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Ça commence comme dans un film de Nurith Aviv. C’est normal : Rosie Pinhas-Delpuech est traductrice de l’hébreu et vit depuis toujours entre les langues, turc, français, allemand, hébreu… L’auteure de ce beau et dense récit nous plonge dès l’introduction dans l’enchevêtrement linguistique de la Babel israélienne. Nous sommes dans un bus de nuit quittant Tel Aviv, et les langues semblent surgir de partout, suivant toutes les strates de l’histoire du pays. De ce « brouhaha » émerge progressivement le questionnement autour de l’hébreu, langue « réinventée » pour les besoins d’une nation tout juste « imaginée », à l’aube du développement du sionisme. Mais plutôt que de s’intéresser à des personnages tutélaires comme Eliezer Ben Yehuda (l’auteur du Dictionnaire de la langue hébraïque) ou Bialik (le poète national d’Israël), Rosie Pinhas-Delpuech choisit de nouer cette interrogation à la figure tragique et beaucoup plus conflictuelle de Yosef Hayim Brenner, né dans l’Empire russe en 1881, à l’époque où débutent les grands pogroms tsaristes, et mort en Palestine en 1921, assassiné lors des émeutes arabes dans la région de Jaffa.

Y. H. Brenner par Rosie Pinhas-Delpuech : une langue en quête d'auteur

Yosef Hayim Brenner

Rosie Pinhas-Delpuech, Le typographe de Whitechapel. Comment Y.H. Brenner réinventa l’hébreu moderne. Actes Sud, 192 p., 16,50 €

Écrit par Carole Ksiazenicer-Matheron

De façon également oblique, l’auteure privilégie dans ce portrait, ne serait-ce que par le titre du livre, la figure de l’émigrant d’Europe de l’Est, déjà écrivain hébraïque reconnu lorsqu’il fuit le service militaire russe en 1904, mais encore tout imprégné de sa langue maternelle, le yiddish, qu’il transporte avec lui sur les rives de la Tamise, dans le ghetto juif de Whitechapel — ce quartier de prolétaires visité et décrit à la même époque par Jack London, où transitent en chemin vers l’Amérique les héros de Sholem Aleykhem, où rôde l’ombre de l’Étrangleur et où la Lulu de Wedekind finit sa course dans une mansarde sombre.

Commencé dans l’obscurité de ce voyage de nuit en Israël, le récit se poursuit dans la luminosité d’un rivage grec où viennent s’échouer d’autres migrants, nos contemporains : car raconter l’histoire d’une langue nécessite pour la narratrice d’évoquer d’autres histoires, d’autres langues, y compris les siennes propres, et de parcourir (ou d’imaginer) des temps et des espaces pluriels. Le dernier chapitre du livre, « Héritage », reconstitue des tracés où ces itinéraires peuvent se croiser, au moins imaginairement, à travers des coïncidences, géographiques ou temporelles, comme ce Manchester où le père de l’auteure, né à Istanbul en septembre 1914 (deux mois après le fils de Brenner en Palestine, précise la narratrice), vient visiter les filatures de coton où travaillent des ouvriers exploités dans des conditions épouvantables. Brenner quant à lui a quitté l’Europe en 1909 pour la Palestine ottomane, où il partage toutes les difficultés des pionniers et pose les premières fondations d’une littérature moderne dans une langue qui se crée en même temps que les livres s’écrivent.

À travers l’enquête biographique et l’interrogation sur la langue de l’un des créateurs principaux de la littérature hébraïque moderne se dessine, comme en ombres chinoises, un parcours de traductrice et d’écrivaine, mais aussi de voyageuse sans frontières entre les idiomes, les lieux, les identités, dont le rapport à la langue de traduction, l’hébreu, devient le fil conducteur d’une existence consacrée aux mots, à la lettre, à la parole, mais aussi aux êtres qui en sont les porteurs. « En 1988, pour des raisons aussi lumineuses que profondément obscures, je commence à traduire l’hébreu en français, et le destin de l’être humain entre les langues devient mon affaire. » Ainsi les réflexions de la narratrice, les impressions concrètes, les parallélismes entre les situations historiques ou géographiques créent-ils une sorte de toile ramifiée d’associations et d’affinités électives, de rimes entre les différents chronotopes, vécus, imaginés, lus.

Comme cette longue déambulation associative qui, à partir de l’évocation de Whitechapel, à la fois chez Brenner et chez Jack London (auteur d’un reportage célèbre sur l’East End), puis dans les termes plus scientifiques des documents consultés pour l’enquête, débouche sur la comparaison avec des lieux et des communautés d’aujourd’hui, tout aussi délaissés : des Latinos à Harlem qui vendent leur bric-à-brac sur un trottoir, des familles chinoises du Lower East Side qui rusent avec la loi américaine sur l’immigration, des immigrés juifs du Yémen à Tel Aviv qui laissent leur quartier à des Philippins ou des Thaïlandais venus remplacer les travailleurs palestiniens pendant l’Intifada. En deux pages, une chaîne de mots et de solidarités se crée, esquissant en contrejour les contours d’une sensibilité narrative quasi fictionnelle, dans sa richesse subjective et associative.

Avec l’évocation de la figure de Brenner, il s’agit d’un voyage où lumière et obscurité se succèdent ou s’interpénètrent, tant sa courte vie semble synthétiser et exacerber les tensions, les aspirations, les contradictions voire les impasses d’une génération et d’une histoire collective : celle de la deuxième Aliyah (1904-1914) mais aussi, avant tout peut-être, celle de cette modernité juive ashkénaze qui se développe au prisme des langues, des textes, des exils et des migrations. On sait par la correspondance de Kafka que celui-ci lisait un roman de Brenner en hébreu, durant les derniers mois de son existence, passés à Berlin en compagnie de Dora Dymant ; Kafka qui meurt lui aussi de façon prématurée, peu de temps après Brenner et à peu près au même âge, et qui a tant de traits en commun avec lui : l’inquiétude existentielle liée en grande partie à son judaïsme, l’activisme littéraire et linguistique, la difficulté d’aimer les femmes, la férocité de l’autonégation.

Parmi les multiples métamorphoses d’une vie de labeur et de misère, consacrée avant tout à l’écriture et à la reviviscence de l’hébreu, mais traversée également par l’errance et l’engagement, deux pôles sont mis en valeur par Rosie Pinhas-Delpuech, qui soulignent la communauté d’expérience avec l’émigration ashkénaze de tendance socialisante : la pépinière anarchiste de Whitechapel et l’activité de typographe qui permet à Brenner de gagner son pain et d’éditer par la même occasion sa propre revue en hébreu, Ha-Méorer (« L’Éveilleur »). Indéniablement l’accent est mis sur cette matrice de créativité à la fois politique et littéraire, qui efface les frontières, nuance la guerre entre les langues (le yiddish et l’hébreu s’affrontant ouvertement lors de la conférence de Czernowitz en 1908) au profit de stratégies jumelles d’émancipation, toujours aimantées par le souci commun de l’identité collective juive et de la lutte aux côtés des plus défavorisés.

Rosie Pinhas-Delpuech trouve dans cette culture bilingue et souvent polyglotte, dans ce bouillonnement anarchiste et dans ces luttes sociales au plus près de la confection et de la diffusion matérielle du livre, qu’il soit hébreu ou yiddish, une façon de ré-enraciner finalement l’hébreu dans la culture européenne, de le soustraire aux mythes étatiques, de le ré-ensauvager à travers la figure d’un auteur qu’elle qualifie elle-même d’ « Aborigène juif » : quelque chose comme la définition de la littérature mineure chez Deleuze et Guattari à propos de Kafka, ou comme la lecture de ce même Kafka « en colère » par Pascale Casanova. Une volonté aussi de restituer des filiations, des racines diasporiques et modernistes à cet hébreu qui est finalement celui des « tables brisées », comme le montre un audacieux parallélisme, au centre du livre, faisant du « marbre » du typographe un équivalent des pierres écrites par Dieu au mont Sinaï, le lieu symbolique d’émergence de cette langue « vieille-nouvelle », langue sacrée se faisant profane et d’usage quotidien.

Y. H. Brenner par Rosie Pinhas-Delpuech : une langue en quête d'auteur

Il y a chez l’écrivaine biographe une fascination évidente, une forme d’enthousiasme, dans cette mise au jour concrète des liens quasi génétiques unissant hébreu et yiddish, « langue du père » et « langue de la mère », à travers l’histoire de la diaspora ashkénaze et de ses chemins qui bifurquent, poussant vers l’Amérique ou la Palestine, suivant des dessins parfois aléatoires, mais le plus souvent nécessaires, liés à des choix existentiels profonds. Bien des fils sont tirés et suivis dans cette immense toile de réseaux et de circulations qui caractérise la renaissance juive au tournant du siècle. Whitechapel y apparaît comme à la fois central et périphérique, une sorte d’hétérotopie : exact équivalent du Lower East Side new-yorkais, avec ses sweatshops, ces ateliers de couture manufacturés ou à domicile, qui évoquent aussi bien Manchester que Lodz, le « Manchester polonais », romancé par Reymont dans La Terre promise et par Israël Joshua Singer dans Les frères Ashkenazi. Au moment où Brenner est à Londres, les poètes prolétariens comme Morris Rosenfeld ou Dovid Edelstadt tentent à New York de traduire en rimes l’exploitation des immigrants juifs tout juste débarqués du bateau. Ce sont ces poètes que Kafka introduit en 1912 dans son Discours sur la langue yiddish auprès de son public de juifs pragois assimilés.

Tentons à notre tour de poursuivre quelques fils à partir de la trame évoquée par le livre. En ce qui concerne la presse yiddish, dont les tirages augmentent régulièrement, Rosie Pinhas-Delpuech mentionne Morris Winchewski, journaliste et poète prolétarien ; après son séjour à Londres il aide Abraham Cahan à New York à fonder le Forverts, le Jewish Daily Forward, qui accompagnera l’évolution de la société juive américaine tout au long du XXe siècle. Lamed Shapiro, l’auteur yiddish des pogroms et de New Yorkaises a, quant à lui, rencontré Brenner à Londres en 1905, lorsqu’il y fait une longue escale en chemin vers l’Amérique. Il l’évoquera après la mort tragique de l’écrivain dans un chapitre de son recueil d’essais, Der Shrayber geyt in kheyder (L’écrivain va à l’école), mentionnant au passage la figure de Rudolf Rocker qui retient longuement l’attention de Rosie Pinhas-Delpuech, intéressée par ce melting-pot interculturel. Anarchiste allemand, il apprend le yiddish et fréquente les typographes juifs, et Shapiro évoque également son rôle à l’Arbeter Fraynd, le journal anarchiste, puis dans la création d’un journal concurrent, l’Arbeter Velt, dont Brenner assure en grande partie, semble-t-il, la rédaction en yiddish. Lamed Shapiro, comme Kafka, a des affinités électives avec Brenner, par son nietzchéisme de jeunesse, son pessimisme radical, son nationalisme spirituel lié à la notion d’autodéfense, mais surtout à la cause des opprimés : ce peuple dont Brenner dit qu’il est à la fois sans terre et sans langue ; ce qui peut sembler paradoxal pour une communauté souvent polyglotte, mais dont Kafka fait à son tour une des caractéristiques principales des littératures mineures et des écrivains juifs condamnés à l’exil intérieur.

On pourrait ajouter à titre d’exemple supplémentaire de cette proximité entre intellectuels, par-delà le choix des langues, qu’Aaron Zeitlin, l’un des plus grands poètes yiddish, écrit en 1927 un drame intitulé Brenner, précisant dans une didascalie qu’il s’agit d’une restitution « imaginée » de la figure de l’écrivain. Cependant, il a pu s’inspirer des souvenirs de son propre père, Hillel Zeitlin, ami de jeunesse de Brenner à Homel, en Russie, lorsque le jeune auteur hébraïque est à la fois « amant de Sion », bundiste et par-dessus tout, écrit Zeitlin père, tolstoïen. La pièce écrite après le voyage en Palestine d’Aaron en compagnie de son frère très peu de temps avant la mort de Brenner, nous livre une image radicalement désespérée et nihiliste de cet alter ego de l’écrivain, évoquant par moment un Otto Weininger par la haine de soi, la défiance envers les femmes et l’amour-haine ambivalent projeté sur le peuple juif, dont il assure porter douloureusement le destin collectif sur ses épaules.

On retrouve là une des images fortes du livre de Rosie Pinhas-Delpuech, qui fait de Brenner le porteur de la langue et des livres à destination d’un peuple à venir, celui qu’il ne fait que pressentir, tel Moïse qui ne verra pas s’ouvrir devant lui la Terre promise (l’identification implicite entre Moïse et Brenner est très présente dans le livre et mériterait un développement à part). Résonnent alors pour nous les dernières phrases de ce texte inspirant : « Brenner est un horizon. Il est rare que dans toute l’histoire de l’humanité un homme ait pris une langue sur son dos pour sortir de la détresse et la faire vivre pour lui et pour les autres. Avec la pente toujours proche et le compte jamais fini ».

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Las memorias de la cantante son un retrato íntimo y audaz de uno de los grandes iconos de la música pop

Françoise Hardy, posando para la película de ‘Grand Prix’, en 1966.

Escrito por CARLES GÁMEZ
Cuando apareció en Francia, la autobiografía de Françoise Hardy, Les désespoir des singes…et autres bagatelles (Robert Laffont, 2008), título extenso y misterioso con referencias a un parque próximo al domicilio de la cantante, la plana mayor de la crítica se deshizo en elogios para lo que parecía de entrada otro volumen cosido de trivialidades y lugares comunes de una intérprete de varietés, ese término francés que sirve para etiquetar la música más ligera y popular. Nada más lejos de la realidad. Las memorias de aquella adolescente que encandiló a medio mundo a principios de los años sesenta cantando al amanecer de los jóvenes, ofrecían un penetrante autorretrato carente de pudor en una artista que siempre había mostrado una imagen de discreción y elegancia. Al descubierto quedaban en el texto sus heridas más dolorosas, así como las profundas cicatrices de una vida vivida sin tapujos. Desde el amor fou e imposible que sintió al lado de Jacques Dutronc a sus relaciones de amor-odio con su madre, a la que ayudó a morir al practicarle la eutanasia. El libro, todo un éxito, sobrepasó los 300.000 ejemplares.
Las memorias llegan en español con el título de La desesperación de los simios… y otras bagatelas a cargo de Expediciones Polares, en la traducción de Felipe Cabrerizo —y con prólogo de Diego A. Manrique—. El resultado suma cerca de 400 páginas, en las que la cantante desvela los casi siempre desgarradores pasajes de su vida, a veces con la precisión del bisturí de un entomólogo y otras, haciendo gala de frialdad o, directamente, indiferencia, como cuando narra desapasionadamente la pérdida de la virginidad. 
Hija de un padre ausente y homosexual, que aparece puntualmente como un fantasma, y de una madre posesiva, creció junto a una hermana aquejada de una terrible esquizofrenia. La pequeña Hardy encontró en la música un escape vital, que, con el tiempo, devendría en profesión. Aquel oficio terminó convirtiéndose en una especie de prisión dorada para una artista, como ella misma confiesa, que nunca se ha sentido “animal escénico”. Retirada de las actuaciones desde finales de los años sesenta, sigue componiendo y editando álbumes que la revelan como una artista sensible y dúctil más allá de la ola ye-ye de sus primeros tiempos.
Françoise Hardy fue también ese icono luminoso de la década de los sesenta que sedujo a Bob Dylan. El cantautor colocó su disco, Tous les garçons et les filles, en la portada de su álbum Bringing It All Back Home junto a otros de sus elepés favoritos. Dylan también la hizo escuchar en primicia en su hotel de George V la canción Just Like a Woman.



Hardy también se revela en el libro como esa estrella pop que se presenta en el cabaret del Hotel Savoy cada año como embajadora de la moda francesa vestida por Courrèges y Paco Rabanne en medio de la explosión del Swinging London. El relato autobiográfico está salpicado de esas y otras sabrosas confidencias, como cuando relata una equívoca cena en el domicilio de Brian Jones, miembro de Rolling Stones, y su compañera en aquellos momentos, la actriz Anita Pallenberg. La noche estuvo determinada por torpeza de la cantante, que no supo si el encuentro responde a una invitación de carácter sexual.
Hay también referencias a sus frustradas colaboraciones con la industria del cine —se vio embarcada en una gran superproducción de Hollywood, Gran Prix (John Frankenheimer, 1966) que pretendía lanzarla como estrella cinematográfica— o reflexiones sobre la industria discográfica, contemplada por una cantante que ha visto su evolución y transformación a lo largo de este último medio siglo. Es esa misma cantante que descubría en la radio las primeras voces del rock: Elvis Presley, Eddie Cochran, Brenda Lee y el dúo The Everly Brothers. Años después les rindió tributo junto a Etienne Daho con esa preciosa balada titulada Sad Song.
Al lado de los temas más personales o amorosos —de nuevo, esa relación tempestuosa con Jacques Dutronc— la cantante desvela los pormenores de muchas de sus grabaciones, sus encuentros más felices con la brasileña Tuca, en el álbum La Question, o Michel Berger (Message Personnel) o la aflicción que aún le provocan sus primeros discos. Lo que ofrece el libro es una Hardy en su mejor retrato en blanco y negro, con el permiso de los tomados por Jean-Marie Périer, su fotógrafo y pigmalión.
[Foto: MONDADORI PORTFOLIOMONDADORI VIA GETTY IMAGES – fuente: http://www.elpais.com]
 

Françoise Hardy, el icono luminoso de la década de los 60

Repaso fotográfico a la vida de la cantante francesa con motivo de la publicación de sus memorias en español
  • Françoise Hardy posa en París en 1973.

    1 – Françoise Hardy posa en París en 1973. CORDON PRESS

  • La actriz y cantante Françoise Hardy, en un fotograma de la película 'Grand Prix', en julio de 1966.

    2 – La actriz y cantante Françoise Hardy, en un fotograma de la película ‘Grand Prix’, en julio de 1966. CORDON PRESS

  • Françoise Hardy posa en el Teatro Olympia de París el 3 de febrero de 1963.

    3 – Françoise Hardy posa en el Teatro Olympia de París el 3 de febrero de 1963. CORDON PRESS

  • La cantante francesa Françoise Hardy en un momento de un concierto en Londres, en febrero de 1967.

    4 – La cantante francesa Françoise Hardy en un momento de un concierto en Londres, en febrero de 1967. CORDON PRESS

  • Françoise Hardy, cantante y actriz, posa para el rodaje de la película 'Grand Prix' en 1966.

    5 – Françoise Hardy, cantante y actriz, posa para el rodaje de la película ‘Grand Prix’ en 1966. GETTY

  • La cantante francesa, Françoise Hardy, fotografiada en Madrid en 1996.

    6 – La cantante francesa, Françoise Hardy, fotografiada en Madrid en 1996. SANTOS CIRILO

  • La cantante francesa Françoise Hardy con un vestido del diseñador Paco Rabanne realizado con placas de oro, en 1968.

    7 – La cantante francesa Françoise Hardy con un vestido del diseñador Paco Rabanne realizado con placas de oro, en 1968. AP

  • Françoise Hardy junto a Salvador Dalí en la presentación de la película 'Les quatres cents coups', el 6 de abril 1967 en París.

    8 – Françoise Hardy junto a Salvador Dalí en la presentación de la película ‘Les quatres cents coups’, el 6 de abril 1967 en París. CORDON PRESS

  • La cantante Françoise Gardy fotografiada en julio de 2012.

    9 – La cantante Françoise Gardy fotografiada en julio de 2012. GILLES-MARIE ZIMMERMANN.

  • Françoise Hardy junto con el diseñador Pierre Cardin, en una imagen de 1969.

    10 – Françoise Hardy junto con el diseñador Pierre Cardin, en una imagen de 1969. CORDON PRESS

  • La artista Françoise Hardy en la presentación del disco 'L'amour foui', en 2012.

    11 – La artista Françoise Hardy en la presentación del disco ‘L’amour fou’, en 2012. FRÉDÉRIC DUGIT GETTY IMAGES

  • Actuación de Françoise Hardy en 1966.

    12 – Actuación de Françoise Hardy en 1966. CORDON PRESS

  • Françoise Hardy posa en 1962.

    13 – Françoise Hardy posa en 1962

 

 

O investigador Adolfo Sotelo Vázquez relata a odisea de cinco anos que viviu Cela ata a publicación da novela. Este luns 17 de xaneiro cúmprense vinte anos do falecemento do escritor padronés

El escritor gallego Camilo José Cela, retratado en 1947.

O escritor galego Camilo José Cela, retratado en 1947.

Escrito por ADOLFO SOTELO VÁZQUEZ

Cando na primavera de 1966 Cela publica na súa prestixiosa revista Papeis de Son Armadans o texto Historia dunhas páxinas zarandeadas, é parco en informacións sobre o camiño que A colmea houbo de percorrer desde a súa presentación á censura o 7 de xaneiro do 46, para a súa publicación inmediata nas barcelonesas Edicións do Zodíaco, ata que viu a luz en Bos Aires (Emecé, 1951). Algúns bigardos conseguiron frear a edición do 46. Non así a censura arxentina que, aínda que mareou bastante ao escritor, quen lera a última versión da súa novela cos cinco sentidos en xaneiro de 1950, permitiu que «o libro puidese publicarse nunha versión bastante correcta». Era a primeira edición da colmea.

Dous días despois de presentala á censura, Cela con insensato optimismo escribe a Carlos F. Maristany, propietario de Edicións do Zodíaco, acerca de varios detalles da inminente edición: a sobrecuberta correrá a cargo do debuxante Juan Esplandiú, o texto debe ter brancos —«Céline fíxoo en Mort à crédit e queda moi… misterioso», dille— procedentes dos parágrafos suprimidos «a petición dos editores» [en realidade, o cebo que utilizou para a censura] e finalmente unha tirada de 10 exemplares «privada, secreta, co texto completo».

O último de xaneiro —xa é papá— escribe de novo a Maristany, antes de saír para a estación de Atocha a despedir a Dionisio Ridruejo —«que fixo todo o que puido pola miña novela»—: a censura varou a edición da colmea, a pesar da tenaz resistencia de Cela e á regaña de optimismo que lle filtra Maristany, segundo a cal os tempos do ministro Arias Salgado estaban liquidados. Non foi así, e por eses mesmos días empeza a explorar a súa posible edición en Hispanoamérica, e dado que coñece que José Antonio Giménez Arnau acaba de publicar en Bos Aires unha novela baixo o marbete da colmea, confésalle ao seu editor barcelonés: «Penso chamala Asfalto vagabundo, nome, talvez, de novela social norteamericana, pero que a min se me antolla fermoso e incluso intencionado». Foi un pensamento fugaz, aínda que ofrece importantes claves sobre a xénese da gran novela, sobre o que por esas mesmas datas Cela chamaba con reticencia «o cuarto das ideas».

Mentres tanto, intenta unha edición de bibliófilo, que prepararía Edicións do Zodíaco, pero para mediados de marzo a censura rexéitaa de plano. Cela, incansable, mándalle copias a Maristany para ver de colocala no estranxeiro, camiño infestado de dificultades. O escritor padronés, no entanto, resiste e inicia unha insólita aventura das que o autor chamou «páxinas zarandeadas»: a preparación dunha edición clandestina da colmea, idea que lle ofreceron dous empresarios cataláns e que nunha carta do primeiro de abril —«privadísima, secreta e escrita para ser botada ao lume ou gardada con sete chaves, despois de lida»— que lle remite a Maristany consolídase. Cela e Maristany están de acordo: van preparar unha edición clandestina. Con todo luxo de detalles o escritor galego exponlle o proxecto da edición nas prensas de Zodíaco, co «bonito pé» de «Aux Éditions du Cocu d’Or» nos talleres parisienses de «Richelieu et sa belle sœur». Está convencido de que a venda será automática e xenerosa: un negocio para Zodíaco e para si mesmo. Á vez que con certa sorna lle di: «Paréceme algo ridículo que dea consellos a un catalán sobre estraperlos».

Pepiño Pardo, paisano

Maristany bautiza o orixinal da novela como Pepe, Cela con sentido do humor escríbelle (22-IV): «Ben, chamarémoslle Pepe. A min gustoume máis Sebastián ou Gumersindo, pero sacrifícome e acepto Pepe». Cela, como é habitual, quere atar todos os cabos e busca o consello do seu paisano Pepiño Pardo, futuro director da editorial Noguer (que publicou a primeira edición oficialmente española da novela en 1963), e naqueles días delegado en Barcelona tanto de Propaganda como de Información e Turismo. Pardo aconséllalle que Lle Cocu non fóra a librerías, porque «hai axentes especializadísimos en Barcelona que adoitan comprar enteiras —e moi caras— cocus de 100 a 150 exemplares». Por moi diversas razóns, a edición clandestina non alcanzou un bo porto, a pesar de que a finais do verán do 46 Maristany comunícalle que o orixinal «está en mans do seu posible impresor, home de enteira confianza», e solicítalle que suprima algún parágrafo de conspicuo lesbianismo. Pasaron as semanas e Pepe non viu a luz como A colmea.

Aínda que Cela seguiu sempre moi de preto as fortunas e adversidades das súas obras, o certo é que desde o verán do 46, e para ocuparse das posibles traducións dos seus libros (sobre todo da familia de Pascual Duarte), botou man da axencia literaria barcelonesa Universitas, cuxa propiedade e dirección era do profesor Hermann Stock, tal e como certifica o moi interesante texto Andanzas europeas e americanas de Pascual Duarte e a súa familia, que Cela redactou en 1951. Na aventura editorial da colmea Stock ten un papel importante, dado que Cela lle encargou ao longo de 1947 a xestión da publicación da novela en Arxentina. Despois de diversos intentos e aínda recoñecendo o valor da obra, tres editores arxentinos, amparándose na crise aguda que vivía o sector, conclúen que non se pode levar a cabo a publicación neses momentos. Cela aceptou o fracaso e dedicou parte do seu tempo a refacer o manuscrito do 46.

O «non» de Suramericana

Ao finalizar a primavera do 49 Cela comunícalle a Stock que acabou a versión definitiva e que ten preparada unha copia mecanografiada que lle remite de inmediato, coa finalidade de «que xestione vostede a edición con algunha casa de México que lle mereza garantía», deixándolle que negocie as condicións do contrato. O 2 de xullo Stock dille que entregou a copia a Antonio López Llausàs, xerente da Editorial Suramericana, fundador de Edhasa e «que ten ao mesmo tempo unha casa editora en México baixo o nome de Editorial Hermes». A finais de agosto, o escepticismo de Cela confírmase, porque sabe non só que Hermes nin sequera interesouse senón que o futuro editor de Cen anos de soidade (López Llausàs) opinou que A colmea era «demasiado madrileña para poder gustar en América do Sur». Suramericana rexeitaba A colmea. Dez anos despois suspiraría por ela.

O que resiste, gana. Por propia iniciativa, Cela ofrece o 15 de febreiro de 1950 á casa editorial bonaerense Emecé o orixinal da colmea. Xa publicara na primavera do 45 a terceira edición do Pascual Duarte (con importante intervención de Blanco Amor) e estaba a preparar a sexta. Cela envía o orixinal o 18 de marzo a Enrique J. Nölting, administrador xeral, cunha certeira confidencia: «Dos meus catro novelas, creo que esta é a máis importante. Traballei nela varios anos e escribina —de principio a fin— cinco veces». O proceso editorial foi rápido, con algunhas concesións á censura e cos favores do peronista Hipólito J. Paz, ministro de Relacións Exteriores da República Arxentina. O 21 abril de 1951, Nölting remítelle 50 exemplares. A aventura finalizara. A colmea comezaba unha carreira de excepcionais recoñecementos da crítica literaria e dos lectores.

Adolfo Sotelo Vázquez é catedrático de Literatura da Universidade de Barcelona

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

 

Escrit per Víctor Alexandre

Em ve de gust parlar-vos d’un llibre que pot ajudar tant les persones amb dubtes lingüístics a l’hora d’expressar-se com aquelles que voldrien erradicar molts dels barbarismes d’arrel espanyola que farceixen el seu vocabulari i que no saben com fer-ho de manera senzilla. El llibre de què parlo es diu “Dir-ho ben dit” (Editorial Llengua Nacional, 2021), de Ramon Sangles i Moles, i el seu propòsit l’explica el mateix autor amb aquestes paraules: “És un material centrat a resoldre, almenys en part, errors molt freqüents i elementals en el parlar o l’escriptura del nostre poble; no pas per a aprofundir en la nostra llengua”.

És un llibre molt didàctic i de lectura fàcil que descriu de manera diàfana la diferència entre paraules com ara “tan” i “tant”, “cita” i “citació”, “el llum” i “la llum”, “el son” i “la son”, “el fi” i “la fi”, “el full” i “la fulla”, “depenent” i “dependent”, “continuar” i “seguir”, “confós” i “confús”, “assecar” i “eixugar”, “trencar” i “estripar”, “capsa” i “caixa”, “ser” i “estar” o “tràfec”, “tràfic” i “trànsit”… Però no sols això, també inclou orientacions sobre la pronúncia i l’accentuació gràfica, esvaeix dubtes sobre si determinats mots han de dur l’article masculí “el” o el femení “la”, o sobre l’ús de la essa sonora i la essa sorda, i, entre altres qüestions, explica en quins casos s’escauen el verb “donar” o el verb “fer”.

Aquest darrer punt, el de la diferència entre “donar” i “fer”, és d’una necessitat capital, ja que em sembla un dels exemples més gràfics d’un fenomen sobre el qual he escrit força, que és el de la transformació de la llengua catalana en un patuès de l’espanyol, és a dir, en catanyol. L’espanyol, com a llengua imposada políticament de coneixement ineludible s’ha acabat imposant també en el nostre marc mental, talment com si la forma espanyola de dir quelcom fos el model a seguir i la catalana una mera adaptació. D’aquí que hi hagi tantes persones que diuen “donar un petó”, “donar una abraçada”, “donar un tomb”, “donar pena”, “donar ràbia”, “donar la sensació” per la senzilla raó que en espanyol “dan besos, abrazos, vueltas, pena, rabia o sensación”. Ras i curt: fan una traducció literal de l’espanyol tot oblidant o desconeixent que en català els petons, les abraçades i els tombs no els “donem”, sinó que els “fem”, i que les coses no ens “donen” pena, ràbia o sensació sinó que ens en “fan”.

Sap greu que molts periodistes dels mitjans més importants desconeguin el diferent significat dels mots “continuar” i “seguir”. Aquest llibre aborda el tema i entre els exemples que posa, n’hi ha un que em sembla molt il·lustratiu amb aquestes dues frases: “Vol seguir la carrera de Medicina” i “Vol continuar la carrera de Medicina”. El llibre diu: “…totes dues són correctes, però no indiquen pas la mateixa cosa. En la primera s’hi afirma simplement que algú vol cursar aquesta carrera, i en la segona, que la vol reprendre o bé que no té intenció d’interrompre-la. Podem establir aquesta regla pràctica: si en una oració és possible de substituir el verb “seguir” per “continuar”, el bon ús aconsella de fer efectiva aquesta substitució. »

Una expressió espanyola que no té cap sentit en català és “donar-se compte”, calc literal del “darse cuenta” espanyol. En català no ens “donem” compte de les coses, en català ens n’adonem: “Es va adonar de tot”, “No s’adona mai de res”, “M’adono del meu error”, “Adonem-nos-en, de l’estat del català”… Paraules com “gaire” o “prou” també es troben en fase de reculada per la senzilla raó que no tenen equivalent en espanyol. Per això són tants els catalans que en comptes de dir “No ha plogut gaire” o “No triguis gaire”, diuen “No ha plogut massa” o “No triguis massa”, i que en comptes de dir “No ets prou valent” o “No hi ha prou menjar per a tots” diuen “No ets suficient valent” o “No hi ha suficient menjar per a tots”. Atès que el nostre subconscient manté l’espanyol com a llengua “norma”, tendim a erradicar allò que no se li assembla (“gaire” o “prou”) i traduïm “demasiado” (massa) i “suficiente” (suficient). De fet, “gaire” i “prou” ja gairebé ni ens passen pel cap.

Aquest llibre, “Dir-ho ben dit”, pot ser un bon amic del lector que vulgui conèixer el seu nivell de català o que vulgui llimar del seu vocabulari les asprors que l’empobreixen. Sap greu, en aquest sentit, sentir dia rere dia la impúdica exhibició de catanyol d’alguns tertulians radiofònics i televisius que, precisament perquè perceben uns honoraris per parlar, haurien d’esforçar-se a dominar la llengua i parlar amb un mínim de correcció. Parlar bé no costa gens. Amb una mica d’interès, n’hi ha prou.

 

[Font: http://www.racocatala.cat]

Entre sa naissance en Pologne, en 1904, et sa mort en France, en 1969, Witold Gombrowicz aura passé vingt-quatre ans en Argentine, où il se rend en 1939, une semaine avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Ses lettres à ses amis de Buenos Aires paraissent en français.

Witold Gombrowicz à Vence, en 1967. Photo : Oswald Malura


Witold Gombrowicz, Correspondance avec ses disciples argentins. Trad. de l’espagnol par Mikael Gomez Guthart. Sillages, 224 p., 14,50 €


Publié par Jean-Pierre Salgas

« Je rends grâce au Très-Haut de m’avoir tiré de Pologne alors que ma situation littéraire commençait à s’améliorer pour me lancer sur le continent américain au milieu de gens parlant une langue étrangère, dans la solitude, dans la fraîcheur de l’anonymat, dans un pays plus riche en vaches qu’en artistes », écrit Witold Gombrowicz dans son Journal en 1960. La phrase est reproduite en exergue de cette Correspondance avec ses disciples argentins. Souvenons-nous : l’auteur de Ferdydurke, « gloire de la nation », convié à une croisière, quitta la Pologne pour l’Argentine le 25 août 1939.

Périphéries

Parti pour quinze jours, Gombrowicz reste en Argentine pendant la guerre puis durant vingt-quatre ans, passant de la périphérie de l’Europe à la périphérie du monde. À Buenos Aires, au sortir de la guerre, il traduit Ferdydurke avec un groupe d’amis écrivains débutants. Sa préface affirme une croyance en l’universalité de la littérature. Échec : la « mère Ocampo », et sa revue Sur, vouée au Nord (Paul Valéry) avec Borges, lui ferment les portes du monde littéraire local. On peut se reporter à Trans-Atlantique. C’est alors qu’il entame le parcours qui va le conduire de la périphérie au centre français de la république des lettres. Il l’atteint en pleine guerre froide : une bourse de la fondation Ford, en 1963, le dépose à Berlin après la construction du Mur en 1961. « Polonais exacerbé par l’histoire », dira-t-il dans ses Souvenirs de Pologne.

Après 1947, sa stratégie dans le champ, au sens de Bourdieu, devient une stratégie au sens de Clausewitz : « La grande Bataille de Paris est encore plongée dans les ténèbres, pas la moindre nouvelle si ce n’est que Les Lettres Nouvelles ont eu écho du coup de canon en ouverture du bombardement et, j’imagine, Ferdydurke doit déjà se trouver en librairie » (1958). Lieutenants : Kot Jelenski (le Bâtard ou le Prince), Francois Bondy et la revue Preuves. Instrument : le Journal à compter de 1953 (en public) comme le Bloc-notes de Mauriac, publié dans Kultura, adressé autant à la Polonia qu’à la Pologne et tous les articles, les Varia, qu’il serait temps de traduire intégralement et chronologiquement en français et non sous la forme d’anthologies plutôt thématiques. En 1955, Gombrowicz démissionne de son poste d’employé au Banco Polaco pour se consacrer à l’écriture.

Vers le centre 

Dans les premiers temps de cette correspondance, dans une missive à Alejandro Russovich (l’ami de toute une vie), Gombrowicz écrit : « Ma célébrité se développe de façon systématique et étourdissante pour mes ennemis. Yvonne (une comédie) a été jouée à Varsovie, grand succès, et devrait prochainement être montée à Prague, Paris et Londres, Ferdydurke a été accepté par Julliard, grand éditeur, Nadeau en personne a l’air ravi. Troisième édition de Ferdydurke en Pologne, je viens de signer le contrat. Trans-AtlantiqueLe Mariage et Bakakaï (des nouvelles) sont sortis là-bas le mois dernier, avalanche d’articles où l’on me proclame le plus grand. Mon Journal agit de façon foudroyante, la traduction française est en cours. En attendant j’ai terminé mon nouveau roman qui va s’appeler La Pornographie parce qu’il est un peu vert ».

Vingt ans après Ferdydurke, dix ans après l’échec de sa traduction argentine, arrivent gloire polonaise et gloire mondiale via la France. Là, le Dégel et l’arrivée au pouvoir de Gomulka permettent la réédition de Ferdydurke. Ici, alors que Roger Caillois, borgesien fidèle, a fait échouer l’hypothèse Gallimard, Bondy et Jelenski convainquent Maurice Nadeau de publier la traduction composée avec Roland Martin. Anticipant le retour en Europe de l’écrivain. À Tandil, au sud de Buenos Aires, il a rencontré un groupe de jeunes aspirants écrivains : Grinberg, Di Paola, Gomez, futur exégète et biographe, Betelu, le préféré, dessinateur. Outre Russovich, ce sont eux les destinataires des lettres. Surnoms en cascade, par exemple pour Betelu : « Quilombo, Quilo Flor ou plutôt, Florquilo ou encore mieux, Soliflores, ce que l’on peut également interpréter selon les circonstances en ColienFlor ».

Witold Gombrowicz, Correspondance avec ses disciples argentins.

Malade et hypocondriaque, Gombrowicz se raconte et leur prodigue des conseils en tous genres, tentant d’instruire leur immaturité face aux formes. Ces lettres sont littéralement à mi-chemin entre le Journal et Kronos (pour soi : en 1965, il demande conseil à Russovitch pour un suicide). Les rubriques sont les mêmes que la comptabilité qui scande ce dernier : santé, argent, littérature, sexe. Le ton oscille entre Trans-Atlantique et Opérette, entre Ubu et Nourritures terrestres… Arrivé en 1963 à Berlin, « un incroyable mélange entre du provincial et de l’ultra-cosmique », Gombrowicz, par ailleurs cible de la presse polonaise, tente de reconstituer le Zemianska de Varsovie et le Rex de Buenos Aires au café Zuntz en 1963. Tentant d’enrôler Ingeborg Bachmann, Peter Weiss, Uwe Johnson, Günter Grass et de plus jeunes intellectuels. « Imagine bien, dans ta vie terne et privée de la lumière de l’intelligence, que lorsque sonnent les coups de 13h les lundis ou les jeudis, je me trouve au Zuntz entouré de Boches à qui je distribue des sourires ».

Diario argentino

« Incroyables, ces Allemands, quelle douceur céleste, imaginez donc que lorsque je déjeune dans un petit jardin près de chez moi, les moineaux innocents se posent sur ma table, certains qu’il ne leur arrivera rien » (il est en train d’écrire Cosmos). Après Berlin, grâce à Maurice Nadeau, il arrive à l’abbaye de Royaumont où il rencontre Rita, « une jeune Canadienne (vingt-trois ans) d’une extraordinaire efficacité, qui m’aime tendrement et prendra soin de moi ». Ils partent à Vence. Elle écrira deux livres majeurs sur lui, deux Évangiles (Gombrowicz par les témoins de sa vie). Toujours, il continue de gérer et de contrôler aussi sa légende argentine. En 1963, à l’occasion d’une revue, Eco contemporaneo, qui lui consacre un numéro, il écrit à Gomez : « Votre dernière lettre m’a écœuré. […] Sachez que je ne suis pas, et que je n’ai jamais été, homosexuel ; même s’il peut m’arriver de temps à autre, quand l’envie m’en prend, de me risquer sur ce terrain ». On trouve également dans ce livre des lettres à Ernesto Sabato (ils s’entre-préfacent) et au jeune Jorge Lavelli, metteur en scène du Mariage au théatre Récamier : « Lavelli triomphe, il a fait quelque chose de macabre, de monstrueux, de répugnant et de révoltant avec un Doigt horripilant tel un phallus, personne n’y comprend rien, tout le monde dit qu’il s’agit d’un festival gestuel et verbal, sans rien ajouter de plus précis ». Bernard Dort écrira, dans son journal encore inédit, que ce spectacle lui permit de passer de Brecht à Bob Wilson.

Witold Gombrowicz, Correspondance avec ses disciples argentins.

Dessin de Mariano Betelu représentant Witold Gombrowicz et Juan Carlos Gomez. © Ana Betelu

Au terme de cette correspondance, on surprend Gombrowicz à Vence en 1967 en train de couper-coller son Journal pour fabriquer Diario Argentino en 1967 : le chapitre XVI (1955) est devenu le premier. C’est un volume symétrique des entretiens avec Dominique de Roux (qui deviendront Testament), pensés quant à eux sur le modèle des « Écrivains de toujours » des éditions du Seuil. À la Pologne et à la Polonia s’ajoute l’Argentine. Gombrowicz a traversé plusieurs États historiques et géographiques de la république mondiale des lettres analysée par Pascale Casanova, selon une trajectoire unique, comme, autrement, Vladimir Nabokov ou Jorge Luis Borges, les reflétant autant qu’il les réfléchit. En août dernier, à la suite de Juan José Saer et de Ricardo Piglia, qui soutenaient que cet écrivain polonais était le plus grand écrivain argentin du siècle, eut lieu une seconde édition d’un monumental Congresso Gombrowicz. « L’espagnol de Witold Gombrowicz est un mélange d’argot des rues de Buenos Aires teinté de polonismes et d’espagnol à la grammaire incertaine », note le traducteur, Mikael Gomez Guthart.

Écrivain national antinational 

« N’oubliez pas, cher Goma, que vivre avec le Plus Grand écrivain de l’univers (ou sur le point de le devenir, ce qui revient au même) ne se représentera pas à vous de sitôt » (1963). En 1967, presque au terme de cette correspondance, il a reçu le prix Formentor pour Cosmos. Et il est édité en poche (10-18) grâce à Christian Bourgois, devenu son éditeur. « L’année dernière j’ai loupé le Nobel d’un rien », écrit-il à Miguel Grinberg en février 1969.

Adversaire de la polonité né dans un monde de nations, il est en train d’être rattrapé par le monde (des lettres, mais pas seulement). Cinquante ans après sa disparition, un récent colloque a réuni ses traducteurs (trente-huit langues) à Radom et à Vence. « Comme le dit Le Monde, il s’est formé autour de moi une maçonnerie internationale » (1963). En Pologne, après avoir été un temps retiré des manuels scolaires, le voilà en voie de devenir l’écrivain national avec un musée à Wsola, un autre à Vence. Exceptions relatives : le monde anglo-saxon (du fait de la mondialisation ?) et la France (du nationalisme, de la polonisation ?). Comme tous les écrivains « de l’Est », Gombrowicz y est moins présent depuis la chute du Mur. Le temps est révolu où Gilles Deleuze le citait dans tous ses livres, de Logique du sens à Critique et clinique, où Michel Foucault offrait La pornographie à ses visiteurs, où Milan Kundera l’incluait dans son panthéon, alors qu’il pourrait bien être le plus actuel des écrivains européens. Car Ferdydurke, roman politique, analyse les trois tentations contemporaines : nationalisme patrimonial, mondialisation, alors américano-germano-soviétique, saut dans l’inconnu. Quant à la « filistrie » de Trans-Atlantique, alternative aux patries, elle nommait dès 1953 la créolisation d’un Glissant. À Mariano Betelu, en 1963, Gombrowicz écrivait : « Mon vieux, Nadeau vient de m’écrire, il a lu mon Journal car la traduction est terminée, il se dit ébloui, stupéfait. C’est meilleur que si ce n’était que d’un grand écrivain. Je publierai tout ce que vous avez écrit ou écrirez car je veux que Les Lettres Nouvelles soient liées à votre nom ». Ces nouvelles lettres lui donnent raison.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Aquest 15 de gener se celebra els quart centenari del naixement del dramaturg francès i Proa ho celebra amb un volum antològic traduït per Miquel Desclot.

                                                                                                                                            Jean-Baptiste Poquelin, Molière

Escrit per Bernat Puigtobella

Aquest dissabte 15 de gener se celebra el quart centenari del naixement de Jean-Baptiste Poquelin, Molière (1622-1673), el comediògraf més important després d’Aristòfanes i el pare de la comèdia moderna. A França l’efemèride se celebrarà amb la grandesa que es mereix, però a Catalunya no hi ha prevista, que jo sàpiga, cap producció en el circuit del teatre professional. Ara amb les noves traduccions que Miquel Desclot ha fet de Don Juan, El Tartuf, El burgès gentilhome i El misantrop no hi haurà excusa ni argument que valgui.

“Molière va arribar a la nostra literatura abans que Shakespeare, ja al segle XVIII, i va aprendre a parlar en català abans que el bard anglès”, diu Miquel Desclot, al pròleg d’aquest volum que recull també tres obres que ja s’havien publicat a l’Institut del Teatre: Les melindroses ridícules, El Banyut imaginari Amfitrió. Desclot repassa la fortuna desigual que han tingut les traduccions del dramaturg francès, que tot i així havia estat prèviament traduït per Carner, Sagarra, Ruyra i Joan Oliver. L’any 1921 Josep Maria de Sagarra va traduir L’escola dels marits, que es va estrenar el gener de 1922, coincidint amb el tercer centenari. El poeta la va traduir en alexandrins rimats, com l’original, evitant la tendència de l’època de fer traduccions en prosa o sense rima, i el resultat va enlluernar tant Joaquim Ruyra com Josep Pla.

Desclot també ha optat, amb la seva destresa habitual, per la traducció en vers rimat. “M’he arrapat al text de Molière, encara que el peu forçat de la rima me n’hagi pogut desviar lleugerament més d’una vegada”, diu Desclot, que també ha mantingut els noms dels personatges, excepte en algunes excepcions. “Cal confiar en les paraules del gran comediògraf sense pretendre fer-li dir el que no va voler dir, perquè en les seves paraules ja hi és tot. Potinejar-li el text d’una manera o d’una altra ‘és la causa més comuna de fracàs en les produccions de Molière’, com deia el poeta i traductor nord-americà Richard Wilbur”.

Miquel Desclot ha fet la traducció pensant en el lector però també en l’escena. “He utilitzat la sinèresi per no forçar una dicció massa encarcarada. “Traïció”, per exemple, la faig de tres síl·labes, en lloc de quatre. La Comédie Française ho consideraria una traïció”, diu Desclot. “Parlant de teatre a Joan Oliver li agradava dir que hi ha una cosa pitjor que no tenir tradició, que és tenir-ne una de dolenta. Si nosaltres tinguéssim una tradició com la de la Comédie Française, és clar, trobaríem ben natural que un actor pronunciés la paraula “traïció” en quatre síl·labes, enmig d’una situació altament dramàtica, però el fet és que, amb la tradició que tenim, tants cops trinxada i perduda, les quatre síl·labes d’una paraula tan terrible com “traïció” podrien provocar damunt l’escenari un fatal efecte còmic”.

Sigui com sigui, a banda de proporcionar noves versions al sector teatral del país, la traducció de Desclot acompleix una altra missió, i és fer-nos palesa la incontestable vigència de Molière en aquesta època d’impostors creguts, misantrops i falsos seductors.

 

[Font: http://www.nuvol.com]

 

À une remarquable cadence, les éditions de L’Olivier poursuivent la publication des œuvres complètes de Roberto Bolaño en français, cette fois-ci avec un volume entièrement occupé par Les détectives sauvages, paru en 1998 et traduit par Robert Amutio en 2006. Pour Florence Olivier, spécialiste de l’œuvre et autrice de Sous le roman la poésie. Le défi de Roberto Bolaño (Hermann, 2016), la première longue narration de l’écrivain chilien disparu en 2003, forme une ironique chanson de geste contemporaine, un roman d’aventures qui retrace une histoire générationnelle si chère et si inoubliable qu’elle ne pouvait être écrite que sous la forme d’un mythe.

Le voyage infini des Détectives sauvages de Roberto Bolaño

Film consacré à Roberto Bolaño © CC/Secretaría de Cultura de la Ciudad de México

Roberto Bolaño, Les détectives sauvages. Œuvres complètes. Volume 5. Trad. de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio. L’Olivier, 768 p., 25 €

Écrit par Florence Olivier

Magnanime, Roberto Bolaño saluait naguère l’inépuisable charge explosive que recèlent certains romans brefs de ses aînés latino-américains du Boom, qu’il suffirait de relire pour éprouver la force renouvelée de leur détonation. Sur la survie, la mort ou la métempsychose des auteurs du « canon occidental » du XXe siècle, et de quelques autres, l’écrivain prêtait ailleurs de canularesques prophéties à une poète vagabonde et visionnaire. Et voilà donc James Joyce réincarné dans un enfant chinois en 2124, Giorgio Bassani sortant de sa tombe en 2167, André Breton ressurgissant des miroirs en 2071, Tchekhov se réincarnant en 2003, puis en 2010, puis en 2014 avant de réapparaître une dernière fois en 2081. Rythmique, la liste est longue et on la relira, pris d’un fou rire teinté de jaune, dans Amuleto. Né d’un chapitre des Détectives sauvages, ce bref et souverain roman se trouve dans le tome I des Œuvres complètes de Bolaño en français.

Le 4 novembre dernier, la parution du tome V, soit des Détectives sauvages, illustrait à point nommé et l’inusable force explosive de ce titre majeur et la prédisposition de ce roman à une forme de métempsychose. Car, tout juste la veille, hasard miraculeux ou non, La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr, qui doit son titre et son épigraphe aux Détectives sauvages, venait de remporter le prix Goncourt. L’écrivain sénégalais, tout aussi généreux – et aussi drôlement féroce – que Bolaño, ne fait pas mystère de son admiration pour l’œuvre du Chilien. Son roman réussit ce tour de force ou ce coup de génie qu’est l’originalité dans l’appropriation d’une poétique, créant ainsi l’un de ces lignages idéaux, translinguistiques, transcontinentaux, dans lesquels Bolaño aurait rêvé, n’en doutons pas une seconde, de se voir inscrit. L’histoire, bien réelle, est indéniablement bolañesque. Applaudissons-la car, justicière à sa façon, elle dément superbement la péroraison du père Urrutia Lacroix dans Nocturne du Chili. Rappelez-vous : « C’est ainsi que se fait la littérature au Chili, c’est ainsi que se fait la grande littérature d’Occident », clame l’ecclésiastique, poète et critique, justifiant la veule complaisance des écrivains envers le pouvoir de la junte militaire. À quoi son fantomatique accusateur, ce « jeune homme aux cheveux blancs » et alter ego de l’auteur, répond « en articulant un non inaudible ».  « Non », redisent avec force Les détectives sauvages et La plus secrète mémoire des hommes, la littérature se fait hors des sentiers battus, loin de tout pouvoir ; la « grande littérature d’Occident », foutaise ! Un Chilien l’écrit en Espagne, un Sénégalais, en France.

Mais revenons à l’explosion initiale des Détectives sauvages, premier vaste roman de Bolaño, publié en 1998 aux éditions Anagrama à Barcelone. Deux ans plus tôt, avaient paru les plus brefs et non moins remarquables La littérature nazie en Amérique et Étoile distante, « frères siamois » au dire de l’auteur car le second est né d’un chapitre du premier. Avec Les détectives sauvages, qui, cette même année, remporte deux des prix littéraires les plus prestigieux du monde hispanophone, le prix Herralde de novela en Espagne, le prix Rómulo Gallegos au Venezuela, commence la véritable course mondiale de l’œuvre du Chilien, au rythme des traductions du roman dans nombre de langues. L’effet de cette enthousiaste réception devait culminer avec la publication des Détectives sauvages aux États-Unis, où l’auteur se voit mythifié en héritier direct de la Beat Generation.

Pourquoi pas ? Mais aussi, pourquoi donc, ou pourquoi seulement ? C’est le propre des œuvres magistrales que d’éveiller les tentations d’appropriations hâtives. Bolaño, pour sa part, déclarait lors de la réception du prix Rómulo Gallegos qu’en quelque sorte tout ce qu’il avait écrit jusque-là était une lettre d’amour ou d’adieu à sa propre génération. Et voici l’une des lectures possibles du roman, qui, n’oubliant pas la fidélité promise à la mémoire des jeunes tombés lors des « guerres fleuries » latino-américaines des années 1960 et 1970, chante la vie plus que la mort et, plus que les ossements des défunts, les combats dérisoires et magnifiques des vivants. Possédé par le jeune poète infra-réaliste qu’il était dans le Mexique du début des années 1970, le romancier Bolaño y exorcise la mort de l’utopie politique et le péril de la naïveté lyrique par la transmutation en roman de l’utopie poétique. De fait, on peut lire Les détectives sauvages comme l’autofiction collective d’un groupe de poètes avant-gardistes et, si l’on y tient, comme une « Légende de Duluoz » à la Kerouac, où Duluoz aurait renoncé à prendre la parole, la laissant à ses compagnons d’aventures. La différence n’est pas mince.

Car, pour dire l’histoire sur vingt années, de 1975 à 1996, des réal-viscéralistes – version fictive des infra-réalistes –, les deux parties du journal intime d’un poète prodige font le grand écart, embrassant les témoignages qui se pressent et tourbillonnent dans la longue partie centrale du roman. Heureux ou fanfaron, Bolaño, encore lui, comparait aux courants du Mississippi l’abondance de voix des Détectives sauvages, assurant que son roman comportait autant de lectures que de voix, qu’il pouvait se lire « comme une agonie » ou « comme un jeu ». Il suffit d’entrer dans le roman, ou dans le jeu, pour se laisser porter par ses courants fantasques ou pour apprendre ses règles tacites afin de (s’y) perdre avec bonheur.

Le voyage infini des Détectives sauvages de Roberto Bolaño

Entrons-y donc innocemment par le début. Juan García Madero, puceau et poète en herbe, sèche ses cours de droit pour assister à un atelier littéraire bientôt troublé par l’irruption d’Arturo Belano et Ulises Lima. Fondateurs du réal-viscéralisme, les deux trublions adoubent sans façon le nouveau venu. L’élasticité elliptique du journal intime rythme le récit de la vertigineuse et drôlissime initiation sexuelle et littéraire du novice réal-viscéraliste : l’ingénu libertin, nouveau Casanova malgré lui, tient à jour les comptes de ses orgasmes et de ses poèmes, choisit avec une infaillible ponctualité l’aventure et les risques du métier. Péripatéticiens, les membres du groupe s’adonnent à la flânerie nocturne ; les rues, les chambres de bonne, les cantinas et les cafés leur tiennent lieu de salon. Ils y improvisent d’espiègles ou d’érudites lectures de poèmes, de bouffonnes versions de la tradition poétique, des prescriptions bibliographiques, y écrivent parfois. Leurs bibliothèques portatives et collectives sont faites de livres volés à la « Librairie Française » ou négociés chez les bouquinistes du centre-ville. Discourir et courir les chemins, faire de la déambulation l’envers ou l’endroit de la parole, voilà bien cette vie poétique à l’intempérie que prescrit ailleurs l’essayiste Bolaño aux poètes trop choyés par l’État. Fièrement marginaux, les réal-viscéralistes inventent un nouvel ordre amoureux, financent leurs revues par la vente de marijuana, prétendent révolutionner la poésie afin d’échapper au double et infâme écueil de la poésie engagée à la Neruda ou de la poésie immaculée à la Octavio Paz.

Roman de Bolaño oblige, leur paradoxale quête d’une origine poétique avant-gardiste joue d’une borgésienne uchronie littéraire et se transmue en récit d’enquête et d’aventure. Car si les réal-viscéralistes s’inspirent des dadaïstes et des surréalistes européens ou des stridentistes mexicains, s’ils traduisent leurs contemporains français du Manifeste électrique aux paupières de jupe, leur modèle se doit d’être plus radical. Rien de moins que le réalisme viscéral des années 1920, branche fictive du stridentisme fondée par la non moins fictive Cesárea Tinajero. Bientôt, Belano, Lima et García Madero partent à la recherche de la poète disparue dans les déserts du Sonora, relevant le défi que lançait Breton dans « Lâchez tout ». Le Nord du Mexique devient terre d’aventure ou vortex, à la façon du Sud borgésien ou du blanc territoire austral de Poe. Dans cet espace déserté par la culture pourrait bien se trouver la poésie en acte ou le « nouveau », que « Le voyage » de Baudelaire entrevoit au fond de l’abîme, au bout du chemin, ou de la vie. L’aventure quichottesque des jeunes poètes vaut pour sa gratuité même. Elle allie les motifs du risque et du danger à l’installation d’une virtualité avant-gardiste dans l’histoire littéraire, mais surtout elle narre – et ne discourt pas sur­ – l’équivalence entre art et vie, poésie et voyage, poésie et révolution. Or, par un habile suspense, elle n’est racontée par García Madero, sur le mode du roman noir, de la road novel et de l’enquête littéraire, que dans la troisième partie du roman.

Entre les deux pans du journal intime du jeune homme, est décantée l’histoire du groupe réal-viscéraliste, tôt disparu après la dispersion de ses membres fondateurs. Les voix, joviales et désolées, stoïques, sublimes ou ridicules, d’une prodigieuse variété de personnages rapportent de biais ce qu’il advint d’Arturo Belano et d’Ulises Lima entre 1976 et 1996. À toi, lectrice, lecteur, de te perdre à la suite des détectives sauvages entre l’Europe, Israël et l’Afrique ; à toi de t’orienter dans ce dédale de témoignages, pique-toi au jeu et apprends. Par exemple, de ces envois lyriques, qui ponctuent tel ou tel monologue d’un vieux stridentiste devenu écrivain public : « Ce qui revient à dire, jeunes gens, je leur ai dit, que je voyais les efforts et les rêves, tous confondus dans le même échec, et que cet échec s’appelait joie. » Par exemple, de ces hauts faits satiriques qui prennent au piège de leur propre parole des éditeurs en faillite, critiques renommés, professeurs latino-américains, poètes de divers alois, romanciers à succès, révélant leur lâcheté, leur manque de foi dans le métier littéraire, leur vénalité ou leur générosité résignée. Mais apprends aussi de la lecture que font Ulises Lima et Arturo Belano d’un poème visuel de Cesárea Tinajero. Il suffit d’en compléter les traits pour qu’il s’anime. Tu tiens peut-être là ton fil d’Ariane. Car, au-delà d’une maquette à monter ou d’une marelle à la Cortázar, qui invitent à une active lecture, le puzzle des Détectives sauvages invite, plus encore qu’à le compléter, à poursuivre sa lettre. Porté par le désir de l’écriture, il l’insuffle.

Le roman s’achève sur cette dernière devinette, suivie du contour en pointillé d’un rectangle blanc : « Qu’est-ce qu’il y a derrière la fenêtre ? »

Qu’attends-tu ?

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Galiza e Irlanda manteñen vínculos que se sosteñen en situacións históricas con moitos paralelos, mais tamén na semellanza do medio natural que as acubilla. As dúas fisterras atlánticas observan a natureza con ópticas parecidas. Un Edén diferente é unha antoloxía poética que examina esas afinidades. 
'A estrada a carón do río', de Jack Butler Yeats.

‘A estrada a carón do río’, de Jack Butler Yeats

Escrito por Manuel Xestoso
“Menos ego e máis eco”. Este podería ser o motto que preside A different Eden /Un Edén diferente, unha antoloxía que reúne 38 poetas da Galiza e de Irlanda arredor do tema da relación do ser humano coa natureza. A chamada ecopoesía enfróntase cun universal como o do Xardín do Edén para interrogalo, cuestionalo e, dalgunha maneira, reivindicalo. Un dos grandes desafíos do noso tempo -o ecolóxico- visto a través dos ollos de creadores e creadoras de dous países que comparten unha historia difícil e unha localización, nas extremas do continente, que lle outorgan á paisaxe elementos comúns arredor dos que orbita a súa existencia.

Keith Payne é un dos editores do volume, xunto con Lorna Sahughnessy e Martín Veiga, e o tradutor dos poemas galegos ao inglés -Isaac Xubín traduce ao galego os versos en inglés e gaélico. Coñecía a poesía galega e traducira poetas como Olga Novo ou María do Cebreiro. Cando xurdiu a idea de elaborar unha antoloxía sobre o tema do medio ambiente, “axiña nos pareceu moi interesante enfrontar a obra de poetas irlandeses e galegos para ver como conversaban entre eles », declara a Nós Diario. « Son dous países que manteñen unha forte presenza do rural, que están nas marxes de Europa, cun clima atlántico que condiciona moito a forma de vida e no que o tratamento da paisaxe reflicte unha historia con moitas similitudes. Pareceunos moi importante investigar sobre se a visión da paisaxe era un motivo puramente estético ou se se utilizaba para desenvolver outros temas de máis relevancia, máis duros”.

Os vínculos literarios que unen a Galiza con Irlanda veñen de moi vello e, aínda que a miúdo se empregou a coartada da mitoloxía celta para xustificalos, a loita pola independencia irlandesa tomada como modelo (« Como en Irlanda! Como en Irlanda! ») parece estar sempre no fondo dese achegamento. Que outra batalla política como a ecoloxista sirva de nexo de unión no século XXI non deixa de ser significativo. “A reacción poscolonial do pobo irlandés, a situación dunha lingua minorizada… son elementos que os autores galegos empregan para achegarse a Irlanda”, comenta Payne. “O renacemento do nacionalismo foi un punto que compartiron os dous países e que motivou que, entre os compoñentes da xeración das Irmandades da Fala, Yeats ou Singe fosen autores moi lidos e mesmo que o galego fose unha das primeiras linguas ás que se traduciu o Ulysses de Joyce. Hoxe, os dous países e a propia Europa cambiaron moito, existe un paradigma que tende máis á globalización, e por iso é útil comparar os discursos que xorden dos dous lugares cunha mirada máis contemporánea, enfrontándoos a un dos grandes problemas universais da nosa época”.

Eu, particularmente, teño contactos que me permitiron coñecer a Galiza rural, de aldea, e considerei necesario presentar esta visión máis práctica e materialista: esta é a realidade, sen mitificacións que a falsee”, explica Payne.

Non hai terra mítica: a realidade do rural

A antoloxía divídese en cinco partes temáticas entre as que chama a atención a titulada “Non hai terra mítica”, dedicada a poemas que desmitifican a visión bucólica da paisaxe e do rural. “Pois o certo é que esta sección en concreto xurdiu das nosas lecturas de poesía galega. O noso proxecto era, en principio, falar da destrución da natureza, da catástrofe ecolóxica, do concepto de antropoceno… e tamén mostrar discursos máis esperanzadores. Mais lendo algúns poetas galegos descubrimos estoutro tema: a vitalidade actual da vida no rural, a vida real dos que seguen desenvolvendo a súa existencia moi perto da natureza. Poemas escritos por persoas que viven alí, na terra, traballándoa. Como di o poema de Dores Tembrás, non hai terra mítica, esta é unha terra de verdade. Eu, particularmente, teño contactos que me permitiron coñecer a Galiza rural, de aldea, e considerei necesario presentar esta visión máis práctica e materialista: esta é a realidade, sen mitificacións que a falsee”, explica Payne.

« Existe unha actitude moi feminista que xorde dun xeito moi natural: se vas falar da vida do rural, non podes obviar o traballo e a vida das mulleres. Aí existen moitos puntos en común que sitúan a muller fronte á paisaxe, que indagan sobre o seu lugar no mundo »

E que puntos en común atopou o editor na poesía galega e irlandesa contemporánea despois de navegar polas súas augas para elaborar esta antoloxía? “A valentía”, responde sen dubidar o editor. “Non hai medo a enfrontarse aos temas difíciles. Non hai medo a recoñecer que somos os causantes dunha catástrofe que hai que nomear. Tamén unha actitude moi feminista que xorde dun xeito moi natural: se vas falar da vida do rural, non podes obviar o traballo e a vida das mulleres. Aí existen moitos puntos en común que sitúan a muller fronte á paisaxe, que indagan sobre o seu lugar no mundo. E finalmente, unha gran capacidade para mostrar a realidade deixando o ego nun segundo plano, permitindo que sexa o real o que protagonice o poema. Nesta época de hipertrofia das identidades individuais, paréceme moi esperanzador que existan persoas que sexan quen de facerse a un lado para deixar que a protagonista sexa a comunidade”.

Unha mirada que se proxecta no futuro

Un Edén diferente ten algo de proxecto idealista: analiza a mirada dos poetas sobre un tema tan delicado como é o da perda do equilibrio natural do planeta, mais tamén se proxecta no futuro ofrecendo unha visión que persigue a utopía dunha nova orde, un esbozo de futuro máis harmónico. Asinan estes proxectos poetas como Manuel Rivas, Chus Pato, Olga Novo, Xavier Queipo, Estevo Creus ou Lupe Gómez, entre os galegos; e Seán Hewitt, Jane Robinson, Paula Meehan, Grace Wlls ou Eamon Grennan, entre os irlandeses.

O libro, que pode atoparse nas librarías Numax de Santiago e Cartabón de Vigo, xa foi presentado nalgunhas cidades galegas, e ten previsto presentarse na próxima primavera en Irlanda. Payne ten previsto mesmo « un pequeno festival sobre arte e medio ambiente en Vigo, ademais doutras actividades arredor da publicación ».

[Fonte: http://www.nosdiario.gal]

muet comme la tombe ; complètement silencieux ; muet comme un francolin pris ; très silencieux ; silencieux ; muet comme un poisson ; sage comme une image ; sans parole ; sans voix

Origine et définition

Avez-vous déjà entendu un véritable poisson vivant vous dire quelques mots ? Si oui, alors il fallait vite l’embrasser pour qu’il se transforme en prince ou princesse charmant(e). Mais dans la majorité des cas, la réponse est négative car, pour l’instant[1], tous les poissons sont muets.
Alors s’il n’est pas étonnant qu’un poisson soit utilisé dans une telle comparaison, pourquoi est-ce la carpe qui a eu l’insigne honneur de représenter le genre, et ce depuis 1612 ? C’est d’autant plus étrange qu’on a d’abord utilisé la forme plus logique « muet comme un poisson » (chez Rabelais, par exemple) !Alain Rey évoque deux possibilités : la première viendrait de Furetière qui aurait écrit, à propos de la carpe, qu’elle n’a pas de langue[2] ; et comme qui n’a pas de langue ne peut parler… La deuxième viendrait simplement du fait que la carpe est un poisson qui sort fréquemment la tête hors de l’eau, la bouche ouverte et qui, par timidité sûrement, ne prononce pourtant jamais un mot.

On peut toutefois noter que George Sand n’a pas hésité à utiliser « muet comme une tanche ».

[1] Mais qui sait ? Peut-être que dans quelques dizaines d’années, grâce à nos savants fous et à Monsanto et consorts, ce ne sera plus le cas ; s’il existe encore des poissons…

[2] Je dois piteusement avouer qu’avant de publier ces lignes, je ne suis pas allé vérifier ce qu’il en est réellement, ni si les autres poissons en ont une. S’il y a un ichtyologiste dans la salle, qu’il n’hésite pas à se manifester.

Exemples

« (…) Ils étaient tous congestionnés, à demi-morts de soif, – et muets comme des carpes… » Roger Martin du Gard – Les Thibault – Tome VII – 1937

Comment dit-on ailleurs ?

Langue Expression équivalente Traduction littérale
Allemand schweigen wie ein Grab se taire comme une tombe
Allemand stumm wie ein Fisch muet comme un poisson
Anglais (Irlande) silent as a corpse muet comme un cadavre
Anglais quiet as a tomb muet comme une tombe
Anglais (USA)

mute as a fish / a stockfish / a mackerel

muet comme un poisson / du stockfisch / un maquereau

Anglais (USA) quiet as a mouse muet comme une souris
Autre sense dir ni ase ni bestia sans diré ni Ane ni bete
Bulgare да мълчиш като риба se taire comme un poisson
Croate nijem kao riba muet comme un poisson
Espagnol (Espagne) Sin decir ni pío Sans même pépier
Espagnol (Espagne) ¡Sin decir esta boca es mía! Sans dire cette bouche est à moi !
Espagnol (Équateur) mudo como una tumba muet comme une tombe
Espagnol (Espagne) mudo como una tumba muet comme une tombe
Gallois mor dawel â chwningen muet comme un lapin
Hongrois hallgat, mint a csuka / sír

se taire comme un brochet / une tombe

Hébreu אילם כדג (Ilem kédag) Muet comme un poisson
Hébreu

דומם כמו קבר (Domeme kmo kévère)

silencieux comme une tombe
Hébreu אילם כדג (élim kedag keyona) il était stupéfait
Hébreu אילם כיונה c’était un calamitateur
Hébreu דומם כמו קבר (doumam kmo kavar) c’est aussi silencieux qu’une tombe
Italien essere una tomba être une tombe
Italien zitto come un olio muet comme une huile
Italien muto come un pesce muet comme un poisson
Néerlandais gesloten als een oester fermé comme une huître
Néerlandais het zwijgen ertoe doen rester muet/silencieux
Néerlandais muisstil muet comme une souris
Néerlandais zo doof als een kwartel sourd comme une caille
Néerlandais zwijgen als het graf se taire comme une fosse
Néerlandais (Belgique) zo stom als een vis muet comme un poisson
Polonais milczeć jak ryba se taire comme un poisson
Portugais (Brésil) não dar um pio ne piailler pas
Portugais (Brésil) ter boca de túmulo avoir une bouche de tombeau
Portugais (Brésil)

em boca fechada não entra mosquito

dans une bouche fermée, la moustique n’y entre pas.

Portugais (Brésil) mudo como uma porta muet comme une porte
Portugais (Brésil) manter boca de siri garder la bouche de crabe
Roumain mut ca un peste muet comme un poisson
Russe нем как рыба muet comme un poisson
Serbe mutav kao riba muet comme un poisson
Suédois stum som en fisk muet comme un poisson
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[Source : www.expressio.fr]

Ainsi, selon Antoine Compagnon, Proust serait un « vecteur de la propagande sioniste ». La thèse mérite que l’on s’y arrête.

Écrit par Patrick Mimouni

Dans un article paru en mars 2020 dans La Règle du jeu, intitulé Antoine Compagnon et la judéité de Proust, j’avais exprimé ma méfiance envers un tel « expert ».

Or on m’indique que Compagnon a récemment donné une conférence sur « les racines juives de Proust » au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. N’avais-je pas tort, dès lors, de me méfier de lui ?

Je ne le crois pas.

Allez sur Internet.

Consultez le blog de Compagnon, sur le site du Collège de France, intitulé Proust sioniste, et où il rassemble les chapitres (ou esquisses de chapitres) d’un livre à paraître sur l’auteur d’À la recherche du temps perdu. 

Proust sioniste !

On se dit qu’il ne peut s’agir que de l’ouvrage d’un ami d’Israël.

D’autant qu’il semble reprendre le système que j’ai initié et développé depuis près de dix ans dans La Règle du jeu.

Oui, mais, voilà…

« Quand je dis “Proust sioniste”, j’entends non pas, bien entendu, que l’homme fut sioniste », précise Compagnon, « mais que [de] jeunes sionistes s’emparèrent de son œuvre, durant quelques années, pour faire avancer leur cause. »

« Ils “annexèrent” Proust », insiste Compagnon, « et les organes sionistes des années 1920, MenorahLa Revue juive et Palestine, se servirent de lui comme d’un vecteur de propagande[1]. »

Mais, alors, pourquoi un tel titre, Proust sioniste ? Ne vaudrait-il pas mieux appeler l’ouvrage Proust antisioniste ? ou Proust mis malgré lui au service du sionisme ? ou Proust, victime du sionisme ? Ce serait plus honnête, puisque en réalité c’est la thèse que soutient Compagnon.

Proust, vecteur de la propagande sioniste ! Une telle thèse mérite que l’on s’y attarde.

Problème : Compagnon ne parvient pas à citer un seul texte où le nom de Proust soit associé aux objectifs des organisations sionistes.

À quelques exceptions près, les Juifs qui rejoignaient la Palestine dans les années vingt du XX° siècle n’avaient jamais entendu parler d’À la recherche du temps perdu. Proust ne conduisait pas au kibboutz.

Aujourd’hui encore, on ne trouve toujours pas de rue Marcel Proust en Israël. Ça viendra peut-être. Mais, de fait, les éléments qui permettraient d’étayer la thèse d’un Proust, vecteur de la propagande sioniste, se réduisent à rien.

En janvier 1925, à Paris, un groupe d’écrivains juifs dirigé par Albert Cohen fonda La Revue Juive, une revue résolument sioniste en effet, éditée par la maison Gallimard qui, parallèlement, assurait la publication des derniers tomes de la Recherche.

Or, chose tout à fait exceptionnelle, Robert Proust (l’héritier de son frère) autorisa Cohen à publier en avant-première dans La Revue Juive un texte de Marcel Proust, un texte important intitulé Mlle de Forcheville – c’est-à-dire la quatrième partie d’Albertine disparue, le récit du reniement du nom de Swann par sa fille, prix à payer pour épouser le marquis de Saint-Loup.

« Crois-tu, ce pauvre Swann qui désirait tant que sa Gilberte fût reçue chez les Guermantes, serait-il assez heureux s’il pouvait voir sa fille devenir une Guermantes !

– Sous un autre nom que le sien, conduite à l’autel comme Mlle de Forcheville, crois-tu qu’il en serait si heureux ? »

Les israélites français si soucieux de s’assimiler à tout prix, quitte à se comporter de manière indigne, agissaient précisément comme Mlle de Forcheville, aux yeux de Proust. Elle s’avilissait pour se rehausser, concluait-il[2].

Sa remise en cause de l’assimilation des Juifs, telle qu’elle s’effectuait en France, s’accordait avec l’esprit du sionisme, ce qui explique pourquoi Robert Proust octroya à La Revue Juive le privilège d’éditer les « bonnes feuilles » d’Albertine disparue, sûrement aussi parce que Marcel éprouvait de la sympathie pour le sionisme – une sympathie qu’il signalait à sa manière dans son roman lorsqu’il faisait dire à son narrateur que le « patriotisme juif » se réveillera inéluctablement un jour ou l’autre chez un enfant d’Israël, même chez les plus honteux[3]. Et par « patriotisme juif », il entendait évidemment « sionisme ».

Robert Proust ne pouvait pas ignorer les positions de La Revue Juive en la matière. Comment aurait-il pu les ignorer ? Ses rédacteurs affirmaient ouvertement leurs convictions sionistes. C’est donc en pleine conscience que Robert Proust leur confia les pages de Marcel.

Néanmoins Compagnon remarque : « Albert Cohen avait bien choisi son extrait pour faire de Proust un censeur du franco-judaïsme et un prophète du sionisme. On peut douter que Robert Proust ait eu conscience de la manœuvre à laquelle il se prêtait en lui confiant ce passage d’À la recherche du temps perdu[4]. »

Ainsi Cohen animait une espèce de complot juif, à en croire Compagnon.

Or, je le répète, entre les deux guerres, le roman de Proust n’exerçait pas la moindre influence sur le mouvement sioniste en Palestine ou ailleurs. Et il n’en exerce toujours pas aujourd’hui.

Ce que Cohen prenait en compte, c’est la sympathie réelle de Proust pour le sionisme. Ni plus ni moins. Sans plus d’arrière-pensée ni de complot. Comment croire que lui et ses collaborateurs aient créé une espèce d’agence de propagande afin de faire de Proust, contre son gré, un « prophète du sionisme », comme le prétend Compagnon ?

La vérité est que personne n’avait jamais entendu parler de Proust comme d’un « prophète du sionisme », avant que Compagnon ne se mette cette idée en tête en l’associant évidemment à une conspiration juive.

Maintenant, l’autre aspect du problème.

En octobre 1925, Les Marges, une revue littéraire, publiait un article intitulé Le Judaïsme de Proust.

Son auteur, Denis Saurat, était « un passionné de la Kabbale ».

Autant dire « un fanatique de l’occultisme », selon Compagnon[5].

Comment se fait-il, soit dit en passant, que ce « fanatique » pût diriger l’Institut français de Londres sous la tutelle du ministère français des Affaires étrangères ? Comment se faisait-il que ce « fanatique » pût enseigner la littérature française au King’s College de Londres, l’un des lieux d’enseignement les plus prestigieux en Grande-Bretagne ? Peu importe à Monsieur Compagnon ! Il est évident qu’il ne peut s’agir que d’un illuminé, d’un déséquilibré, d’une espèce de fou, puisque précisément il s’intéressait à la Kabbale, c’est-à-dire à un tissu d’absurdités, aux yeux de Monsieur Compagnon.

Saurat faisait notamment le rapprochement entre la Recherche et le Zohar, la « Splendeur » en hébreu, l’un des trois livres saints du judaïsme, avec la Bible et le Talmud, l’ouvrage phare de la Kabbale. « Ce n’est pas seulement la démarche, mais aussi l’étoffe de la pensée, le sujet de la pensée qui est identique », précisait Saurat en parlant de Proust[6].

Remarque, alors de Monsieur Compagnon : « Cette théorie, ainsi soutenue pour la première fois ouvertement, fera date. De quoi attirer la curiosité des rédacteurs de La Revue juive, qui semblent entériner l’argumentation de Saurat en la recopiant telle quelle et sans l’accompagner de la moindre réserve, comme s’ils l’approuvaient »[7].

Voilà, concrètement, comment les sionistes ont instrumentalisé le roman proustien pour en faire un « vecteur de propagande ».

Ils l’auraient fait à partir des élucubrations d’un fanatique qui retrouvait l’influence de la Kabbale aussi bien chez Baudelaire que chez Hugo et, donc, que chez Proust.

« Alors que la Kabbale était discréditée par les autorités rabbiniques et la science du judaïsme, sa réhabilitation comme source de la meilleure littérature moderne, de Hugo à Proust, avait de quoi séduire les sionistes, en conflit avec le judaïsme institutionnel », explique Monsieur Compagnon, poursuivant son démontage de la prétendue machination.

Et encore : « La hâte qu’Albert Cohen et ses amis mirent à reproduire les spéculations péremptoires de Saurat sur l’affinité entre le style ainsi que la pensée de Proust et la tradition rabbinique et kabbalistique, y compris la migration des âmes entre les sexes, suggère qu’ils ne furent pas insensibles au meilleur côté de ses imaginations, qui leur permettait de réclamer Proust pour le judaïsme, fût-ce un judaïsme en délicatesse avec les instances officielles[8]. »

Que Proust ait eu des « racines juives » du côté de sa mère, Compagnon ne le conteste pas. Mais pour autant, croit-il pouvoir dire, Proust n’a rien de réellement juif, ni religieusement, ni philosophiquement, ni littérairement.

Voilà pourquoi, selon lui, les sionistes de La Revue Juive ont « réclamé » Proust pour le judaïsme – autrement dit, ils ont « capturé » Proust pour en faire un véritable Juif.

Voilà la thèse de Compagnon.

Cela suppose évidemment que Proust ne se soit jamais intéressé à la littérature talmudique ou kabbalistique.

Comment imaginer que Proust ait pu lire le Zohar ? C’est ridicule, au regard d’un « expert » comme Monsieur Compagnon.

Oui, mais, la réalité est là. Proust cite plusieurs fois le Zohar dans ses écrits, un ouvrage qu’il connaissait bien, manifestement.

Rappel des faits :

En hiver 1900, Proust projetait de partir pour Venise. L’idée lui en était venue en lisant les ouvrages de Ruskin consacrés à l’art vénitien. Cependant, pour comprendre les tenants et les aboutissants d’un tel voyage, Ruskin ne lui suffisait pas, il lui fallait recourir au Zohar.

« Zohar, se souvenait Proust. Ce nom est resté pris entre mes espérances d’alors, il recrée autour de lui l’atmosphère où je vivais alors, le vent ensoleillé qu’il faisait, l’idée que je me faisais de Ruskin et de l’Italie. L’Italie contient moins de mon rêve d’alors que le nom qui y a vécu. »

« Voici les noms, remarquait-il. Les choses ne sont pas des noms, les noms, dès que nous les pensons, ils deviennent des pensées, ils prennent rang dans la série des pensées d’alors en se mêlant à elles, et voici pourquoi Zoharest devenu quelque chose d’analogue à la pensée que j’avais avant de le lire, en regardant le ciel tourmenté, en pensant que j’allais voir Venise[9]. »

Autrement dit, à l’idée de lire le Zohar, Proust éprouvait le même sentiment qu’à l’idée de partir pour Venise, avec la promesse d’une même sorte d’éblouissement, d’une même sorte d’émotion devant quelque chose d’absolument beau.

Il est vrai que Proust aurait pu observer le Zohar en bibliophile comme une antiquité sans se soucier de le lire. Seulement, voilà, il n’appréciait pas du tout la bibliophilie – une forme d’idolâtrie à ses yeux. Proust a lu le Zohar. Il le précise lui-même en se référant à ce qu’il ressentait « avant de le lire ».

Bien. Mais que lisait-il exactement, alors, en 1900 ? Il ne pouvait pas s’agir de la traduction française du Zohar par Jean de Pauly, puisque ses volumes successifs ne furent publiés qu’entre 1906 et 1911.

Proust se rendit probablement chez un libraire spécialisé dans les antiquités littéraires afin d’y acquérir la Kabbala denudata, un ouvrage célèbre, compilé au XVIIe siècle qui rassemblait les traductions latines des grands textes de la Kabbale juive, notamment le Zohar.

Proust lisait couramment le latin, ce qui n’avait rien d’extraordinaire dans les milieux cultivés au début du XXe siècle. Il lisait donc le Zohar dans la traduction latine de Knorr von Rosenroth, l’éditeur de la Kabbala denudata, la seule traduction du Zohar à laquelle il pouvait accéder.

Gershom Scholem (le plus grand spécialiste de la littérature kabbalistique) indique que l’ouvrage de Knorr « était supérieur à tout ce qui avait été publié jusqu’alors sur la Kabbale dans une autre langue que l’hébreu. Il fournissait aux non-juifs un large panorama des premières sources traduites, et celles-ci étaient accompagnées de notes explicatives. » Et Scholem précise : « Bien que l’ouvrage contienne de nombreuses erreurs et fautes de traduction, notamment certains passages difficiles du Zohar, les allégations juives contemporaines selon lesquelles l’auteur défigurait la Kabbale sont sans fondement. » Ainsi, selon Scholem, s’agissait-il – malgré ses imperfections – d’une assez bonne traduction qui, « jusqu’à la fin du XIXe siècle, servit de source principale à toute la littérature non-juive sur la Kabbale »[10].

Proust rencontrait, par ailleurs, dans le salon de son amie Geneviève Straus, l’un des plus grands experts en littérature kabbalistique, Adolphe Franck, l’auteur d’un ouvrage monumental sur la Kabbale où était établi le lien entre la mystique juive et la mystique platonicienne. Proust a probablement lu l’ouvrage de Franck. On n’aborde pas le Zohar sans s’y préparer par d’autres lectures.

« Seul mérite d’être exprimé ce qui est apparu dans les profondeurs. Et habituellement, sauf l’illumination d’un éclair, ou par des temps exceptionnellement clairs, enivrants, ces profondeurs sont obscures. Cette profondeur, cette inaccessibilité pour nous-même est la seule marque de la valeur – ainsi peut-être qu’une certaine joie. Peu importe de quoi il s’agit. Un clocher, s’il est insaisissable pendant des jours, a plus de valeur qu’une théorie complète du Monde. Voir dans le gros cahier l’arrivée devant le Campanile – et aussi Zohar », notait Proust en été 1909 alors qu’il construisait le plan de son roman[11].

« L’arrivée devant le Campanile », c’est le récit de l’arrivée à Venise, consigné dans son manuscrit quelques mois auparavant. S’il ajoutait « et aussi Zohar », c’est qu’il l’avait lu. Et il l’avait lu dans une version latine pas trop mal traduite, en tout cas pas au point d’en altérer profondément le sens, si l’on en croit Scholem.

Ce qui explique peut-être, soit dit en passant, pourquoi Charles Mopsik, autre grand expert en littérature kabbalistique, et l’un des traducteurs les plus récents du Zohar en français, porta tellement d’attention à Proust. Il ne l’aurait pas fait s’il avait eu le sentiment que Proust s’était fourvoyé en abordant la Kabbale d’une manière frivole ou erronée.

Encore autre chose.

En 2002, quand la maison Gallimard confia à Antoine Compagnon la tâche d’éditer le carnet dans lequel Proust faisait référence au Zohar, il se garda bien de publier le passage où Proust indique qu’il a lu le Zohar.

Pourquoi publier ce genre de choses ? Il va de soi que Proust n’a jamais lu le Zohar, selon Monsieur Compagnon. « Zohar, dit-il, est un mot poétique, suggestif, secret, mystérieux, mais la lecture décevrait forcément »[12]. Alors, autant prendre les devants. Le public n’a pas à savoir ce qu’il ne doit pas savoir.

Selon l’auteur du Zohar, « toute chose est enveloppée d’une qlipah, d’une coquille, que l’on prend souvent pour cette chose même et qui à ce titre est une contrefaçon, un piège à opinion et le vecteur de toutes les illusions. Il faut la briser, surmonter les illusions qu’elle provoque, pour pénétrer le fruit, l’amande, symbole du secret », expliquait Mopsik. Puis : « Dans le contexte de la poésie et de la création littéraire, c’est très exactement ce que Marcel Proust a si bien exprimé : “Il dépend de nous de rompre l’enchantement qui rend les choses prisonnières, de les hisser jusqu’à nous, de les empêcher de retomber pour jamais dans le néant.”[13] »

Je suis Mopsick sur ce point.

Pas Monsieur Compagnon.

Car, après tout, pourquoi la lecture du Zohar « décevrait-elle forcément » ? Parce que, assène Monsieur Compagnon, le Zohar est « une mystification, un manuscrit du XIIIe siècle présenté par les kabbalistes comme le livre le plus ancien du monde ». Et encore : parce que son texte a  « longtemps [été] présenté comme beaucoup plus ancien et antérieur au christianisme »[14] ! Quel scandale !

En réalité, le Zohar a été compilé par un rabbin qui s’appelait Moïse de León dans les années 1280. Mais il renvoie à une tradition mystique qui remonte aux temps antiques, jusqu’aux rédacteurs du livre des Rois et du livre d’Ézéchiel dans la Bible ; une tradition qui pendant très longtemps ne s’est transmise qu’oralement, de maître à disciple, si bien que Moïse de Léon a attribué son texte à Rabbi Shimon bar Yohaï, un talmudiste qui vécut au IIe siècle de l’ère chrétienne, pour signaler l’ancienneté d’une tradition dont il ne pouvait pas s’attribuer personnellement la paternité.

Une pratique courante dans les écoles juives, comme d’ailleurs dans les écoles chrétiennes ou païennes, aux temps antiques. L’Iliade et L’Odyssée n’ont pas été, non plus, écrites par Homère, un auteur mythique. Et alors ? Ce ne sont pas pour autant des « mystifications ».

Monsieur Compagnon ne connaît rien au Zohar. Manifestement, il part de notes établies par des collaborateurs pas toujours très fiables en ce qui concerne et la littérature juive et le reste.

Ainsi, dans le chapitre consacré à Robert Dreyfus, Compagnon indique que Dreyfus était « lié à Proust depuis le lycée Condorcet et le jardin des Champs-Élysées, ou, selon certains biographes, dès le cours Pape-Carpantier… »[15]. Or c’est Dreyfus, lui-même, qui précise qu’il a connu Proust « dès l’enfance, au cours Pape-Carpentier »[16], et non un quelconque biographe.

Dans le même chapitre, Compagnon remarque que Robert Dreyfus habitait « au bout du boulevard Malesherbes, non loin de chez Proust »[17]. Encore une erreur ! Dreyfus habitait 154 boulevard Malesherbes, près de la place Wagram, à la périphérie de Paris, alors que Proust habitait au 9 du même boulevard, près de la place de la Madeleine, au centre de Paris. Une erreur insignifiante, mais qui ne révèle pas moins un certain laisser-aller.

Dans mon livre, Les Mémoires maudites, je signalais qu’à l’époque où se déclencha l’affaire Dreyfus, « Auguste Dreyfus avait fait une fortune considérable en Amérique du Sud. Il s’était installé dans un hôtel somptueux du parc Monceau. Son nom devenait presque aussi célèbre que celui de Rothschild en France. L’affaire Dreyfus reposerait sur un malentendu. Le capitaine Dreyfus n’avait aucun lien de parenté avec celui du parc Monceau, pas plus que le petit Robert Dreyfus, sauf à remonter au Moyen Âge. Peu importait. Leur nom suffisait à les classer parmi les millionnaires[18]. »

Compagnon a compris tout cela à l’envers. D’où sa remarque absurde : « Robert Dreyfus n’était pas le fils d’Auguste Dreyfus [1827-1897], le roi du guano importé du Pérou, comme l’affirme gratuitement Patrick Mimouni[19]. »

Ce ne sont pourtant pas les collaborateurs qui manquent autour d’Antoine Compagnon. Un membre de son équipe aurait pu vérifier sa remarque et lui éviter une bévue. Mais, apparemment, la vérité ne l’intéresse nullement. Pourquoi l’intéresserait-elle ?


1. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 10, publié en ligne : college-de-France.fr

2. Marcel Proust, Albertine disparue, Pléiade IV, p. 253.

3. Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, Pléiade II, p. 245.

4. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 5, publié en ligne : college-de-France.fr

5. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

6. Denis Saurat, « Le Judaïsme de Proust », dans Les Marges (revue), Paris, 15 octobre 1925.

7. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

8. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

9. Marcel Proust, Cahier 5 du manuscrit de la Recherche, folio 53 verso, édité en ligne : editions.bnf.fr

10. Gershom Scholem, La Kabbale, Folio essais, pp. 625-626.

11. Marcel Proust, Carnets, Gallimard, pp. 101-102.

12. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

13. Charles Mopsik, La Cabale, Association Charles Mopsik, édité en ligne : charles-mopsik.com

14. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 6, publié en ligne : college-de-France.fr

15. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 7, publié en ligne : college-de-France.fr

16. Robert Dreyfus, Souvenirs sur Marcel Proust, Grasset, p. 265.

17. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 7, publié en ligne : college-de-France.fr

18. Patrick Mimouni, Les Mémoires maudites, Grasset, pp. 297-298.

19. Antoine Compagnon, Proust sioniste, Épisode 7, publié en ligne : college-de-France.fr

[Source : http://www.laregledujeu.org]

 

La editorial Flammarion ha publicado este viernes 7 de enero la octava novela de Michel Houellebecq, anéantir. Todo son rumores. ¿Novela realista, notas distópicas, trama de intriga política y, lo más sorprendente tal vez, una novela « positiva »? 

El escritor francés Michel Houellebecq.

El escritor francés Michel Houellebecq

Escrito por Sanz Irles

El 7 de enero la industria editorial francesa tiene su propia epifanía y lleva al mercado sus novedades, en medio de una atención mediática y social que muchos envidiamos.

La industria editorial francesa no es cualquier cosa; en 2020 vendió 422 millones de libros. ¡422 millones! Eso son muchos libros. Puestos en línea y promediando grosores, haría falta una estantería de 10.550 km; una estantería que empezara en Pontevedra y terminara en Osaka. Eso es como si cada francés se hubiera comprado 6,3 libros ese año, aunque, claro está, libros en francés se compran y se venden por todo el mundo, no solo en Francia o en la pomposona francofonía (más ruido que nueces, en realidad, pero subvencionada con largueza).

Este año sacan libro todos los jabatos y las tigresas de la literatura gala. La avalancha es de algo más de 500 nuevos títulos en pocos días: Éric Vuillard, Leïla Slimani, Pierre Lemaitre, Nicolas Mathieu, Frédéric Beigbeder, Philippe Besson, David Foenkinos, Pascal Quignard, Véronique Olmi, Nathalie Azoulai, Louise Erdrich y muchos más son los justos protagonistas de una gran fiesta de la literatura. Si hay una república que aún merezca ser llamada « de las letras », podría ser la República Francesa, (esa que condecoró al tío Alberto de Serrat).

La 8ª de HouellebecqPero no todo es alegría en el mundo editorial parisino, porque este año saca también novela, tres años después de Serotonina, Michel Houellebecq, que –como ya tengo leído en algún sitio– va a ser el árbol que no deja ver el bosque. En efecto, desde que se supo que estaba lista su nueva novela, todo el mundillo literario, y no solo en Francia, se puso como gallina que ve lombriz, en un clima de agitación y frenesí astutamente fomentado por la editorial, Flammarion, y por el propio autor, con secretismos, prohibiciones, susurros, pseudofiltraciones y con la difusión, tardía y controlada, de 600 ejemplares destinados a críticos de los medios de comunicación y gurús de la cultura. La queja –en voz baja y lastimera– de las demás editoriales y de sus autores es comprensible: Houellebecq acapara demasiada atención y empalidece sus novedades.

Que Houellebecq es la estrella es un hecho apodíctico. La Voix du Nord ha dicho que Houellebecq tiene « la grandeur » de un Balzac, y aunque la comparación no me parece la más lograda, la intención es clara. Para su octava novela, cuya primera tirada es de 300.000 ejemplares, Flammarion ha preparado un artefacto bellamente diseñado, con intervención muy directa del autor, yendo a un papel de buen gramaje, cinta señaladora y cubiertas duras de un blanco inmaculado con el título en letras rojas y todo en minúsculas:

anéantir

Me imagino que en español saldrá como « aniquilar ». Es la traducción más directa, también etimológicamente. Tanto néant (no-ser, ausencia de ser) como -niquil (nihil) remiten a « la nada ». No obstante hay que leer la novela entera antes de elegir una traducción para el título, porque si se trata de opciones, haberlas haylas.

Anéantir, por cierto –y es otra novedad chez Houellebecq– tiene 736 páginas. ¡Dimensiones tolstoianas! Yo me alegro. Al superar las quinientas páginas las buenas novelas adquieren una cualidad ulterior: enclaustrar al buen lector –incluso en los ratos en los que no esté leyendo– en un universo paralelo, autónomo y autosuficiente durante unos cuantos días o semanas y del que no puede salir. En realidad no quiere salir. Yo pago gustoso por ese cautiverio.

El caso es que Houellebecq no pasa inadvertido. Es polémico a sabiendas y a queriendas. Pero aunque sus provocaciones sean eficaces armas comerciales, también son una parte sustancial y jugosa de su literatura. Sus detractores son feroces y en muchos de ellos se detecta un asco sincero. Supongo que esos ascos se reparten, no sé en qué proporciones, entre su obra y su persona. Durante varios años de su vida, su apariencia física no era precisamente tranquilizadora: huesudo, semianoréxico, alambrado, casi disecado, harapiento sacamantecas, recordaba una broma de Woody Allen en Hannah y sus hermanas a propósito de unos rockeros que estuvo obligado a ver una tarde y de los que decía que tenían pinta de asesinar a sus madres; pero unos años antes solía aparecer en público como un hombrecito atildado y suave, con aires de monaguillo de Sigüenza o de camarerito de Cracovia.

Sus novelas, por otra parte, están hechas de temas ácidos y decididamente incómodos, y la forma de tratarlos es, en el mejor de los casos, corrosiva, cuando no emética tout court. Tal vez sus detractores abominen, sobre todo, de su tratamiento, ya directo, ya indirecto, de la religión en medio de una descarnada obscenidad, de una mundanidad queridamente profana y desacralizadora. Sin embargo la religión es algo que Houellebecq se toma muy en serio, algo que le importa, y en realidad lo que parece estar haciendo, a su retorcida manera, es tratar de presentarnos el horror de un mundo sin Dios y, justo por eso, de una humanidad perdida o « abandonada », en déréliction, como dramáticamente se dice en francés.

A fuer de extremo, el realismo de Houellebecq, fabricado con una esforzada (y por tanto falsa) ausencia de estilo, tiene con frecuencia efectos lisérgicos, oníricos, irreales y, por eso mismo, de dudosa « credibilidad », pero es rápidamente reconducido a un realismo más manejable, más familiar. Ese vaivén entre uno y otro es marca de la casa, de la peculiar relación que su literatura busca establecer con la verdad o, rizando el rizo un poco más, de la frontera que pueda haber entre la verdad de la vida y la verdad literaria, si es que aceptamos que tales cosas existan. No es rara, pues, su confesada devoción por el danés Hans Christian Andersen, en quien parece querer explorar la desdibujada frontera entre sueño y realidad, entre lo onírico y lo –digámoslo así– telúrico.

El valor novelístico de Houellebecq también le debe mucho a su fascinante capacidad de enlazar lo privado con lo público, lo individual e íntimo con lo colectivo, lo efímero y lo transcendente, y de saltar con facilidad pasmosa entre distintos géneros, dentro de una misma novela: el psicológico, el político, el policiaco, el pornográfico, el filosófico…

Mientras cuento los días que faltan para que me llegue de Francia mi ejemplar de anéantir, me llegan chivatazos: novela realista, notas distópicas, trama de intriga política y, lo más sorprendente tal vez, una novela « positiva », un deseo de proponer fórmulas morales para sobrevivir y para tener a raya el mal, para escapar a su fascinación, esa fascinación que para Houellebecq explica que tantos intelectuales franceses del siglo XX se hayan deshecho en elogios a sanguinarios asesinos como Mao, Pol Pot o Che Guevara, sin que se les haya exigido responsabilidades ni retractaciones ni excusas. Se han ido de rositas, con cara de yo-no-fui.

Una de las claves de su última novela debe de estar, con toda probabilidad, en sus recientes declaraciones a Jean Birnbaum en Le Monde, negándose a dar por bueno el archifamoso aserto de que con los mejores sentimientos se hace la peor literatura. Al contrario, dice Houellebecq, la buena literatura se hace con los buenos sentimientos. En boca suya suena rarísimo, pero estoy dispuesto a creer que ese ha sido el motor interior que ha puesto en marcha la escritura de anéantir. Apuesto doble contra sencillo a que será una lectura formidable.

Sanz Irles es escritor y traductor literario. Es también presidente del Consejo Asesor de IASP (International Association of Science Park and Areas of Innovation).

 

[Fuente: http://www.elespanol.com]

E mai foguèsse declarat oficial en 2007, es sonque ongan que se met en pratica aquela oficialitat, a causa de la manca de traductors   

Daniel Ferrie 🇪🇺 (@DanielFerrie) / Twitter

Lo gaelic irlandés es, dempuèi lo 1r de genièr, lenga oficiala de l’Union Europèa. De fach, es reconegut coma lenga oficiala de trabalh dempuèi 2007, mas aquela oficialitat s’es pas mesa en practica fins ara pr’amor que l’UE disiá qu’aviá pauc de personal de traduccion, çò que limitava la quantitat de materials e de documents que se tradusián en irlandés.

Amb l’intrada d’Irlanda dins la Comunautat Economica Europèa (1973), lo gaelic irlandés venguèt lenga dels tractats; en consequéncia, totes los tractats europèus son traduches en la lenga pròpria d’Irlanda. Pasmens, lo procès per oficializar de tot en tot lo gaelic dins l’Union Europèa comencèt solament en 2005, quand Dublin o sollicitèt.

“Lo ponch final del cambiament d’estatut de la lenga irlandesa dins l’Union Europèa es un pas crucial dins lo desvolopament e l’avenir de la lenga. L’irlandés ten a l’ora d’ara lo meteis estatut que las autras lengas oficialas e de trabalh de l’UE, çò qu’enfortirà las relacions entre los ciutadans e los sistèmas administratius europèus”, çò a dich lo secretari d’estat Jack Chambers.

[Sorsa: http://www.jornalet.com]

  

Jáchym Topol est un poète, romancier, journaliste et activiste. Né en 1962 à Prague, son père, Josef Topol, est dramaturge, poète et traducteur de Shakespeare. À cause des activités de dissident de son père, Jáchym ne peut pas entrer à l’université. Après son baccalauréat, il fit plusieurs petits métiers. En 1982, il cofonde la revue samizdat Violit, et en 1985 la Revue Revolver qui est spécialisée dans la littérature tchèque moderne.

ActuaLitté

Publié par Victor De Sepausy

Il est emprisonné plusieurs fois pour de courtes périodes. Il est également un des signataires de la charte 77. Jáchym Topol participe à la Révolution de velours en 1989, en publiant une feuille indépendante (Informační servis), qui deviendra plus tard l’hebdomadaire Respekt. Il est le rédacteur en chef de Revolver Revue jusqu’en 1993. Il fait toujours partie de la rédaction de Respekt.

Le style de Jáchym Topol se distingue par son oralité, l’usage de l’argot de la rue et un rythme tranchant. Jáchym Topol vit à Prague.

Sombre et grotesque

Le cas de Jáchym Topol, auteur né en 1962 et qui fait partie de la génération d’auteurs qui s’imposent après Révolution de velours, est différent : son œuvre est ancrée dans la réalité de notre époque, dont il donne à voir les métamorphoses, depuis le Printemps de Prague et l’invasion des troupes du Pacte de Varsovie à la Tchéquie de Havel et celle des années 2000.

Interrogée à ce sujet, Marianne Canavaggio, sa traductrice française, évoque une écriture forte et singulière : « Topol développe un univers sombre et grotesque à la fois, qui est celui d’une réalité déformée par la fantaisie de l’auteur et entraîne le lecteur dans son sillage. Même si le lecteur français ignore parfois les réalités auxquelles Topol se réfère, le côté burlesque de ses personnages et des événements qu’ils traversent doit suffire à l’emporter. »

La plupart des romans de Topol ont été publiés en français, d’abord chez Robert Laffont avec Ange exit (1999, J’ai lu 2002) et Missions Nocturnes (2002), puis par les éditions Noir sur Blanc, qui ont repris le flambeau avec Zone Cirque (2009), L’Atelier du diable (2012) et enfin Une personne sensible (2021).

C’est d’ailleurs ce dernier roman que nous avons choisi de vous faire découvrir.

Mettre la littérature tchèque à l’honneur, voilà l’intention posée de ces publications, menées en partenariat avec le Centre tchèque de Paris et Czechlit – Centre littéraire tchèque. (traduction des citations par Marianne Canavaggio, qui est également la traductrice d’Ouředník).

Et pour plus de renseignements sur Jáchym Topol, cette émission :

ActuaLittéJachym Topol trad. Marianne Canavaggio
Les Éditions Noir Sur Blanc
Une personne sensible
14/01/2021 390 pages 23,00 €

 

 

 

 

 

 

 

 

[Photo : David Konečný – source : http://www.actualitte.com]

 

Un peu plus d’une semaine avant la publication (le 7 janvier) du nouveau roman de Michel Houellebecq chez Flammarion, la presse étrangère donne ses premières impressions. Parmi les surprises relevées, la présence d’un personnage inspiré par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

L’écrivain français Michel Houellebecq (ici à San Sebastian, en Espagne, en septembre 2019) publiera son nouveau roman, Anéantir, le 7 janvier chez Flammarion.

Écrit par Delphine Veaudor

Dans le jargon journalistique, on appelle cela un “embargo” : l’interdiction de dévoiler les détails d’un livre – ou d’un film, ou d’un jeu vidéo, ou d’une série – avant une date donnée. Pour Anéantirle très attendu nouveau roman de Michel Houellebecq (à paraître le 7 janvier chez Flammarion), cette date avait été fixée au jeudi 30 décembre. Et comme en France, à peine dépassée l’heure de l’embargo, on a vu fleurir sur les sites de presse italienne, espagnole, belge ou encore suisse, les premiers comptes rendus de ce livre annoncé comme l’événement de la rentrée de janvier, si ce n’est de toute l’année 2022.

C’est qu’à 65 ans, Houellebecq est “l’un des écrivains français les plus célèbres au monde” et que ses romans (au nombre de huit en incluant Anéantir) n’ont “jamais laissé indifférent”, souligne Anais Ginori, la correspondante de La Repubblica à Paris. Pour son compatriote Raffaele Alberto Ventura, qui écrit dans le quotidien Domani, l’ampleur de l’œuvre de Michel Houellebecq va bien au-delà d’un effet de notoriété : pour ce philosophe, il est “le seul auteur capable d’imprimer sa marque sur ce quart de siècle. Comme en son temps Jean-Paul Sartre ou Goethe il y a deux cents ans”.

Le correspondant d’El País Marc Bassets a lui aussi reçu “les 734 pages les plus attendues du moment en librairie” (dont la traduction ne paraîtra en Espagne qu’en août 2022) et il le souligne : au fil des années, tant les livres que la personnalité de Michel Houellebecq lui ont valu d’être “loué pour sa capacité à disséquer les angoisses inavouées de notre civilisation et à prédire son déclin”. Un prophète désabusé des temps modernes, vont jusqu’à considérer certains.

Nombreux parmi ceux-là étaient persuadés que le nouvel Houellebecq résonnerait, en 2022, avec le climat qui entoure la candidature du polémiste d’extrême droite Eric Zemmour à l’élection présidentielle. Publié début 2019, Sérotonine ne contenait-il pas “les prémisses du mouvement des ‘gilets jaunes’ dans les pages narrant le blocage d’une autoroute par des agriculteurs en colère” ?, comme le rappelle Anais Ginori. Quant à Soumission, le roman dans lequel Michel Houellebecq imaginait l’élection en France d’un président issu d’un parti musulman, il était paru “le jour de l’attentat contre Charlie Hebdo – un attentat qu’évoque Anéantir à travers une référence à Philippe Lançon, un journaliste blessé ce jour-là”.

Photo : AFP / ANDER GILLENEA – lisez l’intégralité de cet article sur : http://www.courrierinternational.com]

Publicada en 1883, esta obra é a primeira en reflectir a vida da clase obreira feminina, neste caso das cigarreiras da Coruña.

Acto de peche do Ano Pardo Bazán.

Acto de peche do Ano Pardo Bazán

O salón de actos da Real Academia Galega (RAG) acolleu este xoves a presentación da primeira tradución ao galego de ‘La Tribuna’, a terceira novela de Emilia Pardo Bazán.Publicada en 1883, esta obra está considerada a primeira incursión naturalista nas letras hispanas e a primeira tamén en reflectir a vida da clase obreira feminina, neste caso das cigarreiras da Coruña.

A versión en galego, realizada por Valeria Pereiras, é froito da colaboración do Concello da Coruña e da Fundación Luzes, e coa súa presentación ponse fin á celebración do centenario da morte da escritora. O acto contou coa presenza da alcaldesa da Coruña, Inés Rey, que destacou que Pardo Bazán « contribuíu á renovación da ficción nacional »; o presidente da Fundación Luzes, Manuel Bragadoy, e a tradutora e tamén autora das notas do libro, Valeria Pereiras.

Ademais, asistiron a académica Marilar Aleixandre, directora de ‘A Tribuna. Cadernos de estudos de Casa-Museo Emilia Pardo Bazán’ e o académico Manuel Rivas, codirector da revista Luzes e autor do epílogo que pecha a edición.

 

[Imaxe: ANDY PEREZ – fonte: http://www.galiciaconfidencial.com]

Escrito por Yvette Alt Miller

¿Un volumen del  dedicado al papa? Parece poco probable, pero la primera edición impresa del de hecho estuvo dedicado al papa León X, quien reinó como papa desde 1513 hasta su muerte en 1521.

Durante milenios, las copias del  habían sido meticulosamente escritas a mano. Podía llevar varios años llegar a completar un set de las 63 masejtot o tratados del Talmud.

En 1450, Johannes Gutenberg inventó la primera imprenta. Él la usó para imprimir panfletos, calendarios, y varias copias de la Biblia. La « Biblia Gutenberg » se considera el primer libro impreso producido en Europa. En los años siguientes, otros impresores copiaron el invento de Gutenberg y comenzaron a imprimir libros. Muchos libros judíos fueron impresos usando el nuevo invento mecánico. Pero nadie había intentado imprimir una copia del Talmud. Durante años, el  continuó siendo escrito laboriosamente a mano.

Eso cambió en 1519, después de años de amargos debates, cuando la primera edición completa del  se produjo utilizando el nuevo invento de la imprenta mecánica.

Daniel Bomberg: un impresor cristiano de libros hebreos

En Europa, uno de los primeros que imprimió libros hebreos fue Daniel Bomberg, un cristiano que se había ido de su Amberes natal a Venecia en 1515 y abrió allí su imprenta. En esa época, Venecia contaba con una próspera comunidad judía y Bomberg entendió que podía prosperar si se dirigía a ese mercado no explotado.

Imprimir libros judíos no era sencillo. Sus primeros pedidos de una licencia fueron repetidamente rechazados por la iglesia y por los oficiales de la ciudad. Bomberg comenzó a ofrecer grandes sobornos a los oficiales locales para que le permitieran imprimir libros judíos. Después de pagar 500 ducados (una suma enorme), le otorgaron una licencia de diez años para imprimir libros hebreos.

Bomberg comenzó a trabajar de inmediato, contratando judíos para que lo ayudaran. Él pidió permiso a los oficiales de Venecia para contratar « cuatro hombres judíos bien instruidos ». Los judíos que vivían en Venecia en esa época solo podían vivir en el gueto y estaban obligados a usar distintivas capas amarillas cuando salían de las puertas del gueto. A los asistentes de Bomberg les dieron permiso de usar capas negras como el resto de los trabajadores no judíos.

Juntos, ellos comenzaron a imprimir copias del Jumash, los Cinco Libros de Moshé, y otros libros judíos. Bomberg y sus ayudantes judíos decidieron incluir el texto del Targum Onkelos, la traducción del texto hebreo escrita por el famoso erudito judío del siglo I, Onkelos, una costumbre que sigue siendo popular en la actualidad.

Iaakov ben Iejiel: un noble judío que aconsejaba al emperador

Las actividades comerciales pro-judías de Bomberg se vieron facilitadas en cierta medida por el clima general en Europa, que se estaba volviendo más tolerante hacia los judíos, en parte gracias a un médico judío austríaco llamado Iaakov ben Iejiel (también conocido como Iaakov Lender).

Se conoce muy poco sobre la vida personal de Iaakov ben Iejiel. Lo que queda claro es que era un judío erudito, con un hebreo fluido, que trabajaba como médico. Él falleció alrededor del año 1505 en Linz, Austria. De forma inusual para un judío, él llegó a ser uno de los hombres más influyentes en el Sagrado Imperio Romano, trabajando como el asistente personal del emperador Federico III, quien gobernó entre 1452-1493. Era sabido que los dos hombres eran amigos, y la amistad de Iaakov ben Iejiel influyó para que Federico III simpatizara con sus súbditos judíos. En un momento, los enemigos del emperador se quejaron de que él era « más un judío que un sagrado emperador romano ». Federico III amaba tanto a Iaakov que lo nombró caballero, elevándolo de ser un judío humilde y marginado a las filas de la nobleza.

Un día, un joven noble alemán llamado Johann von Reuchlin se puso en contacto con Iaakov y le pidió que lo ayudara a aprender hebreo. Von Reuchlin le explicó que había estudiado en París con un judío llamado Kalman y habíia aprendido el alfabeto hebreo. Ahora quería aprender más. Iaakov ben Iejiel aceptó ser tutor del noble cristiano y le enseñó a leer y a escribir en hebreo. Esto dio lugar a una amistad que llevó a que Von Reuchlin defendiera la erudición judía por toda Europa y desembocó en la primera impresión del Talmud.

Johan von Reuchlin: el defensor de los libros judíos

Ahora que manejaba con fluidez el hebreo, Reuchlin comenzó a defender los libros judíos de los católicos fanáticos que querían prohibir la literatura judía y quemar los libros judíos. Él tenía muchos amigos judíos y era remarcablemente tolerante hacia la perspectiva de vida judía y la erudición. Cuando los oficiales católicos exigieron que él y otros eruditos condenaran al Talmud, Von Reuchlin respondió con desprecio que no se condena lo que uno no ha leído ni comprendido personalmente. « El  no fue compuesto para que cualquier canalla lo pisotee con los pies sucios y después diga que ya lo sabía todo ».

A principios del siglo XVI, von Reuchlin participó en lo que se conoció como la « Batalla de los libros », argumentando que la erudición judía tenía mérito y que los libros hebreos no deberían prohibirse.

Johann von Reuchlin

Johannes Pfefferkorn: la condena a sus hermanos judíos

El principal adversario de Reuchlin en la « Batalla de los Libros », era Johannes Pfefferkorn, un judío que se había convertido al cristianismo. Él se volvió contra sus hermanos judíos y provocó años de dolor y miseria a las comunidades judías en Alemania.

Pfefferkorn era un carnicero que tuvo problemas con la ley. Cuando tenía 30 años lo arrestaron por robo, pasó un tiempo en prisión y subsecuentemente se quedó sin empleo. Para revertir su mala suerte, decidió voluntariamente convertirse al cristianismo y convertir también a su esposa y a sus hijos. Pfefferkorn se acercó al  bajo la protección de los dominicanos, la estricta rama del catolicismo que administraba a la temida Inquisición. Los dominicanos no perdieron el tiempo y aprovecharon a Pfefferkorn para ayudarlos a dar más energía a la persecución de los judíos y para prohibir los libros judíos.

Entre 1507 y 1509, Pfefferkorn escribió una serie de folletos proclamando iluminar el mundo secreto del pensamiento judío. Aunque los escritos de Pfefferkorn muestran que tenía pocos conocimientos judaicos, eso no le impidió producir un folleto tras otros criticando a los judíos y a la fe judía. Sus panfletos fueron escritos en latín y se dirigían a los eruditos católicos y a los sacerdotes. Les puso títulos tales como Judenbeichte (« Confesión judía ») y Judenfeind (« Enemigo de los judíos »). Pfefferkon argumentó falsamente que los judíos eran malvados y blasfemos y que su literatura debía prohibirse. Aunque él mismo no era suficientemente educado como para estudiar, Pfefferkorn demandó que el  fuera prohibido en Europa.

Utilizando los folletos de Pfefferkorn como « prueba », las autoridades dominicanas exigieron que los judíos fueran expulsados de los pueblos en los que había grandes comunidades judías, incluyendo Regensburg, Worms y Frankfurt. Su campaña tuvo éxito en Regensburg, y los judíos de la ciudad fueron expulsados en 1519.

Pfefferkorn y quienes lo apoyaban lograron convencer al emperador Maximiliano I para que impidiera momentáneamente el  y otros libros judíos en las ciudades de Alemania y para que destruyeran cualquier libro judío que pudieran encontrar. Esto alarmó a los católicos más liberales, incluyendo a Johan Reuchlin, quien había dedicado mucho tiempo a aprender hebreo y a estudiar los libros sagrados judíos con Iaakov ben Iejiel. Reuchlin se opuso y escribió apasionadas defensas del  y de otros libros judíos. Eventualmente Maximiliano I revirtió su decreto.

El papa León X y la batalla de los libros judíos

La « Batalla de los Libros » tuvo lugar en todas las ciudades alemanas y fue el debate entre la clase educada: ¿debían prohibirse el  y otros libros judíos sagrados o valía la pena preservarlos y estudiarlos? El historiador Salomón Grayzel señala que: « No hubo en Europa ningún cristiano liberal, ni un solo crítico de las fuerzas del fanatismo dentro de la iglesia, que no se pudiera al lado de Reuchlin en defensa de los libros judíos… En Europa, todos los que no eran campesinos estuvieron situados de uno u otro lado de la controversia. Los únicos que se vieron obligados a permanecer de lado sin participar fueron aquellos que estaban más directamente relacionados con el tema: los judíos ». (A History of the Jews por Salomon Grayzel, Plume, 1968).

Reuchlin eventualmente encontró un poderoso aliado: el papa León X. Un hombre culto, educado, León X venía de la fabulosamente rica familia de los Medici. Él tendía a ser tolerante hacia los judíos, tanto que en un momento los judíos de Roma se preguntaron si su benevolencia hacia ellos era un signo de que el Mashíaj estaba por llegar. Los líderes de la comunidad incluso escribieron a los líderes judíos en la Tierra de Israel preguntándoles si también ellos habían visto señales de la llegada del Mashíaj.

El papa León X

En 1518, León X tomó una postura pública en la Batalla de los Libros: no solo que el no sería prohibido ni quemado, sino que emitió un decreto papal permitiendo que lo imprimieran utilizando las nuevas imprentas mecánicas que estaban en auge en Europa. Algunos volúmenes individuales del ya habían sido impresos. Ahora, el papa permitió la impresión de un set completo de los 63 volúmenes del Talmud (en hebreo llamado Shas). Bomberg, quien ya había construido un comercio judío en su imprenta en Venecia, recibió la comisión de imprimir este primer set completo del Shas. Esta fue una manifestación de apoyo a los judíos sin precedentes en Europa.

Iaakov ben Jaim ibn Adoniá

Pero el papa León X impuso una condición crucial: Daniel Bomberg solo podía imprimir el si incluía en los libros las polémicas anti judías. Al comprender que eso alejaría a los potenciales lectores, Bomberg luchó con éxito en contra de la inclusión de palabras antijudías en sus libros judíos. Sin embargo, hizo una concesión en vistas de la generosidad del papa: los primeros cuatro volúmenes del que imprimió estarían dedicados al papa León X.

El  de Babilonia. Edición Bomberg, Venecia

Los judíos locales se mostraron renuentes a comprar los caros volúmenes del  dedicados al líder católico cuya iglesia regularmente perseguía a los judíos por toda Europa, incluso si el papa León X manifestaba simpatía hacia los judíos. Las ventas fueron pocas y Bomberg comprendió que tenía que hacer algunos cambios, incluyendo el hecho de sacar la dedicatoria al papa. Él también pidió ayuda a Iaakov ben Jaim ibn Adoniá, un corrector de pruebas judío de Túnez. (Hay cierta evidencia de la probabilidad de que ibn Adoniá se haya convertido al cristianismo, al igual que otros impresores que se especializaron en los libros judíos en Venecia en esa época).

Bomberg y ibn Adoniá idearon el diseño del  que se sigue utilizando hasta la actualidad. Ellos colocaron el texto del  en medio de la página, e incluyeron comentarios claves alrededor del texto central. En un lado de la página imprimieron el comentario del rabino Shlomo Itzjaki (conocido como Rashi), un erudito francés medieval. Del otro lado de la página imprimieron los comentarios de otros sabios judíos medievales conocidos como los tosafistas.

Este diseño facilita la lectura y el estudio y resultó ser un éxito inmediato entre los clientes. Aunque sus portadas ya no tenían impresa una dedicatoria al papa León X, estos hermosos libros continuaron imprimiéndose con su permiso, lo que permitió que más comunidades judías estudiaran y contaran con sets completos del  impreso.

 

[Fuente: http://www.aishlatino.com]