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Les quartiers de Williamsburg et Borough Park, dans l’arrondissement de Brooklyn, abritent une importante population juive ultraorthodoxe. De passage aux États-Unis, le blogueur budapestois Tas Tobias s’étonne de voir à quel point les origines hongroises de ces communautés ont perduré. Exploration.

La 13e Avenue est la principale artère commerçante de Borough Park, un quartier du sud de Brooklyn.

New York est la ville la plus diverse des États-Unis. Brooklyn le quartier le plus diversifié de New York. Et Williamsburg le secteur le plus varié de Brooklyn. Pourtant, les trentenaires bon chic bon genre qui débarquent en masse de Manhattan ne savent que par les actualités qu’un monde cloisonné de Juifs hassidiques se dissimule à quelques rues de leurs restaurants étoilés au Michelin et de leurs bars servant du vin bio trop cher.

À partir de South 9th Street, un autre univers émerge. Les hommes portent des vestes noires, des chapeaux, de longues barbes, des papillotes le long des tempes et parlent en yiddish dans des téléphones à clapet rappelant les années 1990. Les femmes arborent des robes longues et des perruques. Quasiment toutes arpentent les rues avec des poussettes et des armées de bambins.

La plupart du temps, je suis le seul individu étranger au quartier. Les épiceries, les boulangeries et les restaurants sont strictement casher et les enseignes sont presque toutes en yiddish. Le tout au cœur de New York, à un arrêt de métro de Manhattan.

Dans une langue d’antan

Lorsque je croise un homme âgé, je l’accoste en hongrois. Il me répond en magyar sans une once d’étonnement. Son hongrois est rustique, mais recèle le charme de l’idiome d’antan, en voie d’extinction dans les campagnes magyares.

Peu de gens savent qu’une large part de la communauté juive hassidique de Brooklyn trouve ses origines en Hongrie. J’ai découvert ce quartier lorsque je vivais à New York. Depuis, j’y reviens souvent. Le fait d’être hongrois m’a avantagé pour connaître de nombreuses personnes de cette communauté recroquevillée sur elle-même.

L’histoire magyare du hassidisme remonte au XIXe siècle. Cette branche du judaïsme ultraorthodoxe a trouvé un terreau fertile parmi les Juifs pauvres et ruraux du nord-est de la Hongrie. Contrairement aux Juifs séculiers et assimilés de Budapest et des autres grandes villes, les hassidim refusaient l’intégration, s’accrochaient aux traditions ancestrales et ont formé de grandes dynasties héréditaires sous la férule d’un rabbin charismatique. Après l’Holocauste, qui a décimé la communauté, les survivants ont quitté la Hongrie et reconstruit leurs congrégations dans l’État nouvellement formé d’Israël, ainsi qu’aux États-Unis d’Amérique.

Aujourd’hui, plus de 150 000 Juifs ultraorthodoxes de Brooklyn sont d’ascendance magyare, principalement à Williamsburg [dans le nord de Brooklyn] et Borough Park [dans le Sud]. La dynastie hassidique dominante, les Satmar, tient son nom de l’ancienne ville hongroise désormais roumaine de Satu Mare, où le rabbin Yoel Teitelbaum avait bâti une importante communauté avant la Seconde Guerre mondiale. Teitelbaum a échappé à la déportation, est arrivé à New York en 1946 et a ressuscité son assemblée. Les Munkatch (de Moukatchevo, aujourd’hui en Ukraine), les Popa (de Papa [en Hongrie]) et les Klausenburg (de Cluj, aujourd’hui en Roumanie) forment les autres groupes majeurs de hassidim hongrois de Brooklyn. D’autres petites communautés existent, comme celles de Kaliv (originaire de Nagykallo), de Kerestir (Bodrogkeresztur) et de Liska (Olaszliszka).

“Plusieurs de ces localités ont été séparées de la Hongrie après la Première Guerre mondiale [après le traité de Trianon du 4 juin 1920], mais les Juifs qui vivaient dans ces communes se considéraient comme Hongrois”, explique Yosef Rapaport, leader respecté d’une communauté de Borough Park. “Ma mère venait de Valea lui Mihai et mon père de Halmeudeux villages situés en territoire roumain, mais mes deux parents s’exprimaient en magyar à la maison. En fait, la grande majorité des Juifs orthodoxes de Brooklyn parlent le yiddish avec un accent hongrois.”

Hospitalité renommée

Brooklyn compte des douzaines de communautés hassidiques. La plupart sont hongroises, les autres polonaises, russes et ukrainiennes. Malgré leurs similitudes apparentes, des différences subtiles les distinguent. “Les hassidim hongrois sont renommés pour leur hospitalité. Dans un foyer hassidique hongrois, il y a toujours un plat prêt à déguster. Et dans une synagogue magyare, le café est à la fois abondant et gratuit”, décrit fièrement Alexander Rapaport, fils de Yosef et propriétaire de Masbia, un réseau associatif de soupe populaire.

“Les femmes sont mieux organisées, habillées plus élégamment. Elles respectent les règles hassidiques [qui exigent pudeur et sobriété], mais cela se voit qu’elles sont hongroises. En épouser une est une bonne pioche.”

Contrairement à Williamsburg, toutes les communautés hassidiques de Borough Park n’ont pas de racines magyares, mais beaucoup des trois cents petites synagogues du secteur portent le nom de localités hongroises, à l’image de celles de Sopron, de Debrecen et de Mad. Une portion de la 13e Avenue, principale artère commerçante du quartier, s’appelle Raoul Wallenberg en l’honneur du diplomate suédois, ambassadeur à Budapest durant la Seconde Guerre mondiale, qui a sauvé des dizaines de milliers de Juifs d’une mort certaine. Nombre d’entre eux se sont d’ailleurs installés à Brooklyn par la suite.

Goulasch, chou farci et paprika

À Williamsburg, ma première étape me mène chez Gottlieb’s, restaurant familial animé rempli d’hommes barbus avec des chapeaux noirs et géré par Menashe Gottlieb, 44 ans. Juif [du courant] Satmar, réservé, il porte des lunettes et des papillotes blondes. Le grand-père de Menashe, Zoltan, a abandonné la Hongrie lors de l’insurrection antisoviétique de 1956 et a ouvert en 1962 une table spécialisée dans les plats de sa terre natale, qui lui manquaient : le goulasch,

[Photo : TAS TOBIAS – lisez l’intégralité de cet article sur http://www.444.hu ou http://www.courrierinternational.com]

 

Gabriel García Márquez y Rodolfo Walsh, padres de un género atribuido a Truman Capote.

Gabriel García Márquez (1927-2014), escritor colombiano y Premio Nobel de Literatura en 1982

Gabriel García Márquez (1927-2014), escritor colombiano y Premio Nobel de Literatura en 1982

Escrito por GUSTAVO GONZÁLEZ RODRÍGUEZ

A sangre fría ha sido durante muchos años una lectura obligatoria para los estudiantes de nuestras escuelas de Periodismo, y en América Latina prevalece la idea de que el estadounidense Truman Capote es el padre de la narrativa de no ficción. Un mérito que puede ser cuestionado con numerosos antecedentes que validan como pioneros de este género periodístico-literario a dos latinoamericanos: el colombiano Gabriel García Márquez y el argentino Rodolfo Walsh.

No se trata de instalar una disputa artificial en un terreno que será siempre controvertido, pero sí de exigir a los formadores de periodistas y divulgadores literarios un mayor rigor intelectual que los aleje de una excesiva inclinación anglosajona que termina desconociendo la histórica contribución de las vertientes latinas europeas y americanas en el afortunado maridaje de periodismo y literatura.

A sangre fría fue publicada en 1966, un año después de la ejecución en la horca de Richard Hickock y Perry Smith, quienes asesinaron en noviembre de 1959 de los cuatro miembros de la familia Clutter en Kansas.

Once años antes, en 1955, Gabriel García Márquez publicó en 14 entregas diarias en el diario El Espectador su Relato de un náufrago, un texto testimonial basado en una extensa entrevista a Luis Alejandro Velasco, tripulante de un buque militar de la Armada colombiana, que sobrevivió durante diez días en una precaria balsa tras caer al mar desde el barco.

También se adelantó a Capote el periodista argentino Rodolfo Walsh, quien en 1957 publicó Operación Masacre, sobre una serie de asesinatos que agentes del Estado cometieron en junio de 1956 durante la llamada Revolución Libertadora, nombre que se dio la dictadura militar que en 1955 derrocó a Juan Domingo Perón.

Es cierto que ni Relato de un náufrago ni Operación Masacre alcanzaron en su momento el impacto que tendría después A sangre fría, convertido en un bestseller apenas lanzado el libro. El público adquirió masivamente esta obra, que con destreza literaria, una exhaustiva investigación y numerosas entrevistas, que incluyeron a Hickock y Smith, construyó una apasionante narración del antes, el ahora y el después de un crimen que conmovió a los Estados Unidos.

También es cierto que García Márquez y Walsh publicaron sus trabajos en condiciones políticas bastante adversas que les pasaron la cuenta en su momento y postergaron el reconocimiento de los lectores y de la industria editorial.

Relato de un náufrago no es solamente una extensa entrevista publicada en 14 entregas en El Espectador, al estilo de los viejos folletines policiales y románticos. El testimonio que el futuro nobel de Literatura construyó con las palabras de Luis Alejandro Velasco es un compendio de buen periodismo y buena literatura. Sobriedad y suspenso son ingredientes que atraviesan todo el relato y transmiten el mundo interior de un modesto marino enfrentado al gran desafío de la supervivencia.

Al estilo de los viejos cronistas, García Márquez puso un extenso título a su trabajo: Relato de un náufrago que estuvo diez días a la deriva en una balsa sin comer ni beber, que fue proclamado héroe de la patria, besado por las reinas de la belleza y hecho rico por la publicidad, y luego aborrecido por el gobierno y olvidado para siempre.

Un título que es un buen resumen de la odisea de Velasco y sus consecuencias. El buque militar Caldas regresaba de Mobile, Alabama, donde había sido sometido a reparaciones. En la navegación de regreso a Colombia, Velasco cayó al océano. La versión oficial de la Armada fue que la caída se produjo a causa de una tormenta mientras el marino estaba en cubierta. Así, cuando finalmente fue rescatado tras una decena de días a la deriva en alta mar, fue recibido como un héroe, lo cual fue bien aprovechado como propaganda por la dictadura del general Gustavo Rojas Pinilla.

La entrevista con el joven periodista García Márquez reveló que nunca hubo tal tormenta y, aún más, puso al descubierto un escándalo de corrupción, ya que Velasco se precipitó por la borda del barco cuando intentaba con otros tripulantes contener una carga mal estibada, que contenía artículos de contrabando.

Fue tal el impacto de la denuncia que El Espectador optó por proteger a García Márquez sacándolo de Colombia y enviándolo como corresponsal a París, con una austera remuneración que desapareció por completo cuando la dictadura cerró el diario. Fue en una modesta buhardilla parisina de la rue Cujas, entre privaciones, que creó El coronel no tiene quien le escriba, su segunda novela después de La hojarasca.

El impacto que alcanzó Cien años de soledad desde su publicación en 1967 abrió las puertas de la industria editorial a textos anteriores de Gabo, como El coronel no tiene quien le escriba y el propio Relato de un náufrago, publicado como libro en 1970.

«Periodismo es difundir aquello que alguien no quiere que se sepa; el resto es propaganda. Su función es poner a la vista lo que está oculto, dar testimonio y, por lo tanto, molestar». La cita corresponde a un escrito del periodista argentino Horacio Verbistky, aunque la primera frase es atribuida indistintamente, entre otros, a George Orwell y Randolph Hearst.

Si esa condición se cumplió en Relato de un náufrago, con mayor razón se dio en Operación Masacre, un libro que, en un ambiente cargado de represión y violaciones de los derechos humanos, denunció un crimen masivo de una dictadura militar. Rodolfo Walsh construyó esta obra a partir de una hebra: un comentario que escuchó acerca de un sobreviviente de un fusilamiento. A partir de ahí fue armando la madeja, mediante entrevistas a otros peronistas que libraron con vida y a familiares de los asesinados.

El producto fue este libro, publicado en 1957, que se fue enriqueciendo en sucesivas ediciones con nuevos antecedentes y que incluso fue llevado al cine con el propio Walsh como coguionista. Operación Masacre es una gran obra literaria en el mejor sentido y no es exagerado el papel fundacional de la narrativa de no ficción que algunos estudiosos le otorgan, destacando que se adelantó nueve años a Truman Capote y su A sangre fría.

Al igual que Relato de un náufrago, Operación Masacre fue inicialmente divulgado en varias entregas en un modesto diario, Revolución Nacional, entre enero y marzo de 1957. La investigación se enriqueció y en junio del mismo año publicó otros nueve artículos en la revista Mayoría. Fue en diciembre de 1957 cuando Ediciones Sigla lanzó el libro.

Walsh fue asesinado en Buenos Aires en una emboscada de un grupo de tareas de la tristemente célebre ESMA (Escuela de Mecánica de la Armada) el 25 de marzo de 1977. Los marinos se llevaron su cuerpo. Es uno de los miles de desaparecidos que dejó la dictadura encabezada en sus primeros años por el general Jorge Rafael Videla y el almirante Emilio Massera.

Fue el epílogo sangriento de un periodista y escritor que en su corta vida de cincuenta años radicalizó sus posiciones y su compromiso con las letras y la revolución socialista desde las tendencias más libertarias del peronismo. En aquellos años en que predominaba como respuesta a la llamada prensa burguesa el periodismo de trinchera, teñido a menudo de panfleto y maniqueísmo, Walsh y García Márquez instalaron una narrativa de no ficción de gran calidad periodística y literaria.

Así como a Capote se le atribuye que echó las raíces del nuevo periodismo que Tom Wolfe codificó a partir de 1960 en los Estados Unidos, puede afirmarse que Relato de un náufrago Operación Masacre tuvieron un papel fundacional en las ricas expresiones que esta tendencia rupturista desarrolló en la América Latina desde un ejercicio periodístico permanentemente acosado por las dictaduras y los poderes empresariales.

Lo esencial desde nuestros autores latinoamericanos hasta Capote, Wolfe y sus seguidores está en el rescate de la alianza entre literatura y periodismo.

Un maridaje precisamente rechazado por seguidores de los formatos y técnicas que desde Estados Unidos adecuaron la redacción de las noticias a la industrialización de la prensa en la primera mitad del siglo XX. La pirámide invertida dispuso que las informaciones debían ser redactadas respondiendo a las «cinco W» (qué, quién, cuándo, dónde, por qué), en una secuencia jerarquizada que casi por obra de magia produciría objetividad.

«Los hechos son sagrados y las opiniones libres», fue una sentencia anglosajona que nos invitaba a reconocer una quinta esencia de virtud en el modelo, capaz entonces de conjugar, según el formato, el rigor informativo con la más completa libertad de expresión. La historia del periodismo, y también de la política, ofrece sin embargo innumerables episodios de invención, ocultamiento o distorsión de hechos, así como de manipulación, instrumentalización e incluso persecución de las opiniones.

Al final prevalece la ética como único canon válido para legitimar, no solo la función social del periodismo, sino sus niveles de calidad. Un terreno en que la trayectoria periodística de Truman Capote dejó zonas oscuras, según varios de sus biógrafos. Pero esto ya es materia para otro artículo.

Por ahora, consignemos que la narrativa de no ficción, el nuevo periodismo e incluso el periodismo de investigación han enriquecido el panorama literario mundial. A esta altura, cualquier enumeración puede parecer arbitraria, pero me atrevo a reivindicar una vez más a Tomás Eloy Martínez con Santa Evita y La novela de Perón y al uruguayo Ernesto González Bermejo con Las manos en el fuego, como ejemplos a mi juicio relevantes.

En 2018, el Premio Alfaguara, considerado el mayor galardón de narrativa en lengua hispana, recayó en el mexicano Jorge Volpi con Una novela criminal, texto que en la práctica no tiene nada de ficción, basado cien por ciento en un caso judicial real y reconocido por sus méritos periodísticos y literarios.

Tres años antes, 2015, la Academia Sueca otorgó el Nobel de Literatura a la periodista bielorrusa Svetlana Aleksiévich, autora entre otros libros de La guerra no tiene rostro de mujer, Los muchachos de zinc y Voces de Chernóbil, tres obras excepcionales construidas a partir de testimonios, ejemplos de narrativa de no ficción.

(*) Gustavo González Rodríguez. Periodista y escritor. Magíster en Comunicación Política, Periodista y diplomado en Periodismo y Crítica Cultural en la Universidad de Chile. Fue director de la Escuela de Periodismo de esa misma universidad (2003-2008) y presidente de la Asociación de Corresponsales de la Prensa Internacional en Chile (1992-1995). Corresponsal en Ecuador y director de la oficina de Inter Press Service en Chile, y editor de la agencia en Italia y Costa Rica. Fue corresponsal también de Latin America Newsletter (Inglaterra), El Periódico de Barcelona (España), revista Brecha (Uruguay) y diario Milenio (México). Autor de los libros «Caso Spiniak. Poder, ética y operaciones mediáticas» (ensayo), «Nombres de mujer» (cuentos) y «La muerte de la bailarina» (novela).

 

[Fuente: http://www.meer.com]

LES MOTS DÉMONS. En annonçant un « plan sobriété », Emmanuel Macron a dédiabolisé un concept longtemps rejeté par les partis de gouvernement. Mais le sens du mot, élastique, a muté…

Écrit par Pascal Riché

Cet été, l’idée de « sobriété » a gagné l’ensemble du monde politique, qui s’en enivre. Rares sont ceux qui, à gauche comme à droite, en contestent la nécessité. Pour en arriver là, il a fallu la menace d’une rupture des livraisons de gaz russe et l’arrêt en cascade des réacteurs du parc nucléaire français. Lors de son interview du 14 juillet, le président de la République a proposé de « rentrer collectivement dans une logique de sobriété ». La Première ministre Elisabeth Borne et la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher s’attellent à la préparation d’un « plan de sobriété énergétique ».

Ce mot aura mis des années avant de s’imposer. Pendant longtemps, il a été considéré comme une lubie réactionnaire ou décroissante, et ce jusque chez les écologistes ! En 2005, alarmé par les changements climatiques, le député Vert de Paris Yves Cochet propose à son parti de prôner la « société de sobriété », seule à même, selon lui, d’éviter le chaos ou la dictature. Ses collègues se récrient. Lors du conseil national des Verts, Jean-Luc Bennahmias, député européen, dénonce le « catastrophisme » de Cochet : « Ce n’est pas en annonçant tout le temps la fin du monde qu’on donnera envie de voter pour nous. » À l’époque, il ne fait aucun doute pour personne que la sobriété s’oppose frontalement à la croissance : la défendre est considéré comme contraire au progrès. Puis le mot, plus doux et souple que « décroissance », va être peu à peu adopté. Pourquoi lui ? Peut-être parce qu’il a reçu l’onction de la pensée chrétienne, considérée comme légitime.

« Maître de soi »

Dans le vocabulaire courant, le mot de « sobriété » a été pendant longtemps assigné au discours sur l’alcool, ce qui est conforme à son étymologie : en latin sobrietas, c’est ebrietas (ébriété) précédé du préfixe se (à l’écart de)Mais les Églises, catholiques ou protestantes, utilisent depuis longtemps ce mot dans un sens plus large. Le concept auquel il renvoie n’est guère éloigné de celui de tempérance/modération que vantaient les philosophes grecs : la ἐγκράτεια (Enkrateia) ou la σωφροσύνη (sophrosúnê) désignaient le fait de rester « maître de soi », de s’autolimiter. Dans la littérature chrétienne, on croise souvent le mot « sobriété » que ce soit dans les traductions de Saint-Paul (« il faut être sage avec sobriété ») ou celles de Saint-Thomas d’Aquin (« La sobriété, ce n’est pas abstinence »). Le protestantisme en a fait un de ses concepts phares.

Aussi, il n’est pas étonnant que ce soit des penseurs chrétiens qui l’aient introduit dans le champ politique : les héritiers du père dominicain Louis-Joseph Lebret (1897-1966) ou du philosophe protestant Jacques Ellul (1912-1994) ont fait de la sobriété volontaire une arme contre l’aliénation que représente la société de consommation. C’est la sobriété matérielle qui permettra de travailler moins, de dégager du temps que l’on pourra consacrer à la famille, la communauté, l’art, l’approfondissement de ses connaissances… La sobriété, c’est ce qui peut mettre fin à la folie capitaliste.

« Sobriété heureuse »

Dans les années 2000, le fondateur des « Colibris », le philosophe Pierre Rabhi (catholique lui aussi, par conversion) va populariser l’expression de « sobriété heureuse », qui tire sa force de sa sonorité oxymorique. En 2015 le pape va la reprendre à son compte (à deux reprises) dans sa fameuse encyclique « écolo » « Laudato Si ». Le mot « sobriété », qui était encore tabou dix ans plus tôt, est à la même époque digéré par la pensée « mainstream » et rejoint même le vocabulaire « officiel ». La « sobriété énergétique » (un autre oxymore) est mentionnée dans l’article premier de la Loi de transition énergétique du 17 août 2015. Elle est depuis vantée avec constance par l’Ademe.

Pourtant, signe que son sens n’est pas encore stabilisé, cette agence dédiée à la transition écologique en donne une définition tantôt floue (« questionnement des modes de vie et de consommation ») tantôt alambiquée (« démarches multiples, dont le dénominateur commun est une recherche de “moins”, de modération des biens et des services produits et consommés, tout en recherchant un “mieux”, notamment une augmentation de la qualité de vie et du bien-être – où le “moins” et le “mieux” sont des notions relatives », ouf).

Le mot, a force d’être utilisé, s’est usé. Et son sens s’effiloche rapidement. On parle de « technologies de la sobriété » pour désigner des appareils moins gourmands en énergie. On place sous l’étiquette « sobriété » des politiques comme l’isolation thermique des immeubles, qui n’exigent pourtant aucun changement de mode de vie, mais seulement des investissements. Même des moteurs automobiles plus économes en essence -mais gorgées de high-tech- sont rangés dans la case « sobriété » ! À ce train-là, la sobriété promet de devenir la condition d’un renouveau de la société productiviste, dont elle prenait pourtant naguère le contre-pied.

 

[Source : http://www.nouvelobs.com]

Entre o programa de Mélenchon nas presidenciais e o da coligação há poucos avanços, como salário mínimo e empregos para transição ecológica, omissões e recuos como sobre a Nato e a União Europeia. Enunciam-se muitas diferenças que podem travar decisões. Mas o combate ao neoliberalismo macroniano mantém-se.

Programa da NUPES

Escrito por Patrick Le Moal

A criação da NUPES e a dinâmica unitária que se desenvolveu no decurso das presidenciais representam uma modificação importante do campo política da esquerda francesa. Sejam quais forem os seus limites, nomeadamente a escolha de integrar o PS e personalidades políticas do social-liberalismo, ou mesmo do La République en Marche [do presidente Macron] e o facto de ser apenas uma dinâmica eleitoral neste momento, é inegável que se abriu uma nova conjuntura política.

Se esta é suficiente para impulsionar de uma forma mais duradoura uma dinâmica popular, uma “união popular na base”, ainda é cedo demais para dizer hoje, mas esta modificação é um ponto de apoio para inverter o curso das coisas, travar as votações massivas na extrema-direita nos meios populares, o racismo dominante, as políticas neoliberais destruidoras dos direitos sociais, liberticidas e climaticidas.

A existência da NUPES abre a possibilidade de impedir Macron de ter a maioria absoluta na Assembleia e de, assim, não ter mais as mãos totalmente livres para aplicar a sua política. Se uma oposição política de esquerda pudesse em parte ser a expressão no quadro institucional das aspirações das pessoas exploradas e oprimidas, teríamos outros meios para avançar na construção de uma alternativa social e política que fosse capaz de organizar duradouramente centenas de milhares de pessoas oprimidas à volta de um projeto ecossocialista.

Estas são indicações prévias para indicar que a análise do programa não resume tudo o que está a acontecer, sem esquecer o fundo do projeto político tal como se exprime no programa da NUPES.

De onde vem?

O programa da NUPES retoma muito amplamente o plano e as formulações do “Futuro em Comum(link is external)”, programa discutido longamente no seio da França Insubmissa, fruto de um trabalho de harmonização laborioso entre as suas diferentes sensibilidades e os numerosos interlocutores externos que se juntaram na sua elaboração, o que explica muitas das formulações, propostas muito precisas sobre centenas de questões.

O programa unitário foi discutido de forma muito rápida, depois de reuniões bilaterais entre a França Insubmissa e cada organização que fixaram a construção do quadro unitário e prudentemente mostra pontos de desacordo, substanciais em algumas das questões como iremos ver, mas não coloca em causa a orientação geral do programa presidencial de Mélenchon.

Mantém-se uma perspetiva inscrita no socialismo republicano tradicional, marcado pela rutura com o social liberalismo, o produtivismo, e que formula uma resposta social e ecológica às crises em que vivem as classe populares. O que há de novo, relativamente ao programa “Futuro em Comum”, é a vontade de negociar entre organizações para enfrentar este prazo eleitoral em vez de tentar unificar o povo em torno do líder numa conceção populista de esquerda da política.

Que mudança de rumo?

Como no “Futuro em Comum”, não se encontrará mencionada uma única vez neste projeto a aspiração a construir uma sociedade socialista ou ecossocialista ou pós-socialista ou até que simplesmente tenha ultrapassado o capitalismo, nem uma denúncia do capitalismo enquanto tal, nem uma rutura com os sistemas políticas representativos atuais. Que um programa eleitoral numa situação específica não responda a todas as questões, é inevitável. Mas para definir a perspetiva em causa, saber se ela está em rutura com as políticas neoliberais atuais ou se, mais globalmente, procura uma dinâmica de rutura com o sistema capitalista, o Estado capitalista, a natureza do objetivo é importante. Aqui adota-se claramente a primeira abordagem.

As fórmulas sobre a revolução cidadã, a insurreição cidadã, desapareceram do texto comum. Ainda que não representassem de forma alguma uma estratégia de organização pela base dos dominados contra o capitalismo, que por detrás do vocabulário radical significassem a reativação da estratégia reformista clássica da ascensão ao poder através das urnas, a sua retirada tem um significado político geral: uma parte do radicalismo verbal foi apagado.

Ainda que não ponha em causa o sistema capitalista, a aplicação do essencial deste programa provocaria um confronto com o capitalismo neoliberal, com as instituições europeias, que para vencer teria de articular mobilizações de massas com decisões políticas de rutura que, em conjunto, poderiam criar uma relação de forças das dinâmicas internacionais que inverteriam as evoluções atuais.

Para isto é preciso um projeto político alternativo que dê um sentido global ao confronto, ao projeto pós-capitalista, ecossocialista, ou com qualquer outro nome, que seja defendido por formas de organização de classe das pessoas exploradas e oprimidas.

Medidas económicas e sociais

No plano económico, trata-se de intervir em certas decisões económicas sem colocar em causa globalmente a propriedade privada dos meios de produção e o funcionamento do sistema capitalista. Como no « Futuro em Comum », é reafirmada a criação de polos públicos, do medicamento, da energia, dos transportes, da saúde, para reindustrializar o país, a vontade de relocalização das produções, de ter um plano de reconstrução industrial, de tornar possível o direito de requisição das empresas de interesse público pelo Estado. Está prevista a nacionalização da empresa aéreo-espacial Ariene, dos aeroportos, das autoestradas, da SNCF [empresa de transporte ferroviário], da Française des Jeux [empresa concessionária dos jogos de lotaria] e a socialização dos bancos generalistas (exceto por parte do PS e do EELV), a requisição das empresas indispensáveis à produção do material sanitário, o fim das privatizações das barragens hidroelétricas e das indústrias de armamento e controlo público da infraestruturas digitais e, por fim, uma moratória às parcerias público-privadas.

Soma-se a isso a anulação da liberalização do mercado de eletricidade e gás, a interdição do depósito de patentes de medicamentos e equipamentos “necessários a uma resposta sanitária urgente”.

Se estas escolhas têm um significado real, estão longe de ser determinantes, e estão longe de reverter as vagas sucessivas de privatizações.

Desenham-se ainda outras respostas, com uma medida simbólica mas interessante, a criação de um direito de preferência que permitiria aos trabalhadores retomar a atividade sob a forma de cooperativa e, sobretudo, a afirmação de medidas para que a economia social e solidária seja uma alternativa à economia liberal.

Está presente o direito de veto suspensivo das Comissões de Empresa sobre os planos de despedimento (rejeitado pela EELV e pelo PS) e a proibição dos despedimentos bolsistas e despedimentos económicos em empresas que pagam dividendos ou recebem ajudas públicas.

Sobre a finança, propõe-se a instauração de uma taxa “significativa” em vez de “real” sobre as transações financeiras, a interdição de produtos derivados tóxicos, a separação dos bancos de negócios e de depósito, e sobre a dívida, auditoria cidadã para determinar a parte ilegítima…

No que diz respeito aos serviços e empregos públicos, defende-se a garantia de acesso a todos os serviços públicos essenciais (escola, estação de comboios, hospital, estação de correios…) e a equipamentos desportivos e culturais a menos de 15 a 30 minutos do local de habitação (de carro ou de transportes coletivos) e diversas medidas para apoiar as comunas, as coletividades e as iniciativas associativas.

Defendem-se ainda a reconstrução do serviço público hospitalar, a supressão das tarifas por ato médico, um plano de recrutamento e diferentes medidas contra a insuficiência de médicos, pela saúde mental, etc…. e, para fazer face às pandemias, medidas como a suspensão das patentes, a requisição temporária das empresas fundamentais, a criação de um polo público do medicamento, a instauração do reembolso a 100% dos cuidados integrando os cuidados complementares na Segurança Social (exceto o PS).

Pretendem-se igualmente contratações nas diferentes administrações como a justiça, a implementação de serviços públicos para a primeira infância, apoio à deficiência, à publicação científica, às reparações e à reutilização… mais 500.000 lugares nas creches, 15.000 alojamentos universitários e 200.000 alojamentos públicos por ano. Por outro lado, a vinculação dos trabalhadores contratados da Função Pública deixa de ser automática, é apenas proposta (e recusada pelo PS).

Sobre as medidas sociais, continua a estar prevista a revogação das leis Pénicaud, El Khomri [reforma do código de trabalho de 2017] e da reforma Macron sobre subsídios de desemprego, o regresso do princípio de favorecimento dos trabalhadores nas negociações, o que é importante mas está longe de anular a totalidade do processo de destruição das conquistas sociais que tem sido aplicado nos últimos 30 anos.

Mantêm-se o contrato de trabalho indefinido como forma normal e geral do trabalho e a quota máxima de contratos precários (10% nas PME e 5% nas grandes empresas), a presunção de contrato para os trabalhadores das plataformas digitais, o enquadramento da subcontratação (com o abandono da sua limitação a um primeiro nível prevista no « Futuro em Comum »).

O aumento do salário mínimo é superior, passou de 1.400 a 1.500 euros. Mantêm-se as outras medidas para os funcionários, sobre distâncias de salários (de um a vinte entre o mais baixo e o mais alto numa empresa), a igualdade salarial mulheres-homens, mas algumas medidas previstas automaticamente no « Futuro em Comum » passam a estar previstas numa conferência social geral sobre os salários (nomeadamente que o patamar de revalorização salarial seja pelo menos igual ao crescimento do retorno atribuído ao acionista). A parte que diz respeito aos desempregados fica quase idêntica: indemnização a partir do primeiro dia de despedimento, limitação das anulações de inscrição nos Centros de Emprego, restabelecimento do regime dos intermitentes, bem como a ideia de uma garantia de emprego com a apresentação de propostas a todos os desempregados de longa duração de um emprego útil num setor de emergência, remunerado pelo menos com o salário mínimo, financiado pelo Estado e coerente com as suas qualificações, o seu percurso profissional e as suas aspirações.

Mantém-se o mesmo texto sobre a restauração do lugar das Comissões de Higiene e Segurança no Trabalho, contra o sofrimento no trabalho, à extensão do reconhecimento do burnout e dos efeitos dos produtos cancerígenos pelo sistema de seguros de saúde juntaram-se as doenças ligadas ao ambiente.

Sobre a redução do tempo de trabalho há um recuo. Enquanto o Futuro em Comum previa o restabelecimento das 35 horas com a majoração das horas suplementares, as quatro primeiras em 25% e as seguintes em 50%, passar às 32 horas para os trabalhos árduos ou noturnos e favorecer “a sua generalização através da negociação coletiva” e a generalização da sexta semana de férias pagas, a NUPES contenta-se em convocar uma conferência nacional sobre estes temas (sem precisar o nível de majorações para as horas extraordinárias)…

Sobre emprego, surge o objetivo de criar “pelo menos um milhão de empregos graças ao investimento na bifurcação ecológica e social”.

Mantém-se o direito à reforma por inteiro aos 60 anos com 40 anos de descontos e as pensões mínimas ao nível do salário mínimo para as carreiras completas e um rendimento mínimo para a terceira idade ao nível do patamar de pobreza, 1.063 euros por mês para uma pessoa sozinha. É acrescentado o restabelecimento dos fatores de penalização.

Outras medidas sociais e fiscais

A revolução fiscal mantém, com 14 prestações de imposto, o reforço do imposto sobre as grandes fortunas, o retomar do imposto sobre as sociedades, a supressão dos nichos fiscais, o desaparecimento do quociente conjugal nos impostos e a redução do IVA sobre os bens de primeira necessidade e o congelamento dos preços de produtos de primeira necessidade (combustíveis, alimentação, energia), a criação de uma garantia “dignidade” que não deixe ninguém abaixo do patamar de pobreza (1.063 por mês para uma pessoa sozinha) e de um rendimento de autonomia para os jovens acima deste patamar.

Continuam presentes o enquadramento dos arrendamentos, a interdição de despejos sem realojamento público, (exceto para o PS), a requisição de habitações vazias, o objetivo zero sem abrigo (com a duplicação dos lugares de acolhimento), uma garantia universal para as rendas, a construção de 20.000 habitações por ano.

A bifurcação e a planificação ecológica

As respostas que visam a adaptação aos limites da natureza são sempre centrais, a noção de planificação ecológica dominante no « Futuro em Comum » passa a ser um pouco menos enfatizada, embora ainda esteja explicitamente presente, com a criação de um Conselho de Planeamento Ecológico que supervisiona, organiza e implementa o plano e reforça os organismos públicos (Cerema, ONF, Gabinete para a Biodiversidade, etc.).

Nas questões de fundo, a lista dos grandes desafios ecológicos continua lá quase nos mesmos termos, a renovação das infraestruturas, a despoluição, os investimentos na sobriedade energética, o isolamento de 700.000 habitações por ano, o fim da precariedade energética… e acrescenta-se o reconhecimento de um estatuto jurídico da natureza.

O objetivo de baixar em 65% as emissões em 2030 (em vez dos 40% atuais) é validado.

Sobre as questões energéticas, o objetivo de 100% de energias renováveis é reafirmado mas não é detalhado para o ano de 2050, a saída do nuclear, o abandono dos reatores EPR, o desmantelamento dos locais e a saída das energias carbonizadas continuam presentes (exceto para o PCF), a criação de um polo público de energia que inclui a EDF e a Engie renationalizadas (exceto para o PS e o EELV) bem como cooperativas locais. Múltiplas propostas precisam a questão dos desperdícios zero e da recusa da obsolescência programada.

As propostas sobre uma agricultura ecológica e camponesa estão igualmente bem desenvolvidas, com a criação de 300.000 empregos agrícolas para uma agricultura relocalizada, a rediscussão da PAC, a luta contra a artificialização dos solos, a saída dos fertilizantes, o enquadramento dos preços agrícolas (exceto o PS), a interdição das quintas-fábricas, a melhoria das condições de criação de animais, mas a recusa dos OGM deixou de estar… e a posição contra a junk food, incluindo a experimentação de uma garantia universal de acesso aos alimentos como primeiro passo para uma segurança social dos alimentos, o desenvolvimento de alimentos orgânicos, etc. A socialização dos bens comuns decidida por referendo, a batalha para fazer da água um tema central, a defesa da floresta, a limitação da caça (exceto para o PS e o PC), a proteção dos mares, a travagem da expansão urbana são igualmente retomados.

Sobre as instituições e as propostas democráticas

A passagem à VI República como “regime parlamentar estável” far-se-á através de modalidades elaboradas na Assembleia Nacional (e não mais através de um referendo diretamente), um procedimento de patrocínio cidadão para a eleição presidencial como alternativa ao patrocínio de 500 eleitos e várias medidas para um funcionamento mais parlamentar.

A eleição proporcional por departamento continua presente (exceto para o PS, que quer uma eleição única com predomínio proporcional).

Outras medidas avançadas são modificações importantes e medidas novas, o direito de voto aos 16 anos (exceto para o PCF), o Referendo de Iniciativa Cidadã, impulsionado por assinaturas recolhidas por cidadãos, o reconhecimento do voto em branco e o voto dos residentes estrangeiros nas eleições locais. Trata-se de um conjunto de medidas importantes cuja implementação poderia modificar em profundidade as condições da vida política.

Medidas sobre as liberdades

A revogação do estado de emergência permanente, das leis do “separatismo” e da segurança global que atingem as liberdades individuais são mantidas, a avaliação das leis em vigor substitui a revogação das “disposições liberticidas”.

Com o PS a recusar a utilização da terminologia “violências policiais”, o desmantelamento das Brigadas Anticriminalidade e das Brigadas Motorizadas de Repressão de Ações Violentas é substituída pela sua redistribuição, as polícias municipais deixam de estar integradas na polícia de proximidade, a interdição de tasers, LBD e granadas antimanifestante é substituída pela de “armas mutilantes”. Por outro lado, continuam presentes a interdição das técnicas letais de imobilização, do encurralamento de manifestantes, o restabelecimento de um “código de deontologia na base do de 1986”, tal como a substituição da Inspeção Geral de Polícia Nacional e da Inspeção Geral da Gendarmerie Nacional por uma autoridade independente e o aumento dos efetivos encarregues da delinquência financeira.

O capítulo contra as discriminações prevê igualmente o direito de acesso aos dados de controlo de identidade para “lutar contra os controlos faciais”.

Uma medida que diz respeito a muita gente: a legalização e enquadramento por um monopólio de Estado do “consumo, produção e venda de canábis em condições que permitam lutar contra a adição” (o PS e o PCF pedirão um debate sobre a questão). Diversas propostas de alargamento do direito à IVG (o prazo legal é alargado para as 14 semanas), a adoção aberta a todos os casais, a mudança de estado civil, tal como o direito à contraceção e a morrer com dignidade.

A questão dos migrantes continua a ocupar pouco espaço

O novo programa continua a denunciar o Frontex, mas mais do que a política de Schengen propõe a revogação do regulamento de Dublin, da lei contra o separatismo, da lei de “asilo e imigração” e de garantir o direito de solo integral. Retoma a proposta sobre o direito de voto nas eleições locais.

Para quem chegue, garantir o direito de asilo, facilitar o acesso aos vistos, regularizar os trabalhadores, estudantes e pais de crianças em idade escolar, instituir a carta de dez anos como documento de referência.

Sobre a escola, alargamento da escolaridade aos 18 anos

A vontade de garantir a presença de uma escola pública laica em cada comuna é substituída por uma carta escolar que integra estabelecimentos privado e a garantia do carácter unificado do serviço público e de abolir os privilégios do ensino privado, o que é recusado pelo PS. O capítulo sobre educação e formação continua a ser muito desenvolvido, da primeira infância à universidade, insistindo na gratuitidade e na qualidade, enquadrado pela preocupação de reconstruir uma “escola global” no espírito da lei de orientação educativa de 1989, com a redução do número de alunos por turma, medidas favoráveis ​​aos professores… (com a recusa do PS da revogação das leis LRU e Fioraso, e do princípio da autonomia universitária).

Sobre o enquadramento da vida dos jovens, continua presente a extensão da escolaridade obrigatória aos 18 anos, o “recrutamento cidadão de nove meses para mulheres e homens com menos de 25 anos” previsto no Futuro em Comum é substituído por um debate sobre o « recrutamento cidadão de mulheres e homens para tarefas de interesse geral remunerado com o salário mínimo”.

Sobre questões europeias e política internacional

As modificações mais importantes dizem respeito às questões europeias e à política internacional.

O capítulo sobre as questões da desobediência à Europa foi o mais profundamente modificado, o que confirma o papel das instituições europeias na controlo neoliberal de qualquer política. Todas as medidas de bloqueio previstas no Futuro em Comum, a utilização do direito de veto, a desobediência às regras europeias, são limitadas e transformadas na vontade de “fazer bifurcar as políticas europeias”, de trabalhar para modificar as regras incompatíveis com o programa “estando prontos para não respeitar certas regras”.

No plano internacional, um capítulo sobre a NATO foi fundamentalmente modificado: a retirada do comando militar e, por etapas, da organização é suprimida no texto comum (exceto para o PCF e para a França Insubmissa); é reiterada a vontade de reforçar e democratizar a ONU.

Rápida conclusão

Fica claro que, no balanço final, os alguns avanços como no salário mínimo e nos empregos para a transição ecológica são menos importantes do que aquilo que é retirado, aquilo que é remetido para debate em conferências nacionais, os recuos sobre a Nato e a questão europeia, tal como em diversas questões pontuais.

Por outro lado, os pontos nos quais o PCF, a EELV e o PS não estão de acordo podem evidentemente interditar qualquer decisão se a NUPES tiver maioria na Assembleia, como no caso do nuclear, por exemplo.

Contudo, as modificações não transformam o programa das medidas que se opõem ao neoliberalismo macroniano e social liberal.


Patrick Le Moal é inspetor de trabalho reformado. Membro do Novo Partido Anticapitalista e da Fundação Copérnico. Colaborador da revista Contretemps.

Texto publicado originalmente no Europe Solidaire et Sans Frontières(link is external). Traduzido para o Esquerda.net por Carlos Carujo.

 

[Fonte: http://www.esquerda.net]

Sus seguidores están alimentados por la desinformación, en algunos casos obscena, pero en otros, como en el caso del diario El País, de guante tan blanco como el del atracador

Escrito por Luis Gonzalo Segura

Como una estrella de rock -díscola-. Así ha sido tratado el rey Juan Carlos en su reciente visita a España. O más que visita deberíamos decir ‘gira’ -la Juan Carlos Tour’22-. Una esperada gira que ha abochornado a gran parte de la ciudadanía y la sociedad, pero que ha sido aplaudida y jaleada por no pocos españoles, periodistas, políticos y otras personalidades. A pesar de ser España un país que se ahoga en la corrupción y no es capaz de salir de ella -estancada, según Transparencia Internacional, en el puesto 14/27 en Europa y en el 34/180 en el mundo con un 61/100-.

Pero que lo celebra. Que disfruta jocosa de tan severo drama como quien aplaude por la mañana a quien le atracó la noche anterior tras mostrarle la oscuridad del ánima. Ese incomprensible fervor que solo los fanáticos o ignorantes pueden mostrar. Y es que, a Juan Carlos, una parte de la ciudadanía, sus seguidores acérrimos, se lo perdonan todo.

Entre otras cuestiones, porque estos seguidores están alimentados por la desinformación, en algunos casos obscena, pero en otros, como en el caso del diario El País, de guante tan blanco como el del atracador. Basta con ofrecer una cobertura menor, como si solo fuera un suceso algo relevante y despachar el asunto lo antes posible. Por ejemplo, el último capítulo de la gira del artista antes conocido como el ‘Campechano’, tan solo mereció en la mañana del 24 de mayo un pequeño recuadro en su portada –El Mundo, por ejemplo, el otro diario de referencia, nada ajeno al sistema, le dedicó esa misma mañana, al igual que durante días la parte principal de la portada-.

De lo contrario, los que gritaban « ¡Viva el Rey! » se habrían contenido al recordar que, hace solo un día, la Comisión Europea había alertado a España por su elevada deuda y su alto desempleo. Ni para mucha fiesta ni para muchas estrellas está España.

El coste de la gira

Los cinco días que ha pasado Juan Carlos en España después de su placentera estancia en los Emiratos Árabes Unidos, esa bonita dictadura en la que los trabajadores son esclavos y mueren por cientos o miles al año, han tenido un coste. Pero, a diferencia de las giras de las grandes estrellas de rock, no se la ha pagado Juan Carlos. Él solo la ha disfrutado: la hemos pagado nosotros. Pero ni siquiera sabemos cuánto ha costado. Cosas de la democracia plena española. Y de su transparencia.

« Ni la Casa del Rey, ni la Delegación del Gobierno en Galicia, ni el Ayuntamiento de Sanxenxo (Pontevedra), donde se alojó, han dado detalles, solo indican que su incremento sobre lo habitual fue mínimo », se puede leer en el medio de referencia español donde escribe el periodista afín de turno –El País-. « Mínimo » es poco cuantificable, la verdad, y menos transparente.

Los cuatro agentes habituales en la dictadura del golfo pérsico, que no salen gratis a los españoles, se convirtieron en ocho, y los tres ayudantes personales que, por lo normal, apoyan a Juan Carlos se mantuvieron -tres personas que se turnan-. Es plausible, por tanto, que los 50.000 euros de coste mensual de semejante corte, según deslizan periodistas al servicio del Estado español en medios como El País, se hayan incrementado. Aunque esa cifra, seguramente, oculte algo, dado que la monarquía española siempre oculta algo -como ese añito en el que no nos contaron que Felipe VI fue beneficiario de una cuenta con 100 millones de Juan Carlos y que, de súbito, tras ser publicado en medios internacionales, confesaron-.

Una Estrella díscola llamada al orden

Sin embargo, en la Casa del Rey, la gira rockera de Juan Carlos no ha sentado nada bien. No tanto por los delitos que haya cometido, lo que importa bien poco a una familia real española habituada durante siglos a participar de todo tipo de crímenes, delitos, traiciones, expolios y otras desvergüenzas, sino por lo que pudiera erosionar a la propia monarquía. La Casa del Rey Felipe VI no teme los desmanes de Juan Carlos I, ni mucho menos cuestiona sus delitos, filias ultraderechistas o elogios a la dictadura franquista -las comparte-, lo que teme es quedarse sin futuro. Por ello, se produjo una reunión de once horas entre Juan Carlos y Felipe.

Casi medio día de reunión en la que Felipe VI, como a los niños chicos, le estuvo recordando al rey emérito Juan Carlos que no es problema que haya cometido o cometa delitos múltiples, pues el propio Felipe VI ha pactado la continuidad de la inviolabilidad jurídica con el PSOE y el PP -de no ser partidario de la figura del monarca delincuente, cuya estirpe borbónica hay elevado a una nueva categoría, habría eliminado el mencionado privilegio feudal-.

No, el problema no son los delitos -como por el que se acusa en Reino Unido al respecto de acosar a Corinna-, el problema es la ostentación de estos, la falta de un mínimo de cinismo o hipocresía para pedir perdón por aquello por lo que no se siente que se deba pedir perdón o, al menos, algo de discreción. Es decir, un poquito de por favor. Solo eso. Pues ya todos sabemos que Juan Carlos piensa que no ha robado nada, que solo ha cogido lo que es suyo y, lo de Corinna, pues que son cosas que pasan. Y que, en todo caso, seguramente piensa que debemos darle las gracias por existir y por no haber convertido a España en una dictadura formal, sino en un régimen autoritario de apariencia democracia en el que mandan los mismos que en la dictadura.

Descontrolado

Por si no fuera suficiente, todo hace indicar que se trata de una llamada de atención que no va a surtir efecto alguno. A ninguna estrella del rock le enderezaron nunca, o a casi ninguna. Y Juan Carlos no parece que vaya a ser una excepción, máxime cuando los españoles, orgullosos como nunca del monarca que cometió múltiples delitos bajo la capa de impunidad de la inviolabilidad jurídica, le pidieron, incluso, que se hiciera selfies con ellos. Además, el ayuntamiento de Sanxenxo acreditó a más de doscientos periodistas -muchos extranjeros-, el Real Club Náutico tuvo que aumentar tres líneas de internet y las inscripciones en la competición se elevaron hasta el punto de contar esta con casi medio centenar de embarcaciones internacionales. Demasiados beneficios, demasiadas personas encantadas con la visita del díscolo monarca que todavía ocupa sus días en una dictadura asiática por el empacho de golferías, correrías y delitos en territorio nacional.

Un castigo, el exilio -o un recurso, la huida-, del que parece no haber sacado conclusión alguna -ya se ha anunciado que regresa en junio, en un nuevo desafío-, pues circula un vídeo en redes sociales de la visita del rey Juan Carlos saliendo de madrugada -al menos de noche- de un local -parece que de una mariscada-. Juan Carlos, que se sabe estrella -y le gusta mostrarse como tal-, se detiene para saludar al gentío que espera su salida. « Buenas noches », dice sonriente en estado de sobriedad -cuando cualquier otro habría evitado tal situación-. « Que, y ahora de putas, ¿eh, Majestad? », le pregunta uno de tantos súbditos españoles. Juan Carlos, en lugar de ofenderse como cualquier persona con un mínimo de decencia, se ríe con sinceridad. « ¡Qué campechano es! », afirma otro.

Lo es. Y mucho. Sobre todo, para esos dos millones de niños pobres españoles y ese 11 % de hogares españoles que no pueden encender la calefacción porque no tienen recursos suficientes. Quizás entre ellos esté uno de los que, a continuación, gritó a Juan Carlos « ¡Viva la República! » sin que este mostrase gran preocupación ni interés. Tras unas risas y un « ¿Qué tal el centollo? », por su conocida reputación, alguien concluyó: « ¡A tope y sin drogas! ». A una estrella de rock díscola le habrían dicho lo mismo. O no.

 

 

[Fuente: http://www.actualidad.rt.com]

La prestigieuse collection de Gallimard publie ce jeudi 12 mai les tomes III et IV des œuvres de l’écrivain juif praguois. Entièrement retraduits sous la direction du germaniste Jean-Pierre Lefebvre, ses textes non romanesques montrent la défiance du romancier, pourtant bilingue, vis-à-vis de la langue de Goethe.

S’il écrivait en allemand, Franz Kafka, né à Prague dans une famille juive, parlait également le tchèque et le yiddish.

La nouvelle traduction française des journaux et lettres de Franz Kafka dans la Bibliothèque de la Pléiade est l’occasion de rétablir la langue d’un auteur pas toujours sûr de son allemand, mais qui vise juste. La collection de prestige des éditions Gallimard publie jeudi 12 mai les tomes III et IV des œuvres de l’écrivain juif praguois (1883-1924), ses textes non romanesques.

Tout a été retraduit de A à Z, réparti entre sept collaborateurs. L’histoire de la réception de Kafka en français, c’est celle d’un précurseur, l’écrivain Alexandre Vialatte, qui le découvre en 1924 avec Die Verwandlung (La Métamorphose).

Vialatte sera le traducteur attitré de Kafka pour Gallimard, longtemps intouchable. Ses traductions furent reprises dans les premières versions des Pléiade, entre 1976 et 1989, de ce romancier qui a marqué la littérature du XXe siècle par ses ambiances, ses intrigues, son style étrange, angoissant. Ces traductions, parfois fautives, étaient corrigées dans des notes de fin de volume.

«Tout refaire»

«Le bilan de Vialatte est simple : c’était un écrivain doué, parfaitement lisible, mais qui s’affranchissait un peu du texte original, voire beaucoup. Donc il fallait tout refaire», explique à l’AFP le germaniste Jean-Pierre Lefebvre, qui a coordonné ces nouvelles Pléiade.

Ce travail titanesque avait donné deux premiers tomes en 2018 (Nouvelles et récits et Romans). Il livre aujourd’hui des œuvres aussi essentielles de Kafka que la Lettre au père ou les correspondances avec les deux femmes qui l’ont marqué, Felice Bauer et Milena Pollak. 

Jean-Pierre Lefebvre, agrégé d’allemand et normalien qui a aussi beaucoup traduit Stefan Zweig ou Sigmund Freud, prévient en préface : « Nous, lecteurs francophones, nous faisons une idée pas toujours exacte de la langue kafkaïenne. Elle est en effet beaucoup plus directe que celle de Vialatte.»

«Cette sobriété lexicale s’observe surtout chez les locuteurs d’une langue apprise et moins instinctive, soucieux de ne pas risquer les erreurs de conjugaison ou les défauts de pertinence», écrit-il.

Kafka était bilingue. Dans sa jeunesse, on parlait beaucoup tchèque à la maison. Il avait étudié et travaillait (chez un assureur) en allemand. Par ailleurs, il apprit le yiddish – et certains passages de la Pléiade maintiennent l’alphabet hébreu. Efficace dans des contextes professionnels, son allemand, dans la littérature, se méfie du risque.

«Un allemand beaucoup plus simple»

«On a fait des recherches pointues, et constaté qu’il avait un allemand beaucoup plus simple, avec moins de vocabulaire, de variations que chez d’autres écrivains qui ne reculaient pas devant la répétition, alors que les éditeurs peuvent recommander des variations, au contraire», explique Jean-Pierre Lefebvre à l’AFP. Exemple : une traductrice avait écrit initialement «J’étais mal fagoté». La Pléiade retient : «J’étais mal habillé.»

«Mal fagoté, c’est parlant, mais ça ne correspond pas à Kafka. Il garde toujours cette prudence. En allemand, il y a des tournures un peu périlleuses, les régimes d’un certain nombre de prépositions qui sont complexes, une syntaxe qui permet de construire des phrases comme de vraies énigmes, résolues tout à la fin par un verbe… Lui, il évite», détaille le traducteur.

Autre exemple : la fréquence étonnante d’un adverbe peu élégant, «allerdings», littéralement «en tout état de cause»«Ce terme a un spectre assez large qui justifie des traductions différentes en français, selon le contexte. Mais il vaut mieux en limiter le nombre, selon Jean-Pierre Lefebvre. C’est une langue prodigieuse, avec des moyens simples».

L’un des textes les plus aboutis de Kafka, qui l’illustre le mieux, est la Lettre au père, jamais lue par le père en question, et sauvée miraculeusement par l’exécuteur testamentaire Max Brod, qui envisagea de la faire disparaître tant elle était virulente.

À cet homme autoritaire, Kafka lance: «Ce sentiment souvent prédominant chez moi de n’être rien (un sentiment qui peut aussi être par ailleurs noble et fructueux) est dû pour beaucoup à ton influence. J’aurais eu besoin d’un peu de stimulation, d’un peu d’amabilité, qu’on me fraie un peu mon chemin au lieu de me le barrer comme tu l’as fait.»

 

[Photo : PVDE / Bridgeman Images – source : http://www.lefigaro.fr]

Comment la passion amoureuse vécue par Walter Benjamin avec Asja Lacis, femme de théâtre, a-t-elle pu faire de l’intellectuel un marxiste convaincu ?

Écrit par Numa Murard 

Spécialiste reconnue des travaux et de la vie d’Hannah Arendt, Antonia Grunenberg entraîne son lecteur dans une narration philosophique en vue de résoudre une énigme captivante : comment la passion amoureuse vécue par Walter Benjamin avec Asja Lacis, femme de théâtre, metteur en scène, dramaturge et comédienne, a-t-elle pu faire de l’intellectuel assuré de ses convictions, de l’auteur de Paris, capitale du XIXe siècle, un marxiste convaincu et un admirateur enthousiaste du communisme apparu au berceau de l’Union soviétique ? Le lecteur n’aura pas la clef de l’énigme mais verra s’ouvrir, chemin faisant, de nombreuses portes sur l’œuvre de Benjamin et sur la vie intellectuelle, la culture, le théâtre, à Berlin, Riga, Moscou dans l’entre-deux-guerres. Sur la scène défilent les figures intellectuelles d’Adorno, Horkheimer, Kracauer, Marianne Weber et les inventeurs d’un nouveau théâtre, Brecht, Piscator, Bernhard Reich et bien d’autres.

Walter et Asja. Une histoire de passions Antonia Grunenberg 2022                              Payot                            208 pages

Le destin tragique des deux protagonistes, le suicide de Benjamin à quelques encâblures de l’exil, la souffrance d’Asja Lacis dans les camps de travail de Staline, au lieu de clore les deux biographies dans une version romantique de l’amour contrarié, incite avec une grande sobriété le lecteur à une réflexion interminable : est-il vrai qu’il ne restait plus à Benjamin que « la tête et le sexe », comme l’écrivit son épouse Dora Sophie, désorientée par cette conversion idéologique, à leur ami commun Gershom Sholem ? Peut-être Asja avait-elle, à l’encontre de Walter, ses propres convictions « chevillées au corps ». Une énergie de la personne toute entière qui la conduisit à rester en Union Soviétique jusqu’au bout.

Pour inventorier les dédales de l’énigme, il ne suffit pas en effet d’invoquer le messianisme de Benjamin, de qualifier sa nouvelle orientation idéologique de « conversion », et de reprendre les poncifs éculés sur le caractère religieux de la croyance au communisme. Pour comprendre le rôle de la passion amoureuse ne faut-il pas avant tout saisir la rencontre entre Walter et Asja, telle bien d’autres rencontres amoureuses, comme une expérience de structure religieuse ? Ne faut-il pas la configuration de ces trois figures : le coup de foudre, l’idéal communiste et l’attente, l’espoir, la vision d’un monde meilleur d’autant plus pressante que l’on pressent, avec Benjamin, la catastrophe et que l’on ressent, avec Asja, la montée de la terreur stalinienne ? Dans son commentaire sur Siegfried Kracauer, l’auteur de Les Employés. Aperçus de l’Allemagne nouvelle, Walter Benjamin avait salué chaleureusement « un chiffonnier à l’aube de la révolution ». Dans les méandres de la passion qui unit Walter et Asja, le lecteur perçoit les affinités secrètes et les correspondances qui relient l’amour à l’émancipation.

Extrait (avec l’aimable autorisation des éditions Payot & Rivages) des pages 59 à 61 :

Un signe visible de sa nouvelle relation fut l’essai Naples, dont Benjamin expliqua à Scholem et à l’éditeur Weissbach qu’il l’avait écrit avec Asja Lacis. Cette publication sous les deux noms signalait au monde de la culture : « Vous voyez, j’ai trouvé une compagne avec laquelle je peux vivre et travailler. » Ce genre d’acte collectif était tout à fait dans l’air du temps. Tous deux auront sans doute constamment échangé pendant leurs nombreux sauts de puce à Naples. C’est ainsi que Benjamin a eu par la suite l’idée de présenter cet article comme le produit d’un travail commun. Le texte traite de l’activité théâtrale animée de Naples, où l’on chante publiquement la pauvreté et la joie de vivre, où les maisons n’ont pas de numéro, mais où « les boutiques, les fontaines et les églises » jouent le rôle de piliers de la mémoire. Les auteurs décrivent un milieu où les marchands règnent sur les rues, où les musiciens les dominent de leurs instruments et où l’on mange les macaronis avec les mains. On imagine sans peine l’excitation que devait produire sur l’imagination dramaturgique de cette femme de théâtre si réceptive au message révolutionnaire qu’était Asja Lacis, âgée de trente-trois ans, cette culture populaire, mais si flatteuse pour les sens, qu’elle découvrait dans cette ville portuaire d’Europe du Sud. Les impressions que Naples produisit sur Asja complétèrent la perception qu’en avait eue Walter ; et lui-même sut aussi intégrer les observations de sa bien-aimée dans les siennes propres. En tout cas, le texte fut conçu d’un seul jet. Le motif de la porosité en formait une sorte de trame. Au centre, on trouvait une réalité de l’existence que l’on reconnaissait seulement dans l’interaction entre l’espace extérieur et l’espace intérieur ; des artisans qui accomplissent leur besogne sous des porches, des enfants qui vont et viennent entre les immeubles et la rue quand ils jouent, les ventes aux enchères, le petit commerce, les bazars, les négoces de l’amour, les attractions musicales, les tragédies d’une vie dans laquelle s’accomplissait une « interpénétration du jour et de la nuit, des bruits et du calme, de la lumière extérieure et de la pénombre intérieure, de la rue et du foyer ». L’épiderme du monde qui l’entourait était perméable dans leur perspective à tous les deux.

 

[Source : http://www.nonfiction.fr]

Pardessus noir, chapeau en feutre, la sombre silhouette du commissaire Maigret encadré de son aura blanche sentait le vieux tabac des bistrots dès l’affiche. Après bientôt un siècle de services et plus de vingt-cinq visages à l’écran, que peut-il encore apporter au spectateur? Réponse en suivant cette nouvelle enquête.

Écrit par Jordi Gabioud

Une nuit parisienne, une jeune femme sans identité avec une robe de soirée trop chère pour elle est retrouvée morte. Elle a été violemment poignardée à plusieurs reprises. Voilà les prémices de la nouvelle enquête d’un commissaire Maigret plus mélancolique que jamais. Incarné par Gérard Depardieu, Maigret cherchera à faire la lumière sur l’identité de la victime et sur les coulisses de ce drame.

Le dépouillement d’un genre

Le cinéma renoue ces derniers temps avec le film d’enquête, poussé par des productions hollywoodiennes comme Le Crime de l’Orient-Express (2017) ou le sympathique Knives Out (2019). Ces deux succès ouvrent les portes à de véritables franchises comme en témoignent leurs suites annoncées. Ce genre, très ludique, offre de nombreuses possibilités esthétiques et narratives. Knives Out l’avait notamment démontré en inversant le point de vue traditionnel à ce genre de films: ici, le (faux) coupable nous était donné dès le début et il s’agissait de berner au mieux l’inspecteur. Maigret prend à contre-pied cette évolution du genre en rejetant toute innovation pour y préférer les fondamentaux.

Dans le film qui nous intéresse, c’est l’axe de l’intimisme et de la sobriété qui a été choisi par Patrice Leconte. En réponse aux mastodontes outre-Atlantique, il rappelle que le genre permet de divertir sans s’engouffrer dans cette éternelle course éreintante du grand spectacle. La force du film d’enquête réside dans la fascinante sobriété de ses artifices. Le meurtre est intelligent lorsqu’il est à la portée du premier venu et pourtant assez complexe pour être résolu non pas par l’intelligence d’une profession mais par l’instinct surnaturel d’un individu qui le paie par sa marginalisation. Un savant équilibre du crime jamais tout à fait parfait.

Face à un Kenneth Branagh ou à un Daniel Craig, tous deux dans la tranche d’âge idéale pour incarner la figure de l’inspecteur chevronné mais encore paré aux courses-poursuites, Gérard Depardieu apporte à son personnage la vieillesse et la lassitude. Maigret se sent vieux, songe à la retraite, n’a plus d’appétit et doit cesser la pipe sur ordre de son médecin. Il se laisse porter par son enquête plus qu’il ne la dirige, comme en témoigne son échange avec une jeune fille des quartiers lui demandant comment il fait parler les suspects à laquelle il répond qu’il attend simplement qu’ils parlent.

C’est ainsi que l’enquête de Maigret se présente comme un retour à ses fondamentaux: le mystère sans rebondissements, les personnages sans double-jeu, le meurtre sans récidive. C’est un véritable dépouillement du genre pour n’en retenir que la substantifique moelle et nous laisser apprécier le plaisir du tâtonnement. C’est même l’occasion de dénoncer tous ces artifices inutiles lors d’une visite des décors d’un studio, où chaque porte mène à un mur. Dès lors, pourquoi multiplier les portes?

À la frontière du dépouillement, l’austérité

Hélas, si les intentions sont bonnes, le résultat se présente en demi-teinte. L’enquête semble trop souvent avancer selon le bon vouloir du scénario plutôt que grâce à l’instinct de notre commissaire. Elle comporte ainsi son lot de situations hasardeuses, d’informations délivrées un peu trop maladroitement et de déductions simplistes. Heureusement, la mise en scène parvient à dynamiser ce scénario un peu trop appauvri à travers une très belle reconstitution des années d’après-guerre et un sens du cadre toujours affuté même s’il est impossible de ne pas condamner l’unique trait esthétique s’éloignant des carcans classiques: cette étrange volonté d’accentuer certaines réactions aux moyens de légers zooms saccadés sur les visages des personnages. Notre attention est alors moins focalisée sur les informations soulignées que par le soulignage grossier de la réalisation.

Mais le principal coupable à ce crime de demi-teinte semble être Gérard Depardieu lui-même. On aurait pu penser qu’il serait idéal pour incarner la figure mythique du commissaire Maigret dans un registre mélancolique. Son regard souvent perdu dans les abîmes, son maniement délicat de l’intonation offrent en effet quelques moments véritablement touchants. Malheureusement, il a trop souvent le verbe pâteux et le geste mou à tel point que la légende semble offrir ici un minimum poli et à peine tiède. Aucune scène ne vient contrebalancer cet état, apporter un éclat passager, au point où le film semble avoir confondu mélancolie et austérité.

Avec Maigret, on constate que Patrice Leconte a conservé toute l’acuité de son regard sur une industrie cinématographique peinant à se renouveler. Il est alors agréable de voir un film, aussi imparfait soit-il, remettre en question cette épuisante course en avant d’un genre plus vieux que cet art.

[Photo: Comme Film Pascal Chantier – source : http://www.leregardlibre.com]

Journées 1925-1944 de Georges Séféris (1900-1971) est traduit pour la première fois dans son intégralité. Un poète naît et mûrit son œuvre au gré des affectations diplomatiques. Autour de lui, le monde s’effondre. L’émotion le dispute à l’intérêt dans ce voyage au très long cours qui nous conduit loin dans les terres d’un poète d’aujourd’hui et de partout, sur les traces d’une vie où « le pain amer de l’exil » se fait destin et l’hellénisme boussole.

Journées 1925-1944 : Georges Séféris, un Grec moderne

Georges Séféris chez lui, à Athènes en mai 1938 © Archives photographiques Georges Séféris, Fondation culturelle de la Banque nationale de Grèce, Athènes

Georges Séféris, Journées 1925-1944. Trad. du grec par Gilles Ortlieb. Le Bruit du temps, 820 p., 34 €

Écrit par Ulysse Baratin

1922 : la déroute grecque en Asie Mineure emporte le rêve de la « Méghali idéa », cette Grande Idée qui devait conduire à Sainte-Sophie et s’acheva dans des campements de réfugiés en Attique. Georges Séfériadis ne vivra plus jamais à Smyrne, sa ville natale. 1925 : parfaitement francophone, le jeune homme revient de Paris après y avoir étudié de longues années. Il débarque au Pirée et commence ce journal : « De l’Occident, nous ne sommes pas revenus en Grèce rassasiés, nous sommes revenus affamés. » Sous l’influence de Valéry et de la NRF, marqué à blanc par la découverte de T. S. Eliot, il se montre injuste avec l’Athènes provinciale et aristocrate de l’entre-deux-guerres. 1932 : Strophi, premier recueil de poèmes, suivi de Sterna, puis de Mythologies, écrits entre Athènes, Londres et l’Albanie. 1941 : porte-parole du ministère des Affaires étrangères, il fuit avec le gouvernement, Crète, Égypte, Afrique du Sud… 1944 : il rentre à Athènes, la guerre civile commence. 1963 : le Nobel.

Georges Séféris est mort en 1971 et son œuvre poétique n’est toujours pas intégralement traduite dans notre langue. À vingt-six ans, il écrivait pourtant : « Je suis un homme d’une autre tribu enraciné dans la culture française. » La France ne sait pas reconnaître ses amis mais voici ces Journées, œuvre en soi. Pour faire entendre la clarté et la simplicité de ce grec populaire si séférien, il fallait la profonde connaissance qu’a Gilles Ortlieb de la littérature grecque. Plus qu’indiqué pour ce vaste travail, il a déjà traduit le roman unique et posthume de Séféris, Six nuits sur l’Acropole. Cette continuité se fait sentir, avec bonheur. La traduction ne se crée pas de faux écueils et tient dans la longueur. Tant mieux, le poète a tenu ce journal jusqu’à son dernier souffle et il reste donc encore quelques milliers de pages. On attend la suite.

Séféris dénie toute valeur littéraire à ce journal dans ses pages mêmes : « Le journal, c’est simplement la marque d’un instant parmi d’autres, laissée presque inopinément, et qui ne correspond pas forcément aux instants les plus importants. » Coquetterie peut-être, et demi-mensonge : l’auteur songeait à une publication et reprenait le texte. Avec le journal de Gide en ligne de mire, Séféris écrivait aussi pour la postérité. Ni petit tas de secrets ni tour de force, mais le temps long d’un quotidien où vibrent quelques instants paroxystiques. Des reculs réflexifs alternent avec une vie courante souvent errante. Évacué dans le Journal politique (non traduit), le quotidien du diplomate et haut fonctionnaire y tient une part relative mais substantielle. Dans ces Journées, toutes les littératures se parlent entre elles. Fragments préparatoires de poèmes, projets d’essais, lettres nombreuses (à Henry Miller, Lawrence Durrell, et d’autres), pages entières utilisées plus tard pour les Six nuits sur l’Acropole

Journal matrice ou terrain d’expériences ? Sa forme même se retrouve dans Six nuits sur l’Acropole, et dans les recueils de poèmes Journal de bord I et II. Le poète conte sa vie comme un récit de voyage. Le volume s’ouvre et se clôt sur un retour au Pirée, symbole d’une vie à l’ombre de cet exil que les Grecs nomment xenitia, haï et décrit par tant de poèmes et chansons populaires au point d’en être devenu un genre littéraire. Première de cette longue lignée, l’Odyssée hante ces Journées où les départs succèdent aux fuites : « Que va-t-il se passer maintenant avec mon humble personne, je n’en sais rien. Athènes ? Damas ? Ninive ? L’Atlantide ? Les sirènes ? Les lotophages ? » Tout cela vécu en temps de guerre avec la culpabilité de ne pas participer à l’Iliade du pays résistant. Tout baigne alors dans l’ennui des intrigues d’une cour en déroute, les yeux fixés sur le pays abandonné : « Je me suis retrouvé sur cette terre nue ; je suis l’étranger. Je n’ai rien à faire ici (en Afrique du Sud), mon pays ne m’attend pas ; dans la peine et la nuit de l’asservissement, il se bat pour sauver son âme. »

Séféris relate ces tragédies vécues dans sa chair sans rechercher le grandiose. L’écriture intime ne tombe jamais dans l’épanchement. La catastrophe ne suscite pas d’esthétique du sublime. Fuite à bord d’un paquebot, stukas, désastres, amis assassinés, il constate l’horreur sans faire de phrases. On trouverait difficilement une écriture plus éloignée des Malraux, JüngerMalaparte et autres Céline, témoins contemporains. De ces pages quotidiennes à ses poèmes, même refus du « sentimentalisme », même exactitude aussi. Acmé dramatique, l’hiver 1940 ne lui arrache ni formules complaisantes ni triomphalisme. En nette infériorité, les troupes grecques font reculer l’invasion fasciste dans les montagnes de l’Épire. Victoire inouïe, éclatante, qualifiée par le poète et diplomate de « populaire » avec une sobriété où tremble l’émotion : « Il est troublant, vertigineux, de penser que, ce que le peuple a fait, il l’a fait tout seul – tout seul. » Ce souci du « rien de trop » caractérise un journal parlant la même langue que l’œuvre poétique.

Journées 1925-1944 : Georges Séféris, un Grec moderne

Georges Séféris en 1921

Cette retenue rejoint la constante recherche de Séféris d’une poésie en langue populaire, à la syntaxe sans afféterie, aux mots communs, modernes, éléments d’une matière démocratique. Ce journal montre comment et à quel point politique et langue peuvent se lier. Au peuple parlant le grec « vulgaire » s’opposent des élites maniant la katharevoussa, cette langue puriste inspirée de l’Antique, qui resta celle de l’État, et de la réaction, jusqu’en 1974. Palinodies de l’état-major, gouvernants tétanisés par l’Allemagne, refusant la langue du peuple, et partant son ethos. L’auteur oppose l’incapacité de ces élites de l’époque à la bravoure populaire devant les envahisseurs. Aux femmes et hommes combattants, le laconisme décidé, aux gouvernants, « la pleutrerie » et les intrigues de sérail. Cette antithèse morale et politique apparaît ici comme l’autre nom d’une scission linguistique : « Le peuple montre cent fois plus d’intelligence qu’eux, mais il ne se trouve personne pour parler sa langue. » Face aux incertitudes d’un gouvernement attentiste, Séféris manifeste dès 1937 la clairvoyance politique du poète écrivant dans la langue de son peuple.

Cette langue a puisé dans l’héritage antique et celui de Byzance, les ballades populaires et le verbe dru des révolutionnaires de 1821, les poètes du XIXe siècle et les auteurs contemporains. Habitée par les millénaires, cette langue limpide et orale ne cherche pas à représenter ou à exprimer des thèses. On le lui reprocha et ce journal dit l’incompréhension suscitée par ce modernisme neuf, lesté d’un passé de marbre, plongé dans une époque sans illusions, masque vide sonnant creux pour reprendre les lignes du poème « Le Roi d’Asiné ». La langue du peuple, une minéralité précise, la « nostalgie d’un pays qui n’existe pas », la Grèce comme amoncellement de discours confus, de récits enchevêtrés propulsée dans une modernité indéchiffrable : « Nous avons toujours vécu dans les nébulosités d’un monde incompréhensible. Nous qui écrivions de la « littérature difficile ». » Pour Séféris, la Grèce aura tous les traits de la passion, au sens christique. Douleur et sens de l’existence, perte ressentie en arrivant à Londres : « J’ai alors compris combien j’aimais cette terre, avec les sept clous qu’elle plante en nous à chaque jour qui passe. » Quand le diariste laisse place au poète, cela donne dans « À la manière de G.S. », poème de 1936 : « Où que me porte mon voyage, la Grèce me fait mal. »

Cette douleur ne mène jamais au nihilisme. Au long de ces pages, le poète semble trouver un sens redoublé à l’hellénisme dans le comportement même du peuple, dans son abnégation, son calme face aux désastres, ses sacrifices accomplis alors que sombrent les « grandes nations ». Dans les années 1943-1944, Séféris signale laconiquement que l’hellénisme ne se superpose pas à l’Europe : « Nous déclarons combattre au nom de la civilisation européenne. Mais la civilisation européenne est définitivement en faillite, dans cette guerre. La civilisation européenne, c’est l’Allemagne, et ses agissements sont on ne peut plus européens, autrement dit scientifiques. Il ne reste rien à sauver de cette civilisation, qui peut bien aller au diable : c’est l’Homme que nous devons sauver, si nous en sommes capables. » Lignes surprenantes pour ce polyglotte, cet Européen majeur.

L’hellénisme, écrit-il aussi dans ce journal, est un « humanisme ». Et non pas la caution morale, historique ou idéologique de ceux qui, Grecs ou pas, y voient une identité. Sa poésie ne révère pas les mythes, ne ressuscite aucun passé glorieux, elle est « attitude devant la vie », recherche de présence par la langue commune devenue musique. À la fin des années 1920, l’écrivain assurait : « Ce que personne n’a encore compris, c’est que je ne cherche rien d’autre que l’expression la plus juste, comme une corde tendue, et aussi la présence, en tout lieu, du corps de l’homme. » Entre l’affirmation poétique de la jeunesse et les convictions politiques des années 1940, la ligne d’horizon ne se brise pas.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

 

Bertrand Tavernier (1941-2021) était un cinéphile, attaché de presse, puis réalisateur – L’Horloger de Saint-Paul, Le Juge et l’Assassin, Un dimanche à la campagne, L’Appât, Quai d’Orsay – distingué par de nombreux prix – Autour de minuit, oscarisé -, scénariste, producteur et écrivain – « 30 ans de cinéma américain », avec Jean-Pierre Coursodon – français. Arte diffusera le 3 janvier 2022 « Laissez-passer » de Bertrand Tavernier avec Jacques Gamblin, Denis Podalydes, Marie Desgranges, Charlotte Kady et Marie Gillain.

Publié par Véronique Chemla

Lyonnais de naissance, Bertrand Tavernier (1941-2021) était un cinéphile, attaché de presse, puis réalisateur distingué par de nombreux prix – Autour de minuit, distingué par un Oscar -, scénariste, producteur et écrivain – avec Jean-Pierre Coursodon « 30 ans de cinéma américain » – français. Son père était un homme de lettres engagé dans la Résistance durant la Deuxième Guerre mondiale.

Spectateur fidèle de la Cinémathèque française, Bertrand Tavernier a débuté comme assistant-réalisateur auprès de Jean-Pierre Melville, attaché de presse, en particulier de Stanley Kubrick, et critique de films.

En 1974, il réalise son premier long métrage, L’Horloger de Saint-Paul, avec Philippe Noiret, qui tournera dans d’autres films signés par Bertrand Tavernier : Que la fête commence, Le Juge et l’assassin, Coup de torchon, La Vie et rien d’autre, La Fille de d’Artagnan.

Avec des succès divers, Bertrand Tavernier a abordé divers genres cinématographiques : comédie dramatique (Un dimanche à la campagne, Daddy Nostalgie), film de guerre (Capitaine Conan), film historique (Laissez-passer, La Princesse de Montpensier, Quai d’Orsay), polar (L.627, L’Appât), drame social (Ça commence aujourd’hui, Fred).

Bertrand Tavernier a présidé l’Institut Lumière (1982-2021).

« Son œuvre est un chant d’amour pour le cinéma. En passeur cinéphile, Bertrand Tavernier mettait un point d’honneur à défendre  tous les cinémas. Hommage à ce cinéaste et conteur hors pair, avec une sélection de ses passionnées et passionnantes interventions. Voyager à travers le cinéma à ses côtés restera un cadeau précieux.  Merci  Bertrand Tavernier ». Ainsi Arte a rendu hommage à ce réalisateur talentueux.

 

« La mort en direct »

Le 12 février 2018, à 22 h 55, Arte diffusa « La mort en direct » (Der gekaufte Tod), film de Bertrand Tavernier (125 min).

« Avec Romy Schneider et Harvey Keitel, la tragique histoire d’amour entre une mourante et l’homme qui la filme à son insu pour une émission de télévision. Une œuvre visionnaire bouleversante de Bertrand Tavernier ».

« Condamnée par une maladie incurable, Katherine Mortenhoe est contactée par le directeur d’une chaîne de télévision, Vincent Ferriman, qui souhaite en faire la vedette de son show La mort en direct. Katherine accepte la proposition, empoche l’argent, puis prend la fuite. Roddy, le réalisateur de l’émission, qui est capable de diffuser tout ce qu’il voit grâce à une caméra implantée dans le cerveau, se lance à sa poursuite. Mais alors qu’il a gagné la confiance de Katherine et qu’il la filme à son insu, il est bientôt ébranlé par les sentiments qu’il éprouve pour elle… »

« Partant d’un scénario de science-fiction visionnaire partiellement advenu avec le retentissement de la téléréalité et de son voyeurisme obscène, Bertrand Tavernier questionne le pouvoir ambivalent de l’image au fil d’une troublante mise en abyme ».

« Dans la beauté teintée d’étrangeté des paysages écossais, d’un Glasgow en déshérence à la verdoyante campagne alentour, il tisse un récit intimiste, au plus près des émotions enfouies de ses personnages. Romy Schneider, toute de fragilité et de dignité, et Harvey Keitel, à la délicate sobriété, font magnifiquement battre ces deux cœurs oubliés dans une société déshumanisée qui a érigé la mort en spectacle ».

« Tragédienne étonnante, elle ne fabrique pas l’émotion, ne la truque pas. Elle la recrée de très loin, de très profond comme ces vagues immenses qui secouent la mer. Nulle astuce.(…) Elle va tout de suite à l’essentiel. Tout ce qui est superficiel, livresque, théorique disparaît de lui-même. Ce jeu lyrique et ample me semble exiger des comparaisons musicales. Sautet parle de Mozart à propos de Romy. Moi, j’ai envie d’évoquer Verdi ou Mahler…», a déclaré Bertrand Tavernier.

« Laissez-passer »

Arte diffusera le 3 janvier 2022 « Laissez-passer » de Bertrand Tavernier (2001) avec Jacques Gamblin, Denis Podalydes, Marie Desgranges, Charlotte Kady et Marie Gillain.

« Pendant l’Occupation, deux réalisateurs tentent de résister, chacun à leur manière, à l’oppression nazie. Signée Bertrand Tavernier, une déclaration d’amour au cinéma, truffée de références aux films de cette période, avec Jacques Gamblin et Denis Podalydès. »

« Dans les années 1940, sous l’Occupation, Jean Devaivre, assistant-réalisateur de renom, travaille aux studios de cinéma de Boulogne-Billancourt, pour le compte de la Continental Films, la société de production créée par Goebbels et financée par des capitaux allemands. »

« S’il mène parallèlement des activités clandestines pour la Résistance, le cinéaste fait face à un dilemme : son emploi pour la firme contrôlée par les nazis les protège, sa famille et lui, mais la censure qu’il subit le mine. De son côté, Jean Aurenche, scénariste-poète débordé par ses multiples conquêtes féminines, qui refuse de collaborer avec les Allemands via la Continental, entreprend de résister au travers de ses textes engagés. »

« À travers les trajectoires réelles de deux cinéastes français, Bertrand Tavernier retrace, en multipliant les références et les extraits de films de cette période, de « La main du diable » de Maurice Tourneur à « Au bonheur des dames » d’André Cayatte, l’histoire, jusque-là jamais portée à l’écran, du cinéma français durant les années noires de la guerre ».

« Grâce aux témoignages de Jean Devaivre, assistant-réalisateur de Maurice Tourneur, de Jean Aurenche, scénariste avec lequel il a travaillé dès son premier film, « L’horloger de Saint-Paul », et de l’écrivain-scénariste Pierre Bost, le réalisateur à la phénoménale cinéphilie, disparu en mars dernier, reconstitue avec soin les décors de l’époque, la création dépendante des laissez-passer et les tournages interrompus par les bombardements ».

« Sur un mode tragicomique, Bertrand Tavernier dépeint un septième art hexagonal sous haute surveillance, dont les budgets sont réduits à peau de chagrin par l’occupant et qui lutte âprement pour survivre ».

« Avec Denis Podalydès en séducteur attachant et Jacques Gamblin en roi de la débrouille, un hommage amoureux aux artisans bricoleurs du cinéma, soumis à un exercice d’équilibriste pour continuer à produire, en dépit de l’oppression nazie. »

Ours d’argent du meilleur acteur (Jacques Gamblin) et de la meilleure musique de film (Antoine Duhamel), Berlinale 2002.

https://www.arte.tv/fr/videos/100872-000-A/laissez-passer/

« La mort en direct » (Der gekaufte Tod), film de Bertrand Tavernier 

France, Allemagne, 1980, 125 min

Production : Films A2, Gaumont International, Little Bear, Sara Films, Selta Films, Société Française de Production, TV13 Filmproduktion

Producteurs : Elie Kfouri, Janine Rubeiz

Auteur : David Compton

Scénario : David Rayfiel, Bertrand Tavernier, Geza von Radvanyi

Image : Pierre-William Glenn

Montage : Michael Ellis, Armand Psenny

Musique : Antoine Duhamel

Acteurs : Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton, Thérèse Liotard, Max von Sydow

Visuels :

Scène du film
Harvey Keitel et Romy Schneider
Harry Dean Stanton et Romy Schneider
© Etienne George

 

« Laissez-passer » de Bertrand Tavernier

France, Espagne, 2001, 2 h 44

Auteurs : Jean Aurenche et Jean-Devaivre

Scénario : Jean Cosmos et Bertrand Tavernier

Production : Les Films Alain Sarde, Little Bear, France 2 Cinéma, France 3 Cinéma, KC Medien, Vertigo

Producteurs : Alain Sarde, Frédéric Bourboulon

Image : Alain Choquart

Montage : Sophie Brunet

Musique : Antoine Duhamel

Avec Jacques Gamblin (Jean-Devaivre), Denis Podalydes (Jean Aurenche), Marie Desgranges (Simone Devaivre), Charlotte Kady (Susanne Raymond), Marie Gillain (Olga), Ged Marlon (Jean-Paul Le Chanois), Philippe Morier-Genoud (Maurice Tourneur)

Sur Arte le 3 janvier 2022 à 20 h 55

Visuels :

Jacques Gamblin (Jean Devaivre) dans le film de Bertrand Tavernier  » Laissez-passer »

Denis Podalydès (Jean Aurenche) et Marie Gillain (Olga) dans le film de Bertrand Tavernier  » Laissez-passer »

Denis Podalydès (Jean Aurenche) et Jacques Gamblin (Jean-Devaivre) dans le film de Bertrand Tavernier  » Laissez-passer »

Jacques Gamblin (Jean Devaivre) dans le film de Bertrand Tavernier  » Laissez-passer »

Denis Podalydès (Jean Aurenche) et Charlotte Kady (Susanne Raymond) dans le film de Bertrand Tavernier  » Laissez-passer »

Denis Podalydès (Jean Aurenche) et Charlotte Kady (Susanne Raymond) dans le film de Bertrand Tavernier  » Laissez-passer »

© Eric CARO

 

Les citations sont d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

 

Écrit par Sophie Woeldgen

De passage en Suisse, au détour d’une conversation anodine, une connaissance me lance: «Oh [vivre au Liban] ça doit être excitant! Oui il y a des inégalités mais au moins il se passe quelque chose». J’ai tenté de réfuter. J’ai abandonné. Non, la misère n’est pas excitante. Non, il n’y a pas de beauté dans un pays où tout manque. Je suis rentrée car j’étais épuisée.

Manger sans risquer une intoxication alimentaire, finir un article sans que la batterie de mon ordinateur me lâche, passer une soirée entre amis est devenu impossible. Car sans essence, impossible de se déplacer et pour de nombreux Libanais, aller travailler. Sans électricité, les frigos sont éteints et les aliments périssent. Et soudain, l’électricité peut revenir à deux heures du matin. L’immeuble se réveille. Les machines à laver sont enclenchées. Puis, on se recouche et on tente de dormir quelques heures malgré la chaleur moite de l’été beyrouthin.

Depuis un an et demi, j’écris que le Liban s’écroule. Que cela ne peut continuer. Que le fond doit être proche. Pour justifier mes récits catastrophistes, j’écume la mise à jour des indicateurs socio-économiques. Selon le dernier rapport de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (Cesao), un organisme dépendant de l’ONU, 74% de la population vit maintenant dans la pauvreté, soit presque trois fois le niveau affiché en 2019 (25%). Pour parler de cette crise économique, la Banque mondiale a quant à elle trouvé la formule pour illustrer les résultats de leur analyse: «Le top 3 des pires crises économiques au monde depuis 1850». Et alors que la monnaie nationale a perdu près de 90% de sa valeur face au dollar, l’inflation atteint les 500% sur un an pour les produits alimentaires.

Alors oui, la remarque citée en début d’article m’a révoltée. Mais elle n’était pas isolée. Et il faut arrêter avec cette romantisation de la «sobriété», de la vie sans essence, qui va souvent de pair avec le refus vaccinal. Car cette idéologie ne fonctionne que dans nos pays riches, aux soins de santé efficaces.

Ceci, les statistiques ne le racontent pas: vivre au Liban actuellement, c’est la vérification quotidienne de la pyramide de Maslow. C’est la crainte permanente qu’un de ses proches ne tombe malade, les médicaments étant introuvables et les hôpitaux sur le point de fermer. C’est se limiter aux déplacements indispensables, parce que remplir le réservoir de la voiture est devenu quasi-impossible. Et risqué – les bagarres qui se terminent en échange de coups de feu sont fréquentes. C’est passer par quatre épiceries pour trouver une bouteille d’eau. Renoncer au pain, ou à défaut faire la file dans l’une des dernières boulangeries ouvertes de Beyrouth. Les discussions deviennent abrutissantes. L’anxiété et la peur sont figés sur les visages. Les chiffres ne révèlent pas ces parcours brisés par la crise. La déscolarisation. Le chômage. Le déshonneur. La honte. La dépression.

L’humour n’a pas disparu. À la question «Comment vas-tu», la nouvelle réponse en vogue est «Aujourd’hui, ça va mieux que demain». Et on rit. Jaune.

[Source : http://www.leregardlibre.com]

Après le succès d’Eté 85, François Ozon revient avec un drame d’une efficace sobriété au service d’un thème aussi lourd que libérateur: l’assistance au suicide. Plongeons-nous dans ce drame rythmé aux battements de cœur.

Écrit par Jordi Gabioud

Adaptation du roman éponyme d’Emmanuèle Bernheim, le film nous narre l’histoire d’Emmanuèle (Sophie Marceau), appelée en urgence suite à un accident vasculaire cérébral dont a été victime André (André Dussollier), son père de 85 ans. C’est au rythme d’un souffle difficile que le père demandera à sa fille l’ultime faveur: l’assister pour mettre fin à une vie qui n’a plus raison d’être.

Le cinéma d’Ozon est confortable. Ce qui lui manque en originalité, il le gagne en efficacité. Si le sujet n’est pas agréable, la réalisation se charge de l’être. Alors que beaucoup auraient été tentés par une forme plus proche d’un naturalisme un peu usé par l’évidence, Ozon privilégie une caméra stable, des mouvements précis et un montage dont le concepteur a le bon goût de savoir couper avant que la moindre redondance ne nous ennuie. Cet ensemble est accompagné d’une excellente direction d’acteur, avec une Sophie Marceau énergique, le meilleur moyen d’exister face à un André Dussollier méconnaissable dans sa diminution. Confortable et efficace, les maîtres-mots d’un cinéma visant à rendre audible visible? un sujet aussi difficile que l’euthanasie.

Un film sur ou un film pour?

Étrangement, l’euthanasie est un sujet politique, mais peu polémique, du moins pour un public helvétique. Sans doute parce qu’il nous concerne tous et que malgré le voile du «on verra ça plus tard», nous savons bien que nous aimerions en finir le moins désagréablement possible. Visionner un film portant un tel thème, c’est lever le voile et nous confronter au terme de notre propre existence. Pourtant, plutôt que de vanter les mérites d’un choix qui devrait appartenir à chaque individu, Tout s’est bien passé nous propose un simple constat. On prend soin d’éviter à la fois le pathos inutile et le débat stérile.

Certains pourront ressentir le long-métrage comme trop clinique, froid face à son sujet, alors qu’il nous offre assez de détails capables de résonner en nous: une goutte perlant au bout du nez du vieil homme vivement essuyée par sa fille, deux sœurs ne se soutenant pas par les mots mais par l’entrecroisement de leurs jambes, la sensation de n’avoir que peu prise sur nos corps à travers une pluie de noms de médicaments distillés au fil des problèmes. Ces brefs moments se suivent et se multiplient pour, petit à petit, envahir le quotidien de la pauvre Emmanuèle. François Ozon a méticuleusement préparé un film sur. C’était la meilleure approche afin de créer un film pour.

Les larmes bourgeoises

Dès le premier plan, une étagère exhibant la collection Pléiade du protagoniste. Si l’on y trouve des films, c’est un coffret Kubrick. L’activité? Des visites au musée ou le concert d’un neveu à la flûte traversière. On évolue dans une bourgeoisie bien établie, régulièrement convoquée dans la filmographie d’Ozon. On aurait pu s’agacer de l’énième drame bourgeois si le long-métrage n’avait pas l’intelligence de l’utiliser pour insister sur cette fragilité qui nous hante tous. Qu’importe notre statut, nous finirons tous faibles.

L’euthanasie, c’est une autre histoire. Le bourgeois se retrouve à fuir la justice, il doit s’évader en Suisse. Le pays où l’euthanasie est autorisée n’est pas pour autant érigé en modèle. Il est incarné par «La Dame Suisse», jouée par Hanna Schygulla, grande égérie du cinéma de Fassbinder. À travers son ton lent et ses yeux envoûtants, elle porte en elle une sorte d’inquiétante étrangeté, une forme d’inconnue bien loin de nous rassurer quant au sort du vieillard. Toujours est-il que pour se payer le luxe d’en finir quand on le souhaite, il faut payer. Beaucoup. C’est le privilège de cette famille alors que les pauvres «attendent», souffle Emmanuèle comme un reproche à son père pour avoir osé lui demander une telle faveur.

Puis ce sont les démarches. La confidence à porter pour éviter les dénonciations. L’organisation avec le peu de personnes de confiance. Le linge sale de la famille qui reparaît. Un deuil qui s’étend sur des semaines, puis des mois, jusqu’à la date fatidique. Choisir sa mort demande des efforts et des moyens. Et puis, le moment venu, les larmes sont moins celles de la tristesse de la perte que celles du soulagement d’une promesse tenue.

On peut s’agacer certains choix du réalisateur: sa froideur, sa distance, son cadre social. C’est un choix de lecture qui peut pourtant aisément se renverser. La froideur de sa mise en scène est un confort pour un sujet si difficile. Sa distance est une mise en perspective nous laissant seuls juges et maîtres. Son cadre social en accentue la dimension universelle de nos faiblesses pre-mortem, et l’absurdité de ne pas s’interroger davantage sur un sujet qui nous concerne tous. Si choisir notre mort demeure encore difficile aujourd’hui, on a la chance de pouvoir choisir notre lecture d’œuvres pour la rendre la plus agréable possible.

[Photos : Carole Bethuel / Mandarin Production / Foz – source : http://www.leregardlibre.com]

El italiano crea un melodrama sentimental a partir de un suceso trágico que marca las existencias de unos vecinos de edificio en Roma

Desde la izquierda, Nanni Moretti, Margherita Buy, Adriano Giannini y Alba Rohrwacher, en ‘Tres pisos’.

Escrito por JAVIER OCAÑA

La vida en comunidad es la del favor y el error, la de la culpa y la posibilidad del perdón. También la del amor y el dolor. Y todo ello se podría radiografiar en apenas un edificio. Como ya nos dijo el dramaturgo Antonio Buero Vallejo en la realista Historia de una escalera, el antagonismo social, la moral y la doble moral, el ardor, el recelo, la traición, la pena, la sospecha y, en fin, los tropiezos y los gozos de la vida acaban afectando a las cuatro esquinas de un hogar que no es solo el nuestro. Porque justo al lado, o enfrente, o arriba o abajo, viven también otros seres humanos a los que atañen nuestras decisiones, nuestras miradas, nuestros delirios, nuestras (des)confianzas.

Tres pisos, basada en una novela del israelí Eshkol Nevo, es la nueva y humanista película de Nanni Moretti. Nevo había ambientado su libro en un edificio de Tel-Aviv. Moretti lo hace en un vecindario de Roma a lo largo de algo más de diez años. No importa, el tema no puede ser más universal, como demuestran los paralelismos con Buero Vallejo más de medio siglo después. Moretti y sus coguionistas despojan los niveles más filosóficos de la novela para quedarse solo en las conductas. Intentar hacerla menos teórica y más emocionante. Lo consigue con creces. La película es irresistible, poderosa en sus conflictos y preciosa en su fondo.

Con esa puesta en escena habitual en Moretti, que de puro sencilla puede parecer tosca en algún momento, aunque no lo sea en absoluto, Tres pisos se despliega en clave de melodrama sentimental a partir de un suceso trágico: el atropello de una mujer en un paso de cebra adyacente al edificio por parte del hijo díscolo de una de las tres familias protagonistas. A partir de ahí, pese al poso de la convivencia durante años, surgen los recelos sucesivos, concatenados. Son los errores de la vida, que se pagan, casi más que porque haya habido una gran culpa, porque se enquistan en la mente y los cuerpos hasta la imposibilidad de vivir. Y cuando uno empieza a equivocarse, es difícil parar.

De una sobriedad genuina y estabilizadora, porque parte de conflictos que pueden derivar incluso en el culebrón, la película entronca claramente con La habitación del hijo (2001), ganadora de la Palma de Oro en Cannes, y con otro título magnífico no dirigido por Moretti, pero sí escrito y protagonizado por él: Caos calmo (2008), basado en una novela de Sandro Veronesi. La naturaleza de sus disputas y compromisos son los del vacío personal que acaba expulsándose contra los congéneres, y ahí la película de Moretti se hace grande colocando al espectador en tesituras nada lejanas a su propia cotidianidad, plantándolo ante el espejo de sus propias contradicciones.

Tres pisos

Dirección: Nanni Moretti

Intérpretes: Ricardo Scamarccio, Alba Rohrwacher, Margherita Buy, Nanni Moretti

Género: drama. Italia, 2021

Duración: 119 minutos

Estreno: 10 de diciembre

[Fuente: http://www.elpais.com]

Eric Zemmour, homme pressé ? Le polémiste assiste à un panel sur la « famille » à Budapest le 24 septembre, sans avoir, à ce jour déclaré officiellement sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Attila Kisbenedek/AFP

 

 

Écrit par Alain Policar

Chercheur associé en science politique (Cevipof), Sciences Po

 

Pour Éric Zemmour, qui occupe l’actualité médiatique sans que l’on sache toujours s’il est candidat ou non à l’élection présidentielle, la France est menacée par le « séparatisme civilisationnel ». Ce terme (séparatisme) n’est sans doute pas le fruit du hasard : se souvient-on qu’il fut utilisé pour parler des luttes décoloniales, notamment celle des Algériens et, bien avant, dans l’Antiquité, qu’il était l’expression d’un reproche classique fait aux Juifs – certains auteurs considèrent qu’il est au fondement de la judéophobie ?

Notre mode de vie, nos « valeurs » seraient menacés par la montée en puissance de l’islam, à tel point que le « Grand remplacement », dans un horizon annoncé comme trop proche pour ne pas s’en inquiéter, ne manquera pas de se produire. Devant ce supposé danger, il conviendrait de mettre en avant les vertus de l’assimilation.

Ce faisant, Éric Zemmour ne fait qu’actualiser ce qui a longtemps été la doctrine de la République, doctrine dont seul le « camp national » défendrait l’héritage, tout en se gaussant de ses valeurs. En effet, ces dernières exprimeraient une « vision post-moderne de l’Homme ». Passons sur l’absence de définition du concept de post-modernité, et traduisons : désirer l’égalité et la fraternité, ce serait œuvrer pour « l’indifférenciation des peuples et des individus, la négation de leur histoire et leur disparition en tant qu’entités civilisationnelles et politiques ».

Mais alors si l’indifférenciation est un mal, comment vouloir l’assimilation, laquelle a pour ultime objectif d’indifférencier ? Comprenne qui pourra.

En réalité, Zemmour accepte les différences dès l’instant où ceux qui les incarnent sont placés dans un statut de subordination : selon lui, la grandeur de la France ne réside-t-elle pas dans sa mission civilisatrice, c’est-à-dire dans l’éducation, par la colonisation, des « races inférieures » ?. Position indifférente aux horreurs du racisme colonial, considérées comme le prix à payer pour l’édification morale des indigènes.

L’assimilation, une politique aux fondements raciaux

Cette adhésion à l’assimilation ne doit pas surprendre si l’on se souvient qu’elle a été le nom servant à justifier une politique aux fondements raciaux. Politique qui s’exprime avec limpidité dans l’existence de privilèges pour les colons, faisant de ces derniers une sorte d’aristocratie, c’est-à-dire de race à part. D’ailleurs, ainsi que le souligne l’historien américain Tyler Stovall, les colons se désignaient plus volontiers comme Blancs ou Européens que comme Français :

« C’est dans les colonies que les conceptions de l’idée nationale française se confondirent d’abord avec l’idée raciale de blancheur. »

Mais revenons à Éric Zemmour et à ses thèmes de prédilection. L’adhésion à l’assimilationnisme implique, malgré l’apparent paradoxe, l’inassimilabilité de quelques-uns. Le polémiste ne rappelle-il pas régulièrement que l’islam n’est pas compatible avec la République ? À cet égard, il est significatif que l’obtention de la citoyenneté pour les femmes musulmanes d’Algérie, en 1958, ait été liée, lors de cérémonies d’inauguration, au retrait de leur voile : comment mieux exprimer l’idée qu’il fallait alors cesser d’être musulmane pour devenir française ?

Archives de l’INA, YouTube

C’est clairement l’avis du polémiste. Mais, même s’il envisage une remigration (de qui, exactement ?), il dit ne nourrir aucune hostilité envers les musulmans que seuls des esprits étroits confondraient avec l’islam.

Mais que serait un homophobe qui n’éprouverait aucune méfiance envers les homosexuels ? À travers le cas d’Éric Zemmour, nous comprenons que l’idée ancienne d’une nation française définie en termes raciaux influence durablement les débats contemporains. Et ce ne sont pas les appels incantatoires à l’universalisme qui nous persuaderont du contraire.

De quel universalisme parle-t-on ?

Car, ce qui est proposé aux immigrés est de se plier aux traditions françaises, celles-ci étant supposées universelles par essence. L’universalisme alors n’est plus un humanisme ouvert à la diversité mais un « symbole de résistance du nationalisme français ». C’est bien ainsi que le décrit Achille Mbembe dans l’ouvrage collectif de 2005, consacré à La Fracture coloniale :

« À force de tenir pendant si longtemps le “modèle républicain” pour le véhicule achevé de l’inclusion et de l’émergence à l’individualité, l’on a fini par faire de la République une institution imaginaire et à en sous-estimer les capacités originaires de brutalité, de discrimination et d’exclusion. »

Le jugement peut paraître sévère, mais l’histoire française, bien avant d’ailleurs l’instauration de la République, témoigne de cette connotation racialiste. L’universalisme se fourvoie, jusqu’à se vider de sa substance, lorsqu’il fait de l’identité nationale la boussole du combat républicain.

En réalité, le modèle assimilationniste est lié à une conception dévoyée de l’universalisme, qu’il est commun de désigner, avec Michael Walzer, comme « de surplomb ». Le philosophe américain attire l’attention sur le caractère incertain, quant à ses effets, d’un universalisme, celui du judaïsme des temps prophétiques, qui se proposerait de servir de lumière pour les nations.

Uniformément éclairées, certes, mais « la lumière étant faible et les nations récalcitrantes », il se peut que l’œuvre civilisatrice prenne beaucoup de temps, voire un temps infini. Les fondements mêmes du colonialisme et les raisons de son refus sont énoncés avec une impressionnante sobriété par le philosophe américain :

« Les serviteurs de Dieu se tiennent au centre de l’histoire […], tandis que les histoires des autres sont autant de chroniques de l’ignorance et de conflits dépourvus de sens. »

Une haine de l’universel

Joseph de Maistre (1753-1821), homme politique. Peinture de Karl Vogel von Vogelstein, vers 1810. Wikimedia

Il n’est pas sans signification de noter que la position de surplomb peut se vêtir d’autres habits, notamment ceux de l’anti-cosmopolitisme, lequel vilipende utopistes invétérés et belles âmes aveuglées. N’est-ce pas exactement sur ce registre que se situe Éric Zemmour ?

Si bien qu’il est permis de faire l’hypothèse que derrière ce faux universalisme se dissimule en réalité une haine de l’universel qui puise ses racines dans la pensée contre-révolutionnaire telle que l’exemplifie la fameuse phrase de Joseph de Maistre dans ses Considérations sur la France (1796)) :

« J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes, etc. ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan, mais quant à l’homme je déclare ne l’avoir jamais rencontré de ma vie. »

De la même façon, Zemmour décrit un monde fragmenté au sein duquel doit prévaloir l’obsession de la pureté, c’est-à-dire la haine du mélange, l’angoisse d’indistinction. Il y a trois ans environ, nous écrivions ici même, à propos de sa place dans l’espace public, qu’il nous fallait résister à la « sémantique du crépuscule », celle que décrit Orwell dans 1984, instrument d’assujettissement des individus par l’intermédiaire d’un langage appauvri et manichéen. Peut-être est-il encore temps ?


L’auteur publie « L’universalisme en procès », Le Bord de l’eau, 5 novembre 2021.

 

[Source : http://www.theconversation.com]

Escrito por José Luis Muñoz

Hay películas que trascienden lo estrictamente cinematográfico porque se sitúan en otro plano, en el de la necesidad, y podrían, y deberían, ser proyectadas en una clase de ética en el caso de que esa materia concite algún interés en la sociedad actual; Maixabel de Icíar Bollaín (la Estrella de El sur que, de mayor, fue una excelente directora de cine) es una de ellas.

El cine español ha abordado con diversa fortuna el tema de ETA, desde el punto de vista de los terroristas (la excelente Días contados en la que Imanol Uribe tuneó la novela homónima de Juan Madrid sin que este se enojara, sino todo lo contrario; Yoyes, de Helena Taberna); el de las víctimas (Todos estamos invitados, la mediocre despedida del cine de Manuel Gutiérrez AragónLejos del mar, también de Imanol Uribe pero muy lejos de lo que fue Días contados); o las más que discutibles películas de humor de Borja Cobeaga Fe de etarras y Negociador. ETA centró el excelente, e incomprendido, trabajo de Julio Medem La pelota vasca, la producción internacional de Gillo Pontecorvo sobre la acción más sonada de la banda, el asesinato de Carrero Blanco, en Operación Ogro; y la serie de éxito surgida a raíz de la novela de Fernando Aramburu Patria.

El comando Burruntza asesinó a Juan María Jáuregui, gobernador civil de Guipúzcoa, el 29 de julio de 2000 en Tolosa, cuando tomaba un café sin escolta en un céntrico bar. Con ese vil atentado arranca la película de Icíar Bollaín que, enseguida, da un salto en el tiempo y se sitúa en los años de encierro en la cárcel de Nanclares de Oca de dos de sus asesinos, Luis María Carrasco (Urko Olazábal) y Ibón Etxezarreta (Luis Tosar), que se desmarcan de la banda dentro del proceso de reinserción conocido como la vía Nanclares, por el nombre de le prisión en que se les concentró, y en el proyecto de Maixabel Lasa (Blanca Portillo), viuda de Jáuregui, al frente de la Oficina de Atención a las Víctimas del Terrorismo del Gobierno Vasco. Cuando los dos terroristas encarcelados le piden una entrevista personal para pedirle perdón, Maixabel duda pero finalmente acepta porque cree que ese tipo de contactos son positivos para el fin de la violencia: “Todos tenemos derecho a una segunda oportunidad”.

El film, que se estrena ahora y ha sido presentado en el festival de San Sebastián con notable éxito, surge de una entrevista personal que tuvieron Maixabel Lasa e Icíar Bollaín en Tolosa, en el lugar en donde ETA arrebató la vida a su marido. La directora de Te doy mis ojos dirige con sobriedad, y a veces con excesiva frialdad, este largometraje que gira en torno al proceso de la pérdida y la redención al que se le puede achacar que no tenga más impulso dramático y tenga un tono más de documental que de película de ficción. Icíar Bollaín recoge de forma fidedigna las dos entrevistas que los antiguos miembros de ETA, los victimarios, tuvieron con su víctima en dos largas secuencias a cámara fija. Los asesinos desconocían quién era Juan María Jáuregui, salvo que era un objetivo fácil por ir a todas partes sin escolta, pero ignoraban su pasado como militante del Partido Comunista y de ETA y que, como gobernador de Guipúzcoa, fuera pieza clave en desentrañar los asesinatos de los etarras Lasa y Zabala y meter en prisión al general de la Guardia Civil Enrique Rodríguez Galindo. “Juan Mari no sabía quién lo iba a matar antes, si ETA o Galindo” dice en un momento de la película Maixabel Lasa.

Blanca Portillo hace una excelente interpretación de Maixabel Lasa (extraordinaria esa secuencia en la que no coge ese teléfono que suena de forma insistente porque presiente que le va a comunicar el asesinato de su marido) pero no puedo decir lo mismo de Luis Tosar, que aparece en muchas escenas con el pie forzado, más convincente como el terrorista implacable de la primera secuencia que como el arrepentido del resto de la película. Lo mejor del film es ese paseo que Ibón Etxezarreta hace por las localizaciones de todos sus atentados en uno de sus permisos penitenciarios, con el ruido de las explosiones y los disparos que causaron tantos muertos como sonido de fondo, y la frase que cruza con Maixabel al final de su encuentro al hilo de la de ella “Prefiero ser la viuda de Juan Mari que ser tu madre”, a la que responde : “Hubiera preferido ser Juan Mari que su asesino”.

ETA dejó de existir, aunque a algunos les hubiera gustado que siguiese o no se han enterado de su disolución, pero su rastro de dolor sigue generando películas y novelas.

 

[Fuente: http://www.culturamas.es]

C’est l’un des auteurs-compositeurs et interprètes les plus discrets de la chanson française. Digne héritier de Léo Ferré et de Jacques Brel, Romain Didier sort son 11e album studio, Souviens-moi. Un disque finement ciselé, pétri de lumière italienne, où il célèbre, avec élégance et poésie, ses voyages, l’amour et la nostalgie joyeuse.

Romain Didier aime prendre son temps. Si Souviens-moi arrive dix ans après son précédent album studio, ce n’est ni par coquetterie, ni parce que l’envie de chanter lui manquait. Simplement le chanteur, qui se décrit humblement et non sans humour comme « un peu lent », a besoin d’attendre, de « digérer les émotions avant qu’elles ne s’échappent jusqu’au piano ». Et aussi d’avoir quelque chose à dire d’original. Ainsi Romain Didier imagine-t-il, par exemple, les pensées et les rêves d’immensité d’une jeune goutte d’eau qui « dévale de cascades en barrages, le lit de sa rivière » (La Goutte d’eau).

Les chemins de traverse

Si Romain Didier donne à ses disques le temps de voir le jour, c’est aussi parce que cet amoureux du hasard qui rassemble des « voyageurs naufragés, aux confins de nulle part sur la même poussière » (Merci d’être venus) écrit, arrange et compose pour de grands noms de la chanson, comme Nicole Croisille (qui fut la première, en 1980, à chanter ses chansons), Annie CordyYves Duteil ou encore Enzo Enzo.

Bien qu’il adore être sur scène, Romain Didier nous confie qu’il n’aurait pas aimé se cantonner à une carrière d’auteur-compositeur-interprète. « C’est une chance de faire de la musique pour les autres, des orchestrations, des spectacles musicaux (notamment Pantin, Pantine avec Allain Leprest (1997) et Pinocchio court toujours (2006) avec Pierre Perret). J’ai aussi la chance d’être artiste associé au Conservatoire du Havre. Je ne l’aurais pas fait si j’avais eu une carrière moins atypique. J’ai pris les chemins de traverse qui me plaisaient ».

Ces chemins lui feront faire des rencontres décisives, comme celle d’Allain Leprest« C’est l’un des plus grands auteurs que la chanson francophone a connu. Notre amour des mots, de la chanson populaire nous rassemblait. Pour le reste, on n’a pas connu les mêmes choses quand on était petits, il venait d’un milieu populaire, moi moins. C’était deux milieux qui se confrontaient, mais je crois au métissage », nous raconte-t-il.

Romain Didier est né dans la musique classique, d’un père compositeur et chef d’orchestre, et d’une mère, cantatrice à l’Opéra de Paris. Pour autant, jamais ses parents ne le forceront jamais à s’inscrire dans leur sillage. Ainsi apprend-il le piano, l’harmonie et l’orchestration en autodidacte. « Je préférais m’amuser seul avec le piano. Cela ne m’empêche pas d’éprouver une joie inouïe lorsque j’écoute jouer ma musique, assis dans un fauteuil d’orchestre. Cela me rappelle ce que mon père faisait, bien sûr », dit-il ému.

L’Italie au cœur

De son père (qui fut également directeur de l’École normale de musique de Paris), il a hérité le goût de la transmission (Romain Didier est également professeur de musique), la minutie. Et son lieu de naissance. Car c’est à Rome que Didier Petit (de son vrai nom) voit le jour en 1942, alors que son père y était résident à la Ville Médicis pour trois ans.

Romain Didier y retournera quelques mois à dix-huit ans. Émerveillé par ce séjour, il choisit son prénom de scène, Romain, en hommage à la ville aux Sept collines. « J’ai vécu des moments incroyables à Rome. L’Italie est un pays où je me rends souvent. Cette Aventure italienne avec un grand « A » m’a toujours transporté« , nous raconte-t-il.

Son aventure italienne, il la célèbre dans Je me souviens du bal, un morceau teinté de swing où il décrit des « vespas qui détalent comme des moineaux » dans les rues de Rome. Sur On n’est pas à Vérone, qui décrit un amour humble et sans artifice, et Si on ne s’aime plus (en duo avec Catherine Petit), où il évoque la disparition de Venise à travers celle d’un amour menacé. Par contraste. Car c’est le caractère éternel de la Sérénissime qui le fascine : « Cette ville m’a toujours fait rêver. On peut ne pas y aller pendant vingt ans, y retourner et retrouver exactement les mêmes coins de rue, les mêmes décorations et les mêmes palais ».

Enfin l’Italie surgit dans La Nostalgie, où il célèbre, sans tristesse et sur une musique évoquant Erik Satie, « les minuscules petits détails immenses de l’enfance » et leur goût de « paradis, d’amour et de sucre candi ». Artiste sensible, Romain Didier nous explique que pour lui la nostalgie « est rose et grise » et qu’il aime se souvenir « des images du passé ».

Amoureux des rencontres

Poétiques sans être hermétiques, les images de Romain Didier sont des instantanés échappés du quotidien. La lumière côtoie l’ombre avec élégance et sobriété. Comme dans le syncopé et fraternel Prince sans royaume, qui parle d’un homme « lacéré aux tessons des frontières/ Qui tient comme un bouquet ses racines en cadeau/ (un) prince sans royaume aperçu au Treize heures« .

Lorsqu’on lui fait remarquer qu’il nous disait être déconnecté de l’actualité, Romain Didier rétorque avec chaleur : « j’ai beau être lent, ce phénomène de société n’est pas arrivé hier. Je voulais en parler. Je crois que les vies se valent. Ce qui semble aller contre cette idée me dérange profondément. On est fabriqués par des cellules équivalentes ».

Cette vision égalitaire traverse toute son œuvre. Qu’il chante l’exil comme les rencontres, ou qu’il parle de chanson. « La chanson n’a pas d’échelle ; Léo Ferré c’est pas mieux qu’Annie Cordy, c’est autre chose », nous dit-il. Romain Didier chante aussi l’amour. Ainsi ne sera-t-on pas surpris de trouver sur Souviens-moi quelques belles balades comme On dirait qu’ça passe ou Une chanson de Sylvie Vartan, dans laquelle il évoque des souvenirs d’amours champêtres, tout en délicatesse.

Car il est quelque chose d’extrêmement féminin dans l’écriture de ce poète. Romain Didier raconte dans La femme qui sommeille que c’est la part féminine des hommes qu’il aime chez eux. Il nous l’affirme : « je n’aime pas du tout ce qui est viril et masculin. Je préfère de très loin la compagnie des femmes, leur besoin d’être en harmonie, de nidifier me parle beaucoup plus qu’une chambrée de service militaire ! » En attestent la finesse et la douceur de ce disque solaire.

Romain Didier Souviens-moi (EPM/Universal) 2021
Site officiel / Facebook / Instagram / YouTube

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Écrit par Marjorie Bertin

 

 

[Photo : Jean-Baptiste Millot – source : http://www.rfi.fr]

Marcado polo Holocausto na infancia, enfrontouse á fraxilidade do ser humano con instalacións nos grandes museos do mundo

O artista francés Christian Boltanski (París, 1944-2021). Mauro Franceschetti

Escrito por GERARDO ELORRIAGA

O falecemento de Christian Boltanski, unha de figúralas da arte contemporáneo, é un paradoxo. O artista que falou obsesivamente da vida e a morte, do recordo e o esquecemento, converteuse en obxecto do seu propio estudo. O autor francés, de 76 anos, morreu este mércores no suburbio parisiense de Malakoff. Aínda que de formación autodidacta e posuidor dunha traxectoria radicalmente persoal e afastada dun marco teórico, a súa obra mantén vínculos con diversas correntes estéticas da segunda metade do século XX, como a arte pop, o movemento conceptual ou o novo realismo.

A experiencia persoal foi o caldo de cultivo da súa expresión artística. Fillo dun emigrante ucraíno de orixe xudía, viviu unha infancia sumida no temor. O seu pai permaneceu escondido nun soto durante dous anos na ocupación nazi de Francia e a maioría dos amigos da familia foron sobreviventes do Holocausto.

Esa bagaxe acompañouna durante o resto da súa existencia e, sobre todo nas súas primeiras manifestacións, alimentou un traballo que aborda continuamente a traxedia do individuo. O autor apela á interpretación desde a emoción, pero mantendo unha prudente distancia e sobriedade formal que evita o sentimentalismo ou unha lectura humanística convencional.

O artista abandonou a pintura en 1967 para iniciar os seus experimentos coa fotografía, o vídeo e os fondos documentais asociados ao utillaxe propio da nosa vida cotiá. Boltanski emprendeu unha serie de proxectos ligados á idea de arquivo e inventarios que falan insistentemente da memoria e sintan as bases da súa poética persoal. A proxección internacional chegou coa súa presenza en Documéntaa de Kassel de 1970.

Efecto dramático

As instalacións, sumamente heteroxéneas, foron o vehículo da súa expresión durante as seguintes décadas, cando se confirmou como un dos artistas máis relevantes do panorama internacional, modelo de interdisciplinariedade e de compromiso. As obras adquiren unha progresiva complexidade.

Os dispositivos válense de coidadas postas en escena que alimentan o efecto dramático. O artista emprega elementos como o son e as tebras, a iconografía relixiosa, os obxectos atopados e empilados, e recorre, a miúdo, ao uso de mecanismos que resaltan o azar como outra condición inherente ao ser humano. Chance, a súa proposta para a Bienal de Venecia do 2011, acentúa ese factor da casualidade como determinante da nosa condición.

Instalación artística de Boltanski en el Grand Palais de París, en el 2010.

Instalación artística de Boltanski no Grand Palais de París, no 2010. Giovanni Sighele

A loita contra a fugacidade do ser humano, anónimo e aparentemente intranscendente, foi o eixo transversal dunha obra que percorreu os grandes museos do mundo, entre eles o Guggenheim de Bilbao. Boltanski decántase polas imaxes como medio efectivo para combater a fraxilidade da memoria e a desaparición, a loita contra a morte e a súa reivindicación da existencia, representada nos nosos sorrisos, roupas, mobiliario ou, incluso, os simples latexados que nos acompañan ata o final.

O autor ata manifestou o seu inconformismo co confinamento provocado pola pandemia. Fronte ao habitual enclaustramento laboral dos seus colegas, el reivindicaba o seu desexo de entrar e saír do seu estudo, de viaxar e relacionarse, de vivir.

 

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Stefan Zweig (1881-1942) est né dans une famille juive viennoise. Biographe, chroniqueur de l’Empire austro-hongrois, ce romancier a décrit avec finesse les ressorts psychologiques de ses personnages. Un représentant de l’intelligentsia juive de la Mittle Europa fuyant le nazisme et disparue lors de la Seconde Guerre mondiale. Un des auteurs les plus lus au monde. Un « homme du paradoxe », discret sur ses tourments et biographe. Arte diffusera le 8 juillet 2021, dans le cadre de « Ah ! Ça lira… » (Lesefieber), « Le joueur d’échecs » (Schachnovelle). 


Publié par Véronique Chemla 
 
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » (Stefan Zweig. Ein Europäer von Welt) est un documentaire de Jean-Pierre Devillers et François Busnel (2013). Pourquoi pas un Européen juif ? Un « Européen ». C’est ainsi que le définit ce documentariste. Certes, mais un Européen Juif.

Le 22 février 1942, après avoir écrit à leurs proches et aux édiles de Petrópolis (Brésil), Stefan Zweig et sa fJemme Lotte, habillés élégamment, se suicident en consommant des barbituriques à Petrópolis où leur exil les avait conduits. 
 
« Malgré le fracas de la Seconde Guerre mondiale, le suicide de l’écrivain autrichien, dont les livres ont été brûlés quatre ans plus tôt, à Salzbourg, suscite une immense émotion. Le Brésil lui organisera des funérailles nationales ». Une « mort inexplicable ». Zweig « a perdu l’amitié et l’Europe ».
 
« Pourquoi le romancier, nouvelliste et biographe de génie, qui a connu un succès phénoménal de son vivant, a-t-il cédé à l’appel du vide ? »
 
Ce documentaire « remonte le fil de la vie tourmentée d’un écrivain de génie, l’un des premiers à rêver d’une Europe cosmopolite et moderne ».
 
« Pour démêler le jeu des forces obscures qui ont emporté sa vie, François Busnel et Jean-Pierre Devillers égrènent les étapes d’un parcours marqué par la recherche constante de la liberté ». 
 
Stefan Zweig est né en 1881 dans une famille bourgeoise viennoise apôtre de l’intégration. Son père dirige une usine de textile dans un empire austro-hongrois en déclins.

Zweig espère en une Europe au-delà des nationalismes. Sans passeport, il voyage en Europe, en Inde, aux États-Unis. Un goût de liberté.

« Spéléologue des âmes »
Zweig parle et écrit en cinq langues. Lucide, il décerne l’espoir dans la jeunesse, et l’ennui. Admirateur de Rimbaud, il publie ses poèmes à quinze ans.


Il découvre les innovations technologiques du début du XXe siècle, et une nouvelle discipline : la psychanalyse. Le Dr Sigmund Freud ouvre une voie originale.

Zweig publie Brûlant secret, une nouvelleUn premier livre qui exploite les mêmes thématiques que Freud : secret, paradoxe, forces obscures.

 
Ses « premiers succès, qui le rendent célèbre à 30 ans, son enthousiasme pour Freud, son goût du voyage et sa passion pour le progrès technique, annonciateur, croit-il, d’une humanité meilleure… : autant d’éléments biographiques qui éclairent une personnalité complexe ».

Marié, Zweig s’engage lors de la Première Guerre mondiale. Romain Rolland affirme son pacifisme. Zweig est convaincu par sa position. En 1915, Zweig se voit confier une mission.


En 1918, disparaît l’empire d’Autriche-Hongrie. Zweig se fixe à Salzbourg, en Autriche.

L’Allemagne de Weimar a succédé au Reich. En 1922, Zweig est profondément marqué par l’assassinat de Walther Rathenau, ministre allemande juif.

Zweig voyage. À Paris, « ville de l’éternelle jeunesse », il souhaite rencontrer Francis Scott Fitzgerald, déjà reparti aux États-Unis.

 
Mais l’auteur d’Amok, Lettre d’une inconnueconfession bouleversante d’un cœur aimant sans retour merveilleusement adapté par Max Ophüls, d’Amok, d’Ivresse de la métamorphose, roman à la structure complexe, ou du Joueur d’échecs voue un culte à l’amitié et exprime une foi profonde en une Europe moderne et cosmopolite.

« Ce livre est un chef d’œuvre ». Ainsi, est saluée La confusion des sentiments par Freud. Le succès de Zweig, quarantenaire, suscite jalousie et irritation. L’auteur se sent emprisonné dans sa fonction d’écrivain. Il puise dans l’écriture la force d’affronter la vie.

En 1929, Zweig est invité dans l’Union soviétique. Il constate la misère, la répression. Mais il ne dénonce pas publiquement le régime communiste. Ce qui lui vaut de vives critiques de la presse autrichienne.

 
« Deux croyances cruellement déçues : l’Europe se déchire dès 1933 et certains des proches de l’écrivain – comme beaucoup de ses lecteurs – critiquent sa réticence à prendre publiquement parti contre les régimes nazi et soviétique ».

Zweig présente des points communs à son personnage, Le bouquiniste Mendel. Les livres revêtent une importance majeure dans sa compréhension du monde et des êtres humains.

1933. Après l’avènement du nazisme, les écrivains juifs sont interdits de publication, et leurs livres brûlés.

 
Mais « si Zweig peine à s’engager, c’est qu’il préfère dans ses livres se faire l’archéologue des passions amoureuses ». Sa langue s’avère sa patrie.
 
Blessé, refusant la haine, silencieux – ce que critiquent Joseph Roth et Klaus Mann -, « devenu en tant qu’écrivain progressiste et Juif un paria en Autriche, il s’exile et ne se relèvera pas de ses désillusions  ». Déchiré, Zweig ne saisit pas l’ampleur des bouleversements à venir. Son épouse demeure à Salzbourg, et sa secrétaire l’accompagne. À Londres, ce quinquagénaire doit recommencer sa vie sans l’enthousiasme qui le portait dans sa jeunesse. Dans Erasme, il justifie ses positions, répond aux critiques…

En 1935, il poursuit ses voyages. Son opéra coécrit avec Strauss est interdit au bout de quelques jours. Ses livres sont définitivement mis à l’index par les Nazis. Brésil, Argentine… L’accueil est enthousiaste à l’exilé. Zweig achève La Pitié dangereuse.

Apatride, déchu de sa nationalité, Zweig sollicite la nationalité britannique qu’il obtient en 1940. Il prononce l’oraison funèbre de Freud.

En 1939, la Deuxième Guerre mondiale éclate. Divorcé, Zweig épouse Lotte.

Il quitte définitivement l’Europe en 1940. L’année suivante, il arrive à New York où il soutient le Comité de soutien aux réfugiés. Il débute son autobiographie, Le Monde d’hier.

En 1941, il rejoint le Brésil, pays de métissage, où il rencontre Bernanos.

Une « fatigue morale doublée d’un découragement politique » le saisissent. « La terreur que m’inspire l’époque croît jusqu’à la démesure », écrit Stefan Zweig avant de se suicider. Lotte souffre d’asthme. Zweig classe ses archives…

Arte rediffusera « Stefan Zweig, histoire d’un Européen » (Stefan Zweig. Ein Europäer von Welt), documentaire de Jean-Pierre Devillers et François Busnel (2013). Une « relecture passionnante d’une existence aussi tourmentée que son temps, et des œuvres qu’elle a brillamment produites ».

Du 16 septembre au 2 avril 2017, le Théâtre des Mathurins a présenté Le monde d’hier, d’après Stefan Zweig dans une mise en scène par Patrick Pineau et Jérôme Kircher. « Le Monde d’hier », l’autobiographie de Stefan Zweig, « est un livre-phare. Seul des grands textes de l’auteur de « Lettre d’une inconnue » à n’avoir jamais été adapté au théâtre, ce récit d’une vie dans le siècle embrasse toutes les splendeurs et les catastrophes de l’Europe depuis l’époque de la grandeur de Vienne jusqu’à son anéantissement. À la fois chant du cygne et message d’espoir, ce texte s’y avère d’une poésie et d’une puissance inouïes. Aujourd’hui plus que jamais, la voix de Zweig, éteinte un soir de février 1942, nous manque. Le projet de ce spectacle, adapté par Laurent Seksik (auteur des « Derniers Jours de Stefan Zweig ») et joué par Jérôme Kircher, est de la faire à nouveau entendre et de faire revivre sous nos yeux un  monde étincelant et perdu ».
« Conscience contre violence »

Republié en livre de poche en 2010, « Conscience contre violence » (Ein Gewissen gegen die Gewalt) écrit en 1936 sur une commande du pasteur Jean Schorer, « ce précieux document était devenu introuvable depuis près de cinquante ans ! À partir du conflit exemplaire entre Sébastien Castellion (1515-1563) et Calvin, Stefan Zweig nous fait vivre un affrontement qui déborde de beaucoup son cadre historique. Cette cause nous intéresse tous : liberté et tolérance contre intégrisme. »

Ce livre s’ouvre par une citation de l’humaniste défenseur de Michel Servet ayant contesté l’austère et autoritaire Calvin, maître de Genève : « La postérité ne pourra pas comprendre que nous ayons dû retomber dans de pareilles ténèbres après avoir connu la lumière. » (De Arte Dubitandi, 1562)

« Si Stefan Zweig finit de rédiger ce texte prémonitoire en 1936, en pleine montée du fascisme, il faut y voir un sens profond. En effet, comment ne pas faire le rapprochement entre la ville de Genève et l’Allemagne nazie, entre Calvin et Hitler, les sbires de Farel et les hordes hitlériennes ? »

« Quelques décennies plus tard, fanatisme religieux et résurgence des extrêmes droites doivent à nouveau nous ouvrir les yeux. Cet écrit polémique devient alors une charge d’une force redoutable. »


« Stefan Zweig, adieu l’Europe »

Le 21 novembre 2018, Arte diffusera « Stefan Zweig, adieu l’Europe » (Vor der Morgenröte) par Maria Schrader, avec Josef Hader, Aenne Schwarz, Barbara Sukowa, Nahuel Pérez. « En 1936, Stefan Zweig quitte l’Europe pour l’Amérique du Sud. D’abord accueilli à Rio de Janeiro, l’auteur de Vingt-quatre heures de la vie d’une femme est célébré par la bonne société brésilienne. Mais le romancier, interrogé sur ses positions et son engagement, refuse de se laisser aller aux simplifications. Par ailleurs, fasciné par le Brésil, l’écrivain entreprend l’écriture d’une nouvelle œuvre. Accompagné par sa nouvelle épouse, Lotte, il explore différentes régions du pays. »

« De 1936 à 1942, cinq instantanés du long exil qui a précédé le suicide au Brésil de l’écrivain Stefan Zweig. Une sobriété documentaire que l’acteur autrichien Josef Hader rend bouleversante.

« 1936, Rio de Janeiro. Voici deux ans déjà que le mondialement célèbre Stefan Zweig, mis à l’index par l’Allemagne hitlérienne, a fui l’Autriche pour s’installer provisoirement en Grande-Bretagne, habité par la certitude prémonitoire que les nazis vont s’emparer de son pays et propager la guerre en Europe. Invité au Brésil avec sa jeune épouse Lotte, qui fut sa secrétaire, pour présider un dîner de gala, il rejoint ensuite à Buenos Aires le congrès du Pen Club, où on l’attend comme un oracle. Mais alors qu’à la tribune on scande son nom parmi ceux des écrivains persécutés par le IIIe Reich, l’auteur d’Amok et de Lettre d’une inconnue refuse face aux journalistes de condamner publiquement le régime. « Tout geste de résistance qui ne comporte aucun risque et reste sans effet relève de la pure vanité », objecte-t-il à Brainin, le jeune compatriote ulcéré qui le somme de dénoncer Hitler. »

« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux », écrira Zweig le 22 février 1942, avant de se suicider au véronal avec Lotte dans leur maison de Petrópolis, non loin de Rio. Entre les prémices de la guerre et la sauvagerie qui jour après jour, à l’autre bout du monde, détruit tout ce qui lui est cher, entre un hiver new-yorkais et les luxuriances tropicales du Brésil, Maria Schrader (dont le film s’intitule en allemand « Avant l’aurore ») met en scène avec une précision et une sobriété documentaires cinq tableaux d’une errance de plus en plus douloureuse. Sans prétendre percer le mystère d’un homme qui décrivit si finement l’âme humaine, et dont les mots portent ce film, l’acteur autrichien Josef Hader suggère de façon bouleversante la souffrance, la peur et l’épuisement qui affleurent sous l’élégance. »
« Le joueur d’échecs »

Arte diffusera le 8 juillet 2021, dans le cadre de « Ah ! Ça lira… » (Lesefieber), « Le joueur d’échecs » (Schachnovelle). Ce court roman de Stefan Zweig a été édité à titre posthume en 1943. Sur un paquebot naviguant de New York à Buenos Aires,  deux joueurs d’échecs, aux parcours et style de jeu différents, se rencontrent…
« Avec la complicité du conteur Daniel Pennac, une invitation à la lecture et à l’écriture pour le jeune public. Lire et raconter ce qu’on a lu pour susciter l’envie, confronter Riad Sattouf ou Thomas Fersen aux Droits du lecteur de Daniel Pennac, sauter le pas et prendre soi-même la plume… Cette collection illustrée par les étudiants de l’École Estienne est une invitation à plonger dans dix romans classiques, aux âges où la littérature jeunesse se double d’une faim de littérature tout court. »
« Aujourd’hui : Joseph embarque sur un bateau pour une palpitante partie avec Le joueur d’échecs de Stefan Zweig. Est-on obligé de lire ? Lena et Zach posent la question à des stars de la littérature. Elia et Joseph imaginent un voyage dans le temps provoqué par l’ingestion de champignons phosphorescents. »
« Le joueur d’échecs »
France, 2020, 10 x 26mn
Collection documentaire de Charles Castella, Christian Popp et Alice de Poncheville
Coproduction : ARTE GEIE, Yuzu Productions
Sur Arte le 8 juillet 2021 à 6 h 35
Disponible sur arte.tv du 29/06/2021 au 06/08/2021

« Stefan Zweig, adieu l’Europe » par Maria Schrader
Allemagne, Autriche, 2016, 99 min
Scénario : Jan Schomburg, Maria Schrader

Production : Idéal Audience, Maha Productions, Dor Film Produktionsgesellschaft, BR, WDR, ARTE France Cinéma, ORF, X Filme Creative Pool
Producteur/-trice : Stefan Arndt, Danny Krausz, Denis Poncet, Uwe Schott, Pierre-Olivier Bardet, Kurt Stocker
Image : Wolfgang Thaler
Montage : Hansjörg Weissbrich
Musique : Tobias Wagner
Avec Josef Hader, Barbara Sukowa, Aenne Schwarz, Matthias Brandt, Charly Hübner, André Szymanski, Lenn Kudrjawizki, Vincent Nemeth
Sur Ciné + Club les 29 mai 2018 à 19 h et 1er, 3, 4, 7 ainsi que 8 juin 2018

Sur Arte le 21 novembre 2018 à 20h55

Du 16 septembre au 2 avril 2017
Au Théâtre des Mathurins

Adapté du texte original « Le Monde d’Hier »
Edition Les Belles Lettres – Traduction Jean-Paul ZIMMERMANN
Mise en scène : Patrick PINEAU et Jérôme KIRCHER
Scénographie et Lumières : Christian PINAUD
Musique : Michel WINOGRADOFF
Collaboratrice à la mise en scène : Valérie NEGRE
 
« Stefan Zweig, histoire d’un Européen » par Jean-Pierre Devillers, François Busnel
2013, 52 minutes
Sur Arte le 6 janvier 2015 à 22 h 35, le 29 novembre 2017 à 22h50 
 
Visuels :
La maison de Stefan Zweig à Salzbourg
© Rosebud Productions
 
 
Les citations sur le concert viennent d’Arte. L’article a été publié le 6 janvier 2016, puis les 14 mars et 29 novembre 2017, 28 mai et 21 novembre 2018.
 
[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Montevideo es en nuestro país la ciudad donde existe mayor numero de ombúes. Bien curioso resulta este detalle ya que el simpático árbol, que constituye un elemento tan calificado en el paisaje nativo, puedan lucirlo estampas de tan señalado adelanto edilicio como las que ilustran esta nota.

Y es lo cierto que este representante de la flora indígena no desentona junto a los edificios modernos, alardes de la eficiencia de nuestros técnicos. Su tronco de amplia circunferencia, su ramaje retorcido, su copa frondosa, ofrecen un contraste interesante a la sobriedad de lineas de la arquitectura moderna.

Muchos ombúes existen diseminados en toda la vasta extensión de la ciudad. Los hay en extramuros, entre las quintas de verdura, y en la parte céntrica junto a las pulcras calzadas. Aquí los envuelve el incesante estrépito del tránsito, allá un remedo de la paz campesina. Al pasar junto a ellos, si no vamos dominados por las preocupaciones que impone el ritmo acelerado de la vida moderna, en esta capital que es ya una gran ciudad, solemos recordar la vinculación que tienen algunos (como ocurre con aquel del Bulevar España y Luis de la Torre) con ciertos pasajes de la gesta histórica de le República.

Ombu - Bulevar España

El viejo ombú del Bulevar España, el más popular de la ciudad, emplazado en uno de los puntos que ofrecen mejores perspectivas a la hermosa configuración de árbol tradicional, lleno de sugerencias líricas.

El ombú ha contado siempre con la simpatía de nuestro pueblo, que lo conserva con afecto. Como no nos urge a desterrarlo ninguna exigencia de “espacio vital“ lo utilizamos como elemento que a sus cualidades decorativas une el significado que reviste para nosotros en su carácter de centinela permanente de las tradiciones criolla, establecido en el propio centro directivo del país.

Estas cosas no podía comprenderlas Clemenceau (médico, periodista y político francés) cuando se extrañaba del cariño que inspira a los ríoplatenses un árbol inútil, según él lo calificó, ya que no produce frutos ni su madera sirve siquiera para alimentar el fuego.

Ombu - Ramón Anador

Arrobante y esbelto luce este otro secular testigo de nuestro progreso. Arbol que se halla en la intersección de las calles Ramón Anador y Garibaldi, a manera de lírico monumento vegetal que la ciudad respeta y cuida.

La espesura de su fronda proporciona un sitio acogedor para el descanso, que antaño disfrutó el gaucho y aún los pobladores de la campaña gustan buscar le frescura en las tardes estivales, en el amplísimo asiento que la raíz desparrama.

Ya con los habitantes de la urbe las costumbres han cambiado. Cuando el calor nos domina durante los ajetreos de la actividad metropolitana, preferimos a su sombra la de los bares.
Hoy algunos ombúes que el público convierte en refugio durante el verano, mientras espera el ómnibus o el tranvía.

Ombu - Villa Biarritz

Villa Biarritz, que es un barrio moderno, de limpias construcciones de arquitectura audaz e innovadora, luce la legendaria estampa de este ombú, como una demostración de cariño hacia nuestro pasado.

En este caso está el de la Avenida Italia y propios como así el de Ramón Anador y Rosell y Rius, que sirven también como puntos de referencia para indicar direcciones. El ombú continúa firme en su raigambre poderosa estampa contigua en la ciudad moderna estremecida de ruidos e inquietudes.

Escrito por José Muniz Rivero en la revista Mundo Uruguayo, 1945

¿Y los demás?

Ya pasaron mas de 70 años desde que se publicó este artículo en la revista Mundo Uruguayo, los tranvías dejaron de pasar y la fisonomía de la ciudad en muchos casos cambio totalmente, pero los viejos y queridos ombúes siguen ahí viendo crecer a Montevideo.
En el artículo podemos ver fotos antiguas de tres de los ombúes mas representativos de la ciudad, pero hay muchos mas desperdigados, esperamos que nuestros lectores nos aporten los que conozcan y así ir agregando en el artículo.

 

Ombu - Bulevar España

 

[Fuente: http://www.montevideoantiguo.net]