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Mise à l’honneur au Centre Tchèque de Paris, l’œuvre de Kundera apparaît, en cette période postconfinement, comme le reflet de nos identités retrouvées. L’exposition « Milan Kundera : Nostalgie de l’Europe » est à voir jusqu’au 5 septembre 2021.

Milan Kundera

Écrit par Alix Bancarel

Le temps d’un instant le Centre Tchèque devient notre refuge. On s’abrite de la pluie, on s’isole du tumulte, le boulevard Saint-Germain est tout près. Paris est redevenue, depuis peu, cette ruche muséale, une cité bouillonnante : on arpente désormais les musées, on fréquente les artistes. Je pense à Kundera, le réfugié, l’exilé, l’écrivain adopté, pour le meilleur. Autour d’une exposition estivale, « Milan Kundera : Nostalgie de l’Europe » (du 20 mai au 5 septembre 2021), nous retrouvons donc, enfin, un foyer d’adoption commun : l’art, et la littérature.

Nous sommes restés presqu’un an confinés, « chez soi ». Mais ce chez soi, contraint, ne nous est jamais apparu avec autant d’étrangeté, d’âpreté. Ce Unheimliche n’était rien d’autre qu’un immense vide, une perte de repères qui est devenue, progressivement, une crise identitaire. Qui sommes-nous ? Que voulons-nous ? Qu’est-il permis d’espérer ? Insoutenable gravité des êtres. L’œuvre de Kundera, monument européen, mise à l’honneur au n° 18 de la rue Bonaparte, apparaît alors comme le reflet de nos identités retrouvées. La plaisanterie a assez durée, après la valse aux adieux de nos libertés, on comprendra que la vie est ailleurs. Dans un musée ? Oui, bien sûr.

Dans un murmure, l’accent tchèque de Kundera, rythme notre visite.

– C’est la dernière fois qu’il se montrait après la sortie de L’Insoutenable – le mot est comme un code, un mot de passe pour ceux qui ont en commun la lecture éblouie de ce roman –, tu imagines ?

– Oui, c’est devenu un fantôme, à la Beckett.

– Cette discrétion s’accorde si bien au son grave et tendre de sa voix.

– Bon Apostrophes, Pivot, on l’a déjà vu. On continue.

Avant d’atteindre la bibliothèque – cœur de l’exposition – le badaud gravit un grand escalier en colimaçon – sa colonne vertébrale – dont les murs sont parsemés de citations de l’auteur et des diverses éditions, françaises et internationales, de ses romans. Tout est là, du chapeau melon de Sabina ou chien Karénine. L’harmonie de ces couvertures annonce déjà le goût de Kundera pour l’art pictural.

– Picasso, pour La Vie est ailleurs. Mon préféré.

Cette ascension s’apparente à un panorama littéraire et éditorial, retraçant le parcours d’un écrivain francophone, traduit dans le monde entier. Tchèque ? Français ? Européen ? Cosmopolite. Ce cosmopolitisme mitteleuropéen. Toutes ces facettes résident, vivent et vibrent, simultanément, dans ses romans : « cette essence précieuse de l’esprit européen est déposée comme dans une boîte d’argent dans l’histoire du roman, dans la sagesse du roman ». (Discours de Jérusalem : Le Roman et l’Europe).

Des photographies noir et blanc viennent combler ponctuellement sa disparition médiatique, et satisfaire, par la même occasion, notre futile besoin d’images. Milan et Vera. Beaux et forts. Vera… Que serait l’écrivain-Kundera sans sa Vera ? Un Picasso sans Françoise.

C’est sans doute ça, aimer, véritablement. La beauté n’a de sens qu’à condition qu’elle soit partagée ; « Beauté dans l’art : lumière subitement allumée du jamais-dit. » (L’Art du roman).

Mais pas question d’idéaliser, encore moins de romancer. Face à ces photos, un dessin, réalisé par l’écrivain-même, tourne en dérision le couple. Quoi de plus risible en fin de compte ? Un autoportrait aux formes distordues et grotesques nous rappelle avec délicatesse que l’amour ne vaut la peine d’être vécu que s’il demeure léger. Ne nous laissons pas envahir par un sentimentalisme désuet.

D’autres gouaches représentent des personnages inquiétants, désincarnés, aux cous et aux mains allongés, qui rient gentiment au nez du spectateur. Autant de portraits qui font écho à son univers romanesque, entremêlant sujets graves et ironie grinçante. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’artiste, qui interroge inlassablement l’identité, se plaît à déjouer les codes du portrait. « L’œil : la fenêtre de l’âme ; le centre de la beauté du visage ; le point où se concentre l’identité d’un individu. », (L’Identité). Cet œil se décline dans ses dessins sous diverses formes : tordu, tourbillonnant, vide… il suggère une réinterprétation du poète voyant.

Son œuvre, tant littéraire que picturale, que l’on découvre pour la première fois lors de cette exposition, nous met face, sans aucun voile, à nous-mêmes, à nos failles, celles de nos cœurs romantiques.

Une invitation à lire, relire, et à rire.

 

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

Paru en italien en 2013, puis aux éditions Gallimard en avril 2014, La fête de l’insignifiance fait désormais l’objet d’une édition en tchèque. Anna Kareninová — traductrice éminente et reconnue — a la responsabilité de rendre les textes de Milan Kundera en tchèque. Elle signe également la postface de cette édition (dans une traduction opérée par Anna Kubišta). Les éditions Atlantis, qui ont publié ce livre en 2020, nous offrent ainsi un regard inédit, personnel et complexe sur le travail même de traduction.

ActuaLitté

Pour moi, la traduction se conjugue sans cesse au conditionnel : « Comment l’écrivain aurait-il écrit ceci s’il écrivait en tchèque ? » Quand Milan Kundera en est venu à l’idée que je pourrais traduire en tchèque ses romans écrits en français, le conditionnel a changé : « Comment l’écrivain aurait-il écrit ceci lorsqu’il écrivait en tchèque ? » Cet écrivain mondial, dont le tchèque et le français sonnent à l’unisson et dont nous découvrons la musique. Admettons que le traducteur joue sur son instrument une musique écrite pour un autre instrument et qu’il doit rester fidèle à cette musique — voilà que je me retrouvais avec la musique d’un compositeur qu’il avait écrite pour « un autre instrument » tout en jouant du mien d’une main de maître.

Et que je devais insuffler à mon instrument non seulement sa musique, mais aussi son jeu.

Le conditionnel s’en est trouvé changé, tout comme l’ont été les travaux préparatoires. Ma vision du sens et de l’éthique du rôle même du traducteur s’est formée au tournant du millénaire sous l’influence du poète Ezra Pound, de ses traductions et de ses réflexions sur la traduction. Sur ces questions, je considère également comme mon maître le poète Petr Kabeš ainsi que sa devise : « La précision est poésie. »

Traduire, trahir, trahir mieux

Milan Kundera lui-même et ses positions sur le traitement des œuvres littéraires ont également représenté un soutien solide auquel je me réfère. Pour moi, son essai Une phrase (L’ombre castratrice de saint Garta, dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993) fait école en matière de traduction. Milan Kundera y cite un extrait de la lettre de Stravinski au chef d’orchestre Ansermet : « Mais, vous n’êtes pas chez vous, mon cher, je ne vous avais jamais dit : Tenez, vous avez ma partition et vous en ferez ce que bon vous plaira. » (Extrait de l’essai Là, vous n’êtes pas chez vous, mon cher, dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993.)

On ne peut dire mieux. Et quand Milan Kundera écrit dans L’art de la fidélité : « On dit : la traduction est comme une femme, ou bien fidèle ou bien belle. L’adage le plus crétin que je connaisse. Car la traduction est belle si elle est fidèle », c’est un soulagement : enfin, quelqu’un l’a dit !

Afin de ne pas faire « comme chez moi », les travaux préparatoires visant à être précise et fidèle se sont cette fois concentrés non sur la lecture de sources secondaires, la perception et la reconstitution de la musique originelle comme dans le cas des traductions des romans de Céline ou des Cantos de Pound, mais avant tout sur l’analyse minutieuse des livres tchèques de Milan Kundera du point de vue de la langue, du vocabulaire, de la syntaxe. Et ensuite sur celle de leurs traductions françaises autorisées par l’écrivain.

Je savais que certes, j’allais lui donner une apparence tchèque à partir de sa langue française, mais que, dans le même temps, il fallait que son tchèque soit ma source. Grâce à la maison d’édition Atlantis et à ses versions électroniques des livres de Milan Kundera, j’ai eu la possibilité de chercher de façon détaillée l’emploi des mots et des expressions, voire même de conjonctions a priori insignifiantes ou d’adverbes courants. Cela m’a été d’une aide inestimable.

Milan Kundera

Rapport à la langue et à l’autre

Pendant mon travail sur la traduction, j’ai également découvert une chose que je n’avais pas remarquée auparavant en tant que lectrice et qui m’avait sans doute échappée en analysant les textes : en réalité, Milan Kundera écrivait en français bien avant de partir pour la France, il écrivait déjà en français dans ses romans tchèques, son écriture tchèque pense avec la précision syntaxique du français.

Je me suis retrouvée dans cette situation à chaque fois que j’ai eu recours à la méthode typique d’une traduction franco-tchèque : je voulais éviter ce que l’on considère comme étant « une conformité maladroite au français », je voulais lisser la phrase… et j’ai réalisé que le résultat n’était ni précis, ni fidèle, mais simplement muet.

À chaque fois, j’ai retrouvé dans les livres tchèques de Milan Kundera une de ces tournures « maladroitement conformes au français », mais dont le sens était éclatant. À titre d’exemple, référons-nous à ce que reprochait jadis l’article « Se traduire soi-même » à la version tchèque de l’essai, Là, vous n’êtes pas chez vous, mon cher : « Au hasard, quelques exemples : des constructions clivées telles que “Ce qui m’intéresse, c’est le romancier”, ou “Ce qui caractérise les biographies des gens célèbres, c’est qu’ils voulaient être célébrés” sont laborieuses et surtout inutiles, car la langue tchèque permet de trouver une solution élégante à ce genre de situation grâce à l’ordre des mots : Le romancier est ce qui m’intéresse. Les biographies des gens célèbres se caractérisent par le fait qu’ils voulaient être célèbres. »

Seulement, l’ordre « élégant » des mots parle manifestement une autre langue que celle de l’écrivain, l’urgence s’en trouve éclipsée. Ce qui importe à Milan Kundera, c’est la précision du sens, la fidélité à la pensée — voilà pourquoi il a utilisé avec virtuosité des constructions clivées depuis le début, bien avant que l’on puisse lui reprocher l’aspect « laborieux » de sa traduction. C’est étonnant : l’auteur a droit à sa langue originale, mais dès qu’il traduit sa langue originale avec une autre qui lui est propre, on exige de lui un objet linguistique élégant, lisse et sans originalité.

En tant que traductrice, je m’expose à être une cible encore plus aisée que l’écrivain. Je le dis ici : la traduction de La fête de l’insignifiance a généré dix versions que je n’ai cessé de retravailler en prenant justement en considération les livres tchèques de Milan Kundera, afin de me rapprocher au plus près de l’originalité de sa langue, de m’éloigner le plus possible d’une traduction lisse. Milan Kundera a reçu ma traduction en janvier 2020.

Grâce à son épouse Věra, j’ai eu la possibilité rare d’affiner la traduction à la faveur de deux mois de correspondance quotidienne. Cette proximité que j’ai vécue entre Paris et Prague restera dans mon cœur, mes pensées et mes futures traductions. Si le traducteur est un passeur entre la maison de l’écrivain et la sienne, alors ce fut là un voyage au cours duquel il a transporté l’écrivain de chez lui à chez lui. Ainsi, le passeur a-t-il peut-être, au moins en partie, rendu la joie du paysage qu’il a parcouru.

À Prague, le 9 mars 2020

En partenariat avec le Centre tchèque de Paris et Czechlit – Centre littéraire tchèque.

[Photos : CC BY SA 2.0 ; dessin de Milan Kundera – source : http://www.actualitte.com]

Dans le cadre de « Bohemia Magica, Une Saison tchèque en France » (mai-décembre 2002), le Musée du Montparnasse a évoqué Franz Kafka (1883-1924), son œuvre, ses proches et son époque. Extraits de ses romans, notamment sur ses voyages à Paris (1910, 1911), ses dessins à la plume, des tableaux, des photographies de Prague, et bien d’autres documents sont rassemblés pour nous inviter dans l’univers de cet écrivain tchèque, Juif, de langue allemande. La Bibliothèque nationale d’Israël a mis en ligne des œuvres de Kafka.

Publié par Véronique Chemla

« Les deux voyages de Kafka à Paris (1910 et 1911) avec Max Brod, à travers des tableaux et des photographies de l’époque, les peintres tchèques de Montparnasse à l’époque de ces séjours (Alphonse Mucha, François Eberl, François Kupka), ceux qui ont connu Kafka à Prague, avant leur arrivée à Paris (Georges Kars et Othon Coubine du groupe des Huit), les photographies de Roger Pic de la mise en scène du « Procès » par Jean-Louis Barrault au Théâtre Marigny (septembre 1947), la vie et l’œuvre de Franz Kafka, à travers la vision de peintres et de sculpteurs de notre temps, les promenades pragoises de Kafka illustrées par des photos d’époque et récentes de Hélène Moulonguet et Christian Parisot, la richesse culturelle de Praga Magica, sous l’empire austro-hongrois puis dans la Tchécoslovaquie, l’univers onirique de l’auteur du « Procès », son recrutement par une compagnie d’assurance et la chambre de Kafka imaginée par Jack Vanarsky ». Cette exposition, c’est cela et autre chose, en raison du hiatus entre ses deux titres et son contenu très divers.

Plus que de « métamorphoses », il s’agit de présentations, d’inspirations, d’adaptations et d’introductions à Kafka. Tels les portraits de la famille bourgeoise et commerçante de Kafka par Valerio Cugia. Ou ceux du Cercle de Prague par Gerardo Dicrola, et les rêveries des peintres Anne Gorouben et Andrea Fortina, ou « Le Château » par Nathalie du Pasquier. Des visions teintées de mystère d’une « œuvre peu connue du vivant de Kafka, bannie sous le nazisme, redécouverte en France après la guerre par André Gide, André Breton et Jean-Paul Sartre ».

La « reconstitution du cabinet de travail de Kafka » et la boule sombre de Vladimir Skoda (2002) laissent perplexe et leurs bruits irritent.

Kafka, « l’émanation d’une culture qui n’est plus » (Gérard-Georges Lemaire)

Les angles retenus effleurent des faits ou suscitent des questions. Contre la volonté de Kafka qui souhaitait que ses manuscrits et lettres fussent détruits, son meilleur ami, Max Brod, les fait publier (« Le Château »), même inachevés (« Le Procès »), tant il est convaincu du caractère majeur de ces textes.

Kafka, un fin juriste ? C’est ce qu’affirme l’exposition. Alors le raisonnement juridique a-t-il marqué les œuvres de Kafka ? Quelle est la part de sa judéité dans leurs genèses ? Car « après avoir rejeté les traditions du judaïsme, Kafka découvre vers 1910 la littérature yiddish, la Bible, les textes hassidiques et se passionne pour l’idéal communautaire des premières colonies (sic) sionistes. Il lit Dostoïevski, s’initie aux théories socialistes et anarchistes et fréquente les milieux d’avant-garde pragois, allemands et tchèques ».

Pourquoi ses amours furent elles « malheureuses et interrompues » ? Pourquoi Milena a-t-elle été l’amour impossible de Kafka ? Pourquoi n’avoir pas montré aussi les photos de l’adaptation théâtrale de « La Métamorphose » par Yasmina Reza et Roman Polanski (1988) ?

Malgré cette multiplicité d’angles, la curiosité du visiteur demeure donc inassouvie. Le catalogue et le documentaire diffusé viennent suppléer certains manques.

Milan Kundera

Le 3 juin 2014, BibliObs a publié l’article « J’aimerais définir la beauté de Kafka, mais je n’y arriverai jamais » de Milan Kundera (hors-série du « Nouvel Observateur » consacré à la bibliothèque idéale des XIXe et XXe siècles, paru en mai 2013) :

« On a écrit un nombre infini de pages sur Franz Kafka qui, pourtant, est resté (peut-être justement grâce à ce nombre infini de pages) le moins compris de tous les grands écrivains du siècle passé. «Le Procès», son roman le plus connu, il s’est mis à l’écrire en 1914. C’est-à-dire exactement dix ans avant la publication du premier «Manifeste» des surréalistes, qui n’avaient pas alors la moindre idée de la fantaisie «sur-réelle» d’un Kafka, auteur inconnu dont les romans ne seront publiés que longtemps après sa mort. Il est donc compréhensible que ces romans qui ne ressemblaient à rien aient pu paraître comme hors du calendrier de l’histoire littéraire, cachés dans un lieu qui n’appartenait qu’à leur auteur.

Pourtant, malgré cet isolement, leurs innovations esthétiques précoces représentaient un événement qui ne pouvait pas ne pas influencer (même à retardement) l’histoire du roman. «C’est Kafka qui m’a fait comprendre qu’un roman, on pouvait l’écrire autrement», m’a dit une fois Gabriel Garcia Marquez.

Kafka examine les protagonistes de ses romans d’une façon toute particulière, comme on peut le constater clairement dans «le Procès» : il ne dit pas un mot de l’aspect physique de K. ; pas un mot de sa vie avant les événements du roman ; même de son nom, il ne nous laisse connaître qu’une seule lettre. En revanche, dès le premier paragraphe et jusqu’à la fin du livre, il se concentre sur sa situation : sur la situation de son existence.

Dans le cas du «Procès», il s’agit de la situation de celui qui est accusé. Cette accusation se présente d’abord d’une façon plutôt drôle: deux messieurs tout à fait ordinaires arrivent le matin chez K., qui est encore au lit, pour lui faire savoir, pendant une conversation plutôt agréable, qu’il est accusé et qu’il doit s’attendre à ce que l’examen de son cas s’étende sur une très longue période. La conversation est aussi absurde que drôle. D’ailleurs, quand Kafka a lu ce chapitre pour la première fois à ses amis, ils ont tous ri.

Le crime et le châtiment ? Ah non, ces deux notions dostoïevskiennes n’ont absolument rien à faire ici. Pourtant, des régiments de kafkologues les ont considérées comme le thème principal du «Procès». Max Brod, l’ami fidèle de Kafka, n’a pas le moindre doute sur la présence, chez K., d’une lourde faute cachée: d’après lui, K. est coupable de «Lieblosigkeit» (incapacité d’aimer ) ; de même, Edouard Goldstücker, un autre kafkologue célèbre, tient K. pour coupable «parce qu’il a permis que sa vie se fût mécanisée, automatisée, aliénée» et qu’il a transgressé ainsi «la loi à laquelle toute l’humanité est soumise et qui nous dit: Sois humain».

Mais encore plus fréquente (et je dirais encore plus bête) est l’interprétation juste contraire qui, pour ainsi dire, orwellise Kafka : selon elle, K. est persécuté par les criminels d’un pouvoir «totalitaire» avant la lettre, comme c’est le cas, par exemple, dans la célèbre adaptation cinématographique du roman réalisée par Orson Welles en 1962.

Or K. n’est ni innocent, ni coupable. C’est un homme culpabilisé, ce qui est une chose toute différente. Je feuillette le dictionnaire: le verbe culpabiliser a été utilisé pour la première fois en 1946 et le substantif culpabilisation encore plus tard, en 1968. La naissance tardive de ces mots prouve qu’ils n’étaient pas banals: ils nous faisaient comprendre que chaque homme (si je peux moi-même jouer avec des néologismes) est culpabilisable ; que la culpabilisabilité fait partie de la condition humaine. Soit à cause de notre bonté qui craint d’avoir blessé les faibles, soit à cause de notre couardise qui a peur de froisser ceux qui sont plus forts que nous, la culpabilisabilité est toujours avec nous.

Kafka n’a jamais formulé de réflexions abstraites sur les problèmes de la vie humaine ; il n’aimait pas inventer des théories ; jouer le rôle d’un philosophe ; il ne ressemblait ni à Sartre ni à Camus ; immédiatement, ses observations de la vie se transformaient en fantaisie ; en poésie – la poésie de la prose.

Un jour, K. est invité (anonymement, par téléphone) à se présenter, le dimanche suivant, dans une maison de banlieue pour y participer à une petite enquête le concernant. Pour ne pas compliquer le procès qu’il ne veut pas prolonger inutilement, il décide d’obtempérer. Donc, il y va. Même s’il n’a pas été convoqué à une heure précise, il se dépêche. D’abord il veut prendre un tramway. Puis il refuse cette idée pour ne pas s’abaisser devant ses juges par une ponctualité trop docile.

Mais en même temps, il ne souhaite pas prolonger le déroulement du procès, et donc il court ; oui, il court (dans l’original allemand le mot «courir», «laufen», se répète trois fois dans le même paragraphe) ; il court parce qu’il veut garder sa dignité et, cependant, arriver à temps à un rendez-vous dont l’heure reste indéterminée.

Ce mélange du grave et du léger, du comique et du triste, du sens et du non-sens, accompagne tout le roman jusqu’à l’exécution de K. et fait naître une étrange beauté qui n’a pas son pareil ; j’aimerais bien la définir, cette beauté, mais je sais que je n’y arriverai jamais. »

Manuscrits

Le 7 juillet 2015, un tribunal israélien a statué : les manuscrits de Kafka, dont avaient hérité Eva Hoffe et Ruth Wiesler, filles de la secrétaire de Max Brod, Esther Hoffe, reviendront à la Bibliothèque nationale d’Israël.

Le 7 février 2016, dans le cadre de Toute la mémoire du monde, 4e festival international du film restauré, la Cinémathèque française présenta Kafka va au cinéma, de Hanns Zischler (France / 2002 / 52 min) : « Durant des années, au gré de ses voyages et de ses déplacements professionnels, Hanns Zischler a tenté de retrouver, dans les archives et les cinémathèques, la trace des films évoqués par Franz Kafka dans sa Correspondance et dans son Journal entre 1908 et 1913. Ce film documentaire propose un jeu de pistes sur les traces de l’écrivain, entre Prague, Vérone et Paris, à la rencontre de personnalités qui viennent éclairer les réflexions de Zischler. Michal Bregant, des Archives du cinéma de Prague, évoque le cinéaste tchèque Jan Krizenecky dont les films, souvent comparés à ceux des frères Lumière, dévoilent Prague telle que Kafka l’a connue. Peter-André Alt apporte une analyse de la méthode d’écriture de Kafka à l’aune de sa vision du cinéma. Ce film offre des perspectives pleines d’esprit sur la fascination de Franz Kafka envers le cinématographe, et la fascination de Hanns Zischler envers Kafka ».

Le 8 août 2016, la Cour suprême d’Israël a confirmé un jugement de 2012 concernant les manuscrits de l’écrivain pragois Franz Kafka (1883-1924) détenus par la Bibliothèque nationale d’Israël. Elle a statué en faveur de la détention par cette Bibliothèque de ce fonds. Elle a donc « rejeté l’appel des sœurs Hoffe, héritières de Max Brod, un ami et exécuteur testamentaire de l’auteur du Procès, qui avaient été déboutées ».

Le 26 mai 2021, la Bibliothèque nationale d’Israël a mis en ligne des œuvres restaurées et numérisées de Kafka :

« The writer Franz Kafka (1883–1924) is considered a key figure in the annals of modern world literature. Kafka was born to an assimilated Jewish family in Prague, then one of the most important cities in the Austro-Hungarian Empire. He studied law at the German University in Prague, where he met the writer Max Brod, who would become his close friend.

During his academic studies, Kafka developed an intense interest in literature and philosophy, and begin writing his first works soon after. Kafka died of tuberculosis at the age of 41. Skeptical of its literary value, throughout his short life Kafka hesitated to publish his work, and as a result he received little recognition as a literary figure during his own lifetime. Thanks to Brod, who encouraged Kafka to complete and publish his works, Kafka’s writing has entered the canon of Western literature. The Schocken publishing house also contributed to Kafka’s worldwide recognition: in 1934, with Brod’s mediation, the publisher agreed to print a complete edition of Kafka’s writings. The first volumes were published in Germany and later in Czechoslovakia and the United States. Shocken also published Kafka’s works in Hebrew translation.

Kafka’s Estate

In 1921 and 1922, Kafka wrote two notes to Brod asking that all his manuscripts, paintings and letters be destroyed after his death. In defiance of this clear directive, from June 1924 Brod collected all of the materials from the various locations, examined them and began to publish what Kafka had stored away during his lifetime. The three unfinished novels The Trial, America and The Castle are among the most well-known of these works. Brod took all of Kafka’s writings with him when he left his native Czechoslovakia for Mandatory Palestine in March 1939, just hours before the Nazis invaded the country. In the early 1960s, he returned most of them to Kafka’s heirs.

These materials are preserved today in the Bodleian Library at Oxford, while hundreds of letters, a number of short manuscripts and even many of Kafka’s drawings remained in Brod’s possession, comprising a significant part of Kafka’s literary legacy. Between 2016 and 2019, Brod’s own extensive personal archive, along with Kafka’s items, was deposited in the National Library of Israel. A number of other original items of Kafka’s, including notebooks in which he practiced his Hebrew, are also preserved today at the National Library, and together these materials represent the third largest collection in the world of the great writer’s original material.

The digitization was performed by photographer Ardon Bar-Hama and was made possible thanks to the generous support of George Blumenthal ».

« La plupart des documents récupérés avaient déjà été publiés par Max Brod, à part des dessins inédits ni signés ni datés. Parmi ces documents figurent « environ 120 dessins, plus de 200 lettres à l’écrivain Max Brod, [dont] l’original de son testament littéraire demandant à son ami qu’il brûle tous ses écrits », a expliqué à l’Agence France-Presse Stefan Litt, conservateur chargé du projet ».

Le 10 juin 2021, à Prague (République tchèque), le Prix Franz Kafka 2020 a été « décerné à l’écrivain franco-tchèque Milan Kundera à l’occasion d’une cérémonie organisée à Prague, a fait savoir l’ambassade de France en République tchèque. À la demande de l’auteur, le prix sera remis à Anna Kareninová, la traductrice officielle de ses œuvres françaises en tchèque. »

« Âgé de 92 ans, Milan Kunderaest un des plus célèbres écrivains contemporains. Il vit en France depuis la moitié des années 1970. Il est le 20e lauréat de ce prix littéraire international décerné par la Société Franz Kafka et la ville de Prague. La date traditionnelle de la cérémonie de remise du prix, en octobre, a dû être reportée en raison de la pandémie de coronavirus ».

Variations sur Kafka

En 2016-2017, les trois galeries Saphir, notamment à Paris, présentèrent l’exposition Variations sur Kafka. Xylographiesde Sergio Birga, « artiste contemporain italien qui travaille avec brio la gravure sur bois ». Il avait rencontré des peintres expressionnistes allemands, tel Kokoschka.

Né en 1940 à Florence, cet artiste a été à l’honneur en 1977 par l’exposition collective « Mythologies Quotidiennes 2 » (ARC), qui réunissait des œuvres de peintres du mouvement « Figuration Narrative ».

Il « peuple ses paysages d’Italie, de Jérusalem ou de France, de réminiscence classiques étrangement revisitées par une inquiétante poésie ». Ce Chevalier des Arts et Lettres vit et travaille à Paris depuis 1966.

Kafka et Prague

Le 28 mars 2019 de 20 h 30 à 22 h 30, le Cercle Bernard Lazare (CBL) proposa la conférence « Kafka et Prague » avec Daniel Chocron, écrivain et coauteur avec Marinette Delanné, de « À Prague, sur les traces de Kafka » (Éd. La Lucarne des Écrivains). « Comment cette ville si particulière a-t-elle marqué un des plus grands écrivains du XXème siècle ? ».

Arte diffusa jusqu’au 6 septembre 2020, dans le cadre d' »Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « Prague la kafkaïenne » (Prag und Kafka). « Fin du 19ème siècle, Prague en Tchéquie est le cœur battant de la Mitteleuropa, cette Europe centrale qui brasse les cultures allemande, autrichienne, tchèque et juive. Dans ce brassage culturel unique naît Franz Kafka. Tchèque de confession juive et de langue allemande, l’auteur de la « Métamorphose » et du « Château » incarne l’identité à facettes multiples de sa ville ».

« Prague la kafkaïenne« 
France, 2018

Gérard-Georges Lemaire, « Métamorphoses de Kafka ». Editions Eric Koehler-Musée du Montparnasse, 2002. 288 pages. ISBN : 2 7107 0701 2

Jusqu’au 15 janvier 2017
Aux Galeries Saphir

Rambuteau : 69, rue du Temple. 75003 PARIS. TEL :  01 42 72 61 19
Wagram  : 69, avenue de Villiers.  75017 PARIS. TEL : 01 44 40 26 84
Lundi – Vendredi : 13:00 à 19:00  –  Dimanche : 13:00 à 19:00
Face Parking : 38, rue du Maréchal Leclerc  35800 DINARD. TEL : 02 99 46 86 85
Visuels :
Sergio Birga
Quadridessins

Cet article a été publié en 2002 par Guysen, et sur ce blog le :
– 23 octobre 2012 en raison du récent jugement d’un tribunal de Tel-Aviv imposant que soient déposés à la bibliothèque nationale d’Israël tous les écrits de Kafka et de Max Brod, son ami et exécuteur testamentaire. Arte a déprogrammé Kafka, le dernier procès de Sagi Bornstein le 24 octobre 2012 ;
– 4 juillet 2013. Hier était le 130e anniversaire de la naissance de Kafka ;
– 25 avril 2014. La Crypte du Martyrium Saint-Denis (75018) présente Le Journal de Kafka (1h15) les samedi à 20 h 30 et dimanche 16h30, dans une adaptation, nouvelle traduction et mise en scène de Béatrice Guéna (alias Laura Ley) ; les textes sont dits par Zygmunt Blazynsky ;
– 7 juillet 2015, 3 février, 13 août et 22 décembre 2016, 28 mars 2019.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Milan Kundera

Escrito por RAFAEL BALANZÁ

Extrañamente, no había leído todavía una de las obras tempranas de Milan Kundera: “El libro de la risa y el olvido”. Acabo de hacerlo con gran placer, creo que es una de sus mejores novelas. Podemos describirla, con toda justicia, como “novela de ideas”; esa clase de ficciones entreveradas de ensayo, generalmente en torno a una idea-eje (dos, en este caso) que inundan con un potente chorro de luz el escenario social en el que se desarrollan. Aquí se trata, principalmente, de la Checoslovaquia comunista, y los personajes que vemos en escena no son únicamente iluminados por fuera, sino que también podemos escudriñarlos hasta los huesos gracias al poderoso y humorístico aparato de rayos X que emplea el autor.

El libro de la risa y el olvido

Decía Lukács que dos sentimientos matizan toda gran novela: ironía y melancolía; en ambos ingredientes resulta pródiga la narrativa de Kundera. Esta clase de libros presentan, sin embargo, muchos inconvenientes: exigen una lectura morosa (la lentitud, precisamente, es otro de esos temas de los que se ha ocupado el novelista checo), obligan a reflexionar e impiden consultar el whatsapp o jugar a la play con el otro ojo y la otra mano. La única ventaja que se me ocurre es que vuelven al lector más inteligente, algo completamente superfluo en estos días en que el algoritmo se ocupa de todo.

En cierto momento, el narrador nos invita a reflexionar sobre la putrefacción –casi inmediata- de los nobles ideales que inspiraron al principio la deriva hacia el socialismo: “Las antiguas injusticias iban reparándose, las nuevas injusticias comenzaban a perpetrarse”, se nos informa en la página 90. Emulando a Kundera, sociólogo implacable en sus ficciones, me propongo analizar aquí la relación entre el declive de la literatura de ideas y la hipertrofia de la política en nuestro país.

Capítulo primero: lo malo

Lo malo –he hablado de esto otras veces- es que ya antes de la pandemia vivíamos en sociedades deprimidas, sin ilusiones de redención ni horizontes de trascendencia, espléndidamente escaneadas por Houellebecq, entre otros escritores. Occidente está perdiendo la hegemonía global, y las clases medias de Estados Unidos y Europa carecen de esperanza. Recordemos la frase lapidaria del autor francés: “Antes la vida consistía en la espera del reino, ahora consiste en la espera de la muerte”.

Este clima psicológico depresivo fue a peor con la crisis de 2008 y dio lugar al crecimiento de populismos de izquierda y derecha tanto en Estados Unidos como en Europa. Y por primera vez, las nuevas generaciones en estos países no albergan una esperanza razonable de gozar de mejores condiciones de vida que sus mayores; lo que, sumado a un patente declive moral y espiritual, las relega a un estado de frustración constante. La pandemia ha exacerbado estos problemas, disparando los niveles de ansiedad y la demanda de atención psiquiátrica.

Capítulo segundo: el error y la risa

En realidad, ni la crisis financiera de 2008 ni la pandemia y sus consecuencias económicas han destruido por completo el bienestar básico de las sociedades desarrolladas. En Europa la sanidad pública sigue siendo universal en prácticamente todos los países, y la protección social garantiza un mínimo nivel de ingresos y de atención a los necesitados; mientras que en Estados Unidos la economía se ha recuperado con vigor renovado en los últimos años. Lo que sucede es que el crecimiento ya no puede ser tan rápido como en los decenios anteriores. Las economías que crecen a ese ritmo son ahora las de los países emergentes, en todo caso. A consecuencia de esto, en Occidente hay una sensación general de estancamiento. Y las nuevas tecnologías aportan soluciones y alicientes casi en la misma medida que nuevos problemas: la comodidad del teletrabajo apenas compensa de las ansiedades vinculadas a esa misma circunstancia; la conexión permanente con familia y amigos no palia el sentimiento creciente de soledad asociado a las inciertas y lábiles relaciones digitales. Probablemente las condiciones materiales seguirían siendo suficientes para desarrollar un proyecto vital satisfactorio, si el marco cultural e institucional dotara de sentido a la experiencia de vivir y envejecer. Pero como se da un vacío emocional subyacente, las consecuencias de una economía continuamente amenazada y una vida profesional estresante, enfocada a una competencia sin límites claros ni en el espacio ni en el tiempo, son percibidas con mayor intensidad, lo que genera descontento y miedo. Entonces la ciudadanía busca las causas de su malestar, pero -como expliqué en mi anterior colaboración- lo hace (risiblemente) en el lugar equivocado: la política.

Capítulo tercero: la trampa y el olvido

Comprender la verdadera raíz de los problemas no sirve, claro, para solucionarlos instantáneamente, y tal vez ni siquiera para mitigarlos; sin embargo, sí evita, al menos, caer en la trampa de buscar la solución donde no la hay. En los populismos, por ejemplo. También me he referido a esto en entregas anteriores.

En otros tiempos, la literatura sirvió para iluminar la problemática situación del hombre en el mundo, pero este tipo de arte ha caído en el olvido; ahora, cada vez más, la narrativa audiovisual (cine, series de televisión) o escrita está enfocada al puro entretenimiento, lo que elimina su virtud “iluminadora”, exceptuando algún caso vestigial, como el del citado Houellebecq o el del veteranísimo Kundera.

Capítulo cuarto: el feedback perverso

Cuanta menos literatura o periodismo de calidad lee la gente, más estúpida se vuelve en relación con sus propios padecimientos; lo que lleva al aumento de las corrientes demagógicas. Dichas tendencias inundan las redes y afectan al periodismo, obligado a asumirlas e incorporarlas para satisfacer la demanda. También la literatura entra en el juego de la facilidad para ser competitiva.

Capítulo cinco: los beneficiarios

La crispación -fruto del error de interpretación que hemos señalado antes- beneficia a los “periodistas estrella” que participan en tertulias televisivas o radiofónicas auspiciadas por grupos mediáticos, los cuales toman el rentable camino de satisfacer la demanda social de contenidos políticos cada vez más estridentes. Un buen ejemplo de esto es el caso del grupo Planeta, que edita el diario La Razón y tiene intereses en La Sexta, una televisión de ideología opuesta. En realidad, a los inversores del grupo Planeta no les importa ni la morralla que venden como literatura –que no es peor, por otra parte, que la de otras editoriales supuestamente más literarias-, ni tampoco los contenidos políticos que suministran al público de una u otra orientación. Sencillamente, como camellos oportunistas, proporcionan cualquier clase de droga demandada y utilizan buenas marionetas para su guiñol: Wyomin, Inda, Marhuenda… No quiero decir con esto que las marionetas no sean sinceras cuando se enzarzan en disputas o debates (probablemente lo son), sino que los mercaderes del espectáculo las utilizan en su provecho. Beneficiarios de la situación son también, sin duda, los políticos profesionales, incluidos aquellos aparentes extremistas que ven incrementado su patrimonio y pueden, por ejemplo, adquirir propiedades de lujo en la sierra; además de asegurarse el porvenir como conferenciantes desproporcionadamente retribuidos.

Si la gente entendiera el escaso margen que existe en un país cuasi-intervenido y periférico como España para una acción de gobierno, sometida a directivas europeas y a dinámicas de mercado transnacionales, muchos dejarían de ir a votar o lo harían, venciendo su desidia, sin prestar atención a tertulias y análisis, lo que acabaría dejando el Estado en manos de tecnócratas constreñidos a políticas de centro o centro izquierda; cosa que en realidad ya sucede en el backstage, fuera de la luz pública. La cierto es que influye mucho más en nuestra vida lo que se decide en el gobierno chino o en nuestra comunidad vecinal (dos siniestras entidades) que lo que implica nuestro voto.

Capítulo sexto: una profecía

La actual crisis se superará pronto, pero las debacles medioambientales y de salud probablemente se sucederán en los próximos años. El consumo de política-espectáculo irá en aumento, lo que conducirá a mayores tensiones y crispación social, que será inmediatamente reciclada, empaquetada y revendida por los medios de comunicación. Es improbable que se dé una verdadera revolución si el entusiasmo (optimismo ilusorio) o la desesperación (hambre, sufrimiento físico) no rebasan ciertos límites, todavía lejanos. Cabe la posibilidad, sin embargo, de que la democracia liberal sea sustituida progresivamente por una dictadura democrática sustentada en las redes sociales y apoyada por expertos y demagogos, a sueldo de grandes corporaciones tecnológicas… Pero esto ya nos deja a las puertas de una futura novela de ciencia-política-ficción que escribiremos otro día y presentaremos, tal vez, en alguno de los programas del oracular y ubicuo Iker Jiménez.

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

Escrito por Joseph Hodara

Al tomar vuelo el racionalismo europeo en los siglos XVIII y XIX el ser judío encaró un espinoso dilema: continuar el apego a su primaria identidad y a las fuentes que la modelan o adherir al nuevo orbe cultural que considera a Dios una inteligente invención humana que  fecunda las artes aunque apenas se hospeda en la disciplinada Razón.

Conforme a este predicamento algunas comunidades judías resolvieron preservar la fe y los hábitos difundidos desde el Sinaí hasta los textos talmúdicos. Otras alentaron el prudente ingreso a la amplia sociedad sin renunciar a nuevas prácticas seculares. Y también se conocieron aquellas que radicalmente se alejaron de ambas actitudes con el fin de redefinir la añeja y divina Otredad con mandamientos dictados ya por un alto líder, ya en algún escenario social.

Cuentos y novelas de Isaac Bashevis Singer envuelven estos tres escenarios. Y en ellos se despliegan como páginas sagradas sin eludir interrogantes que abrieron con dilatada libertad las olas del progreso y la gestación de nuevas ilusiones. Y en todos sus textos sumó una irrefrenable sensualidad alimentada por un sostenido amor al cuerpo femenino.

Nació en Radmizin, una aldea cercana a Varsovia entre 1902 y 1904. La fecha caprichosamente cambió conforme a los trajines de su vida.  » Lealtad, ascetismo, severidad » habrían sido los principios que modelaron su infancia según el puntual retrato de Florence Noiville en su lúcida biografía. Hijo y nieto de rabinos, Bashevis puso interrogantes a predicamentos religiosos tradicionales, y sobre los generosos hombros de su hermano mayor se alejó al fin de los sagrados textos.

Sus primeras incursiones con F. Dovstoyevski, Th. Mann, S. Zweig, K. Hamsun y otros le condujeron a inquietos lugares que se sumaron a su indeclinable pasión por lo femenino. Impulsos que se ampliarán hasta el fin de sus días. Sus dos hermanos – Israel y Esther – también llenan no pocas y meritorias páginas, pero no alcanzaron los ecos que merecieron las suyas.

Isaac Bashevis Singer, cronista de un mundo desaparecido | El Cultural

Entre la tormenta bélica y el silencio de Dios

En las calles del guetto polaco tembló la noticia: el aspirante al trono austrohúngaro asesinado en Bosnia. Ocurrió en los primeros meses de 1914.  De aquí las llamas se multiplicaron en Europa e hicieron hervir revoluciones, muertes y dictaduras. Un año después los alemanes invaden Varsovia; polacos y rusos se rinden. Isaac recuerda el gris murmullo de su padre: « Leer hoy las noticias es tragar veneno en el desayuno… »La familia resuelve abandonar la capital y aislarse en una aldea alejada de un nervioso mundo donde las variedades del comunismo y del sionismo abruman la escena. Y en el nuevo rincón Bashevis se asoma a otras páginas: M. Mojer Sfarim, Shalom Aleijem, Bialik, Chernijovsky. Y a las de Spinoza en particular con sus laicos teoremas que perturban y entusiasman.

Desde la temprana adolescencia cultiva el cuerpo y la imagen de la mujer. Inesquivable ardor encendido al espiar a su hermano Yehoshua cuando pintaba y esculpía. Recuerda: « Ver los pechos desnudos de las adolescentes me estremeció… Pensaba que solo las madres con hijos los tenían… »  Imágenes que afiebrarán sus instintos hasta el último minuto.

Retorno a Varsovia

Al frisar los 18 años y dejando atrás el seminario rabínico, Isaac regresa a Varsovia. Su hermano Israel prefiere alejarse de Europa con su esposa e hijos y llega a Nueva York. Bien pronto él gana celebridad con textos en yidish que colman escenarios y páginas. Y no descansa para atraer a su hermano a esta bulliciosa ciudad. Generosa actitud y respaldo que Isaac apenas agradece. Confiesa: « Solo tengo solo dos dioses:  mujeres y literatura… » Y en verdad, lo demás le fue ajeno. En 1935 abandona Polonia y cruza el océano a través de Alemania y Francia hasta llegar por fin a América.

Isaac Bashevis Singer | Library of America

Edén en la Tierra

En los años treinta del pasado siglo, amplias olas de migrantes  arriban a New York desde múltiples rincones del mundo. Frescas y embriagantes ilusiones los abruman. A semejanza de no pocos de ellos, Isaac acierta a superar las filosas preguntas en el puerto y se integra a los tres millones de judíos que moran en la ciudad. Con dilatada y habitual generosidad su hermano Israel lo recibe y lo ayuda. Actitud que no merece reconocimiento alguno de su parte.

Con su apoyo Bashevis empieza a escribir notas en el Forward, un periódico neoyorquino en yidish que entonces ofrecía refugio y trabajo a no pocos. La redacción de una nota semanal le reporta un modesto ingreso. Israel publica un tercer libro – Los hermanos ashkenazim – que multiplica su nombre al lado de celebrados escritores del país. En negro contraste, el aislamiento, la depresión y la esterilidad creativa abruman en aquellos días las horas de Isaac.

Un amor imprevisible

En 1937, el accidental encuentro con Alma redefinió su vida. Mujer mesurada y elegante, educada en Alemania y madre de dos hijos, ella apenas acierta a descifrar una palabra en yidish. Al toparse con Isaac escribe: « Es joven, delgado, rubio, casi calvo…Con ojos azules que algo buscaban…Y escuché que escribía un libro… » Desde ese momento Alma se convierte en rehén de sus deseos pagando un alto precio: el abandono de su esposo y sus dos hijos. Isaac se aventura en un matrimonio sin informar al solícito hermano.

Nuevos rumbos

Las noticias que llegan desde Europa – de Varsovia en particular – inquietan a Bashevis. La persecución y la muerte de más de dos millones de judíos que habitaban Polonia, el fracaso de la revuelta del guetto en 1943, la desaparición de su madre: episodios que ennegrecen su ánimo. Por añadidura, apenas atina a encontrar creativos canales de expresión. Su pasado muere y el presente apenas alumbra cuando acontece un vuelco inesperado: el fallecimiento de su generoso hermano que apenas frisaba los cincuenta años. Al saber de Sobibor y Auschwitz su corazón se rindió. Volúmenes como Los hermanos ashkenazi, Acero y bronce – además de no pocas piezas teatrales – le habían concedido amplio nombre. Su muerte libera a Isaac. Y desde aquí empieza a colmar páginas hasta dar nacimiento a su celebrada Familia Mushkat, que pinta sus ajetreos para sobrevivir en un inhóspito entorno.  Pocos años después se conoce también la versión en inglés al lado del yidish que es, a su juicio, el idioma más rico del mundo.  Y para parir y adelantar sus obras rompe nudos con no pocos: con la religión, con Polonia e incluso con su hijo que vive lejos en algún kibutz.

Isaac Bashevis Singer's portraits – Image Gallery | Gallery | Culture.pl

Conquista América

Dos escritores norteamericanos – Grinberg y Howe – se familiarizan con sus relatos en yidish. Para difundirlos, ambos buscan un puntual traductor al inglés que al fin encuentran en Saúl Bellow, ya entonces celebrado escritor. Bellow arma una brillante traducción que le concede a Bashevis amplio nombre y celebridad.

Y desde entonces se multiplican sus páginas. Un texto que mereció desiguales versiones es El espejo. Aquí la joven Tzirl se interroga … »¿Existe Dios? ¿Es en verdad piadoso?  ¿Creó el mundo? ¿Vendrá el Mesías? ¿Tocará Eliahu la trompeta en el monte de los Olivos? ¿Superará Dios a Satanás ?…En mi íntimo corazón soy atea… Todo es vacío, desorden, la nada… Pero tal vez la justicia despuntará al final de los días… » Un abrumador monólogo.

Con lentos pero resueltos pasos Bashevis se presenta también en inglés. Un tránsito difícil que otros – Nabokov y Kundera- conocieron a avanzada edad. Cambiar idiomas implica en verdad una radical mudanza de los labios y de los nervios que nos gobiernan.

Nace un escritor

En sus primeros pasos la esposa Alma aporta a Bashevis el principal ingreso. Insiste: « Soy un escritor judío y por accidente resido en USA… » En el andar del tiempo sus páginas se multiplican en obras como Beit HadinHasatánEn la corte de mi padre, que despliegan las luces y sombras de la vivencia diaspórica.  Escribe también para niños.

En 1970 recibe un primer premio literario que le abre la ruta hacia el privilegiado recinto de escritores como Faulkner, Bellow, Roth. Cuenta ya con bien escogidas mecanógrafas que también lo satisfacen en la intimidad. Y a menudo no atina a autodefinirse: « Soy un cerdo« … ¿un chiste? … Nadie le responde.

Apenas unas palabras

Su hijo Israel le pide un encuentro después de 25 años de mutuo silencio. Al desembarcar en Nueva York apunta: « Entre el gentío que esperaba me pareció ubicarlo… Me miró atentamente con frenadaemoción. Me llamó por mi nombre de niño… Nos estrechamos las manos en silencio… » Entonces Israel supo que Bashevis estaba casado, y más tarde concluirá: « No tengo lugar en mi padre… no tiene tiempo ni dinero… » Un helado vacío que los días y el tiempo apenas corregirán. Para Isaac, una red familiar implicaba estricta y severa prisión.

El Nobel

El premio que injustamente le fue negado a no pocos – a un Borges entre otros- distinguió sin embargo a Bashevis. Corría el año 1978. Y Dévora, su leal traductora y chofer que a veces endulzaba su cuerpo, le comunica la recepción del Nobel. Él pensaba que con la alta distinción que Agnón recibiera en 1966 se habría agotado la cuota a los escritores judíos. Pero múltiples llamadas telefónicas – incluso del presidente Carter en horas del Yom Kipur- le desmienten. Y como era de esperar, no pocos de sus colegas se sienten lastimados por la elección de la Academia sueca.

En diciembre de 1978 Bashevis se presenta en el multitudinario y celebrado escenario. Sus primeras frases son en yidish, idioma radicalmente extraño para la amplia audiencia. Nunca antes un escritor en este idioma había merecido el premio. Y de aquí transitó  al inglés para aludir a sus fuentes creadoras. Desde entonces sus libros y las compensaciones se multiplican, y algunas de sus páginas incluso merecen la traducción al polaco.

Biography — Isaac Bashevis Singer

La memoria se adormece

Octogenario y vegetariano, Bashevis preserva un cuidadoso orden del día matizado por caminatas y el vegetariano comer. Cuando un periodista del New York Times le pregunta: « ¿Quién es judío? », responde: « Todo quien tiene dificultades para dormir y no deja dormir a nadie… » Y en cuanto al yidish, se cuestiona: « ¿Por qué en Israel no lo hablan? ¿Olvidan que es el idioma del guetto, de las cámaras de gas, del teatro? ¿Por qué avergonzarnos? … » Al parecer, ignoraba la existencia de cátedras universitarias en este país y de no pocos grupos amantes del idioma. Postura que no le impide confesar que « Gogol influyó en mí mucho más que Scholem Aleijem… »

Al final su memoria quiebra y los nervios crispan. Su fiel secretaria Dévora lo abandona. En páginas que ulteriormente escribe lo recuerda: « A veces atento y cordial, y, a veces, lastima y ofende… » Por su lado, Bashevis se aleja del mundo sin olvidar que … « nunca fui un buen esposo…« 

Su hijo pidió que sea enterrado en Israel. La esposa Alma se opuso. Y los restos de ella duermen muy cerca de Bashevis. En su tumba se inscribió un pasajero error ya corregido:  » noble «  en lugar de (premio) Noble…

Los archivos de la Universidad de Texas en Austin, EEUU, almacenan testimonios de sus pasos y páginas. Cuando estuve allí por algún trabajo o pretexto visité los últimos refugios de Bellow, Roth, Shtein y Einstein, personajes que dejaron trozos de su quehacer. Bashevis convive con ellos.

Él pensaba que fue « una letra más en el infinito texto de Dios… »  ¿Expresión ajustada? ¿Desborde del ego? La respuesta depende del juicio del lector.

Ławeczka Isaaca Bashevisa Singera w Biłgoraju – Wikipedia, wolna encyklopedia

 

[Fuente: http://www.diariojudio.com]

Título: El embajador de la risa

Autor: Rafael Jurado

Ilustraciones: J. A. Luna Osorio

Editorial: Editamás, 2017

 

Escrito por Sebastián Gámez Millán

Por mucho que abarque el reflejo de la literatura, y a pesar de que nos recuerda el misterio de fondo de la existencia, ni ella ni el arte pueden equipararse a eso que llamamos “la realidad de la vida”. Quizá por ello el narrador, cualquier narrador, se ve obligado a seleccionar y a elegir qué momentos de una vida humana se quieren mostrar y explorar. En el caso que nos ocupa, El embajador de la risa, de Rafael Jurado, el autor representa los momentos en los que Charlie, un bufón de la corte, se convierte en quien llega a ser.

La literatura se ocupa por tanto de esclarecer la identidad personal de los personajes, unos personajes que en las obras logradas nos recuerdan bastante a nosotros, los seres humanos, que tampoco podemos evitar la pregunta socrática: “¿cómo debemos vivir?”. Esta incómoda y decisiva pregunta atraviesa la historia del la literatura y el arte del mismo modo que la historia de la ética y de la política.

Si de manera inevitable tenemos que elegir qué momentos de la vida se representan, ¿cómo eludir aquellos en los que alguien llega a ser quien es? Así al comienzo de esta historia el narrador nos informa que “la pregunta que se hacía (Charlie) era en qué cambiaría su vida a partir de ese momento” (p. 21). Tengo para mí que no es una pregunta casual: ¿nos dedicaríamos a la literatura si no nos inspirara cambiar nuestra vida, como nos pedía aquel verso de Rilke?

Un poco más adelante es el propio Charlie el que exclama, maravillado: “¡Cómo puede cambiar la vida en un minuto!” (p. 24). Al final descubrimos, lejos del happy end al que nos tiene acostumbrados Walt Disney, en palabras de Rafael Sánchez Ferlosio, la mayor fábrica de perversión del siglo XX, que la vida no cambia tanto sino por cómo nos adaptamos y la representamos. Y para adaptarnos y representarnos a ella, el humor y la risa desempeñan un papel esencial, pues lo que inexorablemente es trágico se puede ver cómicamente gracias a ello.

El narrador también insiste en cómo podría Charlie –o sea, cualquiera de nosotros– tomar las riendas de su vida: “Solo de él dependía su futuro” (p. 24). Y una página después: “Ahora, libre, podría elegir su vida, su destino” (p. 25). Aunque no parece tener muy claro quién es en última instancia el responsable de la vida, si él mismo por medio de su autonomía, la cual va desarrollando a medida que avanza el relato, o bien la providencia, como sugiere por otro lado (p. 25).

Acaso nosotros también nos debatimos en ocasiones acerca de a quién pertenece nuestra vida, si a eso que no se llama ciertamente con la palabra “destino”, o a nosotros, como acostumbramos a creer. En todo caso, como decía un filósofo, “narrar es buscar el quién de la acción”. Por lo tanto, es lo que tiene que descubrir el narrador.

Sirviéndose de un recurso intertextual que remite a Cervantes, maestro de la ironía y de la risa, del humor y de la ambigüedad: “(…) si alguna puerta se cerraba enseguida se abriría otra”, el narrador no deja de pensar sobre la nueva vida que parece que le aguarda a Charlie y la consiguiente libertad: “En los meses siguientes su vida probablemente diera un giro brutal. Tendría, por ejemplo, que lavarse su ropa y hacer frente a un sinfín de incomodidades de la que en el castillo se ocupaban otros. Junto con el resto de los demás cómicos, además de repartirse el dinero, debería repartirse también las tareas y responsabilidades: levantar la carpa, colocar las sillas, barrer el escenario, dar de comer a los animales e, incluso, limpiar las jaulas… ¡¡¡que olían fatal!!! ¡Vaya lote de trabajar!”.

En un relato para niños –pero no solo, pues al fin y al cabo, quién puede abandonar al niño que fue– siempre conviene plantearse uno de los temas capitales de esa edad, el precio de la libertad, que no es otro que la responsabilidad. Ambos términos, libertad y responsabilidad son, en efecto, indisociables: no hay responsabilidad sin libertad del mismo modo que no hay libertad sin responsabilidad, por lo que quizá tendrían que conjugarse juntos: libertad-responsabilidad.

La reflexión sobre la libertad-responsabilidad, junto con la identidad personal, es uno de los temas que atraviesa esta historia, como podemos apreciar hacia el final, cuando Charlie se debate acerca de si debe subir al escenario y participar en la fiesta de la risa o no y qué posibles consecuencias acarree en su vida y en su identidad: “Desde luego, no ganaría. Pero quizá le aplaudiesen al terminar. En ese momento ya se conformaba con no ser abucheado, con que nadie arrojase un tomate maduro desde el público. Aquello sería vergonzoso. Una mancha rosa en su expediente. Una razón para no volver a acudir a aquel concurso. Todos sus sueños se irían al traste en un momento. Ya no sería nunca embajador, ni espía, ni ministro de nada. Y los que nunca habían confiado en él podrían decir: “¿Veis? Ya os lo decía yo. Este tipo no tiene ninguna gracia” (pp. 53 y 54).

Lo que está en juego es su identidad, lo que puede llegar a ser o no. Pero esta duda hamletiana le paraliza poco antes de que comience la fiesta de la risa. En contra de lo esperado, Charlie nos sorprende con su decisión final. Sin embargo, no sabemos si esa decisión es propia de un vencedor o de un vencido, representa un triunfo o un fracaso: puede parecer en principio más lo segundo, ya que no cumple con las expectativas que tenía sobre sí mismo, no obstante, él sigue su camino en busca de sí mismo con la esperanza y la confianza de ser el embajador de la risa.

El otro tema que atraviesa la historia es la risa, el poder de la risa. Son numerosas las referencias y consideraciones que hay sobre ella desde el principio al fin. Veamos algunas: al comienzo se la denomina idioma universal: “idioma que, en todas partes, parecía ser valorado” (p. 15). Aunque poco más adelante es el propio Charlie quien reconoce un relativismo cultural de facto incluso en un asunto tan serio como el de la risa: “En cada lugar el humor es de una manera y no les hacen reír las mismas cosas” (p. 18).

Quizá la risa sea universal, pero no los motivos o las razones por las que reímos. Después de todo, una de las definiciones antropológicas del ser humano es homo ridens, es decir, el ser humano es el animal que ríe, donde reír es un restrictivo de “animal”, en consecuencia, aquello que supuestamente nos distingue del resto de animales no humanos. Obviamente, la risa implica otras características fundamentales: el lenguaje, la razón y el entendimiento. Sin ello no hay risa.

Cerca de la opinión más extendida, leemos: “Humor se puede hacer cuando uno es feliz y desea contagiar su felicidad. Pero, triste, ¿quién sería capaz de hacer reír a otros? Charlie aspiraba a ser libre. Estaba en su mano. Solo tenía que decir: ´Sí, quiero ser libre`” (p. 23). Sin embargo, a juicio de Nietzsche, “el ser humano sufre tan terriblemente que se ha visto en la necesidad de inventar la risa y el humor”. ¿Es el humor algo serio o tal vez solo brota desde la alegría y la felicidad? Posiblemente ambas cosas.

Sea como sea, “nada había, en su opinión, con más poder que un chiste bien contado. En el momento oportuno y con gracia. (…) Lo que todo el mundo recuerda es aquello que les ha hecho reír. Este es, sin duda, el poder de la risa (p. 32). Uno de los novelistas y ensayistas contemporáneos que más y mejor han reflexionado sobre el poder del humor ha declarado: “El humor: el rayo divino que descubre el mundo su ambigüedad moral y al hombre en su profunda incompetencia para juzgar a los demás; el humor, la embriaguez de la relatividad de las cosas humanas; el extraño placer que proviene de la certeza de que no hay certeza” (Milan Kundera, Los testamentos traicionados, Barcelona, Tusquets, 2007, p. 42).

Charlie sueña con convertirse en el embajador más extraordinario de su país por el poder de la risa, como nos indica el narrador: “A lo mejor, con el tiempo, él se convirtiera en el embajador más notable de su país. Y sin tener la necesidad de hablar de política o negocios… lograría materializar acuerdos por las simpatías que despertase” (p. 33). No sé si el autor, Rafael Jurado, recordaba que existió un filósofo ilustrado escocés, David Hume (1711-1776) que creía en el poder de la razón para las cuestiones matemáticas, científicas y cognitivas en general, pero no para las morales y políticas, que a su modo de ver dependían de los sentimientos y, en particular, de la simpatía, sentimiento que se debía cultivar para mejorar las relaciones humanas.

De manera semejante a Hume, es tal el poder de la risa que el narrador confía en que las labores diplomáticas entre diferentes países, por muy serias que sean, se traten siempre con humor: “la risa era un método infalible para acercar países” (p. 63). Sin embargo, precisamente un poco de más humor es lo que echo de menos en esta historia de Charlie, un humor del que no carece el autor, como podemos apreciar en algún fragmento: “Aquí está prohibido no divertirse. Así que, si traéis alguna preocupación ponedla debajo de la silla. Eso sí, no olvidéis llevárosla al terminar, porque aquí no la queremos. Y si después del show vosotros tampoco la queréis, cosa por la que no os culparé, por favor no la tiréis al suelo. Arrojadlas al contenedor de las tristezas que hay a la salida, para que la podamos reciclar.” (p. 60).

Por lo demás, aunque soy muy sensible a las comas, que alteran el significado de las frases, tengo para mí que en esta narración se emplean muchas, lo que a mi entender demora el ritmo y contribuye a que la narración posea menos fluidez y ligereza. El libro, por último, contiene ilustraciones de J. A. Luna Osorio, que acompañan bien la historia sin restringir apenas el espacio de nuestra imaginación. Así que ya saben: válganse de la risa como embajadora, tómense el destino con el debido humor.

 

[Fuente: http://www.culturamas.es]

 

Sergio Nudelstejer, notable ensayista y crítico literario | Diario Judío  México

Sergio Nudelstejer Befeler fue un ensayista y crítico literario, estudioso de la vasta obra de Isaac Bashevis Singer y galardonado con diversos premios por sus libros dedicados a Franz Kafka, Jorge Luis Borges, Albert Einstein, Elias Canetti y Stefan Zweig.

Nacido en Varsovia, Polonia, el 24 de febrero de 1924, llegó a México a los tres años de edad y obtuvo la nacionalidad mexicana en 1952. Fue galardonado en 1991 con el Premio Nacional de Periodismo Cultural.

El último libro de Nudelstejer, miembro honorario del Seminario de Cultura Mexicana, se titula Narrativa latinoamericana: una selección contemporánea, en el que Aglaé Margali lo define como «un ciudadano del mundo, poseedor de una vasta cultura donde se entremezclan voces de distintas latitudes, ya que su origen polaco y mexicano, universal, quizá su sello más particular, sea precisamente, esa identidad pluricultural, cuyo sincretismo desemboca en una percepción humanista que potencia su visión lúcida del mundo contemporáneo».

La labor periodística de Nudelstejer abarcó más de 50 años, en los que mostró especial interés por la divulgación de la cultura, los valores humanos y la literatura, mediante la biografía, las antologías de textos y la crítica literaria.

No solo se abocó a autores conocidos en México, como Jorge Luis Borges, Julio Cortázar o Gabriel García Márquez, también escribió sobre escritores poco divulgados o difícilmente accesibles por la carencia de traducciones, como en su momento lo hiciera con Milan Kundera, Naguib Mahfouz, Kenzaburo Oé o Susanna Tamaro.

Entre las obras de Nudelstejer Befeler figuran Los espías de Dios, en la cual reúne 30 ensayos sobre novelistas, casi todos extranjeros. Las voces perdurables, libro dedicado a los escritores latinoamericanos, como Jorge Amado, Clarice Lispector y João Guimaraes Rosa.

Sergio Nudelstejer tradujo y editó obras de importantes autores de la cultura y la literatura judías, como son los casos de Martin Buber e Isaac León Péretz. Asimismo, desarrolló una relevante labor en defensa de los derechos humanos.

Sergio Nudelstejer falleció en México el 28 de enero de 2010 a la edad de 86 años.

[Fuente: http://www.diariojudio.com]

1492 marque des événements déterminants : la fin de la Reconquista, l’expulsion des Juifs d’Espagne par les rois catholiques et la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. Arte rediffuse sur son site Internet, dans le cadre de « Quand l’histoire fait dates », « 1492 : un nouveau monde » (Zahlen schreiben Geschichte – 1492: Eine neue Welt), documentaire de Denis van Waerebeke guidé par l’historien Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, et directeur d’un livre collectif controversé : « L’Histoire mondiale de la France ».

Publié par Véronique Chemla 

« 33, 1492, 1789, 1945… Comment ces dates se sont-elles glissées dans notre mémoire collective ? Qui a décidé lesquelles étaient mémorables ? Comment construit-on un événement, pourquoi, pour qui, et comment finit-il par entrer dans les manuels d’histoire ? »
Série documentaire

« L’historien Patrick Boucheron revient sur quelques unes de ces dates pour découvrir en quoi elles nous aident aujourd’hui à saisir le panorama d’une histoire globale. Il revisite l’histoire à travers le prisme des grandes dates ».

« Portée par le récit face caméra, aussi savant que vivant, de Patrick Boucheron, professeur au Collège de France, cette collection documentaire met l’histoire en mouvement. »

« Des frises chronologiques animées accueillent images, documents et archives, illustrant les dix grandes dates évoquées ».

« En reconstituant, au fil d’une enquête captivante, ces événements inscrits dans les manuels scolaires, et en les replaçant dans plusieurs temporalités (au moyen des différents calendriers), la série rend ainsi sensible la manière dont l’histoire s’écrit, se date et se commémore ».

« Une approche nouvelle du sujet, où se croisent art de la narration, techniques ludiques d’animation et rigueur scientifique ».
Patrick Boucheron

Patrick Boucheron a dirigé « L’Histoire mondiale de la France ». Un best-seller controversé, critiqué notamment par Pierre Nora (« Politiquement, l’objectif est de lutter, « par une conception pluraliste de l’histoire, contre l’étrécissement identitaire qui domine aujourd’hui le débat public ») et Eric Zemmour : « En près de 800 pages et 146 dates, on ne déviera pas de la ligne du parti: tout ce qui vient de l’étranger est bon. Les invasions barbares sont des «migrations germaniques» ; la défaite des Gaulois leur permit d’entrer dans la mondialisation romaine ; les conquérants arabes étaient bien plus brillants que les minables défenseurs carolingiens ; les martyrs chrétiens de Lyon venaient d’ailleurs et saint Martin était hongrois. Les théologiens chrétiens doivent tout au grand talmudiste Rachi ; «l’honteux traité de Troyes» de 1420 (qui donnait le royaume de France à la monarchie anglaise) est une heureuse tentative de construire la paix perpétuelle par l’union des couronnes ».

Quant à Alain Finkielkraut, il a estimé :

« Je découvre, effaré, que ni Rabelais, ni Ronsard, ni La Fontaine, ni Racine, ni Molière, ni Baudelaire, ni Verlaine, ni Proust n’y figurent. Et si Mauriac est cité, ce n’est pas pour son œuvre, c’est pour sa critique honteusement réactionnaire du féminisme. Ainsi s’éclaire le sens de « monde » pour les nouveaux historiens. Mondialiser l’histoire de France, c’est dissoudre ce qu’elle a de spécifique, son identité, son génie propre, dans le grand bain de la mixité, de la diversité, de la mobilité et du métissage. Et c’est répondre au défi islamiste par l’affirmation de notre dette envers l’Islam. De manière générale, l’Histoire mondiale de la France remplace l’identité par l’endettement. Ici doit tout à ailleurs. De la France, patrie littéraire, ce qui surnage, c’est la traduction des Mille et Une Nuits par Antoine Galland et l’audace qui a été la sienne d’ajouter au corpus original des histoires que lui avait racontées un voyageur arabe venu d’Alep.
Instructif aussi est le récit de l’invasion musulmane de 719 à Narbonne, où les cultures se sont mêlées avant que les Francs, hélas, n’arriment par la force cette ville à leur royaume. Ceux qui, en revanche, croient pouvoir mettre au crédit de la France naissante la première traduction latine du Coran par l’abbé de Cluny Pierre le Vénérable en 1143, sont avertis que cette démarche n’était pas inspirée par la curiosité mais par une volonté de dénigrement. Et peu importe le fait que l’Islam de son côté ne pouvait pas même envisager de traduire les Écritures saintes des religions antérieures à son avènement.
Nos éminents universitaires n’ont que l’Autre à la bouche et sous la plume. Ouverture est leur maître mot. Mais ils frappent d’inexistence Cioran, Ionesco, Kundera, Levinas, tous ces étrangers qui ont enrichi notre philosophie et honoré notre littérature. Car c’est à ce «notre» qu’ils veulent faire rendre l’âme…
Le dégoût de l’identité a fait place nette de la culture. Les façonniers de l’Histoire mondiale de la France sont les fossoyeurs du grand héritage français.
« Une histoire libre », dit le journal Libération pour qualifier ce bréviaire de la bien-pensance et de la soumission, cette chronique tout entière asservie aux dogmes du politiquement correct qui ne consacre pas moins de quatorze articles aux intellectuels sans jamais mentionner Raymond Aron, ni Castoriadis, ni Claude Lefort, ni aucun de ceux qui ont médité la catastrophe totalitaire et la bêtise de l’intelligence au XXe siècle…
« Histoire jubilatoire », ajoute Libération. Ce mot – le plus insupportablement bête de la doxa contemporaine – convient particulièrement mal pour une histoire acharnée à priver la France de son rayonnement et à l’amputer de ses merveilles.
Il n’y a pas de civilisation française, la France n’est rien de spécifiquement français: c’est par cette bonne nouvelle que les rédacteurs de ce qui voudrait être le Lavisse du XXIe siècle entendent apaiser la société et contribuer à résoudre la crise du vivre-ensemble.
Quelle misère! »

Sur le djihad à Narbonne, voici le témoignage de Ibn al-Athîr dans ses Annales cité par Bat Ye’or dans Les Chrétientés d’Orient entre jihad et dhimmitude (p. 328) :

« En 177 <17 793= » » avril= » »>, Hichâm, prince d’Espagne, envoya sur le territoire ennemi une nombreuse armée commandée par ‘Abd el-Melik ben ‘Abd al-Wâh’id ben Moghît et qui poussa jusqu’à Narbonne et Djeranda . Ce général attaqua d’abord Djeranda, où se trouvait une garnison franque d’élite ; il tua les plus braves, détruisit les murs et les tours de la ville et faillit s’en emparer. Il marcha ensuite sur Narbonne, où il renouvela les mêmes exploits, puis, poussant en avant, il foula le sol de la Cerdagne. Pendant plusieurs mois, il parcourut ce pays dans tous les sens, faisant violence aux femmes, tuant les guerriers, détruisant les forts, brûlant et pillant tout, chassant devant lui l’ennemi qui s’enfuyait en désordre. Il rentra chez lui sain et sauf, traînant après lui un butin dont Dieu seul sait l’importance. Cette expédition est l’une des plus célèbres des musulmans d’Espagne [p. 144].
En 2010 <23 825= » » avril= » »>,  ‘Abd el-Rah’mân ben el-H’akam envoya sur le territoire franc une forte troupe de cavalerie commandée par ‘Obeyd Allâh, connu sous le nom d’Ibn el-Balensi. Cet officia dirigea des razzias dans tous les sens, se livra au meurtre et au pillage, et fit des prisonniers. En rebî’I, une rencontre qui eut lieu avec les troupes des infidèles finit par la déroute de ceux-ci qui perdirent beaucoup de monde ; les nôtres remportèrent là un succès important [p. 200] ».

« Car il existe de nombreux calendriers différents dans le monde… Pas une histoire unique mais une multitudes d’histoires enchevêtrées ».

« Alors élargissons la focale, renversons notre point de vue, et livrons-nous avec Patrick Boucheron à ce petit exercice de « fabrique de la mémoire ».

1492

1492 marque des événements déterminants : la fin de la Reconquista, l’expulsion des Juifs d’Espagne par les rois catholiques et la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb.

« Dans la mémoire collective, 1492 marque la découverte des Amériques, la fin du Moyen Âge et le début des temps modernes ».

La fin de la Reconquista, reconquête, par les royaumes chrétiens ou Rois catholiques, de la péninsule ibérique et des îles Baléares occupées après le djihad par les musulmans qui avaient réduit les Indigènes vaincus à la dhimmitude. Une reconquête qui a duré pendant des siècles.

« Or, on ne peut comprendre le sens de cet événement sans le replacer dans une histoire plus complexe : avec la prise de Grenade, la soumission des musulmans du nord de la Méditerranée occidentale et l’expulsion des juifs d’Espagne, les royaumes ibériques s’emparent cette année-là du leadership de l’Ancien Monde ». Il est curieux d’utiliser le mot « soumission » pour des musulmans, vocable qui signifie aussi soumis à l’islam.

« C’est donc une logique d’affirmation du catholicisme en tant que prétention à la domination universelle qui commande la découverte « illuminée » d’un nouveau monde ».

« 1492 : un nouveau monde »
France, Les Films d’ici, 2017, 27 min
Sur Arte les 24 mars 2018 à 16 h 55, 20 septembre 2020 à 17 h 35
Disponible du 29/08/2020 au 18/03/2021

Visuels :

Officiellement, 1492, c’est l’année de la découverte des Amériques, la fin du Moyen-Age, et le début des Temps modernes. Mais il se pourrait bien que ce pied posé par Christophe Colomb sur une plage des Antilles un jour d’octobre, occulte une histoire bien plus complexe, une histoire qui commence en Andalousie, à Grenade, et qui colore la modernité occidentale d’une teinte un peu différente.

© Les films d’ici

Les citations sur la série documentaire sont d’Arte. Cet article a été publié le 23 mars 2018.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

La dictadura comunista de Checoslovaquia le retiró la nacionalidad por su exilio y en los últimos años se han dado gestos de acercamiento con el escritor, que lleva 23 años sin volver a su país natal

El escritor checo residente en París Milan Kundera ha ganado el premio literario Franz Kafka 2020, tal y como informa EFE. Este galardón se le otorga en reconocimiento a toda su trayectoria, anunció la sociedad que entrega el galardón.  «Su obra representa no solo una contribución extraordinaria a la cultura checa (…) sino que ha tenido un eco en la cultura europea y mundial, después de haberse vertido en mas de 40 idiomas», estimó el jurado sobre el escritor de 91 años.

Después de exiliarse en Francia en 1975 para escapar de la dictadura comunista en la entonces Checoslovaquia, Kundera ha seguido manteniendo una relación difícil con República Checa incluso tras la llegada de la democracia, hasta el punto de escribir en francés y negarse a revisar las traducciones al checo de sus obras.

Kundera, al recibir de los organizadores la noticia del premio, mostró su alegría y dijo sentirse «honrado, en especial porque se trata del premio Kafka, el premio de un colega escritor».

La dictadura comunista le retiró la nacionalidad por su exilio y el escritor obtuvo la francesa. En 2019, Kundera aceptó la nacionalidad checa que le ofreció el actual primer ministro, Andrej Babis, como desagravio al trato que le dio el anterior régimen. En los últimos años se han producido gestos de reconciliación entre Kundera -el escritor checo más popular después de Kafka- y su país natal, al que no ha regresado en 23 años.

El escritor, que decidió este año donar su biblioteca y archivo a su ciudad natal, Brno, dijo además sentir por Kafka «una cercanía por encima de otros». El premio Kafka, que se concede desde 2001, homenajea a autores contemporáneos cuya obra tiene una calidad literaria «excepcional» y trasciende fronteras, al igual que las obras del autor de «El Proceso», recuerdan los organizadores.

Kundera se dio a conocer con la sátira del comunismo estalinista que retrató en La broma, lo que le valió el reconocimiento en su país, pero con la reinstauración de un Gobierno fiel a la URSS se le vetó como escritor y se vio obligado a exiliarse. Otras de sus obras conocidos son El libro de la risa y el olvido, La inmortalidad y, sobre todo, La insoportable levedad del ser, que ha sido su novela más vendida y traducida.

A partir de 1994 Kundera adoptó el francés como lengua literaria.

Las ediciones anteriores de este premio han recaído en escritores de la talla del estadounidense Philip Roth, el israelí Amos Oz, el japonés Haruki Murakami, la canadiense Margaret Atwood, el italiano Claudio Magris o el austríaco Peter Handke.

El premio Franz Kafka consiste en una estatuilla de bronce que representa al autor checo realizada por el escultor Jaroslav Róna y un premio en metálico de 10.000 dólares (unos 8.863 euros).

 

[Fuente: http://www.lavozdegalicia.es]

Ademais de «Trens rigorosamente vixiados», a súa marabillosa ópera prima, o realizador adaptou outras obras do gran narrador Bohumil Hrabal

Menzel, cuando presentó en la Berlinale del 2007 su filme «Yo serví al rey de Inglaterra»

Menzel, cando presento en la Berlinale del 2007 seu filme «Eu servín ao rei de Inglaterra»

Por HÉCTOR J. PORTO

É un dos grandes referentes da sétima arte en Europa, aínda que -ao proceder dunha cinematografía de escala media como a checa- a distribución e a exhibición da súa obra foi tarefa en gran medida de festivais, cineclubes e salas de cine de autor. Tiña tanto talento Jiri Menzel (Praga, 1938) para as pequenas historias humanas que, cando aínda non alcanzara a trintena, en 1966, rodou a súa primeira longametraxe, Trens rigorosamente vixiados (1966), e logrou ao ano seguinte o Óscar ao mellor filme en fala non inglesa, por certo, en disputa coa cinta de Claude Lelouch Vivir para vivir (nada menos que con Yves Montand, Annie Girardot e Candice Bergen na repartición) e coa adaptación do ballet de Manuel de Falla O amor bruxo realizada por Francisco Rovira Beleta (con Antonio Gades e A Polaca como protagonistas).

Menzel morreu o pasado sábado aos 82 anos, segundo informou horas despois a súa esposa, Olga Menzelova, na rede social Facebook, onde relata que faleceu tras unha longa pelexa contra a enfermidade e confortado pola calor da súa familia: «O noso querido Jiri, ese valente entre os valentes… O seu corpo abandonou este mundo trivial nos nosos brazos […]. Foi a nosa maior honra e privilexio poder estar ao teu lado na túa última peregrinaxe á eternidade».

Prolífico autor teatral, actor e escritor, recoñecido en Francia como cabaleiro da Orde das Artes e as Letras, foi, sobre todo, un alicerce da denominada Nova Vlná -a Nova Onda Checoslovaca, que xurdiu en 1963 contra a excesiva ideologización do cine e feneceu só cinco anos despois arroiada pola brutalidade dos tanques soviéticos, de paso que esmagaban as protestas pacíficas da Primavera de Praga- na que destacaron Milos Forman e outros cineastas como Jan Nemec, Ivan Passer, Jaromil Jires, Vera Chytilová, Ján Kadár e Elmar Klos. Pero Menzel -ao contrario de Forman e Passer, que triunfaron (non na mesma medida) en Hollywood- decidiu quedar no seu país, polo que houbo de enfrontarse á dura censura do aparello comunista.

Esta opresiva vixilancia, acoso e derriba fíxose especialmente patente cun dos seus títulos máis celebrados, Alondras no arame (1969), que foi explicitamente laminado polo réxime. É máis, Menzel xa non volveu dirixir ata 1974. E deuse un feito paradoxal, case surrealista, propio do seu humor: cando finalmente se estreou, en 1990, a cinta alzouse co Oso de Ouro na 40.ª edición da Berlinale.

Tanto en Alondras no arame como en Trens rigorosamente vixiados Menzel adaptaba relatos do gran novelista checo Bohumil Hrabal (1914-1997), outro espírito humilde e libre que, como el, decidiuse por unha oposición ao réxime comunista silenciosa, discreta e desde dentro. Isto lle granxeou a Hrabal numerosos reproches e ataques -incluso foi tachado de colaboracionista e traidor- e comparacións agraviantes con outros grandes da literatura do seu país que elixiron o exilio, como o xa case francés Milan Kundera.

Bebendo da pluma de Hrabal, Menzel rodou tamén A festa das campanillas verdes (1984) e Eu servín ao rei de Inglaterra (2006). Ambos os autores coinciden nesa visión do mundo que concita o fantástico e o cotián, que busca a vida sinxela das xentes, a taberna e a cervexa, que evoca o espírito de Jaroslav Hasek, e as aventuras do bo soldado Svejk, entre o humor máis surrealista e o máis costumista, e que deixaba por veces en evidencia a novidade do realismo máxico de Gabriel García Márquez.

Ese cóctel que tan marabillosamente manexaban Menzel e Hrabal é un prodixio de empatía e sabedoría popular, unha rebelión ideolóxica que nada ten que ver coa manifestación ruidosa e si coa vida do pobo. Dicía Menzel que sempre admirou de Hrabal a súa capacidade para «mirar ás persoas e velas como realmente son», sen espaventos, porque o escritor, incidía, «aínda amaba ás persoas».

Trens rigorosamente vixiados narra a historia de Milos, un mozo aprendiz de garda de estación ferroviaria que, deprimido polo fracaso no amor, acaba por erixirse nun heroe da resistencia contra o nazismo.

 

[Imaxe: TOBIAS SCHWARZ/REUTERS – fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

La abuelita de Kundera y también la mía
conocían cada yerba y sus aplicaciones
sabían lo que tenían dentro los colchones,
sabían leer el cielo y cocer el pan.

La abuelita de Kundera en su pueblo checo
y la mía en su Belchite y las dos sabían
que el cura era el confidente de la policía.
Nada tenía secretos a su alrededor.

El vecino de Kundera se parece al mío.
Si algo tiene destacable nadie lo diría.
Es un tipo muy correcto que se pasa al día
ocho horas tecleando un ordenador.

Mi vecino vuelve a casa y enciende la tele
y brinda con la familia con sidra « El Gaitero »
cuando el locutor afirma que en el mundo entero
no hay un lugar más seguro que nuestra ciudad.

Mi vecino nunca supo que esa misma noche
violaron en su calle a una adolescente,
que asaltaron a dos viejas y que un indigente
apareció degollado en el callejón.

Mi vecino, aquella noche, se metió en la cama
convencido de tener el mundo controlado
seguro de ser un hombre muy bien informado
respecto a lo que ocurría a su alrededor.

La abuelita de Kundera y también la mía
conocían cada yerba y sus aplicaciones,
sabían lo que tenían dentro los colchones,
sabían leer el cielo y cocer el pan.

 

Letra y música = Joan Manuel Serrat

 

 

Acaba de publicarse una biografía del período checo de Milan Kundera. Su motivo central es la información, difundida en 2008, de que el célebre autor checo-francés había denunciado en 1950 a un emigrado checo que apareció en Praga en circunstancias sospechosas.

Escrito por Luis C. Turiansky

La puesta a la venta del libro “Kundera, vida y obra checas[1] retrae al tapete un incidente de la juventud de Milan Kundera que trascendió mucho tiempo después: al parecer, por iniciativa propia, y sin que mediara presión alguna, denunció a la policía que un exestudiante checo radicado en Alemania Occidental había sido visto en Praga, probablemente en cumplimiento de una misión ilegal.

La coincidencia del año de publicación de la biografía con el 70º aniversario del suceso en cuestión no es casual ni tampoco la única: también en 1950 tuvo lugar un juicio de carices trágicos, que culminó con cuatro penas de muerte, entre ellas la de Milada Horáková, dirigente del Partido Socialista Nacional -no confundir con el “nacionalsocialismo” alemán-, acusada de connivencia con las potencias occidentales. No olvidemos que ya estábamos en plena “guerra fría” y también había estallado otra, esta bien caliente, en Corea.

Ambos aniversarios permiten, a quienes lo deseen, hacer sus comparaciones. Por un lado está la heroína-mártir, única mujer condenada a muerte en un proceso político, y el relato no escatimará detalles acerca de la crueldad del acto de ejecución. Por el otro, tenemos al miserable que corre a denunciar a un joven reclutado por los servicios secretos occidentales, el que se comerá por ello catorce años de cárcel y trabajo forzoso en una mina de uranio, mientras el delator hace una brillante carrera de escritor y se convierte en uno de los novelistas contemporáneos más solicitados. [2]

Lo que sienta las bases de la comparación sería un documento dado a conocer en 2008, en el que se describe detalladamente la colaboración de Kundera con los servicios de seguridad al mando de los comunistas. En un medio traumatizado por su pasado como es la República Checa, el relato al respecto consiguió provocar el revuelo que necesitaban, autor y editores, para promocionar una biografía alusiva de 900 páginas destinada a destruir al protagonista, a un precio de venta igualmente abultado.

El autor, Jan Novák, es un novelista convertido al género biográfico con ingredientes literarios -aunque sin llegar a la novela biográfica-; en Estados Unidos, su lugar de residencia permanente, adoptó el estilo de denuncia sensacionalista y provocadora que suelen tener allí las obras de este género producidas para atacar más que para elogiar y donde la objetividad no es precisamente el aspecto más destacable. El centro de la andanada será entonces la imagen del delator, basándose en los datos proporcionados doce años antes por el documento de marras.

A Kundera, que acaba de cumplir 91 años, probablemente esto ya no le hará mella. En cuanto a la literatura checa, ella seguirá dando vueltas en busca de su camino, sin que el libro polémico de Novák le sirva de inspiración.

El contexto histórico, político y cultural

Milan Kundera nació en Brno, ex Checoslovaquia, el 1 de abril de 1929. Su padre, Ludvík Kundera, fue músico y un intelectual sumamente respetado que llegó a ser el rector de la Academia Leoš Janáček de Artes Musicales y Escénicas de esa ciudad morava. La casa donde Milan se crio estaba repleta de libros y solía dar acogida a muchas personalidades de renombre, que con su presencia contribuyeron a cultivar al joven Kundera. Ya en el “gimnasio”, el equivalente checo de nuestros liceos, se destacó como un ávido lector, poseedor de una gran cultura y que sabía expresarse con destreza. Pero hay que decir que sobre todo ganó fama por sus posiciones de izquierda.

Al final de la guerra, cuando el ejército soviético jugó un papel decisivo en la liberación de Checoslovaquia en 1945, no era nada extraño que los jóvenes sintieran una gran admiración por la Unión Soviética y su líder Josip Stalin. Típico representante de esta generación, Kundera se afilió al Partido Comunista en 1948, poco después de que este se afirmara en el poder tras la crisis gubernamental de febrero, al obtener el apoyo de la mayoría de la socialdemocracia y otras fuerzas de izquierda, particularmente los sindicatos.

Sus contemporáneos aún en vida se refieren a él como un “estalinista crítico”. Un signo de su actitud contradictoria fue que se negaba sistemáticamente a asistir a las grandes concentraciones de masas, que consideraba de mal gusto. De hecho, perteneció a la intelectualidad progresista checa que aspiraba a mejorar el modelo socialista de desarrollo en un sentido democrático y que influyó notablemente en la apertura que culminó en 1968 con la llamada “Primavera de Praga”, bruscamente interrumpida por la intervención armada de la URSS y sus aliados más fieles, en agosto de ese año.

Es en este contexto que debe comprenderse la posición política y la obra del joven Kundera a lo largo de la etapa checa de su vida, hasta la decisión de abandonar el país y radicarse en Francia. Este último acto significó el alejamiento definitivo, no solo por motivos legales sino también culturales. Las autoridades checoslovacas castigaron su atrevimiento retirándole la ciudadanía y prohibiendo sus libros. Como muchos otros en su situación, cortó las amarras y se afincó, no solo para residir en el país de adopción, sino también para integrarse plenamente en su cultura. Desde entonces solo escribe en francés y no se mete en política.

La delación

En la escala de valores éticos, probablemente la delación es el acto más deleznable. Sobre todo cuando tiene lugar por propia voluntad del delator y para entregar a un justo. No es lo mismo, por ejemplo, si somos testigos de un crimen. En tal caso, nuestra colaboración con el aparato represivo será bienvenida y se nos gratificará con palabras elogiosas.

El artículo que, en la prensa de 2008, destapó el tarro cuyo mal olor perdura hasta hoy, se basa en un parte policial, frío y meticuloso, que alguien encontró entre los documentos de la ex Seguridad del Estado conservados en el Archivo del Instituto de Estudios sobre los Regímenes Totalitarios, en Praga. El párrafo de relevancia dice así:

El día de hoy [en otro sitio figura la fecha 14.03.1950], a las 16 horas, se presentó a esta oficina el estudiante Milan Kundera, nacido el 1 de abril de 1929 en Brno y domiciliado en la residencia estudiantil de Praga VII, avenida Rey Jorge VI, para declarar que la estudiante Iva Militká, allí también domiciliada, confió a otro residente, el estudiante Dlask, que ese día se encontró casualmente, en la zona de Klárov, Praga, con un conocido de nombre Miroslav Dvořáček, quien le dejó en resguardo una valija que vendría a recoger por la tarde […] El tal Dvořáček desertó del servicio militar y reside desde la primavera anterior en Alemania, adonde se trasladó ilegalmente.[3]

Se trata de una cita textual, pero no la acompaña ningún facsímil del original. El parte en cuestión no es un acta de interrogatorio y, por consiguiente, no lleva tampoco la firma del denunciante. Esto y el hecho de ser hasta hoy el único testimonio conocido del caso, le restan autenticidad.

Inmediatamente, Milan Kundera contactó a la Agencia Checa de Noticias ČTK para negar formalmente que haya denunciado a nadie. “A las personas nombradas ni las conozco”, dijo ¿Por qué habría hecho entonces la denuncia? Los autores del artículo citado, Petr Třešňák y Adam Hradilek, sugieren que tal vez Kundera temía que su nombre saliera a colación en el interrogatorio al que sin duda sería sometida Iva Militká y él tendría que explicar luego por qué no hizo la denuncia inmediatamente. Siendo miembro del partido, su negligencia tendría graves consecuencias, puesto que ya una vez había sido sancionado por una crítica que hizo, y el ocultamiento de la actividad ilícita era un delito severamente penado por la ley.

Desde luego es un motivo plausible, pero yo me inclino a pensar que, si el hecho realmente ocurrió como se describe, también pudo haber pesado en la actitud de Kundera su sentido de lealtad cívica. Para un joven idealista como fue entonces, era impensable aceptar que un agente del imperialismo anduviera suelto y actuando con impunidad, seguramente con el objeto de dañar las bases del socialismo, que entonces se definían oficialmente como una “democracia popular”. Hoy, cuando domina el interés material inmediato en las reacciones humanas, tal vez este motivo resulte poco convincente, pero yo me traslado mentalmente a mis tiempos de estudiante, cuando estaba la Revolución Cubana y su defensa movilizaba a gran parte de la izquierda de mi generación.

Imaginemos, entonces, cómo actuaríamos si descubriéramos que un agente secreto pretende socavar el socialismo, un sistema político que criticamos por sus defectos pero que, en esencia, responde a nuestra aspiración a una sociedad más justa. Es probable que al principio dudáramos, como el alumno aplicado que jamás irá a decirle al pedagogo que un compañero le ha ensuciado con tinta el cuaderno de los deberes por pura maldad. Es una cuestión de honor. Otra cosa es cuando tenemos la tal “guerra fría” y a diario nos bombardean en la prensa sobre la necesidad de “estar alertas” (¿no lo dijo también el héroe Julius Fučík al final de su “Reportaje al pie del patíbulo”?). Si la alternativa es una nueva ocupación extranjera y la derrota del socialismo, seguramente superaríamos estas dudas y haríamos la denuncia donde corresponde.

El exilio y la ruptura con el pasado

Cuando en agosto de 1968 se produjo la invasión de las tropas de cinco Estados del Tratado de Varsovia (sin Rumania y, desde luego, sin Checoslovaquia), muchos checos y eslovacos huyeron a Occidente mientras ello fue posible. Kundera no. Todavía en 1970, a mi regreso de Uruguay, le llevé un amuleto de regalo que le enviaba una amiga común, la que me encargó especialmente que le explicara que se lo enviaba para protegerlo “contra el mal de ojo”. Así se lo hice saber y él pareció comprender. Hoy a mí hasta me da la impresión de que esa escena tenía algo premonitorio.

Milan Kundera siguió trabajando en la Unión de Escritores como si nada, pero “no salvó” el examen de fidelidad instaurado en el Partido Comunista con arreglo a la nueva orientación política y en 1970 fue “excluido de la lista de afiliados”.[4] Su carrera, sus traducciones y la edición de sus obras, se redujeron notablemente. En 1975 consiguió un puesto en la Universidad de Rennes en Francia, y allí partió con su esposa Věra.

Desde entonces viven en Francia, allí publica él sus obras y el país galo es su base de operaciones desde la cual ha desarrollado su notable carrera de escritor, con obras traducidas a un número considerable de idiomas. Paradójicamente, su patria checoslovaca le retiró en 1979 la ciudadanía, pero la República Francesa le otorgó la suya sin vacilar.

Poco a poco, el exilio se convirtió en definitivo. A partir de cierto momento, ya no le bastó revisar las traducciones francesas de sus originales en checo y comenzó a escribir directamente en francés. Seguramente, al tomar esta decisión, también tuvo en cuenta sus aspectos prácticos, relacionados con la mayor difusión del idioma francés, que por suerte él dominaba, en las letras universales. En todo caso, sus lazos con el país de origen se cortaron completamente, hasta el punto que, cuando la situación política cambió y las editoriales checoslovacas y luego checas se peleaban por publicarlo, él rompió todos sus vínculos y desautorizó todas las ediciones y traducciones de su obra que no contaran con su visto bueno.

Tal ruptura con los orígenes puede explicarse humanamente por las circunstancias: una patria que lo rechaza y prohíbe la edición de sus obras, y un ambiente en general adverso. Incluso después, cuando los intelectuales disidentes se organizaron alrededor de Václav Havel, su nombre era maldito. Averiguar los motivos de esta animosidad recíproca quizás requiera una investigación más detallada. Puede ser que un papel haya tenido su pasado comunista, así como también la simple y humana envidia de los colegas por su éxito internacional, que ellos no podían alcanzar. Pero también es probable que no deseara reanudar las relaciones con sus compatriotas, debido al miedo de que todavía quedaran testigos de aquel suceso ingrato de 1950, que podían en cualquier momento señalarlo con el dedo como el “chivato culpable”.

Entonces resolvió que lo mejor era cortar todas las relaciones, nada de ediciones en checo ni reportajes ni entrevistas con nadie que guardara alguna relación, aunque sea lejana, con Praga o Checoslovaquia. Silencio de tumba y dedicarse a lo que mejor sabía hacer, escribir libros, tal su programa. Adquirió así fama de excéntrico introvertido, que solía rechazar las invitaciones sociales y se negaba a hablar de su vida. Se ve que sentía verdaderamente la necesidad de borrar el pasado, ligado a “aquello”.

En su libro, Jan Novák, también un expatriado, acusa a Kundera de tergiversar su vida anterior en sus esporádicas declaraciones. Es posible, pero ha de tenerse en cuenta que Kundera es un literato que trabaja mucho con la imaginación y también sus declaraciones pueden haber sido utilizadas por él como arma para defenderse de posibles ataques de sus enemigos. En todo caso, el retiro de la nacionalidad y la prohibición de editar sus libros en Checoslovaquia por parte de las autoridades son hechos reales, no inventados.

Al cumplir Milan Kundera 90 años de edad, en abril de 2019, lo fue a ver en París el primer ministro checo Andrej Babiš, para trasmitirle el interés del Gobierno de la República Checa en devolverle la ciudadanía perdida, si lo deseaba. Kundera agradeció, sin hacer ningún comentario.

Jan Novák, entretanto, siguió trabajando arduamente en su obra de destrucción del “mito Kundera”. Probablemente le animaba el mismo sentimiento de rechazo a aquel ingrato, compatriota desarraigado, comprometido por un pasado comunista y culpable de un acto de delación imperdonable, tal como es visto por el sector radical que participó en la “revolución de terciopelo”. Por otra parte, esto encaja perfectamente en la guerra declarada globalmente contra el “neomarxismo”, a lo que ya me he referido en otra ocasión.[5] No deja de ser interesante, por cierto, que buena parte de la información utilizada para estos menesteres provenga de los archivos de una institución oficial de la República Checa, el ya mencionado Instituto de Estudios sobre los Regímenes Totalitarios, el mismo que también ha suministrado material a los autores de las denuncias póstumas contra Vivián Trías en nuestro país. Qué casualidad, ¿no?

Sin embargo, salvo el éxito seguro entre los lectores ávidos de historias comunisticidas y destinadas a alimentar la revisión de la historia, desde el punto de vista literario el nuevo título añadido a la extensa bibliografía sobre Kundera es más bien decepcionante. Se le critica su falta de objetividad, la tendencia a adaptar el relato a las necesidades ideológicas y la animosidad con que trata al objeto de su investigación. Un reconocido especialista en Kundera, el profesor Petr A. Bílek, de la Facultad de Filosofía de la Universidad Carolina de Praga, es contundente al dar su nota de desaprobación: “Novák es un diletante, que sabe muy poco de Kundera y de la literatura en general”.[6]

Este triste resultado nos recuerda más bien el conflicto entre la mediocridad de Salieri y la genialidad de Mozart, que tan brillantemente pintó otro checo, Miloš Forman, en su famoso filme Amadeus.

En cambio, lo que sí valdría una elaboración literaria es la historia en sí, el tema de la delación por un joven idealista, después convertido en escritor famoso, mientras su víctima se pasa catorce años preso y soportando los efectos de la radioactividad en una mina de uranio. Kundera haría de esto una obra maestra, pero probablemente no querrá, ni podemos nosotros pedírselo. ¿Lo tomará alguna mente libre entre los checos de hoy?

[1] Jan Novák, Kundera – Český život a doba, simultáneamente ediciones Argo y Paseka, Praga, 2020.

[2] El denunciado, de nombre Miroslav Dvořáček, se exilio posteriormente en Suecia y murió en Gotemburgo en 2012.

[3]  Petr Třešňák y Adam Hradilek: « Udání Milana Kundery »Respekt, 12.10.2008 (actualizado por la misma fuente el 29.06.2020). El fragmento aquí reproducido es traducción del autor. El original dice “Alemania” sin especificar, pero ya existían dos Estados separados y es evidente que se refiere a la Alemania Occidental o República Federal.

[4]  La exclusión de la nómina de afiliados era entonces una sanción más benévola que la expulsión, ya que no contenía elementos de repudio moral ni consecuencias en la vida privada.

[5]  Luis C. Turiansky: « Para qué sirven las palabras »Vadenuevo, núm. 140, 01.04.2020.

 

[Ilustración: Luis Alberto Gutiérrez García – fuente: http://www.vadenuevo.com.uy]