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Eric Zemmour, homme pressé ? Le polémiste assiste à un panel sur la « famille » à Budapest le 24 septembre, sans avoir, à ce jour déclaré officiellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Attila Kisbenedek/AFP

 

 

Écrit par Alain Policar

Chercheur associé en science politique (Cevipof), Sciences Po

 

Pour Éric Zemmour, qui occupe l’actualité médiatique sans que l’on sache toujours s’il est candidat ou non à l’élection présidentielle, la France est menacée par le « séparatisme civilisationnel ». Ce terme (séparatisme) n’est sans doute pas le fruit du hasard : se souvient-on qu’il fut utilisé pour parler des luttes décoloniales, notamment celle des Algériens et, bien avant, dans l’Antiquité, qu’il était l’expression d’un reproche classique fait aux Juifs – certains auteurs considèrent qu’il est au fondement de la judéophobie ?

Notre mode de vie, nos « valeurs » seraient menacés par la montée en puissance de l’islam, à tel point que le « Grand remplacement », dans un horizon annoncé comme trop proche pour ne pas s’en inquiéter, ne manquera pas de se produire. Devant ce supposé danger, il conviendrait de mettre en avant les vertus de l’assimilation.

Ce faisant, Éric Zemmour ne fait qu’actualiser ce qui a longtemps été la doctrine de la République, doctrine dont seul le « camp national » défendrait l’héritage, tout en se gaussant de ses valeurs. En effet, ces dernières exprimeraient une « vision post-moderne de l’Homme ». Passons sur l’absence de définition du concept de post-modernité, et traduisons : désirer l’égalité et la fraternité, ce serait œuvrer pour « l’indifférenciation des peuples et des individus, la négation de leur histoire et leur disparition en tant qu’entités civilisationnelles et politiques ».

Mais alors si l’indifférenciation est un mal, comment vouloir l’assimilation, laquelle a pour ultime objectif d’indifférencier ? Comprenne qui pourra.

En réalité, Zemmour accepte les différences dès l’instant où ceux qui les incarnent sont placés dans un statut de subordination : selon lui, la grandeur de la France ne réside-t-elle pas dans sa mission civilisatrice, c’est-à-dire dans l’éducation, par la colonisation, des « races inférieures » ?. Position indifférente aux horreurs du racisme colonial, considérées comme le prix à payer pour l’édification morale des indigènes.

L’assimilation, une politique aux fondements raciaux

Cette adhésion à l’assimilation ne doit pas surprendre si l’on se souvient qu’elle a été le nom servant à justifier une politique aux fondements raciaux. Politique qui s’exprime avec limpidité dans l’existence de privilèges pour les colons, faisant de ces derniers une sorte d’aristocratie, c’est-à-dire de race à part. D’ailleurs, ainsi que le souligne l’historien américain Tyler Stovall, les colons se désignaient plus volontiers comme Blancs ou Européens que comme Français :

« C’est dans les colonies que les conceptions de l’idée nationale française se confondirent d’abord avec l’idée raciale de blancheur. »

Mais revenons à Éric Zemmour et à ses thèmes de prédilection. L’adhésion à l’assimilationnisme implique, malgré l’apparent paradoxe, l’inassimilabilité de quelques-uns. Le polémiste ne rappelle-il pas régulièrement que l’islam n’est pas compatible avec la République ? À cet égard, il est significatif que l’obtention de la citoyenneté pour les femmes musulmanes d’Algérie, en 1958, ait été liée, lors de cérémonies d’inauguration, au retrait de leur voile : comment mieux exprimer l’idée qu’il fallait alors cesser d’être musulmane pour devenir française ?

Archives de l’INA, YouTube

C’est clairement l’avis du polémiste. Mais, même s’il envisage une remigration (de qui, exactement ?), il dit ne nourrir aucune hostilité envers les musulmans que seuls des esprits étroits confondraient avec l’islam.

Mais que serait un homophobe qui n’éprouverait aucune méfiance envers les homosexuels ? À travers le cas d’Éric Zemmour, nous comprenons que l’idée ancienne d’une nation française définie en termes raciaux influence durablement les débats contemporains. Et ce ne sont pas les appels incantatoires à l’universalisme qui nous persuaderont du contraire.

De quel universalisme parle-t-on ?

Car, ce qui est proposé aux immigrés est de se plier aux traditions françaises, celles-ci étant supposées universelles par essence. L’universalisme alors n’est plus un humanisme ouvert à la diversité mais un « symbole de résistance du nationalisme français ». C’est bien ainsi que le décrit Achille Mbembe dans l’ouvrage collectif de 2005, consacré à La Fracture coloniale :

« À force de tenir pendant si longtemps le “modèle républicain” pour le véhicule achevé de l’inclusion et de l’émergence à l’individualité, l’on a fini par faire de la République une institution imaginaire et à en sous-estimer les capacités originaires de brutalité, de discrimination et d’exclusion. »

Le jugement peut paraître sévère, mais l’histoire française, bien avant d’ailleurs l’instauration de la République, témoigne de cette connotation racialiste. L’universalisme se fourvoie, jusqu’à se vider de sa substance, lorsqu’il fait de l’identité nationale la boussole du combat républicain.

En réalité, le modèle assimilationniste est lié à une conception dévoyée de l’universalisme, qu’il est commun de désigner, avec Michael Walzer, comme « de surplomb ». Le philosophe américain attire l’attention sur le caractère incertain, quant à ses effets, d’un universalisme, celui du judaïsme des temps prophétiques, qui se proposerait de servir de lumière pour les nations.

Uniformément éclairées, certes, mais « la lumière étant faible et les nations récalcitrantes », il se peut que l’œuvre civilisatrice prenne beaucoup de temps, voire un temps infini. Les fondements mêmes du colonialisme et les raisons de son refus sont énoncés avec une impressionnante sobriété par le philosophe américain :

« Les serviteurs de Dieu se tiennent au centre de l’histoire […], tandis que les histoires des autres sont autant de chroniques de l’ignorance et de conflits dépourvus de sens. »

Une haine de l’universel

Joseph de Maistre (1753-1821), homme politique. Peinture de Karl Vogel von Vogelstein, vers 1810. Wikimedia

Il n’est pas sans signification de noter que la position de surplomb peut se vêtir d’autres habits, notamment ceux de l’anti-cosmopolitisme, lequel vilipende utopistes invétérés et belles âmes aveuglées. N’est-ce pas exactement sur ce registre que se situe Éric Zemmour ?

Si bien qu’il est permis de faire l’hypothèse que derrière ce faux universalisme se dissimule en réalité une haine de l’universel qui puise ses racines dans la pensée contre-révolutionnaire telle que l’exemplifie la fameuse phrase de Joseph de Maistre dans ses Considérations sur la France (1796)) :

« J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan, mais quant à l’homme je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie. »

De la même façon, Zemmour décrit un monde fragmenté au sein duquel doit prévaloir l’obsession de la pureté, c’est-à-dire la haine du mélange, l’angoisse d’indistinction. Il y a trois ans environ, nous écrivions ici même, à propos de sa place dans l’espace public, qu’il nous fallait résister à la « sémantique du crépuscule », celle que décrit Orwell dans 1984, instrument d’assujettissement des individus par l’intermédiaire d’un langage appauvri et manichéen. Peut-être est-il encore temps ?


L’auteur publie « L’universalisme en procès », Le Bord de l’eau, 5 novembre 2021.

 

[Source : http://www.theconversation.com]

Escrito por José Luis Muñoz

Hay películas que trascienden lo estrictamente cinematográfico porque se sitúan en otro plano, en el de la necesidad, y podrían, y deberían, ser proyectadas en una clase de ética en el caso de que esa materia concite algún interés en la sociedad actual; Maixabel de Icíar Bollaín (la Estrella de El sur que, de mayor, fue una excelente directora de cine) es una de ellas.

El cine español ha abordado con diversa fortuna el tema de ETA, desde el punto de vista de los terroristas (la excelente Días contados en la que Imanol Uribe tuneó la novela homónima de Juan Madrid sin que este se enojara, sino todo lo contrario; Yoyes, de Helena Taberna); el de las víctimas (Todos estamos invitados, la mediocre despedida del cine de Manuel Gutiérrez AragónLejos del mar, también de Imanol Uribe pero muy lejos de lo que fue Días contados); o las más que discutibles películas de humor de Borja Cobeaga Fe de etarras y Negociador. ETA centró el excelente, e incomprendido, trabajo de Julio Medem La pelota vasca, la producción internacional de Gillo Pontecorvo sobre la acción más sonada de la banda, el asesinato de Carrero Blanco, en Operación Ogro; y la serie de éxito surgida a raíz de la novela de Fernando Aramburu Patria.

El comando Burruntza asesinó a Juan María Jáuregui, gobernador civil de Guipúzcoa, el 29 de julio de 2000 en Tolosa, cuando tomaba un café sin escolta en un céntrico bar. Con ese vil atentado arranca la película de Icíar Bollaín que, enseguida, da un salto en el tiempo y se sitúa en los años de encierro en la cárcel de Nanclares de Oca de dos de sus asesinos, Luis María Carrasco (Urko Olazábal) y Ibón Etxezarreta (Luis Tosar), que se desmarcan de la banda dentro del proceso de reinserción conocido como la vía Nanclares, por el nombre de le prisión en que se les concentró, y en el proyecto de Maixabel Lasa (Blanca Portillo), viuda de Jáuregui, al frente de la Oficina de Atención a las Víctimas del Terrorismo del Gobierno Vasco. Cuando los dos terroristas encarcelados le piden una entrevista personal para pedirle perdón, Maixabel duda pero finalmente acepta porque cree que ese tipo de contactos son positivos para el fin de la violencia: “Todos tenemos derecho a una segunda oportunidad”.

El film, que se estrena ahora y ha sido presentado en el festival de San Sebastián con notable éxito, surge de una entrevista personal que tuvieron Maixabel Lasa e Icíar Bollaín en Tolosa, en el lugar en donde ETA arrebató la vida a su marido. La directora de Te doy mis ojos dirige con sobriedad, y a veces con excesiva frialdad, este largometraje que gira en torno al proceso de la pérdida y la redención al que se le puede achacar que no tenga más impulso dramático y tenga un tono más de documental que de película de ficción. Icíar Bollaín recoge de forma fidedigna las dos entrevistas que los antiguos miembros de ETA, los victimarios, tuvieron con su víctima en dos largas secuencias a cámara fija. Los asesinos desconocían quién era Juan María Jáuregui, salvo que era un objetivo fácil por ir a todas partes sin escolta, pero ignoraban su pasado como militante del Partido Comunista y de ETA y que, como gobernador de Guipúzcoa, fuera pieza clave en desentrañar los asesinatos de los etarras Lasa y Zabala y meter en prisión al general de la Guardia Civil Enrique Rodríguez Galindo. “Juan Mari no sabía quién lo iba a matar antes, si ETA o Galindo” dice en un momento de la película Maixabel Lasa.

Blanca Portillo hace una excelente interpretación de Maixabel Lasa (extraordinaria esa secuencia en la que no coge ese teléfono que suena de forma insistente porque presiente que le va a comunicar el asesinato de su marido) pero no puedo decir lo mismo de Luis Tosar, que aparece en muchas escenas con el pie forzado, más convincente como el terrorista implacable de la primera secuencia que como el arrepentido del resto de la película. Lo mejor del film es ese paseo que Ibón Etxezarreta hace por las localizaciones de todos sus atentados en uno de sus permisos penitenciarios, con el ruido de las explosiones y los disparos que causaron tantos muertos como sonido de fondo, y la frase que cruza con Maixabel al final de su encuentro al hilo de la de ella “Prefiero ser la viuda de Juan Mari que ser tu madre”, a la que responde : “Hubiera preferido ser Juan Mari que su asesino”.

ETA dejó de existir, aunque a algunos les hubiera gustado que siguiese o no se han enterado de su disolución, pero su rastro de dolor sigue generando películas y novelas.

 

[Fuente: http://www.culturamas.es]

C’est l’un des auteurs-compositeurs et interprètes les plus discrets de la chanson française. Digne héritier de Léo Ferré et de Jacques Brel, Romain Didier sort son 11e album studio, Souviens-moi. Un disque finement ciselé, pétri de lumière italienne, où il célèbre, avec élégance et poésie, ses voyages, l’amour et la nostalgie joyeuse.

Romain Didier aime prendre son temps. Si Souviens-moi arrive dix ans après son précédent album studio, ce n’est ni par coquetterie, ni parce que l’envie de chanter lui manquait. Simplement le chanteur, qui se décrit humblement et non sans humour comme « un peu lent », a besoin d’attendre, de « digérer les émotions avant qu’elles ne s’échappent jusqu’au piano ». Et aussi d’avoir quelque chose à dire d’original. Ainsi Romain Didier imagine-t-il, par exemple, les pensées et les rêves d’immensité d’une jeune goutte d’eau qui « dévale de cascades en barrages, le lit de sa rivière » (La Goutte d’eau).

Les chemins de traverse

Si Romain Didier donne à ses disques le temps de voir le jour, c’est aussi parce que cet amoureux du hasard qui rassemble des « voyageurs naufragés, aux confins de nulle part sur la même poussière » (Merci d’être venus) écrit, arrange et compose pour de grands noms de la chanson, comme Nicole Croisille (qui fut la première, en 1980, à chanter ses chansons), Annie CordyYves Duteil ou encore Enzo Enzo.

Bien qu’il adore être sur scène, Romain Didier nous confie qu’il n’aurait pas aimé se cantonner à une carrière d’auteur-compositeur-interprète. « C’est une chance de faire de la musique pour les autres, des orchestrations, des spectacles musicaux (notamment Pantin, Pantine avec Allain Leprest (1997) et Pinocchio court toujours (2006) avec Pierre Perret). J’ai aussi la chance d’être artiste associé au Conservatoire du Havre. Je ne l’aurais pas fait si j’avais eu une carrière moins atypique. J’ai pris les chemins de traverse qui me plaisaient ».

Ces chemins lui feront faire des rencontres décisives, comme celle d’Allain Leprest« C’est l’un des plus grands auteurs que la chanson francophone a connu. Notre amour des mots, de la chanson populaire nous rassemblait. Pour le reste, on n’a pas connu les mêmes choses quand on était petits, il venait d’un milieu populaire, moi moins. C’était deux milieux qui se confrontaient, mais je crois au métissage », nous raconte-t-il.

Romain Didier est né dans la musique classique, d’un père compositeur et chef d’orchestre, et d’une mère, cantatrice à l’Opéra de Paris. Pour autant, jamais ses parents ne le forceront jamais à s’inscrire dans leur sillage. Ainsi apprend-il le piano, l’harmonie et l’orchestration en autodidacte. « Je préférais m’amuser seul avec le piano. Cela ne m’empêche pas d’éprouver une joie inouïe lorsque j’écoute jouer ma musique, assis dans un fauteuil d’orchestre. Cela me rappelle ce que mon père faisait, bien sûr », dit-il ému.

L’Italie au cœur

De son père (qui fut également directeur de l’École normale de musique de Paris), il a hérité le goût de la transmission (Romain Didier est également professeur de musique), la minutie. Et son lieu de naissance. Car c’est à Rome que Didier Petit (de son vrai nom) voit le jour en 1942, alors que son père y était résident à la Ville Médicis pour trois ans.

Romain Didier y retournera quelques mois à dix-huit ans. Émerveillé par ce séjour, il choisit son prénom de scène, Romain, en hommage à la ville aux Sept collines. « J’ai vécu des moments incroyables à Rome. L’Italie est un pays où je me rends souvent. Cette Aventure italienne avec un grand « A » m’a toujours transporté« , nous raconte-t-il.

Son aventure italienne, il la célèbre dans Je me souviens du bal, un morceau teinté de swing où il décrit des « vespas qui détalent comme des moineaux » dans les rues de Rome. Sur On n’est pas à Vérone, qui décrit un amour humble et sans artifice, et Si on ne s’aime plus (en duo avec Catherine Petit), où il évoque la disparition de Venise à travers celle d’un amour menacé. Par contraste. Car c’est le caractère éternel de la Sérénissime qui le fascine : « Cette ville m’a toujours fait rêver. On peut ne pas y aller pendant vingt ans, y retourner et retrouver exactement les mêmes coins de rue, les mêmes décorations et les mêmes palais ».

Enfin l’Italie surgit dans La Nostalgie, où il célèbre, sans tristesse et sur une musique évoquant Erik Satie, « les minuscules petits détails immenses de l’enfance » et leur goût de « paradis, d’amour et de sucre candi ». Artiste sensible, Romain Didier nous explique que pour lui la nostalgie « est rose et grise » et qu’il aime se souvenir « des images du passé ».

Amoureux des rencontres

Poétiques sans être hermétiques, les images de Romain Didier sont des instantanés échappés du quotidien. La lumière côtoie l’ombre avec élégance et sobriété. Comme dans le syncopé et fraternel Prince sans royaume, qui parle d’un homme « lacéré aux tessons des frontières/ Qui tient comme un bouquet ses racines en cadeau/ (un) prince sans royaume aperçu au Treize heures« .

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il nous disait être déconnecté de l’actualité, Romain Didier rétorque avec chaleur : « j’ai beau être lent, ce phénomène de société n’est pas arrivé hier. Je voulais en parler. Je crois que les vies se valent. Ce qui semble aller contre cette idée me dérange profondément. On est fabriqués par des cellules équivalentes ».

Cette vision égalitaire traverse toute son œuvre. Qu’il chante l’exil comme les rencontres, ou qu’il parle de chanson. « La chanson n’a pas d’échelle ; Léo Ferré c’est pas mieux qu’Annie Cordy, c’est autre chose », nous dit-il. Romain Didier chante aussi l’amour. Ainsi ne sera-t-on pas surpris de trouver sur Souviens-moi quelques belles balades comme On dirait qu’ça passe ou Une chanson de Sylvie Vartan, dans laquelle il évoque des souvenirs d’amours champêtres, tout en délicatesse.

Car il est quelque chose d’extrêmement féminin dans l’écriture de ce poète. Romain Didier raconte dans La femme qui sommeille que c’est la part féminine des hommes qu’il aime chez eux. Il nous l’affirme : « je n’aime pas du tout ce qui est viril et masculin. Je préfère de très loin la compagnie des femmes, leur besoin d’être en harmonie, de nidifier me parle beaucoup plus qu’une chambrée de service militaire ! » En attestent la finesse et la douceur de ce disque solaire.

Romain Didier Souviens-moi (EPM/Universal) 2021
Site officiel / Facebook / Instagram / YouTube

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Écrit par Marjorie Bertin

 

 

[Photo : Jean-Baptiste Millot – source : http://www.rfi.fr]

Marcado polo Holocausto na infancia, enfrontouse á fraxilidade do ser humano con instalacións nos grandes museos do mundo

O artista francés Christian Boltanski (París, 1944-2021). Mauro Franceschetti

Escrito por GERARDO ELORRIAGA

O falecemento de Christian Boltanski, unha de figúralas da arte contemporáneo, é un paradoxo. O artista que falou obsesivamente da vida e a morte, do recordo e o esquecemento, converteuse en obxecto do seu propio estudo. O autor francés, de 76 anos, morreu este mércores no suburbio parisiense de Malakoff. Aínda que de formación autodidacta e posuidor dunha traxectoria radicalmente persoal e afastada dun marco teórico, a súa obra mantén vínculos con diversas correntes estéticas da segunda metade do século XX, como a arte pop, o movemento conceptual ou o novo realismo.

A experiencia persoal foi o caldo de cultivo da súa expresión artística. Fillo dun emigrante ucraíno de orixe xudía, viviu unha infancia sumida no temor. O seu pai permaneceu escondido nun soto durante dous anos na ocupación nazi de Francia e a maioría dos amigos da familia foron sobreviventes do Holocausto.

Esa bagaxe acompañouna durante o resto da súa existencia e, sobre todo nas súas primeiras manifestacións, alimentou un traballo que aborda continuamente a traxedia do individuo. O autor apela á interpretación desde a emoción, pero mantendo unha prudente distancia e sobriedade formal que evita o sentimentalismo ou unha lectura humanística convencional.

O artista abandonou a pintura en 1967 para iniciar os seus experimentos coa fotografía, o vídeo e os fondos documentais asociados ao utillaxe propio da nosa vida cotiá. Boltanski emprendeu unha serie de proxectos ligados á idea de arquivo e inventarios que falan insistentemente da memoria e sintan as bases da súa poética persoal. A proxección internacional chegou coa súa presenza en Documéntaa de Kassel de 1970.

Efecto dramático

As instalacións, sumamente heteroxéneas, foron o vehículo da súa expresión durante as seguintes décadas, cando se confirmou como un dos artistas máis relevantes do panorama internacional, modelo de interdisciplinariedade e de compromiso. As obras adquiren unha progresiva complexidade.

Os dispositivos válense de coidadas postas en escena que alimentan o efecto dramático. O artista emprega elementos como o son e as tebras, a iconografía relixiosa, os obxectos atopados e empilados, e recorre, a miúdo, ao uso de mecanismos que resaltan o azar como outra condición inherente ao ser humano. Chance, a súa proposta para a Bienal de Venecia do 2011, acentúa ese factor da casualidade como determinante da nosa condición.

Instalación artística de Boltanski en el Grand Palais de París, en el 2010.

Instalación artística de Boltanski no Grand Palais de París, no 2010. Giovanni Sighele

A loita contra a fugacidade do ser humano, anónimo e aparentemente intranscendente, foi o eixo transversal dunha obra que percorreu os grandes museos do mundo, entre eles o Guggenheim de Bilbao. Boltanski decántase polas imaxes como medio efectivo para combater a fraxilidade da memoria e a desaparición, a loita contra a morte e a súa reivindicación da existencia, representada nos nosos sorrisos, roupas, mobiliario ou, incluso, os simples latexados que nos acompañan ata o final.

O autor ata manifestou o seu inconformismo co confinamento provocado pola pandemia. Fronte ao habitual enclaustramento laboral dos seus colegas, el reivindicaba o seu desexo de entrar e saír do seu estudo, de viaxar e relacionarse, de vivir.

 

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Stefan Zweig (1881-1942) est né dans une famille juive viennoise. Biographe, chroniqueur de l’Empire austro-hongrois, ce romancier a décrit avec finesse les ressorts psychologiques de ses personnages. Un représentant de l’intelligentsia juive de la Mittle Europa fuyant le nazisme et disparue lors de la Seconde Guerre mondiale. Un des auteurs les plus lus au monde. Un « homme du paradoxe », discret sur ses tourments et biographe. Arte diffusera le 8 juillet 2021, dans le cadre de « Ah ! Ça lira… » (Lesefieber), « Le joueur d’échecs » (Schachnovelle). 


Publié par Véronique Chemla 
 
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » (Stefan Zweig. Ein Europäer von Welt) est un documentaire de Jean-Pierre Devillers et François Busnel (2013). Pourquoi pas un Européen juif ? Un « Européen ». C’est ainsi que le définit ce documentariste. Certes, mais un Européen Juif.

Le 22 février 1942, après avoir écrit à leurs proches et aux édiles de Petrópolis (Brésil), Stefan Zweig et sa fJemme Lotte, habillés élégamment, se suicident en consommant des barbituriques à Petrópolis où leur exil les avait conduits. 
 
« Malgré le fracas de la Seconde Guerre mondiale, le suicide de l’écrivain autrichien, dont les livres ont été brûlés quatre ans plus tôt, à Salzbourg, suscite une immense émotion. Le Brésil lui organisera des funérailles nationales ». Une « mort inexplicable ». Zweig « a perdu l’amitié et l’Europe ».
 
« Pourquoi le romancier, nouvelliste et biographe de génie, qui a connu un succès phénoménal de son vivant, a-t-il cédé à l’appel du vide ? »
 
Ce documentaire « remonte le fil de la vie tourmentée d’un écrivain de génie, l’un des premiers à rêver d’une Europe cosmopolite et moderne ».
 
« Pour démêler le jeu des forces obscures qui ont emporté sa vie, François Busnel et Jean-Pierre Devillers égrènent les étapes d’un parcours marqué par la recherche constante de la liberté ». 
 
Stefan Zweig est né en 1881 dans une famille bourgeoise viennoise apôtre de l’intégration. Son père dirige une usine de textile dans un empire austro-hongrois en déclins.

Zweig espère en une Europe au-delà des nationalismes. Sans passeport, il voyage en Europe, en Inde, aux États-Unis. Un goût de liberté.

« Spéléologue des âmes »
Zweig parle et écrit en cinq langues. Lucide, il décerne l’espoir dans la jeunesse, et l’ennui. Admirateur de Rimbaud, il publie ses poèmes à quinze ans.


Il découvre les innovations technologiques du début du XXe siècle, et une nouvelle discipline : la psychanalyse. Le Dr Sigmund Freud ouvre une voie originale.

Zweig publie Brûlant secret, une nouvelleUn premier livre qui exploite les mêmes thématiques que Freud : secret, paradoxe, forces obscures.

 
Ses « premiers succès, qui le rendent célèbre à 30 ans, son enthousiasme pour Freud, son goût du voyage et sa passion pour le progrès technique, annonciateur, croit-il, d’une humanité meilleure… : autant d’éléments biographiques qui éclairent une personnalité complexe ».

Marié, Zweig s’engage lors de la Première Guerre mondiale. Romain Rolland affirme son pacifisme. Zweig est convaincu par sa position. En 1915, Zweig se voit confier une mission.


En 1918, disparaît l’empire d’Autriche-Hongrie. Zweig se fixe à Salzbourg, en Autriche.

L’Allemagne de Weimar a succédé au Reich. En 1922, Zweig est profondément marqué par l’assassinat de Walther Rathenau, ministre allemande juif.

Zweig voyage. À Paris, « ville de l’éternelle jeunesse », il souhaite rencontrer Francis Scott Fitzgerald, déjà reparti aux États-Unis.

 
Mais l’auteur d’Amok, Lettre d’une inconnueconfession bouleversante d’un cœur aimant sans retour merveilleusement adapté par Max Ophüls, d’Amok, d’Ivresse de la métamorphose, roman à la structure complexe, ou du Joueur d’échecs voue un culte à l’amitié et exprime une foi profonde en une Europe moderne et cosmopolite.

« Ce livre est un chef d’œuvre ». Ainsi, est saluée La confusion des sentiments par Freud. Le succès de Zweig, quarantenaire, suscite jalousie et irritation. L’auteur se sent emprisonné dans sa fonction d’écrivain. Il puise dans l’écriture la force d’affronter la vie.

En 1929, Zweig est invité dans l’Union soviétique. Il constate la misère, la répression. Mais il ne dénonce pas publiquement le régime communiste. Ce qui lui vaut de vives critiques de la presse autrichienne.

 
« Deux croyances cruellement déçues : l’Europe se déchire dès 1933 et certains des proches de l’écrivain – comme beaucoup de ses lecteurs – critiquent sa réticence à prendre publiquement parti contre les régimes nazi et soviétique ».

Zweig présente des points communs à son personnage, Le bouquiniste Mendel. Les livres revêtent une importance majeure dans sa compréhension du monde et des êtres humains.

1933. Après l’avènement du nazisme, les écrivains juifs sont interdits de publication, et leurs livres brûlés.

 
Mais « si Zweig peine à s’engager, c’est qu’il préfère dans ses livres se faire l’archéologue des passions amoureuses ». Sa langue s’avère sa patrie.
 
Blessé, refusant la haine, silencieux – ce que critiquent Joseph Roth et Klaus Mann -, « devenu en tant qu’écrivain progressiste et Juif un paria en Autriche, il s’exile et ne se relèvera pas de ses désillusions  ». Déchiré, Zweig ne saisit pas l’ampleur des bouleversements à venir. Son épouse demeure à Salzbourg, et sa secrétaire l’accompagne. À Londres, ce quinquagénaire doit recommencer sa vie sans l’enthousiasme qui le portait dans sa jeunesse. Dans Erasme, il justifie ses positions, répond aux critiques…

En 1935, il poursuit ses voyages. Son opéra coécrit avec Strauss est interdit au bout de quelques jours. Ses livres sont définitivement mis à l’index par les Nazis. Brésil, Argentine… L’accueil est enthousiaste à l’exilé. Zweig achève La Pitié dangereuse.

Apatride, déchu de sa nationalité, Zweig sollicite la nationalité britannique qu’il obtient en 1940. Il prononce l’oraison funèbre de Freud.

En 1939, la Deuxième Guerre mondiale éclate. Divorcé, Zweig épouse Lotte.

Il quitte définitivement l’Europe en 1940. L’année suivante, il arrive à New York où il soutient le Comité de soutien aux réfugiés. Il débute son autobiographie, Le Monde d’hier.

En 1941, il rejoint le Brésil, pays de métissage, où il rencontre Bernanos.

Une « fatigue morale doublée d’un découragement politique » le saisissent. « La terreur que m’inspire l’époque croît jusqu’à la démesure », écrit Stefan Zweig avant de se suicider. Lotte souffre d’asthme. Zweig classe ses archives…

Arte rediffusera « Stefan Zweig, histoire d’un Européen » (Stefan Zweig. Ein Europäer von Welt), documentaire de Jean-Pierre Devillers et François Busnel (2013). Une « relecture passionnante d’une existence aussi tourmentée que son temps, et des œuvres qu’elle a brillamment produites ».

Du 16 septembre au 2 avril 2017, le Théâtre des Mathurins a présenté Le monde d’hier, d’après Stefan Zweig dans une mise en scène par Patrick Pineau et Jérôme Kircher. « Le Monde d’hier », l’autobiographie de Stefan Zweig, « est un livre-phare. Seul des grands textes de l’auteur de « Lettre d’une inconnue » à n’avoir jamais été adapté au théâtre, ce récit d’une vie dans le siècle embrasse toutes les splendeurs et les catastrophes de l’Europe depuis l’époque de la grandeur de Vienne jusqu’à son anéantissement. À la fois chant du cygne et message d’espoir, ce texte s’y avère d’une poésie et d’une puissance inouïes. Aujourd’hui plus que jamais, la voix de Zweig, éteinte un soir de février 1942, nous manque. Le projet de ce spectacle, adapté par Laurent Seksik (auteur des « Derniers Jours de Stefan Zweig ») et joué par Jérôme Kircher, est de la faire à nouveau entendre et de faire revivre sous nos yeux un  monde étincelant et perdu ».
« Conscience contre violence »

Republié en livre de poche en 2010, « Conscience contre violence » (Ein Gewissen gegen die Gewalt) écrit en 1936 sur une commande du pasteur Jean Schorer, « ce précieux document était devenu introuvable depuis près de cinquante ans ! À partir du conflit exemplaire entre Sébastien Castellion (1515-1563) et Calvin, Stefan Zweig nous fait vivre un affrontement qui déborde de beaucoup son cadre historique. Cette cause nous intéresse tous : liberté et tolérance contre intégrisme. »

Ce livre s’ouvre par une citation de l’humaniste défenseur de Michel Servet ayant contesté l’austère et autoritaire Calvin, maître de Genève : « La postérité ne pourra pas comprendre que nous ayons dû retomber dans de pareilles ténèbres après avoir connu la lumière. » (De Arte Dubitandi, 1562)

« Si Stefan Zweig finit de rédiger ce texte prémonitoire en 1936, en pleine montée du fascisme, il faut y voir un sens profond. En effet, comment ne pas faire le rapprochement entre la ville de Genève et l’Allemagne nazie, entre Calvin et Hitler, les sbires de Farel et les hordes hitlériennes ? »

« Quelques décennies plus tard, fanatisme religieux et résurgence des extrêmes droites doivent à nouveau nous ouvrir les yeux. Cet écrit polémique devient alors une charge d’une force redoutable. »


« Stefan Zweig, adieu l’Europe »

Le 21 novembre 2018, Arte diffusera « Stefan Zweig, adieu l’Europe » (Vor der Morgenröte) par Maria Schrader, avec Josef Hader, Aenne Schwarz, Barbara Sukowa, Nahuel Pérez. « En 1936, Stefan Zweig quitte l’Europe pour l’Amérique du Sud. D’abord accueilli à Rio de Janeiro, l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme est célébré par la bonne société brésilienne. Mais le romancier, interrogé sur ses positions et son engagement, refuse de se laisser aller aux simplifications. Par ailleurs, fasciné par le Brésil, l’écrivain entreprend l’écriture d’une nouvelle œuvre. Accompagné par sa nouvelle épouse, Lotte, il explore différentes régions du pays. »

« De 1936 à 1942, cinq instantanés du long exil qui a précédé le suicide au Brésil de l’écrivain Stefan Zweig. Une sobriété documentaire que l’acteur autrichien Josef Hader rend bouleversante.

« 1936, Rio de Janeiro. Voici deux ans déjà que le mondialement célèbre Stefan Zweig, mis à l’index par l’Allemagne hitlérienne, a fui l’Autriche pour s’installer provisoirement en Grande-Bretagne, habité par la certitude prémonitoire que les nazis vont s’emparer de son pays et propager la guerre en Europe. Invité au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, qui fut sa secrétaire, pour présider un dîner de gala, il rejoint ensuite à Buenos Aires le congrès du Pen Club, où on l’attend comme un oracle. Mais alors qu’à la tribune on scande son nom parmi ceux des écrivains persécutés par le IIIe Reich, l’auteur d’Amok et de Lettre d’une inconnue refuse face aux journalistes de condamner publiquement le régime. « Tout geste de résistance qui ne comporte aucun risque et reste sans effet relève de la pure vanité », objecte-t-il à Brainin, le jeune compatriote ulcéré qui le somme de dénoncer Hitler. »

« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux », écrira Zweig le 22 février 1942, avant de se suicider au véronal avec Lotte dans leur maison de Petrópolis, non loin de Rio. Entre les prémices de la guerre et la sauvagerie qui jour après jour, à l’autre bout du monde, détruit tout ce qui lui est cher, entre un hiver new-yorkais et les luxuriances tropicales du Brésil, Maria Schrader (dont le film s’intitule en allemand « Avant l’aurore ») met en scène avec une précision et une sobriété documentaires cinq tableaux d’une errance de plus en plus douloureuse. Sans prétendre percer le mystère d’un homme qui décrivit si finement l’âme humaine, et dont les mots portent ce film, l’acteur autrichien Josef Hader suggère de façon bouleversante la souffrance, la peur et l’épuisement qui affleurent sous l’élégance. »
« Le joueur d’échecs »

Arte diffusera le 8 juillet 2021, dans le cadre de « Ah ! Ça lira… » (Lesefieber), « Le joueur d’échecs » (Schachnovelle). Ce court roman de Stefan Zweig a été édité à titre posthume en 1943. Sur un paquebot naviguant de New York à Buenos Aires,  deux joueurs d’échecs, aux parcours et style de jeu différents, se rencontrent…
« Avec la complicité du conteur Daniel Pennac, une invitation à la lecture et à l’écriture pour le jeune public. Lire et raconter ce qu’on a lu pour susciter l’envie, confronter Riad Sattouf ou Thomas Fersen aux Droits du lecteur de Daniel Pennac, sauter le pas et prendre soi-même la plume… Cette collection illustrée par les étudiants de l’École Estienne est une invitation à plonger dans dix romans classiques, aux âges où la littérature jeunesse se double d’une faim de littérature tout court. »
« Aujourd’hui : Joseph embarque sur un bateau pour une palpitante partie avec Le joueur d’échecs de Stefan Zweig. Est-on obligé de lire ? Lena et Zach posent la question à des stars de la littérature. Elia et Joseph imaginent un voyage dans le temps provoqué par l’ingestion de champignons phosphorescents. »
« Le joueur d’échecs »
France, 2020, 10 x 26mn
Collection documentaire de Charles Castella, Christian Popp et Alice de Poncheville
Coproduction : ARTE GEIE, Yuzu Productions
Sur Arte le 8 juillet 2021 à 6 h 35
Disponible sur arte.tv du 29/06/2021 au 06/08/2021

« Stefan Zweig, adieu l’Europe » par Maria Schrader
Allemagne, Autriche, 2016, 99 min
Scénario : Jan Schomburg, Maria Schrader

Production : Idéal Audience, Maha Productions, Dor Film Produktionsgesellschaft, BR, WDR, ARTE France Cinéma, ORF, X Filme Creative Pool
Producteur/-trice : Stefan Arndt, Danny Krausz, Denis Poncet, Uwe Schott, Pierre-Olivier Bardet, Kurt Stocker
Image : Wolfgang Thaler
Montage : Hansjörg Weissbrich
Musique : Tobias Wagner
Avec Josef Hader, Barbara Sukowa, Aenne Schwarz, Matthias Brandt, Charly Hübner, André Szymanski, Lenn Kudrjawizki, Vincent Nemeth
Sur Ciné + Club les 29 mai 2018 à 19 h et 1er, 3, 4, 7 ainsi que 8 juin 2018

Sur Arte le 21 novembre 2018 à 20h55

Du 16 septembre au 2 avril 2017
Au Théâtre des Mathurins

Adapté du texte original « Le Monde d’Hier »
Edition Les Belles Lettres – Traduction Jean-Paul ZIMMERMANN
Mise en scène : Patrick PINEAU et Jérôme KIRCHER
Scénographie et Lumières : Christian PINAUD
Musique : Michel WINOGRADOFF
Collaboratrice à la mise en scène : Valérie NEGRE
 
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » par Jean-Pierre Devillers, François Busnel
2013, 52 minutes
Sur Arte le 6 janvier 2015 à 22 h 35, le 29 novembre 2017 à 22h50 
 
Visuels :
La maison de Stefan Zweig à Salzbourg
© Rosebud Productions
 
 
Les citations sur le concert viennent d’Arte. L’article a été publié le 6 janvier 2016, puis les 14 mars et 29 novembre 2017, 28 mai et 21 novembre 2018.
 
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Montevideo es en nuestro país la ciudad donde existe mayor numero de ombúes. Bien curioso resulta este detalle ya que el simpático árbol, que constituye un elemento tan calificado en el paisaje nativo, puedan lucirlo estampas de tan señalado adelanto edilicio como las que ilustran esta nota.

Y es lo cierto que este representante de la flora indígena no desentona junto a los edificios modernos, alardes de la eficiencia de nuestros técnicos. Su tronco de amplia circunferencia, su ramaje retorcido, su copa frondosa, ofrecen un contraste interesante a la sobriedad de lineas de la arquitectura moderna.

Muchos ombúes existen diseminados en toda la vasta extensión de la ciudad. Los hay en extramuros, entre las quintas de verdura, y en la parte céntrica junto a las pulcras calzadas. Aquí los envuelve el incesante estrépito del tránsito, allá un remedo de la paz campesina. Al pasar junto a ellos, si no vamos dominados por las preocupaciones que impone el ritmo acelerado de la vida moderna, en esta capital que es ya una gran ciudad, solemos recordar la vinculación que tienen algunos (como ocurre con aquel del Bulevar España y Luis de la Torre) con ciertos pasajes de la gesta histórica de le República.

Ombu - Bulevar España

El viejo ombú del Bulevar España, el más popular de la ciudad, emplazado en uno de los puntos que ofrecen mejores perspectivas a la hermosa configuración de árbol tradicional, lleno de sugerencias líricas.

El ombú ha contado siempre con la simpatía de nuestro pueblo, que lo conserva con afecto. Como no nos urge a desterrarlo ninguna exigencia de “espacio vital“ lo utilizamos como elemento que a sus cualidades decorativas une el significado que reviste para nosotros en su carácter de centinela permanente de las tradiciones criolla, establecido en el propio centro directivo del país.

Estas cosas no podía comprenderlas Clemenceau (médico, periodista y político francés) cuando se extrañaba del cariño que inspira a los ríoplatenses un árbol inútil, según él lo calificó, ya que no produce frutos ni su madera sirve siquiera para alimentar el fuego.

Ombu - Ramón Anador

Arrobante y esbelto luce este otro secular testigo de nuestro progreso. Arbol que se halla en la intersección de las calles Ramón Anador y Garibaldi, a manera de lírico monumento vegetal que la ciudad respeta y cuida.

La espesura de su fronda proporciona un sitio acogedor para el descanso, que antaño disfrutó el gaucho y aún los pobladores de la campaña gustan buscar le frescura en las tardes estivales, en el amplísimo asiento que la raíz desparrama.

Ya con los habitantes de la urbe las costumbres han cambiado. Cuando el calor nos domina durante los ajetreos de la actividad metropolitana, preferimos a su sombra la de los bares.
Hoy algunos ombúes que el público convierte en refugio durante el verano, mientras espera el ómnibus o el tranvía.

Ombu - Villa Biarritz

Villa Biarritz, que es un barrio moderno, de limpias construcciones de arquitectura audaz e innovadora, luce la legendaria estampa de este ombú, como una demostración de cariño hacia nuestro pasado.

En este caso está el de la Avenida Italia y propios como así el de Ramón Anador y Rosell y Rius, que sirven también como puntos de referencia para indicar direcciones. El ombú continúa firme en su raigambre poderosa estampa contigua en la ciudad moderna estremecida de ruidos e inquietudes.

Escrito por José Muniz Rivero en la revista Mundo Uruguayo, 1945

¿Y los demás?

Ya pasaron mas de 70 años desde que se publicó este artículo en la revista Mundo Uruguayo, los tranvías dejaron de pasar y la fisonomía de la ciudad en muchos casos cambio totalmente, pero los viejos y queridos ombúes siguen ahí viendo crecer a Montevideo.
En el artículo podemos ver fotos antiguas de tres de los ombúes mas representativos de la ciudad, pero hay muchos mas desperdigados, esperamos que nuestros lectores nos aporten los que conozcan y así ir agregando en el artículo.

 

Ombu - Bulevar España

 

[Fuente: http://www.montevideoantiguo.net]

BelgaImage

La chambre civile du tribunal judiciaire a rendu son verdict et a débouté la société Moulinsart. Cette dernière attaquait Xavier Marabout pour contrefaçon et atteinte au droit moral d’Hergé. Finalement le tribunal a jugé en faveur du peintre et a reconnu en plus de ça, « l’exception de la parodie » et « l’intention humoristique ».

Le peintre breton utilise les deux univers assez opposés de Tintin et celui du peintre Edward Hopper. L’un toujours en vadrouille et occupé à mener ses enquêtes et côtoie rarement des femmes, tandis que Hopper conçoit des lieux qui donnent l’impression d’un arrêt dans le temps et surtout d’une grande solitude. En combinant les deux, Xavier Marabout arrive à rendre des scènes très particulières et donnant l’impression de découvrir une facette secrète du célèbre journaliste.

Dénigrement de la part de Moulinsart

Dans son verdict, le tribunal explique dans son délibéré que : « L’effet est constitué par l’incongruité de la situation au regard de la sobriété suivie de la tristesse habituelle des œuvres de Hopper et de l’absence de présence féminine aux côtés de Tintin ». Le tribunal ajoute : « Cet effet invite le spectateur à imaginer une suite. (…) Il n’y a aucun risque de confusion entre Marabout et Hergé ». La société Moulinsart demandait entre 10.000 et 15.000 euros de dommages et intérêts au peintre mais surtout qu’il arrête de « parodier Tintin ».

De plus le tribunal souligne que la société Moulinsart, par contre, a fait preuve de dénigrement vis-à-vis du peintre en indiquant que les œuvres étaient contrefaisantes. « Le tribunal estime que c’est un dénigrement et a ajouté 10.000 euros de dommages et intérêts pour M. Marabout et 20.000 euros de frais d’avocat », comme le rapporte Maître Bertrant Emereux, conseil de l’artiste.

Le peintre, Xavier Marabout est très content de ce jugement. Pour lui, c’est une façon de faire reconnaître son statut d’artiste. Il déclare à l’AFP : « Au fond de moi-même c’est ce que j’espérais (…) Aujourd’hui le tribunal reconnaît la liberté d’expression et l’attitude de dénigrement, c’est une victoire sur toute la ligne ».

Ce n’est pas la première fois que la société Moulinsart intente des procès à des artistes s’appropriant l’univers d’Hergé. Dernièrement un sculpteur a été poursuivi pour contrefaçon pour avoir réalisé des bustes de Tintin.

 

 

[Photo : BelgaImage – source : soirmag.lesoir.be]

Escrito por Claudio Ferrufino-Coqueugniot
Cuando me llegó el resultado de todas mis sangres, estudio que mis hijas quisieron y regalaron, decía que el mayor torrente era el andino, con 28 por ciento, y de ahí un listado inmenso, con cierta dosis Neanderthal que justifica algunos actos, a pesar de que ahora se sabe que estos cavernarios inventaron el arte. Pues en esa lista había casi un 2 por ciento de judío ashkenazi. Hubiera pensado en sefardí, dada España, pero no, de oriente, más allá del Oder, más cerca del Vístula o el Dniester, o de los bosques húngaros o el llano valaco. De Keshenev o del Prypiat. Nunca lo sabré, pero esa sangre me pone a bailar klezmer en domingo, antes de salir hacia la parrillada que prepara mi Aly donde buscaré en el tempranillo las respuestas.
La música klezmer me apasiona. De niño, cuando vi El violinista en el tejado, quedé encandilado. Tea que nunca ha de apagarse, como la de mi antepasado Murillo. No sabía entonces nada. Recuerdo el sonoro nombre de ese pueblo hebreo, Anatevka, de la magia y del misterio. De la sobriedad y fe de esta gente que sin embargo en la fiesta se soltaba con pasión. Fotos de Román Vishniac, me acuerdo. El universo que Hitler quiso destruir. Todavía suenan los violines, el trombón, el fantástico clarinete. Suena, suena el klezmer, mientras se mecen los nazis ahorcados de Minsk porque nadie, nadie, dura mil años. La música sí, cuando llegue el Armagedón habrá entre las ruinas una melodía, seguro. Aunque la escuchen solo y últimas las hormigas.
Tendría que hablar de literatura, de los poemas de Zuzanna Ginczanka que vencieron a la muerte. Mis ojos recorren la tierra negra en las afueras de Jarkov. Ucrania, sí. Y Rusia también. Y la amada Polonia. En el panorama siempre ellos, vestidos de negro, bailando con botellas sobre la cabeza. Largos faldones y la fiesta del Purim. Isaac Bashevis Singer, Babel, Aleichem. Nadie puede negarles historia allí, ni estadía, ni memoria. Pienso en de dónde y por dónde cargo este ashkenazy conmigo. Quiero imaginarme a mí mismo en el bosque oscuro y cerrado alrededor de Vilna, en la fragua de metales fundiendo escudos para eternos héroes de eternas Troyas. Vulcano-Hefestos mientras las pupilas recorren la escritura al revés y sobre las piedras voy escribiendo el nombre de dios, inventando Golems donde no había vida.
El Golem de Gustav Meyrink, sobre quien alguna vez Kafka escribió a Milena Jesenská. ¿Cómo reclamo para mí una cultura si floto entre todas las sangres? ¿Si el cóndor mata al toro y el toro brama? Cómo si me escurro entre los destruidos muros de Zhitomir y amanezco en Uzhorod. Acompaño al vocalista de Gogol Bordello buscando las raíces de un árbol muy vivo y sólido, frondoso y profundo. Chagall. Mazel tov.
[ Fuente: https://bit.ly/3o9ifUn%5D

 

Écrit par Hugo JACOMET

Honoré de Balzac déclare dans son Traité de la vie élégante en 1830 : «Le dandysme est une hérésie de la vie élégante». Opposé à «la vie élégante » qui « n’exclut ni la pensée ni la science », le dandysme est alors une affection seulement de la mode propre aux hommes sots.

Barbey d’Aurevilly lui réplique quinze ans après dans une brochure intitulée Du dandysme et de George Brummell : il déclare en prenant Brummell pour simple mais absolu dandy : « On a considéré Brummell comme un être purement physique, et il était au contraire intellectuel jusque dans le genre de beauté qu’il possédait. »

 

Quelle est donc la différence alors entre « la vie élégante » et « le dandysme » ?

DÉFINITION DU MOT DANDY ET SON IMAGE EN FRANCE

De nos jours le mot « dandy » s’emploie dans un sens positif. Il est d’ailleurs aujourd’hui largement utilisé dans les médias (dont un magazine éponyme) et par les services marketing des entreprises du textile et du cuir pour qualifier l’élégance classique en opposition à la mode dominante dite « casual » (décontractée).

Pourtant l’emploi de ce terme dans la littérature française nous montre qu’il avait plutôt un sens négatif au début du XIXème siècle : comme l’indique le Petit Robert, c’est en 1817 que le premier dandy est mentionné dans la langue française. Il apparaît dans la version traduite de La France, écrit par Lady Morgan l’année précédente en anglais.

L’image du dandy est généralement très négative dans les années 1820 : c’est une personne vaniteuse et médiocre qui porte un intérêt particulier à l’habillement et ainsi se distingue de la règle en usage dans la haute société. Il n’a pas la capacité de surmonter définitivement la norme conformiste de la société (la bienveillance, la politesse etc.) à laquelle il appartient, mais il se joue de cette norme avec un air orgueilleux. Il a un mépris envers ses semblables, mais c’est pourtant paradoxalement leur regard qui assure son existence. Une des particularités du dandysme consiste en ce rapport avec les autres. S’il commet une impolitesse envers les autres, cela ne signifie pas qu’il ne connaît pas le savoir-vivre : il fait exprès ce qu’il ne faut pas faire. C’est une façon de se révolter contre la haute société, mais ce n’est pas une révolution, puisqu’il n’a aucune intention de la renverser car c’est justement cette société qui assure son existence parasite.

Les avis d’Alfred de Musset sont à cet égard intéressants. L’auteur de Lorenzaccio est l’un des auteurs les plus sévères et les plus sarcastiques sur le dandysme au début des années 1830. Dans ses Contes d’Espagne et d’Italie, il considère l’aspect physique de Brummell « monstrueux. » Il continue en 1831 : « Qu’est-ce qu’un dandy anglais ? C’est un jeune homme qui a appris à se passer du monde entier : c’est un amateur de chiens, de chevaux, de coqs et de brandy. C’est un être qui n’en connaît qu’un seul, qui est lui-même. Il attend que l’âge lui permette de porter dans la société les idées d’égoïsme et de solitude qui s’amassent dans son cœur et le dessèchent durant sa jeunesse. Est-ce là que nous voulons en venir ?»

Son mépris pour l’homme oisif s’adoucira pourtant ultérieurement. Dans la préface des Deux maîtresses (1837), Musset avoue que la vie mondaine, comme « assister régulièrement à toutes les premières représentations, manger des fraises presque avant qu’il y en ait, prendre une prise de tabac rôti, savoir de quoi on parle et quand on doit rire, quelle est la dernière rumeur, parier sur n’importe quoi le plus d’argent possible et payer le lendemain en souriant » lui offre « le bonheur suprême. » John C. Prévost considère cette attitude comme du dandysme pur.

Mais l’oisivité et la dépense ne suffisent pas pour être un dandy. Il est évident, cependant, que les hommes français commencent à se prendre eux-même pour des hommes mondains, alors que la toilette masculine trop élégante est considérée comme un méprisable phénomène anglais jusqu’à la fin des années 1820.

En 1835, un article favorable au mot « dandysme » paraît enfin dans la revue La Mode ; « Le dandysme de bon ton n’exclut pas une certaine originalité de costume, surtout pour les promenades aux bois de Boulogne et les courses.» La même année, le mot « dandy » apparaît pour la première fois dans un dictionnaire français. Le Dictionnaire de l’Académie Française le définit : « Mot tiré de l’anglais par lequel on désigne, même en France, un fat épris de sa toilette, un homme d’une tournure affectée.»

Il faut attendre Du Dandysme de Barbey d’Aurevilly pour que le mot prenne un sens nouveau. L’auteur déclare : « le dandysme était surtout l’art de la mise, une heureuse et audacieuse dictature faite de toilette et d’élégance extérieure. Très certainement c’est cela aussi; mais c’est bien davantage. Le dandysme est toute une manière d’être, et l’on n’est pas un dandy que par le côté matériellement visible. » Selon Barbey, le dandysme n’est donc plus uniquement l’effet de la mode, mais une mentalité, un état d’esprit.

Citons encore l’avis de Chateaubriand pour préfigurer cette transformation du dandy : «Aujourd’hui (1846), écrit-il, le dandy doit avoir un air conquérant, léger, insolent; il doit soigner sa toilette, porter des moustaches ou une barbe taillée en rond comme la fraise de la Reine Elisabeth, ou comme le disque radieux du soleil. Il signe la fière indépendance de son caractère en gardant son chapeau sur sa tête, en se roulant sur les sofas, en allongeant ses bottes au nez des ladies assises en admiration sur des chaises devant lui. (…)»

Dans l’histoire de France d’après la révolution, Balzac est l’un des premiers écrivains qui remarque l’importance du vêtement masculin comme représentation sociale.

Ce qui est capital, c’est que la publication du Traité de la vie élégante coïncide avec le tournant de l’image de l’homme mondain en France : d’une part le mépris pour le phénomène d’anglomanie, d’autre part l’exigence de l’apparence (ou l’appartenance) de la nouvelle classe sociale dans la monarchie de juillet. Le Traité de la vie élégante est donc prioritairement adressé à cette nouvelle classe –– c’est-à-dire la bourgeoisie –– qui commence à dominer la société française.

LA VIE ÉLÉGANTE

À cette époque, il n’existe pas encore à Paris de distinction entre les quartiers populaires et bourgeois : toutes les conditions sociales au cœur de la capitale s’entassent pêle-mêle dans une masse hétérogène. Cette cohabitation sera interrompue par l’extension industrielle vers l’est et par le développement des quartiers populaires à l’époque des démolitions.

Dès lors une ville nouvelle s’étend tout autour du vieux Paris médiéval, délimitant rigoureusement chaque couche sociale. Les « étrangers » du Paris d’antan se catégorisent ainsi : les uns voulant s’intégrer dans les bons milieux avec la ferme conviction de se différencier des gens du peuple, à l’exemple des héros de Balzac (ex. Lucien de Rubempré dans Les illusions perdues). Les autres s’efforçant de se mêler à la foule, comme les présente Victor Hugo dans ses romans. Charles Baudelaire sera conscient de ces deux caractères sociaux. En tant que critique, il s’adressera aux bourgeois qui veulent s’anoblir (les Salons, notamment celui de 1846). En tant que poète, il décrira les étrangers mêlés à la foule parisienne (L’étranger, Les foules).

La différence sociale est également perceptible à travers l’apparence vestimentaire. Bien que le décret de la Convention (1793) ait déjà reconnu le principe démocratique de la liberté vestimentaire, le vêtement reste le repère prépondérant d’une classe sociale au début du XIXème siècle. Il est vrai que La Révolution a supprimé symboliquement l’image du noble en culotte. Mais l’habillement se manifeste toujours comme l’expression d’une classe. Dans un sens, les critiques véhémentes du dandy s’expliquent dans cette circonstance : le dandysme est non seulement une mode venue d’Angleterre qui a vaincu Napoléon, mais il est aussi l’image des aristocrates.

C’est à partir des années 1820 que l’industrie textile s’installe à Paris et ainsi la liberté vestimentaire devient réellement possible pour les petits bourgeois. Cela correspond au changement de l’image des hommes mondains. Désormais le goût évolue et se libéralise selon ces transformations sociales et la distinction vestimentaire sert de plus en plus la nouvelle classe sociale. Ainsi le goût pour le vêtement commence à se manifester dans le milieu bourgeois comme un signe d’appartenance. C’est dans ce contexte qu’Honoré de Balzac publie son traité de la vie élégante.

Balzac est d’ailleurs conscient de cette lutte sociale au niveau vestimentaire : alors qu’il définit la vie élégante comme « la perfection de la vie extérieure et matérielle », celle-ci exige aussi « le sentiment ». La vie élégante, telle que la conçoit Balzac, n’est pas purement matérielle, mais c’est une pensée pour « se faire honneur de sa fortune ».

Balzac classe la vie des hommes en trois catégories : la vie occupéela vie d’artiste et la vie élégante. Au sens littéral, ce Traité serait un éloge de la troisième catégorie qui regroupe « le haut fonctionnaire, le prélat, le général, le grand propriétaire et les princes. »

Cependant ce texte n’est pas destiné uniquement aux aristocrates de naissance ou aux nobles, mais aussi aux parvenus : car la vie élégante surgit après que Napoléon soit devenu Empereur, et « aujourd’hui, les nobles de 1804 ou de l’an MCXX ne représentent plus rien ». C’est-à-dire que le titre de noblesse n’a plus beaucoup d’importance.

Ainsi, l’élégance n’est plus destinée uniquement aux nobles, mais elle est accessible à tout le monde. Ce traité est dans ce sens un manuel pour la nouvelle classe dominante, constituée par la bourgeoisie arriviste et par l’aristocratie bien consciente du pouvoir après la Révolution de 1830. Le but est de conquérir et de conserver leur éminent statut social, en affichant leur supériorité par une apparence élégante. Et c’est l’artiste, tel que Balzac, qui inspire ce nouveau mode de vie.

C’est pourquoi même si l’artiste est de deuxième catégorie, il est du côté de la vie élégante, des dominants de la société nouvelle. Ainsi, comme le remarque Annie Berq, Honoré de Balzac est l’un des artistes qui « représentent les romantiques de gauche déçus par 1830 mais ayant conclu un compromis avec la monarchie bourgeoise. » L’observation balzacienne de la société française est remarquable dans ce sens : « N’avons-nous pas en échange d’une féodalité risible et déchue, la triple aristocratie de l’argent, du pouvoir et du talent, qui, toute légitime qu’elle est, n’en jette pas moins sur la masse un poids immense, en lui imposant le patriciat de la banque, le ministérialisme et la balistique des journaux et de la tribune, marchepieds des gens de talents ? Ainsi, tout en consacrant, par son retour à la monarchie constitutionnelle, une mensongère égalité politique, la France n’a jamais que généralisé le mal : car nous sommes une démocratie de riches. »

Balzac insinue donc une critique de l’actualité politique en usant d’un ton caricatural et plaisant. Après la Révolution de 1830, même si l’on réclame l’égalité de tout le peuple français, « une révolution populaire est impossible aujourd’hui ».

Il ne s’agit donc pas d’entraver le changement de société, mais de trouver un moyen de mieux y réagir. L’important est de savoir comment se comporter dans cette « démocratie de riches » dont le but est « de substituer l’exploitation de l’homme par l’intelligence à l’exploitation de l’homme par l’homme. » Il n’est pas suffisant d’avoir un talent quelconque, mais il faut aussi connaître les stratégies pour se hisser plus haut ou conserver son statut social dans ce monde où tout est institutionnalisé par le pouvoir de l’argent.

Ce que signifie « le sentiment » chez Balzac, c’est donc une pensée figurée par l’apparence matérielleL’élégance est considérée comme une arme politique, et non pas uniquement comme l’effet superflu de la mode. La classe bourgeoise montrera et affirmera sa puissance par ce truchement. C’est l’une des raisons pour laquelle la vie élégante est précisément différente du dandysme.

L’élégance que décrit Balzac doit être présente dans tous les aspects de la vie, c’est-à-dire qu’elle doit concerner non seulement le vêtement, mais aussi tous les éléments de la vie, de la maison, des meubles ou des accessoires. Balzac insiste aussi sur la simplicité et la propreté du vêtement. Il conseillait par exemple de porter des habits et des objets pas trop précieux, pour qu’ils puissent être réparés ou changés.

Cette élégance dont parle Balzac est donc de la mode : elle est non seulement rachetable, mais aussi renouvelable et évolutive. C’est le contre-exemple du dandysme qui porte toujours le même costume de la même manière.

Le dandy garde ses objets préférés toute sa vie (par exemple la collection des tabatières de Brummell), alors que la vie élégante n’a pas de fétichisme de ce genre. Le dandysme est autrement dit un mépris pour l’évolution fondée sur la « démocratie de riches ». En matière de mode, le dandysme est un anachronisme traditionnel tandis que « la vie élégante » est une évolution novatrice basée sur le capitalisme.

Nous avons dit tout à l’heure que la vie élégante est une pensée en faveur de l’ascension sociale. C’est pourquoi Balzac considère le dandysme comme une hérésie de la vie élégante. Non seulement le mot « dandy » est synonyme des Anglais s’intéressant à la mode jusqu’au début des années 1830, mais encore il diffère de la vie élégante, n’impliquant ni l’ambition politique ni l’envie d’appartenance à une classe.

Le dandysme ne contient donc aucune ardeur politique.

Faisons tout de même attention : ce manque de passion ne se traduit pas nécessairement en manque de conscience ou de pensée.

Prenons un exemple : LE dandy, George Brummell. Mais ce n’est pas le Brummell de Balzac. Le vrai Brummell a démissionné de son poste alors qu’il était « le plus jeune capitaine du plus magnifique régiment de l’armée », tout simplement pour rester à Londres. Étant bourgeois – fils du secrétaire du Premier Ministre britannique – il aurait dû se rendre à Manchester pour sa carrière militaire, et ainsi grimper l’échelle sociale.

Son biographe qualifie cette décision de « démarche folle ». Brummell n’avait cependant ni ambition ni calcul pour son avenir. Son métier – s’il en avait un – c’était l’oisiveté. C’est d’ailleurs lui qui était le vrai « homme oisif ». Alors que les autres hommes oisifs exemplaires de Balzac – les fonctionnaires, le prélat, le général, etc. – ont leurs professions ou occupations respectives, Brummell, lui, n’était qu’un inoccupé.

Il eut cependant maintes occasions d’avoir une profession et ainsi d’être riche dans sa vie : possédant une silhouette parfaite, il aurait pu même gagner sa vie en tant que modèle pour un artiste. Il aurait aussi pu publier ses mémoires pour une somme d’argent considérable. Ou bien s’il avait vendu les lettres de ses amis célèbres tels que Byron ou le futur George IV, il aurait pu au moins régler ses dettes.

Mais malgré tout il ne voulait pas gagner sa vie. Même si ses fidèles amis lui ont offert un poste du consul de Caen en 1829, il en a démissionné peu après. Il ne voulait ni gagner sa vie, ni devoir quoi que ce soit à personne. Paralysé à partir de 1834, criblé de dettes, il fut mis en prison en 1835. Ruiné, dépassé, perdant la tête en 1837, Brummell n’a plus eu la possibilité financière de soutenir le train de vie de dandy. Il a payé sa dette à la nature, oublié dans un asile d’un pays étranger… Il restera fidèle à son unique métier jusqu’à la mort : le désœuvrement.

Son refus de la production a un sens : l’indépendance vis à vis des autres. Il reste consciemment inactif. Il ne se permet pas de jouer un rôle qui ne lui appartient pas. Les uns jugeraient stupide cette impéritie en le considérant comme un cabotin. D’autres, comme Baudelaire, le considéraient, au contraire, comme héroïque.

Selon Balzac, « le dandysme est une hérésie de la vie élégante ». Bien que le dandy ne fasse rien comme l’homme de la vie élégante, il n’a pas non plus d’ambition ou de calcul pour son avenir. Il veut rester fidèle à lui-même. Il y a donc une différence de modalité de l’élégance : pour le dandy, l’élégance est déjà acquise avant qu’il ne monte l’échelle sociale (Barbey l’appelle « vocation »), alors que l’homme de la vie élégante l’apprend par une éducation.

Le dandy devient le dictateur justement et uniquement par son élégance innée, alors que l’homme de la vie élégante s’intéresse à la mode comme l’un des moyens pour arriver à la classe dominante et ainsi consolider son statut social. Le dandy veut se distinguer du milieu auquel il appartient, la vie élégante cherche une adhésion à la caste supérieure. L’élégance est une dépense pure pour le premier, elle est un investissement pour le second.

D’un certain point de vue, c’est un résultat de la différence de régimes entre deux sociétés qui engendrent ces termes : la Société anglaise du début du XIXème siècle est une monarchie absolue où l’accès à la noblesse est presque impossible, alors que la Société française vient d’adopter « la démocratie des riches », à laquelle les bourgeois nantis et les hommes ambitieux veulent et peuvent affirmer leur pouvoir par leur apparence.

La vie élégante est ainsi fondamentalement différente du dandysme.

En matière de sociabilité, Balzac partage encore les hommes élégants en trois catégories.

L’homme de la première catégorie possède « la grâce suffisante », il est un méthodique de l’élégance.

Celui de la deuxième catégorie possède quant à lui « la grâce essentielle », il est un calculateur de l’élégance.

Le troisième possède « la grâce divine et concomitante », il est aimable, délicat, naïf et naturel. Le pouvoir de ce troisième « est le grand but de la vie élégante », écrit-il. La vie élégante suprême n’est alors ni méthodique, ni calculatrice.

Balzac nous indique donc que la vraie élégance n’est finalement pas à apprendre, mais qu’elle est innée comme un titre de noblesse. Il y a ici une contradiction interne : car, comme dit Balzac, si « la vie élégante n’exclut ni la pensée ni la science, elle les consacre», elle serait donc toujours inévitablement calculée, alors que la grâce naturelle et naïve ne peut être acquise par l’apprentissage. Elle est quelque chose de spontané.

Ici, apparaît le défaut de ce Traité en tant que manuel, mais aussi son intérêt : cette contradiction implique que la vraie relation humaine dépasse la pensée calculatrice. La grâce suprême, « le pouvoir magnétique », est autrement dit une contrepartie de la hiérarchie sociale déjà établie, basée sur la richesse : on peut s’afficher élégant grâce au pouvoir économique, mais au fond la vraie élégance dépasse même ce calcul.

Barbey n’a pas moins de passion en matière de grâce : c’est d’ailleurs le point le plus divergent entre les deux auteurs. Barbey se moque de la grâce naturelle, même en parlant de la société anglaise : « Est-ce que la grâce simple, naïve, spontanée, serait un stimulant assez fort pour remuer ce monde épuisé de sensations et garrotté par des préjugés de toute sorte ? » D’ailleurs, le dandy lui aussi attire les hommes comme s’il avait une grâce, mais cette attirance est toujours artificielle et diabolique, et c’est là toute l’ironie. Elle empoisonne petit à petit son entourage et à la fin c’est lui-même qui meurt par son propre poison.

Mais justement ce pouvoir du mal était nécessaire pour le dandy. « Si sa grâce avait été plus sincère, écrit Barbey, elle n’aurait pas été si puissante; elle n’eût pas séduit et captivé une société sans naturel. » Autrement dit, c’est grâce à cet artifice unique que le bourgeois Brummell (rappelons-le : il n’était pas noble) a réussi à régner sur la société des nobles, alors que l’arrivisme y était presque impossible. Ainsi sa « grâce », ou plutôt son ironie, était un reflet de la société.

C’est pourquoi l’auteur des Diaboliques insiste sur la « vocation » de Brummell et limite le phénomène du dandysme uniquement à l’Angleterre aristocratique et protestante.

L’IMAGE DE BRUMMELL

Mon père était un domestique très respectable, mais qui avait su, lui, se tenir à sa place toute sa vie. George Brummell

Être un homme utile m’a toujours paru quelque chose de bien hideux. Charles Baudelaire, Mon cœur mis à nu.

Malgré le fort désaccord entre la vie élégante et le dandysme, l’image de Brummell plaît non seulement à Barbey mais aussi à Balzac. Balzac insère dans son Traité une conversation fictive avec Brummell, située à Boulogne. La possibilité de cette rencontre a d’ailleurs réellement existé. Brummell a en effet fait un court passage à Paris en septembre 1830, ayant été nommé consul de l’Angleterre à Caen l’année précédente.

Cette insertion de l’actualité dans son oeuvre montre l’habileté de chroniqueur de Balzac pour attirer l’attention des lecteurs. Mais ce qui est plus significatif, c’est que Brummell, « ex-dieu du dandysme », est l’arbitre de l’élégance même : si « la vie élégante » est le respect de la législation, c’est le dandy qui fait la loi. Le dandy impose la règle, et la vie élégante la suit. Mais le dandysme n’est-il pas précisément une « hérésie » pour Balzac ? Il est vrai d’ailleurs que Brummell est considéré comme l’arbitre des élégances de l’époque, mais n’était pas, pour autant, un théoricien dogmatique de la beauté.

Le dandy n’accepte la règle que pour mieux la renier.

De plus, son dandysme est, contrairement à la vie élégante, sans utilité en tant que code social. Il évite toute soumission aux lois. Citons Barbey : « (…) les dandys, de leur autorité privée, posent une règle au-dessus de celle qui régit les cercles les plus aristocratiques, les plus attachés à la tradition, et par la plaisanterie qui est un acide, et par la grâce qui est un fondant, ils parviennent à faire admettre cette règle mobile qui n’est, en fin de compte, que l’audace de leur propre personnalité.»

L’image de Brummell projetée par Balzac n’est donc plus «dandy» dans ce sens-là. C’est pourquoi Brummell est pour Balzac un « ex-dieu du dandysme ». Tandis que Barbey essaie d’esquisser « l’esprit » de Brummell, Balzac décrit Brummell dénué du dandysme pour mieux concrétiser ses dogmes (« sentiments »). Ainsi les positions de Balzac vis à vis du dandysme sont-elles variées et souvent contradictoires.

Mais signalons que ce n’est pas seulement Balzac qui veut épargner à Brummell le fait d’être qualifié de dandy : Captain Jesse, le dernier ami et premier biographe de Brummell, évite justement d’utiliser le mot dandy pour son héros : « Ce mot, écrit-il en 1844, appelle toutes sortes d’associations d’idées, qui ont pour dénominateur commun la vulgarité. » Le terme « dandy » a donc toujours un sens négatif pour cet anglais. Jesse nie naturellement l’extravagance de ce dandysme à l’époque : « (…) la seule caractéristique de la mise de Brummell était qu’elle était simple et de bon goût, ce qui va à l’encontre de l’opinion commune chez ceux qui ne l’ont pas rencontré (…)» Balzac et Jesse sont ainsi complices au point où ils rayent le nom de Brummell de la liste des dandys.

La révolution vestimentaire chez leur héros, c’est la soustraction des éléments superflus. Le principe de cette élégance repose donc sur la sobriété et sur l’accord. Mais s’il s’agit de simplicité et de bon goût, Barbey n’insiste-il pas lui aussi sur le sujet à maintes reprises ? Ces trois témoins essaient donc de sauver Brummell de l’image du dandy affublé d’un costume criard. La particularité de Barbey consiste en son affirmation sur le dandysme. Son dandysme n’est pas simplement l’apparence vestimentaire, c’est aussi, et peut-être surtout, une éthique.

Par la combinaison de l’esprit du dandysme et de Brummell, il donne un sens positif, subtil et historique à la vanité, considérée jusqu’alors comme un caractère vil et négligé. C’est pourquoi il commence Du dandysme par ces mots : « Les sentiments ont leur destinée. Il en est un contre lequel tout le monde est impitoyable : c’est la vanité. » Nous rappelons que « le sentiment » de Balzac sur l’apparence était un calcul.

Tandis que le Traité de la vie élégante est un manifeste positif pour la mode masculine, Du dandysme est un plaidoyer pour la frivolité.

Alors que Balzac essaye de transmettre l’utilité de la mode à travers l’image de Brummell, Barbey affirme son inutilité même. Balzac veut sauver l’honneur de Brummell du gouffre infernal de la vie misérable (signalons que la parution de son article date de 1830). Barbey veut contempler son agonie même avec les yeux pleinement ouverts.

LE DANDYSME SERAIT-IL FINALEMENT STRICTEMENT ANGLAIS ET LA VIE ÉLÉGANTE FRANÇAISE ?

Nous avons rapidement examiné la différence entre « la vie élégante » balzacienne et « le dandysme » d’Aurevillien. La devise de Balzac (« le dandysme est une hérésie de la vie élégante ») semble donc une idée plutôt raisonnable.

Pourtant elle est discutable car le dandysme est antérieur à la vie élégante qui est apparue après l’Ancien Régime, durant lequel l’éthique du dandysme existait déjà. Comment donc être une hérésie de quelque chose qui est apparu après ?

Dans ce sens-là, c’est la vie élégante qui serait plutôt une hérésie du dandysme. Mais il est vrai cependant que la vie élégante a envahi progressivement la société française après la Monarchie de Juillet, faisant ainsi du dandysme une forme d’hérésie.

C’est à partir de ce moment-là que le dandysme figurera la résistance héroïque contre la démocratie dans laquelle la valeur aristocratique perd de son aura.

Balzac est bien conscient de son époque : la société française adopte une démocratie basée sur la richesse. L’homme de la vie élégante se distingue manifestement des gentilshommes de l’Ancien Régime. Le paraître du premier consiste dans la richesse, celui du dernier consiste dans le titre de noblesse.

La parution de son Traité correspond donc non seulement au surgissement de la bourgeoisie, mais aussi à celui du capitalisme. C’est d’ailleurs grâce à la révolution industrielle que le tissu est produit à un prix raisonnable et que le vêtement devient plus accessible au petit bourgeois. Cette révolution contribue aussi à l’évolution de l’apparence masculine. Il y a désormais une mode pour l’homme.

La distinction d’apparence sert toujours à la classification sociale, mais dans la vie élégante il y a une liberté vestimentaire pour les peuples. La vie élégante n’est pas, dans ce sens, purement matérielle : elle exige « un sentiment », un calcul pour s’anoblir.

C’est une pensée pour mieux agir dans la société démocratique par le truchement de l’apparence. Ainsi, après la Révolution de 1830, une nouvelle caste affichant son élégance domine la société française. Dans ce sens-là, Le Traité de la vie élégante sert de manuel à cette nouvelle classe sociale. Il montre une appartenance et décrit l’uniforme de la bourgeoisie.

Quant au dandysme, il est considéré en France comme un phénomène de mode anglais jusqu’à la fin des années 1830. Le dandy signifie un homme vaniteux, s’intéressant exclusivement à son apparence. Son image est matériellement figurée par le costume criard et par la fameuse cravate blanche de Brummell.

Balzac emploie Brummell comme effigie de son Traité en lui donnant le rôle de conseiller de l’élégance. L’auteur sauve ainsi l’honneur de « Beau » Brummell du mot dandy fortement déprécié. Quinze ans après Barbey d’Aurevilly entame lui aussi le changement de l’image brummellienne. Mais son entreprise implique la transformation du dandysme même.

Non seulement il nie le dandy perçu comme une poupée déguisée, mais encore il essaye de décrire « l’esprit » du dandysme. Pour autant, cet esprit n’est pas autre chose que de la vanité. Bien que la vanité soit considérée comme un vice et ainsi méprisée jusqu’alors, il confirme la valeur de ce « vice » même. Barbey riposte à Balzac en montrant la pensée propre au dandysme. Tandis que Balzac vulgarise la mode masculine avec son Traité, Barbey réhabilite la vanité comme une qualité d’homme dans son Dandysme.

La différence entre ces deux textes procède donc de deux sociétés particulièrement dissemblables : alors que le dandysme est engendré par la monarchie absolue en Angleterre, la vie élégante surgit de la démocratie basée sur le capitalisme en France.

Ces deux essais ont ainsi une valeur comme critique sociale.

NB*: Ce texte est directement issu des remarquables travaux de Renta Komuro, dont nous reprenons in extenso de nombreux passages. merci à lui pour ce formidable travail de recherche et d’analyse.

[Source : http://www.parisiangentleman.com]

La figura de Benito Juárez se ha transformado, a lo largo de la historia mexicana, a capricho de oficialistas, revolucionarios, liberales y redentores. Un nuevo libro analiza las imágenes, objetos, lugares, textos y discursos que construyen, moldean y reconstruyen su memoria de héroe oficial y consagrado.

Escrito por Erika Pani

En distintos lugares del mundo, estos han sido días de pintarrajear y derrumbar estatuas, de legislar contenidos de programas escolares y fiestas patrias. Sorprende un poco que, en medio de una pandemia global y de profundas crisis económicas y políticas, sea la memoria nacional consagrada y visible la que irrita y confronta. El malestar es sintomático, quizá, de algo más profundo, de una necesidad de reconfigurar la manera en que se piensa la historia de una comunidad política, las formas en que se imaginan sus referentes, sus símbolos y su sentido. Por eso es tan oportuno el libro de Rebeca Villalobos. El culto a Juárez analiza la construcción y reconstrucción, a lo largo de cien años, de un objeto de memoria particularmente potente: la imagen heroica y patriótica de Benito Juárez.

Se trata de un objeto de estudio privilegiado, dada la rapidez con la que, como reseña el libro, la figura de Juárez se fija, se aísla y se hace arquetipo; se difunde por medios diversos y se convierte en parte del repertorio conceptual y visual de los mexicanos. Para desmenuzar los distintos elementos de este proceso, para entender “el vínculo, teórico en principio, entre estética y política” (p. 22) Villalobos analiza la retórica del culto juarista, mediante imágenes, lugares, objetos y textos. O, mejor dicho, analiza la producción de imágenes que se leen y se ven como discursos, ponderando siempre “sus posibilidades de difusión y asimilación en la esfera social” (p. 101).

Tras su muerte Juárez dejó de hacer política para convertirse en el héroe de un mito patriótico excepcionalmente persistente. Prácticamente al día siguiente de fallecer, el político habilidoso, polémico, formidable y temible que había dominado el escenario nacional desde la Guerra de Reforma se esfuma de las páginas de los periódicos. Incluso los caricaturistas, acostumbrados a no dejar títere con cabeza, tratarían, a partir de entonces, al Benemérito con respeto.

Los esfuerzos por consagrar a Juárez, por dotar a su imagen de sentidos didácticos, no fueron obra de un oficialismo monolítico, tampoco fueron impuestos a un pueblo inmóvil y receptivo. Involucraron a una gran diversidad de actores: quienes se oponían al gobierno de Díaz desde el liberalismo; quienes vieron en la difusión del culto juarista una oportunidad para hacer negocios; los mexicanos y extranjeros que buscaron capitalizar el melodrama de la biografía del hombre que encarnó a la patria para la pantalla grande o chica; el gobierno revolucionario y quienes hubieran querido que la Revolución fuera más lejos. Villalobos rastrea la forma en que, fincándose en la imagen de moderna sobriedad republicana —la levita oscura, la leontina, el reloj, la banda presidencial— que Juárez mismo había cultivado durante décadas, se abstrae al símbolo de la experiencia.

Por escrito, algunos pretendieron ponderar los méritos de Juárez o, en el caso de Francisco Bulnes, demostrar que no tenía ninguno. Se trató, como demuestra la autora, de un debate entre iniciados que, sin embargo, al desarrollarse dentro de una esfera pública marcada por la deliberación y la negociación, terminó postulando al legado juarista “como una lección” de ciudadanía y buen gobierno (pp. 191-192). En el plano de lo visual, se borraron las vivencias de Juárez, sus hazañas, sus errores y sus cuitas; desaparecieron sus colaboradores; se desdibujó incluso su cuerpo, quedando a menudo sólo su cabeza, cuyas numerosas iteraciones van de lo extraordinario —la litografía de J.F. Lizardi de 1877— a las que tienen el encanto de una monografía de papelería.

Villalobos muestra las formas en que este contorno esquemático, esta “imagen estandarizada, estereotipada e incluso acartonada del Benemérito”, permitió a distintos autores, en varios momentos, transmitir sentidos propios. La figura de Juárez encarnó el liberalismo patriótico, el derecho y la ley, así como la resistencia en contra de la agresión extranjera. Durante gran parte del siglo XX, sin perder estos atributos, representó la lucha por la dignidad de un pueblo y por la justicia social —paradójicamente, quizá, el agrarismo, el indigenismo— y el antiimperialismo.

Especialmente sugerente es el análisis que hace la autora de la evolución en la representación de la identidad étnica de Juárez. Para los liberales del XIX,  si “aquel indio oscuro” había logrado encarnar —así lo escribió líricamente Guillermo Prieto— “como en bronce las leyes del honor”, se debía a su “asombrosa capacidad para dejar de serlo” (p. 109, p. 63). En cambio, para los revolucionarios, Juárez era la manifestación más auténtica, más profunda de la nacionalidad, y esto se debía precisamente a que era indígena. Aquellas virtudes cívicas —la impasibilidad, la tenacidad, la parsimonia— que el Benemérito había cultivado eran características naturales de los zapotecas.

Ahora bien, mientras que el libro desmenuza productivamente las distintas aristas de las lecturas políticas y nacionalistas de la figura de Juárez, nos quedamos con las ganas de saber más sobre las intenciones de comunicación en otras representaciones conocidas del presidente oaxaqueño, como las que hicieron artistas como Rufino Tamayo y Franciso Toledo.

Aun así, El culto a Juárez demuestra que la proteíca capacidad comunicativa del ícono juarista se debe, en parte, a su estereotipación y difusión. Villalobos cierra el libro adentrándose en el fenómeno contrario, el de la “sublimación” del héroe, que transforma lo conocido en ominoso, y convierte la figura del Benemérito “en un objeto de contemplación estética que se torna extraordinario y en muchos sentidos inaprensible” (p. 214). Analiza dos monumentos, separados por el siglo que enmarca el estudio: el mausoleo de Juárez en San Fernando, esculpido por los hermanos Islas, y la Cabeza de Juárez que ideara, a principios de los setenta, el artista Luis Arenal para la delegación Iztapalapa.

Un análisis minucioso —que tiene el mérito, en el caso de la Cabeza, de no haberse detenido en lo horrendo que resulta el objeto de estudio— descifra los elementos que hacen de estos dos conjuntos escultóricos objetos estremecedores, “fascinantes pero al mismo tiempo engimáticos” (p. 216). A diferencia de las otras imágenes del Benemérito que aquí se estudian, la Cabeza resultó, además, un fracaso: marginada, abandonada; no sólo incomprendida sino incomprensible. La expresión más fea de este culto resulta entonces, quizá, la más elocuente, al expresar “las contradicciones” —¿el desgaste?— de una “cultura cívica” (p. 265) atravesada por las tensiones encontradas del régimen de la revolución, institucionalizada, vieja ya de más de medio siglo.

Este libro escudriña la evolución de una imagen ubicua, arquetípica y repetitiva: la de Juárez el Impasible. Parte de una perspectiva original y sugerente, que valora los mecanismos de construcción del culto a Juárez “desde un punto de vista retórico” (p. 100). Al explorar la forma en que palabras, trazos y representaciones buscaban enaltecer, sentenciar, convencer o conmover, Villalobos analiza no sólo las ideas de sus artífices sino sus estrategias, dentro de contextos de enunciación determinados. Articula su análisis de la retórica juarista en torno al principio de que todo “intento de persuadir […] involucra un emisor (no solo real sino construido) y una serie de lectores (no sólo efectivos sino posibles)” (p. 102). Aunque no pretende hacer un estudio de la recepción del culto juarista (p. 104, p. 218), los interlocutores están siempre presentes.

El culto a Juárez, entonces, arroja luz sobre un siglo de cultura política capitalina, sus continuidades y rupturas: la figura de Juárez es a un tiempo mirador y producto de este entramado de lenguaje y símbolos con los que interpretar e interpelar una comunidad política. Aunque no es su objetivo central, este estudio pone de manifiesto los límites de la aparentemente eterna discusión sobre la historia “oficial” o “de bronce” que tanto interesa a los historiadores. Mientras que los oficialistas alegan que la historia es imprescindible para fomentar el amor a la patria, sus detractores insisten en que resulta maniquea y manipuladora, plana y simplona, en que genera traumas y complejos. Estas disquisiciones son, sin embargo, inútiles, si no averiguamos —y El Culto a Juárez sugiere algunas de las formas para hacerlo— cómo la historia que se enseña es percibida y asimilada. Lo poco que sabemos sugiere que lo que más debería preocuparnos es lo aburrida que a menudo resulta.

El libro de Rebeca Villalobos es una investigación sólida, ágil, apuntalada por una propuesta teórica clara y sofisticada. Muestra cómo las imágenes, los objetos y los lugares de memoria resuenan, convencen, emocionan… o enmudecen y estorban. Sugiere por qué, en algunos casos, enfurecen. Resultan objetos de estudio fascinantes, y su análisis, sobre todo en este momento, provocador. Ponen de manifiesto la relación, saludablemente inestable, entre el pasado y el presente. Nos obliga a preguntarnos sobre lo que tiene que hacer la historia para reverberar en el mundo en que vivimos. De manera más amplia, y quizá más trascendente, nos invita a pensar y a articular, como comunidad, lo que deben ser nuestros lugares de memoria.

Rebeca Villalobos Álvarez, El culto a Juárez. La reconstrucción retórica del héroe (1872-1976), Ciudad deMéxico, Universidad Nacional Autónoma de México / Grano de Sal, 2020, ed. digital.

[Fuente: .nexos.com.mx]

Que reste-t-il, vingt ans après sa mort, du Fou chantant comme on pouvait le surnommer ? Quelques films où il fait l’acteur, près de 1000 chansons originales, un musée à Narbonne dans sa maison natale et beaucoup, beaucoup de reprises, dans sa « Douce France » qu’il a tant chanté et dans le monde entier.

Charles Trenet sur la scène du théâtre des Champs-Élysées à Paris, septembre 1987.

Écrit par Marjorie Bertin

Pour beaucoup d’auteurs compositeurs francophones, Charles Trenet qui disparaissait le 19 février 2001, est une influence, un artiste incontournable, une « révolution » dans la chanson française, à laquelle il a apporté le swing et une certaine idée de la poésie, libre, populaire, qui transforme la réalité à chaque coin de rue.

La reconnaissance des artistes est grande et éclectique : Léo Ferré disait qu’il était « le plus grand, le seul qui m’ait vraiment surpris » ; Jacques Brel affirmait que « sans lui nous serions tous des experts-comptables » ; Alain Souchon le voit comme une religion. Quant au rappeur Booba, il trouve dans son écriture « des flashes, des univers, des ambiances » (Libération, 24/11/2013) !

Fervent admirateur aussi, Jacques Higelin le chante pendant plus d’un an avec la série de concerts Higelin enchante Trenet qui donnera, en 2005, un disque live éponyme sur lequel il reprend des classiques surréalistes comme Le Jardin extraordinaireLe Soleil et la Lune ou encore Boum !

Dix ans plus tard, c’est Benjamin Biolay qui s’empare du répertoire du « fou chantant » pour un album studio qu’il réalise avec le guitariste et pianiste Nicolas Fiszman et le percussionniste Denis Benarrosh. Loin de puiser dans le Trenet surréaliste, c’est le Trenet des villes que Biolay célèbre sur l’album Trenet (2015).  Il interprète des ritournelles comme La Romance de Paris, Coin de rueEn avril à ParisLe Grand Café et bien sûr Revoir Paris arrangées avec élégance et sobriété. Benjamin Biolay fait dans la dentelle pour célébrer celui dont il évoque l’écriture en ces termes « Apprendre les accords de Trenet, c’est apprendre une langue étrangère. Ses mots sont d’une grâce absolue ».

Une pluie d’hommages donc. Mais pas seulement. Certaines reprises sont parfois moins policées. Charles Trenet, c’est aussi une certaine image de la France, un répertoire parfois perçu comme un brin réactionnaire, des soupçons de Collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale…

Trenet, c’est parfois un style suranné, perçu même comme un peu niais. Ainsi sur GabyAlain Bashung détourne-t-il un vers de La Mer avec une ironie mordante « Tu veux qu’j’te chante La Mer ? Le long, le long, le long des golfes, pas très clairs », soulignant que la vie n’est pas si douce et métamorphosable que dans les chansons du poète.

Mais la reprise la plus « punk » est certainement celle de Douce France par Carte de séjour en 1986. Alors que la France renforce ses lois migratoires et que le Front national conquiert ses premiers sièges à l’Assemblée nationale, Rachid Taha se fait accompagner à la basse, à l’oud et à la derbouka, pour une reprise rock et raï de la chanson la plus rurale et, peut-être, la patriotique du poète… Un choix totalement assumé par Rachid Taha« C’est par ironie pour une France qui justement n’était pas douce pour les immigrés que nous avons choisi ce titre », dit-il. Et pourtant, les mots mouvants, pas du tout figés passent très bien sur cette nouvelle orchestration et prennent une nouvelle dimension. Preuve s’il en était besoin que Trenet et sa musique ne sont peut-être pas si réactionnaires… Mais le « fou chantant » est un habitué des moqueries, de l’ironie et aussi du désamour du public, qui le poussera à plusieurs reprises à voguer Outre-Atlantique.

Des reprises en Amérique du Nord

Ses nombreux voyages en Amérique ne seront pas stériles. Les chansons de Charles Trenet y sont très souvent reprises. En effet, si Charles Trenet s’est beaucoup inspiré du jazz, et notamment du swing, le jazz le lui a bien rendu. Nat King Cole, Chet Baker mais aussi Frank Sinatra se sont, par exemple, emparés de Que reste-t-il de nos amours, devenue I wish you Love (Je te souhaite de l’amour).

La chanson est si populaire en Amérique que Judy Garland, reine de Hollywood, reprend elle aussi I wish you love dans une version très romantique pour la télévision américaine en 1963. Ce titre véhicule aussi une certaine idée du romantisme à la française. Le crooner Johnny Matis qui l’interprète, en 1978, en duo dans une version franco-anglaise avec Dalida l’avait bien compris.

Les notes du « fou chantant » voguent jusqu’au Japon où sa musique et ses paroles coïncident, dans les années 1970 avec un désir de liberté. Par ailleurs, les spectres, si chers à l’écriture de Trenet – en bon disciple d’Oscar Wilde et de Jean Cocteau- sont aussi très importants dans la culture japonaise.

Une chanson comme Le Revenant, évocation des fantômes, réels ou imaginaires, de l’enfance, avait donc toutes ses chances pour être reprise – étrangement entrecoupée d’un morceau de Bach-, par la chanteuse populaire nippone Kumiko.

Mais la chanson la plus adaptée du « fou chantant » est incontestablement La Mer, dont il existerait environ 4000 reprises ! De Julio Iglesias, à Benny Goodman en passant par Stevie Wonder et bien sûr Georges Benson en 1985 (dans une version que Trenet estimait comme celle aux meilleurs arrangements), le swing de cette ode aux flots bleus, écrite en vingt minutes à bord d’un train dans le Sud de la France, n’en a pas fini de résonner en anglais.

Et même, avec le Britannique Robbie Williams qui l’interprète dans la bande originale du dessin animé Le monde de Nemo des studios Pixar, qui raconte, les aventures…d’un poisson clown ! Le chanteur Mika est aussi un admirateur de Charles Trenet. En 2015, il enregistre une adaptation de Je chante, qui fait l’éloge du vagabondage poétique, à travers un clip mettant en scène un voyage ferroviaire surréaliste. Une apologie de la liberté dans laquelle le train, à ciel ouvert, traverse des paysages de France époustouflants et rencontre notamment des chevaux et des astronautes !

Vingt ans après sa mort, Charles Trenet n’en a pas fini d’être ré-en-chanté !

[Photo : Getty Images/Frédéric Reglain – source : http://www.rfi.fr]

La Bacchanale des Andriens ou Les Andriens, Titien, 1523-1526. Musée du Prado

Écrit par Marie-Ève Lacasse

La plupart des textes qui concernent le vin m’ennuient. Les fiches de dégustation me font bailler. J’aime ce que le vin draine comme autres sujets ; quand il est le point de départ d’une discussion politique. « Pourquoi le vin est-il intimidant » est un vrai prétexte pour parler de sociologie. « Être sommelière et Noire » est une question politique. « Pourquoi les femmes dans le vin sont encore marginalisées » reste une obsession philosophique. La liste est longue. 

Mais il y a un autre aspect du vin, plus immatériel, littéraire presque, qui ne rejoint pas ces champs de la pensée. C’est la part magique du vin, ce qu’il réveille en soi, ce qu’il déclenche chez les autres. Le vin n’a, contrairement à ce que semble oublier la critique œnologique, rien à voir avec la seule gourmandise — sinon, on boirait du jus de raisin à la paille. Sa puissance révélatrice est bien plus mystérieuse que son bouquet organoleptique. S’il n’était qu’une histoire de tannins fondus et de toucher de bouche, il m’aurait lassée depuis longtemps. Dans une vie « sans corps » ou presque, où les occasions de me rappeler à lui sont rares ou fugaces, le vin me rappelle cette évidence : je peux être dépassée. Sa chaleur n’a pas la morsure des alcools forts, et son ivresse est pleine de nuances. C’est cela qui est véritablement insatiable, et qui m’invite, encore et encore, à tout goûter, à tout découvrir, avec une frénésie qui s’accompagne d’un désir plus obscur.

Tout se passe comme si le vin, plus que toute autre « boisson désaltérante » comme l’écrivait ce poète de Jules Chauvet, permet de forcer les portes de l’inconscient avec une douceur douloureuse. Là est potentiellement le danger : celui d’avoir accès, plus précisément et plus rapidement qu’avec n’importe quel autre psychotrope, à quelque chose de caché. Chez moi, ce « caché » se révèle au bout du troisième verre. Soyons sérieux : l’intérêt pour le vin ne peut être qu’intellectuel, et c’est en cela que je me demande si tous les professionnels de la profession ne sont pas, d’une manière ou d’une autre, alcooliques. Or, paradoxalement, la question de l’alcoolisme est taboue dans ce milieu.

Trouble-fête

Dans les caves secrètes de La Mercerie, à Marseille, avec la sommelière Laura Vidal.

En interviewant la sommelière Laura Vidal à Marseille pour le podcast Filles de Vignes, j’ai réalisé à quel point on pouvait refouler cet aspect probant du plaisir. Peur de passer pour le trouble-fête, le mauvais coucheur, le rabat-joie, le puritain. Ou, au contraire, le débauché, le pochtron, le faible qui ne se contrôle pas.

« Tous les chefs, restaurateurs et sommeliers que je connais sont passés par ce constat, qu’à un moment la fête devenait trop intense », raconte Laura Vidal. « J’avais pris une énorme cuite pour l’anniversaire de mes 35 ans, et ensuite j’ai voulu faire une pause, je ne savais pas pour combien de temps. J’avais beaucoup de pain sur la planche (…). Finalement, la pause dure depuis deux ans. »

Le constat d’une vie plus apaisée, d’un sommeil plus profond, d’une énergie retrouvée, l’a convaincue de ce choix radical.

« L’alcoolisme est, à mon sens, prévalent dans le milieu de la restauration, plus que dans d’autres milieux professionnels. Il y a la culture de l’apéro, mais aussi celle du verre d’après le service, qui se termine par une bouteille puis par le bar du coin, et tout ça peut vite dégénérer. »

(Détail). Bacchanale devant la statue de Pan, vers 1631-1632, Nicolas Poussin (Londres, National Gallery).

L’accès à la cave est trop tentant, le stress trop intense. « D’autres acteurs de la restauration ont fait ce choix, comme David McMillan, à Montréal », ajoute-t-elle. Un chef qui a beaucoup parlé du versant sombre de l’alcool dans le milieu de la restauration et qui a fait aussi le choix de rester sobre. En France, cependant, le sujet reste lettre morte. Le fait que l’on puisse se priver d’un bonheur si grand tout en travaillant dans ce milieu m’apparaît en effet comme une prouesse excessivement difficile, héroïque. Comment font les autres ? Quelle discipline s’imposent-elles/ils (ou pas) pour tenir à distance le petit démon ?

Le mince fil du désir

Dans un article pour Rue89, « Les critiques de vins sont-ils tous alcooliques ? », Antonin Iommi-Amunategui en était arrivé à la conclusion que, si certains d’entre eux sont « bien rougeauds », d’autres pouvaient rester « plusieurs jours sans boire une goutte ». Le métier de critique n’aurait rien à voir avec le fait de boire pour s’enivrer, mais plutôt d’étudier son objet par petites touches, comme des coups d’œil à un tableau dont on doit révéler les secrets du peintre. Il y aurait donc les moments d’étude, sérieux, où le plaisir jouxte l’analyse, et des moments de détente, où le jugement du critique est suspendu le temps d’un repas, et où l’on boit pour boire. Vraiment ? N’y a-t-il pas des moments de dégustation où, le liquide roulant dans la bouche avec sa belle suavité, l’idée de le cracher apparaît comme un sacrilège ? Je me rappelle d’un dilemme particulièrement cornélien où, découvrant pour la première fois « Pulpes » de Sylvie Augereau, l’idée de cracher l’adorable venin au fond de son chai me semblait surhumain. C’était une cuvée particulière, oxydée par accident (un oubli d’ouillage pendant une nuit avait permis ce miracle), et j’ai préféré garder discrètement le liquide en moi, comme une denrée d’or.

Travailler dans le vin n’est pas un métier comme un autre. Le critique d’art se tient à distance de l’objet, son corps n’est pas engagé dans son analyse, là où le critique œnologique, lui, doit marcher sur le mince fil du désir, accepter de frôler la beauté sans se perdre. (On peut aussi se demander à quoi correspond ce geste de « cracher » tant il est éloigné du vrai contexte de dégustation, de la nature même du vin qui accompagne un repas ; n’y a-t-il pas aussi un deuxième puis un troisième goût qui se révèle bien après la première impression, quand, justement, les sens s’ouvrent à un certain trouble ?).

Conso taboue  

Révéler aux autres sa consommation réelle d’alcool est nimbé d’une gêne, un peu comme si l’on devait dévoiler son salaire, même à ses proches. Pourtant, tout le monde gagne de l’argent d’une manière ou d’une autre et les milieux sociaux sont souvent homogènes. Vous ne connaissez pas pour autant le patrimoine de vos ami·es et ne le saurez probablement jamais. Idem pour l’alcool. Plus de 3,5 milliards de bouteilles ont été consommées en France en 2019 ; vous comme moi y sommes probablement pour quelque chose.

Il y a quelque chose qui lutte, de toute évidence, entre la concupiscence et l’érudition. Par concupiscence, j’entends l’attrait gustatif du vin, bien sûr, mais aussi ce qu’il renferme de sombre, cette clé vers des portes secrètes qui donne envie d’aller plus loin, son érotisme. S’il y a cette petite voix intérieure, bienveillante peut-être, qui me chuchote souvent que je joue avec le feu, la part « sombre », diabolique du vin, continue de m’attirer et c’est pour cela que son exploration, comme tout champ poétique, est infinie. J’en suis arrivée aussi à l’idée que seule la radicalité pouvait me tenir loin de l’irrémédiable. 

« Psychopathes »

Je ne comprends pas les psychopathes qui se contentent d’un seul verre. Pour moi, ce sont des tueurs de chatons, tant la discipline nécessaire pour y arriver relève d’une froideur surhumaine. Alors, sans avoir fait le même choix que celui de Laura Vidal, quelque chose, après des années de consommation irréfléchie, s’est donc imposé de lui-même — le tout lié, aussi, à un apaisement plus profond, inéluctable à ce type de changement de vie. Pourquoi c’est si difficile d’être doux envers soi-même, je ne sais pas. Ce n’est pas l’inclinaison la plus naturelle des êtres humains. C’est beaucoup plus difficile de se soigner que de se détruire. Oui, les délices sont là, au bord, à la frontière, dans l’arrière des pensées, irrésistibles. L’enfer est bien plus excitant que le reste. Je sais que j’y retournerai encore, à petits pas ; c’est là, cela ne disparaîtra pas, car le vin éclaire les cryptes — mais désormais, j’irai les yeux ouverts, consciente de ce que je cherche. Car une chose est sûre : le vin rend clairvoyant.

Une curieuse sobriété

Interview complète de la sommelière Laura Vidal à écouter sur RadioVino.

[Source : http://www.nowineisinnocent.com]

 

Emmanuel Macron réussit une prouesse linguistique: utiliser des expressions concernant tout en prenant de la distance. Ici le 24 novembre à l’Elysée.

 

Écrit par Julien Longhi

Professeur des universités en sciences du langage, CY Cergy Paris Université

Ce mardi 24 novembre, le président Emmanuel Macron a prononcé sa sixième « adresse aux Français », qui générait une fois encore beaucoup d’attentes.

Dans ce deuxième discours en lien avec le deuxième confinement, l’effet d’attente était fort, et les spéculations allaient bon train sur la dénomination même des annonces : « léger assouplissement »« assouplissement »« déconfinement ».

Dans un récent article, j’avais montré que le positionnement actuel du président était complètement différent de celui qu’il avait eu lors du premier confinement : moins empathique et plus distancié, le président n’assumait pas linguistiquement les nouvelles consignes, par le recours à des chiffres, des comparaisons, là où il s’impliquait (inter)subjectivement dans les discours du premier confinement, avec des tendances en « vous/les soignants », « je/nous » et « le retour/l’avenir ».

Avant ce deuxième discours du « confinement 2 », je prévoyais deux hypothèses possibles, en fonction de la trajectoire des discours précédents :

  • Une poursuite de cette mise à distance des mesures, en continuant sur la stratégie de quantification et comparaison ;
  • Un retour à un ton plus « paternaliste », dans l’esprit des discours du premier confinement.

Tenir la première stratégie « et en même temps » la seconde ?

Si on observe les spécificités de ce discours (c’est-à-dire ce qui est « sur-utilisé »), on observe en tête deux termes particulièrement intéressants relativement aux hypothèses précédentes :

Mots sur-employés dans le discours du 24/11.

En effet, nous avons le « nous » et le « nombre », qui montrent que le discours concilie une implication du président et des citoyens, et en même temps une quantification abondante et précise. Le président a donc recours à la désignation d’une collectivité plus large dans laquelle s’inclut le locuteur, notamment province, quartier, pays, patrie ; nous = je + ils collectif, en utilisant ce pronom « nous » par exemple ainsi :

« Et dans cette période, nous ne devons pas nous laisser nous emporter. Tenons-nous ensemble autour de nos valeurs, autour de notre histoire, dans cet attachement à notre démocratie, à notre humanisme qui demeurent, aujourd’hui comme hier, nos plus sûrs atouts. Alors, nous pourrons inventer un nouvel avenir français. »

Ainsi, si statistiquement le président semble adopter une stratégie d’inclusion en assumant les annonces, les choses sont beaucoup plus complexes.

Déjouer le comptage de mots pour orienter les commentaires ?

À ce « nous » s’ajoutent en effet les verbes devoir et pouvoir, qui sont très riches du point de vue linguistique puisqu’ils ont selon le linguiste Carl Vetters un « noyau sémantique sous-déterminé – respectivement la possibilité et la nécessité abstraites (Kronning 1996) – leur permettant de prendre un grand nombre d’effets de sens discursifs ».

Dans le cas du discours d’Emmanuel Macron, la combinaison des « nous » avec « devoir » au présent et « pouvoir » au futur, présente la situation comme contrainte, suspendue à une attente collective, sur laquelle le président n’a pas de prise.

On se trouve réellement dans un « et en même temps » linguistique, puisqu’à ce « nous » d’implication s’attache une nécessité ou une possibilité, donc quelque chose qui semble s’imposer de l’extérieur. Cela est d’autant plus visible et prégnant dans les exemples suivants, avec un effet d’anaphore de « il nous faudra » :

« Il nous faudra rebâtir notre économie plus forte afin de produire et redonner plein espoir à nos salariés, nos entrepreneurs, garder notre indépendance financière. »

« Il nous faudra rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe. Cela passera par un plan massif pour notre santé, notre recherche, nos aînés, entre autres. »

« Il nous faudra nous rappeler aussi que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal. « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Ces mots, les Français les ont écrits il y a plus de 200 ans. Nous devons aujourd’hui reprendre le flambeau et donner toute sa force à ce principe. »

« Il nous faudra bâtir une stratégie où nous retrouverons le temps long, la possibilité de planifier, la sobriété carbone, la prévention, la résilience qui seules peuvent permettre de faire face aux crises à venir. »

Avec cette tournure, le président combine le « nous » qui l’implique avec les citoyens, avec une tournure impersonnelle par laquelle « le locuteur laisse s’imposer le propos en tant que tel ».

Avalanche de chiffres et délégation de la responsabilité

Aussi, à ce « nous » apparent cède une certaine forme de délégation de la responsabilité (linguistique au moins), qui se combine à l’objectivation qui est bien présente avec le mot « nombre », ainsi qu’avec la catégorie des chiffres qui est très caractéristique de ce discours du 24 novembre (sur-représentée par rapport aux autres discours, même par rapport au discours du 28 octobre) :

« Le nombre de cas positifs journaliers à la Covid-19 a fortement reculé. Il a été supérieur à 60 000, il s’est établi la semaine dernière à 20 000 cas par jour en moyenne. »

« Après avoir atteint 33 500 patients hospitalisés le 16 novembre, soit plus que lors de la première vague, nous avons aussi commencé une lente décrue. Le nombre de personnes en réanimation du fait de la Covid-19 est passé de 4 900 le 16 novembre à 4 300 aujourd’hui. De ces données, il ressort que le pic de la seconde vague de l’épidémie est passé. »

Cette adresse du 24 novembre est pour le linguiste un cas d’école, puisqu’elle combine l’usage d’expressions qui recouvrent a priori des objectifs distincts : inclure et assumer, mettre à distance et déléguer la responsabilité.

Ce tweet est emblématique des exemples que j’ai présentés précédemment :

Par cette stratégie, le président donne un sentiment d’implication (les spectateurs pourront ressentir la récurrence du « nous ») mais délègue la responsabilité des mesures grâce aux verbes pouvoirvouloir et surtout falloir, qui, tels qu’ils sont employés, laissent les propos s’imposer au locuteur, et non l’inverse.

 

[Photo : THOMAS COEX / AFP – source : http://www.theconversation.com]

 

 

 

Una nota sobre Correo literario, de W. Szymborska

Escrita por PAULA ANDREA MARÍN C. 

He escrito por casualidad veinte poemas. Me gustaría verlos publicados”… Desgraciadamente, tenía razón el gran Pasteur cuando dijo que el azar solo favorecía a los espíritus preparados. Las musas le pillaron a usted en paños menores, espiritualmente hablando.―Wisława Szymborska

Desde 1953 y hasta 1981, la poeta polaca Wisława Szymborska (1923-2012), Premio Nobel de Literatura en 1996, hizo parte de la revista semanal Zycie literackie (Vida Literaria). A finales de 1960, aparece una nueva sección en la revista: Correo Literario. Szymborska era una de las encargadas de esta sección, en la que se respondían las solicitudes de publicación de poemas y de cuentos. Este libro da a conocer algunas de las respuestas de Szymborska a los autores de los textos que llegaban a la revista, desde 1960 y hasta el año 1981. El libro fue publicado por primera vez en el año 2000; Nǿrdica lo publicó en español 18 años después.

Compré el libro, sobre todo, por un recuerdo: la revista colombiana El Malpensante publicó una traducción de algunos apartados de esa edición publicada en el 2000, muy poco tiempo después de su aparición y yo, asidua lectora de la revista por entonces, los leí. Tenía cerca de mi escritorio, escrito sobre un papel a manera de post-it, unos apartados:

Piense usted en la vida como en una extraordinaria aventura que le está sucediendo.

La juventud es verdaderamente un período muy duro de la vida. Y si a las vicisitudes de la juventud se les une la ambición de escribir, entonces sí que hay que estar en forma para poder con todo. A ese estar en forma contribuyen la perseverancia, el esfuerzo, las lecturas, la capacidad de observación, una cierta distancia con respecto a uno mismo, la empatía, el espíritu crítico, el sentido del humor y el firme convencimiento de que el mundo se merece seguir existiendo, y con más felicidad que hasta ahora. ―Correo literario

Esos apartados son un « manual de vida » a los que vuelvo una y otra vez. Me he preguntado muchas veces si considero mi vida y el mundo así, y son otras tantas las que no he podido hacerlo. Sigo intentando.

Después de leer las respuestas de Szymborska, queda una certeza: para escribir se debe contar con una aptitud innata (el talento) que se debe desarrollar hasta convertirla en una práctica. Como se debe tener para casi cualquier oficio que se quiera desempeñar bien, el talento se presenta como una condición fundamental. Pero la pregunta sobre el talento pesa más cuando se desea consagrar la vida a la escritura (o a las artes) que cuando se desea desarrollar otras vocaciones. Los discursos más terapéuticos hablan acerca de que si haces lo que te gusta no necesitas reconocimiento, pero no es cierto; siempre hace falta y más cuando se es escritor (a menos que tengas el ego más grande del mundo): si no te publican, si no vendes, si no hablan de ti, si no escriben sobre ti, si no te invitan a eventos, si no te entrevistan, si no ganas premios, si no te hacen homenajes, no existes como escritor, no hay legitimación de tu talento. Es el infierno del escritor(a): los otros, aquello externo que no depende directamente de él (ella), pero que determina su forma de ser reconocido como escritor y en la que será o no recordado por su obra. La pregunta, la duda eterna de quien escribe: ¿Tengo talento? La respuesta llega, primero, de los amigos, o de aquellos lectores en los que se confía tanto como para dejarles ver lo que se escribe, pero si la respuesta que se recibe no confirma ese talento o lo pone en duda, y si nunca se recibe algún tipo de respuesta que haga pensar en que lo que se hace vale la pena para alguien, la escritura empieza a perder sentido. Se escribe para alguien; es una mentira pensar que se escribe solo para uno mismo. Se escribe también para ser leído.

Cada escritor debe encontrar sus respuestas: qué tipo de escritor quiere ser (¿profesional o vocacional?), qué tipo de relación establecerá con su escritura y con el “infierno” de la vida literaria, del circuito de reconocimientos a los que quiera acceder. Cada respuesta tiene un precio, cada respuesta lleva a ganar algo y a perder otro tanto. Alguien que no creía en mi talento para escribir decía que así a una persona le dijeran que no tenía talento, si su vocación de escritor era firme, seguiría escribiendo, pero no es tan cierto: el escritor necesita reconocimiento. La vida literaria está diseñada para que exista la necesidad de ese reconocimiento (grande, mediano o pequeño), imprescindible para tener un lugar en el limitado podio de la consagración literaria.

En cada una de las cartas de Correo literario, Szymborska ofrece una serie de consejos a los poetas y narradores; los extraigo para quienes siguen escribiendo, a pesar de todas las dudas:

  1. “Primero, debería preocuparse por saber si tiene algo que decir… Eso ningún truco formal lo puede ocultar” ―Correo literario.
  2.  Conocer el lenguaje y las corrientes literarias de la época para no ser anticuado en la escritura.
  3.  “Ninguna clase magistral, por mucha atención que uno ponga, puede ayudar a crear talento. En el mejor de los casos puede ayudar a ese talento, en caso de que ya exista, claro” ―Correo literario.
  4. “Hay que… leer revistas literarias [y libros, por supuesto]. Asistir a encuentros literarios. Escuchar debates” ―Correo literario.
  5. “Un escritor se forma en su interior, en el corazón y en la cabeza: gracias a una innata… predisposición a abstraerse, a vivir de forma emocional las cosas más pequeñas, a asombrarse incluso ante aquello que a los demás les parece normal” ―Correo literario.
  6. “Un poeta lírico suele escribir ante todo sobre sí mismo. Que los poemas resulten interesantes para otras personas dependerá de la personalidad del autor, de las dimensiones de su universo personal” ―Correo literario.
  7. “La poesía, aunque trate temas tan manidos como el asombro frente a la primavera o la tristeza otoñal, lo tiene que hacer todo el tiempo como si fuera la primera vez, realizando nuevos descubrimientos líricos. En caso contrario, ¿no es suficiente con lo que ya se ha escrito?” ―Correo literario.
  8. “Tratar el poema como si fuera una escultura y esforzarse un poco hasta que el pensamiento adquiriera una forma definitiva e irrepetible” ―Correo literario.
  9. “Es mejor una única metáfora relacionada orgánicamente con la idea inicial del poema que mil quinientas parcheadas a posteriori” ―Correo literario.
  10. Sobriedad y precisión con el uso de los adjetivos.
  11. No usar palabras grandilocuentes como patria, verdad, libertad y justicia, si no van acompañadas de una reflexión muy particular.
  12. Evitar las imágenes manidas y banalizadas, y los lugares comunes.
  13. No antisentimentalismo (por aburrido), pero tampoco sentimentalismo extremo: “Bombini enloqueció realmente de amor, mientras que Petrarca consiguió conservar el equilibrio emocional necesario para inventar bellas metáforas” ―Correo literario.
  14. Corregir lo que “inspiran las musas”, quienes pueden llegar a ser unas histéricas.
  15. “El talento narrativo consiste en la capacidad de meterse en la piel de otro, en la habilidad de convertirse en la imaginación en alguien absolutamente distinto” ―Correo literario.

Con ironía y a veces sarcasmo, Szymborska afronta la difícil tarea de decirle a un escritor si debe o no seguir escribiendo, si tiene o no tiene talento para ello. Pero distingue entre los jóvenes que apenas dan sus primeros pasos en la escritura y aquellos otros cuyo debut es tardío: “Una cosa es corregir los errores de un bailarín que por primera vez saca a la pista a la literatura para bailar un tango apasionado, y otra, muy distinta, encontrarnos con un bailarín que lleva años machacando los pies de su pareja de baile” Correo literario. De unos y de otros se esperan cosas distintas y se les otorgan más o menos posibilidades.

Szymborska también insiste en la consciencia del escritor para entender cuál es el público de sus textos; se refiere a aquellos que escriben poemas o cuentos y son aplaudidos cuando los leen en las reuniones familiares o de amigos: “El poema sí que ha dejado huella, claro que sí, ha emocionado a todos los interesados, así que ha conseguido plenamente su objetivo. Cuando sí que se va a echar a perder, es cuando acabe sobre el escritorio de alguna redacción” Correo literario. No dimensionar (de manera apenas aproximada, claro) quién o quiénes son los destinatarios de aquello que se escribe, puede llevar a desilusiones y rotundos fracasos económicos. ¿Debo publicar?, ¿en dónde?, ¿quiénes son mis posibles o más o menos reales lectores? A la mayoría de los escritores (y editores) no le gusta hacerse estas preguntas, pero son fundamentales, sobre todo, para evitar innecesarios duelos en esta competencia cada vez mayor por alcanzar la atención del cada vez más esquivo lector.

Correo literario no escapa del todo de los lugares comunes sobre la creación literaria, pero resulta muy útil leerlo para asentar los pies en la tierra de la escritura: allí donde hay que pensar una y otra y otra vez en lo que se desea escribir, y en donde hay que corregir una y otra y otra vez antes de darlo por terminado.

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Wisława Szymborska. Correo literario o cómo llegar a ser (o no llegar a ser) escritor. Madrid: Nǿrdica Libros, 2018.

 

[Fuente: http://www.revistacoronica.com]

Una misma realidad se puede transmitir de diferente manera en función de los vocablos que la nombren

La presidenta de la Comisión Europea, Ursula von der Leyen, a la izquierda, y el presidente del Consejo Europeo, Charles Michel, el 21 de julio en Bruselas.

Escrito por ÁLEX GRIJELMO

Cuatro miembros de la UE (Países Bajos, Suecia, Austria y Dinamarca) son partidarios de un gasto comunitario bajo, para contribuir poco a él, y se han autodenominado “países frugales, después de que el Financial Times les aplicara ese generoso adjetivo.

El término “frugal” se había empleado antes en referencia a los presupuestos nacionales de contención. Y lo usó Xavier Vidal-Folch, con mayor antelación aún, en varios artículos de EL PAÍS. Por ejemplo, el 5 de mayo de 2016: “La política suele ir con retraso en frugalidad, ese ahorro de costes inútiles o prescindibles, corrientes o burocráticos, a no confundir con la austeridad excesiva que castiga la inversión y los servicios sociales”.

Ha nacido así un uso positivo de “frugal” y “frugalidad” opuesto al negativo de “austero” y “austeridad”, términos éstos que fueron manipulados en la anterior crisis: la austeridad verdadera se la aplica cada cual, no se impone a otros; y consiste en vivir con lo necesario, no con menos de lo necesario. Nos colocaron “austeridad” en vez de “empobrecimiento” y “miseria”.

El caso es que el diario británico acuñó hace poco la locución the frugal four (los cuatro frugales) para referirse a esos miembros de la UE. Y ellos están encantados con el adjetivo. Claro.

“Frugal” significa, en español y en inglés, “parco en comer y en beber”. Procede de frugalis, en latín, que a su vez viene de frux, frugis: fruto de la tierra. Es decir, se llamó frugal a quien se limitaba a comer lo que nacía de los árboles y los campos, y prescindía de la carne y del pescado.

De eso derivó un sentido figurado que ya usaban los romanos: frugalitas equivalía a “moderación, prudencia, sobriedad”; metáfora fosilizada que nosotros también aplicamos y que se halla igualmente en el inglés frugally: “económicamente, sencillamente, en pequeñas cantidades”.

Así que tenemos cuatro países frugales. Y si ellos son frugales, ¿qué somos los demás? Al repetir acríticamente ese adjetivo, el periodismo español trabaja a favor de parte. O sea, a favor de la parte contraria. Porque se sobrentiende que los frugales están a un lado y que al otro se han situado los carnívoros, los comilones, los glotones, los derrochadores. O sea, nosotros: España, Polonia, Portugal, Grecia, Rumania, Hungría, Bulgaria, República Checa, Eslovaquia, Estonia, Letonia, Lituania, Eslovenia, Chipre y Malta; los llamados “países de la cohesión”, partidarios de un presupuesto expansivo; los que pretendían paliar la coronacrisis mediante un mayor gasto público de la UE (que los “frugales” lograron reducir).

Pero los frugales son en realidad los ricos. O, como ha escrito Lluís Bassets, los ricos que se hacen los pobres para evitar las transferencias a los más necesitados.

Una misma realidad se transmite de diferente manera en función de los vocablos que la nombren. Podemos censurar al perseverante por su “obstinación” o alabarlo por su “tenacidad”. Sólo el punto de vista distingue entre el oportuno y el oportunista, entre el halago y la adulación, entre la dulzura y el empalago, entre el generoso y el manirroto.

Y cuestión de punto de vista sería también escoger entre “los cuatro frugales” y su anverso negativo: “los cuatro tacaños”.

[Foto: STEPHANIE LECOCQ – fuente : http://www.elpais.com]

Escrito por Leonardo Boff 

Cuando pase la pandemia del coronavirus no nos estará permitido volver a la “normalidad” anterior. Sería, en primer lugar, un desprecio a los miles de personas que han muerto asfixiadas por el virus y una falta de solidaridad con sus familiares y amigos. En segundo lugar, sería la demostración de que no hemos aprendido nada de lo que, más que una crisis, es una llamada urgente a cambiar nuestra forma de vivir en nuestra única Casa Común. Se trata de un llamamiento de la propia Tierra viva, ese superorganismo autorregulado del que somos su parte inteligente y consciente.

Volver a la anterior configuración del mundo, hegemonizado por el capitalismo neoliberal, incapaz de resolver sus contradicciones internas y cuyo ADN es su voracidad por un crecimiento ilimitado a costa de la sobreexplotación de la naturaleza y la indiferencia ante la pobreza y la miseria de la gran mayoría de la humanidad producida por ella, es olvidar que dicha configuración está sacudiendo los cimientos ecológicos que sostienen toda la vida en el planeta. Volver a la “normalidad” anterior (business as usual) es prolongar una situación que podría significar nuestra propia autodestrucción.

Si no hacemos una “conversión ecológica radical”, en palabras del papa Francisco, la Tierra viva podrá reaccionar y contraatacar con virus aún más violentos capaces de hacer desaparecer a la especie humana. Esta no es una opinión meramente personal, sino la opinión de muchos biólogos, cosmólogos y ecologistas que están siguiendo sistemáticamente la creciente degradación de los sistemas-vida y del sistema-Tierra. Hace diez años (2010), como resultado de mis investigaciones en cosmología y en el nuevo paradigma ecológico, escribí el libro Cuidar la Tierra-proteger la vida: cómo evitar el fin del mundo (Record). Los pronósticos que adelantaba han sido confirmados plenamente por la situación actual.

El proyecto capitalista y neoliberal ha sido rechazado

Una de las lecciones que hemos aprendido de la pandemia es la siguiente: si se hubieran seguido los ideales del capitalismo neoliberal –competencia, acumulación privada, individualismo, primacía del mercado sobre la vida y minimización del Estado– la mayoría de la humanidad estaría perdida. Lo que nos ha salvado ha sido la cooperación, la interdependencia de todos con todos, la solidaridad y un Estado suficientemente equipado para ofrecer la posibilidad universal de tratamiento del coronavirus, en el caso del Brasil, el Sistema Único de Salud (SUS).

Hemos hecho algunos descubrimientos: necesitamos un contrato social mundial, porque seguimos siendo rehenes del obsoleto soberanismo de cada país. Los problemas mundiales requieren una solución mundial, acordada entre todos los países. Hemos visto el desastre en la Comunidad Europea, en la que cada país tenía su plan sin considerar la necesaria cooperación con otros países. Fue una devastación generalizada en Italia, en España y últimamente en Estados Unidos, donde la medicina está totalmente privatizada.

Otro descubrimiento ha sido la urgencia de un centro plural de gobierno mundial para asegurar a toda la comunidad de vida (no solo la humana sino la de todos los seres vivos) lo suficiente y decente para vivir. Los bienes y servicios naturales son escasos y muchos de ellos no son renovables. Con ellos debemos satisfacer las demandas básicas del sistema-vida, pensando también en las generaciones futuras. Es el momento oportuno para crear una renta mínima universal para todos, la persistente prédica del valiente y digno político Eduardo Suplicy.

Una comunidad de destino compartido

Los chinos han visto claramente esta exigencia al promover “una comunidad de destino compartido para toda la humanidad”, texto incorporado en el renovado artículo 35 de la Constitución china. Esta vez, o nos salvamos todos, o engrosaremos la procesión de los que se dirigen a la tumba colectiva. Por eso debemos cambiar urgentemente nuestra forma de relacionarnos con la naturaleza y con la Tierra, no como señores, montados sobre ella, dilapidándola, sino como partes conscientes y responsables, poniéndonos junto a ella y a sus pies, cuidadores de toda la vida.

A la famosa TINA (There is no alternative), “no hay (otra) alternativa” de la cultura del capital, debemos confrontar otra TINA (There is a new alternative), “hay una nueva alternativa”. Si en la primera alternativa la centralidad estaba ocupada por el beneficio, el mercado y la dominación de la naturaleza y de los otros (imperialismo), en esta segunda será la vida en su gran diversidad, también la humana con sus muchas culturas y tradiciones la que organizará la nueva forma de habitar la Casa Común. Esto es imperativo y está dentro de las posibilidades humanas: tenemos la ciencia y la tecnología, tenemos una acumulación fantástica de riqueza monetaria, pero falta a la gran mayoría de la humanidad y, lo que es peor, a los jefes de Estado la conciencia de esta necesidad y la voluntad política de implementarla. Tal vez, ante el riesgo real de nuestra desaparición como especie, por haber llegado a los límites insoportables para la Tierra, el instinto de supervivencia nos haga sociables, fraternos y todos colaboradores y solidarios unos con otros. El tiempo de la competencia ha pasado. Ahora es el tiempo de la cooperación.

La inauguración de una civilización biocentrada

Creo que inauguraremos una civilización biocentrada, cuidadosa y amiga de la vida, como algunos dicen, “la tierra de la buena esperanza”. Se podrá realizar el “bien vivir y convivir” de los pueblos andinos: la armonía de todos con todos, en la familia, en la sociedad, con los demás seres de la naturaleza, con las aguas, con las montañas y hasta con las estrellas del firmamento.

Como el premio Nobel de economía Joseph Stiglitz ha dicho con razón: “Tendremos una ciencia no al servicio del mercado, sino el mercado al servicio de la ciencia”, y yo añadiría, y la ciencia al servicio de la vida.

No saldremos de la pandemia de coronavirus como entramos. Seguramente habrá cambios significativos, tal vez incluso estructurales. El conocido líder indígena Ailton Krenak, del valle del Río Doce, ha dicho acertadamente: “No sé si saldremos de esta experiencia de la misma manera que entramos. Es como una sacudida para ver lo que realmente importa; el futuro es aquí y ahora, puede que mañana no estemos vivos; ojalá que no volvamos a la normalidad” (O Globo, 01/05/2020, B 6).

Lógicamente, no podemos imaginar que las transformaciones se produzcan de un día a otro. Es comprensible que las fábricas y las cadenas de producción quieran volver a la lógica anterior. Pero ya no serán aceptables. Deberán someterse a un proceso de reconversión en el que todo el aparato de producción industrial y agroindustrial deberá incorporar el factor ecológico como elemento esencial. La responsabilidad social de las empresas no es suficiente. Se impondrá la responsabilidad socioecológica.

Se buscarán energías alternativas a las fósiles, menos impactantes para los ecosistemas. Se tendrá más cuidado con la atmósfera, las aguas y los bosques. La protección de la biodiversidad será fundamental para el futuro de la vida y de la alimentación humana y de toda la comunidad de la vida.

¿Qué tipo de Tierra queremos para el futuro?

Seguramente habrá una gran discusión de ideas sobre qué futuro queremos y qué tipo de Tierra queremos habitar. Cuál será la configuración más adecuada a la fase actual de la Tierra y de la propia humanidad, la fase de planetización y de la percepción cada vez más clara de que no tenemos otra casa común para habitar que esta. Y que tenemos un destino común, feliz o trágico. Para que sea feliz, debemos cuidarla para que todos podamos caber dentro, incluida la naturaleza.

Existe el riesgo real de polarización de modelos binarios: por un lado, los movimientos de integración, de cooperación general; y por otro, la reafirmación de las soberanías nacionales con su proteccionismo. Por un lado, el capitalismo “natural” y verde; y por otro lado, el comunismo reinventado de tercera generación, como pronostican Alain Badiou y Slavoy Zizek.

Otros temen un proceso de brutalización radical por parte de los “dueños del poder económico y militar” para asegurar sus privilegios y sus capitales. Sería un despotismo de forma diferente porque se basaría en los medios cibernéticos y en la inteligencia artificial con sus complejos algoritmos, un sistema de vigilancia sobre todas las personas del planeta. La vida social y las libertades estarían permanentemente amenazadas. Pero a todo poder le surgirá siempre un contrapoder. Habría grandes enfrentamientos y conflictos a causa de la exclusión y la miseria de millones de personas que, a pesar de la vigilancia, no se conformarán con las migajas que caen de las mesas de los ricos epulones.

No pocos proponen una glocalización, es decir, que el acento se ponga en lo local, en la región con su especificidad geológica, física, ecológica y cultural, pero abierta a lo global que involucra a todos. En este biorregionalismo se podría lograr un verdadero desarrollo sostenible, aprovechando los bienes y servicios locales. Prácticamente todo se realizará en la región, con empresas más pequeñas, con una producción agroecológica, sin necesidad de largos transportes que consumen energía y contaminan. La cultura, las artes y las tradiciones serán revividas como una parte importante de la vida social. La gobernanza será participativa, reduciendo las desigualdades y haciendo que la pobreza sea menor, siempre posible, en las sociedades complejas. Es la tesis que el cosmólogo Mark Hathaway y yo defendemos en nuestro libro común El Tao de la Liberación (2010), que fue bien acogida en el ambiente científico y entre los ecologistas hasta el punto de que Fritjof Capra se ofreció a hacer un interesante prefacio.

Otros ven la posibilidad de un ecosocialismo planetario, capaz de lograr lo que el capitalismo, por su esencia competitiva y excluyente, es incapaz de hacer: un contrato social mundial, igualitario e inclusivo, respetuoso de la naturaleza en el que el nosotros (lo comunitario y societario) y no el yo (individualismo) será el eje estructurador de las sociedades y de la comunidad mundial. El ecosocialismo planetario encontró en el franco-brasileño Michael Löwy su más brillante formulador. Tendremos, como reafirma la Carta de la Tierra, así como la encíclica del papa Francisco “sobre el cuidado de la Casa Común”, un modo de vida verdaderamente sostenible y no solo un desarrollo sostenible.

Al final, pasaremos de una sociedad industrial/consumista a una sociedad de sustentación de toda la vida con un consumo sobrio y solidario; de una cultura de acumulación de bienes materiales a una cultura humanístico-espiritual en la que los bienes intangibles como la solidaridad, la justicia social, la cooperación, los lazos afectivos y no en última instancia la amorosidad y la logique du cœur estarán en sus cimientos.

No sabemos qué tendencia predominará. El ser humano es complejo e indescifrable, se mueve por la benevolencia pero también por la brutalidad. Está completo, pero aún no está totalmente (terminado). Aprenderá, a través de errores y aciertos, que la mejor configuración para la coexistencia humana con todos los demás seres de la Madre Tierra debe estar guiada por la lógica del propio universo: este está estructurado, como nos dicen notables cosmólogos y físicos cuánticos, según complejas redes de inter-retro-relaciones. Todo es relación. No existe nada fuera de la relación. Todos se ayudan mutuamente para seguir existiendo y poder coevolucionar. El propio ser humano es un rizoma (bulbo de raíces) de relaciones en todas las direcciones.

Si se me permite decirlo en términos teológicos: es la imagen y semejanza de la Divinidad que surge como la relación íntima de tres Infinitos, cada uno singular (las singularidades no se suman), Padre, Hijo y Espíritu Santo, que existen eternamente el uno para el otro, con el otro, en el otro y a través del otro, constituyendo un Dios-comunión de amor, de bondad y de belleza infinita.

Tiempos de crisis como el nuestro, de paso de un tipo de mundo a otro, son también tiempos de grandes sueños y utopías. Ellas son las que nos mueven hacia el futuro, incorporando el pasado pero dejando nuestra propia huella en el suelo de la vida. Es fácil pisar la huella dejada por otros, pero ella no nos lleva a ningún camino esperanzador. Debemos hacer nuestra propia huella, marcada por la inagotable esperanza de la victoria de la vida, porque el camino se hace caminando y soñando. Así pues, caminemos.

(*) El autor es ecoteólogo, filósofo y ha escrito: Cuidar la Tierra-proteger la vida: cómo escapar del fin del mundo, Record, Rio 2010 y Trotta 2011.

[Traducción de Mª José Gavito Milano – foto: Mario Marlo – fuente: http://www.somoselmedio.com]

Du dandysme et de l’élégance

Écrit par Dr John SLAMSON

Vous portez de beaux souliers au glaçage impeccable, une cravate joliment nouée, une chemise au motif discret, un costume bien coupé — peut-être même s’agit-il d’un costume croisé ? — agrémenté d’une pochette parfaitement adaptée à la tenue. Et l’on vous dit « Qu’est-ce que tu fais dandy ! »…

Et pourtant, vous n’aviez pas à la main une canne à pommeau d’argent, ni des guêtres ou des gants blancs, non plus qu’une lavallière ou une pierre précieuse grosse comme un œuf de caille en guise d’épingle à cravate. Même si vous vous dispensez d’un Fedora ou d’un grand manteau, vous n’y échapperez pas : l’appellation « dandy » vous pend au nez.

Qui n’a pas entendu de remarques où l’admiration flirtait avec le reproche pour traiter l’effort vestimentaire comme une affectation de dandysme ? Cette confusion, qu’il est toujours délicat et compliqué de détricoter, est véritablement propre à notre époque. Et pour cause, elle provient d’une perte de mémoire et de repères historiques et sociaux.

Le costume-cravate, le couvre-chef et les souliers en cuir qui furent naguère la norme passent aujourd’hui pour des sommets de dandysme en un incroyable contresens sur la démarche consistant à s’habiller avec une certaine recherche.

QU’EST-CE QUE LE DANDYSME ?

Jules Barbey d’Aurevilly décrit Brummel en ces mots : « Seulement quelques minutes à l’entrée d’un bal ; il le parcourait d’un regard, le jugeait sans un mot, et disparaissait, appliquant le fameux principe du dandysme : ‘‘Dans le monde, tout le temps que vous n’avez pas produit d’effet, restez : si l’effet est produit, allez-vous-en’’ » (1845, Du dandysme et de George Brummel, Rivages Poche, p. 67).

Dandies 19ème siècle
baudelaire-1855

Le dandy n’est pas seulement quelqu’un qui s’habille bien, ou mieux que les autres, c’est une figure sociale qui, avec « l’insolence du désintéressement », cherche à « produire la surprise en gardant l’impassibilité ». Impertinence, hauteur, arrogance… le dandy cultive par l’ironie ce qui serait autrement considéré comme des défauts afin d’en faire les outils de sa gloire. Parlant de Brummel, Barbey d’Aurévilly souligne que son œuvre, son art, « c’était sa vie même ». Ce que Charles Baudelaire exprime avec emphase : « Le dandy doit aspirer à être sublime sans interruption, il doit vivre et dormir devant un miroir » (Mon cœur mis à nu).

Le dandy cherche le décalage : il veut briller et se faire remarquer par sa façon de prendre à rebours les conventions. L’insouciance inconséquente s’accompagne pour le dandy d’une prééminence sociale et d’une certaine morgue : il n’y a pas de dandysme sans succès mondain et l’on ne peut être dandy sans spectateurs.

LE DANDYSME N’EXISTE PLUS

Le dandysme correspond à un moment historique précis dans un cadre social spécifique qui s’incarne dans quelques grandes figures de la littérature, de la peinture et du grand monde du XIXe siècle. Que pourrait-il rester de Brummel, Byron, Oscar Wilde, Robert de Montesquiou, du comte d’Orsay et de leurs épigones ?

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Dandies 19ème siècle

Balzac, dans son Traité de la vie élégante (1830), voit dans la distinction vestimentaire une tentative de se différencier dans un monde non pas égalitaire mais de plus en plus égalitariste où n’existent plus les trois ordres, abolis par la Révolution. Le dandy tente ainsi d’établir une sorte d’aristocratie individuelle.

Pour Balzac, les prescriptions de la mode, de la distinction, des bonnes manières et du luxe sont le reflet de la mutation démocratique et d’un besoin de distinction ancré dans l’âme humaine :

« Mais les princes de la pensée, du pouvoir ou de l’industrie, qui forment cette caste agrandie, n’en éprouveront pas moins une invincible démangeaison de publier, comme les nobles d’autrefois, leur degré de puissance, et, aujourd’hui encore, l’homme social fatiguera son génie à trouver des distinctions. Ce sentiment est sans doute un besoin de l’âme, une espèce de soif ; car le sauvage même a ses plumes, ses tatouages, ses arcs travaillés, ses cauris, et se bat pour des verroteries. »

Comme nous avons échangé « une féodalité risible et déchue » pour « la triple aristocratie de l’argent, du pouvoir et du talent », c’est dans cette « mensongère égalité politique » que « l’oisif gouvernera toujours ses semblables ». Telle est la figure du dandy tout occupé à cette affectation d’oisiveté, à ciseler son apparence et ses manières comme marques de sa distinction et de son éminence personnelle.

Autant le snobisme constitue une tentative de se promouvoir en montrant que l’on appartient à une élite sociale, autant le dandysme part de cette appartenance indiscutée pour en mépriser les codes. Le snob est un suiveur, le dandy un « oseur » comme le dit Barbey d’Aurevilly.

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Le moment historique du dandy est celui d’une transition entre le résidu de prestige des ors de la noblesse et la montée en puissance bourgeoise. Le dandy comme figure de l’oisiveté resplendissante y trouve sa place comme une sorte de modèle scandaleux. Il ne saurait plus y avoir aujourd’hui de dandysme que de pacotille, par une manière de singer une époque révolue depuis un bon siècle.

De ce point de vue-là, les Pitti Peacocks ne sont pas des dandys : le dandysme s’accompagne historiquement d’un positionnement social critique ou, au moins, d’indifférence aux valeurs environnantes. Tenter à tout prix de se faire remarquer par l’outrance, à des fins commerciales ou strictement narcissiques, est très largement en-dessous de la spontanéité iconoclaste de cette attitude.

Jouer au dandy est la négation du dandysme. C’est ce que rappelle Vladimir Jankélévitch quand il distingue avec finesse « l’aventureux qui a la vocation de l’aventure et l’aventurier qui en fait profession. Le second n’étant qu’un bourgeois qui triche en marge du jeu bourgeois » (L’aventure, l’ennui, le sérieux, 1963).

L’ÉLÉGANCE CONTEMPORAINE

Le souci d’élégance n’a rien à voir avec le dandysme. Être bien habillé et tenter le paradoxe de se distinguer par la sobriété, de ressortir par la discrétion, constitue une tentative d’équilibre qui relève davantage du raffinement que du dandysme.

À cet égard, l’élégance est aux antipodes du dandysme : elle cherche l’harmonie et non le choc ; la proportion et non la discordance. Cela n’empêche pas la fantaisie, l’originalité, la personnalité. C’est même le propos de l’élégance : développer un style personnel qui ne se fonde pas sur une quête du scandale.

Par idéologie, notre époque postmoderniste s’est fait un devoir de rejeter toute convention : tout est désormais permis et il ne subsiste plus guère de convenances vestimentaires. Si l’on veut choquer, il ne reste plus que l’outrance, le mélange, la robe de soirée confectionnée en entrecôtes, le chapeau rose avec un smoking et des baskets, la capeline écossaise et la barbe de trente centimètres.

Autrement, avouons-le, ce n’est pas un couvre-chef, un costume trois pièce ou un petit bracelet qui feront de vous un dandy. Mais l’outrance, pratiquée par un quarteron de stars musico-télévisuelles et servilement imitées —s’est elle-même banalisée en devenant l’apanage de milieux qui signalent ainsi paradoxalement leur conformisme de troupeaux miniatures.

[Source : http://www.parisiangentleman.fr]

Un Français sur deux affirme avoir déjà réparé lui-même un objet électronique. K I L I A N / UnsplashCC BY-NC-SA

Écrit par Pierre Galio

Chef du service « Consommation et prévention », Ademe (Agence de la transition écologique)

En cette période de sédentarité contrainte, nos achats sont drastiquement réduits : cafés, restaurants et magasins sont pour la plupart fermés, nos dépenses hors loyers et énergie se résument donc globalement à l’alimentation. Le 9 avril, l’Insee annonçait que la consommation des Français avait chuté de 35 % depuis le 16 mars, veille de la mise en place du confinement.

L’occasion de questionner nos besoins réels, de redécouvrir toutes les ressources que renferment nos maisons et nos appartements, et de faire le tri entre l’utile et l’artificiel. Depuis 1960, les ménages ont multiplié par trois leur consommation, comme le rappelle l’Ademe.

Et chacun de nous génère en moyenne 568 kg de déchets par an, soit deux fois plus qu’il y a 40 ans.

Redécouvrir des trésors cachés (et faire le tri)

Nos caves, garages et placards regorgent d’objets tombés pour beaucoup dans l’oubli. Pour s’en rendre compte, quelques chiffres : en France, chacun de nous possède en moyenne 99 équipements électriques et électroniques, et croit en détenir 34. Sur cette centaine d’objets, 6 en moyenne ne sont jamais utilisés.

Profitons du confinement pour faire l’inventaire de ce que nous avons, et réalisons le tri entre ce que nous utilisons, ce qui fonctionne mais que nous n’utilisons pas, et ce qui ne fonctionne plus.

C’est l’occasion de redécouvrir des vêtements à remettre ou équipements à réutiliser et d’identifier les objets à renvoyer dans d’autres circuits, afin qu’ils tombent dans des mains qui en auront besoin : le don ou la vente de seconde main. Rappelons que le don, la revente et la réutilisation ont évité 1 million de tonnes de déchets en 2017.

Bien sûr, il faudra attendre le déconfinement pour apporter les biens dont nous souhaitons nous débarrasser dans des structures adéquates, mais nous pouvons dès à présent les mettre de côté. Dans un second temps, les solutions sont nombreuses : sites de dons (comme Geev ou Bon débarras), associations caritatives, friperies, vide-greniers ou dépôts-ventes.

Au geste environnemental qui consiste à éviter la production superflue de biens neufs, s’ajoute le geste social qui permet à des personnes d’accéder gratuitement ou à coût minime à un bien dont elles ont besoin.

Apprendre à réparer

Par ailleurs, plutôt que de jeter les équipements électriques ou électroniques qui nous paraissent défectueux, pensons à la réparation. En moyenne, chaque Français envoie à la poubelle entre 20 et 24 kg d’équipements électriques ou électroniques ménagers. Une grande partie sans qu’on ait tenté de les réparer.

Si les magasins dédiés sont eux aussi fermés, nous sommes capables d’effectuer un certain nombre de petites réparations, un Français sur deux déclare d’ailleurs avoir déjà remis en marche un appareil électronique. C’est l’occasion de découvrir comment fonctionnent les équipements. Certaines réparations exigent d’ailleurs très peu de matériel. Parfois, un tournevis ou une aiguille et un fil suffisent.

Donner une seconde vie aux objets

Au-delà des équipements, de nombreux objets peuvent être détournés et réemployés à une fonction nouvelle. Votre pot de moutarde devient un contenant pour des légumes secs ou du rangement, et un vieux T-shirt devient alors un chiffon.

Mais vous pouvez également faire preuve de créativité en vous lançant dans l’upcycling, qui consiste à composer à partir de différents objets un nouvel appareil ou un nouveau vêtement. Customiser une vieille robe, la transformer en jupe ou en déguisement, par exemple.

Entretenir pour allonger la durée de vie

Habits, équipements électroniques, équipements sportifs… un certain nombre d’équipements requièrent un entretien régulier pour prolonger au maximum leur durée de vie. Comme nous bichonnons notre voiture, il serait logique de prendre soin de l’ensemble de nos objets, et bien sûr aussi de notre habitat. Pour cela, quelques produits suffisent, parfois même un peu de vinaigre blanc ou de bicarbonate de soude.

Une étude réalisée par l’Ademe montre qu’allonger la durée de vie de l’ensemble du parc français de téléviseurs d’un an (que ce soit par l’entretien, le don, la revente), passant de 8 à 9 ans, le gain environnemental serait de 1,7 million de tonnes de CO2, soit les émissions annuelles d’une ville comme Lyon. De même, si nos smartphones étaient utilisés un an de plus, 181 000 tonnes de CO2 seraient évitées, soit les émissions sur un an d’une ville de 45 000 habitants.

Veiller à réparer et à entretenir nous permettra de conserver les objets plus longtemps, et ainsi d’éviter un renouvellement très fréquent. Sur la garde-robe des Français, les chiffres sont frappants. Depuis 10 ou 15 ans, son volume a augmenté de 60 %, avec des habits que l’on garde deux fois moins longtemps. Si les producteurs ont un rôle considérable à jouer de leur côté sur la qualité des produits qu’ils nous vendent et la réduction de la fréquence de renouvellement des gammes, nous pouvons nous aussi contribuer à plus de sobriété.

[Source : http://www.theconversation.com]

Discurso como pregoeiro da XVII Feira do Vinho do Ribeiro. Ribadávia, 30 de abril de 1980.

Ricardo Carvalho Calero

Publicado originariamente em: Ricardo CARVALHO CALERO, Letras galegas, Associaçom Galega da Língua (AGAL), A Corunha 1984, 349 pp. «Primeira parte»: «14. Louvança do vinho do Ribeiro», pp. 127-131.

Em Santiago de Compostela, desde a Carreira do Conde à Praça de Maçarelos, o trajecto é curto. Nas circunstâncias em que hoje se desenrola o tránsito, fai-se em tempo mais breve aquel caminho de a pé que sobre rodas. De por parte, a persoa que vos fala, que tem o seu domicílio naquela Carreira e o seu posto de trabalho naquela Praça, carece de rodas sobre as que rodar. Todos os dias, entre oito e nove da manhá, pola Senra, a Fonte de Santo António e o Tránsito dos Gramáticos, acede ao Mercado Velho para entrar, sob o imponente escudo de armas que brasona a fachada, in eremum, quer dizer, na sua Faculdade de Filologia, o edifício que para Colégio de Exercitantes erigiu o Arcebispo Yermo, segundo projecto de Lucas Ferro. In eremo reza a lenda do brasom, lembrando, em admoniçom equívoca, o nome do fundador e a austeridade como de eremitório que deve reger a vida do que se exercita na disciplina eclesiástica, e, segundo a opiniom de muitos, na própria disciplina universitária.

Mas, do mesmo jeito que o deserto pode florecer em rosas, porque o inundem as fontes do milagre, como na lenda dourada, ou o irriguem as águas conduzidas de longe por poderosas obras hidráulicas, como nas terras de Israel, onde hoje vivem, se calhar, descendentes dos valentes judeus que defendêrom a Porta Nova da vossa vila contra os besteiros do Duque de Lencastre, assi tamém a nobre sobriedade do exercício espiritual e da dedicaçom docente é compatível, em clássica alternáncia aristotélica ou em romántica síntese hegeliana, com a doce lediça da vida, com o benefício alegre dos dons da natureza, com o usufruto saudável dos bens temporais que nutrem com o seu zume assoalhado o sustento material do home, obra de luz e nom de trevas, como duplamente justificada pola criaçom e pola encarnaçom.

Desta arte, a cifra arquitectónica do urbanismo compostelano resulta símbolo do côncavo e o convexo da esfera da uniom substancial do home, na formosa e melancólica Praça do Mercado Velho, com os seus pradairos e o seu magnólio, onde cantam os melros do solpor, porque ali junto, acarom dos muros que ergueu a religiom e hoje povoa a ciéncia, se abre a porta de Maçarelos, a única em pé das sete portas que davam acesso ao recinto da cidade nos tempos descritos polo Códice Calixtino, porta que se abria aos caminhos do Sul, aos caminhos do Ribeiro, a rota de Ribadávia, porta por onde, no lombo das mulas de ajôujeres cacarelos e estribilhantes, conduzidas por arrieiros de altas vozes, o precioso dom das videiras entrava na cidade: pretiosos Baccus venit in urbem.

Todos os dias vejo eu a Porta de Maçarelos, a porta que, nos caminhos do tempo, abre Compostela a Ribadávia, a porta por onde Ribadávia entra em Compostela, e onde umha inteligente decisom administrativa fijo que se fixasse a placa que recolhe a formosa metonímia do Calixtino: pretiosus Baccus, o rico dom dionisíaco, o loiro ribeiro medieval, hoje –renovadas as cepas– arreiganhado no mesmo sábrego, madurecido debaixo do mesmo sol, agarimado polo mesmo rio, saudado polos mesmos vimieiros, a cambiar arrecendos de vida e cintilaçons de luz com as mesmas pavias.

Nesta celebraçom, pois, de hoje, em que, por carinhosa cortesia do Concelho de Ribadávia e da Universidade de Compostela, me corresponde oficiar, como outros colegas meus o figerom antes, num rio dionisíaco, sinto-me suficientemente justificado. Pois, ainda que a minha fasquia nom é –julgo– a de um Otero Pedraio, a de um Cunqueiro, a de um Rodríguez Gonçález, escritores que brilharom como glossadores opulentos, generosos e imaginativos das graças e riquezas do nosso agro, do bom jantar e do bom beber, dos produtos da nossa terra que alegram os nossos coraçons e levam polo mundo o nosso nome, hai umha tradiçom humanística que, sem necessidade de fazer profissom de epicureísmo, ainda mantendo-se na petrarquesca e herreriana devoçom platónica, eleva o seu canto à glória das rosas e das vides, das reconhecidas como benéficas entidades divinas, às que se pode amar como realizaçons da ideal beleza, da eufória ideal, acaroando-as respeitosamente aos nossos beiços, ainda renunciando a abusar do seu arrecendo e do seu lábio.

Da outra banda, a Compostela em que vivo e a Ribadávia em que agora ergo a minha copa de cordialidade verbal para o brinde em honor da flor do vinho, da palma da vinha, nom só se comunicam através da Porta de Maçarelos –e todas as entradas de hoje na cidade apostólica– pola presença ilustre dos caldos do Ribeiro na mesa familiar e hosteleira da metrópole galega. Tendo sido Compostela o centro da história de Galiza na época medieval, cando o primeiro senhor do reino era o seu Arcebispo, ambas as vilas, mália aas muitas léguas que as separam, estiverom ligadas por muitos vínculos além dos económicos; vínculos religiosos e políticos que determinarom muitas vezes a isocronia dos seus latejos. Compostela, empurrada pola mao poderosa do seu destino católico, quer dizer, ecuménico, tivo de medrar mais a partir do medievo, tivo de transformar-se, de fazer-se renacente e barroca, neoclássica e romántica, mentres que Ribadávia, nom muito menor que Compostela nos alvores da sua existência documentada como cabeça da Castela galega, permaneceu em maior medida no seu medievalismo, fiel ao seu carácter militar e feudal, confinada até tempos modernos no seu recinto fortificado com catro portas e no seu arrabalde encostado na muralha, o que nom significa que o sangue das suas videiras nom circulasse além das terras do seu vale, embarcando as suas barricas de treixadura em Baiona ou em Vigo com destino aos portos da Flandres e Inglaterra.

Ribadávia, como Compostela, foi das vilas galegas mais afectadas pola grande revoluçom demográfica do século XIV, cando, morto em Montiel o rei Dom Pedro, as mercês henriquinas implantarom no país umha nobreza foránea, que se em Santiago ameaçou e contestou o senhorio do Arcebispo, em Ribadávia, que era vila real, suplantou a influência das linhages indígenas dos Nóvoas, Pugas e Moscosos, entregada ao senhorio dos Sarmientos, logo condes, de nome tam próprio para exercer o mando em terras de bacelo, mas, com o seu ditongo castelhano, indicativo da profunda alheaçom que se iniciava na fasquia da nossa língua. E nas postrimarias do medievo, cando lavradores, mesteirais e fidalgos se alçam irmandados contra a alta nobreza feudal, e os “condes tolos” levam ao cume a anarquia senhorial antes de ser reduzidos pola autoridade dos Reis Católicos, se a figura lendária de dom Pedro Álvarez de Soutomaior fijo dos paços e as ruas de Ribadávia tabulado das suas façanhas entre homéricas e histriónicas, foi nas alturas da Almáciga, aforas de Compostela, onde o terrível bastardo, o Pedro Madruga matreiro e diligente, decidiu, com a impetuosa carga da sua cavalaria, a vitória final contra os Irmandinhos.

E agora me decato de que o meu discurso, que do ponto de vista da composiçom semelhava nos começos, pois todo o dito pode parecer exórdio, decorreu por umhas cales que me permitiriam quase que pôr-lhe o ramo com mui poucas palavras de mais. De jeito mais ou menos satisfactório, tenho apresentado o meu passaporte para entrar na vila, tenho quase sugerido ter, como vizinho de Compostela, um a modo de direito de progénie na flor gentil da Ávia, a Florávia que Otero bautizou. Tenho-me reclamado da minha condiçom de humanista –ainda que humilde– para fazer umha louvança decorosa e comedida do alegre dom de Baco, que desata o riso da mocinha viçosa e acende umha faísca de vida nos olhos do petrúcio vedraio. Mas ao teimar para legitimar a minha presença perante vós, tenho misturado à descriçom dos riscos que conformam a minha credencial, alguns que desenham o vosso semblante. A beleza geórgica do Ribeiro, a formosura tam antiga e tam nova de Rivadávia, o lábio engaiolador dos caldos galegos receberom de mim, como rebentos que abrolhassem ventureiros de umha cepa retorta sem cultivo, alguns galanteios marginais, que nom soubem esladroar com a podadeira. Sirvam-me de adianto na quota de saudaçom que nesta feira me cumpre dirigir à terra que o Ávia rega e à capital que a coroa, aos regedores que a administram, aos lavradores que a bordam e aos romeiros que a visitam.

Detido um instante neste canto do tempo, como no do Preguntoiro compostelano onde é fama que o pregoeiro do Concelho deitava os pregons das autoridades, eis-me, pregoeiro da XVII Feira do Vinho do Ribeiro, sucessor de ilustres colegas, prosélito, que nom rabino, da vossa sinagoga, oferente profano, que nom hierofante, do vosso ledo culto, a enxergar as últimas adoas do meu rogo, devotas palavras de peregrino obrigado, que se acolhe ao pórtico da vossa glória e é honrosa e indulgentemente recebido polo cabido da vossa egrégia Corporaçom.

Velaqui que o vinho do Ribeiro, como um deus agrário que reveste mil formas, se nos amostra em todas as suas variedades, em todas as suas manifestaçons, com a sua gradaçom de cores, arrecendos, lábios e envases. O grande órgao do Ribeiro, com o seu rico teclado de graves e agudos, brancos e tintos, densos e difusos, apresenta-se em toda a sua opulência para ser pulsado polas maos adoitas do catador, que sabe arrancar a esse teclado umha sinfonia para o gosto que equivale à sinfonia para a vista que oferece decote o vosso vale, com o cambiante triunfo da cor dos pámpanos segundo a sazom, que vai do verde tenro ao verde escuro, do ouro pálido ao ouro velho, do vermelho ao púrpura, do violeta ao morado, do cobre ao prata, do sol nacente ao solpor. O Ribeiro, em vinhos, em vinhas, em paisage, em humanidade, em arte é a mais pura exaltaçom do Barroco galego. Os pámpanos de esmeralda nos lóvios, como motivos ornamentais de um retábulo de igreja campesina, tenhem a mesma majestade risonha e serena das garcetas, das tranças femininas das vindimadoras, cabeleiras pesadas de grave negro azulado ou angélicos anéis de riços obriços, que nas páginas de Otero Pedraio cantam ledas cantigas entre o zoar das vespas ao redor dos culeiros onde os bagos acougam.

O vinho do Ribeiro de Ávia, o rei dos vinhos galegos, tem, justamente, umha magnífica projecçom literária. Cita-o Rosalia muitas vezes, cantou-no expressamente um poeta ribeirám, Eládio Rodríguez Gonçález. Mas as citas superiormente expressivas, as páginas em maior medida ajeitadas temo-las de procurar em Otero Pedraio, congenial na sua opulenta imaginaçom ornamental de grande escritor barroco, gozador desde neno, nos recantos da encosta de Canedo, da cromática das vinhas outoniças, em que o sol alapeia faíscas semelhantes às que sobem e baixam polos banzos dos socalcos de Ribadávia; congenial, digo, na sua generosa condiçom de tecedor de grinaldas de tropos, com a riqueza de ácios, com a bençom de pámpanos, com a convulsom laocóntica de sarmentos e varas que na fastuosa ribeira do Ávia cristalino, baixo a esculca da atalaia de Pena Corneira, campa na manhá loira que alumia o faiscante sol de abril.

Pantelas, o velho herói de várias narraçons de Otero, o home que chegou a encarnar o espírito do vinho, figura real elevada pola arte do senhor de Trasalva à categoria de mito, poderia ser glorificada como a forma antropomórfica do vinho galego e, se houvesse nestes tempos a comunicaçom cultural entre o artista e o povo que conheceu a Atenas do ditirambo e a tragédia, nom caberia descartar a possibilidade de um culto em que o pagao e o cristao, o erudito e o folclórico se fundissem num complexo símbolo expressivo de umha das grandes forças da nossa natureza, poderosa pujança, demoníaca presença agrícola, santo padroeiro do pobre vinhador que se ajoelha no socalco, e na adega impetra do dono do universo a protecçom para as suas vides contra a névoa que amera, a saraiva que apedra, o fungo que seca, a geada que queima, o rapaz que furta e o trabuco que grava.

O grande poema do vinho galego é A lagarada, a tragédia da vindima, com a sua grandeza dionisíaca, em que, como nas Bacantes de Eurípides, se dramatiza o poder numénico do mosto. Por esta obra, à vez realista e simbólica, se queredes de um realismo mágico, Otero Pedraio inscreve-se no cánone dos maiores dramaturgos da nossa terra. É umha obra para representar ao ar livre, em tempo de outono, ou em calquer tempo, e –por que nom?– nesta capital da leda e profunda terra do vinho, na Praça Maior, ou pé dos muros do Castelo, ou na ribeira do Ávia rumoroso.

Noutro tempo chegava o ribeiro a alongadas latitudes europeias. Modernamente, a emigraçom abriu-lhe as portas de algumhas terras americanas. O vinho do Ribeiro, o vinho galego, como a língua galega, está ameaçado decote por poderosas competências. Nom pode viver se nom luita teimosamente por sobreviver. O nosso vinho, a nossa fala necessitam, em primeiro termo, ser autênticos, ser eles mesmos, rejeitar energicamente toda adulteraçom, apresentar-se puros no concerto dos vinhos e das línguas. O tempo decorre, a história flui, a vida avança. As cepas renovam-se, as palavras cambeiam. Mas se o ribeiro ha de ser ribeiro e o galego ha de ser galego, o que é o mesmo que dizer, se o ribeiro e o galego querem ser algo, e nom nada, ham de manter as essências que os figerom serem o que som. Só assi se poderám abrir novos mercados, novos espaços vitais para o um e para o outro. Se o vinho nom sai da adega, nom passa de afago doméstico. Se a nossa língua nom se oferece fraternalmente, como na Idade Média, à comunicaçom com outras áreas hispánicas, nom passará de gíria arquidiocesana. Será melhor que algum dia nom exportemos homes, senom produtos. Todo galego deve consumir vinhos galegos, todo galego deve ler literatura galega. No entanto, para que a balança de pagos nos seja favorável, é preciso que, cada dia mais, em competência pacífica, polo esmero do cultivador, o nosso vinho se beba, a nossa literatura se leia além das catro províncias.

A primavera estende o seu manto sobre a ribeira do Ávia. O jubiloso coro dos vinhos que os colheiteiros nos oferecem, canta nas cores dos diversos embotelhados. É um canto de esperança. Sobre o verde da terra ribeirana, amanhá se alçará o sol. E será como umha fervente cunca de alegre treixadura que transbordando o barro que a contém, derramará os seus raios de luz sobre esta terra. Regedores e povo de Ribadávia, brindo porque aqueça perpetuamente as vossas almas esse vinho solar.

[Fonte: http://www.adiante.gal]