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L’auteur de « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer » publie « Petit traité du racisme en Amérique ». Il en décortique un extrait dans ce texte inédit.

Par Dany Laferrière (écrivain)

La rage en Amérique

Le mot rage est juste car si on dit
qu’on a une migraine pour un mal de tête
ou simplement mal au ventre
on hurle sa rage de dents
car la douleur vient de monter d’un cran
et provoque une fureur aveugle qui
pousse à mettre le feu dans
son propre quartier.
(page 31)

Une fois, j’ai pris la route en voiture, de Miami à New York. Je venais de relire « Sur la route » de Kerouac. Je l’ai lu cette fois en anglais, alors que je maîtrisais à peine l’anglais de conversation. C’est en parcourant les pages trépidantes de ce roman délirant que j’ai enfin compris pourquoi j’avançais si lentement dans l’anglais oral et si rapidement dans sa forme écrite. Les écrivains ont toujours des choses intéressantes à dire, alors que les conversations de mes voisins tournaient autour des mêmes sujets insipides. J’ai découvert, d’autre part, que Kerouac en anglais n’est pas du tout le même écrivain que Kerouac en français. J’aurais aimé avoir du temps pour développer cette idée, d’autant que Ti-Jean (son vrai nom est Jean-Louis Kerouac et ses parents sont des Canadiens-Français, aujourd’hui appelés Québécois) a même écrit un récit en français.

C’est un long voyage, le mien, pas celui de Kerouac, où il faut traverser une bonne partie du sud des États-Unis (la Floride, la Georgie, les deux Caroline) mais j’avais fait mon plein de musique et de gazoline. Je ne suis pas amateur de musique, mon oreille ne captant, à l’époque, que le staccato de la machine à écrire, et surtout la musique qu’on entend quand le vent joue dans les phrases. Bon, j’écoutais aussi du rara de Léogâne, beaucoup de Manno Charlemagne, Ferré chantant Aragon, et du bossa nova quand j’ai le cœur en berne. Longue route bordée de magnolias, ces grands arbres où l’on pendait les esclaves fugitifs qui s’étaient révoltés contre les mauvais traitements qu’on leur infligeait du matin au soir dans ce décor bucolique. Quelqu’un, un poète juif, a noté que ces pendus ressemblent à d’étranges fruits, et Billie Holliday a chanté cette horreur (« Strange fruit »), pour rappeler aux jeunes dans quel univers dément on vivait avant, mais cela n’a pas beaucoup changé.

Je traverse, la gorge nouée, ces villes où le Ku Klux Klan sévit encore, peut-être avec plus de discrétion qu’avant. Je me sens tout de suite envahi par un sentiment où alternent la panique et la compassion. La colère aussi quand je traversais de si jolies petites villes avec de blanches maisons à colonnades entourées d’un gazon vert aussi grand qu’un terrain de golf. Et ce goût amer dans la bouche quand tout de suite après je tombais dans une zone délabrée. Je devais rester attentif afin de ne pas me tromper de quartier, car la police veille à séparer le bon grain de l’ivraie. Je  quitte la route principale pour me retrouver dans un coin isolé où les maisons, dévorées par les mauvaises herbes, semblaient laissées à l’abandon.

Pourtant je voyais des gens vaquer à leurs occupations dans des arrière-cours encombrées de carcasses rouillées de voitures. Des hommes en salopette étaient assis dans de vieux fauteuils défoncés qu’il ont dû ramasser, il y a un moment déjà, dans un quartier huppé pas trop loin. Une rugissante misère voisinait parfois avec une éclatante richesse. Manno Charlemagne chantait « Ayiti Pa Fore ». Sa voix est si distinctive (une sorte de calme étrange au cœur de l’enfer) que je pourrais la reconnaître même dans mon sommeil. J’ai quand même reçu un choc à l’entendre, et cela m’a fait la même impression que si j’avais ramassé, par mégarde, un câble électrique sans protection dans ma main nue. J’étais dans l’envers d’un décor de carton-pâte, la face cachée d’une promesse frauduleuse.

On comprend la pauvreté de certains pays, même si c’est intolérable, mais ici dans cette Amérique si obscènement riche on a du mal à accepter une pareille misère. Et surtout à se rappeler qu’on ne cesse de dire que les Américains noirs sont paresseux et alcooliques. Il y a du travail pour eux mais ils préfèrent boire de l’alcool frelaté et se tourner le pouce en attendant le chèque du gouvernement. S’ils font beaucoup d’enfants c’est pour recevoir un plus gros chèque du Welfare. C’est à la fois vrai et faux, vrai parce c’est la réalité dans laquelle on les laisse croupir, et faux parce que ce n’est pas rien de se retrouver écrasé par son propre gouvernement, qui se trouve être celui du plus puissant pays au monde.

L’Amérique n’a pas oublié que « le Nègre est né pour être esclave », et dans le sud chaque fois qu’un petit-fils de propriétaire de plantations croise un petit-fils d’esclave il a l’impression que c’est un bien qu’Abraham Lincoln lui a volé pour le gaspiller en le donnant à ces demi-civilisés. Presque tous les immigrants, les Haïtiens compris, croient qu’ils valent mieux que les Américains noirs, ignorant que si les Américains noirs sont ainsi tenus en laisse c’est parce que l’Amérique blanche sait qu’elle dort sur un volcan qui risque d’exploser un jour. C’est ce qu’a dit l’écrivain de « Harlem », James Baldwin. En attendant, ces Noirs, après chaque injustice flagrante, se contentent de mettre le feu dans leur propre quartier. Sont-ils bêtes ? La raison est que le système se protège par des barrages infranchissables de policiers. Et ces manifestants déchaînés n’arrivant pas à rentrer leur colère dans leur ventre, finissent par mettre le feu partout autour d’eux.

La voix de Manno Charlemagne fait écho avec « Dwa de Lom ». Les interrogations continuent et je me demande si la colère noire américaine possédait une voix aussi brûlante, efficace et poétique que celle de Manno Charlemagne. Ce n’est pas du nationalisme de ma part, car je connais la richesse et la puissance de cette musique née dans les plantations de coton et dans les villes près des grands fleuves (Mississippi et Missouri). Je connais et j’apprécie la rage de Nina Simone et de Bessie Smith, la douceur enveloppante de Marian Anderson, la violence cachée de Billie Holiday chantant « Strange fruit », la puissance de James Brown ou l’inquiétude poétique de Tupac Shakur. Je parle de cette urgence brûlante qu’on trouve dans la voix de Manno, et que je ne retrouve que chez Brel parfois, un Brel qui aurait connu la misère de Carrefour.

Mais l’autre versant existe aussi dans cette Amérique. Je me souviens de mon étonnement en lisant les romans d’Erskine Caldwell, à New York, à la fin des années 70. Je les lisais avidement car j’ignorais que des Blancs pouvaient vivre dans une pareille misère. Par misère, il ne faut pas entendre uniquement la famine, ni des problèmes sanitaires ou d’éducation, mais aussi une constante dégradation des valeurs sociales. Ces gens, des Blancs pauvres, n’étaient pas capables de m’indiquer correctement la route. Ils s’exprimaient dans un sabir que ma femme élevée à New York n’arrivait pas à comprendre, donnant l’impression qu’ils n’avaient pas parlé à un étranger depuis des années. On ne m’aurait pas cru si on n’avait pas vu cette foule, déguisée comme au carnaval, qui a envahi et saccagé dernièrement le Congrès américain.

Ce jour-là on a enfin compris dans quel monde vivaient les Noirs américains. On doit les croire quand ils évoquent l’Amérique comme une terre primitive zébrée de violences mauves. Ce sont des qualificatifs généralement réservés aux Noirs en pensant à des mœurs rapportées de l’Afrique profonde. D’où l’impossibilité de les civiliser jusqu’au bout. Mais d’où venaient ces hordes de Blancs ? De quelles contrées profondes et sauvages ? On n’ose imaginer ce qui se passerait si ces gens ivres de haine croisaient alors un Noir sur leur chemin ? Les Noirs détruisent leur quartier pauvre, tandis que les Blancs détruisent le Congrès américain. Sûr qu’on n’aurait jamais laissé entrer des Noirs dans cette enceinte sacrée. Et s’ils l’avaient fait, on ne sait pas ce qui se serait passé ce jour-là. L’Amérique en feu.

Dany Laferrière, bio express

Né en 1953 à Port-au-Prince (Haïti), Dany Laferrière s’est exilé en 1976 à Montréal, a vécu un temps à Miami, et siège à l’Académie française, à Paris, depuis 2015. Depuis « Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer », son premier roman paru en 1985, il a publié de nombreux livres, parmi lesquels « l’Enigme du retour » (prix Médicis 2009), « Tout bouge autour de moi »« Journal d’un écrivain en pyjama » ou encore « l’Art presque perdu de ne rien faire ». Bon nombre d’entre eux ont été rassemblés dans « Mythologies américaines » en 2016, et la plupart sont publiés chez Grasset. On lui doit également de poétiques autobiographies dessinées, comme « Autoportrait de Paris avec chat » (2018), « l’Exil vaut le voyage » (2020) ou « Dans la splendeur de la nuit » (Points, 2022). Il vient de publier « Petit traité du racisme en Amérique » (Grasset), dont il décortique d’autres extraits sur le site du quotidien haïtien « le Nouvelliste ».

 

[Photo : Joël Saget/AFP – source : http://www.nouvelobs.com]

Sur le fil du rasoir. Voilà comment l’on pourrait résumer le rôle de Cate Blanchett dans le nouveau film de Todd Field, Tár. Elle y incarne une cheffe d’orchestre installée à Berlin. Le génie a sa part d’ombre. Il suffit de gratter la couche de vernis.

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Dans les coulisses, Lydia Tár prépare son arrivée sur scène. Pas de concert pour cette fois. Mais orchestrer, toujours. On l’attend pour une rencontre publique à l’occasion de la sortie de sa biographie. Le journaliste présente sa carrière, longue comme le bras: elle a dirigé les plus grands orchestres symphoniques, enseigné dans des conservatoires prestigieux.

En coulisse, son assistante (Noémie Merlant) s’assure que tout se déroule comme prévu. La séquence s’étend sur une dizaine de minutes. Les réponses de Lydia semblent spontanées, perspicaces. Mais plus on plonge dans la vie intime de Tár, plus on comprend qu’avec elle, rien n’est jamais laissé au hasard.

Un pendant féminin à Weinstein?

Actuellement en lice pour les Oscars, le film a déjà été salué par la critique. Cate Blanchett a obtenu le prix de la meilleure interprétation féminine à la Mostra ainsi que le Golden Globe de la meilleure actrice. Une reconnaissance loin d’être surcotée, tant Cate Blanchett fait corps avec cette femme brillante, et pourtant si proche du point de rupture.

Mais une reconnaissance qui en a aussi fâché plus d’un, notamment Marin Alsop: cette cheffe d’orchestre bien réelle s’est reconnue dans les différentes étapes de vie de Lydia Tár. Coïncidence des événements ou véritable inspiration libre? Le problème ne se poserait peut-être pas, si le personnage de fiction n’érigeait une femme abusant de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles et briser des carrières.

De plus, cette femme étant lesbienne, Marin Alsop – qui se reconnaît dans cette protagoniste – et d’autres voix se sont élevées pour accuser le réalisateur Todd Field… de lesbophobie. Selon elles, pour résumer, si le réalisateur a fait de son personnage lesbien une tyran, c’est parce qu’en fait, il n’aime pas les lesbiennes. Et la réflexion de se généraliser au genre féminin: on ne devrait pas représenter une femme abusant de sa position au lieu d’un homme dans l’ère post #MeToo.

Si le rôle principal est attribuée à une femme, il est inconcevable – toujours selon cette logique – qu’il s’agisse d’un personnage aussi ambigu. Alors que tout l’intérêt de ce film réside précisément dans cette complexité.

Nouvelle génération

Pourtant, ce n’est pas le genre ou l’orientation sexuelle qui est au centre du récit, mais la manipulation. Celle qui échappe aux évidences, celle que l’entourage préfère cautionner, sous le prétexte du génie colérique. Lydia Tár a une vie de couple, se consacre entièrement à sa musique. Rien ne semble dysfonctionner, sinon quelques refus de répondre à des mails, ou son franc parlé.

C’est par exemple le cas lorsque, lors d’un cours au conservatoire, elle recadre un étudiant qui renie les partitions de Bach pour ses choix de vie. La rhétorique de la cheffe d’orchestre fait mouche, mais c’est elle qui, quelque temps après, en subira les conséquences. Elle est filmée à son insu pendant la discussion. Les rushs feront l’objet d’un montage présentant des propos rafistolés, hors contexte, et finissant sur le Net.

C’est aussi à cette occasion que l’on comprend comment Lydia Tár, dans sa position de cheffe d’orchestre exigeante (elle n’est pas sans rappeler le personnage de Terence Fletcher dans Whiplash), ne peut que s’écrouler face à la nouvelle génération. Une génération qui refuse de céder aux caprices d’une hiérarchie sans morale et sans limites. À l’image de sa dernière proie, une jeune contrebassiste russe (Sophie Kauer), qui n’a que faire des appels du pied de la réputée cheffe d’orchestre ni de ses invitations à moitié voilées.

Hasard du calendrier, Divertimento, biographie d’une cheffe d’orchestre française, est également en salle actuellement. Le film s’ouvre sur le constat suivant: seulement 6% des chefs d’orchestre sont des femmes. Voilà, en tout et pour tout, la seule vérité que véhicule ce long métrage sur le métier, se noyant dans un optimisme gluant. Tár en est l’envers: rêche et rugueux sur le milieu. Todd Field réalise un véritable exploit.

 

[Images : Universal Pictures International Switzerland – source : http://www.leregardlibre.com]

Ou comment la musique peut devenir une arme de résistance aux totalitarismes.

Malgré une démarche pacifique, la «jeunesse swing» allemande subit la répression. | Eric Awuy via Unsplash

Écrit par Nicolas Méra — édité par Natacha Zimmermann

«Le jazz […] est selon moi une expression des idéaux les plus élevésaffirmait John Coltrane, l’un des jazzmen les plus influents de sa génération, en 1962. Par conséquent, il contient de la fraternité. Et je crois qu’avec de la fraternité il n’y aurait pas de pauvreté, il n’y aurait pas de guerre.»

Plongeant ses racines dans la culture musicale afro-américaine de la fin du XIXe siècle, le jazz est avant tout un hymne de résistance –résistance à l’oppression, à l’indifférence et à la persécution des communautés noires. Ce n’est donc pas un hasard si le swing, frère cadet du jazz importé en Europe dans les années 1930, a servi de rempart aux pulsions totalitaires.

Bonnes et mauvaises notes

Toutes les formes de musique ne sont plus tolérées sous le Troisième Reich. Le parti nazi mène alors une véritable croisade contre ce qu’il appelle «l’art dégénéré»: à partir des années 1930, la propagande condamne les «renversements rythmiques hystériques caractéristiques des races barbares», qualifiant le jazz et le swing de «Negermusik» («musique nègre»). Ces styles sont bannis à partir d’octobre 1935.

Selon les nazis, la musique afro-américaine serait une arme politique utilisée par les juifs afin de faire triompher la démocratie et le capitalisme, des valeurs typiquement nord-américaines. Caractérisée par des «danses indécentes» et des «excès négroïdes de tempo» tranchant avec l’impératif aryen de discipline et de modération, la musique dite dégénérée serait source de corruption, de désordre, de «décadence culturelle». La preuve: on ne peut pas marcher au pas sur un air de jazz…

En conséquence, tandis que les représentants de l’école musicale allemande sont glorifiés –à commencer par Mozart, Bach, Haydn ou Wagner–, artistes noirs et compositeurs juifs sont chassés des scènes germaniques. Certains sont contraints à l’exil; d’autres sont purement et simplement déportés. Ce qui n’empêche pas Coco Schumann, guitariste berlinois de jazz, de former, au sein du camp de concentration de Theresienstadt, le groupe des Ghetto Swingers –signe que la musique peut encore s’élever derrière les barbelés.

En 1939, le ministre de la Propagande du régime, Joseph Goebbels, va jusqu’à créer un groupe de jazz allemand, Charlie and His Orchestra, dont les compositions parodiques moquent les Américains et leurs alliés. Il paraît que Churchill, régulièrement taclé dans leurs chansons pour son penchant pour l’alcool, trouvait les paroles hilarantes.

Danser pour résister

C’est dans la foulée de la Grande Guerre que le jazz et le swing se sont répandus comme une traînée de poudre en Europe. En France, en Allemagne, en Belgique, en Tchécoslovaquie ou en Grande-Bretagne, ces styles radicalement nouveaux, survitaminés et dansants ont aidé à évacuer les mauvais souvenirs de 1914-1918. Et si le jazz aidait à guérir?

Malgré les interdictions progressives faites aux orchestres allemands de consacrer plus de 20% de leur répertoire au jazz, des clubs dédiés à cette nouvelle tendance se forment dans les années 1930, fleurissant à Berlin, Francfort et Hambourg. S’y rassemble un public jeune et ouvert sur le monde, conquis par l’aspect libertaire de cette musique et, plus largement, par l’esprit extraverti et le laisser-faire qui transpire de la culture américaine. «Nous étions habités par un désir de vie à l’américaine, de démocratiese souvient Frederich Ritzel, un habitué des swing clubsTout était connecté –et connecté à travers le jazz.»

Ces fans de musique clandestine, on les appelle «Swingjugend», littéralement «jeunesse swing». Selon les fichiers de la police, ce sont de jeunes Allemands et Allemandes âgés de 14 à 19 ans, arborant chapeaux hollywoodiens, cheveux longs, parapluies quelle que soit la météo, et parlant couramment l’anglais. Ils parodient d’ailleurs le fameux salut nazi «Sieg Heil!» en lançant à la place «Swing Heil!», véritable pied-de-nez à la figure d’Adolf Hitler.

Généralement issus des couches sociales élevées de la société allemande, ils ne constituent pas un mouvement de résistance armé. Bien au contraire, le groupe se définit comme apolitique et non violent. Mais sa rébellion s’exerce autrement: par la non-conformité avec l’identité nationale et les valeurs promues par l’idéologie nazie. Certains éludent leur service dans les Jeunesses hitlériennes ou la Ligue des jeunes filles allemandes; d’autres confrontent leurs homologues rangés sous les drapeaux. Il s’agit avant tout de court-circuiter l’idéal aryen.

Dans le viseur de la Gestapo

Malgré une démarche pacifique, cette «jeunesse swing» subit la répression. En 1941, la Gestapo prend le problème à bras-le-corps, organisant des descentes dans les clubs de jazz, les écoles de danse et les autres lieux où ces habitués se rencontrent. Ces derniers sont contraints de poursuivre leur passion illégalement, au fond de caves aveugles ou de bars clandestins.

Quelles punitions risquent-ils? Les sanctions infligées à ces «déviants» peuvent aller du simple fait de leur couper les cheveux à l’enrôlement forcé dans l’armée, voire à la déportationHeinrich Himmler, le chef des SS, considère les adorateurs de jazz comme une véritable menace; selon lui, seules des mesures drastiques permettront «d’éradiquer la dangereuse diffusion de ce mouvement anglophile à l’heure où l’Allemagne se bat pour son existence». À Hambourg, près de 400 d’entre eux sont raflés entre 1940 et 1942. Soumis à des peines allant de deux à trois ans d’emprisonnement, ils sont roués de coups, brimés et humiliés par les geôliers des camps d’internement pour mineurs.

Une affiche de propagande nazie du Troisième Reich contre les «musiques dégénérées». | leewrightonflickr via Wikimedia Commons

Mais on se tromperait en pensant que les travaux forcés brident leur oreille musicale. «La mine de sel dans laquelle était l’usine avait une très bonne acoustiqueracontera ainsi Günter Discher, déporté au camp de redressement de Moringen. L’un de nous jouait sur les cartouches –des sortes de boîtes en bois– avec des baguettes de fortune. Nous improvisions toutes sortes de choses, qui sonnaient plus ou moins bien. Mais dans tous les cas, cela nous aidait à tenir pendant les pauses déjeuner.»

C’est peut-être la plus belle leçon de la Swingjugend: celle de voir, même au cœur de l’horreur concentrationnaire, les contours incandescents d’une piste de swing… Du reste, le jazz clandestin n’a bientôt plus eu lieu d’être: passée l’année 1945, les musiques noires ont fini par être blanchies.

 

[Source : http://www.slate.fr]

 

Galicia Nai’, que conta coa colaboración da Xunta de Galicia, é o décimo sétimo traballo da intérprete de Porto e está composto por 12 poemas de autores e autoras da terra

O secretario xeral de Política Lingüística, Valentín García, participou este serán na presentación do último traballo da cantora galaico-portuguesa María do Ceo, Galicia Nai, un libro disco dedicado integramente a Galicia e á lingua galega co que a intérprete celebra os seus 25 anos de carreira musical e que conta co apoio da Xunta.

O representante da Consellería de Cultura, Educación, FP e Universidades destacou a traxectoria de María do Ceo, “baseada no achegamento entre a lingua e a cultura galega e a portuguesa e na que, asiduamente, conta co apoio da Xunta de Galicia”, indicou. Ademais, quixo “agradecer, unha vez máis, o labor a prol da unión das linguas existentes ás dúas beiras do Miño e o compromiso profesional e persoal de María do Ceo coa que é a súa terra de adopción, tal como deixa patente en Galicia Nai” na liña dos obxectivos da Lei Paz Andrade, para o aproveitamento da lingua portuguesa e vínculos coa lusofonía.

Canda o secretario xeral tamén participaron no acto, que acolleu o Liceo de Ourense, o presidente desta entidade, Xavier Casares Mouriño; o presidente do Foro Enrique Peinador e autor do prólogo do traballo, Xosé González Martínez; Armando González López, médico e poeta, e a propia cantante. A xornada estivo amenizada pola actuación de María do Ceo, quen interpretou tres pezas recollidas en Galicia Nai. Ademais, presentouse o videoclip do primeiro sinxelo do disco, A Fala, da autoría de Manuel María, realizado por Alberto Outeiriño, Roberto Cid e José Juan P. Ramos.

Declaración de amor a Galicia

Galicia Nai supón unha declaración de amor a Galicia e á súa xente, pero tamén pretende ser un disco comprometido co idioma e coa muller. En total, reúne 12 poemas musicados de autoras da terra de distintas épocas e con distintas sensibilidades poéticas: Rosalía de Castro, Xosé Neira Vilas, Manuel María, Ricardo Carvalho Calero, Pepe Velo e Armando González López.

O traballo, que é o décimo sétimo disco da cantante de Porto, conta cun prólogo de Xosé González Martínez e coa música de José e Álex Salgado á guitarra e guitarra portuguesa, respectivamente, de Fernando Campos ao baixo, de Rosalía Vázquez ao chelo, de Ricardo Morente ao violín e de Kinhos Saburido á percusión.

 

[Fonte: http://www.lingua.gal]

 

Relocalisé en Corée du Sud, le réalisateur cambodgien dessine à sa jeune héroïne une trajectoire elliptique en quatre temps – et surpasse les espoirs suscités par ses projets précédents.

Écrit par Bruno Deruisseau

“Vous voyez ce que c’est le déchiffrage en musique, c’est quand on joue une partition pour la première fois sans l’avoir étudiée avant. Ce n’est pas facile, parce qu’il faut savoir analyser la situation en un seul coup d’œil, évaluer les dangers et, paf, se jeter à l’eau […] Il y a des signes partout, qu’on ne voit pas parce qu’on ne sait pas les reconnaître. Mais si on apprend à les lire, on peut les saisir quand ils apparaissent”, est la réponse énigmatique que fait Freddie, l’héroïne de Retour à Séoul, lorsqu’on lui demande la raison pour laquelle elle ne profite pas des deux semaines de vacances qu’elle passe dans son pays natal pour retrouver ses parents biologiques. Clé de voûte, autant que de sol, du film, cette réponse donne son rythme et sa construction à un récit qui se réinvente en permanence. Il avance à tâtons, par saccades, prêt à saisir le moindre indice et à s’y engouffrer la tête la première.

De quel déchiffrage est-il question dans Retour à Séoul ? Celui des origines de son héroïne adoptée en France alors qu’elle était encore bébé, mais aussi celui, plus vaste, d’un rapport à soi et aux autres. Freddie, incarnée par Park Ji-min, incandescente révélation, est une jeune femme aventurière, farouche et imprévisible, qui vit sa vie comme on suit un jeu de piste. Plus que par les mots, c’est donc par la musique que transitent ces signes. Le film s’ouvre et se clôt par une scène miroir (il est d’ailleurs truffé de jeu de correspondances) : Freddie se présente à la réception d’un hôtel et crée du lien par le truchement d’une mélodie, au début en attrapant les écouteurs de la réceptionniste qui deviendra son amie et sa traductrice pendant le reste du film, à la fin en déchiffrant elle-même un morceau sur le piano du hall d’accueil.

Le monde tel qu’elle le découvre et le monde tel qu’elle l’habite

La musique cadence la totalité du récit. Minimaliste dans les rues de Séoul, jazzy dans une scène de repas, techno dans une autre de clubbing, electro-pop lors d’un plan de danse absolument sublime, elle est partout. À tel point qu’on a parfois le sentiment que Retour à Séoul est une comédie musicale dépouillée de ses chants. Cette impression est renforcée par la colorimétrie pop de l’image, l’artificialité de son univers, la bisexualité de Freddie, la noirceur qui l’habite sous son vernis solaire et la façon dont le long métrage est hanté par la figure des parents absents, autant de caractéristiques qui rappellent l’univers de Jacques Demy… jusqu’à ce que le film voie passer un signe et change complètement de direction.

Symphonie en quatre mouvements, Retour à Séoul s’ouvre sur une partie qui se déploie à un rythme piano. Au bout d’une heure, le récit s’interrompt abruptement et l’on fait un bond de deux ans dans le temps. Freddie a changé, et le film aussi. Elle a troqué ses pulls colorés contre un manteau en cuir noir façon Trinity dans Matrix, tandis que sa déambulation dans le Séoul interlope rappelle celle du personnage interprété par Shu Qi dans Millennium Mambo. Délaissant Demy, le film fait cette fois penser à un thriller finchérien mené à un rythme soutenu. Partie la plus enlevée du récit, elle correspond au monde tel que Freddie l’habite, alors que la première le montrait tel qu’elle le découvre. On a à peine le temps de s’y installer que son héroïne le fait encore bifurquer cinq années plus tard, à un rythme cette fois mezzo. Le film s’achève par une dernière bifurcation, un mouvement en forme d’épilogue apaisé qui fait penser au cinéma de David Lean.

La densité du temps

Davy Chou mène l’épopée virevoltante de cette jeune femme avec une époustouflante virtuosité, transcendée par les qualités de soliste de son actrice Park Ji-min. Malgré la délocalisation de son cinéma en Corée du Sud, on retrouve dans Retour à Séoul les qualités d’envoûtement de ses deux premiers films cambodgiens. Du Sommeil d’or (2011), ce troisième long hérite d’une capacité à rendre compte de la densité du temps, comme une sonde qu’on plonge dans une épaisse couche de sédiments. Tandis que, comme Diamond Island (2016), il raconte la façon dont les êtres tentent d’habiter un lieu, à la recherche d’une forme d’harmonie tout en devant constamment se débattre avec un profond sentiment d’exil. Ici, Davy Chou signe son film le plus accompli. Il y confirme et dépasse avec éclat les attentes qu’avaient suscitées ses précédentes réalisations.

Retour à Séoul de Davy Chou, avec Park Ji-min, Oh Kwang-rok, Guka Han (Cor., 2022, 1 h 59).

 

[Source : http://www.lesinrocks.com]

La lluita per la independència s’ha donat de diferents maneres, una ha estat l’art.

Escrit per Ariel Marconi

Com ja vam comentar a ‘Racó Català’, molts catalans van participar i van liderar les lluites independentistes de les colònies espanyoles a Amèrica, alguns també van participar dels nous governs de les incipients nacions.

La llavor de la independència de les colònies americanes va ser plantada a l’últim dels virregnats creats a Amèrica per Espanya, i el primer d’ells a independitzar-se, el Virregnat del Riu de la Plata.

Blas Parera Moret, més conegut com a Blas Parera, fill de Ramon Parera i Bernarda Moret, tots dos catalans, va néixer el 3 de febrer de 1765 a Mataró. Alguns autors comenten que pot haver nascut a Múrcia, i després va tornar amb els seus pares a Mataró, on va viure tota la seva infantesa i joventut. De nen va formar part de la Capella de Música del Col·legi de Santa Anna on va estudiar. En la seva joventut va compondre marxes militars, tonades i algunes cançons.

Va emigrar a Amèrica el 1793, aparentment per un desaire amorós, i quatre anys més tard el 1797, es va radicar a la Ciutat de Buenos Aires, va viure en una casa situada a la cantonada dels actuals carrers Belgrano i Chacabuco, va buscar feina com a músic i va aconseguir incorporar-se com a organista de la Catedral Metropolitana, el 1802 va ser músic a l’església de San Francisco, de Montevideo, i mesos més tard, va tornar a Buenos Aires on va treballar com a professor al Col·legi de Nens Expòsits i també de forma particular, ensenyant diversos instruments . També va ser organista a les esglésies de Sant Nicolau, Sant Ignasi i La Mercè.

Durant la primera invasió anglesa a la Ciutat de Buenos Aires, així com molts altres catalans es va oferir com a voluntari i va combatre l’invasor. Aquesta va ser l’única vegada que va participar en una lluita armada.

Es va casar el 14 d’octubre de 1809, a l’església de Sant Nicolau de Bari, amb una de les seves alumnes, Facunda del Rey, una òrfena que vivia a la Llar dels Nens Expòsits.

Un dia, finalitzada la seva tasca a la catedral, Blas Parera va trobar una cartera en un dels bancs, dins d’ella diverses targetes a nom el seu amo, un advocat, el Dr. Vicente López i Planes, i la seva adreça. Personalment, va portar la cartera al seu amo amb qui va entaular ràpidament una amistat.

Passats uns anys, més precisament el 25 de maig de 1812, Vicente López i Planes, que també era poeta, va escriure la lletra del que avui és l’himne nacional argentí, i va convocar el compositor català per compondre la música, l’obra va ser batejada com « Marxa Patriòtica de les Províncies Unides ».

El novembre del mateix any, el Primer Triumvirat, que havia reemplaçat la Junta Gran, va autoritzar l’obra de Vicente López i Planes i Blas Parera com a « Marxa Patriòtica Oficial ».

Durant l’efervescència d’aquells anys revolucionaris, juntament amb altres autors, Blas Parera va crear diverses músiques de to independentista i revolucionari, sense la independència haver-se declarat encara. Va compondre entre altres un Himne Patriòtic, amb lletra de Cayetano José Rodríguez, i un altre himne denominat « 25 de maig » o « Himne de la Llibertat », per a l’òpera de Luis Ambrosio Morante, va ser en aquesta obra que Vicente López i Planes es va inspirar per compondre la lletra del futur Himne Nacional.

Pel decret de l’11 de maig de 1813, la lletra i música de Vicente López i Planes i Blas Parera van ser aprovades com a Himne Nacional Argentí, i es tocava en tots els actes oficials. La versió original va tenir una durada de vint minuts, fins que es van suprimir algunes estrofes a principis del segle XX. Va ser el primer himne patri de la primera colònia americana a independitzar-se d’Espanya, i des d’aleshores fins avui el llegat de Blas Parera es reprodueix no només a Argentina sinó a tots els països del món on alguna delegació representi el país.

Per celebrar el tercer aniversari de la Revolució de Maig, el dia 25 de maig de 1813 a la plaça de la Victòria, actual plaça de Maig de Buenos Aires, els alumnes de l’escola de Rufino Sánchez la van cantar per primera vegada en públic.

Blas Parera va retornar a Europa el 1818, va viure uns anys a Barcelona fins que es va instal·lar definitivament a Mataró.

Espanya mai no el va perdonar haver participat en el procés independentista del Virregnat del Riu de la Plata, ni que compongués l’himne d’un país que se n’havia independitzat. Quan va desembarcar a Cadis, les autoritats espanyoles van ordenar que se’l vigilés: « es vigili la seva conducta i estiguin a l’aguait de les seves operacions ».

A Mataró va ocupar un càrrec d’interventor del Correu. Va morir el 7 de gener de 1840 i va ser sepultat al Cementiri dels Caputxins.

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

Disparu à l’âge de 81 ans, le chanteur et musicien californien est le premier à partir du super-groupe Crosby, Stills, Nash & Young. Et laisse une empreinte indélébile sur le folk-rock américain.

Écrit par Francis Dordor

Imaginons un instant que l’une des figures du mont Rushmore, ce gigantesque bas-relief sculpté à même la roche réunissant quatre présidents des États-Unis (Lincoln, Washington, Roosevelt et Jefferson), vienne soudain à s’effondrer. C’est à peu près, à l’échelle de l’histoire récente de la musique américaine, ce que symbolise aujourd’hui la disparition de David Crosby à l’âge très vénérable de 81 ans, après une vie d’artiste bien remplie l’ayant conduit au sommet, mais aussi au fond du trou, au sens pénitentiaire du terme.

Fer de lance du folk-rock avec les Byrds, membre de Crosby, Stills, Nash & Young, peut être le seul quatuor à mériter, par la notoriété du moins, le tag “Beatles américains”, il traversa le demi-siècle écoulé avec un appétit d’ogre pour ce qui relève des plaisirs comme des aléas inhérents à la Sainte-Trinité “sex, drugs and rock’n’roll”. Et bien qu’il n’ait jamais été un compositeur de l’envergure d’un Neil Young ni même un musicien aussi doué techniquement qu’un Stephen Stills, sa contribution à l’histoire musicale universelle n’en reste pas moins inestimable.

Ces dix dernières années l’avaient même vu redevenir étonnamment prolixe et inspiré avec la parution de cinq albums consécutifs, fruit d’une association avec James Raymond, un fils longtemps négligé, confié à l’adoption dès la naissance à une époque où Crosby se sentait incapable d’assumer la contrainte d’une paternité. Loin d’en nourrir le moindre ressentiment, ce fils allait offrir en guise d’absolution à ce père jadis si ingrat de forts beaux écrins prêts à recueillir une veine créative revivifiée sur le tard, avec un sens mélodique toujours alerte et une voix, compte tenu des excès infligés, miraculeusement préservée. Dans Croz, premier de la série paru en 2014, Crosby signait un touchant autoportrait à la Rembrandt, sans rien cacher de son vieillissement, sans éluder le vertige propre à toute méditation sur notre commune condition de mortel, sans sous-estimer non plus la valeur qu’ajoutait celle-ci au temps qu’il lui restait à vivre. Lui qui fut longtemps le parangon du rocker impénitent, au comportement excessif voire irresponsable, aura ainsi coulé ces derniers jours sur terre, baigné dans une quiétude quasi inespérée. Celle que par leurs conduites vertueuses se garantissent généralement les âmes les plus sages.

Rebel without a cause

Or, de sagesse il n’est guère question dans le parcours rocambolesque, frénétique, de David Van Cortlandt Crosby, né à Los Angeles le 14 août 1941. Après le divorce de ses parents, l’absence d’un père devenu une pointure dans l’industrie du cinéma – c’est lui qui assure notamment la photographie de films signés F.W. Murnau (Tabou), Fred Zinnemann (Tant qu’il y aura des hommes, Le train sifflera trois fois) ou Roger Corman – l’amertume d’une mère abandonnée, le jeune David devient au fil des ans à peu près incontrôlable. Fugues en série, vols de voitures, cambriolages, grossesses infligées à des petites amies prestement larguées, rien ne manque au “casier” de ce “rebelle sans cause”, pour citer son modèle d’alors, James Dean.

Irrécupérable donc, sauf lorsque lui prend l’envie de chanter. On dit alors de la voix de ce diable qu’elle est celle d’un ange. Ce qui suffirait à résumer toute une ligne de vie en gestation. Ses premières apparitions publiques avec un ensemble scolaire, les Cuttin’ Capers, lui gagnent les faveurs d’une partie du lycée. Quand une autre persiste à lui vouer mépris, voire haine, en raison de cheveux trop longs, de mises négligées, d’un manque de goût pour le sport, et d’une tendance un rien embarrassante à imiter la moue des voyous qu’on voit dans les films. Après avoir brièvement caressé le projet d’une carrière d’acteur, pris quelques cours à UCLA, il se lance dans un long périple en mode bohème à travers les États-Unis, avec pour seul viatique sa guitare sur laquelle il égrène les chansons de Woody Guthrie, maître ès protest songs, apprises par cœur. On le retrouve au début des années 1960 à New York, écumant les clubs de Greenwich Village, le Gaslight Café, le Bitter End, le Dugout, le Café Wha?, il y croise les figures tutélaires du renouveau folk, Dave Van Ronk, Tom Paxton, Doc Watson. Il assiste surtout aux débuts d’un jeune happy traveler comme lui, Bob Dylan, dont il se prend la poésie en pleine poire. À défaut d’en goûter la voix nasillarde. Véritable game changer, comme on dit aujourd’hui, Dylan va profondément affecter la façon dont Crosby conçoit son rôle d’interprète. À un degré qu’il ne peut encore soupçonner.

Après New York, direction Miami, les premiers joints, les premières capsules de Dexedrine. Il se produit dans les coffee-houses de Floride en duo avec Terry Callier, aujourd’hui légende quelque peu effacée des mémoires d’une folk-soul dont il est pourtant l’inventeur. Le trip se poursuit à Chicago. Crosby y croise Muddy Waters, Buddy Guy, Willie Dixon et autres légendes du blues. Assiste à un concert du quartet de John Coltrane qui, comme pour Dylan, mais d’une toute autre façon, lui retourne la tête. À San Francisco, il se lie d’amitié avec Dino Valenti, futur chanteur de Quicksilver Messenger Service, auteur de Get Together, bientôt l’hymne de toute une génération pas encore étiquetée “hippie” ni même “psychédélique”.

Le son de Laurel Canyon

C’est ainsi que de retour à Los Angeles il vient d’effectuer un parcours initiatique complet, géographique, musical, existentiel. En 1964, le “strip”, diminutif donné à la partie ouest de Sunset Boulevard à Hollywood, devient l’épicentre d’une scène musicale accaparée par une faune de mutants culturels qui empruntent idéaux et codes vestimentaires aux beatniks et se soumettent aux sonorités chavirantes de la British Invasion, The Beatles et The Rolling Stones en tête. Crosby emménage à Laurel Canyon, spot “cool” par excellence, et épicentre de ce renouveau, que fréquentent déjà Roger McGuinn et Gene Clark. Bientôt rejoint par Chris Hillman et Michael Clarke, le quintet se fait d’abord appeler The Jet Set. Puis The Byrds, en évitant le doublon avec les Birds anglais (où sévit le futur Faces et le Rolling Stone Ron Wood). Même lesté d’un “y” le décollage est fulgurant, grâce en partie aux bons offices de leur manager, Jim Dickson, qui négocie avec Albert Grossman, ci-devant imprésario de Dylan, l’autorisation de puiser à volonté dans le répertoire de son poulain.

Leur premier album, paru chez Columbia en juin 1965, ne compte pas moins de quatre covers de Dylan dont un Mr. Tambourine Man qui largue aussitôt l’original et se hisse tout en haut des classements de ventes. Un an plus tard les Byrds est le groupe américain le plus diffusé sur les ondes du pays. Si la voix splendide et les compositions élégiaques de Gene Clark, ainsi que la carillonnante Rickenbacker 12 –cordes de Roger McGuinn –, définissent bien l’identité folk-rock des Byrds, l’apport de Crosby se fait en revanche sentir au travers de structures héritées du jazz de Coltrane et de la musique modale indienne de Ravi Shankar. Une empreinte qui va s’exercer sur les compositions les plus aventureuses du groupe tels Eight Miles High ou Everybody’s Been Burned.

En 1967, au lendemain du festival Monterey Pop, Crosby quitte pourtant les Byrds. Les versions divergent sur l’origine du clash. Le refus d’inclure Triad, chanson où Crosby, en bon sex addict, fait ouvertement l’apologie du triolisme, sur l’album The Notorious Byrd Brothers, ou les propos complotistes qu’il tient en public à Monterey au sujet de l’assassinat de Kennedy ? Qu’importe. Crosby, en couple avec Joni Mitchell (très libéré le couple, rassurez-vous), dont il s’apprête à produire le premier album, prépare déjà la suite avec Stephen Stills du Buffalo Springfield et un Anglais en exil, ex-membre de The Hollies, Graham Nash. Soit un ménage à trois (et bientôt à quatre) et un sacré coup fumant.

Le plus grand groupe du monde

L’avènement de Crosby, Stills & Nash dans le paysage de la pop mondiale peut se lire comme la mise en jeu d’une martingale parfaite : l’addition de talents suffisamment mûris pour devenir complémentaires et engendrer des millions de dollars dès le premier tour de table. Ou alors être comparé à une épiphanie : trois rois mages apportant en offrande à toute une génération, celle qui déserte les campus, les bureaux, les casernes, un album censé la consoler du désastre en devenir, alors que la guerre du Vietnam atteint son paroxysme, que les ghettos s’enflamment et que le rêve américain n’a jamais été autant remis en cause par les enfants de ceux qui l’ont construit.

Avec ses titres phares, Long Time Gone, Guinnevere et Wooden Ships, écrits ou coécrits par Crosby, le disque fait date par sa qualité quasi évangélique. Et propulse le trio à des hauteurs christiques jamais atteintes. Quelques mois plus tard Neil Young, sollicité par son pote Stills pour suppléer aux limites de Crosby en tant que second guitariste, va faire du brelan un carré d’as, remportant aussi sec la mise avec Déjà Vu (10 millions d’exemplaires vendus). D’autres hymnes s’ajoutent alors à la liturgie comme Woodstock, écrit par Joni Mitchell, d’après un lieu-dit situé près de la côte est où une infime, bien que considérable, partie de ladite génération a convergé au cours de l’été 1969 pour écrire l’une des pages les plus extravagantes de l’histoire. Le festival au demi-million de spectateurs va ainsi consacrer Crosby, Stills, Nash & Young, et probablement certifier aussi le début de la fin d’une entente cordiale entre quatre égos devenus monstrueux à force de tout, richesses, sexe mais surtout dope.

Addictions solitaires

Après un premier album au titre un peu décourageant, If I Could Only Remember My Name (1971), où alternent le sublime et l’erratique, après quelques collaborations et de fructueuses tournées en duo avec Graham Nash, ou avec les autres compères, Crosby va peu à peu sombrer dans une dépendance dont beaucoup se demande encore aujourd’hui comment il a pu en sortir vivant, du moins aussi longtemps. La cocaïne, l’héroïne, l’alcool mais surtout le free base – ancêtre haut de gamme du crack – vont devenir pendant plus de dix ans sa seule raison d’être. Pour satisfaire son addiction, il va tout perdre, ses propriétés, son bateau, ses voitures. Il va même vendre ses guitares. Il va se faire dealer. Il va aussi entraîner sa femme, Jan, dans la spirale infernale qu’il a initiée. Ce que certains de ses proches, Graham Nash en tête, ne lui pardonneront jamais.

En 1985, il connaît une première arrestation consécutive à l’emplafonnage d’un rail de sécurité sur une highway alors qu’il s’est endormi au volant. Relâché sous caution, il sera à nouveau arrêté trois ans plus tard au Texas en possession de cocaïne, d’héroïne et d’une arme non déclarée. Au pénitencier de Huntsville, il purge une peine de prison de neuf mois et suit un sevrage sans assistance. Il y amorce aussi sa réhabilitation en dirigeant un groupe de rock composé d’autres détenus. De ce chemin, improbable entre firmament et puits sans fond, il tirera Long Time Gone, autobiographie sans concession. En 1994, Crosby avait dû subir une greffe du foie intégralement payée par son ami Phil Collins. Depuis il vivait sous traitement pour différentes affections, dont une hépatite C et deux types de diabète.  Si le rêve éveillé de Woodstock qui vire au cauchemar devait se résumer en une seule et unique trajectoire, c’est bien celle de David Crosby qu’il faut suivre. Celle d’un musicien devenu un phare pour des millions de gens qui peu à peu va s’éteindre pour ne plus faire clignoter qu’un lugubre S.O.S., comme ceux que lancent les rafiots en perdition. Assez logiquement l’un de ses derniers albums, en 2016, s’intitulait Lighthouse, Le Phare, comme si quelque chose était bel et bien resté allumé en lui jusqu’à la fin.

 

[Source : http://www.lesinrocks.com]

Compartieron el nombre y la vocación por el arte, pero brillaron en distintas disciplinas. Este año se cumple medio siglo de la muerte del pintor Pablo Picasso, el poeta Pablo Neruda y el músico Pablo Casals. 

Pablo Picasso

Pablo Picasso

Escrito por JULIETA GROSSO

A lo largo del 2023, en abril, septiembre y octubre, se evocarán con distintos homenajes los 50 años de la muerte de los tres Pablos más decisivos del siglo XX para el universo artístico: Picasso, Casals y Neruda, hombres que compartieron nombre y nunca se encontraron juntos los tres, pero en cuyas vidas y trayectorias públicas es posible descubrir conexiones y similitudes como el talento disruptivo, el compromiso social que los convirtió en antena de los peores horrores de la época y algunos comportamientos -sobre todo en el caso del pintor y del poeta- que a la luz del presente los colocan en lugares problemáticos y cuestionables en tiempos de cancelación.

« Eran tres y se fueron los tres…/ nos quedamos sin Pablos en el mundo/ y lo bello, sin ellos, moribundo…/ ¡qué va a ser de nosotros… qué va a ser! », cantaba el argentino Aberto Cortez en torno a estas tres figuras cuyas vidas fueron interceptadas por un tiempo histórico que los envolvió en el horror de la guerra y los totalitarismos. Los tres devolvieron respuestas similares al siglo que les dio vuelta la cara con sus feroces atrocidades, marchando firmes contra el nazismo y el fascismo, y tendiéndoles la mano a los sublevados y a los exiliados.

En una época sin la masividad garantizada de las redes sociales, ellos supieron volverse virales a su manera y legaron obras que además de ponerle voz a una época expresan el compromiso del arte en la búsqueda de la paz: el « Guernica » de Picasso, el « Canto general » de Neruda y el « Himno para las Naciones Unidas » compuesto por Casals.

Más allá del impacto que tuvieron los fascismos en sus vidas, la guerra civil española fue un hecho determinante en la vida de los tres: para Casals y Picasso significó el exilio definitivo, mientras que para Neruda el abandono forzado de su puesto como cónsul en Barcelona y Madrid.

Pablo Picasso, una obra innovadora y monumental que desluce con la fama de misoginia

 Los aniversarios redondos son muchas veces la excusa para evocar y resignificar vidas o trayectorias que han tallado una época y siguen proyectando su espectro sobre el presente. Hasta hace algunos años, esta recuperación transcurría sin sombras en un clima celebratorio que reforzaba la épica y el legado de la figura exaltada, pero hoy el signo de época insta a matizar los tributos, destacando los aportes de una obra o creador sin licuar los aspectos problemáticos de su personalidad.

Picasso tan genial como cruel con las mujeres

Picasso, tan genial como cruel con las mujeres.

Si hay una figura que absorbe los mayores dilemas en torno a esa discusión tan fogoneada en tiempos de cancelación sobre la posibilidad o pertinencia de disociar a una obra de las acciones de su creador es Pablo Picasso, el artista español incuestionable por su pericia para iluminar un cambio de rumbo decisivo en la historia del arte pero acusado de misógino y maltratador por su trato cruel hacia las mujeres que lo acompañaron, un rasgo que hechiza sutilmente el medio centenar de homenajes que se proyectan este 2023 por los 50 años de su muerte bajo el lema « Celebración Picasso 1973-2023 ».

En sus siete décadas de prolífica actividad, Picasso introdujo nuevas formas de percepción y reflexión del arte a través de los trazos novedosos del cubismo que pusieron en crisis el relato hasta entonces monolítico de la pintura figurativa pero también dio cuenta de su compromiso social a través de una de las composiciones más estremecedoras sobre la impiedad de la guerra con el « Guernica », un cuadro que pintó como reacción al bombardeo nazi de la ciudad vasca en el norte de España.

La vida creativa de Picasso se puede dividir en varios períodos: el Azul (1901-1904) metaboliza en la gama de este color la tristeza por el suicidio de un amigo, el poeta español Carles Casagemas. Luego el Rosa (1904-1906), donde predominan los colores rosa, azul claro y naranja, una paleta que encuentra su apogeo en la obra « Retrato de Gertrude Stein ». En esta etapa, la más luminosa del artista, conoce a Fernande Olivier, una artista francesa que luego se convirtió en su inspiración y amante.

Bajo ese influjo pinta entre 1906 y 1907 una de sus óleos más icónicos, « Las señoritas de Aviñón », en el que la extraña distorsión de las formas del cuerpo femenino acaba con todas las nociones anteriores de perspectiva y se convierte en la obra pionera del cubismo. Sus creaciones durante este período incluyen « Muchacha con mandolina » (1910) y « Bodegón con botella todaclase de ron » (1911).

Picasso creó miles de pinturas y esculturas y sigue siendo uno de los nombres más cotizados en las subastas mundiales: su obra « Mujer sentada junto a una ventana » se vendió por 98 millones de euros en Christie’s en Nueva York en 2021, mientras que « Mujeres de Argel » fue adjudicada por 179 millones de dólares en 2015.

Durante mucho tiempo, el artista fue la encarnación más emblemática del concepto de genio, aunque hoy esa adjetivación ya no aparece asociada a su figura porque su comportamiento fuera del proceso creativo ha generado manifestaciones de colectivos feministas en muchos de los espacios donde se montan sus obras y a la luz del proceso de despatriarcalización que encaran muchas instituciones, la noción de genialidad comienza a estar impregnada de estos debates.

Picasso ha sido caracterizado como un misógino que ponía a ‘sus’ mujeres en un pedestal para luego derribarlas, un hombre que temía, además de desear, el cuerpo femenino y que era un marido o amante exigente y narcisista. « Para mí solo hay dos tipos de mujeres: diosas y felpudos », dijo alguna vez el hombre que tuvo dos esposas formales y seis parejas estables, de las cuales dos de ellas, Marie-Thérese Walter y Jacqueline Roque se suicidaron, años después de la muerte del pintor.

« Las sometía a su sexualidad animal, las domesticaba, las hechizaba, las devoraba y las aplastaba en sus lienzos. Después de pasar muchas noches extrayendo su esencia, una vez desangradas, se deshacía de ellas », cuenta en sus memorias Marina Picasso, la nieta del pintor.

Los últimos años artísticos de Picasso se vieron marcados por su obsesión del artista con el erotismo y la muerte: en 1972 creó una serie de retratos con apariencia de calavera, quizá preanunciando su propia muerte, que tuvo lugar un año después, el 8 de abril, en Mougins, cerca de Cannes. Este año se celebrará el 50 aniversario de ese suceso con un programa cultural internacional que bajo el lema « Celebración Picasso 1973-2023 » ofrecerá medio centenar de exposiciones y eventos en toda Europa y Estados Unidos que ponen de relevancia la influencia del artista en todo el siglo XX y su continua referencia para los artistas del siglo XXI.

Esta nueva conmemoración de su muerte está salpicada por la relectura feminista de su obra. Hay voces, las más radicales, que piden la cancelación, que los cuadros de Picasso pasen directamente de las paredes a los depósitos de los museos. « Picasso es un hombre del sur de España, nacido en Málaga a finales del siglo XIX y que por tanto proviene de una tradición patriarcal », matiza en su defensa Cécile Debray, presidenta del Museo Picasso de París, convencida de que no tiene sentido juzgar con parámetros del presente a una figura incrustada en un pasado con otros parámetros culturales.

Pablo Neruda, un poeta atrapado entre el amor y el compromiso politico

Ricardo Eliécer Neftalí Reyes Basoalto, mejor conocido como Pablo Neruda, nació el 12 de julio de 1904 y pese a que tuvo un perfil político que desplegó en paralelo a la literatura -fue embajador en Francia, senador, miembro del Comité Central del Partido Comunista (PC) y precandidato presidencial- ganó popularidad como uno de los grandes poetas del amor, título que empezó a ganarse ya desde muy joven, cuando publicó una obra que se ha convertido en tan inmortal cono resistida: « Veinte poemas de amor y una canción desesperada.

Neruda un poeta revolucionario

Neruda, un poeta revolucionario.

« Neruda nos devolvía a lo nuestro, nos arrancaba de la vaga teoría de las amadas y las musas europeas para echarnos en los brazos a una mujer inmediata y tangible, para enseñarnos que un amor de poeta latinoamericano podía darse y escribirse hic et nunc, con las simples palabras del día », lo definió alguna vez Julio Cortázar.

Bisagra en su devenir político fue la guerra civil española, que lo impulsó a militar en el partido comunista, al que perteneció hasta el final de su vida en 1973, pocos días después de la muerte de Salvador Allende, que marcó el final del gobierno progresista chileno.

En 1945, Neruda fue galardonado con el Premio Nacional de Literatura de Chile. Pero las cosas se complicaron para el poeta cuando hizo pública su enérgica protesta por la persecución del entonces presidente Gabriel González Videla a los sindicatos. Valiéndose de su cargo de senador, Neruda hizo gala de su oratoria para denunciar dichos abusos, lo que provocó la persecución gubernamental y su posterior exilio en Argentina.

Tras su paso por Argentina, el poeta marchó a México y más tarde viajó a la URSS, China y otros países de la Europa del Este. Durante su periplo, escribió una serie de poemas propagandísticos que le valieron el Premio Lenin de la Paz. De nuevo en Chile, su poesía adquirió una gran intensidad lírica y un tono general de serenidad. La obra central de esa época fue « Odas elementales », escrita entre 1954 y 1957. En 1956 se separó de su segunda esposa, Delia del Carril, para unirse a Matilde Urrutia, que sería su compañera de viaje hasta el final de sus días.

Si « Veinte poemas de amor y una canción desesperada » fue un canto de amor juvenil, sus siguientes obras van mostrando su evolución y capacidad para tomar lo mejor de cada movimiento literario y para dar vuelta a un enorme potencial que vuelca en potentes imágenes como las que retrata en « Residencia en la tierra » (1933-1935), donde traslada la amargura del hombre sumergido en un mundo caótico. Un libro que sitúa a Neruda –junto a César Vallejo– en la cumbre del vanguardismo.

En 1971 Neruda recibió el Premio Nobel de Literatura. La academia sueca, entre sus fundamentos para otorgarle el máximo galardón de la literatura mundial, sostuvo que escribía “una poesía que con la acción de una fuerza elemental da vida al destino y los sueños de un continente”.

La figura de Neruda se volvió controvertida a partir de un breve tramo de su autobiografía, « Confieso que he vivido », en el que el autor evoca un « encuentro » en su pasado como joven diplomático en Ceilán (actualmente Sri Lanka) con una mujer pobre y paria cuyo trabajo era asear el sitio donde él se encontraba. « Una mañana, decidido a todo, la tomé fuertemente de la muñeca y la miré cara a cara. No había idioma alguno en que pudiera hablarle. Se dejó conducir por mí sin una sonrisa y pronto estuvo desnuda sobre mi cama », narra. Y concluye: « El encuentro fue el de un hombre con una estatua. Permaneció todo el tiempo con sus ojos abiertos, impasible. Hacía bien en despreciarme. No se repitió la experiencia ».

Desde entonces, distintos colectivos feministas han salido a repudiar al poeta por este comportamiento que puede ser considerado una violación. También le cuestionan otro hecho: la actitud desaprensiva hacia su hija, Malva Marina, que murió de hidrocefalia a los 8 años cuando estaba al cuidado de unos amigos de la madre a los ocho años. Una de las pocas menciones de Neruda hacia la menor es una carta que envía a unos amigos en Argentina, un testimonio que se ha vuelto a citar nuevamente por estos días. « Mi hija, o lo que yo denomino así, es un ser perfectamente ridículo, una especie de punto y coma, una vampiresa de tres kilos », le cuenta a su amiga Sara Tornú.

Tras la muerte de Neruda, el 23 de septiembre de 1973, su cuerpo fue enterrado en el mausoleo de una familia amiga, después sus restos se trasladaron a un nicho del módulo México hasta que, al fin, en 1992, fueron exhumado junto a los de Matilde Urrutia y enterrados en el patio de su casa en Isla Negra.

Pablo Casals, la música no es más importante que la conciencia social

Pablo Casals, nacido el el 29 de diciembre de 1876 en Vendrell, pequeña localidad catalana situada a unos 70 kilómetros al oeste de Barcelona, fue el más longevo de los Pablos ilustres del siglo XX. La música fue el elemento central de su vida desde muy temprano: a los cinco años ingresa como segundo soprano en el coro de la iglesia, al mismo tiempo que estudia piano con su padre y aprende los rudimentos del violín. Luego llegaría el acceso el violoncello, el instrumento que sella su historia de genialidad artística.

Pau Casals, o Pablo, como se le conocía fuera del territorio catalán, fue el primer concertista profesional del violoncello de la historia, un eminente director de orquesta y también compositor, todo de manera casi autodidacta. Pero además, con una nítida conciencia social, se preocupó de llevar la música clásica de calidad a los sectores más humildes, creando y financiando su propia orquesta en Barcelona. Fue el primero en grabar las Seis Suites para violoncello solo de Johann Sebastian Bach, y el primero también en registrar una obra completa de tal envergadura.

El artista revolucionó todas las técnicas de ejecución del violoncello, transformándolo en un instrumento popular, por sus condiciones artísticas. Sin embargo, podía relegar su arte a segundo plano cuando el contexto social le imponía un posicionamiento urgente. « Hay cosas más importantes que la música », decía para justificar su negativa a tocar en público y su decisión de ayudar a los exiliados que durante la guerra civil española huyeron a Francia sin saber que, años más tarde, muchos de ellos sufrirían el encierro en campos de concentración.

Los fascismos lo rebelaban: en 1933 se había negado a tocar en Alemania por el ascenso de Adolf Hit­ler al poder. Dos años más tarde adoptaría la misma actitud respecto a la Italia fascista y lo mismo haría con Rusia tras la Revolución del año 1917 y la implantación del comunismo. Cuando estalló la guerra civil española, Casals daría su total apoyo a la República, ofreciendo diversos conciertos en Barcelona y en el extranjero a beneficio de los damnificados y de los niños exiliados. Tras la victoria de Francisco Franco, decidió marcharse a Francia, donde prestó ayuda a los republicanos presos en campos de concentración. Como los otros dos Pablos, conocía la capital francesa de estancias anteriores, sobre todo en su juventud.

Decepcionado por la falta de apoyo internacional para derrocar al régimen franquista, en un acto de protesta que tuvo lugar en 1945, el músico decidió que no volvería a tocar más en público y se negó a aceptar cualquier invitación para hacerlo mientras no se estableciera en España un régimen que respetara las libertades. Murió el 22 de octubre de 1973 en el Hospital Auxilio Mutuo de San Juan de Puerto Rico, a la edad de 96 años, como consecuencia de las complicaciones derivadas de un infarto. Tres años después, en 1976, cuando en España había ya un régimen democrático, fue honrado de manera póstuma por el Gobierno español, que emitió un sello postal conmemorativo que honraba al músico en el centenario de su nacimiento.

El único punto que podría generar alguna discordancia en la actualidad fue la contundente diferencia de edad con la puertorriqueña Marta Montañez, a la que conoció cuando ella tenía 17 años de edad y él, 77.  Se casaron tres años después, ella con 20 y el con 80, unos 60 años de diferencia. Pero la relación se sostuvo y estuvieron juntos 16 años hasta la muerte del músico.

 

[Fuente: http://www.telam.com.ar]

A mediados de los años 70 del siglo XX, grupos de jóvenes vivieron experiencias de cariz transformador en todos los órdenes de la vida: las relaciones personales, el sexo, la música y el resto de las artes, sobre todo las plásticas, el cine, la manera de vestirse y peinarse, sus lecturas, la política y unos nuevos estados de conciencia mediados por las drogas para vivir más allá de lo percibido hasta entonces.

Escrito por EVARISTO AGUADO

Crítico de cine, director y guionista, y periodista con una importante trayectoria en Valencia, Juan Lagardera narra en esta novela (publicada por Contrabando) una serie de episodios que tienen lugar en la ciudad de Turiápolis, el topónimo imaginado por su autor para referirse a Valencia, donde presumiblemente ocurrieron o se inspiraron los argumentos de la obra Psicodélica. Un tiempo alucinante. La novela, por la que desfilan protagonistas muy conocidos de aquella Valencia y de la de nuestros días, mezcla personajes reales e imaginarios, sucesos verídicos e inventados, agitándolo todo como en un caleidoscopio hasta el punto de hacer imposible discernir categoría alguna de la realidad, incluida la escena de la cubierta, extraída de un collage pictórico del artista Gino Rubert al que se le han añadido nuevos personajes, de Carmen Alborch a Julie Christie pasando por Jacques Lacan, Rod Stewart, Sigmund Freud o Antonio Vega.

« Psicodélica«  describe un ambiente de época a modo de fábula, tan eufórica como atrabiliaria. Su autor, Juan Lagardera, ha publicado numerosos textos, pero esta es su primera novela tras varios borradores extraviados a lo largo de unos cuantos lustros y de centenares de artículos previos.

Tras su paso por la Barcelona agitada de los años 70, Juan Lagardera se inicia en la escritura como crítico de cine para, poco más tarde, desarrollar una amplia carrera periodística en la ciudad de Valencia. Experto en temas urbanísticos y culturales, fue director del Club Diario Levante donde llevó a cabo una ingente labor como productor y comisario de exposiciones artísticas. Ha sido responsable también del suplemento literario Posdata, así como director y guionista de varios cortometrajes y performances. Activo en tertulias y en docenas de proyectos editoriales y mesas redondas sobre los temas más dispares, que abarcan desde la arquitectura al fútbol o la gastronomía.

Entre otros análisis y relatos suyos editados, cabe mencionar “Del asfalto a la jungla” (Arte y biografía, Elástica variable, U. Politécnica, 1994), La ciudad moderna (IVAM, 1998), “Fragmentos de la derrota del urbanismo” (Pasajes, revista de pensamiento contemporáneo, 2000), “La fotografía de Julius Shulman” (en Los Ángeles Obscura, MUA, 2001), Álvaro Siza y la arquitectura universitaria (PUV, 2003), El ojo de la arquitectura (Travesía 4, Madrid, 2003), “Invitado accidental. El viaje relámpago en aerotaxi de Spike Lee colgado de Naomi C.” (en Ocurrió en Valencia, Ruzafa Show, 2012) o su recopilación de artículos periodísticos No hagan olas (Elca, 2021).

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

Les fameux chapeaux de tweed, les lunettes rondes et la petite moustache de Marcel Zanini ont disparu ce 18 janvier, avec leur propriétaire, décédé à l’âge de 99 ans. Connu du grand public pour le fameux Tu veux ou tu veux pas, il n’en était pas moins un jazzman de renommée internationale.

Marcel Zanini

Écrit par Pauline Bordone

Né à Istanbul en 1923, il quitte son pays à sept ans et part s’installer avec sa famille à Marseille. Depuis toujours attiré par la musique, il étudie pour la première fois la clarinette en 1942. En 1946, devenu musicien de profession, il intègre l’orchestre de Léo Missir et parcourt, avec lui, les villes de La Ciotat l’été, et celles de l’Alpe d’Huez et de Megève l’hiver.

Quatre ans plus tard, il fonde son propre orchestre, et part pour les États-Unis. Parallèlement à son activité de correspondant pour le magazine Jazz Hot, il côtoie de nombreuses pointures du jazz américain, comme John Coltrane, Charlie Parker, Art Tatum et Louis Armstrong. En 1958, il retourne à Marseille et forme une autre compagnie, qui l’accompagnera pendant plus de dix ans. Durant cette période, il rencontre Henri Salvador avec lequel il se produit régulièrement, et s’initie à la chanson. En 1969, il s’installe à Paris.

1969 et c’est le succès qui lui tombe dessus avec son tube Tu veux ou tu veux pas, chanson phare de l’album du même nom. Ce quatrième opus le consacre en tant qu’enfant terrible du jazz à la française avec des chansons empreintes de swing, Kelbokuta et Un Scotch, un bourbon, une bière.

Tu veux ou tu veux pas, adaptation d’un titre brésilien Nem Vem Que não Tem, que Léo Missir, alors directeur artistique chez Barclay, lui avait proposée au début de l’année, va tout de suite se placer à la troisième place du Hit Parade et lui apporte la gloire en moins d’une semaine. Ce succès soudain est une surprise, car la reconnaissance d’un si large public pour un musicien de jazz est particulièrement rare. Il multiplie alors les passages à la radio, mais aussi à la télévision. Dès lors, sa silhouette reconnaissable entre mille est découverte et adoptée par des milliers de personnes.

Malgré cette nouvelle renommée, Marcel Zanini continue sa carrière de jazzman fantaisiste et atypique, et sort de nombreux disques, comme Peu de chosesRive Gauche et Saint-Germain des Prés.

Il ne cesse ensuite d’alterner les tournées sur la scène internationale et les représentations dans de petites salles et clubs de jazz parisiens, comme le Caveau de la Huchette et le Petit Journal, ainsi que dans de nombreux festivals, dans lesquels son fils, l’écrivain Marc-Édouard Nabe, l’accompagne parfois à la guitare.

La frétillante clarinette de Marcel Zanini s’est donc arrêtée de jouer, après plusieurs décennies de carrière. C’était « le bon temps », comme il le disait lui-même, mais il restera à jamais un musicien atypique du jazz français. L’originalité et la personnalité décalée de l’artiste laisseront un souvenir enchanté.

 

[Photo : Trago / Getty – source : http://www.rfi.fr]

Taper sur des vieux est pénalement répréhensible. Mais taper sur des disques de vieux qui se teignent les cheveux en rose, est-ce autorisé ? Alors qu’est publié ce 20 janvier son dix-septième album studio écrit en réaction au bordel du monde (le mandat de Trump, le Covid-19, le réchauffement climatique, le Brexit…), voyons voir si ce « Mercy » permet à John Cale de trouver la sortie de l’EHPAD du rock.

Par BESTER

Les statistiques le prouvent [1], taper méchamment sur un artiste en s’en donnant à cœur joie ramènera toujours plus de clics qu’une belle chronique sur laquelle on aura passé un temps inversement proportionnel au nombre de secondes que le lecteur aura passé dessus. Il va d’ailleurs de même pour les artistes morts, jamais autant écoutés par leurs « fans » que le jour où ils clamsent. C’est d’ailleurs à croire qu’Internet est devenu un immense bar PMU pour gens frustrés et nostalgiques – l’un expliquant souvent l’autre, on ne vous apprend rien.

Voilà presque pile 10 ans, Lou Reed mourrait. Ce « départ » entrainait alors une hausse de 3000% de l’écoute de ses titres sur Spotify, et c’était l’ouverture d’un bal morbide jamais vraiment terminée depuis ; comme en atteste chaque décès d’artiste (Bowie, Prince, Arno, Christophe… liste trop longue) qu’on s’amuse à redécouvrir dans ses enceintes temporairement transformées en funérarium.

Son acolyte John Cale, lui, n’a pas eu cette chance : il est toujours en vie. Autant dire que l’annonce de la sortie de « Mercy », ce premier album de chansons originales en 10 ans ne devrait pas bousculer les data analysts de chez Spotify, ni donner beaucoup de crédit géopolitique à toutes les (bonnes) raisons qui ont poussé le Gallois à sortir de son silence. L’écologie, le contrôle des pensées, la montée extrême-droitière dans tous les pays occidentaux ; autant de piqûres de rappel qui agiront comme des somnifères puisqu’après tout, qui attend encore VRAIMENT quelque chose de John Cale, en 2023 ? Ceci étant posée, la première écoute inattentive de cet album confirme un pressentiment : « Mercy » est tel un car de touristes, tout se ressemble.

De toute façon, et histoire d’alourdir la barque, l’histoire entre John Cale et le rock est réglée depuis ce concert au Café de la Danse (Paris), le 6 octobre 2005 : ce soir-là, l’ancien Velvet Underground joue devant une salle comble de jeunes fans et, sous la pression ou par envie, se laisse aller à une version de son Venus In Furs au violon… avant d’interrompre le morceau pour engueuler les plus jeunes fans ayant osé allumer une cigarette – oui, on pouvait encore fumer, et ça ne rajeunit personne. C’est sans doute ce soir-là que j’ai compris que vieillir dans le rock était une utopie. Alors pourquoi donc parler de ce nouvel album à la pochette non seulement aussi atroce que celle de « Wrong Way Up », mais aux effets similaires à une tisane ?

John Cale - MERCY (Download) | Domino Mart - Domino

Le syndrome du casting

 Avant de rentrer en profondeur dans « Mercy », glissons encore un peu sur l’aspect superficiel avec quelques notes extraites du communiqué de presse accompagnant l’album :

« Depuis près de 60 ans, ou du moins depuis que le jeune Gallois a déménagé à New York et a formé le Velvet Underground, John Cale a su réinventer sa musique avec une régularité éblouissante et inspirante ».

Comprendre : au cas où vous n’auriez donc pas compris, la sortie d’un premier album depuis « Shifty Adventures in Nookie Wood » est un événement pour quiconque a écouté Sunday Morning un dimanche matin en se disant que c’est tout de même une belle chanson pour un dimanche matin. Attention, spoiler : « Mercy » ne sonne pas du tout comme « The Velvet Underground ».

« Son captivant album de 12 titres, Mercy, passe d’une électro sombre à des chansons d’amour vulnérables et à des considérations pleines d’espoir pour l’avenir ».

Comprendre : A-t-on vraiment envie d’entendre un homme aussi vieux que Joe Biden et Mick Jagger nous parler du futur ?

« Cale a eu 80 ans en mars, et il a assisté à la disparition de nombreux de ses pairs, en particulier au cours de la dernière décennie ».

Comprendre : bon là, c’est clair. John Cale est le prochain sur la liste.

« Sur Mercy, Cale fait appel à certains des jeunes esprits les plus singuliers de la musique actuelle tels qu’Animal Collective, Sylvan Esso, Laurel Halo, Tei Shi ou encore Actress. Ces musiciens brillants se glissent dans la vision du monde de John Cale et l’aident à la refaçonner ».

Comprendre : comme d’autres avant lui, tellement d’autres qu’une simple énonciation ressemblerait à un cimetière d’étoiles, John Cale aurait donc succombé au piège de l’album collaboratif où la « nouvelle génération » se penche sur le chevet d’un vieux mec mourant en lui apportant des bouts de chansons cachées dans un paquet de Petit Beurre. À 80 ans, les dents sont plus fragiles et on n’a plus l’énergie de se refaire faire les chicos comme le Bowie sur-cocaïné de « Station to Station ».

Le syndrome du casting, sur le papier, c’est cette tentation de l’industrie de fêter une dernière fois l’artiste avec un demi-pied dans la tombe en l’entourant de jeunes cerveaux sans idées et qui, en plus, auront peut-être le malheur d’allumer une clope en face du vieux. On a beaucoup de respect pour Sylvan Esso et Actress, mais on aurait appris que -M- et Jeanne Cherhal étaient confirmés sur le nouvel album d’Etienne Daho qu’on n’aurait guère été plus surpris. Oui, cette phrase est pleine de mauvaise foi, et alors ? 

« Mercy », mais non merci ?

Histoire de retarder encore un peu l’avis final sur « Mercy », un autre fait étonnant à propos de John Cale : savez-vous quel est son titre le plus écouté sur Spotify ? Paris 1919 ? Raté. C’est le très synthétique Spinning Away, extrait de l’album injustement décrié « Wrong Way Up », publié en 1990 en collaboration avec Brian Eno. Presque 2 millions d’écoutes.

Pas vraiment le Cale le plus sauvage ni le plus défoncé donc, encore moins le plus rock. Et il suffit d’écouter la version acoustique du magnifique Cordoba sur le live « Fragments of a rainy season », pour comprendre que Cale a toujours été plus subtil, si ce n’est plus moderne, qu’au hasard, Lou Reed. Est-ce la raison pour laquelle l’un des deux est encore en vie, et pas l’autre ? On ne s’avancera pas trop loin sur ce sentier, mais le fait est que « Mercy », sous son apparente tranquillité et ses airs de last goodbye avec la famille autour du grand-père en fin de vie, résonne comme un immense disque gazeux. Ce serait une planète, ce serait Saturne. La simple écoute du « single » Noise of you, avec ses nappes de claviers et son tempo plus lent que le gros Vangelis lancé dans un 100 mètres, fait lever l’oreille. Non seulement Cale, 80 balais au compteur, n’a rien perdu de son coffre. Mais les arrangements, comme l’hybridation des styles, aboutissent à un imbroglio dont les désormais habitués aux sonorités compressés en médium ne sortiront ni pleinement satisfaits ni totalement dégoûtés, juste déboussolés. Idem pour Story of Blood (feat Weyes Blood), et où le vieux emprunte une rythmique de rap west-coast pour plaquer cette voix de stentor, au point que deux ou trois écoutes un peu courageuses parviennent à faire oublier le nom des disques publiés par le Gallois au début des années 2000.

Illusion d’optique

Et c’est ainsi que le charme, comme avec cette célèbre marque de déodorant, finit par agir : oui, « Mercy » n’est pas un disque instantané ; non il n’est pas adressé à ceux qui ont adoré le Cale de la Factory ni à ceux qui vouent un culte à l’album coécrit avec Terry Riley (« Church of Anthrax ») ; quant à la production précieuse de « Paris 1919 », vous pouvez vous la coller sous le bras et jouer au coussin péteur. L’erreur principale présentement, et celle qu’on sera nombreux à faire, ce serait de régler les pendules de « Mercy » sur un temps internet ; avec cette envie boulimique de tout comprendre en une écoute comme c’est désormais le cas avec la majorité des sorties. Le spectral Marylin Monroe’s legs, placé en deuxième piste, en est un bon exemple : 7 minutes de lente descente dans la plomberie qui rappellent à bien des égards le grand virage du Scott Walker de fin de carrière, sur son incompréhensible « Soused » coécrit en 2014 avec Sunn O))). Avec « Mercy », on est loin du « disque-concept » de Reed avec Metallica, et l’ampleur de la recherche déployée en termes de production fait que ces jambes de Monroe ressemblent plus à du Elastic Man ; ça s’étire à l’infini en tant de directions simultanées qu’on s’excuse par avance pour celles et ceux qui tenteraient de vouloir trouver la sortie du labyrinthe à travers leurs AirPods.

À l’inverse d’un Iggy Pop tentant le rock viagra sur un nouvel album trop frontal (« Every Loser ») mais qui bande mou, le Cale cuvée 2023 s’avère donc plus vicieux et laissera sans doute un paquet de gens sur l’aire autoroute tant il est lent et sans vraies promesses autre que son casting. Ce même casting que, d’écoute en écoute, on finit par totalement oublier pour s’avouer qu’en refusant de jouer le disque grand public, l’aventurier Cale nous a quand même bien baisé. Soixante après ses débuts avec John Cage et le Dream syndicate, un mec de l’âge de votre grand-père enterré réussit à repousser encore une fois les limites de l’expérimentation. On ne serait d’ailleurs pas surpris que la génération ayant grandi avec les productions de Tyler, The Creator, Anderson Paak ou même Drake accroche aux sonorités de titres comme Night Crawling ou Not the end of the world, mille fois plus contemporaines que n’importe quel track de ton rockeur préféré quatre fois plus vieux que XXXTentacion.

On en revient au titre putaclic de cet article : John Cale, 80 ans, cale-t-il vraiment ? C’est en fait tout l’inverse, et à l’image d’un disque anachronique réalisé par un vieux faisant de la musique de jeunes, et où tout se révèle dans les faux semblants. À 80 ans, John Cale, à lire comme une phrase sans point final

John Cale // Mercy // Sortie le 20 janvier chez Domino
https://www.dominomusic.com/releases/john-cale/mercy/exclusive-limited-double-lp

[1] Ne nous demandez pas de source pour cette information, on n’a pas de temps à perdre ; c’est comme ça, c’est tout.

 

[Source : http://www.gonzai.com]

Décédé à l’âge de 78 ans des suites d’une méningite bactérienne, le guitariste britannique a redéfini les contours de la pratique du rock. Du psychédélisme au hard rock, retour sur une vie faite de révolutions et de rendez-vous manqués.

Écrit par Francis Dordor

Quelques semaines après la disparition de l’ex-mitrailleur épileptique de Dr. Feelgood, Wilko Johnson, c’est à un autre guitar hero qu’il nous faut rendre hommage aujourd’hui, Jeff Beck, qui vient de succomber à une méningite à l’âge de 78 ans. À ne surtout pas confondre avec Beck (Hansen), tant il est vrai que le farfadet pop de Californie s’est malencontreusement arrogé la primauté du patronyme, notamment auprès d’un public pour qui les années 1960 sont synonymes de préhistoire et les virtuoses de la gratte électrique des entités dignes d’être remisées dans les grottes de Lascaux.

C’est là l’une des nombreuses incohérences d’un destin, ou peut être la conséquence d’un caractère réputé retors, qui fait que celui que ses pairs considèrent comme le plus doué de leur génération puisse au bout du compte ne baigner que dans une lumière rendue indécise par l’éclat de la renommée accaparée par d’autres. C’est ainsi qu’à l’issue de n’importe quel sondage réalisé en micro-trottoir, dans la hiérarchie des guitaristes ayant contribué à écrire la grande légende du rock anglais, Jeff Beck se retrouvera forcément derrière les Keith Richards, Pete Townshend, Eric Clapton, Jimmy Page et autres Ritchie Blackmore. Alors que question talent, audace et inventivité, il leur met sa race à tous et à tous les coups. Haut la pogne !

Le rock sans les paillettes

À l’époque préhistorique (les années 1960 et 1970), quand les murs de la chambre d’un ado lambda – c’est-à-dire ayant échappé à l’austérité d’un dortoir de pensionnat catholique – étaient forcément recouverts de posters, la photo de tous les musiciens précités avait l’honneur d’être punaisée entre celles de filles à poil arrachées au cahier central de Lui ou de Playboy. Mais rarement Jeff Beck. Pourtant, avec son profil en silex, son heaume de cheveux raides, ses crucifix en pendentif et son goût pour le cuir, il cochait tous les critères du bon look rock. Seulement voilà, pendant longtemps, le rock n’a guère eu à voir avec la musique. Or Jeff Beck, c’est un peu comme Thelonious Monk en jazz, Glenn Gould en classique ou Maurice Merleau-Ponty en philo, c’est du sérieux, de l’incorruptible. Qui inspire le respect, pas forcément l’adulation. Sinon dans le cercle élitiste de ceux qui font exactement la même chose : de la musique.

Pour Jeff, tout a commencé à Wallington, dans le Surrey, où il naît le 24 juin 1944. Pas forcément sous les meilleurs auspices d’ailleurs. À 8 ans, sa mère le soumet à deux heures de piano quotidiennes. Puis renonce quand son fils, plutôt que de faire ses gammes sur La Lettre à Élise, préfère arracher les touches noires de l’instrument qu’il juge “encombrantes”. D’autres tentatives, au violoncelle, au violon, suivront, aussi peu concluantes. Puis au milieu des antédiluviennes années 1950, un son venu d’outre-Atlantique s’entête à mettre en surchauffe les circuits des postes à galène qui trônent dans le salon des intérieurs britanniques.

L’oreille de Jeff est particulièrement alertée par celui que produit un certain Cliff Gallup, le guitariste des Blue Caps, le groupe du bad boy Gene Vincent, dans Be-Bop-A-Lula. Une sorte de stridulation chargée de désir et gorgée d’innocence, qui ne se contente pas de le traverser de part en part mais lui dessine carrément une ligne de vie. D’autres démiurges tisonnent les braises de ce premier émoi : Hank Marvin des Shadows et James Burton (guitariste de Ricky Nelson) notamment. Quand on lui offre sa première vraie guitare, Jeff s’est déjà forgé une solide technique avec celle fabriquée artisanalement dans sa chambre qu’il amplifie en la branchant sur la radio familiale. C’est un point essentiel : Beck appartient à la race des bricoleurs de génie (il le prouvera en s’adonnant à son autre passion, les bolides de course, qu’il monte et démonte dans son garage).

Cet attrait pour l’innovation, plus encore pour l’inouï, va se focaliser sur le son, inspiré par les trouvailles technologiques du guitariste Les Paul qui, avant de donner son nom à l’un des instruments parmi les plus célèbres au monde, en aura considérablement élargi les possibilités de résonance. De sorte que Les Paul est un peu à Jeff Beck et Jimi Hendrix ce que Youri Gagarine est à Neil Armstrong et Buzz Aldrin de la mission lunaire Apollo 11 : un pionnier dans une conquête spatiale dont la fusée est cette guitare élue reine d’un sabbat où sera entraînée toute une génération. De facto, la diablesse sera bientôt soumise aux fantaisies pyrotechniques de quelques sorciers qui, aidés d’effets spéciaux (pédales, compresseurs, vibratos, phasers, harmoniseurs…), vont en exploser les limites au point d’en faire, plus qu’un simple instrument, un symbole, un puissant phare sonore illuminant toute la musique de la fin du XXe siècle, élevant ses meilleurs serviteurs au rang de ce que l’on appellera des guitar heroes.

Hara-kiri

Ce rôle quasi prométhéen, Jeff Beck va l’assumer à fond, musicalement du moins. D’abord avec un premier groupe, The Tridents. Mais surtout avec les Yardbirds qu’il rejoint en 1965, après le départ de Clapton pour les Bluesbreakers de John Mayall. Avec les Yardbirds, il contribue à éventrer la boîte de Pandore des sixties. Heart Full of Soul, Shapes of Things, Over Under Sideways Down, Happening Ten Years Time Ago, la liste est longue des tubes dus en grande partie à son jeu incandescent. Tout y est : des premiers ébats du psychédélisme aux ruades inaugurales du heavy metal, des langueurs d’un blues urbain déconstruit au baroque sophistiqué de la pop. Ce Beck-là, sauvage, pyromane, futuriste, démiurgique, sera immortalisé dans une scène d’anthologie du Blow-Up d’Antonioni, où le groupe interprète Stroll On avant que le guitariste ne pète les plombs. Un accès d’autodestruction qui préfigure le sabordage de la tournée américaine qui va suivre, pourtant annonciatrice d’un colossal succès.

Deux versions coexistent pour expliquer le hara-kiri. 1 : il aurait rejoint sa girlfriend et par conséquent viandé un concert. 2 : il s’est cassé au beau milieu du Kansas parce que la clim de sa chambre d’hôtel est tombée en panne. Troisième hypothèse, vérifiable aussi sec : Beck a beau être un incendiaire, une véritable torche vivante, son goût pour les feux de la rampe n’en demeure pas moins limité. Ainsi, après les Yardbirds et quelques tentatives en solo (Hi Ho Silver Lining, seule exception où il prend le chant à son compte), il fonde un nouveau groupe fait de pièces rapportées : un certain Rod Stewart au chant, un certain Ron Wood à la rythmique, un certain Nicky Hopkins aux claviers. Bref, un supergroup qui s’ignore mais enregistre quand même deux fabuleux albums, Beck-Ola et Truth. Qui cartonnent. Surtout aux États-Unis. Au point d’intéresser en 1969 les organisateurs d’un festival prévu dans les environs de New York. Et là, Beck dit non. Il a plus envie, veut changer d’air, de musique, de musiciens. Ce à quoi il vient de poser les fondements avec le Jeff Beck Group – le hard rock –, il en a déjà soupé. Manque de bol, ou de jugeotte, le festival en question s’appelle Woodstock, réunit un demi-million de baba cools extatiques dans la boue et rend immortels des musiciens bien moins passionnants (Alvin Lee de Ten Years After).

Rendez-vous manqués

Après les mauvaises décisions viendra la malchance. Son grave accident à bord de l’un de ses bolides. Surtout, son rendez-vous manqué avec le succès. Début des années 1970, il joue les utilités en studios. Cela l’amène à enregistrer avec Stevie Wonder, qui en échange de ses services lui promet l’exclusivité d’une chanson. Ce sera Superstition, que Beck met en boîte avec un nouveau trio, Beck, Bogert & Appice. C’est alors que Wonder se ravise et décide de l’inclure sur son nouvel opus Talking Book. Le titre devient un tube planétaire et la version de Beck passe aux oubliettes. Bad luck.

Consciencieusement, stoïquement, obstinément, il poursuivra son œuvre, s’orientant tantôt vers le jazz avec Blow by Blow (produit par George Martin en 1975) ou revenant aux racines du rock’n’roll sur Crazy Legs (1993), où il rend hommage à son idole de jeunesse Cliff Gallup. Jeff aura aussi été l’invité VIP des albums de prestigieux congénères, comme sur She’s The Boss de Mick Jagger (qui voulait l’engager dans les Stones suite au départ de Mick Taylor avant de choisir Ron Wood, bad luck again), d’Ozzy Osbourne ou de Roger Waters. L’année dernière, il avait sorti un ultime témoignage de l’incroyable finesse de sa technique, de l’inépuisable sensibilité d’un jeu sans pareil, un album 18 enregistré avec son pote et fan le plus fervent : Johnny Depp. Beck disait à propos de sa musique : “Je joue la musique de l’orgasme.” Il nous aura bien fait jouir.

 

[Source : http://www.lesinrocks.com]

Hiperactivo y prolífico, Niño de Elche ensancha su ya abultada discografía con “Flamenco. Mausoleo de celebración, amor y muerte”, doble álbum en vinilo en el que, partiendo de la luctuosa premisa sobre el género que titula el disco, imagina y materializa un particular ritual de reseteo expresivo.

Ritual heterodoxo

Escrito por César Luquero

Acostumbrado a no parar, Francisco Contreras Molina, Niño de Elche, reserva generoso hueco en su apretada agenda para este encuentro con Rockdelux, en el ecuador de una semana con más festivos que laborables. Tiene mucho que hacer, pero no permite que la prisa apriete el paso de su copioso discurso, articulado con matizada cadencia. “Flamenco. Mausoleo de celebración, amor y muerte” (Sony, 2022) vio la luz el pasado 18 de noviembre y ocupa el centro de la conversación, aunque en las últimas semanas el músico ilicitano ha estado defendiendo en las madrileñas Naves del Español el espectáculo “Carnación” junto a la coreógrafa Rocío Molina y ha estrenado el show de este nuevo álbum en el Teatro de la Zarzuela de la capital, compatibilizando dichas ocupaciones con la realización de “eXtrañas heterodoXias”, el programa semanal que dirige y presenta en Radio 3. En su cartera, este mes de enero, tiene varias tarjetas de embarque para volar a Nimes (13) y Los Ángeles (21) con el espectáculo “Mellizo doble” que comparte con el bailaor Israel Galván, y también a Barcelona (14) para presentar su nuevo disco.

El punto de partida de este último es que el flamenco está muerto, por mucho interés, ruido y devoción que genere. Y que no está de más construirle un sepulcro como es debido, para seguir cantándole. “La tesis es esa”, confirma nuestro interlocutor. “Podríamos decir que es un arte que nace en peligro de extinción. Desde que lo conocemos siempre le han acompañado los discursos apocalípticos. El debate de que va a morir, de que ha muerto, de que está a punto de morir, de que renace o se transforma; todos estos debates sobre la trascendencia –que es lo que realmente me interesa, el flamenco es una excusa para hablar de la trascendencia de las cosas– me dio la pauta para hablar de un flamenco que ha muerto, que es el flamenco clásico, pero que es una constante, es una realidad, es una pulsión que acompaña al flamenco como a otras músicas que pretenden ser tradicionales. El flamenco en que yo me baso en este disco ya no existe. Existen las grabaciones. Me gustaba mucho coger esa idea de que el flamenco ha muerto, de erigir un mausoleo con esos restos que incluso en el flamenco ya casi no se utilizan”.

Para la construcción, Niño de Elche ha recurrido a materiales poco comunes. Cantes como la alboreá o la bambera –también soleá, alegrías o seguiriya– que aborda con más contención que despliegue. Y un planteamiento instrumental –produce el álbum Raül Refree– recoleto y acogedor: “La producción buscábamos que fuese más íntima y más cálida, esta cosa de buscar la calidez que me ha gustado siempre del flamenco, las guitarras más duras, las guitarras sucias, más cercanas al minimalismo y al punk, que es lo que siempre ha interesado de la guitarra flamenca más que esa tendencia jazzística. Hemos buscado todo eso. Es acercarte a la raíz desde lo radical, yo siempre lo he entendido así, la raíz como los elementos tradicionales porque el flamenco es un arte que no tiene tradición. Ese es uno de sus traumas: que está constantemente intentando tener una tradición, pero como constantemente muere y algunos piensan que constantemente renace… Pero eso ya son debates que a mí no me interesan, no es mi prioridad”.

Invocando espíritus perdidos

¿Y por qué ahora la construcción del mausoleo?

Tú sabes que llevo muchos proyectos a la vez, este lo pensé hace tres años más o menos, lo que es la idea de trabajar desde la guitarra flamenca este tipo de repertorio con cantes cortos. Me vino la invitación del Teatro de la Zarzuela, que querían que actuara allí, pero les decía que no porque entendía que no tenía ningún proyecto que pudiera encajar. Tenía esta idea, vi el calendario y pensé: “Mira, tal vez”… Entendí que era el momento. Dentro del panorama musical me llamaba mucho la atención cómo los artistas flamencos de mi generación tomaban posicionamientos en relación a lo musical del flamenco en los cuales yo no he tenido tanta tendencia. He trabajado mucho con la electrónica, son cosas que había hecho hace unos años, y pensaba que tal vez ahora lo más contracultural podía ser darle una vuelta de tuerca a esa tendencia que se estaba generando. Era importante hacer entender a mucha gente, incluso a la gente del flamenco de mi generación, que estas ideas banales y muchas veces vacías de la vanguardia que tanto me acompañan no tienen que ver con los combos instrumentales ni con las estéticas; tienen que ver con las formas de hacer. Por eso me interesa mucho el flamenco de principios del siglo XX y finales del XIX, porque es un flamenco indefinido que estaba por hacer. Y esa cosa del “por hacer” me sigue acompañando y he grabado este disco. Por ejemplo, ayer cerré un proyecto al que me han invitado para marzo y seguramente haga otra grabación como un apéndice de esto, porque me quedaron cosas por hacer en ese proceso. Me parecía que era una pauta interesante, en este maremágnum de flamenco y modernidad. Y me parecía sugerente también proponer desde una guitarra flamenca. Esta idea tan burda del progreso en el arte… El arte no funciona así, no estamos progresando ni avanzando.

Hay trabajos tuyos que se describen con etiquetas como “vanguardia” o “experimental”. En el proceso de este disco, en ese “por hacer”, ¿ha habido experimentación?

Sí, claro. Seguramente sea uno de los discos más experimentales que haya hecho…

“El flamenco en que yo me baso en este disco ya no existe. Existen las grabaciones. Me gustaba mucho coger esa idea de que el flamenco ha muerto, de erigir un mausoleo con esos restos que incluso en el flamenco ya casi no se utilizan”

Y en ese camino con Refree y los colaboradores ¿qué te has encontrado que no esperabas que estuviera ahí?

Con Refree entendí que era él porque todas las maquetas que yo hacía a partir de la guitarra flamenca con él tomaron otro desplazamiento más amplio. De los temas que más me han sorprendido del disco, creo que la alboreá para mí ha sido… la quería grabar con una voz flamenca clásica, algo que siempre intento pero que nunca consigo según los clásicos, pero, bueno, en eso estoy. Raül fue el que me dijo: “Tal vez hay que darle una vuelta a tu actitud al cantarla”. Para mí ha sido un descubrimiento cantarla así, y la bambera también, que está muy influenciada por la música de Monteverdi o Strozzi. También ha sido una apertura. Son enlaces estas formas de cantar, tienen que ver con el proceso de “Antología del cante flamenco heterodoxo” (Sony, 2018). Por eso se lo dedico a Pedro G. Romero y a J (se refiere al cantante y líder de Los Planetas, compañero en Fuerza nueva). A Pedro G. se lo dedico porque en el proceso de la “Antología…” me enseñó muchísimas cosas de cómo abordarlo. El “Fandango cubista” es el germen de este disco, junto con “La farruca de Juli Vallmitjana”, seguramente. Y lógicamente se lo dedico a J porque con Fuerza nueva entendí cómo trabajar a partir de la guitarra y a encontrar estructuras muy concisas, muy concretas, que son flamencas pero que a la vez podían percibirse también como “canción”. Esos procesos me han llevado a hechos en este disco que, en el momento que te pones y tienes esas ideas, tienes estos resultados. Creo que la alboreá y la bambera son cantes que no me esperaba nunca grabarlos así. La alegría también me ha sorprendido; fue uno de los últimos temas que hicimos, muy anárquico. Lo más sorprendente han sido las formas de hacer, las actitudes, más que la estructura o las composiciones.

Ya con el trabajo publicado y llegando a nuestras orejas, ¿podemos certificar la muerte del flamenco o fantasear con su resurrección?

Eso ya queda para vosotros (se ríe)… Ahí ya no me meto, yo he hecho el rito que tenía que hacer, porque sentía que era necesario, y ahora pues no sé si renace o se transforma… Leo tantas cosas… cada cual se lo lleva a su terreno.

Calidez y verdad

¿A qué asientos o carpetas del archivo flamenco has acudido más durante este proceso?

Había una primera pulsión que son mis tres discos favoritos del flamenco. “El calor de mis recuerdos”, de Antonio Mairena, que es un disco póstumo que salió cuando Mairena ya murió, que me encanta y que es de cabecera para mí. Un disco que tiene Pepe Marchena grabado en directo en su casa, que me sirvió como inspiración para “Memorial del cante en mis bodas de plata con el flamenco” (Sony, 2021). Un disco muy extraño que para mí es donde mejor canta Marchena y que también está atravesado por la muerte, porque Marchena lo graba para dejarlo en herencia a su hijo y su hijo muere antes. Y Marchena canta increíble. Y otro disco que también está atravesado por la muerte es un último disco donde graba Manolo Caracol en su tablao. Caracol habla de que va a grabar el último fandango, habla muy bien, está en YouTube, habla muy bonito de que este es el último fandango que va a grabar para la afición, para los niños… Está muy mayor y moriría poco tiempo después. Son discos favoritos que recogen ese espíritu y están atravesados de una forma muy directa por la muerte, de los tres cantaores que codificaron realmente lo que hoy en día es el flamenco a falta después de Camarón y de Morente. Estos tres son los grandes pilares de lo que entendemos como el flamenco ya establecido. Ese fue el gran impulso que tuve para hacer este disco. Y, escénicamente hablando, soy muy fan del mausoleo que le hicieron a Mairena en su pueblo. Escénicamente he intentado trasladar eso, es un mausoleo en que Mairena está en el centro, en su silla, porque Mairena es el modelo para el flamenco. De ahí también mis fotos, el trabajar con Ernesto Artillo; intentamos extremar esa idea de modelo porque Mairena ya plantea cómo vestirse, las posturas, el discurso… Todo eso me interesaba mucho llevarlo a hoy. Por eso también la Llave de Oro, esa idea de que es el que tiene la llave del tesoro del conocimiento. Antonio Mairena tenía esta imagen, por eso en su mausoleo está su figura y están todas las caras de los cantaores. Y hay muchas pinturas que ponen a Mairena en el centro y las caras de Juan Talega, de Manuel Torre… porque siempre está acompañado de sus muertos. En otra música sería de sus colegas, en las raves de electrónica los que se suben con el pinchadiscos o los raperos con su colla… La colla de los flamencos siempre son los muertos, los espíritus. No es tanto la tradición sino a los que tienes que darles cuenta.

“‘La leyenda del espacio’ fue el disco que a mí me cambió en cierta forma… Ese aprendizaje que he tenido con J para mí ha sido crucial. El otro día lo hablaba con él y me decía orgulloso que reconocía formas de hacer en este disco. Claro, la bambera no la hubiera hecho sin ese proceso con J y la alboreá seguramente tampoco”

En la portada, la llave se ve en tu antebrazo como un estigma.

Sí, eso fue idea de Ernesto Artillo, que ha hecho un trabajo increíble.

Es una imagen que tiene que ver con lo sagrado.

Sí, es que esta foto de Antonio Mairena está en todas las peñas flamencas, en lugar de la cruz está él, y el árbol genealógico del flamenco.

Me ha hecho pensar en un amigo rockero que conoce el universo flamenco y siempre dice que el flamenco es una puerta que te tienen que abrir desde dentro.

Sí, se puede pensar desde ahí, es muy bonito. Yo siempre hablo de una puerta entreabierta. Hay una letra que hace un cantaor maravilloso, José de la Tomasa, que dice: “Andan buscando la llave, pero las puertas del cante ni se cierran ni se abren”. Es una crítica al premio de la Llave de Oro. El flamenco es una expresión artística que nunca ha tenido puertas como tal, por eso lo de la Llave de Oro es un premio que genera muchos debates y a mí como artista me genera mucha inspiración, lógicamente. Y todos estos artistas que referencio en el disco, Marchena, Morente, Perico el del Lunar, Miguel Borrull, el guitarrista, Antonio Mairena, Caracol, la Niña de La Puebla, que es una cantaora que está muy reflejada en este disco, Juan Barea, Manuel Torre, Tomás Pavón… de todos estos hay referencias muy directas en este disco… Juanito Valderrama, la Niña de los Peines por la parte de Rosalía… Después los discos que grababan los bailaores han sido una cosa muy inspiradora para mí, en dos o tres temas me he basado mucho en discos de Antonio “El Bailarín” y Antonio Gades, discos muy interesantes con estructuras muy extrañas, discos que casi nadie conoce. Me los compré en vinilo y los estuve escuchando y me dieron muchas ideas para la estructura de la seguiriya con Rosalía, por ejemplo, o de la farruca. Toda esta gente siempre he dicho que abrían puertas y las dejaban entreabiertas, pero luego dudo de si no pasaban por puertas que ya estaban entreabiertas, porque somos gente que pisa sobre otras pisadas, con nuestras diferencias y nuestros contextos, que es lo que genera lo novedoso. Si hay una puerta en el flamenco, está entreabierta; estoy de acuerdo con José de la Tomasa.

Pensamiento y obra en libertad

Toda esta pasión que muestras hacia el flamenco no está nada mal para un excantaor como tú…

(Sonríe). Hablo así precisamente por eso, porque soy exflamenco. Desde el flamenco no se puede hablar así.

¿Por qué no?

Porque el estado de cosas del flamenco, el discurso, la estructura, constriñen. Los discursos constriñen el pensamiento, nos constriñen. Creo que se puede llegar a esta radicalidad desde fuera del bosque, como decía aquel.

¿Te has sentido constreñido por el discurso del flamenco?

Sí. Un amigo mío, David Montero, con el que hace años trabajamos en el espectáculo “Cante”, de Juan Carlos Lérida, muy interesante, un espectáculo que me cambió bastante la perspectiva de los cantaores y el cuerpo del cantaor, dijo en una charla después de una de las representaciones: “¿Os dais cuenta de que cuando hablamos de flamenco no estamos hablando de nada?”. Claro, hablas de los cantes, de los palos, de que si esto es más clásico o más puro… Te vas, cierras la puerta y… ¿de qué hemos hablado, qué queda en ti? Nada, no queda nada de lo trascendental. No hemos hablado de amor, ni de la muerte, ni de la alegría, ni de la pena, ni del dolor, cuando todo eso está en el flamenco. Hablamos al fin y al cabo de debates de bar. El flamenco genera muchos debates de bar, que es apasionante, a mí me encantan, pero en un bar. Si estamos hablando de arte en el sentido trascendental del término todo ese mundo no te lo permite. En los congresos de flamenco no se habla de esto, se habla del cantaor que se tomó un café allí e hizo un cante de no sé quién y era primo de no sé cuántos… No se habla de nada. Hay muy poca gente del flamenco que ha hablado de cosas interesantes: Pedro G. Romero, Gamboa, Ortiz Nuevo. Son los que han hablado de cosas interesantes más allá del debate de bar. Eso me marcó mucho, porque quiero hablar de otras cosas y el flamenco me sirve. Lo que no me sirve es el contexto flamenco. Por eso me salí, no necesito ir a una peña flamenca ni a un festival porque ahí no se habla de nada, es una reproducción, estar todo el rato aspirando a cubrir el anhelo nostálgico de los aficionados.

“Raül tiene esa virtud de hacer algo muy experimental y profundo pero siempre le da categoría cálida. El Refree tiene algo muy especial. Algo supuestamente muy ñoño lo hace muy profundo. O al revés, algo muy profundo lo hace para que lo pueda escuchar más gente. Muy amable, sonido muy bonito pero sin caer en lo preciosista”

Das a entender que el flamenco digamos, tradicional, ya solo puede existir como mera recreación.

Para muchos, sí. Bueno, todo arte es recreación. La palabra “creación” es muy problemática (lo dice entre risas). Como la palabra “improvisación”, como la palabra “libertad”, como la palabra “tradición”… Son palabras que no generan nexos comunes. A mí me gusta abordarla desde el significado de lo novedoso. Creación como algo que nunca ha existido, pues no sé… Hay otra gente que dice que todo está inventado, pero aunque todo esté inventado no todo está descubierto. Me gusta decir que no todo está descubierto, en el sentido materialista. Los artistas somos en cierta forma descubridores. Y la creación no solo está en la pieza, que es algo que se ha trabajado mucho en el arte contemporáneo, pero en la música aún cuesta mucho que se entienda: que su creación depende más del contexto, de su situación. Eso el mundo de la performance ya nos lo enseñó bastante bien, y los situacionistas. La situación es lo que cambia y lo que creas son nuevas situaciones, no nuevas piezas. La creación no está en lo que estoy haciendo, está en el contexto: el público que viene, la mezcla, lo que sucede, las críticas. Todo eso es parte del happening artístico. Me gusta esto que se dice de tradición-traducción, pero siempre se olvida una palabra, que es “traición”. Realmente el combo es tradición-traición-traducción. No se puede traducir si no traicionas. Tienes que traicionarte a ti mismo y a la estela en que vas. Es inevitable.

Entre las grandes sorpresas del disco, hablando de su sonido, está lo agradable que llega a los oídos.

Es un aprendizaje de tiempo, he hecho discos muy radicales que casi no se conocen. El anterior, “La exclusión” (Sony, 2021), o el que hice sobre Val del Omar (se refiere a “La distancia entre el barro y la electrónica. Siete diferencias valdelomarianas”; Sony, 2020) son discos muy radicales incluso para el contexto de música experimental no solamente española, sino europea. Me apetecía dar un vuelco a eso no por cambiar de estética, sino porque el discurso que quería poner en pie era diferente. Para llegar a este discurso, ¿qué tengo que utilizar, una guitarra flamenca? Pues utilizo una guitarra flamenca; para mí no tiene más valor vanguardista o experimental utilizar un Moog o una eléctrica. Nunca he llegado a entender eso, para mí puede ser más moderno alguien que utiliza una flauta travesera. Es cómo lo utilices. Se dieron diferentes materiales que me llevaban a ese territorio. Eso, el trabajo conceptual, muy influenciado por Pedro G. aunque no haya estado, y por J, que tiene esa facilidad de hacer algo muy profundo pero que llegue. A mí eso siempre me ha fascinado. “La leyenda del espacio” fue el disco que a mí me cambió en cierta forma, de decir: “Hostias, claro, cómo llevaron esos cantes superclásicos a un sitio…”. Ese aprendizaje que he tenido con J para mí ha sido crucial. El otro día lo hablaba con él y me decía orgulloso que reconocía formas de hacer en este disco. Claro, la bambera no la hubiera hecho sin ese proceso con J y la alboreá seguramente tampoco. Esos cantes seguro que no. Y después Raül, que también tiene esa virtud de hacer algo muy experimental y profundo pero siempre le da categoría cálida. El Refree tiene algo muy especial. Algo supuestamente muy ñoño lo hace muy profundo. O al revés, algo muy profundo lo hace para que lo pueda escuchar más gente. Muy amable, sonido muy bonito pero sin caer en lo preciosista. Son tres referencias magistrales para mí, más allá de mis referencias y de mis procesos personales.

[Fotos: Sergio Albert – fuente: http://www.rockdelux.com]
Foto de cabecera del blog de Claudio Ferrufino-Coqueugniot

 

Por Fadrique Iglesias Mendizábal 
 
La foto de un gallo ilustra la parte superior, con fondo oscuro. Un gallo formado por motosas hojas que pudieran ser pedazos de espadas u hoces, dispuestas a segar todo aquello que consideran maleza. El gallo, que podría ser de pelea, de raza malaya, está formado por trozos de latas de conservas viejas, por despojos. Tiene patas de alambres doblados, y clavos otrora oxidados, ahora barnizados. El animal, aun siendo frágil, apunta su alarido al cielo, en forma de queja, con la cola abierta, pavoneándose y pretendiendo amedrentar, pero, debajo del plumaje, es delicado.
 
Esa foto encabeza el blog de Claudio Ferrufino-Coqueugniot, Le Coq en Fer, el gallo de hierro en francés, bitácora literaria de uno de los más talentosos y polémicos narradores y poetas bolivianos de la actualidad. El último escritor pendenciero de las letras nacionales, esas grandes desconocidas más allá de los Andes, que retoma uno de los motivos más repetidos por el conocido pintor cochabambino Gíldaro Antezana.
 
Son más de mil doscientas notas las que abordan temas tan dispares como la revolución rusa, la pintura de Kazimir Malévich, feroces críticas al gobierno de Evo Morales y relatos de personajes marginales, amorales, a través de su daguerrotipo mental, aquel que va dejando efigies filtradas por su imaginación y una prosa rotunda y robusta, publicada a lo largo del último cuarto de siglo en muchos de los periódicos más importantes del país, bajo las columnas EclécticaMonóculo y Mirando de abajo.
 
Por otro lado, su Facebook está poblado de fotos clásicas de torsos femeninos semidesnudos –lo que ya le ha valido un par de suspensiones de la cuenta– y por cromos de boxeadores de principios de siglo como Tommy Burns, Jack Johnson, Harry Wills, Joe Jeannette y Sam McVey, esa casta de pugilistas previos a la testosterona sintética y a los anabólizantes, luchadores de nervio y orgullo, aficionados al deporte pero profesionales de la gresca dentro del ring, como Claudio en sus cuadernos. Y en algunas parrandas también.
 
 
*     *     *
 
Sus letras, además de ser pendencieras, contienen flashes, sensaciones, ruidos e imágenes de parcelas específicas, que juntas tienen un significado coral de una vida entregada al oficio artístico, reflexivo, sensible. Precisamente con esas ideas describe su penúltima novela, Diario secreto (Alfaguara, 2011), que le valió ese mismo año el máximo galardón de las letras bolivianas, el Premio Nacional de Novela, y en la que describe el retrato de un psicópata, potencial asesino en serie que no tiene compasión por los insectos que descuartiza, ni por la madre a quien tiene toda una vida en vilo, ni mucho menos por una pareja a la que desprecia con una importante dosis de misoginia.
 
Llama la atención que esta novela precisamente haya sido escrita en su morada de Aurora, ciudad dormitorio de Denver, en Colorado, un año antes de la masacre del caballero oscuro.  
 
Aurora sonó en los noticieros de todo el mundo en 2012, cuando el desquiciado James Holmes abrió fuego contra el público que abarrotaba el estreno de una de las películas de la saga de Batman, El caballero oscuro, narración que podría ser perfectamente la segunda parte de Diario secreto, el corolario alternativo, un ensayo al estilo del libro juvenil Elige tu propia aventura: “si eliges al descarnado emboscando a su esposa, a la postre autora del crimen y de su propia condena, dando un tiro al protagonista, lee el final de la novela premiada el 11 de octubre de 2011, Diario secreto; si eliges al protagonista entrando a una película de superhéroes y desollando a tiros al público asistente, dirígete al New York Times del 26 de agosto de 2012”. 
 
Allí precisamente, en Denver, Claudio parece haber encontrado un gallinero tranquilo, donde puede trabajar en la parte administrativa del Denver Post durante el día y dedicarse a escribir al ritmo frenético al que tiene acostumbrados a sus lectores en los últimos años por la noche.
 
En Denver también, pero dos décadas atrás, a los pocos años de haber emigrado de Bolivia, en 1992, Claudio abrió un pequeño restaurante de delicatessen en el pueblo minero de Lakewood, morada de forajidos, truhanes y bandidos al más puro estilowestern, por donde pasó hasta Oscar Wilde desparramando relatos.
 
El poblacho aquel de las montañas de Colorado, que conserva una imagen decimonónica de cowboy de bota y flequillos en el chaleco, de saloon y escupideros de tabaco, con hombres de gruesos cinturones en los que cuelgan pistolas que salvaguardan los riñones como en las películas de John Wayne, es un espacio hostil, proclive al enfrentamiento. Así lo recuerda Ferrufino:
 
“Un mexicano, como nos califican a todos, en un ambiente así, huele a víctima. Pero me senté con ellos y, a partir de sus apellidos, hablamos de sus orígenes: alemán, irlandés, galés, etc., abriendo un espacio que podíamos compartir. La mayoría eran tipos rudos, ignorantes, no con un esquema ideológico sólido, llenos de lugares comunes, maleables. Terminaban abrazándote y secando vaso tras vaso de cerveza contigo. ¿Don de gentes que tengo? Tal vez, pero ha sido mi experiencia”.
 
Más adelante abrió un restaurante más efímero todavía en otro pueblo vecino: Leadville. El establecimiento, llamado The New West Café, tuvo un éxito moderado en un principio, pues aquellos cowboys no sabrían qué esperar de aquel plato de chupe de maní que servía, distinto de la peanut soup tan tradicional del colonial pueblo de Williamsburg, en su añorada y lejana Virginia. Con el tiempo amplió la oferta a una sopa de quinua, luego evolucionada en forma de chaque, hasta tomarle el pulso a lo que sería su mina de oro: sus fideos uchu, especialidad de la casa, que vendía en dosis importantes puesto que lo tenía listado como Latin American Stew o guiso latinoamericano.
 
La aventura emprendedora acabó con Claudio entre rejas, luego de tener diferencias –de haberlas ajustado– con el socio propietario.
 
Según Ferrufino, la marihuana desquició al accionista protagonista de su ira, dejándolo en un permanente estado, no ya de felicidad, ni de relajación, mucho menos de excitación, sino más bien de ansia constante:
 
“Mi socio chocó con la férrea voluntad y responsabilidad que con los años desarrollé en Estados Unidos. Discrepábamos en muchas cosas. Exploté porque a pesar de la mesura que uno adquiere sigo siendo un individuo belicoso. Estaba todo tendido para el escenario que vino después: la ruptura, la pérdida, la detención, dormir entre rejas, asegurar a la sociedad que te comportarías acorde con las reglas”.
 
“El estado policial y sus recursos”, llama Ferrufino a las normas impuestas, atribuyéndole virtud muy excepcional y no universal, dejando salir a flote su sentido anarquista, casi como inspirado en una obra dramática de Darío Fo.
 
Luego el The New West Café le daría una oportunidad más a su voluntad emprendedora y decidió asociarse esta vez con un bosnio emigrado de la guerra, de esos que dejaron a sus mujeres haciendo crêpes en los campos de refugiados, para intentarlo en aquella ocasión con sándwiches y sopas neoyorquinas. El negocio quedó atrás en la memoria, pero el acercamiento a la cultura eslava, bosnia y croata permaneció con Claudio.
 
El roce con los clientes, gringos y cowboys, ayudó a Claudio a conocer más la esencia del norteamericano, si es que ese individuo-tipo existe. Aún hoy se sorprende al ver los contrastes que emanan del arquetipo gringo. Aunque pueda mostrar su faceta más reaccionaria, conservadora, prejuiciosa y racista, al conversarle de igual a igual las figuras predispuestas se diluyen.
 
 
*     *     *
 
Claudio es un tipo que admira la calle y desconfía de aquellos que todavía no han sido capaces de abandonar las faldas de madres y abuelas en busca de una o varias historias vitales. Se trata de una persona que encarna el sueño americano y también la pesadilla.
 
En aquel país lidió y aprendió de lo profundo del gueto, especialmente de un personaje al que recuerda con especial cariño: Big Mike, amigo que conoció mientras trabajaba de estibador, cargando quintales de fruta cual aparapita, con algunos grados bajo cero y que sazona las páginas de El exilio voluntario.
 
Luego trabajó como traductor, administrador de restaurante, frutero, escritor de cuentos infantiles, albañil, profesor, panadero, canillita y verdulero, entre otros oficios.
 
Cuando se le pregunta qué motivó su precipitada migración a Estados Unidos sin un proyecto claro de vida, explica:
 
“Es raro lo que pasó. Una decisión clara que a veces creo fue errada pero de la que no me arrepiento. Quise ir contra todo lo que era y podía ser. Tenía que probarme que incluso descendiendo al fondo sería capaz de salir sin ayuda de nadie, con mis manos. Creo que esa victoria se transmitió al carácter de mis hijas, y al sosiego que en el fondo me habita y me hace pensar que la modestia no es una mala opción. He vivido y puedo escribir. Escribía antes también, pero pienso que como ser humano aquello me sirvió de mucho. A ratos creí que debía alterar el rumbo y dedicarme a la docencia o algo similar, pero, igual que le sucedía a Isaak Babel, me gustaba –y me gusta– compartir con gente simple. Allí están las historias. Tarde para volverse atrás. Ahora hay que recordar, analizar, sopesar las experiencias y escribir”.
 
Estos lances motivaron al escritor a largarse a Miami, primera parada en el norte, hace 24 años, enfundado en un añoso terno gris de corte inglés que usó en la fiesta de promoción en la secundaria. El detonante del autoexilio fue una decepción amorosa poco relevante, asunto potenciado por una afición al viaje que ha ido perdiendo. La opción norteamericana llegó por azar, para buscar bálsamo y dinero, aquel que en Bolivia le era escaso y que ya se había gastado en chicherías y buenos libros, para apaciguar ánimos extravagantes y una ruinosa vida de vago, como él mismo la define.
 
Con un ticket de ida solamente, aterrizó con una vieja maleta, una mochila militar y cuatro billetes de cien dólares otorgados por sus padres y hermano, que dilapidó en putas y alcohol en menos de una semana.  
 
 
*     *     *
 
Las novelas de Claudio, así como las crónicas que va publicando, suelen dar saltos temporales muy bien hilvanados, con menciones y referencias frecuentes a una época que parece haberle marcado profundamente: sus años alrededor de la capital de Estados Unidos, principalmente en el Estado de Virginia.
 
Claudio llegó al área metropolitana de Washington D.C. el otoño de 1988, con las hojas todavía en los árboles, doradas, rojizas, a punto de caer. En tan solo un par de años ya era un virginiano más.
 
Con los ojos muy abiertos, Ferrufino parece haber explorado profundamente el lenguaje subyacente de los barrios bajos que circundan Washington D. C., una ciudad muy distinta a la actual, donde la población hispana ha crecido de un 2 % a un 14% entre los años 80 y esta década. A Arlington, ciudad- condado por la que desfilan los personajes de su libro de relatos Virginianos (Los amigos del libro1992) y de la novela El exilio voluntario (El País2009), llegaron muchos pobladores del Valle Alto cochabambino que emigraron tras un peculiar auge de la construcción.
 
En sus textos poco rastro hay de los monumentos nacionales y de las happy hours de los burócratas de la capital. Mucho de las casas postindustriales de ladrillo, donde yacen hacinados aquellos ciudadanos oriundos de Arbieto, de Punata, de Esteban Arce, de Tiraque, que han cambiado el quechua por el inglés.
 
Más bien Claudio se remanga la raída camisa y se sumerge sin miedo a mancharse en el fango de las miserias de los inmigrantes que habitan a la sombra y a espaldas del Capitolio. Ese lugar paradójico que aguanta la coexistencia de prostíbulos –callejeros o albergados en bares– con lujosos hoteles para dignatarios de estado, polígonos industriales donde los domingos bailan caporales muy cercanos a barrios de embajadores que no pierden su condición una vez perdido el cargo, almacenes de bancos de alimentos para indigentes alternando al otro lado de la carretera con lujosos centros comerciales.
 
A fines de los años 80, Washington, D. C. era la ciudad más peligrosa del país. Por  la llamada “epidemia del crack” en 1990 era considerada la capital del crimen, aun siendo la sede del FBI y la CIA.
 
Incluso hoy día, casi tres de cada cien habitantes en D. C. está infectado con HIV, mayoritariamente entre la población afroamericana que, por lo general, vive poco integrada con la población blanca. Algo similar pasa con los hispanos y asiáticos, aunque no tan marcadamente.
 
A causa del sida precisamente algunos de los amigos de Ferrufino se dejaron la vida. Otros fueron tragados por sus propias adicciones –crack seguramente–, por sus propias miserias, cansados de pasar noches en vela mendigando trabajo en esos mercados donde fungían como estibadores, esperando un reducido jornal que al final del día, después de comer un plato de pasta o un burrito, de pagar diez dólares por el servicio de una prostituta y de pasar por un comedor social para completar la incompleta dieta, les permitiese comenzar un nuevo día al terminar la precedente jornada.
 
Uno de los lugares que precisamente frecuentaba Ferrufino era Morse Street para ganarse el plato de comida. Así lo recuerda:
 
“En el mercado de abasto de Washington era así. Willy, chofer negro, había asesinado a su madre siendo casi un niño, ofuscado en droga. Tyronne pasó trece años en prisión por robo con ‘asalto’. En las noches de la calle Morse se contaban historias; ron y licor malteado entre los dientes. Olor a mariscos; húmedas paredes y autos policías que cruzan lentos sin parar. Cada hombre hundido en su miseria. Olvidado ya el tiempo en que se preguntaba ¿qué hago aquí? Cuando las esperanzas brillan mal. Wayne y yo caminamos hacia la esquina de los mendigos. Allí hay droga fácil y prostitutas de a diez dólares. Un amigo cuyo nombre me es borroso se sentaba en un desvencijado sillón, en medio de la calle: el trono de la oscuridad. Wayne compra piedrecillas blancas, opacas: cocaína adulterada. Al lado de una reja de amontonada basura, fuma. Medianoche de verano, sin sueños ni futuro. No está la luna, se oculta en las callejas. Los pobres no tienen sombra, son pálida oscuridad”. 
 
 Cuando lo recuerda, se atreve a decir que está seguro de que pocos de los amigos negros que conoció en aquellas épocas estarán vivos ahora:
 
“Trabajé dos años y medio en los mercados. El primer día era para llorar, con los guantes mojados y el hielo punzando la cara. ¿Qué hago aquí? Quise retornar al café con leche de casa, a mi mullida y caliente cama, pero no lo hice, aguanté en medio de hombres toscos, negros, entonces nada simpáticos y con otra lengua. Pequeña épica de humanidad”.
 
En sus escritos y crónicas aparecen muy poco las placas de mármol de la calle K, del Banco Mundial y el FMI. Sobresalen más bien las penurias de los alrededores de Gallaudet, barrio afroamericano conocido por una universidad.
 
Ferrufino no le teme a los desprecios de gringos ignaros y limitados. Los asume gallos de pelaje no intimidante. No se amilana ante los pergaminos de la docta y jesuítica Georgetown, no se achica ante casas estudiantiles como la de Maryland, donde dictara cátedra Borges o la propia universidad de Virginia, donde fue un virginiano más –por un tiempo– Edgar Alan Poe. Claudio no se acompleja para hablar de ideas, no lo hizo en su juventud en Francia, donde retaba a sus condiscípulos a debatir sobre literatura gala dejando patente lo que llama racismo cultural. No se inhibe al ser identificado como parte de las márgenes, porque es su mundo también, tanto los extremos superiores como los inferiores.
 
Los días, o la noche que tenía libre –en el sentido más literal del término–, la de los sábados, eran destinados a probar un poquito del manjar que a la mayoría de sus compañeros se le tenía vedado: la visita a los pasillos gratuitos del museo más profundo y diverso del mundo, el Smithsonian, en Hispania Books –hoy sucedida por la librería Pórtico y Politics and Prose–, y horas perdidas en Common Grounds, probablemente lo que hoy se llama Krammer Café, de las primeras cafeterías literarias, lugar chic que tiñe sus paredes con multicolores lomos de libros y que sirve café y comida americana, en el barrio burgués de Dupont Circle.
 
Esas épocas virginianas de Claudio eran de triple vida. Por el día de gallo fino, por la noche de gallina ponedora que se aboca al trabajo, y al amanecer de gallo de peleas, todo para sobrevivir.
 
En esos años salió por algún tiempo con una mujer que entonces era presidenta de la asociación de antropólogos norteamericanos, PhD con tesis en Teresina, Brasil, ese primer engendro de laboratorio que luego se cristalizaría en Brasilia: la ciudad de la teoría. Así recuerda esas citas:
 
“Nada más dispar, pero que me permitía un amplio espectro de aprendizaje, sufrimiento y gozo. Era joven, fuerte, casi no dormía, y lleno de interrogantes acerca de un mundo nuevo, en extremo diverso”.
 
 
*     *     *
 
La imaginación de este cochabambino y sus fuertes emociones evocan a una vibrante movida cultural en la ciudad. Si a fines de los 80 Ferrufino disfrutaba de conciertos de aquel surgente rock alternativo, mezclados con asistencias a ver Rubén Blades y Seis del Solar, hoy en día se puede disfrutar del apabullante influjo de la música electrónica, de las mezclas bastardas del grupo narcoelectro Mexican Institute of Sound o del ya famoso matrimonio entre los samples y bandoneón de Bajofondo.
 
Aquellas  exposiciones de arte que recuerda como impresionantes, algunas de Malévich, Matisse, Rembrandt, entre las que más le marcaron, se suceden año tras año, de la mano de millonarias fundaciones como la Colección Philips o la elitista Dumbarton Oaks.
 
Ferrufino nunca fue una persona de cultura de gueto apartado, sometido al cacique. No era un tipo de sindicarse a los “suyos”. Fue y quiso ser un alma libre que salía solo, llevando una vida de completa independencia. Aunque se juntaba con amigos bolivianos, no lo hacía con la frecuencia que ellos demandaban. Así lo recuerda:
 
“Entraba al mundo de los otros y me desenvolvía con soltura; mientras mis amigos jugaban fútbol los sábados, con las consabidas cervezas nuestras que vienen detrás, yo andaba en el National Mall, el centro de los museos de la ciudad, flirteando con hermosas muchachas anglosajonas y escribiendo mis Virginianos en papelitos, debajo de fotos de Lee Miller o de Man Ray. Culturalmente fue para mí un mundo insólito y exuberante. Lo recuerdo bien, dichoso. Por otro lado, en el mundo paralelo, visitaba las casas de mis amigos negros en el North East y South East, un mundo prohibido para blancos o gente como yo (nunca nos han considerado blancos, ni siquiera a los españoles). Fumaderos de crack, muchachas negras que se abrían de piernas con facilidad; deliciosas y viciosas. Sexo en autos, borrachera en las calles, recostados contra la pared, bebiendo Cisco, un licor de variadas frutas y colores que luego sacaron de circulación por ser letal. Detestábamos la cerveza normal; bebíamos licor malteado, con mayor grado de alcohol: Colt 45 y otros. Iba de ayudante de los choferes negros en los camiones de la empresa. Repartíamos productos a los hoteles y restaurantes de DC, Virginia y Maryland. Al terminar el día, antes de regresar al warehouse, alcohol y droga, sexo y droga. E historias inverosímiles que me contaban como a un hermano. He sido afortunado en oírlas y recordarlas. Y en sobrevivir también”.
 
Ferrufino vivió allí durante la década siguiente a los años de explosión psicotrópica. “Había mucha, excesiva, demasiada droga”, recuerda y apunta:
 
“Esta empresa de verduras en la que trabajaba era la mayor del mercado, dirigida por tres hermanos de origen irlandés. El mundo de ellos era la marihuana, que compartían en los gigantescos refrigeradores con algunos cargadores negros, que eran, a su vez, proveedores. Crack, hachís con profusión. La labor nocturna era febril, con camiones de 21 metros trayendo cosas desde California, México, cangrejos vivos desde Maine, frambuesas y moras desde Chile. Cualquier instante de descanso: droga. Dos, diez veces por noche. Cuando el día terminaba, ya casi a mediodía, los managers se encerraban en uno de los autos y… droga. Sin parar, seis días por semana. Yo no era afecto a ella, pero no evitaba compartirla de cuando en cuando. Me sorprendía que tipos muy ricos, duros trabajadores tengo que reconocer, no deseaban volver a sus mansiones, a sus hermosas mujeres que a veces visitaban el almacén y deslumbraban a los miserables estibadores. Preferían quedarse a hablar mierda, con las ventanas cerradas, en el mundillo de la droga. Los imagino llegando al hogar, tirándose en la cama, recuperando unas horas para volver a aquel frenesí. No tenían más de 30 años y confesaban que tenían sexo con sus mujeres una o dos veces al mes. ‘White boys’, decían los negros con desprecio”.
 
Al calor idealizante, Ferrufino recuerda esos años suyos como un elixir creativo. Se recuerda como con una cámara en el hombro, como filmando para sus adentros lo que observaba, y aquello que miraba, lo veía como fotógrafo. Le hubiese gustado filmar una película de David Lynch o algo similar. ¿Una actriz? Alguna de las de Fassbinder, responde, a quien idolatraba entonces –y hoy– pero en un escenario ya lleno de muchos otros. Quizás actrices como Barbara Sukowa, Jeanne Moreau, Hanna Schygulla, Brigitte Mira quizás, Ferrufino no lo especifica. Sí abunda en el plató imaginado:
 
“Imaginaba exhibiciones de fotografías sobre el universo de las frutas y las verduras. Increíbles colores, escenas, depósitos llenos de naranjas de distintos tonos, el contraste entre las papas de Idaho y las verdes paltas, aguacates, californianos. Los tomates ni qué decir, que eran la élite de los productos, con una sección especial de empaque por tamaños y colores. En esa gran bodega de DC, de noche, negros borrachos y perdidos, algún turco, algún latino, manipulaban lo que se serviría en las reuniones de embajadores, del jet set, de la CIA en Langley, a donde llevábamos cargamentos sin que jamás nos pidiesen identificación. Eran otros tiempos”.
 
 
*     *     *
 
A esos días virginianos vuelve una y otra vez. Su prosa fluida sugiere muchos adjetivos, el más suave, sorprendente. Se mueve muy bien entre el ensayo, la crítica de arte, la opinión política, la ficción y también la crónica periodística. Precisamente en su antología Crónicas de perro andante (La Hoguera, 2012), escrita a cuatro manos con Roberto Navia, premio de periodismo Ortega y Gasset, y en otras piezas publicadas en los años 80 y 90, aparecen intensos relatos en los que describe Mizque, Tiquipaya, Pairumani y Suticollo, lugares donde quizás tomó afición por la chicha, y en las que lamentó no haber atendido las enseñanzas de la lengua quechua de su padre.
 
Una parcial autoficción de aquellos años en Arlington le ha valido el Premio Casa de las Américas de Literatura en Cuba. El rito de entrega no es precisamente la ceremonia de los Oscar. No hay alfombra roja, pero sí una rica historia de más de medio siglo.
 
Ferrufino es uno de los escasísimos casos de escritores bolivianos reconocidos internacionalmente, que ha ganado en 2009 el premio, sucediendo en el palmarés a personajes como Jorge Ibargüengoitia, Eduardo Galeano, Marta Traba o Gioconda Belli, e incluso a escritores bolivianos como Renato Prada, Wolfango Montes y Pedro Shimose. El jurado de la edición 2009, conformado por gente como la mexicana Carmen Boullosa, el venezolano Carlos Noguera, el chileno Grínor Rojo, el argentino Héctor Tizón y la cubana Lourdes González Herrero, se decidió a separar la paja del trigo entre casi 700 trabajos provenientes de América Latina y España, justificando su decisión en la capacidad de observar el “sueño americano” de una forma vertiginosa, vital y dominando el oficio, desplegando en su narración diversos planos a lo largo de tres décadas, con humor y referencias literarias, culturales y políticas”.
 
Claudio ya había logrado una mención en este premio en 2002, por El señor don Rómulo (Nuevo Milenio, 2002). Durante su discurso en 2009, recordó, cómo no, a la gente del gueto. A aquellas personas que seguramente nunca escribirían y publicarían sus historias y que tampoco se enterarían de que su colega, broderpana y cuate, aquel latino de ojos achinados y de bigote poblado, lo haría. Aquella noche en La Habana, recordó su llegada a Washington, las dificultades iniciales con el idioma, la excusa que le diera a su hermana para financiarle algo de comida y no morir de hambre –alegando atraco– que luego interpretaría como robo de alma: la transición de la plácida vida en el valle cochabambino hacia el crudo invierno en el que las noches transitaban en el viejo sillón desvencijado que le alquilaba un conocido temporalmente. Ya no estaría el calor del hogar, recuerda Ferrufino, sólo le quedaría esa cuadrilla que le rodea con las manos encalladas, ahogada en adicciones. Del intelectual de clase media bien vestido, quedaría menos aún.
 
Aquella noche en Cuba mencionó también el lugar de donde salían los vectores radiales de los trenes que llevaban la carga hacia Nueva York, los alrededores de la vieja Union Station, epicentro de su exilio, que aunque voluntario y reconocido aquella noche por funcionarios cubanos, que comparten el régimen con un político al que desprecia, Fidel Castro, no fue por ello menos exilio.
 
Tras el paso del Che Guevara por Bolivia, con los coletazos que dejaron los tupamarosy luego de las desapariciones de posibles herederos como los hermanos Peredo o Monika Ertl, la izquierda de los 70 se encontraba en proceso de segmentación en la universidad pública boliviana, reducto de las ideas progresistas durante la dictadura banzerista. Había divisiones internas entre trotskistas, maoístas, leninistas, hasta los más independientes anarquistas.
 
A esta subespecie pertenecía Ferrufino. Seguidor riguroso de las enseñanzas de Bakunin, Durruti y Malatesta, defendía cáustica y violentamente sus ideas ácratas por los pasillos de la carrera de sociología, más con los puños y a la gresca que con las ideas, recuerda su amiga Estela Rivera, hoy jefa de la Unidad de Cultura de la Gobernación de Cochabamba.
 
Se recuerda de Claudio su muy particular resistencia al alcohol, lo que hacía que bebiera como cosaco, generalmente ingentes cantidades de chicha, aguante que permitía que se mantuviera en sus cabales más que el resto, asunto que lo cubría de cierta mística en aquellos círculos.
 
Luis René Baptista, editor de opinión del periódico Los Tiempos, recuerda cierta vez en la que Claudio estuvo a punto de clavarle un cuchillo de carnicero, a causa de discrepancias ideológicas y de pactos incumplidos en las andanzas universitarias, detenido in extremis, cuando ya se veía ensartado y resignado, por un grupo de compinches anarcos que bloquearon la inminente faena.
 
Aquella misma vez, recuerda Rivera, Ferrufino y sus amigos anarquistas amenazaron también al propio rector electo y, luego de dedicarle furiosos insultos, procedieron a incendiar contenedores y papeleras con basura dentro del edificio.
 
Aun así, la violencia no era exclusiva. Se alternaba con guitarras y huayños en las chicherías aledañas, música campesina del Norte de Potosí, boleros centroamericanos y largas tardes de borracheras, para luego recogerse por la noche rompiendo letreros de neón y cabinas públicas, como forma de resistencia al sistema, siguiendo al caudillo bravucón y amenazante anarquista de fama algo contradictoria a la vez que ambivalente, dada su otra faceta, la de amigo fiel y cariñoso.  
 
En esos ambientes se movía Ferrufino nada más salir bachiller del colegio Maryknoll de Cochabamba en 1977, ya acabada la dictadura de Bánzer, y lo recuerda:
 
“Mi hermano Armando y yo fuimos muy peleadores en  la escuela. ‘Nos vemos a la salida’ fue parte de nuestro crecimiento. Dimos palizas y nos las dieron. Muchísimas. Eso paró luego de los tres primeros años aquí. El Estado policial. Aquí no se podía hacer lo mismo y lo acepté. Aunque de boca todavía me peleo mucho cuando conduzco. Hay que provocar cuando se debe provocar, como es el caso ahora con el gobierno de Morales, como fue el caso con el gobierno de G. W. Bush. Un hombre tiene que decir lo que piensa, le duela a quien le duela. Y si es contra el poder, mejor”.
 
 
*     *     *
 
Ramón Rocha Monroy, cronista de Cochabamba y también Premio Nacional de Novela, conoció a Claudio en una habitación del psiquiátrico de Sumumpaya, a ocho kilómetros de Cochabamba hacia La Paz, a las órdenes del doctor Argandoña. Estuvieron todo un día, pero ni cruzaron palabra. “Aquel era un Claudio enamoradizo, exitoso con las mujeres, amigo de la chicha y de la noche cochabambina y alguna vez bordeó el suicidio”, en palabras de Rocha.
 
El Ferrufino de aquellos años, los previos a su viaje, era lo más parecido a los poetas inventados por Bolaño en Los detectives salvajes, esos trepidantes real visceralistas.
 
Sí hablaron y hasta se hicieron amigos años después, en el contexto de los bares, cafés y la noche cochabambina. Dice Rocha:
 
“Teníamos el ánimo inestable y ahogábamos nuestras penas en trago. Ni adicciones a drogas ni problemas mentales, sino excesos… Las cosas que cuenta Claudio tienen la identidad de lo vivido… Él no mira, sospecha. Tiene astucia y sus reacciones a veces son desconcertantes. Es agua mansa, pero puede alborotarse y estás perdido. Es un valluno bravo pero de ningún modo malo”.
 
Claudio por su parte, recuerda este episodio con su propio lente:
 
“Siempre nos acordamos de eso con Ramón. Un día o dos, alcoholes y sentimentalismos. No jugábamos a la ‘maldición privilegiada’, no. Sucedió porque creo que ambos somos apasionados con lo nuestro. Yo tenía una hermosa chica inglesa entonces, que me visitó una tarde, y Ramón, al verla, puso lo mejor que tenía de su acento inglés para flirtear con ella. Divertidas memorias hoy, tristes entonces”.
 
Ferrufino hoy es considerado un escritor preclaro en Bolivia, y se lo ha ganado a pulso. Un país en el que la vida rosa a veces parece más importante que lo que escribe, y donde los licenciados son más valorados por sus títulos académicos y premios ganados. Después de varias décadas ejerciendo, recién es en este siglo, cuando se ha titulado en la universidad pasados los cuarenta años, luego de estudiar lenguas modernas en la Universidad de Denver en Colorado graduándose cum laude y tras dejar atrás lo que parecía en Bolivia una maldición: el abandono de las carreras de química, idiomas y sociología, lugares en los que acuñó algunos amigos y enemigos que le duran hasta hoy.
 
Trofeos tardíos también serán, ya pasados los cincuenta años, los mencionados premios Casa de las Américas y Nacional de Novela, algo así como una justicia poética con su tenacidad.
 
Tenacidad y empeño que lo han acompañado durante su proceso creativo, que emergen espontáneamente cuando pueden y donde pueden, pues es de esos narradores que son capaces de protegerse con una escafandra que lo aísla del mundo exterior en beneficio de su planeta inventado. Tampoco es supersticioso ni caprichoso en el ambiente, ya que guarda las manías para la estética no lineal de sus textos. Claudio no necesita andar de boina y barba crecida de dos días, ni flores amarillas como las que dice que requiere Gabo para acceder a las musas. “Me parecen pajas que les sirven a unos; no a mí”, subraya.
 
En contraste con el mito del psicodelismo creativo de las épocas de Hendrix, Morrison y Joplin, Ferrufino no considera el alcohol como aditivo urgente, ni siquiera necesario y siente que la maldición de algunos poetas está en su escritura y no en sus catalizadores:
 
“Maurice Utrillo, el pintor, importa por sus colores de París más que por sus tragedias de beodo. Hacer de algo así el punto de partida de una leyenda, tu leyenda, a no ser que suceda inevitable por las circunstancias, es un paso en falso”.
 
Sin llevar vida de cartujo, admite que ya casi no sale, aclarando que tampoco era tan amigo de los bares en sus etapas pasadas. En Colorado se ha vuelto un tipo casero de vida intensa puertas para adentro. Sí admite que era de beber en las calles, con sus amigos negros, pero que ninguno de ellos supo jamás dónde y con quién vivía. Lo mismo las mujeres que pueblan sus recuerdos: “de pronto, en algún momento, retornaba a la caverna y desaparecía sin rastro. Así, simple”.
 
La simpleza es un rasgo que magnetiza a este hombre, sencillez que busca tanto en amigos gringos como latinos y de otros varios orígenes, destacando el colectivo ruso, quizás por esa propensión a admirar a Tarkovski, Tolstoi o Chéjov. Suele invitarlos a casa a disfrutar de comilonas con bebida abundante, bailando cumbias, escuchando kaluyos antiguos o canciones revolucionarias del Ejército Republicano Irlandés. Inclusive clásicos rusos: Kalinka, Ojos negros, además de tangos y corridos norteños y rancheras. Una frase lo define: “En casa se come y se bebe bien. Eso casi diría que te impide salir”.
 
Es un tipo familiar que ya comparte lecturas con sus hijas, aunque ellas han tomado caminos propios. Su relación es estrecha. No es enemigo de su primera esposa, aunque tampoco tiene contacto. “Mi mujer actual, me parece atractiva, interesante, pausada”, resalta.
 
Y tanto en cuanto se nutre de experiencias de la calle por inclinación natural, complementa sus fantasías con poesía y sobre todo con novela, placer que le suele ocupar la mayor parte de su tiempo de lectura. No tiene referentes literarios, sino gustos, placeres. Vicios quizás. Algunas de las fuentes de las que ha bebido son Borges, César Vallejo, Carpentier, Güiraldes, Arlt, Rulfo y en su juventud de los peruanos Ciro Alegría, Manuel Scorza y José María Arguedas.
 
Y si su espectro literario es francamente amplio, no lo es tanto el del estado del arte, moda o novedad, ahora llamado trend, en perjuicio de clásicos, muchos de ellos polemistas de distinta índole, aunque considera que se los lee poco, en detrimento de aquellas historias que evocan un mundo de aventura, de rebelión, de bravura.
 
 
*     *     *
 
Claudio Ferrufino-Coqueugniot responde pacientemente a las preguntas de este cronista desde su casa en Colorado. Tiene ya 54 años, y una vida llena de historias. Han pasado ya varios lustros desde que obtuvo su green card poco tiempo después de casarse con su primera mujer, aunque ese no fue el motivo para hacerlo.
 
Se considera un librepensador que bebió en fuentes anarquistas clásicas, pero detesta ser orgánico o gregario, y añade: “Soy demasiado individualista para pertenecer a ningún núcleo, social, político, literario… No podría asociarme con los republicanos, ni siquiera en simpatía. Con muchos peros, prefiero a los demócratas”. Pocos políticos le causan simpatía. Uno de ellos es un exalcalde de Cleveland, Dennis Kucinich, demócrata, minoritario, una voz perdida en el desierto –así lo califica Claudio–, conocido por ser partidario de la no intervención en Irak, en beneficio de la negociación.
 
Ya no pelea en las calles, aunque tampoco es un tipo mesurado. Acuña cada vez que puede rabiosas –y cáusticas– críticas a Evo Morales y Álvaro García Linera, según él escritas no desde una perspectiva racista o elitista sino a partir de lo que el autor es, de su sangre:
 
“Me entiendo y comprendo a mi gente y sé bien cómo de pelotudos y cobardes somos, y cómo de sufridos y valientes también. Y al poder, a los jerarcas de cualquier tendencia o color, no les hago el juego, nunca. No orino delgado por el poder ni las charreteras; seguro que no…
 
No comparto ese lugar común del pueblo enfermo. Que somos uno llorón y malacostumbrado, sí. Es más sencillo dejarse guiar que decidirse por un camino. Y a eso apuntan los populistas, a hacerte confortable en su medida la existencia, coartar tu capacidad de reacción, de crítica”.
 
 
*     *    *
 
Claudio al salir de Bolivia le prometió a su padre que volvería al cabo de un año. Todavía no lo ha hecho, aunque asegura que sucederá aunque ello ni es ni fue motivo de sufrimiento, puesto que vive feliz donde está. Quizás con el tiempo le llegue la hora de pensar en la muerte más frecuentemente. De momento, la percibe como un hermoso destino, querido y cercano. “La tomo como es, presente. Me refiero a la delicia de saberse efímero, en contraposición a la pesadilla de sentirse eterno”.
 
Pasadas las 4 de la madrugada, hora de Denver, y tras una larga entrevista, Ferrufino responde a la última pregunta.  
 
“Le pregunté a Ligia, mi esposa, ¿crees que soy un tipo violento? Respondió con una carcajada. Habrá que analizarlo. Al meterme en un mundo que por nacimiento no me pertenecía, en Bolivia, en Argentina, en España, en Francia, en Estados Unidos, observé y compartí la peor violencia que existe, que es la de ser pobre. Una violencia que se dirige y esgrime desde arriba con saña contra los de abajo. Eso me irrita y me hace reaccionar con mayor violencia. Por eso soy vehemente y feroz cuando escribo de asuntos sociales o políticos. Sin aliento y sin concesiones”.
 
 
 
 
Fadrique Iglesias Mendizábal fue atleta olímpico y es especialista en gestión cultural y desarrollo local con estudios de licenciatura y maestría por la Universidad de Valladolid. Ha colaborado con columnas en varios medios de comunicación como Los Tiempos -desde su columna ‘El clavo en el zapato’- y Página Siete (Bolivia), así como con El País, Noticias Culturales Iberoamericanas (NCI) y FronteraD, donde ha publicado Afilando los cuchillos del Carnicero de Lyon en Bolivia y Del Gran Sueño a la somnolencia: la decadencia del deporte profesional. Ha publicado un libro junto a Peter McFarren, Klaus Barbie en Bolivia, que se publicará este año en español.
 
[Fuente: http://www.fronterad.com]

Escrito por LUIS MARTÍN-SANTOS LAFFÓN

Fue un día de septiembre hace ya unos años. En París estaba en curso una gran exposición sobre la generación Beat en el Centro de Arte Pompidou, más conocido como el “Beaubourg”.

Llevaba varios días inquieto en Madrid. Acaba de terminar el curso de meditación que regularmente imparto, siempre en la primera quincena del mes y después de eso, mientras en mi casa continuaban con mi pareja las discusiones sin fin y un cierto mal ambiente, me daba la sensación de que el verano se escapaba entre mis dedos, hecho que me animó a realizar una escapada a la capital francesa. Así que, sin dar aviso ni noticia a mis más allegados, organicé el viaje con ayuda de Internet en apenas unas horas.

« La exposición venía girando por el mundo desde Nueva York, vía San Francisco, hasta París. Simplemente no me la podía perder »

No hacía mucho que aquí en Madrid, en compañía de tres amigos, habíamos culminado, tras un par de años de labores varias, —contratación, traducción, intercalados con inesperados retrasos provocados por una crisis financiera global, crisis personales, inseguridades y miedos escénicos varios—, la publicación de una obra de Jack Kerouac en castellano, y yo me encontraba más empapado que nunca de la historia y la “energía” de lo beat.

La exposición, había leído, incluía todo tipo de objetos relacionados con los Beats: el rollo original de papel donde Kerouac había escrito En la carretera, la novela fundacional, intervenciones grabadas de Allen Ginsberg, fotografías, murales, pinturas y mucho material y parafernalia de la época. La exposición venía girando por el mundo desde Nueva York, vía San Francisco, hasta París. Simplemente no me la podía perder.

Sentado en mi escritorio frente a la pantalla, una vez tomada la decisión y conforme aumentaban mis deseos de perderme y desaparecer, crecía en mi la excitación. Tecleé lo primero buscando un billete de avión económico en una página de aerolínea de bajo costo, donde enseguida localicé una ida y vuelta inferior a 150€, tan poco, tan barato, Madrid-Barajas a París-Orly. A continuación voy a por el hotel… No había estado en París desde hacía algunos  años y es una ciudad que apenas conozco más allá de los alrededores de Notre-Dame.

¿Hoteles baratos?, ¿una noche? Encuentro múltiples ofertas, pero sin tener idea de dónde están localizados. Finalmente distingo en el mapa: Père-Lachaise, el cementerio… no demasiado alejado del Beaubourg. Hipohotel, zona Metro Gambetta République, en la rue des Pyrénées, 20t arrondisement, barato. ¿Podrían ser 35 euros…?, no, fueron 50. Voy a hacer la reserva. Miro fecha. Mañana mismo.

« Dejo mi casa con una sensación de irrealidad y una cierta inseguridad: si esta locura que estoy haciendo tiene sentido, si lo pasaré bien »

En silencio y sin avisar a nadie saco los billetes… y me voy a acostar. Antes escribo a un amigo fotógrafo que he conocido hace unos años en Mallorca. Es profesor de fotografía y literatura en la Sorbona y conoce bien a los Beats. Le escribo y sorprendentemente me advierte que estará en París. Vive en Aix-en-Provence, pero viaja a París cada semana para dar unas clases y después regresa a su domicilio. Es algo mayor que yo, una persona calmada y entrañable; un verdadero profesor. Una excusa perfecta para tomar un café y tener una charla amiga en esas 24 horas que voy a pasar yo solo en París. Se llama Jacques Terrasa.

A la mañana siguiente termino mi maleta de un día y salgo andando para tomar el autobús en la calle O’Donnell, que me lleva a la vieja terminal 1 de Barajas. La terminal está tranquila, es sábado y acaba de empezar el fin de semana. Dejo mi casa con una sensación de irrealidad y una cierta inseguridad: si esta locura que estoy haciendo tiene sentido, si lo pasaré bien. Y de mala conciencia: abandonando sin avisar y adrede a la familia. Una vez pasado el control de seguridad y ya sentado esperando en la puerta de embarque, la megafonía nos invita a preparar billetes e identificación, ir subiendo al avión y, después de haber colocado la maleta en la parte superior de la cabina, a acomodarnos en los asientos de forma ordenada.

El avión despega y yo con él: me elevo hacia los cielos. Estoy encantado. Durante el vuelo permanece, sin embargo, una sutil sensación de vértigo. El avión va lleno y voy encajonado en los últimos asientos, al fondo de la cabina de pasajeros. A los tres cuartos de hora estamos volando sobre los Pirineos. Al pasar se distinguen bien las cumbres, y entramos en territorio francés en medio de las nubes, accediendo a un país más verde que la piel de toro. Una hora más tarde comenzamos las maniobras de aproximación y antes de darme cuenta, casi precipitadamente, me encuentro que estamos aterrizando. Justo al tocar tierra algo se conecta dentro de mí, debajo de mi ombligo, y desaparece la sensación de vértigo, que viene a sustituirse por una certeza acompañada de la natural excitación al darme cuenta de que ya estoy en París. Now it’s real!

« El Hipohotel tiene una entrada única y parece sacado de la película de Bertolucci, El último tango en París, o, luego me daría cuenta, ¿había llegado ya, sin querer, a la versión actual del mismo Beat Hotel?« 

Bajo del avión, seguido de mi maleta de 24 horas demasiado cargada, y me subo al autobús que nos acercará a la terminal. De ahí rápidamente saltó en el OrlyVal que me acercará a la ciudad, a la estación Antony, desde donde tomo el metro que me lleva a plaza  Gambetta via Les Halles. Desde allí me dirijo rápidamente al hotel, que he reservado casi a ciegas en una zona no muy alejada de Beaubourg y junto al cementerio Père-Lachaise.

Camino desde la plaza, apenas unas manzanas por la Rue des Pyréneés. Son los últimos días de septiembre, sábado 24, y cuando llego a eso de las 21:00 ya ha anochecido. El Hipohotel tiene una entrada única y parece sacado de la película de Bertolucci, El último tango en París, o, luego me daría cuenta, ¿había llegado ya, sin querer, a la versión actual del mismo Beat Hotel?

En el portal, subiendo cuatro escalones a la derecha y debajo de las escaleras, hay un pequeño mostrador con una mujer de mediana edad, muy maquillada, que revisa la reserva, me da la llave, y me invita a subir a la habitación situada en el 2º piso, la primera puerta del pasillo, con techos bajos y color indefinido tirando a verde. Una vez dentro me encuentro con una cama de buenas dimensiones, alta. Mobiliario escueto, una silla, una mesa sujeta en la pared y en frente, junto a la ventana-balcón, un baño básico. Ducha con cortina, lavabo e inodoro. Mientras subo me cruzo con una pareja francófona joven de color que baja, con la que apenas intercambio una mirada cómplice. Paris is Jazz.

En todo el edificio hay una algarabía tremenda proveniente del bar restaurante que recorre la primera planta en la calle, a continuación del hotel, hasta la esquina y el próximo chaflán. Como no hay otra alternativa —ni me planteo quedarme con tanto escándalo—, dejo mi maleta 24 horas y, después de asearme un momento, me tiro a la calle buscando algo para cenar y para comprobar, con mis propios ojos, de donde proviene tanto ruido.

Salgo a la calle, doblo a la derecha y, efectivamente, el establecimiento de al lado tiene terraza y diferentes puertas y ventanales abiertas a la calle. Hace calor y hay muchísima animación. Está lleno de estudiantes, sentados y bebiendo en las mesas dispuestas en la acera, y dentro incluso un pequeño grupo de chicos y sobre todo chicas bailando con entusiasmo. Toda la escena me arranca una incontenible sonrisa.

« Para cuando he terminado de cenar, deben ser ya las once. En la acera de enfrente ha cesado la música, y al rato, los grupos se han ido y se hace un cierto silencio »

Como no conozco a nadie, opto por instalarme en un acogedor bistró que se encuentra en la acera de enfrente, desde donde se divisa toda la acción. Llego con la buena fortuna de encontrar que todavía tienen abierta la cocina, y me pido un sabroso osobuco acompañado de un puré de patatas y regado con una jarra de cerveza alemana. La clientela del bistró varía entre parejas francesas en noche de sábado y hombres con aspecto de árabes sentados en grupo, alguno de los cuales se pasa un buen rato observándome, creo que con una cierta curiosidad sospechosa. Va cayendo definitivamente la noche y, mientras ceno, disfruto de los sabores, doy un largo trago la jarra de cerveza que me han traído, miro curioso todo a mi alrededor, la terraza de enfrente, la carta, escucho francés o lo hablo con el camarero, la atmósfera va tranquilizándose. Para cuando he terminado de cenar, deben ser ya las once. En la acera de enfrente ha cesado la música, y al rato, los grupos se han ido y se hace un cierto silencio. La calle ahora solo está transitada por grupos más pequeños, alguna joven regresando con paso rápido en dirección al metro, algún borracho. La noche sigue siendo cálida y yo cruzo tranquilamente de regreso al Hipohotel —qué nombre tan “enrollado”— con intención de descansar después de un día de transportes, aviones y aeropuertos. Paso por la recepción del hotel, camino de mi habitación, y esta vez está más animada: la conserje en conversación con dos parroquianas de su misma edad y maquillaje, hablando francés con marcado acento italiano sentadas en las escaleras.

Paso por delante, saludando con un escueto bonne nuit y sigo directo para mi cubículo. Llego a mi habitación con una cierta expectación, pero con el impulso suficiente para desnudarme, ponerme el pijama y meterme en la cama, donde caigo rápidamente dormido.

Por la mañana me despierta la primera claridad que consigue entrar entre las cortinas semicorridas y los visillos. Domingo por la mañana, el ambiente es muy tranquilo. Remoloneo un rato en la cama pero hacia las 9:30 me levanto, me doy una ducha y me decido a salir a la calle y emprender mi día tirando de mi maleta. La calle presenta las huellas de la noche anterior, algunos restos inevitables del botellón. Avanzo por le rue des Pirénées de regreso a la plaza Gambetta y para mi alegría compruebo que la plaza esta sembrada de cafés, a esa hora poblados por los franceses más madrugadores que ya se han hecho con una copia de Le Fígaro o L’Equipe y están ya sentados leyendo la prensa. Inefable me siento en una terraza, me pido un café au lait y un croissant.

« Es un cementerio que, leo en el cartel, acoge todo tipo de personajes ilustres, desde Jim Morrison, cantante de los Doors, hasta Marcel Proust, una lista interminable de escritores, intelectuales, científicos y artistas »

En seguida me dan las 11 y echo a andar. En esa época el Google Maps todavía no está tan popularizado y la itinerancia en los teléfonos hay que pagarla, lo mismo que los datos, de modo que voy tirando del mapa y la chuleta que he tenido precaución de prepararme. Había visto que el Père-Lachaise estaba muy cerca y efectivamente hay una calle desde la plaza Gambetta que lleva a una de las entradas. Está a 500 metros que recorro con calma seguido de mi maleta. Siento una cierta emoción. Suena en mis oídos internos la melodía de Malcolm Maclaren & Catherine Deneuve, ParisParis… La entrada es una puerta abierta en el muro sin verja, y en frente hay una explanada amplia. El cementerio tiene grandes avenidas, árboles y unos carteles que enumeran la lista de personalidades que descansan en este camposanto.

Es una mañana de domingo nublada y amenaza a llover, aunque esto sucederá solo una hora más tarde. Hay algunos paseantes —ahora me siento dentro de una película de Antonioni—, la soledad, el silencio del cementerio, el verde de los árboles y mi maleta. Echo a andar, recorro el primer boulevard y doblo hacia la izquierda por delante de las primeras tumbas.

Es un cementerio que, leo en el cartel, acoge todo tipo de personajes ilustres, desde Jim Morrison, cantante de los Doors, hasta Marcel Proust, una lista interminable de escritores, intelectuales, científicos y artistas. Algunos muy conocidos, otros no tanto. Es imposible visitarlo en una única mañana. Las avenidas generales son espaciosas y tienen un determinado relieve. En frente de esta entrada se levanta una colina que no subiré.

Mientras paseas entre tumbas y mausoleos, es obligado ir deteniéndose para poder leer las inscripciones, y quién sabe si descubrir ese personaje famoso o aquel epitafio inmortal que sugiera al paseante un momento de contemplación, llegar a conmovernos o incluso volver a arrancarnos una sonrisa.

« Me sorprende un monumento levantado en homenaje a los caídos españoles en la guerra europea y de liberación de los alemanes contra los nazis, exiliados primero de la guerra española »

Después de varias paradas llego por fin ante un mausoleo de buen tamaño: un bloque de piedra de veinte toneladas que lleva esculpida una estilizada esfinge alada. Se trata de la tumba de Oscar Wilde, promovida por sus amigos, realizada por un escultor y pagada por suscripción popular. Aunque es bastante más alta, está cubierta por un cristal transparente de dos metros de altura para protegerla de la costumbre de plantarle un beso que miles de visitantes adoptaron como forma de homenaje al escritor. En origen, la esfinge parece que estaba provista de unos generosos genitales masculinos de los que fue desprovisto en sucesivas ocasiones, de ahí también el cristal.

Yo, sin conocer entonces la historia, quedo impactado por el monumento y la energía del lugar. Luego me enteraré de que es la más popular después de la de Jim Morrison. Llego sin preguntar e igualmente después de un rato, unos veinte minutos de parada y poderosa inspiración, decido continuar adelante.

Una de las bellezas del Père-Lachaise es que es un cementerio urbano y al estar —según puedo apreciar asentado en la falda de una gran colina— por encima de sus muros, se divisa el skyline parisino en ese día nublado y, a partir de ese momento de la visita en el que comenzó a caer una pequeña llovizna, lluvioso.

Después de Wilde seguí caminando hasta el final de la calle para continuar a lo largo del muro que bajaba en suave pendiente bordeando las lápidas hasta la entrada principal. A ratos tengo que abrir mi paraguas. Las tumbas van cambiando y en algunas se ve la antigüedad, más de 200 años, las diferentes construcciones, templetes y estilos. Me sorprende un monumento levantado en homenaje a los caídos españoles en la guerra europea y de liberación de los alemanes contra los nazis, exiliados primero de la guerra española. Reconocimiento que no se puede encontrar en su país, España. Entre estas y otras cosas fui llegando hasta la entrada principal, por donde salí.

Después de este interludio silencioso regreso al bullicio, no tan intenso en domingo, y pongo dirección a la siguiente etapa, encontrarme con Jacques y visitar a la Beat Generation en Beaubourg.

« París es un marco perfecto para recibir una muestra así, pues fue parada obligada de todos sus protagonistas »

Un par de paradas de metro y estoy ya en los alrededores del BB, cuando me doy cuenta de que no tengo entrada. Me pongo a hacer la larga cola y a tratar de sacarla a través de la web del museo con mi móvil, lo que por cierto consigo hacer después de un rato. Ahora ya no recuerdo, pero creo que antes de entrar me vi con Tarrasa. Quedamos en la puerta de la exposición. Él ya la había visto, pero me cuenta que no hacía mucho que había hecho un trabajo sobre Bernard Plossu, un fotógrafo que había recorrido con los Beats la ruta mexicana del peyote y el yagé al que por supuesto trató, por lo que estaba muy puesto en el tema.

Yo creo que le hice entrega en ese momento de una copia de Despierta, nuestro libro budista, de Jack Kerouac.

Después de hora y media bien aprovechada, me acompaña hasta la puerta del museo justo a tiempo para entrar en mi turno asignado, que comenzaba a las 17:30.

Esta vez tuve que esperar menos. Subimos en el ascensor de este edificio transparente y pronto me encuentro en la puerta de la 4ª planta, listo para sumergirme en la expo beat.

BEAT GENERATION: New York, San Francisco, París

París es un marco perfecto para recibir una muestra así, pues fue parada obligada de todos sus protagonistas.

Al entrar en la sala de la exposición, lo primero que me encuentro es una espina dorsal que la recorre. Es el rollo de escritura de On the road, extendido sobre una mesa baja iluminada de, calculo, 50 metros. Hay varias secciones de la exposición que inmediatamente llaman mi atención, que disfrutan de una atmósfera de performance. Hay una sección, por ejemplo, con varios teléfonos en la pared, todavía con rueda de números, titulada ‘Dial a poem’, en los que después de “descolgar” y marcar, puedes escuchar un poema-beat, cada vez diferente.

« Cuando viajar es todavía una grandísima aventura transformadora y no una industria. Y los héroes: Neal Cassidy, Ferlinghetti, Macluren, Snyder, Timothy Leary, the magic bus, Dylan… »

Lo que más me impacta son las habitaciones dedicadas al Beat hotel, donde se reproduce la Dream machine, la maquina de los sueños, que consiste en una habitación con una cama de hierro con dosel. La cama está hecha. La habitación, similar a la que he ocupado en el Hipohotel la pasada noche, está iluminada por una luz caleidoscópica que gira provocando un movimiento que barre ininterrumpidamente el espacio. Sincronizada, una música y sonidos de carácter repetitivo suenan de fondo. Su función es inducir un estado similar al producido por las drogas psicodélicas, LSD o psilocibina, a través de los cuales acceder a lo profundo de la psique y el arte.

Arte, fotografía, carteles, parafernalia, viejos automóviles. Mapas: San Francisco, Chicago, Denver, Nueva York. On the Road. La música del jazz: Dizzy Gillespie, Charlie Parker (Bird), Thelonius Monk, Art Blake, el Bebop…

Y luego México, las drogas, la bencedrina, los artistas, la búsqueda y la huida. Para Jack el retiro en la naturaleza, Desolation Mountain, la cabina de guardia forestal en el pico de la montaña, el misticismo en vena de los Dharma Bums…

Luego el viaje a Europa, Paris, Tánger, incluso brevemente España. Oriente para otros, India y Benarés para Alan y Orlowsky, y Extremo Oriente para Snyder, el zen, viajar en barco hasta el Japón. Cuando viajar es todavía una grandísima aventura transformadora y no una industria. Y los héroes: Neal Cassidy, Ferlinghetti, Macluren, Snyder, Timothy Leary, the magic bus, Dylan…

Antes de nada, al principio la película muda, Pluck my Daisy, son seis jovencitos estudiantes flipando en Nueva York en una mañana fría y aburrida.

Hubo un momento, se narra en la exposición, en el que Ginsberg, Kerouac, Burroghs y Corso se interesan en las teorías de Wilhelm Reich, los orgones y el orgasmo, como no podría ser de otra forma para este grupo de vividores/investigadores.

Se escucha la voz de Ginsberg, que lanza la perorata desde un televisor de tubo catódico en blanco y negro mientras en el exterior llueve y tras el cristal se distingue a lo lejos el Sacré-Coeur, coronando Montmartre, en un cielo en ese momento gris, gris, gris.

« Lo esencial, de todas maneras, no será la lealtad de Lamantia al credo surrealista, sino la práctica intempestiva del método surrealista; dicho de otra manera: la práctica constante por su parte del automatismo psíquico »

La historia de esta vinculación del surrealismo con lo beat no es solo una leyenda. El 8 de octubre de 1943, el joven poeta Philip Lamantia, con solo quince años, envía una carta a André Bretón, en aquel momento presente en los USA durante su exilio en Nueva York, quien está preparando un número especialmente rico de la revista View, retitulada para esta ocasión como VVV (triple V) en el que escribe: “proclamo mi adhesión formal al surrealismo, a sus posiciones concernientes a la literatura, el arte, la sociedad y la humanidad, que son de naturaleza puramente revolucionaria, y que forman parte de mi temperamento antes incluso que yo conociese las teorías del surrealismo”.

Lamantia participó diez años mas tarde en la primera lectura colectiva, el 7 de octubre de 1955, en la Six Gallery de San Francisco, en la que Ginsberg leyó su poema HowlAullido, en un evento organizado por Michael McClure y en la que participaron los poetas Gary Snyder y Philip Whalen, jaleados enérgicamente por un vociferante Jack Kerouac. De los cinco poetas, Lamantia es el único que ha participado ya en una lectura pública. La secuencia es considerada unánimemente como el acto público inaugural de la Beat Generation. Lo esencial, de todas maneras, no será la lealtad de Lamantia al credo surrealista, sino la práctica intempestiva del «método surrealista», dicho de otra manera, la práctica constante por su parte del automatismo psíquico. Lamantia no cesará de proclamar esta como su contribución al movimiento poético beat.

Son múltiples las pruebas y los testimonios de la cohabitación entre beats y surrealistas, mas será durante las prolongadas estancias de los primeros en París y las reuniones y encuentros entre ellos y los jóvenes americanos cuando esta se produzca.

Henry Miller, Anaïs Nin, Celine, y su Viaje al fin de la noche, Duchamps, Breton, Picabia, Apollinaire, incluso Genet. Corso, Lamantia, Burroghs, Snyder, Kerouac, Ginsberg… todos revolotean, como yo hoy, en ese París inspirando el mundo de las ideas, unos de otros, jóvenes y adultos y más mayores, casi ancianos, unos de vuelta y otros de ida, escribiéndose e inspirándose en un eterno corre, ve y dile, comunicativo y global.

El recorrido de la exposición, la última sala, está dedicada al vuelo del Enola Gay y el efecto aterrador de la bomba al caer, un 6 de agosto de 1945. El hongo atómico liberando más energía que mil volcanes, trayendo la destrucción, inaugurando una nueva era. La humanidad ya nunca será igual, se inicia la era atómica. Y como no puede ser de otra forma, simultáneamente surgen los Beats y el pacifismo, la revolución de la conciencia, la rebelión, la ecología y el hippismo.

Así fue mi viaje a París en 24 horas. Un aeropuerto, un hotel, un paseo por un cementerio en una mañana lluviosa, un café con un amigo y una conversación, una exposición… soledad dosificada, huida, retiro para el encuentro, impresiones en la memoria, alguna conclusión, descanso, la escapada… al encuentro de Kerouac y la caterva feliz e iluminada que para siempre será la Generación Beat.

[Fuente: http://www.zendalibros.com]

Christina Rosenvinge interpreta a Safo

Escrit per Enric Umbert-Rexach

Fa uns mesos vaig veure al Teatre Romea de Barcelona, dins el Grec 2022 Festival de Barcelona, una representació teatro-musical, molt kitsch per cert, sobre la poeta de la Grècia antiga Safo de Lesbos. La dramatúrgia la signava Marta Pazos, qui dirigia la companyia Festival Internacional de Teatro Clásico de Mérida. L’actriu principal i directora musical, Christina Rosenvinge, va dir que Safo vindria a ser la Rosalia dels nostres temps, la cantant catalana que avui dia volta pels escenaris d’arreu del món. Aquesta comparació em va fer dubtar si era afortunada o no. I ara voldria sortir de dubtes.

Com a diletant de les belles arts que soc, i en especial de la disciplina literària, em proposo fer un breu exercici de literatura comparada que té el seu origen en les primeres troballes d’un papir a l’època de l’antiga Grècia i posar-lo en contrast amb les creacions literàries que en el moment actual flueixen de forma binària a través d’internet o de les xarxes socials. Dit d’una manera més concreta, a partir de l’admiració i l’entusiasme que professo pel món literari, pretenc capficar-me en les diferències i semblances entre dos punts separats per molts segles i en un terreny com és l’art de la paraula. I, per tal de delimitar l’ampli camp de treball que aquest estudi suposa, em centraré en el gènere literari de la poesia.

Imaginem-nos, per un moment, que ens trobem en un bell paratge de l’illa de Lesbos, pels volts de sis segles abans de la nostra era. Sota una olivera se senten uns versos que una poeta anomenada Safo recita acompanyada del so d’una lira, l’instrument que solia guiar les seves composicions i que tocava amb un plectre, el que ara en diem pua, i del qual es creu va ser ella la inventora. Poesia i música, germanes bessones sempre en harmonia. Per això Safo és reconeguda com a poeta d’extraordinari lirisme. Composicions que ens han arribat de forma parcial i molt fragmentària, ja que es calcula que no disposem ni d’una dècima part del que s’intueix que va arribar a compondre. Prova de la seva exquisidesa és que va ser considerada la desena de les muses inspiradores de la lírica al costat mateix d’Erato, qui representava la poesia amorosa o lírica i que sempre portava una lira entre les mans. És bo recordar, a més, que les nou Muses, filles de Zeus i de Mnemòsine, són, d’acord amb la mitologia grega, les protectores de les arts.

Curiosament, la poeta Safo va pujar a l’Olimp dins una societat on, malgrat la tolerància de l’homosexualitat, el masclisme imperava sense embuts. Safo de Lesbos, però, va ser una poeta que, més enllà de cantar l’amor lèsbic de forma monòdica, també protagonitzava comèdies obscenes i escrivia biografies fantasioses, motiu pel qual va ser titllada «d’amant insaciable i depravada o directament de prostituta», en paraules del filòleg Eloi Creus, frase que podeu llegir en la recent edició d’I desitjo i cremo publicada per Edicions Proa i de la qual em vaig fer ressò en aquesta tribuna. Potser per apaivagar els ànims, Safo també oferia cants corals anomenats epitalamis que festejaven noces de les seves amistats així com altres tipus d’himnes dedicats als déus que eren venerats de forma recurrent. Una revolucionària del seu temps que posava veu a fets quotidians sense miraments ni complexos. Desconeixem, com és lògic, la melodia dels cants que acompanyaven les creacions poètiques, però podem gaudir de la musicalitat dels seus versos gràcies a l’adaptació d’Eloi Creus a l’harmonia catalana actual. Els versos que ens han arribat de Safo segueixen una mètrica impecable a base de diferents peus que doten els poemes d’una melodia captivadora basada en la coneguda estrofa sàfica que consisteix en tres versos decasíl·labs i un quart vers tetrasíl·lab.

De què parla Safo?, quins són els seus temes més recurrents? Doncs parla de la impossibilitat de l’eterna joventut i del pas implacable del temps «el meu cos, que una vegada va ser tendre, ara la vellesa l’ha marcit». I de la passió amorosa i del desig: «i desitjo i glateixo amb ardor». També celebra les arts d’Afrodita, la deessa de l’amor i la persuasió, suplicant que li faci costat com a aliada en la seva particular lluita amorosa: «A qui fetillo aquest cop per tornar-la al teu amor? Qui et fa mal, Safo?», respon la deessa a un prec de la poeta. I, insisteix, que el més bonic del món es perseguir a qui s’estima: «Voldria veure els seus passos que encisen, / i l’espurneig que n’il·lumina el rostre». I altres invocacions a les divinitats i a les gestes de les deesses.

El rap és, en realitat, una cançó parlada amb base rítmica molt accentuada. El seu caràcter oral, la seva temàtica basada en la manifestació d’inquietuds i preocupacions, així com la manera de dirigir-se al públic, ha fet que el seu missatge es compari al dels joglars medievals

Fem un salt en el temps i situem-nos ara dins d’un ampli local nocturn amb un escenari il·luminat de llums alternants i farcit d’aparells musicals. És a dir, estem a l’altre extrem del bucòlic camp obert on escoltàvem refilar ocells com a fons musical. Situem-nos, doncs, en el referent oposat de la dialèctica que hem establert, amb la cantant Rosalía, de qui coneixem tots els detalls del seu art. Es tracta d’una cantant que mescla el flamenc tradicional amb estils moderns com ara el pop, el rap, el hip hop i la música experimental. Fórmules totes elles de recitació molt similar. Centrem el focus en un sol dels estils per concretar millor l’argumentació: el rap. El terme rap, el més icònic de tots, es refereix a l’art de rimar, acrònim de Rhythm And Poetry, o també, en el seu vessant castellanitzat, en l’apòcope de rapsode. Fins i tot, trobem a l’Oxford English Dictionary que el significat original de la paraula «rap» és «fer un so a conseqüència d’un moviment ràpid», atès que una de les característiques diferencials és l’àgil improvisació. El rap és, en realitat, una cançó parlada amb base rítmica molt accentuada. El seu caràcter oral, la seva temàtica basada en la manifestació d’inquietuds i preocupacions, així com la manera de dirigir-se al públic, ha fet que el seu missatge es compari al dels joglars medievals. Està classificada com un tipus de poesia molt visceral que es rebel·la contra totes les normes, i això fa que els rappers, s’expressin d’una forma molt directa. Però que sigui directa no desmereix la seva estructura poètica perquè les cançons d’aquest estil creen imatges en forma molt lírica per expressar la realitat que volen descriure. Com diu el conegut rapper Zenit: «Tinc un pacte amb la rima, ella m’estafa, jo l’acarono en la tarima i anem plegats al cim». Quan es va crear el rap? Si filéssim prim, i tenint en compte la base dialogada del gènere, podríem dir que el seu origen més atàvic es troba en la regueifa gallega, en els bertso-lari del País Basc, en el glosat menorquí, o en el trovo de Granada. Si ens situem ara en la més propera actualitat, hi ha un consens en el fet que l’origen de la cosa va ser a Jamaica. A mitjan dècada dels setanta es va traslladar a les festes més tronades dels barris perifèrics de Nova York, on vivien comunitats afroamericanes i llatines. Kool Herc és generalment reconegut com el pare de criatura, però el veritable honor és per a Rapper’s Delight, el primer amb veritable èxit comercial, les composicions del qual han fet, en poc temps, la volta al planeta.

L’estructura d’una cançó de rap sol ser sempre la mateixa: 2/3 versos, 1 tornada, 2/3 versos més i de nou tornada. Vers isosil·làbic basat en el predomini de monosíl·labs, en la cesura i en la rima. L’últim vers sempre ha de ser molt contundent. Bons exemples en podem trobar a youtube escoltant, entre altres, The Morning de Cruel Summer. Per conèixer quina és la temàtica o la lletra típica d’un rap, res millor que uns quants exemples. Diu el rapper Nach: «Els meus somnis són mentides que un dia deixen de ser-ho». I un altre del japonès Kase O: «Em beuré fins a les copes dels arbres, prendré de tot menys decisions». I si tornem a la nostra cantant Rosalia, podem llegir un fragment de la cançó Motomami, on es repeteixen uns versos que diuen«A cada copia que ves / tú dale tu bendición / y yo no quiero competir / si no hay comparación».

si un rapper és capaç de recitar respectant el tempo i el ritme, desgranant conceptes i metàfores a una velocitat considerable, no pot sinó considerar-se un veritable poeta, «un joglar dels nostres temps»

Dues propostes líriques tan allunyades en el temps tenen algunes coses en comú. Per una banda, si un rapper és capaç de recitar respectant el tempo i el ritme, desgranant conceptes i metàfores a una velocitat considerable, no pot sinó considerar-se un veritable poeta, «un joglar dels nostres temps», com afirma Enrique Santos Unamuno en la seva tesi: El resurgir de la rima: los poetas románicos del rap. Per altra, l’acompanyament de la recitació amb un instrument musical apropa encara més els dos singulars estils poètics. La rima en el cas del rap és molt més accentuada que la sàfica, segurament per incrementar el valor musical d’una recitació força monòdica. Es podria objectar que el rap té un component teatral, però res no sabem de com eren les representacions corporals a la Grècia de Safo. Seguim la comparativa: la variació tonal dels rappers és molt pobra i podem imaginar que en el cas grec també ho era degut a l’escassetat de cordes i la limitació de registres que conté una lira. Una diferència poc significativa seria que el rap acostuma a incorporar la tornada mentre que la poesia que coneixem de Safo, no. I un altra semblança: el rap té la seva gènesi a peu de carrer i en les classes baixes, es desfoga i vol combatre les injustícies, mentre que la poesia de Safo canta l’amor, els déus i parla de fets quotidians sense complexos.

La poesia culta, barroca o clàssica, modernista o post-modernista, abstracta o amb poc rigor rítmic, cal·ligramàtica o poètica del cos, totes elles queden lluny dels dos tipus de poesia que breument hem analitzat, la poesia sàfica i el rap. Ambdós estils aposten per l’exaltació dels sentiments de forma direca i molt rítmica. Per tant, per molt separats en el temps que estiguin aquestes dues escoles, es pot inferir que tenen molts punts en comú i m’atreveixo a reconèixer que, sovint, els extrems es toquen.

Potser ara s’entén millor el paral·lelisme que hi veu l’actriu Christina Rosenvinge entre la poeta Safo i la cantant Rosalia i que, qui sap?, potser és una idea amb molt de sentit. Un exercici de literatura comparada.

 

 

[ Foto: David Ruano – font: http://www.laveudelsllibres.cat]

On connaît tous le nom de Magellan mais ses exploits sont tombés dans l’oubli car Magellan est un héros maudit… un Portugais au service de l’Espagne… un traître qui n’est jamais revenu de son expédition insensée… pourtant… c’est lui qui a réalisé le rêve de Christophe Colomb et sa route a été bien plus longue et bien plus terrifiante que celle de Colomb. Voici le récit du plus grand exploit maritime de tous les temps, l’histoire d’une aventure hors du commun qui a emmené 237 marins à la découverte de nouvelles terres, d’un nouvel océan, de nouveaux peuples et d’un nouveau monde. C’est l’histoire du tout premier tour du monde par voie de mer.

Note artistique : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile grise(4/5)

Synopsis

Épisodes

1. Le Partage du monde (52 mn 33)
2. Voyage au bord du monde (54 mn 42)
3. Le Royaume de Magellan (51 mn 29)
4. Le Premier tour du monde (53 mn 17)

• Titre original : L’Incroyable périple de Magellan
• Support testé : DVD
• Genre : série documentaire, histoire
• Année : 2022
• Réalisation : François de Riberolles
• Casting : José Manuel Garcia, José Manuel Nunez de la Fuente, Isabel de Riquer, Jean-Yves Bernot, Romain Bertrand
• Durée : 3 h 32 mn 01
• Format vidéo : 16/9
• Format ciné : 2,00/1
• Sous-titrage : français
• Pistes sonores : Dolby Digital 2.0 français
• Bonus : aucun
• Éditeur : Arte Éditions

 

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Commentaire artistique

Traité comme une authentique épopée d’aventure maritime et humaine qu’il a été vraiment L’Incroyable périple de Magellan a fait l’objet d’une série documentaire passionnante conçue et réalisée par François de Riberolles. La base du scénario des quatre épisodes est un document extraordinaire : le journal (connu par quatre copies) tenu à la demande des autorités par Antonio Pigafetta, un des rares survivants de l’expédition, qui fait revivre avec clarté et un sens aigu de la narration toutes les péripéties de ce long voyage circumterrestre de presque trois années. La série rend hommage à la ténacité et à l’expérience d’un marin hors du commun : le portugais Fernand de Magellan qui, passé au service du roi espagnol Charles-Quint, réussit à convaincre le monarque de tenter l’aventure de découvrir une voie maritime reliant par l’ouest l’Espagne et les îles Moluques productrice d’une épice qui valait de l’or, le clou de girofle. Pour illustrer en images ce périple insensé fertile en rebondissements et en évènements tragiques (18 survivants sur 237 hommes et un bateau rescapé sur cinq : la Nao Victoria), le choix de montrer les faits ayant lieu dans les années 1520 s’est porté sur le dessin : des centaines de planches (souvent inspirées graphiquement des azulejos) documentées ont été réalisées sous la direction d’Ugo Bienvenu, une réussite esthétique et narrative ! Certaines bénéficient d’une animation très discrète et efficace. Le montage intègre naturellement de superbes vues captées dans les divers sites souvent désolés rencontrés par les navigateurs (le choix du DVD est ici contre-productif) et des interviews de divers intervenants capables d’allier des propos doctes et un réel enthousiasme. Entre les aventures extraordinaires vécues par l’expédition et la beauté des sites montrés, le divertissement est total : on est vite captivé par cette aventure maritime mal connue du grand public (avec mutinerie, naufrage, rencontres diverses parfois violentes, etc.), tout en mesurant son importance historique (Magellan a permis au monde de se connaître géographiquement), politique (conflit économique entre les empires avec un partage du monde totalement absurde selon le traité de Tordesillas de 1494). Et quelle audace de s’aventurer dans cette expédition avec des cartes maritimes limitées et inexactes sur des navires minuscules, quoique bien conçus (caraques), à l’assaut de mers inconnues, notamment le Pacifique ! L’Incroyable périple de Magellan remplit à merveille ses objectifs ludo-éducatifs et « réhabilite » Magellan, un des plus grands navigateurs, toutes époques confondues. À voir absolument.

DVD L Incroyable periple de Magellan

Commentaire technique

Image : copie SD, assez bonne définition mais piqué moyen dû au support DVD, excellente gestion des contrastes, images lumineuses, noirs profonds, étalonnage des superbes vues extérieures très naturaliste avec une colorimétrie nuancée aux teintes réalistes

Son : mixage français 2.0, commentaires et doublage très clairs, excellente dynamique sur les ambiances sonorisées de Nicolas Becker et la musique saisissante de Johann Johannson, spatialisation frontale qui profite aux effets sonores et la bande originale

Notre avis

Image : etoile rougeetoile rougeetoile rougeetoile demi rougeetoile grise(3,5/5)
Mixage sonore : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile demi bleueetoile grise(3,5/5)
Bonus : etoile griseetoile griseetoile griseetoile griseetoile grise(0/5)
Packaging : etoile bleueetoile bleueetoile bleueetoile griseetoile grise(3/5)

IMDb : https://www.imdb.com/title/tt23625778/

 

 

[Source : http://www.on-mag.fr]

El llegendari guitarrista britànic Jeff Beck ha mort aquest dimarts als 78 anys

El músic britànic Jeff Beck, considerat un dels més grans guitarristes de la història del rock, ha mort aquest dimarts als 78 anys, segons ha informat avui, dimecres, la seva família. Guanyador del premi Grammy en múltiples ocasions, Beck era membre del Saló de la Fama del Rock per partida doble, per la seva carrera en solitari i com a membre del grup Yardbirds. « Compartim amb gran i profunda tristesa la notícia de la mort de Jeff Beck. Després d’haver contret sobtadament meningitis bacteriana, va morir en pau ahir », va assenyalar la seva família en un comunicat en què ha demanat « privacitat » per poder « processar aquesta tremenda pèrdua ».

Un guitarrista innovador

Considerat per les publicacions especialitzades i per altres músics com un dels virtuosos més grans que han tocat la guitarraBeck va destacar com un gran innovador tant amb els Yardbirds, grup en el qual va substituir Eric Clapton el 1965 a suggeriment de Jimmy Page, com el capdavant del Jeff Beck Group. Va ser un dels pioners en fusionar el jazz amb el rock, va experimentar amb distorsions mai abans assajades i va actuar amb infinitat d’intèrprets. Precisament una de les seves últimes actuacions més conegudes va ser quan va aparèixer en escena el maig passat juntament amb l’actor Johnny Depp a Sheffield (Anglaterra) just després que acabés el mediàtic judici per difamació que el va enfrontar a la seva exdona Amber Heard.

Ningú no tocava la guitarra com ell

Beck va néixer el 1944 a Wallington, al sud de Londres, i des de petit va desenvolupar les seves habilitats musicals, primer dins d’un cor de l’església i després ja com a guitarrista. Com a membre dels Yardbirds va participar en l’època daurada del grup, encara que només durant 20 mesos, abans de provar en solitari amb el seu primer disc, Truth, el 1968. En els 70 es va internar en la fusió entre jazz i rock, en col·laboració amb John McLaughlin, encara que en la següent dècada va reduir la seva activitat en gran manera, per tornar en els 90 gràcies a col·laboracions amb Jon Bon Jovi Kate Bush. En els últims anys la seva producció discogràfica va ser molt limitada, però la seva figura de guru de la guitarra va fer que molts artistes joves, com Joss Stone, ho busquessin per als seus projectes. Les primeres reaccions a la seva mort no van tardar a arribar, com la de Gene Simmons, membre de Kiss, que va recordar que « ningú no va tocar la guitarra com Jeff ».

 

[Font: http://www.elnacional.cat]