No hay penacho de Moctezuma ni mariachi ni huapango de Moncayo ni china poblana que pueda borrar ese hecho. La multiculturalidad niega la idea de nación tal y como fue pensada en sus inicios por los que la proclamaron”.

Si se ha construido una nación unívoca que niega la diversidad, solo hay una aparente salida para la autora: la conformación de un Estado plurinacional en el que se reconozca a las comunidades indígenas como naciones con derecho a la autodeterminación social, económica, lingüística y política. La idea es una seductora utopía. Sin embargo, el lector no puede dejar de preguntarse cómo, en un entorno global que encarna la competencia permanente, se podría legitimar geopolíticamente la existencia de 68 naciones bajo el lema de un país llamado México.

Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística pone sobre la mesa un conflicto social que cobró fuerza política, en 1994, con el levantamiento zapatista y, más tarde, en 1995, con los Acuerdos de San Andrés Larraínzar. A 25 años, el despojo de tierras y la extracción de recursos naturales a las comunidades indígenas sigue sucediendo. El Estado mexicano no ha incorporado un modelo que respete la riqueza cultural y geográfica del territorio. En la narrativa nacionalista promovida desde el Estado, la diversidad cultural de México no ha sido efectiva ni equitativamente incorporada. El sistema de castas se ha superado porque ya no se obliga a escribir la etnia o grado de pureza de la sangre en un acta de nacimiento. No obstante, como afirma la autora, aún existe el gesto disuasorio en los registros civiles para no darles a los recién nacidos nombres que no provengan del español o del inglés; aún se escriben notas periodísticas en que un problema judicial, de salud o de autoridad, se reporta como un problema originado por no saber hablar español. Si bien es cierto que el español mexicano hace tiempo que dejó de ser colonizante, en el sentido de que no representa valores y variantes de un lugar lejano llamado España, y en el sentido de que el español de México es ya patrimonio cultural del país, también es un hecho que las instituciones gubernamentales y la educación pública siguen aplicando prácticas colonizantes en los servicios institucionales que ofrecen a comunidades indomexicanas. De ahí el valor de Ää: Manifiestos sobre la diversidad lingüística de Aguilar Gil, un libro que pone en evidencia las prácticas insuficientes e injustas con que se incorpora a estas comunidades y el discurso nacionalista que afirma lo contrario.

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En La vida contada por un sapiens a un neandertal (Alfaguara, 2020), el paleoantropólogo Juan Luis Arsuaga se esfuerza por explicarle al escritor Juan José Millás la razón por la cual los australopitecos se desplazan de la selva tropical a la pradera: buscan la luz. Al ver una frutería —porque la conversación ocurre en una caminata por el mercado—, Arsuaga rectifica y decide hablar mejor del Homo erectus. Seguramente, por su capacidad de coleccionar frutas. Millás expresa que así habrá más orden en la exposición. La indignación del paleontólogo es más que sugestiva: “–Oye, qué es eso del orden. Esto no es un cuento. Si quieres un cuento, te lees el Génesis. La evolución no tiene la estructura de un relato. No hay planteamiento, nudo ni desenlace. La evolución es el mundo del caos”.

El pasaje me hizo reflexionar en las anotaciones que hice al principio de este texto. La exuberancia de la existencia es, al margen de nuestro pensamiento, siempre caótica. Somos nosotros quienes, acorralados por la conciencia y la angustia connatural que esta desata, nos vemos en la necesidad de construir relatos sobre los hechos que experimentamos o de los cuales tenemos noticias. Los hechos están ahí, sueltos. Cada día salimos a la calle, o al espacio digital, a encontrarnos con los otros. Cada uno hilvana con palabras la historia que es capaz de construir. La madre de todas las batallas es la lucha entre estas narrativas porque ahí se define quién entra o quién sale de la escena; quién tiene derecho o quién no. Arsuaga sabe que los hechos pueden significar por un instante y en un contexto reducido, para luego seguir suspendidos en el espacio de lo no explicable o a merced de narrativas diversas.

En Ää: Manifiestos sobre la diversidad lingüística se construye una narrativa sobre la historia indígena de México y de sus lenguas. ¿Fueron los indígenas de la era de la domesticación del maíz, hace 9000 años, los mismos sometidos durante 300 años por los españoles? ¿Es el mexicano una invención ilegítima del proyecto nacional de 1821? ¿Cómo integrar la existencia del español de México (la lengua) con la existencia de las lenguas originarias? Construir un territorio narrativo para luchar por una nación, o por un ideal social, tiene mucho más peso que la narrativa con la que recordamos nuestras vivencias cada noche. Sin embargo, ambas narrativas son brújulas capaces de guiar individuos y legiones. La narrativa de una nación y los hechos en que se fundamenta tendrán que ser siempre inclusivos, sin prejuicio de ningún grupo humano, o entidad natural que habita el territorio. Cuando Yásnaya Aguilar Gil analiza la coexistencia de las lenguas y de las culturas parece saber esto último. La narrativa de los ensayos que componen este libro es una defensa de las lenguas originarias de México y de los pueblos indígenas que las hablan. También es una genuina invitación a que dichas lenguas se incorporen al horizonte sociopolítico de los hablantes nativos del español de México.

• Yásnaya Elena  A. Gil, Ää: manifiestos sobre la diversidad lingüística, Ana Aguilar Guevara, Julio Bravo Varela, Gustavo Ogarrio Badillo y Valentina Quaresma Rodríguez (comps.), México, Almadía, 2020.

Patricia Córdova es profesora investigadora de Lingüística Hispánica y directora de la División de Estudios Históricos y Humanos de la Universidad de Guadalajara.

 

[Fuente: http://www.nexos.com.mx]

Mêlant les photographies de Patrick Gilliéron Lopreno et les textes de Slobodan Despot, Champs met en lumière le destin du paysan suisse actuel. L’ouvrage, publié le 11 mars chez Olivier Morattel, est une brillante aventure artistique et humaine à la limite entre le réalisme et le romantisme.

Écrit par Jonas Follonier

«Il y a deux générations encore, la Suisse était un monde paysan. Désormais, dans un territoire de plus en plus exigu, de plus en plus bétonné, chaque paysan est un monde en soi. Ils continuent pourtant, malgré les difficultés, malgré la solitude, de cultiver la terre et d’élever le vivant au gré des saisons. Il ne s’agit plus d’un métier, ni d’un milieu. Il s’agit d’une destinée.» Ainsi chante la quatrième de couverture d’un objet aussi insolite qu’élégant, dont la couverture, justement, vaut d’être notée. Fabriquée en tissu gris, avec un titre gaufré, elle est la vitrine modeste et prometteuse d’un livre d’art à la mise en page étonnante (24×33 cm avec beaucoup de blancs, comme autant de silences).

On plonge à l’intérieur avec les notes de Vivaldi et les mots de Slobodan Despot, en suivant les quatre saisons. Les mots du second sont aussi des notes, évidemment, car le romancier-journaliste-éditeur manie la musicalité de la langue comme de rares émules en nos contrées ou ailleurs. Anecdotes personnelles et réflexions spirituelles s’allient pour former un joyeux compagnonnage des photographies signées Patrick Gilliéron Lopero, captant le Plateau suisse et ceux qui permettent au pays de se nourrir, les paysans.

Les paysans, leurs paysages et leurs outillages sont présentés au lecteur-spectateur en panoramique, c’est-à-dire en deux fois plus large que d’ordinaire. On doit ce format au mythique appareil Hasselblad XPAN avec une pellicule argentique. Les textes de Despot enrichissent le regard, libre et inspiré, que l’on porte sur les magnifiques clichés de Lopreno, comme cette délicieuse description des plaines hivernales:

«Depuis la nuit des temps, l’hiver accomplit sa mission de couveuse. La nature ne dort pas, elle conspire. Sous la croûte gelée, elle déploie furtivement ses troupes pour l’assaut printanier. L’inclinaison du soleil, un léger réchauffement ou je ne sais quel autre mot de passe donnera le signal de la manœuvre. A partir de là, l’invasion qui monte ne peut plus être arrêtée.»

Les différentes périodes de l’année se succèdent et la bonne centaine de pages avec elles. On y admire des ombres d’arbres à la naissance du soir, des ciels chargés sur des chemins isolés, des épis inclinés par les courants, des silhouettes animales à l’horizon et surtout, bien sûr, des héros du quotidien à la peau tannée, au regard profond et à la vérité nue. On comprend alors que le travail photographique de Patrick Lopreno a besoin des mêmes ressources que le travail agricole: de la lumière et beaucoup d’effort.

A l’arrivée, on constate que le romantisme par lequel se laisse emporter Slobodan Despot dans ses considérations, notamment à travers ce qui pourrait être reçu comme une idéalisation de la figure du paysan, se heurte inévitablement au réalisme que les deux amis se sont fixés comme boussole philosophique pour traiter leur sujet. Mais ce paradoxe n’est pas un problème, dans la mesure où le romantisme et le réalisme, la nostalgie et la lucidité, le passé et le présent peuvent être vécus ensemble. Cela suppose simplement une très grande sensibilité. Nul doute que Champs en recèle dans tous ses recoins.

 

 

[Source : http://www.leregardlibre.com]

 

 

Les éditions Anacharsis (clin d’œil à ce philosophe grec soupçonné de vouloir renverser les mœurs) nous ont habitués à regarder autrement ce qui se passe en terre étrangère. Notamment avec leur collection « Les ethnographiques », qui invite à voir d’un autre œil le quotidien des archives départementales, quand Anne Both joue avec le stocker, trier, jeter, classer ; ou à entendre les pensées clandestines d’un voleur livrant ses stratégies à Myriam Congoste, dans Le vol et la morale. Autant dire que le choix éditorial va vers les aventures des borderlands, ceux qui marchent sur les frontières, jouent sur les bords, tirent le sens vers des zones inconnues. Cette fois, avec Le mystère de la cagoule de Colette Milhé, c’est d’une enquête dans l’enquête qu’il s’agit.

Cireur cagoulé à La Paz

Colette Milhé, Le mystère de la cagoule. Enquête bolivienne. Préface d’Anne Doquet. Anacharsis, coll. « Les ethnographiques », 288 p., 15 €

Écrit par Jean-François Laé

C’est une sorte de journal de l’anthropologue, un ensemble de notations personnelles lors d’une étrange recherche menée par Colette Milhé sur le port systématique d’une cagoule par plus de cinq cents cireurs de chaussures à La Paz. Mais qu’est-ce qu’ils ont, ces travailleurs à la sauvette, à se masquer ainsi pour nettoyer, brosser, cirer, lustrer les pompes du passant ? Qu’est-ce qu’ils ont fait pour se camoufler ainsi : se protéger des poussières nauséabondes, se cacher des contrôles d’on ne sait qui, effacer un stigmate physique, ou encore marquer leur soutien sans faille au président Evo Morales ?

L’énigme sera le prétexte affiché pour trouver la porte d’entrée dans le milieu de ces serviteurs de rue. Car ce que cherche Colette Milhé, c’est à comprendre l’économie souterraine de ces cireurs, le choix des emplacements et des heures, les échanges avec les clients, leur mode de vie en famille, leur devenir. Et si c’étaient tous des célibataires, d’anciens détenus, des endettés jusqu’au cou ? Et si c’étaient des étudiants en mathématiques ou encore des indicateurs de la police ?

De 2006 à 2012, lors de plusieurs séjours en Bolivie, avec son informateur Alecks, l’auteure a tenté de pénétrer « le milieu » afin d’arracher quelques informations sur les réseaux économiques, le prix du ticket d’entrée, la formation des prix du service, les gains secondaires, les disputes, les ficelles du métier, les dispositions mentales pour accepter ce « sale boulot ». C’est de cette histoire qu’il s’agit.

Or cette histoire va tourner court. Le milieu résiste. Aucune porte ne s’ouvre. C’est la débandade. Chaque journée est un échec. Tous les tuyaux de l’informateur sont crevés. L’anthropologue découvre que son informateur « la balade » sur autant de fausses pistes que de ruelles ! Il ment, détourne les questions, répond à côté, pose des lapins. Elle imagine ce qu’il a en tête : « Il faut que je lui fasse comprendre ce qu’est la vie d’un cireur ici. Il y a trois ans, elle était prête à devenir ma madrina de estudios : je ne l’ai ni rêvé, ni, surtout, oublié ». De là, comment se défaire de cette exigence, comment éviter les mille demandes et sollicitations ? Alecks rigole avec ses potes, drague à grande eau Colette, qui ne sait plus comment se débarrasser de lui. « J’ai trois alternatives : je pars avec elle en France, elle me parraine, ou alors, je me contente des quelques avantages sur place […] Si je lui fais un enfant, je suis sauvé. À son âge, c’est pas normal de ne pas être mère. C’est sans doute là qu’est son point faible. Elle doit désirer profondément avoir un ou des enfants. »

Il veut se marier ? Et quoi encore ! Il veut 50 bolivianos pour se payer une paire de chaussures ! Il ne manque pas d’audace, c’est la troisième paire ! Un vrai pot de colle, une relation dont généralement on ne se vante pas dans les conférences scientifiques. C’est aussi de cette histoire qu’il est question. Une histoire obligée, nécessaire. Un grand raté parmi tant d’autres – pour qui enquête sur un temps long – que l’on ne raconte jamais tant il est associé à un échec et ne devrait jamais quitter son journal intime. C’est sur ces cendres que Colette Milhé décide d’écrire un double récit.

Le mystère de la cagoule : une enquête bolivienne de Colette Milhé

Cireur cagoulé à La Paz

Le premier rend compte des maigres informations recueillies sur le milieu des cireurs. Colette Milhé reprend jour par jour ses notes en friche, datant chaque observation, sentiment, impression ; elle refait le chemin avec nous. Dans le second récit, comme elle ne comprend absolument rien de ce qui se passe dans la tête d’Alecks, son informateur foireux, elle imagine ce qu’il se dit lui-même pour lui tendre des pièges. Le livre est fait de cette double narration. D’un côté des notes intuitives au jour le jour, de l’autre les stratagèmes probables de ce renard rusé, mais dont on pressent la nécessité. Car il faut bien imaginer ce qu’Alecks a en tête si l’on veut slalomer entre ses piquets. Il faut bien anticiper le prochain coup. Il faut bien déjouer le piège tendu, les silences, les enfumages. Mais qu’est-ce qu’il veut d’elle ? « Si elle revient en Bolivie trois ans après, c’est qu’elle me cherche, c’est forcément parce qu’elle est amoureuse de moi. En tout cas elle ne m’a pas oublié. Je vais obtenir le parrainage. »

L’enquêté se met à enquêter, pendant que l’anthropologue ruse à son tour, pose elle aussi des lapins, essaie d’approfondir les prix des loyers, l’écart considérable des prix annoncés par Alecks et les informations latérales qu’elle obtient. C’est une lutte, heure par heure. Un rapport de force et de séduction où se mêlent engagement, réticence, méfiance et jeu de dupes. Enquêteur et enquêtés se toisent, s’évaluent, testent les limites. « Quand  je lui parle de venir en France, elle brise brusquement mes rêves, ou tente de le faire. Elle me parle des pauvres, du chômage… Je ne l’écoute plus. Pourquoi a-t-elle essayé de me décourager ? J’ai l’habitude de me débrouiller, je pourrais toujours cirer. Je crois qu’elle ne se rend pas compte qu’un pauvre en France doit être mille fois plus riche qu’un pauvre bolivien ! » Colette n’en peut plus. Il lui arrive de broyer du noir, de taper sur quelques cibles quand elles ont le visage de l’arracheur de dents. Elle envisage alors de se mettre directement cireuse. Elle observe attentivement.

Et c’est parti pour une première tentative : « Un homme d’une soixantaine d’années avance vers moi, avec le sourire et pose sa chaussure sur son cale-pied. Je suppose que mon exotisme guide son choix. Dès mes premiers gestes, il comprend que je ne suis pas experte. Il me conseille, amusé, alors que je m’apprête encore une fois à oublier le brossage initial. Alecks justifie : « Je lui apprends ! » Il proteste ensuite alors que je tache ses chaussettes avec le brillante : « Pas les chaussettes ! » Il regarde les dégâts, navré. Je m’applique mais cela ne suffit visiblement pas. Alecks doit reprendre le lustrage final car cela ne brille pas assez. Je suis un peu vexée et me tais. Le travail exécuté, c’est pourtant à moi qu’il confie la pièce. »

Le mystère de la cagoule : une enquête bolivienne de Colette Milhé

Cireur cagoulé à La Paz

Au fil des jours, au gré des escapades de l’anthropologue pour s’approcher au plus près des cireurs, on découvre un face-à-face violent, une confrontation de deux modes de vie, deux morales, deux regards qui se frottent sans communiquer. L’enquêté a toujours le dessus. C’est lui qui tient les portes. Les scènes-clés ont lieu dans la rue, lors d’un match de foot, dans la cuisine d’un ami, intérieur-nuit, ou plutôt au bord du soir lorsque les langues se délient. L’anthropologue va-t-elle travailler de nuit ? C’est l’heure des confidences, en levant le coude pour la chope, en fumant une cigarette, en sirotant encore. Parfois, une déprime précède les rendez-vous. Tandis que ses hôtes de rue rangent leur matériel, vont se laver abondamment les mains, s’ébrouent bruyamment, rangent et classent leurs affaires, la cagoule enfin enlevée, va-t-on voir enfin Alecks flancher et s’ouvrir ? Les langues se délient. Alecks tente encore un geste vers « le cœur interdit », en vain. Colette est en lambeaux. Otage à nouveau.

Dans cette conception du récit à deux joueurs, de nombreuses cases restent vides, pour reprendre l’image de Michel de Certeau, laissant place à l’hétéroclite et à des énoncés contraires. Le récit d’enquête trouve ainsi sa dimension dans ce que Colette Milhé laisse filtrer de ce qu’elle est, de ce qu’elle fait, de ce qu’elle ressent, de ce qu’elle pense à chaque instant, sans filtre. « La recherche ne conduit pas au but mais dessine la route », insiste Lévi-Strauss auprès de Descola. L’anthropologie n’est pas tant un savoir assuré qu’une manière de « se mettre à la place de » afin de laisser cours à « son histoire ». Tel est le défi des héritiers des chroniques fictionnelles, des récits qui visent à se départir de ses propres catégories pour accéder aux manières de penser de l’autre. À la manière de Carlo Ginzburg avec Menocchio, ce brave meunier de la Renaissance, dont seules restent les minutes du procès en inquisition. Et de recomposer alors, avec l’archive, un personnage plausible, possible, probable. La ligne de crête est étroite : « comment restituer le point de vue du sujet à partir de quelques éléments épars ? » Cette démarche est résumée par Clifford Geertz dans Ici et Là-bas (traduit aux éditions Métailié en 1996) lorsqu’il affirme : « dire ce que j’ai réellement ressenti lors de l’enquête permet un éclairage nécessaire à la compréhension du lecteur ».

Cette narration à plusieurs étages nous rappelle que l’enquête anthropologique est un mélange de vu, d’entendu, de questionnements sur le vrai, de points de résistance pour dire le vraisemblable. Une invitation à l’ouverture des regards et à l’élargissement de la perspective. On y écoute enfin les hésitations, dénégations, interrogations, émotions et dérobades qui sont le pain quotidien de l’enquête.

Cette veine à décrire « les mille résistances de l’enquête », à tamiser le quotidien, à épingler coups de force et absurdités, on la retrouve dans le ton de Colette Milhé, direct, léger, et singulièrement chaleureux à la fois, renouant avec les journaux de terrain implacables et excédés de Malinowski. Sur chaque point de résistance, de porte fermée, d’échec du jour, s’enroule une coproduction interprétative où la lucidité vaut mieux que le bluff.

[Photos : Colette Milhé – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]