Michal Vittels est une peintre israélienne figurative et portraitiste née en 1948 de parents rescapés de la Shoah. L’Espace Mémoire de l’Avenir présente l’exposition « Static Movement » de Michal Vittels. Une galerie de portraits de personnages seuls, graves, songeurs, souvent figés, dans un décor intemporel et se détachant harmonieusement de fonds unis. Des tableaux souvent sibyllins. Le titre souligne le contraste entre l’immobilité de la pose et le mouvement de la pensée suggérée ou devinée.
Publié par Véronique Chemla
« Tant que tu ignoreras ce qu’il faut fuir ou rechercher, ce qui est nécessaire ou superflu, ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, ce qui est moral, tu ne «voyageras» pas, tu ne seras qu’un errant. […] car tu voyages avec tes passions, ton mal te suit.»
(Sénèque, De la tranquillité de l’âme, II, 11-13, dans SÉNÈQUEEntretiens, Lettres à Lucilius, éd. établie par P. VEYNE, Paris, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1993, Ibid., lettre 104, 16-17, p. 1001)
« Pour se représenter soi-même, il faut essayer de se peindre comme si on était quelqu’un d’autre »
Lucian Freud (1922-2011)
Michal Vittels est née en 1948, peu après la déclaration d’indépendance d’Israël.
Les parents de sa mère ont quitté l’Ukraine en 1923. Quant à son père, adolescent âgé de 16 ans, il a fui l’Allemagne nazie pour la Palestine mandataire en 1938. Il est l’unique rescapé de sa famille tuée lors de la Shoah.
Tous deux ont vécu dans le mochav, communauté agricole socialiste, Bethléem de Galilée. L’artiste « décrit son enfance comme joyeuse et libre, mais aussi avec des tensions privées, politiques et économiques. »
Michal Vittels a toujours aimé dessiner et peindre. Mais ce n’est qu’après cinq années de formation en architecture au Technion à Haïfa et avoir élevé ses deux enfants, qu’elle a senti un manque dans sa vie.
Elle étudie la peinture est « s’y est lentement plongée corps et âme. Pendant environ 10 ans, elle s’est formée de manière autodidacte, en dessinant des modèles nus, en apprenant l’histoire de l’art et en prenant des cours à l’université de Haïfa ».
À noter également que Michal Vittels est la petite nièce de la sculptrice française Chana Orloff, membre de l’avant-garde artistique dans le quartier de Montparnasse, et de l’École de Paris. Cette illustre grande tante a été pour l’artiste un modèle de vie et artistique ».
« Michal Vittels a présenté son travail dans de nombreuses expositions dont 10 personnelles en Israël. »
« Pendant ces 10 ans, je n’ai pas lu autre chose que des ouvrages d’histoire de l’art ou des albums de peintres. La soif d’apprendre était immense, comme si un barrage s’était ouvert. Après ces 10 ans, j’ai senti que j’étais prête à commencer à peindre par moi-même, sans aucun stimulus extérieur. J’ai commencé à réaliser de grands tableaux sur du contreplaqué et des peintures industrielles. Toujours des personnages, mais des sortes de monstres, intentionnellement déformés », a confié Michal Vittels.
Et l’artiste d’ajouter : « J’ai présenté ces tableaux lors de ma première exposition en 1988. Depuis lors, je suis passée par différentes périodes, influences et styles, à la recherche de ma propre voix. Au fil des ans, j’ai été influencé par de nombreux peintres de toutes les périodes, de Rembrandt, Picasso, Cézanne à Francis Bacon, Hockney, Ori Reisman et bien d’autres. Aujourd’hui, je ressens une sorte de fermeture du cercle, un certain retour à la première période, sans modèles mais occasionnellement avec des photographies que je fais ou que je trouve. Je ne dessine jamais une personne en particulier. J’ai l’impression d’avoir un stock intérieur d’images qui cherchent à se révéler et je commence généralement le tableau dans ma tête, dans mon imagination, au lieu de faire un croquis. J’espère avoir développé aujourd’hui mon propre univers pictural, qui a bien sûr été marqué par toutes les expériences que j’ai acquises, toutes les influences de mes amis peintres (c’est ainsi que je les vois), et par quelque chose d’autre que j’ajoute à tout cela. »
Du 2 au 30 avril 2022 Mémoire de l’Avenir présente Static Movement la première exposition en France de la peintre israélienne Michal Vittels. Le Commissariat de l’exposition est assuré par Margalit Berriet, présidente-fondatrice de Mémoire de l’Avenir, Artiste chercheuse, et Marie-Cécile Berdaguer, responsable des expositions à Mémoire de l’Avenir.
L’exposition a reçu le soutien du Service culturel de l’Ambassade d’Israël en France.
Partenaires associés : UNESCO-Most, Le conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines, Humanities, Arts and Society.
« Depuis plus de 40 ans, cette artiste déploie sur ses toiles ce qu’elle nomme des figures. Le terme est important, car il ne s’agit jamais pour Michal Vittels de dresser un portrait ou de capturer l’essence ou le caractère d’une personne. Depuis le début de sa carrière c’est la figure humaine, en particulier celle de la femme, qui est son principal et unique sujet d’investigation », a observé Marie-Cécile Berdaguer.
Et Marie-Cécile Berdaguer poursuit : « Si elle travaille parfois d’après photographies, souvent à partir de sa bibliothèque d’images mentales, ce sont les positions qui lui servent de modèle, jamais les visages. Ses figures, seules, disposées frontalement, statiques, sur fond généralement neutre ou ne suggérant aucun lieu particulier, présentent des expressions attentives, le regard porté à l’intérieur ou à l’extérieur. Face à l’agitation du monde, ses personnages s’articulent autour de projections personnelles, prises dans un voyage intérieur ».
« À travers elles l’artiste dresse des autoportraits. C’est le surgissement d’émotions qui la traverse qui viennent habiter ses toiles. Par les postures très peu mobiles de ses figures, l’artiste cherche à faire émerger ce qui relève du souffle de l’esprit, du mouvement de l’âme. Cette ambiguïté du portrait/autoportrait que l’on retrouve dans la peinture de Michal Vittels, est une constante dans l’histoire de l’art en tant que l’œuvre est toujours d’une manière ou d’une autre une incarnation de son auteur.trice par le processus artistique, physique ou intellectuel déployé », a relevé Marie-Cécile Berdaguer.
Et Marie-Cécile Berdaguer de préciser : « L’autoportrait est autant un reflet qu’une conscience de soi disait également Lucian Freud. Michal Vittels ne se peint pas comme elle se voit mais comme elle se ressent. Ce mécanisme relève d’une affirmation de soi et de sa singularité. Mais peindre d’autres corps que le sien lui permet aussi une mise à distance avec elle-même dans une recherche à la fois d’universalité des passions humaines et d’invitation pour le spectateur à projeter sa propre existence dans les figures de ses toiles. »
« Dans La rencontre du visage : une revisite du portrait contemporain (Art et histoire de l’art. 2013), Marie Bonneau explique que pour le philosophe Emmanuel Lévinas, avoir accès au regard de l’autre c’est avoir accès à son intériorité, à une proximité. Le regard appelle l’autre, exigeant presque une réponse. Le regard va « révéler la transcendance du visage, sa hauteur », étant comme une ouverture vers l’intérieur. Grâce au regard, le visage devient parole pour Lévinas, il n’est pas que caractéristiques physiques. Michal Vittels dans ses peintures se sert à la fois du regard ou du visage de l’autre pour s’y incarner et en même temps créer cet espace, parfois inconfortable, pour le regardeur qui, face à un alter ego ou à l’Autre, tente de comprendre ce qui se pense sous ses yeux. Le regard tient donc une place capitale dans les œuvres de Michal Vittels car il est le medium d’un dialogue intérieur et d’une conversation que l’artiste cherche à initier », a relevé Marie-Cécile Berdaguer.
Puis elle a conclu : « Dans ces figures l’artiste trace les contours d’une immanence de l’être rendue perceptible par sa présence qui surgit des positions lascives, hiératique, allongées combinées aux regards, tantôt perçants, vagues, inquiétants. Elle nous renvoie paradoxalement dans chacune de ses figures à nos mondes intérieurs connus, à nos rêves, nos aspirations, nos frustrations … autant que, dans notre rapport à l’altérité, au mystère que chaque être recèle en lui et que nous tentons de percer. »
Le 1er avril 2022, a eu lieu la performance d’Isabelle Gozard intitulée « Un ennemi invisible » d’après une nouvelle de Leslie Kaplan. « Lors du premier confinement, Leslie Kaplan a écrit un recueil de nouvelles, L’aplatissement de la terre (Éditions P.O.L), le cinéaste Guy Girard a adapté l’une d’elle Un ennemi invisible dont Isabelle Gozard a été l’interprète. Un ennemi invisible raconte cette rupture. Le personnage de cette nouvelle (écrite pour être jouée) se débat intérieurement face à l’hostilité du monde. Sa folie dialogue avec celle de notre époque et de ses paradoxes. Cette parole intime et chaotique remonte les lignes de nos peurs et de nos obsessions : elle dit pour ne pas renoncer. » (environ 20 mn)
Du 2 au 30 avril 2022 
45-47 rue Ramponeau. 75020 Paris
Tél. : 09 51 17 18 75
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h
Entrée libre
Visuels :
Affiche
Achimea, huile sur toile, 140 x 120 cm – 2018
Purple dress
huile sur toile
120 x 70 cm
2021
Man in black and red,
huile sur toile
140 x 90 cm
2015
Woman Totem
huile sur toile
130 x 80 cm
2020
Les citations proviennent du dossier de presse.
[Source : http://www.veroniquechemla.info]