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Miloš Forman (1932-2018), réalisateur, scénariste et professeur de cinéma, est né en Tchécoslovaquie. Après le Printemps de Prague en 1968, ce chef de file de la « nouvelle vague » tchécoslovaque choisit l’exil aux États-Unis où il réalise des chefs d’œuvre – « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Hair », « Ragtime », « Amadeus » – et est distingué par deux Oscar du Meilleur réalisateur. Arte rediffusera le 8 juin 2021 « Milos Forman, une vie libre » (Milos Forman, ein freies Leben) par Helena Trestikova et Jakub Hejna.

Publié par Véronique Chemla 

Né en 1932, Miloš Forman est orphelin durant la Deuxième Guerre mondiale : directeur d’école, son père est résistant et sa mère, dénoncée, est tuée au camp nazi d’Auschwitz. Plus tard, des indices l’inciteront à penser que son père biologique a pu être un architecte juif.

Formé à l’École de cinéma de Prague, il s’affirme dans les années 1960 en chef de file de la nouvelle vague tchèque.

Il se distingue par ses comédies dramatiques ironisant sur le régime communiste : L’As de pique (1963), Les Amours d’une blonde (1965), Au feu, les pompiers ! (1967).

Après la répression du Printemps de Prague – son ami admiratif le réalisateur Claude Berri ramène de Prague à Paris l’épouse et les fils du réalisateur -, Miloš Forman s’installe aux États-Unis. Là, il y tourne Taking off (1971).

Suivent « Vol au-dessus d’un nid de coucou », « Hair », « Ragtime », « Amadeus »… Son génie dans la direction d’acteurs, la finesse psychologie, et son regard empreint d’humanité teintée d’ironie lui valent d’être distingué à Hollywood par deux Oscar du Meilleur réalisateur.

« La Tchéquie insoumise de Milos Forman »

Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d' »Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst), « La Tchéquie insoumise de Milos Forman » (Miloš Formans rebellisches Tschechien). « Les calmes collines de la Bohème d’après-guerre ont vu éclore le talent de l’un des plus grands cinéastes tchèques, Milos Forman. Dans la Tchécoslovaquie communiste, le jeune homme réalise ses premiers films dans lesquels il dénonce l’oppression et l’absurdité des systèmes autoritaires. Exilé aux États-Unis, il revient à Prague dans les années 1980 pour tourner l’un de ses chefs-d’œuvre, “Amadeus”.

« Milos Forman, un outsider à Hollywood« 
« Milos Forman, un outsider à Hollywood » est un documentaire produit et réalisé par Clara Kuperberg et Julia Kuperberg. « Milos Forman, adolescent, afin d’éviter de faire son service militaire, entre dans la première université qui l’accepte, celle de cinéma ! Malgré les contraintes de la bureaucratie stalinienne, il s’impose comme le créateur de la « nouvelle vague » tchèque ».

« Milos Forman, une vie libre  »

« Milos Forman, une vie libre » (Milos Forman, ein freies Leben) est un documentaire réalisé par Helena Trestikova et Jakub Hejna.

« J’évite consciencieusement de m’analyser. J’aurais horreur de devenir trop indulgent envers moi-même… »

« Milos Forman aura réalisé nombre de chefs-d’œuvre, de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » à « Man on the Moon » en passant par « Amadeus ». De la Nouvelle Vague tchèque à la consécration hollywoodienne, le portrait simple et émouvant d’un franc-tireur disparu en 2018, tissé d’archives en partie inédites ».

« Essentiellement tissé d’archives, dont certaines inédites, puisque les réalisateurs ont eu accès au fond privé de sa famille, et ponctué d’extraits de films, ce portrait est raconté par la voix du cinéaste disparu en 2018, tantôt en tchèque, tantôt dans son anglais à l’accent rocailleux, hormis un bref interlude dans un impeccable français ».

« Cinéaste entre deux mondes, habité par l’expérience précoce de la perte et de la solitude, mais aussi de la résistance, Milos Forman se livre avec une pudeur et une simplicité aujourd’hui presque désarmantes, tant son refus de la pose et de l’étalage intime semble relever d’une époque irrémédiablement révolue ».

« Recueillis sur plus de quarante ans, du milieu des années 1960 à 2009, la dernière où il a accepté d’être filmé, les entretiens qui font la matière de ce portrait ne parlent pourtant que de lui ».

« Mais qu’il replonge dans son enfance brisée par le nazisme (son père résistant, puis sa mère ont péri en déportation) ou la débine de ses premières années d’exil à New York, quand il loge gratuitement au glamour Chelsea Hotel, qu’il évoque sa gloire de héraut de la Nouvelle Vague tchèque (Les amours d’une blonde en 1965, puis Au feu les pompiers ! en 1967) ou ses Oscars en déluge (cinq pour Vol au-dessus d’un nid de coucou en 1976, huit pour Amadeus en 1985), Milos Forman fait montre de la même distance, teintée parfois d’autodérision ».

« Aussi peu soucieux de son image que d’analyse savante, il livre aussi le fil rouge qui a guidé ses pas avec constance : un attachement instinctif à sa liberté d’homme et de créateur, ayant préféré en connaissance de cause « la dictature du spectateur » à celle du bureaucrate ».

Rétrospective à la Cinémathèque

À l’été 2017, la Cinémathèque française a rendu hommage à Milos Forman en présentant une rétrospective de cet auteur (31 août-20 septembre 2017).

« Cinéaste tchèque contemporain à ses débuts des nouvelles vagues européennes des années 1960, devenu américain en 1968 après l’entrée dans Prague des chars soviétiques, Milos Forman a su garder son cap en n’étant jamais dupe de n’importe quel pouvoir : celui qui pèse sur les êtres pour les contraindre et les priver de toute dimension. C’est cette dimension retrouvée que ses films et ses personnages, à leurs risques et périls, manifestent et exaltent sans cesse », a écrit Bernard Benoliel.

« LES CHEMINS DE LA LIBERTÉ

Et Bernard Benoliel d’analyser : « Vol au-dessus d’un nid de coucouHair, Amadeus… Qui ne connaît Milos Forman, sinon l’homme du moins ses films ? Mais davantage certains de ses films que l’œuvre tout entière, d’une rare cohérence par-delà les accidents d’une vie. Qui, jusqu’à récemment, a vraiment pris en compte Taking Off ? Qui a vu Ragtime sur grand écran ces dernières années ? A-t-on assez dit que Man on the Moon est un film stupéfiant, variation inspirée sur le spectacle et l’anti-spectacle ? Comprend-on suffisamment que les films et personnages de Forman ont en commun un humour tellement jusqu’au-boutiste qu’il devient manifeste politique ? « L’humour jaillit d’une crevasse qui s’est ouverte entre ce que les choses prétendent signifier et ce qu’elles sont en réalité. (…) Rien ni personne n’est dispensé du comique qui est notre condition, notre ombre, notre soulagement et notre condamnation », écrit Kundera à propos de Milos Forman justement. Sans doute cette attitude philosophique face à l’insensé de l’existence l’a t-elle sauvé lui-même, lui insufflant légèreté et lucidité, lui donnant envie de la place de cinéaste comme lieu idéal d’observation et qualifiant à jamais son regard sur le monde. »

« NAISSANCE D’UN REGARD

Et Bernard Benoliel de rappeler : « Né à Čáslav, dans l’ancienne Tchécoslovaquie, il est élevé dès l’âge de huit ans par de proches parents, les siens ayant été déportés sans retour. Il faut dire d’emblée la particularité d’un destin qui va irriguer toute son œuvre et lui donner chaque fois, quel que soit le sujet ou le pays du tournage, cette couleur si personnelle : Forman a connu intimement et à différents âges de sa vie toutes les idéologies qui ont formé et défiguré le XXe siècle, le nazisme, le communisme soviétique, le capitalisme américain. Non qu’il ait posé sur celles qu’il a représentées un regard d’équivalence ; il n’est simplement jamais dupe d’aucune, ni de celles-là ni de modèles historiques antérieurs, conscient de leurs effets systématiquement dévastateurs. Chaque fois, il leur oppose une liberté individuelle aussi fragile qu’acharnée et célèbre les sortes de riposte inventées par quelques-uns : un chant, un cri, une provocation, une sonorité inconnue – la musique et le rire de Mozart. »

Et Bernard Benoliel de poursuivre : « Étudiant à la FAMU, l’école pragoise pour futurs metteurs en scène, il travaille pour la télévision naissante, devient scénariste, assistant et signe un premier moyen métrage pour le cinéma, Concours, en 1962. Un film qui tranche déjà avec la production courante en choisissant, non un sujet « héroïque » mais banal, sauf qu’il n’était jamais traité à l’époque, révélant alors un interdit qui ne demandait qu’à se déchaîner : la vie réelle et les attentes d’une jeunesse, elle-même vue avec tendresse et sans complaisance. Forman est synchrone avec les nouvelles vagues qui se forment un peu partout au cours des années soixante. La confirmation de ce regard si singulier survient très vite avec deux longs métrages sensibles et impitoyables : L’As de pique (1963) et Les Amours d’une blonde (1965). En 1967, le jeune cinéaste fait un pas de plus, signant avec Au feu, les pompiers son premier film en couleurs et, surtout, une satire bouffonne qui trahit une impatience, la sienne et celle des forces vives de son pays : quelque chose d’un ordre politique immuable et périmé va céder, doit céder. Il est en France au moment où les forces du pacte de Varsovie écrasent en août 68 le Printemps de Prague, dont ses films tchèques constituent alors rétrospectivement parmi les plus beaux signes avant-coureurs. 1968 est le moment de l’impossible retour en arrière, du grand saut. Ou, tel qu’il a résumé lui-même son trajet d’est en ouest, Forman passe « du zoo à la jungle », d’un lieu où les personnes vivent comme en cage à un autre où l’illusion consiste à croire à la liberté parce qu’elle existe en théorie et même placée au cœur de la philosophie politique du « nouveau monde ».

« UN CINÉASTE À PART

Et Bernard Benoliel de souligner : « Étrangement ou logiquement, cet artiste, dont l’œuvre américaine interroge le spectacle et produit sa représentation critique, va rencontrer le succès : cinq Oscar pour Vol au-dessus d’un nid de coucou (1975), huit pour Amadeus (1983). En même temps, Forman demeure aux États-Unis un cinéaste à part : voir Taking Off, son premier film « américain » (1971) qui s’inspire en partie de Concours, qu’il tourne avec Miroslav Ondříček, le chef-opérateur de sa période tchèque, qui s’intéresse autant sinon moins à la jeunesse de son temps (Hair, dix ans plus tard) qu’à la génération des parents. À part encore parce que si souvent européen dans ses goûts : AmadeusValmont d’après Choderlos de Laclos (1988), Les Fantômes de Goya (2005). À part toujours parce qu’il choisit ses sujets ; parce que ses méthodes sur le plateau servent avant tout à restituer une certaine forme de « naturel » et de spontanéité des êtres, des gestes et des situations ; parce qu’il sait unir dans un même film la fresque et la miniature, tout un art du portrait à la manière de cet artiste dans Ragtime (1981) capable de faire apparaître des figures ressemblantes en découpant des profils dans du papier noir. Surtout, il s’éprend de personnages insoumis : Mozart, McMurphy (Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucou), Berger (Treat Williams dans Hair), Larry Flint (1996), Andy Kaufman (Jim Carrey dans Man on the Moon, 1999), tous en butte à une forme ou une autre d’oppression avant que ne se dévoilent peu à peu leurs fêlures secrètes, la tentation du dédoublement, une forme de démence même que le spectateur, pris au piège de son identification idéale, n’avait su déceler plus tôt et constate avec étonnement. C’est dans cette manière d’être toujours surprenant et subtil, capable de formuler et déjouer des attentes, de provoquer pendant la projection elle-même un déplacement de la pensée que Forman rejoint son ambition la plus grande : « Je voudrais arriver à concevoir un art qui, à travers les infimes manifestations de l’esprit humain, puisse découvrir et libérer les plus grandes quantités d’énergie. »

« Vol au-dessus d’un nid de coucou » 

« À quel moment un individu qui remet en cause le pouvoir cesse-t-il d’être un héros et devient-il fou ? Ou vice-versa ? Ou les deux à la fois. À  la fin de la guerre, j’ai vu des gens attaquer des tanks avec un balai. On les a traités de fous. Quinze jours plus tard, on leur a érigé des statues, et on les a appelés des héros », se souvenait en 1976 Miloš Forman (1932-2018).

Le journaliste Ken Kesey s’inspire de son travail dans un hôpital psychiatrique et de ses expériences comme cobaye de produits chimiques hallucinogènes pour écrire son roman One Flew Over the Cuckoo’s Nest, du point de vue d’un Amérindien schizophrène. Dans les années 1960, une partie de la jeunesse américaine rebelle est sensible à la contestation qui agite les campus, aux thèmes et au style imagé de ce livre.

Au faite de sa gloire – il vient de jouer Spartacus de Stanley Kubrick (1961) -, l’acteur Kirk Douglas lit les épreuves du livre avant sa publication en 1962. Enthousiasmé, il en achète les droits et interprète le rôle principal dans l’adaptation théâtrale par Dale Wasserman à Broadway.

Fort du succès de la pièce, Kirk Douglas, qui dirige sa société de production Bryna, cherche les financements nécessaires pour l’adaptation cinématographique. En vain : les producteurs potentiels trouvent le sujet « trop déprimant ». Peu avant de céder ses droits, Kirk Douglas confie ce projet à son fils Michael, acteur devenu célèbre par son rôle d’un jeune policier au côté de Karl Malden dans la série Les rues de San Francisco.

Ce projet cinématographique est proposé à Miloš Forman par Michael Douglas et Saul Zaentz, producteur quinquagénaire de disques de jazz et dirigeant de la société Fantasy Records, longtemps la firme discographique indépendante la plus importante au monde. Né en 1932, Miloš Forman est le chef de file de la nouvelle vague tchèque.

À ses amis américains qui lui déconseillent de réaliser l’adaptation du roman de Kesey – « C’est mauvais pour toi ! Tu n’y arriveras pas : c’est un sujet si américain ! Tu ne pourras pas en faire un film qui plaira au public américain : tu es un immigrant de fraiche date de Tchécoslovaquie » -, Miloš Forman rétorque : « Pour vous, c’est de la fiction. Mais pour moi, c’est la réalité. J’ai vécu dans cette société-là. Le parti communiste était mon infirmière en chef. Il me disait quoi faire, quoi dire, à quoi penser, à quelle heure me lever et me coucher. Je sais de quoi ce livre parle. Beaucoup plus que vous ».

Et Vladimir Boukovski, « ex-dissident soviétique enfermé pendant 12 ans en tout dans une institution psychiatrique », renchérit : « Ce livre évoquait un sujet qui m’était très cher. J’ai lutté contre l’utilisation de la psychiatrie à des fins répressives ». En 1971, Vladimir Boukovski était parvenu à transmettre à l’Ouest un document intitulé Une nouvelle maladie mentale en URSS : l’opposition ».

Apprenant le choix de son fils, Kirk Douglas lui confie alors qu’il avait envisagé de produire seul le film en songeant à Miloš Forman, auteur de comédies tournées avec un budget réduit et rapidement. Il lui avait envoyé le livre. Las, les autorités tchèques l’avait confisqué avant qu’il ne parvienne à l’artiste.

La distribution ? Auparavant catalogué dans des rôles de « jeune homme sensible », Jack Nicholson s’impose pour interpréter Mc Murphy, « un genre d’anarchiste qui veut détraquer le système », comme le définit le réalisateur. Un acteur « parfait » dont Miloš Forman loue la préparation, la discipline et la générosité sur le plateau. Un acteur qui travaille énormément son rôle pour que son jeu soit le plus naturel possible à l’écran.

Miloš Forman tient à tourner en décors réels, comme en Tchécoslovaquie. Les producteurs peinent à trouver un hôpital psychiatrique pour y tourner le film, tant les descriptions des traitements prodigués dans le roman n’ont pas été appréciées par les psychiatres.

19 novembre 1975. Sortie du film. Les avant-premières du film sont accueillies par un public enthousiaste. Les patients de l’hôpital de Salem « ont adoré le film », se souvient le Dr Dean Broks. « Ils avaient l’impression d’être libérés d’eux-même », ajoutent Miloš Forman. Le succès est du film est « inattendu et mondial ».

Cependant, ce film rafle les cinq principaux Oscar : meilleur acteur – Jack Nicholson -, meilleure actrice – Louise Fletcher – , meilleur film – Michael Douglas et Saul Zaentz -, meilleur réalisateur – Miloš Forman, qui monte sur scène avec ses fils jumeaux dont il avait été séparé lors de son exil aux États-Unis – et meilleure adaptation cinématographique (Lawrence Hauben, Bo Goldman).

C’est le deuxième film à recevoir cinq Oscar principaux, après NewYork-Miami (It Happened One Nightde Frank Capra (1935). Après la cérémonie, Frank Capra envoie un télégramme à Miloš Forman : « Bienvenue au club ! »

« Milos Forman, une vie libre » par Helena Trestikova et Jakub Hejna

France, République tchèque, 2019, 55 min

Sur Arte les 10 mai 2020 à 22 h 50 et 8 juin 2021 à 1 h 50

Disponible du 03/05/2020 au 08/06/2020
Visuels : © Pavel Jiras

« Milos Forman, un outsider à Hollywood » par Clara Kuperberg et Julia Kuperberg
France, 2011
Sur Histoire les 7 octobre 2019 à 21 h 40, 8 octobre 2019 à 23 h 10, 12 octobre 2019 à 16 h 45, 18 octobre 2019 à 16 h 10 et 30 octobre 2019 à 16 h 40


« La Tchéquie insoumise de Milos Forman« 
France, 2019, 14 min
Disponible du 02/12/2019 au 02/12/2021

« Vol au-dessus d’un nid de coucou » de Miloš Forman

Fantasy Films, 1975, 128 minutes

Diffusions :

– 27 juin 2011 à 20 h 40 et 28 juin 2011 à 1 h 50 ;

– 11 janvier à 20 h 45, 21 janvier à 0 h 40, 27 janvier à 1 h 25 et 1er février 2015 à 1 h 20

 Les citations sont d’Arte. Cet article a été publié le 9 mai 2020.

[Source : www.veroniquechemla.info]

Jon Ferguson, l’écrivain morgiens aux nombreuses casquettes (basketteur, philosophe, golfeur, etc.), publie un nouvel essai sur l’année 2020.

Écrit par Arthur Billerey

Une grappe de pensées

Le journal du Coronavirus s’écrit encore et il n’a pas fini de faire écrire. Peu après son Journal du Corona publié en Suisse, l’écrivain Jon Ferguson publie en France «2020» Réflexions. Philosophe actif, il relance dans cet essai plusieurs questions à ses lecteurs qu’il s’est lui-même posées en amont et au jour le jour durant l’année 2020. Si le livre part nécessairement de la crise sanitaire actuelle, liée au Coronavirus, l’auteur arrive à s’en défaire et à s’en détacher librement par une floraison de ses réflexions quotidiennes qui, chaque jour, s’ouvrent un peu plus. Il réussit à aborder plusieurs thèmes nuancés comme l’amitié avec le passage A quoi servent les amis, la mort avec le passage Le sentiment de la mort ou encore le blâme en société avec le passage Nous aimons blâmer.

Si la démarche de l’auteur semblait être de partir nécessairement du Coronavirus comme terreau de réflexion, on pourrait dire que comme chez le pommier ou le poirier, le bouton de chaque passage de ce livre renferme une inflorescence latérale, à l’image d’une grappe de fleurs où chaque fleur est une pensée qui possède sa propre raison d’être ainsi que son propre rythme de croissance. Dans ce passage, par exemple, Jon Ferguson s’évertue à décrire le plus simplement du monde, c’est-à-dire dans une simplicité criante et dénonciatrice, la crise sanitaire actuelle pour en montrer tout l’aspect inédit et la place exceptionnelle qu’elle a prise dans sa vie d’homme:

«Je suis en vie depuis 1949. Comme beaucoup d’entre nous, je n’ai jamais vécu une année telle que 2020. Depuis près de dix mois, nous sommes à la merci de cette canaille de virus. On ne se touche pas. On ne s’approche pas. On couvre nos visages. On reste à la maison. Les théâtres, magasins, cinémas, salles de sport, églises, écoles, bordels, bars et restaurants ont tous été fermés pendant de longues périodes. Les compagnies aériennes et l’industrie du voyage ont été mises à genoux. Les gouvernements nous disent jusqu’où on peut aller et le nombre de personnes pouvant se trouver dans la même pièce.»

Témoin du constant et de l’accidentel

Par moments, une réflexion est développée à partir du titre des brochures de journaux qui portent sur la crise sanitaire et qui ont paru le même jour dans la presse que la rédaction du passage. Il y a par exemple le gros de titre de La tribune de Genève: «États-Unis, 1015 morts en 24 heures.» Et si la reprise des gros titres par Jon Ferguson fait de lui un témoin du régulier, du constant, de l’évolution de la crise chaque jour, cela ne l’empêche pas pour autant de se faire aussi témoin de l’accidentel et de décrire un accident qui lui est arrivé, comme par exemple ce promeneur agité qui a failli le renverser lors d’une ballade. Cet incident devient alors à son tour sujet à réflexion sur le fait d’être ou de ne pas être en société une bonne personne, ou alors il questionne chez l’auteur les relations et les rapports du principe de causalité. On pourrait presque dire par moments que le livre se transforme, en paraphrasant Rousseau, non pas en rêveries, mais en flâneries du promeneur solitaire en temps de crise sanitaire:

«En terminant ma flânerie, je me suis dit que la meilleure définition d’une «bonne» personne n’est peut-être pas de celle qui veut changer le monde, mais simplement de celle qui se veut être civile, agréable, respectueuse des autres et qui ne rend pas la vie pire qu’elle ne l’est déjà. Peut-être qu’une bonne personne et un bon chien sont à peu près une seule et même chose. Lorsqu’ils se promènent, ils sont courtois et ne créent pas de nuisances. Ils ne découvriront pas le sens de la vie ou les secrets de l’univers, mais ils ne mordent personne et ne chient pas non plus sur le trottoir. Il y a probablement plus de mauvaises personnes que de mauvais chiens dans le monde.»

De l’ouverture sur le monde

Si le livre est un genre d’essai-journal où Jon Ferguson, de façon singulière, aborde le monde à travers le prisme épais du grand désordre lié à la crise sanitaire, on pourrait croire que le lecteur est confronté dans chacun de ces passages à des pensées intimistes et peut-être cloisonnées. Il n’en est rien. L’habileté dans la structuration des propos est de partir du particulier pour tendre vers le collectif. Au niveau géographique, cela concerne à la fois la Suisse comme les États-Unis et le reste du monde. Au niveau temporel, cela fait voyager le lecteur en le faisant partir du présent pour mieux revenir quelques années en arrière, ou se projeter dans le futur après la crise sanitaire actuelle, comme dans le passage La vie post-corona qui possède une liste des choses qui se dérouleront après la crise sanitaire, au niveau politique, économique ou encore de la gestion des déchets en plein Paris. Bien que Jon Ferguson fasse volontairement le choix de résumer à l’emporte-pièce certains concepts philosophiques, taillant en trois lignes par exemple la philosophie de Heidegger, il n’hésite pas aussi à développer originalement des idées sur sa vie de tous les jours, comme c’est le cas avec ses lapins, qu’il observe quotidiennement. Ceux-ci le mèneront à évoquer, un passage plus loin, sa rencontre avec la philosophie de Kierkegaard faisant définitivement de ce livre portant sur la crise sanitaire et ses dommages collatéraux une sorte d’ovni ou de publication comète dans le genre de l’essai et du journal que l’on peut lire sans avoir peur de s’ennuyer, d’endurer des redites funèbres ou de se croire subitement atteint du Coronavirus pour les lecteurs les plus hypocondriaques.

«Quand je regarde les lapins, le confinement prend une autre dimension. Ils vivent dans une cage sur la terrasse. L’une d’entre elles, Mini-Wally, est seule à l’étage parce que c’était une nouvelle venue et qu’elle ne pouvait pas s’entendre avec Little-Wally, également une femelle. Elles s’attaquaient violemment l’une et l’autre à chaque fois que nous essayions de les réunir. […] Quand je regarde les lapins dans leur cage, j’ai tendance à penser qu’ils doivent être malheureux. Puis je me souviens du passage de Kierkegaard et je suis tout à fait conscient qu’ils peuvent être des lapins bienheureux.»

Trois questions à David Poirson, éditeur des éditions Dashbook:

Le Regard Libre: Pourquoi avez-vous publié ce livre en particulier, plutôt qu’un autre, parmi les nombreux manuscrits portant sur la crise sanitaire actuelle et ses effets?

David Poirson: Le livre de John Ferguson nous a tout de suite plu en raison de son scepticisme intelligent et rafraîchissant. L’auteur sort vraiment des sentiers battus et nous invite à oublier le cadre des idées prémâchées qui guident notre vie et sont des opinions toutes faites. Il prône une distanciation intellectuelle (et non sociale) salvatrice dans notre époque dominée par l’angoisse.

Est-ce un livre politique de ce point de vue?

Plus que politique, il est surtout philosophique. John Ferguson nous invite à réfléchir à ce qui fait notre condition d’être pensant et à apprécier chaque moment de la vie. Le livre n’est pas dénué d’humour non plus, état d’esprit qui implique toujours une mise à distance, une remise en cause de la pensée dominante.

Au début de ce livre, il est écrit une mention présentant votre maison d’édition: «Dashbook est une maison d’édition collaborative. Spécialistes de la publi-tech, nous utilisons la puissance du web pour mettre en contact auteurs et lecteurs. En favorisant cette rencontre, nous permettons à nos auteurs de trouver leur public et de vivre de leur passion.» En quoi favorisez-vous la rencontre entre le lecteur et l’auteur?

Comme toute maison d’édition, nous sélectionnons les manuscrits d’auteurs prometteurs mais nous les soumettons ensuite immédiatement au public sur le web. Nous assurons aussi leur promotion sur les réseaux sociaux. Le métier d’éditeur est de permettre la rencontre entre un auteur et ses lecteurs. Tout se fait traditionnellement en librairie (physique ou sur le web), modèle de distribution massif qui n’a quasiment pas changé depuis deux siècles. Nous croyons qu’Internet permet de trouver bien plus finement le lecteur qui sera passionné par nos auteurs, même si ce lecteur se trouve à l’autre bout du monde.

[Photo: Futura Sciences – source : http://www.leregardlibre.com]

« Les directeur•trice•s de ce journal sont inquiet•ète•s : iels craignent que l’écriture inclusive rende mes articles incompréhensibles. Je m’écrie : mais vous êtes fou•olle•s ! Ne soyez pas si conservateur•trice•s ! »

Écrit par David Caviglioli

Un·e certain·e Alpheratz, dont on ignore le genre, publie une «Grammaire du français inclusif». On sait qu’iel est chercheur·euse, doctorant·e à la Sorbonne. Selon le dossier de presse, c’est lui·elle (luel?) qui est l’«autaire» (le mot est d’iel) de «Requiem», roman n’utilisant que des formes neutres, comme le pronom «iel».

Ce·tte courageux·se auteur·trice entend défendre l’écriture inclusive. Et iel a bien raison ! J’ai moi-même décidé de ne plus écrire que de cette manière. Seulement les directeur·trice·s et autres chef·fe·s de ce journal sont inquiet·ète·s : iels craignent que l’écriture inclusive rende mes articles incompréhensibles pour le·a lecteur·trice moyen·ne. Je m’écrie : mais vous êtes fou·olle·s ! Ne soyez pas si conservateur·trice·s ! Les Français·es ne sont pas des arriéré·e·s, rétif·ve·s à toute évolution ! Iels sont, au contraire, ouvert·e·s au changement. Iels l’ont prouvé plus d’une fois dans l’histoire.

L’autre jour, à la terrasse d’un bar, je discutais de féminisme avec des copain·pine·s : tou·te·s étaient heureux·euses de voir les mentalités évoluer. Parmi eux·elles, pourtant, quelques-un·e·s étaient des détracteur·trice·s fougueux·euses du français inclusif. Mes arguments les ont convaincu·e·s. Iels sont reparti·e·s en fervent·e·s ambassadeur·drice·s de la cause.

Tou·te·s ceux·celles qui critiquent l’écriture inclusive me semblent bien immoraux·ales. Comment, dans un pays démocratique, un·e citoyen·ne peut-iel être si insoucieux·euse de justice sociale ? Que diable faut-iel faire pour les convaincre ?

Soyons positif·ve·s ! L’écriture inclusive, c’est d’abord pour nous tou·te·s l’occasion d’être plus inventif·ive·s dans notre usage de la langue. Un·e·tel·le préférera utiliser des mots épicènes ; un·e·tel·le, plus audacieux·se, adoptera l’usage des points médians. À chacun·e sa manière ! Alpheratz, qui propose de créer des néologismes, propose d’écrire «copaines» plutôt que «copain·pine·s», ou «lae producteur·trice» au lieu de «le·a producteur·trice», pour plus de simplicité. Qu’iel fasse comme bon lui semble. C’est ce qui est beau avec le langage : chacun·e choisit le sien, dans son coin.

Ce texte, je le sais, aura rassuré les lecteur·trice·s les plus dubitatif·ve·s : lire l’écriture inclusive, quel plaisir ! Ecrire inclusif, c’est tout aussi joyeux. Le réflexe du point médian s’acquiert vite. Iel suffit de taper Alt+0183. Les utilisateur·trice·s des traitements de texte s’habitueront. J’entends déjà les râleur0183euse·s dire qu’iels trouvent ça complexe. Je vous assure qu’on prend vite le pli. J’ai tapé ce texte en à peine 3h40.

Le français inclusif n’est pas seulement plaisant à lire et simplissime à maîtriser : il est une évolution nécessaire. La langue française, genrée de part en part, est la matrice du sexisme. Changer le langage, c’est changer le monde. La preuve : l’anglais est une langue neutre, qui ne masculinise rien, ne féminise rien, ne connaît pas les accords ; les pays anglophones sont par conséquent épargnés par le sexisme. À quand la France?

Cela dit, soyons franc·he·s : l’écriture inclusive peut poser des difficultés. Iel est probable que cela compliquera l’apprentissage des écolier·ière·s et des lycéen·ne·s. Iels auront peut-être plus de mal à comprendre la consigne écrite du·de la professeur·e ou de l’instituteur·trice. Il faudra tout réécrire. Les agent·e·s administratif·ive·s devront tout refaire et les traducteur·trice·s, tout retraduire. Mais croyez-moi : le jeu en vaut la chandiel.

 

[Source : bibliobs.nouvelobs.com]

 

Écrit par Hugo JACOMET

Honoré de Balzac déclare dans son Traité de la vie élégante en 1830 : «Le dandysme est une hérésie de la vie élégante». Opposé à «la vie élégante » qui « n’exclut ni la pensée ni la science », le dandysme est alors une affection seulement de la mode propre aux hommes sots.

Barbey d’Aurevilly lui réplique quinze ans après dans une brochure intitulée Du dandysme et de George Brummell : il déclare en prenant Brummell pour simple mais absolu dandy : « On a considéré Brummell comme un être purement physique, et il était au contraire intellectuel jusque dans le genre de beauté qu’il possédait. »

 

Quelle est donc la différence alors entre « la vie élégante » et « le dandysme » ?

DÉFINITION DU MOT DANDY ET SON IMAGE EN FRANCE

De nos jours le mot « dandy » s’emploie dans un sens positif. Il est d’ailleurs aujourd’hui largement utilisé dans les médias (dont un magazine éponyme) et par les services marketing des entreprises du textile et du cuir pour qualifier l’élégance classique en opposition à la mode dominante dite « casual » (décontractée).

Pourtant l’emploi de ce terme dans la littérature française nous montre qu’il avait plutôt un sens négatif au début du XIXème siècle : comme l’indique le Petit Robert, c’est en 1817 que le premier dandy est mentionné dans la langue française. Il apparaît dans la version traduite de La France, écrit par Lady Morgan l’année précédente en anglais.

L’image du dandy est généralement très négative dans les années 1820 : c’est une personne vaniteuse et médiocre qui porte un intérêt particulier à l’habillement et ainsi se distingue de la règle en usage dans la haute société. Il n’a pas la capacité de surmonter définitivement la norme conformiste de la société (la bienveillance, la politesse etc.) à laquelle il appartient, mais il se joue de cette norme avec un air orgueilleux. Il a un mépris envers ses semblables, mais c’est pourtant paradoxalement leur regard qui assure son existence. Une des particularités du dandysme consiste en ce rapport avec les autres. S’il commet une impolitesse envers les autres, cela ne signifie pas qu’il ne connaît pas le savoir-vivre : il fait exprès ce qu’il ne faut pas faire. C’est une façon de se révolter contre la haute société, mais ce n’est pas une révolution, puisqu’il n’a aucune intention de la renverser car c’est justement cette société qui assure son existence parasite.

Les avis d’Alfred de Musset sont à cet égard intéressants. L’auteur de Lorenzaccio est l’un des auteurs les plus sévères et les plus sarcastiques sur le dandysme au début des années 1830. Dans ses Contes d’Espagne et d’Italie, il considère l’aspect physique de Brummell « monstrueux. » Il continue en 1831 : « Qu’est-ce qu’un dandy anglais ? C’est un jeune homme qui a appris à se passer du monde entier : c’est un amateur de chiens, de chevaux, de coqs et de brandy. C’est un être qui n’en connaît qu’un seul, qui est lui-même. Il attend que l’âge lui permette de porter dans la société les idées d’égoïsme et de solitude qui s’amassent dans son cœur et le dessèchent durant sa jeunesse. Est-ce là que nous voulons en venir ?»

Son mépris pour l’homme oisif s’adoucira pourtant ultérieurement. Dans la préface des Deux maîtresses (1837), Musset avoue que la vie mondaine, comme « assister régulièrement à toutes les premières représentations, manger des fraises presque avant qu’il y en ait, prendre une prise de tabac rôti, savoir de quoi on parle et quand on doit rire, quelle est la dernière rumeur, parier sur n’importe quoi le plus d’argent possible et payer le lendemain en souriant » lui offre « le bonheur suprême. » John C. Prévost considère cette attitude comme du dandysme pur.

Mais l’oisivité et la dépense ne suffisent pas pour être un dandy. Il est évident, cependant, que les hommes français commencent à se prendre eux-même pour des hommes mondains, alors que la toilette masculine trop élégante est considérée comme un méprisable phénomène anglais jusqu’à la fin des années 1820.

En 1835, un article favorable au mot « dandysme » paraît enfin dans la revue La Mode ; « Le dandysme de bon ton n’exclut pas une certaine originalité de costume, surtout pour les promenades aux bois de Boulogne et les courses.» La même année, le mot « dandy » apparaît pour la première fois dans un dictionnaire français. Le Dictionnaire de l’Académie Française le définit : « Mot tiré de l’anglais par lequel on désigne, même en France, un fat épris de sa toilette, un homme d’une tournure affectée.»

Il faut attendre Du Dandysme de Barbey d’Aurevilly pour que le mot prenne un sens nouveau. L’auteur déclare : « le dandysme était surtout l’art de la mise, une heureuse et audacieuse dictature faite de toilette et d’élégance extérieure. Très certainement c’est cela aussi; mais c’est bien davantage. Le dandysme est toute une manière d’être, et l’on n’est pas un dandy que par le côté matériellement visible. » Selon Barbey, le dandysme n’est donc plus uniquement l’effet de la mode, mais une mentalité, un état d’esprit.

Citons encore l’avis de Chateaubriand pour préfigurer cette transformation du dandy : «Aujourd’hui (1846), écrit-il, le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la Reine Elisabeth, ou comme le disque radieux du soleil. Il signe la fière indépendance de son caractère en gardant son chapeau sur sa tête, en se roulant sur les sofas, en allongeant ses bottes au nez des ladies assises en admiration sur des chaises devant lui. (…)»

Dans l’histoire de France d’après la révolution, Balzac est l’un des premiers écrivains qui remarque l’importance du vêtement masculin comme représentation sociale.

Ce qui est capital, c’est que la publication du Traité de la vie élégante coïncide avec le tournant de l’image de l’homme mondain en France : d’une part le mépris pour le phénomène d’anglomanie, d’autre part l’exigence de l’apparence (ou l’appartenance) de la nouvelle classe sociale dans la monarchie de juillet. Le Traité de la vie élégante est donc prioritairement adressé à cette nouvelle classe –– c’est-à-dire la bourgeoisie –– qui commence à dominer la société française.

LA VIE ÉLÉGANTE

À cette époque, il n’existe pas encore à Paris de distinction entre les quartiers populaires et bourgeois : toutes les conditions sociales au cœur de la capitale s’entassent pêle-mêle dans une masse hétérogène. Cette cohabitation sera interrompue par l’extension industrielle vers l’est et par le développement des quartiers populaires à l’époque des démolitions.

Dès lors une ville nouvelle s’étend tout autour du vieux Paris médiéval, délimitant rigoureusement chaque couche sociale. Les « étrangers » du Paris d’antan se catégorisent ainsi : les uns voulant s’intégrer dans les bons milieux avec la ferme conviction de se différencier des gens du peuple, à l’exemple des héros de Balzac (ex. Lucien de Rubempré dans Les illusions perdues). Les autres s’efforçant de se mêler à la foule, comme les présente Victor Hugo dans ses romans. Charles Baudelaire sera conscient de ces deux caractères sociaux. En tant que critique, il s’adressera aux bourgeois qui veulent s’anoblir (les Salons, notamment celui de 1846). En tant que poète, il décrira les étrangers mêlés à la foule parisienne (L’étranger, Les foules).

La différence sociale est également perceptible à travers l’apparence vestimentaire. Bien que le décret de la Convention (1793) ait déjà reconnu le principe démocratique de la liberté vestimentaire, le vêtement reste le repère prépondérant d’une classe sociale au début du XIXème siècle. Il est vrai que La Révolution a supprimé symboliquement l’image du noble en culotte. Mais l’habillement se manifeste toujours comme l’expression d’une classe. Dans un sens, les critiques véhémentes du dandy s’expliquent dans cette circonstance : le dandysme est non seulement une mode venue d’Angleterre qui a vaincu Napoléon, mais il est aussi l’image des aristocrates.

C’est à partir des années 1820 que l’industrie textile s’installe à Paris et ainsi la liberté vestimentaire devient réellement possible pour les petits bourgeois. Cela correspond au changement de l’image des hommes mondains. Désormais le goût évolue et se libéralise selon ces transformations sociales et la distinction vestimentaire sert de plus en plus la nouvelle classe sociale. Ainsi le goût pour le vêtement commence à se manifester dans le milieu bourgeois comme un signe d’appartenance. C’est dans ce contexte qu’Honoré de Balzac publie son traité de la vie élégante.

Balzac est d’ailleurs conscient de cette lutte sociale au niveau vestimentaire : alors qu’il définit la vie élégante comme « la perfection de la vie extérieure et matérielle », celle-ci exige aussi « le sentiment ». La vie élégante, telle que la conçoit Balzac, n’est pas purement matérielle, mais c’est une pensée pour « se faire honneur de sa fortune ».

Balzac classe la vie des hommes en trois catégories : la vie occupéela vie d’artiste et la vie élégante. Au sens littéral, ce Traité serait un éloge de la troisième catégorie qui regroupe « le haut fonctionnaire, le prélat, le général, le grand propriétaire et les princes. »

Cependant ce texte n’est pas destiné uniquement aux aristocrates de naissance ou aux nobles, mais aussi aux parvenus : car la vie élégante surgit après que Napoléon soit devenu Empereur, et « aujourd’hui, les nobles de 1804 ou de l’an MCXX ne représentent plus rien ». C’est-à-dire que le titre de noblesse n’a plus beaucoup d’importance.

Ainsi, l’élégance n’est plus destinée uniquement aux nobles, mais elle est accessible à tout le monde. Ce traité est dans ce sens un manuel pour la nouvelle classe dominante, constituée par la bourgeoisie arriviste et par l’aristocratie bien consciente du pouvoir après la Révolution de 1830. Le but est de conquérir et de conserver leur éminent statut social, en affichant leur supériorité par une apparence élégante. Et c’est l’artiste, tel que Balzac, qui inspire ce nouveau mode de vie.

C’est pourquoi même si l’artiste est de deuxième catégorie, il est du côté de la vie élégante, des dominants de la société nouvelle. Ainsi, comme le remarque Annie Berq, Honoré de Balzac est l’un des artistes qui « représentent les romantiques de gauche déçus par 1830 mais ayant conclu un compromis avec la monarchie bourgeoise. » L’observation balzacienne de la société française est remarquable dans ce sens : « N’avons-nous pas en échange d’une féodalité risible et déchue, la triple aristocratie de l’argent, du pouvoir et du talent, qui, toute légitime qu’elle est, n’en jette pas moins sur la masse un poids immense, en lui imposant le patriciat de la banque, le ministérialisme et la balistique des journaux et de la tribune, marchepieds des gens de talents ? Ainsi, tout en consacrant, par son retour à la monarchie constitutionnelle, une mensongère égalité politique, la France n’a jamais que généralisé le mal : car nous sommes une démocratie de riches. »

Balzac insinue donc une critique de l’actualité politique en usant d’un ton caricatural et plaisant. Après la Révolution de 1830, même si l’on réclame l’égalité de tout le peuple français, « une révolution populaire est impossible aujourd’hui ».

Il ne s’agit donc pas d’entraver le changement de société, mais de trouver un moyen de mieux y réagir. L’important est de savoir comment se comporter dans cette « démocratie de riches » dont le but est « de substituer l’exploitation de l’homme par l’intelligence à l’exploitation de l’homme par l’homme. » Il n’est pas suffisant d’avoir un talent quelconque, mais il faut aussi connaître les stratégies pour se hisser plus haut ou conserver son statut social dans ce monde où tout est institutionnalisé par le pouvoir de l’argent.

Ce que signifie « le sentiment » chez Balzac, c’est donc une pensée figurée par l’apparence matérielleL’élégance est considérée comme une arme politique, et non pas uniquement comme l’effet superflu de la mode. La classe bourgeoise montrera et affirmera sa puissance par ce truchement. C’est l’une des raisons pour laquelle la vie élégante est précisément différente du dandysme.

L’élégance que décrit Balzac doit être présente dans tous les aspects de la vie, c’est-à-dire qu’elle doit concerner non seulement le vêtement, mais aussi tous les éléments de la vie, de la maison, des meubles ou des accessoires. Balzac insiste aussi sur la simplicité et la propreté du vêtement. Il conseillait par exemple de porter des habits et des objets pas trop précieux, pour qu’ils puissent être réparés ou changés.

Cette élégance dont parle Balzac est donc de la mode : elle est non seulement rachetable, mais aussi renouvelable et évolutive. C’est le contre-exemple du dandysme qui porte toujours le même costume de la même manière.

Le dandy garde ses objets préférés toute sa vie (par exemple la collection des tabatières de Brummell), alors que la vie élégante n’a pas de fétichisme de ce genre. Le dandysme est autrement dit un mépris pour l’évolution fondée sur la « démocratie de riches ». En matière de mode, le dandysme est un anachronisme traditionnel tandis que « la vie élégante » est une évolution novatrice basée sur le capitalisme.

Nous avons dit tout à l’heure que la vie élégante est une pensée en faveur de l’ascension sociale. C’est pourquoi Balzac considère le dandysme comme une hérésie de la vie élégante. Non seulement le mot « dandy » est synonyme des Anglais s’intéressant à la mode jusqu’au début des années 1830, mais encore il diffère de la vie élégante, n’impliquant ni l’ambition politique ni l’envie d’appartenance à une classe.

Le dandysme ne contient donc aucune ardeur politique.

Faisons tout de même attention : ce manque de passion ne se traduit pas nécessairement en manque de conscience ou de pensée.

Prenons un exemple : LE dandy, George Brummell. Mais ce n’est pas le Brummell de Balzac. Le vrai Brummell a démissionné de son poste alors qu’il était « le plus jeune capitaine du plus magnifique régiment de l’armée », tout simplement pour rester à Londres. Étant bourgeois – fils du secrétaire du Premier Ministre britannique – il aurait dû se rendre à Manchester pour sa carrière militaire, et ainsi grimper l’échelle sociale.

Son biographe qualifie cette décision de « démarche folle ». Brummell n’avait cependant ni ambition ni calcul pour son avenir. Son métier – s’il en avait un – c’était l’oisiveté. C’est d’ailleurs lui qui était le vrai « homme oisif ». Alors que les autres hommes oisifs exemplaires de Balzac – les fonctionnaires, le prélat, le général, etc. – ont leurs professions ou occupations respectives, Brummell, lui, n’était qu’un inoccupé.

Il eut cependant maintes occasions d’avoir une profession et ainsi d’être riche dans sa vie : possédant une silhouette parfaite, il aurait pu même gagner sa vie en tant que modèle pour un artiste. Il aurait aussi pu publier ses mémoires pour une somme d’argent considérable. Ou bien s’il avait vendu les lettres de ses amis célèbres tels que Byron ou le futur George IV, il aurait pu au moins régler ses dettes.

Mais malgré tout il ne voulait pas gagner sa vie. Même si ses fidèles amis lui ont offert un poste du consul de Caen en 1829, il en a démissionné peu après. Il ne voulait ni gagner sa vie, ni devoir quoi que ce soit à personne. Paralysé à partir de 1834, criblé de dettes, il fut mis en prison en 1835. Ruiné, dépassé, perdant la tête en 1837, Brummell n’a plus eu la possibilité financière de soutenir le train de vie de dandy. Il a payé sa dette à la nature, oublié dans un asile d’un pays étranger… Il restera fidèle à son unique métier jusqu’à la mort : le désœuvrement.

Son refus de la production a un sens : l’indépendance vis à vis des autres. Il reste consciemment inactif. Il ne se permet pas de jouer un rôle qui ne lui appartient pas. Les uns jugeraient stupide cette impéritie en le considérant comme un cabotin. D’autres, comme Baudelaire, le considéraient, au contraire, comme héroïque.

Selon Balzac, « le dandysme est une hérésie de la vie élégante ». Bien que le dandy ne fasse rien comme l’homme de la vie élégante, il n’a pas non plus d’ambition ou de calcul pour son avenir. Il veut rester fidèle à lui-même. Il y a donc une différence de modalité de l’élégance : pour le dandy, l’élégance est déjà acquise avant qu’il ne monte l’échelle sociale (Barbey l’appelle « vocation »), alors que l’homme de la vie élégante l’apprend par une éducation.

Le dandy devient le dictateur justement et uniquement par son élégance innée, alors que l’homme de la vie élégante s’intéresse à la mode comme l’un des moyens pour arriver à la classe dominante et ainsi consolider son statut social. Le dandy veut se distinguer du milieu auquel il appartient, la vie élégante cherche une adhésion à la caste supérieure. L’élégance est une dépense pure pour le premier, elle est un investissement pour le second.

D’un certain point de vue, c’est un résultat de la différence de régimes entre deux sociétés qui engendrent ces termes : la Société anglaise du début du XIXème siècle est une monarchie absolue où l’accès à la noblesse est presque impossible, alors que la Société française vient d’adopter « la démocratie des riches », à laquelle les bourgeois nantis et les hommes ambitieux veulent et peuvent affirmer leur pouvoir par leur apparence.

La vie élégante est ainsi fondamentalement différente du dandysme.

En matière de sociabilité, Balzac partage encore les hommes élégants en trois catégories.

L’homme de la première catégorie possède « la grâce suffisante », il est un méthodique de l’élégance.

Celui de la deuxième catégorie possède quant à lui « la grâce essentielle », il est un calculateur de l’élégance.

Le troisième possède « la grâce divine et concomitante », il est aimable, délicat, naïf et naturel. Le pouvoir de ce troisième « est le grand but de la vie élégante », écrit-il. La vie élégante suprême n’est alors ni méthodique, ni calculatrice.

Balzac nous indique donc que la vraie élégance n’est finalement pas à apprendre, mais qu’elle est innée comme un titre de noblesse. Il y a ici une contradiction interne : car, comme dit Balzac, si « la vie élégante n’exclut ni la pensée ni la science, elle les consacre», elle serait donc toujours inévitablement calculée, alors que la grâce naturelle et naïve ne peut être acquise par l’apprentissage. Elle est quelque chose de spontané.

Ici, apparaît le défaut de ce Traité en tant que manuel, mais aussi son intérêt : cette contradiction implique que la vraie relation humaine dépasse la pensée calculatrice. La grâce suprême, « le pouvoir magnétique », est autrement dit une contrepartie de la hiérarchie sociale déjà établie, basée sur la richesse : on peut s’afficher élégant grâce au pouvoir économique, mais au fond la vraie élégance dépasse même ce calcul.

Barbey n’a pas moins de passion en matière de grâce : c’est d’ailleurs le point le plus divergent entre les deux auteurs. Barbey se moque de la grâce naturelle, même en parlant de la société anglaise : « Est-ce que la grâce simple, naïve, spontanée, serait un stimulant assez fort pour remuer ce monde épuisé de sensations et garrotté par des préjugés de toute sorte ? » D’ailleurs, le dandy lui aussi attire les hommes comme s’il avait une grâce, mais cette attirance est toujours artificielle et diabolique, et c’est là toute l’ironie. Elle empoisonne petit à petit son entourage et à la fin c’est lui-même qui meurt par son propre poison.

Mais justement ce pouvoir du mal était nécessaire pour le dandy. « Si sa grâce avait été plus sincère, écrit Barbey, elle n’aurait pas été si puissante; elle n’eût pas séduit et captivé une société sans naturel. » Autrement dit, c’est grâce à cet artifice unique que le bourgeois Brummell (rappelons-le : il n’était pas noble) a réussi à régner sur la société des nobles, alors que l’arrivisme y était presque impossible. Ainsi sa « grâce », ou plutôt son ironie, était un reflet de la société.

C’est pourquoi l’auteur des Diaboliques insiste sur la « vocation » de Brummell et limite le phénomène du dandysme uniquement à l’Angleterre aristocratique et protestante.

L’IMAGE DE BRUMMELL

Mon père était un domestique très respectable, mais qui avait su, lui, se tenir à sa place toute sa vie. George Brummell

Être un homme utile m’a toujours paru quelque chose de bien hideux. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu.

Malgré le fort désaccord entre la vie élégante et le dandysme, l’image de Brummell plaît non seulement à Barbey mais aussi à Balzac. Balzac insère dans son Traité une conversation fictive avec Brummell, située à Boulogne. La possibilité de cette rencontre a d’ailleurs réellement existé. Brummell a en effet fait un court passage à Paris en septembre 1830, ayant été nommé consul de l’Angleterre à Caen l’année précédente.

Cette insertion de l’actualité dans son oeuvre montre l’habileté de chroniqueur de Balzac pour attirer l’attention des lecteurs. Mais ce qui est plus significatif, c’est que Brummell, « ex-dieu du dandysme », est l’arbitre de l’élégance même : si « la vie élégante » est le respect de la législation, c’est le dandy qui fait la loi. Le dandy impose la règle, et la vie élégante la suit. Mais le dandysme n’est-il pas précisément une « hérésie » pour Balzac ? Il est vrai d’ailleurs que Brummell est considéré comme l’arbitre des élégances de l’époque, mais n’était pas, pour autant, un théoricien dogmatique de la beauté.

Le dandy n’accepte la règle que pour mieux la renier.

De plus, son dandysme est, contrairement à la vie élégante, sans utilité en tant que code social. Il évite toute soumission aux lois. Citons Barbey : « (…) les dandys, de leur autorité privée, posent une règle au-dessus de celle qui régit les cercles les plus aristocratiques, les plus attachés à la tradition, et par la plaisanterie qui est un acide, et par la grâce qui est un fondant, ils parviennent à faire admettre cette règle mobile qui n’est, en fin de compte, que l’audace de leur propre personnalité.»

L’image de Brummell projetée par Balzac n’est donc plus «dandy» dans ce sens-là. C’est pourquoi Brummell est pour Balzac un « ex-dieu du dandysme ». Tandis que Barbey essaie d’esquisser « l’esprit » de Brummell, Balzac décrit Brummell dénué du dandysme pour mieux concrétiser ses dogmes (« sentiments »). Ainsi les positions de Balzac vis à vis du dandysme sont-elles variées et souvent contradictoires.

Mais signalons que ce n’est pas seulement Balzac qui veut épargner à Brummell le fait d’être qualifié de dandy : Captain Jesse, le dernier ami et premier biographe de Brummell, évite justement d’utiliser le mot dandy pour son héros : « Ce mot, écrit-il en 1844, appelle toutes sortes d’associations d’idées, qui ont pour dénominateur commun la vulgarité. » Le terme « dandy » a donc toujours un sens négatif pour cet anglais. Jesse nie naturellement l’extravagance de ce dandysme à l’époque : « (…) la seule caractéristique de la mise de Brummell était qu’elle était simple et de bon goût, ce qui va à l’encontre de l’opinion commune chez ceux qui ne l’ont pas rencontré (…)» Balzac et Jesse sont ainsi complices au point où ils rayent le nom de Brummell de la liste des dandys.

La révolution vestimentaire chez leur héros, c’est la soustraction des éléments superflus. Le principe de cette élégance repose donc sur la sobriété et sur l’accord. Mais s’il s’agit de simplicité et de bon goût, Barbey n’insiste-il pas lui aussi sur le sujet à maintes reprises ? Ces trois témoins essaient donc de sauver Brummell de l’image du dandy affublé d’un costume criard. La particularité de Barbey consiste en son affirmation sur le dandysme. Son dandysme n’est pas simplement l’apparence vestimentaire, c’est aussi, et peut-être surtout, une éthique.

Par la combinaison de l’esprit du dandysme et de Brummell, il donne un sens positif, subtil et historique à la vanité, considérée jusqu’alors comme un caractère vil et négligé. C’est pourquoi il commence Du dandysme par ces mots : « Les sentiments ont leur destinée. Il en est un contre lequel tout le monde est impitoyable : c’est la vanité. » Nous rappelons que « le sentiment » de Balzac sur l’apparence était un calcul.

Tandis que le Traité de la vie élégante est un manifeste positif pour la mode masculine, Du dandysme est un plaidoyer pour la frivolité.

Alors que Balzac essaye de transmettre l’utilité de la mode à travers l’image de Brummell, Barbey affirme son inutilité même. Balzac veut sauver l’honneur de Brummell du gouffre infernal de la vie misérable (signalons que la parution de son article date de 1830). Barbey veut contempler son agonie même avec les yeux pleinement ouverts.

LE DANDYSME SERAIT-IL FINALEMENT STRICTEMENT ANGLAIS ET LA VIE ÉLÉGANTE FRANÇAISE ?

Nous avons rapidement examiné la différence entre « la vie élégante » balzacienne et « le dandysme » d’Aurevillien. La devise de Balzac (« le dandysme est une hérésie de la vie élégante ») semble donc une idée plutôt raisonnable.

Pourtant elle est discutable car le dandysme est antérieur à la vie élégante qui est apparue après l’Ancien Régime, durant lequel l’éthique du dandysme existait déjà. Comment donc être une hérésie de quelque chose qui est apparu après ?

Dans ce sens-là, c’est la vie élégante qui serait plutôt une hérésie du dandysme. Mais il est vrai cependant que la vie élégante a envahi progressivement la société française après la Monarchie de Juillet, faisant ainsi du dandysme une forme d’hérésie.

C’est à partir de ce moment-là que le dandysme figurera la résistance héroïque contre la démocratie dans laquelle la valeur aristocratique perd de son aura.

Balzac est bien conscient de son époque : la société française adopte une démocratie basée sur la richesse. L’homme de la vie élégante se distingue manifestement des gentilshommes de l’Ancien Régime. Le paraître du premier consiste dans la richesse, celui du dernier consiste dans le titre de noblesse.

La parution de son Traité correspond donc non seulement au surgissement de la bourgeoisie, mais aussi à celui du capitalisme. C’est d’ailleurs grâce à la révolution industrielle que le tissu est produit à un prix raisonnable et que le vêtement devient plus accessible au petit bourgeois. Cette révolution contribue aussi à l’évolution de l’apparence masculine. Il y a désormais une mode pour l’homme.

La distinction d’apparence sert toujours à la classification sociale, mais dans la vie élégante il y a une liberté vestimentaire pour les peuples. La vie élégante n’est pas, dans ce sens, purement matérielle : elle exige « un sentiment », un calcul pour s’anoblir.

C’est une pensée pour mieux agir dans la société démocratique par le truchement de l’apparence. Ainsi, après la Révolution de 1830, une nouvelle caste affichant son élégance domine la société française. Dans ce sens-là, Le Traité de la vie élégante sert de manuel à cette nouvelle classe sociale. Il montre une appartenance et décrit l’uniforme de la bourgeoisie.

Quant au dandysme, il est considéré en France comme un phénomène de mode anglais jusqu’à la fin des années 1830. Le dandy signifie un homme vaniteux, s’intéressant exclusivement à son apparence. Son image est matériellement figurée par le costume criard et par la fameuse cravate blanche de Brummell.

Balzac emploie Brummell comme effigie de son Traité en lui donnant le rôle de conseiller de l’élégance. L’auteur sauve ainsi l’honneur de « Beau » Brummell du mot dandy fortement déprécié. Quinze ans après Barbey d’Aurevilly entame lui aussi le changement de l’image brummellienne. Mais son entreprise implique la transformation du dandysme même.

Non seulement il nie le dandy perçu comme une poupée déguisée, mais encore il essaye de décrire « l’esprit » du dandysme. Pour autant, cet esprit n’est pas autre chose que de la vanité. Bien que la vanité soit considérée comme un vice et ainsi méprisée jusqu’alors, il confirme la valeur de ce « vice » même. Barbey riposte à Balzac en montrant la pensée propre au dandysme. Tandis que Balzac vulgarise la mode masculine avec son Traité, Barbey réhabilite la vanité comme une qualité d’homme dans son Dandysme.

La différence entre ces deux textes procède donc de deux sociétés particulièrement dissemblables : alors que le dandysme est engendré par la monarchie absolue en Angleterre, la vie élégante surgit de la démocratie basée sur le capitalisme en France.

Ces deux essais ont ainsi une valeur comme critique sociale.

NB*: Ce texte est directement issu des remarquables travaux de Renta Komuro, dont nous reprenons in extenso de nombreux passages. merci à lui pour ce formidable travail de recherche et d’analyse.

[Source : http://www.parisiangentleman.com]

Sem medo de ser naïf, feminista negra norte-americana debate sentimento crucial na experiência humana. Propõe libertá-lo das ilusões românticas, praticando-o em desafio às relações alienadas e em busca de intimidade cúmplice e libertadora

Escrito por Silvane Silva

Tudo sobre o amor — Novas perspectivas está disponível no site da Editora Elefante

 

Escrever este prefácio em meio à pandemia de covid-19, vivendo em isolamento social meses, foi um exercício ao mesmo tempo doloroso e libertador. Em certa altura de Tudo sobre o amor, bell hooks diz que, se não pudéssemos fazer mais nada, se por algum motivo a leitura fosse a única atividade possível, isso seria suficiente para fazer a vida valer a pena, porque os livros podem ter uma função terapêutica e transformadora. Particularmente, não tenho dúvidas a respeito disso, pois a leitura sempre teve esse importante papel em minha vida. Alguns textos nos fazem reviver memórias impressas em nosso corpo e espírito e, dessa maneira, têm o poder de nos transformar e curar.

Em uma sociedade que considera falar de amor algo naïf, a proposta apresentada por bell hooks ao escrever sobre o tema é corajosa e desafiadora. E o desafio é colocarmos o amor na centralidade da vida. Ao afirmar que começou a pensar e a escrever sobre o amor quando encontrou “cinismo em lugar de esperança nas vozes de jovens e velhos”, e que o cinismo é a maior barreira que pode existir diante do amor, porque ele intensifica nossas dúvidas e nos paralisa, bell hooks faz a defesa da prática transformadora do amor, que manda embora o medo e liberta nossa alma. Ela nos convoca a regressar ao amor. Se o desamor é a ordem do dia no mundo contemporâneo, falar de amor pode ser revolucionário. Para compreendermos a proposta da autora e a profundidade de suas reflexões, o primeiro passo deve ser abandonar a ideia de que o amor é apenas um sentimento e passar a entendê-lo como ética de vida. É sabido que bell hooks evidencia em toda a sua obra que o pessoal é político. Este também será o caminho trilhado por ela neste livro, pontuando o quanto nossas ações pessoais relacionadas ao amor implicam uma postura perante o mundo e uma forma de inserção na sociedade. Ou seja: o amor não tem nada a ver com fraqueza ou irracionalidade, como se costuma pensar. Ao contrário, significa potência: anuncia a possibilidade de rompermos o ciclo de perpetuação de dores e violências para caminharmos rumo a uma “sociedade amorosa”.

Tudo sobre o amor: novas perspectivas, publicado nos Estados Unidos no ano 2000, é o primeiro livro da chamada Trilogia do Amor, seguido de Salvação: pessoas negras e amor, de 2001, e Comunhão: a busca feminina pelo amor, de 2002. bell hooks é o tipo de pensadora que, quando atraída por um assunto, tende a esmiuçá-lo, observá-lo por todos os ângulos e explorá-lo por completo. Se ao longo de toda a sua obra o tema do amor aparece, em diversos momentos, como algo que tem um lugar significativo para nossa vida e cultura, é na Trilogia do Amor que a autora nos apresenta suas teses sobre o tema e, mais do que isso, nos oferece lições práticas de como agir.

Ao descrever as maneiras pelas quais homens e mulheres em geral, e pessoas negras em particular, desenvolvem sua capacidade de amar dentro de uma cultura patriarcal, racista e niilista, bell hooks relaciona sua teoria do amor com os principais problemas da sociedade. Apesar de falar a partir da sociedade estadunidense, suas reflexões servem para nós brasileiros, já que também sofremos dos males que a autora tanto procura ver superados: racismo, sexismo, homofobia, imperialismo e exploração.

Seguindo os passos de pessoas que ofereceram o amor como arma poderosa de luta e de transformação da sociedade, como Martin Luther King Jr., por exemplo, bell hooks reposiciona o amor como uma força capaz de transformar todas as esferas da vida: a política, a religião, o local de trabalho, o ambiente doméstico e as relações íntimas. Aprofundando as ideias trazidas por Cornel West referentes às “políticas de conversão” para tratar o niilismo presente na sociedade, hooks coloca a ética do amor no centro dessas políticas. E, nessa perspectiva, compreende que o pessoal sobrevive por meio da ligação com o coletivo: é o poder de se autoagenciar (self-agency) em meio ao caos e determinar o autoagenciamento coletivo.

Tudo sobre o amor: novas perspectivas procura mostrar como somos ensinados desde a infância a ter suposições equivocadas e falsas em relação ao amor e ressalta o quanto nossa sociedade não considera a importância e a necessidade de aprendermos a amar. Tendemos a acreditar que já nascemos com esse conhecimento, mas bell hooks demonstra que o amor não está dado: ele é construção cotidiana, que só assumirá sentido na ação — o que significa dizer que precisamos encontrar a definição de amor e aprender a praticá-lo.

Em “Clareza: pôr o amor em palavras”, primeiro capítulo deste livro, bell hooks afirma que em nossa sociedade o amor costuma servir para nomear tudo, pulverizando seu significado. Nessa confusão em relação ao que queremos dizer quando usamos a palavra “amor” está a origem da nossa dificuldade de amar. Por isso, saber nomear o que é o amor é a condição para que ele exista. Se os dicionários tendem a enfatizar a definição dada ao amor romântico, bell hooks nos mostra que o amor é muito mais que uma “afeição profunda por uma pessoa”. A melhor definição de amor é aquela que nos faz pensar o amor como ação — conforme diz o psiquiatra M. Scoot Peck, trata-se da “vontade de se empenhar ao máximo para promover o próprio crescimento espiritual ou o de outra pessoa”. Nota-se que o espiritual aqui não está vinculado à religião, mas a uma força vital presente em cada indivíduo. Nesse sentido, a afeição seria apenas um dos componentes do amor. Para amar verdadeiramente devemos aprender a misturar vários ingredientes: carinho, afeição, reconhecimento, respeito, compromisso e confiança, assim como honestidade e comunicação aberta. Uma das contribuições fundamentais trazidas por bell hooks é nos fazer pensar que são as ações que constroem os sentimentos. Dessa maneira, ao pensar o amor como ação, nos vemos obrigados a assumir a responsabilidade e o comprometimento com esse aprendizado.

O segundo capítulo, “Justiça: lições de amor na infância”, demonstra que o impacto do patriarcado e a forma da dominação masculina sobre mulheres e crianças são barreiras para o amor, algo pouco presente na bibliografia sobre o tema. Nós aprendemos sobre o amor na infância, e quer nossa família seja chamada funcional ou disfuncional, sejam nossos lares felizes ou não, são eles as nossas primeiras escolas de amor. Neste capítulo, bell hooks levanta a importante discussão sobre a necessidade de valorizar, respeitar e assegurar os direitos civis básicos das crianças. Caso contrário, a maioria delas não conhecerá o amor, tendo em vista que não existe amor sem justiça. Nesse ponto, a autora demonstra o quanto o lar da família nuclear é uma esfera institucionalizada de poder que pode ser facilmente autocrática e fascista. Dessa maneira, continua ela, se queremos uma sociedade eticamente amorosa, precisamos desmascarar o mito de que abuso e negligência podem coexistir com amor. Onde há abuso, a prática amorosa fracassou. Não se pode concordar que a punição severa seja uma forma aceitável de se relacionar com as crianças. “O amor é o que o amor faz”, e é nossa responsabilidade dar amor às crianças, reconhecendo que elas não são propriedades e têm direitos que nós precisamos garantir.

No terceiro capítulo, “Honestidade: seja verdadeira com o amor”, bell hooks afirma que a verdade é o coração da justiça. Somos ensinados desde a infância que não devemos mentir, que devemos jogar limpo. Entretanto, na prática, quem diz a verdade normalmente é punido, reforçando a ideia de que mentir é melhor. Homens mentem para agradar às mães e depois às mulheres. Mentir e se dar bem é um traço da masculinidade patriarcal. Meninos e homens são encorajados a todo momento a fazer o que for preciso para manter sua posição de controle. Por sua vez, as mulheres também mentem para os homens como forma de agradar e manipular. Vivemos em uma sociedade em que a cultura do consumo também encoraja a mentira. A publicidade é um dos maiores exemplos disso. As mentiras impulsionam o mundo da publicidade predatória e o desamor é bênção para o consumismo. Além disso, manter as pessoas em um estado constante de escassez fortalece a economia de mercado. Dessa maneira, hooks enfatiza que a tarefa de sermos amorosos e construirmos uma sociedade amorosa implica reafirmar o valor de dizer a verdade e, portanto, estarmos dispostos a ouvir as verdades uns dos outros. A confiança é o fundamento da intimidade.

Partindo do pressuposto de que não é fácil amar a si mesmo, no quarto capítulo, “Compromisso: que o amor seja amor-próprio”, bell hooks nos ensina que, quando somos positivos, não só aceitamos e afirmamos quem somos mas também somos capazes de afirmar e aceitar os outros. E o movimento feminista ajudou as mulheres a compreender o poder pessoal que se adquire com uma autoafirmação positiva. Quando temos de fazer um trabalho que odiamos, por exemplo, isso ataca a nossa autoestima e autoconfiança. O trabalho, quando percebido como um fardo, por se realizar em empregos ruins em vez de aprimorar a autoestima, deprime o espírito. Como lidar com essa questão se a maioria de nós não pode fazer o trabalho que ama? Um dos modos de experimentar satisfação seria nos comprometermos totalmente com o trabalho a ser realizado, seja ele qual for. Trazer o amor para o ambiente laboral pode criar a transformação necessária para tornar qualquer trabalho que façamos um meio de expressarmos o nosso melhor. Quando trabalhamos com amor, renovamos nosso espírito, e essa renovação é um ato de amor-próprio que alimenta nosso crescimento. E não devemos confundir amor-próprio com egoísmo ou egocentrismo. O amor-próprio é a base de nossa prática amorosa, pois, ao dar amor a nós mesmos, concedemos ao nosso ser interior a oportunidade de ter amor incondicional. É o amor-próprio que garante que nossos esforços amorosos com as outras pessoas não falhem.

No quinto capítulo, “Espiritualidade: o amor divino”, hooks chama a atenção para o fato de que a crise na vida estadunidense não poderia ser causada por falta de interesse na espiritualidade, tendo em vista que a imensa maioria das pessoas diz seguir alguma religião. Isso indicaria que a vida espiritual é algo importante nessa sociedade. No entanto, esse interesse é cooptado pelas forças do materialismo e do consumismo hedonista, traduzido na lógica do “compro, logo sou”. A religião “organizada” falhou em satisfazer a “fome espiritual”, e as pessoas procuram preencher esse vazio com o consumismo. A autora questiona: “Imagine como nossa vida seria diferente se todos os indivíduos que se dizem cristãos, ou que alegam serem religiosos, servissem de exemplo para todos, sendo amorosos”. A atualidade desse questionamento para o Brasil de hoje é desconcertante, tendo em vista os milhões de ditos “cristãos” que, ao invés de amar o próximo como a si mesmos, destilam ódio e preconceito.

“Valores: viver segundo uma ética amorosa” é o título do capítulo 6, no qual bell hooks reforça que o despertar para o amor só pode acontecer se nos desapegarmos da obsessão por poder e domínio. Para nos tornarmos pessoas mais alegres e mais realizadas, precisamos adotar uma ética amorosa, pois nossa alma sente quando agimos de maneira antiética, rebaixando o nosso espírito e desumanizando os outros. Viver dentro de uma ética amorosa é uma escolha de se conectar com o outro. Isso significa, por exemplo, solidarizar-se com pessoas que vivem sob o jugo de governos fascistas, mesmo estando em um país democrático. Neste ponto, hooks retoma a afirmação de Cornel West de que uma “política de conversão” restaura a sensação de esperança. E reafirma que abraçar a ética amorosa significa inserir todas as dimensões do amor — “cuidado, compromisso, confiança, responsabilidade, respeito e conhecimento” — em nossa vida cotidiana.

“Ganância: simplesmente ame”, o sétimo capítulo do livro, demonstra que o isolamento e a solidão são as causas centrais da depressão e do desespero. O materialismo cria um mundo de narcisismo no qual consumir é a coisa mais importante. Nessa reflexão, a autora analisa como a participação ativa dos Estados Unidos em guerras globais colocou em questão o compromisso desse país com a democracia, sacrificando a visão de liberdade, amor e justiça em nome do materialismo e do dinheiro. Ela aborda também o desespero que tomou conta das pessoas quando líderes que lutavam pela paz e pela justiça foram assassinados, no final da década de 1960. Nesse momento, as pessoas perderam a conexão com a comunidade, e a atenção voltou-se para a ideia de ganhar dinheiro, o máximo possível. Os líderes passaram a ser os ricos e os famosos, as estrelas do cinema e da música. As igrejas e os templos, que antes eram espaços de reunião da comunidade, com o advento da teologia da prosperidade, tornaram-se lugares onde a ética materialista é respaldada e racionalizada. O que vale a partir de então é a cultura do consumo desenfreado. Pessoas também são tratadas como objetos e são esses os valores que passam a orientar as atitudes em relação ao amor. Isso se reflete também nas políticas públicas, como no fato de os Estados Unidos serem um dos países mais ricos do mundo e não possuírem um sistema universal de saúde que possa oferecer serviços aos menos favorecidos. Dessa maneira, bell hooks convida as pessoas à escolha de viver com simplicidade. Isso necessariamente intensifica a nossa capacidade de amar, ensina-nos a praticar a compaixão e afirma nossa conexão com a comunidade.

O oitavo capítulo, “Comunidade: uma comunhão amorosa”, afirma, conforme as palavras de M. Scott Peck, que “nas comunidades e por meio delas reside a salvação do mundo”. Para desenvolver suas reflexões sobre essa questão, bell hooks lembra que o capitalismo e o patriarcado, juntos, como estrutura de dominação, produziram o afastamento das famílias nucleares de suas respectivas famílias estendidas. Por essa razão, aumentaram os abusos de poder no ambiente familiar, pois a família estendida é um lugar onde podemos aprender o poder da comunidade. Outra possibilidade importante dessa experiência de comunidade é a amizade, que para muitos é o primeiro contato com uma “comunidade carinhosa”. hooks reforça que amar em amizades nos fortalece de tal maneira que nos permite levar esse amor para as interações familiares e românticas. E, embora seja comum afrouxarmos os laços de amizade quando criamos laços românticos, quanto mais verdadeiros forem nossos amores românticos, menos teremos de nos afastar das nossas amizades, pois “a confiança é a pulsação do verdadeiro amor”. Ao nos engajarmos em uma prática amorosa, podemos estabelecer as bases para a construção de uma comunidade com desconhecidos. Esse amor que criamos em comunidade permanece conosco aonde quer que vamos, diz hooks.

“Reciprocidade: o coração do amor”, o nono capítulo, se inicia com os dizeres: “O amor nos permite adentrar o paraíso”. Para falar da construção amorosa entre casais, a autora parte dos equívocos ocorridos nos seus dois relacionamentos afetivos mais intensos, de um lado devido à falta de definição do que seria o amor e, de outro, pela confusão de esperar receber do companheiro o amor que não recebeu da família. Aponta que, mesmo em relacionamentos não heterossexuais, a tendência é o casal assumir uma lógica de que um dos parceiros deve sustentar o amor e o outro, apenas o seguir. Acrescenta ainda o fato de que as mulheres são encorajadas pelo pensamento patriarcal a acreditar que deveriam ser sempre amorosas, porém, isso não significa dizer que estão mais capacitadas do que os homens para fazer isso. Por essa razão, é comum que mulheres procurem livros de autoajuda para aprender a amar e manter o relacionamento. No entanto, grande parte desses livros normalizam o machismo e ensinam a manipular, a jogar um jogo de poder que nada tem a ver com o amor.

No décimo capítulo, “Romance: o doce amor”, bell hooks afirma categoricamente que poucas pessoas entram num relacionamento romântico possuindo a capacidade de realmente receber amor. Isso porque criamos envolvimentos amorosos que estão condenados a repetir os nossos dramas familiares. Comentando sobre o romance O olho mais azul, de Toni Morrison, ela diz que “a ideia de amor romântico é uma das ideias mais destrutivas na história do pensamento humano”. Esse amor que se dá num “estalo”, num “clique”, que não necessita de construção e depende apenas de “química” atrapalha o nosso caminho para o amor. O amor é tanto uma intenção como uma ação. Nossa cultura valoriza demais o amor como fantasia ou mito, mas não faz o mesmo em relação à arte de amar. Ao não atingirem esse mito, as pessoas se decepcionam. No entanto, é preciso entender que essa decepção é pelo amor romântico não alcançado. O amor verdadeiro, quando buscado, nem sempre nos levará ao “felizes para sempre” e, mesmo se o fizer, é preciso que saibamos: amar dá trabalho, não é essa história perfeita e pronta dos contos de fadas.

Em “Perda: amar na vida e na morte”, o décimo primeiro capítulo, a autora trata do medo coletivo da morte, apresentando-o como uma doença do coração para a qual a única cura é o amor. Da mesma maneira, somos incapazes de falar sobre a nossa necessidade de amar e sermos amados. Por medo de que nos vejam como fracos, raramente compartilhamos nossos pensamentos sobre a mortalidade e a perda. É isso que bell hooks nos convida a fazer

O capítulo 12, “Cura: o amor redentor”, nos leva a refletir sobre nossas dores, pois, ainda que nos tenham ensinado o contrário, sofrimentos desnecessários nos ferem. A escolha que temos é não permitir que tais sofrimentos nos deixem cicatrizes por toda a vida. O que faremos dessas marcas está em nossas mãos. O poder curativo da mente e do coração está sempre presente, e nós temos a capacidade de renovar nosso espírito e nossa alma. No entanto, é bastante difícil conseguirmos curar-nos em isolamento: a cura é um ato de comunhão. bell hooks diz que precisamos conhecer a compaixão e nos envolver num processo de perdão para nos livrarmos de toda bagagem que carregamos e que impede a nossa cura. O perdão intensifica nossa capacidade de apoiarmos uns aos outros. Fazer as pazes com nós mesmos e com os outros é o presente que a compaixão e o perdão nos oferecem. A autora nos ensina que ser positivo e viver em um estado permanente de esperança renova o espírito e que, quando reavivamos nossa fé na promessa do amor, a esperança se torna nossa cúmplice.

O capítulo 13, “Destino: quando os anjos falam de amor”, fecha o livro apresentando a relação de bell hooks com os anjos. Anjos são aqueles que trazem as notícias que darão alívio ao nosso coração. São os guardiães do bem-estar da alma. Revelam nosso desejo coletivo de regressar ao amor. A autora relata que as primeiras histórias de anjos lhe foram contadas ainda na infância, quando frequentava a igreja, onde aprendeu que os anjos eram consoladores sábios nos momentos de solidão. E, conforme foi crescendo, hooks passou a descobrir muitos anjos em seus autores preferidos, cujos livros permitem entender a vida com mais complexidade. Ela finaliza dizendo que, depois de tanto ficar sozinha, no escuro do quarto, agarrada à metafísica do amor, tentando entender seu mistério, pôde finalmente alcançar uma nova visão do amor. E a essa prática espiritual disciplinada ela chama de “prática de abrir o coração”. Foi isso que desde então a levou a seguir o caminho do amor e a “falar cara a cara com os anjos”.

Na teoria sobre o amor de bell hooks é possível perceber inspirações das igrejas cristãs negras do sul dos Estados Unidos e também da filosofia budista, especialmente com base no mestre zen vietnamita Thich Nhat Hanh, cuja atuação disseminou o conceito de “budismo engajado”, que diz respeito a somar a observação dos preceitos básicos do budismo com uma prática cotidiana socialmente comprometida. Ao lermos Tudo sobre o amor, podemos encontrar também diversos pontos de contato com as ideias trazidas pela filósofa burquinense Sobonfu Somé, em seu livro O espírito da intimidade: ensinamentos ancestrais africanos sobre maneiras de se relacionar, sobretudo no que se refere ao conceito de comunidade. Nesse sentido, ao propor que as transformações desejadas para a sociedade ocorram por meio da prática do amor, bell hooks nos afasta dos paradigmas eurocêntricos e coloniais que construíram a sociedade ocidental, baseada em exploração, injustiça, racismo e sexismo, e (re)direciona o nosso pensamento e a nossa prática rumo à ancestralidade.

A tradução deste livro, trazendo a ideia do amor como transformação política, chega num momento muito oportuno e necessário. Por aqui, essa semente já brotou. Existem pessoas pensando o amor para além do “amor romântico”, como o pastor Henrique Vieira, que destaca a força poderosa do amor para a destruição de preconceitos e a construção de uma sociedade mais justa em seu livro O amor como revolução, ou como o professor Renato Noguera, especialista em estudos africanos, que se dedica a produzir reflexões sobre o amor e é autor do livro Por que amamos: o que os mitos e a filosofia têm a dizer sobre o amor. Nesse caminho segue também a pensadora Carla Akotirene que, ancorada nos estudos do feminismo negro e na ancestralidade, discute o papel político das afetividades, inserindo no debate a urgência do combate à violência doméstica. Pesquisadores voltados para a filosofia africana têm (re)construído conhecimentos que dialogam diretamente com o pensamento de bell hooks em sua Trilogia do Amor. Exemplos disso são os trabalhos de Katiúscia Ribeiro e Wanderson Nascimento. Este último tem um artigo escrito em parceria com Vinícius da Silva, com o título “Políticas do amor e sociedades do amanhã”. Sendo assim, acredito que as lições de bell hooks sobre o amor, apresentadas em português pela Editora Elefante, servirão para difundir e fortalecer ainda mais essa construção. O futuro é ancestral.

Silvane Silva é doutora em História Social pela Pontifícia Universidade Católica de São Paulo (puc-sp) com a tese O protagonismo das mulheres quilombolas na luta por direitos em comunidades do Estado de São Paulo (1988-2018). Em 2018, participou do Programa de Incentivo Acadêmico Abdias do Nascimento como pesquisadora visitante no Centro de Estudos Latino-Americanos da Universidade da Flórida, nos Estados Unidos. É coorganizadora do livro Narrativas quilombolas: dialogar, conhecer, comunicar (Imprensa Oficial do Estado de São Paulo, 2017). Atua como professora e pesquisadora nas temáticas história e cultura afro-brasileira, educação para relações étnico-raciais e educação escolar quilombola. É pesquisadora do Centro de Estudos Culturais Africanos e da Diáspora (Cecafro) da puc-sp e integrante do Grupo de Estudos em Educação da Faculdade de Educação da Universidade de São Paulo (usp).

 

 

 

[Imagem: Egon Schielle – fonte: http://www.outraspalavras.net]

Thomas Couture, Les Romains de la décadence, 1847, Paris, Musée d’Orsay. Wikipedia

Écrit par Christian-Georges Schwentzel

Dans un essai très original, L’Empire romain par le menu (2018), Dimitri Tilloi d’Ambrosi, chercheur en histoire romaine, nous convie à la table des Romains.

Il mène un examen critique de toutes les sources antiques disponibles sur le sujet : textes littéraires à manier avec précaution ; fresques montrant des banquets et des victuailles ; précieuses données fournies par l’archéologie sur le régime alimentaire des populations de l’Empire.

Cette riche étude permet de faire la part entre la réalité historique et les fantasmes souvent associés à l’orgie romaine, cette prétendue débauche de nourriture, popularisée par le film Fellini Satyricon en 1969 et par la bande dessinée Astérix chez les Helvètes.

Les orgies romaines : mythe ou réalité ?

Il ne fait aucun doute que de somptueux festins aient été organisés à Rome par certains empereurs, comme Caligula, Claude, Néron et Vitellius ; ou encore, plus tard, Elagabal. Mais les textes antiques les évoquent toujours dans un but moral : il s’agit, notamment pour des auteurs comme Suétone et Tacite, de condamner des excès de gloutonnerie et de luxe vus comme indécents.

Selon l’idéal romain, un bon chef doit savoir contrôler son corps, qu’il s’agisse de désirs alimentaires ou sexuels. Les « mauvais » empereurs ont d’ailleurs une fâcheuse tendance à associer ces deux plaisirs charnels. Selon Suétone, au cours de ses dîners, Caligula faisait l’amour avec les femmes de ses invités, ou encore avec ses propres sœurs, au milieu des plats et « devant tout le monde » (Suétone, Caligula, 24 et 36). Néron, lui, se faisait servir en public par des courtisanes et des joueuses de flûte dont on imagine que la fonction n’était pas uniquement de jouer de leur instrument (Suétone, Néron, 27).

Mais si ces « débauches » sont évoquées avec tant d’insistance, c’est justement par ce qu’elles ne constituaient pas la norme dans le monde romain. Les orgies impériales, toujours dénoncées, et sous certains empereurs seulement, ne concernaient qu’une part infime de la population. Il ne s’agissait donc nullement d’une « tradition » propre à la société romaine dans son ensemble.

Il en est de même du vomissement qu’on associe souvent à ces festins. Les médecins avaient coutume d’enfoncer une plume dans le gosier des convives qui souffraient d’indigestion. Mais, « cette pratique reste limitée aux individus de haut rang et cantonnée à quelques exemples rapportés par les sources », précise Dimitri Tilloi d’Ambrosi.

Goscinny et Uderzo, Astérix chez les Helvètes, 1970. Le tourne page

L’Empire frugal

C’est au contraire la simplicité alimentaire, voire la frugalité, qui caractérisait l’Empire romain. L’immense majorité de la population se nourrissait surtout de légumes et de céréales, sous la forme de bouillies et de galettes ; ou encore de fruits : figues, pêches, raisins… C’était donc un régime très végétal qui prédominait. Les soldats, privilégiés par rapport à la moyenne, y ajoutaient de la viande séchée.

Le vin était très répandu. C’était une boisson épaisse que l’on mélangeait avec de l’eau, parfois chaude. On y mettait aussi volontiers du poivre ou du miel. La posca, très populaire, avait un goût de vinaigre.

Fellini Satyricon, 1969.

Des riches qui ne mangent pas seulement pour se nourrir

Seule une minorité de riches consommaient avec ostentation, non par goût des aliments, mais d’abord pour affirmer leur appartenance à l’élite. En bon historien du « fait alimentaire », Dimitri Tilloi d’Ambrosi est parfaitement conscient des enjeux autres que nutritifs que représente la nourriture. « L’alimentation, écrit-il, permet aussi de mieux saisir les mentalités de l’époque, en particulier celles des membres les plus aisés de la société ».

Manger n’est pas un acte anodin : le repas s’inscrit dans un cadre social codifié. « Outre l’aliment, ajoute Dimitri Tilloi d’Ambrosi, le mangeur consomme aussi du symbole, construit autour d’une hiérarchie normée. Un aliment n’est pas bon uniquement pour ses critères gustatifs, mais aussi pour ce qu’il révèle sur l’identité du consommateur ».

La littérature latine nous offre un magnifique exemple de cette stratégie de distinction, à travers le personnage de Trimalcion dans le Satyricon, roman satirique attribué à Pétrone. Trimalcion, ancien esclave affranchi, figure du nouveau riche, adopte avec boulimie tous les codes de la haute société romaine. Il organise de somptueux festins pour affirmer son rang et épater ses convives.

Ainsi, le dîner s’insère dans un esprit de compétition entre membres de l’élite. C’est à qui dépensera le plus d’argent et offrira les mets les plus inattendus ou exotiques. Les textes antiques évoquent des plats étonnants : crêtes de coqs, langues de paons, têtes de perroquets, vulves de truie, langues ou cervelles de flamants roses… Mais l’aliment le prestigieux au Ier siècle apr. J.-C. était sans conteste le surmulet (ou rouget-barbet), un poisson dont le prix pouvait atteindre plusieurs milliers de sesterces.

Poissons, mosaïque romaine de Lod, Israël. Wikimedia

Du marché jusqu’aux latrines

Dimitri Tilloi d’Ambrosi a conçu son livre comme un parcours culinaire en trois étapes qu’il a intitulées : « Préparer », « Manger » et « Digérer ». Il nous guide d’abord à travers les étals des marchés de Rome où le client pouvait faire l’acquisition de fruits, légumes, viandes, poissons et fruits de mer. On pouvait aussi s’y procurer le fameux garum, sauce à base de poisson macéré (un peu comme le nuoc-mâm), qui donnait aux plats une saveur aigre-douce.

Le chercheur nous entraîne ensuite en cuisine. Les recettes romaines nous sont connues grâce au livre d’Apicius, L’Art culinaire (De re coquinaria). Mais nous savons malheureusement peu de choses sur la vie de ce grand cuisinier qui vécut au Ier siècle apr. J.-C., sous l’empereur Tibère. On raconte qu’il se suicida lorsqu’il découvrit qu’il n’avait plus assez d’argent pour organiser de nouveaux banquets.

Les Romains se mettaient à table trois fois par jour. D’abord pour un petit-déjeuner très simple, puis un déjeuner rapide et, enfin, pour le dîner ou cena, principal repas de la journée. La cena était constituée d’une entrée, d’un plat principal et d’un dessert, successivement servis, du moins pour les plus riches, dans le triclinium, salle à manger où hommes et femmes dînaient ensemble, étendus sur des lits disposés autour d’une table basse.

Ces repas en position couchée étaient assez salissants. On mangeait avec les doigts, sauf les œufs pour lesquels on disposait de cuillères. Des aliments atterrissaient sur les mosaïques qui ornaient le triclinium. Souvent, les convives jetaient volontairement au sol les os, coquilles de mollusques, ou arêtes de poisson qu’ils venaient de retirer de leur bouche. Un geste vu comme propitiatoire. Les restes de nourriture tombés au sol étaient considérés comme une offrande faite aux morts.

Le parcours proposé par Dimitri Tilloi d’Ambrosi se termine logiquement aux latrines, les WC des Romains, bien identifiées sur plusieurs sites archéologiques. L’étude des coprolithes, c’est-à-dire des restes d’excréments minéralisés, retrouvés par les fouilleurs, a révélé la mauvaise hygiène des Romains qui ne se lavaient guère les mains avant de tremper leurs doigts dans les plats. En témoigne la présence très fréquente de vers intestinaux dans leurs déjections.

Mais que ces parasites ne vous empêchent pas de consommer sans modération le livre succulent et croustillant de Dimitri Tilloi d’Ambrosi !

 

[Source : http://www.theconversation.com]

O selo asturiano Satori publica en castelán o ensaio clásico de Sakaguchi Ango que pon en cuestión o valor da tradición e os ríxidos códigos samuráis

Sakaguchi Ango, el azote del bushido. Lo s ataques del escritor a la figura del emperador y la nefasta influencia del bushido (el código samuray) en la cultura japonesa no fueron bien acogidos por muchos de sus conciudadanos que basaban su forma de vida en el culto a la tradición. Para otros, fue una celebración muy esperada y necesaria

Sakaguchi Ango, o azoute do bushido. Os ataques do escritor á figura do emperador e a nefasta influencia do bushido (el código samurai) na cultura xaponesa non foron ben acollidos por moitos dos seus concidadáns que baseaban a súa forma de vida no culto á tradición. Para outros, foi unha celebración moi esperada e necesaria. HAYASHI TADAHIKO ARQUIVES – SATORI

Escrito por H. J. P.

A Segunda Guerra Mundial e o papel que Xapón desempeñou acelerou o derrubamento que afectou os valores da tradición que fundamentaban a vida de moitos xaponeses. Sakaguchi Ango (1906-1955), hoxe un clásico das letras nipoas, escribiu de modo pioneiro sobre este cuestionamiento cultural que puxo patas para arriba unha forma de existencia. Ango ataca con virulencia as bases deste ecosistema enraizadas no bushido (código samurai), que empuxa os mozos ao sacrificio, nítidamente visualizado nos kamikazes que dóciles se entregan nos seus cazas á morte. A retórica da lealdade da era Meiji (impuxo subrepticiamente o servizo militar obrigatorio) caducou, proclama o escritor, que no seu ensaio Sobre a decadencia inicia a demolición dun sistema de pensamento que banaliza a morte para manter ao pobo narcotizado e manso. Ango despreza a levidade dos xardíns zen e a cerimonia do té, a simplicidade que conduce ao baleiro, a morte, e o esnobismo do sobrio e o suntuoso; e defende a decadencia, o vulgar e o kitsch como escenario perfecto para tocar fondo e onde a vida renace e reafírmase. Mellor sería queimar un templo para construír unha estación, advirte. O selo asturiano Satori trae estes textos por fin ao castelán.

 

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Née en Grande-Bretagne, Elizabeth Taylor (1932-2011) était une star hollywoodienne talentueuse, intelligente, altruiste, convertie au judaïsme et sioniste. Des facettes parfois obscurcies par ses mariages et divorces successifs, son combat contre le surpoids et son goût pour les diamants. Arte rediffusera les 1er et 6 janvier 2021 Ivanhoé (Ivanhoe – Der schwarze Ritter) de Richard Thorpe, avec Robert Taylor, George Sanders et Joan Fontaine.

Publié par Véronique Chemla

Une légende hollywoodienne. L’enfant prodige-star dans Fidèle Lassie (1943), film de Fred M. Wilcox, devenue actrice oscarisée ayant tourné sous la direction des meilleurs réalisateurs, avec des acteurs excellents. Liz Taylor et ses sept maris – pas simultanés -, son humour et son intelligence, sa générosité, son élégance et sa beauté, ses diamants, ses fourrures et ses bijoux, et ses problèmes de poids et d’alcool, sa lutte contre le SIDA…
Les médias ont longuement développé ces facettes de cette dame aux yeux violets qui est décédée à 79 ans, d’une insuffisance respiratoire, à Los Angeles (États-Unis) le 23 mars 2011, a été inhumée le 24 mars 2011, au cimetière de Forest Lawn, lors d’une cérémonie intime et d’un office œcuménique mené, dans l’intimité, par le rabbin Jerry Cutler.

C’est un autre et double aspect d’Elizabeth Taylor, née en 1932 dans une famille chrétienne américaine en Angleterre, qui la rend plus attachante encore : son judaïsme et son ardent sionisme.

Les Quatre filles du Dr March

En 1949, sort aux États-Unis Les Quatre filles du Dr March, de Mervyn Le Roy. « Sur fond de guerre de Sécession, l’entrée de quatre jeunes filles dans l’âge adulte… Immense succès à sa sortie, en 1949, une chronique familiale portée avec ferveur par Elizabeth Taylor et Janet Leigh ».
« Pendant la guerre de Sécession, dans une petite ville de la côte Est des États-Unis. En l’absence de leur père, aumônier dans les rangs de l’armée nordiste, Meg, Beth, Jo et Amy doivent composer avec le manque d’argent. Si Beth, la cadette, rêve de pouvoir jouer du piano et Jo, l’aînée, de devenir écrivain, Amy, la frivole, est passionnée par le dessin. Meg, quant à elle, adore les jolies toilettes. Alors que Noël approche, les privations se font plus douloureusement sentir. L’arrivée dans leur voisinage de Theodore, un jeune homme orphelin de retour du front, leur met un peu de baume au cœur lorsqu’il les convie à un bal dans la maison de son grand-père, qui l’a recueilli… »

« Adaptation d’un best-seller autobiographique de Louisa May Alcott, paru en 1868, et remake d’un film de George Cukor de 1933, le film de Mervyn LeRoy est un vrai délice. Malgré la dureté des temps et les épreuves qu’elles doivent surmonter pour entrer dans l’âge adulte, ses jeunes héroïnes, notamment Janet Leigh et Elizabeth Taylor, futures stars alors débutantes, enchantent par leur enthousiasme, leur force de caractère et leur générosité. Ode à une existence altruiste et bienveillante, vaillamment défendue par Mary Astor sous les traits de la mère, une chronique familiale sensible et délicate, brillamment mise en scène ».Arte propose, dans le cadre de Un regard, une minute, « Les quatre filles du Docteur March » de Mervyn LeRoy. « Quatre portraits de filles d’une même famille américaine. Quatre façons d’être des filles. Il y a l’émancipée, la coquette, la sage et l’artiste. Toutes de tempéraments différents, elles se montrent d’une solidarité totale devant l’adversité, en l’occurrence la guerre de Sécession. Se dégage de cela une chronique de la vie quotidienne féminine américaine ».

Le film a été distingué en 1950 par l’Oscar, l’Academy Award for Best Art Direction – Set Decoration (Color) pour Cedric Gibbons, Paul Groesse, Edwin B. Willis, Jack D. Moore.

« Une place au soleil »

Arte diffusa le 23 avril 2018 « Une place au soleil » (Ein Platz an der Sonne, A Place in the Sun), réalisé par George Stevens avec Montgomery Clift, Elizabeth Taylor et Shelley Winters, précédé de Trois bonnes raisons de voir « Une place au soleil » (2018). « Captif de ses rêves d’ascension sociale, un jeune homme s’embourbe dans une double relation destructrice… »

 « George Eastman, jeune homme désargenté qui ambitionne de se faire une place au soleil, est embauché comme ouvrier dans l’usine de son oncle. Il y séduit Alice, une collègue dont il devient l’amant. Peu de temps après, invité par son oncle à une soirée mondaine, il fait la connaissance d’Angela Vickers, une demoiselle de la haute société qui tombe sous son charme. George se prend à rêver de mariage et d’opulence, mais ses plans s’écroulent lorsqu’Alice lui annonce qu’elle est enceinte… »

« Entre mélodrame et film noir, un classique inoubliable de George Stevens, aussi flamboyant que grinçant, avec un triangle amoureux formé par Montgomery Clift, Elizabeth Taylor et Shelley Winters ».

« Porté à l’écran, avec peu de succès, par Josef von Sternberg en 1931, Une tragédie américaine, roman de Theodore Dreiser paru en 1925, s’est de nouveau attiré les faveurs du cinéma vingt ans plus tard. La partition mélancolique de Franz Waxman et le noir et blanc contrasté de William C. Mellor, justement récompensés aux Oscars, subliment le triangle amoureux formé par Montgomery Clift, Elizabeth Taylor et Shelley Winters en même temps qu’ils soulignent l’engrenage implacable dont ils sont les victimes. Ce classique inoubliable de George Stevens, aussi flamboyant que grinçant, démonte ainsi l’escroquerie du rêve américain, qui broie inexorablement ceux qui tentent de s’extraire de leur condition ».

Une place au soleil « dévoile la face la plus sombre et cruelle du rêve américain. Mais c’est aussi un sommet de la séduction et du charme hollywoodiens, grâce à Montgomery Clift et Elizabeth Taylor qui sont insurpassables de beauté et de sensualité fiévreuse. La mise en scène est somptueuse et les scènes de baisers et les gros plans amoureux parmi les plus beaux du cinéma ».

En 1952, le réalisateur George Stevens a été distingué par l’Oscar du Meilleur réalisateur, Edith Head l’Oscar des Meilleurs costumes, et le compositeur Franz Waxman a reçu l’Oscar de la meilleure musique de film.

Ivanhoé

En 1952, Elizabeth Taylor avait interprété le rôle de Rébecca d’York, Juive férue en médecine, dans Ivanhoé (Ivanhoe – Der schwarze Ritter) de Richard Thorpe, avec Robert Taylor, George Sanders et Joan Fontaine. » Le film est produit par Pandro S. Berman. La musique est composée par Miklós Rózsa.

Le scénario est signé par Noel Langley et Marguerite Roberts, d’après le roman éponyme (1819) de Walter Scott (1771-1832), écrivain écossais. Ce Waverley Novel (« roman de Waverley ») présente un portrait très favorable des Juifs et dénonce l’antijudaïsme médiéval. Selon W. S. Crockett, auteur de The Scott Originals (1912) étudiant les personnages réels ayant inspiré Walter Scott, celui-ci se serait inspiré de Rebecca Graetz (1781-1869), jeune juive américaine vivant à Philadelphie, et évoquée par Washington Irving durant son séjour à Abbotsford. Amie de Mathilda Hoffman, fiancée de l’écrivain américain, la très belle et philanthrope Rebecca Graetz demeura célibataire et s’occupa d’œuvres de bienfaisance.
De retour de croisade, le chevalier Ivanhoé retrouve une Angleterre sous le joug tyrannique de Jean sans Terre. Le félon s’est emparé du trône en l’absence de Richard Cœur de Lion, parti lui aussi combattre en Terre sainte. Or, sur le chemin du retour, le roi Richard a été capturé par Léopold V d’Autriche. Ivanhoé fait le serment de réunir la rançon réclamée pour la libération de son souverain. Aidé de son fidèle écuyer Wamba, le chevalier commence sa quête. En sauvant d’une embuscade un patriarche juif, Isaac d’York, il lui jure de mettre fin aux persécutions infligées à son peuple contre son aide financière… »

« Amour et action : au cœur des années 1950, Richard Thorpe fut un des artisans les plus doués d’Hollywood pour façonner des œuvres flamboyantes mêlant grands sentiments et codes du film d’aventures. « Ivanohé » s’avère l’une de ses plus belles réussites.

Le tournoi d’Ashby et l’attaque du château de Torquilstone sont ici des séquences d’anthologie, des modèles du genre. Mais Ivanohé raconte aussi une histoire d’amour splendide et cruelle, dans laquelle Elizabeth Taylor resplendit ».

« La Piste des éléphants »

Arte diffusera le 22 avril 2019 « La piste des éléphants » (Elefantenpfad, Elephant Walk), réalisé par William Dieterle (1954) sur un scénario de John Lee Mahin d’après « Elephant Walk », roman de Robert Standish. « Épouse d’un riche planteur britannique de Ceylan, une jeune Anglaise découvre les injustices du monde colonial… William Dieterle peint un tableau sombre de la société coloniale et de la vie conjugale dans ce drame flamboyant, porté avec grâce par Elizabeth Taylor. » Celle-ci a du remplacer Vivien Leigh qui, après avoir tourné les scènes se déroulant au Ceylan, devenu le Sri Lanka, avait sombré à Hollywood dans la dépression.

« Libraire dans une petite ville anglaise, Rita épouse quelques jours après leur rencontre le riche héritier d’une plantation de thé à Ceylan, John Wiley. Après leur voyage de noces, elle s’installe dans la luxueuse propriété de son époux, où s’affaire une noria de domestiques sous la direction d’Appuhamy, l’inflexible majordome. Alors que John retrouve vite ses manières de célibataire auprès de ses amis colons, la jeune femme peine à trouver sa place… Bâtie au beau milieu d’une piste empruntée par les éléphants pour se rendre à leur point d’eau, la somptueuse demeure s’avère un théâtre d’injustices, de souffrances et de secrets. »

Géant

Arte rediffusa le 16 juillet 2018 « Géant » de George Stevens (1956). « De 1920 aux années 1950, la saga d’une famille du Texas racontée sur trois générations… Un monument du cinéma américain, avec James Dean en ouvrier agricole corrompu par l’or noir. »

« Bick Benedict, riche propriétaire terrien, ramène dans son ranch Leslie, qu’il a rencontrée et épousée dans le Maryland. La jeune femme peine à s’acclimater à la vie texane, coincée entre Luz, la sœur de son mari, qui dirige la maison avec autorité, et les préjugés raciaux des ranchers envers les Mexicains. Luz a un protégé, Jett Rink, à qui elle lègue à sa mort un arpent de la propriété. Ce dernier, qui refuse de le vendre à Bick, y découvre plus tard du pétrole. Des années après, Jett est devenu un magnat du pétrole et l’hostilité entre les deux familles s’aggrave… »

« Un ranch gigantesque, l’or noir qui coule à flot, des haines homériques… : à l’instar d’Autant en emporte le vent, cette saga familiale sur trois générations au budget et à la durée colossaux, constitue un sommet du gigantisme hollywoodien. Réalisé par George Stevens, qui tourna comme caméraman au cours de la Seconde Guerre mondiale les seules images en couleurs du conflit, Géant se distingue par son engagement ».

« En mettant aux prises le cynique et raciste Jett Rink, magistralement incarné par James Dean, et le beau et colérique Bick Benedict, défenseur du Texas des pionniers et des Hispaniques méprisés, interprété par le tout aussi impeccable Rock Hudson, ce film-fleuve attaque de front la xénophobie des propriétaires du Sud et démolit en Cinémascope l’émergence du capitalisme pétrolier »..

« Ardente sioniste »

Dans son hommage, ZOA (Organisation sioniste d’Amérique) a rappelé qu’Elizabeth Taylor, qualifiée d’ « ardente sioniste », avait été convertie au judaïsme, sous le nom d’Elisheba Rachel, en 1959 par le rabbin du Temple Israël à Hollywood Max Nussbaum, qui devient président de ZOA de 1964 à 1966 et cette synagogue comptait parmi ses fidèles entre autres célébrités Al Jolson, Sammy Davis, Jr., Eddie Fisher, Eddie Cantor, George Jessel et Leonard Nimoy.

Dans son autobiographie, Elizabeth Taylor soulignait avoir souhaité se convertir au judaïsme avant ses deux mariages successifs avec deux Américains juifs.

Elle avait épousé en 1957 le producteur juif Michael (Mike) Todd qui disparut dans un accident d’avion en 1958, puis en 1959 le chanteur juif Eddie Fisher, dont elle a divorcé en 1964 pour épouser le comédien britannique Richard Burton.

Parmi les remarquables actions d’Elizabeth Taylor au service de causes juives, citons son achat en 1959 pour 100 000 dollars de bonds israéliens – en représailles à sa conversion au judaïsme et à « des causes israéliennes », l’Égypte de Nasser a interdit ses films -, et sa participation à un gala à Londres en 1967 au cours duquel 840 000 dollars ont été collectés.
En 1967, Elizabeth Taylor avait annulé sa visite à Moscou (URSS) après que l’Union soviétique eut attaqué violemment l’État d’Israël après la guerre des Six-jours. En 1975, elle a été l’une des 60 femmes éminentes à signer une déclaration adressée au secrétaire général des Nations unies, alors Kurt Waldheim, afin de condamner la résolution infâme de l’assemblée générale de l’ONU assimilant le sionisme au racisme.
Lors du détournement par des terroristes gauchistes et palestiniens d’un avion d’Air France vers l’aéroport d’Entebbe (Ouganda) en fin juin-début juillet 1976, Liz Taylor s’était portée volontaire comme otage. L’armée israélienne avait alors conçu une opération pour délivrer la centaine d’otages.
Elizabeth Taylor a séjourné à plusieurs reprises en Israël où elle a dialogué avec les plus hauts dirigeants, dont en 1983 Menahem Begin, alors Premier ministre.
En 1987, elle a signé une pétition demandant la libération d’URSS d’une refuznik, Ida Nudel.
Son activisme pro-israélien a suscité l’ire de nombreux États arabes qui ont interdit ses films. Cependant, en 1964, l’Égypte a enlevé le nom d’Elizabeth Taylor de sa liste des artistes à boycotter lors de la sortie du film Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz (1963) : ce film assurait la promotion de ce pays.
Dévouée à de nombreuses causes, Elizabeth Taylor avait illustré avec sensibilité et douceur ce concept majeur du judaïsme : le tikkoun olam (réparer le monde).
En 1991, elle a créé l’ETAF (Elizabeth Taylor AIDS Foundation)  afin de collecter des fonds destinés à prévenir l’extension de la pandémie du SIDA et d’aider les malades atteints par cette maladie.
Dans les années 1990, Elizabeth Taylor avait pris la parole lors d’un grand concert public de sensibilisation aux actions de prévention du SIDA. Alors qu’elle aurait pu mener une vie tranquille de guest star dans des séries américaines ou superproductions, alors que de nombreux spectateurs jeunes mal polis exprimaient bruyamment leur souhait d’entendre la musique, et non le discours bref et altruiste de cette star, Elizabeth Taylor avait dit avec simplicité cette phrase essentielle : « The world needs you » (« Le monde a besoin de vous »).
Le monde, et notamment celui des artistes, Juifs ou non, actifs dans la diffamation d’Israël, passifs devant sa délégitimation ou réticents à se rendre dans l’État juif, a besoin de dames comme Elizabeth Taylor, intelligente, sensible, Juive, sioniste et fière de l’être.
Qu’elle en soit remerciée et louée.

Les Quatre filles du Dr March, de Mervyn Le Roy
États-Unis, 1949
Auteur : Louisa May Alcott

Image : Charles Edgar Schoenbaum, Robert H. Planck

Montage : Ralph E. Winters
Musique : Adolph Deutsch
Production : Metro-Goldwyn-Mayer
Producteur : Mervyn LeRoy
Scénario : Sarah Y. Mason, Andrew Solt, Victor Heerman
Avec Rossano Brazzi, Margaret O’Brien, Elizabeth Taylor, June Allyson, Peter Lawford, Janet Leigh, Mary Astor
Sur Arte le 2 janvier 2018 à 20 h 55
Visuels 
Janet Leigh (Meg) et Richard Stapley (John Brooke)
Sir C. Aubrey Smith (James Laurence) et Margaret O’Brien (Beth)
June Allyson (Jo), Janet Leigh (Meg), Richard Stapley (John Brooke) et Peter Lawford (Laurie)
© Warner Bros. Entertainment Inc

« Une place au soleil«  par George Stevens
États-Unis, 1951

Image : William C. Mellor

Montage : William Hornbeck
Musique : Franz Waxman
Production : Paramount Pictures
Producteur/-trice : George Stevens
Scénario : Michael Wilson, Harry Brown
Acteurs : Fred Clark, Shelley Winters, Montgomery Clift, Elizabeth Taylor, Anne Revere, Keefe Brasselle, Raymond Burr
Auteur : Theodore Dreiser


Ivanhoé (Ivanhoe – Der schwarze Ritter) de Richard Thorpe
États-Unis, 1952,103 min
• Auteur : Walter Scott
• Image : Freddie Young
• Montage : Frank Clarke
• Musique : Miklos Rozsa
• Production : Loew’s
• Producteur/-trice : Pandro S. Berman
• Scénario : Aeneas MacKenzie, Noel Langley
• Avec Elizabeth Taylor, Joan Fontaine, Robert Taylor, George Sanders, Robert Douglas, Finlay Currie, Felix Aylmer, Guy Rolfe, Norman Wooland, Emlyn Williams, Francis De Wolff, Harold Warrender et Basil Sydney
Sur Arte les 27 octobre à 13 h 35 et 1er novembre 2016 à 15 h 25
« La piste des éléphants » par William Dieterle
États-Unis, 1954, 103 min
Scénario : John Lee Mahin
Production : Paramount Pictures
Producteur/-trice : Irving Asher
Image : Loyal Griggs
Montage : George Tomasini
Musique : Franz Waxman
Avec Dana Andrews (Dick Carver), Peter Finch (John Wiley), Elizabeth Taylor (Ruth Wiley), Abraham Sofaer (Appuhamy), Rosalind Ivan (Mrs Lakin), Abner Biberman (Doktor Pereira)
Auteur : Robert Standish
Sur Arte les 22 avril 2019 à 13 h 30 et 7 mai 2019 à 13 h 35

« Géant » de George Stevens

États-Unis, 1956, 201 min
Image : William C. Mellor
Montage : William Hornbeck
Musique : Dimitri Tiomkin
Production : George Stevens Productions
Producteur/-trice : Henry Ginsberg, George Stevens
Scénario : Fred Guiol, Ivan Moffat
Acteurs : Elizabeth Taylor, Rock Hudson, James Dean, Carroll Baker, Jane Withers, Chill Wills, Mercedes McCambridge, Dennis Hopper, Rod Taylor, Sal Mineo, Judith Evelyn, Earl Holliman, Robert Nichols, Paul Fix, Alexander Scourby
Auteur : Edna Ferber
Sur Arte les 4 juillet 2018 à 13 h 30, 16 juillet 2018 à 13 h 30
Visuels : © Warner Bros. Entertainment Inc.

Liz Taylor et Richard Burton. Les amants terriblesde Richard Laxton
Sur Arte les 25 avril et 2 mai 2014

 
Cet article a été publié pour la première fois le 25 mars 2011, et modifié pour la dernière fois le 24 avril 2014. Il a été republié :
– à l’approche de la diffusion du film Les comédiens de Peter Glenville, inspiré du roman de Graham Greene,  par Arte le 7 août 2011 à 20 h 40,
– le 13 décembre 2011 la vente aux enchères de la collection de joyaux d’Elizabeth Taylor le 13 décembre 2011 par la maison Christie’s ;
– 6 octobre 2013. Le 6 octobre 1991, Elizabeth Taylor épousait civilement Larry Fortensky..
– 28 décembre 2012 à l’approche de Elizabeth Taylor contre Richard Burton de Michael Wech le 29 décembre 2012, à 22 h 20, sur Arte ;
– 1er janvier 2014. France 3 a diffusé à 13 h 55 Cléopâtre de Joseph L. Mankiewicz ;
– 25 avril 2014 et 22 mars 2015 : Arte a rediffusé les 22 mars et 10 avril 2015  Liz Taylor et Richard Burton. Les amants terriblesde Richard Laxton ;
– 21 décembre 2015. Le 21 décembre 2015, à 23 h 25, France 3 a diffusé Destins secrets d’étoiles : Grace, Jackie, Liz, Marilyn…, documentaire d’Henry-Jean Servat ;
– 27 octobre 2016, 1er janvier et 24 avril 2018, 23 avril 2019.
 
 
[Source : www.veroniquechemla.info]

Publicado por Bárbara Ayuso

Decía Mario Benedetti que «el futuro es un niño desnudo/ y en consecuencia ufano imprevisible/ cuando menos lo esperas/ te coloca una rosa en la oreja/ o te orina inocente la calva». En este 2020, más cercano al reguero de orines que a los arreglos florares, el poeta habría cumplido cien años. Las celebraciones del centenario se han visto —como todo— forzosamente reducidas, pero en absoluto anuladas. El espai La Rambleta de Valencia dedicó una de sus jornadas de Futuro imperfecto a Benedetti, en parte como cortesía por haber tomado su nombre del citado poema, en parte como reivindicación. Porque aún persiste, ya lo sabrán, esa imagen de Benedetti como un poeta cursi que hace las delicias de imberbes acaramelados, pero poco más. 

Eva Valero (Alicante, 1975) suspira cuando aflora el adjetivo: «Cursi», parafrasea, como un mantra. La directora del Centro de Estudios Iberoamericanos Mario Benedetti de la Universidad de Alicante lleva años tratando de demoler el mito. Conoció al poeta, le hizo de chófer y lo más relevante: ha estudiado su obra en profundidad. Por eso sabe que el suyo es un legado mucho más rico, prolífico (ochenta obras como ochenta soles) y complejo que lo que creen muchos de los que le juzgan. Con el objetivo indisimulado de que deje de mirársele por encima del hombro, Valero debatió sobre esos prejuicios que llevaron a premiar poco a Benedetti, curiosamente, porque se vendió y se leyó mucho. «Lento pero viene, el futuro se acerca despacio pero viene», se tituló la jornada que, en el fondo, quiso conjugar la esperanza de otro verso, más necesario en el año que acaba: «Quiero pensar el cielo cuando estaba/ sin boquetes y sin apocalipsis». 

Dos preguntas de orígenes: ¿Cómo llega Benedetti a Alicante? ¿Cómo llegas tú a dirigir el Centro de Estudios Literarios Iberoamericanos Mario Benedetti? 

Empiezo en el año 2012. El centro lo fundó José Carlos Rovira en 1999 y lo dirigió mi compañera Carmen Alemany durante doce intensos años. A partir de aquel momento me tocó a mí el relevo, y llevo ocho años al frente.

¿Cómo llega Benedetti a la Universidad de Alicante? En los años noventa, porque había un estudiante, Rafael González, que realizó la tesina sobre su dramaturgia. Esa tesina la dirigía mi maestro Rovira. Rafa empezó una relación epistolar con Benedetti para hacerle preguntas, lo normal, estás trabajando en un autor en vida y decides lanzarte a enviarle la primera carta. Así se creó una relación epistolar muy bonita entre ellos, que incluimos en la exposición Mario Benedetti y la Universidad de Alicante (1990-2003): defensa de la alegría. A raíz de ello el profesor Rovira invitó a Benedetti al acto de la defensa de la tesina, y de paso a un recital. Por entonces, yo aún ni estaba estudiando en la universidad, así que toda esa primera etapa me la perdí.

Desde ahí se genera una relación muy estrecha con el profesor Rovira, con Carmen Alemany, que era muy joven también y empezaba a dar clase… una relación que es tanto académica como personal. Se gesta una amistad profunda, y Benedetti empieza a venir todos los años a la Universidad. Vino a un seminario precioso que se titulaba Un creador nos introduce en su mundo, a inaugurar la Universidad permanente de mayores, a dar una conferencia, a participar en un recital a dos voces con Daniel Viglietti; a dar el honoris causa en 1997; a dar la primera biblioteca de autor Miguel de Cervantes… Es decir, cada año había una ocasión para traerle.

Toda esa trayectoria de Benedetti en la Universidad de Alicante la recogimos en 2014 en la mencionada exposición, cuando se cumplían cinco años de su fallecimiento. Hicimos todo el recorrido con el material fotográfico, hemerográfico, grabaciones… Este año, con el centenario, pusimos de nuevo la exposición en una de las salas culturales de la universidad, y ante la situación pandémica, también creamos la versión de la exposición online para dar acceso a todo el mundo. Los técnicos de cultura han hecho un trabajo fantástico porque se puede ir accediendo a todo el material e incluso escuchar a Benedetti recitar cuando llegamos a un panel que contiene un poema suyo.

Alguna vez has destacado que el reconocimiento, digamos, «académico» de Benedetti tardó bastante en producirse, aunque fuera un poeta muy vendido y querido por el público. ¿Qué papel jugó su nombramiento como honoris causa en su aceptación académica?

Justo esta semana volvía a ver la entrevista que le hacían en A Fondo de TVE, aquel programa mítico en el que citaron a todos los escritores latinoamericanos de aquel tiempo. En él hablaban de la crítica literaria de Benedetti en 1978, y se muestran dos volúmenes del momento: uno publicado en Uruguay y otro en la Casa de América de la Habana, porque en ese año él está exiliado en Cuba y en 1980 llega a España. Es decir, que en 1978 ya había algunos estudios publicados sobre su obra.

En 1997 la Universidad de Alicante le nombra honoris causa por primera vez, y ese mismo año lo nombran también en la Habana, en Valladolid… Y más tarde en otros países y universidades. Nosotros fuimos, por tanto, los pioneros. Yo asistí al congreso como alumna, estaba terminando la carrera y me hacía mucha ilusión. Estaba Benedetti, estaba Roberto Fernández Retamar y otros muchos escritores arropándole, y también muchos profesores e investigadores internacionales, más de cien ponentes. El volumen que surgió del congreso se tituló Inventario Cómplice, y para Benedetti fue muy importante porque supuso su entrada en el mundo académico en España. Tenía muchos lectores, pero como suele ocurrir, eso generó el prejuicio de que el que tiene muchísimos lectores es poeta de masas. Enseguida se creó un recelo hacia esa poesía, porque la poesía siempre tiene que estar en una torre de marfil…. Benedetti estuvo muy agradecido con la Universidad de Alicante por esa gran labor crítica que sobre su obra se compuso y publicó a raíz del congreso. Y la Universidad de Alicante, lógicamente, correspondió con creces a ese agradecimiento.

Además de venir todos los años, su generosidad fue una constante: por ejemplo, cuando se creó la primera biblioteca de autor, en la Biblioteca Virtual de Miguel de Cervantes, donó su voz, textos, materiales; nos cedió su nombre para fundar el centro de estudios; y el acto de generosidad más grande fue en el año 2006 cuando donó su biblioteca personal de Madrid a la Universidad de Alicante, un auténtico tesoro. Poco tiempo antes había regresado definitivamente a Montevideo. Desde el fin de la dictadura compartía su vida entre Montevideo y Madrid, medio año en cada ciudad. Y cuando enfermó su mujer, nuestra querida Luz, se trasladó definitivamente.

¿Qué clase de tesoros legó Benedetti, de su biblioteca? Cuéntanos alguna curiosidad sobre sus anotaciones, libros… ¿Cuáles de ellos son de acceso para el público hoy en día? ¿Qué clase de hallazgos puede encontrar el lector, que no supiera?

La biblioteca es accesible a todo usuario y, además de ser un catálogo muy rico en literatura hispanoamericana muy importante, contiene parte de lo que es la biografía más personal de Benedetti. ¿Qué hacemos cuando subrayamos un libro y anotamos? Dejamos parte de nosotros mismos ahí. Nos estamos fijando en lo que nos interesa de verdad. Entrar en esa biblioteca es como si entraras en la cocina del escritor porque empiezas a ver todas las relaciones que se estaban fraguando entre escritores de su época, la generación de los poetas comunicantes. Benedetti, por ejemplo, subraya un verso de Juan Gelman que después reescribe a modo de homenaje como juego intertextual con ese poeta. O podemos ver un prólogo de Julio Cortázar sobre Juan Gelman y luego encontrar que Benedetti lo cita en uno de sus artículos, y que lo tenía subrayado. Ni qué decir de las anotaciones en los márgenes que siempre tienen su curiosidad e interés para reconstruir ideas, relaciones, convicciones.

Benedetti utilizaba la biblioteca como muchos hacemos, como un contenedor: en los libros introducía fotos, cartas, pequeños papelitos para un recital donde anotaba los números de página de los poemas que iba a leer. Por tanto, se trata de un material que nos da la pista sobre qué poemas le eran sus predilectos o pensaba que tendrían mejor acogida al ser leídos… En la última página de algunos libros encontramos también haikus inéditos, el borrador de un cuento o un poema con tachaduras… En definitiva, la biblioteca guarda muchísima intimidad del escritor.

También, las dedicatorias que hay a Benedetti en la biblioteca son una delicia de descubrir y de leer y además nos dan la medida de, como lo llamaba él, «los vasos comunicantes entre escritores». Ahí vemos dedicatorias tanto de escritores latinoamericanos, muchos de su generación, como Retamar, Juan Gelman, Jaime SabinesNancy MorejónJosé Emilio PachecoGonzalo Rojas, Roque Dalton, Nicarnor Parra, y otros como Sergio Ramírez, Monterroso, Antonio Skármeta, Álvaro Mutis… pero también de escritores españoles: Caballero BonaldÁngel GonzálezBenjamín PradoLuis García MonteroJuan Cruz, Maruja Torres etc. Lo curioso también es que hay dedicatorias de personajes públicos que no son escritores. Tenemos dedicatorias de Gregorio Peces-Barba, de Jorge ValdanoGila, de Paco Rabal

El centro no tiene solo una labor expositiva para el público, sino una labor de investigación, para acoger investigadores que estudian la obra de Benedetti y que de alguna manera buscan descubrir nuevas facetas.

Sí, el centro no es sobre Mario Benedetti exclusivamente. Él además lo dejó bien dicho, que quería un centro latinoamericanista que tuviera muy en cuenta la investigación de la cultura y la divulgación a la sociedad. Era una persona absolutamente comprometida con la sociedad y no quería un centro exclusivamente académico sobre él. Nosotros tratamos de realizar una actividad muy amplia que contemple ambas dimensiones: por un lado, la académica e investigadora, que desarrollamos con nuestros alumnos y trayendo a profesores y a escritores en una actividad continua. Por otro, la de divulgación de la literatura y la cultura latinoamericana.

Recibimos a investigadores que vienen de América latina, y también de España. En algunos casos vienen a estudiar a Benedetti, y en otros a realizar estudios y trabajos de investigación sobre los más diversos temas de la literatura latinoamericana. Por nuestra parte, tenemos cantera de alumnos que hacen sus trabajos de fin de grado o de máster sobre su obra, como también por supuesto sobre otros muchos autores. Benedetti sigue despertando mucho interés, y la biblioteca les aporta nuevos ángulos para la investigación.

¿Cómo conociste tú a Benedetti?

La primera vez que le vi fue en ese año 1997, siendo alumna asistente al mencionado congreso. Después ya empecé a introducirme en el grupo de literatura hispanoamericana de la UA, con mi tesis doctoral. El caso es que poco tiempo después el profesor Rovira me mandó a buscar a Benedetti al hotel para llevarle a una actividad en el campus. Allí fui, nerviosísima, directa al hotel cuando no había móviles por si ocurría algún imprevisto. Llegué y le pedí al recepcionista que llamara a Benedetti, y nada, no bajaba de su habitación. Me aumentaban los nervios y seguía sin bajar, hasta que no tuve más remedio que subir a tocarle la puerta de su habitación. Infructuosamente, porque tampoco contestaba. El sofoco iba en aumento, pensando en que iba a volver al campus sin Benedetti. Al rato abrió la puerta y dijo «¡Ay! ¡Algo escuché!». Estaba jugándose el Mundial de fútbol, jugaba Uruguay, y lo tenía puesto tan alto que no nos había escuchado [risas]. Entonces ya me tranquilicé y subió en un coche muy antiguo que tenía yo de estudiante, que era de mi abuelo. Le cayó en gracia el coche y su historia, y cuando llegó al campus le dijo a Rovira que a partir de ahora no le mandara ningún coche oficial, porque solo quería ir con el del abuelo Ataúlfo de Eva Valero [risas]. Por eso yo decía de broma que me convertí en su chófer, porque efectivamente le llevé por todas partes, entre el campus y la ciudad… A mí me encantaba. Fíjate que él era asmático y ese coche no tenía ni aire acondicionado ni nada y en pleno verano… pero él quería ir igualmente.

Juan Cruz ha contado en alguna ocasión que a Benedetti le gustaba mucho darse baños de masas con sus lectores, eso de ser «una estrella del rock», y en la Feria del Libro de Madrid iba haciendo muescas de cuántos libros firmaba…

Yo creo que a lo mejor lo hacía por aburrimiento [risas]. Él era una persona sencillísima, con muchísima humildad, una estrella del rock tiene un ego y unas ínfulas que Benedetti no tenía en absoluto. Cuando le veías firmando autógrafos y dedicatorias a filas larguísimas, intuías una resignación. Por eso quizás lo de los palitos era aburrimiento, porque las colas eran inmensas. O tal vez la burocracia de la que laboralmente provenía pueda ser otro motivo. En todo caso, era una persona muy a ras de tierra.

Muchas veces se dice eso de que Benedetti fue un poeta masivamente leído, pero poco premiado. ¿A Benedetti se le escapó el premio Cervantes?

Sí. Me ha dado permiso Rovira para contarlo, porque él estuvo en el jurado del Cervantes. Benedetti fue muy premiado desde joven en su país, no sé cuántos premios llegó a ganar, pero al final los rechazaba y todo, a veces por motivos políticos.

Pero hablando en serio, el más importante que consiguió fue el Premio de Poesía Iberoamericana Reina Sofía. Ganó también el premio Internacional Menéndez Pelayo, el José Martí… Quedó finalista del Cervantes en 2004 y también en 2005, cuando lo ganó Sergio Pitol. En aquel año Benedetti era ya muy mayor, o lo ganaba o se le escapaba. Rovira cuenta que aquello fue motivado por «un club de exquisitos» que no le perdonaba a Benedetti su pasión política, social, comunicativa, su forma de escribir… Rovira concluye que al final fue el premio Cervantes el que se quedó sin Mario Benedetti. Yo creo que su mayor premio son los lectores, al fin y al cabo.

Aunque fue y es un poeta respetado, hay cierto sector del público que sufre una especie de «distanciamiento» con él, llegada cierta edad. De alguna manera se le considera como un autor para adolescentes, o para iniciarse en la poesía, quizá demasiado cursi… 

Benedetti sigue sufriendo muchos ataques. A un escritor no se le perdona bien tener muchos lectores y se le trata de tildar de cursi. Hace poco escuchaba a Alberto San Juan en À punt, dándole la vuelta a esa palabra, para incidir en la «ternura y el humor», algo muy destacado en la obra de Benedetti, aunque muchos no lo crean porque conocen solo unos pocos poemas. De hecho, leí un artículo que decía algo así: «Dos de las facetas más desconocidas de Benedetti: el humor y…», tan ilustrativo sobre el desconocimiento de su obra, pues nos hartábamos de reír en los recitales. El humor está impregnando toda su obra.

Pero volviendo a la palabra «cursi», que tiene mucho que ver con la vigencia de Benedetti. Rovira, en un texto que escribió para la Casa de América, explica que más allá de que a uno le pueda parecer cursi o tierno, lo cual entra en la subjetividad del lector, Benedetti logró uno de los lenguajes del amor más efectivos del castellano. Efectivo porque llegó a tantísimos lectores en el mundo, y está traducido a cuarenta idiomas de las diferentes culturas. Eso es indiscutible.

Cuando se tilda a Benedetti de autor cursi, o de autor para jóvenes exclusivamente, se está cercenando mucho su obra. Se le juzga más por lo que corre por las redes sociales, que es sobre todo una pequeña parte de su poesía amorosa. Pero Benedetti es muchísimo más, a mí me gusta su poesía amorosa como me gusta su poesía sobre el tema del exilio, el desexilio, el tiempo, la muerte… Si me permites, leemos unos versos del poema «Hombre preso que mira a su hijo»:

Botija, aunque tengas pocos años,
creo que hay que decirte la verdad
para que no la olvides, por eso
no te oculto que me dieron picana
que casi me revientan los riñones.
Todas estas llagas, hinchazones y heridas
que tus ojos redondos miran hipnotizados
son durísimos golpes, son botas en la cara
demasiado dolor para que te lo oculte,
demasiado suplicio para que se me borre.

Pero también es bueno que conozcas
que tu viejo calló o puteó como un loco
que es una linda forma de callar
que tu viejo olvidó todos los números,
por eso no podría ayudarte en las tablas
y por lo tanto olvidé todos los teléfonos
y las calles y el color de los ojos,
y los cabellos y las cicatrices
y en qué esquina y en qué bar,
qué parada, qué casa.

Uno lee esto y piensa: dónde está la cursilada. Tengo la impresión de que está perviviendo un solo Benedetti, el un puñado de poemas amorosos, que tampoco merecen esa descalificación. Por eso me gusta mucho lo que ha dicho Serrat en la antología de Alfaguara, que ha intentado compendiar a «todos los Benedetti que Mario llevaba en su mochila»: al Benedetti del amor, al Benedetti del exilio, al Benedetti del compromiso, al Benedetti que reflexiona sobre el tiempo y la vejez, al Benedetti en toda su dimensión. Pero es que, además, más allá de la poesía, están sus otros géneros, porque los abordó todos. En aquella entrevista de A Fondo, dice: «Yo primero soy poeta, después va el cuento, después el ensayo, luego vino la novela».

Los cuentos de Benedetti son una maravilla, los de Montevideanos, los de Despistes y franquezas… son todos unos relatos de una altísima calidad literaria. En ellos, además, vemos el Montevideo gris, burocrático de los años cincuenta y sesenta. El Montevideo de La tregua. Sus novelas Gracias por el fuego Primavera con una esquina rota son testimonios de cada una de las épocas donde se puede ver cómo va cambiando Uruguay, están tratados los temas del exilio, del desexilio o la tortura de una forma magistral. Y luego los ensayos, que son maravillosos. Yo reivindico totalmente al Benedetti ensayista, que aborda tanto temas literarios como los problemas de la época. Hay algunos que son maravillosos, como La realidad y la palabra, que es un monumento de filosofía literaria explicada con esa claridad con la que él escribía poesía, pero, además, con una perspicacia, con una agudeza, con una finura en los análisis de los temas literarios, del escritor latinoamericano y la revolución posible… sin parangón. También tiene ensayos sobre La convalecencia del compromiso, que son textos absolutamente reveladores de la actitud literaria y de los ideales que tuvieron no solo él sino toda su generación. Yo creo que hay que leer al Benedetti ensayista y sacarlo de esa reducción a la que, creo, se le está abocando.

¿Se le está abocando o ha estado siempre ahí? 

Yo creo que en su época la poesía del compromiso fue absolutamente rigurosa. Hay una coyuntura histórica que ensambla al creador y su contexto, y uno podría pensar que el éxito del Benedetti de la canción (que, como dice Serrat, es el más cantado), tiene que ver solo con esa coyuntura histórica. En ese tiempo las novelas también fueron muy leídas.

Pero sobre la vigencia de Benedetti, quiero llegar a una cuestión paradójica: la generación de Benedetti es la de la de la poesía coloquial o conversacional, esa poesía que trabajó una nueva estética basada en el lenguaje de la calle, las frases hechas, los refranes, la realidad. Él tenía ese interés absoluto por la comunicación con el lector, «mi prójimo próximo». Quiso ser reclutador de prójimos en esta generación que, como decía Benedetti, quería aludir al lector y no eludirlo. Hasta tal punto, que muchos de ellos quisieron quitar toda la importancia al autor. De hecho, José Emilio Pacheco tiene un poema que se titula «En defensa del anonimato». Ellos querían ser transmisores del mensaje, transformar al lector… Tenían esa visión poética que hoy en día no estaría de moda, porque en ella el autor no tiene la mínima importancia, se tiene que fundir con esa masa lectora.

Paradójicamente, uno de los poemas que más corren por la red, que ha sido recitado por mandatarios, políticos, artistas, que está en letras de tangos, de raperos, etc. es el famoso «No te rindas», ¡Y no es de Benedetti!. Estamos cansados de desmentirlo desde la Fundación Mario Benedetti y desde el Centro Benedetti de la UA. El poema utiliza los mismos resortes de «No te salves», pero Benedetti no habría escrito jamás «No te rindas, por favor». Quienes conocemos a fondo la obra de Benedetti lo sabemos de sobra. ¿Por qué corre ese poema con tanto éxito? ¿Lo habría tenido si no se le hubiera atribuido a él? Probablemente no.

Hoy leía una entrada en internet de alguien que dice ser el autor de ese «No te rindas», y lo explica. De hecho, pone la versión original. Dice que nunca lo desmintió porque se sintió muy halagado y pensó que el poema no podía ser tan malo si se le atribuía a Mario Benedetti. La paradoja es esa: que al final, es la marca Benedetti la que hace que ese poema se difunda de esa manera, cuando ellos, los poetas de su generación, en sus bases fundacionales e ideológicas del hecho poético, o si se quiere, en su arte poética, querían borrar las huellas del autor.

Juan Gelman dijo que, al margen de su calidad literaria o no, «deberíamos agradecer que alguien haya ganado tantos lectores para la poesía». 

A mí me parece que es uno de sus méritos porque la poesía es un género que, aunque hay antecedentes de poetas más apegados a la realidad y a la coloquialidad, se considera difícil, elitista, que debe costar de interpretar. Benedetti consiguió encontrar una estética que tiene una gracia, ese algo que consigue atrapar, seducir al lector, provocarlo, no solamente sentimentalmente, sino también ideológica o intelectualmente. Si es un pecado para alguno, pues bienvenido sea.

Estoy de acuerdo con Juan Gelman en que él consiguió acercar el género poético a muchísimos lectores. Más allá de que te guste o no, lo cual entra en el ámbito de la subjetividad, creo que es algo que hay que reconocerle. Su generación, en general, hizo ese planteamiento. Como dijo Nicanor Parra, «los poetas bajaron del Olimpo». Hay un poema que se titula «Semántica», del poemario Quemar las naves, donde Benedetti habla de la que la poesía debe «desolimpizarse». Le gustaba mucho hacer neologismos, en este caso vinculado con Nicanor Parra. Todos consiguieron muchos lectores en esa generación, pero Benedetti muy en particular. De hecho, fue un objetivo muy deliberado, un reto expresado en más de una ocasión.

Hay un libro que se titula Los poemas comunicantes en el que él entrevista a todos los poetas de su generación. Y hay un momento de las entrevistas en el que les pregunta a todos lo mismo: «¿Haces alguna concesión estética, es decir, rebajas la exigencia estética para la comunicación con el lector?». Y todos responden que no, que trabajan una nueva estética.

Como dice Roberto Fernández Retamar, no hay que confundir sencillez con simpleza. Y ello lo ejemplifica con los versos de José Martí, el gran poeta cubano. De hecho, Benedetti le dice: «¿La sencillez para ti es una forma de meterte en honduras, en profundidades?». Es interesantísimo ver todas estas entrevistas y sobre todo irse al prólogo y ver cómo Benedetti se queja de que el boom de la literatura de los sesenta fue narrativo y dejó relegada a la poesía. Él quería que la poesía cruzara esos límites y se hiciera de masas… Pero claro, eso lo escribió en 1972, y aún no habían llegado las décadas de superventas. Al final, protagonizó lo que reclamaba en aquel prólogo con respecto al género poético.

Hasta Montevideanos, Benedetti tuvo que autopublicarse sus primeros libros, hasta que el sector editorial reconoció su valor ¿Está, en tu opinión, la poesía ligada a ese «malditismo» de tener que luchar más que la narrativa para encajar en la industria?

Claro, pero ¿qué escritor empieza publicando en grande? Eso también lo plantea Cortázar en la entrevista de A Fondo, cuando le dicen que los del boom tuvieron las editoriales a sus pies. Él explica maravillosamente que no fue así, que empezó pagando las ediciones, pasándolo muy mal, sin un duro… «El boom vino después, las editoriales vinieron a nosotros mucho después», dice. Si eso ocurre en narrativa, imagínate en poesía. Claro que Benedetti se empezó publicando él mismo hasta que consiguió dar el salto y vencer esas barreras.

Es apabullante la cantidad de obra que genera, aún hoy, la obra de Benedetti. Adaptaciones teatrales, musicales… Pero, ¿qué estamos pasando, qué aspecto de Benedetti habría que reivindicar?

Pues efectivamente es apabullante… Yo recibo una cantidad de correos para ofrecer obras teatrales, funciones de todo tipo, impresionante. ¿Pero qué es lo que hace falta? Leerlo entero [risas]. Leer todo lo que parece que se está quedando un poquito atrás, como te he comentado antes. A Benedetti hay que juzgarlo en la medida de su obra, no solo por unos pocos poemas amorosos.

Recuerdo que una vez, estando Benedetti en Alicante, Benedetti me contó que le cansaba que le siguieran pidiendo el «Te quiero», y es que notaba que se le estaba encasillando, que se le empezaba a identificar con cuatro poemas. Él mismo decía que su obra era mucho más.

Cuéntanos, para terminar, la historia del poema «Zapping de siglos»

Ese poema lo leyó en el discurso honoris causa en 1997. Dijo que lo había reservado inédito para la ocasión, para responder a tanta generosidad de la universidad de Alicante. Bueno, es un poema muy finisecular. Leeré el principio, porque es muy largo, pero ya se ve que tiene algo de premonitorio y cómo cobra sentido en el tiempo que estamos viviendo:

Ahora que este siglo
uno cualquiera
se deshilacha se despoja
de sus embustes más canallas
de sus presagios más obscenos
ahora que agoniza como una bruja triste
¿tendremos el derecho de inventar un desván
y amontonar allí / si es que nos dejan
los viejos infortunios / los tumores del alma
los siniestros parásitos del miedo?

lo atestigua cualquier sobreviviente /
la muerte es tan antigua como el mundo
por algo comparece en los vitrales
de las liturgias más comprometidas
y las basílicas en bancarrota

lo vislumbra cualquier atormentado
el poder malasombra nos acecha
y es tan injusto como el sueño eterno
por algo acaba con los espejismos
y la pasión de los menesterosos /
archisabido es que sus lázaros
no se liberan fácilmente
de los sudarios y las culpas

Quiero pensar el cielo cuando estaba
sin boquetes y sin apocalipsis
quiero pensarlo cuando era
el complemento diáfano del mar
pensar el mar cuando era limpio
y las aletas de los peces
acariciaban los tobillos
de nuestras afroditas en agraz.

[Fotos: – fuente: http://www.jotdown.es]

Os lírios têm sua origem na Ásia, Oriente Médio, Europa e na América do Norte. Foram introduzidos na América Latina pelos portugueses e espanhóis. Lírio é denominação genérica das espécies da família das liláceas. 

Escrito por Arnaldo Silva
Algumas espécies de lírios recebem o nome de açucena. São cerca de 100 espécies existentes no mundo, mais da metade dessas espécies são nativas do Japão e China. Algumas são híbridas, oriundas do cruzamento de espécies diferentes, resultado em cores variadas ou modificadas naturalmente, adaptadas às regiões onde foram plantadas, no caso no clima de Minas Gerais.

Os lírios são plantas resistentes às intempéries do tempo, como secas prolongadas, e podem chegar até dois metros de altura, dependendo da espécie. Uma das quais, a Lirium candidum, foi a que mais se adaptou ao clima do Brasil, especialmente de Minas Gerais, onde se aclimatou muito bem, dando origens a diversas plantações nativas no território mineiro.
A espécie foi introduzida no Brasil no século 19, adaptando-se a algumas regiões mineiras como na Serra da Canastra e no Vale do Jequitinhonha, com poucas modificações, tornando-se com o tempo adaptados e nativos dessas regiões. No Vale do Jequitinhonha, os lírios nascem espontaneamente e com florada sempre no mês de outubro. Os campos de lírios são comuns em Araçuaí, Itinga e arredores. É difícil não parar para ver, adentrar-se nos campos floridos e sentir o perfume dos lírios do campo.
No Vale do Jequitinhonha os lírios nativos são chamados de “Cebolinha” e “Neve do Sertão” pelo sertanejo. Surge na primeira grande chuva da primavera, com florada entre 20 a 30 dias de duração. No final de setembro e início de outubro, são comuns os campos de lírios em Araçuaí e arredores.
Sua beleza é impactante, presente em decoração de eventos, em arranjos florais e buquês. Embora suas flores simbolizem uma delicada simplicidade, é considerada a rainha das flores, evocando ainda a castidade, a pureza e a inocência. Junto com as rosas, são as flores mais perfumadas do mundo. Seu perfume é inebriante e transmite uma gostosa sensação de paz e tranquilidade.
Presente na história da humanidade, desde os tempos antigos encantam por sua beleza, resistência e perfume inigualável. Era uma das flores mais admiradas por Jesus Cristo, citada inclusive em suas mais belas pregações, o Sermão da Montanha: “Olhai para os lírios do campo, como eles crescem: não trabalham nem fiam…” Mt. 6.28.
Ao longo da história, foi retratada em telas de artistas famosos, desde os tempos da Grécia e Roma antigas, até os dias de hoje. A magia dos lírios, que há milhares de anos encanta e perfuma o mundo, está presente sempre em jardins, campos e também em lendas, misticismo, simpatias, crendices populares e na religiosidade.
Na Grécia antiga desenhos de lírios homenageiam a deusa Hera. Na Igreja Católica, o lírio é o símbolo da Virgem Maria. Os antigos acreditavam também que os lírios tinham o poder de reconciliar casais em fim de relacionamento. Não é à toa que o significado de lírio é “amor eterno”. É a flor, ao lado da rosa, símbolo do amor. Na China, onde a planta é cultivada há mais de três mil anos, sua florada densa é sinal de fartura.
Os lírios nativos estão presentes em várias partes do estado de Minas Gerais, sendo notados ou não, estão lá, perfumados, lindos, delicados e frondosos. Quem quiser conhecer os lírios nativos do Vale do Jequitinhonha, um convite para o mês de outubro, visitar Araçuaí, Itinga e arredores. É um espetáculo deslumbrante e perfumado.

 

[Fotos: Ernani Calazans – fonte: http://www.conhecaminas.com]

El autor de ‘Primavera, verano, otoño, invierno… y primavera’ y ‘Hierro 3’ ha fallecido en Letonia por complicaciones derivadas del Covid-19 a los 59 años

Kim Ki-duk . Foto: Ivan Bessedin - Flickr: Kim Ki-duk (김기덕)

Kim Ki-duk, uno de los directores surcoreanos con mayor prestigio internacional (un titulo que solo le puede disputar el gran Boon Joon-ho, director de Parásitos), ha fallecido a los 59 años por complicaciones derivadas del Covid-19 en Letonia, en donde tenía pensado instalarse y solicitar un permiso de residencia, según ha informado su intérprete Daria Krutova. Autor de una docena de películas, el cineasta contaba con algunos de los premios más importantes del panorama internacional: en 2004 hizo doblete al ganar el Oso de Plata al mejor director de la Berlinale por Por amor, o por deseo y el León de Plata de la Mostra de Venecia por Hierro 3, en 2011 conquistó el premio a la mejor película de la sección Un certain regard de Cannes por Arirang y en 2012 el León de Oro por Piedad.

Kim Ki-duk era uno de esos directores tan amados como odiados por distintos sectores de la cinefilia, pues su estilo era inconfundible, con unas constantes que apenas variaron a lo largo de los años: ritmo moroso, el fuerte contenido visual de las imágenes, el críptico uso del lenguaje o los temas relacionados con el lumpen. Todas sus películas parecen orbitar alrededor de una sola idea: la belleza puede ser destructiva, y viceversa, la destrucción, a menudo entendida como herida amorosa a la que le cuesta cicatrizar, puede ser bella.

Aunque su minimalismo suene a fórmula, el cineasta era tan excéntrico que trascendía lo que podemos esperar de un cineasta que siempre prefiere el silencio a la palabra como forma de comunicación. “Hoy en día hablamos demasiado. Se pronuncian demasiadas palabras, demasiadas promesas incumplidas que destruyen nuestra belleza interior”, declaraba en una de sus visitas al Festival de San Sebastián. “El silencio preserva esa belleza, la mantiene pura. Creo más en las acciones que en las palabras. Las acciones no mienten”. De ahí que su cine se acerque a la abstracción de un haiku o un aforismo que tenemos que pensar dos, tres veces para finalmente darnos cuenta de que aun así su sentido se nos escapa.

Kim Ki-duk nació el 20 de diciembre de 1960 en Bonghwa, en la provincia de Gyeongsang del Norte, en el seno de una familia rural. A los 9 años comenzó a trabajar en el campo y a los 17 decidió trasladarse a la ciudad para probar suerte como obrero en una fábrica. Se alistó en la infantería de marina del ejercito surcoreano, donde estuvo entro los 20 y los 25 años, llegando al rango de suboficial, y posteriormente se dedicó a la pintura y se ganó la vida como acólito en un templo budista. Según ha relatado el propio director, fue en París donde acudió al cine por primera vez y películas como El silencio de los corderos (Jonathan Demme, 1991) y Los amantes de Pont Neuf (Léos Carax, 1991) le causaron una gran impresión.

De vuelta en en Corea del Sur, empezó a escribir guiones de manera autodidacta y los presentó a varios concursos en los que se impuso a sus competidores, aunque ninguno llegó a rodarse. Sin embargo, su nombre empezó a sonar en la industria del país y Joyoung Films le firmó un contrato para rodar Cocodrilo (1993). Después llegarían Animales salvajes (1997), Birdcage Inn (1998) y Real Fiction (2000), películas en las que poco a poco fue construyendo su estilo ya mencionado y con las que empezó a viajar por algunos festivales. Pero fue con otro filme del 2000, La isla, que conquistó definitivamente a la prensa internacional. Según cuenta la leyenda, un crítico se desmayó en su première en Venecia por la dureza de algunas de algunas de las imágenes.

El público general acabaría por descubrirlo por su película más accesible, Primavera, verano, otoño, invierno… y primavera (2003), un filme bello y espiritual que logró el Premio del Público en San Sebastián, y también por Hierro 3, su película más romántica. “Mi carrera cinematográfica ha recorrido un camino que aspira a llegar a la máxima simplicidad”, explicaba el director a El Cultural. “Al principio, como casi cualquier creador, me complicaba demasiado la vida. Pero a medida que he ido avanzando, mi objetivo ha sido depurar mi estilo, alcanzar una pureza total, definir mi propia concepción del minimalismo. Eso es lo que ha ocurrido en la obra de los grandes maestros de la pintura como Picasso. Han ido simplificando sus obras, buscando la esencia. El riesgo es que, una vez llegados a este punto, mi concepto de la simplicidad aburra al público, y me convierta en un cineasta incomprendido”.

[Foto: Ivan Bessedin – Flickr: Kim Ki-duk (김기덕) – fuente: http://www.elcultural.com]

El actor vuelve a recitar en el teatro a León Felipe, contra viento y coronavirus, y confiesa que el mayor placer de la vida a sus 91 años es dormir a pierna suelta

Héctor Alterio, actor, fotografiado en Madrid. En vídeo, entrevista con Héctor Alterio.

 

Escrito por LUZ SÁNCHEZ-MELLADO

Ni la mascarilla quirúrgica —el “barbijo”, dice— que le tapa la barba, ni la gorra de marinero que le cubre la calva, logran ocultar el fulgor de sus ojos azules, empañados, eso sí, por el velo de nueve décadas viendo miserias y prodigios. Espera a la visita de pie, todo lo erguido que le permiten el peso sus años y su leyenda a las espaldas, y no se sienta hasta que una toma asiento, con esa gentileza a la vez invisible y evidente de los caballeros a la antigua. Hablamos en el ambigú del teatro Infanta Isabel de Madrid, donde esta noche recitará de nuevo, por primera vez desde el confinamiento, los viejos versos de León Felipe sin más atrezo que la guitarra de José Luis Merlín, y su voz de domador del silencio. Aquí se explica.

Héctor Benjamino Alterio Onorato. Con ese nombre, parecía predestinado a algo grande.

Bueno, no fue ex profeso, supongo. Héctor fue un guerrero. Alterio, el otro yo, es el apellido de la familia, italiana de toda la vida. Onorato, significa honorable. Y lo de Benjamino es porque fui el pequeño de la familia. Éramos cuatro hermanos. Fallecieron todos. Soy huérfano de hermanos desde hace 10 o 15 años, y aquí sigo.

¿Cómo se lleva ser el último superviviente de una estirpe?

Con nostalgia, con cariño, con recuerdos que te asaltan de cosas que nos pasaron, buenas y malas. Cada vez quedamos menos.

¿Cuál es la mejor edad para quien ha vivido casi un siglo?

Cada uno tendrá la suya. Para mí, de los 40 a los 50 años.

Otros, en esa década, están en plena crisis de la mediana edad.

Eso dicen. Para mí fue magnífica: el despertar a cosas que estaban ahí y que había que aprovechar entonces o nunca. A los 40 me casé, comencé a vivir de esta profesión, porque hasta entonces hacía teatro independiente aficionado. A los 40 nació Ernesto, mi primer hijo. A los 43, Malena, y a los 44 años estaba escapando de mi país para venirme aquí. A los 40 empezó ese otro yo de Alterio.

¿Por qué sigue uno actuando?

Porque vivo de esto y tengo que pagar cosas, Y porque hago lo que me gusta. Amo ese estado de alerta, ese estar en vilo que me da el teatro. Eso me mantiene vivo.

¿En cuál de sus trabajos se quedaría a vivir para siempre?

Tantos… El padre era una función que me dio mucho. Pero estos versos de León Felipe me dan muchas alegrías, mucho ego, en el buen sentido. Estoy manejando a un público que, desde el silencio absoluto hasta el aplauso más sonoro, me está respondiendo. Y eso me da poder. Yo sé que hago así, lo que sea, y me miran, y me siguen. Estoy peleando con mi vanidad, también. Pero de cualquier manera, me siento poderoso. En escena, aún lo soy. Abajo, no sé.

O sea, que nos manipula a base de bien.

Yo lo que manejo es el silencio. Estoy tratando de que se me escuche, que se me vea, que se me atienda, que se me comprenda. Estoy hablando yo. Usted pagó para eso, y yo estoy aquí arriba y tengo que convencerle de que estas palabras, que he dicho cientos de veces, las digo por primera vez y para usted solo. Ese es el juego, y me divierte muchísimo.

Es uno de los grandes clásicos vivos de la escena. ¿Se lo tiene muy creído?

Tienes que creértelo para subir ahí arriba, si no te lo crees tú, no se lo cree nadie. La vanidad juega un papel importante, pero trato de que no me afecte. Tengo compañeros que están muy pendientes de eso, y creo no ser de esa clase de vanidoso, que detecto a los 10 minutos y me produce rechazo. Lo noto y digo: ‘con este no; no lo voy a ver nunca más’.

¿Con quién se queda, entonces?

Con la persona que me agrada, con las cosas simples, pero verdaderas. Me quedo con la verdad, con la generosidad, con la simplicidad, con la alegría. Son cosas que me hacen mucho bien. No siempre se logran ni encuentran, pero bueno, me quedo con eso.

¿De qué fuentes bebe para luego poder retratar a cualquiera?

De la calle, de esto que estamos haciendo vos y yo ahora, de todo. La respuesta de la gente me da una riqueza que se me va acumulando dentro, que luego siembro en escena y acaban de germinar en el espectador.

¿Pensó vivir para ver esta pandemia que nos tiene noqueados?

Esa es una pregunta enorme. Trato de hacer lo que dicen, pero ¿cuál será el fin de todo esto? No tengo la más mínima idea de lo que va a ocurrir. Es lo más desconcertante que he vivido en la vida, y he vivido mucho.

¿Le tiene miedo al virus?

Bueno, el justo. Estoy contento, porque no lo he cogido, pero lo puedo coger mañana. No me encierro. Salgo a cenar con amigos. En eso no he cambiado. Soy muy urbanita, aquí y en Buenos Aires. Mi mujer es más joven, tiene ese talento, y yo siempre voy detrás de ella.

¿A qué le teme, entonces?

A que el cuerpo no me responda, a tener que usar una silla de ruedas. A tener que esperar que me empujen, que me aseen, que me lleven y me traigan. A perder mi independencia. Sé que ese momento llegará, pero no lo pienso.

¿Es creyente?

No, nada. No molesto a nadie.

¿A qué clavos se agarra cuando le ve las orejas al lobo?

Yo lo resuelvo todo con las personas. Hay quién me da respuestas y quién no, pero no estoy esperando a que me solucione alguien llamado Dios, o la Virgen. Me lo soluciona todo mi entorno. Todo está en la gente que te rodea.

Bueno, su esposa es psicóloga. Así, cualquiera.

Fíjate que nunca tuve la necesidad de ir, aunque igual estoy yendo hace rato sin salir de casa y ni me di cuenta. Ahora se va mucho al psicoanalista, y está muy bien: antes se ocultaba. Pero yo, no. No por nada: simplemente, no forma parte de mis necesidades.

¿Cuál es el placer de sus días?

Dormir, dormir a pierna suelta. Es horrible cuando te acuestas y te empieza a funcionar la cabeza y no te duermes, y das vueltas y vueltas. Eso lo conozco. Yo duermo siete, ocho, nueve horas seguidas. Y, además, hago la siesta.

Qué envidia. Eso requiere tener la conciencia tranquila.

Claro, y estar totalmente relajado, y no tener hambre, y tener un colchón cómodo. Dormir es lo más fácil y lo más difícil del mundo. Dormir es la otra vida en esta.

¿Todavía aprende algo cada día?

Sí, sí. Con todo, con lo bueno y con lo malo. Y me gusta.

https://www.youtube.com/watch?v=BE1BuRNIl0g&feature=youtu.be&list=PLeEzCJHXClX2svNWsxWb-5t8FvB8heIMq

Son omnipresentes en Estados Unidos, en los cines y en los estadios y en los restaurantes Tex-Mex. Pero la versión original de esta botana tiene un profundo arraigo en la frontera y en la cocina casera mexicana.

 Ignacio Anaya, un maître d’hôtel en un restaurante en Piedras Negras, Coahuila, México, creó los nachos en 1940. La receta original tiene solo tres elementos: totopos, queso y jalapeños encurtidos.

Ignacio Anaya, un maître d’hôtel en un restaurante en Piedras Negras, Coahuila, México, creó los nachos en 1940. La receta original tiene solo tres elementos: totopos, queso y jalapeños encurtidos.

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El título del que más se enorgullece la ciudad fronteriza de Piedras Negras, en Coahuila, México, es el de “cuna de los nachos”, una de las botanas más populares en Estados Unidos. Sin embargo, fuera de esa región, esa hazaña no es muy conocida, lo que desde hace tiempo ha causado frustración entre los habitantes de Piedras, como los originarios del lugar llaman afectuosamente a su ciudad. Están tan orgullosos de su invento que en 1995 crearon el Festival Internacional del Nacho y lo celebran cada año.

“El origen del nacho es una historia que escuchas de boca de tu mamá desde pequeño”, relató Enrique Perret, un amigo mío nacido en esa ciudad de alrededor de 165.000 habitantes. “Después de mudarme de Piedras a Ciudad de México, con frecuencia alardeaba de esta distinción, hasta que me percaté de que a nadie le impresionaba, o dudaban que los nachos fueran originarios de Piedras o de otro lugar de México”.

Hasta hace poco, yo misma me contaba entre los incrédulos. Nací en Ciudad de México y la primera vez que comí nachos fue cuando fui también por primera vez al cine en Estados Unidos, durante una visita familiar con mis padres en los años ochenta.

Experimenté sentimientos encontrados: excitación mientras esperábamos en la fila rodeados de llamativas pancartas de películas taquilleras, y ordenábamos los nachos. Sospecha mientras llenaban la cesta de totopos de una caja de cristal caliente iluminada con un foco naranja, y la salsa ultraamarilla fluía vacilante de una bomba gigante. Perplejidad al probar los grandes totopos salados cubiertos con la salsa cremosa y muy pocos jalapeños encurtidos.

Me los terminé, pero no sin antes pedir más jalapeños, para tener suficiente para cada bocado.

Años después, cuando ya vivía en Estados Unidos y me había convertido en madre de tres niños, me topé de nuevo con los nachos en los puestos concesionados de un estadio, donde siempre los comí con perros calientes. Tenía la impresión de que los nachos estaban relacionados con el entretenimiento en Estados Unidos. Como otros mexicanos que no nacieron en Piedras, me intrigaba escuchar que alguien los describiera como mexicanos.

Ahora que llevo más de dos décadas en Estados Unidos, he comenzado a comprender por qué es difícil categorizarlos. ¿Mexicanos? ¿Estadounidenses? ¿Tex-Mex? Los nachos son la comida fronteriza por excelencia. En este lugar los alimentos parecen estar atrapados en un espacio de transición en constante evolución: no son de aquí ni son de allá y, aunque tienen raíces profundas, es difícil identificarlas.

“No es comida Tex-Mex, Pati”, me explicó Adán Medrano, chef y experto en la comida del sur de Texas y el noreste de México, categoría que él designa como comida texana mexicana. “Los nachos originales son cien por ciento mexicanos y no se parecen casi nada a esos. O sea, ¡suficiente con tanto queso! ¿qué pasó con el queso?”.

Todos esos nachos que me he comido, hasta esos de mil capas que me sirvieron en los restaurantes Tex-Mex de San Antonio, no eran los únicos tipos de nachos ni los originales.

Para nachos en capas, los ingredientes deben tener mucha salsa (quizás verse desordenados), deben ser lo suficientemente buenos para no desmoronarse, y deben ser tan deliciosos juntos que no puedas comer un solo bocado. Estos nachos vegetarianos tienen frijoles pinto mantecosos, zanahorias tiernas o camotes (o ambos), y una salsa de tomate y tomatillo.

Para nachos en capas, los ingredientes deben tener mucha salsa (quizás verse desordenados), deben ser lo suficientemente buenos para no desmoronarse, y deben ser tan deliciosos juntos que no puedas comer un solo bocado. Estos nachos vegetarianos tienen frijoles pinto mantecosos, zanahorias tiernas o camotes (o ambos), y una salsa de tomate y tomatillo.

Los nachos nacieron en 1940, según cuenta la historia, cuando un grupo de mujeres llegó al Club Victoria en Piedras en horas no hábiles. A esa hora Ignacio Anaya, el maître d’hôtel, no tenía ningún cocinero en la cocina. A Anaya le decían Nacho, el sobrenombre tradicional que se les da a los Ignacios en los países de habla hispana.

Las mujeres eran esposas de estadounidenses asignados a una base militar ubicada en Eagle Pass, Texas, que habían cruzado el río Bravo para hacer compras y buscaban un lugar donde beber algo y comer. Dispuesto a complacer a las comensales, Anaya corrió a la cocina y preparó una botana rápida con los ingredientes que pudo encontrar. Cubrió algunos totopos (trozos de tortilla de maíz fritos) con queso colby y rodajas de jalapeños en escabeche, y los metió al horno.

A las mujeres les gustó tanto esa botana que pidieron más, y de broma en broma terminaron llamándolos “especial de Nacho”. El platillo se convirtió en parte esencial de la carta en el Club Victoria, y también comenzó a ofrecerse en otros lugares de la región. Después de un tiempo, Anaya se mudó a Eagle Pass y abrió un restaurante llamado Nacho’s.

“Los nachos se crearon en un restaurante que ofrecía —principalmente— comida casera, lo que las familias mexicanoestadounidenses comían en esa época”, explicó Medrano. En esencia, se trata de quesadillas abiertas, un platillo de preparación muy rápida que se hace en un santiamén en los hogares mexicanos, pero crujiente y en miniatura, con queso colby.

En esa región se utilizaba mucho el queso colby durante la Segunda Guerra Mundial, cuando se crearon los nachos, indicó Adalberto Peña de los Santos, director del Festival Internacional del Nacho, que por lo regular se celebra en octubre a orillas del río Bravo. Fue una época difícil a ambos lados de la frontera.

“En Piedras, solíamos decir que el queso colby era ‘queso de ayuda’”, aseveró. “Era uno de los ingredientes que entregaba el gobierno estadounidense”. Quienes recibían este queso en el lado estadounidense de la frontera, lo vendían o hacían trueques con familiares del lado mexicano.

Peña de los Santos señaló que fue muy pertinente que el platillo distintivo de la región incluyera un queso estadounidense y las primeras personas en comerlo fueran también estadounidenses, pues demuestra la fluidez con que se desplazan la comida y la cultura en la región, donde la frontera se pierde.

“Cuando se estableció la frontera geopolítica, dividió a la comunidad y a las familias, pero no en todos los sentidos”, dijo Medrano. “Hemos vivido y comido en esta realidad culinaria compartida y coherente durante miles de años”.

No solo se fueron incorporando ingredientes estadounidenses a los platillos texanos mexicanos, sino que los alimentos texanos mexicanos se fueron adaptando para servirse como gastronomía Tex-Mex, hecha “por anglosajones para complacer a los anglosajones”, dijo.

En los restaurantes Tex-Mex, los nachos se convirtieron en parte esencial de la carta, y encima de las tortillas fritas se colocaban todas las guarniciones que los clientes esperaban: carne molida preparada, crema agria, salsa de mesa, pico de gallo, guacamole y jalapeños en escabeche. A medida que fueron apareciendo más versiones, se añadieron más capas al platillo, como carne asada, aceitunas negras, queso cheddar rallado, frijoles y maíz.

Las puntas al albañil, hechas con trozos tiernos de carne, tocino salado y a veces chorizo en una salsa gruesa asada al fuego, son un relleno de taco muy querido en México. Aquí se usa como base para los nachos.

Las puntas al albañil, hechas con trozos tiernos de carne, tocino salado y a veces chorizo en una salsa gruesa asada al fuego, son un relleno de taco muy querido en México. Aquí se usa como base para los nachos.

Fue Frank Liberto, un hombre de negocios de Texas, quien llevó los nachos a las masas en la década de 1970. Dos inventos lo hicieron posible: una salsa de queso emulsionada que no requiere refrigeración, tiene una larga vida útil y se mantiene derretida sin calor, y una bomba para el queso para que los nachos pudieran ser ensamblados tan rápido como la gente pudiera pedirlos.

Liberto introdujo los nachos de estadio en 1976, en un juego de béisbol de los Texas Rangers, y luego en 1977, en un partido de fútbol americano de los Dallas Cowboys. Desde allí, aparecieron en estadios y cines de todo Estados Unidos, y luego en un país tras otro.

Puedes encontrar todo tipo de nachos en el Festival Internacional del Nacho, explicó Peña de los Santos, estilos que reflejan tendencias de todo Estados Unidos y la frontera, desde la receta original hasta nachos con carne asada, carne de cerdo deshebrada o bulgogi. Algunas versiones solo tienen un tipo de queso y otras tienen varios. Muchas solo usan jalapeños encurtidos.

Los jalapeños encurtidos, un alimento básico de la cocina mexicana, aparecían en la receta original de los nachos.

Los jalapeños encurtidos, un alimento básico de la cocina mexicana, aparecían en la receta original de los nachos.

Según los lineamientos del festival, los nachos deben incluir tres elementos: tortilla frita, copiosas cantidades de queso derretido y algún tipo de chile. Yo añadiría que los nachos deben verse desordenados y divertidos, y provocarte esa reacción de “no puedo comer solo uno” cuando los pruebas.

Puedes quedar encantado con la honestidad, simplicidad y el irresistible choque de sabores de la receta original de nachos: los totopos apenas salados, el queso con un sabor a nuez con un ligero toque amargo y el sabor salado de los poderosos jalapeños. O puedes llenarte de versiones Tex-Mex extravagantes y exageradas, o añadir a los totopos cualquier otra cosa que se te antoje.

Incluso alguien de Piedras, como Perret, cuya familia ha estado allí desde mediados de 1800, ama un buen nacho de estadio. La última vez que hizo nachos para sus amigos, para una fiesta del Super Tazón en febrero, mezcló Velveeta con leche para hacer algo que se pareciera a ese queso para nachos del estadio, luego cubrió los chips de tortilla con chilorio —el plato de Sinaloa de cerdo desmenuzado sazonado con adobo— y jalapeños encurtidos.

“No pude ver el partido en paz”, dijo. “Mis amigos no se cansaban y me hacían ir a preparar charola tras charola”.

[Fotos: Christopher Simpson – estilismo: Simon Andrews – fuente: http://www.nytimes.com]

 

Peintre, sculpteur, Amedeo Modigliani (1884-1920) est un artiste italien Juif de l’École de Paris né à Livourne, port en Toscane. Le Jewish Museum présenta l’exposition Modigliani Unmasked. Le 27 septembre 2020, Arte diffusera, dans le cadre de « L’amour à l’oeuvre » (Liebe Am Werk), « Jeanne Hebuterne et Amedeo Modigliani » (Jeanne Hebuterne und Amedeo Modigliani) par Delphine Deloget. 



Publié par Véronique Chemla
« Un enfant des étoiles ». C’est ainsi que Léopold Zborowski, « l’élégant poète et marchand d’origine polonaise, ami de Modigliani », décrit « avec subtilité celui qui incarne encore le mythe de l’artiste maudit à Montparnasse, quand il brille en effet au firmament de l’École de Paris ». (Daniel Marchesseau, conservateur général du Patrimoine, directeur honoraire du Musée de la vie romantique, Paris).Modigliani et l’École de Paris

En collaboration avec le Centre Pompidou (Paris) et des collections suisses, la Fondation Pierre Gianadda a présenté l’exposition Modigliani et l’École de Paris réunissant une centaine d’œuvres, dont des chefs d’œuvres : les « emblématiques portraits et nus de Modigliani, ainsi que des œuvres des figures principales de l’École de Paris qui furent ses amis et parfois ses inspirateurs », et soulignant la singularité et la variété – influences du cubisme, des « arts primitifs », art africain et art Khmer – de l’œuvre figurative – tableaux, sculptures – de cet artiste italien juif.

Cette exposition « est centrée sur le développement de l’œuvre d’Amedeo Modigliani (1884-1920) de son arrivée à Paris en 1906 jusqu’à sa mort en 1920. Retraçant la trajectoire de cet artiste majeur, la commissaire de l’exposition, Catherine Grenier, directrice-adjointe du Musée d’art moderne, Centre Pompidou, met son évolution esthétique singulière en vis-à-vis des œuvres des artistes qui lui sont le plus proches ».

Sa thèse : montrer l’œuvre de Modigliani  comme « la synthèse des deux cultures et des deux univers formels à l’articulation desquels il évolue : d’une part, la tradition du portrait, maintenue vivace par les artistes cosmopolites de l’École de Paris, d’autre part la révolution esthétique du cubisme ».

L’exposition évoquait aussi l’amitié de Modigliani et de Constantin Brancusi. Le jeune Modigliani « est en effet très vite captivé par le personnage singulier et radical du sculpteur roumain, dont la volonté de vérité et de dépouillement inspirera sa recherche de « la plénitude ».

Une salle entière de l’exposition, était consacrée aux sculptures de ces deux artistes et de leurs amis modernistes, Jacques LipchitzOssip Zadkine et Henri Laurens ». 

L’exposition faisait dialoguer les œuvres de Modigliani avec celle des autres artistes de l’École de Paris, peintres et sculpteurs, souvent Juifs, venus pour la plupart d’Europe centrale dans cette ville-lumière à la charnière des XIXe et XX siècles, et qui ont contribué au rayonnement artistique de Paris en explorant des voies avant-gardistes, tels Chaïm Soutine, Jules Pascin, Marc Chagall  ou Moïse Kisling, dont les œuvres « véhiculent des esthétiques différentes, marquées par l’expressionnisme et un primitivisme inspiré de leur culture populaire locale ».

Malgré son interdiction par des avant-gardes artistiques, la pratique du portrait – d’amis artistes, de membres de la famille ou de galeristes – demeure importante. Un genre artistique dans lequel Modigliani se spécialise et excelle. Bien que toujours figurative, l’œuvre de Modigliani est influée par le cubisme. Une initiation au cubisme favorisée par la proximité de son premier atelier et du Bateau Lavoir, où se retrouvent les cubistes. Sans adhérer au cubisme, Modigliani s’éloigne de l’influence de Toulouse Lautrec prégnante dans ses premières œuvres parisiennes, et va « engager un processus de schématisation et de stylisation ».Il partage aussi leur intérêt pour les « arts primitifs », art africain et art Khmer qu’il découvre au musée ethnographique du Palais du Trocadéro.

L’indépendance et l’absence d’esprit de chapelle de Modigliani se révèle par la variété de ses amis, rencontrés dans ses ateliers de Montmartre puis de Montparnasse. Suzanne Valadon et son fils, Maurice Utrillo, André Utter, Jules Pascin, Gino Severini, Constantin Brancusi, Amadeo de Souza Cardoso, Max Jacob, Jacques LipchitzOssip Zadkine, Moïse Kisling, Chaïm Soutine, Georges Kars, Marc Chagall, Diego Rivera, André Derain, Ortiz de Zarate, et Pablo Picasso qu’il fréquente surtout après la guerre.

Modigliani « traverse le moment où les avant-gardes se solidarisent, puis le temps des déchirements et des défections, sans dévier de sa route qui s’apparente à un processus progressif de purification. De plus en plus désincarnés, ses portraits à la schématisation célèbre, avec leurs yeux sans pupilles colorés d’un bleu irréel, deviennent comme des masques se découpant dans un décor de peinture pure, comme les marionnettes d’un théâtre métaphysique ».

Un « enfant des étoiles »
Amadeo Modigliani naît le 12 juillet 1884, à Livourne, port franc – exempté de droits de douane – toscan situé sur la côte Ligure, à quelques kilomètres au sud de Pise dont un canal le relie. Livourne est hérissé de fortifications militaires édifiées face à la mer, de quatorze églises catholiques datant de la Renaissance et abrite la grande synagogue juive, deuxième en Europe par sa taille et ses trésors. Ville où a grandi Leonetto Cappiello, qui deviendra un maître de l’affiche à Paris. Depuis la fin du XVIe siècle, Livourne, cosmopolite – Arméniens, Grecs, Hollandais, Anglais, Allemands -, bénéficie d’un édit de tolérance réunissant les « lois de constitution livournaise » promulguées par le grand-duc Ferdinand Ier de Médicis en 1593. Cet édit garantit, notamment, et en particulier aux Juifs, la liberté de culte et d’exercice.

Ainsi dès la fin du XVIe siècle, hors ghetto, prend son essor une importante communauté séfarade venue d’Espagne, après en avoir été chassée par le décret d’Alhambra signé sous l’Inquisition par la reine de Castille, Isabelle Ière la Catholique en 1492.

Installée à Livourne sous le nom de « Gorneyim », dite aussi « Gorni » ou « Grana », cette « nation hébreu » compte ainsi parmi ses membres les plus distingués, les familles paternelle, d’Isaac Modigliani et celle, maternelle, d’Isaac Garsin, d’Amedeo Modigliani.

Malgré des difficultés financières dues à des faillites industrielles et commerciales, ces deux familles offrent une éducation aimante et ouverte au quatrième et dernier enfant du ménage Modigliani. À la naissance d’Amedeo, le couple a déjà trois enfants : Emanuele, âgé de douze ans, futur brillant avocat et député socialiste, Margherita, âgée de dix ans, qui enseignera le français et sera la mère adoptive de sa nièce Jeanne Modigliani, puis Umberto, âgé de six ans, futur ingénieur des mines.

Le père, Flaminio Modigliani, originaire d’un village éponyme près de Rome, « effacé et piètre gestionnaire, s’absente souvent du foyer familial pour diriger ses affaires en Sardaigne ». Née à Marseille en 1855, dans une famille d’origine livournaise aux racines tunisiennes et espagnoles, sa jeune épouse, Eugénie Garsin, « appartient à une haute lignée israélite méditerranéenne affiliée, dit la tradition, à la parentèle du philosophe Spinoza ». Polyglotte – français, anglais, italien -, elle transmet à ses enfants son goût de la littérature et de la philosophie.

Amedeo Clemente naît « dans la belle bâtisse à deux étages que les familles Modigliani et Garsin se partagent, 38 Via Roma, l’une des artères principales du centre – ce que rappelle une plaque apposée sur la façade en 1959 ». Rapidement, Eugénie doit élever sa famille seule et faire « l’apprentissage de la gêne ». Elle gagne sa vie en donnant des cours particuliers.

Surnommé « Dédo », Amedeo est « choyé, tant par son grand-père maternel Isaac Garsin qui lui donne le goût de la lecture jusqu’à l’intellectualisme, que par ses oncles et tante. De santé fragile, l’enfant est élevé à la maison jusqu’à l’âge de dix ans dans une tradition judaïque libérale et dans un souci austère de formation à l’étude ».

Il « lit ainsi très tôt Dante, puis Nietzsche mais aussi, dit-on, Baudelaire et les premiers textes du jeune d’Annunzio que sa mère traduit en français. De cette adolescence protégée, il gardera une inclination naturelle pour la poésie et la déclamation ».

Âgé de 14 ans, après une grave fièvre typhoïde, il fait part de sa vocation de peintre à sa mère qui l’encourage. Ne restent que peu d’œuvres de sa jeunesse, « ses esquisses de 1898 dans l’atelier du paysagiste livournais Guglielmo Micheli à la Villa Baciocchi, comme celles exécutées en 1903 à La Scuola libera di Nudo de l’Accademia di Belle Arti à Florence dirigée par le professeur – également livournais – Giovanni Fattori, avant Venise (Scuola libera di Nudo du Regio Istituto de Belli Arti) où il séjourne trois ans ».

En 1901, âgé de 17 ans, Amado effectue, à l’initiative de sa mère, son premier séjour dans le Mezzogiorno, au Sud de la péninsule italienne. À la suite de l’hémorragie tuberculeuse dont souffre son fils, elle décide de compléter l’éducation visuelle de son fils à Naples, Capri et Amalfi, puis à Rome et à Florence, afin de découvrir les primitifs avant les maîtres du classicisme et de la tradition baroque, l’art étrusque et l’architecture gréco-romaine. Enthousiasmé par ses visites de musées – musées de Rome, Musée archéologique de Naples, Palazzo Pitti et Galleria di Uffizi à Florence – d’églises et de basiliques (Saint-Pierre de Rome), le jeune Amedeo sent sa « vocation souveraine qui le pousse irrésistiblement à peindre, et à peindre dans la joie ». En outre, il est influencé par la fréquentation à Florence « des amis de Fattori, regroupés sous les couleurs des Macchiaioli (« tachistes », terme choisi par dérision). Les échanges à Venise dès 1904 avec son jeune ami et cadet de trois ans, Manuel Ortiz de Zárate – dont il croquera plus tard les traits à Paris – comme ses visites de la Biennale le conduisent également à progresser. La palette vériste en vogue dans le Nord de l’Italie, en opposition au néoclassicisme, au purisme académique tout comme au romantisme du XIXe siècle, l’incite à user d’un traitement contrasté entre les taches de couleurs et le chiaroscuro. Ses premières huiles procèdent d’un impasto chromatiquement puissant ». 

À l’hiver 1906, au rebours du « grand tour » en Italie prisé par les Romantiques, Amedeo Modigliani, âgé de vingt-deux ans, quitte Livourne pour s’installe Paris. Dix ans lui suffisent pour s’imposer au sein de la communauté artistique de Montmartre et Montparnasse.

Modigliani « se souviendra toujours de sa ville natale au glorieux passé, et de l’éducation très libérale reçue de ses parents issus de la meilleure bourgeoisie juive locale. Nourri de ses racines judéo-latines, comme Constantin Brancusi de ses traditions orthodoxes de Transylvanie, il s’affranchit cependant de toute pratique religieuse, comme nombre de ses contemporains à l’orée du nouveau siècle, tout en sublimant l’interdit de la représentation par son génie de l’image ». Grâce à l’aide financière de sa mère, Modigliani arrive à Paris en hiver 1906, « quelques mois après le scandale de la « cage aux fauves » et l’épanouissement du fauvisme auquel il n’adhère pas ».

À Montmartre, il s’installe près du Bateau-lavoir et fréquente, mais rarement, les peintres Pablo Picasso, André Derain, Maurice Utrillo et le jeune Diego Rivera, les poètes et critiques Max Jacob, Guillaume Apollinaire et André Salmon.

En automne 1907, âgé de 24 ans, il est émerveillé par la première rétrospective posthume du peintre Cézanne au Salon d’automne – avant l’exposition de 1909 chez Bernheim Jeune.

Rencontre amicale décisive : celle avec Paul Alexandre, un jeune médecin de trois ans son aîné qui, de 1907 à 1914, est « son seul vrai confident, son principal acheteur et commanditaire, et son plus fraternel soutien ». Leur « connivence est capitale dans la création du peintre, mais aussi – surtout ? – entre 1910 et 1914 dans l’envol du dessinateur – dont on connaît les très nombreuses études de têtes et de cariatides au trait de contour sur papier – et du sculpteur, puisque Modigliani se destine alors en priorité à cette discipline – il s’y était déjà intéressé trois ans plus tôt à Pietrasanta, près de Carrare, non loin de Livourne ».

C’est « un joyeux et jubilatoire phalanstère que le docteur Paul Alexandre met à la disposition de ses amis artistes au 7 rue du Delta, proche de l’Hôpital Lariboisière et de la Gare du Nord. S’y retrouve un petit groupe d’artistes amis que rejoint bientôt le sculpteur Constantin Brancusi, récemment arrivé à pied de Roumanie, et qui venait de quitter l’atelier de Rodin. Modigliani y trouve à son tour un havre chaleureux, propice au travail comme au débat ».

Parmi « les tableaux de sa jeunesse parisienne, on relève ainsi ses premières effigies masculines, en particulier les diverses commandes de la famille de son ami Paul Alexandre brossées dès 1909 : d’abord le père, Jean-Baptiste, puis Paul, dont il exécute trois portraits (deux autres suivront en 1911-1912), et enfin le frère, Jean, qui s’occupe alors du « Delta » avant de mourir de tuberculose en juin 1913. Jean et Modigliani étaient suffisamment liés pour qu’il dédicace cette même année 1909 « à Jean Alexandre » la peinture La Mendiante exécutée pendant l’été à Livourne ».

Les premières œuvres de Modigliani portent l’empreinte d’Henri de Toulouse-Lautrec et de son ami de la Butte, Théophile Alexandre Steinlen. Bien qu’il ait découvert Les Demoiselles d’Avignon dans l’atelier de Picasso, rue Ravignan, Modigliani demeure à distance du cubisme. De même, il se distingue des « futuristes italiens à Paris qui exaltent le monde moderne, les machines et la vitesse, à travers le manifeste publié par l’écrivain Marinetti (Le Figaro, 20 février 1909), et dont font partie les peintres Balla, Carrà, Russolo et Severini, et le sculpteur Boccioni ».Par l’intermédiaire de Brancusi, rencontré en 1909 au « Delta », Modigliani s’installe dans un atelier mitoyen au rez-de-chaussée du 14 cité Falguière, derrière Montparnasse, et s’initie à la pierre.

En sculpture, les maitres de Modigliani sont l’Italien Medardo Rosso et Auguste Rodin, qui vient de s’installer dans l’hôtel Biron.

« Rodin et Rosso, qui ont expérimenté le plâtre et la terre, l’argile et la cire, sont suivis par Matisse et Picasso, qui à leur tour s’essaient au modelage – contrairement à Modigliani, qui reprend, sous la férule de Brancusi, la taille directe, exigeante technique de tradition latine ». Il « existe une différence sensible dans les approches physique et esthétique entre la ronde-bosse, d’une part, qui façonne un matériau à modeler, plâtre ou terre, et l’outil, d’autre part, qui dégage et fait apparaître un sujet à partir d’un bloc de bois ou de grès, traverse de chemin de fer ou pierre d’Euville.

Entre 1910 et 1914, Modigliani se consacre principalement à cette discipline exigeante et rude pour qui n’a pas été formé en apprentissage ». Demeurent vingt-cinq rondes-bosses de sa main, essentiellement des têtes. « Nourrie de culture méditerranéenne, la statuaire de Modigliani (de 1910 à 1913 environ) offre une plastique originale participant tout à la fois de l’ellipse chère à Brancusi comme du synthétisme des arts premiers, mais aussi de l’art des Cyclades, des effigies égyptiennes admirées au Louvre et de la mystérieuse déesse ibère, La Dame d’Elche, entrée au Louvre en 1897 ».

Après la vogue du japonisme à la fin du XIXe siècle, l’avant-garde découvre au tournant du siècle l’art primitif, et se nourrit d’« art nègre » provenant d’Afrique comme d’Océanie ». À 25 ans, Modigliani « s’en imprègne chez ses camarades Derain, Vlaminck, Picasso, Braque, mais aussi à travers la collection de sculptures baoulé réunie par Paul Alexandre. Il visite le Musée ethnographique du Trocadéro – futur Musée de l’homme – et le Musée Guimet sur la colline de Chaillot, et se lie aux sculpteurs Jacques Lipchitz et Henri Laurens, également passionnés de fétiches, qu’il fera bientôt poser devant son chevalet ».

Fragilisé par les maladies dans son enfance, Modigliani consomme alcool et drogue. « C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles il abandonne la taille directe de la pierre qu’il pratique avec difficulté dans un certain isolement, sans le soutien de praticiens confirmés. La pénibilité du travail, la poussière minérale qui encombre les poumons, l’indifférence de la critique lorsqu’il présente Têtes, ensemble décoratif au Salon d’automne en 1912, ainsi que la misère grandissante conduisent Modigliani à retourner à la peinture, qui sera désormais son medium et son (modeste) gagne-pain durant toute la période de la guerre ».

1er août 1914, la guerre contre l’Allemagne est déclarée. Modigliani est réformé par l’État français pour raisons de santé. Il demeure à Paris, alors que Paul Alexandre est mobilisé en première ligne dès le 3 août. Les Montparnos « instaurent une atmosphère créative et libertaire ». Modigliani crée des portraits de ses amis à l’huile et au crayon, rarement à l’encre. À Montparnasse, les artistes se rencontrent parfois à la cantine ouverte par la peintre russe Marie Vassilieff près de son atelier, avenue du Maine.  »

Participant de sa misère matérielle et de sa détresse morale, Modigliani continue d’abuser de l’alcool – l’absinthe, « la fée verte », n’est prohibée en France qu’en 1915 – et de paradis artificiels, puisqu’il prend depuis longtemps du haschich avec Paul Alexandre et de l’opium avec André Salmon – qui publie en 1910 son recueil de poésies Le Calumet.

Cela ne l’empêche cependant pas de brosser avec fermeté, selon une facture légère et enlevée, quelques trois cents portraits à l’huile en moins de cinq ans. Il choisit ses modèles aussi bien pour leur intensité personnelle et les complicités intellectuelles, artistiques et religieuses qu’il noue avec eux, que pour le charme de leur mise, la modestie d’une servante ou la franchise du regard chez un fils de concierge.

Ainsi a-t-il laissé une galerie unique, passionnante et bouleversante de toute une communauté marginale d’artistes de toutes origines et toutes appartenances : d’Amérique du Sud, le Mexicain Diego Rivera et le Chilien Manuel Ortiz de Zárate ; d’Espagne, Pablo Picasso, Juan Gris et Celso Lagar ; de Lituanie, Chaïm Soutine ; de Pologne, Moïse Kisling avec sa femme Renée, Simon Mondzain, Pierre-André Baranowski, Henri Hayden et sa femme Odette ; de Russie, Marie Vassilieff, Oscar Miestschaninoff et Léon Bakst ; de Lituanie, Jacques Lipchitz ; de Biélorussie, Léon Indenbaum, Ossip Zadkine et Pinchus Krémègne ; de Finlande, Léopold Survage… Tous ses camarades figurent ainsi dans le corpus de ses peintures et dessins, hormis Chagall, qui reste bloqué en Russie de juillet 1914 à 1922 ».

En 1916, Modigliani « retrouve avec émotion le poète d’origine suisse Blaise Cendrars. Engagé dans l’armée française comme volontaire étranger, celui-ci vient de perdre au combat son bras droit – sa main d’écrivain – qui est amputé au-dessus du coude. Son portrait, ascétique, est poignant. Cendrars écrira d’une main gauche encore malhabile les vers de la plaquette de la seule exposition personnelle de Modigliani qui s’est tenue de son vivant ».

Parmi « les trente-deux toiles présentées à la galerie Berthe Weill en 1917, plusieurs nus sont saisis par la police le jour de l’inauguration pour atteinte à la pudeur. Mais les vers ne purent être interdits : Max Jacob, réformé depuis 1897, vient également à Montparnasse. Modigliani en laisse en 1916 deux admirables portraits, alors que le poète prépare l’édition à compte d’auteur de son recueil Le Cornet à dés (1917) qui lui vaudra la notoriété. Juif de naissance, Max Jacob, profondément troublé par une première apparition de l’image du Christ en octobre 1909 sur le mur de sa chambre près du Bateau-lavoir, est gagné par une foi chrétienne fulgurante après une deuxième apparition dans un cinéma en décembre 1914. Il reçoit le baptême catholique en la petite chapelle de la congrégation Notre-Dame de Sion, sise rue Notre-Dame des Champs, en plein cœur de Montparnasse, le 18 février 1915, avec Picasso pour témoin. Modigliani, dont la culture juive est intacte et les liens d’amitié étroits avec nombre d’artistes amis juifs, ashkénazes pour beaucoup, est sensibilisé au plus haut point par le poète tant admiré au charisme prenant, devant l’expression de son cœur soudain mis à nu ».

La même année, « traverse en météore ce cercle parisien bohème, amené par Max Jacob, le jeune et brillantissime Jean Cocteau, causeur infatigable et dandy élégant. Entre deux permissions, Modigliani, comme Kisling, en brosse un important et séduisant portrait après de nombreux croquis ». 

Modigliani « travaille beaucoup, en particulier à la demande du très jeune Paul Guillaume, que lui a présenté Max Jacob, et qui est son défenseur le plus actif et marchand exclusif de 1914 à 1916. Celui qu’il surnomme « Novo Pilota – Stella Maris » dans l’un des quatre portraits peints qu’il laisse du jeune marchand, alors que ce dernier n’a pas même vingt-cinq ans. Paul Guillaume, étonnamment précoce, doit sa réputation, alors naissante, à sa clairvoyance et à son flair, et impose auprès de collectionneurs choisis maints peintres du début du siècle. De Matisse à Picasso, de Soutine à Derain, de Chirico à Marie Laurencin, il sait promouvoir leurs talents pendant et après la Grande Guerre.

Si Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard ou Daniel-Henry Kahnweiler – que Modigliani ne fréquente jamais directement – sont aujourd’hui bien connus grâce à leurs souvenirs et entretiens, Paul Guillaume, disparu brutalement à quarante-deux ans en 1934, n’a guère laissé de documents de ses initiatives. Mais la collection offerte au Louvre par sa veuve, Mme Domenica Walter Guillaume, témoigne de son extraordinaire sens de la qualité et de son amitié indéfectible. Le peintre trouve en celui qui est par ailleurs un des premiers à imposer l’art africain, un soutien rare et une stabilité financière salvatrice ».

Léopold Zborowski, « poète en exil arrivé en 1910, prend le relais fin 1916 et devient son marchand comme il sera celui de Foujita et de Soutine. Sa femme Hanka et la très jeune Paulette Jourdain posent naturellement, comme lui, à plusieurs reprises dans l’atelier de Modigliani qu’il a mis à la disposition du peintre, rue Joseph Bara, au cœur de Montparnasse, derrière le restaurant La Closerie des Lilas. C’est Zborowski, à l’élégance racée, qui organise sa première exposition personnelle chez Berthe Weill, rue Taitbout, dans le quartier des galeries ».

Charmant, fougueux, Amedeo Modigliani « connaît en une quinzaine années de nombreuses et tumultueuses passions, souvent déréglées par l’alcool », et évoquées dans La Vie passionnée de Modigliani d’André Salmon, ami du peintre de ses débuts jusqu’à sa disparition, et la biographie Modigliani sans légende, écrite par sa fille Jeanne Modigliani.

Inspiratrices, muses et consolatrices, trois femmes ont « compté pour Modigliani, ce génie séducteur, magnétique et fragile : la journaliste et poétesse anglaise Beatrice Hastings de cinq ans son aînée, dont il fait de nombreux tableaux et dessins et avec qui il a, entre 1914 et 1916, une liaison orageuse ; Lunia Czekowska, sans doute sa grande amie de cœur pendant la guerre, et enfin Jeanne Hébuterne, qu’il rencontre en 1917 par l’entremise de son amie, sculpteur d’origine ukrainienne, Chana Orloff. La jeune fille, alors âgée de dix-neuf ans – Modigliani en a trente-trois –, étudie la peinture à l’académie Colarossi. Ils s’installent rapidement ensemble rue de la Grande Chaumière, dans un logement prêté par Zborowski. Jeanne, éperdument amoureuse, au talent prometteur, à la douceur angoissée, apporte à son aimé une paix relative ». Le couple a une fille, Giovanna, appelée aussi Jeanne, née le 29 novembre 1918 à Nice.

De chacune de ses égéries, il laisse de nombreux portraits comme de leurs proches Hanka ou Paulette Jourdain. Les grands nus, sensuels et chauds selon la tradition classique, évocatrice mais réservée, semblent quant à eux avoir été brossés d’après des modèles de Montparnasse qu’il connaissait naturellement intimement – parmi lesquelles Elvira ou la belle Gaby – mais non d’après ses compagnes Beatrice et Jeanne. Son dernier nu couché, particulièrement âpre et moderne, sans doute inachevé, transcende, par la puissance du pinceau, la volupté toute italianisante des précédents ».

Dès mars 1918, en raison de « sa mauvaise hygiène de vie, des privations dues à la guerre et des bombardements sur Paris, son état de santé s’aggrave. Zborowski, tenant également compte de l’imminente deuxième maternité de Jeanne, envoie le couple sur la Côte d’Azur entre Nice et Cagnes où la famille Hébuterne aurait eu une maison. Le littoral comme l’arrière-pays montagneux et la belle lumière méditerranéenne rappellent au peintre la Riviera de son enfance. Il s’en inspire pour quatre petits paysages, les seuls de toute sa carrière, qui évoquent sa province natale, la Toscane voisine ».  »

Autour de la Promenade des Anglais, le couple retrouve Foujita et sa femme Fernande, Chaïm Soutine, Léopold Survage et sa compagne Germaine Meyer, Anders Osterlind et sa femme Rachel. Osterlind, paysagiste français d’origine suédoise, connait depuis son enfance l’illustre et vieillissant Renoir qui, comme ses parents, habite Cagnes. C’est grâce à lui que Modigliani est reçu dans son vaste domaine des « Collettes » et d’y voir à l’atelier du maître deux de ses derniers nus. Mais aucun dialogue ne fut possible entre eux. Curieusement les deux peintres devaient disparaître à quelques semaines d’intervalle, Renoir dans sa soixante-dix-neuvième année le 3 décembre 1919, Modigliani six semaines plus tard à l’âge de trente-cinq ans ».

À Paris, Modigliani achève en janvier 1920, « à la veille de sa mort, sa dernière toile – son seul et unique autoportrait. L’artiste, pressentant sa disparition imminente, voulait laisser pour l’éternité une image de lui qui soit unique, élégante, secrète, intemporelle, comme l’ultime salut d’un héros romantique moderne ».

Le 24 janvier 1920, souffrant d’une méningite tuberculeuse, il est amené en urgence à l’Hôpital de la Charité, rue des Saints-Pères à Saint-Germain-des-Prés – détruit en 1935, l’immeuble est remplacé par la nouvelle Faculté de médecine -, où il décède le soir même.Enceinte de huit mois, Jeanne Hébuterne se suicide le lendemain en se défenestrant de l’appartement de ses parents, à quatre heures du matin.

Amedeo Modigliani est enterré le 27 janvier au cimetière du Père-Lachaise à Paris, en présence de ses amis. Depuis 1930, la dépouille de Jeanne Hébuterne est inhumée à ses côtés.

Fille de l’artiste, Jeanne Modigliani (1918-1984) a donné à Christian Parisot les archives de Modigliani et le droit d’autoriser les reproductions d’œuvres de ce peintre et sculpteur. M. Parisot a alors fondé l’Institut légal des archives de Modigliani à Rome, et a organisé des expositions dans des musées nationaux, etc. Et ce, « malgré des controverses  » qu’il a suscitées.
Dès 2002, Hébuterne, petit-neveu de Jeanne Hébuterne, a accusé M. Parisot d’avoir créé de faux dessins de cette artiste. En 2008, un tribunal a condamné M. Parisot à une amende et à deux ans de prison, mais la Cour d’appel l’a relaxé.
En 2010, la police italienne a confisqué des œuvres lors d’un spectacle sur Modigliani. Il s’avéra que 22 de ces œuvres étaient des faux Modigliani. Après une enquête de deux ans, la police a reproché à M. Parisot d’avoir reçu des biens contrefaits et de les avoir faussement authentifiés. M. Parisot a clamé qu’il « était toujours clair que ces œuvres étaient des reproductions ».
En janvier 2014, un tribunal italien a rejeté les demandes de Laure Nechtschein Modigliani, petite-fille de Modigliani née en 1951, visant à récupérer ces archives, car il estimait que sa mère les avait légalement confiées à M. Parisot, qui, par son catalogue raisonné, avait renforcé le patrimoine de l’artiste.
Le 6 février 2014, Christian Parisot a comparu devant un tribunal romain pour avoir authentifié en toute connaissance de cause 22 œuvres faussement attribuées à Modigliani.Le « théâtre métaphysique de l’art »
« Frais émoulu de l’École des beaux-arts de Venise, Modigliani arrive à Paris à un moment crucial. L’année 1906, date à laquelle le jeune artiste italien s’installe dans le quartier de Montmartre, correspond en effet à une période de transformation radicale de la scène et des enjeux artistiques. Le Salon d’automne, cette même année, révèle au public les expérimentations des artistes fauves, dont la liberté et la vigueur font scandale. L’année suivante, dans le secret de son atelier, l’artiste espagnol Pablo Picasso, installé à Paris depuis 1900, achève Les Demoiselles d’Avignon, qui crée un séisme inégalé dans l’histoire de l’art. L’exposition rétrospective posthume de l’œuvre de Paul Cézanne lors du Salon d’automne de 1907 fait sensation parmi les artistes, qui découvrent par ailleurs avec fascination les masques africains et la richesse plastique de l’art traditionnel non occidental ». (Catherine Grenier, commissaire de l’exposition)Parallèlement aux innovations techniques, à la découverte de civilisations lointaines, les « ateliers partagés et les « cités d’artistes » se développent à Paris créent des réseaux d’amitié et encouragent les confrontations et les échanges ».

« L’ordonnancement rétrospectif des mouvements artistiques de cette époque fait souvent oublier le caractère hétérogène et anarchique ainsi que l’esprit d’émulation qui règnent alors dans les ateliers. Ce qu’on désigne plus tard par le terme générique d’« École de Paris » est en fait une communauté composite où des artistes espagnols, italiens, portugais, russes, roumains, bulgares, allemands, anglais, américains, mexicains, brésiliens, japonais, etc., s’amalgament aux artistes et aux courants artistiques français, dont ils vont modifier profondément le panorama comme le mode de vie ». Modigliani s’installe dans son premier atelier parisien rue Caulaincourt, près du Bateau-lavoir, un « ensemble d’ateliers où les adeptes du cubisme sont réunis autour de Picasso et Juan Gris ». Il est reçu par Manuel Ortiz de Zárate, rencontré en 1902 en Italie. Il multiplie les rencontres avec des artistes dans les cafés de Montmartre et à l’académie Colarossi où il travaille d’après modèle.

En 1908, par l’intermédiaire du Dr Paul Alexandre, son premier mécène, il rencontre en particulier Henri Le Fauconnier, Maurice Drouard et surtout Constantin Brancusi.

Dans ses peintures comme dans ses dessins, Modigliani « opère une hybridation qui n’est sans rappeler celle pratiquée par son ami le peintre bulgare Jules Pascin, qui a fait sa signature d’un expressionnisme adouci et adapté à la description des scènes et personnages de la vie parisienne. Comme lui, Modigliani s’intéresse à l’univers du spectacle et fréquente les théâtres – l’un de ses rares autoportraits le montre sous les traits d’un Pierrot costumé. Mais il puise surtout son inspiration dans le monde et les amitiés qui l’entourent, et dans une revisitation de l’histoire de l’art. La simplicité et la pureté qui caractérisent son travail sont en fait le produit d’une synthèse, qu’il pousse petit à petit à son stade ultime. C’est ce qu’il appelle « atteindre la plénitude », résultat auquel il n’accède pour chaque œuvre qu’au prix d’une multitude d’étapes préparatoires, dont attestent les centaines de dessins qu’il a réalisées, alors que sa production picturale est beaucoup plus limitée ».

Bien que fréquentant des artistes aux styles très divers – Ortiz de Zárate, Suzanne Valadon et son fils, Maurice Utrillo, André Utter, Pascin, Severini, Brancusi, Amadeo de Souza-Cardoso, Jacques Lipchitz, Ossip Zadkine, Moïse Kisling, Chaïm Soutine, Georges Kars, Marc Chagall, Diego Rivera et André Derain -, Modigliani demeure inclassable. Gino Severini se souvient de son refus en 1910 de signer le manifeste des peintres futuristes, malgré ses relations avec les artistes italiens à Paris. Malgré l’aura de Picasso, qu’il fréquente surtout après la Première Guerre mondiale, Modigliani ne rejoint pas les rangs des cubistes.

Modigliani rencontre ces artistes à Montmartre puis à Montparnasse, où il s’installe en 1909, dans la très animée cité Falguière, et ensuite à la Ruche, ainsi que dans les cafés et cabarets qu’il fréquente assidûment. Parmi les poètes, Max Jacob, Blaise Cendrars et Jean Cocteau font partie de son entourage proche.

Modigliani « traverse le moment où les avant-gardes se solidarisent, puis le temps des déchirements et des défections, sans dévier de sa route, qui, malgré des évolutions stylistiques successives, est d’une linéarité quasi absolue ».

Si la carrière brève de Modigliani révèle des évolutions majeures, elle évolue selon « un processus progressif de purification. Après la guerre, les traces de l’expressionnisme et du symbolisme présentes dans ses premières œuvres s’effacent progressivement, pour laisser place à une planéité et à une schématisation du motif qui devient sa marque personnelle, le très célèbre « style Modigliani ». « Art de composition et de synthèse, qui se double d’une autoanalyse et d’un processus de purification : ainsi pourrait-on qualifier la démarche et l’originalité de Modigliani » qui façonne son style à partir d’éléments hétérogènes.

« Kisling, Soutine, Kars et Chagall prolongent dans une plastique actualisée une tradition du portrait qui n’est pas liée à l’exigence de la commande – les mécènes sont très rares –, mais plutôt à la dimension familiale et communautaire au sein de laquelle se développe leur création artistique. Autoportraits, portraits des membres de la famille, des amis, d’autres artistes ou portraits de groupes caractérisent la production de ces artistes, qui adaptent cette iconographie aux différents crédo modernes auxquels ils se rattachent. C’est ce trait qui a engagé certains critiques à évoquer la proximité artistique de Modigliani avec les artistes juifs de l’École de Paris qui, à la Ruche, forment une communauté très vivante. Si stylistiquement Modigliani est très éloigné de ces artistes, le choix de ses sujets et l’adoption quasi exclusive d’un modèle de portrait hiératique l’en rapprochent.

Ses premiers tableaux exposés, La Juive (1908) ou La Mendiante (1910), mais aussi Le Joueur de violoncelle (1909) et le Portrait de Drouard (1910), sont une adaptation du style de Toulouse-Lautrec aux registres du quotidien et de l’intimité. Traversés de cézannisme, tant dans la gamme des couleurs que dans la construction des volumes, ces tableaux se centrent sur la figure. À la différence de nombre de ses amis, comme Utrillo qui en fait un thème exclusif, le paysage n’a pratiquement aucune place dans son œuvre, qu’il soit naturel, urbain ou domestique. Tout au long de sa carrière, le portrait reste son sujet de prédilection, ce qui fait de lui un exceptionnel mémorialiste de la communauté artistique de son temps.

Aucun autre peintre de son époque n’a en effet portraituré un nombre aussi important d’artistes : Brancusi, Soutine, Kars, Kisling, Pinchus Kremegne, Celso Lagar, Gris, Lipchitz, Cocteau, Oscar Miestchaninoff, Léopold Survage, Picasso, Rivera, entre beaucoup d’autres, passent par son atelier ». Cependant, « à la différence des peintres de l’École de Paris, les tableaux de Modigliani ne restituent rien du contexte ou de l’ambiance environnants. Ses personnages sont autonomes et révèlent très peu de leur temps et de leur environnement, si ce n’est par des détails vestimentaires ou de coiffure. Plus sa facture évolue, plus ces détails tendent à se simplifier, voire à s’effacer, afin que toute l’attention se concentre sur la figure et le fait pictural ».

En 1909, Modigliani rencontre le sculpteur roumain Brancusi dont il visite l’atelier.

Il « a créé très peu de sculptures dans l’ensemble de sa carrière, mais celles-ci figurent parmi ses œuvres les plus abouties. Ortiz de Zarate rapporte que, dès leur rencontre, Modigliani aspire à travailler la pierre. Mais ce n’est qu’à partir de ses échanges avec Brancusi, qui l’invite à venir travailler dans son atelier, que l’artiste se confronte véritablement à la discipline et aux exigences plastiques de la sculpture. Adoptant le principe de la taille directe, ses sculptures de pierre à la figuration très schématisée forment une synthèse entre la puissance brute qu’il a appréciée dans les objets d’art africain et le raffinement dont il trouve l’exemple dans la statuaire archaïque comme dans les sculptures khmères qu’il admire au musée du Trocadéro. Ce mélange de rudesse primitive et de sophistication extrême caractérise l’œuvre de Brancusi, qui allie de même la volonté d’un art sauvage à une large érudition ».

L’œuvre sculptée de Modigliani ne dépasse pas trente pièces, mais l’exercice de cette discipline joue un rôle déterminant dans l’art de cet artiste et l’affirmation de son style : « l’affirmation d’un impératif de vérité, en corrélation avec une volonté de simplicité ». Le « modelage est une « perversion », seule vaut la taille directe, qui ne ment pas. La dimension architectonique, également primordiale, trouve des développements multiples dans ses très nombreux dessins de cariatides réalisés avant la guerre, ainsi que dans l’ensemble de peintures qu’il crée de 1916 à sa mort en 1920. L’allongement vertical et les déformations qu’il fait subir à la figure, l’amplification du cou qui devient semblable à un tronc, le ciselage des arrêtes du nez et de la bouche, sont autant des caractéristiques qui rappellent la plastique de ses sculptures, à peine dégagées du fût de la pierre ».

Lipchitz se souvient : « La première fois que nous nous sommes rencontrés c’est quand Max Jacob m’a présenté Modigliani et que ce dernier m’a invité dans son atelier de la cité Falguière. Il exécutait à ce moment-là une sculpture, et bien évidemment ce qu’il faisait m’intéressait au plus haut point. Lorsque je suis allé le voir dans son atelier – c’était au printemps ou en été – il travaillait dehors. Quelques têtes de pierre – cinq peut-être – étaient à même le sol sur le ciment de la cour devant son atelier. Il procédait à des finitions, allant de l’une à l’autre. Je le vois encore comme si c’était aujourd’hui, penché sur les têtes tout en m’expliquant qu’il les avait toutes conçues comme un seul ensemble. Je crois que ces têtes ont été exposées un peu plus tard cette même année au Salon d’automne, disposées par palier, un peu comme des tuyaux d’orgue pour émettre cette musique spéciale qu’il souhaitait. »

Ce geste sculptural épuré, le peintre l’applique dès la fin de l’année 1909 à la peinture. « S’il partage la pratique du genre du portrait avec ses amis de l’École de Paris, le traitement plastique qu’il réserve à la figure convoque tout à la fois les apports du modernisme et son intérêt pour l’art ancien : ainsi se superposent et se croisent dans ses figures le schématisme de la sculpture, la relation complexe du plan et du volume que le cubisme a introduite et le rappel de la peinture primitive italienne et l’intérêt pour les arts primitifs. La synthèse des formes rejoint la synthèse des cultures. Les figures deviennent de plus en plus atemporelles, privées de psychologie, apatrides et, dans ses dernières œuvres, abstraites. Les quelques nus qu’il réalise sont marqués des mêmes caractéristiques : peu sensuels parce que désincarnés, laissant le moins de développement possible aux volumes et aux détails du corps, un corps réifié qui occupe intégralement l’espace comme une surface découpée ».

En 1916, des photographies montrent Modigliani avec Picasso et d’autres amis de ce dernier, dont Ortiz de Zarate. En 1915, il peint un portrait de Picasso, ainsi qu’un portrait de Rivera, un ami commun. Les cubistes sont divisés, marqués par le « scandale Rivera ». Certains, dont Pierre Reverdyn reprochent à Rivera d’avoir peint des portraits. Rivera gifle Reverdy, et le poète décrit le peintre comme un traitre et un lâche. Picasso « réhabilite lui aussi le portrait et la peinture figurative ».

« Acclamé après sa mort comme un génie par les foules, émues par sa destinée tragique mais aussi par ses œuvres, dont le succès ne se dément pas, il a été longtemps boudé par la critique et l’institution. Jugé trop populaire et pas assez radical dans ses choix plastiques, il fait l’objet de peu d’études et ne se trouve distingué que comme le peintre le plus connu de l’École de Paris. Pourtant, il est l’un des seuls artistes à avoir vraiment tenté d’opérer la synthèse entre le monde cosmopolite et multiculturel de l’École de Paris et les avancées les plus déterminantes de l’art des avant-gardes. Le bagage intellectuel avec lequel il arrive à Paris – il est notamment lecteur de Friedrich Nietzsche et de Gabriele d’Annunzio – s’est frotté aux réalités d’une communauté à la fois bouillonnante de vitalité et minée par les incertitudes de l’exil et de la précarité ». Paul Alexandre racontait que Modigliani aime les acteurs qu’il surnommait des « marionnettes » – l’une de ses œuvres représente une marionnette actionnée par des fils.

Modigliani-Brancusi
Les relations entre ces deux artistes « s’inscrivent dans le climat artistique qu’Apollinaire décrit comme une « longue révolte contre la routine académique pour poursuivre à la face de l’univers la logique des grandes traditions ».

Par l’entremise du Dr Paul Alexandre, Modigliani, qui veut s’initier à la pratique de la taille directe en sculpture, rencontre vers 1908 Brancusi. Brancusi, qui « jusqu’à cette date ne pratiquait que la sculpture par modelage, commence alors à façonner des petites têtes taillées directement dans la pierre, l’une d’entre elles figurant dans une photographie dédicacée à Paul Alexandre. C’est aussi à cette époque que le sculpteur amorce une remise en question des critères académiques de Salon, fondés sur la représentation réaliste du corps humain. Ainsi, dans sa première œuvre de commande importante en 1907, un groupe funéraire destiné à la ville de Buzau en Roumanie, sur lequel il travaille plus de trois ans par modelage, nous pouvons discerner dans la figure principale, intitulée La Prière, des formes très simplifiées, presque géométriques. Lorsqu’il l’expose en Roumanie en 1910, il présente également deux autres sculptures, taillées directement dans la pierre : La Sagesse de la terre et son premier Baiser (Craiova), qui trouvent aussitôt des acquéreurs roumains, sensibles à ce travail et au message qu’il communique ». (Alexandra Parigoris, chercheur invité, School of Fine Art and History of Art, Université de Leeds).

Modigliani a vraisemblablement assisté à leur réalisation à Paris, car il vit depuis 1909 dans un studio rue Falguière, que Brancusi lui avait déniché. « L’esquisse du portrait de Brancusi, au revers du Violoncelliste (1909) – exposée au Salon des indépendants de 1910 – atteste du fait qu’ils se fréquentent à l’époque ».

Le second Baiser de Brancusi, « une stèle funéraire qu’il érige en 1911 au cimetière de Montparnasse sur la tombe d’une jeune femme qui s’était donné la mort, nous fournit une clef. Cette œuvre marque un vrai tournant dans sa carrière, qu’il citera toujours comme son « chemin de Damas ». Les deux corps enlacés, dressés comme une colonne s’élançant vers le ciel, font référence à la tradition secrète du Zohar, que Papus (Gérard Encausse) avait rendu accessible à travers ses études sur la Kabbale à la fin du XIXe siècle. L’union sexuelle est un symbole d’essence mystique et abstraite de la forme primordiale de la création divine, force rayonnante et créatrice par excellence. Ainsi, « l’accouplement » en plein cimetière acquiert par sa situation une signification beaucoup plus mystique et transcendantale. Cette idée est également présente dans la théosophie d’Édouard Schuré (Les Grands Initiés, 1899), chez Dante et, de façon peut-être moins explicite, dans toute la littérature symboliste, que Modigliani connaît bien ».

Brancusi, « son aîné de huit ans, armé d’une solide formation académique de sculpteur, vient d’un milieu modeste de paysans roumains. Paul Alexandre se souvient de lui s’exprimant dans un français hésitant, « peu cultivé dans le sens “intellectuel” du terme mais doté d’une âme sensible et religieuse » Modigliani, issu quant à lui d’une famille intellectuelle d’origine juive séfarade, arrive à Paris en ayant beaucoup plus lu que peint. La lecture de Nietzsche, dans sa jeunesse, encourage sa croyance dans sa destinée d’artiste. À Paris, il côtoie Max Jacob et s’intéresse comme d’autres artistes et intellectuels aux sciences occultes, ce qui explique probablement l’intérêt qu’il porte à l’art égyptien, que l’on considère alors comme emblématique d’un art dont le message, caché dans des hiéroglyphes mystérieux, n’est accessible qu’aux initiés ».

La seconde sculpture de Modigliani dans l’exposition « appartient au groupe des Têtessculptées aux visages minces et aux cous allongés qu’il expose d’abord en 1911 dans l’atelier du peintre portugais Amadeo de Souza-Cardoso, également ami de Brancusi, puis en 1912 au Salon d’automne dans la salle dédiée au cubisme. Les nombreux dessins préparatoires qui subsistent montrent que Modigliani est influencé par l’art africain aussi, bien que l’expression définitive de ses Têtes s’inspire de l’art égyptien. Le titre, Tête, ensemble décoratif, que Modigliani inscrit dans le catalogue, est révélateur: le terme « décoratif », pourrait être ici compris dans le sens symboliste d’un art subjectif, dans lequel la forme n’est que le signe dont se revêt l’idée. Il est aussi tentant d’établir, dans la réflexion de Modigliani, un rapprochement avec l’aspect mystérieux des temples égyptiens. Par un heureux hasard, les Têtes sont regroupées sous l’immense tableau abstrait de František Kupka, Amorpha, fugue à deux couleurs (1912), à proximité de toiles qu’Apollinaire qualifie d’« orphiques ». Il est fort possible que ce soit Modigliani qui transmette ces idées à Brancusi, qui crée durant cette période son premier oiseau, Maïastra (1910-1912), dont la forme s’inspire de l’art égyptien. Le thème de l’oiseau d’or, tiré du folklore roumain, évoque l’illumination révélatrice ».

Le sculpteur américain Jacob Epstein les rencontrent début 1912, « peu après l’installation au cimetière du Père-Lachaise de son tombeau d’Oscar Wilde (1911), qui partage également une thématique occulte. Par l’entremise d’Epstein, Modigliani vend une de ses Têtes (1912, Tate Modern) au peintre anglais Augustus John. Dans un article paru en 1914 dans la revue anglaise d’avant-garde Blast, Henri Gaudier-Brzeska inclut Brancusi et Modigliani dans liste des « moderns », les artistes qui luttent pour l’art moderne ».

Pour des raisons de santé, Modigliani doit renoncer à la sculpture. Les arts khmer et indien du Musée Guimet inspirent Brancusi, Souza-Cardoso et Modigliani. On « retrouve dans les têtes définies de manière assez générique des portraits de Modigliani les volumes simples de sa sculpture, qu’il traduits en aplats dans sa peinture. Ces visages, dépourvus de ressemblance physique avec un modèle précis, sont souvent comparés à des masques. Cette même approche caractérise le portrait de Mlle Pogany par Brancusi. Le buste présenté dans l’exposition, Mlle Pogany III, datant de 1930 – bien après la mort de Modigliani en 1920 –, représente l’étape finale de la série. Les yeux en amande de la première version ont disparu, et seuls quelques éléments évoquent encore un visage : la découpe en forme de « v », qui tranche sur l’arrondi de la tête, se lit comme une arcade sourcilière, et la chevelure en cascade qui confère au buste un aspect lunaire ».

Dernier exemple des rapports entre Brancusi et Modigliani : les « esquisses des courbes voluptueuses de la série des Cariatides (1914-1915) de Modigliani et la silhouette de la Princesse X (1916) de Brancusi, qui provoque un scandale lors de son exposition au Salon des indépendants de 192022. Tous deux font preuve dans ces œuvres d’un intérêt pour la sculpture indienne en haut-relief dont les volumes sensuels se retrouvent notamment dans les courbes du buste de Brancusi ». Pour beaucoup, c’est un phallus, mais le sculpteur « explique qu’il s’agissait à l’origine d’un buste en marbre assez naturaliste, affiné au cours d’un long travail… La simplification du buste à quelques signes n’a fait qu’accroître la charge érotique de la statuaire indienne étudiée dans les musées ».

Une relation Brancusi-Modigliani significative et bénéfique pour les deux artistes.

Hommages
Le 6 février 2014, Christian Parisot, président de l’Institut légal des archives de Modigliani à Rome, a comparu devant un tribunal romain pour avoir authentifié en toute connaissance de cause 22 œuvres faussement attribuées à Modigliani.

Histoire et le MAHJ ont rendu hommage à Modigliani les 14 et 15 juin 2014.

Le 23 mars 2015, Arte diffusa Les authentiques fausses têtes de Modigliani, documentaire de Giovanni Donfrancesco : « Été 1984 à Livourne, ville natale d’Amedeo Modigliani. Sous l’impulsion de Vera Burdé, conservatrice du musée de la ville, la mairie décide de draguer le fond du canal. Elle espère découvrir des sculptures de Modigliani, qui les y aurait jetées soixante-quinze ans plus tôt, vexé, dit la légende, par les remarques désobligeantes de ses amis. Les pelleteuses sont installées et les Livournais, mi-fascinés, mi-goguenards, observent les ouvriers à l’œuvre. On repêche un pot de peinture (« C’est le pot de peinture de Modigliani ! » s’écrient les badauds), un vélo, une mobylette (« C’est la mobylette de Modigliani ! »), quelques revolvers mais pas de sculpture. Les recherches infructueuses se prolongeant, trois étudiants décident de façonner leur propre tête, avant de la jeter, la nuit tombée, dans le canal. Dès le lendemain, leur œuvre émerge des eaux, immédiatement saluée par les critiques et les historiens de l’art comme une découverte exceptionnelle. Mais une deuxième tête, puis une troisième, sont repêchées. La ville et le monde de l’art entrent en ébullition…Vingt-cinq ans après, Giovanni Donfrancesco ressuscite cette épopée burlesque grâce aux images filmées alors et au récit de ses principaux protagonistes. Un régal ».

Le 9 novembre 2015, à New York, lors de la vente The Artist’s Muse: A Curated  Evening SaleNu couché (Reclining Nude), toile majeure (1917-1918) d’Amedeo Modigliani évaluée à 100 millions de dollars, a été adjugée par Christie’spour 170,405 millions de dollars hors frais (158,5 millions d’euros) et hors commission de 12% perçue par la maison de vente aux enchères, soit un total de 179,4 millions de dollars. Vendu par une famille italienne résidant en Suisse et descendante de Gianni Mattioli, Nu couché n’avait jamais présenté aux enchères. Ce montant constitue un record pour Modigliani, et le deuxième prix le plus élevé jamais versé  pour une œuvre d’art mise aux enchères. Le précédent record pour un Modigliani concernait une sculpture vendue en novembre dernier pour 70,7 millions de dollars.

Huile sur toile, Nu couché est l’un des nus de Modigliani dans sa période parisienne, et un tableau peint pour Leopold Zborowski. Exposées alors par la galeriste parisienne Berthe Weill (1865-1951), « ces œuvres avaient fait scandale, au point que la police avait ordonné leur retrait ».

« Au cours des dernières années, nous avons créé des relations très signifiantes avec des collectionneurs en Chine, et nous sommes ravis de confirmer que le Long Museum a acheté notre premier lot de la soirée, Nu couché de Modigliani », a expliqué Jussi Pylkkänen, président général de Christie’s après avoir dirigé cette vente aux enchères animée. Situé à Shanghaï, le Long Museum a été fondé par Liu Yiqian et son épouse Wang Wei. Mmilliardaire chinois né en 1963, président de la société d’investissement Sunline, Liu Yiqian est « très actif sur le marché de l’art ».

L’œil intérieur

« En collaboration avec la Réunion des musées nationaux (RMN), le LaM (Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut) a présenté au printemps 2016 une rétrospective exceptionnelle consacrée à l’œuvre d’Amedeo Modigliani et intitulée Amedeo Modigliani. L’Oeil intérieur« .

Cette exposition s’intéresse à « trois aspects d’une carrière tout à la fois brève et féconde : le dialogue que le jeune artiste italien, de formation classique, a entretenu avec la sculpture antique et extra-occidentale, sa pratique du portrait et la relation singulière qui lie l’œuvre de Modigliani au collectionneur Roger Dutilleul : entre 1918 et 1946, ce dernier fit l’acquisition d’une trentaine de tableaux et de très nombreux dessins de l’artiste, toutes périodes confondues, ce qui fait de lui, avec Jonas Netter, l’un des plus importants collectionneurs de l’œuvre du peintre ».

« Peintre et sculpteur italien, Modigliani connut une carrière tout à la fois brève et féconde. Le musée conserve l’une des plus belles collections publiques françaises du célèbre artiste de Montparnasse : pas moins de 6 peintures, 8 dessins et une rare sculpture en marbre réunis par Roger Dutilleul et Jean Masurel, fondateurs de la collection d’art moderne du LaM. Collectionneur passionné, Roger Dutilleul croise la route de Modigliani en 1918, moins de deux ans avant la mort prématurée de l’artiste. Autour de cette rencontre, le LaM orchestre une exposition événement qui réunira ce fonds exceptionnel et de nombreux prêts inédits. Une centaine de peintures et dessins de l’artiste est présentée, aux côtés d’œuvres de Constantin Brancusi, Pablo Picasso, Jacques Lipchitz, Chaïm Soutine, Moïse Kisling, Henri Laurens, André Derain… »

L’exposition « propose une traversée de l’œuvre d’Amedeo Modigliani en explorant trois aspects d’une carrière tout à la fois brève et féconde. En premier lieu, l’exposition mettra en lumière le dialogue que le jeune artiste italien, de formation classique, a entretenu avec la sculpture antique et extra-occidentale. Autre dimension centrale de son œuvre, sa pratique du portrait occupera une place prépondérante dans le parcours. Seront mis en exergue les portraits qu’il fit de ses amis, pour la plupart acteurs eux aussi de l’avant-garde parisienne. Enfin, l’exposition sera l’occasion de mieux comprendre la relation singulière qui lie l’œuvre de Modigliani au collectionneur Roger Dutilleul : entre 1918 et 1946, ce dernier fit l’acquisition d’une trentaine de tableaux et de très nombreux dessins de l’artiste, toutes périodes confondues, ce qui fait de lui, avec Jonas Netter, l’un des plus importants collectionneurs de l’œuvre du peintre ».

Aux sources de la sculpture

« Après avoir suivi l’enseignement de plusieurs écoles d’art à Florence et Venise, Amedeo Modigliani quitte l’Italie pour Paris en 1906. Il y fait la connaissance de Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso, André Derain et Diego Rivera. À la fin de l’année 1907, il rencontre le Docteur Paul Alexandre, qui devient son mécène et lui ouvre les portes de sa colonie d’artistes. Encouragé par sa rencontre avec Constantin Brancusi vers 1908, Modigliani se concentre sur la sculpture. Visiteur assidu des musées du Louvre et du Trocadéro, il regarde avec attention les reliefs de l’Égypte antique, les statuettes de la Grèce archaïque, les masques de Côte d’Ivoire et les fragments du temple d’Angkor. Le patient travail d’analyse et d’absorption qu’il opère alors – allonger ou aplatir la figure, moduler les traits du visage, jouer sur le déhanchement ou les ornements – se révèle à travers ses études en séries. Pour rendre compte de ce long travail d’élaboration, l’exposition réunit un ensemble significatif de sculptures et d’études de têtes et cariatides, motifs qui occupent presque exclusivement Modigliani de 1910 et 1914. Ces œuvres prennent place auprès d’une Tête de femme sculptée – seule version en marbre connue à ce jour – acquise par Jean Masurel ».

Portraitiste de l’avant-garde

L’état de santé de Modigliani, ainsi que des soucis financiers, l’obligent à renoncer à la sculpture en 1914 ; il se consacre alors exclusivement au dessin et à la peinture.

Les années de guerre lui permettent de se rapprocher des autres artistes d’avant-garde restés à Paris, en particulier ceux du cercle de Picasso ».

« L’un d’entre eux, l’écrivain Max Jacob, le présente au marchand Paul Guillaume en 1915 ».

Le « portrait reprend alors la première place dans son travail. Croquant sans relâche, Modigliani utilise la physionomie des artistes qui l’entourent pour mettre au point un vocabulaire du portrait radicalement nouveau. Bien que parfaitement reconnaissables, les visages s’unifient en masques symétriques où, souvent, l’un des yeux apparaît sans pupille. Il parvient à combiner avec maîtrise la véracité du portrait – exécuté de mémoire – et un style tout à fait personnel ».

« Cette période constructive fut particulièrement prisée de Roger Dutilleul : les portraits de Moïse Kisling, Viking Eggeling et Jacques Lipchitz font partie de la collection du LaM. Ils donnent un aperçu d’un ensemble qui comprenait aussi ceux d’Henri Laurens et Léopold Survage. Au-delà des relations amicales, ces portraits révèlent parfois des échanges artistiques dont témoigne une sélection d’œuvres réalisées par les peintres et sculpteurs qui furent aussi les modèles de Modigliani.

Les dernières années
« Dès 1916, le poète d’origine polonaise et courtier amateur Léopold Zborowski met toute son énergie à faire connaître l’oeuvre de Modigliani ».

« Après une série de nus, exposés à la galerie Berthe Weill en décembre 1917, Modigliani, dont la santé décline, réside dans le sud de la France du printemps 1918 au printemps 1919. Il y poursuit son travail de portraitiste et perfectionne le style qui fera son succès : le cadre s’élargit, la palette s’éclaircit sous l’influence de Cézanne, la matière s’allège, toute contenue dans une ligne qui serpente, tandis que la composition s’unifie dans une peinture apaisée ».

« Pendant ces quelques années, Lunia Czechowska, amie du peintre, Hanka Zborowska, épouse de son marchand, et sa célèbre compagne Jeanne Hébuterne, la mère de sa fille, sont ses modèles privilégiés. C’est au début de cette période que Dutilleul fait la connaissance de Modigliani, par l’intermédiaire de Zborowski. L’amateur éclairé devient l’un de ses principaux acheteurs, réunissant plusieurs nus et portraits de la période niçoise, avant de constituer une collection plus exhaustive dans les années qui suivent. Il devient aussi l’un de ses modèles en 1919, lorsqu’il prend la pose pour un portrait qui appartient aujourd’hui à une collection privée américaine et que le LaM présente à nouveau dans ses salles ».

Modigliani Unmasked

Le Jewish Museum présenta l’exposition Modigliani Unmasked. « The Jewish Museum presents an exhibition of early drawings by Amedeo Modigliani—many of which are being shown for the first time in the United States. Acquired directly from the artist by Dr. Paul Alexandre, his close friend and first patron, these works illuminate Modigliani’s heritage as an Italian Sephardic Jew as pivotal to understanding his artistic output ».

« Always speak out and keep forging ahead. The man who cannot find a new person within himself is not a man. » Amedeo Modigliani

« Modigliani Unmasked considers the celebrated artist Amedeo Modigliani (Italian, 1884-1920) shortly after he arrived in Paris in 1906, when the city was still roiling with anti-Semitism after the long-running tumult of the Dreyfus Affair and the influx of foreign emigres. Modigliani’s Italian-Sephardic background helped forge a complex cultural identity that rested in part on the ability of Italian Jews historically to assimilate and embrace diversity. The exhibition puts a spotlight on Modigliani’s drawings, and shows that his art cannot be fully understood without acknowledging the ways the artist responded to the social realities that he confronted in the unprecedented artistic melting pot of Paris. The drawings from the Alexandre collection reveal the emerging artist himself, enmeshed in his own particular identity quandary, struggling to discover what portraiture might mean in a modern world of racial complexity ».

« The exhibition includes approximately 150 works, those from the Alexandre collection as well as a selection of Modigliani’s paintings, sculptures, and other drawings from collections around the world. Modigliani’s art will be complemented by work representative of the various multicultural influences—African, Greek, Egyptian, and Khmer—that inspired the young artist during this lesser-known early period ».

« Among the works featured are a mysterious, unfinished portrait of Dr. Alexandre, never seen before in the United States; impressions of the theater; life studies and female nudes, among them the Russian poet Anna Akhmatova; and drawings of caryatids and heads, which are telling of Modigliani’s sculptures, which he created over a five-year period from 1909 to 1914 ».

Les Heures chaudes de Montparnasse

Le 11 août 2017 à 8 h,  Histoire diffusa, dans le cadre des Heures chaudes de MontparnasseEnquête sur la vie, l’oeuvre et le destin de Modiglianide Jean-Marie Drot (1992). « Au début des années 1960, Jean-Marie Drot avait mené une enquête sur la vie, l’oeuvre et le destin d’Amedeo Modigliani en recueillant les témoignages de nombreuses personnalités et de sa fille, Jeanne Modigliani. En 1981, profitant de l’exposition « Modigliani » au musée d’Art moderne, il réactualise ce portrait en filmant en couleur les toiles et les sculptures de l’artiste, tout en conservant les interviews d’époque en noir et blanc ».

Modigliani – Le corps et l’âme mis à nu

Le 10 décembre 2017, Arte diffusera « Modigliani – Le corps et l’âme mis à nu », documentaire de Hilka Sinning. « Peintre et sculpteur phare du début du XXe siècle, Amedeo Modigliani s’est surtout rendu célèbre pour ses portraits qui, aux dires de ses modèles, mettaient leur âme à nu. Ses nus féminins, aux corps sensuels, suscitent plus que jamais l’admiration. Un documentaire lumineux, à l’occasion de l’exposition Modigliani à la Tate Modern de Londres ».
« Peintre et sculpteur phare du début du XXe siècle, Amedeo Modigliani s’est surtout rendu célèbre pour ses portraits qui, aux dires de ses modèles, mettaient leur âme à nu. Ses nus féminins, aux corps lumineux et sensuels, suscitent plus que jamais l’admiration. En 2015, son « Nu couché » a été cédé aux enchères pour une somme record. À l’automne 2017, c’est la Tate Modern qui met l’artiste à l’honneur, près d’un siècle après sa disparition, en 1920. En compagnie de l’écrivain et brillant critique d’art britannique John Berger, ce documentaire explore l’énigme des nus de Modigliani, qui offrent au spectateur une sensation d’intimité inégalée. Pour Berger, ce mystère réside avant tout dans le sentiment amoureux, qui permet à l’artiste de fixer en la magnifiant l’image de la personne aimée. Une thèse qu’il a développée dans un essai, « Modigliani’s Alphabet of Love ».
Modigliani a peint aussi ses amis peintres, dont Pablo Picasso. Il a peint une trentaine de nus qui éclipsent ses autres œuvres. Il « rompt avec la tradition académique du nu, genre artistique majeur. Comme les maîtres italiens de la Renaissance, il cherche une forme idéale dans le nu, suit les poses classiques. Mais il renonce au cadre mythologique ». La pilosité de la femme représentée par Modigliani choque les passants déambulant devant la galerie de Berthe Weill. « Une femme », résume Marc Restellini.
Simplification et complexité. C’est cette curieuse alliance que réussit le peintre qui a beaucoup de mécènes. Modigliani ne peint pas les atrocités de la Première Guerre mondiale, mais ses amis restés à Paris : par exemple, Haim Soutine, méprisé par certains, en soignant les mains : un symbole d’une tribu d’Israël. Modigliani « découvre de nouvelles simplifications ». « Tout commence par la peau et ce qui l’entoure ». Ce qui est inhabituel est que les femmes soient maquillées.
« Les secrets de Modigliani »
Arte diffuse sur son site Internet « Les secrets de Modigliani » (Modiglianis Geheimnisse) de la journaliste Frédérique Cantù.
« S’il est un des artistes les plus populaires de l’histoire de l’art, Amedeo Modigliani est aussi l’un des plus méconnus. Pour pallier ce manque, le LaM de Villeneuve d’Ascq a lancé un projet de recherche scientifique d’envergure, en partenariat avec le CNRS et le Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France. Toutes les œuvres de l’artiste conservées dans les collections publiques vont être passées au crible afin de percer les secrets de sa technique. »
« À Livourne, poisson d’avril à l’italienne »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d’Invitation au voyage (Stadt Land Kunst), « A Livourne, poisson d’avril à l’italienne » (Livorno: Aprilscherz auf Italienisch).
« Sur la côte toscane, le réseau de canaux et de douves des anciennes fortifications font le bonheur des touristes qui viennent goûter aux charmes de Livourne, la ville natale de Modigliani. En 1906, le célèbre artiste quitte la ville, laissant derrière lui une légende qui va donner des idées à certains habitants. »

« L’amour à l’oeuvre »
Le 27 septembre 2020, Arte diffusera, dans le cadre de « L’amour à l’oeuvre » (Liebe Am Werk), « Jeanne Hebuterne et Amedeo Modigliani » (Jeanne Hebuterne und Amedeo Modigliani) par Delphine Deloget.

« D’elle, on connaît ce beau visage énigmatique, peint jusqu’à l’obsession par Amedeo Modigliani. Mais Jeanne Hébuterne, muse et amante, était aussi une artiste de talent, dont l’œuvre, d’une délicate mélancolie, a sombré dans l’oubli. En quelque trois ans, entre passion déchirante et intense création, ces deux âmes, liées par l’amour et l’art, vont se consumer jusqu’à la mort. Réalisée avec un soin inventif, cette collection documentaire plonge au cœur du parcours intime de couples d’artistes dont les amours tumultueuses ont irrigué la créativité. Une vibrante histoire de l’art pour (re)découvrir les œuvres et restituer leur place aux femmes, souvent restées dans l’ombre ».

France, Allemagne, 2019, 3 min
Disponible du 16/02/2019 au 18/02/2039
France, 2019, 8 min
Disponible du 01/04/2019 au 01/04/2021

« Jeanne Hebuterne et Amedeo Modigliani » par Delphine Deloget
France, 2018, 27 min

Sur Arte les 7 avril 2019 à 19 h 15 et 27 septembre 2020 à 10 h 50
Disponible du 20/09/2020 au 25/11/2020

Du 15 septembre 2017 au 4 février 2018
Au Jewish Museum
1109 5th Ave at 92nd St
New York, NY 10128 DIRECTIONS
Tel. : 212.423.3200

Amedeo Modigliani, Paul Alexandre, c. 1909. China ink on paper. 10⅝ x 8¼ in. Private collection, courtesy of Richard Nathanson, London. Image provided by Richard Nathanson, photographed by Prudence Cuming Associates, London
« Modigliani – Le corps et l’âme mis à nu », documentaire de Hilka Sinning

Allemagne, 2017, 55 minutes

Sur Arte le 31 décembre 2017 à 12 h 10
Visuels

Détail de « Nu féminin allongé » de Modigliani, 1917, Musée Guggenheim, New York
Détail de « Portrait de Jeanne Hébuterne avec un grand chapeau » de Modigliani, 1917
Détail de « Portrait d’Antonia », Modigliani, 1915, Paris, Musée de l’Orangerie
Détail de « Nu assis avec une chemise », Modigliani, 1917

© Medea Film

Enquête sur la vie, l’oeuvre et le destin de…   de Jean-Marie Drot
France 2, 55 minutes 

Sur Histoire les 14 juin 2014, 27 avril 2017 à 22 h 45, 11 août 2017 à 8 h
Le 15 juin 2014, aMAHJ 

« Au début des années 1960, Jean-Marie Drot avait mené une enquête sur la vie, l’oeuvre et le destin d’Amedeo Modigliani, en recueillant les témoignages de nombreuses personnalités et de sa fille, Jeanne Modigliani. En 1981, profitant de l’exposition « Modigliani » au musée d’Art moderne, il réactualise ce portrait en filmant en couleur les toiles et les sculptures de l’artiste, tout en conservant les interviews d’époque en noir et blanc ».

Du 27 février au 5 juin 2016
Au LaM
1 allée du Musée. 59650 Villeneuve d’Ascq
Tél. : +33 (0)3 20 19 68 68 / 51
Du mardi au vendredi de 11 h à 18 h, le samedi de 10 h à 21 h et le dimanche de 10 h à 18 h.

Jusqu’au 24 novembre 2013
À la Fondation Pierre Gianadda
Rue du Forum 59 1920 Martigny, Suisse
Tel : + 41 27 722 39 78
Tous les jours de 10 h à 19 h
Visuels :
Affiche
Amedeo Modigliani
Nu couché, les bras derrière la tête
1916
Huile sur toile
65 x 87 cm
Fondation Collection E.G. Bührle, ZurichAndré Derain
Portrait d Alice Derain
1920-1921
Huile sur toile
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© 2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, Dist. RMN /Marc Chagall
Le Couple ou la Sainte Famille
1909
Huile sur toile de lin
91 x 103 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
©2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Amedeo Modigliani
Gaston Modot
1918
Huile sur toile marouflée sur bois
92,7 x 53,6 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Moïse Kisling
Femme au châle polonais
1928
Huile sur toile
100 x 72,5 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Amedeo Modigliani
Maternité
1919
Huile sur toile
130 x 81 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Maurice Utrillo
Le Lapin agile
1910
Huile sur toile
50 x 6&,5 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© 2013, ProLitteris, Zurich / Succession Utrillo / Centre
Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMAN-Grand Palais / Betrand Prévost

Pascin
La belle anglaise (titre attribué : Hermine David en rouge)
1916
Huile sur toile
72 x 60
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Collection Centre Pompidou, Dist. RMN /

Suzanne Valadon
Utrillo sa grand-mère et un chien
1910
Huile sur carton
70 x 50 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Suzanne Valadon
Madame Kars
1922
Huile sur toile
73,5 x 54 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Henri Matisse
Tête blanche et rose
1914
Huile sur toile 75 x 47 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Succession H. Matisse. / 2013, ProLitteris Zurich / Collection
Centre Pompidou, dist. RMN /

Fernand Léger
Le pot à tisane
1918
Huile sur toile
61 x 50 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
©2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN

Juan Gris
Nature morte au livre
1913
Huile sur toile
46 x 30 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne © Collection Centre Pompidou, dist. RMN

Pablo Picasso
Femme assise dans un fauteuil
1910
Huile sur toile
100 x 73 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Succession Picasso – Gestion droits d’auteur. / Collection Centre Pompidou, Dist. RMN /

Chaïm Soutine
Portrait du sculpteur Oscar Mietschaninoff
1923-1924
Huile sur toile
83 x 65 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© 2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Raoul Dufy
La dame en rose
1908
Huile sur toile
81 x 65 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
©2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Amedeo Modigliani
Nu debout (Elvire)
1918
Huile sur toile
Kunstmuseum Berne, Schenkung Walter und Gertrud Hadorn
© Kunstmuseum Berne

Amedeo Modigliani
Nu couché, les bras derrière la tête
1916
Huile sur toile
65 x 87 cm
Fondation Collection E.G. Bührle, Zurich

Amedeo Modigliani
Jeanne Hébuterne assise
1918
Huile sur toile
Collection Merzbacher

Jacques Lipchitz
Masque mortuaire de Modigliani
1920
Bronze patine verte
23 x 14 x 12 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Estate of Jacques Lipchitz, New York. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Amedeo Modigliani
Tête de femme
1912
Pierre
58 x 12 x 16 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais /
Philippe Migeat

Amedeo Modigliani
Cariatide
1913-1914
60 x 54 cm
Huile et crayon de couleur sur carton
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne © Collection Centre Pompidou, dist. RMN

Amedeo Modigliani
Tête de femme (au chignon)
Grès
57.2 x 21.9 x 23.5 cm
Collection Merzbacher

Constantin Brancusi
Mle Pogany III
1933
Bronze patiné, pierre (calcaire)
44,5 x 19 x 27 cms
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
©2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Constantin Brancusi
Princesse X
1915-1916
Plâtre
61,5 x 28 x 25 cm
Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne
©2013, ProLitteris Zurich. / Collection Centre Pompidou, dist. RMN /

Catalogue
Amedeo Modigliani
Nu debout (Elvire)
1918
Huile sur toile
Kunstmuseum Berne, Schenkung Walter und Gertrud Hadorn
© Kunstmuseum Berne

Affiche
Amedeo Modigliani
Femme assise à la robe bleue,
1918-1919.
Moderna Museet, Stockholm.
Donation d’Oscar Stern, 1951.
Photo : Moderna Museet, Stockholm

Amedeo Modigliani
Portrait de Roger Dutilleul,
juin 1919.
Huile sur toile 100,4 x 64,7 cm.
Collection particulière, États Unis.
Photo : Sotheby’s / Art Digital Studio

Amedeo Modigliani
Tête de femme,
1913.
Marbre, 50,8 x 15,5 x 23,5 cm.
Dépôt du Centre Pompidou –
Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, Paris, au LaM, Villeneuve d’Ascq.
Photo : Philip Bernard.

Amedeo Modigliani
Portrait de l’artiste en costume de Pierrot,
1915.
Huile sur carton, 43 x 27 cm.
Copenhague, National Gallery
of Denmark.
Photo : SMK Photo

Amedeo Modigliani
Garçon en culotte courte,
vers 1918.
Huile sur toile, 99,69 x 64,77 cm.
Dallas Museum of Art, don de
la Leland Fikes Foundation, Inc.
Photo : courtesy Dallas Museum of Art

 

Les citations proviennent du dossier de presse, de Catherine Grenier et de Alexandra Parigoris. 

Cet article a été publié les 24 novembre 2013, 11 février et 14 juin 2014, 22 mars et 10 novembre 2015, 26 avril, 11 août et 7 décembre 2017, 5 avril 2019.
 
[Source : www.veroniquechemla.info]

Deux ans après Nos dimanches, l’auteur-compositeur-interprète Yvan Marc revient avec L’ancien soleil un disque lumineux qui prône la nature et la douceur de vivre.

C’est l’un des chanteurs les plus discrets de la chanson française. Et pour cause, Yvan Marc, qui est également enseignant dans un lycée agricole, qui n’a pas attendu le confinement pour s’installer à la campagne, a besoin d’elle comme il respire. Il y vit et s’y produit, aussi bien dans les festivals que dans les théâtres, les bibliothèques et les granges. Une vocation au service de la culture en milieu rural, jusque dans des hameaux reculés de la campagne française.

C’est d’ailleurs au cours d’une marche en forêt, sa voix veloutée s’accompagnant au chant des oiseaux, qu’Yvan Marc répond à nos questions qui s’orientent vers la nature. Elle est, pour celui qui se revendique volontiers dans la filiation de Francis Cabrel« rassurante, comme une accroche à la vie qu’elle soit animale ou végétale. La nature montre qu’on est présent sur terre, dit-il encore. Elle est à la fois notre berceau et notre source ». Rien de surprenant donc à ce qu’elle ait été autant inspirante pour L’ancien soleil dont elle traverse ses onze chansons, ciselées comme autant de petits bijoux délicats. Qu’il s’agisse des amours contrariées, dans S’il-te-plaît, ou encore de l’ironique Merci dans laquelle l’absence de l’être aimée fait tache d’huile comme une traînée de fuel dans l’eau et Le jardin. Ou même dans la première chanson du disque, Je reviendraiqui raconte le périple d’une personne contrainte à l’exil « Je reviendrai ma fleur/ me blottir sur ton cœur/ J’embrasserai ton front ». La nature est partout. Et souvent solaire « Caresser le blé/ Caresser le vent sa peau si douce » (J’en ai rêvé).

Yvan Marc alerte parfois sur la pollution, au détour d’une phrase ou plus largement, par exemple dans Qu’ont-ils fait. Au sein de cette chanson de science fiction, un terrien exilé sur une autre planète découvre depuis sa navette spatiale que les hommes ont tourné le dos à la Terre après l’avoir dévastée. Mais ces réquisitoires ne sombrent jamais dans le pessimisme. « Ça va mieux depuis que je me terre là, dans ce village où la lumière vient me caresser les doigts », écrit-il dans Ta douceur.

Trouver refuge

Apologie de la douceur et de la quiétude amoureuse, de l’observation des papillons et des abeilles, L’ancien soleil est aussi un disque artisanal. Yvan Marc l’a conçu avec des complices de longues dates comme Pascal Colomb, ami d’enfance qu’il n’a jamais perdu et qui avait déjà réalisé Nos dimanches.

« Je lui ai envoyé une trentaine de titres avec seulement quelques lignes d’accords et de mélodies que je jouais à la guitare. Il a réalisé et arrangé une dizaine de titres. Il a l’oreille absolue, c’est magnifique ». Ou Cécile Hercule de Mickey 3D (compagnon de musique d’Yvan Marc depuis bien longtemps) et de Nobody qui revient sur ce disque pour deux duos tendres et sensuels : Mon amour est si grand et Rendez-vous.

« J’avais besoin et envie d’une douceur féminine, d’imaginer ces chansons d’amour partagées à deux », dit-il. Le cocon musical s’est aussi tissé avec Lauris Martin, batteur et complice de scène depuis des années. Et la fille d’Yvan Marc, Antonia, âgée de 15 ans, qui l’accompagne en duo sur La nuit est ainsi.

La nature est un berceau pour Yvan Marc, une matrice qu’il n’idéalise pas mais dont il reconnaît les bienfaits. L’ancien soleil est peut-être son disque le plus intimiste. « J’ai besoin de me réfugier. Fuir des villes qui me font parfois peur, m’isoler à l’écart du monde moderne qui nous oblige à être toujours en alerte et des constructions humaines, souvent gigantesques et bétonnées ».

Le refuge est aussi intérieur dans les transhumances forcées. Ainsi dans Je reviendrai, Yvan Marc écrit-t-il la fuite des réfugiés de guerre mais aussi l’espoir. « La chanson est ouverte sur l’espérance de retrouver ceux qu’on laisse derrière soi. Cet espoir donne du courage pour avancer ».

C’est l’une des raisons pour lesquelles le clip qui l’illustre, entièrement constitué d’images d’archives de l’INA, montre une multitude de retrouvailles, à différentes époques. « Je voulais une dimension universelle, pas forcément liée à la distance. On peut être réfugié si on part à 300 kilomètres de chez soi par obligation comme c’est souvent le cas au cours des guerres ». Une chanson concernée qui, à l’image de cet album, brasse joies et peines universelles avec délicatesse, talent et simplicité.

Yvan Marc L’ancien soleil (Label Diff) 2020

Site officiel / Facebook / Instagram / YouTube

[Photo : Margot Raymond – source : http://www.rfi.fr]

 

Sous l'Occupation, pas de relâche pour le théâtre

Portrait de Pierre Barillet par Ewa Klos. (PHILIPPE MATSAS / leemage via AFP)

Écrit par François Forestier

« J’étais simplement déterminé à vivre et à sortir de la grisaille… », écrit Pierre Barillet. En 1940, il a 17 ans. Pas facile, de s’amuser, dans cette époque vert-de-gris. Homosexuel, passionné de théâtre (il signera plus de trente comédies de boulevard, avec son ami Jean-Pierre Gredy, dont « Fleur de Cactus »), Barillet rassemble ses souvenirs de l’occup’ dans un livre charmant, « Quatre années sans relâche », où il confesse que, dans la nuit nazie, ces quatre années furent, pour lui, « des années heureuses ». C’est que, malgré l’abjection, malgré le vert-de-gris, malgré tout, notre homme a le goût du bonheur.

Tout commence au printemps 1939. La bouche sèche, le cœur en chamade, Pierre Barillet va rendre visite à Jean Cocteau, 19, place de la Madeleine. « Cette première rencontre n’aura pas de suite immédiate », dit-il. En revanche, « la lumière de son étoile » va guider le jeune visiteur. Et, cédant à sa passion absolue, Barillet va courir les salles de théâtre, sans cesse, comme possédé. Sa mémoire de lui pas défaut (en 2001, date de publication de son livre, il a 78 ans), et quel panorama !

Qui aurait cru que le théâtre, dans cette France humiliée, avait une existence aussi vivace, aussi extraordinaire ? Pierre Barillet se précipite pour voir « Juliette » de Jean Bassan à l’Œuvre, avec Lucienne Bogaert et Jean Servais (un couple qui fait « un usage immodéré de l’alcool et de la drogue »). Jany Holt, au théâtre Michel, joue « Je vivrai un grand amour » de Steve Passeur, face à Louis Salou, l’inoubliable comte de Montray dans « Les Enfants du Paradis » (Salou, homosexuel, se suicidera en 1948).

Le Théâtre des Nouveautés affiche « Soyons Français ! », « une revue alimentaire et métropolitaine dont le café, le lait, l’huile, le savon et le métro sont les vedettes ». Charpini s’exhibe en « grande coquette », vêtu d’un tutu, pour défier l’Ordre nouveau. Marcelle Parisys, ex-cocotte devenue comédienne, fait la folle, et les chansonniers la décrivent « comme le produit de Mimi Pinson et de Gavroche après un voyage à Cythère ». « La Gerbe » (un journal qui mérite son nom) propose de « viriliser le théâtre », et Charles Dullin signe des articles dans cette presse infâme. « La France au Travail »autre journal dégueulasse, dénonce « le juif » Sacha Guitry.

Micheline Presle, Jean Marais, Charles Trenet…

Au cinéma, Pierre-Richard Wilm (aussi sexy qu’un pain de seigle) tourne sans cesse. Django Reinhardt fait danser, en secret, les ados, qui consomment du champagne frelaté. Les zazous perfectionnent l’impertinence. Françoise Christophe et Micheline Presle font parler d’elles à la Comédie-Française. Vichy interdit le terme « swing », remplacé par « le rythme ». « Tovarich » de Jacques Deval (le père de Gérard de Villiers !) triomphe avec Elvire Popesco, « étourdissante d’intense sincérité » (comprenez : insupportable). Alice Cocéa prend en main Les Ambassadeurs, après avoir épousé le comte Stanislas de la Rochefoucauld, qu’elle va tromper rapidement. Marcelle Géniat roule les « r » dans « Mamouret » de Jean Sarment. Jean Marais est « un fauve majestueux » dans « Britannicus »et « comment ne pas être ému dans son costume qui découvre des cuisses et des genoux superbes ? » Là-dessus, Marais casse la gueule à Alain Laubreaux, critique qui a osé écrire que l’acteur avait « le Cocteau entre les dents ».

Charles Trenet est prié de démontrer qu’il n’est pas juif (Rebatet l’ordure écrira que « Trenet a contribué à la judaïsation du goût français »), et fréquente Corinne Luchaire, « garçon manqué délicieusement féminin ». Cécile Sorel, « la bouche encombrée d’un dentier mal ajusté », siffle des alexandrins dans « Andromaque »Les Allemands ne fréquentent pas « Le Bœuf sur le Toit », « dont la réputation trop bien établie leur commande la prudence, mais se rattrapent dans l’obscurité des vespasiennes où s’improvise une collaboration de bouche à bouche – pour ne pas descendre plus bas – et où il y a, au moins sur le moment, de la sincérité de part et d’autre ».

Un peu de vie dans le théâtre, beaucoup de théâtre dans sa vie

Suzy Solidor, Johnny Hess, Robert Le Vigan, Jean-Louis Barrault, Arno Breker, Claude Autant-Lara (qui proclame son antisémitisme), Misia Sert, Jean Genet, Marc Doelnitz, quel casting ! L’esprit gavroche demeure, malgré les heures sombres. Barillet se souvient de la commère Oléo interpellant un officier allemand qui peine à enfiler sa capote : « Voulez-vous qu’on vous aide à passer la manche ? » Et aussi d’Yonne Printemps, qui accueille son compagnon Pierre Fresnay en prenant tout le monde à témoin :

« Non mais, regardez-moi cette gueule de con ! Monsieur croit qu’il a vingt ans ! Vous avez cent ans ! Vous n’allez pas tarder à crever ! Et ce sera bien fait ! »

Moyennant quoi l’acteur, follement amoureux et constamment humilié (parce que constamment humilié), cultive des patates dans le jardinet de sa virago favorite. Et Gérard Philipe s’impose à Paris « avec une simplicité fracassante. Il rayonne ».

Oui, quelle époque ! Pierre Barillet a mis un peu de vie dans le théâtre de ces années-là, et beaucoup de théâtre dans sa vie. Il est mort le 8 janvier 2019, à 95 ans. C’est lui qui disait :

« Je n’ai pas parlé à Yvonne Printemps depuis dix ans. Je n’aime pas l’interrompre ».

Quatre années sans relâche, par Pierre Barillet, Editions de Fallois, 2001.

[Source : http://www.nouvelobs.com]

Arte diffusera le 27 août 2020 « Foxtrot », film partial, critique envers Tsahal, de Samuel Maoz. « Michael et Dafna, mariés depuis 30 ans, mènent une vie heureuse à Tel Aviv. Leur fils aîné Yonatan effectue son service militaire sur un poste frontière, en plein désert. Un matin, des soldats sonnent à la porte du foyer familial. Le choc de l’annonce va réveiller chez Michael une blessure profonde, enfouie depuis toujours. Le couple est bouleversé. Les masques tombent… Trois étapes de la vie d’une famille israélienne minée par le traumatisme de guerre ».

 

Publié par Véronique Chemla

Né en 1962 à Tel Aviv, Samuel Maoz a reçu une caméra 8 mm et une bobine de pellicule pour sa bar-mitsva. Ce qui a suscité sa vocation.

Il est diplômé de l’école Beit Tzvi de Ramat-Gan.

Il a réalisé des vidéos clips et des publicités, puis le documentaire Totale éclipse (2000).

Il a été distingué par la Mostra de Venise pour ses deux longs métrages : Lebanon a obtenu le Lion d’or en 2009, et Foxtrot le Lion d’argent – Grand Prix du Jury en 2017.

Partialité

« Michael et Dafna vivent à Tel-Aviv avec leur fille Alma, tandis que leur aîné Yonathan effectue son service militaire sur un poste-frontière, en plein désert ».

« Un matin, des soldats leur annoncent son décès, nouvelle qui réveille chez Michael d’anciennes blessures ».

« Retour en arrière sur la ligne de démarcation aux côtés de Yonathan et de ses camarades qui tuent le temps avec imagination, dans une atmosphère rêveuse, crépusculaire, n’excluant ni le danger ni la paranoïa ».

Pourquoi « ligne de démarcation », une expression utilisée aussi par une journaliste d’I24News ? C’est une référence, à forte connotation historique, faisant penser à la Deuxième Guerre mondiale, quand le territoire français a été divisé en deux zones après la défaite militaire de la France et l’armistice entre la République française et l’Allemagne nazie (22 juin 1940).

Ne s’agirait-il pas plutôt de la Ligne Verte ? Celle-ci est une ligne d’armistice de 1949 entre Israël, jeune État refondé, et quatre États voisins – Syrie, Liban, Transjordanie et Égypte – à la fin de la guerre israélo-arabe de 1948.

« Puis, Tel-Aviv à nouveau, où Michael et Dafna, dévastés, amorcent un douloureux dialogue. »

« Tragédie en trois actes, Foxtrot peint, à travers la mise en scène audacieuse d’un drame intime, un tableau de la société israélienne et de sa relation à la guerre ».

« Avec de fréquents allers-retours entre passé et présent, ce superbe triptyque, accusé à sa sortie par le ministère de la Culture israélien de donner une mauvaise image de l’armée, fait sentir le poids de cette dernière sur des parents qui vivent dans l’angoisse d’apprendre la mort de leurs enfants ».

« Dans Foxtrot, la façon autoritaire dont Tsahal règle les détails des funérailles, alliant la surprotection des familles au verrouillage de l’information, suffirait à expliquer la rage qui saisit Michael ».

« Mais le deuil annoncé résonne aussi avec sa culpabilité d’ancien soldat, et avec celle, écrasante, liée au souvenir de la Shoah, qui incite les descendants de déportés à minimiser leurs souffrances ».

« Autant de niveaux de lecture que le cinéaste entremêle avec une élégante agilité et un sens ironique du détail, insinuant le burlesque au sein de la tragédie, l’onirisme d’une sensibilité adolescente au cœur de l’absurdité militaire ».

« En esthète, il enferme le père dans un appartement design et d’étouffant plans fixes, et offre au jeune fils un décor à la fois déglingué et fascinant, théâtre d’un singulier foxtrot en solitaire, ironique métaphore d’un État d’Israël dans l’impasse ». Le « foxtrot est une lettre de l’alphabet militaire, mais aussi – c’est le cinéaste qui le souligne – une danse qui ramène toujours les danseurs au point de départ ».

« La troisième partie, vue du point de vue de Dafna, la mère, fera basculer l’histoire dans une confrontation passionnée et intimiste à la Cassavetes ».

« Une splendide exploration du traumatisme de guerre, à la mise en scène virtuose. »
« Dans une mise en scène virtuose, cet éblouissant triptyque de Samuel Maoz (« Lebanon ») marie le tragique, l’onirisme et l’ironie ». »Après « Lebanon », le réalisateur israélien choisit d’explorer à nouveau le thème de la guerre dans son nouvel opus « Foxtrot ». Il avait 20 ans quand il a tué un homme pour la première fois. C’était en 1982, Samuel Maoz était tireur à bord d’un tank, lors de la première guerre menée par Israël au Liban contre les forces palestiniennes et l’armée syrienne. Cette offensive, prévue pour durer trois semaines, s’étala finalement sur près de trois mois. « Cette guerre, se souvient le cinéaste, était différente des autres conflits dans lesquels avait été impliqué Israël. En 1967 par exemple, vous aviez deux armées face à face, avec deux uniformes différents, et qui se battaient pour un enjeu territorial. Au moins, les choses étaient claires. Au Liban, en 1982, vous aviez dix ennemis différents, la plupart ne portaient pas d’uniformes mais des jeans. C’était le chaos », a confié le réalisateur au Monde.

« La première chose qui me venait à l’esprit en repensant à la guerre, se souvient le réalisateur, était l’odeur de la chair calcinée. D’un tank, vous sortez soit vivant, soit atomisé, sans qu’il reste quoi que ce soit de vous à enterrer. Il n’existe aucune autre alternative… Le point de départ de “Foxtrot” est lié à un événement personnel. Ma fille avait raté le bus, elle avait couru après, fait signe au chauffeur, en vain. Et puis le bus a sauté », a poursuivi Samuel Maoz.

« Foxtrot montre le traumatisme du soldat israélien qui a commis une erreur tragique, qu’il aurait préféré ne jamais commettre, tout en désignant le civil palestinien comme la véritable victime du drame qui se joue dans un check-point. Le film présente le prix élevé de l’occupation militaire israélienne payé de part et d’autre du conflit », expliquait Raya Morag, professeur d’études du cinéma à l’Université hébraïque de Jérusalem, dans un entretien au magazine Télérama (12 décembre 2017).

Miri Regev

Foxtrot a réalisé plus de cent mille entrées en Israël. Primé à la Mostra de Venise, Foxtrot a reçu les Ophirs du cinéma 2017 du meilleur film, du meilleur réalisateur (Samuel Maoz), du meilleur acteur (Lior Ashkenazi), de la meilleure musique (Amit Poznansky et Ophir Leibovitch), des meilleurs décors (Arad Sawat), du meilleur montage (Arik Lahav-Leibovich), de la meilleure photographie (Giora Bejach), et du meilleur son (Alex Claude).

Foxtrot a aussi été sélectionné pour représenter Israël aux Oscars. en 2018.

Ce qui a suscité l’ire de Miri Regev, ministre de la Culture (Likoud), affirmant « avoir honte » que « l’académie israélienne ait loué les mérites d’une œuvre qui « salit l’image de l’armée » de son pays. Miri Regev s’est tout particulièrement insurgée contre une scène du film montrant des soldats israéliens tuant accidentellement des civils innocents à un check-point, puis la dissimulation de cette bavure par un bulldozer.

Samuel Maoz, qui « a participé à la première guerre du Liban de 1982, a riposté en expliquant que cette scène « allégorique » était destinée à montrer comment la société israélienne préférait « enterrer la vérité dans la boue que nous avons créée au lieu de s’y confronter ».  « La réaction de la ministre confirme le message que je voulais transmettre, a poursuivi le réalisateur. Israël vit dans la répression et le déni. Il reste persuadé qu’on veut à tout prix l’anéantir. Cette menace permanente est un mythe, mais le contester se révèle être une menace en soi. L’armée, c’est celle du peuple : elle reflète la société. Je voulais que Foxtrot soit une allégorie ». Quid du programme nucléaire militaire iranien ?

Ancienne porte-parole de Tsahal, la ministre a déclaré : « C’est la preuve que l’État ne doit pas financer des films qui peuvent être utilisés comme des armes de propagande aux mains de nos ennemis ». « Il s’agit d’une terrible accusation de meurtre rituel  » (un blood libel, Ndlr), s’est indignée la ministre dans une vidéo sur sa page Facebook. « En tant que ministre et mère d’enfants qui ont servi au sein de Tsahal (l’armée israélienne) j’ai honte qu’un tel film ait obtenu une récompense aussi prestigieuse. » Selon elle, « Foxtrot » est « diffamatoire » et « mensonger » à l’égard de l’armée israélienne. « Le film qui a été primé ne représente que ceux qui l’ont choisi et non pas la société ou l’État d’Israël. Je ne peux que présenter mes excuses auprès des soldats israéliens et leurs familles. Ils ne méritaient pas cela », a ajouté la ministre. Elle a également prévenu que la politique de subventions publiques accordées aux films « allait changer », laissant ainsi entendre que les films jugés « anti-israéliens » ne recevraient plus d’aide.

Elle s’est aussi « réjouie que Foxtrot ne soit pas finalement nommé à l’Oscar du film en langue étrangère » : « Cette décision a épargné une déception amère et une représentation mensongère dans le monde de l’armée israélienne ».

Miri Regev a demandé à l’ambassade d’Israël à Paris de retirer son soutien au Festival du cinéma israélien (13-20 mars) qui a programmé Foxtrot pour sa séance d’ouverture« Ce sont ces films qui permettent au BDS (Boycott Désinvestissement Sanctions, Ndlr) d’avoir le vent en poupe », a-t-elle déclaré. Mme Regev, qui a admis n’avoir pas vu « Foxtrot », a expliqué que sa colère n’était pas liée à des questions artistiques mais à l’image d’Israël qu’il projette à l’étranger. « Un film qui présente des soldats israéliens de manière trompeuse comme des assassins et porte atteinte à la renommée des Forces de défense israéliennes ne peut pas représenter Israël », a-t-elle dit. L’ambassadrice d’Israël en France « a suggéré à la direction du festival de choisir un film qui ne suscite pas la controverse pour sa soirée d’ouverture mais à la suite de son refus […], le ministère a décidé que l’ambassadrice ne sera pas présente à cette soirée. L’ambassade d’Israël en France est fière de soutenir le festival du cinéma israélien à Paris depuis sa création il y a 18 ans et n’a pas l’habitude de se mêler du choix des films diffusés durant le festival », a-t-il affirmé dans un communiqué. Israël ne devrait pas « soutenir un festival qui présente des films qui nous calomnient dans le monde et contiennent de faux contenus sur les soldats de Tsahal et ses citoyens », a déclaré Regev au quotidien israélien Haaretz. L’ambassadrice était absente, mais représentée, lors de la soirée d’ouverture du festival.

« Pas besoin de BDS.. Miri Regev la ministre israélienne de la culture pas mauvaise dans le boycott.. Elle exige de l’ambassade d’Israël à Paris qu’elle donne pas de budget au festival du film israélien. Motif: Regev déteste le film Foxtrot qui doit ouvrir le festival », a twitté le 11 février 2018 Charles Enderlin.

Le président Reuven Rivlin s’est dit impatient de découvrir le film. « Je suis un grand fan du cinéma israélien qui est un symbole de liberté d’expression et de la force de la démocratie israélienne. Le cinéma israélien est l’un des ambassadeurs les plus importants d’Israël. »

Lors du Festival de Cannes 2017, Miri Regev a monté les marches recouvertes du tapis rouge en arborant « une robe longue ivoire représentant un vaste panorama de Jérusalem. Une manière de fêter le cinquantenaire de la libération et de la réunification de la capitale éternelle, unie et indivisible d’Israël.

Extraits d’une interview de Samuel Maoz à Sofilm.fr
(25 avril 2018)

« Ce qui a détruit la gauche israélienne, c’est Yasser Arafat en 2000, lorsqu’il a fait échouer les négociations de Camp David. (Ehud) Barak voulait tout lui donner, y compris une souveraineté sur Jérusalem-Est, mais il n’a pas eu le courage d’accepter et il a donné raison à la droite israélienne : « Regardez, vous lui donnez tout et il n’accepte pas, donc il n’y a personne avec qui faire la paix ! » Si ça avait été Abbas, il aurait accepté, c’est sûr ! Si Israël était capable de faire le même genre d’offre à nouveau, la pression internationale sur les leaders palestiniens serait si forte qu’ils seraient obligés d’accepter ».

« On a besoin de leaders courageux comme Yitzhak Rabin. Avant qu’il soit assassiné, je me souviens d’une émission de télé où il présentait son plan de paix. Le journaliste lui dit : « Mais vous savez qu’une majorité de la population désapprouve ce plan ? » Et il a répondu : « On sait que la majorité a parfois tort. » Netanyahu, lui, n’a qu’une carte à jouer : je suis le garant de votre sécurité, je vous défends, je vous dis depuis le jardin d’enfants que tout le monde veut nous exterminer et que c’est pour ça qu’on est en guerre… Cette mémoire partagée est plus forte que la réalité en Israël, plus forte que la logique. Netanyahu est un magicien, parce que c’est comme ça qu’il garde sa place ! Tous les jours il y a de nouvelles affaires de corruption, de nouveaux témoins mais ce n’est pas ça l’info. Plus ces accusions gonflent, plus il est populaire ! C’est effrayant ».

La décision du président Donald Trump de transférer le siège de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, capitale de l’État d’Israël ? « C’était une décision horrible, vraiment horrible, sans aucune réflexion profonde : il a juste voulu faire un cadeau à son copain Netanyahu, c’est complètement irresponsable. Netanyahu a immédiatement pu présenter ça comme une victoire, alors qu’il était vraiment dans la merde. Trump lui a jeté ça pour l’aider à se relever, c’est tout : je ne crois pas que Trump aille très loin dans la réflexion, il est un peu puéril, non ? »

ENTRETIEN AVEC SAMUEL MAOZ
« Entretien réalisé par Ariel Schweitzer, le 15 janvier 2018, à Tel Aviv
Traduit de l’hébreu par Ariel Schweitzer »

« Comment l’idée du film vous est-elle venue ?

C’est une histoire vraie et personnelle, survenue en 1994, qui est à l’origine du film. Ma fille avait l’habitude de traîner au lit le matin et d’arriver à l’école systématiquement en retard. Au départ, j’avais décidé de lui payer le taxi pour lui éviter des problèmes à l’école, mais après m’être rendu compte que ce luxe devenait trop cher pour nous, je lui ai dit : « plus de taxis ! à partir de demain, tu prends le bus n° 5 qui s’arrête près de l’école ». Ma fille a un peu protesté, mais elle a été contrainte d’accepter. Le lendemain matin, elle est partie prendre le bus n° 5, et une heure plus tard, on a annoncé à la radio un attentant-suicide sur la même ligne (un attentat terrible qui a fait 22 morts et plus de 100 blessés). Vous imaginez mon état de panique, d’autant qu’il m’a été impossible de joindre ma fille pendant plus d’une heure, parce que toutes les lignes téléphoniques étaient saturées. Je peux vous dire que ce fut la pire heure de ma vie. J’ai souffert comme je n’ai jamais souffert, c’était bien pire que toutes les épreuves de la guerre du Liban. Ma fille a finalement réussi à me joindre pour m’annoncer qu’elle avait raté de justesse le bus en question et qu’elle était en fait montée dans le suivant. C’est cette histoire terrible, où hasard et destin se sont mêlés, qui m’a inspiré le scénario de Foxtrot.

Lebanon (2012), votre premier long métrage, qui se déroule au moment de la première guerre du Liban, était clairement autobiographique. Dans quelle mesure Foxtrot est-il inspiré d’une expérience réelle ?
Si le film n’est pas directement autobiographique comme l’était Lebanon, il l’est tout de même, à sa manière.
La question du traumatisme de la Shoah et la manière dont cette expérience s’est enracinée dans la société israélienne, reflètent ma propre vie. Ma mère est une rescapée de la Shoah, et durant mon enfance et mon adolescence, je n’ai jamais eu le droit de me plaindre, parce que les pires choses qui auraient pu m’arriver n’étaient rien à côté de ce qui était arrivé aux victimes de la Shoah. L’obligation de refouler une souffrance est terrible pour un enfant et il développe nécessairement des séquelles liées à ce refoulement.
De plus, on a exigé de nous de réparer le traumatisme de la génération des survivants : nous avions le devoir d’être forts et virils. Le rêve de chaque enfant de ma génération était de devenir un jour un soldat courageux de l’armée israélienne, pour que ce qui était arrivé aux victimes de la Shoah ne se reproduise plus jamais. Mais tous les enfants n’étaient pas faits pour coller à ce modèle, et ce processus de formation idéologique a laissé de profondes cicatrices chez beaucoup d’entre nous…

Chez moi, entre autres, et chez le personnage de Michael dans le film, dont la réussite professionnelle et ce magnifique appartement dans lequel habite sa famille est une sorte de cage dorée qui cache une souffrance et une grande fragilité.

Le film est divisé en trois parties distinctes. Pourquoi avoir choisi la structure d’un triptyque ?

Pour trois raisons.
D’abord, je voulais me rapprocher de la structure d’une tragédie grecque classique, en trois actes, car mon film est une tragédie contemporaine qui a une résonance avec des éléments mythiques comme le destin et le hasard.
Ensuite, je voulais que chaque partie place en son centre un personnage en reflétant stylistiquement sa structure émotionnelle et sa psychologie : la première partie se focalise sur Michael, la deuxième sur son fils Jonathan et la troisième sur sa femme Dafna.
La troisième raison c’est que, déjà au stade de l’écriture, je voulais que le spectateur fasse l’expérience d’une transformation émotionnelle au cours du film. Pour le dire brièvement, je voulais que la première partie le déstabilise, que la seconde l’hypnotise et que la troisième l’émeuve.
Cette division en trois parties m’a donc permis de mieux maîtriser mon sujet : à la fois sur le plan du contenu mais aussi sur le plan de la forme.
La première et la troisième partie se déroulent presque entièrement dans l’appartement de la famille Feldman. Quels sont les choix esthétiques qui vous ont guidé dans la mise en scène de ce huis clos ?
Dans la première partie, l’aspect un peu froid et symétrique de l’appartement reflète en quelque sorte la personnalité du père, Michael. Il reflète son désir de domination sur le monde.
Ce vaste appartement d’architecte témoigne aussi de sa réussite professionnelle, mais l’on ressent depuis le début que cette apparente réussite cache une blessure profonde. Plus Michael s’efforce de faire bonne figure, plus ses faiblesses deviennent visibles.

Dans la troisième partie, où l’on suit la mère, Dafna, les masques sont déjà tombés. Il ne sert plus à rien d’étaler sa réussite et sa richesse : pour la première fois, le prestige apparent cède la place à une simplicité, à une vraie intimité entre Michael et Dafna. C’est la raison pour laquelle cette partie se déroule principalement dans la cuisine, lieu moins « formel », plus simple, plus intime, et qu’elle est marquée par une tonalité disons plus tendre et chaleureuse.

Alors que la première et la troisième partie sont caractérisées par un style réaliste, la seconde se distingue par une esthétique onirique, proche du surréalisme. Pourquoi ce changement de style et de ton ?

Parce que je voulais souligner par ce style la dimension allégorique du film. Cette touche surréaliste – le checkpoint perdu en plein désert, le dromadaire qui traverse à plusieurs reprises la barrière – qui obéit à une logique de rêve ou d’une hallucination, renforce la perception des personnages et du récit comme reflétant une réalité plus vaste : celle de la société israélienne. Par ailleurs, cette partie où il ne se passe pas grand-chose sur le plan narratif et où l’attente constitue l’élément principal, je voulais qu’elle soit riche visuellement pour que les idées et les émotions surgissent de la forme même du film.

La question esthétique est inscrite au cœur du film par le métier du père – un architecte – et par la passion du fils pour le dessin. Pourquoi ?
Je pense que l’un des problèmes « historiques » du cinéma israélien est de négliger l’aspect esthétique des films, comme si le drame politique et humain qui caractérise cette région constituait une matière suffisante pour captiver le spectateur. Pour moi, le cinéma s’exprime d’abord par son langage, et j’ai toujours essayé de transmettre mes idées par des moyens visuels (ce qui m’a d’ailleurs été reproché plusieurs fois par des critiques qui ont jugé mes films « trop esthétiques »).
Des nombreuses scènes sont tournées en plongée, depuis le plafond de l’appartement, par exemple. Que représente ce point de vue ?
Il aurait été facile de dire que c’est le point de vue de Dieu ou du destin ! Mais disons qu’avec ces vues plongeantes, j’ai essayé de décrire mes personnages comme des pantins, ou des pions sur un échiquier, fonctionnant parfois comme des automates et conditionnés par des forces – psychologiques, sociales, politiques – plus fortes qu’eux, qui les hantent tout au long du film et auxquelles ils sont totalement soumis. Michael semble en apparence dominer son espace, ce vaste appartement qu’il possède, mais au fur et à mesure que le film avance, on comprend qu’il ne domine rien et qu’il est complètement conditionné par un traumatisme qui détermine toute son existence et qu’il finit même par transmettre à son fils.

Les acteurs qui incarnent le couple, Lior Ashkenazi et Sarah Adler, sont remarquables… Comment les avez-vous choisis ? Comment avez-vous travaillé avec eux ?

Il faut dire que ces grands acteurs ont des qualités qui servent parfaitement les contours de leurs personnages.
Lior Ashkenazi est très technique, très méthodique. Sur ce plan, c’est un acteur très classique. Le jeu de Sarah Adler relève plus d’un style jazzy : il est davantage porté sur l’improvisation, il est plus intuitif, plus inattendu, plus émotionnel aussi… Par ailleurs, comme la clé du personnage de Michael est cette ambivalence entre une apparente réussite et une grande blessure, le travail avec lui consistait souvent à l’épuiser jusqu’à ce que la technique et la maîtrise cèdent la place à une fragilité, à une émotion non contrôlée. J’ai tourné ainsi sans couper, laissant la caméra filmer en continuité des scènes très longues, jusqu’à ce qu’il ait fini par oublier la présence de l’appareil.
Je n’ai pas inventé cette méthode, mais je dois dire que cette fois, elle m’a été particulièrement utile.
Le thème du deuil est fréquemment abordé dans la culture israélienne, comme on l’a vu récemment dans le roman de David Grossman, Une femme fuyant l’annonce. Or, vous avez choisi un angle inattendu pour vous attaquer au sujet, celui du hasard qui prédomine notre vie… Quel est pour vous le sens de cette articulation ?

Le deuil est en quelque sorte une fausse piste dans le film. On croit au début qu’il s’agit de cela, mais très rapidement on repart sur des enjeux bien différents. Je voulais en fait placer le spectateur face à une scène mythique, presque banale, de l’existence israélienne (l’annonce de la perte d’un soldat), puis le déstabiliser au moyen de l’erreur et du hasard, pour repartir ensuite vers d’autres directions, disons plus politiques. Le début du film est donc censé créer chez le spectateur une tension émotionnelle pour qu’il réagisse au questionnement politique du film d’une manière qui ne soit pas seulement intellectuelle, mais aussi émotionnelle et quasi physique.

Le souvenir de la Shoah plane tout au long du film : la mère de Michael est une rescapée des camps qui, par ailleurs, est en train de perdre la mémoire. Michael, son fils, porte en lui une culpabilité : adolescent, il a échangé une Torah héritée de son grand-père, mort à Auschwitz, contre un magazine Playboy. Dans quelle mesure pensez-vous que la réalité israélienne est encore déterminée par ce traumatisme collectif ?
Israël est marqué à jamais par la Shoah, la plus grande tragédie que l’humanité ait connue au siècle passé. À plusieurs égards, Israël doit aussi son existence à la Shoah, car c’était un devoir pour les nations d’accorder un foyer à ce peuple massacré. Mais aujourd’hui, il faut le reconnaître, la Shoah est instrumentalisée en Israël à des fins idéologiques et politiques, parfois d’une manière très cynique. Elle permet d’enfermer Israël dans le statut d’éternelle victime. Ainsi, en enracinant l’idée, fausse à mes yeux, que le pays est toujours menacé par un nouveau génocide (la menace iranienne, par exemple), le gouvernement actuel justifie sa politique nationaliste, sécuritaire, répressive, au mépris de toute solution de compromis avec les Palestiniens et avec les pays arabes. Israël est donc intimement lié à son passé, à la mémoire de la Shoah, mais en en faisant un instrument idéologique, le pays devient aussi esclave de cette mémoire.
Foxtrot est aussi un film politique qui parle de la réalité de l’occupation. Mais là encore, vous affrontez ce thème à partir d’un angle nouveau, celui du destin et de l’erreur fatale (ces sont des erreurs de jugement qui provoquent la mort des Palestiniens dans le check point). Pourquoi avoir choisi cet angle ?
Comme je l’ai dit plus haut, le film est une tragédie inspirée des tragédies grecques : des personnages qui creusent leur propre tombe, qui marchent vers une mort annoncée, piégés par leur propre aveuglement. C’est aussi celle de la société israélienne tout entière, incapable de se débarrasser du poids du passé qui contamine plus que jamais son présent. Ce que j’essaie de montrer dans Foxtrot, c’est que le destin lui-même est déterminé par le conditionnement de chaque citoyen par la société. Certes, la mort des Palestiniens dans le film est le résultat d’une erreur, mais cette erreur n’aurait jamais eu les mêmes conséquences si les soldats n’avaient pas été entraînés, instrumentalisés, pour fonctionner et réagir d’une manière mécanique, technique.
Pire encore, ces soldats sont des gamins de 18-20 ans qui doivent décider en un instant de la vie ou de la mort de gens. Ils n’ont ni l’expérience, ni la maturité pour prendre de telles décisions. Bien sûr qu’ils sont responsables de leurs actes, mais ils sont aussi victimes d’un gouvernement qui a créé cette situation impossible de l’occupation et qui a transformé l’armée israélienne en un moyen de répression contre une population civile.

Certes, on ne peut pas changer le destin, mais on peut changer la structure politique et le conditionnement collectif de la société qui sont à l’origine de ce destin, de cette erreur et de cette tragédie.

Le thème de la culpabilité résonne dans le film avec le mythe israélien (et biblique) du sacrifice : la culpabilité de la génération des fondateurs de l’État qui n’a rien d’autre à offrir à leurs descendants que le sacrifice permanent ; la tragédie d’une nation où les enfants ne cessent de payer pour les péchés et les erreurs de leurs aînés. Vous reconnaissez-vous dans cette lecture ?
Oui, absolument. Je me souviens que déjà à l’adolescence, j’étais frappé par le culte de la mort en Israël, notamment celui autour des soldats tombés sur le champ de bataille. Par exemple, chaque lycée était fier d’afficher sur des plaques commémoratives le nombre d’anciens élèves tombés au combat, et les parents choisissaient parfois pour leurs enfants l’établissement affichant le plus grand nombre de soldats tombés… Quand un parent, qui a poussé son fils à devenir combattant, doit affronter la perte de son enfant, la culpabilité n’est qu’une première étape sur le long chemin de sa prise de conscience et de sa remise en question. Ce processus se manifeste aussi sur le plan collectif, car la société israélienne tout entière est fondée sur l’idée de la nécessité du sacrifice, un mythe encore tenace à notre époque, alors qu’Israël est plus que jamais sûr de son existence et possède l’une des armées les plus fortes du monde… Dans le film, Michael essaie de briser cette chaîne liée au traumatisme collectif en choisissant un chemin de vie « normal », car chaque adolescent à un désir de vie dont la première manifestation est la sexualité.

Son choix d’échanger un objet hérité de la Shoah contre un magazine érotique me semble être l’acte le plus sain qu’un adolescent puisse faire pour se débarrasser du poids du passé et choisir de célébrer la vie plutôt que la mort. Or en Israël, un choix pareil est perçu comme la pire des trahisons, et dans ce cercle infini de sacrifices, son fils doit en payer le prix.

Le film a soulevé une énorme polémique en Israël à cause de la critique de la ministre de la Culture, Miri Regev, qui a proclamé qu’il donnait une mauvaise image de l’armée israélienne. Que pensez-vous de cette critique ?

Miri Regev n’a jamais vu le film, ce qui ne l’a pas empêché de l’attaquer avec des arguments absurdes en falsifiant complètement son contenu dont elle se moque complètement : la seule chose qui l’intéresse c’est de flatter son électorat de droite, quitte à véhiculer des fake news… Paradoxalement, elle a beaucoup aidé Foxtrot en assurant sa promotion dans les médias, et le film est devenu un succès commercial en Israël. Mais sur le fond, bien que le film soit une fiction, je peux évoquer des cas dont j’étais témoin durant mon service militaire où les autorités de l’armée ont couvert des dérives, parfois des crimes, commis par des soldats. La réaction de Miri Regev ne fait que confirmer le propos du film, à savoir que chaque oeuvre qui remet en question ce mythe de la menace permanente qui pèse sur Israël, est immédiatement perçue elle-même comme une menace qu’il faut absolument écarter…
Pourquoi le titre Foxtrot ?
On peut le voir comme une métaphore du film. C’est la seule danse que je connais où les danseurs reviennent toujours à leur point de départ, en tournant en quelque sorte en ronde, comme dans un cercle fermé (et vicieux) qui se répète à l’infini… C’est la situation de mes personnages, et peut-être aussi de la société israélienne dans son ensemble. C’est le mouvement obsessionnel qu’Israël ne cesse de répéter depuis sa création, génération après génération… »

« Foxtrot » de Samuel Maoz

Israël, France, Arte France Cinéma, Allemagne, A.S.A.P. Films / Pola Pandora Filmproduktion / Spiro Films Ltd, 2017
Scénario : Samuel Maoz
Production : Spiro Films, Pola Pandora, A.S.A.P. Films, KNM, ZDF, ARTE
Producteurs : Michael Weber, Viola Fügen, Eitan Mansuri, Cedomir Kolar, Marc Baschet, Michel Merkt
Image : Giora Bejach
Décors de film : Arad Sawat
Montage : Guy Nemesh, Arik Lahav Leibovich
Musique : Amit Poznansky, Ophir Leibovitch
Avec Lior Ashkenazi (Michael Feldmann), Sarah Adler (Dafna), Yonatan Shiray (Jonathan), Karin Ugowski (la mère de Michael), Shira Haas (Alma), Yehuda Almagor (Avigdor), Arie Tcherner (officier)
Sur Arte le  27 août 2020 à 00 h 25
Disponible du 26/08/2020 au 01/09/2020
Visuels :
Extrait du film de Samuel Maoz  » Foxtrot »
© Pola-Pandora-Spiro-Films-2017

 

Les citations sur le film proviennent d’Arte et du dossier de presse.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

 

La poeta presenta ‘Dos viatges’ (Edicions del Buc, 2020), un llibre de versos d’una qualitat infreqüent

Escrit per Esteve Miralles

En el cas de la poeta Xènia Dyakonova (Leningrad, actual Sant Petersburg, 1985), no hi ha lloc per al dubte: no escriu la poesia “que pot” escriure, ni la “que li surt”, sinó la poesia que vol escriure. És així: les torres altes exigeixen fonaments amplis i profunds, i la preparació literària de Dyakonova –i l’ha demostrada repetidament com a crítica o com a traductora premiada– és una aventura sòlida i de màxima ambició. Precisió lingüística, sentit, control del to, domini de totes les pulcrituds del vers, claredat discursiva, imatgeria sorprenent, originalitat de pretextos, intel·ligència irònica, capacitat de penetració en l’animeta de cada personatge traçat… El mostrari de virtuts de Dos viatges (Edicions del Buc, 2020) en fa un llibre de versos magnífic, d’una qualitat infreqüent. Dyakonova va instal·lar-se a Barcelona, amb la seva família, quan tenia catorze anys. I va anar a parar a un pis ple de llibres. Va acabar estudis de Literatura a la UB, i va arrencar una carrera com a escriptora i professora, en el marc de les precarietats laborals i de la desatenció al talent que caracteritza –ara ja com una fatalitat assumida amb orgull i satisfacció pels nostres governants i gestors culturals– la societat catalana del segle XXI.

Dyakonova ha escollit el llarg termini, i l’exigència pacient, a la recerca d’una obra molt ben feta. Ha publicat tres títols de poesia en rus, i va donar a conèixer el seu primer llibre en català, Per l’inquilí anterior, el 2015. Vet aquí, doncs, una conversa sobre el seu últim llibre, Dos viatges. Sens dubte, a l’obra, hi té un pes la biografia, i una primera persona subtil, destil·lada com a observadora atenta del món: però el llibre –la poesia que conté– no hi és un instrument de construcció d’una identitat singularitzada, sinó una recerca de coneixement comprès. És a dir, coneixement viscut. O potser, goso dir, una aspiració al coneixement: una aventura cap a la saviesa necessària.

Comencem?… Parlem de Dos viatges, i de la teva poesia…
La veritat, Esteve, és que parlar de com escric, a vegades, se’m fa tan difícil com descriure la meva cara. Però bé, accepto encantada el teu repte, a veure què en surt.

Mmm: una de les coses que més m’agrada del llibre són els començaments!
Comencem bé, doncs!

La “teoria Dyakonova” de com començar poemes sembla postular: has d’atraure, interessar, sorprendre i immergir –en aquest ordre– el lector en el poema en els dos primers versos.
Ah, sí?

I, en el fons, també ve a dir: deixa’t estar de fer bons versos finals –que tu en fas, eh, molt bons– i concentra’t a començar fort!… Per exemple: “Som de la tribu de la Cacatua Blanca/ i fem la dansa de l’emú.” O per exemple: “Una forma de ser i un gelat de maduixa/són dues coses que voldria adquirir”. O encara: “Eugénio de Andrade odia l’Ulisses de Joyce,/ els travestis, els militars i els castells de Baviera.”
T’agraeixo que em facis pensar en els començaments dels poemes. Així em distrec de la meva gran obsessió, que són els finals.

Explica-m’ho, això.
Quan començo un poema —sempre amb una gran il·lusió— de seguida em ve el dubte de si sabré mantenir la tensió fins a l’últim vers. M’agrada que en els versos finals d’un poema hi hagi algun tipus de sorpresa o de revelació, o, encara millor, una mena d’elevació gairebé imperceptible que permeti veure el poema sencer com des de dalt d’una muntanya. D’altra banda, desconfio dels finals massa rotunds o efectistes.

I tant. És per malfiar-se’n, ben sovint.
Passa que l’angoixa de trobar un final equilibrat i eficaç sol envair-me quan només porto dos o tres versos escrits. Potser aquests versos inicials tenen més possibilitats de sortir bé perquè són els més innocents i lliures de neguit.

Són gairebé setanta poemes!…
Seixanta-vuit, crec…

El Dos viatges, de fet, és com una mena de disc doble, o com un volum de dos llibres en un. (No en diré “poemaris”, perquè és una paraula que em fa venir basques…)
Cert, són dos llibres en un. (A mi tampoc m’agrada la paraula «poemari»: la trobo massa freda i burocràtica, com «temari» o «programari».)

O “formulari”, brrr… En fi: són dos llibres, però són la mateixa veu, i són clarament una mateixa escriptura. O, almenys, amb certa continuïtat…
Primer vaig fer, ja fa uns quatre anys, un recull que amb el temps es transformaria en el primer viatge. El vaig anar presentant a premis, i mentrestant continuava engreixant el llibre, fins que va ser el doble de llarg. Tenia la sensació que no el podia tancar fins que no trobés editor.

A Per l’inquilí anterior, hi havia un joc narratiu explícit –no el desvelarem–, però aquí el vincle comú és el del viatge, un viatge imprecís: el pàlpit del trànsit.
Exacte.

M’agrada la idea d’un jo bellugadís, proteic, un jo que va canviant segons el caràcter del poema, que es desplaça constantment i que no sempre és fiable.

M’atrau aquesta sensació de sentir-te a casa –de saber qui ets, de saber-te pensar– quan no ets a casa. I el fet que el trànsit –el jo, físicament o vitalment, descol·locat– crea un camp comú amb el lector; un punt des d’on llegir versos, des d’on llegir-se un mateix acarat a un llibre descol·locat.
Això que dius del jo descol·locat és ben bé així. M’agrada la idea d’un jo bellugadís, proteic, un jo que va canviant segons el caràcter del poema, que es desplaça constantment i que no sempre és fiable.

No sé si aquest descol·locament és una saviesa d’exili…
És un recurs que vaig descobrir en la poesia de Charles Simic, un gran poeta nord-americà d’origen serbi, que va néixer a Belgrad i va haver de marxar del seu país d’adolescent. Així que l’exiliat és ell, i la saviesa, si és que n’hi ha, és seva.

Fa poc, en un programa de televisió, la dramaturga Victoria Szpunberg –que viu a Catalunya des dels quatre anys, i que escriu també en català habitualment– es queixava que, als diaris, encara la presentaven com a “escriptora argentina”. (Per mi, et diria, el teatre català de les darreres dècades és inexplicable sense ella.) Com ho vius tu, això?…
El cas és que la Victoria Szpunberg (de qui, per cert, l’any passat vaig veure Amor mundi, a la Sala Beckett, que tinc a cinc minuts de casa) va aprendre el català de molt petita: es pot dir que el va mamar. Jo, en canvi, vaig viure tota la infància a Sant Petersburg, i vaig arribar a Barcelona, per qüestions de feina del meu pare, als catorze anys. Abans havia estat un any a Tenerife i havia après el castellà, però de català, no en sabia.

Com a lector teu, la qualitat i la genuïnitat de la teva llengua, i la respiració travada de vers i paraula i elocució, no em deixen cap dubte que has escrit Dos viatges en tensió amb la tradició de la poesia catalana, enriquida amb referents eslaus o pretextos familiars russos, sí, però des d’una llengua poètica ben definida… No?
Fins als trenta anys escrivia poemes gairebé sempre en rus (tinc tres reculls publicats a Rússia) i de tant en tant me’n traduïa alguns al català, sobretot si tenia l’estímul afegit d’un recital o d’una publicació en una revista. Al meu primer llibre en català, Per l’inquilí anterior, hi havia moltes autotraduccions. Després em vaig adonar que allò eren versions tan traïdores que em sortia més a compte escriure directament en català. I de fet, era més divertit que traduir: tenia més suspens començar de zero.

I com t’hi vas posar?
Vaig provar de fer en català algunes coses que no estaven ben vistes en rus: per exemple, poemes en prosa. És un gènere que van cultivar puntualment alguns autors, com ara Lérmontov, Turguénev o Soljenítsin, però que no ha acabat de prosperar en la tradició poètica russa, aferrada a la mètrica sil·labotònica.

Una tradició que…
És la tradició que he mamat, i encara em nodreix en gran mesura, independentment de la llengua en què escric. Pel que fa a la tradició catalana, en aquest segon llibre, on tots els poemes estan pensats en català, hi ha ressons, més o menys explícits, de J.V. Foix, Gabriel Ferrater i Segimon Serrallonga i, segurament, moltes més reminiscències de les quals no sóc conscient.

En aquest diàleg amb la tradició, m’ha fet molta gràcia veure que el llibre conté incorporat, també, espars al llarg del recull, podríem dir, un petit “bestiari”…
Sí, tens raó, hi ha una mena de bestiari que travessa el llibre.

La poeta del llibre es defineix com una urbanita que no sap com es diuen els arbres, però aquest tros de natura que són els animalots –i tots els emmirallaments que permeten– li tenen el magí robat, diria.
De fet, una primeríssima versió del recull, molt més curta, es deia Animals dispersos i una planta. La vaig fer quan el nostre amic comú, en Miquel Àngel Llauger, em va dir que estava preparant un bestiari que s’acabaria titulant Zooscòpia. El projecte d’en Miquel Àngel em va fer enveja: una enveja feliç, que va actuar com a revulsiu. En Miquel Àngel em va explicar que el seu somni d’adolescent era ser naturalista, com Félix Rodríguez de la Fuente. En el meu cas, la fascinació per les bèsties és molt més tardana, i neix tant de l’observació com de les lectures (per exemple, d’El viatge del Beagle de Darwin o d’El bestiari extingit de Carles Lalueza).

El desig de desxifrar ni que sigui una mica del misteri d’un animal, fins allà on sigui possible, i la fantasia de la comprensió mútua, efectivament, hi són.

Fascinació, sí, però també ganes d’entendre’s com a animal; o ganes –fins i tot– de ser comprensible per als animals… Desbarro?
Em temo que sóc jo qui desbarro, Esteve: alguns dels meus poemes sobre animals tenen elements al·lucinatoris que no sé ni d’on han sortit… El desig de desxifrar ni que sigui una mica del misteri d’un animal, fins allà on sigui possible, i la fantasia de la comprensió mútua, efectivament, hi són.

És com…
Hi ha autors que han portat aquesta fantasia fins als extrems del virtuosisme. Penso en aquell conte de Cortázar, «Axolotl», en què un home mira amb tanta atenció aquesta mena de salamandra estranyíssima, semblant a un extraterrestre, que s’acaba transmutant en ella. O bé en aquell poema de Palau i Fabre, «Peix», on el «jo» fluctua constantment entre un observador suposadament humà i un peix que dóna voltes a la peixera, que al final resulten intercanviables.

Mmm… De la rima…
Parlem de la rima? Perfecte! I de la mètrica també, si vols.

Personalment, en els teus versos, no donaria cap protagonisme estètic a la rima. Vull dir: que quan la rima t’aporta volada (sovint amb combinacions estròfiques ben originals), la fas servir a favor del poema, d’una manera molt orgànica. I ho fas, sí, ocasionalment; com quan decideixes, contràriament, com deies, fer un poema en prosa, amb la mateixa voluntat de trobar l’expressivitat justa.
M’agrada fer servir la rima sobretot en les peces més líriques, perquè ajuda a ressaltar la melodia del poema, i fa que brilli més.

Xenia Dyakonova | Foto: Laia Serch

Però a mi, sobretot, m’ha impressionat el recurs subtil a pautes rítmiques gairebé inadvertides, com a “A primera vista”, que arrenques amb dos anapestos despistats i que trenes amb una llarga tirada d’amfíbracs, perfecta i natural alhora, que serveix la col·loquialitat del poema, que no deixa que –com a lector– et perdis el que t’ha de dir: “i et crema la boca/ quan vols contestar-li, sabent que t’enganya,/ sabent que t’enganyes, i et fa sentir viu.”
Això dels «anapestos despistats» m’ha fet riure i m’ha arribat al cor!… Pel que fa als patrons mètrics, gairebé sempre, a l’hora d’escriure, en tinc un o altre al cap, i m’agrada barrejar-los, que sol ser un procés més intuïtiu que racional.

Què mana, doncs?
Em guio per l’oïda. De fet, sovint penso un poema en català en termes de mètrica sil·labotònica russa. Un eneasíl·lab, en català, és inusual; en canvi, un anapest de tres peus és la cosa més normal per a un poema rus. És un ritme que m’agrada, i l’he utilitzat en català amb naturalitat (o això espero).

Ja hi pots pujar de peus…
Si ho dius tu…

Els poetes que exhibeixen el seu domini de l’ofici no m’interessen, generalment: em fan sospitar que al darrere de l’ofici no hi ha res.

En la poesia russa del segle XX, va ser ben viu aquest debat entre exposar la virtuositat mètrica a l’aparador –si es pot dir així–, o en canvi tenir-la incorporada des de la rebotiga o l’obrador del poema, sense fer-ne exhibició, com defensava el Pasternak madur, per exemple. A mi, em sembla que tu connectes més, justament, amb aquesta segona visió…
De joveneta vaig fer, a tall d’exercici, diversos experiments mètrics, i m’hi vaig divertir, però al final en vaig descartar molts, perquè em semblaven acrobàcies estèrils, o potser simplement no sabia trobar un contingut que donés vida a aquelles formes artificials. Em va servir per agafar més ofici i prou. Els poetes que exhibeixen el seu domini de l’ofici no m’interessen, generalment: em fan sospitar que al darrere de l’ofici no hi ha res. I la poesia tardana de Pasternak, que has portat a col·lació, és justament el contrari: m’agrada per la seva transparència formal i semàntica, per la seva simplicitat lluminosa, i ja voldria acostar-m’hi.

Un altre postulat de la “teoria Dyakonova” sobre com fer versos, em sembla, diria això: Si te la jugues amb una imatge potent, dona-li desenvolupament i recorregut, i fes-ne una al·legoria ràpida, en què cada peça encaixi amb l’anterior (i la completi i la redibuixi), i alhora sigui inesperada, i faci créixer la imatge; si no, descarta-la…
La creació o la reelaboració de les imatges, per mi, és una de les parts més misterioses del procés d’escriure. Em costa molt racionalitzar-la.

Poso un exemple, doncs: “i els pòmuls tristos/ d’un cavall pigat, dibuixat amb guix/ a la porta del planetari.”
Bé…

O un altre exemple: “A la platja/ tot són llaunes, i el blues dels que venen pareos/ ensenyant el mateix estampat d’elefants/ als turistes danesos de pell blanquinosa/ i a uns armenis que juguen a cartes.”
Sovint, durant una temporada en què no em ve de gust escriure però sí llegir molt, llegeixo diversos llibres alhora (per exemple, un recull de poemes, una novel·la i un volum de ciència divulgativa) i en vaig traient frases, metàfores, comparacions, paraules curioses, que apunto totes juntes en una llibreta, com qui diu sense ordre ni concert.

I que…?
Al cap d’un temps, de cop i volta em vénen les ganes d’escriure, gairebé sempre acompanyades d’un ritme. És com si tingués el motlle del poema i l’hagués d’omplir. Aleshores agafo la llibreta i faig una mena de collage amb aquells apunts i imatges disperses, que adapto a la música que tinc al cap, una música que es va modificant mentre escric.

Oh.
Si el poema surt bé, s’hi acaba creant ordre i concert. Si no, no. Alguns dels poemes que has citat els vaig construir d’aquesta manera.

L’últim poema es titula “Epíleg”, i conté una pregunta final, un dubte: “si aquest llampec, aquesta aurora fràgil,/ ha il·luminat un lloc real/ on de debò hi ha vida, o només/ les dunes d’un miratge.”
Sí…

El llampec és la inspiració, potser el poema, potser el llibre, finalment, o el fet d’escriure, o la poesia com a tal… És, penso, una pregunta solitària. Feta en soledat, vaja. Per a una resposta íntima; potser impossible com a resposta.
Exacte.

I, alhora, el llibre s’obre amb una fotografia d’Arnau Barios…
M’alegro que t’hi hagis fixat!

La foto mostra una figura humana, sola, al mig d’un llac gelat potser, sota un cel gris i immens…
Els editors de Buc (que, per cert, m’han fet una edició molt bonica, i m’han corregit els poemes d’una manera molt intel·ligent i minuciosa, cosa que els agraeixo de cor) em van demanar que escollís una foto que, d’alguna manera, fes joc amb els poemes, i vaig triar aquesta, que l’Arnau, amb qui som molt amics, va fer fa dos hiverns a Sant Petersburg. És el Neva glaçat, aquella part del riu que desemboca en el golf de Finlàndia, amb la silueta negra d’una dona que camina sobre el gel, i sembla que lluiti amb el vent que fa.

I com lliga amb…
Per una banda, la foto encaixa en el llibre perquè és de l’Arnau Barios, algú que ha fet un camí invers al meu –de Catalunya a Rússia. D’altra banda, m’agrada pensar que aquesta silueta pot ser d’una persona real o d’una persona imaginada o recordada. En molts poemes de Dos viatges també es barregen presències reals i fantasmagòriques en escenaris concrets. No se m’havia acudit relacionar aquesta foto precisament amb el poema «Epíleg» (que recrea una reflexió d’Adam Zagajewski, un dels meus poetes més estimats), però la connexió que hi has trobat em convenç: la foto i el poema tenen un cert aire melangiós de família.

La veu del llibre és una veu equilibrada, serena, madura, que vol entendre el dolor de viure: però que s’enfronta al sentit del dolor, de l’estranyesa, dels esforços.
Tant de bo…

I, d’igual manera, Dos viatges és un espectacle de vitalitat, de curiositat, de capacitat de posar de relleu cada pulsió il·luminadora. Sense eufemismes, però. Reconeixent-se en cada fracàs, en cada sordidesa, en cada ridícul evidents. A la recerca d’una “forma de ser”: o sigui, una manera de viure la mort, de relacionar-s’hi… En aquest sentit, tots els emmirallaments familiars ressonen amb molta força.
N’hi ha molts, en qualsevol cas…

No sé si, aquí també, el desarrelament –o la distància geogràfica, física i cultural– tornen a la consciència del viatge entès com a “casa”… O a la necessitat de trobar “un refugi urgent/ entre la llei nocturna de les coses/ i totes les promeses de la gent.”
Aquests últims versos són una citació dissimulada del polonès Stanisław Barańczak, gran poeta i gran traductor, que traduïa sobretot de l’anglès al polonès (i a vegades a la inversa). Per cert, va traduir també Charles Simic, de qui hem parlat abans… A més dels viatges als records familiars o a llocs més o menys concrets, al llibre hi ha unes quantes visites d’homenatge a poetes, pintors o músics importants per a mi. De fet, m’hauria agradat que hi hagués més poemes relacionats amb la música, i n’hauria fet més, si no em cregués tant allò que deia Zappa, que parlar de música és com ballar sobre arquitectura…

Melcion Mateu va dir que la poesia s’escrivia amb el desig, i jo m’hi identifico molt, amb aquesta visió.

Zappa!… “Music is the best.”
He estudiat piano durant molts anys, i crec que la música també m’ha ensenyat a escriure.

Per exemple?…
M’ha ensenyat a improvisar i a combinar ritmes. I m’ha fet caure en la temptació de fer “traduccions verbals” d’obres musicals. Al llibre hi ha un poema titulat «Górecki, simfonia número 3». Aquesta és una peça icònica de la música clàssica contemporània, una obra corprenedora per a orquestra i veu que se sol inscriure en l’anomenat «minimalisme sacre». Una amiga em va dir que després de llegir el meu poema va sentir la simfonia, i que la va impressionar. Aquesta mena de contagi musical a través d’un poema em fa íntimament feliç.

La relació de la poesia i les pèrdues és una relació antiga… Però en aquest llibre m’emociona molt veure aquesta consciència vital de la pèrdua lligada, justament, a la possibilitat de dir, de saber dir. A la dificultat de dir.
Ja…

Dius: “Ja puc anar xerrant: la meva veu/ s’extraviarà com una foto de família/ que hagi caigut en mans equivocades”. O dius: “Em vaig quedar amb el misteri a la boca”. O encara: “Vull parlar però em surten formigues per la boca”…
Suposo que aquestes imatges tenen a veure amb una sensació que tinc sovint en els somnis, i que ha tingut tothom, m’imagino: vols cridar, però la veu no et surt.

Dius que l’ànima és “un còctel de rancúnia i terror”, i fas rebrotar la paraula “nostàlgia” amb una força que feia temps que no l’hi sentia.
Gràcies! Curiosament, la nostàlgia no s’infiltra mai en els meus somnis: potser perquè és el territori on retrobem les coses i la gent que hem perdut. I és allà on neixen moltes imatges…Fa poc he llegit Herzog de Saul Bellow, una novel·la magnífica, on el protagonista té una mena de neurosi obsessiva que consisteix a escriure cartes a tothom, unes cartes que no envia mai, i que cada vegada són menys físiques i més mentals. En un moment determinat s’adona que només s’adreça als morts, i s’espanta, s’estremeix, però de seguida es pregunta, assenyat: «Però què és, la mort, per a l’inconscient? Els somnis no la reconeixen.» I alguns poemes tampoc. O potser la transformen.

Xenia Dyakonova | Foto: Laia Serch

 

Una altra de les pulsions del teu llibre que em sembla molt suggeridora, i original, és la que batega en la paraula “desig”. M’agrada molt aquest vers inicial: “No deixis tot això sense desig”.
Melcion Mateu, un dels poetes actuals que més admiro, deia en una entrevista que es va publicar aquí mateix: «Crec que la poesia lírica, o almenys la meva, s’escriu amb el superego, entenent per superego aquell jo ideal que voldríem ser i que massa sovint confonem amb qui som en realitat.» En una altra conversa, Mateu va expressar la mateixa idea: va dir que la poesia s’escrivia amb el desig, i jo m’hi identifico molt, amb aquesta visió.

El que més m’inquieta és com vincules el desig a la mirada dels altres, dius: “us rifeu el meu desig.” I, encara més, a allò que està fora del teu poder, que és la felicitat dels altres, el seu repòs. Dius: “demano un desig: que siguis on siguis ara, t’hi trobis bé.” Un altre cop, potser, com fer suportable la pèrdua, o… Aquell poema en què hi ha qui mira un peix a l’aquari, rere el vidre, i el poema li diu: “No sap si és viu, i vol parlar:/ si li contestes, el rescates/ de la incertesa, que es desfà/ –com un mirall– entre vosaltres.”
És dels poemes que més em satisfan: gràcies per fixar-t’hi.

La pèrdua, la incertesa, el rescat; “el desig i la ira”, dius…
Una altra associació que em ve al cap: Desig és el títol d’un llibre de poemes d’Adam Zagajewski que m’encanta i que, probablement, també m’ha influït: en el seu cas, «desig» és sinònim de l’impuls vital, de la imaginació, de la inspiració, de la passió pel món i per les coses.

Quan llegeixo poesia, vull que el poeta m’ensenyi a mirar el món d’una manera diferent, o d’una manera més completa.

Del Segon viatge –la segona part del llibre–, en dius que “és un intent d’aprendre a mirar”.
Quan llegeixo poesia, vull que el poeta m’ensenyi a mirar el món d’una manera diferent, o d’una manera més completa.

I, en aquesta part sobretot, s’hi desplega una ironia eslavocatalana molt singular, combinació d’enginy i aspresa.
Alguns dels poetes de qui més he après, en aquest sentit, tenen un gran sentit de l’humor i de la ironia. Guillaume Apollinaire, Joseph Brodsky, Wisława Szymborska, Frank O’Hara, Fabio Morábito o Paulo Leminski, per dir-ne només uns quants. Suposo que l’humor que hi ha en els meus poemes és una herència conjunta de tots ells.

Ompliria la pregunta d’exemples humorístics teus, però els reservo perquè els lectors els descobreixin als poemes.
Gràcies!

No són acudits, pròpiament, però són estampes o girs que tenen un humor divertidíssim. Riure i “aprendre a mirar” no sé com et lliguen, però…
Un repte que m’agradaria superar algun dia (ho he provat, però de moment no me n’he sortit), és un autoretrat autènticament irònic, en què la ironia no sembli un recurs merament comercial, una manera barata de fer-se l’interessant: un autoretrat burlesc, cruel i escumejant com el que fa Tomaž Šalamun en el poema «History», que comença dient «Tomaž Šalamun és un monstre» i fa unes giragonses imaginatives increïbles.

El teu llibre se’m fa inabastable en una entrevista. Tan ple de coses que inciten a la curiositat: autors, homenatges i paràfrasis, paisatges… No acabaria. 
Moltíssimes gràcies a tu per la conversa i per haver-me incitat a mirar Dos viatges des de fora.

Ah, i hi ha una cosa que voldria agrair-te específicament: que, entre les bèsties, hagis donat unes quantes aparicions a les mallerengues!… No per res, eh; és una flaca que tinc.
Celebro que compartim devoció per aquest ocell encantador, tan comú a Catalunya com a Rússia. Ara ja sé que en el pròxim llibre –si és que arriba mai– hi haurà un poema titulat «Una mallerenga per l’Esteve».

Ha ha ha… Apuntat!

 

 

 

 

[Fotografies: Laia Serch – font: http://www.nuvol.com]