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La mort misteriosa de la jove Dolors Bernabeu, Lolita, esdevinguda al passatge d’Escudellers de Barcelona la nit del divendres 21 d’agost de 1925, va ser un dels casos criminals més cèlebres de l’època: va ocupar pàgines de diaris durant setmanes i mesos, amb la premsa frontalment dividida entre els partidaris d’un suïcidi i els d’un assassinat, i va inspirar tot tipus de teories i rumors. Finalment, però, el cas es va tapar sense que es fes pública la veritat, que tanmateix corria de sotamà per la ciutat. I tot i que els barcelonins van mantenir-ne la memòria durant unes quantes dècades, el pas del temps i el resultat de la guerra civil espanyola va sepultar-ne el record.

Ara, Josep Sala i Cullell ha resseguit minuciosament el cas en diaris i documentació d’arxiu i en fa una reconstrucció plena de vida, narrativament hipnòtica, que ens transporta a una Barcelona turbulenta i apassionant: una Barcelona de cabarets i pistolerisme, de salons i cofurnes del districte cinquè, i on es barregen joves escriptors brillants com Pla i Sagarra, malfactors de poca volada, peixos grossos de la dictadura i periodistes espavilats a la cacera de l’exclusiva de la dècada.

Biografia de l’autor

Josep Sala i Cullell (Girona, 1978) és titulat en Ciències Ambientals i Humanitats. Des de fa anys reparteix el temps entre Noruega, on fa de professor d’institut, i l’Empordà. Escriu opinió a ‘Vilaweb’ i el 2020 va publicar l’assaig ‘Generació Tap’.

 

Títol: La mort misteriosa de Dolors Bernabeu
Autor: Josep Sala i Cullell
Editorial: Pòrtic
Pàgines: 216
ISBN: 978-8498095289

 

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

Après trois romans, Clarisse Gorokhoff a changé de genre en même temps qu’une nouvelle fois d’éditeur. Malgré la mention «roman» sur ce dernier opus, Défaire l’amour s’apparente plus à la forme en vogue de la narrative non-fiction. Pour quelle réussite?

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Dans ce récit, l’auteure revient sur ses années d’effervescence et d’ébullition stambouliotes, qui auront fait éclater des interrogations existentielles la tenaillant encore une décennie plus tard. C’est là tout le propos de la collection «Confessions»: chaque écrivain est amené à se livrer à une introspection et à raconter une période charnière de sa vie, où celle-ci a basculé. Clarisse Gorokhoff se replonge dans le tumulte de ses 20 ans pour questionner ses fêlures d’alors à la lumière de ses doutes d’aujourd’hui.

Désirs en désordre

Défaire l’amour est un récit extrêmement personnel qui dénoue les non-dits et les silences pour tout exposer à la surface de la feuille granuleuse. Clarisse Gorokhoff choisit de n’éluder aucune zone d’intimité, ou presque: elle revient sur son arrivée à Istanbul (pour un séjour Erasmus, prolongé ensuite), son désir avide de liberté et de séduction, son goût pour les tentations et leurs précipices, sa rencontre avec son amoureux de l’époque, mais aussi sur son enfance zébrée par la disparition de sa mère. Elle promène la loupe sur ses années passées, une question systématique comme jalon: d’où lui vient ce besoin impérieux de dynamiter le bonheur?

«La Clarisse d’avant, qui s’envoyait en l’air avec le premier mâle attirant, qui noyait son romantisme viscéral dans des bulles à douze degrés. Persuadée que ce qui rend aveugle, c’est de s’asperger les rétines d’acide citrique, ou de se les crever avec des pics à glace. Mais certainement pas l’amour.»

De ce récit, on peut dégager trois grandes parties: la volonté d’exploration des sens et des corps, la découverte de la vie de couple et l’impression de finitude, avec comme point de bascule la rencontre avec Onur, son compagnon d’alors. La Clarisse d’avant, qui a  vu «le petit diable qui était en [elle] mener la danse», se laisser gagner par la sensation étrange de la vie à deux et ce qui ressemble à une stabilité, quoique précaire. Mais plus les jours passent, plus la relation avec Onur s’ancre dans le quotidien et plus la narratrice s’aperçoit être tenaillée par ses vieux démons: elle ressent à nouveau la nécessité de se faire désirer par tous les hommes.

De façon tout à fait lucide, Clarisse Gorokhoff s’interroge sur son impossibilité à aimer «socialement» et de vivre en couple, tout en se désespérant de ce constat. En comparant son existence à une fuite perpétuelle, Clarisse Gorokhoff se demande ce qui l’a poussée à croire qu’elle pouvait colmater les fissures de l’enfance avec la perdition adulte.

Le chaos intérieur mis à nu

Construit comme une longue rétrospective où les souvenirs conduisent l’auteure à des réflexions actuelles sur les notions de désir et de couple, Défaire l’amour n’est toutefois pas un récit psychologisant: Clarisse Gorokhoff ne cherche pas à expliquer la source de chacun de ses actes pulsionnels et pour citer une formulation aussi répandue qu’insupportable, ne tente pas à tout prix de «mettre des mots sur des maux». Elle laisse au contraire libre cours à ses doutes et ses incertitudes, à sa puissance d’évocation et ses images détonantes. À l’aide d’une écriture incisive, Clarisse Gorokhoff sonde et décortique son chaos intérieur, en portant un regard mordant et désabusé sur sa propre histoire. Le style est travaillé, les tournures sont pleines de malice et le ton souvent très drôle: Défaire l’amour est bien loin d’être un lamento ou un récit psychanalytique larmoyant.

«Les papillons dans le ventre. L’onde de bien-être qui envahit le corps. Le cocktail hormonal de gaieté et de confiance… J’ai connu tout ça. J’ai aussi connu les pensées, obsessionnelles, qui convergent vers le même visage, le même nom, la même odeur. Ce long soupir intérieur. La joie de le voir, chaque matin, en ouvrant les paupières. De le sentir sous mes mains, contre mes lèvres, à même ma chair; à l’intérieur de moi comme, dans un coquillage, le bruit de la mer. Cette joie pleine d’aplomb et d’orgueil. Si intense qu’elle en devient douloureuse. Si douloureuse qu’elle en devient délicieuse. Et qui se transforme en peur. Peur de perdre, lui, “ça”. Peur que tout n’ait été qu’une illusion. Un mirage nourri par deux êtres au cœur d’un désert. Une chimère caniculaire.»

Cependant, malgré d’indéniables qualités stylistiques, l’aspect très intimiste du livre laisse à quelques reprises le lecteur en marge. En racontant cette histoire d’amour au travers de souvenirs, de sensations et de ressentis, sans ajouter de distance ni de paravent, Clarisse Gorokhoff a cherché à emmener le lecteur au creux de sa chair. Au risque qu’il devienne voyeur.

 

Clarisse Gorokhoff
Défaire l’amour 
Robert Laffont
Collection Confessions
2023
274 pages 

 

[Photo de l’auteur – source : http://www.leregardlibre.com]

Diuen els rumors que a Son Banya, el poblat on es ven la droga a l’’illa de Mallorca, la gitana que dirigeix el clan té un quadre que val una morterada. Una colla d’’arreplegats es pensen que si el roben solucionaran els seus problemes de pasta.

El que no saben els pobres desgraciats és que ficar-se en un supermercat de la droga és perillós, quan jugues a quinquis. Tindran ells la sort dels inconscients?

Anys després, la vida aparentment tranquil·la en mesos d’’estiu de la premsa mallorquina es trasbalsa amb l’’aparició de diferents cadàvers a l’’illa infestada de turistes. La crònica del dia a dia en un dels diaris més importants de Mallorca mostrarà aquesta escalada de violència i els interessos que s’’amaguen darrere.

Biografia de l’autor

Sebastià Bennassar (Palma, 1976), és periodista i escriptor. Llicenciat en Humanitats (UPF, 2009) i màster en Història del Món (UPF, 2011) està treballant en una tesi sobre novel•la negra i història. És autor de més de 25 llibres i aquesta és la seva setena novel•·la negra. Juntament amb Carles Domènec és el creador del projecte Bearn

Títol: Quinqui connection
Autor: Sebastià Bennasar
Editorial: Llibres del Delicte
Pàgines: 201
ISBN: 978-8419415066

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

https://www.revistaotraparte.com/wp-content/uploads/2023/01/70-2_2720599164402034-830x499.jpeg

Escrito por Marcos Crotto Vila

Ejércitos de cientistas sociales buscan encastrar la caída de la Unión Soviética en alguna teoría académica. No es fácil, se trata de un hecho inédito: el colapso de un gran imperio sin que nadie haya disparado un tiro. Esa falta de antecedentes exacerba aún más la imaginación tántrica de los miles de departamentos universitarios dedicados a estos asuntos y que rumian a lo largo y ancho del mapamundi sus estudios y tesis que, más allá del convencimiento con los que se exponen, vaya uno a saber el grado de certeza que manejan.

El proyecto de la ucraniana Svetlana Aleksiévich (Premio Nobel de Literatura en 2015) busca otro modo de amortiguar el colapso. Como si este hubiera desperdigado miles de voces anónimas con sus vidas mínimas, dudas, desamores, nostalgias; ese material que a los académicos no les importa, ella lo va persiguiendo.

Aleksiévich se limita a encausar las entrevistas, a darles ritmo y desaparecer de la escena. Pero desde las sombras va hilando una trama posible, monumental y, antes que nada, extremadamente compleja en la realidad que va levantando. Se trata de perderse en un enjambre de subjetividades nerviosas, prensadas entre el poderío soviético de otrora y su caída tan rápida. La lista de entrevistados incluye desde generales de Moscú hasta amas de casa en pueblos de la estepa.

Y así resucitan el amor a Lenin, la idolatría y el terror a Stalin, los campos de trabajo en Siberia, la guerra brutal contras los nazis o guerrillas en lugares inhóspitos, la Plaza Roja empachada de desfiles militares y también la que subasta suvenires de la era del comunismo. Aleksiévich permite aquellas construcciones colectivas desde prismas individuales: “Es terrible haber nacido en la URSS y tener que vivir en Rusia”; “Antes mataba Stalin, ahora matan los mafiosos”; “De repente, llegaron los embutidos a las nuevas tiendas. Todos corrimos a verlos, pero también vimos los precios. ¡Y qué precios! Así fue como el capitalismo entró en nuestras vidas”; “Llegó la Perestroika y los maestros nos dijeron que olvidáramos todo lo que nos habían enseñado antes y que de ahora en más leyéramos los periódicos”; “Todo parecía el decorado de una vida que no era la nuestra”; “Mi tiempo terminó antes de que acabara mi vida. Uno tiene que morir cuando muere su tiempo”; “Hoy en día tiene más valor una gota de petróleo que una gota de sangre”; “Usted escribirá algo, se imprimirá su libro, la buena gente lo leerá y derramará unas lágrimas. Pero la gente mala, que es a quien de verdad concierne todo esto, lo pasará por alto… ¿A ellos qué les importa?”.

Las dos ideologías que se disputaron el mundo respiran más vivas que nunca en este libro, aunque no amarradas a consignas simplonas o manuales vetustos, sino encarnadas en personas de carne y hueso con monólogos convincentes, locos, poéticos, contradictorios, hermosos. Solapado entre ello, se filtra además otro tipo de voces, como letras de canciones populares: “Palpitan las llamas en el fondo de la estufa / la resina se descuelga de los leños como lágrimas”; versos clásicos: “Ay, pueblo ruso, qué poco te gusta morir de tu propia muerte” (Gogol), “Van a la muerte cantando / aunque hayan llorado antes” (Guzenko); y frases conocidas: “Stalin se encontró una Rusia llena de arados y la dejó armada con la bomba atómica”.

Y así, con sucesivas capas de lenguaje oral, se rearma uno de los imperios más poderosos que conoció el mundo, dentro de un calidoscopio de luces y voces partidas que van escribiendo la historia con “h” minúscula.

Svetlana Aleksiévich, El fin del “Homo sovieticus”, traducción de Jorge Ferrer, Acantilado, 2022, 656 págs.

 

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

 

 

Escrito por RAMÓN NICOLÁS

Rubén Riós, coñecido actor, director, produtor e activista social, como ben se espella nun brillante currículo como responsable de diversas curtametraxes e documentais que se orientaron, aínda que non só, cara ao ámbito de formar e informar sobre a inclusión social e laboral para colectivos vulnerables, hai algún tempo botou a andar a primeira tempada dunha webserie titulada Arrieiros somos, da que a Editorial Galaxia publica agora un libro homónimo que incorpora un código QR para acceder ao documental. Tamén é unha crónica que camiña polas pegadas da memoria pois, coma se tratase dun texto confesional, déixase testemuño das fondas impresións que no autor deixaron os doce protagonistas do devandito documental.

Prologado, con palabras agarimosas da actriz Benedicta Sánchez, e epilogado polo compositor e gaiteiro Xosé Lois Foxo, Riós afonda, sempre con respecto e unha admiración nada agochada, nas biografías de persoas maiores do ámbito rural que presentan, dalgún xeito, vidas inspiradoras: velaí a arzuá Cecilia Camino ou o compostelán Cándido Pazos por só citar dous casos. En todas as propostas, coma se se tratase dunha viaxe, exhíbese con naturalidade todo aquilo que o autor experimentou, talvez mellor sería que o asolagou, ao entrar nas casas e nas contornas máis íntimas destas persoas intentando, ao mesmo tempo, transmitir con fidelidade todo aquilo que compartiron con el, na webserie e, agora, con quen queira achegarse ao libro.

Arrieiros somos, así pois, é volume ben singular que, a meu entender e se cadra sen pretendelo en primeira instancia, revela desde a cerna, desde a comprensión e a honestidade tamén, as dimensións e consecuencias da soidade a través dunha ollada limpa e ávida de aprender. Velaí, así pois, como resoan nas biografías das persoas entrevistadas os golpes que a vida deu ou dá, isto é, o que significan termos como emigración, rupturas, abandonos, esforzo, marxinación ou sacrificio, mais tamén e, talvez sobre todo, outros aos que lles debemos dar novo valor como son saber escoitar, educación, amor ou respecto.

Rubén Riós pon o foco en universos cruzados por fíos de resiliencia e creatividade poboados por seres de luz que convida a coñecer.

 

 

[Fonte: cflvdg.avoz.es]

Dans une tribune publiée dans Le Monde le 15 novembre dernier, la sociologue franco-israélienne Eva Illouz faisait le constat de l’importance croissante en Israël d’un « fascisme juif » incarné par le député Itamar Ben Gvir. Depuis, Ben Gvir, qui « affiche un mépris ouvert pour les normes et les institutions démocratiques », est devenu ministre de la Sécurité nationale. Le passage du « populisme nationaliste », par lequel les démocraties périssent de mort lente, au fascisme est donc consommé. Parmi les multiples facteurs qui ont abouti à cette déroute de la démocratie, Eva Illouz accorde dans son nouveau livre une place primordiale aux émotions et à leur manipulation par des forces politiques qui contrôlent également les médias. L’émotionnel prime alors sur le rationnel et même parfois sur les intérêts socio-économiques de l’électorat.

Des officiers de la police aux frontières israélienne à Hébron, près du Tombeau des Patriarches © CC4.0/Sharon Azran/B’Tselem


Eva Illouz, Les émotions contre la démocratie. Trad. de l’anglais par Frédéric Joly. Premier Parallèle, 336 p., 22,90 €


La politique populiste israélienne mobiliserait ainsi quatre groupes d’émotions : la peur, le dégoût, le ressentiment et l’amour. Dès le début de son histoire, l’État d’Israël s’est constitué comme « démocratie sécuritariste » devant lutter pour sa survie contre une masse indifférenciée et haineuse d’Arabes qui menaceraient d’annihiler les Juifs. L’impératif de se protéger contre l’ennemi et de le tuer a d’emblée prévalu sur le droit, justifiant guerres, conquêtes territoriales et assassinats ciblés. C’est après le procès Eichmann, après la guerre des Six Jours, l’occupation et l’annexion de territoires hors de toute légalité internationale, que cette peur prend des dimensions quasi mythiques et que la Shoah commence à « jouer un rôle central dans la psyché collective israélienne », l’ennemi arabe étant « nazifié » comme l’a écrit Idith Zertal. « Blaming the victims », disait Edward Saïd. Eva Illouz, quant à elle, se refuse à « affirmer de façon catégorique qu’il y avait ou qu’il n’y avait pas d’autre manière de garantir la sécurité de l’État d’Israël ».

La peur prend aussi, comme chez les suprémacistes blancs, le visage de la menace démographique que représenteraient les bébés non juifs venant au monde en Israël. Ainsi se trouvent justifiées les mesures discriminatoires imposées aux Palestiniens d’Israël qui, par exemple, ne peuvent transmettre leur nationalité à leur conjoint.e quand bien même il ou elle viendrait des Territoires occupés ou d’un camp de réfugiés. Cette peur engendre une colère et une haine dont Eva Illouz mesure l’intensité dans les entretiens qu’elle a menés avec des Israéliens et des Israéliennes de tous bords. Elle n’a pas cherché à rencontrer ceux qu’elle persiste trop souvent à appeler les « Arabes », comme si elle-même était prisonnière, tout en la décrivant, de cette peur qui fait de l’ennemi une « entité impénétrable – une sorte d’animal tapi dans l’obscurité, invisible et dangereux, indiscernable », qu’il devient alors « bien plus facile de tuer, de torturer, de harceler, d’arrêter, de terroriser ». Cette peur, « émotion privilégiée de la droite » et instrumentalisée par elle, a toujours été présente dans ce qu’il faut bien appeler les « colonies de peuplement », comme le montraient si bien les vieux westerns avec leurs récits de la conquête de l’Ouest et la présence menaçante des « Indiens ».

Lorsque Eva Illouz constate que depuis sa création l’État d’Israël vit dans un état d’exception permanent qui « lui permet de contourner la loi de façon routinière », elle ne cherche pas à en savoir davantage. La sociologue occulte ou ne parvient pas à affronter la réalité de l’expulsion violente en 1948 des Palestiniens hors du pays qui était le leur et celle des violences extrêmes qui l’ont accompagnée. La question est pourtant bien documentée et a fait l’objet de nombreux travaux d’historiens, à commencer par Baruch Kimmerling selon qui c’est avec la Nakba (la catastrophe) qu’a débuté le « politicide » des Palestiniens. Dans un documentaire réalisé par le cinéaste Alon Schwartz (Tantura, 2022), des vétérans de l’armée israélienne racontent comment ils ont tué ou vu tuer plus de deux cents habitants du village de Tantura. Leurs corps ont été enfouis dans une fosse commune recouverte par une dalle de béton. Elle se trouve aujourd’hui dans ce qui est un parking de la station balnéaire – « sublime », disent les guides touristiques – de Dor Beach.

Les émotions contre la démocratie, d'Eva Illouz

Peut-être les soldats qui tirèrent ainsi à bout portant sur des paysans désarmés éprouvaient-ils du dégoût envers leurs victimes ? C’est à cette « émotion sociale », expression de la « peur de la promiscuité, de la proximité et de la mixité », qu’Eva Illouz rattache le racisme. Hitler, rappelle-t-elle, comparait les Juifs à « des asticots dans un corps en putréfaction ». Le rabbin Meir Kahane, fondateur du parti d’extrême droite religieuse Kach, aurait importé de son Amérique natale le racisme anti-noir des suprémacistes blancs et l’aurait transféré sur les Arabes. Ses idées furent reprises par beaucoup d’autres formations qui devinrent ainsi des « entrepreneurs du dégoût », lesquels, à la manière des évangélistes blancs des États-Unis, puisèrent dans les textes religieux des arguments pour préserver la pureté ethnique et la « sainteté » de la terre d’Israël. Massivement présentes chez les habitants des colonies, ces idées se sont répandues dans la population, ne visant pas seulement les Arabes, mais aussi les laïcs, les gens de gauche, les féministes, les homosexuels, considérés comme des substances dangereuses. Eva Illouz en attribue la cause à l’occupation en cours des Territoires palestiniens.

Une des questions fondamentales qu’a toujours posées la montée des mouvements fascistes, et ce depuis les années 1930, c’est celle de la base populaire de l’électorat qui les porte au pouvoir. S’agissant d’Israël, Eva Illouz invoque à ce propos une autre émotion, le ressentiment, qu’éprouverait le groupe ethnoculturel des Mizrahim, constitué par les Juifs (dont elle ne dit pas qu’ils étaient arabophones) « dont les parents ou les grands-parents avaient quitté leurs pays d’Afrique ou d’Orient (le Maroc, l’Irak, le Yémen, et de nombreux autres pays » pour venir vivre en Israël. Discriminés à leur arrivée par les élites de la gauche ashkénaze, et largement défavorisés par rapport aux Juifs originaires d’Europe, leur sentiment d’injustice et leur désir de prendre leur revanche les auraient conduits à soutenir des formations de droite voire maintenant d’extrême droite. Certes. Mais avec ce tableau brossé à très grands traits, Eva Illouz passe sous silence ou ignore l’existence de mouvements mizrahis tout à fait « progressistes » et soucieux de ne pas rompre avec leur arabité, telle la Coalition démocratique arc-en-ciel misrahi fondée par le sociologue Yehouda Shenhav. Elle semble également oublier le rôle joué dans la droitisation de la scène politique israélienne par les Juifs venus d’Union soviétique. L’un d’entre eux, Avigdor Liberman, alors ministre des Transports, n’avait-il pas proposé, en 2003, de conduire les prisonniers palestiniens en autocar jusqu’à la mer Morte et de les y noyer ?

Les émotions contre la démocratie, d'Eva Illouz

La plage de Dor Beach, au sud du kibboutz de Nahsholim, construite sur les ruines de l’ancien village palestinien de Tantura, où des centaines de Palestiniens ont été tués en juin 1948 par les forces paramilitaires israéliennes après qu’elles ont conquis le village © CC3.0/Shabatashtiot

Le ciment affectif qui, au-delà de la peur, du dégoût et du ressentiment, lie la population israélienne à un « collectif organique imaginaire », autrement dit la nation définie dans la mouvance populiste selon des critères ethnico-religieux, c’est l’amour de la patrie devenant nationalisme. Or il en va de cet amour comme de l’amour romantique auquel Eva Illouz a consacré plusieurs livres : c’est « un amour qui se révèle d’autant plus fort qu’il reste sourd à la réalité ». Elle rappelle très justement que, lors de la naissance de l’État d’Israël, ce nationalisme « du sang et du sol », imprégné de symboles profondément religieux, s’était montré aveugle aux divisions sociales. Le sionisme des débuts s’était pourtant efforcé de séculariser ces symboles et se voulait laïque. Le nationalisme israélien, désormais acteur majeur de la politique et de la société israélienne, est entièrement adossé à la religion, la gauche laïque qui appelle à une définition civique de la citoyenneté étant dorénavant taxée d’antipatriotisme.

Comment dès lors penser ce « patriotisme démocratique fondé sur un amour critique de la nation » auquel aspire Eva Illouz et qu’elle associe à la fraternité et à la solidarité ? Peut-être en poussant plus loin qu’elle ne le fait la réflexion critique, car on la sent encore très attachée à cette mythologie nationale qu’elle excelle pourtant à décrire. Elle reste très représentative de toute une gauche israélienne prise dans ses contradictions, et qui a tourné le dos aux grandes figures de la pensée juive qui, comme Martin Buber, réfléchissaient avant la création de l’État à une option politique binationale. Dans un texte de 1931, Gershom Scholem écrivait : « Le sionisme n’est pas une puissance céleste, il n’est pas en son pouvoir d’unir l’eau et le feu ». On ne saurait mieux dire.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Marta Dacosta

Así fala Penélope (unha antoloxía de xénero)

Chan da Pólvora, Santiago, 84 páxinas, 15 €, 2022

Escrito por Ramón Nicolás

Nas antoloxías máis salientables que se publicaron ao longo deste ano cómpre citar esta achega da escritora e profesora Marta Dacosta que, ao que sei, foi extraordinariamente recibida de maneira que xa está en circulación unha segunda edición.

Dacosta, así pois, realiza un percorrido, a través da voz de corenta e unha autoras, que exhiben o músculo da escrita poética actual das mulleres galegas. De reparar no título da antoloxía resultaba de regra comezar co poema « Penélope », de Xohana Torres, mais, a continuación, a estrutura da escolla non segue un patrón cronolóxico ou alfabético, nin sequera xeracional, senón que son as propias voces escollidas as que constrúen, páxina a páxina, un discurso propio, loxicamente reivindicativo e contemporáneo, que repara na memoria comunal, na sororidade, no corpo, no traballo, na vertente social…, isto é, na reescrita de moitos motivos que sería longo de indicar aquí, da man de autoras vivas e cunha obra aínda en construción agás a presenza de X. Torres e as de Xela Arias e Luísa Villalta, que lle outorga un sentido propio ao proxecto.

Ademais, o libro enriquécese cun epílogo da responsable da edición onde explica as causas que motivaron o nacemento do presente libro e outras reflexións sobre a intención que guiou a súa redacción, alén dun código QR de inequívoca utilidade didáctica no que se inclúe un índice de autoras con libro individual publicado e unha cronoloxía, un suplemento á escolma que engade un poema de cada unha das autoras que non consta na versión impresa e mais unha unidade didáctica para traballar algúns textos.

Parabéns, finalmente, por esta iniciativa á autora e á editorial responsable de poñer nas mans das persoas interesadas esta antoloxía que chega para quedar, estou certo.

 

[Fonte: cadernodacritica.wordpress.com]

Après la fin de la guerre, ils ont formé un groupe clandestin avec comme dessein d’empoisonner l’eau de grandes villes d’Allemagne et le pain de prisonniers de guerre germaniques.

Nuremberg en 1945. Les Justiciers avaient un plan pour empoisonner toute la ville.

Écrit par Daniel Kraft — traduit par Bérengère Viennot — édité par Sophie Gindensperger 

En 1625, le philosophe britannique Francis Bacon définissait la vengeance comme «une sorte de justice sauvage». «Plus la nature de l’homme tend vers [la vengeance]plus la loi se doit de l’en extirper», écrivait-il. Pourtant, certaines vengeances sont plus acceptables que d’autres: Francis Bacon précise ainsi que «le type de vengeance le plus tolérable concerne ces torts auxquels nulle loi ne peut porter remède».

Bien que la brutalité industrialisée de la Seconde Guerre mondiale eût été inimaginable pour le philosophe et qu’elle le reste pour nous presque un siècle plus tard, la marche génocidaire de l’Allemagne nazie à travers l’Europe s’inscrit sans doute dans la catégorie de «ces torts auxquels nulle loi ne peut porter remède».

La destruction du judaïsme européen, une civilisation millénaire, encouragée par le soutien et l’indifférence d’une société tout entière, est un crime pour lequel aucun système judiciaire ne peut offrir de compensation adéquate. Quelle forme de vengeance, quelle forme de «justice sauvage» peut-on alors considérer comme des réponses «tolérables»?

Tuer six millions d’Allemands

Cette question n’est pas que théorique. Après la fin de la guerre, certaines personnes meurtries par les Allemands s’y sont attelées. Un milicien polonais assoiffé de vengeance, à peine sorti de l’adolescence, a ainsi supervisé le meurtre de milliers de civils et de prisonniers de guerre allemands, dont huit-cents enfants. Et comme l’écrit l’historienne Dina Porat«Il y a eu des Grecs, des Ukrainiens, des Slovaques, des Français, des Italiens, des Hongrois et d’autres citoyens qui, après avoir été libérés des camps, ont refusé de rentrer chez eux avant de s’être vengés.»

Mais jusqu’à la publication de son récent ouvrage, Nakam: The Holocaust Survivors Who Sought Full-Scale Revenge, traduit de l’hébreu à l’anglais par Mark L. Levinson, très peu de choses ont été écrites sur les tentatives organisées par des juifs pour se venger de la Shoah. Nakam, le mot hébreu pour «vengeance», raconte l’histoire d’un groupe de survivants et de partisans combattants restés en Europe après la fin de la guerre, qui ont formé un groupe clandestin appelé Nokmim («Les Justiciers»).

Ce récit va à rebours de l’idée encore trop répandue selon laquelle les victimes de la Shoah sont allées passivement vers la mort. Le groupe des Justiciers était constitué de cinquante juifs qui s’étaient battus en tant que partisans contre les occupants nazis et qui, après la défaite de l’Allemagne, s’étaient engagés à venger la mort de leurs familles et de leurs amis et la destruction de leur civilisation.

En réaction au génocide des juifs d’Europe, Nokmim a ainsi tenté de tuer six millions d’Allemands –hommes, femmes, enfants– en empoisonnant l’eau de grandes villes du pays et en faisant parvenir du pain à l’arsenic aux prisonniers de guerre allemands.

«La vengeance était une sorte
de suicide, parce qu’après, rester en vie n’aurait certainement aucun sens.»

Le Justicier Poldek Wasserman, alias Yehuda Maimon

Le chanteur-compositeur Daniel Kahn évoque ce fait dans sa chanson «Six Million Germans/Nakam»; on le retrouve aussi dans le livre de Rich Cohen publié en 2000, Les Vengeurs, un récit fascinant et digne d’un roman, qui décrit les chefs du groupe et leurs relations, centré sur leur résistance armée pendant la guerre.

Nakam, de Dina Porat, le premier livre à décrire de façon exhaustive les opérations des Justiciers après la guerre et à analyser le volumineux matériel, souvent contradictoire, décrivant les associations du groupe avec les dirigeants sionistes qui ne tarderaient pas à diriger l’État d’Israël, gagnera probablement le statut de livre d’autorité sur ce chapitre aussi complexe que déroutant de l’histoire juive moderne.

Zombies animés d’un besoin de vengeance

Impossible de vraiment imaginer le traumatisme et le désespoir qui motivèrent ces Justiciers. Après les horreurs dont ils avaient été témoins et qu’ils avaient endurées sous l’occupation génocidaire de l’Allemagne, ils étaient unis par la certitude de la disparition définitive de l’idée que le monde était un lieu cohérent et chargé de sens, ainsi que celle de la possibilité de bâtir une nouvelle vie sur les cendres de l’ancienne.

Ils se décrivaient parfois comme des créatures semblables à des zombies, défaites de leur humanité, uniquement animées d’un besoin de vengeance. Comme le disait le Justicier Poldek Wasserman, qui changea plus tard son nom en Yehuda Maimon: «À la place du suicide, lorsque vous rentriez chez vous et que vous découvriez qu’il ne restait plus personne et que l’ampleur de la catastrophe était insupportable, venait la vengeance. La vengeance était une sorte de suicide, parce qu’après, rester en vie n’aurait certainement aucun sens.»

Abba Kovner, le meneur des Justiciers, chef partisan de Lituanie qui deviendra un des poètes les plus célébrés d’Israël, présentait lui aussi le complot de ce groupe comme la réponse suicidaire à un monde devenu invivable. Des dizaines d’années après les faits, il est revenu dessus en ces termes: «Je ne dirai pas que notre réflexion était loin d’être dérangée à cette époque. […] Peut-être pire que dérangée. Une idée terrifiante, intégralement faite de désespoir et qui portait en elle une sorte de suicide.»

Aussi dérangée et terrifiante qu’ait été cette idée, les Justiciers partageaient une implication absolue dans leur objectif de vengeance. Ils étaient motivés non seulement par leur rage suicidaire, leur chagrin et leur désespoir, mais également par la peur que malgré la défaite de l’Allemagne, la Shoah ne soit pas terminée et par l’idée qu’il leur fallait agir hardiment afin d’éviter que les derniers vestiges du judaïsme d’Europe ne soient balayés pour toujours.

Stopper les antisémites violents

Il est facile de se dire que la victoire alliée avait sonné le glas de la violence antisémite en Europe. Mais même après la guerre, comme l’écrit Dina Porat, «des bandes d’anciens nazis, associés à des criminels et à des collaborateurs de guerre, ont continué à tuer des juifs […] et se sont associés comme si leur mission n’avait jamais été terminée».

De nombreux juifs ne sont rentrés chez eux que pour être massacrés par leurs anciens voisins. Dans la ville lituanienne d’Eišiškės, cinq rescapés ont été tués par des assaillants anonymes; leurs corps ont été exposés avec un message écrit à la main qui disait: «Voici le sort qui sera réservé à tous les juifs encore vivants».

Dans toute l’Europe s’était alors répandue la rumeur de l’existence d’une organisation de forces clandestines allemandes spéciales, l’unité Werewolf («loup-garou» en allemand), dont la mission était de continuer à se battre pour le nazisme après la guerre. Les Justiciers étaient convaincus que seules de brutales représailles de masse seraient susceptibles de faire hésiter les antisémites européens violents à répandre davantage de sang juif.

Meurtre massif par empoisonnement

Lors de leurs voyages dans toute l’Europe en 1945 et 1946, souvent avec de faux papiers ou avec l’aide de la Brigade juive, une unité de l’armée britannique, les Justiciers avaient décidé de réaliser leur objectif en ayant recours à deux méthodes. Le plan A, qui prévoyait le meurtre aveugle de six millions de personnes, impliquait de s’infiltrer dans les systèmes de distribution d’eau potable de grandes villes allemandes et de les empoisonner.

Le plan B, l’exécution de masse de vétérans de la Schutzstaffel (SS) et de la Gestapo, comportait le même genre de stratégie et consistait à livrer du pain empoisonné à des camps de prisonniers alliés remplis d’Allemands. Mais comment se procurer le poison nécessaire? En août 1945, Abba Kovner prenait le bateau pour se rendre dans la communauté juive de Palestine, alors sous mandat britannique, pour trouver le soutien dont les Justiciers auraient besoin.

«J’ai menti la conscience tranquille.
À aucun moment, et même encore aujourd’hui, je n’ai eu le moindre doute sur le fait que le plan A était correct et nécessaire.»

         Abba Kovner, le chef des Justiciers

Dans son argumentaire sur le voyage en Palestine d’Abba Kovner, Dina Porat s’attaque à un des aspects les plus controversés et les plus incertains de l’histoire –celui de l’implication des dirigeants politiques et militaires juifs de Palestine dans les opérations des Justiciers–, et lui apporte une solution. Elle démontre que Kovner a délibérément trompé les plus hauts responsables de la communauté juive de Palestine en insistant sur le fait que les Justiciers ne projetaient de cibler que des criminels de guerre.

Assurances fallacieuses

Convaincus par ses assurances fallacieuses, ils ont apporté leur soutien aux opérations des Justiciers. Croyant que le poison servirait à tuer d’anciens SS, pas des civils allemands, les scientifiques Ephraim Katzir (qui deviendra le quatrième président d’Israël) et son frère Aharon ont fourni à Kovner une quantité d’arsenic suffisante pour tuer plus de dix millions de personnes.

En dépit de ses assurances, Kovner avait l’intention d’utiliser ce poison pour mener à bien la mission de tuer des hommes, des femmes et des enfants. Plusieurs années plus tard, il dira: «J’ai menti la conscience tranquille. À aucun moment, et même encore aujourd’hui, je n’ai eu le moindre doute que le plan A était correct et nécessaire.»

Pendant qu’il mentait aux hommes qui ne tarderaient pas à diriger l’État d’Israël, un Justicier appelé Willek Shenar, un juif polonais unique survivant de toute sa famille, a commencé à travailler sous une fausse identité dans l’usine de purification d’eau qui desservait Nuremberg et a échafaudé un plan pour empoisonner toute la ville.

Un cuisant échec

Le 14 décembre 1945, Abba Kovner embarquait pour la France depuis le port égyptien d’Alexandrie en se faisant passer pour un soldat britannique démobilisé. Dans son sac: douze boîtes de lait en poudre remplies d’arsenic, qu’il devait apporter à Nuremberg. Mais alors que son navire approchait de Toulon, un détachement de la police britannique est montée à bord; ils le recherchaient, lui et quatre autres hommes venus de Palestine avec de faux papiers. Paniqué, Abba Kovner a jeté l’arsenic à la mer.

Lorsque ses camarades, en Europe, ont appris qu’il avait été arrêté et que le poison était perdu, ils ont concentré toute leur énergie sur le plan B. En utilisant l’arsenic qu’ils s’étaient procuré grâce à des contacts dans l’ancienne résistance française, les Justiciers empoisonnèrent des milliers de miches de pain destinées au camp de prisonniers de guerre de Langwasser, administré par les États-Unis.

Quelque 2.000 anciens SS sont tombés malades, des centaines ont été hospitalisés, mais aucun n’en est mort. Deux mois et demi plus tard, tous les Justiciers s’installaient en Palestine, après avoir échoué à mener à bien ne serait-ce qu’une fraction de la vengeance aussi violente que spectaculaire à laquelle ils aspiraient si désespérément.

Pas de repos pour les Justiciers

La plus grande partie du livre de Dina Porat qui relate cette histoire est composée d’arguments détaillés décrivant avec précision les préparations logistiques du projet des Justiciers et les relations complexes et souvent tendues entre ce groupe d’activistes et les dirigeants juifs de Palestine.

Ces parties intéresseront surtout les spécialistes d’histoire juive et européenne moderne. Mais les dernières pages, qui passent en revue les réflexions plus récentes des Justiciers sur leur complot visant à tuer six millions d’Allemands, sont particulièrement déchirantes, surtout lorsque l’autrice suspend son objectivité intellectuelle pour montrer leurs cicatrices psychiques.

«Ils ont essayé de faire ce que Dieu aurait dû faire, s’il n’avait pas été imaginaire.»

         Le Justicier Yitzhak Avidan, en 1995

Elle y relate une interview conduite en 2010 avec Idek Friedman, un Justicier alors très âgé. L’entretien était presque terminé lorsque soudain, d’un seul coup, Idek est sorti du présent. Il était assis, tendu, penché vers l’avant, les yeux fixés sur un point quelque part au-dessus de la bibliothèque. De sa gorge a jailli un hurlement: «Pourquoi?! Pourquoi?! Pourquoi l’opération a-t-elle été arrêtée?! Mon père, ma mère ne me pardonneront jamais de n’avoir rien fait! Maman, papa, je n’ai rien fait! Ils les ont déshabillés et ils les ont abattus. Je suis rentré chez nous et tout était vide. Nous étions sept enfants. Mon oncle en avait dix. Nous aurions dû réessayer, encore, et encore!» Ses cris semblaient ne jamais s’arrêter.

Et face à ce hurlement sans fin, les idées rationnelles de justice et de rétribution semblent irrémédiablement dépourvues de sens.

«Idéologie destructrice»

Au fil du temps, nombre de Justiciers en sont venus à changer d’avis à propos du plan A. Avec le recul, Simcha Rotem le qualifie «d’idée totalement démente» et laisse entendre que le sentiment de culpabilité d’avoir assassiné tant d’enfants l’aurait conduit au suicide; Vitka Kempner-Kovner, Justicière qui a ensuite épousé Abba Kovner, qualifie leur tentative de meurtre de masse de «concept satanique» et «d’idéologie destructrice».

Mais d’autres ont entretenu l’idée de justification morale. Comme l’a dit le Justicier Yitzhak Avidan en 1995: «Si Jésus avait vécu la Shoah, il aurait aidé à fonder Nokmim. Et si Kovner n’était pas parti en Palestine, ils auraient mis le plan A à exécution. Aucun doute là-dessus. Les camarades sont restés moralement purs tout en faisant un travail sale et infâme. Ils ont essayé de faire ce que Dieu aurait dû faire, s’il n’avait pas été imaginaire.»

Dans le récit de Dina Porat, les Justiciers sont présentés comme des êtres de paradoxe: chacun est imprégné de valeurs humanistes, mais, en même temps, a été si meurtri par le génocide enduré qu’il désire désespérément infliger cette même violence à des millions de gens.

Au-delà de l’ampleur et des détails de l’analyse, le génie de l’historienne repose dans sa capacité à présenter ces contradictions et ces complexités sans les réduire à un récit unilatéral ou à un jugement moral. Pour les survivants traumatisés, un génocide ne peut pas avoir de résolution satisfaisante et, dans sa description des conséquences de la Shoah, Nakam est l’histoire troublante et profondément humaine de la poursuite d’une «justice sauvage» là où nulle justice n’est possible.

Nakam: The Holocaust Survivors Who Sought Full-Scale Revenge

Dina Porat

Stanford University Press

394 pages

40 dollars

Sortie le 22 novembre 2022

Non traduit

 

 

 

[Photo : Keystone/Second Roberts Commission via Wikimedia Commons – source : http://www.slate.com]

« La forme d’une ville change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel. » Ce poncif – baudelairien, mais poncif « quand même » pour reprendre le titre du livre –, Jean-Christophe Bailly en montre la profonde vérité, dans un petit livre dense et attachant, au gré des lieux, un guide intime qui hésite entre la leçon d’architecture et la déambulation, entre la nostalgie d’un vieux Paris populaire un peu idéalisé (Belleville…) et la colère bien actuelle face aux projets arrogants et monumentaux des architectes à la mode, et d’abord la luxueuse rénovation, pour lui symbolique, de la Samaritaine, qu’il voit comme un « attentat contre l’être même de Paris ».


Jean-Christophe Bailly, Paris quand même. La Fabrique, 233 p., 13 €

Cédric Feriel, La ville piétonne. Une autre histoire urbaine du XXe siècle ? Éditions de la Sorbonne, 314 p., 25 €

Paris (2012)

Écrit par Jean Lacoste

Le temps n’est plus où Rousseau allait herboriser dans les alentours de Charonne, mais c’est lui qui le premier a forgé cette relation sentimentale à la ville dont témoignent tant d’écrivains contemporains dont Bailly dresse la précieuse liste. Relation qui s’exprime par excellence dans la flânerie, cette expérience singulière du temps et de l’espace que Walter Benjamin mettait au cœur de sa vision si équivoque de Paris, comme capitale du XIXe siècle. De fait, longtemps, la ville, pourtant née du commerce et du travail, du luxe et du lucre, s’est prêtée plus qu’aucune autre à la flânerie innocente et est restée relativement inchangée dans sa physionomie, dans sa « forme », quoi qu’en dise le poète. Et à la flânerie s’offrait opportunément le « labyrinthe des passages », cette « création enjouée de l’ère de la marchandise », comme l’écrit joliment Jean-Christophe Bailly.

Certes, ce Paris est resté longtemps à peu près identique à lui-même après les bouleversements traumatisants de Haussmann, il est demeuré malgré tout fidèle à un « fonds proprement nervalien » pour reprendre une formule heureuse d’Éric Hazan à propos des Nuits d’octobre qui a trouvé ses résurgences avec le surréalisme. Il a connu malgré cela des tentatives assez brutales d’architecture monumentale, des « gestes » destructeurs comme la place des Fêtes dans le XIXe arrondissement ou les projets de modernisation du président Pompidou. Nous aurions bien d’autres exemples, ne serait-ce que les tours babyloniennes que les édiles veulent dresser ou ont dressées autour de la ville. Mais ce ne sont pas principalement les aberrations de Jean Nouvel et alii qui nourrissent la colère de Jean-Christophe Bailly, son envie de « bagarre », son ton de polémique, son pamphlet.

Ce qui alimente sa verve militante est un phénomène plus insidieux, plus discret, plus hypocrite : la technique confirmée de la dévitalisation par l’argent : une « lente désappropriation » qui écarte les milieux populaires au profit du luxe d’aéroport. Certes, Jean-Christophe Bailly n’est pas hostile par principe à l’architecture du XIXe siècle, il a des mots aimables sur les réalisations de l’Allemand Hittorf mais il s’indigne – avec les chambres à 1 000 euros de la nouvelle Samaritaine – de voir la marchandise devenir omnipotente, écraser par sa vulgarité inutile tout l’espace libre et dissiper « le potentiel utopique de la capitale », la vitalité d’un peuple « remuant ». Il y a bien sûr de la nostalgie dans cette philippique contre « le consumérisme hédoniste de masse », une nostalgie qui s’assume par instants comme un peu réactionnaire. Jean-Christophe Bailly ne dissimule pas qu’il apprécie le zinc gris des toits, il énumère avec délectation les commerces exotiques de la rue du Château-d’Eau, déplore la disparition près de la Sorbonne de tel restaurant chinois et admire (malgré le bon sens écologique) l’abondance persistante des vieilles halles et des marchés en plein air. Et il n’aime pas l’embarrassant Jeff Koons.

Paris quand même, de Jean-Christophe Bailly : Paris dévitalisé

Paris (2012)

Il est vrai, et cela explique la prudence dont fait preuve Jean-Christophe Bailly dans l’évocation d’une forme possible de ville durable, que les tentatives innovantes n’ont pas toujours donné les résultats escomptés. L’utopie des architectes de talent a beaucoup massacré, au moins autant que les défenseurs acharnés de l’automobile… Et le Paris populaire est loin d’avoir disparu. C’est la dialectique parisienne. Dans un livre fort bien fait, et qui devrait éclairer édiles et aménageurs, de Paris et ailleurs dans le monde, l’historien Cédric Feriel retrace les efforts pas toujours vains dans les « métropoles ordinaires » (Rouen, Munich, Amsterdam, Minneapolis, etc.) pour instaurer une ville piétonne. Il rappelle en même temps les obstacles, les déceptions, les erreurs qui ont caractérisé les tentatives, à l’époque mal comprises, pour implanter des zones piétonnes dans les grandes villes comme Londres, New York ou Paris, à la gouvernance délicate. Le cas des Halles parisiennes au temps de Jacques Chirac, une fois admis le succès de Beaubourg et de sa piazza, montre ce à quoi aboutit une réforme quand elle est engagée sans vraie conviction, à contrecœur, alors que, en réalité, se met en place en silence un secteur piétonnier parmi les plus vastes au monde. Mais « le souffle politique n’y est plus – observe Cédric Feriel – et « en janvier 1982 le maire de la capitale annonce la réouverture de la rue Saint-André-des-Arts à la circulation automobile ». Les temps sont durs pour les piétons, aujourd’hui encore.

Le titre du livre de Jean-Christophe Bailly, Paris quand même, dit tout et donne à penser : la critique radicale et rageuse d’une fausse modernité y est tempérée par l’attachement qui demeure pour ce qui est et pourrait advenir dans cette ville toujours séduisante.

 

[Photos : Jean-Luc Bertini – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Berlin-Wannsee, 1925 : deux couples de femmes dansent sur la plage au son d’un gramophone… Le plaisir du son, la rencontre des corps… L’image aussi sensuelle que mystérieuse s’affiche en couverture de l’essai d’Playlist : Musique et Sexualité.

 

Écrit par Michèle Tosi

Quelle est la place de la musique dans la pratique sexuelle des individus et celle du sexe dans la pratique musicale ? Quelles sont les musiques qui peuvent accompagner ou susciter l’acte sexuel ? Comment la musique exerce-t-elle son pouvoir érogène ? Quel lien entretiennent le sexe et le son ? Autant de questions auxquelles répond Playlist, l’essai d’, musicologue et directeur d’études à l’École des Hautes études en sciences sociales, dans un ouvrage qui, selon ses termes, « voudrait contribuer à une histoire sonore de la sexualité ou encore à ce que l’on pourrait appeler, avec un clin d’œil, les sex sound studies ».

Comme toutes les playlists, celle d’Esteban Buch comporte un certain nombre de plages, 16 numéros que l’on peut lire en continu ou parcourir de manière aléatoire, chacun d’eux abordant la problématique sous un angle singulier qui défie toute chronologie. L’auteur suscite lui-même des entretiens avec les personnes de son choix (4. Monique et Rémy et les autres) ou nous fait part des enquêtes menées ici ou là, en Grande-Bretagne par exemple (2. Sex playlists) pour le compte de Spotify. La plage 3 consacre une étude à Comizi d’amore, ossia Il Don Giovanni de Pier Paolo Pasolini, un film-enquête sur la sexualité où les interviews sont systématiquement accompagnées par la musique du Don Giovanni de Mozart. Le morceau choisi pour faire l’amour diffère selon la pratique et le ressenti de chacun.e : il peut être simple toile de fond ou requérir une écoute plus investie, la musique pouvant même s’inviter en tant que troisième voix, virtuelle ou dûment incarnée : tel qu’en témoignent ces deux fresques de Pompéi (8. « Triangle à Pompéi ») reproduites et décrites par l’auteur, où le joueur de tibia (tibicen) se penche en avant « pour que l’instrument soit au plus près des corps des amants ». Dans « Machines du meilleur des mondes », Buch s’intéresse à l’analyse du jazz à travers un texte inédit d’Adorno (retiré d’ « Über jazz ») et creuse la question du lien entre sexualité et danse.

Les numéros 9 à 16 se consacrent plus spécifiquement aux œuvres du répertoire : Lady Macbeth du district de Mtsensk et la censure de Staline, L’Histoire du soldat de Stravinsky (16. « Remède à la mélancolie »), Sonata erotica (performance scénarisée de l’acte sexuel signée Erwin Schulhoff) ou encore Tristan und Isolde et l’érotisme musical wagnérien. Dans sa critique du capitalisme patriarcal, relevée par l’auteur (9. « Dada et Isolde »), Susan McClary (cf. Ouverture féministe, Musique, genre, sexualité) analyse le processus du climax final des œuvres classiques et établit une analogie formelle entre cet état climactique et l’orgasme masculin. Rien de tel dans Sonata y Oswaldo, une performance de la Nord-américaine Carmen Balieiro (12. « Aimer la musique ») où l’interprète, Sonata, vient s’allonger sur Oswaldo (croquis à l’appui), faisant l’amour avec son piano. Dans « je t’aime et cœtera » (14), la chanson de Gainsbourg à côté de celle de Madonna (Erotica) et cette même Erotica de Pierre Schaeffer et Pierre Henry (extraite de Symphonie pour un homme seul) sont autant de titres qui fêtent l’amour et le sexe.

D’autres facettes (plaisir et pouvoir), d’autres horizons (l’organologie, le monde animal) et d’autres pratiques amoureuses en musique nourrissent ce flux de variations sur le même thème, « tant le sexe et l’amour sont présents dans toute l’histoire de la musique, quel que soit le genre musical concerné », souligne l’auteur.

Peu d’auteurs s’étaient encore penchés avec une telle pertinence sur la relation musique et libido ; cette vaste enquête sociologique menée de main de maître par Esteban Buch exerce au fil des pages un indéniable pouvoir attractif.

Playlist, « Musique et Sexualité ». Esteban Buch. Éditions MF. 297 pages. 20 euros. Septembre 2022

 

 

[Source : http://www.resmusica.com]

Gato Barbieri. Un sonido para el Tercer Mundo

Escrito por Abel Gilbert

Leandro “Gato” Barbieri fue una virtuosa anomalía, el hijo de una trama cuya densidad resultaría intolerable en este presente. Sergio Pujol se propuso algo más que un rescate. Gato Barbieri. Un sonido para el Tercer Mundo, su último libro, lo colocó en la tarea del perseguidor. El autor ha seguido los rastros del saxofonista desde la Rosario natal hasta su partida del mundo, en 2016 y a los ochenta y tres años, con deslumbrante meticulosidad. Pero estamos frente a un libro que es algo más que una biografía: se trata de un estudio cultural con la música en el centro, en el que se problematizan no solo las derivas del jazz, sino también las tensiones —retóricas— entre la autonomía del arte y la política en años de ebullición e ilusiones transformadoras que han salido por completo de la agenda.

Ante todo, Pujol escucha. Lo hace con fruición, pedagogía y un esfuerzo por captar el detalle y el matiz. Reflexiona de manera ejemplar sobre la materialidad del saxo gatuno, el aire que lo atraviesa y constituye, el efecto deseado de los sobreagudos, la sutileza de sus graves, la sustancia misma de la vibración. El soplido, en definitiva. Disecciona estilos (el paso del bebop al free y más allá), referencias, territorios, oficios, relaciones, complicidades (con Bertolucci y Glauber Rocha), nombres propios que van marcando la carrera de Gato: Coltrane, claro, pero también la escena italiana y parisina, Don Cherry (¡ese disco compartido del 65, Togetherness!), Carla Bley y la asociación con Liberation Music Orchestra, el ensamble de Charlie Haden, todas estaciones esenciales de la carrera internacional de Barbieri antes y después de recalar en Nueva York, donde, curiosamente, se encuentra con su destino sudamericano.

De ahí el subtítulo del libro, “Un sonido para el Tercer Mundo”. La preposición es clave: nos habla de una finalidad, un destino cuyos trazos el autor sigue de cerca. Dicho de otra manera: Gato tuvo un proyecto y lo llevó tan lejos como pudo, mientras las circunstancias y el deseo lo acompañaron. Y ese deseo también implicaba un oyente fuera de Manhattan o los circuitos europeos. “Por primera vez en su vida, su amor por el jazz quedaba subordinado a su identidad latinoamericana”, dice Pujol acerca de ese momento crucial. “Quienes lo conocían desde mucho tiempo atrás no pudieron dejar de advertir lo difícil de aquella elección. Era más que un giro estético: era una verdadera reinvención”. Gato salió a discutir “la idea hegemónica de un free jazz negro”. Lo suyo fue una “vía latinoamericana del free”.

Señala Pujol: “Una biografía de Gato Barbieri puede leerse como un relato de una épica personal sorprendente, pero también como la historia de una identidad en construcción capaz de superar la dialéctica entre lo local y lo universal”. Esto lo hace ubicar a su personaje en el podio que merece, cuando palabras como “hibridación”, “mezcla”, “pastiche” o “bricolaje” forman parte de una jerga crítica que por lo general no repara en que ciertos cruces, hoy apenas ademanes menguantes, resultaron una osadía en el momento en que Barbieri los propuso. “Intrepidez”, se dice, para destacar la articulación entre el jazz y determinados folclores latinoamericanos, una juntura que, a través de su saxo, tuvo una “incuestionable originalidad”. Como bien se documenta en las páginas del libro con apabullante información y altura reflexiva, Barbieri puso en tela de juicio el tópico de lo “latino”, circunscrito al ritmo de las congas y el timbal de Tito Puente por muchos años (¿qué haría un artista como Gato en tiempos de ecumenismo procaz como el de este presente de reguetón?).

El libro es una invitación a revisar la mejor producción de Gato, desde In Search of the Mystery, el discazo de 1967, hasta otras perlas como The Third WorldUnder FireBolivia, con sus inscripciones guevaristas, Chapter One: Latin America y Chapter Two: Hasta Siempre. Este último trabajo se cierra con una versión descomunal de “Juana Azurduy”, la canción de Ariel Ramírez y Félix Luna incluida en Mujeres argentinas. “Latinoamérica”, repite el saxofonista, tres veces, antes que la máquina voraz se ponga en marcha. Volver a esos discos acompañados por el saber de Pujol es un viaje que se agradece.

La escritura de Jazz al sur, hace casi veinte años, le permitió a Pujol construir una cartografía que, con Gato, se vuelve más detallista. En uno y otro libro aparecen algunos nombres en común. Acá, obviamente, son los Barbieri, Leandro y su hermano Rubén, los que funcionan, junto con Lalo Schifrin, como protagonistas de un ambiente por lo general desconocido u olvidado. Y ahí también aparece Astor Piazzolla. Gato y el bandoneonista se cruzaron a comienzos de los sesenta en dos sitios claves: Jamaica y 676. Uno, Barbieri, tartamudo. El otro, rengo. Ambos, dotados de un afán de conquista que los llevó a ganarse el reconocimiento internacional. Hubo un tiempo en el que se prodigaron elogios. Pujol muestra el punto de ruptura a partir de Last Tango in Paris, cuya música compuso el saxofonista, pese al berrinche del marplatense, y lo hace sin tomar partido por los contendientes. Deja que el lector saque sus conclusiones sobre las razones del distanciamiento.

Mucho más fértil parece haber sido para Barbieri su relación especular con Julio Cortázar. No porque fueran verdaderamente compinches, sino por aquello que Pujol marca para encontrar sus aproximaciones: “Cortázar no hubiera podido escribir Rayuela quedándose en Argentina, pero tampoco lo hubiera podido hacer sin haberse convertido en escritor en su primer país […] Del mismo modo, The Third World Bolivia eran discos inconcebibles tanto para un músico de jazz no argentino como para un jazzman porteño que jamás hubiera salido de Buenos Aires. El escritor y el músico creaban un vaivén entre universos disímiles”. De ahí que a Gato no le interesara la música argentina antes de su “epifanía” tercermundista, iluminación esta que en tiempos de globalidad promiscua y absoluta disponibilidad de las referencias parece imposible de materializarse. En ese sentido, el libro es también una historia de las pasiones y los horizontes de expectativas que la agonía del modernismo todavía invitaba a experimentar.

La declarada admiración no inhibe al autor de detectar el cenit y nadir de Gato. Y por eso recuerda que, a partir de Caliente, Barbieri emprendió un “derrotero menos arriesgado y comercialmente más exitoso”. Esta oscilación no fue patrimonio de Barbieri, sino también el modo en que una nueva época dejaba sus marcas en quienes habían atravesado ese periodo tan excepcional de la música popular de tradición artística, en especial entre mediados de los cincuenta y hasta la crisis del petróleo, es decir, 1973, por precisar un posible (y quizá discutible) punto de corte.

Gato Barbieri. Un sonido para el Tercer Mundo es un acto de vindicación y, a la vez, un libro que, sin alaridos, sale a discutir los estatutos de la creación en tiempos de liquidez y anomia. A la música le faltan quizá uno, dos, muchos Barbieris, sentimos al abandonar la última página.

Sergio Pujol, Gato Barbieri. Un sonido para el Tercer Mundo, Planeta, 2022, 384 págs.

 

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

Prezentado por Anet PASE

En los diyas pasados meldi la istorya de Eddie Jaku, un sovrebiviente del Olokosto. En este livro enkontri munchos temas de los kualos me plaze avlar kon mis ijos i kon mis inyetos sovre la vida, afilu ke son propozisyones de la boka de una madre i no les plaze sintir muncho estas kozas. Este livro ya tomo su lugar entre mis livros de mi kavesera. La idea prinsipal del livro es ke la vida se forma kon muestras eleksiyones. Kualo son estas eleksiyones? Por egzemplo, komo keres bivir tu vida? Keres ser orozo o no? Keres azer un efekto pozitivo o negativo a tu entorno? Keres kontribuir al mundo una koza buena? A kual benadam no le plaze ser orozo. Ma malorozamente no es fasil por dingunos. El benadam puede dizir “la vida me trusho solo tristeza, sufrimiento o provedad. No tengo dinguna posibilidad para ser feliz. Komo va tener esperansa?”

En realidad es solo esta manera? Eddie Jaku es un sovrebiviente de Auschwitz. El salyo del kampo 28 kilos, despues de 7 anyos i bivyo 101 anyos en Australia komo un ombre muy, muy feliz del mundo, kon sus keridos, ijos, ermueras, inyetos i bisinyetos. Kuando salyo del kampo de konsantrasyon, mientras ke era desparesido, i el puerpo yeno de granos inflamados, se konosyo kon su mujerika, Flore, i tomo a su primer ijo en sus brasos, se djuro ke el iva bivir la mas feliz vida para vengarse de Hitler. “Afilu kuando se eskurese muncho, el mundo syempre es yeno de miraklos”.

Kontar este livro kon pokas linyas va ser kategorizarlo komo un livro de otoayudo. Esto no es lo kero. Meldá este livro i topá las lesones por vuestra vida. Vash a ver el trokamiento de korason i vida por vuestras eleksiyones.

Tengo muncho dezeo de ver a los mansevos, un pokitiko ke keden, ke pensen a lo ke es importante. Oy en sus vidas estan penando para dar a sus famiyas konfor, rikezas, komodidad. Se olvidaron los mas valutozos. La importansya de la amistad en lugar de pasar un diya bueno. La importansya de tomar dover de ayudar a los ke sufren i a los menesterozos. La importansya de amostrar una chika i simple delikadeza puede salvar a una persona dezesperada. La saviduria es mas importante de la moneda i si tyenes una maniya de oro en tu braso, puedes salvar a otras vidas. Seyas feliz kon lo ke tyenes en la mano. No mires a tu vizino o lo ke tyene tu vizino en su mano.

Abraham Salomon Jakubowitz kon el nombre ke lo konosomos, Eddie Jaku eskapa su livro kon estas palavras:

« El amor me salvo.

Mi famiya me salvo.

Felisidad no va kayer del sielo de si para si. Felisidad esta aryento de tus manos. Kuando partisipas, vas a ver ke la mas unika koza, se aze dopyo.

La unika vengansa ke me interesa i la mijor vengansa para mi es, ser el mas felis ombre del mundo.

Kerido amigo muevo miyo, espero mi livro i mis palavras te alkanse i te toke. »

 

[Orijin: http://www.salom.com.tr]

En Maurice Hall interpreta el paper de l’anglès convencional, però, darrere la façana de noi modest i generalment conformista, hi ha un creixent desig i atracció cap als homes. A través d’en Clive, que coneixerà a Cambridge, i l’Alec, el guardabosc de la finca rural d’en Clive, en Maurice experimentarà un intens i revelador despertar emocional i sexual.Una novel·la de passió, valentia i desafiament que condemna les actituds repressives de la societat britànica. Una història d’amor commovedora que és alhora la narració d’un íntim descobriment eròtic i polític. ‘Maurice’ és una novel·la profundament personal que Forster va acabar d’escriure el 1914 però que, per por que suposés el final de la seva carrera, va guardar durant més de cinquanta anys. Va ser publicada pòstumament l’any 1971.

Biografia de l’autor

Edward Morgan Forster (1879-1970) va estudiar a l’exclusiu King’s College de Cambridge, on va freqüentar cercles intel·lectuals que més tard es convertirien en el Grup de Bloomsbury. Va viatjar per Europa i pel nord d’Àfrica com a voluntari de la Creu Roja durant la Primera Guerra Mundial. Després de la contesa, va treballar diversos anys com a secretari personal del Maharajah de Dewas. Tot i que ja havia donat a la llum altres obres, com ara ‘Una habitació amb vistes’ (1908) o ‘Howards End ‘(1910), va ser la seva experiència asiàtica la que li va servir per crear el seu primer gran èxit editorial: ‘Passatge a l’Índia’ (1924).

Títol: Maurice
Autor: E.M. Forster
Editorial: Navona
Pàgines: 280
ISBN: 978-8419311306

[Font: http://www.racocatala.cat]

Escrito por Ramón Nicolás

Pemón Bouzas

Cando os lobos escoitaban a radio

Xerais, 272 páxinas, 17,95 €, Vigo, 2022

Dispomos dun heteroxéneo e suxestivo corpus narrativo e histórico, desde algúns anos, que se asoma á resistencia guerrilleira ao franquismo en Galicia, que non foi anecdótica nin banal como se recoñece por multitude de historiadores. A este específico grupo de propostas súmase desde hai algunhas semanas a novela Cando os lobos escoitaban a radio do xornalista Pemón Bouzas.

O escritor intérnase nun ámbito no que dirixe unha ollada consciente e verosímil ao que ocorreu, nunha sociedade moral e materialmente devastada polos efectos da guerra civil, nun espazo concreto que adquire evidente categoría de protagonista como é o territorio que comprende unha gran parte do Bierzo, as montañas lucenses e ourensás e, sobre todo,  a comarca leonesa de La Cabrera. É aí onde un grupo de persoas abrazan a resistencia armada como único obxectivo que goberna as súas vidas e onde, no seo das conviccións éticas de cadaquén, se van xerando algúns dos conflitos, dúbidas e incertezas que se deron no seo da partida liderada polo guerrilleiro Girón. Sobre este, e as relacións cos demais membros do seu grupo co pano de fondo da delación e a traizón que sufriu, céntrase unha novela que proxecta un resultado moi efectivo ao relatarse desde unha tripla perspectiva: velaí a voz de Alida, a acompañante de Girón, respecto da que deitan novos matices nun perfil ao que se lle atribuíron falsamente actuacións das que nunca foi responsable; a do garda civil Núñez e mais a do traidor, Xosé Rodríguez Cañueto, chamado Joseliño. Todos eles, cómpre salientalo, tratados con solvencia, singularidade e verosimilitude, especialmente este último nun deseño que nolo presenta como unha figura deshonesta e carente de escrúpulos.

A novela, ademais do seu intrínseco valor histórico, é ficción e manexa unha abondosa documentación sen que se advirtan as costuras. Goza, así mesmo, de partes construídas con brillantez -véxanse as relativas ao cerco que a garda civil lles tende ao maquis e outras de fondo alento descritivo- que posibilitan asomarse a un atraente exercicio profiláctico contra a desmemoria. Nela todo cobra pleno sentido nesa espiral inacabable que simboliza a condición humana e o que esta nos pode deparar en situacións extremas.

 

[Fonte: cadernodacritica.wordpress.com]

El nuevo libro de la ensayista Rebecca Solnit permite leer a Orwell desde las aristas menos atendidas de su obra y su pensamiento

George Orwell hacia 1940, en un retrato retocado por Cassowary Colorizations

Escrito por ALEJANDRO BADILLO

En estos años ha resurgido la figura de George Orwell (1903-1950). Hay distintas razones. La llegada a la presidencia de Donald Trump en 2017, por ejemplo, magnificó el debate sobre la verdad, la manipulación y las noticias falsas. Estos temas recorren la obra del escritor inglés, particularmente en la novela 1984, un clásico que no ha perdido vigencia en un mundo en el que la posverdad parece determinar nuestras percepciones. Como sucede en el debate –o ausencia de este– en los medios y redes sociales, se recurre a lo inmediato y a lo fácilmente reconocible en la obra orwelliana, cuando el alcance de sus ideas llega no solo a la política sino al totalitarismo del sistema económico mundial, entre otras perspectivas.

La ensayista estadounidense Rebecca Solnit (1961) retoma en Las rosas de Orwell las inquietudes del escritor que se reflejan en sus textos de ficción pero también en sus diarios, ensayos y artículos de prensa. Recorre su biografía y la entrelaza con los tiempos convulsos de la primera mitad del siglo XX. Como en sus anteriores libros –destaco especialmente Wanderlust. Una historia del caminar (2000)– Solnit explora a profundidad las amplias posibilidades del ensayo: salta de un tema a otro; describe un viaje, pero también recurre a la exploración bibliográfica, y se mueve en diferentes épocas para capturar la complejidad del autor.

El hilo conductor del libro es un tema en apariencia lejano a la obra del inglés: las rosas y el trabajo en el jardín. Una de las preguntas importantes que surgen alrededor de este pretexto es la verdad, las diferentes maneras en las que podemos serle fieles. El contacto con la tierra fue una de las vías para que Orwell descorriera el velo de las mentiras de su época y, además, consolidara su espíritu crítico, un pensamiento que supo cuestionar el estalinismo, que marcó una parte importante de la historia de la Unión Soviética, sin dar el vuelco a la derecha como muchos intelectuales contemporáneos.

La rosa tiene múltiples significados. Se le asocia, principalmente, al amor romántico o al misticismo religioso. Sin embargo, hay otras perspectivas que pasan desapercibidas. La producción industrial de esta flor, por ejemplo, es una metáfora de nuestros tiempos. A través de un viaje a Colombia en el que visita una empresa exportadora de rosas, Solnit describe los espejismos del capitalismo actual: la precarización laboral está detrás de una flor que simboliza la transparencia de los sentimientos y, por supuesto, la belleza. Esta paradoja se puede encontrar en el ecosistema social en el que nos movemos todos los días: las buenas intenciones –las esperanzas de cambio– encubren un engranaje que no vemos por su complejidad y porque los procesos que mueven nuestras grandes ciudades ocurren fuera de nuestro horizonte. Detrás de la belleza y las buenas causas hay historias que nadie quiere contar ni escuchar.

Orwell supo ver, según Solnit, las contradicciones de su época y de su propia biografía. El autor renunció a una genealogía de terratenientes y nobles para explorar la vida de los mineros y los trabajadores. También se alejó, por largas temporadas, de los círculos intelectuales para explorar, por sí mismo, la vida en el campo y el trabajo con sus propias manos. Este cruce de experiencias le hizo ver a la naturaleza como un acto político. Me parece que esta es una idea fundamental en la aproximación de Solnit vinculada con la crisis climática y social que vivimos. Orwell enfatizó en su obra la necesidad de llevar el arte al terreno en el que significa más: la crítica como transformación social. También la necesidad del disfrute como modo de rebelión ante un ecosistema determinado por el lucro y la productividad que ignora sus propios límites. Juntando estas obsesiones podemos encontrar en la naturaleza –y en el activismo alrededor de ella– una vía para repensarnos de manera profunda, no la contemplación vacía que abunda en nuestros días.   

Rebecca Solnit, Las rosas de Orwell, traducción del inglés de Antonia Martín, Lumen, Barcelona, 2022

[Fuente: http://www.latempestad.mx]

En «El polaco» J. M. Coetzee cuenta, de manera directa, austera y elíptica, el affaire entre una madura mujer de Barcelona llamada Beatriz y un pianista polaco; sus pocos encuentros marcados por el pragmatismo de ella y el amor romántico de él y dificultados por el idioma, ya que se ven obligados a comunicarse en un inglés que solo ella domina razonablemente bien.

 

Escrito por ALBERTO GÓMEZ

1. Ocurre con las novelas como con las drogas. Cuantas más te metes en el cuerpo, más fuertes tienen que ser las dosis siguientes para hacer efecto. Quiero decir con esto que leído cierto número de novelas dar con una obra que te sorprenda o emocione es cada vez más difícil. Pues bien, está novela de Coetzee es, siguiendo con el símil, droga dura. Consigue atrapar, sorprender y, desde su propuesta de máxima expresión con el menor número de palabras, emocionar.
2. El gran mérito de esta novela, su gran triunfo, es el lenguaje (deslucido, a veces, por una traducción a la que le hubiera hecho falta una edición más). Esta misma historia contada con menos contención, con más palabras, podría haber sido apenas una película de sobremesa de domingo. Es el lenguaje el que, al crear diferentes capas de sentido –a base de contención y austeridad expresiva−logra convertir esa trama que podría haber sido banal, en arte.
3. Por momentos, mientras lee, uno tiene la sensación de que Coetzee ha puesto mucho de sí en el personaje del pianista polaco, quizá de ahí la necesidad de contención, de no abrirse demasiado en canal. Es imposible no pensar en la prosa áspera e impersonal de Coetzee al leer sobre la manera de ejecutar Chopin del pianista, ese frío que emana de él y « que cancela cualquier frivolidad ». La misma idea de pertenecer a otra época, de ser ya piezas de museo y sin embargo seguir vivos, trabajando y deseando, parece pertenecer también al propio Coetzee y estaba ya presente en algunas de sus últimas novelas.
4. El hecho de que los parágrafos estén numerados, determina, para bien, la forma de leer, con múltiples elipsis que se aceptan naturalmente. Las escenas fluyen con facilidad y el libro entero transmite una sensación, así, de trabajo directo, desapasionado, sin voluntad literaria –en el sentido de que no se busca la artificialidad o el adorno−. Lo que logra, por supuesto, es hacer así una mejor literatura.
5. Una de las lecturas que tiene la novela es la de ser una reflexión sobre la traducción en un sentido literal y en otro metafórico. Sobre la lengua del amor y sobre el inglés como lengua franca, de frontera global: “un espectáculo cómico, ellos dos haciendo el amor en inglés, una lengua cuyos alcances eróticos son desconocidos para ambos”, dice la novela.
6. Otra lectura: la novela es el acta de defunción del amor romántico en la literatura. Un amor que comenzó con Dante y Beatrice y que, parece decir Coetzee, ya solo permanece vivo en la literatura: « El polaco mismo es una reliquia de la historia y de una época en que el deseo debía estar teñido de lo inalcanzable antes de ser considerado algo auténtico « . El único pero que se le puede poner a la novela es que este mensaje, que había quedado sutilmente disuelto en la narración, está demasiado explícito en el capítulo final, cuyo único propósito parece ser explicar esto. Sin esas pocas páginas finales la novela hubiera sido, tal vez, todavía mejor.
7. Beatriz se niega a ser la Beatrice de Dante. Quiere ser cortejada pero no escrita, le incomoda su papel de musa.
8. Cuando uno acaba la novela no puede evitar volver a los cuatro primeros puntos del capítulo inicial. Allí habla un narrador y lo hace sobre el narrador que va a contar la novela,: de dónde han salido los personajes, qué sabe de ellos al principio, ¿ha llegado su hora de ser escritos? Este inicio –que recuerda a Conrad− es magnífico y abre sutilmente la novela a su dimensión de artefacto literario, sin esconderlo pero a la vez, sin que eso impida la inmersión del lector en la fábula, su credulidad.
9. El amor de Dante por Beatriz o el de Chopin por George Sand, las historias en fin que configuran nuestra mitología del amor, funcionan aquí como espejos en los que se miran tanto los personajes −para aceptar o rechazar ese amor convertido en cultura− como la propia novela, que contrapone el pragmatismo, realista, del amor contemporáneo –representado por Beatriz− a esos mitos que aún viven en el pianista polaco. Todo ello para interrogarse acerca de su vigencia y de su poder actual, para preguntarnos, tal vez, cómo de útiles nos siguen siendo para explicar este mundo. El pastiche como técnica posmoderna toma aquí un aspecto sutil, menos evidente, pero es clave para el mensaje metaliterario.

10. Esta es una gran novela.

 

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]