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« Pionnier de l’aviation, héros de l’Aéropostale, écrivain… : Antoine de Saint-Exupéry ne saurait être réduit au « Petit prince », l’émouvant conte pour enfants qu’il a écrit et illustré lui-même au cours de son exil aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Portrait sensible d’un idéaliste au destin fascinant ». Histoire présentera le 25 janvier 2021 « Visages de Saint-Exupéry« , documentaire réalisé par Ange Casta, et  « L’Aéropostale, mythe et réalité » par Isabelle Mille et Thierry Colombie.

 

Publié par Véronique Chemla 

« Antoine de Saint-Exupéry, le dernier romantique » (Antoine de Saint-Exupéry. Flieger, Schriftsteller und Romantiker) est un documentaire réalisé par Marie Brunet-Debaines.

« Pionnier de l’aviation, héros de l’Aéropostale, écrivain… Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944)  ne saurait être réduit au « Petit prince », l’émouvant conte pour enfants qu’il a écrit et illustré lui-même au cours de son exil aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale ».

« Livre français le plus traduit et vendu au monde, l’ouvrage lui a apporté, dès sa publication posthume en France, une renommée planétaire ».

« Mais qui était vraiment « Saint-Ex », cet auteur singulier qui a multiplié de son vivant les expériences et fut tout à la fois pilote et journaliste, poète et combattant ? »

« Dans un film délicatement mis en images, notamment avec de superbes dessins de Benjamin Flao, Marie Brunet-Debaines retrace l’aventure personnelle et spirituelle d’un idéaliste qui, longtemps après sa mort, continue de fasciner ».

Antoine de Saint-Exupéry assure l’acheminement du courrier dans un contexte périlleux en Afrique du nord. Il est chargé de renouer les relations entre Espagnols et Maures. Il réussit des exploits. Il résiste à la solitude grâce à la méditation, à la lecture, à l’écriture et au dessin.

En 1928, Courrier Sud raconte les aventures de la ligne. Ce premier livre est publié par Gallimard. Un succès.

Nouveau défi avec l’Aéropostale : la conquête de l’Amérique du sud. La nouvelle fonction de Saint-Exupéry lui assure un revenu appréciable. La célébrité lui pèse. Triste, en manque d’affection, il a pour consolation les opérations en vol. En juin 1930, son ami et pilote Henri Guillaumet est pris dans une tempête. Saint-Exupéry part à sa recherche. L’héroïsme de Guillaumet, retrouvé cinq jours après sa disparition, est un exemple pour Saint-Exupéry.

Directeur de l’Aéroposta Argentina, Saint-Exupéry rencontre Consuelo Suncín-Sandoval, jeune veuve pleine de fantaisie.

Vol de nuit reçoit le Prix Fémina en 1931. La MGM adapte le livre en confiant la réalisation à Clarence Brown et le rôle principal à Clark Gable.

En 1933, l’Aéropostale dépose son bilan.

En 1935, un voyage à Moscou ouvre les yeux de Saint-Exupéry sur le communisme.

Ce documentaire présente des images inédites d’Antoine de Saint-Exupéry au Maroc, lors du tournage en 1936 de Courrier Sud, film dont il a écrit l’adaptation cinématographique.

« La Succession Antoine de Saint-Exupéry-d’Agay connaissait l’existence d’une cassette VHS très abîmée, qui se trouvait quelque part en France. La propriétaire de ces images, tournées en 1936, hésitait à les rendre publiques car la pellicule originale du film a été égarée. Il a fallu retrouver cette femme et la convaincre de nous montrer la cassette. Dès que j’ai vu ce document dans son salon, j’ai eu le sentiment de découvrir quelque chose d’extraordinaire ! À l’automne 1936, le père de cette dame, restaurateur au Maroc, a filmé avec sa petite caméra le tournage de Courrier Sud, adapté du roman de l’écrivain qui avait d’ailleurs collaboré au scénario. C’était une véritable attraction sur place : les habitants de Mogador (l’ancien nom de la ville d’Essaouira, avant l’indépendance du Maroc, ndlr) se précipitaient pour venir observer le plateau – Charles Vanel, Jany Holt et Pauline Carton sont au générique de ce film de Pierre Billon (qui sortira sur les écrans en 1937, ndr). Même si ce film amateur est très détérioré, on distingue bien la carrure majestueuse de l’auteur qui déambule devant la caméra… Nous avons sauvé deux moments du tournage, où l’on voit Saint-Ex en plan large et en gros plan. Le film est beaucoup plus long, mais difficilement exploitable », a confié la réalisatrice Marie Brunet-Debaines à Télérama.

Saint-Exupéry est outré par les mesures antijuives du régime de Vichy. Il se rend aux États-Unis pour mobiliser l’opinion américaine. À Hollywood, il rencontre Jean Renoir qui veut adapter Terre des Hommes. Tous deux ne trouvent pas de producteurs pour financer leur projet.

Pilote de guerre est un succès aux États-Unis, mais interdit par la France de Vichy.

Autre document rare : des images de Saint-Exupéry en couleurs en 1942. « Extraite d’un film amateur tourné en 16 mn, cette scène a été enregistrée en mai 1942, lors d’une escapade en bateau, sur un lac au Canada. L’homme qui a vendu la pellicule aux enchères, à Sotheby’s, à Paris, en 2010, est le fils du caméraman. Sur le carnet de bord de l’embarcation paternelle, il avait repéré un dessin qui ressemblait fort à la silhouette du Petit Prince ! Intrigué, il a épluché ce journal et s’est aperçu qu’il était signé de la main d’Antoine de Saint-Exupéry. Comme son père possédait une petite caméra, il a exploré les films familiaux et il a fini par tomber sur ces deux minutes quarante, dont une minute cinquante est consacrée à l’écrivain. À ce jour, ce document en couleur, format de luxe pour l’époque, constitue les toutes dernières images filmées du romancier. On ignore qui est le monsieur en short à sa droite. Plusieurs invités étaient réunis pour cette sortie, et dans une autre séquence, on voit l’auteur plaisanter devant tout un auditoire. Exilé en 1940, à New York, Saint-Ex avait été convié par son éditeur canadien à venir faire des conférences à Montréal, pour la parution de Pilote de guerre. Saint-Exupéry qui devait rester deux jours au Canada y sera bloqué deux mois, car il était entré sans visa ! Ce type de mésaventure était fréquent avec lui qui avait toujours la tête dans les nuages ! Depuis 2010, aucune image postérieure n’a refait surface. Une nouvelle pépite peut bien sûr resurgir un jour, puisque le romancier a encore vécu deux ans. Mais de telles vues en couleur où Saint-Ex – qui détestait les objectifs – apparaît en gros plan sont rarissimes », a observé Marie Brunet-Debaines.

Les circonstances exactes de la mort de Saint-Exupéry en 1944 sont inconnues.

Le Petit Prince est publié alors aux États-Unis, en anglais et en français. Il est « l’héritage bienfaisant d’un homme romantique ».

D’excellents comédiens, dont Gérard Philipe, ont enregistré le texte du Petit Prince.

En 2011, Gallimard a publié « Le Petit Prince » de Joann Sfar d’après l’œuvre de Saint-Exupéry. Couleurs de Brigitte Findakly et illustrations de Joann Sfar (Collection Folio BD, n° 5329).

« Joann Sfar met son art au service du livre de son enfance. À la fois fidèle au récit d’Antoine de Saint-Exupéry et libre de son mouvement, l’auteur du Chat du Rabbin donne un corps à l’aviateur, un sourire au petit prince. Il nous offre une œuvre inclassable, encensée par la critique et les lecteurs, restituant avec grâce et générosité l’esprit du texte original. »

Épave du Lightning
Au printemps 2000, le plongeur marseillais Luc Vanrell, alors âgé de 41 ans, avait localisé les restes de l’appareil. En 2004, une « équipe de chercheurs, œuvrant sous les auspices du ministère de la Culture et de la direction régionale de l’archéologie et du patrimoine », a conclu que « l’épave du Lightning P 38, disparu le 31 juillet 1944, a été localisée : elle gît par 80 m de fond en Méditerranée, au large de l’île de Riou,  près de Marseille… Plusieurs pièces déterminantes ont été remontées à la surface, en particulier un moteur de compression et un aileron qui, débarrassés de leurs concrétions, ont pu être minutieusement étudiés, avec le concours de la société américaine Lockheed qui construisait ces appareils… Des morceaux de Messerschmitt se mêlent à ceux du Lightning ». (Le Figaro, 7 avril 2004)

« Dans le cadre du centenaire des as de l’aviation et de l’épopée des pionniers de La ligne Latécoère, la direction des patrimoines, de la mémoires et des archives (D.P.M.A.) du ministère des armées lance l’appel à projets « Le petit prince explore la défense ». Cet appel à projets d’enseignement de défense, conduit avec l’éducation nationale et l’enseignement agricole, en partenariat avec l’armée de l’air, le musée de l’air et de l’espace, le panthéon et la fondation Saint-Éxupéry pour la jeunesse, est ouvert durant l’année scolaire 2017-2018 aux établissements scolaires, aux associations et collectivités locales. Il permet une diversité d’exploration du thème et d’approches pluridisciplinaires. Les projets pourront, sous réserve de leur qualité, faire l’objet d’un soutien financier de la D.P.M.A. et d’une mise en valeur au plan national (documentaire, exposition…) »

« Vol de nuit en Patagonie »

Dans le cadre d' »Invitation au voyage » (Stadt Land Kunst) réalisé par Fabrice Michelin, Arte diffusa le 26 mars 2018 à 16h30 « Vol de nuit en Patagonie pour Saint-Exupéry » (2017). « Linda Lorin nous emmène à la découverte de trois lieux de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. « En 1929, Antoine de Saint-Exupéry, alors jeune pilote pour l’aéropostale est chargé d’ouvrir une nouvelle ligne du nord au sud de la Patagonie argentine. Des vols au péril de sa vie dont l’auteur tirera le célèbre Vol de nuit« .

Le Petit Prince en yiddish
Le 24 novembre 2018 à 20h30 et le 25 novembre 2018 à 15h30, la Salle Braun à Metz présentera « Le Petit Prince« , pièce en yiddish sur-titrée en français d’après « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry.

L’adaptation et la mise en scène est d’Amos Oren. Un spectacle tout public d’une heure du Troïm Teater (Paris). « Invité par l’association Journées Européennes de la Culture Juive-Lorraine, le Troïm Teater donne cette pièce en partenariat avec EPRA/Salle Braun et JEJC-Lorraine.

« Le Petit Prince d’Antoine Saint-Exupéry a fêté ses 70 ans ! À cette occasion, le Troïm Teater a désiré monter une adaptation en yiddish de l’œuvre de Saint-Exupéry. Le Petit Prince, pur et compatissant, voit au cœur des choses sans jamais les juger selon les apparences. Il vous permet de ne pas oublier l’enfant que chacun de vous a été. L’adaptation théâtrale reste fidèle à la trame du texte. Un narrateur conte la rencontre du pilote et du Petit Prince, première d’autres étranges et poétiques découvertes qui suscitent questionnement et émerveillement chez le jeune héros. Son désir de comprendre l’amènera toujours à la tolérance. »

« La mise en scène insiste sur la vision humaniste du monde proposée par Le Petit Prince, sur l’importance de conserver sa singularité, de ressentir amour et compassion envers les vulnérables, de préserver une part de rêve. Faire résonner cette œuvre en yiddish est le rêve du TroïmTeater et d’Amos Oren, le metteur en scène qui en a fait l’adaptation. »

« Le petit Rouge commence un long voyage initiatique. Il rencontrera un vieux bricoleur, puis un dragon affamé, enfin une sorcière…. »

« Visages de Saint-Exupéry »

Histoire présentera le 25 janvier 2021 « Visages de Saint-Exupéry« , documentaire réalisé par Ange Casta. « Un documentaire qui rend hommage au parcours et à la personnalité de Saint-Exupéry, s’appuyant sur des archives et des témoignages. Le romancier, poète et aviateur est connu avant tout pour ses œuvres largement inspirées de sa vie de pilote, hormis Le Petit Prince, conte poétique qui fut son succès le plus populaire. »

« L’Aéropostale, mythe et réalité »

Histoire diffusera le 25 janvier 2021 « L’Aéropostale, mythe et réalité » par Isabelle Mille et Thierry Colombie. « Sur la base d’extraits de long-métrage, de téléfilms et de séries, ainsi que d’archives amateurs ou professionnelles, ce documentaire retrace l’épopée extraordinaire de la liaison postale entre Toulouse et Santiago-du-Chili. Du premier vol réalisé en 1918 jusqu’à la constitution d’Air France en 1933, ce film a pour principale ambition de mettre en relief les deux principaux promoteurs de l’Aéropostale : le célèbre Pierre-Georges Latécoère et le méconnu Marcel Bouilloux-Lafont. Sans oublier le directeur Didier Daurat, les trois pilotes légendaires (Mermoz, Saint-Exupéry et Guillaumet), mais aussi les autres aviateurs, mécaniciens, chefs d’escale, connus ou anonymes, qui tous ont permis à l’Aéropostale d’entrer dans l’Histoire de notre pays. »

CITATIONS

« Fais de ta vie un rêve, et d’un rêve, une réalité ».

« Je crois aux actes et non aux grands mots »

Pilote de Guerre

« D’où suis-je ? Je suis de mon enfance. Je suis de mon enfance comme d’un pays  ».

Terre des hommes, éd. Le Livre de Poche, 1939, p. 225

« L’expérience nous montre qu’aimer ce n’est point nous regarder l’un l’autre mais regarder ensemble dans la même direction  ».

Le Petit Prince

« Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent ».

« Bien sûr je te ferai mal. Bien sûr tu me feras mal. Bien sûr nous aurons mal. Mais ça c’est la condition de l’existence. Se faire printemps, c’est prendre le risque de l’hiver. Se faire présent, c’est prendre le risque de l’absence. C’est à mon risque de peine, que je connais ma joie ».

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux ».

« Ainsi le petit prince, malgré la bonne volonté de son amour, avait vite douté d’elle. Il avait pris au sérieux des mots sans importance, et était devenu très malheureux.

« J’aurais dû ne pas l’écouter, me confia-t-il un jour, il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les respirer. La mienne embaumait ma planète, mais je ne savais pas m’en réjouir. Cette histoire de griffes, qui m’avait tellement agacé, eût dû m’attendrir… »

Il me confia encore :

« Je n’ai alors rien su comprendre J’aurais dû la juger sur les actes et non sur les mots. Elle m’embaumait et m’éclairait. Je n’aurais jamais dû m’enfuir ! J’aurais dû deviner sa tendresse derrière ses pauvres ruses. Les fleurs sont si contradictoires ! Mais j’étais trop jeune pour savoir l’aimer . »

« C’est alors qu’apparut le renard.

Bonjour, dit le renard.

Bonjour, répondit poliment le petit prince, qui se retourna mais ne vit rien.

Je suis là, dit la voix, sous le pommier.

Qui es-tu?, dit le petit prince. Tu es bien joli…

Je suis un renard, dit le renard.

Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…

Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.

Ah! pardon, fit le petit prince.

Mais, après réflexion il ajouta :

Qu’est-ce que signifie apprivoiser (…)

C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie créer des liens…

Créer des liens ?

Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

Je commence à comprendre, dit le petit prince. (…)

Mais le renard revint son idée:

Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent. Je m’ennuie donc un peu. Mais, si tu m’apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m’appellera hors du terrier, comme une musique. Et puis regard e! Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé, qui est d’or, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé…

Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince :

Sil te plait… Apprivoise-moi ! dit-il  ».

« L’Aéropostale, mythe et réalité » par Isabelle Mille et Thierry Colombie

France, 2018

Produit par Pascal Bonnet, Les Films du Sud et Histoire TV

Auteurs : Isabelle Mille, Thierry Colombie et Thierry Gentet

Sur Histoire les 20 janvier 2021 à 10 h 35 et 25 janvier 2021 à 10 h 45

« Visages de Saint-Exupéry » par Ange Casta 

France, ORTF, 1962
Auteur : Michèle Angot

Sur Histoire les 19 août 2019 à 9 h 40, 29 août 2019 à 9 h 10 et 3 septembre 2019 à 9 h 2520 janvier 2021 à 11 h 30 et 25 janvier 2021 à 11 h 40

« Vol de nuit en Patagonie pour Saint-Exupéry« 
Sur Arte le 26 mars 2018 à 16h30

Visuel :
Dominée par les dunes du Sahara, la moitié sud du Maroc servit de terrain de conquête pour l’Aéropostale dans les années trente. Dans ce désert que les hommes venus d’Europe se sont échinés à domestiquer, Antoine de Saint Exupéry ne trouve au départ que solitude. Mais la vie au milieu des dunes, l’humanité de ceux qui vivent le désert, va devenir un dialogue avec l’immensité, apportant à son écriture sa puissance et sa poésie.
© Eléphant Doc

« Antoine de Saint-Exupéry, le dernier romantique » par Marie Brunet-Debaines

Camera Lucida productions, Lobster films, INA, ARTE France, 2015, 54 min

Sur Arte les 15 octobre à 17h35 et 4 novembre 2017 à 5h55

Les citations sur le documentaire sont d’Arte et du documentaire. Cet article a été publié le 15 octobre 2017, puis le 27 mars et 25 novembre 2018, 28 août 2019.

[Source : www.veroniquechemla.info]

Nas redes sociais, a onda de pessoas que pintam os lábios contra a misoginia continua. Veja aqui mais algumas das figuras públicas que não tiveram medo de dar os lábios à luta e leia o que têm a dizer.
Lábios pintados com batom vermelho, uma foto publicada por Mísia.

Lábios pintados com batom vermelho, uma foto publicada por Mísia.

O batom é uma arma. E toda a gente sabe contra quem. Depois do candidato presidencial da extrema-direita ter tentado denegrir Marisa Matias por usar batom vermelho, uma onda de solidariedade invadiu as redes sociais, a hashtag #VermelhoEmBelem tornou-se viral e muitas pessoas, famosas ou não, pintaram os lábios para mostrar que não se deixarão intimidar.

Ao Expresso(link is external), Catarina Martins, que também se tinha juntado já ao movimento dos lábios vermelhos, considerou que as declarações de André Ventura são “um insulto dirigido às mulheres” e que os comentário do dirigente do Chega estão “carregados de misoginia”.

O mesmo fizeram de maneiras diferentes políticos de várias áreas, artistas, ativistas sociais e muitas outras pessoas. Uns, limitaram-se a pintar os lábios em desafio, juntando a hashtag. Outros, juntaram as suas mensagens.

 

 

 

 

Fernando Alvim:

Bruno Aleixo, no Instagram:

Tania Bofferding (ministra do Interior, Luxemburgo):

Agir:

Cátia Antunes:

https://www.instagram.com/p/CKElssAF5Wv/?utm_source=ig_web_copy_link

 

André Carrilho:

Mísia:

Inês de Medeiros:

David Fonseca:

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Rui Unas:

Beatriz Gosta:

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Soraia Chaves:

Ivo Canelas:

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José Carlos Malato:

Bruna de Magalhães:

Diogo Infante:

Inês Aires Pereira:

Filipe Homem Fonseca:

Inês Meneses:

José Mata:

Leonor Poeiras:

Irene Montero:

 

[Fonte: http://www.esquerda.net]

Sobre Troyano de Alex Vella Gera, editado por Libros del Fuego 

 

Escrito por Mario Cárdenas 
Resulta exótico leer literatura publicada en Malta, o algo escrito por un autor maltés. Las referencias son mínimas y lo poco que se sabe del archipiélago apenas se puede mencionar, o bueno, en mi caso así es. Malta para mí es un lugar desconocido. Lo más cercano que he estado a algo escrito y dibujado por un autor maltés, son las historietas periodísticas del dibujante Joe Sacco, narraciones gráficas que cuentan conflictos en algunos lugares del mundo como Palestina o Los Balcanes, o en el Canadá como sucede con su último libro Un tributo a la tierra. Sacco ha dibujado sobre muchos lugares, pero muy poco de su país natal. De ahí que Troyano (Libros del fuego, 2020) de Alex Vella Gera (Malta, 1973), una de las pocas novelas de la literatura maltesa traducida al español sea toda una rareza, un encuadre de un mundo desconocido, de referencias mínimas, un mundo del que poco tenemos noticias, aunque es un mundo que se parece, en algo, al nuestro.
La vida, o por lo menos lo que queda de un escritor como el recalcitrante y conservador Ganni Muscat es el centro de la narración en Troyano, a partir de sus monólogos, conversaciones con amigos escritores, una entrevista y las confesiones de su esposa, Inés, liberada de este cuando muere, se van filtrando algunos episodios recientes de la vida política y social en ese país. Muscat es una pieza vieja, el vestigio de un tiempo que ya fue, y que ahora se vende como ideal, la cristalización de un antiguo militante de la izquierda de los años setenta, que como muchos en su país, se ha convertido a la ultraderecha, al conservadurismo católico, en respuesta a las libertades ganadas por una nueva generación de ciudadanos que han empezado a construir nuevas formas de habituar el mundo, una formas que parecen estarlo dañando según el escritor.
Muscat es un intolerante a lo nuevo, y lo diverso, el escritor y sus ideas son una representación de la intolerancia maltesa y la avanzada totalitarista que ve en lo distinto una amenaza. Para el escritor, como para muchos ciudadanos, lo que no se entiende es un peligro. Es por eso que cuando Muscat discute con un viejo amigo escritor, Philip Caruana, que contrario a él, disfruta de los placeres de la vida gracias a que se ha convertido en un escritor de grandes ventas, le reprocha ser parte de la degradación de su país: “La gente como tú es la razón por la que la vida se ha hecho mezquina”, le dice Muscat, que ve en Caruana la representación del individualismo, de las múltiples libertades que ha traído el capitalismo, y que son la destrucción de lo bello que era el mundo. Muscat le recrimina y culpa a su amigo diciéndole además: “La gente como tú, con su egoísmo, ha roto todo lo bello en este mundo. El mundo moderno lo hicieron ustedes, ustedes son los verdaderos diablos (…).
Estamos viviendo en un infierno por culpa de ustedes. La gente como tú es la causa de que mi hijo terminara siendo un drogadicto. Fueron ustedes quienes crearon esta cultura del hedonismo, esta sociedad donde nada significa nada, donde lo importante es pasarlo bien y consumir”.
Pero en realidad Muscat como un Troyano, como un Caballo de Troya que es, de apariencia legítima e inofensiva, esconde un reverso en su asepsia social, intentando limpiarse y buscando como sea la absolución a lo que fue y no pudo cambiar, de lo que disfrutó y ahora no entiende, señalando en el progresismo y los derechos humanos cuantas amenazas se le ocurran, jugando a esa idea retorcida de que todo tiempo pasado fue mejor, es la memoria de una país en el que apenas se puede hablar del aborto, una sociedad que legalizó hasta hace muy pocos años el divorcio. Una breve recreación de las tensiones vividas en algunos lugares del mundo en los años recientes, lo que se teje detrás de unas divisiones que han catapultado gobiernos fascistas, que prometen cuidar y restablecer el orden, unos gobiernos que se abren paso a través de cualquier estrategia que les permita gobernar en el poder.

Alex Vella Gera, Troyano. Libros del Fuego. Traducida del maltés por Antoine Cassar

 

[Fuente: http://www.revistacoronica.com]

Eros e Tânatos na tetralogía da morte de Pier Paolo Pasolini

Mira Schendel, 1962, sem título. Reprodução fotográfica Sérgio Guerini/Itaú Cultural

Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura / ché la diritta via era smarrita” (Dante Alighieri. La divina commedia – Inferno).1

 

Escrito por MARIAROSARIA FABRIS*

La selva oscura

“Sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo, sexo… O mundo torna-se objeto do desejo de sexo, não é mais mundo, mas lugar de um único sentimento. Este sentimento repete-se, e com ele repete o mundo, até que, ao acumular-se, anula-se… Do mundo sobra apenas a projeção milagrosa…”.2

A repetição, ao infinito, de uma palavra esvazia-a de significado. A obsessão por um sentimento transforma-o e, ao transformá-lo, anula-o. Esta é uma das lições que o narrador (em primeira pessoa) de La divina mimesis recebe de seu guia, ao perder-se, “por volta dos quarenta anos”, na “‘Selva’ da realidade de 1963”. O guia, no qual nosso narrador/autor se projeta narcisicamente, é “um pequeno poeta cívico dos anos cinquenta”, que cantou a consciência dividida “de quem fugiu de sua cidade destruída, rumo a uma cidade a ser ainda construída. E, na dor da destruição misturada à esperança da fundação, cumpre obscuramente seu mandato”.3

Acossado pelas três feras, que saem dos porões de sua própria alma – a onça (ágil, camaleônica, sem escrúpulos), o leão (predador egoísta) e a loba (lasciva), a mais temida –, perdido na escuridão daquele momento de sua vida, o autor Pier Paolo Pasolini busca uma luz: “a luz da velha verdade […] diante da qual não há mais nada a dizer”.4

E, para buscá-la, para percorrer o caminho certo (“la mia strada, giusta!”), volta-se para o passado, para o que ele já foi – um poeta cívico, consciente de suas contradições –, voz dissonante num país que, sepultados os impulsos democráticos do pós-guerra, ao seguir mergulhado numa cultura burguesa à qual se aliou a “ignorância das ilimitadas massas da pequena burguesia”,5 torna a rumar para o fascismo, deixando-se apodrecer num “bem-estar que é egoísmo, estupidez, incultura, fofoca, moralismo, coação, conformismo”.6

Aconselhado e acompanhado por seu guia, que nada mais é do que ele mesmo, nosso poeta dirige-se para “um lugar que outro lugar não é senão o mundo”, além do qual não poderá ir, “porque o mundo termina com o mundo”.7

La divina mimesis

Nessa obra, iniciada em 1963 (e continuada entre 1964 e 1966 ou 1967, mas deixada incompleta), a visão que Pier Paolo Pasolini oferece da Itália é a de uma nação sob o domínio do neocapitalismo, visão em concordância com ideias expressas nos filmes daquele período ou anteriores.

Tendo como modelo A divina comédia (La divina commedia), que Dante Alighieri compôs entre 1307 e 1321, Pasolini, desdobrando-se no vate e em seu guia, o poeta latino Virgílio, mais uma vez traz para o campo ficcional o embate travado com a realidade de sua época, ou antes, com a Irrealidade, que é como ele definia a realidade moldada pela lógica dos burgueses e dos pequeno-burgueses.8

Se Dante havia empreendido sua viagem nos três reinos do Além – o Inferno (lugar de expiação), o Purgatório (lugar de penitência) e o Paraíso (lugar da alegria celestial) –, nos quais as almas incorpóreas ainda palpitavam de vida, o escritor bolonhês, embora seguindo as pegadas do sumo poeta, interrompe seu percurso no Inferno (lugar do presente e de um passado recente que se projeta no presente), porque os outros reinos, os Dois Paraísos – o projetado (o do neocapitalismo) e o esperado (o do comunismo) –, por pertencerem ao futuro, ainda estão em construção.9

E, para poder continuar a manifestar-se sem nenhum pudor, está ciente de que retomar a viagem dantesca consistirá “em elevar-se e ver, em seu conjunto, tudo de longe, mas também em abaixar-se e ver tudo de perto”10, expressão metafórica de seu modus operandi, em que é mister “descer” até a realidade para, ao retratá-la em sua crueza, “erguê-la” em projeto poético, e de seu modus vivendi, em que personagem público e personalidade artística se fundiam.

Diverso

Se é verdade que é um lugar-comum afirmar que a obra de Pier Paolo Pasolini é marcada pela relação intrínseca entre os fatos por ele vividos e sua transformação em ficção, não é menos verdade a dificuldade de subtrair-se a esse lugar-comum, uma vez que a necessidade que nosso autor sentia de participar, intervir, comentar a realidade circundante está presente em todos os campos da cultura (entendida também como empenho cívico) aos quais se dedicou.

Para dar um peso maior a suas intervenções, Pasolini frequentemente transforma um dado de sua vida particular – o fato de ser um diverso – no ponto a partir do qual observar e provocar a sociedade italiana. Diverso, em italiano, significa “diferente”, mas é também um eufemismo para designar o homossexual. E Pier Paolo soube fazer da diversidade sexual seu diferencial ideológico em relação a uma realidade nacional que não o satisfazia. Como assinala Giovanni Dall’Orto: “[…] só um homossexual poderia chegar a ser o que foi Pasolini. Só um homossexual podia fazer de uma obsessão erótica um dos pontos nodais de sua visão de mundo (e de sua arte), deixando que ela influenciasse, moldasse sua concepção da sociedade”11. Uma obsessão latente, em menor ou maior medida, desde suas primeiras obras cinematográficas, celebrada no tríptico dedicado à vida e aviltada em Saló.

Dedicato alla vita

Vários autores homossexuais sublinharam o fato de Pier Paolo Pasolini ser diverso, mas não gay, pensando na acepção primeira dessa palavra: gaio, isto é, alegre, que revela gáudio. Para Gualtiero De Santi, o cineasta não conseguia, “por sua natureza e cultura, levar a própria condição e psicologia a um estado de alegria inconsciente”, portanto gaudioso. Além disso, faltava-lhe “o orgulho de sua homossexualidade”, salienta Giovanni Dall’Orto. E o próprio diretor afirmava: “Eu nasci para ser sereno, equilibrado e natural: minha homossexualidade era algo a mais, de fora, não tinha nada a ver comigo. Vi-a do meu lado sempre como um inimigo, nunca a senti dentro de mim”12.

Não aceitando a própria homossexualidade, Pasolini vivia-a como um pecado ao qual se sujeitar e, para justificá-lo, buscava uma causa hereditária numa de suas avós maternas, como lembra seu primo Nico Naldini. A não ser no idílico período friulano, a vida (homo)sexual de Pier Paolo, foi marcada, segundo Naldini, pela volúpia, pela obsessão, pela iteratividade, pelo sadomasoquismo e, por fim, por rituais, dentre os quais a necessidade de ter encontros grupais em lugares sórdidos da periferia romana, com jovens da plebe – os “meninos da vida” (ragazzi di vita), imortalizados em sua ficção – que para ele representavam “ingenuidade, alegria, sabedoria popular, intensidade de vida popular, naturalidade, fantasia para enfrentar a vida lançando mão de expedientes”13.

É essa ideia de juventude, de vitalidade que o cineasta quer transmitir ao traduzir cinematograficamente três grandes obras da literatura universal: o Decamerão (Il Decameron, 1349-1353), de Giovanni Boccaccio, Os contos da Cantuária (The Canterbury tales, 1387-1400), de Geoffrey Chaucer, e As mil e uma noites (Alf laylah wa laylah, lendária coletânea de contos árabes compilados a partir do século IX d.C.). Entre 1971 e 1974, as emoções corporais explodem no cinema de Pasolini. Hinos à vida e ao Eros? Assim parecia e seu autor era o primeiro a afirmar isso. Mas, num artigo escrito enquanto roda Saló, o diretor abjura a “trilogia da vida”, por entender que o desejo que prorrompia daqueles “corpos inocentes” havia sido instrumentalizado pela cultura da tolerância a serviço do poder14.

La tetralogia della morte

Alguns críticos, entre os quais Adelio Ferrero e Lino Micciché15, em vez de continuarem a insistir na tecla do vitalismo presente em Decamerão (Il Decamerone, 1971), Os contos de Canterbury (I racconti di Canterbury, 1972) e As mil e uma noites (Il fiore delle Mille e uma notte, 1974), seguindo a visão do próprio Pier Paolo Pasolini, preferiram deixar de lado as intenções do cineasta para interrogar as obras. E a pulsão de morte revela sua presença a um olhar mais indagador.

Decamerão acaba resultando numa “lutuosa epopeia da inexequibilidade do Eros”16, na qual este se reduz a espasmos febris, a furores orgásticos, a luxúria desenfreada, que a Morte observa, para punir os transgressores. Não será diferente em Os contos de Canterbury, em que se manifesta a mesma visão grosseira do amplexo carnal, a mesma obsessão animalesca por suor, esperma, esterco, sangue. A sexualidade transforma-se numa variante da violência coletiva, na qual mulheres são seviciadas com ferros em brasa e pecadores são sodomizados por monstros alados, sob o olhar de Satanás. O Eros é degradado a mero apetite voraz e o conceito de pecado triunfa. Mesmo em As mil e uma noites, em que o Eros “pagão” desconhece a noção de pecado original e de queda17, a Morte está sempre à espreita, pois só duas histórias têm um desfecho positivo.

Em relação aos outros dois, As mil e uma noites pulsa de vida, mas nele estamos no campo da fábula, portanto do que não existiu, do que foi “sonhado”. E é exatamente como “sonho de um sonho” que Pasolini define esse filme ao qual contraporá, em Saló, o “pesadelo de um pesadelo”, nos dizeres de Lino Micciché18. É por causa dessa linha de continuidade que pode ser estabelecida entre os quatro filmes que o crítico italiano os agrupou como tetralogia da morte.

A mais temida das feras – as quais, nos anos 1960, haviam tentado impedir que ele alcançasse a luz – torna a surgir em seu caminho, com sua incoercível compulsão por sexo. É a loba, com sua “carne devorada pela abjeção da carne, fétida de merda e esperma”, como o escritor a descreveu em La divina mimesis19, obra que retoma em 1974, na qual, segundo ele, “a um Inferno medieval, com as antigas penas, se contrapõe um Inferno neocapitalista”20. Como nessa obra, em Saló (Salò o le 120 giornate di Sodoma, 1975) também, esses dois infernos se confrontam, ou antes, se confundem. No “Inferno” de Dante Alighieri, o presente e o passado são retratados lado a lado e se fundem, pois a corporeidade das almas dos condenados, nas quais ainda palpitam as paixões, faz com que o passado tornado presente se projete para um tempo eterno, imóvel, definitivo, o que empresta à obra uma exemplaridade paradigmática21.

Em Saló, Pasolini tenta alcançar a mesma exemplaridade dantesca, projetando os anos 1940 na contemporaneidade. Ele também funde dois mundos, embora “inverta” a ordem de apresentação, pois é o mundo histórico que serve de moldura ao mundo “contemporâneo”: dentro da mansão, a República Social Italiana ou República de Saló (23 de setembro de 1943 – 25 de abril de 1945), momento de estertor do fascismo22, transforma-se na Itália dos anos 1960-1970, dominada, a seu ver, pelo novo fascismo.

Dessa forma, o romance que o marquês de Sade redigiu entre 1782 e 1785, Os cento e vinte dias de Sodoma ou o elogio da libertinagem (Les cent vingt journées de Sodome ou l’école du libertinage), do qual o diretor parte para realizar seu filme, mais do que uma transposição se torna uma citação, como diz Giovanni Buttafava23.

Uma citação constante, a expressar uma cultura burguesa que nada mais faz do que instrumentalizar a arte, transformá-la num exercício de poder: “O sexo, hoje, é o cumprimento de uma obrigação social, não um prazer contra as obrigações sociais. Disso deriva um comportamento sexual radicalmente diferente daquele ao qual eu estava acostumado. Para mim, portanto, o trauma foi (e é) quase insuportável. O sexo em Saló é uma representação ou metáfora dessa situação, a que vivemos nestes anos: o sexo como obrigação e feiura. […] Além da metáfora da relação sexual (obrigatória e feia), que a tolerância do poder consumista nos leva a viver nestes anos, todo o sexo que há em Saló (e há uma quantidade enorme dele) é também a metáfora da relação do poder com os que estão a ele submetidos. Em outras palavras, é a representação (até onírica) da que Marx chama a reificação do homem: a redução do corpo a uma coisa (pela exploração). No meu filme, portanto, o sexo é chamado a desempenhar um papel metafórico horrível. […] No poder – em qualquer poder, legislativo e executivo –, há algo de beluíno. Em seu código e em sua práxis, de fato, a única coisa que se faz é sancionar e tornar praticável a mais primordial e cega violência dos fortes contra os fracos, ou seja, vamos repetir isso mais uma vez, a dos exploradores contra os explorados”24.

Talvez por isso, fato inédito na história do cinema, nos créditos de Saló, Pasolini sinta a necessidade de declarar os autores a partir dos quais leu Sade – Roland Barthes (Sade, Fourier, Loyola, 1971), Simone de Beauvoir (Faut-il brûler Sade?, 1953), Maurice Blanchot (Lautréamont et Sade, 1949), Pierre Klossowski (Sade, mon prochain e Le philosophe scélérat, 1947) e Philippe Sollers (L’écriture et l’expérience des limites, 1968) –, de sublinhar, portanto, que a sua é uma aproximação mediada, e de colocar-se explicitamente como discípulo de Dante Alighieri, ao dar a sua obra a mesma estrutura ternária de A divina comédia. Com efeito, o filme divide-se em três círculos (“gironi”) – o da mania (perversões), o da merda (coprofilia) e o do sangue (tortura e morte) – precedidos pelo Anteinferno, que serve de prólogo. Segundo o cineasta, essa estrutura surgiu quando ele percebeu que Sade, “ao escrever, estava pensando seguramente em Dante”25.

“l’inferno esiste solo per chi ne ha paura”26

Invocar Dante significa voltar às origens da língua, da literatura, da cultura italiana, uma origem excelsa, um tempo anterior à ascensão da burguesia mercantilista, capitalista, neocapitalista. Essa volta a um tempo anterior, no entanto, significa também voltar a um passado recente, a um tempo mítico, o do imediato pós-guerra, quando as esperanças da resistência contra o fascismo poderiam ter-se cumprido, o tempo que viu o poeta cívico deixar para trás as ruínas da guerra e engajar-se na reconstrução moral de sua nação. Mas, colocar-se sob o signo de Dante, ou seja, escolhê-lo como guia, significa ainda realizar a descida a um Inferno pessoal, o dos próprios desejos, para exorcizá-los, uma vez que estes não eram mais sinônimo de liberdade, mas de conformismo à falsa liberação apregoada pela ordem burguesa.

Enquanto Pier Paolo Pasolini completava essa viagem interior, no dia 2 de novembro (dia de finados), seu corpo foi encontrado na praia de Óstia, a mesma praia em que, no III canto do “Inferno”, se reuniam as almas dos que, não podendo ser redimidos do pecado original, ficavam à espera do pequeno barco do anjo que as levaria ao Purgatório.

E tu, che se’ costì anima viva,
….pàrtiti da cotesti, che son morti”.
….Ma poi che vide ch’io non mi partiva,
disse: “Per altra via, per altri porti
….verrai a piaggia, non qui, per passare:
….più lieve legno convien che ti porti”27.

*Mariarosaria Fabris é docente aposentada do Departamento de Letras Modernas da FFLCH-USP. Autora, entre outros livros, de Nelson Pereira dos Santos: um olhar neo-realista? (Edusp).

Sob o título de “Seguindo pelo rumo de Saló”, este texto foi publicado em Estudos de Cinema Socine (São Paulo: Annablume-Socine-Fapesp, 2007, p. 15-22), volume organizado por Rubens Machado Jr., Rosana de Lima Soares e Luciana Corrêa de Araújo. A presente versão foi revista e atualizada.

Notas


[1]ALIGHIERI, Dante. La divina commedia – Inferno. Milano: Rizzoli, 1949, p. 15. Versão em português: “No meio do caminho desta vida / achei-me entrado numa selva escura, / que a direção me fora ali perdida”. DANTE. O inferno (A divina comédia). Tradução de Cristiano Martins. Belo Horizonte: Imprensa/Publicações, 1971, p. 17.

 2PASOLINI, Pier Paolo. La divina mimesis. Torino: Einaudi, 1975, p. 18.

 3Ibid., p. 5, 15.

 4Ibid., p. 5.

 5Ibid., p. 9, 14.

 6Apud: NALDINI, Nico. Pasolini, una vita. Torino: Einaudi, 1989, p. 262.

 7PASOLINI, Op. cit., p. 19.

 8Cf. ibid., p. 45.

 9Cf. ibid., p. 19, 59.

10Ibid., p. 25.

11ORTO, Giovanni Dall’. “Contro Pasolini”. In: CASI, Stefano (org.). Desiderio di Pasolini. Torino-Milano: Edizioni Sonda, 1990, p. 151.

12SANTI, Gualtiero De. “L’omosessualità nel cinema di Pier Paolo Pasolini”; ORTO, Op. cit.; Pasolini, apudibid.; cf. também SITI, Walter. “Postfazione in forma di lettera”. In: CASI (org.), Op. cit., p. 106, 173, 179 e 186, respectivamente.

13NALDINI, Nico. “‘Un fatto privato’. Appunti di una conversazione”. In: CASI (org.), Op. cit., p. 16; cf. também p. 13-15. A pulsão de autoflagelação explode em “Appunto 55 – Il pratone della Casilina” [Anotação 55 – O descampado da Casilina], um dos capítulos de Petrolio (Torino: Einaudi, 1992, p. 201-229), obra inacabada e publicada póstuma. Nela, o protagonista, Carlo, se entrega a vinte garotos, num terreno baldio da periferia de Roma. Dessa forma, o escritor confiou às “páginas escabrosas”, de “altíssima literalidade” do romance, “a tarefa de dar livre vazão à sua homossexualidade, levando-a a desaguar numa ‘vontade de obscenidade’ sem freios e sem véus: desnudada, ou antes, desmesuradamente exibida, com comprazimento”. CHINZARI, Stefania. “Sesso color Petrolio. Notte di morte dedicata a Pasolini”. L’Unità, Roma, 14 maio 1994, p. 9. O ritual erótico de Petrolio impactou vários artistas, que o levaram para os palcos e para as telas. Por exemplo, Abel Ferrara, no filme Pasolini (2014), condensou em algumas tomadas os acontecimentos daquela noitada, enquanto em Appunto 55bis (2005), a companhia teatral L’Archimandrita pinçava a história de Sandro, um dos jovens participantes da orgia. Já em 1996, Giuseppe Bertolucci havia registrado, em vídeo, o monólogo teatral Il pratone del Casilino, por ele dirigido, a fim de celebrar o “‘sacrifício literário’ que Pasolini fez, durante anos, dentro de sua cabeça e de sua escrita”. Cf. FABRIS, Mariarosaria. “Pasolini, um Pasolini”. In: MIGLIORIN, Cezar et alii (org). Anais de textos completos do XXI Encontro da Socine [recurso eletrônico]. São Paulo, Socine, 2018, p. 554-555; “Il pratone della Casilina e la storia di Sandro”. Disponível em <https://ricerca.repubblica.it/repubblica/archivio/2005/05/ 17/il-pratone-della-casilina-storia-di.html>. Acesso: 19 nov. 2018; apud: “Il pratone del Casilino”. Disponível em <www.torinofilmfest.org/film/8989/il-pratone-del-casilino.htm>. Acesso: 19 nov. 2018.

14PASOLINI, Pier Paolo. “Abiura dalla ‘Trilogia della vita’”. In: Trilogia della vita. Milano: Mondadori, 1987, p. 8. Embora escrito no dia 15 de junho, o artigo foi publicado póstumo, em 9 de novembro de 1975, pelo jornal de Milão Il Corriere della Sera.

15FERRERO, Adelio, “La ricerca dei popoli perduti e il presente come orrore”. In: Il cinema di Pier Paolo Pasolini. Milano: Mondadori, 1978, p. 109-155; MICCICHÉ, Lino. “Qual è colui che a suo dannaggio sogna”. In: Pasolini nella città del cinema. Venezia: Marsilio, 1999, p. 191-208. As ideias desenvolvidas a seguir inspiraram-se nesses dois autores.

16MICCICHÉ, Op. cit., p. 194.

17Cf. BOYER, Alain-Michel. Pier Paolo Pasolini. Qui êtes-vous?. Lyon: La Manufacture, 1987, p. 213.

18MICCICHÉ, Op. cit., p. 200.

19PASOLINI, La divina mimesis, cit., p. 17.

20Apud: NALDINI, Pasolini, una vita, cit. p. 387.

21Cf. BATTAGLIA, Salvatore. La letteratura italiana: Medioevo e Umanesimo. Firenze-Milano: Sansoni-Accademia, 1971, p. 189.

22Em texto anterior dedicado a Saló, explorei outros aspectos do filme, deixados aqui de lado, para enfatizar o paralelo com a obra de Dante Alighieri a partir de La divina mimesis. Cf. FABRIS, Mariarosaria, “Réquiem para uma república”. In: Anais do XVIII Encontro Regional de História – O historiador e seu tempo. ANPUH/SP-UNESP/Assis, 24-28 jul. 2006, cd-rom.

23BUTTAFAVA, Giovanni. “Salò o il cinema in forma di rosa”. In: GIAMMATTEO, Fernaldo Di (org.). Lo scandalo Pasolini. Roma: Bianco & Nero, 1986, p. 43.

24Apud: GIAMMATTEO, Fernaldo Di. “Pasolini la quotidiana eresia”. In: GIAMMATTEO (org.), Op. cit., p. 31.

25Apud: NALDINI, Pasolini, una vita, cit., p. 388. Esta estruturação, com o prólogo que emoldura a narrativa, pode remeter também a outro clássico da literatura italiana, o já citado Decamerão, obra que expressa a saudade por uma época superada pela realidade dos novos tempos.

26ANDRÉ, Fabrizio De. “Preghiera in gennaio”. In: Fabrizio De André – Volume n. 1. Long playing. Milano, Produttoriassociati, 1970. Versão em português: “o inferno existe só para quem o teme”.

27ALIGHIERI, Op. cit., p. 27. Versão em português: “‘Mas tu, que és vivo, e vejo misturado / aos mortos, larga-os, e depressa parte’. / E, posto que eu quedava ali parado, // ‘Outro é teu porto, tua via é à parte / por eles’, disse, ‘passarás um dia: / lenho que este mais leve irá levar-te’. DANTE, Op. cit., p. 37. Cf. PROVENZAL, Dino. “La commedia”. In: Enciclopedia dello studente. 9 v. Milano: Ullman, 1955, v. VI, p. 191. A praia de Óstia (onde o rio Tibre deságua) fica perto de Roma.

 

[Fonte: http://www.aterraeredonda.com.br]

Le « mythe al-Andalus » allègue la coexistence pacifique interreligieuse – juifs, chrétiens, musulmans – sous domination islamique dont l’Andalousie, conquise par des envahisseurs musulmans, serait l’exemple idéal, admirable. De nombreux manuels scolaires et documentaires, dont « Al-Andalus, une civilisation légendaire » (Die goldene Zeit in Andalusien) de Michael Schwarz, véhiculent ce mythe, qui perdure, occulte la dhimmitude, et demeure source de problèmes graves à ce jour. Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en al-Andalus (sud de l’Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour » selon la Jewish Encyclopedia. 
Publié par Véronique Chemla
L’Histoire est écrite par les vainqueurs. Et parfois instillée par les vaincus. Le « mythe al-Andalus » véhicule l’idée de la coexistence pacifique interconfessionnelle – juifs, chrétiens, musulmans – sous la domination islamique, dont l’Andalousie conquise par des envahisseurs musulmans et dénommée al-Andalus serait l’exemple parfait, et jamais égalé.
Malgré tous les ouvrages d’historiens réputés, généralement étrangers, démythifiant al-Andalus, nombre de manuels scolaires français d’histoire « politiquement corrects » présentent ce mythe al-Andalus comme fait avéré.

Ce mythe est véhiculé contre l’État d’Israël : occultant les pogroms notamment sous l’Empire ottoman, certains allèguent que la refondation de l’État juif aurait brisé une coexistence interconfessionnelle millénaire harmonieuse.

Il perdure dans l’enseignement, dans les discours politiques et communautaires, et est partie intégrante du « politiquement correct ».

Des faits historiques, dont le pogrom à Grenade en 1066, sont ainsi occultés. Le 30 décembre 1066 (3 Tevet 4827), des musulmans assaillent le palais royal de Grenade, alors en al-Andalus (sud de l’Espagne sous domination islamique), et y crucifient Joseph ibn Nagrela, le vizir du roi Berbère et chef des Juifs de la ville. Ils massacrent la plupart des Juifs de Grenade, soit « 1 500 familles juives, représentant environ 4 000 personnes qui disparaissent en un jour », selon la Jewish Encyclopedia. « Ce nombre est supérieur au nombre des Juifs qui ont été tués, pendant la première Croisade, dans l’ensemble des villes et villages de Rhénanie. C’est pourtant cette dernière tragédie que l’on ne cesse de nous rappeler, en oubliant que trente ans auparavant, dans la seule ville de Grenade. il n’y eut pas moins de victimes » (David Littman). Les éditions Provinciales ont republié Le Dhimmi, de Bat Ye’or.

« Al-Andalus, une civilisation légendaire » (Die goldene Zeit in Andalusien) est un documentaire partial de Michael Schwarz.

« Le récit d’un mythe étudié par de nombreux historiens, celui de la coexistence pacifique interreligieuse sous domination islamique. Ce mythe, qui occulte la dhimmitude, est source de problèmes graves à ce jour.

« Pendant huit siècles, juifs, chrétiens et musulmans ont partagé une civilisation commune en Espagne médiévale. Al-Andalus, territoire ibérique ainsi désigné pendant sa domination musulmane du début du VIIIe à la fin du XVe siècle, est souvent considéré comme un paradis perdu, un lieu paisible du vivre ensemble entre les croyants des trois religions monothéistes ».

« Si une cohabitation fut possible, elle n’empêcha toutefois pas nombre de persécutions, de décapitations et de conversions forcées ».
« Cette société multiconfessionnelle reste toutefois unique dans l’histoire européenne et a donné naissance à une culture flamboyante dont les objets d’art, les œuvres littéraires, les monuments et les pièces musicales forcent aujourd’hui encore l’admiration ».
« Historiens et spécialistes de l’art islamique analysent ce riche héritage culturel et le mettent en perspective avec les étapes majeures de ces huit siècles d’histoire, en s’attachant à évoquer les plus grandes figures de cette foisonnante période ».

« Voyage en Al-Andalus, territoire ibérique sous domination musulmane du VIIIe au XVe siècle et point de rencontre des trois religions monothéistes ».

Curieusement, le film reprend l’idée selon laquelle le monde islamique aurait assuré la transmission du savoir antique grec et romain au christianisme médiéval qui l’aurait oublié. Une allégation réfutée par l’historien médiéviste Sylvain Gouguenheim dans son livre « Aristote au Mont-Saint-Michel » (2008) en démontrant le rôle de Constantinople dans cette transmission.

Ce film reprend, sans la critiquer, la version islamique de l’Histoire. Ainsi, il allègue sans le prouver que la condition juive en Europe médiévale chrétienne aurait été pire que celle sous domination islamique. En outre, elle impute à Joseph ibn Nagrela, fils de Samuel ibn Nagrela, vizir auprès du roi berbère Badis al-Muzaffar de Grenade, un orgueil ou une arrogance qui aurait suscité l’ire de la foule musulmane le tuant et massacrant quasiment tous les Juifs de Grenade en 1066. Or, divers historiens soulignent le rôle d’écrits anti-juifs d’Abou Ishaq ayant accru la haine des musulmans. Ainsi, Bernard Lewis a énoncé :

« Un ancien poème antisémite d’Abu Ishaq, écrit à Grenade en 1066, est particulièrement instructif à cet égard. Ce poème, qui se dit déterminant dans le déclenchement des émeutes anti-juives de cette année, contient ces lignes spécifiques :
– Ne considérez pas le fait de les tuer comme une violation de la foi. Le fait de les laisser en vie serait une violation de la foi.
– Ils ont violé le pacte que nous avions avec eux, aussi comment pouvez vous être tenus coupables contre les violateurs ?
– Comment peuvent-ils avoir un pacte, quand nous sommes insignifiants et eux prétentieux ?
– Maintenant nous sommes humbles, à côté d’eux, comme si nous avions tort et eux avaient raison ! »

Un documentaire qui édulcore la dhimmitude, « statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. – régis dans leur pays par la loi islamique. Corrélé au djihad, il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments constitutifs de la dhimmitude sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam (16) sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçue avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique. Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restauration de ces lieux obéissait à des règles très sévères. Ils subissaient un apartheid social qui les obligeait à vivre dans des quartiers séparés [mellah au Maroc, Ndr], à se différencier des musulmans par des vêtements de couleur et de forme particulières, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, même les jours de fête, et à des rançons ruineuses extorquées souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage », a résumé l’essayiste Bat Ye’or.
Le mythe de la « coexistence pacifique inter-religieuse »
Le professeur Bernard Lewis fait remonter ce mythe, forgé par les « juifs pro-islamiques », au XIXe siècle :
« L’âge d’or de l’égalité des droits était un mythe, et si l’on y croyait, c’était la conséquence plutôt que la cause de la sympathie juive pour l’islam. Le mythe fut inventé par des juifs d’Europe au XIXe siècle comme un reproche adressé aux chrétiens – et repris par les musulmans de notre temps comme un reproche adressé aux juifs » (Islam, Gallimard, 2005).

Quant à Bat Ye’or, elle démontre « la fonctionnalité stratégique du mythe d’un islam tolérant et pluraliste inventé par la Grande-Bretagne au XIXe siècle… Né précisément en Bosnie-Herzégovine, ce mythe créé par la diplomatie britannique visait à protéger l’intégrité de l’Empire ottoman contre les ambitions de l’Autriche et de la Russie, qui – instrumentalisant les révoltes des chrétiens slaves catholiques et orthodoxes ou grecs – se taillaient des zones d’influence dans les provinces ottomanes d’Europe. Pour calmer une opinion publique anglaise indignée par les massacres des insurgés chrétiens perpétrés par les Ottomans, le Foreign Office justifia son soutien à La [Sublime] Porte en alléguant la tolérance et la justice inhérentes à l’islam du gouvernement turc. Ce régime, décrétait-il, était le mieux adapté aux chrétiens des Balkans, présentés comme des masses sous-humaines ignares. Les Turcophiles européens partageaient ces opinions et vantaient l’Empire turc, modèle d’un gouvernement multiethnique et multireligieux, garantissant la paix et le bonheur et une justice égale pour tous ses citoyens sous la loi éclairée islamique – argument constamment martelé par le président bosniaque islamiste moderne Izetbegovic ». Or, « les rapports consulaires de l’époque indiquaient une oppression cruelle des chrétiens dhimmi par l’application des lois de la dhimmitude ».

L’essayiste Bat Ye’or explique ce mythe, qui « adopte la version islamique de l’histoire », par des facteurs géopolitiques, tel « l’équilibre politique » européen au XIXe siècle. Ce mythe justifiait « la défense de l’intégrité territoriale de l’Empire Ottoman, c’est-à-dire la sujétion des peuples qu’il contrôlait. Dans l’entre-deux guerres, la tolérance ottomane se métamorphosa en « coexistence pacifique sous les premiers califes », thème qui constitua la pierre angulaire du nationalisme arabe et une arme idéologique contre les revendications autonomistes d’autres peuples » (Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam. Ed. Berg International, 2005).

Ce mythe agit en narratif anesthésiant : il masque les enjeux du jihad contre l’Occident ou en Eurabia. Il dissimule cette réalité guerrière et son institution corollaire la dhimmitude, ce statut cruel, inférieur et déshumanisant réservé aux non-musulmans – juifs, chrétiens, etc. – sous la domination islamique. De plus, ce mythe « disculpe l’islam classique, à l’origine du totalitarisme islamiste ». Et, il impose la vision « islamiquement correcte » d’un islam « pacifique » (Pierre-André Taguieff, La nouvelle judéophobie, Fayard Mille et Une nuits, 2002) symbolisé par la civilisation brillante al-Andalus, exemple de « coexistence pacifique entre judaïsme, christianisme et islam » en Espagne médiévale sous la férule musulmane.

Ce mythe comprend aussi celui de la « dette » de l’Occident vis-à-vis des « sciences Arabes/musulmanes » . Il dévalorise ainsi la civilisation chrétienne qui, d’une part, a mis un terme à cette « tolérance » par sa victoire sur les Maures et sa reconquête de la péninsule ibérique (Reconquista), et d’autre part, a échoué à créer l’équivalent d’al-Andalous.

Ce mythe distille et renforce « le sentiment de culpabilité et d’infériorité des Occidentaux vis-à-vis de la civilisation islamique » (Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties. Ed. des Syrtes, 2002).

Il affuble l’Occident des pires épithètes – obscurantiste (Inquisition), conquérant (croisades, empires), raciste -, et produit un discours anti-israélien. La recréation de l’État d’Israël contredit le mythe des « dhimmis juifs heureux ». Louer l’attitude mythique admirable de « tolérance » et irréprochable des musulmans à l’égard des non-musulmans stigmatise a contrario Israël : la recréation de l’État d’Israël aurait mis fin à une ère de « coexistence pacifique interreligieuse ». La politique israélienne est déformée au travers d’un prisme mythique biaisé : elle est jugée, et condamnée, à l’aune d’un mythe déguisé en histoire et on requiert d’Israël qu’il se conduise conformément au mythe, ce qui de facto restaurerait le « bon vieux temps » de la dhimmitude, et donc la destruction de l’État juif. Ce mythe s’est métamorphosé pour réapparaître sous l’idée de la « Palestine laïque et multiculturelle » remplaçant l’État d’Israël. Il contribue à accréditer l’idée dangereuse de la « destruction positive de l’État d’Israël » et soutient ceux alléguant : « Nous reconnaissons l’aspiration nationale légitime des juifs et des Palestiniens à un État souverain. Nous sommes pour un État juif et un État palestinien vivant côte à côte, dans la sécurité et la paix. Nous avons reconnu l’État juif.  Et qu’a fait cet État juif ? Il maltraite les pauvres Palestiniens. Il n’arrive pas ou il refuse de faire la paix alors qu’on connaît les termes d’un accord de paix. Cet État d’Israël est perçu comme le pays représentant la plus grande menace pour la paix dans le monde comme le montre un sondage commandé en 2003 par la Commission de l’Union européenne et réalisé auprès de 7 515 Européens… Pour ramener la paix mondiale si précieuse et dans l’intérêt des deux parties concernées, ne serait-il pas préférable de créer un seul État où juifs et Palestiniens vivraient ensemble et en bonne entente comme jadis dans la tolérante al-Andalous ? », c’est-à-dire sous domination islamique, avec un statut cruel et inférieur de dhimmi. Une variante « politiquement correcte » de l’« État binational ».

Bat Ye’or précise que ce mythe :
« Conforte la doctrine islamique. Il atteste la perfection de la chari’a, seule législation gouvernant, dans le passé, le dar al-islam [Nda : Le dar al-islam est un pays gouverné par la loi islamique], et sa supériorité sur toutes les autres juridictions… La moindre critique du statut des dhimmis est rejetée comme suspecte parce qu’elle entame le dogme de la perfection de la loi et du gouvernement islamiques. Ainsi, la louange de la tolérance et de la justice de l’islam, accompagnée de gratitude, s’intègrent-elles dans les obligations exigées du dhimmi ».
Ce mythe pervers a été relayé par les réseaux juifs et chrétiens de la dhimmitude afin d’influer sur les opinions publiques et donc les politiques gouvernementales, en particulier dans le dialogue Euro-Arabe.
« The Myth of the Andalusian Paradise »
En 2016, Intercollegiate Studies Institute a publié « The Myth of the Andalusian Paradise: Muslims, Christians, and Jews under Islamic Rule in Medieval Spain » de Dario Fernandez-Morera. « Scholars, journalists, and even politicians uphold Muslim-ruled medieval Spain—“al-Andalus”—as a multicultural paradise, a place where Muslims, Christians, and Jews lived in harmony. There is only one problem with this widely accepted account: it is a myth. In this groundbreaking book, Northwestern University scholar Darío Fernández-Morera tells the full story of Islamic Spain. The Myth of the Andalusian Paradise shines light on hidden history by drawing on an abundance of primary sources that scholars have ignored, as well as archaeological evidence only recently unearthed.
This supposed beacon of peaceful coexistence began, of course, with the Islamic Caliphate’s conquest of Spain. Far from a land of religious tolerance, Islamic Spain was marked by religious and therefore cultural repression in all areas of life and the marginalization of Christians and other groups—all this in the service of social control by autocratic rulers and a class of religious authorities. The Myth of the Andalusian Paradise provides a desperately needed reassessment of medieval Spain. As professors, politicians, and pundits continue to celebrate Islamic Spain for its “multiculturalism” and “diversity,” Fernández-Morera sets the historical record straight—showing that a politically useful myth is a myth nonetheless. »
Ce livre a été publié en français par les éditions Jean-Cyrille Godefroy sous le titre « Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus. Mythes et réalités de l’Espagne islamique » par Dario Fernández-Morera, professeur au département d’espagnol et de portugais de l’Université Nortwestern (Illinois), docteur de l’Université Harvard, ancien membre du Conseil national des États-Unis pour le développement des humanités, auteur de nombreux livres sur l’Espagne médiévale, le Siècle d’or, la rencontre de l’Europe et des Amérindiens et l’œuvre des grandes figures de la littérature classique espagnole. « Universitaires, journalistes et hommes politiques, tous nous présentent « Al-Andalus », l’Espagne sous domination musulmane, comme un paradis multiculturel où musulmans, chrétiens et juifs vivaient en harmonie. Ce conte de fées est un mythe. Dans Chrétiens, juifs et musulmans dans al-Andalus, un ouvrage décapant, l’historien Darío Fernández-Morera révèle la réalité de l’« Espagne arabo-musulmane », à partir de sources volontairement ignorées et de récentes découvertes archéologiques. »
« Ce prétendu paradis de la coexistence heureuse a commencé avec la conquête de l’Espagne par le califat islamique. Les armées de l’islam, composées de Berbères incultes, détruisirent un Royaume visigoth qui avait conservé l’héritage de la culture classique après la chute de l’Empire romain d’occident, et dont le niveau de civilisation était largement supérieur. Loin d’être un espace de tolérance, l’« Espagne musulmane » fut le lieu d’une régression culturelle dans tous les domaines de la vie. Chrétiens et juifs y furent marginalisés et opprimés par des autocrates religieux. Considérés comme subalternes dans une société hiérarchisée, ils furent réduits au rang de dhimmis, et eurent le choix que les gangsters donnent à leurs victimes : payer pour être protégés, ou disparaître. Tandis que politiciens et idéologues continuent de célébrer l’« Espagne musulmane » pour son « multiculturalisme » et sa « diversité », Darío Fernández-Morera montre que cette construction politiquement utile est une falsification de l’histoire. »
Le livre est préfacé par Rémi Brague, de l’Institut :
« Nous avons tous besoin d’un paradis. Si l’on ne croit plus à celui qui nous est proposé au Ciel, on le cherchera sur terre. Au XXe siècle, ce fut longtemps l’URSS. Après le Rapport Khrouchtchev, l’amour franchit l’Amour et le paradis terrestre fut transplanté en Chine. On se souvient des articles signés K. S. Karol dans le Nouvel Observateur, en particulier « L’empire éco-céleste » qui vantait le respect maoïste pour l’environnement. Ou ceux de religieux dominicains qui voyaient dans la Chine un vaste monastère—sans voire que les trois vœux y étaient obligatoires… D’autres paradis plus petits comme Cuba, l’Albanie, etc. s’y ajoutaient comme les lunes de ce vaste soleil rouge. Le Cambodge de Pol Pot a encore d’illustres défenseurs. Ces paradis se situant sur notre terre et à notre époque, ils étaient susceptibles de recevoir une confirmation empirique. L’Intourist soviétique et ses équivalents s’en chargeaient. Simon Leys a décrit de façon impayable la naïveté des « intellectuels » occidentaux véhiculés de ferme modèle Potemkine en école Potemkine par les services chinois[1]. Mais l’ennui de ces paradis regagnés est qu’ils pouvaient aussi être infirmés par l’expérience, ce qui ne manqua pas de se produire.
D’où l’avantage d’une autre tactique : projeter ce paradis recherché dans le passé, ce qui le met à l’abri de démentis trop faciles. On vit fleurir ainsi, dans tous les styles, et selon les sensibilités, des époques bénies : L’Empire romain d’avant Constantin comme tolérant, l’Empire aztèque comme proto-socialiste, le XIII siècle européen comme apogée de la chrétienté. Pensons aussi à Alexandrie, qui fut aussi le lieu du premier pogrom en l’an 38 de notre ère.
L’Espagne, terre de légendes
L’Espagne est une terre propice aux légendes. Deux exemples, un négatif, et un positif :
(a) La leyenda negrasur les massacres d’Indiens en Amérique, ou sur la fourberie et la cruauté des Espagnols, est lancée par les plumitifs des rivaux commerciaux de l’Espagne, France, Angleterre et Hollande, comme prétexte pour piller les galions qui ramenaient du Nouveau Monde les métaux précieux. Francis Drake et sa piraterie d’État, avec ses équivalents malouins, se trouvaient ainsi légitimés : le vol n’était au fond que de la « récupération ».
(b) Au XIXe siècle, la nostalgie de l’Europe qui se rationalisait pour s’industrialiser a franchi le golfe du Lion, passant de l’Italie à l’Espagne. Mais elle a changé de signe : ce qui intéresse désormais n’est plus la supériorité d’une culture ancienne et raffinée (celle du Grand Tour des nobles anglais), mais au contraire la primitivité de pacotille, les mœurs farouches, mais présumées « authentiques ». Le monument impérissable en est la Carmende notre Mérimée, pendant espagnol de la Colomba corse du même. On peut ajouter encore trois autres « c » : caramba ! (le sang chaud), corrida (la cruauté, l’amour du sang), castañetas (tout ce qui est « typique », et avec elles les mantilles, les éventails, le flamenco, etc.)
Pourquoi donc ne pas ajouter à ces châteaux en Espagne l’image rose d’une coexistence harmonieuse entre les « trois religions monothéistes » ? Cela aurait eu lieu au Moyen Âge, tant que le sud de la Péninsule était sous domination islamique. Ce bonheur aurait été interrompu par l’irruption des méchants chrétiens du Nord. Ceux-ci auraient apporté, à l’exclusion de tout autre élément culturel, l’intolérance, l’Inquisition, etc.
Pourquoi la légende d’al-Andalus ?
(a) Actuellement, les associations internationales comme la Ligue arabe ou la Conférence des États islamiques aident à la propagation de tout ce qui fait apparaître le passé islamique comme brillant et l’islam comme RATP (« Religion d’amour, de tolérance et de paix »). En particulier, l’évocation d’Al-Andalus doit démontrer la possibilité d’une renaissance dans le futur de ce qui est censé avoir eu lieu dans le passé. Toute sorte d’idiots utiles, aussi ignorants que bien intentionnés, emboîtent le pas.
(b) En Espagne même, l’autoflagellation est une spécialité reconnue depuis longtemps et pratiquée avec succès dans toutes les régions. Plus particulièrement, l’Andalousie est une région (une autonomia) de l’Espagne actuelle. Al-Andalus, en revanche, désigne la totalité de ce qui, dans la Péninsule ibérique, était sous domination islamique. L’Andalousie actuelle en est une partie, mais le domaine en question comportait aussi le plus gros du Portugal, la Castille, et remontait à peu près jusqu’à la vallée de l’Ebre. Or donc, la junte autonome d’Andalousie se cherche une identité historique qui la distinguerait de ses voisines. Faute de mieux, elle la cherche en se rattachant à un passé idéalisé.
(c) Les Juifs européens, émancipés au XIX siècle, mais encore sous le coup de diverses restrictions, ont cherché à faire honte aux Chrétiens et à leur donner l’exemple en opposant une « tolérance » islamique à l’Europe catholique, réduite à l’éternel « les croisades et l’inquisition ». Or, les plus grands esprits de l’orientalisme européen étaient justement des Juifs[2].
Il est de fait que les Séfarades expulsés d’Espagne en 1492 furent accueillis dans l’Empire ottoman, où ils produisirent de beaux fruits à Corfou (Albert Cohen), à Salonique, en Bulgarie (Elias Canetti), etc. On mentionne moins souvent un fait symétrique, l’exil des Juifs chassés par les Almohades en 1140 et qui ont trouvé refuge dans la Catalogne et la Provence chrétiennes. Là aussi, la culture en bénéficia, par exemple grâce aux traductions vers l’hébreu d’œuvres arabes de spiritualité, puis de philosophes juives, enfin de textes de philosophes musulmans comme Averroès par les trois générations de la famille Ibn Tibbon.
Dégrisement
Les esprits revenus de leur ivresse apprécieront des ouvrages qui les aideront à appuyer leur intuition : cela est trop beau pour être vrai. Récemment, un éditeur courageux a eu la bonne idée de publier en français le gros livre de Serafin Fanjul[3]. Et voici maintenant celui de Dario Fernandez-Morera, que j’ai donc l’honneur et la joie de préfacer ici.
Les deux auteurs que je viens de nommer, de manière amusante, jouent à compétences renversées : Fanjul, professeur émérite d’arabe à la Complutense (Madrid), se demande surtout quelle est la part d’al-Andalus dans l’identité espagnole d’aujourd’hui. Il intervient dans le débat devenu classique outre-Pyrénées entre deux érudits, tous deux républicains en exil sous Franco, Americo Castro et Rafael Sanchez Albornoz, sur la nature de l’identité espagnole. Le livre français de Fanjul constitue le condensé de deux livres en castillan parus en 2000 et 2004. Certains chapitres, trop centrés sur l’Espagne, par ex. de dialectologie, n’ont pas été repris dans la traduction française. Mais il reste de succulentes perles dans son bêtisier, comme Mérimée qui prend pour « un élégant bâtiment moresque » la Lonja de la sedade Valence. La ville avait été reprise par les Chrétiens en 1238, et le bâtiment construit entre 1482 et 1498 en gothique flamboyant[4].
Quant à Fernandez-Morera, américain, non-arabisant, mais professeur d’espagnol à Northwestern University (Evanston, Illinois), spécialiste de la littérature du Siglo de oro, il s’était déjà fait connaître par des monographies sur des écrivains de cette époque, Garcilaso de la Vega et Cervantes. Il s’interroge ici sur la réalité des récits sur la coexistence harmonieuse (convivencia) des trois communautés musulmane, juive et chrétienne. Il met en évidence ce qui, justement, devrait être évident, et qui est masqué par toute une propagande. Il a la cruauté de mettre en exergue de chacun de ses chapitres une sélection des bêtises qui ont été écrites sur le sujet qu’il y traite.
Soulignons quelques points :
(a) L’Espagne musulmane fut le résultat d’une conquête militaire, nécessairement brutale puisqu’involontaire. Plus cruelle qu’ailleurs ? Pas nécessairement. Mais pas moins non plus (ch. 1). L’avancée des troupes arabes au Sud de la Méditerranée ne fut pas sans rencontrer des résistances. Les Berbères gardent mémoire de la Kahina, souveraine de l’actuelle Tunisie, qui résista aux Arabes jusqu’à ce que ceux-ci s’en débarrassent en l’empoisonnant.
(b) L’Espagne d’avant la conquête arabo-berbère n’était pas vide, ni d’hommes ni de culture. Elle a fourni plusieurs poètes latins, le philosophe Sénèque, l’empereur Trajan. La dynastie des Wisigoths était fortement soumise à l’influence de Constantinople. L’Espagne sur laquelle elle régnait était pénétrée de culture classique. Elle a entre autres produit Isidore de Séville, dont l’encyclopédie a synthétisé le savoir antique et l’a transmis au Moyen Age (ch. 2).
On peut signaler une tendance de l’islam, non universelle, mais pas exceptionnelle non plus, à nier tout ce qui l’a précédé, à le rejeter dans l’« ignorance ». La récente destruction physique des monuments assyriens par l’État islamique est la conséquence d’une attitude intellectuelle plus profonde. L’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie n’est probablement pas à mettre au débit des Arabes, mais la raison donnée dans le récit habituel correspond bien à la tournure d’esprit d’Omar.
En tout cas, dans l’Espagne qui fut soumise à l’islam, il ne subsiste aucune église d’avant la conquête. La Mosquée de Cordoue fut construite en partie avec les pierres d’une ancienne église dédiée à saint Vincent.
(c) La civilisation de l’Espagne sous domination islamique fut certes brillante. Elle le fut en poésie, en philosophie avec Ibn Bajja, Ibn Tufayl et Averroès. En architecture, elle a laissé des monuments remarquables comme la Giralda de Séville, la Mosquée de Cordoue, l’Alhambra de Grenade. Mais qui bénéficia de ces splendeurs ? Comme pour l’histoire des autres régions islamisées, faute de documents, nous ne savons à peu près rien de la paysannerie, laquelle constituait l’énorme majorité de la population[5]. Nos sources ne parlent guère que des citadins, voire des juristes. Al-Andalus était agréable pour ses élites, mais elle n’était pas un paradis de la convivencia.
(d) La culture juive de l’époque a certes été elle aussi brillante. Mais le plus grand, Maïmonide (m. 1204), a dû quitter la péninsule à dix ans et a produit son œuvre en Égypte. Le poète et apologète Jehuda Halevi, auteur du Kuzari, dont « le cœur était en Orient », a voulu mourir en Terre sainte. Ibn Naghrela fut bien un temps vizir d’un roitelet à l’époque des reyes de taifas, mais il finit, avec d’autres de ses coreligionnaires, tué dans un pogrom. Les persécutions n’ont pas manqué non plus, dans la Péninsule comme dans le reste du Maghreb où elles ne cessèrent, horresco referens, qu’avec la présence française[6]…
(e) L’excision des filles était une pratique répandue, ainsi que la lapidation des adultères. Ce qui peut paraître un détail est très révélateur : il y a une abondante poésie amoureuse, mais elle suppose comme son arrière-plan social l’esclavage sexuel : l’aimée chantée par le poète est toujours une concubine, jamais une femme libre (ch. 5).
(f) Il est vrai que la pression sociale s’est accrue au fil du temps en même temps que la pression extérieure des royaumes chrétiens du Nord, et comme conséquence de celle-ci : il fallait « serrer les rangs ». Mais les premières périodes, de la conquête à l’ère omeyyade (756), puis pendant celle-ci, n’ont en rien été des paradis. Destructions d’églises, crucifixions, abondèrent. On notera la scène où Abd-el-Rahman (bien mal nommé) fait brûler le visage d’une esclave qui se refusait à lui (ch. 4). Les campagnes du vizir al-Mansur (Almanzor) ont laissé des souvenirs cuisants.
En résumé, l’Espagne sous domination islamique ne se distingue pas radicalement des autres régions de l’Empire islamique. Elle ne constitue nullement une oasis de « tolérance » et de « coexistence » entre les religions. Sur certains points, elle est même plus sévère qu’ailleurs.
Méthodologie
Pour finir, on peut proposer ici quelques règles, dont la centrale serait de voir les faits dans leur contexte historique, et éviter les évaluations morales. Ceci vaut d’une manière générale. Exemples :
(a) L’accueil d’un conquérant avec des fleurs, etc. Lorsque la Wehrmacht est entrée en Ukraine en 1941, bien des habitants de ce pays qui avait été dévasté par la famine artificielle (Holodomor) voulue par Staline moins de dix ans auparavant, crurent à une libération. Ils devaient vite déchanter. D’une manière générale, on se range souvent « du côté du manche », du côté du vainqueur, dont on ne sait pas encore trop qui il est vraiment. Le conquérant ne le savait d’ailleurs pas nécessairement encore très bien lui-même.
(b) La « tolérance » islamique n’est pas une vertu, car la vertu est toujours le fait de personnes, non de civilisations ou de systèmes politiques. Ce qu’on appelle « tolérance » (dhimma) était la solution d’un problème très concret, qui est l’écrasante disproportion entre la mince couche de conquérants formant la caste dominante et la masse énorme des conquis dont le travail nourrit les nouveaux maîtres comme il nourrissait les maîtres précédents. Elle s’accompagne de mesures humiliantes destinées à exercer sur les soumis une pression. Le système juridique mis en place fonctionne ensuite comme une nasse : il est permis d’entrer dans l’islam, il est interdit d’en sortir.
(c) Une civilisation peut être sur certains points ou sur presque tous plus avancée qu’une autre et avoir fait des découvertes d’une grande importance. Mais la question de la diffusion de ces innovations est autre. Cela vaut d’ailleurs déjà à l’intérieur du monde islamisé. C’est ainsi qu’un chercheur m’a fait remarquer que des savants islamiques pouvaient très bien inventer un algorithme pour résoudre un problème précis, un partage d’héritage, p.ex., et ne pas chercher ensuite à le réutiliser, encore moins à le généraliser.
Dans le cas d’espèce, les acquis d’al-Andalus ont été brillants. Mais cela ne suffit pas pour que l’on puisse parler d’un transfert. Un exemple : les mathématiques arabes étaient au Moyen Âge bien supérieures à celles des Européens. Elles se fondaient sur ce qui était resté des mathématiques (dont l’astronomie) grecques, mais les mathématiciens de langue arabe ne se sont pas contentés de répéter. Ils ont prolongé et dépassé, voire critiqué leurs sources comme en témoignent des titres hardis, celui de Razi, Doutes sur Galien ou celui d’Alhacen, Doutes sur Ptolémée. Mais pouvons-nous être certains de ce qu’ils ont été reçus en Europe ? Gerbert d’Aurillac (pape Sylvestre II) se serait inspiré de connaissances mathématiques d’origine arabe, trouvées dans des couvents catalans, et Léonard de Pise (Fibonacci) dit avoir étudié à Bougie. Faut-il le croire ?
Il est en revanche certain, et même évident, que la médecine arabe, celle de Razi (Rhazès), Avicenne, et d’autres, ont dominé la médecine européenne, dans certaines régions, jusque tard dans le XVIIe siècle[7]. Le cas le plus brillant, bien attesté, est celui de l’optique d’Ibn al-Haytham, Alhazen pour les Latins (m. 1039). Traduit en latin par le polonais Witelo, appelé en latin Vitellion (m. 1275), son traité a été lu par Roger Bacon, et jusqu’à Kepler.
Des analogies, aussi poussées soient-elles, entre deux phénomènes, ne prouvent rien tant que l’on n’a pas donné une explication plausible de la façon dont un phénomène a pu en influencer un autre, où, quand, par quels canaux de transmission, etc. Cela vaut pour l’amour courtois des Provençaux et l’amour odhrite des Arabes ; ou encore pour l’astronomie de l’École de Maragha et celle de Copernic. Adhuc sub judice lis est.
Par ailleurs, des avancées spectaculaires dans une culture ont pu passer inaperçues dans une autre. Ainsi, Al-Biruni (m. 1070), génie universel en chronologie, géodésie, botanique et pharmacopée, et auteur d’une extraordinaire description de l’Inde, remarquable par sa parfaite objectivité, n’est pas entré en Occident avant le XIXesiècle.
(d) On sera prudent avec les notions d’« apports d’une civilisation », de « dette », etc. Ces expressions suggèrent en effet qu’une civilisation pourrait donner quoi que ce soit à une autre. Or, les biens culturels ne sont pas des choses qui voyagent comme des marchandises. C’est bien plutôt la civilisation d’arrivée qui prend ce qui lui convient dans la ou les civilisation(s) de départ. Ces denrées culturelles ne sont reçues qu’au prix d’un travail d’appropriation qui se déroule dans la civilisation d’arrivée, et qui commence par la traduction des textes qui sont le support de ces biens.
(e) On se demandera aussi quel genre de choses la civilisation réceptrice prend de l’émettrice. On observera qu’il s’agit avant tout d’éléments au sens propre : quant au langage, souvent des objets techniques qui entrent dans la culture matérielle en même temps que leur nom entre dans le vocabulaire, parfois des thèmes littéraires, très rarement des règles syntaxiques[8]. Quant à la vision du monde et son couronnement en une religion, à peu près rien. On évitera de confondre religion et civilisation matérielle et de parler, par exemple, des « techniques d’irrigation des musulmans » ; on distinguera également religion et création philosophique. Ainsi, ce qui est passé d’Averroès en Europe est ce qui n’a à peu près aucun rapport avec la religion, à savoir ses commentaires d’Aristote et sa défense de la philosophie contre al-Ghazali.
[1]           S. Leys, Ombres chinoises, Paris, 10/18, 1975.
[2]           Voir p.ex. Ned Curthoys, « Diasporic Visions: Al-Andalus in the German Jewish Imaginary », Arena Journal, 33/34, 2009, p. 110-138.
[3]            S. Fanjul, Al-Andalus, l’invention d’un mythe, Paris, L’Artilleur, 2017, 715p.
[4]           P. Mérimée,  Lettres adressées d’Espagne au directeur de la revue de Paris, I, Madrid, 25 octobre 1830, p. 441.
[5]           Voir R. S. Humphreys, Islamic History. A Framework for Inquiry, Revised edition, Princeton, Princeton University Press, 1991, ch. 12 : The Voiceless Classes of Islamic Society : The Peasantry and Rural Life, p. 284-308.
[6]           Voir les sources réunies en un épais dossier et traduites par David G. Littman et 

Paul B. FentonL’exil au Maghreb. La condition juive sous l’islam, 1148-1912, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2010, 792p.

[7]           Voir D. N. Hasse, Success and Suppression.Arabic Sciences and Philosophy in the Renaissance, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 2016.
[8]           Une exception fascinante : le piùitalien devenu pioen grec moderne et y remplaçant les formes du gec ancien pour le comparatif en -eroVet, quand s’y adjoint l’article, les superlatifs en -atoV, -istoV. »
« Al Andalus, l’invention d’un mythe »
En 2017, L’Artilleur a publié « Al Andalus, l’invention d’un mythe. La réalité historique de l’Espagne des trois cultures » de Serafin Fanjul, membre depuis 2011 de l’Académie royale d’histoire. « Dans l’Europe actuelle confrontée à une immigration musulmane continue, on aime bien se référer au modèle de cohabitation pacifique des trois cultures d’Al-Andalus. L’histoire de l’Hispanie musulmane ou d’Al-Andalus est ainsi un enjeu archétypique. Au Moyen Âge, la Péninsule ibérique aurait connu une remarquable et inhabituelle cohabitation pacifique entre juifs, chrétiens et musulmans. Une admirable symbiose culturelle qui aurait duré vaille que vaille du VIIIe siècle jusqu’à l’expulsion des juifs en 1492, voire, jusqu’à l’expulsion des morisques en 1609. »
Professeur de littérature arabe à l’Université autonome de Madrid, « Serafín Fanjul, affirme qu’il s’agissait, dans la réalité des FAITS, d’« un régime très semblable à l’apartheid sud-africain » et d’une époque globalement « terrifiante ». Soulignant que les motifs et les facteurs de luttes et d’affrontements entre l’Espagne musulmane et l’Espagne chrétienne ont été prédominants pendant toute la période concernée, il montre qu’Al-Andalus a été tout sauf un modèle de tolérance. Il ne s’agit pas pour lui de nier qu’il y a eu des éléments de communication culturelle (surtout d’origine hellénistique) jusqu’au XIIe siècle. Mais il s’agit de montrer qu’il n’y a jamais eu un merveilleux système mixte sur lequel aurait reposé la cohabitation pacifique ; qu’il n’y a jamais eu un mode de vie partagé par tous, une même perception du monde valable pour tous. »
« Les chrétiens dans al-Andalus »
En 2016, a été publié « Al-Andalus y la Cruz : La invasión musulmana de Hispania » de Rafael Sanchez Saus, professeur d’histoire médiévale à l’université de Cadiz. Il a été doyen de la faculté de philosophie et de lettres de l’UCA (1999-2004) et recteur de l’université San Pablo CEU de Madrid (2009-2011). Membre de l’Académie royale hispano-américaine des sciences, des arts et des lettres, dont il a été le directeur, il est aussi directeur de la Cátedra Alfonso X el Sabio. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages, considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de la frontière entre maures et chrétiens dans l’Espagne médiévale. « Así surgió Al-Andalus, con la conquista árabe de España entre los años 711 y 719, y con el posterior establecimiento de un sistema como medio para perpetuar el dominio establecido por una pequeña minoría de guerreros musulmanes orientales y norteafricanos sobre los autóctonos cristianos. Este dominio se articuló a través de un régimen que consagraba el sometimiento político, religioso, y la inferioridad jurídica y moral de los cristianos. Aunque las ventajas ofrecidas a los conversos al islam indujeron a muchos cristianos a la apostasía, y otros muchos prefirieron el exilio, todavía hacia 950 Al-Andalus era un país mayoritariamente cristiano. Dos siglos más tarde, la cristiandad se había desintegrado por la inmersión en la cultura árabe y oriental, y por la abierta persecución desatada contra ella por almorávides y almohades. Este libro se ha escrito para dar a conocer la realidad de la vida de los cristianos en Al-Andalus, que poco o nada tiene que ver con las ensoñaciones y falsificaciones interesadas que nutren un mito construido a costa de la verdad histórica, y a la sombra de la crisis de los valores que hicieron posible el surgimiento de España como proyecto alternativo a lo que Al-Andalus supuso ».
En 2019, les éditions du Rocher ont publié « Les chrétiens dans al-Andalus. De la soumission à l’anéantissement » de Rafael Sánchez Saus, dans une traduction de Nicolas Klein et avec une préface d’Arnaud Imatz. « L’invasion arabo-musulmane de l’Espagne wisigothique, initiée en 711 pour culminer en 719 avec la conquête de la Gaule narbonnaise, a été l’événement aux conséquences les plus considérables de l’histoire d’Espagne. On oublie souvent que, pendant des siècles, la majeure partie de la population fidèle à la religion chrétienne et la minorité juive ont été soumises à un régime de très forte discrimination. Celui-ci reposait sur la ségrégation sociale, l’absence de liberté religieuse, l’exploitation économique et fiscale, l’immersion culturelle et, en cas de protestation ou de révolte, sur la plus sévère répression. La dureté de ce régime s’est accentuée au fil du temps et a fini par provoquer, dès le XIIe siècle, la complète disparition des communautés chrétiennes et juives d’al-Andalus ». Ces chrétiens d’al-Andalus sont appelés des Mozarabes.
Réédité en 2020, « ce livre offre une vision complète de la situation de ces chrétiens espagnols, appelés mozarabes, unique peuple européen médiéval à avoir vécu pendant tant de générations sous la rigueur de la dhimma. Attachés au mythe des Trois Cultures, de nombreux auteurs ont préféré jusqu’ici ne retenir que les aspects prétendument aimables de cette situation, comme la liberté de culte limitée et la relative autonomie interne des communautés chrétiennes, afin de tenter de délégitimer le processus de Reconquête, véritable matrice de la nation espagnole. Il permet, à l’inverse, de mieux faire connaître la réalité de la vie des chrétiens d’al-Andalus, loin des rêves et falsifications intéressées qui alimentent le mythe de la convivialité pacifique entre cultures et religions construit en marge de la vérité de l’histoire. »
« Al-Andalus, une civilisation légendaire » par Michael Schwarz
États-Unis, 2018, 95 min
Sur Arte les 30 novembre 2019 à 20 h 50, 8 décembre 2019 à 15 h 10 et 17 décembre 2019 à 9 h 25
Visuels :
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Les citations sur le documentaire sont d’Arte. Cet article a été publié le 30 novembre 2019.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Dans un nouveau roman très ambitieux, Boualem Sansal couvre les conflits qui se sont succédé de 1916 à nos jours par l’intermédiaire d’Abraham. Il expose sa vision du Moyen-Orient à travers un constat historique désastreux associé à un faisceau d’interrogations fertiles sur le rapport aux textes religieux.


Boualem Sansal, Abraham ou la cinquième Alliance. Gallimard, 284 p., 21 €

Boualem Sansal, Abraham ou la cinquième Alliance

Boualem Sansal

Écrit par Jean-Paul Champseix

Et si Abraham revenait pour fonder une nouvelle Alliance ? C’est à lui que Dieu avait dit : « Quitte ton pays, ta parenté, et la maison de ton père, et va dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai ». Au début du XXe siècle, un clan arabe, habitant Ur, se sent appelé par Dieu. L’un de ses membres, Brahim, appelé Abram, va devenir la réincarnation de l’antique prophète, et refaire pendant une trentaine d’années le parcours de son prédécesseur.

Abraham ou la cinquième Alliance s’ouvre sur un meeting politique que mène le père d’Abram, dans l’ancienne Ur chaldéenne devenue une modeste bourgade. Il brosse « un tableau apocalyptique » de l’avenir de l’Empire ottoman. Il prévient également contre les agissements du colonialisme anglais et français car le dépeçage est effectivement programmé par les accords Sykes-Picot. Abram, bien que jeune, est fort lucide : « La fringante Europe venait s’installer dans notre Orient vermoulu et le refaire à neuf ». C’est donc toute l’histoire de la région que la tribu nomade va affronter dans son quotidien, tout en s’interrogeant sur ce que peut être le nouveau message que Dieu veut adresser aux hommes à travers elle.

Terah, le père, est convaincu que son fils est la réincarnation d’Abraham. Ce nouvel avatar, toutefois, est sans illusion. S’il n’ignore pas la soif de pétrole des Européens, il évoque un Moyen-Orient « dangereusement fascinant » et « diaboliquement retors ». Jérusalem et la Mecque lui inspirent un jugement mitigé : « On distinguait mal le vrai du faux, après des siècles d’incubation, la foi humble et douce, la bigoterie, le marchandage oblique, l’avarice et la folie avaient fait jonction ». On devine aisément quel message Boualem Sansal cherche à faire passer lorsque cette nouvelle figure du prophète soutient : « Il en était ainsi, l’amour de Dieu voulait la haine de l’homme et la division du monde ».

Terah est consterné lorsqu’il voit son fils bâiller d’ennui, à Hébron, devant les tombeaux des patriarches. Abram n’est pas convaincu de la réalité de sa mission et ne ressent rien devant la sépulture d’« Ibrahim ». Loin d’être un illuminé, il redoute la potence pour usurpation de sainteté mais se rassure en songeant qu’Abraham est mort de vieillesse ! Il se demande également si Dieu est toujours le même et si les connaissances touchant la protohistoire sont bien fondées, « les scribes malins » n’hésitant pas à « inventer des récits du commencement antidatés ». Dieu ne serait peut-être qu’un alibi pour faire d’un fou un prophète… Et d’abord, pourquoi refaire ce qui a déjà été fait ? Il se convainc toutefois que « la Révélation est un phénomène itératif » et que « c’était à notre tour de l’actualiser ». À moins qu’une révélation identique dans un monde qui a changé ne soit reçue différemment… Devant obéir à la prédestination, la tribu délaisse l’islam pour retrouver « l’innocence génésiaque » et contracter une nouvelle Alliance avec Dieu. La cinquième, comme l’indique le titre, après Abraham, Moïse, Jésus et Mahomet. Abram en vient donc à se considérer comme juif, chrétien et musulman tout à la fois, à la tête d’un clan devenu de plus en plus cosmopolite.

Sansal se plaît à énumérer la multitude de peuples anciens, aux religions diverses, qui se sont succédé dans la région puis se sont effacés, ne laissant que quelques traces. Alors, pourquoi tant d’intolérance ? Abram remarque que le trajet de son prédécesseur le conduit de ruines en ruines, témoignages des guerres mais aussi vestiges du temps. Comment expliquer aussi cette indifférence au passé lorsqu’on traverse Ur, Babylone, Palmyre, Sichem ?

Avec son cortège de lourds chariots, la tribu commence par traverser Nadjaf, la ville sainte du chiisme « où les occasions de s’exterminer en toute sainteté n’avaient jamais manqué ». L’armée turque assiège la ville… « Nous avions peur des Ottomans et des Anglais, les Ottomans avaient peur des Arabes et des Anglais mais les Anglais n’avaient peur de rien. » Toutefois, ils apprendront que l’Orient « n’est pas une terre à prendre, il est une pensée archaïque peuplée de prophètes et de dieux jaloux, on ne vient pas troubler leur insondable méditation sans le payer de sa vie et faire peser d’horribles et irrévocables malédictions sur ses descendants ».

Au Moyen-Orient, en 1918, « la paix n’a jamais signifié la fin de la guerre, mais son accentuation ». Le clan, devant respecter le trajet antique, louvoie pour éviter les champs de bataille des conflits qui s’enchaînent inexorablement. Arrive la Seconde Guerre mondiale avec le peuple allemand qui a trouvé son prophète, ce qui ne mécontente pas ceux qui souhaitent une revanche de l’Empire ottoman sur les Anglais et les Français. Sansal relate avec précision le combat sanglant et peu évoqué qui opposa le régime de Vichy, dans la Grande Syrie, aux forces du Royaume-Uni et de la France libre. Il rappelle que, lorsque celle-ci s’imposera, elle restera sourde aux revendications d’indépendance. Au passage, Sansal égratigne la bureaucratie française qui exige sans cesse des « papiers » nécessaires pour toutes les actions de l’existence ! Puis surviennent la guerre froide, le conflit israélo-palestinien et les menées des Frères musulmans qui prônent l’épuration religieuse, avec comme principe de « se déguiser, guetter, frapper à mort ».

Pour échapper à tous ces dangers, les décisions ne sont pas prises par le seul patriarche, dans la solitude. Terah puis Abram convoquent régulièrement une assemblée où interviennent les chefs qui portent les mêmes noms que dans la Genèse. Ces nombreuses réunions constituent les points d’orgue du livre, les délibérations offrant une véritable polyphonie. Les avis divergent car les caractères sont dissemblables. Nahor, raisonnable et idéaliste, est effaré par les désastres de l’Histoire. Seroug, humble, matérialiste et désillusionné, se retrouve au bord du nihilisme. Naïm, pragmatique et conscient des dangers, ose remettre en cause l’existence même d’Abraham dans la Genèse qu’il qualifie de « chronique romancée ». Sekkal, politique prudent et avisé, fait remarquer que la croyance en un Dieu unique, associé à des territoires, a créé une intolérance telle que « le Moyen-Orient possède ses religions comme les religions le possèdent ». Il en conclut que personne n’écoutera le message de la nouvelle Alliance. Loth, lucide et frisant l’athéisme, pense que le clan est victime de « la maladie des ruines » qui fait délirer. Il est sensible au modernisme mais conscient des dommages causés à la nature. Eliezer, enfin, serviteur transcendant, est « l’ange gardien » qui ramène aux textes et affirme que, en dernière instance, c’est Dieu qui décide.

Le lecteur sceptique s’attend à une ambiguïté narrative concernant l’apparition de Dieu : rêve, hallucination, illusion, subterfuge… Il n’en est rien, Là où Dieu est apparu à Abraham, il apparaît derechef à Abram qui alors devient vraiment Abraham. Le Livre III – car l’ouvrage est, non sans humour, divisé en « livres » – nous fait part des méditations dernières d’Abraham après les révélations…

Le roman de Boualem Sansal n’a rien de blasphématoire ni de provocant. Certes, il est parfois désespéré. À propos de la Palestine, il est dit : « la situation est bien trop sombre pour qu’un Européen vivant y voie de la lumière. […] dans ce carrefour des mondes visibles et invisibles, l’histoire ne passe pas, elle s’enroule en pelote et se ferme en nœud, il n’y a pas de chemin pour avancer ». Ses interrogations sur le Moyen-Orient et sur l’usage que l’on peut faire des Écritures viennent naturellement au fil d’un récit « néo-biblique » convaincant, sans haine ni mépris.

Inévitablement, les divergences entre les personnages sont si fortes et les questions si foisonnantes que le roman ne satisfera personne. C’est justement ce qui fait son intérêt et cela correspond à l’intention de l’auteur. Il a le mérite de poser une multitude d’interrogations auxquelles il convient moins de répondre que de réfléchir : que signifie être façonné par un exemple qui a 4 000 ans ? Faut-il y changer quelque chose ? Dieu peut-il se faire entendre dans un monde en conflit perpétuel ? Combien de temps faudra-t-il encore attendre pour constater une amélioration ? Quoi qu’il en soit, une chose est à ne pas faire : chercher, « inconséquences juvéniles », à convertir en hurlant : « Sus aux mécréants ! » Dieu ne s’adresse qu’à quelques rares prophètes, et il faut se garder de se prendre pour l’un d’entre eux, lorsqu’on n’a pas été appelé.

 

[Photo : Jean-Luc Bertini – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Se aprendeu na escola que os judeus e os mouros foram expulsos da Península Ibérica pela Inquisição, desengane-se. A população actual da Península Ibérica, e de Portugal em especial, revela uma enorme mestiçagem com estes dois povos, promovida precisamente… pela intolerância religiosa. Os genes contam a história.

Escrito por Ana Gerschenfeld

Não é raro ouvir um português dizer, falando com algum orgulho das suas hipotéticas mas exóticas raízes, que « tem um avô judeu » – e isso, apesar de não haver, oficialmente, muitos judeus a residir em Portugal desde há uns 500 anos. Mas a acreditar num estudo genético dos homens da Península Ibérica agora publicado, esta afirmação, que até aqui era mais uma boutade do que outra coisa, revela-se muito mais certeira do que se pensava. O estudo sugere que o tetra-tetra-tetra-avô de muitos portugueses terá sido um judeu sefardita – ou um muçulmano do Norte de África – que, para escapar à morte e à deportação, à « limpeza étnica », para usar um termo moderno, promovida pela Inquisição, ter-se-á convertido ao cristianismo, forçado ou por vontade própria. Fundiu-se na população geral e abandonou a sua fé e cultura originais, para depois acabar por esquecê-las.

O estudo, ontem publicado on-line no American Journal of Human Genetics, http://www.cell.com/AJHG/,  tem por título O Legado Genético da Diversidade Religiosa e da Intolerância: Linhagens paternas dos cristãos, judeus e muçulmanos na Península Ibérica e abrange a totalidade do que são hoje Espanha, Portugal e as ilhas Baleares. Mostra que a mestiçagem dos povos ibéricos ancestrais com os judeus e com populações do Magrebe deixou marcas detectáveis nos genes das populações ibéricas actuais. E, neste contexto, Portugal surge como o campeão: é por cá, especialmente no Sul do país, que a presença de genes « não-ibéricos » atinge os seus máximos – máximos que se revelam, aliás, inesperadamente elevados.

Em linhas gerais, os judeus chegaram à Península Ibérica no início da era cristã, no tempo do Império Romano, vindos do Médio Oriente, e permaneceram até ao final do século XV: esses judeus são os chamados judeus sefarditas (Sefarad, em hebreu, significa Espanha). Os povos berberes do Norte de África, por seu lado, vieram para a península no século VIII e permaneceram até ao século XV-XVI. Tanto os sefarditas como os magrebinos foram expulsos ou obrigados a converter-se ao cristianismo pela Inquisição, num processo que na realidade demorou séculos e foi marcado por várias ondas de intolerância religiosa.

A equipa internacional de cientistas que fez o estudo – e que inclui investigadores portugueses – analisou a genealogia genética de mais de mil homens da Península Ibérica através da evolução do seu cromossoma Y (o cromossoma do sexo masculino). Como este cromossoma é transmitido, ao longo das gerações, de pai para filho, é muito útil nos estudos deste tipo (embora só nos homens, claro). O ADN do cromossoma vai sofrendo mutações ao longo do tempo e essas mutações constituem « marcadores » que permitem reconstituir as linhagens paternas. Dois tipos de marcadores no cromossoma Y serviram neste estudo. Os primeiros, ditos STR (short tandem repeats), são feitos da repetição de um mesmo pequeno fragmento de ADN. São alterações genéticas que surgem com muita frequência aquando da transmissão do cromossoma Y de pai para filho, e como a taxa dessas mutações, que é relativamente constante, é conhecida, funcionam como um « relógio » molecular. Como uma « escala do tempo », disse ao P2 João Lavinha, responsável pela unidade de investigação do Departamento de Genética do Instituto de Saúde Ricardo Jorge, em Lisboa – e um dos coautores do estudo: « Permitem saber há quantos anos aqueles Y cá estão. » O segundo tipo de marcadores, ditos binários, são mutações muito menos frequentes que consistem quer em alterações pontuais do ADN (numa só « letra » desta imensa molécula), quer em fragmentos que são apagados ou acrescentados. « São detalhes na sequência [neste caso, do cromossoma Y] que, pela sua presença ou ausência, informam sobre a origem geográfica desse Y », acrescenta João Lavinha. « No estudo, utilizámos 28 marcadores binários. »

Populações parentais

Os cientistas, liderados por Mark Jobling, da Universidade de Leicester, no Reino Unido, partiram de três populações ancestrais ou « parentais » de referência: a dos « ibéricos » (constituída pelos cromossomas Y de 116 bascos, considerados como os mais próximos parentes das populações ibéricas mais antigas); a dos magrebinos (os cromossomas Y de 361 homens do Sara Ocidental, Marrocos, Argélia, Tunísia); e a dos judeus sefarditas (174 homens que se autodesignam como tal, entre os quais 16 de Belmonte e o resto da Bulgária, Grécia, Espanha, Turquia e da ilha de Djerba).

Em cada uma destas populações existe uma combinação predominante de marcadores binários – isto é, de presenças/ausências ou alterações pontuais no ADN -, o que faz com que seja fácil « diagnosticar » a ascendência de um cromossoma Y escolhido ao acaso. « Há quatro tipos de combinações de marcadores binários do cromossoma Y com valor de diagnóstico », confirma João Lavinha. « O resto é ruído. » Desses quatro, três são mesmo característicos de apenas uma das três populações consideradas, pois não existem em nenhuma das duas outras. Têm nomes de código que parecem sopas de letras: a dos « ibéricos » chama-se R1b3, a dos magrebinos E3b2 e a dos judeus J2. São estas combinações de marcadores que serviram de base para a comparação com as populações actuais, permitindo determinar a contribuição de cada um dos três « antepassados » aos descendentes de hoje em dia.

Quem foram os « descendentes » utilizados no estudo? Foram 1140 homens da Península Ibérica e das ilhas Baleares – ou melhor, o seu cromossoma Y. Em Portugal, a amostra consistia em 62 cromossomas Y de homens do « Norte » (definido, para o efeito, como a região a norte do sistema montanhoso Montejunto-Estrela) e 78 de homens do « Sul », explica João Lavinha. « Considerámos que esse sistema montanhoso é uma barreira geográfica que terá feito com que as respetivas populações se cruzassem menos », frisa. O material genético oriundo de Portugal fora recolhido em inícios dos anos 90 e o critério de selecção para o actual estudo foi que os homens tivessem um avô paterno nascido na mesma região que eles (Norte/Sul). « Isso significa que estas linhagens estão no mesmo sítio desde o ano 1900 », faz notar João Lavinha.

A última fase consistiu em calcular as contribuições das três populações parentais ao cromossoma Y dos homens actuais. « Essas proporções são uma medida da mestiçagem », diz ainda o geneticista.

Conclusão: em média, os homens ibéricos actuais tem 20 por cento de ascendência judia sefardita e 11 por cento de ascendência magrebina. E para Portugal, em particular, os números são impressionantes. Os cromossomas Y analisados apresentam, em média, 15 por cento de ascendência norte-africana no Sul e 10 por cento no Norte. « É mais do que se esperaria », reflecte João Lavinha. Mas é em relação aos judeus sefarditas que as proporções são « enormes », salienta: em média, 35 por cento dos homens no Sul têm genes sefarditas e, no Norte, 25 por cento. « Os cristãos-novos são uma realidade », reflecte João Lavinha. « Muita gente não fugiu nem foi expulsa; misturou-se. Nós não temos essa noção, mas eles sobreviveram à intolerância religiosa. »

http://jornal.publico.clix.pt/magoo/noticias.asp?a=2008&m=12&d=05&uid=&id=286826&sid=56347

leia também Evidências genéticas negam existência de « raças humanas »

« Humanidade Sem Raças? »

Autor: Sérgio D. J. Pena

Editora: Publifolha

Páginas: 72

Quanto: R$ 12,90

Onde comprar: nas principais livrarias, pelo telefone 0800-140090 ou no site da Publifolha

http://estudosjudaicos.blogspot.com/2008/11/evidncias-genticas-negam-existncia-de.html

 

 

Si j’avoue avoir le plus grand mal depuis le 13 novembre à rester concentré sur un livre, un film ou un jeu vidéo, une exception remarquable: Zaï Zaï Zaï Zaï, bande dessinée de Fabcaro, a réussi à me faire rire à gorge déployée.

Il est urgent de rire (Zaï Zaï Zaï

6 PIEDS SOUS TERRE

Dans les circonstances tragiques qui secouent le pays depuis quelques jours, il est urgent de rire. Retrouver un peu de la joie et de l’insouciance dont les terroristes ont essayé de nous priver. L’humour -qui n’est pas, quoi qu’on en dise, la politesse du désespoir- ne soigne pas les blessures mais nous fait relever la tête. Et si j’avoue avoir le plus grand mal depuis le 13 novembre à rester concentré sur un livre, un film ou un jeu vidéo, une exception remarquable: Zaï Zaï Zaï Zaï, bande dessinée de Fabcaro, a réussi à me faire rire à gorge déployée.

J’étais passé à côté de cet ouvrage sorti sans bruit il y a plusieurs mois par un éditeur indépendant (6 Pieds Sous Terre). Plusieurs avis concordants de proches ayant récemment attiré mon attention avec beaucoup d’enthousiasme sur le titre, je lui ai donné sa chance. Bien m’en a pris!

Zaï Zaï Zaï Zaï se présente sur sa couverture comme un road movie, ce qu’il n’est évidemment pas puisque ce n’est pas un film. Ce petit indice se pose là sans doute pour signifier que son auteur, Fabcaro, aime l’absurde. Comme le prouve le début de l’album, qui s’ouvre sur un personnage s’apprêtant à régler ses courses au supermarché. Au moment de sortir son portefeuille, il se rend compte qu’il n’a pas pris sa carte de fidélité, restée à la maison dans un autre pantalon. Devant les menaces de poursuite de la caissière puis du directeur, il se défend d’abord avec un poireau, avant de prendre la fuite. Une décision qui aura de nombreuses conséquences, à commencer par une chasse à l’homme aux dimensions nationales.

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(c) images : 6 Pieds Sous Terre

Difficile de parler de ce livre hilarant sans évoquer les nombreux gags qui ne seront pas dévoilés ici pour ne pas gâcher le plaisir de la lecture. Chaque page est truffée d’idées loufoques, l’auteur multipliant les points de vue sur l’affaire en maniant un humour décapant et moins léger qu’il n’y paraît. En filigrane, c’est toute une critique de notre société de consommation, mais aussi des médias et de nos politiques qui se dessine derrière les situations rocambolesques de Zaï Zaï Zaï Zaï. Beaucoup d’autodérision aussi de la part de Fabcaro, qui n’hésite pas à se moquer de ses pairs : les auteurs BD comme les bobos dont il est sans doute. Certaines pages, comme celles sur un couple lançant un appel vibrant à la tolérance sont absolument tordantes, sans parler de l’évocation de théories du complot ramenées ici à leur pertinence réelle.

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(c) images : 6 Pieds Sous Terre 

Non seulement Fabcaro fait rire, mais il parvient à jongler avec des registres très différents : humour absurde à la Monthy Python, burlesque (ce gag de la roulade arrière…), décalage entre images et texte, ou discussions de comptoirs décalées où l’on pourra par exemple remplacer « auteur de BD » par « immigré » pour comprendre un tout autre sous-texte.

La lecture de Zaï Zaï Zaï Zaï est d’autant plus salutaire après les tragiques attentats du 13 novembre que l’album résonne avec la paranoïa ambiante et dénonce une grille de lecture de la société faite par certains médias à partir d’un événement ici complètement anodin (un oubli de carte de fidélité) que l’auteur traite comme un acte de terrorisme. Les réactions de la police et l’emballement des médias (qui iront jusqu’à évoquer une prise d’otage imaginaire) moquent avec acuité et pertinence le renoncement à l’intelligence et à la prise de recul. Sans parler des conversations des piliers de bistrot reprenant fort peu à propos les idées des « philosophes » réactionnaires à la mode et réclamant le rétablissement de la peine de mort. Zaï Zaï Zaï Zaï est une farce, et c’est pour cela que l’album tape si juste. Parce que face à la connerie, l’humour sera toujours la meilleure des armes.

[Source : http://www.huffingtonpost.fr]

 

 

Soljenitsyne, vous aviez tout prévu !

Alexandre Soljenitsyne en 1994. Photo : LASKI/SIPA 

42 années ont passé depuis le discours d’Harvard du grand penseur russe Alexandre Soljenitsyne sur le « déclin du courage » en Occident. Son pessimisme d’alors est devenu la lumière sombre de la France de notre temps.

Dans son discours de Harvard en 1978, Alexandre Soljenitsyne avait énoncé cette pensée forte : « Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l’Occident d’aujourd’hui ».

Qu’aurait-il dit alors de la France de 2020 ?

On me pardonnera de me glisser tout petit dans l’ombre de ce géant mais cela fait des années que dans toutes mes interventions, spontanément ou en réponse, je souligne que le manque de courage, singulier et/ou collectif, est la plaie fondamentale de notre pays, de ses pouvoirs et de sa démocratie.

Je laisse évidemment de côté l’admirable courage de nos militaires qui risquent leur vie sur des terrains d’opérations où leur présence est nécessaire et, par décence républicaine, indiscutée.

Même avec cette exclusion, il reste tant d’exemples de ce déclin pressenti par Alexandre Soljenitsyne que je vais me livrer à un inventaire disparate mais qui peu ou prou sera à chaque fois caractéristique d’une faillite de cette vertu capitale.

Un mot sur les mille épisodes de la vie sociale, de la sphère privée où l’invocation de la politesse, de la considération d’autrui et de la tolérance n’est que le masque qui sert à déguiser la faiblesse de la personnalité, son inaptitude à user d’une forme courtoise pour exprimer un fond vigoureux. Il y a une manière, dans nos existences, de dénaturer la courtoisie en la prenant comme prétexte à l’insignifiance.

L’authentique courage est de ne pas hurler avec les loups

Mais le vrai, l’authentique courage est de ne pas hurler avec les loups après ou, avant, quand on est assuré d’un soutien majoritaire.

Il est de ne pas systématiquement rétracter son opinion, sa conviction de la veille parce que la polémique, aussi injuste qu’elle soit, vous donne mauvaise conscience et qu’on préfère avoir tort avec beaucoup que raison tout seul.

Il n’est pas d’avoir une liberté à géométrie variable et de l’adapter à la qualité et à l’importance des contradicteurs, à l’intensité médiatique, à l’emprise de la bienséance, au souci moins de la vérité que de la décence imposée par d’autres.

Il n’est pas de se sentir tenu par l’obligation impérieuse et lâche, pour justifier l’absence de crachat sur le RN, de révéler qu’on ne votera jamais pour lui ou, pour avoir le droit de parler librement de Vichy, de Pétain et de l’Histoire de cette période – comme Eric Zemmour récemment – de montrer patte blanche en précisant, ce qui va de soi pour lui, qu’on n’est ni négationniste ni révisionniste. Le courage est d’oser exister sans filet de sécurité.

Le courage n’est pas de flatter la Justice en la persuadant qu’elle a la moindre légitimité pour trancher les controverses historiques en apposant sur elles les gros sabots d’une législation ayant sacrifié les nuances et la complexité.

Le courage n’est pas de dévoyer le « en même temps »

Il n’est pas non plus de haïr la personne au lieu de combattre ses idées et de se vautrer dans le sommaire d’un langage appauvri pour massacrer une civilisation du dialogue, de ressasser l’humanisme pour faire l’impasse sur ses exigences concrètes.

Le courage n’est pas de dévoyer le « en même temps », de le faire passer d’un moyen de plénitude intellectuelle à la déplorable rançon d’un esprit qui ne sait pas assumer ses choix et leurs conséquences.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut.© BERTRAND GUAY / AFP

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut. Photo : BERTRAND GUAY / AFP

Quand le président de la République, effrayé par ce qu’il a pourtant initié ou déclaré – par exemple pour l’écologie avec la convention citoyenne, contre la police lors de l’entretien sur Brut – dès le lendemain cherche à se sauver la mise, il est aux antipodes du courage. Le Beauvau de la sécurité, qui pourtant en soi n’est pas une mauvaise idée, est gâché parce qu’il est gangrené par la repentance.

Par le désir pusillanime de se renier ou de proposer un événement seulement pour atténuer le choc de la démagogie antérieure.

Le courage n’est pas non plus de prendre, par démagogie, les communautés les unes après les autres – « les jeunes puis le troisième âge… » – et de remplacer l’adresse à la France unie, aussi difficile que soit un verbe rassembleur, par une exploitation de ses « segments » (selon Arnaud Benedetti).

Le courage n’attend pas forcément l’estime

L’autorité de l’État, impartiale et digne de ce nom est aujourd’hui une immense béance parce que les coups de menton sans effet servent une frilosité politique qui n’a pas à s’accommoder du réel, encore moins à combattre ce qu’il a de pire. Le courage a ceci de douloureusement honorable qu’il discrimine, stigmatise, sanctionne et n’attend pas forcément l’estime. Il est le contraire de ce dans quoi notre France, notre monde aiment se lover : l’éthique verbeuse, l’illusion de l’action.

Je pourrais continuer à égrener dans tous ces secteurs, social, politique, médiatique, culturel et judiciaire, les signes d’une démocratie qui non seulement n’essaie même pas, dans une tension éprouvante, de se mettre à la hauteur de cette splendide vertu, mais la fuit parce qu’elle exige trop de soi, de nous, de ceux qu’on a élus, de ceux qui nous gouvernent, de celui qui préside.

Soljenitsyne avait tout prévu et je n’ose imaginer la stupéfaction indignée de ce héros du XXe siècle face à l’état de l’Occident, au délitement de la France. 42 années ont passé depuis son discours de Harvard et son pessimisme d’alors est devenu la lumière sombre de notre temps.

Faut-il, pour toujours, faire son deuil du courage ?

Moi, Emmanuel Macron, je me dis que…

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México sufre un rebrote del coronavirus mientras el uso de las mascarillas se ha convertido en un tema controversial: el mandatario parece empeñado en supeditar la emergencia a una batalla política.

El presidente de México, Andrés Manuel López Obrador, en octubre.

Escrito por Alberto Barrera Tyszka

Todas las mañanas monto bicicleta cerca de mi casa, en una zona de Ciudad de México donde hay varios museos y un parque con caminerías. Con el transcurso de la pandemia, a medida que las estadísticas siguen empeorando en México, he ido perdiendo también la tolerancia: cada vez tengo más ganas de golpear al prójimo.

Avanzo por un carril especial que, con mucha frecuencia, indica en el suelo que se trata de una vía exclusiva para ciclistas. De pronto, debo apartarme porque casi choco con alguien que viene trotando en dirección contraria. Va sin cubrebocas y con la quijada en alto, jadeando pero muy orondo. Él me mira desafiante y yo lo miro como si solo fuera un festival de gotículas a quien repentinamente deseo arrollar.

Es insólito que, en un país con una de las letalidades más altas del planeta por la pandemia, el uso de las mascarillas se haya convertido en un tema controversial. Sin duda, la actitud del presidente ha sido fundamental en este proceso. Andrés Manuel López Obrador (AMLO) parece empeñado en supeditar la emergencia a una pequeña batalla con sus adversarios. Pero más que un problema político ya es un dilema ético: ¿A cuántos mexicanos podría salvar si decidiera aparecer públicamente con cubrebocas?

A principios de diciembre, AMLO volvió a repetir que “el cubrebocas no es indispensable”. Es la posición que ha sostenido el gobierno mexicano desde el comienzo de la crisis de salud. Tanto el presidente como el doctor Hugo López-Gatell, vocero oficial del Estado para la respuesta a la pandemia, no suelen usar mascarilla en sus apariciones públicas y, en distintas ocasiones, han expresado dudas o relativizado su probable eficacia. En agosto, al reaccionar frente a un partido de la oposición que pretendía intentar obligarlo legalmente a usar mascarilla, AMLO sentenció: “Usaré tapabocas cuando no haya corrupción”, hundiendo de esta manera el debate en la marea estereotipada de la polarización política.

Hace un mes, también, cuando un diputado de Morena, su partido, se vio envuelto en una controversia al negarse a usar cubrebocas en una reunión en el Instituto Nacional Electoral, el presidente salió en su defensa, reiterando que “lo más importante es la libertad”.

Este ha sido punto central en su planteamiento y en su estrategia: no ordenar ni imponer reglamentaciones o sanciones excesivas sino, más bien, apelar a la conciencia y a la responsabilidad de la ciudadanía ante la emergencia. “No soy partidario de medidas coercitivas, como las prohibiciones o el toque de queda”, dijo AMLO hace una semana. Es algo que en teoría, suena muy bien, que parece ideal. Pero, después de nueve meses y más de 112.000 fallecimientos, habría que preguntarse si esa política de responsabilidad ciudadana es realmente eficaz.

México se encuentra entre los diez países con mayor letalidad del coronavirus en el mundo. Y ahora, con el llamado “repunte”, los contagios siguen en aumento, las defunciones no disminuyen, el impacto sobre la salud y sobre la economía del país continúa siendo devastador. AMLO ha lanzado públicamente un “decálogo”, invitando a la población a extremar la prevención y el cuidado. Entre esas medidas, no aparece el uso de cubrebocas. Pareciera que se trata de un punto de honor, de un tema donde el presidente no está dispuesto a ceder.

Pero también puede ser percibido y ponderado como un letal caprichito. Como una terquedad incomprensible. Es como si, en la década de los ochenta, cuando empezaba a propagarse el sida, algún líder insistiera en poner en entredicho la conveniencia de usar condón, apelando a que todavía no estaba demostrado que el uso del preservativo sirviera realmente para evitar los contagios. En cualquier emergencia, sobran los matices. Aunque parezca obvio —y al mismo tiempo sorprendente—, en México es necesario despolitizar el cubrebocas.

Hay suficientes estudios que demuestran que el uso de mascarillas representa una alternativa eficiente ante la propagación de la COVID19. “Entre los especialistas en salud pública, existe una aprobación casi unánime de las disposiciones sobre el uso universal de cubrebocas para defender a la población del virus y frenar la pandemia”, se argumenta en un informe reciente sobre su uso. Entre no hacer nada y ponerse una posible protección frente al virus, la discusión no tiene que ver con la libertad sino con la responsabilidad. “Protegerte a ti mismo y a los otros de esta enfermedad mortal —dice Monica Gandhi, especialista en enfermedades infecciosas— es tan simple como cubrir los dos agujeros en la cara que arrojan el virus”.

Más allá de los irresponsables que corren sin mascarillas en los parques, y a pesar de la coyuntura, AMLO tiene un amplio margen de seguidores y una aprobación popular saludable: según una consulta reciente, goza del 64 por ciento de aprobación y más de la mitad de los consultados aprueba su respuesta ante la pandemia. El presidente sigue siendo un modelo, un ejemplo que comunica un modo de estar en la vida, una manera de reaccionar frente a la realidad. Solo la semana pasada, México registró 4156 fallecimientos y 72.609 nuevos casos.

AMLO tiene, por supuesto, la libertad de elegir. Puede elegir entre jugar a la polarización, manteniendo una batalla contra sus adversarios, o tratar de enfrentar la tragedia con todos los recursos posibles.

 

 

Alberto Barrera Tyszka es escritor. Su libro más reciente es la novela Mujeres que matan.
[Foto: Marco Ugarte/Associated Presss – fuente: http://www.nytimes.com]

L’histoire des Juifs de Tunisie durant la Deuxième Guerre mondiale est méconnue, voire ignorée. Pourtant, ils étaient visés par la Shoah, et ont subi l’occupation allemande nazie : rafle à Tunis par les SS le 9 décembre 1942, déportation, etc. Lpogrom commis par des Arabes à Gabès (Tunisie) est survenu le 20 mai 1941 ; sept Juifs ont été assassinés sur la place de la synagogue. Sur cette rafle à Tunis, deux évènements sont proposés : le 6 décembre 2020, de 10 h 45 à midi, au Monument du souvenir de la Grande Synagogue de Paris, sur inscription en ligne ou à contact@shjt.fr, à l’initiative de la Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord (SHJTAN), en partenariat avec le Mémorial de la Shoah,  une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942, et le 9 décembre 2020 de 19 h 30 à 23 h, le Centre français du judaïsme tunisien (CFJT) organise un Facebook Live : la conférence de Claude Nataf, président fondateur et ancien président de la Société d’histoire des Juifs de Tunisie. La Claims Conference alloue un supplément d’aide financière aux rescapés de la Shoah en cette période de coronavirus.

Publié par Véronique Chemla

Le sort des Juifs de Tunisie pendant la Deuxième Guerre mondiale est peu connu.

Il présente une double singularité.

À la différence du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie, alors protectorat français, a été occupée par les Nazis (novembre 1942-avril 1943).

De plus, des Juifs ont aussi été déportés de ce pays « vers les camps de concentration en… avion », a précisé Serge Klarsfeld, président des Fils et filles de déportés juifs de France (FFDJF). 

Le Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) avait accueilli en 2002 l’exposition éponyme de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie (SHJT). Avec la cérémonie commémorative à la Mairie du IVe arrondissement et le colloque à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, cet événement avait commémoré le 60e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis le 9 décembre 1942.

Cette exposition actualisée, intéressante et didactique « Les juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale (octobre 1940-mai 1943). Régime de Vichy et six mois d’occupation nazie », est présentée à la Mairie du IVe arrondissement de Paris. « Du 7 au 17 mai 2019, découvrez une exposition à la mairie du 4e qui rend hommage à la mémoire des victimes de Tunisie tuées parce que juives, sous le régime de Vichy et six mois d’occupation nazie, d’octobre 1940 à mai 1943. En partenariat avec le Mémorial de la Shoah et le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, la SHJT a présenté pour la première fois en 2002, cette exposition fondée sur des documents d’archives publiques et privées, relatant la situation des Juifs de Tunisie sous le Régime de Vichy et la période d’occupation allemande. L’ouverture de nouvelles archives publiques, appuyée sur quelques fonds de journaux privés ont permis d’actualiser cette exposition. Elle apparaît à la fois informative et historique. Hommage à la mémoire des victimes de Tunisie tuées parce que juives. Respect et volonté de ne pas oublier et de transmettre. »

On ne peut que regretter que cette exposition claire, didactique, intéressante, soit « islamiquement et arabiquement correcte » : elle présente la dhimmitude, statut cruel et humiliant infligé aux non-musulmans (juifs, chrétiens, etc.) comme la tolérance du judaïsme !? Elle omet l’enthousiasme de nombreux Tunisiens musulmans à l’égard du nazisme, des victoires militaires du IIIe Reich, etc. Quid de la lenteur de la France à indemniser les Juifs tunisiens spoliés ? C’est d’autant plus surprenant que nombre de livres et documents ont évoqué ces thématiques.

Les commissaires de l’exposition sont Claude Nataf et Claire Rubinstein-Cohen, respectivement président et vice-présidente de la SHJT.

Entre engagements et persécutions

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Parmi eux, « une minorité italienne, importante par son poids économique et ses rapports avec l’Europe. Frappés dès 1938 par le statut des Juifs en Italie, les Juifs italiens sont en Tunisie considérés comme ennemis par le gouvernement français lors de l’entrée en guerre de l’Italie ».

« En novembre 1940, l’amiral Esteva, résident général de France en Tunisie, édicte un statut applicable aux 69 500 Juifs. Discriminatoire, il diffère un peu de celui de Vichy », a indiqué Claude Nataf, président de la SHJT.

Mais la situation des Juifs empire vite. Éviction de la Fonction publique et d’activités libérales, numerus clausus, aryanisation des affaires, rackets par les Nazis, prises de notables en otages, camps d’internements, constitution d’un fichier juif sous l’impulsion du colonel Hayaux du Tilly, action du colonel Rauff, chef de la SS, etc.

La liste est longue des souffrances des Juifs de Tunisie dont l’espoir de s’engager dans l’Armée française a été déçu par le gouvernement de la IIIe République et par le Comité de Libération nationale, comme l’a révélé l’historien Philippe Landau.

Le pogrom commis par des Arabes à Gabès (Tunisie) est survenu le 20 mai 1941 ; sept Juifs ont été assassinés par des musulmans sur la place de la synagogue. Un gendarme a aussi été tué. Le site Harissa présente des témoignages bouleversants de ce pogrom.

Le 9 novembre 1942, les nazis envahissent la Tunisie. Ils « organisent des rafles dont la plus importante se déroule à Tunis.  Au total, près de 5 000 Juifs sont envoyés dans des camps de travaux forcés. À partir d’avril 1943, commenceront les premières déportations vers les camps en Europe ».

Après « l’invasion germano-italienne de 1942 », les Juifs italiens « subissent la persécution antisémite des occupants. La victoire alliée de mai 1943 ne met pas fin à leur situation ».

Dans cette histoire douloureuse, il convient de relever l’action de Justes, tels ces Tunisiens musulmans qui ont hébergé à Mahdia la famille de l’actuel ambassadeur d’Israël, S.E. Nissim Zvili, qui, âgé d’un an, a porté l’étoile jaune.

Et comme le souligne Avraham Benabou, conseiller à l’ambassade d’Israël, il importe de mettre un visage derrière des chiffres, de décrire la vie des Juifs persécutés parce que Juifs, et non pour une quelconque revendication politique.

C’est ce que fait cette exposition claire qui se fonde sur des archives françaises, tunisiennes et allemandes, publiques et privées, et souvent inédites.

Ainsi sont présentées des figures de cette communauté, dont Moïse Borgel, son président.

C’est en hommage à ces Juifs persécutés que le rabbin Amos Haddad a récité les prières le 8 décembre 2002, lors d’une cérémonie particulièrement émouvante en présence de M. Zvili, Ridha Zguidane, conseiller à l’ambassade de Tunisie, d’élus et de représentants d’associations juives.

Ignorance du sort des Juifs en Afrique du nord pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Absence de prise de conscience que leur sort était lié à celui de leurs coreligionnaires en Europe continentale ? Indifférence pour le sort des Juifs sépharades ? Jusqu’au milieu des années 2000, la cérémonie en hommage aux Juifs raflés se déroulait non pas au Mémorial de la Shoah, qui pourtant accueillait une cérémonie en hommage aux combattants juifs du ghetto de Varsovie, mais par exemple à la Mairie du IVe arrondissement de Paris.

À quand une exposition au Mémorial de la Shoah sur la situation des Juifs dans l’Empire français, dans les empires coloniaux de puissances européennes – France, Italie, Pays-Bas, etc. -, en Afrique et en Asie, et sur le grand mufti de Jérusalem al-Husseini ?

Addendum

Claire Rubinstein-Cohen a publié « Portrait de la communauté juive de Sousse (Tunisie). De l’Orientalité à l’Occidentalisation. Un siècle d’histoire (1857-1957)« (Edilivre, 2011). « La communauté juive de Sousse constituée de 1500 personnes en 1857 était soumise au statut de la Dhimma, tolérance accordée par les Musulmans aux Gens du Livre, (Ahl el kittab), Juifs et Chrétiens. Le 10 septembre 1857, Mohamed Pacha Bey promulgua une constitution réformiste, le Pacte fondamental, qui introduisit l’égalité entre tous les groupes confessionnels. Le Protectorat français fut établi sur la Régence de Tunis, par le Traité du Bardo, le 12 mai 1881, et fut assorti de la Convention de la Marsa le 8 juin 1883. Il prit fin avec l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. La République tunisienne fut proclamée le 25 juillet 1957. De 1857 à 1957, la communauté juive a présenté un fort enracinement en terre d’Islam, et a vécu ensuite dans le contexte colonial. Comment, cette communauté, liée à une culture séculaire, a-t-elle pu basculer d’un univers arabophone, immergé dans l’orientalité, vers une nouvelle culture tournée vers l’occident, en un siècle, de 1857 à 1957 ? L’étude de la communauté juive de Sousse de 1857 à 1957 montrera le passage de la tradition orientale à l’acculturation et à l’occidentalisation, à travers trois divisions majeures : la première partie (1857-1881) présente un portrait de la communauté juive de Sousse, composée de Juifs autochtones, les Swâsä et de Juifs ibéro-italiens les Grânä, de son orientalité ainsi que de son début d’ouverture face aux incitations venues d’Europe, depuis le Pacte fondamental de 1857, jusqu’à l’établissement du Protectorat français (1881). La deuxième partie (1881-1939) est consacrée à l’analyse des vecteurs sociaux, économiques, culturels et politiques, qui ont entraîné des mutations structurelles, poussant les Juifs de Sousse à délaisser une identité orientale encore très présente, pour une marche vers l’occidentalisation, au cours de la période 1881-1939, liée aux évènements internationaux, qui accentuent les clivages entre tradition orientale et modernité. Dans le même temps, le sionisme, nationalisme juif laïc d’Europe centrale, réclamait avec Théodore Herzl, (1860-1904), le retour du peuple juif en Palestine. Ce courant eut une influence constante sur les Juifs de Sousse. La troisième partie (1939-1957) précise le poids des mesures infligées à la communauté juive, pendant la Seconde Guerre mondiale, en raison de l’instauration du Statut des Juifs en Tunisie, de l’occupation de Sousse par les troupes italo-allemandes, et des conséquences de la politique raciale nazie appliquée en Tunisie de novembre 1942 à avril 1943. Après la Seconde Guerre mondiale, l’ébranlement des valeurs traditionnelles en Europe et dans le monde secoue la population de Sousse. Le mouvement d’occidentalisation continue cependant dans la communauté juive de Sousse qui se compose, en 1953, de 4 415 personnes. Les Juifs du Sahel forment un groupe de 6 000 personnes. Les départs pour Israël entraînent une première rupture de cette communauté. L’autonomie interne en 1954, l’indépendance en 1956 et la proclamation de la République tunisienne en 1957 transforment la situation des Juifs de Sousse et éveillent des inquiétudes, provoquant une fragilisation identitaire. Projetés dans l’histoire de la décolonisation, et dans le conflit israélo-palestinien en 1956, les Juifs de Sousse devront, comme l’ensemble des juifs de Tunisie, faire face à trois options en 1957 : Israël, la France, ou la nouvelle République tunisienne dirigée par Habib Bourguiba. »

La Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) et l’Alliance israélite universelle (AIU) projetteront Histoire des Juifs d’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondialedocumentaire d’Antoine Casubolo Ferro (2014)le 16 février 2014, à 16 h, à la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild – 6 bis rue Michel-Ange, 75016 Paris -. Un débat suivra la projection.

La Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) a commémoré le 7 décembre 2014, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah.

Le 17 juin 2015, à 11 h, la Mairie du IVe arrondissement de Paris a accueilli, dans le cadre du Festival des Cultures Juives, la conférence de Jean-Pierre Allali, historien, ancien rédacteur en chef de Tribune Juive, auteur de Les Juifs de Tunisie sous la botte allemande. Chronique d’un drame méconnupréfacé par Élie Wiesel (Éditions Glyphe, 2014): Juifs de Tunisie : liberté retrouvée, liberté enlevée, liberté sous contrôle. La conférence était suivie d’une visite guidée de l’exposition de photos Les Juifs de Tunisie, de la dhimmitude à la liberté, dans cette Mairie.

À l’initiative de la SHJT, la cérémonie commémorative de la rafle des Juifs de Tunis, a eu lieu le dimanche 4 décembre 2016 à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier – Paris IVe, en présence de différentes personnalités civiles, militaires et religieuses. La lecture des noms des Juifs déportés de Tunisie et des victimes de la barbarie nazie décédés dans les camps de travail en Tunisie sera suivie de la récitation des prières d’usage. Heure limite d’arrivée : 10 h 40″.

Le 10 décembre 2017, à 10h45, au Mémorial de la Shoah à Paris, la  Société d’histoire des Juifs de Tunisie organise, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS le 9 décembre 1942.

« À la veille de la Seconde Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Entre novembre 1942 et mai 1943, le pays fut occupé par les forces de l’Axe. Les Juifs connurent alors « l’angoisse, les rançons, les pillages, les souffrances du travail forcé et des dizaines de morts » (Serge Klarsfled). L’action anti-juive était dirigée par le colonel SS Walter Rauff. Ce dernier avait été responsable de la mort de centaines de milliers de Juifs, assassinés dans des camions à gaz (ancêtres des chambres à gaz) des pays baltes à la Yougoslavie. En Tunisie, l’objectif était également de mettre en œuvre la « Solution finale ». Quelques personnes furent ainsi déportées vers l’Europe. L’avancée des Alliés et leur domination militaire ont heureusement contrarié les plans nazis ».

15 décembre 2017, à la Bibliothèque nationale de Tunis, « alors que la police était présente dans l’établissement public relevant du ministère de la Culture », une exposition sur la Shoah a été vandalisée. « Habib Kazdaghli, historien et universitaire tunisien, qui est chargé de la coordination de cette exposition, a été jeté dehors de la salle par un groupe d’antisémites fanatiques de la cause palestinienne. Cette exposition est le fruit de deux ans et demi de travail, et d’un investissement 35 000 euros de fonds européens et de l’UNESCO. L’idée était de faire venir des jeunes pour qu’ils voient ce qu’est le traumatisme de la Shoah. Les visiteurs sont invités à découvrir les moyens de propagande qui ont amené à un crime unique dans l’histoire en raison de sa particularité et de la façon dont il a été mené ».

Le 20 décembre à 20 h, la loge George Gershwin du B’nai B’rith a organisé une soirée exceptionnelle autour du thème « Les Juifs de Tunisie sous le joug hitlérien », avec les témoignages de Jean-Pierre Allali, Frédéric Gasquet et Jacques Zérah. Dédicace des livres consacrés à cette époque accompagnée d’un buffet tunisien.

Le 9 décembre 2018, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, a eu lieu la cérémonie coorganisée par la Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) en souvenir de la rafle antijuive de Tunis.

2019
Le 8 décembre 2019, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, Paris, la « Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord organisa, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942. « Sous l’autorité du Colonel S.S. Walter Rauff, l’inventeur des camions à gaz (chambres à gaz mobiles utilisées sur le front de l’Est), les nazis ont en effet persécuté la population juive de Tunisie de novembre 1942 à la libération de Tunis par les Forces alliées, le 8 mai 1943. Serge Klarsfeld prendra la parole lors de la commémoration du 77e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis et de l’instauration de camps de travail sur le territoire tunisien ». La cérémonie s’est tenue « sous la présidence du Grand rabbin de France, Haïm Korsia et il a été donné lecture des noms des Juifs de Tunisie morts au champ d’Honneur, des déportés non revenus des camps d’Europe et de ceux assassinés dans les camps de travail institués sur le sol tunisien par les nazis. »

2020

La Claims Conference alloue un supplément d’aide financière aux rescapés de la Shoah en cette période de coronavirus.

Le 6 décembre 2020, de 10 h 45 à midi, en comité restreint en raison de la situation sanitaire au Monument du souvenir de la Grande Synagogue de Paris, et non dans la crypte du Mémorial de la Shoah, et sur inscription en ligne et à contact@shjt.fr, la Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord (SHJTAN) organisa, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942. C’est la cérémonie commémorative du 78e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis par les S.S. (survenue le 9 décembre 1942) et de l’instauration de camps de travail sur le territoire tunisien jusqu’à sa libération par les Forces alliées le 8 mai 1943.

« La cérémonie annuelle de commémoration s’est tenue ces dernières années au Mémorial de la Shoah à Paris, en présence de représentants du gouvernement, de représentants diplomatiques de Tunisie, d’Allemagne et d’Israël en France, et de différentes personnalités religieuses, civiles et militaires. Diverses personnalités publiques ont été invitées à la cérémonie de cette année, notamment Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, et Anne Hidalgo, maire de Paris. Les noms des Juifs de Tunisie morts au champ d’Honneur, des déportés non revenus des camps d’Europe et de ceux assassinés dans les camps de travail institués sur le sol tunisien seront lus. »

« L’évènement a pour but de « faire connaître un épisode peu connu de la Shoah qui éclaire le dessein des nazis et son caractère planétaire et non pas seulement limité à l’Europe » et « permettre que le souvenir des victimes des nazis sur le territoire tunisien perdure au-delà de la dispersion d’une large partie de la communauté juive de ce pays après la décolonisation. Il s’adresse à « tous les originaires de Tunisie, mais également l’ensemble des membres de la communauté juive et de la communauté nationale ».

Des bougies ont été allumées à la mémoire des victimes, en particuliers celles juives en Tunisie, par diverses personnalités, dont le grand rabbin de France Haïm Korsia et l’historienne Mireille Hadas-Lebel et Noémie Madar, présidente de l’UEJF.

Le grand rabbin de France Haïm Korsia a fait part de ses « deux sentiments très violents. Cette synagogue a une tradition ashkénaze, et deux autres offices : tunisien et égyptien… Lisez « La société des belles personnes » de Tobie Natan [sur le rôle de Nazis dans l’exil des Juifs d’Égypte]… La semaine dernière, dans la Paracha, une maman Rébecca n’arrive pas à comprendre ce qui se passe… Je lis le livre du rabbin Klein, grand-père de Leonard Cohen… Anne Hidalgo va dénommer un gymnase Young Perez, honneur de la France et du Judaïsme ».

La cérémonie s’est poursuivie par la lecture des noms des juifs tunisiens déportés et morts dans les camps de travail, et close par la prière pour la République française.

Le 9 décembre 2020 de 19 h 30 à 23 h, le Centre français du judaïsme tunisien (CFJT) organise un Facebook Live : la conférence de Claude Nataf, président fondateur et ancien président de la Société d’histoire des Juifs de Tunisie, sur cette triste journée du 9 décembre 1942 à Tunis marquée par la profanation de la Grande Synagogue et la rafle des jeunes juifs pour les enfermer dans des camps de travail sur la ligne du front. « Il y a 78 ans à Paris on raflait les Juifs et on les enfermait provisoirement au « Vel d’Hiver « avant Drancy puis Auschwitz. Il y a 78 ans à Tunis, le 9 décembre 1942, on raflait les Juifs avant de les envoyer dans des camps de travail, prélude à une élimination physique programmée. Il y a 78 ans en Tunisie, des Juifs ont été déportés, assassinés, fusillés, parce qu’ils étaient Juifs. »

Cérémonie le 6 décembre 2020 

Au Monument du souvenir de la Grande Synagogue de Paris

44, rue de la Victoire 75009 Paris

Cérémonie le 8 décembre 2019 à 10 h 45 
Au Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris

Du 7 au 17 mai 2019
À la Mairie du IVe arrondissement 
2, place Baudoyer, 75004 Paris
Tél. : 01 44 54 75 04
Entrée libre du lundi au vendredi de 11 h à 17 h

Cet article a été publié dans cette version plus concise par Actualité juive. Il a été republié dans ce blog le 6 décembre 2012 et le :
– 8 décembre 2013 à l’approche du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis, le 9 décembre 1942 dont le souvenir sera rappelé lors de la cérémonie du 9 décembre 2013, à 10h45, dans la crypte du Mémorial de la Shoah, et lors de rencontre et projection l’après-midi ;
– 15 février et 6 décembre 2014, 17 juin et 6 décembre 2015, 3 décembre 2016, 8 décembre 2017, 22 mai et 8 décembre 2018, 12 mai et 6 décembre 2019. Des liens renvoient vers des articles nuançant le rôle de dirigeants communautaires tunisiens.

 

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

La crónica que sigue la escribí en 1998, poco después de volver de 20 años en Barcelona, y se publicó en la extinta revista Página 30. Tenía unas vacilantes ganas de recuperarla, pero una sarta de falsedades odiosas, creo que producto de un desconocimiento alentado por pretensiones de ilustración, me dijo que por qué no. Vaya también como homenaje a un jugador sin igual, y eso que he disfrutado con varios de los mejores.

Escrito por Marcelo Cohen

Como muchas, la historia de Maradona entre los catalanes gira en torno a un error; si algo la distingue, y en cierto modo la eleva, es que los antagonistas nunca quisieron reconocer que se habían equivocado, probablemente porque no se dieron cuenta. Quizás no podían. Maradona nació pobre, pero ya muy joven empezó a hacerse rico y famoso en un país donde una dosis suficiente de fama da buenas perspectivas de lograr la inmortalidad ―y de avizorarla en vida―. A pocos pueblos como el argentino les encanta convertir cada belleza pasajera en imagen de panteón que, uniéndose a otras imágenes rutilantes, varias veces muertas, llene un poco el nicho de la identidad. Si la creación expeditiva de un dios o un santo lo exige, los argentinos humillamos al candidato antes de que muera y agigantamos los suplicios que le haya infligido algún bárbaro, para que a la ristra de virtudes no le falte la grandeza del martirio. Aceptado que la gracia de la perduración es disfrutarla en materia, en la Argentina el candidato puede realizarse como divinidad antes de morir; los requisitos, aparte de atributos reales, son una gran capacidad para almacenar elogios, una amplia superficie de reflejo, debilidades carnales paganas y un histrionismo egomaníaco que no parezca representación sino, más bien, autenticidad, transparencia, franqueza, espontaneidad, eterna adolescencia, ah, oh, etc. Se dirá que en el universo massmediático hoy pasa esto en la mayoría de los países. Es cierto solo en parte: en algunos países ―de América, sobre todo― el trabajo se toma más en serio, y el ego debe ser más resuelto, porque la inmortalidad es más inmediatamente accesible incluso para individuos de extracción dudosa y profesión baja. Así es que el candidato o héroe se ofrenda en vida con una no muy nublada conciencia de lo que está haciendo: extrema sus virtudes, insufla su persona, se adorna con deliciosas faltas y ―de lo anterior se desprende que esto es decisivo― practica la impudicia, tan abnegadamente que termina siendo impúdico de veras y le gusta.

El candidato debe ser tan ingenuo como el país. Está en el candelero mirando siempre cómo lo miran mientras despliega su don, mirando si lo miran, abriéndose el cuerpo para mostrar la interioridad visceral, persuadido de mostrar que no es solo una apariencia ―y el argentino le cree; le creemos―. El héroe es voluble, arbitrario; más cerca de lo divino si un poco asqueroso, objeto de alabanza zandunguera, de unción devota pero también de escupida denigratoria. La progresiva divinización se consolida con la caída del héroe en la negligencia y otras lacras, procedimiento que enmaraña las cosas cuando el héroe tiene efectivamente un don singular, una cualidad que hechiza pero la negligencia tiende a empañar.

En cambio en Cataluña, pequeño, próspero país que se solaza tanto en su singularidad como en pertenecer a la preclara Europa, la división entre leyenda y mito es cortante. Todo héroe pasa la vida entre la torridez del afecto popular y una penumbra de suspicacia, y solo es mitificado si una o más generaciones juzgan que dejó una contribución indiscutible, mejor si contante, a la solidificación de una comunidad laboriosa. Los catalanes admiran más que nada a los alemanes, empeñándose en ser graves como ellos, contentos de superarlos en ironía, acomplejados de no producir tantos genios rotundos, orgullosos de comprender mucho mejor a los genios que han dado o acogido ―Casals, Picasso o Schuster―, tristes de no ser tan productivos, acomplejados por no poder ser diligentes sin sacrificar el estro romántico, contentos de que el sacrificio les impida entronizar déspotas asesinos, sabedores de que, mediterráneos al fin y puede que herederos de los fenicios, se han ido haciendo en la eficaz tolerancia de las civilizaciones mercantiles, en la política liberal.

Casi por definición, todas las naciones practican alguna forma de racismo; algunas la soterran, no solo por hipocresía sino también por vergüenza. Considerar el racismo vergonzoso es un atenuante; lamentablemente, el racismo que se reprimió termina despuntando, bien por compulsión, bien por herida en el cálculo. La virtud nacional catalana es el seny ―se pronuncia “señi”, concepto que abarca el buen sentido, el juicio cauto, la mesura y la temperancia, sin descontar la astucia. Los catalanes, se dice, tardan en intimar, porque cuando dan la amistad es para siempre ―y uno se admira de la conveniencia práctica de esta ética―. Sin embargo, hay dos puntos en donde ese espíritu de impavidez se extravía, para peor conservando la frialdad mercantil, y esos puntos son el odio a los madrileños ―asentado en numerosas razones históricas― y el amor delirante por el Club de Fútbol Barcelona. El Barcelona es “más que un club”: es símbolo y espejo, institución nacional inmarcesible, monumento al progreso, escaparate y tripa; es el producto más acabado, más suntuoso, de un buen sentido burgués que trabaja meticulosamente para exhibir en periódicas fiestas su cara arrebatada de elegancia depuesta. El Barcelona ofrece las orgías que jalonan puntualmente la rutina de la ciudad: al Camp Nou se va a a llorar a mares o a derretirse de gozo, a soltar los gritos e insultos que en la apacible vida cotidiana serían un trastorno temible. Como los comerciantes de Ámsterdam en el siglo XVII, el Barcelona compra lo mejor y a veces hasta lo exótico, lo acoge con entusiasmo, lo defiende con pasión y al cabo empieza a vigilarle la conducta y el rendimiento, dispuesto a prescindir de su brillo ―como los comerciantes de Ámsterdam de los servicios de Rembrandt― cuando la actitud del artista o el precio de la mercancía les resultan desfavorables.

Un día, en 1982, el club compró a Diego Maradona. Como ya había comprado a Bernd Schuster, pasó a tener los dos mejores jugadores del mundo de aquel momento. Los barceloneses saltaban en una pata. Nadie advirtió ―por supuesto que tampoco nosotros, los emigrés argentinos residentes en Barcelona, exultantes de placer futbolero y vindicación jactanciosa― que la operación no pintaba bien. Y no por el flagrante bulto que hacía en la ciudad el clan de Dieguito, ni por los mentados actos de indisciplina, ni siquiera por la suma de estos y otros factores, sino porque, aun sabiéndose mercancía y dueño ya de una alta conciencia gremial, a Maradona jamás le iba a entrar en la cabeza que él pudiera resultar desfavorable para alguien.

Dos años y medio después llegaría al estadio del Nápoles, donde nadie debe admirar mucho a los alemanes, literalmente desde el cielo, beatificado antes de dar el primer pase; allí viviría sus mayores glorias, antes de empezar a exhibir los pecados necesarios para que en la Argentina lo colocaran apresuradamente en la hornacina donde hoy engorda, adelgaza y vuelve a engordar sin perder el sensor con que nació en el pie izquierdo.

Pero antes de esto, en 1982, en Barcelona se asentó muy pronto un malentendido que iba a acarrear desaliento y frustración. Maradona, semicroto advenido estrella universal en un abrir y cerrar de ojos, jovencito de talento cegador y mente comprensiblemente inconclusa, aspirante a la inmortalidad argentina, fue desplegando todo su arco de arrebatos y supuestas franquezas. Con la impudicia exigida por la mitología de un país donde los hombres no lloran en público salvo a veces, obligatoriamente, para demostrar que los hombres también lloran en público si son sensibles ―de un país avanzado donde todo el mundo sabe que la buena virilidad demanda un componente femenino―, Maradona gesticulaba excesivamente en la cancha, hablaba con la prensa hasta por los codos, lucía su jugosa melena, rugía por la calle en un Mercedes piropeando chicas a los gritos, iba ruidosamente de compras con toda la familia; es decir, trasladaba sin empacho su porteñidad a Barcelona porque estaba convencido de que así debía ser, o porque, claro, no podía ―ni quizá debía― hacer otra cosa. Ignorando que si la impudicia gárrula lo elevaba en la imaginación argentina, para los catalanes era una mancha que soslayaban para poder deleitarse con los goles. A los catalanes no les resultaba simpático Maradona. Tampoco antipático, hay que decirlo. Querían verlo jugar. Y querían que, como Cruyff unos diez años antes, los hiciera ganar por fin un campeonato ―una liga; no una Copa del Rey, que es emotiva y con final pero se juega por eliminación y sabe a premio consuelo―, para justificar la arrogancia y borrarse de la cabeza ―cosa que no conseguirán nunca, porque es una enfermedad crónica― la avasalladora, obsesionante presencia del Real de Madrid.

Hoy muchos catalanes lo denigran por despecho, porque abandonó a un club altivo y poderoso sin despedirse y sin haberles conseguido una liga. Pero algunos socios viejos del Barcelona, que habían visto a Kocsis, a Kubala y a Cruyff, dicen que nunca han tenido un jugador como Maradona; lo dicen con rencor; son los mismos que aplaudieron la venta de Romario, por mal bicho, aunque supiesen que iban a languidecer añorando sus goles.

Parecería ser que Maradona los cansó. Y ahora digamos: si el Barcelona se precia de ser históricamente un club amante del fútbol estilizado, si su hinchada se jacta de apreciar el buen juego, la verdad es que, como digna hinchada de un club que es un símbolo nacional, la mayoría de las veces no ve un comino. Es decir: ve las jugadas vistosas y efectivas y evidentes de su equipo ―solo del suyo―, pero en general hila un poco grueso. Por eso no advirtió un rasgo de Maradona que no todos los fuera de serie tienen en un grado tan intenso: el gusto por jugar, la gula y la desesperación por jugar, el idilio de Maradona con la pelota y los partidos, el reflejo dichoso que, uno se imagina, lo llevaría a correr para devolverle la pelota a un chico aunque estuviera vestido con esmoquin y camino a una cita con Diana de Inglaterra. Uno se imagina. Quizás sea una ilusión, sobre todo ahora que Maradona es disertante y publicista. Lo cierto es que los hinchas del Barcelona nunca se habrían imaginado una escena así, ni siquiera en 1983. Sin entrar en juicios, no tienen ese tipo de imaginación. Tampoco una comprensión de la clase de inteligencia y agudeza verbal de ese crack.

Sin embargo, el regocijo de Maradona en la cancha causaba prodigios, como bien se sabe, y al principio fomentó un hermoso romance. Hablando de esto, uno se niega a refrescarse en los archivos y se entrega sin más a la memoria involuntaria. Por la cabeza del cronista amateur pasan despachos visuales como nubes rápidas en atardeceres ululantes. Entre otros, el Barcelona tenía un stopper autoritario (Migueli), un volante de quite con tremendos pulmones (Víctor), tenía al gran Schuster (capaz de desembarazarse de dos rivales a cinco metros de su área, salir de un nudo de piernas por donde nadie esperaba y servir, casi sin haber mirado, un pase de cuarenta metros para la subida del lateral izquierdo, cuyo movimiento solo había visto él; encima de lo cual llegaba a buscar el centro en el otro arco) y tenía dos punteros, Marquitos y Carrasco, movedizos, ladinos y veloces. Marquitos y Carrasco eran muchachos de potrero ―de potrero catalán― y adoraban a Maradona; pero en los primeros tiempos, confesarían algo después, simplemente no esperaban que Maradona pudiera llegar en diagonal a una pelota larguísima puesta en la línea de fondo, dominarla con un defensor encima, frenar en seco para hacerlo pasar de largo, desembarazarse de otro y sacar un centro inverosímil que, burlando la altura del arquero, cayese blandamente en el segundo palo; de modo que cuando esa oportunidad de gol llegaba, Marquitos y Carrasco ya estaban volviendo al mediocampo, convencidos de que nadie habría podido hacer tamaña cosa en una situación tan difícil. A medida que fueron entendiendo las nuevas posibilidades de ese mundo bizarro, no sólo se beneficiaron ellos sino todo el equipo. Menotti los mandaba al ataque, a presionar con la defensa muy adelantada. Demasiado adelantada, digamos, con demasiada confianza en la trampa del off-side. Por el momento no era grave: en un mismo partido Maradona le hizo dos goles de tiro libre a Zubizarreta (el mejor arquero español de esa era, entonces en el Atletic de Bilbao, luego ganador de cuatro ligas con el Barcelona de Cruyff): uno al ángulo superior derecho y el otro al ángulo inferior izquierdo. Pero después, dice la memoria involuntaria, Maradona tuvo hepatitis y el especulativo Atletic de Bilbao se resarció de sobra ganando la liga. No obstante, el crédito de la hinchada barcelonesa al grupejo argentino todavía era holgado, y tuvo recompensa en la final de la Copa del Rey, con un triunfo en el último minuto sobre el detestado Madrid. En los inicios de la temporada siguiente, fines del verano europeo de 1983, el Barcelona arrasaba. Se comprobó que Schuster y Maradona podían jugar juntos sin recelos ni competencia ni embarazo, calladitos y en su papel. El entonces representante y amigo barrial de Maradona, el abracadabrante Cysterpiller ―corbatón amplio, rizos, traje como de raso― salió un día de una reunión con el presidente del club, el hierático, llorón y codicioso señor Josep Lluis Núñez, dueño de la constructora que había aprovechado prebendas durante el tardofranquismo para llenar la ciudad de muchos edificios horribles y algunos del gusto de los hijos de la inatacable burguesía, y dijo que, como el señor Núñez no había atendido a ninguno de sus reclamos, él, Cysterpiller, “muzzarellamente” había decidido retirarse. Todos los emigrés oímos esa maravillosa expresión por la radio; y comprendimos que, de veras, el choque de dos lenguajes y dos estilos nacionales iba a terminar estropeando la aventura. Eso, aparte de que salía de noche y, como sabríamos mucho más tarde, fue allí donde probó por primera vez la cocaína. Una lástima, porque ese otoño el Barcelona, jugando por la Recopa Europea, le ganó 4 a 3 al Estrella Roja, en Belgrado, y Maradona hizo un gol casi mejor que el que haría contra los ingleses: una carrera de cincuenta metros con pelota al pie y cabeza levantada, un frenazo seco en la medialuna, frente a la defensa que se apresuraba a cerrarse, y un disparo altísimo, por encima de todo el mundo, con un efecto que mandó la pelota a la red rozando el larguero. Después hubo un triunfo por 4 a 1 en Mallorca ―dos de Maradona y dos de Schuster― y la sensación de que esa liga ya estaba lujosamente en el bolsillo.

Pero entonces aparecieron los villanos, que a la sazón también se postulaban a campeones: en su caso, bicampeones. La fecha siguiente el Barcelona jugó en el Camp Nou contra el Atletic de Bilbao. A los treinta minutos ganaba tres a cero, dice la memoria involuntaria y puede equivocarse por un gol; pero no se equivoca asegurando que, antes de que terminara el primer tiempo, Maradona recibió de espaldas una pelota en su línea media y, cuando iba a darse la vuelta, el líbero del Bilbao le entró por detrás y lo dejó roto por cuatro meses. Se llamaba Goicochea, ese bruto; hoy es ayudante del DT de la selección española, Javier Clemente, que aquella tarde infausta era DT del Bilbao y por entonces gustaba decir que sus jugadores no eran violentos sino recios, que ganaban ligas porque tenían “raza”. Esa cretinez era una ofensa doble, contra los directores técnicos extranjeros y contra el moderado nacionalismo catalán. Hoy Clemente prolonga sus desvaríos peleándose con Cruyff y con Valdano.

Ese año el Barcelona no pudo vengarse; jugó casi toda la temporada sin Maradona y buena parte sin Schuster, también quebrado. Aparte de la falta de knack, el equipo no tenía sorpresa ni gol; jugaba desesperadamente, sin convicción, y Menotti fue ―como muchas veces― demasiado sabelotodo como para modificar el esquema. Por la defensa en línea adelantada siempre se colaba un contraataque, de modo que a menudo había empates ridículos o derrotas por un gol. Antes todavía de empezar a entrenarse, el angustiado Maradona se entretenía en su casa embocando pelotas, que pateaba sentadito, entre las cuatro patas de un taburete dado vuelta. Hecha con médicos del llamado entorno, la recuperación fue muy larga para la paciencia del club.

Sí: la distancia de C a Q es la misma que la de Q a C. El peculiar racismo de la nación F.C. Barcelona hacia el ídolo magistral pero frustrante encontró ocasión de ensañarse, después de dos ligas perdidas, en la ostentosa teatralidad y la protesta quejosa del espontáneo Maradona. El otro yo de Catalunya, sin articularlo, empezó a acusar al gordito de gordito, moreno patizambo, indolente, dispendioso, engreído, deslenguado y llorón rayano en la cobardía. Muchos creían que la hinchada iba a expurgar en Maradona la ―afortunada― impotencia catalana para alcanzar una reciedumbre racial como la que Clemente elogiaba en sus vasquísimos jugadores. Maradona, claro, creía que nada lo obligaba a aguantar un tratamiento criminal por parte de los rivales, ni la falta de comprensión psicológica y afán comunicativo de los dirigentes de su club. En los círculos más deportivamente perspicaces de los emigrés argentinos ―biyuteros, psicólogos prematuros, traductores precarios, futbolistas-golondrina― se comentaba que para Diego los catalanes eran unos frígidos, y que tenía razón. Pero la condescendencia de los emigrés con las ideas de Maradona no se basaba tanto en el cariño a un artista como, lo mismo que la arbitrariedad del artista, en el rencor hacia unos anfitriones que se atrevían a no aceptar la condición cada vez más divina de ese semidiós argentino.

Menotti, decían los catalanes por su parte, hacía entrenar solo de tarde porque él y Maradona ―no necesariamente juntos― se iban de juerga todas las noches. Probablemente fueran infundios xenófobos. Desde el punto de vista profesional, corrigiendo ciertos aspectos del equipo se habría evitado uno que otro problema. Aspectos como el estado físico de los jugadores, por ejemplo. Claro que además los cosían a patadas.

No había forma de entenderse.

Cuando Maradona volvió ya era tarde para alcanzar la liga, aunque también en la segunda ronda el Barcelona le ganó al Atletic. Para colmo, el Atletic le ganó 1 a 0 la final de la Copa 1984. Esa noche de primavera el terco sistema Menotti sucumbió ahogado frente a un horrible sistema Clemente que parecía bilardiano ―y la camiseta del Atletic es igual a la de Estudiantes―. Pero Maradona no lloró, porque ya había discutido tanto con sus dirigentes y con la prensa barcelonesa que estaba decidido a irse. En el fondo ya se había ido.

Para los emigrés argentinos fue una etapa tristísima. La memoria involuntaria se apretuja, cesa. A Barcelona llega a veces un viento africano, el garbí, no arenoso y ardiente como el sirocco sino húmedo, tibio: deja una película de gelatina en las aceras y en las farolas un nimbo macilento.

Maradona se fue a Nápoles, desde donde nos enviaría extraordinarias satisfacciones. Menotti ¿a México? El garbí empasta las huellas mnemónicas.

Para la temporada 1984-85 el Barcelona contrató a Terry Venables, un inglés fornido, experto, mundano pero férreo, que aún escribe novelas policiales con seudónimo y tiene un grupo de música pop. Venables, que venía de sacar campeón de la copa inglesa al Tottenham de Ossie Ardiles, se llevó a un centrodelantero veterano, el simpático escocés Archibald, que jugaba como nadie de pivote en los bordes del área: recibía solo, protegía la pelota esperando la llegada de un compañero, sabía tocar de primera con el pie o la cabeza y también era ducho en cazar centros perdidos. Según un serio emigré argentino dueño de una pizzería, Archibald era noctámbulo y disipado; pero como se callaba la boca en todas partes, y como además llegaba puntualmente a entrenarse, los dirigentes fingieron que no lo sabían. Con él, la sabiduría de Schuster, la picardía de Carrasco, un notable media punta de la cantera llamado Rojo, el inteligente centrodelantero Archibald y una pléyade de obreros, Venables armó un equipo de verdadera presión, aprovechador y sagaz.

El núcleo angloalemán, ayudado por dioses paganos, ganó esa liga para el Barcelona. Se normalizó la respiración del pueblo catalán, que solo volvería a sufrir ―cinco ligas para el Madrid― hasta que apareciera un salvador clan holandodanés que le daría cuatro ligas.

En 1986-87 Maradona y la virgen ganaron para el Nápoli el primer scudetto de su historia; en 1989-90 repitieron.

No sé si viene a cuento, pero para los emigrés argentinos en Barcelona se cerró una etapa de fuerte incomodidad.

 

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

Entre 2019 e 2020 foram registradas pelo menos 49 declarações racistas feita por autoridades públicas brasileiras

“Denunciar e dar visibilidade às situações de racismo é um caminho traumático e repleto de estratégias de silenciamento e ocultação”

De 2019 para 2020, o número de discursos racistas proferidos por autoridades públicas mais que dobrou (106%), saindo de um total de 16 para 33 casos. No ano de 2020, em todos os meses ocorreu pelo menos um caso de discurso racista entre as autoridades brasileiras.

Os dados são da campanha Quilombolas contra Racistas, organizado pela Coordenação Nacional de Articulação das Comunidades Negras Rurais Quilombolas (Conaq) e pela Terra de Direitos. O mapeamento foi feito a partir dos discursos racistas proferidos por autoridades públicas no Brasil. Segundo o levantamento, o maior número de ocorrências registradas teve como autor o presidente da república e deputados estaduais, cada qual computando 25 % dos casos (12 discursos racistas cada).

Segundo o levantamento, em 20 casos dos 49 mapeados, ou seja 41%, foram iniciados procedimentos de apuração dos fatos e/ou responsabilização, seja por meio de abertura de inquérito, ação ou procedimento administrativo. Contudo, nenhum dos casos resultou em responsabilização dos autores, tornando a impunidade e a falta de respostas eficazes das instituições públicas a regra nas ocorrências de discursos racistas das autoridades públicas no Brasil.

“O racismo é um fenômeno naturalizado. Denunciar e dar visibilidade às situações de racismo é um caminho traumático e repleto de estratégias de silenciamento e ocultação”, destacam as organizações na divulgação dos dados.

De acordo com as entidades, ao analisarem-se os resultados é possível apontar para a ocorrência de uma espécie de efeito-manada, em que o uso do discurso racista por algumas autoridades acaba por legitimar e encorajar a disseminação do ódio racial através do discurso por outras autoridades. Uma realidade reforçada pelo fato de que, em uma boa parte dos casos, não há aplicação de medidas de responsabilização eficazes.

No mapeamento não foram incluídos casos que configurassem injúria racial, crime previsto no artigo 140 do Código Penal, que consiste em ofender alguém com base em sua raça, cor, etnia, religião, idade ou deficiência.

Na avaliação das entidades, a amostra permite conhecer as dinâmicas de manifestação do discurso de ódio racial das autoridades públicas como um fenômeno cada vez mais recorrente e visível. Contudo, salientam, está longe de representar o universo de discursos de ódio racial que fazem parte do cotidiano das instituições públicas brasileiras.

“O levantamento é constituído majoritariamente pela recolha de notícias, o que implica que está limitado pelos critérios de visibilidade adotados pelos veículos de comunicação. Os 49 casos de discursos racistas permitem-nos conhecer situações ilustrativas, apontando-nos caminhos de interpretação sobre o fenômeno de consolidação do discurso de ódio racial no Brasil”, afirmam.

Além dos discursos do Executivo e Legislativo, a pesquisa destaca também casos de discurso proferidos por ocupantes de cargos de direção e assessoramento do Governo Federal (ministros, secretários e presidentes de autarquias), com 22% (11 discursos racistas). A pesquisa evidencia que a disseminação do uso do discurso racista entre as autoridades públicas brasileiras é reproduzida por representantes políticos nos três níveis da federação (federal, estadual e municipal).

Na avaliação dos organizadores, o discurso de promoção da supremacia branca por parte das autoridades públicas parece estar sendo utilizado como ferramenta de reação ao fortalecimento dos movimentos globais de luta contra o racismo e em defesa das vidas negras, que marcaram de forma significativa o ano de 2020.

Principais tipos de discursos racistas apurados

Reforço de estereótipos racistas

O racismo se sustenta através da construção de diversos estereótipos negativos, utilizados historicamente para inferiorizar povos ou justificar processos violentos como a escravidão. O uso de estereótipos racistas por autoridades públicas visa degradar a dignidade de indivíduos ou grupos e configura discurso de ódio racial.

Incitação à restrição de direitos

Negar direitos humanos e direitos constitucionalmente reconhecidos, tais como, o reconhecimento da história afro-brasileira, políticas de ação afirmativa, direitos territoriais e culturais, dentre outros, configura apologia à discriminação racial. Em uma sociedade em que as desigualdades são marcadas pelo racismo, o acesso a direitos específicos por parte de populações discriminadas compõe núcleo central dos direitos fundamentais.

Promoção da supremacia branca

É discurso racista aquele que impuser valores superiores aos brancos e sua cultura e inferiores a outros povos e culturas. Tanto no Brasil como no mundo, a ideologia de supremacia branca justificou genocídios e sustenta processos de desumanização.

Negação do racismo

É discurso racista a negação/minimização da gravidade do racismo e/ou a utilização de doutrinas já superadas de negação do racismo, como mestiçagem ou democracia racial. Em um país onde há um genocídio contra o povo negro em curso, negar o racismo é de extrema gravidade.

Justificação ou negação da escravidão e do genocídio

O genocídio e a escravidão são considerados crimes contra a humanidade. A negação pública ou a tentativa de justificar a escravidão racial no Brasil ou o tráfico de escravizados, configura discurso racista.

Veja aqui o levantamento da campanha.

Edição: Marcelo Ferreira

[Foto: Giorgia Prates – fonte: http://www.brasildefators.com.br]

L’histoire judéo-marocaine enseignée en arabe à l’école primaire au Maroc: la communauté juive américaine applaudit

Depuis la rentrée scolaire, un nouveau cours en arabe dédié à l’histoire et la culture judéo-marocaine a fait son apparition dans un manuel scolaire. Une nouveauté, inédite de par le monde, applaudie par les Marocains de toutes confessions, au Maroc et par delà les frontières du Royaume.

Malcom Hoenlein, vice-président exécutif de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, et Jason Gubernamm, directeur exécutif de la fédération sépharade américaine, ont salué, dans un communiqué publié le 12 novembre, l’initiative prise par le Maroc d’intégrer à son cursus scolaire l’enseignement de la culture judéo-marocaine.

Ces deux leaders de la communauté juive qui œuvrent de longue date aux côtés du Maroc, voient ainsi dans le nouveau cours en arabe intégré au programme scolaire dès l’école primaire et qui traite de l’histoire judéo-marocaine, «la dernière action active de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour perpétuer l’héritage judéo-marocain en tant que partie intégrante de l’identité marocaine», mais aussi «l’engagement durable du Roi à reconnaître un passé pluraliste et à en assurer la continuité dans l’avenir».

De l’avis de Malcom Hoenlein et Jason Gubernamm, «au cœur de cet effort se trouve l’amélioration de la compréhension et la promotion du lien entre musulmans et juifs ».

Et de poursuivre dans ce même communiqué que «l’antisémitisme, comme Sa Majesté l’a sagement écrit aux Nations Unies, n’est pas exclusivement un problème pour le peuple juif. L’antisémitisme représente plutôt la maladie d’une société déchirée par l’échec, l’insuffisance et l’incapacité de coexister».

Ainsi, «faire en sorte que les étudiants marocains découvrent l’intégralité de leur fière histoire de tolérance, incluant le philosémitisme marocain, est un vaccin contre l’extrémisme».

Enfin, les deux signataires de ce communiqué voient comme «un fait révélateur (…) d’une véritable expression des valeurs marocaines» la discrétion médiatique qui a entouré le lancement du programme scolaire, «sans incitation extérieure ni fanfare dans la presse occidentale».

Et d’espérer «que d’autres pays prendront note et imiteront l’exemple exceptionnel du Roi Mohammed VI».

Au Maroc, même engouement

L’association Mimouna, qui entend depuis sa création en 2007 célébrer la diversité du Royaume en préservant le patrimoine judéo-marocain, n’a pas manqué de saluer cette initiative marocaine.

«Après presque quatorze ans de travail acharné, de détermination et de persévérance, le judaïsme marocain a enfin réussi à rejoindre le système éducatif marocain», applaudit ainsi l’association marocaine dans un post publié sur Facebook.

Un manuel inédit

S’agissant du cours dont il est question, l’association Mimouna explique que celui-ci «est dispensé à l’école primaire, se concentre sur la composante culturelle hébraïque/juive inscrite dans la constitution, la visite royale historique à Bayt Dhakira, et un bref aperçu de l’histoire des juifs marocains».

En effet, intégré depuis la rentrée scolaire 2020/2021 dans un manuel de sociologie, le cours est proposé aux élèves de 6e année du cycle primaire, dans le cadre d’un chapitre sur «le Maroc à l’époque des Alaouites» qui traite notamment du sultan Muhammad bin Abdullah, fondateur de la ville d’Essaouira, précise de son côté le journal en ligne Hespress.

Dans ce manuel, qui fait la part belle aux coutumes et traditions judéo-marocaines, on cite également la Constitution marocaine qui mentionne, dans son préambule, que la composante hébraïque est considérée comme l’un des affluents de l’identité nationale.

Enfin «Bayt dakira» (la Maison de la Mémoire) inaugurée par le Roi Mohammed VI en janvier 2020 est présentée comme «un endroit historique», à la fois culturel et spirituel, dont la fonction première est de préserver et valoriser la mémoire juive marocaine.

Autre lieu emblématique du Maroc juif mis également en avant dans ce manuel, le musée du judaïsme marocain, à Casablanca, créé en 1997.

 

 

[Source : http://www.lepetitjournalmarocain.com]

 

 

Un pescador toma mate frente a la base naval argentina en Mar del Plata, el 21 de noviembre de 2017. Foto: Eitan Abramovich/Agence France-Presse — Getty Images

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Esa mujer no tendría que haberse metido con el mate. Los argentinos aceptan tanta crítica y tanta descalificación –pero que nadie joda con el mate–. Por eso, hace unos días, el exabrupto de esa mujer sacudió las famosas redes sociales como no se veía hacía tiempo.

Cinthia Solange Dhers es una cirujana de 53 años que le mandó a una amiga un audio de WhatsApp donde se quejaba de que los vecinos de su nuevo piso de Nordelta, un barrio cerrado pretencioso del Gran Buenos Aires, eran “bestias que no tienen educación, que gritan y toman mate como si estuvieran en la playa Bristol de Mar del Plata”. Y que hablan fuerte, que sueltan a sus perros, que contrarían su “estética moral”. Alguien filtró el audio y se volvió viral: unos días después millones de argentinos lo habían oído, burlado, condenado.

La reacción fue abrumadora. Los que argumentaban que no era justo escuchar y discutir un mensaje privado de WhatsApp no fueron escuchados: la jauría se lanzó al ataque. La intolerancia fue el arma más usada contra la intolerancia, la descalificación contra la descalificación y, de pronto, la célebre grieta argentina no fue política sino social: ya no se discutían posiciones partidarias sino costumbres personales, prácticas culturales, pertenencia económica. Pero nada habría sido tan grave si la señora no hubiera atacado nuestra idiosincrasia: somos, antes que nada, tomadores de mate. Lo hizo, y en un par de días asociaciones varias organizaron “mateadas” masivas en los lugares denostados; miles de personas las protagonizaron con ardor justiciero, vengador. La señora, condensada como “La Cheta de Nordelta”, se volvió la víctima propiciatoria de la gran ceremonia en que terminamos de consagrar la santidad del mate.

Ante el mate da igual ser argentino o ser gaucho o paraguayo o uruguayo

El mate es un fenómeno extraño. Lleva milenios en el sur de América del Sur: lo tomaban esos indios guaraníes que, después, los jesuitas pusieron a trabajar en su cosecha. Se difundió en esa región: Argentina, Paraguay, Uruguay, los bajos del Brasil y nada más. Quedan, en el mundo, muy pocas comidas –muy pocas costumbres– locales. La consigna ahora es globalización o muerte: lo que no se globaliza se disuelve en el aire de los tiempos.

La globalización es, sobre todo, el proceso de unificación cultural más extraordinario que la historia recuerda. Últimamente todos escuchamos la misma música, bebemos las mismas aguas con burbujas, comemos las mismas tortas de carne picada dentro de un pan blando, vestimos el mismo raro invento germano de dos tubos de tela unidos en una de las puntas. Por eso es tan extraordinario que una pequeña tribu persista en un rito que nadie más practica. A los habitantes de la cuenca del río Paraná nos gusta chupar un fierro calentito para que el agua que ponemos en un zapallo vaciado y agujereado salga con gusto a una yerba que le metemos dentro: un líquido amargo que nadie más entiende, un rito de compartir que no comparte nadie.

El mate es uno de esos escasos usos que contrarían la lógica capitalista: ni se expande ni muere sino todo lo contrario. Y claro que intentaron difundirlo. La yerba mate tiene todo lo que necesita un producto en estos días para crear su mito: una historia aborigen, un origen lejano y natural, propiedades orgánicas, un manto de misterio, el gusto transgresor. Pero nunca funcionó: quizá sea por su sabor difícil de integrar o su consumo en grupo –una misma bombilla para todos– que a muchos les da asquito. Y no por eso dejó de crecer en sus lugares.

Es un líquido amargo que nadie más entiende, un rito de compartir que no comparte nadie

En la Argentina, sin ir más lejos, se expandió tanto en las últimas décadas. Hace medio siglo solo lo tomaban los pobres urbanos y la gente de campo. En una novela sobre los años treinta que ha circulado poco, Todo por la patria, un aristócrata argentino –con perdón– dice que “es una plaga, una auténtica plaga. Y pretenden hacer de semejante brebaje la bebida patria. Pero ¡por Dios! Imagínese qué patria vamos a hacer con esa bebida”. Ahora, en cambio, se lo encuentra en todas las casas, todas las oficinas, todas las clases. Hace poco me preguntaron cuál era el mayor cambio que había visto en mis cuarenta años de periodismo y lo expliqué así: que cuando empecé todos los periodistas guardaban en el tercer cajón del escritorio una botella de ginebra; ahora, en cambio, todos guardan la yerba y el termo.

El mate se ha impuesto en todos los sectores: pobres y ricos lo toman. La diferencia principal es, como con tantas otras cosas, que unos lo hacen en público y otros en privado. A veces, los más pobres lo toman con azúcar, para que “llene más”. Y, en general, el hecho de que los más ricos lo aceptaran forma parte de una “plebeyización” general de sus costumbres: si hace treinta años entusiasmarse por el fútbol o bailar cumbia o tomar mate los ponía definitivamente out en la escena social, lo fueron adoptando y ahora lo hacen, como quien se apodera. Pero claro, dentro de un orden, que los vecinos de Nordelta, según la señora quejosa, habían quebrado, convirtiendo el ritual apropiado en “pura grasa”.

Aun así su ataque fue excesivo y puso en evidencia la fuerza de ese lugar común, el mate. El amargo de la yerba, el calor de la bombilla, el ruido de sorber y la costumbre de compartir lo vuelven entrañable. Y extrañable: pocas cosas más reconfortantes, para el rioplatense distante, que encontrarse allá lejos con alguien que le convide un mate, que lo identifique. Tanto que preferimos no recordar que en la provincia de Misiones, donde se cultiva el 60 por ciento de la yerba del mundo –unas 770.000 toneladas anuales–, los “tareferos” peones cosecheros suelen empezar a trabajar a los 4 años, no van a la escuela, no tienen agua potable ni letrinas, hacen jornadas de doce horas bajo el sol, viven en la pobreza, mueren jóvenes.

El mate define a quienes lo toman: somos pocos, somos caprichosos, nos permitimos esa pequeña diferencia. Pero también nos reúne y recoloca: ante el mate da igual ser argentino o ser gaucho o paraguayo o uruguayo. Es curioso cuando un rito viejo se carga las fronteras nuevas. Es curioso cuando una identidad cultural es atacada: no se deja, contesta, se defiende. La Argentina, que ha soportado y soporta tantas cosas, no permitió que una señora pretenciosa despreciara el mate.

 

Martín Caparrós es un periodista y novelista argentino. Sus libros más recientes son « El hambre » y « Echeverría ». Vive en España, es colaborador regular de The New York Times en Español y reconocido recientemente con el premio María Moors Cabot de periodismo 2017.

 

[Fuente: http://www.nytimes.com]

Le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition Femmes en résistanceUn thème méconnu, défriché récemment par des historiens, et traité par les éditions Casterman dans des albums de bandes dessinées (BD) historiques montrant une « vivacité de la création graphique et éditoriale ». « Rescapée d’Auschwitz-Birkenau, juive, militante communiste et résistante, Paulette Sarcey (née Szlifke) est décédée le 4 mai 2020, à l’âge de 96 ans ». « Les 28es Journées de la Culture Juive orga1nisées par Hebraica auront lieu du 14 au 26 novembre 2020 sur ZOOM et sur RADIO KOL AVIV 101 FM. Le 24 novembre 2020 à 18 h 30 : Les femmes dans la Résistance – Conférence dialoguée d’Elerika Leroy et Intermèdes musicaux par Sarah Lugassy en partenariat avec la Wiso ».

Publié par Véronique Chemla

Sur le rôle des femmes en résistance, le colonel Henri Rol-Tanguy (1908-2002), résistant communiste artisan de la libération de Paris de l’intérieur avant l’entrée des blindés du général Leclerc, a affirmé : « La moitié de notre travail eût été impossible » sans les femmes.

En 1995, l’historienne Rita Thalmann (1926-2013) a « constaté que le rôle des femmes dans la Résistance reste encore à écrire. Depuis lors, les chercheurs soulignent la nature et l’ampleur de cet engagement féminin ». L’exposition lui est dédiée, ainsi qu’à Sara Halperyn (1920-2002), bibliothécaire au CDJC (1971-2002).

Documents d’archives originaux, photographies, une soixantaine d’objets et de planches de bandes dessinées (BD)… Cette exposition brosse un tableau des actions variées de ces femmes, étudiante, poétesse ou assistante sociale, juives ou chrétiennes, ayant résisté en Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Elle se déploie à l’Entresol et dans la Mezzanine, deux espaces dédiés l’un à des regards croisés entre BD historiques et résistantes, l’autre aux résistantes juives par une juxtaposition de biographies concises illustrées de photographies. Des portraits reproduits dans un feuillet mis à la disposition gracieuse du public. Parmi ces résistantes juives : Paulette Benroubi et Frida Wattenberg, Denise Gamzon, Hannah Szenes, Vivette Samuel.

« Dans leur très grande majorité, les résistantes ont déployé une activité ne supposant ni clandestinité ni même rupture apparente avec les attendus liés leur genre. Défense des valeurs de la démocratie, rejet de l’antisémitisme et de la xénophobie, volonté de sauver des êtres menacés… furent les points communs de leur engagement, lui-même spécifique par sa précocité, sa spontanéité, et son ancrage au cœur du foyer. Au regard du statut politique et juridique des femmes, ainsi que de leur faible engagement militant antérieur, cette mobilisation fut sans précédent ».

« Pourtant la place des femmes dans l’ensemble des mouvements de la Résistance, et la place de la Résistance spécifiquement juive dans ce même ensemble, ont été longtemps minorées, ou ignorées ». À l’instar de leurs homologues masculins, les résistantes juives ont résisté au sein de mouvements non confessionnels et juifs.

« Réalisée en partenariat avec les éditions Casterman sur une proposition d’Emmanuelle Polack, l’exposition bénéficie des prêts de plusieurs institutions publiques et privées : Musée de l’Armée, CHRD Lyon, Musée de la déportation et de la Résistance de Besançon, Musée de la Résistance Nationale de Champigny sur Marne, le Ghetto Fighters’ House, Israël…

Son parcours « s’appuie sur des textes scientifiques de Catherine Lacour-Astol, Philippe Boukara, Pierre-Emmanuel Dufayel, Isabelle Ernot et Emmanuelle Polack, et sur les albums de Régis Hautière, Francis Laboutique, Pierre Wachs, Marc Veber, Ullcer, Olivier Frasier. La coordination est assurée par Sophie Nagiscarde, Caroline François et Fanny Fernandez, du Mémorial de la Shoah ».

Le communiqué de presse sur l’exposition ne mentionne pas le vocable « nazi ». Pourquoi ?

En outre, la carte de l’Europe figurant dans cette exposition omet notamment Eretz Israël. Or, jeune juive hongroise, Hannah Szenes ou Chana Senesh (1921-1944) se réfugie en Palestine sous mandat britannique en 1939. Elle rejoint en 1941 la Haganah, organisation qui deviendra Tsahal, et entre dans les rangs de l’Armée britannique en 1943. Après un entrainement en Égypte comme parachutiste pour le service secret Special Operations Executive (SOE), elle est parachutée en mars 1944 en Yougoslavie avec Yoel Palgi et Peretz Goldstein. Seule, cette poétesse et dramaturge poursuit sa mission et est arrêtée par des gendarmes hongrois. Torturée, elle ne livre aucun nom, et est exécutée le 7 novembre 1944.

Ce sont pourtant des informations historiques essentielles pour éclairer l’exposition.

Autre curiosité, aucun des commissaires, coordinateurs ou auteurs des « textes scientifiques » n’a inclus dans ces biographies la célèbre journaliste italienne Oriana Fallaci (1929-2006), adolescente maquisarde émérite dans la résistance italienne contre le fascisme mussolinien et le nazisme hitlérien. Pourquoi ? Ignorance ? Soumission au « politiquement correct » ?

Genre et Résistance

Dans la Résistance, la « place occupée par les femmes varie fortement selon les organisations ».

« Sans surprise, elle est négligeable dans les maquis. Par tradition, la guerre est « l’affaire des hommes ». Plus conséquente dans les mouvements – entre 10% (Franc-Tireur) et 24% (Témoignage Chrétien) -, la part des résistantes est remarquable dans les réseaux (jusqu’à 41% dans le réseau Ali-France). Certaines activités, comme la liaison, le secrétariat, le service social, sont plus volontiers confiées aux résistantes, qui restent largement en marge des fonctions de décision. Les itinéraires d’une Jeanne Bohec, engagée début 1941 dans le Corps féminin des FFL et parachutée en Bretagne en février 1944 comme instructeur de sabotage, ou encore d’une Marie-Madeleine Fourcade, qui dirige le réseau Alliance, sont l’exception. Dans leur très grande majorité, les résistantes ont déployé une activité ne supposant ni clandestinité, ni même rupture apparente avec les attendus liés leur genre ».

« Nourrir, héberger, soigner, secourir, mais aussi renseigner, saboter, transporter des armes, voire les utiliser… Le spectre large, et dual des activités résistantes déclinées au féminin se traduit par un portrait de groupe très contrasté. Les très jeunes filles, qui aspirent à être « libres d’elles-mêmes », pour reprendre l’expression de Tereska Torres, y côtoient des femmes d’âge mûr, voire des « vétérans » de la Grande Guerre, telle Emilienne Moreau (l’une des six femmes Compagnon de la Libération), qui s’était déjà fait connaître pour son action contre l’ennemi dans les territoires envahis en 1914.
« De même, la résistance mobilise des femmes professionnellement indépendantes comme des femmes au foyer ».

« Enfin, la population résistante féminine mêle des femmes libres de tout engagement conjugal (célibataires, divorcées, veuves) et des femmes mariées, en plus grand nombre ».

« Loin d’être seconde, la mobilisation des femmes conditionne la survie de la Résistance, d’une part en lui assurant la mise à couvert, d’autre part en autorisant son ancrage social ».

Parmi les résistantes juives, certaines étaient des femmes « courriers », arborant une fausse identité, et chargées du transport des armes, des documents, ou de l’argent. « Si ce rôle de « courrier » est mésestimé, en réalité, elles furent pionnières dans la lutte et se retrouvèrent en première ligne ».

Dans son documentaire « Résistantes », Pierre Hurel a évoqué trois jeunes résistantes qui, à « l’âge de 20 ans, se sont dressées contre l’ordre nazi et ont contribué à sauver la France. Trois femmes, Marie-José Chombart de Lauwe, 92 ans, entrée dans la Résistance à 16 ans, arrêtée par la Gestapo et déportée en Allemagne ; Madeleine Riffaud, 91 ans, l’une des seules femmes devenues franc-tireur, et Cécile Rol-Tanguy, 95 ans, qui a tapé à la machine l’appel à l’insurrection de Paris, racontent leur histoire ».

Les femmes dans la résistance à travers la tétralogie de Casterman 

« Scénaristes et dessinateurs de bandes dessinées s’approprient des faits historiques pour les restituer dans des publications aussi fidèles à l’Histoire que singulières dans leurs choix artistiques. Ces « BD-Histoires » sont plébiscitées dans les librairies par les néophytes et les passionnés du neuvième art ».

L’exposition « propose une mise en miroir des planches originales des albums de bande dessinée édités par Casterman et dédiés » à de célèbres résistantes – l’aviatrice britannique Amy Johnson active dans l’Air Transport Auxiliary (tome 1 / scénario : Régis Hautière, Emmanuelle Polack, Francis Laboutique / dessin : Pierre Wachs), Sophie Scholl (tome 2 / scénario : Francis Laboutique, Régis Hautière, Emmanuelle Polack / dessin : Marc Veber), Berty Albrecht (tome 3 / scénario : Régis Hautière, Francis Laboutique, Emmanuelle Polack / dessin : Ullcer) et Mila Racine (tome 4 / scénario : Francis Laboutique, Emmanuelle Polack, Régis Hautière / dessin : Olivier Frasier) – et « des pièces d’archive, objets et photographies illustrant leur parcours et ceux d’autres grandes résistantes, issus de diverses collections patrimoniales ».

Dans l’engrenage de la répression 

Les arrestations
Redoutée, l’arrestation « marque pour les résistantes un basculement. Le passage d’une vie d’action et de gestes souterrains à une vie de prisonnière. Conduites dès les premiers jours dans la prison la plus proche du lieu de l’arrestation, les résistantes sont internées ensuite dans les quartiers allemands des prisons françaises comme ceux de Montluc à Lyon ou de Fresnes à Paris ».« Beaucoup sont placées à l’isolement et mises au secret. Au cours de cette première étape, les résistantes impliquées dans l’activité de leur réseau ou de leur mouvement sont extraites de leur cellule pour être conduites sur le lieu de leur interrogatoire ».La « machine répressive allemande fait son œuvre et vient sceller le sort des résistantes ».Les déportations
De 1940 à 1944, « environ 6 700 femmes sont déportées depuis les territoires occupés, et près de 2 200 depuis les territoires de l’Alsace et de la Moselle annexée » par l’occupant nazi. « L’immense majorité d’entre elles étaient des résistantes ».« Cependant, les politiques répressives au cours de l’occupation évoluent. Les premières déportées de France sont ainsi des femmes lourdement condamnées par les tribunaux militaires allemands, conduites dans les prisons et les forteresses du Reich pour y purger leur peine ».« Dès 1941, les condamnations se font de plus en plus sévères face à une résistance qui progressivement se structure. Les femmes condamnées à la peine capitale, chaque mois plus nombreuses, sont alors transférées dans une prison allemande, la procédure interdisant de les fusiller en France ».

« Si la plupart voient ensuite leur peine commuée en réclusion à perpétuité (Yvonne Oddon par exemple), certaines résistantes membres d’organisations communistes et de groupe de francs-tireurs notamment ne sont pas épargnées », telles Françoise Bloch-Serazin, Olga Bancic ou Simone Schloss.
Décret NN 
En « décembre 1941, le « décret imposant la procédure dite « Nacht und Nebel » (nuit et brouillard) est promulgué par le maréchal Keitel, commandant en chef de la Wehrmacht ».

« Désormais, seuls les résistants dont la condamnation à mort peut être prononcée et exécutée moins d’une semaine après l’arrestation sont jugés en France ».

Les « autres suspects sont transférés dans le plus grand secret en Allemagne pour y être jugés par des tribunaux civils ou militaires ».

La « disparition de ces prévenus dans la « nuit et le brouillard », ayant pour but de renforcer le caractère dissuasif de cette mesure. Plus de 1 000 femmes de France sont victimes de la procédure NN entre fin 1941 et le printemps 1944. Renée Lévy sera l’une d’entre elles ».

Des transports directs vers les camps de concentration
La Sicherheitspolizei (« Police de sûreté »), ou Sipo, est la Police de sécurité allemande instituée en 1936 par Heinrich Himmler avec l’autorisation de Hitler. La Sipo réunit deux organes :
• la « Gestapo » (Geheime Staatspolizei) qui rassemble les services de police politique du IIIe Reich. Placée sous l’autorité de Hermann Göring, elle relève peu à peu, de facto, de Heinrich Himmler ;
• la « Kripo » (Kriminalpolizei) ou police criminelle qui combat la criminalité, sous la direction de Arthur Nebe.

Le 17 juin 1936, Himmler est désigné Chef der Deutschen Polizei (chef de la police allemande), couronnant l’institution policière du Troisième Reich. Il dirige l’Ordnungspolizei de Kurt Daluege et la Sipo.

Dès 1939, le Sicherheitsdienst (service de sécurité de la SS ou Schutzstaffel) est lié au sein du RSHA à la « Sicherheitspolizei » (Police de sécurité de l’État) et la nouvelle structure sera dénommée couramment Sipo-SD, sous l’autorité de Reinhard Heydrich, assistant d’Himmler.

Au début de 1943, la Sipo-SD « s’accorde officiellement le droit d’interner sans jugement les suspects, grâce au principe de la Schutzhaft (détention de sécurité). Dès lors, après plusieurs mois passés dans les prisons de France, l’immense majorité des femmes déportées sont rassemblées à Compiègne puis dans le fort de Romainville, qui devient à partir de 1944 l’antichambre de la déportation pour les femmes de France ».

Le « premier transport direct de femmes est formé le 23 janvier 1943. Dirigé vers Auschwitz, il emporte 230 femmes dont une grande majorité d’illustres militantes communistes, parmi lesquelles Danielle Casanova, Charlotte Delbo, Marie-Claude Vaillant-Couturier ».

En 1944, « environ 4 800 femmes sont déportées depuis les territoires occupés, soit les deux tiers des femmes déportées de France dans le cadre des politiques de répression ».

Le 31 janvier, « le plus important transport de femmes de l’occupation est formé avec 959 femmes dont Mila Racine et Odette Fabius, l’une des responsables en 1943 du réseau Centurie ».

« Dans le même temps, la déportation des femmes condamnées par des tribunaux militaires se poursuit. Plus d’une centaine sont ainsi transférées depuis la France vers des prisons outre-Rhin ».

À « l’automne 1944, l’immense majorité des prisonnières encore présentes dans les geôles allemandes sont transférées vers Ravensbrück ».

Le « camp de concentration pour femmes au nord de Berlin est alors une immense plaque tournante de la répartition des femmes de toute l’Europe dans l’industrie de guerre allemande ».

De « l’automne 1944 à sa « libération » en mai 1945, le camp de Ravensbrück occupe une place centrale dans le système concentrationnaire nazi, évolue et se transforme en un centre de mise à mort. Ce camp, majoritairement occupé par des femmes – de 1939 à 1945, « 132 000 femmes et enfants ont séjourné à Ravensbrück, et près de 50 000 y ont été exterminés » -, interroge aussi par ses spécificités : la Kinderzimmer (chambre des enfants), le statut des déportées politiques et l’arrivée de femmes d’Auschwitz ».

Les premières libérations (avril 1944)
« Dans les derniers mois de la guerre, face à l’avancée des armées » alliées « de l’Est et de l’Ouest, les Allemands tentent de regrouper dans le mince couloir encore sous leur contrôle les détenues des camps de concentration ».

Ravensbrück « est l’un des derniers camps à être libérés. Au cours des ultimes semaines, plusieurs missions de libération et de rapatriement sont organisées ».

Une « première opération de sauvetage a lieu à partir du 4 avril. Au total 299 femmes sont soigneusement sélectionnées par l’administration du camp et embarquées dans des bus de la Croix-Rouge Internationale. Ces premières femmes libérées du camp de concentration » retournent en France le 14 avril 1945.

Le 22 avril, les « déportées présentes au camp de Mauthausen sont libérées et rapatriées par la Croix-Rouge alors que les 23 et 25 avril de nouvelles négociations, menées sous l’impulsion du comte Bernadotte notamment, permettent à la Croix-Rouge suédoise de sauver une grande majorité des femmes encore détenues au camp de Ravensbrück ».

Les femmes dans la résistance juive en Europe

À « côté des résistants d’origine juive mêlés aux autres résistants, il existait une Résistance juive spécifique par sa composition, ses buts et ses méthodes ».

« Face aux conditions très variées de l’occupation de l’Est à l’Ouest de l’Europe, elle concentra principalement son action sur le sauvetage, la lutte armée et la résistance spirituelle ».

« Se défiant des stéréotypes, la Résistance juive a mené des révoltes armées dans les conditions désespérées des centres de mise à mort et des ghettos, regroupé des milliers de partisans ou maquisards juifs sur le front de l’Est, en France, en Belgique, aussi bien dans les villes que dans les campagnes ».

Elle « a aussi déployé une Résistance dite spirituelle, pour pérenniser l’identité du groupe juif et pas seulement son existence physique : culture, religion, éducation, valeurs furent des terrains de lutte, en direction des adultes comme des enfants ».

Dans les rangs de « réseaux aux idéologies multiples, les femmes furent au premier plan de la lutte et l’historiographie leur accorde aujourd’hui une reconnaissance légitime. Plus de 50 portraits parmi des centaines d’autres résistantes sont mis à l’honneur dans l’exposition ».

Certaines ont livré leur témoignage, telle Paulette Sarcey, née Paula Szlifke en 1924 « dans une famille polonaise. Elle s’engage dès 1940 dans la section juive du mouvement de résistance communiste de la MOI auprès de son compagnon Henri Krasucki, avant d’être déportée à Auschwitz- Birkenau le 23 juin 1943, par le convoi n° 55. Rentrée à Paris en juin 1945, devenue épouse et mère, elle ne cessera de militer et de témoigner ».
ADDENDUM

Le 23 mai 2018 à 23 h 35, Arte diffusa Sophie Scholl – Les derniers jours (Sophie Scholl – Die letzten Tage), réalisé par Marc Rothemund. « Le portrait bouleversant d’une jeune résistante allemande face à la machine totalitaire nazie. Avec l’actrice Julia Jentsch qui incarne avec douceur et conviction une jeune fille qui, par son courage et sa droiture, apparaît, aujourd’hui encore, comme une figure de l’héroïsme. »

« Au début de l’année 1943, un groupe d’étudiants d’obédience pacifiste fonde à Munich un mouvement de résistance appelé La Rose blanche. Alors que les combats s’enlisent sur le front Est, Sophie Scholl, son frère Hans et leurs compagnons couvrent la ville de slogans dénonçant la folie meurtrière d’Hitler. Sophie et Hans, à peine âgés d’une vingtaine d’années, sont arrêtés alors qu’ils jettent des paquets de tracts à l’université. Interrogée pendant plusieurs jours par Robert Mohr, un agent de la Gestapo, Sophie Scholl fait preuve d’un courage inaltérable, refusant de livrer ses compagnons ou de renier ses idéaux. Elle est exécutée, ainsi que son frère et leur ami Christoph Probst, au terme d’un procès expéditif et caricatural. »

« Couverte de récompenses dans les festivals internationaux, cette reconstitution des six derniers jours de la courte vie de la jeune Sophie Scholl, figure lumineuse de la résistance allemande au nazisme, a rencontré un grand succès auprès du public, notamment outre-Rhin. Construit autour de la confrontation entre la jeune fille et l’agent de la Gestapo chargé de conduire son interrogatoire, ce film à la mise en scène sobre et épurée prend peu à peu la forme d’un huis clos glaçant, grâce à son scénariste Fred Breinersdorfer, qui a pu s’appuyer sur des notes précises comprenant les procès-verbaux des interrogatoires menés par la Gestapo, conservées dans les archives ouvertes au public après la chute du mur de Berlin. Outre cette approche très documentée, le film bénéficie de l’interprétation poignante de l’actrice Julia Jentsch. Elle incarne avec douceur et conviction une jeune fille qui, par son courage et sa droiture, apparaît, aujourd’hui encore, comme une figure de l’héroïsme. »

Yvette Lundy 
Le 3 novembre 2019, est décédée à 103 ans, à Epernay (Marne), la résistante Yvette Lundy qui s’était « engagée dès 1959 pour témoigner dans les écoles, collèges et lycées de son expérience dans le camp de concentration nazi de Ravensbrück ». Témoin de l’histoire, ancienne institutrice et grande figure de la Résistance, déportée en 1944 à Ravensbrück, elle a ensuite inlassablement témoigné des horreurs. »

« Encore aujourd’hui, il y a un moment de la journée où je pense au camp… C’est souvent le soir, avant de m’endormir », confiait en 2017 à l’Agence France-Presse la dame centenaire, assise dans un fauteuil du séjour de son appartement donnant sur les champs et les coteaux champenois d’Épernay. Coquette pour recevoir, enjouée pour deviser, la mémoire au garde-à-vous et le regard perçant propre aux fortes têtes, elle avait fait de la dérision son arme ultime, persuadée que « l’humour, ça aide à vivre ».

« Benjamine d’une famille de sept frères et sœurs, elle fut institutrice à Gionges, un village viticole près d’Épernay où elle officiait aussi comme secrétaire de mairie, poste clé qui lui permit d’intégrer le réseau de résistance Possum. Sa mission : fabriquer de faux papiers pour des juifs, des hommes fuyant le STO (service du travail obligatoire) en Allemagne ou des prisonniers de guerre évadés que son frère Georges – mort en déportation en 1945 – cachait dans sa ferme. « Il me disait : “J’ai encore un gars”, alors, j’opérais en conséquence », expliquait celle qui s’est engagée en 1940 dans cette « tricherie honnête » sans se poser « aucune question ».

« La combine dure jusqu’au 19 juin 1944, lorsque la Gestapo vient l’arrêter pendant sa classe, signant le prologue d’un périple inimaginable pour cette jeune femme d’alors 28 ans. Après un passage à la prison de Châlons-en-Champagne puis au camp de Neue Bremm près de Sarrebruck, dans le sud-ouest de l’Allemagne, Yvette Lundy est réduite au matricule 47360 dans celui de Ravensbrück, seul réservé aux femmes et aux enfants, dans lequel environ 130 000 personnes seront déportées. En passant le portail de ce camp nazi à 80 kilomètres au nord de Berlin, elle sent « une chape de plomb » lui tomber sur les épaules, incrédule face à la déshumanisation dès l’arrivée des détenues, forcées de se déshabiller devant les SS. »

« Le corps est nu et le cerveau tout à coup est en guenilles : on est comme un trou, un trou plein de vide, et si on regarde autour, c’est encore du vide », confiait Yvette. Sa constitution « assez robuste » et son caractère coriace l’aident à survivre dans ce « trou d’enfer » caractérisé par le travail harassant, « les chiens et les bâtons qui font partie de l’ordinaire », l’épuisement et la mort prompte à emporter les plus faibles. Finalement affectée dans un Kommando près de Weimar, elle est libérée par l’armée russe le 21 avril 1945 et réussit à regagner la France par avion, au terme d’un parcours retracé dans son livre Le Fil de l’araignée« .

« À la Libération, elle choisit d’abord de se taire devant une partie de sa famille qui croit cette survivante de l’indicible, comme tant d’autres, « déboussolée ». Mais dès 1959, poussée par l’Éducation nationale, elle intervient dans les écoles pour témoigner, répétant l’exercice devant des centaines d’élèves, surtout des collégiens français, parfois allemands, convaincue qu’ils ont compris « le drame » de la guerre et du nazisme. Ses conférences ont cessé en 2017, mais des jeunes venaient encore lui rendre visite dans sa résidence pour séniors, pour lui poser des questions ».

« Élevée en 2017 au grade de grand officier dans l’ordre de la Légion d’honneur, Yvette Lundy avait alors confié à l’Agence France-Presse n’être jamais retournée à Ravensbrück, par crainte d’être « trop chiffonnée ». Un hommage à sa mémoire sera organisé à l’occasion des cérémonies du 11 novembre, a indiqué Franck Leroy ».

« Yvette était la grande dame d’Épernay, même si elle n’aurait pas du tout aimé qu’on l’appelle comme ça, compte tenu de son parcours de résistante, de déportée et de son investissement incroyable au service du devoir de mémoire », a réagi auprès de l’Agence France-Presse le maire divers droite d’Épernay, Franck Leroy. « Elle avait aussi un regard sur la guerre et notamment sur la réconciliation franco-allemande qu’elle jugeait extrêmement importante », a-t-il ajouté.

« Ardente animatrice du réseau de la Résistance, même après la guerre », Yvette Lundy « avait rencontré des milliers d’élèves pour leur parler de la réconciliation, de la tolérance », notamment à travers le Concours national de la Résistance, a rappelé Franck Leroy. Connue « d’innombrables Marnais par ses déplacements », « elle était d’une générosité, d’une attention de tous les instants », a-t-il encore confié, saluant une « personnalité hors du commun, mais d’une grande humilité, extrêmement tournée vers les autres ». « J’apprends avec tristesse et émotion la disparition d’Yvette Lundy, grande dame de la Résistance, qui a su » perpétuer, « tout au long de sa vie, le devoir de mémoire auprès des jeunes générations », a tweeté le député LREM de la Marne, Éric Girardin. Le président du conseil départemental de la Marne, Christian Bruyen, divers droite, a, pour sa part, évoqué « une superbe figure marnaise à jamais dans nos mémoires ». « Elle avait choisi le danger face à l’occupant. Elle aura connu l’enfer là où le destin de notre siècle saigne. Elle aura consacré sa vie à l’éducation », a-t-il écrit sur Twitter. »

Paulette Sarcey
« Rescapée d’Auschwitz-Birkenau, juive, militante communiste et résistante, Paulette Sarcey (née Szlifke) est décédée le 4 mai 2020, à l’âge de 96 ans », durant la pandémie de coronavirus. Elle « était née le 11 avril 1924 à Paris de parents juifs polonais fraîchement arrivés en France, fuyant la misère et les persécutions antisémites. Son frère Robert vient agrandir la famille en 1934. La famille vit dans le XXème arrondissement de Paris. Paulette fréquente le patronage issu du mouvement progressiste juif proche de la Main-d’œuvre immigrée (MOI) du quartier de Belleville dans les années 1920 et 1930. »
« Son père Froïm, ouvrier du cuir, militant syndicaliste et communiste, avait déjà fait de la prison dans son pays ; sa mère, Jenta Przepiorka, travaillait dans la confection. »
« En 1940 à l’âge de 16 ans, Paula rejoint les Jeunesses communistes et fait ses premiers pas dans la Résistance aux côtés d’Henri Krasucki et de Marcel Rayman. Avertie de l’imminence de la rafle du Vel d’hiv, Paulette a le temps de prévenir ses parents de se mettre à l’abri et d’emmener son frère à la campagne ».
« Paulette poursuit ses activités dans la Résistance jusqu’au mois de mai 1943 où elle arrêtée suite à un coup de filet des Brigades Spéciales de la Préfecture de Police avec de nombreux camarades. Incarcérée au petit Dépôt de la Préfecture de Police, violentée lors de son interrogatoire, Paulette est transférée à l’hôpital Rothschild où un médecin complaisant déclare qu’elle doit être opérée d’urgence ».
« À peine remise, Paulette est transférée au camp de Drancy où elle retrouve ses camarades. Tous sont déportés par le convoi 55 du 23 juin 1943 à destination du camp d’Auschwitz-Birkenau. Paulette reçoit le matricule 46650. »
« Après la quarantaine, elle est d’abord  affectée au Aussenkommando avant d’être transférée au Kanada-II et dans divers kommandos. Au camp d’Auschwitz-Birkenau, elle assure la liaison entre son groupe issu des Juifs communistes parisiens et celui dirigé par Marie-Claude Vaillant Couturier. »
« Lors des marches de la mort en janvier 1945, elle est évacuée vers les camps de Ravensbrück puis de Neustadt-Glewe où elle est libérée le 2 mai 1945.
« À son retour à Paris en juin 1945, Paulette retrouve ses parents et son frère Robert, qui ont survécu cachés toute la durée de la guerre. En 1947, elle épouse Max Swiczarczyk-Sarcey, un camarade rencontré au patronage et résistant actif au sein des FTP MOI. »
« Dès son retour, Paulette devint une inlassable militante au sein de l’Association des Anciens Déportés Juifs de France aux côtés de d’Henry Bulawko, de l’UJRE et MRJ-MOI ».
« Paulette Sarcey était Chevalier de la Légion d’honneur et décorée de la Médaille militaire. »
Son histoire « est racontée dans l’ouvrage publié en 2015, Paula, survivre obstinément (Tallandier, 2015) : « À mon retour d’Auschwitz, le 22 mai 1945, j’ai eu la chance inouïe de retrouver à Paris ma famille miraculeusement épargnée. Je n’ai ni oublié, ni pardonné et j’ai tenu parole : j’avais promis à mes camarades de déportation de tout raconter. Aujourd’hui, souvent inquiète pour l’avenir, je suis heureuse que mon histoire puisse être lue par tous. » Paulette Sarcey »
« Tout au long de sa vie, elle a continué de militer et puis surtout de procéder à un travail de mémoire, participant à des débats dans des collèges et dans des lycées et, en particulier, en écrivant un livre, Paula survivre obstinément (Tallandier, 2015), témoigne son fils Claude Sarcey : son idée, c’était de témoigner de ce qui s’était réellement passé en rappelant notamment que ce ne sont pas les Allemands qui l’avaient arrêtée mais la police française et en insistant sur des aspects éducatifs qui sont quelquefois édulcorés dans les enseignements scolaires. Toujours avec ce sentiment qu’il fallait privilégier la Résistance quand c’est nécessaire. » (Source : L’Humanité)
28es Journées de la Culture Juive
« Les 28es Journées de la Culture Juive organisées par Hebraica auront lieu du 14 au 26 novembre 2020 sur ZOOM et sur RADIO KOL AVIV 101 FM pour permettre au plus grand nombre, confinés mais connectés, de rejoindre les différentes réunions réunissant des invités et invitées autour de la thématique « Femmes & Juives ». Ces journées sont dédiées à une figure emblématique toulousaine de la culture juive, décédée le 3 novembre, et qui aurait du présider la table ronde, Monique Lise Cohen, philosophe, auteure et poète…. »
Le 23 novembre 2020 à 18 h 30 : Rencontre avec Stéphanie Trouillard, auteure de BD
« Les lettres retrouvées de Louise Pikosvki » en partenariat avec le Musée de la Résistance et de la Déportation qui fait revivre en BD l’itinéraire d’une jeune lycéenne juive déportée par sa correspondance avec son professeure de Lettres. »
Le 24 novembre 2020 à 18 h 30 : Les femmes dans la Résistance – Conférence dialoguée d’Elerika Leroy et Intermèdes musicaux par Sarah Lugassy, en partenariat avec la Wiso ».
« Entretien avec Pierre Lasry, secrétaire général d’Hebraica, auteur et rédacteur en chef d’Aviv Magazine et fondateur de l’agence conseil en communication LSP :
Qui est à l’initiative du choix de cette thématique – Femmes et Juives – pour les 28 ème journées du Festival ?
C’est le bureau d’Hebraica qui décide des thèmes : une concertation qui se fait très en amont, à l’issue des dernières JCJ afin de faire émerger un thème qui soit à la fois d’actualité, propice au débat, proche de nos questionnements et susceptible de fournir un contenu lié au judaïsme et digne d’être offert à tous les publics. L’an dernier le thème était « un temps pour aimer », un moyen que nous nous sommes donnés pour sortir de la spirale de la déploration sur l’antisémitisme et de la morosité ambiante. Cette année, les statistiques indécentes des féminicides en France et ailleurs, les échos de #metoo et les fils de nos propres vies nous ont conduits à choisir cet axe de réflexion culturelle et de programmation du coup, avec des femmes ! Je crois que c’est Roger Attali qui a émis le premier ce choix.
Quelle est selon vous la place de la femme dans la Culture Juive en 2020 ? Une évolution est-elle en cours quant à la considération  de la femme-penseuse- auteure juive ? Une révolution ?
La femme est omniprésente dans la culture juive. Dans la Bible, elle joue un rôle déterminant, elle est souvent femme de pouvoir, d’influence, de décision et elle est aussi une source inépuisable de pensée, de poésie, de réflexion et d’amour pour tous les hommes au sens masculin comme au sens du genre humain. Il y a un débat à avoir avec la place – quantitative – de la femme dans la culture d’aujourd’hui. Beaucoup ne se sont fait un nom que très tard, et d’autres sont encore des oubliées de l’histoire et de la culture. On a dernièrement baptisé des noms de rues à Toulouse à la mémoire de femmes résistantes, Ariane Fixman en faisait partie.
Pourquoi cette volonté de partager la culture juive dans des sphères plus larges ? Quel est l’intérêt … ? 
Partager la culture juive est notre raison d’être : d’abord parce qu’on l’aime et qu’on en est fier, pour en faire profiter le plus grand nombre et ensuite parce que cette connaissance à partager, cette facilitation pour entrer dans nos codes, dans notre imaginaire, dans nos auteurs et artistes, est une clef d’importance pour lutter contre l’antisémitisme qui fait des ravages, qui tue encore aujourd’hui, deux générations après la Shoah. Juifs ou non juifs, il est toujours aussi important et urgent de la faire connaitre et de la faire rayonner autour de nous.  Par ailleurs, l’intérêt d’Hebraica est aussi d’aiguillonner, de réveiller et d’appuyer parfois sur des thèmes où un débat n’a pas eu lieu, ou a eu lieu mais il y a trop longtemps… »
CITATIONS


« Vous ne savez pas le bout de mon courage. Moi je sais. […] Je trahirai demain, pas aujourd’hui, Demain.[…] Aujourd’hui je n’ai rien à dire, Je trahirai demain ».
Poème de Marianne Cohn, 1943

« Ces jeunes filles héroïques mériteraient la plume d’un grand écrivain, ces héroïnes qui sillonnent le pays entre les villes et les petites localités. Leurs faux papiers d’identité portent le nom d’une Polonaise ou d’une Ukrainienne. Chaque jour elles affrontent les plus grands dangers, se fiant à leur aspect « aryen ».
Elles entreprennent les missions les plus risquées sans même un instant d’hésitation. S’il faut se rendre à Wilno, à Bialystock, à Lwow, à Kovel, à Lublin, à Czestochowa, à Radom et apporter là en contrebande de la littérature clandestine, de l’argent, des armes, elles le font tout naturellement. Aucune difficulté, aucun obstacle n’existe pour elles … Combien de fois ont-elles vu la mort en face ? Combien de fois ont-elles été contrôlées et arrêtées ? La femme juive a inscrit une belle page dans l’histoire des Juifs pendant cette guerre mondiale. »
Emmanuel Ringelblum dans Chroniques du ghetto de Varsovie


Jusqu’au 23 octobre 2016
Au Mémorial de la Shoah  
Entresol et Mezzanine
17, rue Geoffroy–l’Asnier. 75004 Paris
Tél. : 01 42 77 44 72
Fax : 01 53 01 17 44
Tous les jours sauf le samedi de 10 h à 18 h et le jeudi jusqu’à 22 h.
Entrée libre

Visuels 

Femmes en résistance Tome 3 – Berty Albrecht Scénario : Régis Hautière, Francis Laboutique, Emmanuelle Polack / Dessin : Ullcer / Casterman

Pirotte Julia (1907-2000)
Autoportrait dans la glace
1943
Paris, musée de l’Armée
Photo (C) Paris – Musée de l’Armée, Dist. RMN-Grand Palais / Marie Bour (C) Droits réservés

Sonia Erlich, dit Suzette, agent de liaison de David Diamant, un des fondateurs de l’UJRE, tire à la ronéo des tracts. Cette photo est une reconstitution prise à la Libération.
France, 1945.
Coll. Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne/Fonds David Diamant/UJRE.

Vera Atkins (1908-2000), membre du SOE chargée de recruter des agents parachutés en France pour soutenir la Résistance

Tract clandestin réalisé par Lise London appelant à la mobilisation des mères de famille contre l’Etat français et l’occupant allemand.
France, 1942.
Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne

Simone Ségouin, « Nicole »
une partisane française qui a capturé 25 nazis à Chartes et en tua d’autres, pose avec son fusil automatique.
Chartres, France, le 23 août 1944.
Coll. NARA National Archives and Records Administratio

Matériel pour fabriquer des faux papiers.
France, circa 1940-1945.
Coll. Mémorial de la Shoah.

Détonateur d’explosif artisanal à mèche-crayon chimique.
France, circa 1940-1945.
Coll. Mémorial de la Shoah.

Femmes en résistance Tome 1 – Amy Johnson / Scénario : Régis Hautière, Emmanuelle Polack, Francis Laboutique / Dessin : Pierre Wachs / Casterman

Planche n° 30.
Femmes en résistance Tome 2 – Sophie Scholl.
© Hautière, Polack, Laboutique, Veber / Casterman 2014.

Siège de la Milice, 85 rue de la République, Lyon où cohabitent les mentions prison femmes / prison hommes.
Droits réservés.

Femmes au travail dans l’un des commandos extérieurs du camp.
Ravensbrück, Allemagne, circa 1939-1945.
© Bundesarchiv.

Dessin de Ravensbrück.
Oeuvre signée N.J.
Ravensbrück, 1941.
Coll. Centre d’histoire de la résistance et de la déportation/fonds Clavreul /dépôt Boileau
Les dessins rendent leur attribution possible à Nina Jirsikova, danseuse et chorégraphe dans un cabaret de Prague, déportée à Ravensbrück en 1941. Elle mit à profit ses talents de dessinatrice en illustrant de façon caricaturale le « Journal de mode de Ravensbrück » et en exécutant des dessins de la vie quotidienne. Huit dessins composent ce témoignage remarquable de la vie des déportées au camp de Ravensbrück : le travail forcé, l’appel, la toilette, l’espoir et la solidarité sont quelques-uns des thèmes évoqués.

Femmes en résistance Tome 4 – Mila Racine / Scénario : Francis Laboutique, Emmanuelle Polack, Régis Hautière / Dessin : Olivier Frasier / Casterman.

Tract : La voix de la femme juive : Journal clandestin émanant de l’Organe du Mouvement national juif de lutte contre le fascisme (section féminine), 15 août 1943.
Collection : Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne.

Groupe de résistants juifs FFI, combattant dans le bataillon Carmagnol et Liberté de Lyon devant la caserne de Cusset (Allier) le 5 novembre 1944.
De gauche à droite, au premier rang : Max Szulewicz Dina Lipka Au second rang : Serge Kamienny, Eliane Pessak, Henry Krischer, Thérèse Szykman, Nathan Sacks. Au 3e rang : Cari, Gilbert Bataille, Matricia Motti, Georges Filip-Lefort. Au 4e rang : Jean-Pierre Perelman, Raphael, Henri Hoch, Max
Peysakowicz, Jacques Szmulewicz.
Coll. Mémorial de la Shoah

Les citations sont du Mémorial de la Shoah. Cet article a été publié le 20 octobre 2016, puis les 22 mai 2018, 7 novembre 2019.

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

Un apunte lúcido y crítico de Saramago sobre la migración, quizá un destino inevitable para el ser humano

La historia del ser humano es indisociable de la migración. Desde nuestros orígenes como especie hasta las noticias que nos llegan esta mañana, los flujos migratorios humanos no se han detenido nunca: decenas, cientos o miles de personas salen a cada momento del lugar donde nacieron para dirigirse a otro punto, en apariencia por razones diversas pero, en el fondo, por un único motivo: la búsqueda de bienestar.

Con todo, aunque seamos sujetos racionales e históricos, la irracionalidad también nos domina, y con respecto a la migración esto se ha traducido en un miedo injustificado hacia las personas que llegan a territorios ya ocupados. Acaso teniendo en mente el pensamiento atávico del temor a lo extraño y lo desconocido, el ser humano imputa al migrante una amenaza que al menos de inicio no es real, pero existe, y como tal, media entre ambos: entre aquel que se cree ocupante « natural » de un territorio (y de sus recursos) y el Otro que llega a ocupar y a aprovecharse, a poner en riesgo la supervivencia y el orden, pero posiblemente también a mejorarlo, a enriquecerlo, a hacerlo diferente y con ello, a hacerlo evolucionar.

En este contexto compartimos ahora un apunte de José Saramago, publicado en el blog que tuvo en los últimos años de su vida. Si bien estos textos conocieron una edición impresa algunos años después (en una compilación publicada con el título El cuaderno, en 2009), en su origen fueron concebidos como comentarios al margen, reflexiones espontáneas hechas al hilo de los acontecimientos conocidos o atestiguados por el autor.

Citamos este fragmento in extenso, pues como señalamos al final de la nota, la reflexión que contiene toca al menos dos temas fundamentales a propósito de la migración.

HISTORIAS DE LA EMIGRACIÓN

Que tire la primera piedra quien nunca haya tenido manchas de emigración ensuciándole el árbol genealógico… Tal como en la fábula del lobo malo que acusaba al inocente corderito de enturbiarle el agua del riachuelo donde ambos bebían, si tú no emigraste, emigró tu padre, y si tu padre no necesitó mudar de sitio fue porque tu abuelo, antes que él, no tuvo otro remedio que irse, cargando la vida sobre las espaldas, en busca del pan que su tierra le negaba. Muchos portugueses murieron ahogados en el río Bidasoa cuando, noche oscura, intentaban alcanzar a nado la orilla de allá, donde se decía que el paraíso de Francia comenzaba. Centenares de miles de portugueses tuvieron que someterse, en la llamada culta y civilizada Europa de más allá de los Pirineos, a condiciones de trabajo infames y a salarios indignos. Los que consiguieron soportar las violencias de siempre y las nuevas privaciones, los sobrevivientes, desorientados en medio de sociedades que los despreciaban y humillaban, perdidos en idiomas que no podían entender, fueron a poco a poco construyendo, con renuncias y sacrificios casi heroicos, moneda a moneda, centavo a centavo, el futuro de sus descendientes. Algunos de esos hombres, algunas de esas mujeres, no perdieron ni quieren perder la memoria del tiempo en que tuvieron que padecer todos los vejámenes del trabajo mal pagado y todas las amarguras del aislamiento social. Gracias les sean dadas por haber sido capaces de preservar el respeto que debían a su pasado. Otros muchos, la mayoría, cortaron los puentes que los unían a las horas sombrías, se avergonzaron de haber sido ignorantes, pobres, a veces miserables, se comportan, en fin, como si una vida decente, para ellos, solo hubiese comenzado verdaderamente el día felicísimo en que pudieron comprar su primer automóvil. Esos son los que estarán siempre dispuestos a tratar con idéntica crueldad e idéntico desprecio a los emigrantes que atraviesan ese otro Bidasoa, más ancho y más hondo, que es el Mediterráneo, donde los ahogados abundan y sirven de pasto a los peces, si la marea y el viento no prefieren empujarlos hasta la playa, mientras la guardia civil no aparece para levantar los cadáveres. Los sobrevivientes de los nuevos naufragios, los que pusieron pie en tierra y no fueron expulsados, tendrán a su espera el eterno calvario de la explotación, de la intolerancia, del racismo, del odio por su piel, de la sospecha, de la humillación moral. El que antes había sido explotado y perdió la memoria de haberlo sido, explotará. El que fue despreciado y finge haberlo olvidado, afinará su propia manera de despreciar. Al que ayer humillaron, humillará hoy con más rencor. Y ahí están, todos juntos, tirándoles piedras al que llega a la orilla de acá de este Bidasoa, como si nunca hubiesen emigrado ellos, o los padres, o los abuelos, como si nunca hubiesen sufrido de hambre y de desesperación, de angustia y de miedo. En verdad, en verdad os digo, hay ciertas maneras de ser feliz que son simplemente odiosas.

Como vemos, en su apunte Saramago no reflexiona únicamente sobre el hecho de que todos procedemos de alguien que en algún momento tuvo que salir de su tierra natal para buscar oportunidades en otras latitudes, sino especialmente, en la segunda mitad de su apunte, en el olvido al que se margina dicha circunstancia y los efectos que esto provoca en la manera en que se recibe a otros migrantes. El maltrato que alguna vez se recibió se repite entonces, acaso inconscientemente, sin ver que es posible romper con ese ciclo y actuar de otra manera.

[Imagen de portada: José Saramago en Barcelona, febrero de 1998 (Consuelo Bautista) – fuente: pijamasurf.com]

 

Suite aux mesures sanitaires de chaque cantons, le film sort dans les cantons romands où les lieux culturels ne sont pas impactés par les mesures, il sortira sur les autres écran romands lorsque les mesures seront levées., N.D.L.R.]

Écrit par Firouz E. Pillet

Voici les ingrédients que propose Master Cheng (Masteri Cheng), le dernier opus de Mika Kaurismäki : cuisine chinoise, paysages de Laponie, rencontre de deux cultures différentes, amitié, amour.

Après la mort de sa femme, le chef professionnel Cheng (Chu Pak Hong) quitte la trépidante Shanghai pour se rendre à Pohjanjoki, un minuscule village du Nord de la Finlande, à la recherche d’un certain Fongtron. Ce quadragénaire débarque donc avec son jeune fils, Nunjo (Lucas Hsuan), dans ce village isolé de Finlande pour rencontrer ce vieil ami finlandais qu’il a rencontré à Shanghai et qui lui a sauvé la mise dans le passé. À son arrivée, personne dans le village ne semble connaître son ami mais la propriétaire du café local Sirkka (Anna-Maija Tuokko) lui propose un hébergement et, en contrepartie, Cheng l’aide dans la cuisine, en surprenant les habitants avec les saveurs exotiques de la cuisine chinoise qui ravissent les palais lapons.

Anna-Maija Tuokko et Chu Pak Hong – Master Cheng

Peu à peu, la cuisine de Cheng encourage ces cultures très différentes à se rencontrer dans la curiosité de l’altérité et dans la bienveillance. Ainsi, au fil des jours et des menus concoctés avec passion par Cheng, celui-ci devient bientôt un membre célèbre et apprécié de la communauté. Deux piliers de bistrot, Romppainen (l’acteur et réalisateur Kari Kyösti Väänänen) et Vilppula (le musicien et acteur Vesa-Matti “Vesku” Loiri), l’observent avec curiosité et méfiance mais finiront par succomber à la gastronomie savoureuse de Cheng, qu’ils ont dorénavant hâte de découvrir chaque jour. Les deux compères apprécient tellement la présence et les talents culinaires de Cheng qu’ils convient les pensionnaires d’un EMS avoisinant à venir manger au restaurant de Sirkka dans une scène assez cocasse ! Malheureusement, son visa touristique est bientôt épuisé et c’est aux villageois de trouver un plan pour l’aider à rester. Lorsque Cheng doit quitter les lieux faute de permis de séjour, les villageois forgent un plan pour l’aider à rester …

Cheng ne parle pas finnois, Sirkka ne parle pas mandarin : il ne leur reste donc que l’anglais pour communiquer, ce qu’ils feront par le truchement d’un anglais approximatif. Ce n’est donc ni les dialogues parcimonieux ni la présence de villageois introvertis et taiseux qui font ce film. En effet, l’essentiel ne passe pas par le verbe dans Master Cheng; Mika Kaurismäki a choisi de mettre l’attention sur le son et l’image. Tout au long du film, les spectateurs sont portés par la beauté des paysages, mis en valeur par une photographe lumineuse. Kaurismäki peaufine avec méticulosité l’esthétique tant visuelle que sonore de Master Cheng, qui se révèlent des protagonistes à part entière. Au fil des scènes se succèdent des craquement des arbres, le clapotis de l’eau sur le lac, le dérapage des pneus du vélo que conduit Nunjo, les éclats de rire des enfants de l’école dans le préau, et même les bruits insolites des touristes chinois qui dégustent les nouilles au poulet confectionnées par Cheng. Chaque son apporte un message, soulignant la spécifié d’un client du restaurant, magnifiant les vastes étendues, la forêt ou l’immense lac qui entourent le village, et soulignant par là-même l’importance de cette nature omniprésente. Sans oublier la dextérité et la rapidité avec lesquelles Cheng prépare des mets selon les desideratae des clients, nous mettant l’eau à la bouche alors que l’on en tend la découpe des aliments, le bruissement de la friture, le crépitement des légumes saisis dans un filet d’huile dans un won qui invite à la dégustation.

— Chu Pak Hong, Vesa-Matti Loiri et Kari Väänänen – Master Cheng

Le directeur de la photographie, Jari Mutikainen, a fait un travail remarquable et offre une succession d’images sublimes aux tonalités expressionnistes qui entraînent les spectateurs dans la douceur estivale d’une fin de journée alors qu’il capture les rayons de soleil sous un angle qui les sublime. Mais les exemples de cette magnifique photographie s’égrainent tout au long du film : lors d’une partie de pêche un soir d’été au pays du soleil de minuit, sur le lac lors d’une escapade conviviale entre Cheng et ses nouveaux amis finlandais, durant une cérémonie à la mémoire de la femme de Cheng qui fait crépiter des pétards pour réveiller l’âme de la défunte et transmettre ainsi les traditions de leur pays à son fils ou encore lors d’une séance dans un sauna en bois avant l’immersion dans l’eau glacée du lac. Pour mettre en valeur tous ces plans, le réalisateur recourt à de nombreux plans larges.

Le sujet du film – un Chinois qui débarque en Finlande – aurait pu laisser redouter quelque clichés sur le choc des cultures, mais Mika Kaurismäki sait savamment les éviter. Le réalisateur prend le parti de décrire avec tendresse et respect des personnages foncièrement bienveillants, tolérants et solidaires, des valeurs bienvenues à l’heure actuelle. Précisions qu’à l’été 2018, le village, généralement si calme, de Raattama à Kittilä a connu une frénésie d’activités alors que le film Master Cheng est tourné. En temps normal, Raattama compte environ cent-cinquante résidents permanents mais au moment du tournage, une centaine de personnes sont arrivés au village bouleversant la quiétude du lieu.

Le film de coproduction finno-chinoise de Mika Kaurismäki ne crée pas de surprises mais se laisse regarder comme une succession de tableaux picturaux, une fresque humaine réalisée avec la patte d’une cinéaste qui affiche une longue expérience. Master Cheng a déjà été présenté dans plusieurs festivals : à Seminci, Valladolid, l’un des plus anciens festivals d’Europe, Master Cheng était le film de clôture du festival. Il figurait en compétition au Festival Tertio Millenio de Rome et au festival Nordische Filmtage à Lübeck. Le film figurait au programme du Scanorama de Vilnius, au Festival du film de Tbilissi, à la Semaine du cinéma finlandais de Saint-Pétersbourg.

Le nouveau film de Mika Kaurismäki est une comédie à la fois universelle et excentrique, chaleureuse et estivale, à l’atmosphère nordique mais au message universel de tolérance, de tendresse et de bienveillance.

 

[Photos : FRENETIC FILMS – source : j-mag.ch]

 

Prezentado por el Dr. Estelle Irizarry
 
Los investigadores ke estudiaron las letras, dokumentos i livros ke eskrivio el deskuvridor del kontinente amerikano se demandan komo es posible ke Colon alkanso un nivel de ekspresion literaria ke desha a la persona maraviyada, i de otra parte izo yerros de ortografia, gramatika i fonetika difisilmente eksplikables en una persona ke eskrive de esta manera.
Sus konosimientos permeten de pensar ke el se krio en el antiguo reino de Aragon, avlando katalan antes del kastiliano, sigun lo provo el periodista i investigador Nito Verdera; ma aun ke en su lenguaje se identifikaron elementos de portugez, gayego i italiano, el eskrivio poko o nada en estas lenguas.
Los investigadores ke analizaron los eskritos de Colon bushkan a eksplikar la grande proporsion de palavras ajenas ke se topan ayi, kon la influensa del katalan i tambien del portugez ke el embezo en los 9 anyos ke bivio en Portugal, antes de venir a Espanya; ma eyos no se demandan onde es ke se avlava una lengua ke era i no era espanyol, ke admitia palavras de otras lenguas i aun kon esto podia yegar a un nivel poetiko?! El paradokso de poder eskrivir manyifikas kronikas, letras i asta poezia en un espanyol ”defisiente” tiene una eksplikasion: no se trata de defisiensia sino de djudeo-espanyol. Sigun Hernandez Alonso, Colon embezo el espanyol antes de 1486, ma yo kreo ke seria mas exakto dezir ke lo ke embezo fue el espanyol de los djudios ke se avian dispersado despues de los progromes de 1391 en el Call de Barcelona, kuando se dispersaron tambien, segun Verdera, los Colom antepasados de Cristobal.
El rolo del djudeo-espanyol komo intermediario i medio de estudio del espanyol eksplika tanto la prezensia de etranjerismos leksikos en la lengua de Colon ansi komo sus konstantes errores en el kastilyano.
Para investigar si esta transmision avía deshado trasas del ladino en el espanyol de Colon, analizi tekstos del korpus dijital de autografos arekojidos por Lluís Yzaguirre i Maura, ke tiene 39,895 palabras, 5,222 de eyas diferentes, djuntos kon algunos otros tekstos de la epoka, tambien dijitalizados. Ma en el proseso, deskuvrí algo aun mas importante i de todos modos sorprendiente: tanto en el espasio de las komunidades djudias ke bivian en Espanya antes de la ekspulsion, ansi komo despues de 1492, en la separasion del sefaradi de su amada Espanya, el ladino reprezentava una aktitud emverso el lenguaje, una mentalidad, i esta mentalidad se observa en Colon tambien, lo ke eksplika el karakter partikular del espanyol ke eskrivia.
Uno de los ke se opozaron mas enerjikamente a las teorias sovre una kualkera semejansa entre la lengua de Colon i el djudeo-espanyol fue Ramon Menendez Pidal, ke rempusho esta idea kategorikamente, bazandose sovre un teksto djudío eskrito en 1410, komo si los autores de una mizma religion eskriven todos de manera igual: i ansi eskrive el a este sujeto:
A los debiles o fantasticos indicios del judaísmo de Colon no puede añadirse el del lenguaje. Este no se parece en nada al de algun texto español que conocemos del siglo XV, como el Testamento de un judío de Alba de Termes, fechado en 1410.
Ma es difisil de akseptar este argumento, bazado sovre un testamento eskrito, siendo ke no se trata de un idioma de tekstos sino de una lengua familiar.
De otra parte, Menendez Pidal, filologo ke fue por munchos anyos prezidente de la Real Akademia de la Lengua Espanyola, konfirma lo ke aya vía notado Las Casas: « Parece difícil decir donde pudo aprender Colon este español deficiente, que ya escribía antes de establecerse en España. » Menendez Pidal konkluye ke duvo embezar el espanyol en su epoka portugeza, durante nueve anyos antes de pasar a Espanya a fines de 1485, kuando dominava la moda kastelyanizante empesada por el infante don Pedro.
Aki kale insistir i demandar otra vez: komo es posible alkansar niveles tan altos de ekspresion en un espanyol defisiente? Komo eksplikar ke un ninyo embeze su lengua maternala de modo defektuozo si no es porke la oye de los ke se topan a su deredor?
La ipoteza ke propozo akí es ke la estranyeza del espanyol de Colon proviene de su eksperiensa kon el ladino ke oyo, i ke el djudeo-espanyol konformo su filozofía linguístika políglota ansi ke su aktitud verso su lengua. Los elementos leksikos, fonetikos i morfolojikos ke paresen yerrados, en el espanyol eskrito de Colon, vienen del djudeo-espanyol – una lengua ke ainda antes de la ekspulsion de 1492 ya existia entre los djudíos de Espanya i los ke avian emigrado de ayi, despues de las matansas de 1391; una lengua ke segun Ken Ellingwood, periodista del Times en Yerushalayim, era entonses, en el siglo 15, una meskla del espanyol kon palavras del portugez, katalan i ebreo, lo ke podría ser la definision del espanyol de Colon.
Komo ya lo apuntimos, el ladino influyo en Colon no solo komo lengua sino ke tambien komo una mentalidad, en la sinyifikasion ke tiene la palavra mentalité para los fransezes, de un kondjunto de konseptos kulturales i sosiales kompartidos por una komunidad. Akí se trata de una seria de karakteristikas ke konforman el karakter distinktivo del ladino i sus avlantes i ke segun el investigador espanyol Pascual Recuero pueden rezumirse ansí:
1) Inkorporasion avierta de prestamos leksikales segun lugares de rezidensia o de pasaje sinyifikativo.
2) Kontenido de variantes rejionales.
3) Intensiones de enigma para konfundir al ajeno, lengua sekreta de la familia.
4) Tendensia naturala al arkaízmo
5) Idiosinkrazias i inkonsistensias; refuzo de konformarse o aktitud indiferente a la ortografía i a las reglas de la gramatika.
Estos konseptos definen, esensialmente, la mentalidad ke enkontramos en los eskritos de Colon ke examinaremos a kontinuasion, para trayer despues exemplos de influensia estilístika i linguístika en dos kategorías mas.
1) Inkorporasion de prestamos
El judeo-espanyol tiene, sigun lo apuntimos, munchas palavras del ebreo, espanyol, gayego i katalan – a las kualas se adjustaron despues del 1492 palavras del turko, grego, fransez i otras lenguas mas. En los eskritos de Colon tambien topamos un grande numero palavras katalanas, portugezes, gayegas i dialektales.
 
2) Rejionalizmo
Los djudíos katalanes medievales avlavan katalan i ebreo en sus vida diaria, un echo raro en Evropa, onde las komunidades djudías avlavan ekskluzivamente la lengua dominante de referensia.
Pascual Pascual Recuero, investigador de la Universidad de Granada ke estudio el ladino i su kreasion literaria durante largos anyos, rekonose el rolo del rejionalizmo en la konsiderasion del ladino komo lenguaje sefaradí, avlado o eskrito. Su diksionario es un leksiko kompakto de las palavras de uzo mas korriente i las partikulas de la lengua espanyola, tal komo se avlava en el siglo XV, kon un chiko predominio de alguna variante rejional.
El desha entender, de manera muy sutil, su opinion sovre la “hejemonía katalana komo influensia en el djudeo-español: kuando apronta dos listas, lo katalan es el primer elemento mensionado”.
3) Lengua sekreta de familia
El enigmatiko Colon konfonde a los lektores kon su lenguaje ekspresivo ma a la vez ambiguo e indefinible, sus rubrikas misteriozas i el uzo en algunas letras de lo ke paresen ser las letras hebreas bet hei. Esta aktitud de vijilansia i misterio ke vemos onde Colon tiene sus bazas en el djudeo-español. Pascual Recuero aze sovresalir este aspekto de la lengua ke para mas konfuzion se eskrivía en soletreo, la eskritura kursiva del ebreo ke era muy difísil i kaje imposible a entender para el ke no la avía embezado en familia.
Kale ver en este konteksto, tal komo lo azen Madariaga i Verdera, su uzo de kod en las letras ke el muevo governador Bobadilla intersepto i mando de Santo Domingo a los Reyes en 1500, akuzando a Colon de deslealtad, siendo ke en eyas este demandava de su ermano Bartolome ke le enbiara fuersas armadas para defenderse kontra Bobadilla. Sovre este epizodo, kontado por el kronista Pedro Martyr de Anglería, komenta Madariaga en 1940:
Es muy poco probable que se hubiesen constituido una cifra para su uso personal. Mas natural parese proponer que conocieron por tradicion familiar alguna forma cursiva del alfabeto hebreo la familia de Colon pudo muy bien haber conservado el conocimiento y aun el manejo de la escritura hebrea despues de haber abandonado el uso de la lengua, sobre todo si se tiene en cuenta la ventaja que para un pueblo perseguido tendría la posesion de una especie de cifra natural automaticamente limitada, con poquísimas excepciones, a las fronteras de la raza.
La prova esta en una pregunta tan lojika komo simple: komo se pudo saver el kontenido de las letras, si estavan eskritas en karakteres deskonosidos? Klaramente la sifra avía sido desifrada porke no era una invension personala de los dos ermanos sino ke de todo un grupo i ke komo konsekuensa era potensialmente aksesible.
4) Tendensia naturala al arkaísmo
Cesar Hernandez Alonso observa ke la lengua de Colon tiene palavras i ekspresiones arkaizantes, karakteristikas mas de prinsipios o de la metad del siglo XV, ke de la tranzision de este siglo al sigiente. El arkaiko espanyol de Colon es derivado del djudeo-español, ke desde sus prinsipios tenia un karakter arkaiko ke se puede notar en muestros dias tambien.
Angel Rosenblat, en su estudio del estilo de Cervantes, komenta sobre el uzo de “non” en lugar de “no”. Segun el, el djudeo-español kedo kon lo ke yama el viejo adverbio “non”, ke avía sido remplasado en la epoka del Quijote kon “no”. Colon uza las dos palavras, ma “non” es uzado kon mas frekuensia ke “no” –  254 vezes para “non”, kontra 235 para “no.
Kon la eksepsion del verbo “”azer” en todas sus formas, ke alterna entre la “f” i la “h”  inisial, en el korpus de Colon se nota una preferensia muy markada por la “f”.
fermoso/fermosura – 10 vezes; hermoso/hermosura – 1
fijo/s – 19 vezes; hijo/s – 1
fasta – 74 vezes;  hasta – 24
fecho – 46 vezes;  hecho – 2
fablar – 26 vezes;  hablar – 5
En esta epoka avia ainda ken uzava las dos formas de esta letra, sigun se nota por exemplo en las “Coplas” de Jorge Manrique, ma esto era en 1476, i el arkaízmo era poetiko i venía bien para “contemplar como se pasa la vida”. Onde Colon, de otra parte, ay ainda formas ke adientro de un siglo ya no serian uzadas mas. Dize Angel Rosenblat ke en siertas situasiones don Quijote uza palavras arkaikas komo fecho, fermosura fazer, ma adjustando entre parentezes ke « en ninguna region del castellano se conservaba esa f-, que sí era constante en los libros antiguos”. No espesifika lo ke es « antiguo », ma seguramente deve ser antes del ke pozo las bazas de la gramatika kastelyana – Nebrija.
5) Idiosinkrasias i inkonsistensias
El ladino se karakteriza por una aktitud de aviertura, una grande toleransia verso la inkonsistensia en la ortografía, gramatika, sintaksa i vokabulario, i por su kapachidad de akomodarse, komo sus avlantes, a diferentes lugares i sirkunstansias, konservando al mizmo tiempo su intimidad de idioma de familia. La gramatika i la eskritura del djudeo-español no yegaron a rijirse por reglas. Ay variantes segun el lugar i el tiempo, a la kontra de la filozofía preseptista de Nebrija. En desparte de esto, Colon uza tambien eskrivir una mizma palavra de diferentes manera, manifestando un notable despresio de la konsistensia, i una aktitud avierta a neolojismos i variantes, sigun se puede notar en los sigientes exemplos:
acressientamiento/acressentamiento, acresentamiento, acresçentamiento
albedrío/albidrío; aprobecha/aprovecha; cibdad/ciudad/cibdat; lebó/llevó
truxeron, truxieron, trujeron, trujieron, trusieron
6) Notables ladinizmos en los eskritos de Colon
A kontinuasion presentamos en forma eskematika una seleksion de tipos de ladinismos ke se topan en los tekstos de Colon.
Diminutivos:  Carmen Hernandez Gonzalez konfirma kon munchos exemplos la persistensia del sufikso afektivo -ico asta oy en el espanyol de Mexico. Colon tambien uza la terminasion –ico del antiguo reino de Aragon ke abonda en las romansas i mizmo en la lengua de kada dia de los sefaradis: muchachika, manseviko, arvoliko. Colon el tambien  avla de “paxaricos” i “cosica”. Don Quijote, en kambio dize “cosita”.
 
A- Munyiz senyala el uzo de la “a” kon infinitivos: asobar, alevantar i adormir ansi ke en palabras ke en kastelyano no es uzual ke tenga esta letra inisial.
Colon uza: afigurava/afigura por imajinar(se), exaktamente komo en ladino (i gayego).  Alebantado por > levantado – existe en ladino i gayego ma no en kastelyano ni katalan. Otros exemplos: abastar, acrecimiento, allegar, anombraron, aseñaladamente, aseñorear, asentar, abastar,  aluenga,  amostrar, abasar
 
Adjektivos. Grado:  Hernandez Gonzalez arekojo en el espanyol meksikano el uso de ”muy’ kon el adjektivo “munchos”, ke se uza en ladino tambien i se repeta en el korpus de Colon onze vezes, komo en muy muncho camino, muy munchas canoas, figos hay muy munchos. Una variante es muy mas claramente, ke se repeta kon presto i atrevido.
Sustantivasion kon –ura.  Pascual Recuero nota la existensia de esta forma en el djudeo-español kon exemplos tales ke: escondedura, escozidura espandidura.
En Colon esta forma es muy frekuente: dobladura, gordura, fermosura, escri[p]tura, altura, bentura, holgura., fechura (por hechura).
Formas estranyas kon sus ekivalensias normales en el korpus son: longura (longitud), estrechura (estrechez), espesura (espesor),
 
Tener por haber
En ladino es muy frekuente el uzo de tener en lugar de avertengo ido.
Onde Colon tambien ay munchos exemplos de esta forma:
Lo que tengo pensado de mi vida; tenía destinado y presto; tenían tomado posesión; luego la tengo cobrada y socorrida; por la muy gran bienquerencia que con vos tengo cobrada.
V. Konkluziones
Colon salio de Espanya el mismo día ke los djudíos ke no kijeron baftizarsen – el en viaje de eksplorasion i eyos en viajes de ekspulsion. A diferensia de eyos, en servisio de los Reyes Katolikos, el pudo tornar i eskrivio diarios, kronikas, letras i livros kaje eksklusivamente en espanyol, ma un espanyol ke para munchos es demasiado defisiente para ser su lengua materna. El djudeo-espanyol deve konsiderarse entre los kandidatos a primera lengua de Colon. A traves del ladino le yegaron los elementos de otros idiomas. Sus eskritos reflektan la mentalidad akavidada, tolerante i rezistente de la kuala tratimos en relasion al ladino.
Naturalmente, esto tiene reperkusiones kon relasion a los enigmas kolombinos – de su lugar de nasimiento, de su edukasion, relijion i sentimiento relijiozo, a los kualos no tokaremos akí, limitandomos a eksplikar el paradokso kon el kual avrimos estas pajinas.
En la Espanya de Colon ke se movía verso la unidad polítika i la uniformidad linguístika, kedavan ekos del ladino ke el almirante-eskritor avia embezado i ke dio a su ekspresion en espanyol una estranyeza ke komentaron munchos sin lograr eksplikarla.
Esta es la misma estranyeza ke siente el avlante de espanyol oy en día al enkontrarse por primera vez kon el ladino. El paradokso ke desperto la kuriozidad de los lektores de Colon, su klara despreokupakion por la konsistensia i la uniformidad linguistika en sus eskritos, el sekreto ke embuelve su orijin i otros aspektos de su vida asi ke munchas idiosinkrazias linguístikas i de estilo, se pueden eksplikar solo en admetiendo ke son konsekuensa de la influensia del  ladino sovre su lengua.
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