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Le chanteur russe Oxxxymiron en concert. Derrière lui, l'inscription « Russians against war ».

En mars, la star du hip-hop russe Oxxxymiron a organisé à Istanbul, Berlin et Londres une série de concerts de charité dont les recettes ont été consacrées à l’aide aux réfugiés ukrainiens. @JonnyTickle/Twitter, CC BY-NC-ND

Écrit par Vera Ageeva

Professeur associée de la Haute école des études économiques (Russie), Sciences Po

Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, un certain nombre de représentations d’artistes russes dans les pays occidentaux ont été annulées par les organisateurs au nom de la solidarité avec Kiev. C’est ainsi que, entre autres exemples, le ballet du Bolchoï n’a pas pu se produire à l’opéra de Londres ; l’orchestre du théâtre Marinski de Saint-Pétersbourg, dirigé par Valéri Guerguiev, connu pour sa proximité avec le Kremlin, a été retiré du programme de la Philarmonie de Paris ; et la Russie a été bannie du concours de l’Eurovision. Il est également arrivé que des œuvres du répertoire russe soient déprogrammées.

Chaque épisode de ce type constitue une aubaine pour la propagande du Kremlin, qui les relaie largement auprès de son opinion publique afin de la convaincre que l’Occident tout entier est en proie à une scandaleuse flambée de « russophobie » et que la culture russe dans son ensemble fait l’objet d’un boycott intégral – les médias du pouvoir, et Poutine en personne, parlant à cet égard d’un déchaînement de « cancel culture » visant spécifiquement la Russie.

En réalité, si « cancellation » de la culture russe il y a aujourd’hui, c’est plutôt en Russie même qu’elle se déroule. Depuis des années, le régime se livre à une persécution politique constante visant réalisateurs, chanteurs, écrivains et autres artistes russes. Un phénomène qui s’est encore intensifié à partir de février 2022.

Avant la guerre : dix ans de répression

Après le début de l’attaque contre l’Ukraine, Moscou a mis en place une censure quasi militaire qui rappelle à bien des égards la pratique soviétique. Il s’agit d’un nouveau tour de vis dans la guerre culturelle qui se déroule en Russie depuis une bonne décennie : elle met aux prises, d’un côté, de nombreux artistes russes qui réclament la liberté d’opinion et d’expression, et de l’autre côté, les fonctionnaires du monde de la culture et les idéologues du Kremlin déterminés à sanctionner durement la moindre manifestation d’opposition à la ligne du pouvoir.

Le 4 février 2012, le chanteur du groupe DDT, Iouri Chevtchouk (guitare en main), prend part au meeting « Pour des élections non truquées » à Moscou aux côtés de l’homme politique d’opposition Boris Nemtsov, qui sera assassiné en 2015. Kirill Kudryavtsev/AFP

Avant le début de la guerre, seule une minorité du monde artistique et culturel russe osait faire part publiquement de son désaccord avec le régime de Vladimir Poutine, devenu de plus en plus autoritaire au cours des années. La majorité avait opté pour une posture – très commode pour le pouvoir – consistant à se placer « hors de la politique », à « rester neutre » et à « se concentrer sur son art ».

Les rares artistes à critiquer ouvertement Poutine et son système se voyaient largement empêchés de travailler normalement et de rencontrer leur public. Par exemple, en 2012, Iouri Chevtchouk, l’une des plus grandes stars russes du rock depuis les années 1980, leader du groupe culte DDT, s’est vu interdire de partir comme prévu en tournée à travers le pays après participé à des manifestations à Moscou contre les fraudes survenues pendant l’élection présidentielle organisée en mai de cette année-là, qui s’est soldée par le retour au Kremlin de Vladimir Poutine après l’interlude Medvedev. C’est surtout à partir de ce moment-là que le pouvoir s’est mis à s’en prendre systématiquement aux personnalités du monde de la culture qui se permettaient de prendre publiquement position contre lui.

L’annexion de la Crimée en 2014 a tracé une nouvelle ligne de séparation entre le gouvernement russe et les artistes, spécialement les plus jeunes d’entre eux. Des rappeurs populaires comme OxxxymironNoize MCHusky, ou encore Face ont participé à des manifestations politiques, s’en sont pris en paroles au régime et ont donc eu, eux aussi, des difficultés à poursuivre leur activité professionnelle en Russie, certains ayant même connu des démêlés avec la justice du fait de leurs prises de position.

                                         Oxxxymiron, Face, IC3PEAK : les artistes russes s’opposent à Poutine, Arte, 5 avril 2022.

Au pays de Vladimir Poutine, la justice est en effet régulièrement mise à contribution pour ramener à la raison les personnalités de la société civile jugées suspectes. En 2017, une procédure pénale, officiellement pour motifs économiques, est lancée contre l’éminent réalisateur et metteur en scène Kirill Serebrennikov, fondateur du théâtre « Gogol Center » à Moscou, devenu l’un des lieux culturels centraux de la Russie contemporaine. En 2018, son film « Leto » (L’Été) a reçu plusieurs prix internationaux y compris au Festival de Cannes. En 2019, il a été fait par la France commandeur des Arts et des Lettres. Serebrennikov était connu pour sa position critique envers le régime de Poutine. Pour la majorité de l’intelligentsia russe, les poursuites déclenchées à son encontre par le Kremlin n’ont rien à voir avec le motif officiellement invoqué et relèvent d’une nouvelle manifestation de la persécution de toute dissidence. Le metteur en scène a été placé en résidence surveillée pour presque deux ans. Lors de son procès, finalement tenu en 2020, il a été jugé coupable et condamné à une peine de prison avec sursis. Il a quitté le pays peu après l’invasion de l’Ukraine.

Kirill Serebrennikov devant le Deutsches Theater à Berlin, où est affichée une banderole aux couleurs du drapeau ukrainien proclamant « We Stand United »

Kirill Serebrennikov devant le Deutsches Theater à Berlin, le 22 avril 2022. Lors d’une interview à l’AFP ce jour-là, il a déclaré : « Nous avons le choix : devenir Leni Riefenstahl ou Marlène Dietrich », cette dernière étant connue pour s’être opposée au nazisme. Tobias Schwarz/AFP

Le point de non-retour entre le régime de Poutine et la culture russe

Après le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022, les autorités russes ont nettement accru leur contrôle sur l’espace public. L’objectif, désormais, n’est plus simplement de taper sur les doigts des contestataires, mais de purger le pays de tous les éléments insuffisamment « patriotes » : dans son fameux discours du 16 mars, Vladimir Poutine n’a-t-il pas appelé à une « purification naturelle » de la société contre « les racailles et les traîtres » ?

Depuis l’adoption d’une loi ad hoc, la moindre expression d’une opinion indépendante sur la guerre en cours est susceptible d’être qualifiée de « tentative de jeter le discrédit sur l’armée russe » et de « diffusion de fausses nouvelles » – des infractions passibles d’une peine de prison ferme pouvant aller jusqu’à 15 ans. Cette législation, similaire à celle de la loi martiale, a permis aux siloviki (les responsables des structures de sécurité et de justice de l’État) de placer sous une pression maximale ceux des artistes russes qui ont pris la décision de ne pas garder le silence. Et pourtant, certains, y compris une proportion non négligeable des représentants de la culture dite populaire, qui étaient jusqu’ici considérés comme plutôt loyaux envers le régime, n’ont pas craint de défier le pouvoir.

La chanteuse russe Monetotchka en concert

La très populaire chanteuse russe Monetotchka, qui s’est exilée après le début de la guerre, participe à Varsovie (Pologne) à un concert de charité visant à lever des fonds pour les réfugiés ukrainiens, le 25 avril 2022. Janek Skarzynski/AFP

Les artistes de la culture pop étaient restés largement apolitiques pendant les 22 ans du régime de Poutine. Mais la guerre déclenchée par le Kremlin a révélé qu’une partie d’entre eux, y compris parmi les plus célèbres, étaient aptes à défendre une position éthique dans des circonstances périlleuses. Des idoles de la variété et de la pop, dont les Russes connaissaient les chansons par cœur (parfois depuis l’enfance) – tels que la superstar Alla Pougatcheva, mais aussi Valéry MeladzeSergueï LazarevIvan Ourgant, etc – ont osé de déclarer au grand public leur désaccord avec les bombardements du pays voisin.

Même si d’autres artistes – comme le « rappeur de cour » et businessman Timati, en passe de reprendre les cafés abandonnés par la chaîne Starbucks, ou l’acteur Vladimir Machkov – ont accepté de diffuser la propagande officielle, l’effet qu’a sur la société le courage des artistes anti-guerre (qui, en dénonçant la guerre ou en quittant la Russie, ont mis leur carrière professionnelle, voire leur liberté, en péril) ne doit pas être sous-estimé.

Les représentants des générations les plus jeunes, comme les rappeurs évoqués plus haut, n’ont pas été en reste, à commencer par le plus célèbre, Oxxxymiron, qui est parti pour l’étranger et y a organisé de nombreux concerts réunissant ses compatriotes sous le slogan sans équivoque « Russians against war », et dont les recettes sont reversées à des organisations d’aide aux réfugiés ukrainiens.

Une position partagée par les emblématiques punkettes de Pussy Riot – l’une d’entre elles, menacée de prison, a d’ailleurs fui la Russie dans circonstances particulièrement rocambolesques – et par les membres de l’un des rares groupes russes connus à l’international, Little Big, qui se sont exilés et ont publié un clip établissant implicitement un lien entre la destruction de l’Ukraine et la « cancellation » de la culture en Russie.

                                               Little Big, Generation Cancellation, 24 juin 2022.

Enfin, la majeure partie de l’intelligentsia culturelle russe est également hostile à la guerre. Si, là encore, certains – par conviction (comme l’écrivain Zakhar Prilépine) et le cinéaste Nikita Mikhalkov, ou par calcul – chantent les louanges du régime et saluent son « opération spéciale », une large majorité des écrivains, poètes, réalisateurs et musiciens connus internationalement se sont opposés à l’invasion du pays voisin. Quelques-uns sont même passés des paroles aux l’action et ont fondé une association baptisée « La vraie Russie ».

Parmi les plus actifs, citons les célèbres écrivains Lioudmila OulitskaïaBoris Akounine et Dmitri Gloukhovski ; le metteur en scène Kirill Serebriannikov, déjà cité ; le réalisateur Andreï Zviaguintsev ; la chanteuse lyrique Anna Netrebko ; la poétesse Vera Polozkova ; les vétérans du rock Boris Grebenchtchikov, Iouri Chevtchouk et Andreï Makarevitch ; les acteurs Lia Akhedkajova, l’acteur Artur Smolyaninov… liste non exhaustive).

Certains d’entre eux ont déjà été désignés par le gouvernement russe comme « agents de l’étranger » et ont dû quitter le pays. Ajoutons que plusieurs responsables d’institutions culturelles de premier plan ont démissionné pour protester contre la guerre en Ukraine.

Persécuter l’intelligentsia artistique contemporaine sera une tâche plus facile pour le Kremlin que démanteler les fondements éthiques de la culture russe classique, qui s’est toujours opposée aux horreurs de la guerre, mettant au centre de la réflexion l’individu (le problème du « petit homme » chez Pouchkine, Gogol, Tchekhov) et considérait l’âme russe comme ouverte, paisible et tournée vers le monde (l’idée de « vsemirnaïa doucha » de Fedor Dostoïevski).

Les auteurs classiques sont encore étudiés à l’école en Russie… pour le moment. Mais au rythme où vont les choses, il est permis de se demander si le plus célèbre roman de la littérature russe, Guerre et Paix, ne sera pas jugé contraire à l’esprit de l’époque, puisque le mot « guerre » lui-même a disparu de l’espace public, si bien qu’un meme populaire présente la couverture de l’ouvrage portant ironiquement pour titre « L’opération militaire spéciale et la paix »…

 

[Source : http://www.theconversation.com]

Pour la communauté juive de Hongrie, décimée par les nazis, panser ses plaies passe souvent par la recherche d’ancêtres. Aux Archives juives de Budapest, les demandes affluent. Mais malgré le temps, les tabous restent forts, même chez les plus jeunes.

L'historienne Ágnes Szegő consulte les registres d'état civil d'Eger, petite ville au nord-est de Budapest. | Raphaël Bernard

L’historienne Ágnes Szegő consulte les registres d’état civil d’Eger, petite ville au nord-est de Budapest.

Écrit par Raphaël Bernard — édité par Thomas Messias 

À Budapest (Hongrie)

Ces lignes de noms, de dates et de lieux de naissance, Ágnes Szegő les a probablement déjà lues et relues. Mais à chaque fois, elle les dévore avec la même intensité. Assise dans une des salles de lecture au premier étage du Musée et archives juifs de Budapest, dans un silence baigné du soleil de mai, la septuagénaire consulte les registres d’état civil d’Eger, petite ville au nord-est de la capitale hongroise, où vécut son arrière-grand-père. Depuis plus de quarante ans, cette historienne se consacre à l’histoire des juifs de Hongrie, comté par comté, ville par ville. «Je suis comme une sorte de détective», sourit-elle derrière ses lunettes dorées.

Cette mission lui semblait destinée. Originaire de la petite ville de Tiszafüred, au nord-est de Budapest, elle est la fille du dernier chef de la communauté juive locale. Cherchant ses mots en anglais, elle raconte: «En 1978, lorsque mon père est mort, j’ai hérité des registres d’état civil qui se trouvaient chez nous. Il y avait les dates de naissance, de mariage et de décès de plus de 3.600 personnes.» Des données précieuses, dans un pays où le recensement était tenu par les communautés religieuses jusqu’en 1895, et dont la population juive, jadis une des plus importantes d’Europe, passa de 800.000 à 200.000 membres entre mai et juillet 1944.

Peu à peu, Ágnes devient alors une sorte de référence, celle vers qui l’on se tourne pour rechercher ses ancêtres. Combien de personnes a-t-elle aidées? «Je ne sais pas», soupire modestement l’intéressée. Plutôt que compter, Ágnes préfère continuer, et se moderniser. Depuis 2018, elle administre un groupe Facebook de recherches généalogiques. Plus de 2.700 membres y demandent des conseils et partagent leurs dernières trouvailles.

Quête tardive

Parmi ceux dont les mystères familiaux ont été résolus, Ferenc Kepecs, 78 ans, compagnon d’Ágnes. Assis en face de sa bienfaitrice, montures épaisses sur le nez, il scrute les registres de la commune de Paks. Petite ville des bords du Danube, c’est là où habita Lőrinc, son père, mort dans le camp de concentration de Sachsenhausen en 1945, alors que son fils n’avait qu’un an. Ferenc fait partie de ces nombreux juifs hongrois qui, pendant longtemps, n’ont pas su grand-chose de leurs origines.

«Moi, je suis né en 1944 dans le ghetto de Budapest, et ma mère a réussi à nous sauver. Mais la majorité de ma famille était en province, et je dois dire qu’ils ont quasiment tous été décimés, comme presque tous les juifs hors de Budapest», raconte-t-il en nous regardant droit dans les yeux, déterminé à faire connaître son histoire«Le reste de ma famille s’est exilé. Après la guerre, nous nous sommes retrouvés très isolés, pauvres, sans aucune connexion», se rappelle ce journaliste à la retraite.

Ce n’est qu’une fois après avoir rencontré Ágnes, il y a huit ans, qu’il se met en quête de sa généalogie«J’ai dû attendre d’avoir 70 ans pour demander de l’aide à Ágnes. J’étais curieux de savoir, mais je ne savais tout simplement pas comment faire», s’excuse-t-il presque.

Au centre d’archives juives de Budapest, Ágnes consulte les registres d’Eger, ville de son arrière-grand-père. Ferenc lit les registres de Paks, la ville de son père, mort en déportation alors qu’il n’avait qu’un an.

Au cours de ses recherches, Ferenc fait une découverte qui le bouleverse. Lui, le descendant de petits commerçants et de bouchers modestes, a également pour ancêtre Ezekiel Panethrabbin en chef de Transylvanie au début du XIXe siècle. «Si j’avais su dans ma jeunesse que j’avais un ancêtre si illustre, j’aurais sans doute eu davantage confiance en moi. Ma famille et moi, nous vivions assez misérablement, j’ai longtemps eu une sorte de complexe d’infériorité à cause de ça. J’ai réussi à faire un beau métier, mais j’aurais peut-être pu faire une plus grande carrière si je l’avais su avant…»

Vertus thérapeutiques

Tout en écoutant Ferenc, assise derrière son bureau, Anikó Udvarhelyi, généalogiste aux Archives juives, le fixe de ses yeux bleus perçants et acquiesce. En sept ans d’exercice, elle a consulté plusieurs centaines de demandes de recherches d’ancêtres chaque année. Depuis la pandémie, elle observe que les requêtes sont passées d’environ 300 à 500 par an. «Les confinements successifs ont sans doute eu un effet introspectif sur la population», interprète-t-elle.

Peut-être est-ce aussi dû au retour d’un antisémitisme rampant dans la politique hongroise, encouragé par le Premier ministre Viktor Orbán, qui s’emploie entre autres à réécrire l’histoire de la Shoah, en soutenant que les Hongrois auraient autant été victimes des nazis que les juifs. Mais au-delà des chiffres, les requêtes ont souvent le même but: refermer des plaies restées trop longtemps ouvertes.

Psychologue familiale en plus d’être archiviste, Anikó cite ainsi les thèses d’Iván Böszörményi-Nagy, psychiatre américain d’origine… hongroise, pionnier de la psychogénéalogie. Selon cette théorie, les traumatismes se transmettent d’une génération à l’autre. «La volonté de chercher ses racines aide à résoudre les traumatismes», explique Anikó.

Parmi les familles juives hongroises, de tels non-dits sont monnaie courante.

Incollable sur Lacan et Freud, György Kozma, 68 ans, confirme. Dans son appartement cossu hérité de sa mère, juché sur les collines de Buda, ce dialoguiste-comédien-auteur à la retraite se faufile entre les piles de livres et de manuscrits, et pointe du doigt une banale étagère derrière son bureau.

«C’est en fouillant ici, à la mort de ma mère en 1984, que j’ai appris l’ampleur de mes racines juives. J’avais 30 ans», raconte-t-il dans un français lyrique, mâtiné d’anglais. Issu d’une famille d’intellectuels où la judéité est à peine un sujet de conversation, il découvre alors être l’arrière-petit-neveu du rabbin Immanuel Löw, homme politique considéré comme un héros de la cause juive en Hongrie.

Empli d’émotion, György décrit une vie qui change du tout au tout. «J’ai eu soudainement le sentiment d’appartenir à la cause des juifs qui ont toujours été opprimés. À cette époque, j’étais mal assuré et névrosé, je souffrais de bipolarité, j’aurais sans doute pu me suicider. Et tout à coup, j’ai ressenti de la stabilité. J’ai commencé à apprendre l’hébreu, à m’intéresser à la théologie. Presque immédiatement, je suis allé faire une psychanalyse, qui a duré six ans. J’ai notamment pu mettre un terme à mon addiction au cannabis.»

Pour Gyorgy Kozma, 68 ans, découvrir l’histoire de ses ancêtres lui a permis de soigner ses névroses et ses addictions.

Juifs sans le savoir

Parmi les familles juives hongroises, de tels non-dits sont monnaie courante. Pour comprendre, il faut remonter au XIXe siècle: en 1867, dans la foulée de la création de l’Empire austro-hongrois, le nouveau gouvernement hongrois émancipe tous les juifs du territoire, qui obtiennent la quasi-égalité des droits avec les Hongrois –un régime que seule la France égale à cette époque. «De nombreux juifs ont alors fait le choix de se recenser en tant que Magyars, par conviction patriotique, mais également pour accélérer la chute du plafond de verre dont ils étaient victimes», explique Ágnes.

L’élu d’extrême droite Csanád Szegedi, habitué des saillies antisémites, apprenait ainsi être le petit-fils d’une survivante d’Auschwitz.

Puis, après la Seconde Guerre mondiale, de nombreux survivants de la Shoah enterrent eux aussi leur judéité. «D’une part, certains ont abandonné leur religion, terrifiés à l’idée que de telles atrocités puissent se reproduire. Il y avait une sorte de honte associée à leur traumatisme, jumelée au fait que personne ne voulait vraiment entendre leur histoire. Par ailleurs, de nombreux juifs se sont aussi tournés vers le communisme, y voyant le meilleur moyen d’éviter un nouveau génocide. Ils sont donc devenus résolument anticléricaux», continue l’historienne.

Conséquence: alors que selon une étude menée par le site généalogique MyHeritage en 2019, la Hongrie est le pays avec la plus forte proportion de population possédant du sang sémite derrière Israël, bon nombre de Magyars sont des juifs qui s’ignorent. Régulièrement, des personnalités font les gros titres, découvrant soudain leur ascendance juive. En 2012, l’élu d’extrême droite Csanád Szegedi, figure du parti Jobbik et habitué des saillies antisémites, apprenait ainsi être le petit-fils d’une survivante d’Auschwitz –et se convertissait au judaïsme dans la foulée.

Pour Éva Petrőczi, c’est à la naissance de son premier enfant, en 1973, qu’elle découvre ses racines juives. Écrivaine, poétesse et universitaire reconnue en Hongrie, elle raconte: «J’avais 22 ans. Pour me l’annoncer, ma mère m’a raconté que ma grand-mère Ida, qui venait de décéder, avait listé sur son lit de mort les dizaines de noms des membres de sa famille qu’elle n’avait pas pu sauver lors des rafles…», raconte-t-elle, les larmes aux yeux.

Ágnes s’assoit sur un banc devant la synagogue Dohány, pour une dernière confidence: un de ses fils dissimule ses origines à ses petits-enfants.

Pourquoi ce si long silence? «Mon père avait été fait prisonnier politique par les communistes lorsque j’avais 2 mois, et cela m’avait traumatisée. À cela s’ajoute le divorce de mes parents, lorsque j’avais 7 ans. Je crois qu’ils n’ont pas voulu m’ajouter un fardeau psychologique.» Pour elle aussi, cette nouvelle a l’effet d’un déclic: elle dédie bon nombre de ses poèmes à ses ancêtres et se passionne pour sa généalogie. En témoignent les murs de son grand appartement, remplis de portraits d’ancêtres dont elle connaît la biographie par cœur.

Éva Petrőczi, devant un portrait de son arrière-grand-mère et sa grand-mère, Ida. Sur son lit de mort, Ida faisait la liste de tous les membres de sa famille décédés en déportation.

Des tabous qui persistent

Mais là où certains explorent leurs origines en quête de réponses, d’autres préfèrent ne pas se poser de questions. Sári Gerlóczy a 13 ans lorsqu’elle apprend qu’elle est juive, par ses grands-parents: nous sommes en 1944, les Allemands viennent d’envahir la Hongrie. Issue d’une famille convertie au catholicisme, Sári est à l’abri, mais par solidarité avec leur entourage menacé, ses grands-parents décident de se lancer dans la fabrication de faux papiers: elle-même est en charge de vieillir artificiellement les documents contrefaits, et sauvera ainsi vingt-trois personnes.

«Je les frottais contre du fromage pour leur donner un air usé», se souvient-elle en souriant, paisiblement assise dans son fauteuil. Et malgré tout, Sári ne sait que peu de choses sur sa famille«Il faut demander à mon fils, lui a fait des recherches sur notre généalogie. Moi, ça ne m’intéresse pas, je déteste la religion.»

Sári Gerlóczy avait 13 ans lorsqu’elle apprit qu’elle était juive, en pleine occupation allemande. Pour autant, elle n’a jamais ressenti le besoin de partir à la recherche de ses ancêtres.

Y compris chez les plus jeunes générations, et même dans les familles engagées dans la diffusion de la mémoire juive, les tabous persistent. Une fois sortie des Archives juives, Ágnes s’assoit sur un banc devant la synagogue Dohány, pour une dernière confidence: un de ses fils dissimule ses origines à ses petits-enfants.

C’est l’historienne elle-même qui en a parlé en douce à l’aîné de 12 ans –en lui disant de ne pas le répéter. Malgré l’œuvre de sa vie, elle comprend que son fils soit réticent: «Il est fréquent que les enfants juifs se fassent harceler et agresser à l’école. C’est d’ailleurs arrivé aux miens lorsqu’ils étaient jeunes…»

Les petits-enfants d’Ágnes devront-ils découvrir leur histoire aux Archives juives?

 

[Photos de l’auteur – source : http://www.slate.fr]

 

Escrito por Halley Margon

Na madrugada da sexta-feira, 24 para 25 de junho, um grupo de umas tantas dezenas de refugiados tentou ultrapassar a barreira que impede sua entrada no paraíso: a cerca de Melilha, que no Marrocos separa a África da Espanha. A violenta repressão da polícia de fronteira deixou sobre o terreno um amontoado de corpos, não se sabe quantos feridos, e uma trintena de mortos. Nas palavras do editorial publicado pela revista Ctxt, as “imagens de feridos e detidos empilhados em um terreno baldio, cercados por policiais do país vizinho, que apenas se aproximam de seus corpos desarmados para lhes dar um golpe adicional, produzem um calafrio moral”.

Passados já quatro dias desde os eventos da sexta-feira e com todos os meios à disposição, até agora não se esclareceu quantos foram afinal os mortos, se 23, 28, 30 ou 37, tampouco como morreram. Parece não interessar. A medida da indignação está determinada não pelo número dos corpos que cobrem o chão, mas pela cor da pele e a origem dos cadáveres. Vejam as inúmeras fotografias disponíveis na internet e então perguntem-se sobre o tamanho do barulho produzido fossem aqueles mortos brancos ucranianos vítimas do carrasco Putin ao invés de pretos africanos que perderam a vida bem ali, num dos enclaves espanhóis no norte da África, a apenas 665 kms de Madri – a cidade que agora mesmo, entre 28 e 30 de junho, ironicamente está sediando a reunião de cúpula da OTAN.

A palavra crime até agora não foi vista nem aventada para referir-se ao ato ou a quem quer que seja. Ninguém foi acusado de crime contra a humanidade, crime de guerra, genocídio, matança indiscriminada – até porque aparentemente ali não há uma guerra. Trata-se apenas, nas palavras de um senhor negro numa concentração de protesto na capital espanhola, de “uma política de dissuasão, quantos mais pretos matam, menos virão”. Ao contrário, o atual presidente do Governo da Espanha e um dos paladinos da justiça humanitária europeia contra o bárbaro Vladimir Putin, Pedro Sánchez, elogiou publicamente a polícia marroquina pelo seu “extraordinário desempenho” e descreveu a operação como “bem resolvida”.

Pouco importa ao obsequioso Sánchez que a brutalidade das imagens traga inapelavelmente à memória algumas das fotografias dos campos nazistas. É preciso vê-las, ainda que nos provoque horror. Porque, sim, é o que aqueles corpos amontoados impudicamente no chão, uns sobre os outros, sem que possamos saber quem ainda possui vida, quem já não, nos obriga a recordar. Ao obsequioso Sánchez o que interessa agora é estender o tapete vermelho para receber a cúpula dos exércitos do bem e mostrar-se mais uma vez à disposição dos comandantes do show e ao diretor geral do espetáculo. Talvez valesse a pena tentar descrever o clima de euforia que toma conta dos anfitriões, mas há coisas mais graves no entorno. Quem sabe não seja suficiente repetir a manchete do El País no dia 28: Biden e Sánchez celebran su primera entrevista formal al amparo de la OTAN. Ufa! Afinal, após tantos desencontros e acenos à distância, o imperador abre sua agenda e concede uma hora inteira (sic) para receber o presidente que o recepciona.

Migrantes retidos pelas forças de segurança marroquinas junto à barreira de Melilha

História

Talvez nem todo mundo saiba, mas o território espanhol se estende até os dias atuais a esses dois pequenos enclaves situados no norte da África, Ceuta e Melilha. Os bons alunos de história no colegial se lembrarão de que a tomada de Ceuta por João, o Bastardo, rei de Portugal, em 1415, anunciou o que seria a exploração portuguesa da África. Menos de dois séculos depois, com a anexação de Portugal pela Espanha, em 1580, passou às mãos dos espanhóis. E em suas mãos permanece. Com pequenas diferenças, o mesmo se passa com Melilha. O que as torna importante no século XXI? É que são a Europa em plena África. A maneira mais fácil, portanto, de pisar em solo europeu. Não há necessidade de arriscar a vida em travessias clandestinas espremidos em barcaças precárias. Basta ultrapassar as barreiras (as vallas de Ceuta e Melilha) que foram instaladas ali para impedir sua passagem – como o Muro de Berlim, o da fronteira do México com os EUA ou o de Israel (Israeli West Bank Barrier).

A indecência da coisa (sempre há indecências adereçando esse encantando mundo próspero) está na discrepância das imagens que impregnam nossa memória recente: de um lado a dos ucranianos, milhares de ucranianos, mais de uma centena de milhar de ucranianos sendo recebidos na Espanha pelo Governo e por famílias solidárias em portos e nos aeroportos, com flores e brindes para as crianças, as mulheres, os idosos, e acalentadoras imagens cuidadosamente produzidas pelos telejornais (e esses refugiados de fato merecem essa solidariedade e essa recepção). E de outra parte, a dessas poucas centenas de pretos africanos que também refugiados das guerras intestinas que consomem seus países, e da miséria insanável e da fome que a exploração colonial lhes legou como herança, recebidos a pauladas e mortos não se sabe como (o Governo marroquino está sepultando-os em covas rasas sem providenciar a autópsia para sequer determinar a causa da morte), e tratados como bandos de alucinados selvagens pelos mesmos telejornais.

A indecência da coisa está também nessa outra declaração de Pedro Sánchez (o obsequioso Sánchez) na qual reconhece “o trabalho do governo do Marrocos em coordenação com as forças e órgãos de segurança do Estado de Espanha para tentar deter um assalto violento que precisamente o que fazia era questionar a nossa própria integridade territorial” (ainda bem que esse assalto violento contra a integridade territorial espanhola não vinha da parte dos exércitos russos).

A indecorosidade está também na própria realização dessa cúpula da organização militar do Atlântico Norte destinada a aumentar (significativamente) os gastos com armas e os orçamentos em geral dos seus exércitos (com pessoal, pesquisa bélica, instalações militares etc). Mas isso é investimento. Businnes. Uma espécie de “plano Marshall B” para alavancar a saída do buraco. Porque, como se sabe, desde muito, pelo menos desde a primeira grande guerra, e isso o sabe o império muito melhor que seus vassalos europeus, a guerra é um ótimo negócio, fomentador de lucros fabulosos e acelerador de inúmeras cadeias produtivas com altíssima concentração de capital. Muito melhor que perder tempo com refugiados africanos, com a miséria daquele subcontinente abandonado por deus e habitado apenas por pretos.

[Ilustração de Mihai Cauli a partir da foto da Association Marocaine des Droits Humains – fonte : http://www.terapiapolitica.com.br]

Mélenchon aurait-il un problème avec les Juifs ? Marc Knobel dresse la liste de quelques ambiguïtés du chef des Insoumis.

Écrit par Marc Knobel

Jean-Luc Mélenchon aurait-il un problème avec les Juifs ? Cette question peut paraître étonnante ou saugrenue et le simple fait de la poser, j’imagine, pourrait irriter ou agacer les dirigeants et les militants de la France insoumise. Pour autant, aucune question ne peut et ne doit être interdite. Surtout lorsqu’il s’agit d’observer le comportement, d’examiner les propos qui ont été tenus, les allusions, les déclarations quelquefois à l’emporte-pièce d’un homme qui joue un rôle si important dans notre vie politique et qui a concouru par ailleurs à l’élection présidentielle. Si cette question est posée et je la pose ici, c’est bien parce que certains propos tenus ont été déplacés ou maladroits, violents quelquefois. En tout cas, ces propos ont suscité de l’incompréhension, de l’inquiétude ou de la colère chez les Français de confession juive. A la rigueur, me direz-vous, peu importe, non ? Eh bien non, justement. Les Français de confession juive ne sont pas des observateurs si éloignés de la chose publique, des spectateurs asservis ou silencieux des choses qui se déroulent autour d’eux et de la manière surtout dont on parle d’eux. 

Pourquoi les Français de confession juive devraient-ils taire leur mal-être, leur questionnement, leur doute ? Pourquoi devraient-ils avaler autant de couleuvres, au moment même où mes coreligionnaires subissent cette peine, cette douleur ? Celle de l’antisémitisme. Cette frayeur, lorsque des enfants ont été assassinés parce que Juifs ou que des vieillards ont été défenestrés, parce que Juifs ? Ce dont les Français de confession juive ont intimement besoin, c’est de respect et de sécurité. Qu’on respecte ce qu’ils sont et qu’ils n’aient pas à raser les murs dans certaines banlieues de peur d’y perdre quelquefois la vie.

Je veux néanmoins rassurer mes lecteurs. On peut avoir un avis et le développer et critiquer les uns ou les autres. Pourquoi pas, après tout ? J’ai moi-même une opinion sur ce que sont les Français de confession juive, comment ils se sentent, ce qu’ils font, ne font pas, devraient faire. Par exemple, je n’aime pas l’enfermement, ce côté quelquefois ethnocentré, cette espèce de ghettoïsation et lorsque l’on oublie surtout que nous sommes porteurs de valeurs universelles. On ne vit pas exclusivement de l’entre soi. Cependant, je sais d’expérience que les Français de confession juive ne ressentent pas forcément les mêmes choses et ne les vivent pas forcément de la même manière. On peut avoir un avis, oui. On peut émettre des critiques, poser des questions. Mais, toujours le faire avec retenue et discernement.

Un autre point me tient à cœur. Je comprends bien cette difficulté et cette absurdité qu’il y a à catégoriser, à cataloguer. J’avais un professeur dans un cours à l’IEP qui prévenait ses étudiants que l’on ne peut parce que c’est commode traiter de fasciste n’importe qui, n’importe quel régime, n’importe quel homme politique. Les mots ont un sens. Par exemple, certains à gauche usent et abusent de l’expression… le gouvernement d’extrême droite en Israël. C’est être un peu à côté de la plaque. C’est une expression certes commode, mais qui ne correspond pas à la réalité. Dans un autre domaine, l’antisémitisme qui sévit aujourd’hui est suffisamment grave pour que l’on ne catégorise pas à l’excès et que l’on ne traite pas tout le monde ou n’importe qui d’antisémite.

Développons. Oui, on peut, on doit même critiquer les politiques qui sont menées au Moyen-Orient et à fortiori, en Israël, comme chez les palestiniens, d’ailleurs. Cela ne fait pas forcément de vous un antisémite. Certains de mes coreligionnaires ne seront pas d’accord avec moi, c’est leur droit. Je pense fermement que l’on peut critiquer une raison d’État, on peut et l’on doit sûrement s’élever lorsque des fautes sont commises. Et l’on doit toujours espérer que ce conflit interminable (le conflit israélo-palestinien) se résolve un jour. L’auteur de cet article est partisan de la création d’un État palestinien, parce que je ne vois pas qu’il puisse y avoir une autre solution à celle-ci. Mais, les Palestiniens doivent reconnaître aussi l’existence de l’État d’Israël et là, il y a du boulot.

Mais, les contempteurs d’Israël sont quelquefois animés par une haine inqualifiable. Il ne leur suffit pas seulement de critiquer une politique. C’est tout un pays et tout un peuple qu’ils marquent du sceau de l’infamie, qu’ils nazifient paradoxalement et jamais, jamais, Israël ne trouvera grâce à leurs yeux. Cette fixation/aversion/détestation d’Israël est un paradoxe. Dans aucun autre pays, les bonnes consciences aux géométries variables ne vouaient aux gémonies ou à la destruction totale tel ou tel autre pays, qu’Israël. Et la détestation d’Israël, telle qu’elle se répand au sein de la gauche française, me fait peur. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon procède comme Jeremy Corbyn, l’un est peut-être même le mentor de l’autre. Ils ont là un épouvantail commode qu’ils vont pouvoir utiliser, secouer et blâmer jusqu’à plus soif, par conviction ou par opportunisme en politique. Sans forcer le trait, je dirai qu’il y a toujours des voix à conquérir/à attraper lorsque l’on dit forcément du mal d’Israël, tout au moins dans certains quartiers. Par ailleurs, l’indignation ne fait pas une politique surtout lorsque l’indignation est à géométrie variable. Alors, l’un (Mélenchon) comme l’autre (Corbyn) voient-ils en Israël, le diable réincarné ? Un pays dangereux et… inutile, au fond ? Comme si, si Israël devait disparaître, tous les problèmes de la région seraient automatiquement réglés. Plus d’Al Qaïda ? Plus de Daech ? Plus de despotes ou de bouchers au pouvoir ? Plus d’attentats ? Plus de corruptions et de corrupteurs ? Plus de guerres intestines entre chiites et sunnites ? Plus de misérables ? Etc. Quelle plaisanterie que voilà.

Au fond, ces excès portent préjudice aux causes qu’ils entendent servir. À la passion, il faut la raison. À la colère, il faut le sens des choses et la retenue.

Ont-ils à ce point peur des Juifs ? Peut-être ? Je sais que cette question dérange. Ont-ils à ce point le sommeil si léger parce qu’Israël existe et le sommeil si lourd lorsque Assad massacre son propre peuple ? Plutôt que de ressasser de vieilles colères, de fortes rancœurs et d’abuser de leur bonne conscience, qu’ils cherchent plutôt ce qui est et fait l’équilibre. On peut critiquer, on ne doit pas aboyer avec les chiens. Et, s’il faut critiquer, on ne vit pas dans un monde de bisounours où il faudrait épargner certains, plutôt que d’autres. Parlez-nous un peu de l’Iran, mes chers amis, que l’on vous entende enfin. Je tends l’oreille, voyez-vous. Parlez-moi de Cuba et du Venezuela ou de la Chine, je vous écoute.

Ceci étant dit et il était important que je l’écrive, parlons donc maintenant de notre sujet.

Corbyn et l’antisémitisme au Labour

C’est un tweet dont le philosophe Bernard-Henri Lévy a le secret. Il est à la fois percutant et incisif : « Jeremy #Corbin c’est l’antisémitisme dans le Labour. Quand #Obono et #DSimonet s’affichent avec lui, c’est Jaurès qu’on réassassine ; c’est Jules Guesde qui revient[2] ; la gauche républicaine a commencé avec Dreyfus- elle finirait dupée par la #Nupes et 1 #islamogauchisme fascisant?[3] ».

Mais, à quoi donc Bernard-Henri Lévy fait-il allusion ?

Expliquons. Le 3 juin 2022, Danielle Simonnet, candidate NUPES dans la 15ème circonscription de Paris (20ème arrondissement), se fend d’un tweet joyeux qu’elle illustre par trois photographies. Dans ce tweet, on peut lire que « Danièle Obono est venue avec une figure de la gauche européenne ce soir dans le 20e, symbole de notre combat commun pour la justice sociale et écologique par-delà les frontières. Nos combats sont “for the many not the few” ! Merci @jeremycorbyn de son soutien[4] ».

Dans les photos postées, on voit la députée Danielle Obono toute guillerette, ainsi que Danielle Simonnet et une autre femme faire le V de la victoire. Elles sont en compagnie de Jeremy Corbyn, l’ancien tenant de l’aile gauche du parti travailliste, tout sourire. On est somme toute entre copains[5].

Pour rappel, Corbyn avait été à la tête du Labour, mais il fut critiqué par la suite pour sa gestion des cas d’antisémitisme au sein du parti, ainsi que pour certains propos controversés[6]Le 29 octobre 2018, Jeremy Corbyn avait même été suspendu après la publication d’un rapport officiel dévastateur, qui épinglait les hésitations et la complaisance du parti dans sa lutte contre l’antisémitisme quand il le dirigeait, entre 2015 et 2018.

L’enquête avait été menée par un organisme indépendant, la Commission des droits de l’homme et de l’égalité (EHRC). Dans ses conclusions, la commission parle « d’années d’échec à lutter contre l’antisémitisme » sous la direction de M. Corbyn et de son « manque de leadership » dans ce domaine[7]. L’EHCR avait conclu à des défaillances « inexcusables » résultant d’un « manque de volonté de s’attaquer à l’antisémitisme ». Mais, quelques semaines plus tard, Corbyn fut réintégré pour d’obscures raisons politiciennes par le comité des différends du Comité national exécutif (NEC) du Labour, l’instance dirigeante du parti[8].

Revenons-en au tweet de Danielle Simonnet.

Dès publication du tweet, sa rivale socialiste, la députée sortante Lamia El Aaraje attaque aussitôt l’insoumise : « Les masques tombent : inviter et afficher le soutien de Jeremy Corbyn, écarté du Labour Party et du groupe pour complaisance avec l’antisémitisme en Angleterre, après 1000 plaintes enregistrées par ce parti, est une honte dont est fière Danielle Simonnet [9] ». D’autres socialistes reprennent cette critique, en pleine guerre des gauches dans ce 20ème arrondissement de Paris où Lamia El Aaraje maintient sa candidature, malgré l’accord à gauche derrière Jean-Luc Mélenchon[10].

Cette polémique passerait pour anecdotique si l’insoumis lui-même ne s’était exprimé en défendant Jeremy Corbyn.

Mélenchon, Jeremy Corbyn et l’obsession israélienne

Le 13 décembre 2019, sur son blog, Jean-Luc Mélenchon exprime son avis sur la défaite historique des travaillistes, aux élections législatives de 2019.

Il dit « ne pas être étonné du terrible revers électoral du parti travailliste de Jeremy Corbyn », qui devrait selon lui « servir de leçon ». Il énumère ensuite, les « leçons » de cet échec et écrit que « Corbyn a passé son temps à se faire insulter et tirer dans le dos par une poignée de députés blairistes. Au lieu de riposter, il a composé. Il a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud (parti d’extrême-droite de Netanyahu en Israël). Au lieu de riposter, il a passé son temps à s’excuser et à donner des gages. Dans les deux cas, il a affiché une faiblesse qui a inquiété les secteurs populaires [11] ».

Ce propos suscite plusieurs observations.

1) Les Britanniques de confession juive qui, tout au long de leur vie, ont voté, adhéré, milité pour le Parti travailliste ont une conscience de gauche. Ils croient en des idéaux. Mais, depuis quelques années, certains ont vécu des situations difficiles. Ils ont été insultés ou menacés, uniquement parce qu’ils sont Juifs. D’ailleurs, près d’un millier de plaintes pour antisémitisme ont été déposées par des militants au sein du département chargé des plaintes et des conflits au Labour.

2) Ce n’est pas parce que les militants de confession juive du Labour seraient les porte-parole du Likoud en Israël (qui est un parti de droite) qu’ils ont été ainsi malmenés. Il faut une sacrée dose de culot pour distiller ainsi le doute et l’erreur. Les militants de confession juive du Labour n’ont pas attendu les prétendues consignes ou le rappel à l’ordre du grand rabbin du Royaume-Uni. Certes, Ephraïm Mirvis n’a pas mâché ses mots : « La manière dont la direction [du Labour] a traité le racisme anti-juif est incompatible avec les valeurs britanniques dont nous sommes si fiers – celles de dignité et respect pour tous », a écrit le grand rabbin dans le Times (25 novembre 2019). Mais, n’était-il pas dans son rôle de le dire ?

3)  L’article a été publié le 25 novembre 2019, seulement. Et quand bien même ? Les militants du Labour peuvent se forger leur propre opinion sans avoir à attendre que le grand rabbin exprime la sienne. Là encore, c’est insulter leur intelligence, c’est insulter leur militantisme (de gauche). Par contre, le fait que Jean-Luc Mélenchon pointe du doigt justement le grand rabbin nous intrigue. Car l’accusation est peut-être paramétrée. En tout cas, elle est posée et elle fait tache.

4) Ce n’est pas non plus de la faute des Juifs de ce pays si Jeremy Corbyn a perdu les élections, en 2019. La population juive est estimée à 300.000 personnes sur 55,98 millions d’habitants en 2018. C’est peu. Mais, Jean-Luc Mélenchon semble leur attribuer un pouvoir exponentiel qu’ils n’ont pas. Pareillement pour le Likoud en Israël. Mélenchon pense-t-il réellement que le Premier ministre israélien de l’époque pouvait influer sur quelque 40 millions d’électeurs britanniques ? Seuls les complotistes voient chaque jour en chaque chose le poids des sionistes, d’Israël et des Juifs.

5) Si Jeremy Corbyn perd les élections, il le doit à lui-même. Il le doit à ses déficiences, ses incohérences, son incompétence et au fait que le Labour est rouillé de l’intérieur, il prend l’eau. La question essentielle en Angleterre a été celle du Brexit. Et non, celle de l’antisémitisme au Labour, même s’il est dénoncé par la presse, par des associations et, il est vrai, par les conservateurs britanniques. Mais, pour ces derniers, c’est de bonne guerre, n’est-ce pas ? Les indécisions de Jeremy Corbyn par rapport à ce sujet, expliquent sa défaite. Le Labour est un parti vieillissant d’une gauche à bout de souffle comme le sont aujourd’hui de nombreuses gauches, partout ailleurs dans le monde. Serait-ce aussi de la faute d’Israël et/ou des Juifs ?

« Ici c’est la Seine, ce n’est pas le Jourdain » 

Depuis quelques années, l’Insoumis froisse, tantôt en déplorant les dérives d’un certain communautarisme (plutôt qu’un autre), tantôt en diabolisant Israël. Ces réparties et ces attaques sont souvent catégoriques, agressives, rapides, nerveuses, violentes.

Prenons deux exemples qui nous paraissent significatifs.

17 décembre 2017, sur Europe 1. 
Jean-Luc Mélenchon déclare que « tous les Français, quelles que soient leur religion ou leur culture, doivent épouser le point de vue de la patrie sur ce sujet (ndlr, le conflit israélo-palestinien) ». « La condition pour que l’on vive bien en France, c’est de ne pas importer les conflits qui arrivent de l’extérieur. Ici c’est la Seine, ce n’est pas le Jourdain. On n’a aucune raison de se taper dessus pour une histoire qui est déjà assez embrouillée comme ça. Evidemment que ça vaut pour tout le monde », déclare-t-il. La comparaison est douteuse, elle est même blessante. Pourquoi parle-t-il du Jourdain ? Et quid des musulmans ou de Français et/ou d’immigrés provenant du Maghreb qui défendent la cause palestinienne ou s’identifient à elle ? Aurait-il utilisé une comparaison aussi déplacée, les renvoyant à Alger ?

24 août 2014 à l’université d’été du Parti de Gauche, à Grenoble. 
Jean-Luc Mélenchon chauffe la salle, le tribun est en pleine forme. Tous les sujets sont évoqués. Mais, à la trentième minute, il se met à parler de politique étrangère. Et, comme à son habitude, deux seuls pays ont la vedette, les États-Unis d’abord et Israël, ensuite. Pourtant, les sujets ne manquent pas. Pourtant, il eût été possible de parler de différents conflits, de différents pays, de s’en prendre à tel ou tel gouvernement ou politique, de désigner la Corée du Nord, la Chine, le Pakistan… Eh bien, non.

Il commence donc par prévenir que cela va mal se finir en Europe[12]. « Parce que le risque de guerre généralisée en Europe existe du fait de l’irresponsabilité habituelle de la politique agressive des États-Unis qui ont étendu l’OTAN et son armada jusqu’aux frontières de la Russie et s’étonnent que celle-ci ne se laisse pas faire, provoquant une escalade que l’on avait pas connu du temps de l’URSS … Faut-il être stupide pour aller soutenir un gouvernement dans lequel il y a des nazis, c’est une aberration. Non, ce n’est pas la politique de la France de faire ça[13] ».  Il enfonce le clou : « Nous sommes contre les néonazis dans les gouvernements[14] ». Étrange coïncidence, car justement, à Moscou, Poutine affirme combattre les néonazis en Ukraine.

Il en vient tout de suite après à parler de Gaza[15] et à s’indigner du sort tragique dont les gazaouis sont les victimes. Il pointe du doigt les responsabilités israéliennes, on le sent en colère et il est ému. Mais, curieusement, il n’a pas un mot, pas une phrase cependant pour condamner le Hamas qui dirige et domine cette bande de terre. Le Hamas n’existe pas ? Les exactions et les crimes perpétrés par le Hamas ne méritent pas une virgule ? 

Puis, il dit alors que les valeurs de la France « sont que nous sommes toujours du côté du faible et de l’humilié parce que nos valeurs, c’est liberté, égalité et fraternité. Pas la paix aux uns, la guerre aux autres. Nous ne croyons pas aux peuples supérieurs aux autres[16] ».

Cette phrase choque. Elle fait probablement référence à une déclaration du général de Gaulle. Interrogé le 27 novembre 1967 sur la situation au Proche-Orient. Le président vint alors à déclarer que beaucoup se demandaient si « les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur. » En son temps, cette déclaration eut un fort retentissement au sein de la société israélienne, des Juifs de France et aussi des nombreux politiciens ou sympathisants de la cause de l’État hébreu. Parmi ces réactions on peut noter un dessin de Tim dans Le Monde du 3-4 décembre 1967, représentant un déporté juif, décharné, portant l’étoile jaune, avec la main dans sa chemise à la manière de Napoléon, et le sous-titre « Sûr de lui-même et dominateur. »

Puis, Jean-Luc Mélenchon poursuit son discours : « Si nous avons quelque chose à dénoncer c’est ceux de nos compatriotes qui ont crû, bien inspirés, d’aller manifester devant l’ambassade d’un pays étranger ou d’aller servir sous ses couleurs les armes à la main. Si nous avons quelque chose à dénoncer c’est cela. La France a le devoir de militer pour la paix. Elle doit s’engager de toute sa force pour la paix. Nous ne baisserons pas les yeux ».

Jean-Luc Mélenchon fait ici allusion à une manifestation de solidarité qui venait de se tenir à Paris. Elle avait été organisée par différentes institutions juives, pour soutenir Israël qui, depuis 7 ans, était bombardé presque quotidiennement par les missiles du Hamas. Manifestation où, soit dit en passant, une minute de silence pour les victimes palestiniennes et israéliennes avait été observée. Ajoutons cette précision donnée par le journaliste Frédéric Haziza : « Quant aux soldats franco-israéliens. Ils ne s’enrôlent au sein de Tsahal qu’après avoir acquis la nationalité israélienne et non pas, comme d’autres, avec l’objectif d’aller combattre au nom du jihad dans un pays étranger, éventuellement contre l’armée française, pour revenir ensuite en France commettre d’autres crimes[17] ».

Dernier point. Lors de son allocution, Jean-Luc Mélenchon affirme que les manifestants anti-israéliens ont su « se tenir digne et incarner mieux que personne les valeurs fondatrices de la République française ». En effet, face au conflit israélo-palestinien, chacun éprouve de l’empathie pour telle ou telle cause et des manifestations ont lieu. Mais elles sont, le plus souvent, organisées par les militants ou les sympathisants de la cause propalestinienne. Si la majorité d’entre elles ne provoque pas de trouble, la tension est cependant presque toujours palpable dans les cortèges (cris, hurlements…), depuis l’année 2000. Dans ces manifestations, les slogans les plus outranciers sont scandés. Mais il y a aussi ces cris de « Mort aux Juifs », des étoiles de David identifiées sur les banderoles à la croix gammée et ces maquettes de roquettes Qassam brandies par les militants cagoulés[18].

Or, en cet été brûlant de l’année 2014, la violence antisémite était bien présente et elle s’exprimait et s’exerçait tant à Paris, qu’à Sarcelles. Mélenchon le sait. Pourquoi ne dénonce-t-il pas ses violences inadmissibles ?

Prenons quelques exemples.

  • Dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 juillet 2014, un cocktail Molotov est lancé contre la synagogue d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.
  • Le 13 juillet 2014, à Paris, rue de la Roquette. Une centaine de jeunes, portant pour beaucoup les couleurs du Hamas ou le drapeau palestinien, tente d’attaquer et d’investir la synagogue qui se trouve dans cette rue, avec une violence inouïe, mais ils ont été repoussés par les CRS présents sur place.
  • Le 19 juillet, malgré l’interdiction, des centaines de personnes se rassemblent à Barbès, très encadrées par les forces de l’ordre. Peu avant 16 heures, la manifestation commence à dégénérer, faisant fuir une partie des militants. D’autres ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. En fin de journée, une vingtaine de manifestants, certains portent le drapeau palestinien sur les épaules, jettent encore sur les forces mobiles de grosses pierres récupérées sur un chantier. D’autres cassent un trottoir pour récupérer des pavés. Selon une source policière, 38 personnes sont interpellées pour jets de projectiles, violences contre les forces de l’ordre et outrage. Dix-sept policiers et gendarmes sont blessés. Plus tard, 19 personnes sont placées en garde à vue. Elles sont soupçonnées de violences aggravées (en réunion ou avec arme) sur personne dépositaire de l’autorité publique, outrages, rébellion, dégradations aggravées ou encore participation à un attroupement.
  • Que dire également des violences qui ont ravagé la ville de Sarcelles ? Voitures incendiées, mobilier urbain saccagé, magasins pillés. La situation dégénère aux abords de la synagogue de l’avenue Paul Valéry. Des cocktails Molotov et des fumigènes ont été lancés en direction du lieu de culte protégé par les policiers[19].

Jésus, la croix et ses propres compatriotes

15 Juillet 2020. Mélenchon est sur le plateau de BFMTV. Alors que la journaliste Apolline De Malherbe lui demande si « les forces de l’ordre devaient être comme Jésus sur la croix et ne pas répliquer » lors de manifestations, la réponse du chef des Insoumis est particulièrement cinglante : « Je ne sais pas si Jésus était sur la croix, je sais qui l’y a mis, paraît-il. Ce sont ses propres compatriotes ».

Une phrase distillée comme du venin, qui va provoquer une intense émotion. Pourquoi Jean-Luc Mélenchon dont nous savons qu’il est un homme instruit et un intellectuel se permet-il de prononcer une phrase aussi dénuée de sens et assassine que celle-ci ? C’est la vieille rengaine du déicide, que voilà. Une vieille folie qui a été colportée par les intégristes et l’extrême droite, généralement. À quoi joue-t-il donc, là ?

Dès qu’elle en a connaissance, l’Amitié Judéo-Chrétienne de France se fend d’un communiqué de presse. « Faut-il rappeler à M. Mélenchon que, comme le rapportent les évangiles, les juifs alors sous occupation romaine n’avaient pas le droit de condamner quelqu’un à mort, cette décision étant réservée au seul gouverneur romain  (cf Jean, 18, 30) ? Et que de pareils propos contredisent les mêmes évangiles, où il est précisé que ce sont des notables et des chefs du peuple qui ont souhaité cette condamnation, et non tous les juifs, ni même tous les habitants de Jérusalem, comme l’affirme M. Mélenchon en dénonçant « les compatriotes de Jésus » ? Cette thèse ancienne de la responsabilité du peuple juif dans la mort de Jésus, rejetée depuis des décennies par tous les historiens et exégètes et condamnée par l’ensemble des Églises, a donné naissance, on le sait, à un antijudaïsme mortifère et à un antisémitisme dont l’aboutissement fut la Shoah. Il est bien triste qu’un homme politique, leader d’un parti important de notre république, soit si mal informé et continue à répéter de semblables accusations[20] ».

Conclusion provisoire

Ce sont là quelques exemples, nous aurions pu en donner d’autres. Ce sont là quelques ambiguïtés, ce sont là quelques mots inutiles, ce sont là quelques ignorances, ce sont là quelques fautes, ce sont là quelques bassesses. Jean-Luc Mélenchon s’étonne qu’il y ait une telle incompréhension entre les Français de confession juive et lui-même. Je m’étonne qu’il s’en étonne. On ne récolte que ce que l’on sème. Probablement, Jean-Luc Mélenchon pense-t-il que la politique c’est comme un punching ball. On peut tout se permettre et taper jusqu’à plus soif au nom de quelques convictions.

Par exemple de proclamer dans un tweet incendiaire que « la police tue », sans savoir au fond et sans attendre qu’une enquête ait lieu et de généraliser ainsi et à l’excès, pour discréditer toute une profession et les policiers, qui sont malmenés, par ailleurs. Par exemple de proclamer que « nous sommes contre les néo-nazis dans les gouvernements  », en devenant ce faisant comme un perroquet de Vladimir Poutine. Où sont d’ailleurs les néonazis? Par exemple de dire que ce sont « ces propres compatriotes » qui ont mis Jésus sur la croix.

il y a cette agressivité, cette impulsivité, cette férocité, pour ne pas dire, cette brutalité. Mélenchon est une sorte de cocotte-minute, prête à exploser et toute en ébullition. Il me donne l’impression qu’il ne peut se contenir et parce qu’il ne peut se contenir, il en devient sa propre caricature. Comme le disait avec justesse Bernard-Henri Lévy : « Cet homme, parti pour incarner le meilleur de l’esprit républicain, a décidé de se mettre à son compte et de devenir, ce faisant, le premier dans la décrépitude de son art politique[21] ».

Et, dans le domaine de l’antisémitisme, qu’il fasse amende honorable. Dans ce domaine, il n’est plus qu’une vilaine caricature blessante et humiliante.


Marc Knobel est historien, il a publié en 2012, l’Internet de la haine (Berg International, 184 pages). Il publie chez Hermann en 2021, Cyberhaine. Propagande, antisémitisme sur Internet.


[2] Pendant longtemps, Jules Guesde a croisé le fer à de nombreuses reprises contre Jean Jaurès, notamment sur la caractérisation de la République. Il a été hostile à la défense du capitaine Alfred Dreyfus, là où Jean Jaurès a été un ardent dreyfusard. Voir à ce sujet Jean-Numa Ducange, Jules Guesde, anti Jaurès ?, Armand Colin, 2017.

[3] https://twitter.com/BHL/status/1533692656672509953

[4] https://twitter.com/Simonnet2/status/1532813879775985665

[5] Voir l’excellent décryptage de cette rencontre dans Le Canard enchaîné du 8 juin 2022, « Avoir un bon copain ».

[6] En 2009, par exemple, dans un discours qu’il prononce devant l’association Stop the war coalition, Jeremy Corbyn décrit les membres du Hamas, le groupe islamiste qui contrôle Gaza et ceux du Hezbollah, la milice chiite libanaise soutenue par l’Iran, comme des « amis ». Des mots qu’il regrettera par la suite. Lors d’une conférence organisée à Doha en 2012, il assiste à une conférence avec Khaled Mashal, alors chef du Hamas. Husam Badran, le chef de l’aile militaire du Hamas, participe également à cette conférence. Dans son édition du 23 mars 2018, le Daily Mail exhume des photos datant de 2014, où Jeremy Corbyn se recueille devant les tombes des auteurs du massacre de 11 athlètes israéliens, en septembre 1972, lors des Jeux olympiques de Munich. Corbyn y dépose notamment une gerbe de fleurs. Lors de la polémique, il s’était défendu en déclarant qu’il avait plutôt rendu hommage aux 47 Palestiniens tués lors de l’attaque aérienne israélienne sur la base de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en 1985, à Hammam Chatt. Dans une publication sur Facebook en 2012 et au nom de la liberté d’expression, Corbyn offre son soutien à l’artiste de rue Mear One, basé à Los Angeles, dont une peinture murale avait défrayé la chronique. La peinture murale, qui a ensuite été effacée, montrait plusieurs banquiers apparemment juifs jouant à un jeu de Monopoly, leur table reposant sur le dos nu et courbé de plusieurs travailleurs.

[7] Eric Albert, « Royaume-Uni : le « jour de honte » du Labour après un rapport sévère sur l’antisémitisme au sein du parti », Le Monde, 30 octobre 2020.

[8] Le Monde, « Jeremy Corbyn, ancien chef du Labour, réintégré à son parti après l’affaire du rapport sur l’antisémitisme », 18 novembre 2020.

[9] https://twitter.com/lamiaela/status/1533037371050102784?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1533037371050102784%7Ctwgr%5E%7Ctwcon%5Es1_&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.huffingtonpost.fr%2Fentry%2Flegislatives-deux-candidates-lfi-critiquees-pour-safficher-avec-jeremy-corbyn_fr_629bad86e4b05fe694f5186c

[10] AFP, « Législatives: deux candidates LFI critiquées pour s’afficher avec Jeremy Corbyn », 4 juin 2022.

[11] https://melenchon.fr/2019/12/13/corbyn-la-synthese-mene-au-desastre/

[12] http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/08/24/2017-sera-une-insurrection/ A partir de la 32ème minute.

[13]Soulignons qu’en 2014, Jean-Luc Mélenchon parle plusieurs fois des « nazis » ou des « néonazis » qui auraient « une influence » au sein du pouvoir ukrainien ». Voir à ce sujet Marc Knobel, « Mélenchon et ses complaisances vénézuéliennes, cubaines, chinoises et russes », La règle du jeu, 17 mars 2022.

[14] http://www.jean-luc-melenchon.fr/2014/08/24/2017-sera-une-insurrection/ 33mn 30.

[15] Idem, à la 34ème minute.

[16] Voir à ce sujet François Heilbronn, « Mélenchon, les Juifs et le ‘peuple supérieur’ », La Règle du Jeu, 16 avril 2017

[17] Frédéric Haziza, « De discours en discours, Mélenchon n’en finit pas de surfer sur la vague du populisme », L’Obs, 26 août 2014.

[18] Voir à ce sujet Marc Knobel, « En 2009 et 2014, lorsque les manifestations propalestiniennes ont dégénéré », La Règle du jeu, 14 mai 2021.

[19] Voir à ce sujet :https://www.huffingtonpost.fr/marc-knobel/violence-manifestations-pro-palestiniennes_b_5602485.html
https://www.huffingtonpost.fr/marc-knobel/antisemitisme-en-frace_b_5676361.html
https://www.huffingtonpost.fr/marc-knobel/les-juifs-de-france-ne-vous-en-deplaise_b_5729446.html

[20] https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/communiques-de-presse-conference-des-eveques-de-france/502327-lamitie-judeo-chretienne-de-france-deplore-propos-tenus-m-melenchon/

[21] Bernard-Henri Lévy, « Qu’est-ce qui fait courir Jean-Luc Mélenchon ? », Le Point, 29 mars 2017.

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

Por décadas, projetos de integração regional guiaram-se por lógica de mercado e grandes obras. Virada cognitiva que supere neoliberalismo e, também, mitos desenvolvimentistas é crucial, com políticas culturais e a beleza das diferenças

Escrito por VALÉRIA TEIXEIRA GRAZIANO

Dia Mundial da Diversidade Cultural para o Diálogo e o Desenvolvimento, celebrado em 21 de maio, foi criado há exatos vinte anos pela Organização das Nações Unidas (ONU), após a aprovação da Declaração Universal sobre Diversidade Cultural em 2001. Desde então, a diversidade cultural consolidou-se como princípio orientador dos discursos e instrumentos políticos que conformam a nova arquitetura de governança global.

Mas, se a diversidade cultural ganhou centralidade nos discursos políticos e nos projetos de cooperação internacional de organismos multilaterais ao longo das duas últimas décadas, a garantia dos direitos culturais avançou a passos lentos e as ameaças às culturas e aos povos historicamente subalternizados continuaram a multiplicar-se. Desse modo, é preciso problematizar como tais discursos celebratórios da diversidade cultural – frequentemente reproduzidos pela disciplina das Relações Internacionais –, são articulados pelas elites globais, resultando no apagamento das relações assimétricas de poder, na negação da diferença e no ocultamento da colonialidade, convertendo-se em um componente fundamental do capitalismo global.

No âmbito da integração latino-americana, embora a diversidade cultural tenha sido incorporada nos anos 2000 como princípio orientador de projetos regionais nas mais distintas áreas, a reprodução de um modelo de desenvolvimento baseado na noção de progresso econômico e na exploração infinita da natureza e da vida resultou em continuadas violências contra povos indígenas, camponeses e comunidades tradicionais e, consequentemente, em graves ameaças à diversidade das culturas da região.

Assim, neste vigésimo aniversário de criação da data que celebra a diversidade cultural, propõe-se neste artigo uma reflexão sobre a relação entre diversidade cultural, direitos culturais e descolonização da integração regional latino-americana. A partir da problematização dos limites e contradições que permeiam os discursos hegemônicos da diversidade cultural, pretende-se contribuir para a imaginação de caminhos de rearticulação contra-hegemônica da diversidade cultural enquanto fundamento das lutas dos diversos povos da região e de projetos de integração regional alternativos e emancipadores, desde saberes e experiências outras, locais e comunitárias.

Na América do Sul, a retomada da agenda de políticas culturais na virada do século XXI, depois de seu relativo abandono na década de 1980, relaciona-se à emergência do debate sobre as ameaças que representavam para a diversidade cultural as propostas que ganhavam força no âmbito da Organização Mundial do Comércio (OMC) relacionadas à liberalização total do comércio internacional (BAYARDO GARCÍA, 2010). Em 2002, o tema da diversidade cultural aparece, pela primeira vez, nos pronunciamentos dos presidentes do Mercosul (MERCOSUL/CMC/ATA 02/ANEXO 2/2002) e, desde então, as autoridades políticas do bloco reiteraram o posicionamento favorável à aprovação de uma convenção relativa à proteção da diversidade cultural. É neste contexto de acirradas disputas no campo do comércio internacional que foi aprovada, em 2005, a Convenção da Unesco sobre a Proteção e Promoção da Diversidade das Expressões Culturais, segundo a qual “os bens e serviços culturais comunicam identidades, valores e significados e, por isso, não podem ser considerados meras mercadorias ou bens de consumo quaisquer” (UNESCO, 2005).

A agenda de políticas culturais voltadas à diversidade cultural no âmbito dos projetos de integração foi reforçada, ademais, pela nova gramática política que se configurou na região a partir do chamado ciclo progressista latino-americano (2003-2015). Ao destacarem o papel do Estado em seus projetos de desenvolvimento, os novos governos eleitos na primeira década dos anos 2000 ampliaram as agendas políticas e sociais regionais, dando origem à uma nova etapa na integração regional que ficou conhecida como regionalismo pós-liberal ou pós-hegemônico (SANAHUJA, 2009; LO BRUTTO; CRIVELLI, 2019). Este novo cenário político regional, somado à consolidação da cultura como campo autônomo na política internacional e ao destaque que ganhava o tema da proteção da diversidade cultural nas negociações multilaterais, levou ao fortalecimento da agenda da cultura no Mercosul.

Ressalta-se que a articulação suscitada por tais disputadas no âmbito da OMC não só fortaleceu a posição regional em defesa da aprovação do novo instrumento internacional, mas também influenciou, de maneira significativa, os rumos das negociações da Convenção no âmbito da UNESCO. Após sua aprovação, a cooperação multilateral regional contribuiu, ademais, para o processo de implementação do novo tratado internacional pelos Estados sul-americanos. Em 2012, a Reunião de Ministros da Cultura (RMC) criou a Comissão da Diversidade Cultural (MERCOSUL/CMC/DEC. Nº 15/12), âmbito especializado que contribuiu para a construção de uma diplomacia cultural regional a partir da coordenação de posições no âmbito do Comitê Intergovernamental da Convenção da UNESCO, fortalecendo a defesa dos interesses regionais no campo das políticas culturais.

Contudo, a predominância de uma visão limitada sobre o lugar da cultura nas políticas de desenvolvimento e integração regional resultou, na prática, na ausência de investimentos e na contínua invisibilidade da cultura nas políticas públicas nacionais e nos projetos regionais, mesmo em iniciativas transversais de órgãos voltados às áreas sociais e de direitos humanos do Mercosul. Assim, embora a diversidade cultural tenha sido incorporada como princípio orientador nos discursos políticos do bloco e o Mercosul Cultural tenha logrado consolidar-se como espaço relevante de cooperação cultural regional durante o ciclo progressista latino-americano, os avanços limitaram-se à agenda de políticas culturais adotada pela RMC, e a cultura seguiu ausente, na prática, dos projetos estratégicos e prioritários de desenvolvimento regional.

A não ruptura com o modelo de desenvolvimento historicamente adotado pelo bloco e a incorporação acrítica de discursos e concepções hegemônicas que permeiam a cooperação internacional resultaram na reprodução do padrão de poder colonial e na continuidade da exclusão dos povos, saberes e cosmovisões diversos dos projetos de integração. Dessa forma, “sem questionar as noções de progresso e de crescimento econômico infinito sob a qual se reproduz o mito do desenvolvimento, o MERCOSUL seguiu reproduzindo um modelo civilizatório excludente e insustentável” (GRAZIANO; CAIXETA, 2021). Por isso, como argumenta Escobar (2013), é preciso compreender o desenvolvimento tanto como um projeto econômico (capitalista e imperial) quanto cultural. Criado a partir de uma experiência particular da modernidade ocidental europeia, o paradigma do desenvolvimento subordina as demais culturas e conhecimentos e resulta na destruição da diversidade humana e natural.

Edgardo Lander (2019) lembra que o processo de integração regional que mais avançou na América do Sul neste período representa claramente tais limites e contradições: a iniciativa para a Integração da Infraestrutura Regional Sul-Americana (IIRSA), projeto de desenvolvimento baseado no financiamento de grandes obras de infraestrutura física que, segundo o autor, levou ao aprofundamento de um tipo de integração subordinada e colonial na divisão internacional do trabalho e acelerou a apropriação de territórios indígenas e camponeses, assim como os processos massivos de destruição ambiental.

O autor ressalta, ainda, que embora a IIRSA e a União de Nações Sul-Americanas (UNASUL) tenham nascido em diferentes contextos geopolíticos e com objetivos divergentes, baseados em concepções distintas de desenvolvimento regional, a criação do Conselho Sul-Americano de Infraestrutura e Planejamento (COSIPLAN) da UNASUL acabou por dar continuidade ao projeto da IIRSA. Lander (2019, p. 104) explica que “la tensión entre esos dos programas de futuro para el continente, el desarrollista/extractivista de carácter neoliberal representado por el IIRSA, y el de ruptura radical en dirección al buen vivir, el reconocimiento de los derechos de la naturaleza y la interculturalidad, lo resuelve Unasur, más allá de sus discursos y declaraciones de principios, por la vía de los hechos, a favor del primero”.

Como resultado, tais empreendimentos de integração regional, que partem de uma lógica de “vazios demográficos” (PORTO-GONÇALVES; QUENTAL, 2012), resultaram no aumento de violências contra indígenas, camponeses e comunidades tradicionais, bem como na expulsão forçada desses povos de seus territórios. Como discutido em artigo anterior para o ODR, a atual negociação do acordo Mercosul-União Europeia é uma clara expressão dessa lógica e ignora os prováveis impactos que sua entrada em vigor terá para os povos indígenas e para a diversidade cultural e natural da região. Embora a temática dos direitos indígenas tenha sido introduzida na agenda do bloco, “na prática, pouco se avançou com relação à proteção e promoção dos direitos indígenas, e menos ainda com relação à participação dos povos indígenas nos processos decisórios do MERCOSUL” (GRAZIANO, 2021).

Desse modo, pode-se afirmar que a ampliação da agenda de direitos humanos do Mercosul a partir da racionalidade moderna eurocêntrica do desenvolvimento não resultou em avanços concretos no que diz respeito à garantia dos direitos culturais e à proteção da diversidade cultural. Isso se reflete, por exemplo, na ausência de uma estratégia integradora e transversal do Instituto de Políticas Públicas em Direitos Humanos (IPPDH), criado em 2009, cuja agenda se desenvolve de maneira paralela e, em geral, distanciada de instâncias como a Reunião de Autoridades sobre Povos indígenas (RAPIM), a Reunião de Ministros e Altas Autoridades sobre os Direitos dos Afrodescendentes (RAFRO) e a Reunião de Ministros da Cultura (RMC). Como resultado, destaca-se a ausência do tema dos direitos culturais nos projetos desenvolvidos pelo IPPDH, assim como de discussões aprofundadas sobre direitos coletivos e integração regional.

Considerando que a efetivação dos direitos culturais passa justamente pelo direito dos povos ancestrais e comunidades tradicionais de habitarem seus territórios, as políticas para proteção e promoção da diversidade cultural devem incluir, necessariamente, temas como autonomia, autodeterminação, plurinacionalidade e direitos indígenas. Por isso, a concretização dos direitos culturais e a proteção da diversidade cultural precisam ser pensadas para além do debate restrito ao campo das políticas culturais. É urgente, ademais, romper com a própria lógica que separa cultura e natureza para que seja possível, de fato, imaginar caminhos para a proteção e promoção da diversidade cultural e para construir alternativas de integração regional para além da noção hegemônica de desenvolvimento.

Como ressaltam Porto-Gonçalves e Quental (2012), “a defesa das culturas em sua diversidade implica a defesa das suas condições naturais de existência com as quais desenvolveram valores que dão sentidos às suas práticas, daí a tríade território-territorialidade-territorialização vir adquirindo centralidade”. É por este motivo, segundo os autores, que a luta travada por camponeses, indígenas e afro-americanos em torno da politização do conceito de território adquire sentidos mais amplos.

Desse modo, como propõe Walsh (2012), as articulações realizadas por esses grupos étnico-culturais devem ser entendidas não apenas como lutas identitárias, mas como lutas cognitivas, entre posições hegemônicas e subalternas relacionadas com formas diversas de entender o mundo e produzir conhecimento, as quais levam ao “cuestionamiento radical de las bases estructurales de la supuesta democracia, la ruptura irreversible con las concepciones monoculturales y excluyentes, y el sembrío estratégico de perspectivas, desde lo indígena, que interpelan y articulan otros sectores de la sociedad” (WALSH, 2012, p. 29). Assim, é justamente desde a diversidade e a diferença que esses movimentos reivindicam o direito de existirem e habitarem outros mundos.

É neste sentido que Vich (2014, p. 98) chama a atenção para a necessidade de desculturizar a cultura para compreendê-la como um novo poder e, sobretudo, “para comenzar a tomar el poder desde la cultura”. O autor propõe que, “contra toda la maquinaria actual de un saber tecnocrático que desliga lo cultural de lo político y lo político de lo económico”, deve-se estrategicamente “simbolizar lo político, democratizar lo simbólico”, de maneira a romper com a esferização do mundo e retomar a proposta de Raymond Willians de constituição de um processo social total (VICH, 2014, p. 98). A partir disso, a cultura pode ser apropriada como uma trama “donde se producen disputas cruciales sobre las desigualdades, sus legitimidades y las posibilidades de transformación” (VICH, 2014, p. 41).

Essa compreensão da cultura como trama é fundamental para a imaginação de alternativas ao desenvolvimento e à integração regional tal como tem sido construída desde o nível estatal, que sejam capazes de abarcar a proteção e a promoção da diversidade cultural em toda a sua complexidade e, assim, abrir caminhos para a produção de novas representações simbólicas, identitárias e sociais. Se a modernidade eurocêntrica compartimentalizou o saber e a política, a construção de uma estratégia de integração regional contra-hegemônica deve partir justamente da compreensão de que a cultura é constitutiva e inseparável dos campos políticos e econômicos.

Por isso, neste contexto de celebração do Dia Mundial da Diversidade Cultural para o Diálogo e o Desenvolvimento, propõe-se refletir criticamente acerca do discurso sobre a diversidade cultural que permeia os projetos de integração regional na América Latina, de maneira a aprofundar o debate sobre a proteção da diversidade cultural desde sua articulação com os direitos culturais e desde os saberes e práticas locais dos diversos povos da região, incluindo suas experiências coletivas e comunitárias de construção de redes de solidariedade transnacional. Neste sentido, é preciso reconhecer a centralidade da cultura e da diversidade cultural para a construção de uma outra integração latino-americana possível e de outros mundos possíveis.

Referências:

BAYARDO GARCÍA, Rubén. Políticas culturales y derechos: entre la retórica y la realidad. RIPS. Revista de Investigaciones Políticas y Sociológicas, vol. 9, núm. 2, 2010, pp. 55-64. Universidad de Santiago de Compostela: Santiago de Compostela, España.

ESCOBAR, A. Una minga para el postdesarrollo: Lugar, medio ambiente y movimientos sociales en las transformaciones globales. Bogotá: Ediciones desde Abajo, 2013.

GRAZIANO, Valéria T. A invisibilidade dos povos indígenas no Acordo MERCOSUL-União Europeia e a colonialidade do poder na integração regional sul-americana. Observatório de Regionalismo, 2021. Disponível em: http://observatorio.repri.org/2021/10/26/a-invisibilidade-dos-povos-indigenas-no-acordo-mercosul-uniao-europeia-e-a-colonialidade-do-poder-na-integracao-regional-sul-americana/. Acesso em: 20 de maio de 2021.

GRAZIANO, Valéria T.; CAIXETA, Marina B. A Cooperação Sul-Sul no MERCOSUL: um caminho para a integração regional autônoma. Brazilian Journal of International Relations, v. 10, p. 161-194, 2021.

LANDER, Edgardo. Crisis civilizatoria: Experiencias de los gobiernos progresistas y debates en la izquierda latinoamericana. Callas; Universidad de Guadalajara: Alemanha, 2019.

LO BRUTTO, G; CRIVELLI, E. El panorama actual de la integración regional en América Latina. In: KERN, A. et al. La cooperación Sur-Sur en América Latina y el Caribe: balance de una década (2008-2018). Ciudad Autónoma de Buenos Aires: CLACSO, 2019.

MERCOSUL. MERCOSUL/CMC/ATA 02/ANEXO 2/2002. Brasília, 2002.

MERCOSUL. MERCOSUL/CMC/DEC. Nº 15/12. Mendoza, 2012.

PORTO-GONÇALVES, Carlos Walter; QUENTAL, Pedro de Araújo. Colonialidade do poder e os desafios da integração regional na América Latina. Polis Revista Latinoamericana, 31, 2012, online.

SANAHUJA, J. A. Del “regionalismo abierto” al “regionalismo post-liberal”. Crisis y cambio en la integración regional en América Latina. Anuario de La Integración Regional de América Latina y el Gran Caribe, 2009.

UNESCO. Convenção da Unesco sobre a Proteção e Promoção da Diversidade das Expressões Culturais. Paris, 2005.

VICH, Victor. Desculturizar la cultura: La gestión cultural como forma de acción política. Buenos Aires: Siglo Veintiuno Editores, 2014.

WALSH, Catherine. Interculturalidad crítica y (de)colonialidad: Ensaios desde Abya Yala. Serie Pensamiento decolonial. Quito: Ediciones Abya Yala, 2012.

[Fonte: http://www.observatorio.repri.org]

Retour sur la tragique histoire familiale de la Première ministre. Un passé dont elle parle peu mais qu’elle garde en mémoire et qui lui sert sans doute de guide.

Portrait des quatre enfants de Zelig Bornstein: Léon (l'aîné), Isaac, Joseph et Albert.

Les quatre enfants de Zelig Bornstein : Léon (l’aîné), Isaac, Joseph et Albert. Ils seront tous les quatre déportés. Joseph et Isaac survivront, pas les deux autres. Joseph est le père d’Elisabeth Borne qui a été nommée première ministre. Archives du Mémorial de la Shoah.

 

Écrit par Frédéric Haziza

Orpheline à 11 ans, pupille de la Nation, boursière, Elisabeth Borne se réfugie dans les sciences et les mathématiques à la mort de son père. Elle trouve dans les maths « quelque chose d’assez rassurant, d’assez rationnel ».

Une manière pour elle de se reconstruire, de se construire. Suivent neuf années de travail, d’efforts, d’abnégation, de volonté. En 1981, à 20 ans, elle est reçue à Polytechnique et parallèlement major à l’École normale supérieure. Elle choisit d’intégrer l’X. Sans doute en mémoire de son père résistant. Ce jour-là, sa mère accueille la réussite de sa fille en pleurant, en disant que son mari aurait été « si fier ».

« Quand on a un parcours de vie difficile, expliquera Elisabeth Borne le 19 mai aux Mureaux devant les membres d’associations et du conseil municipal des jeunes de la ville, ce qui est mon cas, et qu’il vous arrive des évènements pas très agréables dans votre vie personnelle, les sciences et les choses logiques ont un côté rassurant. Cela m’a attiré. En m’accrochant, j’ai intégré une école. Cela m’a été bien utile car j’étais payée par cette école, Polytechnique, et cela m’a permis de payer mes études ». Au centre de ce premier déplacement de Première ministre, le thème de l’égalité des chances choisi par Elisabeth Borne pour donner de l’espoir aux jeunes et singulièrement aux filles n’osant pas « aller au bout de leurs rêves ». Un déplacement qui la renvoie aussi quelque part à sa jeunesse fracassée.

En 1978, BAC scientifique en poche, bien qu’acceptée en Math sup à Louis Le Grand, le lycée des élites, la voie royale pour intégrer les grandes écoles scientifiques, la jeune Elisabeth choisit Jeanson de Sailly. À l’ambiance de la jungle sans solidarité entre les élèves du premier, elle préfère celle plus humaine du second. Un choix sans doute dû au double héritage familial paternel et maternel. Des deux côtés, on a en effet toujours cherché à « faire quelque chose d’utile pour les autres ». Joseph le père d’Elisabeth rejoint ainsi la résistance à 16 ans. Il écrira alors à son père Zelig, le grand-père d’Elisabeth : « Papa, si nous ne faisons pas ce qu’on nous demande de faire, qui le fera ? ». Résistant en tant que membre de l’Organisation juive de combat ou Armée juive (une organisation de résistance créée en 1942 à Toulouse par Abraham Polonski, qui permet le passage en Espagne de centaines de Juifs, qui en fournit d’autres en faux-papiers et qui participe aux combats de la Libération), il est chargé d’avril 1943 au 20 décembre 1943 de convoyer des jeunes de Grenoble vers le maquis de Biques.

Côté maternel aussi, il s’agit de faire quelque chose d’utile pour les autres. Son grand-père maternel Marcel Lescène fut le maire et le conseiller général de la commune de Livarot (Calvados). Et c’est d’ailleurs au centre de ce pays d’Auge, berceau donc de la famille de sa mère Marguerite, qu’Elisabeth Borne décide, en ce mois de juin 2022, de se porter candidate aux législatives.

La première ministre Elisabeth Borne.

La Première ministre Elisabeth Borne.

Pur produit de la méritocratie républicaine, à la sortie de l’X et de l’École nationale des Ponts et chaussées, elle se met au service de la France, de sa France. Une carrière de haute fonctionnaire dans des entreprises publiques, les cabinets ministériels et la préfectorale. Jusqu’à devenir ministre puis Première ministre. La seconde femme à Matignon de la 5èmeRépublique 30 ans après Edith Cresson.

Mais derrière cette enfant de la République, se cache aussi une enfant de la Shoah. Un passé, des racines, un destin familial dont elle parle peu mais qu’elle garde en mémoire, au plus profond d’elle. À Agnès Buzyn, fille comme elle d’un rescapé de la Shoah, elle dit un jour : « Tu sais mon nom c’est Bornstein ». Son père avait choisi celui de Borne, son nom de résistance à son retour d’Auschwitz. Tout simplement parce que comme beaucoup de déportés, il a peur que ça recommence. Il s’agit de préserver les siens et d’une famille qu’il entend créer. Ce jour de 2018 où Borne fait cette confidence à Buzyn, ni l’une, ni l’autre ne parlera de la Shoah. Elles savent désormais qu’elles ont les mêmes racines, le même destin familial mais, même entre elles, ces deux filles de déportés éprouvent une certaine gêne à évoquer un passé familial douloureux. « C’est une communauté qui est la mienne », confiera Elisabeth Borne le 23 juin 2021 à l’antenne de Radio J. Allusion aux origines juives de son père Joseph Bornstein (né le 02 mai 1925 à Anvers en Belgique) déporté avec son père Zelig (né à Lukow en Pologne) et ses deux frères Isaac et Albert par le convoi 66 parti de Drancy à destination d’Auschwitz le 20 janvier 1944 et arrêtés le 25 décembre 1943 suite à une dénonciation. Ils deviendront amis à Auschwitz avec Alfred Nakache, le « nageur d’Auschwitz ». Léon, le troisième frère ayant été déporté quelques mois plus tôt par le convoi 51 à destination de Sobibor où il sera pendu.

Isaac Borne, l’oncle de la nouvelle Première ministre a d’ailleurs raconté son histoire et celle de sa famille le 6 juin 2006 dans un long entretien réalisé par Catherine Bernstein pour la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et l’Ina.

Il y revient sur le parcours de ses parents depuis la Pologne qui les conduira à Anvers où son père devient diamantaire (plus précisément cliveur de diamants). Chez les Bornstein, on parle le yiddish, le français, le flamand et aussi l’hébreu. Nous sommes au début des années 20. Zelig Borne, le grand-père de la Première ministre a alors le projet de partir en Israël, de faire son « alyah ». Avec à la clé un projet professionnel : l’installation d’une usine de diamants à Netanya. Un projet qui n’ira pas à son terme. En 1940, les Bornstein quittent la Belgique pour la France d’où ils seront déportés. Seuls Joseph et Isaac rentreront de déportation. Arrivé à la gare d’Orsay fin avril 1945, les deux frères Joseph et Isaac sont accueillis par deux jeunes filles impliquées dans l’accueil des déportés. Marguerite Lescène, l’une de ces deux jeunes filles, deviendra la femme de Joseph Borne en 1958.

Plus les années passent, plus le père d’Elisabeth Borne est rattrapé par les fantômes d’Auschwitz, ceux de son père Zelig, de ses frères Albert et Léon exterminés par les nazis, rattrapé aussi par le traumatisme de la « Marche de la mort », de « Nuit et Brouillard » (en allemand « Nacht und Nebel »).

Zelig Bornstein, né Lukow en Pologne, pose avec trois de ses fils : Joseph, Isaac et Léon. Joseph (le premier à gauche sur la photo) est le père d’Elisabeth Borne.

Cette photo date de 1939. Zelig Bornstein, né Lukow en Pologne, pose avec trois de ses fils : Joseph, Isaac et Léon. Joseph (le premier à gauche sur la photo) est le père d’Elisabeth Borne.

Joseph se couche à l’aube et vit à un rythme décalé. Il est hanté par la Shoah. Il essaye de résoudre ses problèmes par la psychanalyse. En 1969, le psychanalyste le lâche, en lui demandant d’aller voir l’un de ses collègues. Trois ans plus tard, Joseph Borne se suicide. Un destin à la Primo Levi. Comme l’auteur de « Si c’est un homme », il avait tenté de renouer avec la vie après son retour de déportation. Mais en vain. Un parcours, un destin, une mémoire qu’Elisabeth garde en elle et lui sert peut-être de guide. Auprès de Libération, n’avait-elle pas expliqué avoir ressenti une certaine émotion quand, préfète, elle avait remis pour la première fois à un citoyen son décret de naturalisation. « Que moi, la fille de ce réfugié apatride, qui n’a été français qu’en 1950, j’accomplisse ce geste, cela disait quelque chose sur l’intégration ».


Frédéric Haziza, chef du service politique de Radio J, animateur du « Forum Radio J » et des « Enfants de la République »

 

 

[Source : http://www.laregledujeu.org]

Davide Morosinotto

A cegadora luz de dúas estrelas vermellas (tradución de Moisés Barcia)

Sushi Books, Cangas do Morrazo, 432 páxinas, 19,90 €

Davide Morosinotto estaba xa vertido ao galego cun libro –O famoso catálogo Walker & Dawn– editado no ano 2020 por Sushi Books- que particularmente non tivera a oportunidade de ler. Achegueime nas últimas datas, talvez atraído pola rechamante cuberta, a estoutro volume, igualmente traducido por Moisés Barcia, que nos achega unha moi interesante e suxestiva proposta para unha franxa de lectorado xuvenil mais, ao meu xuízo, non só.

Morosinotto é quen de idear un argumento verdadeiramente apaixonante nucleado por volta das vivencias, contadas en primeira persoa, de dous xemelgos -Víktor e Nadia- que son obrigados a saír de Leningrado, a súa cidade natal, con apenas doce anos, diante do previsible ataque e cerco que as tropas hitlerianas someterán á cidade no seu avance cara a Moscova. Articulado a xeito de diario -en primeiro lugar compartido polos dous irmáns e logo presentado individualmente mercé uns cadernos que o pai deles conseguira darlles case como derradeiro legado- cóntasenos a obrigada fuxida de ambos os dous en tren cara a destinos incertos que se bifurcarán, feito que actúa como motivo central da historia pois na vontade dos xemelgos estará sempre volver xuntarse. Non faltan elementos de filiación aventureira, que conviven con outros, claro é, como son o amor ou as consecuencias dos conflitos bélicos nun pano de fondo histórico, alén dun fío argumental que revela as consecuencias de actos entendidos como de alta traizón para o réxime soviético en tempos de guerra. Asuntos, todos eles e ao meu xuízo, contidos en pasaxes moi ben documentadas e inspiradas nas peripecias, algunhas probablemente reais e outras resultado da fabulación do autor, que cada un dos irmáns protagoniza, onde o perfil de Víktor estará sempre dominado pola asunción do ideal comunista e da solidariedade cos demais, e o de Nadia, marcado, igualmente, pola resistencia e a afouteza.

Por se non abondase, aparece unha terceira voz, un verdadeiro achado, que é a do Coronel Smirnoz, a quen lle legaron todos os cadernos desde o chamado Comisariado do Pobo para Asuntos Internos, que analizará politicamente con apuntamentos realizados á marxe, na procura de ditar unha sentenza aos dous protagonistas por mor das responsabilidades que, na súa aventura, puidesen incorrer.

Extraordinario é, tamén cómpre afirmalo, o traballo de edición levado a cabo neste libro, publicado a varias tintas para recoñecer facilmente a voz de Víktor e Nadia e que se acompaña, como se dixo, cos apuntamentos manuscritos que sobre os cadernos realiza o devandito Coronel Smirnov, ademais de incluír fotografías, mapas e outros documentos incorporados aos cadernos.

Un verdadeiro pracer achegarse a libros tan ben editados coma este e que, ademais, recrean argumentos suxestivos narrados con efectividade.

 

[Fonte: cadernodacritica.wordpress.com]

L’affrontement qui a opposé l’Argentine au Royaume-Uni d’avril à juin 1982 a eu des conséquences indirectes sur le milieu du «rock nacional».

Charly García, légende de la musique argentine, lors d'un concert donné à Buenos Aires le 30 septembre 2013. | Daniel Garcia / AFP

Charly García, légende de la musique argentine, lors d’un concert donné à Buenos Aires le 30 septembre 2013. | Daniel Garcia / AFP

Écrit par Fabien Palem — édité par Thomas Messias

À Buenos Aires (Argentine).

Voilà quatre décennies qu’à Buenos Aires, le rock se chante en argentin. Tout droit importé du monde anglo-saxon, ce rythme s’est fait, depuis, à l’accent et au jargon des «Porteños», les habitants de la capitale argentine.

Les Argentins revendiquent sans cesse leur dévotion pour la plus British des mélodies, musique populaire par excellence –davantage que le tango, qui a pris quelques rides, la cumbia et les musiques traditionnelles, souvent cantonnées à leurs caractères festif ou régional. «El rock nacional», tel qu’on le désigne ici, dépasse les classes sociales et mobilise les générations. Un véritable pilier identitaire national, brandi par Diego Maradona, le président Alberto Fernández et même le pape François.

Quarante ans, c’est aussi le temps qui s’est écoulé depuis la capitulation de la dictature argentine (1976-1983) lors de la guerre des Malouines, qui l’opposa d’avril à juin 1982 au Royaume-Uni de Thatcher. Le régime, installé sept ans plus tôt à la suite d’un coup d’État militaire, est coupable de crimes de lèse-humanité (30.000 disparitions, selon les estimations actuelles).

À cela s’ajoute une situation économique calamiteuse qui a mis la dictature à bout de souffle. Le général Galtieri, alors aux commandes, tente de toucher la fibre nationaliste en envahissant ces îles de l’Atlantique Sud, qui ont le statut de sous-bastion britannique mais qui sont historiquement revendiquées par l’Argentine.

Jusqu’ici, à en croire l’incontournable Charly García, une sorte de John Lennon argentin version border, «c’était bien de chanter en anglais et c’était vulgaire de chanter en espagnol». Avec la guerre, tout change. Le rock made in Buenos Aires, perçu depuis les années 1960 comme le vecteur d’une contre-culture d’importation et d’aspirations individualistes, va s’adapter au moule de la jeunesse nationale. Son explosion sera en partie permise par la fièvre nationaliste qui gagne la société argentine.

Doit-on y voir une première revanche contre l’impérialisme, avant même les buts de Maradona au Mondial de 1986? Ou plutôt une assimilation à la sauce gaucha de l’élément le plus efficace du soft power britannique? La question s’avère d’autant plus complexe quand on sait la sensibilité des Argentins vis-à-vis de la présence passée des Britanniques, à l’origine des voies ferrées et de nombreuses industries de ce pays du bout du monde.

Inspirations extérieures

L’importance alors donnée au rock nacional explique sa place au milieu des événements organisés, quarante ans plus tard, en souvenir du conflit. Notre pérégrination musicale fait une escale obligatoire au musée des Malouines et des Îles de l’Atlantique Sud. Logé dans l’enceinte de l’ancienne École mécanique de la marine (ex-Esma), centre de torture pendant la dictature qui fut transformé depuis en lieu de mémoire, le musée s’inscrit dans la politique de revendication de la souveraineté argentine sur ces îles des eaux lointaines et froides.

Pendant près de cinq mois, le site a accueilli une exposition photo intitulée «Les Malouines et le rock, d’Ushuaia à La Quiaca», en référence à une tournée réalisée par l’artiste León Gieco et le producteur Gustavo Santaolalla, deux figures du rock argentin, d’un bout à l’autre du pays.

Si l’expo s’est concentrée sur cette odyssée dans l’Argentine de l’«intérieur», personne ne nie que la principale source d’inspiration du rock nacional est ailleurs… À savoir, à l’«extérieur», comme on désigne ici les pays étrangers.

«Le rock en anglais était très présent à l’époque de la guerre des Malouines, confirme le directeur du musée, Edgardo Esteban. Un an avant, en mars 1981, Queen était venu donner un concert qui avait connu un franc succès! Ensuite, 1982 a vraiment constitué une année charnière pour le rock nacional

Dans un article annonçant cette exposition, le quotidien Página 12, aligné sur l’actuel gouvernement péroniste, assurait: «Avant et pendant le conflit guerrier de 1982, le rock argentin s’est prononcé sur la guerre des Malouines.» La réalité semble pourtant plus nuancée, paradoxale. 1982 marque une «année charnière» en raison de la rupture faite par l’ensemble de la société avec le rock non argentin, à savoir anglo-saxon.

L’anglais bouté hors des ondes?

Ce retournement de veste est-il à imputer à la dictature? Si la musique en anglais a disparu des ondes, le régime en aurait seulement déconseillé la diffusion. «Ce fut une sorte de mesure tacite, une suggestion», précise Sergio Pujol, historien argentin spécialiste du rock et des musiques populaires de son pays.

«Les radios ont pratiqué une sorte d’autocensure, en partie sous l’influence des auditeurs qui appelaient pour vous insulter si vous passiez de la musique en anglais», confirme Marcelo Gasió, journaliste à El Expreso Imaginario durant les années 1980. Dans un article écrit pour cette revue culturelle branchée, disparue depuis, Gasió interviewe les responsables des radios FM. Tous le lui confirment: il n’y a pas eu d’interdiction explicite.

Les îles Malouines à peine envahies, un sentiment anti-anglais se propage dans la société.

Exit, le rock en anglais. Bienvenidas, les autres expressions musicales: instrumentales, en espagnol, en français… Le rock argentin, musique d’un mouvement, n’est pas dans le viseur du régime et peut se propager sur les ondes. «Dans un premier temps, le rock est vu comme une menace mineure pour la dictature, résume Sergio Pujol. Après le coup d’État de 1976, c’est le folklore qui est clairement censuré, car contrairement au rock, il est associé aux cercles militants de gauche. La grande chanteuse folkloriste, Mercedes Sosa, s’est rapidement exilée à l’étranger [en 1979, à Paris].»

Les îles Malouines à peine envahies, un sentiment anti-anglais se propage du jour au lendemain dans la société. Les messages qu’affichent certains magasins dans la langue de Shakespeare sont traduits dans celle de Borges. «Avec la guerre, tous les problèmes économiques, de répression, de droits humains… étaient au second plan. C’était une situation étrange», poursuit Gasió, qui craignait lui-même d’être appelé au front si le guerre durait.

Malaise au festival

Le 16 mai 1982, en plein milieu du conflit, s’organise le festival dit «de solidarité latino-américaine». Les trois grands producteurs musicaux d’alors mobilisent leurs artistes, et la quasi-totalité de la scène rock argentine se retrouve sur la scène montée dans le stade du club Obras Sanitarias, à Buenos Aires.

Le «rock nacional» est-il coupable d’avoir collaboré avec la dictature?

Le régime est coorganisateur de l’événement. Mais les artistes et le public s’y rendent pour exprimer leur solidarité envers les soldats, des jeunes hommes peu préparés, envoyés affronter dans un froid glacial une des plus grandes armées du monde. Pour éviter de donner le moindre peso (la monnaie nationale) à la dictature, le public du festival paie l’entrée au concert en donations. Des aliments non périssables, des couvertures et des vêtements sont collectés à destination des troupes mobilisées, mais n’arriveront jamais à bon port.

Le malaise des artistes, déjà palpable à l’époque, ressurgit aujourd’hui. Avec du recul, le chanteur folk León Gieco revient sur cet épisode dans la série dédiée à l’histoire du rock latino sur Netflix, Rompan Todo«Nous avons été utilisés dans un concert en hommage aux soldats. Pil Trafa a dit que c’était une connerie d’y avoir participé, et il avait raison.»

Ligne de front

Le nom de Pil Trafa renvoie au groupe punk Los Violadores, dont il était le leader. Los Violadores et Virus sont les deux seuls groupes à ne pas avoir répondu à l’appel du festival. «Los Violadores commençaient à peine. Ils ne mobilisaient pas plus de cinquante personnes, et le groupe Virus en était à son deuxième album mais n’avait pas encore complètement explosé», détaille Gasió, instigateur d’un face-à-face entre ces artistes à quelques semaines du festival. «Nous n’avons pas vraiment parlé du festival. Il s’agissait surtout d’évoquer les nouveautés qu’apportaient en Argentine le punk et la new wave.»

De l’eau a coulé sous les ponts. Mais dans un pays où la politique mémorielle occupe une partie importante des agendas politiques, ce festival fait tache. Alors, le rock nacional est-il coupable d’avoir collaboré avec la dictature? Pujol nuance: «Le débarquement des troupes dans les îles Malouines a mobilisé un discours nationaliste et anti-impérialiste. Même les Mères de la place de Mai ou encore Fidel Castro, depuis La Havane, clamaient leur soutien aux Malouines argentines!»

Quelques mois plus tard, en décembre 1982, Charly García, le plus talentueux des rockeurs latino-américains, organise un grand récital à Buenos Aires. Au moment d’interpréter son titre «No bombardeen Buenos Aires» («Ne bombardez pas Buenos Aires»), il surprend son public avec une simulation sonore de bombardement. Une manière de faire oublier sa participation au festival?

«Non, réplique Pujol, Charly García avait déjà exprimé son malaise en marge du festival. Cette chanson est plutôt une forme de satire dirigée vers la société “porteña” et son hypocrisie.» L’historien rappelle ainsi que la capitale argentine se trouve si loin de la ligne de front (1.900 kilomètres) que «les théâtres et cinémas n’ont pas fermé le rideau un seul jour pendant la guerre». Touché.

 

 

[Source : http://www.slate.fr]

Les chansons du natif de Sète viennent d’être traduites en allemand. L’occasion pour Hubert Spiegel, un journaliste de la “Frankfurter Allgemeine Zeitung”, d’applaudir leur force, leur inventivité et leur saveur. Hommage.

Le chanteur-compositeur, photographié le 9 octobre 1972.

Comme tous les immenses poètes, il puisait dans une multitude de sources, dont beaucoup avaient sombré dans un oubli plus ou moins profond. Il étudiait les poèmes des troubadours médiévaux du sud de la France, où il était né en 1921, lisait les œuvres de Guillaume IX d’Aquitaine, de François Villon, de Rabelais et de Verlaine, mêlait à la rectitude formelle de la poésie classique la verdeur de l’argot parisien, dont il aimait l’humour anarchiste autant qu’il admirait sa créativité langagière et s’en inspirait.

Érotisme cru et générosité

Il brocardait la bourgeoisie et toute forme d’autorité, mettait en boîte le clergé et ses versets, offusquait les pudibonds et les bien-pensants par son érotisme cru et composait des déclarations d’amour à la chaîne : aux femmes, jeunes et vieilles, aux prolétaires et aux gagne-petit, aux sans-grade et aux exploités, aux candides et aux naïfs, aux débrouillards et aux disciples du bon sens, et à tous ceux chez qui l’amitié, la fidélité, la solidarité et la compassion ne sont pas des vains mots.

Il pouvait évoquer les regrets d’une vie mal vécue, fichue en l’air, ou passée bien trop vite, l’amour enfui, le bonheur sacrifié, l’occasion manquée, tout ce qui appartenait au passé et ne reviendrait jamais.

Vénéré en France

Comme tous les grands poètes, il savait toucher les cœurs au point de la douleur. Pour toutes ces raisons, Georges Brassens est vénéré et admiré, célébré et aimé en France.

Comme le raconte son traducteur [allemand], Gisbert Haefs, ce sont aujourd’hui une cinquantaine de rues, places, bibliothèques, théâtres et parcs français qui portent aujourd’hui le nom du chansonnier, ainsi que 149 établissements scolaires ou de formation.

Reinhard Mey, Hannes Wader, Franz Josef Degenhardt, Dieter Süverkrüp et tous les auteurs-compositeurs allemands qui ont été influencés par Brassens…

[Photo : AFP – lisez l’intégralité de cet article sur http://www.courrierinternational.com]

No pareix que tinguen molt d’interés els periodistes i intel·lectuals de la dreta socialista i de l’esquerra nacionalista, espanyoles totes, pel que puguen dir els tribunals europeus, com ara el que està passant amb el cas de Valtònyc, 🔗 que la justícia belga continua pensant que malparlar d’una figura política en una cançó no és cap delicte. De fet, podríem dir que no és tan delictiu com que eixa figura política —com ara el rei— siga impune per a delinquir en Espanya, on no la perseguixen els jutges nacionalistes espanyols (i demòcrates segons convinga) perquè té una «impunitat» de classe —diria que prevaricadora en realitat, perquè saben que no està bé, això que fan—

No m’espere més lliçons d’eixe periodisme nacionalista, però no sé per què sí que em sorprén que no ampliquen un poc d’eixa suposada coherència democràtica que haurien de tindre, d’aquella que defén el dret dels adversaris i contradictors —per impresentables que els semblen— a expressar-se i proposar qualsevol genialitat o estupidesa. Tal com diu Natza Farré: 🔗

Aquesta setmana Valtònyc ha pogut celebrar que la justícia belga definitivament no el pensa extradir a Espanya. Ara és un home lliure, a Bèlgica. El rei emèrit ho és a tot arreu. No és gens just. No té cap ni peus. Aquesta anomalia se sosté gràcies a un teixit de solidaritat interessada i retrògrada.

 

[Font: einesdellengua.blogspot.com]

Comment Proust a-t-il approché le Talmud ? Retour sur Ben Lévi, grand-oncle de Proust et l’un des rares talmudistes français à l’époque moderne.

Marcel Proust.

 

Écrit par Patrick Mimouni

Les Matinées du Samedi

« Le style de Proust a été inventé, vers l’ère chrétienne, par les Juifs de Babylone et de Jérusalem, pour commenter les livres sacrés », remarquait Denis Saurat dans un article intitulé Le judaïsme de Proust paru en 1925.

« Il faudrait donner des pages du Talmud et du Zohar pour développer les ressemblances », précisait Saurat[1]. Mais, alors qui pouvait imaginer que Proust s’était intéressé au Talmud ou au Zohar ? Personne, excepté certains spécialistes de la littérature rabbinique.

Il a fallu quasiment un siècle pour qu’une institution juive (en l’occurrence le musée du Judaïsme de Paris) se décide à associer une page du Talmud à une page d’À la recherche du temps perdu. On peut évidemment regretter que le musée n’ait pas mis en jeu la coïncidence entre les deux épisodes : celui de la dalle inégale dans le texte talmudique et celui du pavé disjoint dans le texte proustien. Reste que le musée a annoncé à sa manière cette découverte.

Bien.

Tout cela suscite un questionnement.

À supposer que Proust se soit réellement inspiré du Talmud pour concevoir un épisode de son roman (un épisode capital), comment a-t-il approché un tel texte ?

Allez sur le site de la Bibliothèque nationale. Recherchez Les Matinées du Samedi de Godchaux Weil, alias Ben Lévi de son nom d’écrivain, l’un des grands-oncles de Proust, le frère aîné de son grand-père maternel, un grand-oncle qu’il a connu durant son enfance.

Les Matinées du Samedi, son ouvrage le plus célèbre, était destiné à l’apprentissage de la langue française autant qu’à l’initiation à la lecture de la Bible, un ouvrage composé principalement de midrashim, ce que Godchaux Weil appelait modestement des « historiettes ».

« Un grand nombre des historiettes morales et religieuses rapportées dans ce volume, est extrait du Talmud », précisait-il[2]. Voilà comment Proust s’est initié à la littérature juive.

Céleste Albaret, sa femme de chambre, a raconté comment elle s’est débarrassée de la bibliothèque de son maître, peu après sa mort, sur ordre du docteur Robert Proust (frère de Marcel). Elle dut arracher toutes les dédicaces afin que l’on ignore leur destinataire. « Et puis un chiffonnier est monté et a enlevé tout ça ![3] »

Mme Mante (la fille de Robert) fit disparaître le moindre souvenir lié à la judéité de sa famille. Rien ne rappelait l’origine juive des Weil, pas un livre, pas un objet, pas un vêtement, à l’exposition organisée par l’Institut de France au musée Jacquemart-André en 1971, pour commémorer le centième anniversaire de la naissance de Proust.

Qui aurait pu alors imaginer qu’il comptait un talmudiste parmi les siens ?

L’existence de Godchaux Weil ne fut révélée au public qu’au début des années 2000, par Évelyne Bloch-Dano dans sa remarquable biographie de Mme Proust.

Le samedi, les familles israélites se rassemblaient pour le déjeuner afin de fêter le chabbat. À cette occasion, elles tâchaient de faire l’éducation religieuse ou morale de leurs enfants, d’où l’idée de composer un ouvrage dédié à ce rite.

Jeanne Proust, ou Adèle Weil, lisaient-elles au petit Marcel ce que l’oncle Godchaux appelait des « historiettes » ? On ne le sait pas. Ce qui est sûr, c’est que la famille se réunissait pour faire la fête ce jour-là, dans la vie autant que dans le roman.

« Dès le matin, avant d’être habillés, sans raison, pour le plaisir d’éprouver la force de la solidarité, on se disait les uns aux autres avec bonne humeur, avec cordialité, avec patriotisme : “Il n’y a pas de temps à perdre, n’oublions pas que c’est samedi !”[4] »

Proust écrit quinze fois samedi sur deux pages. Son insistance à prononcer ce nom, à le faire sonner, à le répéter, enclenche une joie que son narrateur éprouve sans comprendre pourquoi il l’éprouve. Il ne met pas moins en jeu un signe, autrement dit un incident destiné à troubler le lecteur.

« Le retour de ce samedi asymétrique était un de ces petits événements intérieurs, locaux, presque civiques qui, dans les vies tranquilles et les sociétés fermées, créent une sorte de lien national », constate-il[5].

Bon. Mais pourquoi ne pas le dire clairement ? Ce n’est pas un crime, de fêter le chabbat.

Non, mais ce n’est pas bien vu non plus ; en tout cas, pas bien vu dans la société massivement antisémite que décrit Proust.

Les israélites célébraient le chabbat discrètement, par nécessité là encore, pour obéir aux injonctions du néomarranisme qui allait de soi en France sous la Troisième République.

Rite forcément clandestin, chez Proust. Si son narrateur signale que sa famille pratique le même rite, il n’affirme pas pour autant qu’elle est juive. Comment pourrait-il l’affirmer ?

Ce que la Troisième République promouvait, c’est « la substitution de l’irréligion d’État à une religion d’État », avec « le même cortège de fanatisme, d’intolérance et de persécution », déplorait Proust dans un article paru dans Le Banquet en mai 1892[6]. À vingt ans alors, il publiait son premier texte politique.

La République française se distinguait de la République américaine. Créés par des religieux persécutés pour une raison ou pour une autre en Europe, les États-Unis exaltaient la liberté de culte en premier lieu, alors qu’au contraire la France, pétrie d’anticléricalisme, s’opposait fondamentalement à la religion, quelle qu’elle soit, aux yeux de Proust.

« Je n’ai jamais été à la messe depuis ma première communion », affirmait-il à la fin de sa vie[7]. Il exagérait. Il avait assisté à des messes de mariage ou d’enterrement. Il voulait dire qu’il n’avait jamais communié qu’une fois. Son éducation chrétienne s’était réduite au strict minimum, ce qui n’avait rien d’étonnant dans une famille comme la sienne.

Le docteur Proust affirmait que le christianisme avait inauguré « une période de décadence » en matière d’hygiène – « une époque désastreuse au point de vue spécial qui nous occupe[8] ». Il allait plus loin. Il menait campagne pour que les hôpitaux se débarrassent des crucifix et autres objets de superstition qui les décoraient. Un haut fonctionnaire comme lui tenait un discours anticlérical conforme à la tradition républicaine.

Cependant ses fonctions à l’hôpital Lariboisière, ainsi qu’à la direction de la Santé au ministère de l’Intérieur, ne lui laissaient guère le temps de s’occuper de l’éducation de ses enfants. Il déléguait volontiers cette responsabilité à sa femme et à sa belle-mère. Et elles lisaient peut-être au petit Marcel des historiettes tirées des Matinées du Samedi.

Dédié à Alphonse de Lamartine, l’ouvrage de Godchaux Weil ne s’inscrivait pas dans un cadre rigoureusement religieux, comparé aux catéchismes catholiques ou protestants. Il était tout de même destiné explicitement à l’instruction des enfants juifs.

Sans doute le petit Marcel s’est-il approché tout seul d’un tel ouvrage, en explorant la bibliothèque familiale, et l’a-t-il lu en cachette. Ce serait plus plausible. Car, même si son éducation chrétienne se réduisait au strict minimum, il se classait théoriquement parmi les catholiques, et il est peu probable que sa mère, ou sa grand-mère, lui ait donné une éducation juive en matière religieuse.

Toutefois, Proust a sûrement lu et relu Les Matinées du Samedi, sinon il ne partagerait pas avec son grand-oncle Godchaux plusieurs traits caractéristiques de son style.

Ainsi, dans Les jeunes filles en fleurs, le narrateur s’étonne que le liftier du Grand Hôtel ne réponde pas à un compliment qu’il lui fait dans l’ascenseur, « soit étonnement de mes paroles, attention à son travail, souci de l’étiquette, dureté de son ouïe, respect du lieu, crainte du danger, paresse d’intelligence ou consigne du directeur[9]. »

Figure de style peu répandue et proprement proustienne. Car généralement « soit », employé comme alternative, commande des propositions qui se suivent dans une énumération d’hypothèses du même ordre (« soit en laine, soit en coton, soit en mousseline, etc. »), alors que chez Proust, au contraire, il s’agit d’énumérer les motifs disparates, et souvent contradictoires, qui pourraient être à l’origine d’un même acte[10].

On retrouve exactement la même figure de style chez Godchaux Weil. « Le roi Philippe-Auguste, écrit-il, prit à tâche de montrer aux Israélites, qui avaient si chèrement payé leur rentrée en France, que la transaction qu’il avait faite était sincère ; et soit remords, calcul, ou justice, il ne souffrit pas qu’ils fussent inquiétés ou lésés[11]. »

Saurat observait précisément dans cette formulation un caractère propre à la littérature talmudique : « Donner d’un fait ou d’un texte toutes les explications possibles, et cela sans avoir à les faire concorder ».

« Or c’est la forme la plus caractéristique de l’esprit de Proust », remarquait-il[12].

Les quatre consonnes de P(a)RD(e)S, le « paradis » en persan, désignaient les quatre niveaux de lecture dans la tradition talmudique :
– P pour pshat, « sens », la lecture littérale ;
– R pour remez, « allusion », la lecture allégorique ;
– D pour drash, « recherche », le déchiffrage ;
– S pour sod, « secret », la vérité.
Les cabalistes ajoutèrent trois degrés à la lecture.
– Le cinquième : la découverte de la Cabale, proprement dite.
– Le sixième : le transport mystique.
– Le septième : l’accès au monde divin.

Des degrés à gravir, mais également des portes à ouvrir, des seuils à franchir, des couleurs à observer, selon le mouvement du temps, en suivant le cycle des jours de la semaine, si bien qu’au-delà du septième seuil, le lecteur retrouvait le livre à son début, dans une vie nouvelle, invité à relire un ouvrage dont le souffle se prolongeait à jamais.

Seulement, voilà, de cette littérature, émanait un univers poétique que la modernité ne pouvait pas tolérer, en tout cas pas en France.

« Des légendes extravagantes, propres à égarer le jugement et à nourrir la plus hideuse superstition – la métempsychose, l’efficacité des amulettes, les histoires de revenants, la conjuration des anges et des démons, etc., etc. –, en un mot, tout ce qui pouvait abrutir l’esprit a été mis à contribution pour abuser les bonnes âmes », constatait Samuel Cahen dans sa préface aux Matinées du Samedi[13].

Architecte en chef du judaïsme français, Cahen tenait également le rôle d’un commissaire politique. Godchaux Weil avait évidemment sollicité l’imprimatur de ce redoutable personnage, moyennant quoi il avait dû célébrer dans son livre la religion juive réformée à la française selon les impératifs de la raison, sans quoi il n’aurait pas pu le publier.

Cependant Godchaux remarquait : « Nos livres sacrés et notre antique histoire sont comme des verres à plusieurs facettes qui, de quelque côté qu’on les envisage, font éclater un long jet de feu dont les rayons réunis en faisceaux brillants reflètent toutes les couleurs de l’arc-en-ciel[14]. » Une image issue du Zohar, le livre-phare de la Cabale. Les sept couleurs de l’arc-en-ciel y renvoient aux sept degrés de lecture des cabalistes et à leur circularité.

Godchaux glissait dans son ouvrage, l’air de rien, des références cabalistiques qui auraient horrifié Cahen, s’il les avait détectées.

À moins que Cahen les ait volontairement laissé passer ? Politiquement incorrectes, mais discrètement incorrectes, elles ne prêtaient guère à conséquence. Le néomarranisme qui s’imposait en France s’entendait ainsi.

La plupart des israélites français associaient le mysticisme juif à l’enfermement dans le ghetto, à l’ignorance, à l’arriération mentale, bref à des choses toutes plus épouvantables les unes que les autres.

La religion juive, telle qu’elle se concevait en France alors, n’accordait plus la moindre valeur à la littérature mystique. On ne s’y intéressait que dans un tout petit cercle d’érudits, groupés d’abord autour de Betty de Rothschild, puis de son petit-fils, James-Édouard, le fondateur de la Société des études juives, le principal modèle de Swann lorsqu’il accomplit le « retour au bercail religieux de ses pères ».

Paradoxalement, c’est dans l’aristocratie juive la plus brillante, et la plus moderne, que se produisait ce phénomène dont émane À la recherche du temps perdu elle-même.

« Une idée a surtout dominé mon travail, expliquait Godchaux Weil, c’est d’offrir à nos enfants la comparaison continuelle du sort actuel des Israélites avec leur situation durant les siècles qui se sont passés depuis la destruction du second temple[15]. »

Ainsi rapportait-il l’histoire d’un soldat français laissé pour mort sur un champ de bataille, durant la campagne de Russie en 1812. Réveillé par un soldat russe qui s’approchait pour le dépouiller et l’achever, le Français murmura le Schema Israël, la profession de foi juive, afin de se préparer à mourir, car il était juif. Or aussitôt, au lieu d’achever le Français, le Russe lui porta secours en invoquant la même profession de foi.

« Le Français ne savait pas un mot de russe, et son sauveur ne comprenait pas un mot de français, mais la langue de la sympathie religieuse vibre dans tous les cœurs honnêtes ; et cette simple exclamation de “Schema Israël !” avait fait deux frères de ces deux hommes qui avaient eu pour mission de s’entretuer », concluait Godchaux[16].

Là encore, alors qu’il était censé exalter le franco-judaïsme, Godchaux prenait le parti inverse, mais toujours discrètement, selon les impératifs du marranisme moderne, en rappelant leur passé aux Juifs.

La présence de l’Arche d’alliance sous le dallage inégal du second temple, telle que le Talmud la rapporte, associée au véritable passé, c’est-à-dire au temps retrouvé, chez Proust, cette double découverte évoque la même espérance.

En cela, l’auteur d’À la recherche du temps perdu prenait précisément le point de vue d’un talmudiste.

« La Bible est quelque chose de réel, d’actuel », affirmait Proust. « Nous avons à trouver en elle autre chose que la saveur de son archaïsme et le divertissement de notre curiosité[17]. »


1. Denis Saurat, « Le judaïsme de Proust », Les Marges (revue), Paris, 15 octobre 1925, p. 85.

2. Ben Lévi, Les Matinées du Samedi, T. 1, p. 15, réédité en ligne, gallica.bnf.fr.

3. Entretiens de Céleste Albaret et de Georges Belmont, enregistrement édité en partie en ligne, La Grande Traversée : Céleste Albaret chez Monsieur ProustLes nuits et les jours, franceculture.fr .

4. Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Pléiade, p. 109.

5. Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Pléiade, p. 109.

6. Marcel Proust, « L’irréligion d’État », Le Banquet, mai 1892, réédité dans Contre Sainte-Beuve, Pléiade, p. 348.

7. Marcel Proust, Lettre à Rosny aîné, peu avant le 23 décembre 1919, Lettres, Plon, p. 926.

8. Adrien Proust, Traité d’hygiène publique et privée, Masson, p.6.

9. Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Pléiade, p. (C’est moi qui souligne.)

10. Léon Pierre-Quint, Marcel Proust. Sa vie, son œuvre, Sagittaire, p. 133.

11. Ben Lévi, Les Matinées du Samedi, T. 2, p. 221, réédité en ligne, gallica.bnf.fr. (C’est moi qui souligne.)

12. Denis Saurat, « Le judaïsme de Proust », Les Marges (revue), Paris, 15 octobre 1925, p. 85.

13. Samuel Cahen, Préface aux Matinées du samedi de Ben Lévi, T. 1, p. XVIII, réédité en ligne, gallica.bnf.fr

14. Ben Lévi, Les Matinées du samedi, T. 1, p. XII, réédité en ligne, gallica.bnf.fr

15. Ben Lévi, Les Matinées du Samedi, T. 1, p. XIII, réédité en ligne, gallica.bnf.fr

16. Ben Lévi, Les Matinées du Samedi, T. 1, p. 10, réédité en ligne, gallica.bnf.fr

17. Marcel Proust, Préface à La Bible d’Amiens de John Ruskin, Bartillat, p. 32.

[Source : http://www.laregledujeu.org]

Tema: los rasgos estratégicos y económicos de Moldavia determinan su relación con las potencias vecinas en un contexto de tensión en la región.

Teatro de Tiraspol (capital de Transnistria, Moldavia) y una señal que indica la dirección a Odessa (Ucrania). Foto: Marco Fieber

Teatro de Tiraspol (capital de Transnistria, Moldavia) y una señal que indica la dirección a Odessa (Ucrania).

Escrito por Miguel Ángel Martínez Rolland

Resumen

Moldavia es un país de lengua de raíz latina pero con importante influencia rusa, en un terreno fluctuante entre las distintas potencias regionales. La situación de la región independentista de Transnistria condiciona la política, las instituciones y la economía del país, que se ha visto negativamente afectado por la inestabilidad institucional en las últimas décadas.

Esto ha afectado a sectores estratégicos como la energía o la banca. Moldavia tiene una fuerte dependencia energética con profundas consecuencias políticas, y el sector financiero se ve lastrado en su desarrollo por los problemas institucionales y la concentración de poder económico. La mejora del Estado de derecho es una necesidad compartida para poder recuperar peso económico y población.

En el plano comercial, Moldavia se ha reorientado fuertemente hacia la UE en la última década, en particular desde el Acuerdo de Asociación de 2014, pero los retos económicos siguen siendo muy grandes en un contexto en el que la inversión extranjera no consigue despegar. La emigración y la guerra en la vecina Ucrania añaden incertidumbre.

Las positivas perspectivas de reforma institucional con un gobierno fuertemente proeuropeo y la neutralidad oficial moldava en el plano militar son sus ejes de actuación en un contexto geoestratégico muy volátil.

Análisis

Introducción

Tan lejos de Dios, y tan cerca de Rusia. Parafraseando el dicho mexicano, podríamos condensar en esta frase las dificultades que tienen las jóvenes repúblicas salidas de la disolución de la Unión Soviética a principios de los años 90. Los países jóvenes como Moldavia, Ucrania o Georgia, surgidos de la fragmentación de un imperio, se enfrentan a numerosos y difíciles retos en un terreno geográfico en el que surge la disputa por la influencia entre las potencias vecinas: una UE que extiende su alcance bajo el manto de seguridad de EEUU, y una Rusia que se endurece para recobrar su dominancia en regiones de su ámbito cultural histórico.

La situación de Moldavia en esta región dificulta su desarrollo y condiciona sus instituciones. La influencia exterior es tanto más fuerte en cuanto el pequeño tamaño del país dificulta su autonomía estratégica. Y en sectores clave que vamos a analizar, como la energía y la banca, afecta a su integridad y a la concentración del poder económico, con ramificaciones políticas.

Una de las primeras lecciones que se pueden extraer de un contacto directo en profundidad con Moldavia, al igual que con otros países de la región, es que las relaciones de poder efectivo no coinciden con la titularidad oficial del poder político y económico, y los ámbitos de particular sensibilidad o riesgo, como los controlados por intereses oligárquicos, no son directamente perceptibles en muchos casos. Las instituciones internacionales llevan muchos años lidiando con estas dificultades para la mejora institucional, con épocas de progresos interrumpidas por reversiones sustanciales.

(1) El contexto estratégico

Moldavia es un país de mayoría de lengua de raíz latina, el rumano en su dialecto moldavo (oficialmente, “lengua moldava”). Se corresponde en esencia con la región conocida anteriormente como Besarabia que, tras haber formado parte de Rumanía en el período de entreguerras (1918-1944), fue anexionada por la Unión Soviética al finalizar la Segunda Guerra Mundial. Pese a la activa promoción y recuperación del rumano-moldavo desde la independencia, en las ciudades el ruso sigue siendo la lengua franca para los negocios y en muchos ámbitos culturales, con un notable ascendiente sobre la población. También existe una parte amplia de la población bilingüe en ruso o de lengua materna rusa, en particular en la región de Transnistria.

Tanto Moldavia como otros países de la región comparten en el ámbito político, de forma muy pronunciada, una tensión entre el vínculo cultural e histórico con Rusia, también presente en el ámbito económico, y la voluntad de afirmación nacional para preservar la independencia, asociado a una orientación a favor de la UE.

La declaración de independencia de Moldavia se vio marcada entre 1990 y 1992 por el conflicto por la declaración de independencia por fuerzas de la región de Transnistria, con apoyo del ejército ruso. Hasta la fecha, el gobierno de la capital –Chisináu– no controla Transnistria, cuyo parlamento ha solicitado su adhesión a la Federación Rusa. La guerra entre 1990 y 1992 dejó 1.000 muertos y un trauma duradero en la recién nacida república moldava. La guerra terminó tras una demostración de fuerza artillera del general ruso Alexander Lébed contra fuerzas del gobierno central que querían tomar el control de la región. Desde entonces, se ha mantenido el statu quo durante tres décadas, pero el ascendiente local de Rusia se ha recuperado gradualmente a medida que la memoria de la guerra se ha difuminado por el paso del tiempo. El ejército ruso sigue teniendo presencia en la región de Transnistria, que planea como condicionante para la política moldava, y más aún en un contexto de guerra abierta entre Ucrania y Rusia.

Moldavia nació como un país neutral, y así lo consagra su Constitución en su artículo 11, como “neutralidad permanente”. No puede, por lo tanto, formar parte de una alianza como la OTAN, lo que fue diseñado como una protección ante los vaivenes geopolíticos. Las autoridades moldavas han reafirmado recientemente esta neutralidad militar esperando que el conflicto vecino no se extienda a su territorio, pero al mismo tiempo mantienen su vocación pro-UE y solicitaron formalmente la adhesión a la Unión en marzo de 2022.

Este contexto histórico geopolítico marca fuertemente la economía moldava, cuyos rasgos a su vez condicionan fuertemente la posición y el margen de maniobra del país.

(2) La economía: energía, finanzas y comercio

Figura 1. Moldavia: Datos económicos básicos

Moldavia es, después de Ucrania, el país con menor renta per cápita de Europa. La causa principal de esta situación reside en los problemas institucionales para el clima de inversión y la seguridad jurídica local, y la consiguiente dificultad para atraer inversiones extranjeras productivas.

(2.1) La energía

La economía moldava, y en gran medida su política, se ve marcada por su sector energético. Las necesidades energéticas de la región tienen un componente social y político debido a una realidad geográfica ineludible: los inviernos son muy fríos y la calefacción es una necesidad básica, intensiva en consumo energético. Y Moldavia tiene una dependencia casi total de la energía importada, pues no cuenta con recursos mineros relevantes ni capacidad de generación sustancial.

El caso de Moldavia es uno de los ejemplos más directos de la dura “diplomacia energética” rusa, utilizada para influir en los gobiernos moldavos bajo amenaza de corte de suministro, que efectivamente se produjo en los años 1998, 2004 y 2005 en el sector eléctrico y en 2000 en el sector del gas. En 2021 el gobierno de la fuertemente proeuropea Maia Sandu ha sufrido también una dura negociación bajo el riesgo de corte de suministro de gas. Y en 2022 el conflicto en Ucrania pone en riesgo el suministro energético a Moldavia por presiones de alguna de las partes.

España ha tenido una relación especial con Moldavia como primer inversor internacional por volumen acumulado durante casi dos décadas por la inversión de Unión Fenosa en la privatización de la principal distribuidora eléctrica moldava. La presencia duró desde el año 2000 hasta 2019, cuando Naturgy (antes Gas Natural Fenosa) vendió su filial.

En concreto, en el sector eléctrico, Moldavia puede elegir a dos suministradores: la región de Transnistria, donde los soviéticos situaron una central eléctrica a gas y en general concentraron allí la industria deliberadamente por su mayoría eslava, [1] o la importación desde centrales eléctricas a carbón y gas de Ucrania, que también tiene que pasar por transformadores en Transnistria. Asimismo, la central de Kuchurgan en Transnistria, de 2,5 GW y operada por Moldavskaya GRES, ha sido su mayor suministrador. Esta central produce electricidad principalmente con el gas natural subvencionado de la empresa nacional rusa Gazprom, que le llega a través de Ucrania. El esquema financiero es particularmente llamativo por su crudeza: la región separatista de Transnistria recibe una fuerte subvención de Rusia a través de Gazprom, que no le exige el pago sino que lo anota como deuda “de Moldavia”. [2] Los informes financieros de Gazprom reflejan esta deuda por un valor de casi 8.000 millones de dólares. [3] Además, la existencia de subvenciones e intermediarios suministra una gran fuente de intereses creados y oportunidades de enriquecimiento de personas con influencia.

El consumo de gas para calefacción es otra fuente de dependencia de Rusia, más directa y visible. Gazprom incluso controla el 50% de Moldovagaz y el regulador energético moldavo ANRE está sometido a fuertes presiones. Un ejemplo destacado es la explosión de una granada-bomba que sufrió uno de sus directivos en 2012 en su automóvil.

(2.2) El sector financiero

La vida económica de Moldavia en la última década se ha visto marcada, como la de otros países vecinos como Ucrania, por fraudes de gran escala en su sector financiero.

En 2014 en Moldavia afloró un esquema de préstamos sin contrapartida suficiente a sociedades controladas por los directivos en tres bancos (Banca de Economii, Banca Sociala y Unibank), combinado con esquemas de blanqueo de capitales, que en la práctica supuso un desfalco de cerca de 1.000 millones de dólares, lo que ascendía a un 12% del PIB del país. [4] Los tres bancos quebraron y tuvieron que ser rescatados por el Banco Central. Esto tuvo un fuerte impacto sobre la divisa moldava (el leu se desplomó un 40%) y generó una crisis económica. Los principales condenados en el fraude fueron los “oligarcas” Ilan Shor [5] y Veaceslav Platon, pero también recayeron acusaciones sobre los líderes de los partidos proeuropeos de entonces. El primer ministro entre 2009 y 2013, Vlad Filat, fue arrestado en octubre de 2015 en el Parlamento, tras haber sido acusado por Shor de recibir sobornos, y condenado por abuso de poder. Acusaciones posteriores de la fiscalía también recayeron sobre el hombre fuerte del Partido Democrático de Moldavia, Vlad Plahotniuc.

En Moldavia el sector financiero está bastante poco desarrollado en comparación con la UE y ha presentado dificultades importantes en la lucha contra el lavado de dinero, en particular el proveniente de Rusia. También ha habido problemas en relación a la transparencia sobre los propietarios últimos de varios bancos importantes, [6] siendo este uno de los campos más relevantes de los informes de la auditora Kroll.

(2.3) El comercio

El Acuerdo de Asociación de la UE con Moldavia se firmó en 2014, estableciendo poco tiempo después un área de libre comercio reforzada por la armonización de estándares y las reformas institucionales (DCFTA, por sus siglas en inglés). Rusia consideró este tipo de acuerdos como una intromisión en su esfera de influencia y adoptó sanciones comerciales contra los firmantes.

La combinación de los Acuerdos de Asociación y las sanciones rusas ha producido una fuerte reorientación del comercio desde la órbita rusa de la Comunidad de Estados Independientes (CEI) hacia la UE. Moldavia ha pasado de tener un comercio prácticamente igual entre los dos bloques de la CEI y de la UE a exportar más de un 60% a la UE. Las sanciones rusas han tenido para Rusia paradójicamente el efecto de acentuar esta desviación de la orientación general del comercio hacia la UE, que quería evitar, aunque las exportaciones de Rusia a Moldavia no se han visto excesivamente perjudicadas, al ser principalmente productos energéticos de primera necesidad.

Figura 2. Orientación del comercio exterior moldavo en la última década, 2012 y 2021 (%)

El resultado de los acuerdos de Asociación de la UE no ha sido el que esperaban las partes, al menos por el momento. En el lado positivo, el mercado de la UE se ha abierto mucho a Moldavia, con un refuerzo progresivo de los lazos industriales. También se han emprendido reformas estructurales que tienen potencial para contribuir al desarrollo futuro. Pero ha habido costes, no deseados y en gran medida inesperados, como el progresivo cierre del mercado ruso y una grave tensión política externa e interna. La inestabilidad política y el lento progreso en la regeneración institucional también ha perjudicado a las inversiones desde la UE, que han sido mucho menores de lo esperado.

(3) Instituciones y perspectivas

Un signo de los problemas que ha sufrido Moldavia en las últimas décadas es la fuerte emigración de sus nacionales. Las estimaciones llegan a más de un tercio de la población emigrada, [7] lo que fue facilitado por la concesión de pasaporte comunitario a gran parte de la ciudadanía moldava por parte de Rumanía.

La baja renta y las sucesivas crisis económicas son factores clásicos de emigración, junto a los problemas de corrupción que afectan a la vida cotidiana. La que genera particular frustración social es la corrupción en los ámbitos de la sanidad y de la justicia.

La actual presidenta moldava Sandu fue elegida bajo una plataforma proeuropea y “antioligarcas” y cuenta con una experiencia política y profesional notable: fue ministra de Educación bajo las alianzas de partidos liberales pro-UE entre 2012 y 2015, y economista en la delegación del Banco Mundial en la capital moldava, Chisináu.

Sandu ganó las elecciones presidenciales en 2020 y las legislativas en 2021 tras años de denunciar políticamente tanto al Partido Democrático de Moldavia (PDM), controlado por Vlad Plahotniuc, como a los prorrusos del PSRM liderados por Igor Dodon. En 2017 llegó a presentar una denuncia en la fiscalía contra Plahotniuc por “usurpar los poderes del Estado mediante el chantaje y la corrupción”. El que este último no ocupara cargos formales de poder político, sino que fuera el vicepresidente del PDM y el portavoz adjunto del Congreso, muestra hasta qué punto el poder formal puede diferir del poder real percibido en la región. Plahotniuc ostentaba el control de varios medios de comunicación y contaba incluso con cierta proyección internacional. [8] En junio de 2019 huyó del país y fue declarado persona non grata por EEUU en enero de 2020.

Desde su elección, la presidenta moldava ha tenido que hacer frente a la crisis internacional del COVID-19 y las restricciones sanitarias, así como a la dura negociación del suministro del gas con Rusia. Ha adoptado una política realista de priorizar la reforma del Estado de derecho doméstico, y pese a que no existe ninguna duda sobre su ferviente compromiso proeuropeo y de solidaridad con Ucrania, ha mostrado un apreciable pragmatismo al enfatizar la neutralidad internacional de Moldavia para alejar el espectro del conflicto vecino.

No obstante, en abril se han producido ataques con lanzagranadas contra edificios de las estructuras de seguridad interior de la región independentista de Transnistria, que han incrementado fuertemente las tensiones. Tanto las autoridades del gobierno de Moldavia como los líderes transnistrios han adoptado medidas defensivas de refuerzo y han restringido las comunicaciones, pero han evitado por el momento una escalada y las autoridades rusas no han utilizado el contexto para airear agravios que pudieran preceder a una invasión. La utilidad estratégica de Transnistria en el conflicto de Ucrania es bastante limitada, y de hecho constituye una vulnerabilidad para Rusia al ser un enclave rodeado de territorio ucraniano y moldavo. En este sentido, Moldavia y Rusia no son los únicos actores que pueden afectar los acontecimientos sobre una situación muy volátil: sectores nacionalistas de Ucrania o incluso sectores irredentistas de Rumanía también pueden tener intereses sobre el país.

Conclusiones

Moldavia, como otros países de la región, ha virado fuertemente desde la órbita de Rusia hacia la esfera de vinculación con la UE en la década de 2010 en los ámbitos político y económico, lo que viene representado por los Acuerdos de Asociación. Las sanciones comerciales rusas no han conseguido parar esta evolución, sino que más bien han provocado un efecto contrario, acelerando la desviación de comercio hacia la UE y alimentando el nacionalismo antirruso.

No obstante, el influjo de la potencia cultural y económica rusa va a seguir existiendo y el paso del tiempo puede suavizar el rechazo a las represalias rusas. Rusia cuenta con una importante capacidad de presión en materia energética respecto a Moldavia, que es muy dependiente del exterior en este ámbito.

El elemento más crítico para los países de la región como Moldavia es la elevada concentración de poder económico y la vulnerabilidad a la captura estatal por parte de grupos de poder (“oligarcas”), que a su vez pueden ser capturados por potencias extranjeras, en particular la misma Rusia. Su predominancia reduce considerablemente el atractivo para la inversión privada y añade elementos de riesgo político. Los sectores estratégicos como el financiero o el energético resultan arriesgados para la inversión y el comercio vista la experiencia reciente, que España conoce de primera mano.

Los cambios de afiliación de los grupos de poder locales han sido en ocasiones drásticos, y parece aconsejable la prudencia en la asociación con ellos incluso aunque se declaren proeuropeos, particularmente porque es difícil conocer las relaciones de poder locales efectivas. En este contexto es muy improbable que Moldavia pueda estar en condiciones de adherirse a la UE, que por su parte intentará reforzar su apoyo financiero e institucional al país –en un contexto de crisis por la guerra de Ucrania– y la acogida de un número elevado de refugiados. Por ello será muy importante que la ayuda a Moldavia siga prestando particular atención a ámbitos estratégicos clave como la energía y el sector financiero, y que esta ayuda siga estando condicionada a mejoras en el Estado de derecho, trabajando con la cooperación de instituciones internacionales que sean percibidas como independientes y creíbles.

Miguel Ángel Martínez Rolland, técnico comercial y economista del Estado.


Nota bibliográfica

Banco Nacional de Moldavia (2016), “Briefing on Kroll and Steptoe & Johnson investigation”.

Instituto Nacional de Estadística de Moldavia (2022), “Comerțul internațional cu mărfuri al Republicii Moldova în luna decembrie și în anul 2021”, comunicado de prensa sobre comercio internacional en 2021.

Jewish Telegraphic Agency (2019), “Moldova’s Jews feel an anti-Semitic backlash after a corrupt Jewish politician flees to Israel”.

Tofilat, S., y V. Parlicov (2020), “Russian gas and the financing of separatism in Moldova”, Free Russia Foundation.


[1] Continuando la política de los zares, que también limitaron las profesiones de los moldavos a la agricultura. Los imperios desconfiaban de la lealtad de las nacionalidades periféricas y fueron muy restrictivos en el plano económico: la Unión Soviética concentró los recursos productivos de Moldavia en la agricultura y la especializó en particular en la producción de vino a gran escala para la URSS, siguiendo los principios de la división socialista del trabajo y la jerarquía política entre repúblicas. La producción vinícola moldava cuenta con buenas condiciones naturales y varios de sus vinos alcanzan una calidad notable.

[2] Según Tofilat y Parlicov (2020).

[3] Ibid .

[4] Como recogen las notas informativas del Banco Nacional de Moldavia (2017) sobre el informe Kroll en el que la firma de auditoría analizó el fraude.

[5] Resulta llamativo que Shor, gerente de la Banca de Economii en 2014, señalado por el informe Kroll y principal condenado por uno de los fraudes que han generado mayor indignación en la población moldava, obtuvo casi un 6% de los votos en las elecciones legislativas de 2021, constituyendo su partido el tercer grupo más grande del parlamento.

[6] En el escándalo bancario de Moldavia de 2014 esta fue una de las claves de los problemas sufridos. Fuentes bancarias de Moldavia explican informalmente una anécdota representativa de este tipo de situaciones: un misterioso gran accionista de uno de los principales bancos resultó ser un empleado de metro a quien los representantes de un oligarca le presentaban papeles para firmar a cambio de una modesta paga mensual de 200 euros.

[7] Naciones Unidas (división de población, UNDESA) estima que en 2020 Moldavia tenía 1,16 millones de emigrantes (lo que sería casi la mitad de la población residente). A cambio, Moldavia recibía un 15,7% de su PIB anual en remesas de emigrantes (datos del Banco Mundial para 2020, World Development Indicators, abril de 2022).

[8] La foto de Plahotniuc en mayo de 2016 en Washington DC junto a Victoria Nuland, subsecretaria del Departamento de Estado para Europa de EEUU, fue ampliamente percibida como una aceptación internacional de los gobiernos del PDM.

 

[Foto: Marco Fieber – fuente: http://www.realinstitutoelcano.org]

En 1980, quand paraît le texte de Carmen Castillo, il est tellement incandescent, dans la douleur et l’horreur autant que dans l’amour et la beauté, qu’on pourrait croire que les évènements relatés viennent de se passer. En fait, ils ont eu lieu six ans plus tôt, ce qui est à la fois très court et très long. Quarante-deux ans après la première publication, l’impact est le même, le lecteur de 2022 est sidéré par Un jour d’octobre à Santiago.

Un jour d’octobre à Santiago, de Carmen Castillo

Carmen Castillo

Carmen Castillo, Un jour d’octobre à Santiago. Suivi de Ligne de fuite. Verdier, 256 p., 19 €

Écrit par Natalie Levisalles

« Et pourtant, écrit Carmen Castillo, il y avait eu ce matin où tout devint grisâtre, où quelque chose a déraillé pour toujours, où la maison bleu ciel de Santa Fe perdit son éclat de couleurs, ses rires, sa cadence harmonieuse, comme le son de la petite chanson qu’elles aimaient chantonner dans le patio à l’ombre de la vigne. Les petites filles s’en allèrent. Jamais plus on ne se reverrait. » C’est le premier paragraphe et tout est là. Les images du bonheur, les petites filles, la maison bleue et la tragédie annoncée. On n’est pas sûr de comprendre. De quel drame exactement est-elle en train de nous parler ?

Dans Un jour d’octobre à Santiago, Carmen Castillo revient sur ce jour du  5 octobre 1974, quand la police politique encercle la maison où elle vit avec Miguel Enriquez et sa fille à lui, Javiera, et sa fille à elle, Camila. Au moment de l’assaut, les petites filles ont été mises à l’abri à l’ambassade d’Italie. Après deux heures de combat, Miguel est abattu. Carmen Castillo, enceinte de six mois et blessée, est conduite en détention. Le 5 octobre 1974 est le jour où tout a basculé mais la tragédie était annoncée depuis le 11 septembre 1973, jour du coup d’État au Chili. Avec les suites connues : suicide du président socialiste Salvador Allende, début de la dictature du général Pinochet. Et passage à la clandestinité du MIR, mouvement d’extrême gauche dont Carmen Castillo est une militante et Miguel Enriquez le chef. Les réseaux de clandestins sont démantelés et des dizaines de militants arrêtés, exécutés ou torturés pendant des semaines et des mois.

Dans ce texte de 160 pages, Carmen Castillo raconte les jours qui ont précédé et les semaines qui ont suivi le 5 octobre, date de l’explosion de sa première vie (« Parce que Miguel est mort, elle, la Catita, n’existe plus ») et de celle de ses camarades du MIR. Ce n’est pas seulement un témoignage, mais aussi un texte d’une étonnante maturité littéraire.

Le livre décrit quasi simultanément la douceur de la vie quotidienne, l’immense bonheur d’un amour partagé, l’exaltation de la lutte clandestine, le déchirement, la perte, l’atrocité de la torture. Il y a une absence totale de sentimentalité et en même temps une profonde émotion, jamais dite mais portée par la beauté et la force des images évoquées. Les maisons, les jardins, les jeux d’enfants. « Dix mois de vie à la maison bleu ciel de Santa Fe. Et tout ce qu’on peut attendre d’une vie, je l’ai vécu, là. » Comment, dans cette situation de clandestinité et de danger mortel, a-t-elle de la place dans sa tête pour tomber amoureuse des maisons ? En quelques mots, elle sait les décrire et donner envie d’y habiter. Quand ils doivent quitter la maison bleue pour mieux se cacher, elle trouve une petite ferme, dans un quartier rural à la lisière de Santiago. « Deux minuscules maisons de brique, entourées d’herbes sauvages, de bougainvillées et de capucines. Il y avait un petit étang, des parterres d’hortensias, quelques chrysanthèmes et au fond un potager et des arbres fruitiers. »

Mais ce qui bouleverse le lecteur, c’est le sort de ces jeunes militants (les plus vieux ont trente ans) qui luttent à armes totalement inégales contre une dictature. Dans un premier temps, il y a leur enthousiasme et leur courage, puis vient la répression. Le centre brûlant du livre, ce sont sans doute ces 30 terribles pages sur la torture, écrites à partir des 17 pages dactylographiées du témoignage d’Amalia, une camarade du MIR. Carmen Castillo décrit un huis clos dans la maison José Domingo Cañas, la maison de la DINA, la police politique chilienne. L’odeur quand on entre, mélange de parfum pour homme, de sang, d’excréments, de vomissements, les « hurlements étirés comme ceux d’une souris qu’on écrase. C’est Carolina ». Tous les détenus passent à la parrilla, au gril. Un courant électrique appliqué sur tout le corps, y compris l’anus, le vagin, les mamelons. « À la sixième parrilla, Amelia a un collapsus. Ils doivent lui faire de la respiration artificielle… À la septième parrilla, Amelia n’est pas seule. Elle est pendue aux barreaux du bas, Jaime au-dessus ». Elle décrit la peur, la terreur et d’autres sentiments pour lesquels il est difficile de trouver des mots. Mais aussi la force d’âme, la résistance, les incroyables moments de solidarité et d’amour entre les détenus. À un moment, Amelia chuchote une musique, les autres la suivent, se prennent la main. « L’Internationale éclate à la maison José Domingo Cañas. »

Un jour d’octobre à Santiago, de Carmen Castillo

Ce n’est pas un récit édifiant ou militant. Il y a ceux qui craquent, qui livrent leurs camarades, l’auteure en parle sans haine ni colère. Elle fera plus tard un documentaire, La Flaca Alejandra, sur, et avec, l’une d’entre eux. Et puis – chose inhabituelle pour un texte des années 1970 écrit par une militante d’un mouvement marxiste-léniniste – il n’y a ni dogmatisme ni tentative de plaquer une analyse politique. Ce qui ne veut pas dire absence de regard politique. Quand elle parle des jeunes gardes postés devant sa chambre d’hôpital pour la surveiller et avec qui elle finira par jouer au baccalauréat, elle remarque : « Les gardes savent à peine écrire, la DINA recrute son personnel parmi le lumpen. L’arme confère de l’autorité et tout cela est bien banal ».

Le 5 octobre est donc le jour où Miguel est abattu et où Carmen/la Catita est arrêtée. Elle sera emprisonnée, interrogée mais pas torturée et aura la chance extraordinaire d’être libérée, expulsée vers l’Angleterre. Le bébé, blessé in utero, mourra peu après sa naissance. Le texte est préfacé par l’écrivain Joseph Andras, qui semble avoir été important dans sa réédition. Il est suivi d’un deuxième texte, Ligne de fuite, qui raconte la première fois où Carmen a été autorisée, en 1980, à revenir pour quinze jours au Chili, alors que son père était gravement malade.

Un jour d’octobre à Santiago est dédié à Camila et Javiera.

 

 

[Photo : Andrew McLeish – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Dans cet appel, des partisans, au premier tour, de Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon appellent à voter dimanche prochain pour Emmanuel Macron, dont ils combattent pourtant la politique.

Depuis 5 ans, nous avons combattu sans relâche la politique d’Emmanuel Macron. Nous avons condamné sa politique fiscale injuste au profit des plus riches, son mépris à l’égard des plus pauvres et les économies qu’il a cherché à faire sur leur dos, sa volonté d’affaiblir les droits des salariés et de précariser le marché du travail, son immobilisme en matière d’environnement et sa soumission aux lobbies, la dégradation des services publics, et notamment du système de santé, qu’il a accentuée, son manque total de considération pour les corps intermédiaires, les graves atteintes qu’il a portées à nos libertés et en particulier à la liberté de manifester, son alignement sur les positions de la droite extrême à l’égard des migrants et des réfugiés, sa pratique bonapartiste des institutions et son manque de respect pour le parlement… Emmanuel Macron porte incontestablement une responsabilité majeure dans la polarisation que connaît aujourd’hui une société française au bord de l’explosion.

Malgré cela nous voterons pour lui le 24 avril prochain parce que nous savons que la politique que mènerait Marine Le Pen serait encore bien pire à de nombreux égards.

« On ne sait pas quand ce genre d’aventure finit »

Nous ne pouvons pas prendre le risque de voir la xénophobie former désormais le cœur des politiques publiques en France comme elle l’annonce clairement. Nos concitoyens d’origine immigrée seraient les premiers à en faire les frais. Nous ne pouvons pas davantage prendre le risque de voir son programme irresponsable de régression environnementale mis en œuvre dans le pays qui a donné vie à l’« accord de Paris », ultime chance d’éviter la catastrophe climatique pour l’humanité. Nous ne pouvons pas non plus prendre le risque de voir les droits des femmes et des LGBTQI reculer après plusieurs décennies de progrès encore loin d’être achevés. Nous ne pouvons pas courir le risque d’aider à donner à Vladimir Poutine une victoire politique et militaire en Ukraine, mais aussi au-delà, en faisant éclater le front uni européen face à ce dictateur et à ce criminel de guerre. Nous savons que nous avons plus que jamais besoin au contraire de renforcer la solidarité et l’intégration européennes pour défendre nos démocraties face aux menaces que font peser les régimes autoritaires. Enfin, nous ne pouvons tout simplement pas prendre le risque pour notre démocratie et nos libertés de laisser l’extrême droite prendre le pouvoir. On sait quand ce genre d’aventure commence mais on ne sait pas quand elle finit tant cette force politique se moque de l’état de droit et n’hésite jamais à piétiner les contre-pouvoirs.

Pour toutes ces raisons, nous voterons donc pour Emmanuel Macron le 24 avril même si nous mobiliserons ensuite toutes nos énergies pour faire en sorte que lui et ses alliés n’aient pas de majorité parlementaire lors des élections législatives.

Que Macron 2 ne soit pas la poursuite de Macron 1

Pour autant, nous constatons que cette position est loin d’être largement partagée autour de nous tant le bilan et le projet du président sortant suscitent la détestation. S’il veut vraiment éviter au pays la catastrophe de voir l’extrême droite arriver au pouvoir, il appartient donc au candidat Macron de montrer dans les jours qui viennent qu’il a compris le rejet exprimé le 10 avril dernier par la grande majorité des Français. Il doit signifier qu’il est prêt cette fois à prendre en compte l’avis des citoyens et des citoyennes qui le soutiendront au second tour, contrairement à ce qu’il avait fait en 2017. De la réforme des retraites, au RSA sous condition en passant par le climat, les pesticides ou l’attitude à l’égard des migrants, cela peut et doit concerner de nombreux champs des politiques à mener. Il faut aussi et surtout remettre en cause la monarchie présidentielle, redonner tout son rôle au parlement, en modifiant notamment son mode d’élection pour qu’il représente mieux la société, renforcer la séparation des pouvoirs et redonner enfin leur place aux corps intermédiaires dans la coconstruction des politiques publiques. Bref : s’il veut vraiment éviter que l’extrême droite ne l’emporte, il revient à Emmanuel Macron de montrer à nos concitoyennes et concitoyens que Macron 2 ne sera pas la poursuite de Macron 1.

Signataires

Claude Alphandéry, résistant

Emilie Agnoux, coprésidente de Place Publique

Isabelle Amaglio, coprésidente du mouvement Les radicaux de gauche

Aline Archimbaud, ancienne sénatrice

Laurent Baumel, secrétaire national du Parti Socialiste

Anne-Laure Bedu, conseillère régionale Génération Ecologie

Sabrina Benmokhtar, élue au Grand Nancy

Luc Bérille, ancien responsable syndical

Marie Blandin, ancienne présidente de région

Loïc Blondiaux, politiste

Laurent Bonnefoy, politiste

José Bové, altermondialiste

Fabienne Brugère, philosophe

Alain Caillé, sociologue

Johann Cesa, conseiller régional Auvergne-Rhône Alpes

Denis Clerc, économiste

Isabel Da Costa, économiste

Joël Decaillon, ancien responsable syndical

Karima Delli, députée européenne

François Desriaux, spécialiste des conditions de travail

François Dufour, syndicaliste paysan

Guillaume Duval, ancien journaliste

Jean-Louis Fabiani, sociologue

Hélène Flautre, ancienne députée européenne

Edouard Gaudot, conseiller politique

François Gemenne, politiste

Anthony Gratacos, secrétaire général de la Gauche Républicaine et Socialiste

Hervé Hamon, écrivain

Pierre Jacquemin, journaliste

Marie-Hélène Lafage, cofondatrice du think tank Transitions

François Lamy, ancien ministre

Antoine Laurent, ancien marin de l’Aquarius

Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen

Remi Lefebvre, politiste

Olivier Legrain, thérapeute

Michel Leprêtre, président du Grand Orly-Seine Bièvre

Alain Lipietz, économiste

Noël Mamère, ancien député

Edouard Martin, syndicaliste

Gus Massiah, altermondialiste

Dominique Méda, sociologue

Philippe Meirieu, spécialiste en sciences de l’éducation

Pierre Merle, spécialiste en sciences de l’éducation

Alain Mestre, consultant auprès des Comités sociaux et économiques

Yann Moulier-Boutang, économiste

Philippe Noguès, ancien député

Christian Paul, ancien député

Chloe Ridel, directrice adjointe de l’Institut Rousseau

Marie-Monique Robin, documentariste

Barbara Romagnan, ancienne députée

Jacques Rosselin, journaliste

Stéphane Saint-André, coprésident du mouvement Les radicaux de gauche

Mounir Satouri, député européen

Frédéric Sawicki, politiste

Sabrina Sebaihi, conseillère municipale d’Ivry

Véronique Séhier, féministe

Gabrielle Siry-Houari, maire adjointe du 18e arrondissement de Paris et porte-parole du Parti Socialiste

Charlotte Soulary, déléguée à l’Europe d’Europe Écologie – Les Verts

Henri Sterdyniak, économiste

Sophie Taillé-Polian, coordinatrice de Génération

Claude Taleb, ancien vice-président de région

François Thiollet, membre du Bureau exécutif d’Europe Écologie – Les Verts

Slimane Tirera, dirigeant d’une radio

Marine Tondelier, élue d’opposition à Hénin-Beaumont

Boris Vallaud, député

Patrick Viveret, philosophe

Marie-Christine Vergiat, ancienne députée européenne

Dominique Vidal, journaliste

Philippe Watrelot, pédagogiste

 

[Source : http://www.nouvelobs.com]

Debate entre os candidatos presidenciais ficou marcado por temas como o poder de compra, a gestão da pandemia, a guerra na Ucrânia, a segurança, a imigração e a pobreza. Le Pen diz que, “na vida real”, as suas propostas melhorariam muito mais a situação dos eleitores do que as de Macron, que respondeu que algumas das ideias da candidata não eram realistas.

O confronto desta noite era aguardado com grande expectativa, uma vez que Macron não participou em nenhum debate antes da primeira volta.

Escrito por Sofia Neves 

Emmanuel Macron e Marine Le Pen, os dois candidatos que vão disputar a eleição presidencial em França no próximo domingo, encontraram-se na noite desta quarta-feira no único debate televisivo agendado para a segunda volta. Foram quase três horas de tensão e troca de acusações, num debate pintado por frases como “Não me interrompa”, “Isso está errado”, “Pare de misturar tudo” e “Não me dê sermões” e marcado por temas como a segurança, imigração, o clima, a pobreza, a União Europeia, a guerra na Ucrânia e o custo de vida em França.

Nas primeiras declarações, Marine Le Pen disse que durante os últimos cinco anos sentiu o “sofrimento” e a “preocupação” do povo francês e que, se for eleita, será a presidente da “liberdade, soberania e segurança” e que “restaurará” a “harmonia da nação”. Depois de responder à primeira pergunta do debate (“Porque seria uma melhor presidente que o seu oponente?”), a candidata foi questionada sobre o poder de compra dos franceses e afirmou que uma das suas grandes prioridades será “devolver o dinheiro aos franceses” no valor de 150 a 200 euros por mês e por família.

Le Pen criticou várias medidas de Emmanuel Macron, em particular a diminuição dos apoios à habitação, e prometeu que, para acabar com o “abuso feito às pessoas vulneráveis”, aumentaria as ajudas e os subsídios para as famílias monoparentais e para adultos com deficiência.

Marine Le Pen teve um início de debate caricato. Visivelmente nervosa e a olhar directamente para Macron, começou o discurso antes de a música introdutória chegar ao fim. Um dos jornalistas foi obrigado a interrompê-la e a pedir-lhe que recomeçasse, algo que a candidata fez, afastando o incidente com o riso e lançando um ataque directo ao historial de medidas de Macron no campo da economia.

Nas declarações iniciais, e ao responder à mesma primeira pergunta que a adversária, Macron disse que, se for reeleito, se esforçará para tornar a França uma nação “mais independente e mais forte”.

“Estamos a passar por um período tão difícil, crises sem precedentes, uma pandemia como não conhecemos há um século. E, hoje, o regresso da guerra ao solo europeu. Obviamente, estamos a falar de uma época em que os medos e as preocupações estão presentes”, disse Macron, em jeito de introdução. “Passei este período à frente do nosso país, pela confiança que me foi dada, a tentar tomar as decisões certas. Quero continuar a fazê-lo, porque acredito, antes de mais, que devemos e podemos tornar o nosso país um país mais independente e mais forte através da economia, do trabalho, da investigação, da inovação, da cultura. Também acredito que podemos e devemos melhorar a vida quotidiana.”

Numa altura em que a França tem a taxa de desemprego mais baixa dos últimos 13 anos, o actual presidente disse estar orgulhoso do trabalho que foi feito nos últimos cinco anos no campo da criação de emprego e do poder de compra que “a classe média e trabalhadora” ganhou. “Nas suas 22 medidas, não há sequer a palavra ‘desemprego’, algo que é impressionante. É o reconhecimento de um trabalho bem feito nos últimos cinco anos. Obrigado”, disse Macron.

Candidatos discordam da idade da reforma

A candidata Le Pen defendeu que os franceses se possam reformar “entre os 60 e os 62 anos, para poderem aproveitar a reforma”, classificando ainda a aposentação aos 65 anos como uma “injustiça absolutamente insuportável”. Já Emmanuel Macron propôs fixar a idade de reforma nos 64 anos em 2027 e reiterou a intenção de “aumentar a pensão mínima de 980 euros para 1100 euros”.

Le Pen também mencionou inicialmente as suas propostas para reduzir o IVA em todas as fontes de energia, de 20% para 5,5%, dizendo que entre essa e outras medidas poderia aumentar o rendimento familiar líquido numa média de 150 a 200 euros. O actual chefe de Estado salientou as medidas já tomadas pelo seu Governo para estancar os preços do gás e da electricidade, mas afirmou que o corte do IVA iria promover o consumo de “energia fóssil que tem de ser importada”.

Durante o primeiro tema do debate, os dois interromperam-se mútua e constantemente, com Le Pen a dizer que, “na vida real”, as suas propostas melhorariam muito mais a situação dos eleitores do que as de Macron, que respondeu que algumas das ideias da candidata não eram realistas.

Apesar dos ataques da adversária, Macron não foi menos combativo, afirmando repetidamente que Le Pen não esteve presente no Parlamento em várias ocasiões em que foram tomadas decisões sobre questões relacionadas com o custo de vida. Macron questionou explicitamente algumas das promessas de campanha de Le Pen, em particular sobre quantos salários poderiam ser aumentados sob a sua presidência.

“Sra. Le Pen, o que está a dizer é impreciso”, disse Macron sobre as propostas para reduzir o IVA com o objectivo de melhorar o poder de compra. “E não respondeu a nenhuma das minhas observações, porque não tem resposta”, disse.

“Europa não deve parar de importar gás e petróleo russos”

No segundo tema da noite, a guerra na Ucrânia, a candidata presidencial francesa disse que a Europa não deve parar de importar gás e petróleo russos. Le Pen disse concordar com sanções contra os oligarcas russos e que estejam relacionadas com o sistema financeiro, mas não com as medidas relacionadas com a energia. “Ajuda humanitária à Ucrânia? Sim, claro. Ajuda financeira à Ucrânia? Sim, claro. Ajuda material, defesa? Sim, claro. A única sanção da qual discordo é o bloqueio à importação de gás e petróleo russos. Essa não é a estratégia correcta”, disse, argumentando que causará “grandes danos ao povo francês” e não garantirá que a Rússia não revenderá os produtos a um preço equivalente a outros parceiros.

Le Pen começou a sua resposta dizendo que queria expressar a sua solidariedade para com os ucranianos, um sinal claro de que queria deixar de lado laços anteriores com o presidente russo, Vladimir Putin. A candidata elogiou até Macron, salientando os esforços para apoiar a Ucrânia e impedir uma escalada do conflito.

Macron, por outro lado, atacou a adversária e, referindo-se à decisão do partido de fazer um empréstimo junto de um banco russo, disse que Le Pen “depende de Putin”. A candidata voltou a afirmar que o partido o fez porque não conseguiu fazer um empréstimo em França e que essa transacção não põe em causa a sua independência.

Mas Macron voltou a insistir que os interesses da candidata presidencial de extrema-direita estão ligados à liderança da Rússia, afirmando que outros partidos franceses conseguiram financiar as suas operações e campanhas com empréstimos franceses e não através de um banco ligado à Rússia. “Nenhum de nós foi buscar financiamento a um banco russo, especialmente a um que está perto do poder na Rússia”, disse o candidato. “Muitas das suas escolhas podem ser explicadas por essa dependência. Fez uma escolha que a restringiu politicamente.”

Numa troca de palavras inflamada, em que ouvimos Macron dizer “Está a brincar comigo?”, Le Pen rejeitou estas acusações. “Sou uma mulher completamente livre e independente. O sr. Macron tem acesso a todas as informações dos serviços de informação francesa e sabe muito bem que o que está a dizer é falso”, disse Le Pen antes de mostrar um papel impresso com uma publicação sua no Twitter em que defendeu uma “Ucrânia livre”.

O candidato lembrou ainda que os deputados do Rassemblement National (RN) ​votaram contra o apoio financeiro à Ucrânia no Parlamento Europeu. “Está errado”, respondeu Marine Le Pen.

Le Pen critica gestão da pandemia

Questionada sobre que resposta teria dado à crise sanitária e afirmando que teria sido diferente da estratégia adoptada por Emmanuel Macron, Marine Le Pen declarou que teria oferecido ajudas com fundos do Estado às empresas – “1500 euros por empresa, mais de 1000 euros por funcionário”. A candidata do RN criticou o uso de empréstimos garantidos pelo Estado, dizendo que “muitos negócios vão morrer”, quando estes cessarem. “Discordei de si depois do primeiro confinamento. Continuou a impor o recolher obrigatório, continuou a fechar os estabelecimentos considerados essenciais e não essenciais”, lamentou.

Le Pen disse ainda que “apenas as crises” conseguem fazer com que Macro “se mexa” e que há anos que as enfermarias dos hospitais têm falta de pessoal. A candidata afirmou querer “investir 20 mil milhões de euros ao longo de cinco anos” em hospitais, incluindo “dez mil milhões para a contratação de pessoal, nomeadamente em lares, para evitar as tragédias que foram sendo reveladas”.

Mais 400 mil pobres em França?

Como no início do frente a frente, o assunto poder de compra e as condições de vida dos franceses voltou a ser discutido já no fim do debate. Segundo Marine Le Pen, em relação a 2017, a França tem agora mais 400 mil pobres, número que o jornal francês Le Monde diz serem verdadeiros.

Segundo o Observatório da Pobreza e Exclusão Social e o Instituto Nacional de Estatística e Estudos Económicos, em 2017, 8,9 milhões de pessoas viviam abaixo do limiar de pobreza monetária, número que sobe para 9,2 milhões em 2019 e para 9,3 milhões em 2020, o último ano em que há dados. Feitas as contas, há aumento de 400 mil pessoas.

Estes números contrariam as afirmações de Emmanuel Macron, que se felicitou em novembro de 2021 por “a pobreza não ter aumentado”, apesar da crise pandémica.

França está “cercada de insegurança”

Um dos temas mais tensos da noite foi o da imigração, com os dois candidatos a interromperem-se constantemente e Marine Le Pen a afirmar que a França está “cercada de insegurança” por causa da “imigração anárquica e maciça”, algo que apelidou de “verdadeira barbárie” e “selvajaria”. A líder da extrema-direita exigiu que “se faça cumprir a lei, enviando para casa não apenas os imigrantes ilegais, mas também os delinquentes e os criminosos”.

Macron contra-argumentou com o que disse serem os resultados do seu mandato de cinco anos, nomeadamente a criação de dez mil postos na polícia e nas forças militares e “a eficácia na luta contra o terrorismo”. O chefe de Estado cessante também afirmou ter aumentado os meios e a organização colectiva na luta contra os feminicídios, citando as linhas de assistência, as medidas para a protecção das vítimas no caso de cônjuges violentos e a formação de polícias para a questão da violência sexual e de género.

Questionada sobre o secularismo, Le Pen disse não estar a lutar contra a religião do islão, mas sim contra a “ideologia islâmica” e que é necessário encerrar “570 mesquitas radicais”. “Não estou a lutar contra a religião do islão, não há nenhum problema [com essa religião]. Estou a lutar contra a ideologia islâmica, que ataca a igualdade de género, a laicidade, a democracia, e que procura impor uma lei religiosa que se chama sharia.”

Já Macro disse que, segundo o “princípio da igualdade”, Marine Le Pen iria proibir todos os sinais religiosos nos espaços públicos e não apenas o hijab”. “Não leu minha lei”, ripostou a candidata. “Quantos polícias teremos a correr atrás de um hijab, de um quipá?”, perguntou Macron. “Tantos como tivemos a correr atrás daqueles que não tinham máscara”, retorquiu Le Pen, que quer, eventualmente, proibir o hijab em espaços públicos, porque acredita que a maioria das mulheres jovens que o usa é forçada a fazê-lo.

Macron acusou a adversária de vincular com muita facilidade o hijab ao “islamismo” e prometeu que, se for eleito, não haverá proibição de utilização de hijab, do quipá ou de qualquer símbolo religioso em público.

Se for eleita, a candidata do RN disse ter a intenção de fazer um referendo sobre imigração, com o objectivo de tornar automática “a expulsão de criminosos e delinquentes estrangeiros” e estabelecer “prioridade nacional” para o acesso ao trabalho e à habitação social.

A “céptica do clima” e o “hipócrita do clima”

Apesar de ser um forte defensor do acordo de Paris, Macron desapontou muitos ecologistas franceses com as medidas “verdes” do seu Governo e com a decisão de duplicar a utilização da energia nuclear para reduzir as emissões de carbono. No entanto, durante o debate não hesitou em rotular Le Pen de “céptica do clima” por causa das suas propostas, nomeadamente a de acabar com as turbinas eólicas do país, que geram energia renovável.

“Eu não sou céptica do clima, mas você é um hipócrita do clima”, disse Le Pen, referindo-se aos esforços de Macron para tentar ganhar eleitores da esquerda radical com o trunfo do clima.

Macron acusa Le Pen de querer sair do euro “mas sem o dizer”

Macron acusou a sua adversária de extrema-direita de querer tirar o país do euro, “mas sem o dizer”, declarando que, como em 2017, o projecto de Le Pen significaria a saída de França da União Europeia (UE).

Face a isso, o candidato social-liberal reiterou a sua confiança “na Europa e no eixo franco-alemão” que, na sua opinião, “vai permitir avançar na soberania europeia” contra outras superpotências.

Le Pen respondeu que “a soberania europeia não existe, porque não há cidadania europeia”. “Você quer substituir a soberania francesa pela soberania europeia e é por isso que põe a bandeira europeia [da UE] sob o Arco do Triunfo”, ripostou Le Pen.

A candidata da União Nacional (RN, na sigla em francês) insistiu na sua ideia de reformar “profundamente” a UE para a transformar numa aliança de nações.

Le Pen acusou a Comissão Europeia de interferir nas decisões nacionais dos seus membros e na “multiplicação de acordos internacionais de livre comércio” que prejudicam os agricultores franceses.

Duelo aguardado com grande expectativa

O duelo televisivo entre o actual presidente e a candidata de extrema-direita, que reeditam a corrida presidencial de 2017, começou às 21h00 locais (20h em Portugal) e era aguardado com grande expectativa, uma vez que Macron não participou em nenhum debate antes da primeira volta, realizada a 10 de abril.

As agências internacionais relataram que os dois candidatos optaram por ter as agendas livres na véspera do debate e por concentrar esforços na preparação do frente a frente.

De um lado estava um presidente cessante que terá de defender o seu desempenho nos últimos cinco anos, enquanto do outro está uma candidata com más recordações do duelo televisivo de 2017, no qual surgiu mal preparada e cansada. Le Pen já afirmou ter aprendido a lição. Há cinco anos, mais de 16 milhões de espectadores assistiram ao debate, segundo o Le Monde.

Para Le Pen, que tem ficado atrás de Macron nas sondagens eleitorais, o confronto tão esperado era uma oportunidade de convencer os eleitores de que tem capacidade para ser presidente e que os franceses “não devem temer ver a extrema-direita no poder”.

Na primeira volta, Macron obteve 27,85% dos votos, contra os 23,15% da rival. Sondagens recentes anteveem que o presidente cessante irá conquistar uma votação que oscilará entre os 54,5% e os 56% e Le Pen que conseguirá entre 44% a 45,5% dos votos.

 

[Foto: EPA/LUDOVIC MARIN / POOL – fonte: http://www.publico.pt]

 

El éxito de la estrategia del dirigente francés en la primera vuelta puede significar su fracaso en la segunda

Emmanuel Macron saluda a los trabajadores sanitarios a su llegada a un centro en Mulhouse, en el este del país, en un acto de campaña, este martes.

Escrito por Javier Carbonell y  

El 10 de abril, los franceses acudieron a las urnas para determinar quiénes se verían las caras en la segunda vuelta de las elecciones presidenciales francesas. Paradójicamente, una primera vuelta similar a la de 2017 —con Emmanuel Macron con un 27,6% de los votos, Marine Le Pen 23% y Jean-Luc Mélenchon 22%— nos deja una segunda vuelta muy diferente. Si bien es probable que Emmanuel Macron revalide, por primera vez en 10 años existen sondeos y mercados predictivos que sugieren la posibilidad de que Le Pen pueda llegar al Elíseo.

Ante el auge de la extrema derecha, hemos visto a un Macron ausente de la campaña, negándose a participar en ningún debate y permitiendo que la extrema derecha imponga los temas. Esta ha sido una apuesta muy arriesgada que, sin embargo, contrariamente a lo que muchos analistas predecían, la estrategia de Macron le ha salido bien. Macron se ha quedado, con un 27,6%, en la parte alta de la horquilla que le daban las encuestas. ¿Por qué ha funcionado su estrategia?

La estrategia tenía tres pilares. El primero: dar un giro a la derecha para atraer a esa mitad del electorado de Valérie Pécresse que decía que le votaría en segunda vuelta. A primera vista y sin los microdatos disponibles todavía, dada la caída abismal de Los Republicanos y el aumento de Macron, parece que le ha funcionado. El giro a la derecha del Gobierno de Macron en política fiscal (eliminando el impuesto a las fortunas), en política migratoria (uno de sus ministros llegó incluso a acusar a Le Pen de ser demasiado blanda con el islamismo) y en su uso del lenguaje clasista ha preparado esa estrategia durante los últimos cinco años. La caída de Pécresse se enmarca en un proceso de décadas de decadencia de los partidos tradicionales, ya que en Francia, como en otros países europeos, se está recomponiendo el sistema de partidos en una estructura tripartita compuesta por un centro neoliberal (Macron), una derecha nacionalista (Le Pen y Éric Zemmour) y una izquierda soberanista (Mélenchon). Macron jugó a polarizar el electorado de Pécresse entre él y la extrema derecha y, al parecer, la maniobra le ha salido bien.

El segundo pilar es el más problemático desde el punto de vista de la salud democrática de Francia y consiste en no hacer campaña. Macron se dejó guiar por el principio de que la mejor campaña sería aquella que no pareciese una y se escudó en la gestión de la guerra de Ucrania para justificar su ausencia. No hacer debates ha evitado confrontar a Le Pen y Zemmour con sus relaciones con Vladímir Putin y ha permitido que la candidata de Reagrupación Nacional use la guerra de Ucrania para hablar sobre la pérdida de poder adquisitivo y profundizar en su estrategia de moderación. Sin embargo, Macron confió en el “efecto bandera” de la guerra de Ucrania y en evitar las críticas directas sobre su polémica gestión del Gobierno, lo que quizá habría alienado a su electorado más a la izquierda.

El tercer pilar es confiar, como en el cuento de Pedro y el lobo, en el miedo a que viene el lobo de la extrema derecha para movilizar el voto útil en torno a su candidatura. En este sentido, que Le Pen se acercase tanto en las encuestas en los últimos días le puede haber beneficiado para activar a todo el electorado que pensaba quedarse en casa porque el resultado estaba predicho de antemano.

Sin embargo, el éxito de la estrategia en la primera vuelta puede significar su fracaso en la segunda, ya que las fortalezas de estos pilares son debilidades en la segunda vuelta. En primer lugar, hoy en día el lobo da mucho menos miedo que antes. El proceso de dédiabolisation en el que se embarcó Le Pen hace años, a través del cual sustituyó el ultracatolicismo y racismo explícitos de su padre por una reapropiación de los principios republicanos, tales como el uso del laicismo para antagonizar a la comunidad musulmana francesa, ha cosechado sus frutos. Además, concentrarse en cómo la guerra de Ucrania afectaría al poder adquisitivo de los franceses y proponer medidas para paliar esta “prioridad nacional” le ha permitido erigirse como una de las candidatas que se ve más competente de solucionar la que, según las encuestas, es la principal preocupación de los franceses. Al final, Le Pen ha comprendido que el discurso nacionalista es más efectivo cuando se usa como marco para hablar de problemas cotidianos que cuando se convierte en un tema en sí mismo.

Asimismo, la irrupción del polemista Éric Zemmour ha acelerado ese proceso de normalización al pasar a ocupar la posición de radical de derecha, pese a que programáticamente no se diferencien tanto. Esto le ha permitido a Le Pen lograr una imagen de moderación por comparación. Estas dos tendencias se han traducido en los resultados de algunos sondeos que han sugerido niveles de confianza y popularidad muy altos para Le Pen.

En segundo lugar, muchos franceses, especialmente los de izquierda, se han dado cuenta de que Pedro les ha mentido demasiadas veces. Macron se presentó como un renovador “ni de izquierdas ni de derechas”, pero durante su mandato, redujo el impuesto a los ricos, las desigualdades han aumentado, adoptó posturas de la extrema derecha en temas de inmigración y reprimió con fuerza a los movimientos de las clases populares como los chalecos amarillos. Además, su gestión de la covid se fundamentó en imponer medidas impopulares y hablar de “joder” a una población cuyas reservas contra las vacunas están marcadas por la clase social. Todo esto ha provocado que entre la mitad y un tercio de los votantes de Mélenchon se vaya a abstener en la segunda vuelta y en que casi un tercio se esté planteando votar a Le Pen. No está claro, por tanto, que los votantes de izquierda que Macron necesita vayan a movilizarse a su favor.

Se espera una campaña para la segunda vuelta completamente distinta, una en la que ambos candidatos apelen al electorado de izquierdas, pero a través de caminos distintos. Le Pen profundizará su estrategia obrerista, de apelar a las necesidades económicas de los obreros y asalariados que han sufrido con las medidas de Macron. En su discurso del domingo, Le Pen apeló al Estado protector, a luchar contra el poder del dinero, a reconstruir las fracturas del país y a la solidaridad con los más desfavorecidos. Macron, por su parte, apeló a las preferencias de los votantes melenchonistas en temas “culturales” aludiendo al ecologismo, al humanismo frente a la guerra de Putin y a la lucha contra la xenofobia de la extrema derecha. Sin embargo, desdibujar su giro a la derecha en solo dos semanas parece una tarea complicada. La estrategia de Macron le ha salido bien para la primera vuelta, pero puede volvérsele en contra en la segunda.

Como en la historia de Pedro y el lobo, Macron ha usado demasiadas veces el miedo a que venga el lobo, y los electores de izquierda se han dado cuenta de que Pedro no es tan bueno con las ovejas como se suponía. En dos semanas, las y los ciudadanos franceses tendrán que decidir si vuelven a confiar en Pedro o si apuestan por el lobo.

Bernardino León Reyes es investigador doctoral y profesor asociado en Sciences Po París y Javier Carbonell es profesor asociado en el Instituto de Estudios Políticos de París. Ambos son analistas de Agenda Pública.

 

 

[Foto: LUDOVIC MARIN (AFP) – fuente: http://www.elpais.com]

De la famille Le Pen à Éric Zemmour, l’extrême droite française est poutinophile et admire son régime totalitaire. Nombre de ses figures ont entretenu d’excellentes relations avec le Kremlin, qui le leur rend bien.

Écrit par Daphné Deschamps

« SOS Russie, la démocratie française est en danger. » Dans le très huppé 16e arrondissement de Paris un petit groupe de personnes accroche une banderole sur les grilles de l’ambassade de Russie en France, pour que Moscou leur vienne en aide. Nous sommes le 26 mai 2013, en marge d’un cortège de la Manif pour tous, qui s’oppose à l’ouverture du mariage civil à tous les couples. Selon les manifestants, la France n’est plus une démocratie, en raison des arrestations de membres de la Manif pour tous suite à des violences. Pour eux, la Russie est un pays qui défend encore la famille, le mariage et… leur conception bien particulière de la démocratie.

Parmi ce groupe qui en appelle au soutien de Poutine : Anne-Laure Blanc. Elle dirige une association de défense de riverains qui ont menacé avec une arme à feu une manifestation de solidarité envers les exilés à Calais. À ses côtés, Jean-Yves Le Gallou, son époux, figure connue des intellectuels d’extrême droite, ancien élu du FN et désormais soutien d’Éric Zemmour.

Dans la famille Le Pen, on ne tarit pas d’éloges sur Vladimir Poutine

À l’époque de cette action (filmée), Jean-Yves Le Gallou a table ouverte à tous les événements de l’ambassade de Russie. Il est alors proche de Marine Le Pen, qu’il a conseillée l’année précédente avant un débat avec Manuel Valls. Ses liens avec le Kremlin remontent à loin, à l’époque du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne (GRECE), dont il est membre. Ce cercle intellectuel appartient à la Nouvelle droite, courant de pensée qui s’attache à mener la bataille culturelle pour rendre de nouveau acceptables les thèses d’extrême droite. L’un de ses fondateurs, Alain de Benoist, n’a jamais caché sa proximité avec Alexandre Douguine, idéologue russe du « néo-eurasisme », un « néo-conservatisme » russe.

Douguine est une figure majeure et incontournable de l’extrême droite russe, et ce dès les lendemains de la chute de l’URSS, lorsqu’il a cofondé avec Édouard Limonov le Parti national-bolchévique en 1993. Ancien conseiller à la présidence de la Douma, le parlement russe, il a fréquenté les dîners du GRECE, publié un ouvrage d’entretiens avec Alain de Benoist, donné des conférences avec Alain Soral… L’une de ses revues, Elementy, inspirée de la revue Éléments de la Nouvelle droite française, a par exemple mis en couverture « une rune d’Odal et une croix gammée dont les quatre branches se transforment en leurs extrémités en faucilles elles-mêmes croisées par des marteaux, pour évoquer le Soleil noir », dans un étrange amalgame de symboles nazis, soviétiques et d’occultisme fantasy, comme le rapporte l’historien Nicolas Lebourg dans son livre Les nazis ont-ils survécu ?. En janvier 2021, Zemmour a repris à Douguine l’idée qu’il faudrait « unir l’Eurasie » [1]. La Russie, Douguine et Poutine auraient la mission de sauver l’Europe, détachée de l’influence nord-américaine, et l’Eurasie et de les unir. Une vision qui peut séduire aussi bien des suprémacistes blancs que les conservateurs qui rejettent le libéralisme politique et le multilatéralisme post-guerre froide.

Dans la famille Le Pen, on ne tarit pas non plus d’éloges sur Vladimir Poutine. Dans un reportage de l’ancienne émission de Canal + Spécial investigation, Jean-Marie le Pen le décrivait en 2016 comme un homme « équilibré, compétent, patriote », disait avoir de l’« admiration » pour lui, et que c’était même « une chance pour la paix du monde » que Poutine soit à la tête de la Russie. Marine Le Pen n’a jamais caché son admiration pour l’occupant du Kremlin, qu’elle a rencontré en 2017. Sa nièce, Marion Maréchal, multipliait à l’époque les allers-retours en Russie. Alexandre Douguine n’est pas non plus un inconnu pour eux : Jean-Marie Le Pen a rencontré l’idéologue en 2014, lors d’une visite à Moscou, juste après que le FN a obtenu un prêt de neuf millions d’euros de la part d’une banque russe. Marion Maréchal est amie avec sa fille, Daria. Elle a aussi croisé Douguine, en mai 2014, lors d’une réunion à Vienne avec des représentants de la plupart des partis d’extrême droite européens.

Prêt de neuf millions d’euros

La réunion était organisée par l’oligarque Konstantin Melofeev, ultra-religieux (orthodoxe), soupçonné depuis d’avoir financé des mouvements séparatistes en Ukraine, notamment en Crimée. Il est accusé de déstabilisation politique dans la région, au point d’être désormais interdit d’entrée sur le territoire de l’Union européenne. Cette rencontre a eu lieu juste après l’annexion de la Crimée par la Russie, que Marion Maréchal a défendue dans tous les médias et à l’Assemblée nationale, tout comme sa tante.

Quelques mois après, en novembre 2014, Andreï Issaïev, vice-président de la Douma, et Andreï Kleemov, diplomate russe proche du président Poutine, sont les invités d’honneur du congrès du FN, durant lequel Marine Le Pen est plébiscitée. Ils y représentent Russie unie, le parti au pouvoir. Lors de son discours, Andreï Issaïev décrit le FN comme occupant « une place primordiale parmi les forces européennes » [2].

À ce moment, le FN vient de bénéficier du prêt de neuf millions d’euros de la part de la First Czech-Russian Bank (FCBR). Celle-ci fera faillite en 2016, et la créance passera de main en main jusqu’à ce qu’une firme aéronautique gérée par d’anciens militaires russes (Aviazapchast), commence à réclamer l’argent qui leur est dû. Le RN a maintenant jusqu’en 2028 pour finir de rembourser les huit derniers millions.

La Russie de Poutine : « Un pays idyllique » pour Philippe de Villiers

Sergueï Narychkine, président du parlement russe, est allé jusqu’à souhaiter un joyeux anniversaire à Marion Maréchal, « la plus jeune élue de l’Assemblée nationale française » en séance plénière de son assemblée le 10 décembre 2012, alors qu’elle participe à un forum organisé par les russes. Un « accueil honorant » pour Marion Maréchal, qu’elle décrit dans une interview donnée à son retour à ProRussia TV, une webTV émanant de la radio d’État russe et gérée par des cadres du FN et du Bloc identitaire. Narychkine avait rencontré sa tante, Marine Le Pen, au mois de juin, pour parler de divers sujets, dont le mariage gay. Voilà qui a dû plaire à Jean-Yves le Gallou.

Marion Maréchal a multiplié les déplacements en Europe de l’Est tout au long de son mandat de députée, défendant la Russie et son président à la moindre occasion, que ce soit à l’Assemblée nationale ou au cours d’interviews dans divers médias, pro-russes ou non. Quelques semaines avant l’annexion de la Crimée, elle se rendait ainsi sur les plateaux d’iTélé (devenue Cnews après son acquisition par le groupe Bolloré) pour réfuter la possibilité d’une telle annexion. Huit ans plus tard, Marine Le Pen faisait de même au sujet d’une potentielle invasion de l’Ukraine.

La députée du Vaucluse n’est pas la seule élue FN a s’être rendue en Russie ou en Crimée. Le plus fervent défenseur de Poutine en France est Thierry Mariani (ancien ministre de François Fillon et député du Vaucluse, désormais député européen du RN) : en 2015, en tant que président du groupe d’amitié France-Russie de l’Assemblée nationale, il était allé avec un groupe de députés français de droite visiter la Crimée annexée. Autre voyageur en terre russe : l’eurodéputé Nicolas Bay, rallié à Zemmour, à deux reprises en 2017 et 2018, ainsi que plusieurs membres du RN [3].

Cette poutinophilie d’extrême droite n’est pas propre aux seuls élus RN. Philippe de Villiers, fondateur du parc à thème identitaire Le Puy du Fou, ambitionnait d’installer son pendant russe à Moscou, puis en Crimée, projet qu’il partageait avec… l’oligarque orthodoxe Konstantin Malofeev (organisateur de la réunion de Vienne entre Douguine et les partis d’extrême droite européens). De Villiers avait même rencontré Vladimir Poutine à Yalta à l’été 2015. « Une rencontre inoubliable » avec le chef de ce qu’il décrira comme « un pays idyllique ». De Villiers, comme Zemmour qu’il soutient aujourd’hui à l’élection présidentielle, rêve d’un « Poutine français ».

Les fans de Poutine rallient Zemmour

Car l’autre candidat d’extrême droite à la présidentielle s’enthousiasme aussi pour Poutine se son régime dictatorial. Éric Zemmour l’a toujours défendu, tentant de minimiser sa responsabilité dans les conflits en Crimée et au Donbass… Il a multiplié les déclarations en faveur de Poutine, entre admiration et justification. Sa volte-face suite à l’agression de l’Ukraine est moins claire que celle de Marine Le Pen. Celle-ci s’est alignée avec les autres candidats, notamment sur l’accueil inconditionnel des réfugiés ukrainiens. Ce n’est pas le cas de Zemmour, qui avait d’abord catégoriquement refusé leur venue, avant d’accepter d’accueillir ceux qui avaient des « attaches » en France « le temps que les bombardements cessent ».

Cette ligne dure est aussi portée par ses soutiens, comme Marion Maréchal et Nicolas Bay, transfuges du Rassemblement national vers Reconquête !. D’ailleurs, la plupart des cadres du FN/RN, qui promouvaient la ligne pro-Poutine ont rallié le camp Zemmour. Cela suffirait-il à expliquer la plus grande difficulté de l’ancien polémiste à dénoncer la guerre et les massacres en Ukraine ? Certains médias pro-Zemmour, comme TVLibertés ou Livre Noir, semblent bien s’accommoder de cette ligne. Erik Tenger, fondateur du tout jeune média en ligne Livre Noir est d’ailleurs sur le front à Marioupol… embarqué avec les militaires russes, dans une voiture estampillée « Z », la marque des troupes militaires participant à l’invasion de l’Ukraine, devenue également le signe de ralliement de tous ceux qui la soutiennent.

 

 

Notes

[1Sur CNews, voir l’extrait.

[2Étaient également présents au congrès de 2014 d’autres figures de partis d’extrême droite européens : Matteo Salvini (Italie, Ligue du Nord), Heinz-Christian Strache (Autriche, FPÖ) et Geert Wilders (Pays-Bas, PVV/Parti de la liberté). Au congrès du FN de 2018, où le Front national est devenu la Rassemblement national, les intervenants étrangers officiellement présents avaient pour nom Steve Bannon (États-Unis, proche de Trump) et Philip Claeys (Belgique flamande, Vlaams Belang, extrême droite nationaliste flamande).

[3Dont Jean-Luc Schaffhauser, ancien élu du RN, considéré comme l’artisan du prêt de neuf millions, et Pierre Malinowsky, assistant parlementaire de l’ancien eurodéputé Aymeric Chauprade.

[Photo : CC BY-NC-ND 2.0 European Parliament via flickr – source : basta.media]

 

 

 

Un 16 de marzo de 1892 nacía el poeta peruano César Vallejo, uno de los máximos exponentes de la poesía vanguardista latinoamericana del siglo XX.

César Vallejo es uno de los fundadores de la poesía en América Latina y una figura decisiva en la literatura mundial del siglo XX. Sus versos construyeron una forma literaria distinta pero también fueron más allá, para proponer una visión desafiante de la historia humana. Impactado por el mensaje cristiano de igualdad y solidaridad, por la Revolución rusa y por el compromiso universalista que desató la defensa de la República española, la obra de Vallejo da testimonio del contacto fértil con una verdad: la del «acontecimiento comunismo».

Toda su poesía muestra cómo una voz va siendo tramada por una verdad que, en este caso, es una verdad política, que busca la emancipación humana y lucha por ella. Son versos que observan las posibilidades todavía no realizadas en la historia e intentan convocarlas con decisión. Si hoy reconocemos que Vallejo es un clásico de la literatura, es porque su obra trae una verdad que agujerea el sentido de lo dado y restituye el universal de la justicia humana.

Una poesía de lo universal

Ya va a venir el día; da
cuerda a tu brazo, búscate debajo
del colchón, vuelve a pararte
en tu cabeza, para andar derecho.
Ya va a venir el día, ponte el saco.

La poesía de Vallejo es, en efecto, una que surge de una profunda convicción política pues reconoce que, a lo largo de la historia, han sucedido un conjunto de hechos que traen consigo ideas universales de justicia y de igualdad que recorren todos los tiempos. Si bien sus versos nunca tuvieron reparo en reconocer cómo los seres humanos nos acobardamos ante el acontecimiento (¡como quedamos de tan quedarnos!, dice una notable línea de Trilce XIX), lo cierto es que buena parte de sus poemas constatan cómo los sujetos somos capaces de tomar decisiones y ser fieles a un ideal aun cuando todo se ha vuelto adverso. «El hombre se identifica por su pensamiento afirmativo, por las verdades singulares de las que es capaz, por lo inmortal que hace de él el más resistente y el más paradójico de los animales», ha subrayado Badiou en La Ética.

Como expongo en mi libro, César Vallejo: un poeta del acontecimiento, Vallejo entendió al comunismo como la posibilidad de reconciliar al hombre con el pasado, con la naturaleza y consigo mismo. Si la historia humana era un larguísimo relato de escasez y explotación social, el comunismo podría convertirla en una acción productiva, justa e igualitaria. Vallejo celebraba los adelantos de la modernidad pero cuestionaba la concentración de capital, la nueva cultura del consumo y los intereses dominantes de los centros de poder.

Ya desde Lima, pero sobre todo en Europa, Vallejo comenzó a sentirse parte de aquellas demandas que reclamaban un cambio radical. Vallejo llegó a Europa luego de la Primera Guerra Mundial, conoció los avances de la Revolución rusa, sufrió la crisis económica de 1929, observó las luchas obreras por todo el continente y contempló —con horror— el surgimiento del fascismo. En lo personal, vivió la pobreza en carne propia, pues casi no tuvo un trabajo estable: sus crónicas periodísticas fueron siempre mal pagas, remuneradas con retraso o directamente carecieron de retribución alguna.

Es muy conocido este fragmento de una carta dirigida Pablo Abril de Vivero el 27 de diciembre de 1928: «Voy sintiéndome revolucionario y revolucionario por experiencia vivida más que por ideas aprendidas».

Ya viene el día; dobla
el aliento, triplica
tu bondad rencorosa
y da codos al miedo, nexo y énfasis,
pues tú, como se observa en tu entrepierna y siendo
el malo ¡ay! inmortal,
has soñado esta noche que vivías
de nada y morías de todo…

En esta poesía, el comunismo se refiere a un exceso que se desborda frente al estado normal de la realidad. Sabemos que toda verdad trae algo excesivo porque anuncia la emergencia de algo verdaderamente nuevo. ¿En qué consiste? El comunismo ofrecía una «sociedad de productores asociados» donde el excedente no quedaba privatizado, donde las relaciones entre capital y trabajo siempre podían reinventarse y donde el bien común era el marco general para la realización personal. En esta poesía, el comunismo fue muchas cosas; pero, sobre todo, fue un exceso de la voluntad. La «idea comunista» invitaba a la articulación de las viejas demandas de la historia, las durísimas luchas del presente y la necesidad producir un verdadero cambio histórico. Vallejo vio en el comunismo la posibilidad de superar a una subjetividad victimizada y temerosa de sí misma.

El sujeto de la poesía de Vallejo es, sobre todo, un sujeto de la voluntad. Si su poesía tiene un componente ético, ello ocurre a razón de que intenta reconstruir la categoría de sujeto. La idea es la siguiente: un sujeto solo se vuelve un sujeto (un hombre humano, en sus palabras) cuando opta por ser fiel a una verdad; cuando se involucra con el acontecimiento, cuando toma una decisión que lo transforma por completo.

Vallejo observa que la vida humana es fundamentalmente una inercia (se compone de días, dice un famoso verso) y que solo la aceptación del acontecimiento puede forzarla a salir de su entrampamiento circular. «Todo sujeto está en el cruce de una repetición, de una interrupción, de un emplazamiento y de un exceso», sostuvo Badiou en la Teoría del sujeto, en su necesidad de argumentar cómo «un animal humano» solo se convierte en sujeto cuando está dispuesto a resubjetivizarse; vale decir, a transformarse a razón de haber experimentado el contacto con ese procedimiento de verdad que el acontecimiento trae consigo.

Por eso, en sus últimos poemas, Vallejo se propuso celebrar a un conjunto de personajes que defendieron la «idea comunista» hasta las últimas consecuencias. Se trata de personajes que fueron capaces de tomar una decisión, que no se rindieron ante las dificultades y que no dudaron en entregar su vida heroicamente. Si Vallejo escribió sobre ellos, lo hizo con la intención de generar un contraste: neutralizar el carácter reactivo ante la verdad del acontecimiento. Esta es una poesía que observa cómo los procesos de subjetivación personal están íntimamente relacionados con la fidelidad o infidelidad ante una decisión que siempre es muy difícil asumir.

Muchos poemas sostienen que la única forma de ser verdaderamente humano consiste en la voluntad por exceder a la humanidad común y aspirar hacia algo mayor. Esta reconciliación con lo excesivo solo puede surgir en el momento en que el sujeto ha decidido ser fiel a la verdad del acontecimiento. «De la única cosa de la que se puede ser culpable es de haber cedido en su deseo», sostuvo Lacan para subrayar que el sujeto no debe dejarse chantajear por la falta de garantías. De múltiples maneras, la poesía de Vallejo promueve no tenerle miedo a las decisiones y a los actos que estas implican. Se trata de una poesía que invita a insistir en las verdades más allá de las derrotas.

Un poeta del futuro

Vallejo es un poeta que nos coloca ante una ética de la responsabilidad y de la convicción. A pesar de todos los fracasos ocurridos, su poesía insiste en que hay que seguir adelante y apuntar a lo imposible. En muchos de estos versos (vale decir, en las descripciones a los voluntarios de la República, de Pedro Rojas, de Ramón Collar, entre otros), Vallejo se esfuerza por representar el sacrificio de quienes optaron por sostener ese deseo y por transformarlo en un «acto».

Es cierto que muchas veces estos personajes se quedan solos o fracasan, pero no es menos verdadero que son heroicos porque su fidelidad a la verdad demuestra la falta inherente que hay en lo simbólico. Por eso mismo, ellos escenifican la pasión o la voluntad de ir más allá del sentido común, de tener el coraje para convertir la pulsión en deseo o, mejor dicho, de encausar el exceso humano hacia una nueva opción política.

Pedro Rojas, así, después de muerto,
se levantó, besó su catafalco ensangrentado,
lloró por España
y volvió a escribir con el dedo en el aire:
«¡Viban los compañeros! Pedro Rojas».
Su cadáver estaba lleno de mundo.

La poesía de Vallejo anuncia el acontecimiento, constata su presencia en el mundo y, finalmente, lo defiende a pesar de las derrotas. Vallejo se dio cuenta, al decir con Žižek, que «las verdaderas ideas son indestructibles y vuelven siempre que se anuncia su muerte». Por eso, sigue Žižek, «como el poeta de los vencidos, buscó generar una temporalidad diferente para fundar un tiempo nuevo».

Digámoslo de otra manera: aunque la historia quiera hacernos creer que este tipo de causas están irremediablemente perdidas, aunque se nos machaque día a día de la imposibilidad de estas causas, aunque se nos diga que el capitalismo es el único horizonte y que la justicia social no es posible, la poesía de Vallejo siempre invita a salir en busca de España, a nunca claudicar en la crítica al poder. Desde este punto de vista, Vallejo es siempre un poeta del presente, un poeta del futuro, el poeta más contemporáneo del mundo por venir.

 

[Fuente: http://www.jacobinlat.com]

Escrito por Amílcar Nochetti

Hay notas que dan pena tener que escribirlas, y esta es una de ellas. El 11 de diciembre una leyenda viviente del cine francés, Jean-Louis Trintignant, cumplió 90 años, muy lejos de todos los focos de la atención pública, en su finca del sur de Francia. “Llegar a viejo no es para todos, hay que ser valiente para soportarlo”, decía Bette Davis, y la reflexión se aplica al caso de Trintignant, que entre 1956 y 2003 vivió con enorme intensidad, acariciando la gloria artística, amando a varias esposas y a muchas mujeres, padeciendo un momento de congoja familiar y gozando del riesgo aventurero de gustarle las carreras de coches y motos, con el constante peligro que ello conlleva. Pero en 2003 su vida acabó de la noche a la mañana, como el propio actor ha manifestado en varias ocasiones. En su caso se dan la mano, por partes iguales, una vida llena de luces y sombras, y una carrera de 143 películas a lo largo de seis décadas intensas como pocas.

EN EL PRINCIPIO. Todo comenzó el 11 de diciembre de 1930 en Piolenc, cantón de Vaucluse, Francia, fecha y lugar en el que nació Jean-Louis, hijo de Claire Tourtain y Raoul Trintignant, un industrial de clase alta que oficiaba de alcalde de Pont-Saint-Esprit y consejero general del cantón del mismo nombre. Tenía además dos tíos que lo marcarían desde su más tierna infancia, Louis y Maurice Trintignant. Ambos se habían destacado en el automovilismo, y aunque el primero de ellos había muerto en un accidente durante el entrenamiento de una carrera teniendo Jean-Louis solo dos años de edad, el segundo llegaría a ser piloto de Fórmula 1 y dos veces vencedor de las 24 horas de Le Mans. No parece raro entonces que el inquieto Jean-Louis eligiera desde niño seguir ese camino, pero tras la liberación de París en 1944 descubrió la poesía de Jacques Prévert, Guillaume Apollinaire y Louis Aragon, autores que lo marcaron a fuego y lo encaminaron por la vía de las letras. De todas maneras, la afición por la velocidad no lo abandonaría jamás, al punto que, en 1972, declaró que “yo hice cambiar de idea a Claude Lelouch cuando me dio a leer el guion de Un hombre y una mujer. Allí el protagonista era un médico, y yo le propuse convertirle en piloto y utilizar para las escenas mi propio coche de carreras. Y él aceptó, porque yo ya tenía entonces una licencia especial, había participado en el Rally de Montecarlo y estaba habituado a correr a bastante velocidad con mi Mercedes”. Poco después de esa declaración Trintignant tuvo un serio accidente, del que le quedaron secuelas físicas por las que los médicos le prohibieron seguir participando en carreras automovilísticas. Entonces comenzó a dedicarse a las motos, hasta que en una etapa ya avanzada (a los 76 años) terminó quebrándose una pierna y luxándose la cadera al perder el control de su Honda. A partir de ese momento debió ayudarse con un bastón para poder desplazarse sin dificultad, y eso se nota en una escena de la película Amor de Michael Haneke, en la que tiene que agarrar una paloma que se cuela en su apartamento: el director obligó al actor a realizar el esfuerzo en una sola toma, y el espectador atento podrá advertir cómo le cuesta levantarse del suelo una vez que atrapa al ave.

Pero nos hemos adelantado toda una vida, como si la velocidad que tanto amó también me dominara a mí. Lo cierto es que, pasiones apartes, el descubrimiento de la literatura llevó al joven Jean-Louis a estudiar Derecho en la Facultad de Aquisgrán, y fue allí que en 1949 vio una representación de El avaro de Molière dirigida por Charles Dullin, lo cual fue una verdadera revelación. Decidió abandonar sus estudios para seguir los cursos que Dullin y Tania Balachova daban en París, lo que le ayudaría a superar con bastante lentitud, según ha repetido hasta el cansancio, su extrema timidez. En 1951 comenzó su labor en teatro en la compañía de Raymond Hermantier, y luego continuó en la Comédie de Saint-Etienne, interviniendo como actor de reparto en un celebrado Macbeth dirigido y protagonizado por Jean Dasté. Inquieto como pocos, se sintió atraído también por el cine, y siguió el curso de director en el IDHEC (Instituto de Estudios Cinematográficos Avanzados). Sin embargo, su interesante fotogenia, su juvenil porte -mezcla de factible galán y temeroso chico de los mandados- y la simpatía que provocaba en las jóvenes de los estudios le llevaron a probarse como actor. Debutó en un film menor, Si todos los hombres del mundo (Si tous les gars du monde…, Christian-Jaque, 1955), y repitió la experiencia en el policial negro Pasiones sin ley (La loi des rues, Ralph Habib, 1955), donde tuvo mayor participación. Allí también pueden verse en roles de reparto a Lino Ventura y Louis De Funes. Y luego su vida dio un vuelco total, porque el escándalo que causó su tercer film, donde ya fue coprotagonista, lo catapultó a una inesperada fama.

ESCÁNDALO Y FAMA. El escándalo tuvo dos nombres: el de la película que lo causó, Y Dios creó a la mujer (Et Dieu… créa la femme, Roger Vadim, 1956), y la mujer que lo precipitó, una chica de 22 años casada con el director del film, que se llamaba Brigitte Bardot. Es a partir de esta película que B.B. se convirtió en un verdadero mito erótico, sobre todo gracias a una escena de feroz baile sobre una mesa, rodeada de hombres morenos. Trintignant era el tímido enamorado que se casaba con ella, aunque esa bomba sexual en realidad estaba encandilada por su cuñado (Christian Marquand), mientras era cortejada por el dueño de un astillero (Curd Jürgens): Tres hombres obsesionados por una misma mujer, que lucía bastante ligerita de cascos y de ropa, era mucho para la Iglesia católica y las ligas de la moralidad, que llevaron a cabo una verdadera guerra contra el film. Lo único que consiguieron fue hacer ganar millones a Vadim y convertir a B.B. en uno de los animales sexuales más potentes de la historia del cine. Montevideo no podía permanecer ajeno al escándalo, y hay un dato revelador de la pacatería que padecíamos. Los espectadores montevideanos contábamos con carteleras completas en los diarios, y en ellas las películas tenían un número entre paréntesis. Era la calificación de Acción Católica, que solo El Día se negaba a publicar. Esa calificación marcaba: “1A, para todo público; 1B, para mayores de 11 años; 2A, para mayores de 15 años; 2B, con reparos para mayores de 21 años; 2C, con graves reparos para personas mayores de sólido criterio; 3, recomiéndase encarecidamente no ver; 4, prohíbese ver”. Por supuesto que a la película no la salvó ni siquiera la invocación divina del título, y se llevó un rotundo 4.

Pero hubo un segundo escándalo en torno al film, y fue que durante su rodaje Jean-Louis y Brigitte mantuvieron un tórrido amantazgo, que derivó en dos divorcios y una huida. Por un lado, llegó la ruptura definitiva entre Vadim y B. B. Por otro, hay que decir que desde 1954 Trintignant estaba casado con la joven actriz Stéphane Audran, que más tarde sería la esposa y musa del director Claude Chabrol, y que de la mano del danés Gabriel Axel lograría una imborrable labor en La fiesta de Babette. Obviamente, el matrimonio de Jean-Louis y Stéphane tampoco sobrevivió al escándalo. Pero como la prensa seguía acosando al actor mientras rodaba un par de películas más, el joven decidió no demorar más el servicio militar obligatorio y estuvo sirviendo hasta 1959 en Argelia. La jugada era peligrosa, porque su carrera recién despuntaba y pudo venirse a pique sin remedio. Sin embargo, a la larga fue una decisión muy inteligente. La estadía en Argelia no solo le sirvió para darse cuenta de que debería formar una familia si quería sobrevivir a la mundana falsedad del cine, sino que también le mostró que en el panorama mediterráneo se gestaba una nueva realidad política, la cual lo haría vincular a películas comprometidas a lo largo de los años 60 y 70. Pero empezó por lo primero: en 1961 se casó con la hermana de los actores Christian y Serge Marquand, Nadine, que con el apellido Trintignant luego desarrollaría una estimable carrera como directora. Esa mujer le dio tres hijos al actor: Marie (1962), Pauline (1969) y Vincent (1973), hasta que se divorciaron en 1976.

Una segunda señal de inteligencia fue la manera en que retornó a la profesión. Como para minimizar el escándalo anterior, aceptó el rol secundario que Roger Vadim le ofreció para su adaptación a época actual de Las relaciones peligrosas (Les liaisons dangereuses, 1959), con Gérard Philipe, Jeanne Moreau y Annette Stroyberg (nueva esposa de Vadim), donde a Trintignant le tocó en suerte el rol del joven Danceny, que en 1988 encarnaría Keanu Reeves en la versión de Stephen Frears. Y de inmediato, un nuevo acierto: se fue a Italia y protagonizó la estupenda Verano violento (Estate Violenta, Valerio Zurlini, 1959), historia ambientada en 1943, con un joven y sus amigos pasando el verano entre bailes, excursiones y escarceos amorosos, mientras sus influyentes padres los libraban de entrar en el ejército, aunque a la larga les será imposible evitar los desastres de la guerra.

Los años 60 fueron muy productivos para el actor. Aparte de un memorable Hamlet realizado en teatro, Trintignant intervino en 42 películas en solo diez años. Conviene recordar brevemente las doce más importantes para su carrera:

Los crímenes del castillo (Pleins feux sur l’assassin, Georges Franju, 1961), policial rocambolesco con varios herederos desesperados por hallar el cadáver de un conde, ya que si no aparece tendrán que esperar cinco años para cobrar la herencia.

Ana (Le combat dans l’île, Alain Cavalier, 1962), con la doble vida de Trintignant como miembro de una organización terrorista de ultraderecha, vinculando a su esposa (Romy Schneider) en los atentados.

Il Sorpasso (ídem, Dino Risi, 1962), donde es un responsable estudiante de Derecho, extremadamente tímido, que se deja llevar por un vividor (Vittorio Gassman) para iniciar un alocado viaje en automóvil. Pese al capolavoro de Gassman, Trintignant estaba a la altura de las circunstancias.

Mata Hari (Mata Hari, Agent H21, Jean-Louis Richard, 1964), con Jeanne Moreau como la mítica espía alemana intentando seducir al enamorado capitán francés Trintignant.

Crimen en el coche-cama (Compartiment tueurs, Costa-Gavras, 1965), policial que se ambienta en un tren de Marsella a París: un cadáver, seis sospechosos y un policía (Yves Montand) a cargo de la resolución del asesinato. Trintignant es uno de los sospechosos.

¿Arde París? (Paris brûle-t-il?, René Clément, 1966), coproducción franco-americana sobre los últimos días de la ocupación nazi. Medio centenar de estrellas apareciendo cinco minutos cada una, entre las cuales Trintignant es un traidor a la resistencia.

Un hombre y una mujer (Un homme et une femme, Claude Lelouch, 1966): el mayor éxito del cine galo hasta el momento consagró a Trintignant en el mercado internacional. El romance de dos viudos (Anouk Aimée y él) que se conocen al llevar a sus hijos a la escuela. El resultado es un caramelo, y demostró que como cineasta Lelouch es un notable fotógrafo. Al exitoso combo ayudó mucho la banda sonora de Francis Lai, Baden Powell y Vinicius de Moraes. Dos décadas después Lelouch, Aimée y Trintignant se reunirían en una fallida continuación de la historia, y en 2019 llegarían a realizar una tercera parte.

El hombre que miente (L’homme qui ment, Alain Robbe-Grillet, 1968), film exhibido en Uruguay con retraso y en el circuito cultural, que valió a Trintignant el Oso de Plata en Berlín. Historia ambientada en Checoslovaquia luego de finalizada la guerra, de tintes surrealistas eróticos, entre un hombre y tres hermanas solitarias y neuróticas.

Las dulces amigas (Les biches, Claude Chabrol, 1968), con una lesbiana rica y apática (Stéphane Audran) que recoge en la calle a una joven artista (Jacqueline Sassard) y viven felices, hasta que un arquitecto seduce a la chica y enfurece a la mujer mayor.

El gran silencio (Il Grande Silenzio, Sergio Corbucci, 1968): insólita participación de Trintignant en un spaghetti-western, aunque aceptó el rol solo porque su personaje no hablaba. Allí encarnó a Silenzio, un pistolero a sueldo, mudo desde que le cortaron la garganta siendo niño. El temible Klaus Kinski era el villano de turno.

Mi noche con Maud (Ma nuit chez Maud, Eric Rohmer, 1969): el ingreso de Jean-Louis al cine intelectual. Un ingeniero católico a la salida de la misa descubre a la rubia Marie-Christine Barrault, con la cual intuye que algún día se casará, pero la pierde en la multitud. Poco después conocerá a Maud (Françoise Fabian), bella divorciada marxista que quizá pueda alterarle sus convicciones.

Z (Z, Costa-Gavras, 1969), otro de los mayores éxitos del cine francés y del actor, que ganó el premio en Cannes encarnando al juez que debe investigar la muerte de un político ecologista (Yves Montand), en una Grecia convulsionada ante el advenimiento de la dictadura de los coroneles.

PRIMER DOLOR. Pero de un zarpazo la vida le cobró a Trintignant los galardones recibidos en Berlín y Cannes. En 1969 había nacido su segunda hija, Pauline, pero a los nueve meses de edad falleció, para desazón de Jean-Louis y su esposa Nadine. La causa fue lo que usualmente se llama “muerte de cuna” o “muerte súbita”, que es la muerte fortuita de un bebé aparentemente sano. Se produce durante el sueño. El síndrome de muerte súbita de un bebé no es una enfermedad ni una dolencia, y ha sido motivo de intensas investigaciones, pero desafortunadamente aún se desconocen las causas exactas que lo provocan. Los bebés simplemente dejan de respirar. El término se aplica cuando un niño menor de un año muere repentinamente y no se puede determinar la causa exacta del fallecimiento. Algunos expertos suponen que la muerte súbita sucede cuando un bebé tiene una vulnerabilidad subyacente (el desarrollo inmaduro del corazón o de su aparato respiratorio) o cuando está expuesto a ciertos factores de riesgo, como dormir boca abajo o con ropa de cama suave o acolchada durante ese período del desarrollo.

Cabe aclarar que, aunque la obligación de los padres es estar constantemente pendientes del bebé, el síndrome no se puede diagnosticar, y tampoco es resultado de un descuido, sino que puede ocurrirle a cualquier bebé. Empero, Trintignant siempre se sintió culpable de esta pérdida, como dijo a la prensa luego del divorcio de su esposa Nadine: “Mi segunda hija murió asfixiada a los nueve meses en un desgraciado accidente doméstico. Fue en Roma, donde me encontraba por razones de trabajo. Y aunque los médicos dijeron que fue un síndrome, siempre he creído que la culpa fue por la regurgitación de leche cuando tomaba el biberón. Si hubiéramos estado más atentos quizás esto no hubiera sucedido. Lo cierto es que fue un duro golpe para nosotros”. 

DE 1970 A 1998. La actividad de Trintignant durante las décadas siguientes continuó de manera infatigable: 75 películas en 29 años, en las que se vinculó a los mejores cineastas del período, a lo que hay que agregar un progresivo alejamiento de la pantalla y una notoria dedicación al teatro, a partir de 1988. En ese lote extenso y heterogéneo hay diecisiete películas que convendría no olvidar.

El conformista (Il Conformista, Bernardo Bertolucci, 1970), notable radiografía del fascismo mussoliniano y una de las mejores labores del actor, en una exploración amarga de la culpa de un país que no puede reponerse a sus miserias humanas.

Sin motivo aparente (Sans mobile apparent, Philippe Labro, 1971), intenso policial con un asesino sembrando el terror en Niza y un inspector (Trintignant) investigando el caso.

El atentado (L’attentat, Yves Boisset, 1972), thriller político basado en el asesinato del líder marroquí Ben Barka (Gian María Volontè), torturado hasta la muerte por agentes secretos franceses dirigidos por el ministro del Interior marroquí (Michel Piccoli). Jean-Louis es un amigo íntimo de Ben Barka que, sin darse cuenta, es utilizado por los futuros asesinos. Uno de sus roles más despreciables, en uno de sus films más comprometidos.

El último tren (Le train, Pierre Granier-Deferre, 1973), una clandestina historia de amor entre Jean-Louis y Romy Schneider, en el marco de la ocupación nazi de Francia.

El cordero enardecido (Le mouton enragé, Michel Deville, 1974), comedia satírica sobre un modesto empleado bancario que consigue hacerse rico y de esa forma conquista a sus mujeres soñadas (Romy Schneider, Jane Birkin, Florinda Bolkan).

La mujer del domingo (La Donna della Domenica, Luigi Comencini, 1975), mezcla de drama y policial, con un comisario (Marcello Mastroianni) que investiga el asesinato de un arquitecto y sospecha de una dama rica (Jacqueline Bisset) y su amigo (Trintignant).

Desafío a la ley (Flic Story, Jacques Deray, 1975), thriller basado en el caso real de la cacería que el detective Roger Borniche (Alain Delon) llevó a cabo para capturar a Emile Buisson (Trintignant), el enemigo público nº 1 de los años 40 y 50.

Desierto de los tártaros (Il Deserto dei Tartari, Valerio Zurlini, 1976), la película más perfecta sobre la espera inútil, con una serie de personajes aguardando en un fuerte una revolución que nunca llega. Trintignant es el médico del lugar.

La terraza (La Terrazza, Ettore Scola, 1980), cuatro amigos (Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Marcello Mastroianni, Trintignant) y sus familias, en el marco de una fiesta reveladora de una serie de miserias ocultas.

Mar de fondo (Eaux profondes, Michel Deville, 1981), adaptación de novela de Patricia Highsmith, sobre esposa casquivana (Isabelle Huppert) y marido que parece soportar con estoicismo la situación, aunque a veces las apariencias engañan.

La noche de Varennes (La nuit de Varennes, Ettore Scola, 1982), drama histórico que se ambienta en el momento en que Luis XVI intenta huir de Francia a Alemania. En medio de un lustroso elenco, Trintignant tiene una aparición breve pero fundamental.

Golpear al corazón (Colpire al Cuore, Gianni Amelio, 1983), el abismo entre la relación de un padre (Trintignant), un profesor de izquierdas, y su introvertido hijo (Fausto Rossi), ambientada en la convulsionada Italia de las Brigadas Rojas.

Confidencialmente tuya (Vivement dimanche!, François Truffaut, 1983), comedia que homenajea a la serie negra, con un hombre (Jean-Louis) acusado del asesinato de su esposa, y su joven secretaria (Fanny Ardant), enamorada de él, que investiga por su cuenta para descubrir al verdadero culpable… si es que lo hay.

Bajo fuego (Under Fire, Roger Spottiswoode, 1983), único film rodado en Hollywood por Trintignant, sobre periodistas en Nicaragua (Nick Nolte, Gene Hackman, Ed Harris, Joanna Cassidy) durante la victoria sandinista. Trintignant es un francés sibilino que trabaja para cualquier bando. Aparece poco, pero recita el mejor parlamento del film: “Ustedes los periodistas me encantan, aunque son unos sentimentales de mierda. Aman a los poetas, los poetas aman a los marxistas, los marxistas solo se aman a sí mismos, y el país ama esa retórica. Pero al final todos caemos bajo las garras de la tiranía”.

El próximo verano (L’été prochain, Nadine Trintignant, 1985), una sensible historia con padres (Philippe Noiret, Claudia Cardinale), hijas (Fanny Ardant, Marie Trintignant) y amantes (Jean-Louis), acerca de las cosas fáciles y difíciles de la vida.

Mira a los hombres caer (Regarde les hommes tomber, Jacques Audiard, 1994), la historia de un hombre (Jean Yanne) que persigue a los asesinos de un amigo. Cuando da con ellos comprueba que son dos seres muy peculiares (Trintignant, Mathieu Kassovitz).

Rouge (ídem, Krzysztof Kieslowski, 1994), una cumbre interpretativa de Trintignant, en el rol de un juez retirado que oficia como una suerte de dios profano en la vida de quienes le rodean, en especial de una joven (Irène Jacob) con la que entabla una relación que oscila del rechazo inicial a un irresistible magnetismo paterno-filial.

MARIE Y EL TERRIBLE 2003. Durante parte de los años 80 y toda la década del 90 Trintignant se había dedicado más al teatro que al cine, llegando a obtener un resonante suceso con su espectáculo Apollinaire, que paseó por varios países de Europa occidental. En forma paralela, esos años fueron los que dieron fama a su hija Marie. La joven había aparecido desde niña en algunos films dirigidos por su madre, e incluso tuvo un rol breve pero interesante en Serie negra de Alain Corneau, su padrastro (1979). Sin embargo, su debut verdadero fue junto a su padre en La terraza de Ettore Scola (1980), y a partir de entonces se forjó una sólida carrera por sí misma, con grandes papeles en títulos como Un asunto de mujeres de Claude Chabrol (1988), con Isabelle Huppert, o la cautivadora Ponette de Jacques Doillon (1996). Marie tuvo cuatro hijos: uno en 1986 con el baterista Richard Kolinka, otro en 1993 con el actor François Cluzet, y un tercero en 1996 con una persona no pública, hasta que se casó en 1997 con el cineasta Samuel Benchetrit, once años menor que ella. Con él tuvo su cuarto hijo en 1998, y se separaron en muy buenos términos en 2000, sin divorciarse. A principios de 2002 Marie inició una fuerte relación sentimental con el rockero Bertrand Cantat, que desde 1997 estaba casado con la escritora Krisztina Rády, con quien ya tenía dos hijos. Cantat abandonó a su familia para vivir con Marie, hasta que llegó el fatídico 27 de julio de 2003, en que la joven fue brutalmente golpeada por su pareja en Vilna, Lituania, mientras rodaba una película sobre la vida de Colette, bajo las órdenes de su propia madre. Moriría cinco días más tarde, luego de dos operaciones, cuando la familia pidió que la desconectaran.

El siguiente testimonio es de Nadine Trintignant: “En muchas de las crónicas negras de Francia el verdugo se convierte en la víctima. Los hechos fueron los siguientes. Primera versión de Bertrand Cantat: ‘En medio de una disputa Marie resbaló golpeándose contra el radiador de la calefacción’. El cirujano lituano que operó a Marie, por su parte, informa que fue golpeada. El asesino da una segunda versión: ‘Sí, le di dos golpes en la cabeza’. Resultado de la autopsia francesa: 14 golpes, de los que cuatro fueron muy violentos, sobre el cráneo y el rostro, aunque según la autopsia lituana eran 17 los golpes. Mi hijo Vincent, mi nieto Roman y yo vimos a Marie irreconocible, con huellas de estrangulación en el cuello. En el proceso el asesino explicó que ella no quería salir del cuarto de baño (tuvo miedo, creo yo, por primera vez en su vida). Cuando salió, él la atrapó, la sacudió y le golpeó la cabeza cuatro veces contra el quicio de la puerta. Según el cirujano francés que intentó una segunda operación, Marie recibió golpes que tenían la fuerza de una moto que se estrellara contra un muro a 150 kilómetros por hora. Prosigue la versión de Cantat: ‘Después ella resbaló’. Él pensó que ella estaba actuando y continuó golpeándola. Marie quedó sin conocimiento, pero todavía con posibilidades de salvarse. Pero Cantat, durante cuatro horas, se dedicó a telefonear a su abogado y a mi yerno Samuel Benchetrit. Los policías comprobaron las llamadas en su móvil. A las cinco de la mañana llamó a mi hijo. Cuando este vio a su hermana ella estaba en la penumbra, con una toalla encima del rostro. Cantat arrastró a Vincent al cuarto de al lado, donde estuvieron 15 minutos. Súbitamente, Vincent volvió al cuarto donde estaba Marie, encendió la luz, quitó la toalla que tapaba a su hermana, corrió escaleras abajo y pidió a la recepción que llamara con toda urgencia a una ambulancia. Cantat decía que no valía la pena. He aquí la verdad, que ha sido escrita en los periódicos, pero cada cual retiene lo que le conviene». Hasta aquí, el testimonio de Nadine.

En forma insólita Cantat fue condenado a ocho años de prisión, de los cuales solo cumplió la mitad, por buena conducta. Fue liberado en medio de una gran polémica en octubre de 2007. En ese momento Jean-Louis Trintignant declaró a la prensa: “La versión de una muerte accidental, resultado de una imprevista caída, fue la primera que dio Cantat antes que los médicos hicieran públicas sus observaciones. Pero la muerte de Marie no tuvo nada de accidental, fue consecuencia de un impulso colérico de Cantat. Según el asesino, Marie estaba encerrada en el baño, temiendo por su vida, aterrorizada ante el peligro que le esperaba. En vez de ir a dar una vuelta para calmarse, el hombre la esperó, como una fiera. No se sabe cómo la hizo salir del baño, quizás haciéndole creer que se había alejado, pero se demostró que no fue al caerse contra un radiador como Marie murió. Fueron 14 o 17 golpes, entre los cuales un mínimo de cuatro violentísimos contra el canto de la misma puerta del baño, que destrozaron su cráneo. Por favor, no se puede insinuar que fue un accidente: Marie fue brutalmente golpeada. Luego su asesino la dejó morir. Tal vez para que nunca se hiciera la luz sobre lo sucedido. Pasó cuatro horas al teléfono con su abogado. Empezó por decir a mi hijo que Marie estaba durmiendo; más tarde intentó disuadirle de llamar a una ambulancia. En todas esas horas perdidas quizá se hubiera podido salvar a Marie. Sus cuatros hijos no serían huérfanos y mi exesposa y yo no estaríamos destrozados de dolor. La tierna benevolencia sobre los presuntos esfuerzos de reinserción social de Cantat, lo bien que se portó en la cárcel y sus estudios por correspondencia en la Universidad de Toulouse, no deberían ser aceptados como pretexto de una posible curación. Solo si fuera un idiota Cantat no se comportaría de forma ejemplar, precisamente para que la prensa se pueda maravillar hoy de lo buen chico que terminó siendo. Que el cantante y guitarrista haya sido objeto de atención psicológica durante sus años de encierro y se haya comprometido a seguir acudiendo a un psiquiatra no tiene nada de heroico: es lo lógico en este tipo de casos. Pero Marie está muerta, y este hombre ganó incluso una cierta fama a causa de este asesinato. Antes era un cantante de rock poco conocido, una imitación mediocre de Jim Morrison en un grupo cuyo nombre arroja un eco siniestro sobre su personalidad: Deseo Negro. Pero ahora algunos grupos de rap de orientación abiertamente machista y violenta saludan y exaltan a Cantat. Y ya se habla, de un posible nuevo disco suyo. Parece profundamente errado presentar la muerte de mi hija como un caso único, aislado y accidental, entre artistas borrachos, drogados o sadomasoquistas. Cada cinco días muere en Francia una mujer a golpes de su compañero. En la gran mayoría de los casos, esas muertes no son fruto de explosiones accidentales de cólera, sino el epílogo terrible de un proceso de verdadera tortura afectiva, que aísla a las víctimas de su familia y de sus amigos mediante crisis de celos terribles e irrupciones cada vez más fuertes de violencia física. También en esto, desgraciadamente, la muerte de Marie correspondió a la norma, y confirmó que las brutalidades hacia las mujeres se ejercen en todo tipo de clases sociales. Nadine me ha contado que había recibido un SMS de Marie firmado ‘Tu hijita golpeada’, y que se culpa porque en su momento fue incapaz de descifrar”.

Sea como sea, a Cantat le ha sido imposible reinsertarse totalmente a su profesión, sobre todo después de lo sucedido en 2010: “Puede que sea porque Francia no es Estados Unidos, que gusta de perdonar a sus héroes caídos. Puede también que sea el momento, en pleno auge del movimiento feminista MeToo, que en Francia ha tenido especial eco. O que, sencillamente, su crimen sea demasiado terrible como para borrarlo”, apunta la periodista Anne-Sophie Jahn, autora del libro Los siete pecados capitales del rock, sobre los excesos de las estrellas de la música, donde Cantat tiene capítulo aparte. “En el rock anglosajón tenemos a Phil Spector (que cumple 19 años de cárcel por matar a una actriz de un disparo en 2003) o Sid Vicious, que apuñaló a su novia en el Chelsea Hotel. Pero en Francia es la primera vez que vimos un caso como este”, dice, y agrega: “Pero Marie no fue la única víctima, porque en 2010 tuvo lugar el suicidio de la esposa de Cantat, Krisztina Rády, la gran olvidada de esta historia”. Al centrarse en Rády, que se ahorcó en la casa donde dormía Cantat (a quien ella cobijó cuando el músico salió de la prisión), el libro transmite una inquietante imagen del artista. El asesinato de Marie deja de parecer, como hicieron pensar Cantat y los suyos en el juicio, una trágica anormalidad. En el libro los testimonios indican que es un hombre con un largo historial de maltratos, versión que apuntalan nuevos testigos que presenta la autora: el amante de Rády hasta poco antes de su muerte, algunos vecinos, y un miembro de Deseo Negro que en forma anónima asegura que hubo un auténtico pacto instigado por Rády durante el juicio, para rebajar los 15 años de cárcel que reclamaba la fiscalía: “Yo sabía que él había pegado a una mujer con la que estuvo antes de Kristina. Sabía que había intentado estrangular a su novia en 1989. Sabía que había golpeado a Kristina. Pero ese día, todos mentimos”, declaró el músico.

Pese a esas revelaciones, Cantat sigue siendo defendido por un sector fiel del público. “Es la estrella típica que vive por encima de las reglas y fascina, porque forma parte del mito del rock”, dice Anne-Sophie Jahn, “pero la presión se mantiene. Aunque la ministra de Cultura dijo que la justicia se ha pronunciado y Cantat tiene derecho a seguir viviendo, su colega de Igualdad puntualizó que, como todo el que sale de prisión, tiene derecho a trabajar, pero lo problemático es que se haga de él un héroe porque, ante todo, hay que acordarse de Marie Trintignant”. La salida del libro propició que, en 2018, con la ayuda de la alcaldía de París, y pese a su avanzada edad (84 años), Nadine organizara una manifestación contra la violencia en las parejas. Uno de los temas centrales fue la gran tolerancia penal que existe en Francia en relación a los crímenes entre cónyuges. Efectivamente, como indica Nadine, “la ley francesa dice que un hombre que mata a su compañera puede ser condenado a 20, 25 años o perpetuidad, pero en realidad nunca es condenado a más de ocho años, y siempre cumple tan solo la mitad de ellos. Sería importante, como medida de disuasión, que este tipo de penas se cumplieran hasta al final. Cumplir tan solo cuatro años es casi una forma de excusar un crimen horrible. Por planear un robo a un banco, unas personas fueron condenadas recientemente en Francia a 15 años de cárcel. Es muy probable que un chico que queme un coche en un suburbio de París sea condenado a cuatro años. En cambio, Cantat fue liberado después de haber estado recluido cuatro años por haber matado a mi hija”. La mencionada manifestación delante del Hôtel de Ville de París fue un acto público de impacto mediático, pero también un momento político de gran fuerza emotiva. Hablaron mujeres y hombres, y muchos indicaron que el núcleo de la vida en la sociedad residía en la pareja, que ahí empezaba la justicia, el respeto y la democracia. Está claro que la lucha contra la violencia conyugal no es una cuestión de mujeres contra hombres, es una lucha que importa y moviliza a todos por igual. Y lanzaron una duda inquietante: si Cantat no hubiera sido una luminaria del mundo del rock, siempre tan lleno de excesos, ¿se le habría perdonado tanto?

SIN MARIE. Ya nada fue igual para Trintignant después de la horrenda muerte de su hija. Primero se aisló, en una etapa que duró un tiempo largo y puso nerviosos a su hijo Vincent, a sus nietos, a su exesposa Nadine e incluso al marido de ésta, el cineasta Alain Corneau. Consciente de ello el actor se encargó de aplacarlos con una calma declaración pronunciada en 2005, cuando Cantat aún estaba en prisión: “Quiero que aquellos que me aman estén tranquilos. Quiero que sepan que mi vida sin Marie vale poco y nada. Que me quedé sin ansias de continuar. Sepan que quiero morir, pero estén seguros también que mis convicciones religiosas me impiden suicidar”. Pese a ello, Trintignant se retiró virtualmente de casi toda actividad artística: nada de cine, apenas alguna obra de teatro o unos recitales de poesía. Nada más durante nueve años. En ellos, el único emprendimiento importante fue invertir algunos ahorros, junto a varios amigos, en unos viñedos cercanos a Avignon, donde produce 20.000 botellas anuales de vino tinto. Se dice que él mismo fue quien diseñó la etiqueta del vino que inauguró su bodega.

De ese exilio autoimpuesto vino a sacarlo el cineasta Michael Haneke, que le brindó el otro papel cumbre de su carrera en la película Amor (Amour, 2012), historia de dos octogenarios profesores de música clásica jubilados (Emmanuelle Riva y él), cuya vida se desploma cuando la mujer sufre un ACV que le paraliza poco a poco todo el cuerpo. El amor que unió a la pareja durante toda la vida será puesto a prueba en esa instancia, ante los asombrados ojos de la hija de ambos (Isabelle Huppert). Amor no es una película de fácil visión, porque registra los dolores del cuerpo, la mente y el alma con una precisión y un detallismo quirúrgicos, y eso impactará emocionalmente al público, en especial a quienes hayan sufrido una experiencia similar en carne propia. Pero si se enfrenta con valentía al film, podrá descubrirse en él un memorable estudio sobre la eterna confrontación entre envejecimiento y muerte, a un nivel de brillantez conceptual que solo algunos genios del cine han logrado. Amor es hermana de Vivir de Kurosawa y Cuando huye el día de Bergman, de Grupo de familia de Visconti y Tres hermanos de Rosi, de Historias de Tokio de Ozu y Magnolia de Anderson. Al igual que esos films, Amor combina con enorme sabiduría un duro realismo visual con pasajes de extrema delicadeza para tratar piadosamente a sus difíciles personajes. Con esa mixtura se desarrolla ante nuestros ojos una de las más puras historias de amor, en la cual no hay una sola escena que suene falsa, ni una palabra que sobre, ni un movimiento que no concuerde con la tranquilidad y la sutileza con que se nos revela ese feroz drama familiar. Incluso un par de alucinaciones, que a primera vista podrían desorientar al espectador, analizadas desde el final revelan una gama de sugerencias altamente significativa. Haneke consigue este milagro ayudado por dos labores superlativas de Riva y Trintignant (que ganó el César por su labor), a los que hay que sumar tres conmocionantes apariciones de Huppert.

Y después de esta maravilla Trintignant se llamó nuevamente a silencio. Cinco años más tarde aceptó una nueva oferta de Michael Haneke, pero en Final feliz (Happy End, 2017) el actor tenía un papel breve, por lo general se lo veía sentado y visiblemente deteriorado. Era la imagen viva del desánimo, y por entonces contó a los medios que acababa de rechazar una propuesta del director Bruno Dumont porque “tuve miedo de no dar la talla físicamente. Ya no logro desplazarme solo”. Sin embargo, su nombre recobró actualidad por haber vuelto al cine en Los años más bellos de una vida (Les plus belles années d’une vie, 2019). Claude Lelouch, su director, ha vuelto a reunir a Trintignant con Anouk Aimée, en lo que es la tercera parte de la exitosa Un hombre y una mujer. La película es muy menor, pero cobra desusada importancia porque casi seguramente sea la última labor del actor para la pantalla. Y quizás también para su partenaire, que ya tiene 88 años de edad, aunque luzca espléndida. Jean-Louis aparece como un enfermo de alzhéimer, decrépito y encerrado en una residencia de ancianos de la que sueña con escapar junto a Anouk, que le visita de vez en cuando para recordarle sus años de sex symbol, de amante de las mujeres y del riesgo. Todo luce como una despedida, y lo dijo él mismo al concluir el rodaje: “Me retiro, ya no tengo fuerzas para más y, además, me estoy muriendo”.

Dramática confesión de un hombre que está convencido que su final está cerca. Con una vida de éxito en el cine, de amores que le hicieron feliz en distintas etapas de su existencia, y también con una dramática biografía en la que dos episodios dolorosos le produjeron una pena infinita. Todo eso ahora, cumpliendo en soledad y a pesar suyo 90 años, en un presente que le va acercando al adiós: se está quedando ciego, pero además padece cáncer de próstata y ha decidido suspender el tratamiento al que se había sometido, “porque ya está, ya no vale la pena continuar así, hace años estoy preparado para irme”. Y así llega la hora del descanso, cuando las huellas de sus enfermedades le tienen medio consumido, ya sin pisar las calles ni dar paseos por la playa de Deauville como en sus buenos tiempos, del brazo de la fascinante Anouk Aimée, esa belleza de perfil helénico de la que tantos hombres supimos enamorarnos. De todas maneras, como si tratara de pagar una deuda con su hija Marie, poco antes del rodaje del film de Lelouch el actor había vuelto a pisar las tablas, también por última vez, en un show llamado Trintignant-Mille-Piazzolla, exhibido en mayo de 2018 en el Théâtre des Célestins en Lyon. Allí el cadavérico anciano monologa sentado frente al público, rodeado del sexteto del acordeonista Daniel Mille (él más sus cinco violonchelistas), que lo acompañan con una música pausada, adaptándose de maravillas al intimismo que la situación requiere.

Ese monólogo es una sucesión de reflexiones sobre la vida, el amor y la muerte, donde el actor, dueño de una voz pausada que aún permanece invicta, enmadeja una filigrana de recuerdos y pasiones, goces y dolores. Sobre el final, con congoja, pero sin caer en la autocompasión, cierra el unipersonal con un fragmento que es también el fin de una vida agitada. Mirando fijamente al público en penumbras, Trintignant dice: “Mi hija Marie tenía los ojos cambiantes de un campo de rosas, tenía los ojos aventureros, como si se ubicara a años luz de los demás, y a la vez era tan cotidiana como la brisa primaveral del mes de mayo. De esa manera llenaba mi vida, que comparada con la suya era un páramo, porque Marie era cálida, y ese calor te hacía sentir como supongo deben sentirse los pájaros cuando se acurrucan en las manos que los acunan. Por eso desde que falta ya no tengo rostro alguno para el amor. En realidad, no me quedan rostros para nada. Algunas veces ni siquiera tengo un rostro para mí mismo. En esos momentos solo me queda rendirme al sueño, y es entonces que mi cuerpo se asemeja a una amplia red de diques de amor, y solo por medio de mis sueños accedo a revivir los recuerdos perdidos. Yo no te espero mañana, Marie, te espero siempre. Yo no te espero en el fin del mundo, Marie, te espero acá, despojado de mis fuerzas porque no estás, y eras tú la verdadera fuerza de mi vida. Te espero, Marie, te espero… siempre”.

[Fuente: lavidaenuncine.wordpress.com]

Né en 1935, Alain Delon est un acteur – Plein Soleil, Rocco et ses frères, Le Guépard, L’Insoumis, Le Samouraï, La Piscine, Le Clan des Siciliens, Le Cercle rouge, Borsalino, Monsieur Klein, Notre histoire -, producteur – société Adel Productions -, réalisateur et chanteur franco-suisse mondialement connu ainsi qu’un collectionneur d’art. Arte rediffusera le 15 mars 2022 à 13 h 35 « Les aventuriers » (Die Abenteurer) de Robert Enrico avec Lino Ventura, Alain Delon et Joanna Shimkus et une musique de François de Roubaix.
Publié par Véronique Chemla
Né en 1935, Alain Delon est marqué par le divorce de ses parents en 1939.
À l’issue d’une scolarité chaotique, il obtient un CAP de charcuterie et tente vainement de partir pour les États-Unis.
À 17 ans, il effectue son service militaire dans la Marine nationale. Il y obtient un brevet de radio. Après divers vols, il est contraint de prolonger son engagement. Ce matelot sert en Indochine. Un passage formateur pour le jeune homme : il y expérimente les valeurs de l’Armée – patriotisme, honneur, solidarité, acceptation de l’autorité – et la peur dans cette région en guerre, ainsi que se passionne pour les armes. Il admire Jean Gabin dans Touchez pas au grisbi de Jacques Becker.

En 1956 à Paris, il rencontre Dalida, survit en exerçant divers métiers, découvre la pègre. L’actrice Brigitte Auber tombe amoureuse de lui, et l’amère vers le monde du cinéma. Grâce à Jean-Claude Brialy, il se rend au Festival de Cannes, tourne dans un bout d’essai et enchaîne avec des seconds rôles. En 1957, grâce à son amie Michèle Cordoue, il rencontre le réalisateur Yves Allégret, mari de cette actrice. Yves Allégret lui donne quelques conseils essentiels – vivre un rôle, plutôt que jouer – et l’engage dans « Quand la femme s’en mêle » avec la comédienne Edwige Feuillère.

Dans « Sois belle et tais-toi », comédie de Marc Allégret avec Mylène Demongeot, Henri Vidal et Jean-Paul Belmondo, il incarne un second rôle remarqué.
En 1958, la star européenne Romy Schneider le choisit comme partenaire dans Christine de Pierre Gaspard-Huit, avec Jean-Claude Brialy et Micheline Presle. Les « fiancés de l’Europe » se fiancent. Un amour qui durera cinq ans.

Suivent Faibles Femmes de Michel Boisrond, avec Mylène Demongeot, Pascale Petit et Jacqueline Sassard, et Le Chemin des écoliers, d’après Marcel Aymé, avec Bourvil.

Dès le début des années 1960, il accède au rang de star. Dans sa filmographie d’acteur : Plein Soleil, Rocco et ses frères, Le Guépard, L’Insoumis, Le Samouraï, La Piscine, Le Clan des Siciliens, Le Cercle rouge, Borsalino, Monsieur Klein, Notre histoire -, producteur – société Adel Productions -, réalisateur et chanteur, notamment avec Dalida (Paroles) franco-suisse mondialement connu et un collectionneur d’art.
De son mariage avec Nathalie en 1964, naît Anthony Delon en 1964. Le couple divorce en 1969. C’est avec Mireille Darc qu’Alain Delon, projeté dans l’affaire Marković, vit la relation la plus harmonieuse durant quinze ans.
En 1987, sur le tournage du clip de la chanson Comme au cinéma, Alain Delon fait la connaissance de Rosalie van Breemen, mannequin néerlandais vingtenaire. De leur union, naissent Anouchka en 1990 et Alain-Fabien Delon en 1994.
Alain Delon est aussi producteur à travers sa société Adel Productions, et a également réalisé deux films.
Il obtient en 1985 le César du meilleur acteur pour Notre histoire, et une Palme d’honneur lors du festival de Cannes 2019 pour l’ensemble de sa carrière.
« Les aventuriers »

Arte rediffusera le 15 mars 2022 à 13 h 35 « Les aventuriers » (Die Abenteurer) de Robert Enrico (1967). La musique est signée par François de Roubaix.

« Unis par une indéfectible amitié et un goût prononcé pour les aventures extrêmes, Roland et Manu apprennent qu’un trésor dort au large des côtes du Congo, à la suite du crash d’un avion… Un film qui célèbre le rêve et l’aventure virile, avec Alain Delon et Lino Ventura au sommet de leur art. »
« Unis par une indéfectible amitié et un goût prononcé pour les aventures extrêmes, Roland et Manu apprennent qu’un trésor dort au large des côtes du Congo, à la suite du crash d’un avion. Ils décident de partir à sa recherche et emmènent Laetitia, une jeune sculptrice romantique qui les considère comme des frères. Mais au moment où le trio croit toucher au but, des mercenaires les attaquent et Laetitia est tuée… »
« Dans ce film des sixties à contre-courant de la Nouvelle Vague, auquel un large public a voué un culte au fil des générations, Robert Enrico renoue avec ses thèmes de prédilection : l’aventure, le rêve et les amitiés viriles. »
« Dans sa quête désespérée de liberté et d’expériences nouvelles, le trio se consume avec une jubilation enfantine, avant d’être rattrapé par le destin ».
Robert Enrico, « le réalisateur des Grandes gueules, signe ici quelques moments d’anthologie, comme l’enterrement de Laetitia sur la plage, magnifié par la bande originale de François de Roubaix, ou les scènes finales tournées au fort Boyard, bien avant sa cathodique popularité ».
« Porté de bout en bout par un puissant lyrisme, le film oscille avec brio entre humour et tragédie. D’autant que son rythme est servi par des acteurs au sommet de leur art : Lino Ventura, bouleversant de retenue, Alain Delon, tout en insolente fraîcheur, et surtout la légère et fragile Joanna Shimkus, qui renonça peu après au cinéma pour épouser Sidney Poitier. »

« Le Samouraï »

« Le Samouraï » est un film réalisé par Jean-Pierre Melville en 1967 et interprété par Alain Delon, Nathalie Delon, François Périer, Cathy Rosier, Jacques Leroy, Michel Boisrond, Jean-Pierre Posier, Catherine Jourdan.

« Un tueur à gages tente d’échapper à la fois au « milieu » et à la police… Devenu mythique, ce film policier de Jean-Pierre Melville renouvelle le genre par sa touche dépouillée, désabusée et glaciale. Avec Alain Delon, fascinant. »

« Jef Costello, un tueur à gages, est engagé pour exécuter le patron d’une boîte de nuit. Alors qu’il remplit son contrat, Valérie, la pianiste de l’établissement, le surprend. Malgré l’alibi qu’il s’est forgé avec la complicité de Jane, sa maîtresse, Jef est suspecté par le commissaire chargé de l’enquête. Quant à l’instigateur du meurtre, il aimerait bien se débarrasser de ce tueur qui en sait trop. Sur la passerelle où sa prime doit lui être versée, deux hommes tentent d’abattre Jef… »

« Le samouraï est une étape décisive vers l’abstraction glacée qui caractérise la dernière partie de la filmographie de Jean-Pierre Melville. La rencontre entre le cinéaste et Alain Delon, tueur à gages à la tristesse minérale, donne naissance à une œuvre désincarnée, une épure de film noir. Le minimalisme de l’action s’accompagne d’une stylisation extrême des costumes (l’imperméable et le chapeau de Delon) et surtout des décors (des rêves de commissariat et de night-club). Les deux titres suivants avec Delon, Le cercle rouge et Un flic (ultime film de Melville et poème à la gloire de l’acteur), poursuivront cette approche fantasmatique du cinéma et des stars masculines. Car ces trois films sont aussi un écrin amoureux pour l’icône Delon, silhouette rigide et opaque, obsédée par la mort. »

« Jean-Pierre Melville définissait Le Samouraï (1967), film étrange et beau, comme « une longue méditation sur la solitude » et aussi comme « le portrait d’un schizophrène paranoïaque », a analysé Olivier Père.

Et de poursuivre : « Dès le premier plan du générique – une silhouette d’homme étendue sur un lit, dans une chambre miteuse minutieusement reconstituée en studio et donc plus abstraite que réaliste, le cadre rigide se met soudainement à vaciller en légers zooms et tremblement de caméra à l’apparition des premières notes de la musique sublime de François de Roubaix, pour immédiatement retrouver son immobilité tombale. Que s’est-il passé ? Crise de nerfs de Melville devant la beauté d’Alain Delon, mort en sursis déjà sur son linceul dès la première image ? On ne le saura jamais ».

Et de conclure : « Le film regorge ainsi de détails déstabilisants et de trouvailles géniales et invisibles qui transportent le spectateur exactement là où Melville veut l’emmener. Superbe plan où la caméra adopte soudain le point de vue du miroir dans lequel Delon ange narcissique ajuste parfaitement son chapeau ; raccord improbable où Delon impassible dégaine plus vite que son ombre pour exécuter son contrat, un propriétaire de boîte de nuit ; évidemment, le plan iconique de la mort de Jeff Costello (car s’est ainsi que s’appelle Delon dans le film), qui abattu par la police se fige en statue de marbre, les bras étrangement en croix sur le torse, gants blancs sur manteau sombre, avec un mince filet de sang à la commissure de la lèvre gauche qui le fait ressembler à un vampire, créature de la nuit suppliciée sous les yeux de sa proie, une belle chanteuse métisse.

« Le Cercle rouge »

« Le Cercle rouge » est un film réalisé par Jean-Pierre Melville (1970). « Melville, DelonBourvil, Montand : des figures emblématiques réunis dans un chef-d’œuvre du polar français, à la fois austère et stylisé », précédé par Le Samouraï (1967).

« Çakya Muni le solitaire dit Sidarta Gautama le sage dit le Bouddah se saisit d’un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit : – Quand les hommes, même s’ils s’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents ; au jour dit, inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. » C’est sur cette citation apocryphe de Râmakrishna que s’ouvre le film.

« Escorté par le commissaire Mattei dans un train de nuit, un malfrat du nom de Vogel parvient à fuir en sautant du wagon. Une importante battue policière est alors organisée, à laquelle il réussit à échapper. Le même jour, Corey est libéré après cinq ans de détention. Le hasard va réunir les deux voyous… »

Un « polar crépusculaire hanté par des figures hiératiques aux prises avec un monde en perte d’humanité : avant-dernier film de Melville, dernière apparition d’un Bourvil déjà très malade, « Le cercle rouge » est une des œuvres les plus stylisées de la tradition des policiers à la française ».

« Rythmé par d’étonnantes séquences silencieuses, où des personnages archétypaux jusqu’à l’abstraction semblent ferrés par leur solitude et l’inéluctabilité de leur destin, le film vise à l’épure de la tragédie classique ».

Pour persuader André Bourvil  – c’est ainsi qu’il est identifié dans le générique du film – de sa crédibilité de commissaire de police, Jean-Pierre Melville l’avait conduit chez Goulard, un chapelier du boulevard de Sébastopol à Paris. Tous deux avaient choisi un chapeau et Bourvil s’était promené en arborant son feutre. Sans se ridiculiser.

Melville demande à ses acteurs de retourner la scène finale. André Bourvil s’avance vers la caméra, suivi de son adjoint incarné par Marcel Bozzuffi. Il lui dit : « Vous savez comment j’ai fait pour arriver à la solution de cette affaire ? Eh bien, c’est tout simplement en appliquant… » et taquin, Bourvil chante a capella La Tactique du gendarme. Marcel Bozzuffi demeure impavide. Ce qui fait rire Bourvil qui continue de chanter sa célèbre chanson comique. Finalement, Marcel Bozzuffi comprend qu’il peut sourire…
« Le Cercle rouge » de Jean-Pierre Melville – Un regard, une minute » (« Vier im roten Kreis » von Jean-Pierre Melville – Ein Film, eine). « Réalisé en 1970 « Le Cercle rouge » est un film somme dans l’œuvre de J-P Melville. Le cinéaste y pousse à l’extrême son goût pour l’abstraction et le fétichisme. Il y rassemble aussi ses thèmes de prédilection, la solitude, le destin, la mort.  Melville ne filme pas la réalité mais des idées, des rêves glacés, des fantasmes, avec un souci du détail et du geste inoubliable. »
« Un flic »

Arte diffusa les 6 et 8 septembre 2021 « Un flic » (Der Chef) de Jean-Pierre Melville (1972).

« Un flic (Alain Delon) et son ami gangster (Richard Crenna) jouent au chat et à la souris et se partagent les faveurs de Catherine Deneuve, ange de la mort qui traverse le film comme une image glacée. Stylisé jusqu’à l’abstraction, le génial dernier film de Melville est plus que jamais un hommage à Delon. »
« Après le hold-up d’une banque, le commissaire Édouard Coleman est chargé de l’enquête. Il découvre que son meilleur ami, Simon, est impliqué dans l’affaire et que le produit du braquage est destiné à acheter de la drogue. Or, la jeune femme avec qui il vient d’entamer une liaison, Cathy, est aussi la maîtresse de celui qu’il doit traquer… »
« Au moment de sa sortie, le génial Un flic dérouta le public et la critique car Melville y succombe sans frein aucun aux sirènes de l’abstraction, à un degré jamais atteint au cinéma, y compris dans ses films précédents. Le ton est donné dès la séquence inaugurale, un hold-up silencieux dans le cadre insolite d’une banque en bord de mer, dans un paysage à l’architecture géométrique tout en lignes de fuite, désert et balayé par le vent et la pluie. Les acteurs ne sont plus que des silhouettes désincarnées, masquées, fantomatiques. »
« Melville ne cherche même pas à camoufler les artifices des décors en studios, la fausseté des maquettes de train et d’hélicoptère lors d’une scène d’action. Au contraire, il les exagère et les magnifie, à l’instar d’un autre grand formaliste français qui vient de reconstruire une ville entière pour les besoins de son chef-d’œuvre Playtime, Jacques Tati. »
« Son scénario n’est qu’un prétexte pour mettre en scène plusieurs jeux de miroirs. Un flic (Alain Delon) et son ami gangster (Richard Crenna) jouent au chat et à la souris et se partagent les faveurs d’une beauté blonde, Catherine Deneuve, ange de la mort qui traverse l’œuvre comme une image glacée, loin des enjeux émotionnels de ce film d’hommes. »
« C’est en réalité Melville – et à travers lui les autres acteurs – qui regarde Delon, policier solitaire traversant tel un somnambule le Paris nocturne, de décors de boîtes de nuit en décors de commissariat, aussi stylisés les uns que les autres. »
« Un flic (1972) est « le dernier film réalisé par Jean-Pierre Melville un an avant sa disparition, et son troisième avec Alain Delon, qu’il avait filmé pour la première fois dans Le Samouraï en 1967. Avec Le Cercle rouge et surtout Un flic, Jean-Pierre Melville amplifie jusqu’à la folie cette approche fantasmatique et fétichiste du cinéma, sa fascination pour les stars masculines, et pour Alain Delon (photo en tête de texte) en particulier. Car ces trois films sont aussi des écrins amoureux pour l’icône Delon, silhouette frigide et opaque obsédée par la mort », analyse Olivier Père pour Arte.
« Au moment de sa sortie le génial Un flic dérouta le public et la critique car Melville y succombe sans frein aucun aux sirènes de l’abstraction, à un degré jamais atteint au cinéma y compris dans ses films policiers précédents. Le ton est donné dès la séquence inaugurale, un hold up silencieux dans le cadre insolite d’une banque en bord de mer, dans un paysage à l’architecture géométrique toute en lignes de fuite, désert et balayé par le vent et la pluie, avec une lumière bleue métallique dans laquelle baignera tout le métrage. Les acteurs ne sont plus que des silhouettes désincarnées, masquées, fantomatiques, Melville ne cherche même pas à camoufler les artifices des décors en studios, la fausseté des maquettes de train et d’hélicoptère lors d’une scène d’action. Au contraire, il les exagère et les magnifie, à l’instar d’un autre grand formaliste français qui venait de reconstruire une ville entière pour les besoins de son chef-d’œuvre Playtime, Jacques Tati », souligne Olivier Père.
Et Olivier Père de conclure : « Le scénario d’Un flic n’est qu’un prétexte pour mettre en scène plusieurs niveaux de jeux de miroirs. Un flic (Alain Delon) et son ami gangster (Richard Crenna) jouent au chat et à la souris et se partagent les faveurs d’une beauté blonde – Catherine Deneuve, ange de la mort qui traverse le film comme une image glacée, loin des enjeux émotionnels de ce film d’hommes. Le sujet d’Un flic, c’est en effet Melville – et à travers lui les autres acteurs du film – qui regarde Delon, policier solitaire qui traverse le Paris nocturne tel un somnambule, de décors de boîtes de nuit en décors de commissariat, aussi stylisés les uns que les autres. Dans Le Samouraï on remarquait l’androgynie des deux personnages féminins du film : la chanteuse métisse aux cheveux courts et Nathalie Delon, double d’Alain en effet. Dans Un flic Melville ira plus loin vers cette ambigüité sexuelle qui n’en est plus vraiment une : la prostituée blonde indicatrice de police qui renseigne amoureusement Delon, traitée avec tendresse puis violemment rudoyée par ce dernier, est un travesti… Révélation troublante, à peine esquissée. Un ange passe, un masque tombe ».

« Les aventuriers » de Robert Enrico

France, Italie, 1967
Auteur : José Giovanni
Scénario : José Giovanni, Robert Enrico, Pierre Pelegri
Production : CGIC, Compagnia Generale Finanziaria Cinematografica, Société Nouvelle de Cinématographie
Producteurs : Gérard Beytout, René Pignières
Image : Jean Boffety
Montage : Jacqueline Meppiel
Musique : François de Roubaix
Avec Lino Ventura (Roland), Alain Delon (Manu), Serge Reggiani (Le pilote), Joanna Shimkus (Laetitia), Hans Meyer (Le mercenaire), Odile Poisson (Yvette)
Sur Arte le 15 mars 2022 à 13 h 35
Visuels :
Lino Ventura, Joanna Shimkus et Alain Delon
Alain Delon et Lino Ventura
Alain Delon (en arrière plan) et Lino Ventura (au centre)
(De gauche à droite) Serge Reggiani (Le pilote), Lino Ventura et Alain Delon
© 1996-98 AccuSoft Inc.

« Le Samouraï » de Jean-Pierre Melville

France, Italie, 1967, 101 minutes
Scénario : Georges Pellegrin, Jean-Pierre Melville
Production : Filmel, Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique, Fida Cinematografica, TC Productions
Producteur/-trice : Raymond Borderie, Eugène Lépicier
Image : Henri Decaë
Montage : Monique Bonnot, Yolande Maurette
Musique : François de Roubaix
Avec Alain Delon, Nathalie Delon, François Périer, Cathy Rosier, Jacques Leroy, Michel Boisrond, Jean-Pierre Posier, Catherine Jourdan, Robert Favart
Sur Arte le 9 mars 2020 à 20 h 50
Visuels :
Alain Delon (Jeff Costello) et François Périer (Le commissaire) dans le film de Jean-Pierre Melville,  » Le Samouraï (1967)
Alain Delon (Jeff Costello) et François Périer (Le commissaire) dans le film de Jean-Pierre Melville,  » Le Samouraï (1967)
Alain Delon (Jef Costello) dans le film de Jean-Pierre Melville  » Le Samouraï » (1967)
Cathy Rosier (Valérie, la pianiste) et Nathalie Delon (Jane Lagrange, la maîtresse de Costello) sur le tournage du  » Samouraï » de Jean-Pierre Melville
Alain Delon (Jef Costello) dans le film de Jean-Pierre Melville  » Le Samouraï » (1967)
Credit
© 1967 PATHE FILMS – EDITIONS R

« Le Cercle rouge« , par Jean-Pierre Melville

France, Italie, 1970, 116 min
Image : Henri Decaë
Montage : Marie-Sophie Dubus
Musique : Eric de Marsan
Production : Euro International Film, Les Films Corona, Selenia Cinematografica
Producteur : Robert Dorfmann
Scénario : Jean-Pierre Melville
Acteurs : Alain Delon, André Bourvil, Yves Montand, Gian Maria Volonté, François Périer, André Ekyan
Sur Arte les 26 novembre 2017 à 20 h 50, 12 septembre 2021 à 20 h 55 et 20 septembre 2021 à 13 h 35
Visuels :
Affiche
Bourvil
Bourvil (au centre)
Alain Delon
Alain Delon et Yves Montand
Yves Montand
© Studiocanal
Alain Delon
Yves Montand
© Studiocanal/Andre Perlstein
France, 2017, 2 minutes
Disponible du 30/08/2021 au 30/09/2021

« Un flic » de Jean-Pierre Melville

France, Italie, 1972
Scénario : Jean-Pierre Melville
Production : Les Films Corona, Oceania Films
Producteur : Robert Dorfmann
Image : Walter Wottitz
Montage : Patricia Nény
Musique : Michel Colombier
Avec Alain Delon (Edouard Coleman), Catherine Deneuve (Cathy), Richard Crenna (Simon), Riccardo Cucciolla (Paul Weber), Simone Valère (la femme de Paul), Michael Conrad (Louis Costa), Léon Minisini (Mathieu la Valise)
Sur Arte les 6 septembre 2021 à 20 h 55 et  8 septembre 2021 à 13 h 35
Visuels :
Catherine Deneuve et Alain Delon
© Studiocanal

Les citations sont d’Arte.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]