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« Vanitas, vanitatum et omnia vanitas », clamait solennellement Qoeleth, qui devait s’ennuyer profondément. L’Ecclésiaste, qui en savait une de plus que le diable rajoutait avec ses mots à lui, et toujours en hébreu : « À quoi bon se pourrir l’existence et se mettre la rate au court-bouillon chaque jour ? » La traduction prend quelques libertés ; le sens est là. Ce premier roman de Laurent Nunez apporte sa couche de sarcasme, entre hommage flaubertien avoué et exercice universitaire, façon art content pour rien.

Écrit par Nicolas Gary

Il était une fois deux professeurs de la Sorbonne si imbus d’eux-mêmes qu’ils en étaient venus à se croire plus modestes que leurs confrères. Et surtout, plus à même de bouleverser le monde de la linguistique moderne — nous sommes dans le milieu des années 30 — avec un apport intellectuel dont le monde ne se remettrait pas. Pour ce faire, adopter un ermitage, loin des hommes, de leur fureur et de leur bruit. Penser, n’être plus qu’esprit, et mettre à profit chaque instant pour construire une théorie linguistique qui les portera au-dessus des masses universitaires pédantes et grouillantes. 

Etienne Choulier et Stefan Meinhof sont deux imbéciles, bouffis d’orgueil. Et là où Bouvard et Pécuchet avaient l’humilité des copistes et le bon goût d’être deux ignorants convaincus, Choulier et Meinhof quittent le monde avec le panache d’un général qui n’aurait rien compris de sa déroute.

Leur vie, dans un mas non loin de Fontan (Alpes-Maritimes) relève de l’ascèse stoïcienne, de l’étude consciencieuse : unique objectif, trouver. « Cherche et tu trouveras », revendique la franc-maçonnerie, inspirée de la Bible : « Demandez et l’on vous donnera. » Problème, ni l’un ni l’autre ne dit quoi chercher ni demander. Alors nos zouaves, cyclistes de la grammaire, tête dans le guidon, creusent, encore et encore. 

Oh, que l’on se rassure : ils finiront par trouver. Et deux théories tout aussi grotesques que vaniteuses. Chacun la sienne, chacune reflétant les travers, les petites misères intellectuelles, chacune à la hauteur de son concepteur. Au moins sont-elles originales — et le lecteur se régalera tant dans la virtuosité savante de la première que de la gravelure de la seconde. Toutes deux se complètent finalement assez bien dans leur pathologie…

Le goût du romancier pour le zeugma — une délicieuse route construite « à la hâte et à la soude », entre autres — et le ridicule fini de ces gens convaincus d’avoir à rendre au monde quelque chose que ce dernier ne leur avait pas demandé, aboutit à ce joli livre, plein d’esprit, de virevolte et de virtuosité. Sur fond de Seconde Guerre mondiale, dont nos singes savants traverseront les heures sombres avec la candeur d’un ravi de la crèche, ce livre brille par son intelligence, ses sourires complices — parfois façon coups de coudes goguenards — et d’imagination bienvenue.

Étienne et Stefan ne pouvaient plus ne pas exister : nous avions besoin d’eux, pour rire en chœur de ces pauvres hères, reflets doctoraux de nos assurances, nos convictions, nos petits travers — qui ne méritent assurément pas tous une retraite magistrale, pour fuir les cours magistraux.

Quant à ce mode avion, hérité de nos smartphones, il pose la cerise gourmande sur le récit : à couper le réseau, qui parvient à vivre déconnecté bien longtemps ? Ah, mon brave Qohélet, quels rivaux voici !

“Je collectionne les grammaires”

Pour ce premier roman, Laurent Nunez sévit avec ironie et ravissement. Pour aller plus loin dans la lecture, nous l’avons sollicité, afin qu’il éclaire un peu plus la découverte.

ActuaLitté : Les deux théories, délicieusement farfelues, se tiennent plutôt bien : ont-elles un fondement universitaire réel ? Comment les avez-vous construites ?

Laurent Nunez  : Les deux théories sont, je pense, absolument viables, et neuves. J’ai trouvé l’une — sur le temps — quand j’étais étudiant en Lettres à Orléans. Je me souviens que je la racontais à mes amis en soirée, après plusieurs verres, et que je disais pour les agacer que j’allais être reconnu avec ce que j’appelais « la loi de Nunez » 😉 Pour la seconde théorie, je crois que je l’ai trouvée vers 2014, en écrivant L’Énigme des premières phrases.

Je travaillais sur le sens des mots dans les incipit, et la fatigue aidant… Je pense qu’elle est même amorcée dans les notes du livre. C’est très amusant d’inventer des théories, parce que c’est vraiment de la fiction : de la fiction qui essaie de faire rentrer de force dans le réel. (Musil dit très bien dans L’Homme sans qualité : « Les philosophes sont des violents qui, faute d’armée à leur disposition, soumettent le monde en l’enfermant dans un système. »)

Ensuite, dans le processus d’écriture du livre, j’ai lu bien sûr énormément de manuels de linguistique, de grammaires (je collectionne les grammaires chez moi, j’en ai une trentaine…) pour vérifier non que mes théories tenaient, mais plutôt qu’elles étaient inédites. Tout le chapitre sur Choulier qui vérifie dans les bibliothèques parisiennes si ce qu’il a trouvé est vrai : c’est moi à la BNF, ou à Gilbert Joseph.

ActuaLitté : La structure romanesque s’articuler autour d’une théorie sur le temps, d’une autre sur la sexualité : c’est un choix délibéré ?

Laurent Nunez  : Oui bien sûr, ou hélas : c’est voulu ! C’est voulu ET inconscient. Dix ans de psy : j’ai appris à écrire sur ce qui me semble important, sur deux énigmes que je ressasse : que faire de ce foutu temps qui passe ? La sexualité est-elle un moyen de connaissance du réel, ou juste le passe-temps favori des adultes ? Dès Les Récidivistes, en 2008, il y avait des chapitres entiers consacrés au temps, et d’autres à la vie sexuelle…

Mais Choulier est un morceau très moqueur de moi : il trouve une théorie sur le temps, elle semble viable, mais bon : elle est un peu ridicule aussi… Quant à Meinhof et à sa thèse sur la sexualité omniprésente dans le langage (ou dans la tête des gens) : c’est ce qu’on appelle le retour du refoulé. Ces deux types veulent s’éloigner de tout, comme si on pouvait s’éloigner de ses désirs, de ses fantasmes. De son humanité. Gare au boomerang !

ActuaLitté : Les deux bonshommes héritent-ils tant de Bouvard et Pécuchet — bien que l’ironie flaubertienne plane constamment sur ces pauvres hères ?

Laurent Nunez  : En effet, l’ironie sur les aventures de ces deux êtres me vient de Flaubert, et cela fait qu’on regardera sûrement ces deux hommes comme des Bouvard et Pécuchet. Pourtant, je les ai construits à partir de beaucoup d’autres sources : ma propre vie, la vie d’autres linguistes (Saussure par exemple — ce qui explique, avec un horrible jeu de mots, le patronyme de Choulier —, mais aussi Gustave Guillaume, un professeur qui inventa la chrono-linguistique), et puis même Lacan.

Il y a dans le texte de nombreuses phrases lacaniennes d’ailleurs. Ce qui m’a inspiré, c’est la posture du savant, de celui qui passe sa vie à chercher des idées, pour ensuite les expliquer aux autres.

Laurent Nunez Actes Sud Editions
Le mode avion
18/08/2021 213 pages 21,00 €
Scannez le code barre
9782330153878
© Notice établie par ORB
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[Source : http://www.actualitte.com]

Paru en italien en 2013, puis aux éditions Gallimard en avril 2014, La fête de l’insignifiance fait désormais l’objet d’une édition en tchèque. Anna Kareninová — traductrice éminente et reconnue — a la responsabilité de rendre les textes de Milan Kundera en tchèque. Elle signe également la postface de cette édition (dans une traduction opérée par Anna Kubišta). Les éditions Atlantis, qui ont publié ce livre en 2020, nous offrent ainsi un regard inédit, personnel et complexe sur le travail même de traduction.

ActuaLitté

Pour moi, la traduction se conjugue sans cesse au conditionnel : « Comment l’écrivain aurait-il écrit ceci s’il écrivait en tchèque ? » Quand Milan Kundera en est venu à l’idée que je pourrais traduire en tchèque ses romans écrits en français, le conditionnel a changé : « Comment l’écrivain aurait-il écrit ceci lorsqu’il écrivait en tchèque ? » Cet écrivain mondial, dont le tchèque et le français sonnent à l’unisson et dont nous découvrons la musique. Admettons que le traducteur joue sur son instrument une musique écrite pour un autre instrument et qu’il doit rester fidèle à cette musique — voilà que je me retrouvais avec la musique d’un compositeur qu’il avait écrite pour « un autre instrument » tout en jouant du mien d’une main de maître.

Et que je devais insuffler à mon instrument non seulement sa musique, mais aussi son jeu.

Le conditionnel s’en est trouvé changé, tout comme l’ont été les travaux préparatoires. Ma vision du sens et de l’éthique du rôle même du traducteur s’est formée au tournant du millénaire sous l’influence du poète Ezra Pound, de ses traductions et de ses réflexions sur la traduction. Sur ces questions, je considère également comme mon maître le poète Petr Kabeš ainsi que sa devise : « La précision est poésie. »

Traduire, trahir, trahir mieux

Milan Kundera lui-même et ses positions sur le traitement des œuvres littéraires ont également représenté un soutien solide auquel je me réfère. Pour moi, son essai Une phrase (L’ombre castratrice de saint Garta, dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993) fait école en matière de traduction. Milan Kundera y cite un extrait de la lettre de Stravinski au chef d’orchestre Ansermet : « Mais, vous n’êtes pas chez vous, mon cher, je ne vous avais jamais dit : Tenez, vous avez ma partition et vous en ferez ce que bon vous plaira. » (Extrait de l’essai Là, vous n’êtes pas chez vous, mon cher, dans Les Testaments trahis, Gallimard, 1993.)

On ne peut dire mieux. Et quand Milan Kundera écrit dans L’art de la fidélité : « On dit : la traduction est comme une femme, ou bien fidèle ou bien belle. L’adage le plus crétin que je connaisse. Car la traduction est belle si elle est fidèle », c’est un soulagement : enfin, quelqu’un l’a dit !

Afin de ne pas faire « comme chez moi », les travaux préparatoires visant à être précise et fidèle se sont cette fois concentrés non sur la lecture de sources secondaires, la perception et la reconstitution de la musique originelle comme dans le cas des traductions des romans de Céline ou des Cantos de Pound, mais avant tout sur l’analyse minutieuse des livres tchèques de Milan Kundera du point de vue de la langue, du vocabulaire, de la syntaxe. Et ensuite sur celle de leurs traductions françaises autorisées par l’écrivain.

Je savais que certes, j’allais lui donner une apparence tchèque à partir de sa langue française, mais que, dans le même temps, il fallait que son tchèque soit ma source. Grâce à la maison d’édition Atlantis et à ses versions électroniques des livres de Milan Kundera, j’ai eu la possibilité de chercher de façon détaillée l’emploi des mots et des expressions, voire même de conjonctions a priori insignifiantes ou d’adverbes courants. Cela m’a été d’une aide inestimable.

Milan Kundera

Rapport à la langue et à l’autre

Pendant mon travail sur la traduction, j’ai également découvert une chose que je n’avais pas remarquée auparavant en tant que lectrice et qui m’avait sans doute échappée en analysant les textes : en réalité, Milan Kundera écrivait en français bien avant de partir pour la France, il écrivait déjà en français dans ses romans tchèques, son écriture tchèque pense avec la précision syntaxique du français.

Je me suis retrouvée dans cette situation à chaque fois que j’ai eu recours à la méthode typique d’une traduction franco-tchèque : je voulais éviter ce que l’on considère comme étant « une conformité maladroite au français », je voulais lisser la phrase… et j’ai réalisé que le résultat n’était ni précis, ni fidèle, mais simplement muet.

À chaque fois, j’ai retrouvé dans les livres tchèques de Milan Kundera une de ces tournures « maladroitement conformes au français », mais dont le sens était éclatant. À titre d’exemple, référons-nous à ce que reprochait jadis l’article « Se traduire soi-même » à la version tchèque de l’essai, Là, vous n’êtes pas chez vous, mon cher : « Au hasard, quelques exemples : des constructions clivées telles que “Ce qui m’intéresse, c’est le romancier”, ou “Ce qui caractérise les biographies des gens célèbres, c’est qu’ils voulaient être célébrés” sont laborieuses et surtout inutiles, car la langue tchèque permet de trouver une solution élégante à ce genre de situation grâce à l’ordre des mots : Le romancier est ce qui m’intéresse. Les biographies des gens célèbres se caractérisent par le fait qu’ils voulaient être célèbres. »

Seulement, l’ordre « élégant » des mots parle manifestement une autre langue que celle de l’écrivain, l’urgence s’en trouve éclipsée. Ce qui importe à Milan Kundera, c’est la précision du sens, la fidélité à la pensée — voilà pourquoi il a utilisé avec virtuosité des constructions clivées depuis le début, bien avant que l’on puisse lui reprocher l’aspect « laborieux » de sa traduction. C’est étonnant : l’auteur a droit à sa langue originale, mais dès qu’il traduit sa langue originale avec une autre qui lui est propre, on exige de lui un objet linguistique élégant, lisse et sans originalité.

En tant que traductrice, je m’expose à être une cible encore plus aisée que l’écrivain. Je le dis ici : la traduction de La fête de l’insignifiance a généré dix versions que je n’ai cessé de retravailler en prenant justement en considération les livres tchèques de Milan Kundera, afin de me rapprocher au plus près de l’originalité de sa langue, de m’éloigner le plus possible d’une traduction lisse. Milan Kundera a reçu ma traduction en janvier 2020.

Grâce à son épouse Věra, j’ai eu la possibilité rare d’affiner la traduction à la faveur de deux mois de correspondance quotidienne. Cette proximité que j’ai vécue entre Paris et Prague restera dans mon cœur, mes pensées et mes futures traductions. Si le traducteur est un passeur entre la maison de l’écrivain et la sienne, alors ce fut là un voyage au cours duquel il a transporté l’écrivain de chez lui à chez lui. Ainsi, le passeur a-t-il peut-être, au moins en partie, rendu la joie du paysage qu’il a parcouru.

À Prague, le 9 mars 2020

En partenariat avec le Centre tchèque de Paris et Czechlit – Centre littéraire tchèque.

[Photos : CC BY SA 2.0 ; dessin de Milan Kundera – source : http://www.actualitte.com]

Chana Orloff (1888-1968) est une illustre sculptrice française juive de l’École de Paris née en Ukraine. Cette artiste s’illustre par un style lisse, soulignant les rondeurs. De rares œuvres montrent un style plus tourmenté. Le 30 juin 2021, de 18 h 15 à 19 h 15, le mahJ (musée d’art et d’histoire du Judaïsme) propose, autour de l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour École, 1905-1940 », et dans le cadre d' »Une expo, une œuvre », « Maternité » de Chana Orloff« , conférence par Anne Grobot-Dreyfus, historienne de l’art.

Publié par Véronique Chemla

« J’ai réalisé qu’elle travaillait surtout au petit jour dans le silence et il n’était pas rare au matin de trouver de nouvelles formes cachées sous des draps humides. « Tu fais une sculpture en une nuit ? », lui ai-je demandé une fois naïvement. « Faire une sculpture, ce n’est rien », me dit-elle. « Quand on y a pensé pendant des mois, parfois des années », écrit Ariane Tamir, petite-fille de Chana Orloff, dans un catalogue d’exposition de la Galerie Vallois.

L’École de Paris
Chana Orloff (son nom signifie en russe « aigle ») est née à Tsaré Constantinovska (Ukraine) en 1888.
Fuyant les pogroms en 1905 dans l’empire russe, sa famille s’installe dans Eretz Israël, alors partie de l’empire ottoman. Ses parents y travaillent comme ouvriers agricoles.
En 1910, Chana Orloff va à Paris pour compléter sa formation et travailler comme styliste dans la haute couture.
Sur les conseils de Paquin, elle suit une formation artistique à Paris.
Après une formation classique à l’École Nationale des Arts Décoratifs, elle étudie la sculpture à l’Académie Russe – Vassilieff  –  à Montparnasse.
Dans cette ville-phare, à l’époque des « heures chaudes de Montparnasse », elle devient l’amie de jeunes artistes talentueux : Modigliani, Picasso, Cocteau, Max-Jacob, Foujita, SoutineZadkine

Elle devient une des figures majeures de l’avant-garde artistique parisienne.

Lors du Salon d’automne de 1913 elle présente deux bustes. « Tous ceux qui l’ont connue au temps de son adolescence conservent l’impérissable souvenir de cette grande dame dont l’hospitalité, l’accueil fraternel et la camaraderie étaient légendaires, de la Rotonde au Dôme et du Sélect au restaurant Baty… », écrit 45 ans plus tard l’historien d’art Waldemar George.
En octobre 1916, cette artiste de l’École de Paris épouse le poète polonais Ary Justman. Celui-ci décède en 1919, victime de l’épidémie de grippe espagnole. Chana Orloff élève seule leur fils Elie ou Didi, âgé d’un an.
Ses œuvres sur la maternité, les femmes et les enfants, son bestiaire et ses portraits sculptés plaisent au public et sont appréciées des critiques, en France et à l’étranger.
Chana Orloff devient la portraitiste de l’élite parisienne et sociétaire du Salon d’Automne en 1925 et obtient la nationalité française.
Elle expose avec succès aux États-Unis dès 1928.
En 1930, elle crée sa première œuvre monumentale.

1935, c’est l’année de sa première exposition au musée de Tel-Aviv.
À Paris, le Petit Palais lui réserve une salle en 1937.

Sous l’Occupation, il lui est interdit d’exposer ou de vendre ses œuvres officiellement. Persécutée comme juive sous le régime de Vichy, elle échappe à la Rafle du Vel d’hiv en juillet 1942 car le fondeur Alexis Rudier la prévient de cette rafle imminente, va avec son fils Elie en zone libre – Grenoble, Lyon – et passe clandestinement en Suisse, où elle reste jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.  À Genève, elle crée ses œuvres dans un atelier prêté.

Le retour à Paris en 1945 est douloureux : atelier dévasté, sculptures mutilées, volées ou détruites. Chana Orloff « ne restaurera pas ses sculptures mutilées, mais montrera ici et là, sur des socles, une tête privée de son corps, un buste fracassé. Elle se remet au travail ».

En 1946, à la galerie de France, ses dessins sur les souffrances d’un déporté (Le retour) suscitent une profonde émotion.
L’après-guerre marque la consécration de cette artiste : rétrospectives à Paris, Amsterdam Oslo, Chicago et Tel-Aviv. En 1949, elle fait le portrait du Premier ministre David Ben-Gourion et « la Matemité érigée à Ein Guev à la mémoire de Chana Tuchman Alderstein, membre de ce kibboutz, tombée au cours de la guerre de libération ».
Chana Orloff remporte de nombreuses commandes de monuments officiels, en France et en Israël.
Arrivée en Israël pour son exposition rétrospective au musée de Tel-Aviv, à l’occasion de son 80e anniversaire, elle tombe malade et s’éteint à l’hôpital Tel Hashomer, près de Tel-Aviv, le 18 décembre 1968.

Ode à la femme
Dans le cadre de l’année croisée France-Russie, la galerie Vallois Sculptures a rendu hommage à la sculptrice Chana Orloff en présentant une vingtaine de ses sculptures en bronze, à patine noire, dorée, brune ou bleu-vert, et en bois, essentiellement sur la femme.

C’était la première exposition individuelle de Chana Orloff dans cette galerie depuis 2005. En 2009-2010, cette galerie avait retenu des sculptures de l’artiste pour l’exposition collective Histoires de têtes Ier-XXIe siècles : Didi, un portrait affectueux de son fils joufflu, et Le peintre juif (Reisin), pensif, contemplatif, interrogatif.

Et le musée de l’Orangerie avait présenté ses sculptures dans l’exposition Les enfants modèles de Claude Renoir à Pierre Arditi.

À la galerie Vallois Sculptures Modernes, les œuvres témoignaient de la pureté, de la simplicité et de l’expressivité du trait de Chana Orloff qui célèbre la femme : en train de se dévêtir (Femme ôtant sa chemise), Sirène, mère portant tendrement son enfant (Maternité) ou musicienne (Femme à la lyre). Une femme épanouie, attentive, en fusion ou en dialogue.
La sculpture à thème biblique (Ruth et Noémie) évoque aussi ce thème de la filiation : Noémie et sa belle-fille Ruth qui devenue veuve, accompagne Noémie désireuse de retourner à son peuple, à Bethléem. Noémie qui épouse Boaz et devient la mère d’Obed, futur grand-père du roi David.
À noter le portrait réaliste de Lucien Vogel (1886-1954), fondateur en 1922 du journal Le Jardin des Modes où il fait découvrir les avant-gardes artistiques, et en 1928 du magazine d’actualités Vu.

En 2013, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a renouvelé son accrochage d’œuvres des artistes de l’École de Paris, dans la salle Michel Kikoïne située au premier étage, des artistes de l’École de Paris. Il a présenté l’exposition Chana Orloff. Le Retour, 1945Dans ce cadre, il y a montré Le Retour, est entourée de douze dessins préparatoires. Ces œuvres ont été prêtées par la famille de cette sculptrice. Des visites guidées, notamment de l’atelier parisien de l’artiste, et une rencontre avec Ariane Tamir ou Eric Justman, deux petits-enfants de Chana Orloff, sont prévues les 17 septembre et 3 octobre 2013.

Le Retour « marque un tournant dans son œuvre. Chana Orloff abandonne la forme lisse, les rondeurs, pour un modelé plus inquiet. Procédant par petites touches, elle laisse sur l’argile l’empreinte de ses mains, obligeant le regard à pénétrer cette matière tourmentée. De nombreux dessins préparatoires d’une grande intensité l’aident à se libérer de l’angoisse qui l’accable. Cependant, Chana Orloff attendra dix-sept ans, et une exposition à la galerie Katia Granoff en 1962, pour exposer Le Retour, comme une « simple » œuvre d’art. Jusque là, elle l’avait maintenue cachée sous un drap au fond de son atelier« .

En 2016, la galerie Marcilhac présenta une exposition rétrospective de sculptures de Chana Orloff. Un hommage « vingt-cinq ans après la rédaction du catalogue raisonné (par Félix Marcilhac Sr.).

« Je suis tout d’abord attirée par le côté décoratif-plastique si vous préférez – et le caractère… Je voudrais que mes œuvres soient aussi vivantes que la vie… », a confié Chana Orloff.

« Née en 1888 en Ukraine, Chana Orloff embarque en 1905 pour la Palestine. C’est en 1910 qu’elle arrive à Paris, elle s’inscrit à l’École des Arts décoratifs, puis opte pour la sculpture qu’elle étudie à l’académie Vassilieff à Montparnasse où elle se lie avec Soutine, Modigliani, ou encore Zadkine. Dés 1913, elle participe pour la première fois au Salon d’Automne, puis au Salon des Tuileries et aux Indépendants. Chana Orloff expose aux cotés de Matisse, Rouault et Van Dongen à la Galerie Bernheim Jeune en 1916. Dés 1919, le tout-Paris lui réclame des portraits (son œuvre en compte plus de 300) ; les animaux, la maternité sont également ses thèmes de prédilections. En 1928 a lieu sa première exposition particulière à la galerie d’avant garde Weyhe Gallery à New York et la critique est élogieuse, puis en 1935 sa première exposition à Tel-Aviv rencontre un très grand succès. En 1942, les lois antijuives la rattrapent en pleine maturité de son art et elle se réfugie à Genève. Lorsqu’elle regagne Paris en 1945, sa maison a été pillée, une centaine de sculptures ont été volées ou détruites. En 1949, le Musée des Beaux-Arts de Tel Aviv organise une exposition de 37 de ses sculptures. Des expositions en Europe, aux États-Unis et en Israël sont organisées, jusqu’à sa mort en 1968 ».
Chana Orloff « est considérée comme une figure majeure de l’École de Paris. Formée aux exigences de l’art moderne et plus particulièrement à celles de l’école cubiste naissante l’œuvre sculpté de Chana Orloff participe pleinement de l’art du XXème siècle. Laissant derrière elle une étonnante galerie de sculptures, la Galerie Marcilhac décide aujourd’hui d’en faire l’exposition. Réunissant plus d’une vingtaine de sculptures en bronze, plâtre, ciment et bois ainsi que de nombreux dessins, la Galerie Marcilhac propose une très belle rétrospective. Allant du portrait ; celui de Georges Lepape, ou Lucien Vogel ; à la célèbre baigneuse accroupie, à l’art animalier (le basset ; le dindon ou le poisson), l’exposition présente une sélection de pièces au caractère profond, à la fois pure, intense et libre ».
Le 19 mai 2017, à 13 h 45, la Maison de la culture yiddish – Bibliothèque Medem et Fanny Barbaray-Edelman ont proposé « À la découverte des artistes de l’École de Paris – Visite de l’atelier Chana Orloff« . « Véritable musée à ciel-ouvert, l’impasse « Villa Seurat » raconte l’histoire du mouvement architectural moderniste. Une dizaine de maisons-ateliers y furent édifiées entre 1924 et 1931 et de nombreux peintres, sculpteurs, écrivains s’y installèrent. C’est Auguste Perret qui construisit la villa de la sculptrice Chana Orloff (1888-1968). Elle y vécut et y travailla de 1926 à 1942 et à partir de 1945 à son retour d’exil au lendemain de la guerre. La visite-guidée de l’atelier de Chana Orloff, exceptionnellement ouvert pour l’occasion, sera assurée par sa petite-fille Ariane Tamir. À l’issue de la visite guidée de l’atelier de Chana Orloff, les participants se rendront à la brasserie La Coupole pour évoquer autour d’une boisson chaude et d’une pâtisserie l’histoire de ce lieu emblématique des années Folles et de l’art Déco ».
Arte diffusa le 16 septembre 2018 « Sculptrices, ni muses ni modèles » (Bildhauerinnen. Schöpferinnen von Kunst in Stein), documentaire réalisé par Emilie Valentin. « À toutes les époques, les sculptrices ont bravé les interdits pour conquérir leur place. Au travers de leurs destins, cette histoire méconnue de la sculpture invite à redécouvrir des chefs-d’œuvre oubliés ».

« Dès l’Antiquité grecque, le mythe de Pygmalion a cristallisé une répartition des rôles entre le sculpteur et la muse. Car Pygmalion incarne cet artiste amoureux de Galatée, la statue qu’il a sculptée, corps de femme qui prend vie sous ses yeux, comme voué à exaucer ses désirs. Le message est clair : l’homme est le créateur, la femme, la muse. Pourtant, depuis toujours, les femmes sculptent, taillent, fondent et frappent. Oubliées, engagées, affranchies, elles connaissent un destin qui relève du parcours du combattant. De Properzia de’ Rossi, pionnière de la Renaissance, à Niki de Saint-Phalle et ses monumentales « Nanas », en passant par Camille Claudel et son art tourmenté, Marcello et sa Pythie sensuelle et furieuse, la radicale Jane Poupelet ou encore Germaine Richier, toutes produisent des œuvres dont la puissance ne cesse de surprendre. »

« Au travers de sublimes images invitant à la contemplation, ce passionnant documentaire fait jaillir des chefs-d’œuvre, parfois oubliés, de l’histoire de l’art. Du XVIe siècle à nos jours, il révèle l’apport considérable des femmes dans la sculpture. Au-delà de son intérêt historique, la réflexion d’Émilie Valentin et Tristan Benoit porte aussi sur la réappropriation du corps – longtemps façonné par l’imaginaire des hommes – par les femmes. Au fil du temps, elles dessinent des lignes inédites et s’emparent de nouveaux matériaux. Au XIXe siècle, ces artistes comprennent notamment que le nu – qui leur était interdit – constitue un terrain de revendication à conquérir. Souvent éclipsée par Camille Claudel, Hélène Bertaux, qui a permis l’ouverture de l’École des beaux-arts aux femmes en 1897 puis l’accès au prix de Rome en 1903, s’empare avec virtuosité de ce sujet. Gracieux, énigmatique, androgyne, Psyché sous l’empire du mystère, son nu en bronze, saisit par son extrême beauté. »

Les 27 janvier 2019, de 11 h à 13 h et 12 mars 2019, de 14 h 30 à 16 h 30, le mahJ (musée d’art et d’histoire du Judaïsme), proposa la promenade « L’atelier de Chana Orloff et la villa Seurat » par Danielle Malka, guide-conférencière nationale. « Dans une impasse de maisons d’artistes à proximité de Montparnasse, Chana Orloff (1888-1968), sculptrice de l’avant-garde parisienne du début du XXe siècle, fait construire en 1926 sa maison-atelier par Auguste Perret. Malgré la destruction d’une partie de ses œuvres conservées à la villa Seurat pendant l’occupation, on y découvre les plus emblématiques, ainsi que la vie étonnante et dramatique qui fut la sienne. Rendez-vous place des Droits de l’Enfant, à l’angle des rues d’Alésia et de la Tombe-Issoire, Paris 15e. »
En mars 2019, Fayard a publié « L’horizon a pour elle dénoué sa ceinture. Chana Orloff (1888-1968) » de Rebecca Benhamoujournaliste. « Lorsque Chana Orloff (1888-1968) arrive à Paris à l’été 1910, elle n’a qu’une idée en tête : être une femme libre. Mais qu’est-ce qu’une femme libre, à l’aube du XXe  siècle, sinon une femme seule ? Pour réaliser ses rêves, elle a fui à vingt-deux ans les pogroms de Russie. À Paris, la sculptrice va fréquenter les plus grands artistes tels Soutine, Mogdigliani ou Apollinaire et partagé leur insouciance au carrefour Vavin. Puis la guerre éclate – et l’ivresse des années folles n’est plus qu’un lointain souvenir. Un hommage à une grande oubliée de l’art moderne. »
« Je suis née dans un petit village de la Russie des tsars. Il a fallu me battre à mort pour me faire revivre. Ces coups ne furent que les premiers de ceux que je dus endurer tout au long de ma vie. »
« Lorsque Chana Orloff arrive à Paris à l’été 1910, elle n’a qu’une idée en tête : être libre. Mais qu’est-ce qu’une femme libre, à l’aube du XXe siècle, sinon une femme seule ? Pour réaliser ses rêves, elle a fui les pogroms de Russie, et les champs de Palestine, où sa famille la conjure de revenir. »
« Âgée de vingt-deux ans, elle est loin d’imaginer que le Tout-Montparnasse va faire d’elle une reine, une sculptrice reconnue dans le monde entier. Amie fidèle de Soutine et de Modigliani, elle va épouser un proche d’Apollinaire et fréquenter l’avant-garde du carrefour Vavin, à l’heure où l’amour se conjugue au pluriel. Mais quand la guerre éclate, l’ivresse des années folles n’est plus qu’un lointain souvenir. Commence alors une extravagante épopée pour sauver sa vie — s’accrochant à cette liberté à laquelle elle n’a jamais renoncée, et à son art qui lui a donné des ailes. »
« Un récit biographique littéraire consacré à Chana Orloff, étoile oubliée de l’art moderne. De Paris à Tel Aviv en passant par Odessa, l’auteur marche dans ses pas et raconte la femme plus encore que l’artiste. »
Le 30 juin 2021, de 18 h 15 à 19 h 15, le mahJ (musée d’art et d’histoire du Judaïsme) propose, autour de l’exposition « Chagall, Modigliani, Soutine… Paris pour École, 1905-1940 », et dans le cadre d' »Une expo, une œuvre », « Maternité » de Chana Orloff« , conférence par Anne Grobot-Dreyfus, historienne de l’art. « La Maternité de 1914 est la première des vingt-quatre sculptures que Chana Orloff (1888-1968) réalise sur le thème de la Mère et l’Enfant. Ce motif, qui résonne avec l’art chrétien, est repris par les artistes juifs en tant que symbole de la « renaissance juive ».

« Sculptrices, ni muses ni modèles » par Emilie Valentin
France, 2017, 53 min
Sur Arte le 16 septembre 2018 à 6 h

Du 1 avril 2016 au 14 mai 2016
À la galerie Marcilhac 
8, rue Bonaparte – 75006 Paris
Tél. : +33.(0)1 43 26 47 36
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h 30 à 19 h

Jusqu’au 6 octobre 2013
Au MAHJ

Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 53
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le mercredi jusqu’à 21 h
Des visites guidées, notamment de l’atelier de Chana Orloff,  au 7 bis Villa Seurat, 75014 Paris, et la rencontre avec Ariane Tamir ou Eric Justman, petits-enfants de Chana Orloff sont sont prévues les 17 septembre 2013 et 3 octobre 2013

Jusqu’au 30 avril 2010
À la galerie Vallois Sculptures Modernes
41, rue de Seine, 75006 Paris. Tél : 01 43 29 50 80
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h
Entrée libre

Visuels de haut en bas :
Chana Orloff
Le Retour
, 1945
Ateliers Chana Orloff
© ADAGP, Paris, 2013

Photo de Chana Orloff, document d’archive de l’atelier Chana Orloff

Photos des œuvres : © Serge Veignant
Femme à la lyre
Sculpture en bronze à patine dorée
Fonderie suisse
H. 46,3 x L. 23,2 x P. 28 cm
1955

Deux danseuses
Sculpture en bois
Pièce unique
H. 78,5 x L. 18,7 x P. 20 cm
1914

Lucien Vogel
Sculpture en bronze à patine brune
Fonderie Valsuani
H. 45 x L. 16 x P. 22 cm
1921

Maternité
Sculpture en bois
Pièce unique
H. 43 cm
1944

Sirène
Sculpture en bronze à patine noire
Fonderie Susse, 2/8 / H. 27 x L. 43 x P. 35,7 cm / 1959

Ruth et Noémie
Sculpture en bronze
Fonderie Susse, 6/8
H. 60 x L. 34 x P.16 cm
1928

Dessins préparatoires pour Le Retour,1944-1945
Crayon sur papier
Ateliers Chana Orloff
© ADAGP, Paris, 2013phare

 

Cet article a été publié le 17 avril 2010 puis les 10 septembre 2013, 29 mars et 11 mai 2016, 18 mai 2017, 15 septembre 2018, 25 janvier 2019. Des citations sont extraites de communiqués de presse.

[Source : http://www.veroniquechemla.info/%5D

 

Débordant d’authenticité et de virtuosité dans son interprétation d’un répertoire incontournable de la musique brésilienne, l’exceptionnel duo français mené par Verioca Lherm et Thierry Peala, nous présente son premier opus baptisé A Tania Maria Journey.
Célébrant les 20 ans de leur rencontre à l’occasion, justement, d’un concert que la diva nordestine donnait à l’Olympia en février 2001, le tandem a choisi 13 compositions parmi les plus emblématiques du catalogue de la pianiste, les arrangeant avec brio pour deux voix, une guitare et de discrètes percussions… Un dépouillement acoustique touchant, chargé de vibrations latines accrocheuses et pleines de chaleur.

Accompagnés sur 6 morceaux par l’excellent percussionniste paoliste Edmundo CarneiroVerioca et Thierry sont parvenus à nous restituer tout le génie de Tania Maria, après s’être imprégnés de son énergie communicative et de sa poésie tropicale ponctuée de notes bleues.

Mariant subtilement depuis le début des années 70 le jazz, la pop et le blues au choro, à la bossa et à la sambaTania a largement su s’imposer dans le paysage de la MPB (musique populaire brésilienne) marquant notamment les esprit avec une technique de scat éblouissante et une manière singulière de siffler sur ses mélodies délicieusement chaloupées.

Il fallait donc bien des musiciens hors paire pour rendre hommage comme il se doit à une grande dame de la chanson. Il fallait également un talent certain pour transposer sa musique « pianistique » à la guitare (le jeu de cordes de Verioca rappelle souvent celui de Joao Bosco) et s’exprimer avec autant d’aisance et de naturel en portugais comme en anglais…

Belle découverte!

 

Publié par HiKo

[Source : les-chroniques-de-hiko.blogspot.com]

 

Écrit par Xavier Rivera

Un récital de piano dans le cadre magique de cette salle de concerts barcelonaise est, en soi, une expérience sensorielle complète : les lumières du soir tombant à travers les vitraux, la richesse sculpturale de la salle, les incroyables sonorités déployées par l’artiste, le public chaleureux (et parfois bruyant…) ou mes propres souvenirs d’autrefois dans ce lieu en compagnie des Gilels, Rubinstein, Kempff, Baskirov ou Arrau… promettaient une belle soirée.

Le résultat a bien dépassé les meilleures attentes. Alba Ventura est une pianiste dans sa jeune maturité qui vient de présenter avec succès la première partie d’un enregistrement intégral des Sonates

et Fantaisies de Mozart. Elle a étudié à Barcelone avec l’Anversoise Carlota Garriga Kuijpers dans le cadre de l’école que Granados fonda avec son ami Frank Marshall, et plus tard à Londres. Parmi ses mentors,

excusez du peu, De Larrocha, D. Baskirov, V. Askhenazy, M. J. Pires et j’en passe. Ce qui, en soi, ne garantit finalement pas grande chose. Mais… dès les premières mesures de son Evocación, elle donne le ton : le chant déploie ses ailes dans un élan magique de retenue et de chaleur, d’ordre et de beauté, de liberté et de rigueur. Car elle a bien compris le propos d’Albéniz lorsqu’il intitule son chef d’œuvre : Douze Nouvelles Impressions.

L’indiscutable filiation debussyste fut de suite mise en relief par une artiste dont l’imagination sonore foisonnante frise le miracle.

À certains moments, la richesse de sa palette sonore est telle qu’on reste pantois face à la possibilité qu’un humble piano puisse suggérer tant de couleurs. Et l’on admire les différents instru

mentistes, stimulés par cette palette mais confrontés à la difficulté de traduire avec l’orchestre les subtilités d’un jeu de pédale qu’elle manie avec autant de clarté que de générosité. Toutefois, elle a aussi une autre caractéristique étonnante : Albéniz écrit des arabesques sans fin qui enrobent, accompagnent ou contrastent avec le matériau thématique : Ventura parvient à les dissocier avec une telle clarté que l’on croirait à deux ou trois instrumentistes jouant des pièces au caractère nettement différent, sans les hiérarchiser en les traitant comme des simples accompagnements.

Ce que Granados et Marshall avaient aussi compris lorsqu’ils transcrivirent pour deux pianos plusieurs pièces de la Suite Iberia. Si la virtuosité de notre pianiste est éblouissante et si sa dextérité manuelle marque dans les pièces plus virtuoses comme La Fête-Dieu à Séville ou Triana, il faut dire que les meilleurs moments de la soirée furent ceux où le chant évocateur prend le dessus : AlmeríaJerez et surtout El Polo où elle confère aux sanglots mystérieux de la mélodie un pouvoir magique qui nous transporte de suite dans l’extase… Et l’on soulignera aussi sa vision de Lavapiés où la habanera saccadée de l’orgue de Barbarie passe de humour au sarcasme et où les éléments populaires sont entremêlés de rires narquois ou nonchalants. Même son langage corporel, en général sobre et discret, nous transporte alors vers les antres de la danse populaire des faubourgs madrilènes.

Et, après 75 minutes de transe musicale ininterrompue pendant lesquelles l’on finit par croire que l’artiste est devenue un « übermensch » nietzschéen, voilà qu’une fraction de seconde d’inattention dans Eritaña, qui clôt le cycle, nous ramène à la réalité en nous rappelant que l’artiste est un être humain, vulnérable, pas infaillible. Dès lors… encore plus grand !

En guise de réconciliation avec Séville, elle ajouta en bis la pièce homonyme de l’autre Suite, l’espagnole. Superbe !

Palau de la Mùsica Catalana, Barcelona, 8 juin 2021

[Photo : Ricardo Ríos Visual Art – source : http://www.crescendo-magazine.be]

 

Escrito por Juan Manuel Mannarino

La fiebre por el centenario de Astor Piazzolla provocó, entre otras cuestiones, resucitar viejas polémicas, actualizar malos entendidos y comprobar cómo en el establishment cultural y sus derivados institucionales sigue vigente la idea de “el Tango” —así, con mayúscula— como bloque indiviso y homogéneo. Una suerte de identidad patriótica del baile y la orquesta típica for export, algo que está lejos de la realidad histórica pero que no deja de apelar a un mito de origen y a la búsqueda de una esencia.

Piazzolla nunca quiso estar fuera del tango. Proclamador de un nuevo estilo compositivo, en tal caso lo modernizó y lo entendió como un espacio dinámico y enérgico. El tango, en tal caso, entendido en el tiempo como un campo de disputas estéticas —de igual modo que otros géneros populares como el jazz o el rock—: de músicas para bailar o para escuchar, de sentidos que diferían según tal o cual orquesta, tal o cual individualidad, tal o cual compositor. Por eso el legado de Piazzolla llega hasta hoy con variadas corrientes y escuelas que, lejos de agotarse, encuentran cruces generacionales y aires renovados.

Un género, en efecto, siempre propone un pacto de escucha. Y en el microuniverso que trasciende la marcación estricta del dos por cuatro, bajo un formato novedoso y poco común que se remonta a la huella indeleble del armonicista santiagueño Hugo Díaz, el tándem José Pepe Colángelo en piano y Franco Luciani en armónica —que se completan en formato de cuarteto con Leonardo Andersen en guitarra y Pablo Motta en contrabajo— grabaron el disco Tango improvisado, un título que hace honor a la forma con que se concibió: bajo una libertad de interacción instrumental camarística, íntima, de mestizaje entre la armonía tradicional y el sonido moderno del tango.

Elegante y suave para la escucha, distante de la altisonancia tímbrica del dos por cuatro, Tango improvisado apela a un brillo de texturas instrumentales que se yuxtaponen de forma creativa entre escalas, acordes y acompañamientos conocidos del género, como en “A media luz”, “María” o “Los mareados”. Luciani y Colángelo parecen renunciar a su virtuosismo para contribuir a un conjunto que enaltece la vertiente no cantada del tango, de Roberto Grela a Horacio Salgán, de Hugo Díaz a Diego Schissi. Sin ir más lejos, el propio Pepe Colángelo, expianista de Aníbal Troilo, fue director de los discos de Grela con Díaz, así como de los que este grabó entre 1972 y 1974 y que se conocieron como “Hugo Díaz en Buenos Aires”. Este disco rinde un solapado tributo y se reconoce en el árbol genealógico.

Son versiones breves, de no más de cuatro minutos: lo instrumental ajustado en tiempo y espacio. Un despojamiento que cautiva por los arreglos justos, como si nada sobrara. Como sucede por ejemplo en “Barrio de tango”, con Luciani llevando la melodía a cuestas y Colángelo como un custodio de la armonía, turnándose en los primeros y segundos planos con los otros músicos del cuarteto. Una versión que se resuelve con sutil equilibrio.

“Golondrinas” es otro cenit instrumental; en “Duelo criollo” Franco Luciani también canta y no desentona. Y allí está el dueto “Papá Baltasar/Oro y plata”, una impronta de milonga con aires de candombe que, sin perder la marca camarística, se suelta del libreto e invita al baile. Todo el disco se disfruta, apreciando sus tonos y climas de principio a fin, en tiempos en que la escucha llega digerida y fragmentada por las listas de Spotify.

Tal vez la ilusión de todo autor sea imprimirle una mirada personal a aquello que hace. Tango improvisado es un disco que lo logra: al escucharlo, las singularidades de Colángelo y Luciani aparecen reunidas en una celebración del género, yendo y viniendo de la tradición a lo contemporáneo. Y lo hacen con una técnica excelente y un sonido robusto y a la vez refinado. Porque el tango, en definitiva, posee un pluralismo incorregible, con una abundante variedad de cepas y de rumbos en su progreso como género. A su manera, con un exquisito estilo interpretativo, Luciani y Colángelo, dos generaciones, siguen ampliando el alcance y las posibilidades de esa música antigua y tradicional, nueva y dinámica.

José Colángelo y Franco Luciani, Tango improvisado, 2021.

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

 

L’édition de la poésie enregistrée aux États-Unis des années 1950 aux années 1980 : l’exemple de Caedmon Records et de Giorno Poetry Systems – Martin George

Dès les années 1950 aux États-Unis, la voix des poètes se diffuse sur vinyle. Les stratégies utilisées par les labels qui éditent de la poésie enregistrée, selon qu’ils fassent de leurs disques de véritables « livres augmentés » ou, au contraire, jouent avec les codes de l’album de rock, permettent d’éclairer les redéfinitions de la littérature qui s’opèrent alors, modifiant durablement les frontières entre textualité et oralité poétiques.

Martin George est doctorant au LARCA.

En 2016, Jeff Alessandrelli, poète vivant à Portland (Oregon) et associé à la maison d’édition indépendante Octopus Books, fonde le label à but non-lucratif Fonograf Editions, qui se donne pour mission de publier à la fois des « albums aux influences littéraires et des livres aux influences musicales1. » Fonograf compte aujourd’hui à son catalogue près d’une dizaine de titres, accueillant pour certains des figures prestigieuses de la littérature américaine contemporaine, telles que Eileen Myles, Alice Notley ou Rae Armantrout. À rebours du modèle du livre audio contemporain distribué en streaming, en MP3 ou en CD, produit par une poignée de grandes maisons d’édition et privilégiant les récits, romans, mémoires et (auto)biographies, Fonograf Editions publie des disques de poésie hybrides qui visent à « marier le son et le mot dans toutes les permutations possibles2». Il actualise en cela une tradition de l’édition de poésie sur vinyle datant du milieu du xxe siècle.

Quelques titres du catalogue de Fonograf Editions

En effet, dans les années 1950 et 1960 aux États-Unis, le marché des disques de littérature s’envole, porté par quelques labels tels que Caedmon Records, Argo, Folkways Records, Fantasy ou encore Spoken Arts. Ces labels diffèrent par leur projet : Fantasy est à l’origine un label de jazz ; Folkways compte surtout parmi son catalogue à vocation ethno(phono)graphique des enregistrements de musiques vernaculaires du monde entier ; Argo est un label anglais qui produit à la fois des disques de littérature et de musique classique ; Caedmon et Spoken Arts se consacrent à la poésie avec des incursions vers d’autres genres littéraires3. Cependant, ils ont pour point commun de proposer une nouveauté qui séduit le public : ils commercialisent des enregistrements de textes contemporains lus par leurs auteurs4.

Certes, le champ de la poésie enregistrée avait été ouvert bien avant cette époque : des cylindres phonographiques conservent les voix de certains écrivains de la fin du xixe siècle, et les disques de poètes lisant leurs œuvres ne sont pas rares dans la première moitié du xxe siècle. On peut songer aux enregistrements du « Harvard Vocarium » effectués par Frederick C. Packard Jr. dès les années 19305, ou à la « Contemporary Poets Series » éditée conjointement par l’Université Columbia et le National Council of Teachers of English à la même époque6. Cependant, ces enregistrements étaient alors réalisés dans un but avant tout archivistique ou pédagogique, et non commercial7. Matthew Rubery remarque en outre qu’au milieu du xxe siècle les « livres parlants » (talking books) étaient fortement associés à l’idée de handicap puisqu’ils étaient produits depuis les années 1930 par des programmes publics pour les personnes aveugles et malvoyantes, et leur commercialisation était même interdite. En effet, il semblait alors parfaitement incongru d’écouter quelqu’un lire un texte alors que l’on était capable de le lire soi-même. Pour pouvoir exister sur le marché, il fallait donc que les éditeurs de littérature enregistrée persuadent le public qu’ils étaient capables d’apporter une plus-value par rapport au texte imprimé8. Cette idée sera résumée en quelques mots par le slogan de Caedmon: « A third dimension for the printed page », la troisième dimension du texte.

Examiner comment évoluent les manières de produire, de distribuer et de consommer la poésie enregistrée à partir des années 1950 permet d’éclairer le statut accordé à la part orale et performée de la littérature. Est-elle simplement un supplément au texte, comme le suppose le slogan de Caedmon, ou constitue-t-elle un genre littéraire à part entière ? Dans cette perspective, l’album vinyle doit-il être considéré comme un médium littéraire au même titre que le livre imprimé, avec des impératifs et des codes propres, ou ne reste-t-il qu’un support d’enregistrement servant à compiler des fragments disparates de textes oralisés ? Pour tenter de répondre à ces questions, deux labels de poésie enregistrée seront comparés ici. L’exemple de Caedmon Records, d’abord, permettra de mettre en évidence les stratégies utilisées pour désamorcer les aspects les plus antilittéraires de l’enregistrement audio afin de faciliter sa commercialisation en tant qu’objet littéraire, tout en profitant de certaines possibilités permises par le format de l’album vinyle. Puis la voie alternative empruntée par le label Giorno Poetry Systems, fondé par le poète-performer John Giorno, montrera comment des disques de poésie qui mélangent ouvertement les catégories du littéraire et du musical, de l’esthétique et du politique, peuvent servir à repenser le genre de l’anthologie poétique.

Dans les années 1950, les technologies d’enregistrement et de stockage du son n’ont plus rien à voir avec celles qui étaient disponibles une vingtaine d’années auparavant. En 1948, l’avènement du disque microsillon en vinyle, avec environ 22 minutes de son par face, rend obsolète le 78-tours en gomme-laque (shellac), plus fragile, plus lourd, et offrant une qualité sonore et une durée d’enregistrement bien moindres. De plus, les studios d’enregistrement utilisent depuis 1949 des bandes magnétiques, qui facilitent grandement l’édition et le montage sonore9. Avec elles, il est désormais possible aux ingénieurs du son de façonner minutieusement en post-production la voix des poètes, de supprimer leurs hésitations et de gommer le bruit ambiant. Mais en parallèle de ces innovations technologiques, la poésie enregistrée est également prête à trouver son public au sein d’une population accoutumée aux digests et aux clubs de lecture, qui désire à présent se familiariser avec les grandes voix de la littérature contemporaine10. Dans ce marché naissant, Caedmon Records, fondé en 1952 par Barbara Cohen et Marianne Roney, deux jeunes femmes de vingt-deux ans fraîchement diplômées du Hunter College de New York, va se tailler la part du lion, atteignant un demi-million de dollars de chiffre d’affaire en 195911.

Pochette de The Caedmon Treasury of Modern Poets Reading, Caedmon, 1957

Le label fait le choix d’une direction artistique colorée, ornant souvent ses pochettes d’illustrations douces qui contrastent avec l’austérité et la difficulté associées à la poésie contemporaine dans l’esprit du grand public. Cette volonté de dédramatisation s’accompagne d’un argumentaire qui, d’une part, identifie les enregistrements de poésie à la tradition orale présidant à la transmission de la littérature depuis Homère12, et, d’autre part, attribue à la lecture à voix haute la capacité d’éclaircir le discours, de le revitaliser, et parfois même de transcender le sens usuel des mots. Tout le paratexte des disques est ainsi mis au service d’une légitimation de ces enregistrements comme objets littéraires à part entière, censément dignes du même investissement intellectuel et symbolique qu’un livre. Les notes du double album anthologique The Caedmon Treasury of Modern Poets invitent à ce titre l’auditeur à effectuer une sorte « d’explication de voix13 » en prêtant attention aux subtilités qui « débordent le texte imprimé14». Les notes d’un disque de Robert Frost comportent quant à elles une citation du poète avertissant l’auditeur que la poésie ne peut être sauvée de la « monotonie » que par « la voix qui parle » déjà présente en puissance sur la page pour « l’oreille de l’imagination15 » – une voix que le disque ne ferait donc que dévoiler pour l’auditeur. En parallèle, les éditrices du label soulignent la valeur indicielle des enregistrements, le fait qu’ils témoignent d’un ici et maintenant de la vie de l’écrivain préservé à jamais par la technologie. Les notes de Dylan Thomas Reading, Volume Two détaillent ainsi la longue session nocturne durant laquelle Thomas a enregistré les poèmes du disque, ses questions aux éditrices, ses accès d’exaspération et ses efforts pour débarrasser sa voix de toute sentimentalité superflue, sans pour autant y parvenir tout à fait16. Ces détails sont d’autant plus significatifs que Thomas était décédé quatre ans avant la sortie de l’album, et que les enregistrements de sa voix déjà disponibles avaient largement contribué à façonner sa légende de poète maudit. Le premier album consacré par Caedmon à Ezra Pound raconte une histoire similaire : selon les notes, c’est après avoir rendu une visite impromptue au poète à l’hôpital psychiatrique où il était détenu depuis 1945, et entretenu une correspondance avec lui, que les deux éditrices réussirent à le persuader d’effectuer un enregistrement de ses textes, malgré ses sautes d’humeur17. Pour finir, l’idée que le disque fait entendre un fragment vivant de l’existence du poète sert parfois même à excuser la qualité du son : c’est par exemple le cas pour un album plus tardif de Brother Antoninus, enregistré lors d’une lecture publique, dont les bruits de fond sont justifiés comme faisant « partie intégrante de la présence vivante du poète18 ».

Album best-seller de Caedmon, Dylan Thomas Reading A Child’s Christmas in Wales and Five Poems, se serait écoulé à plus de 375 000 exemplaires en dix ans.

Plutôt que de jouer pleinement avec les possibilités offertes par les technologies de montage en termes d’effets sonores, d’ajouts musicaux ou de découpage non-linéaire, les enregistrements de Caedmon gardent l’intégrité du texte tout en en modelant le son pour le rendre plus rond et plus chaleureux. Le façonnage de la voix des poètes est minutieux, parfois allant jusqu’à retirer toute trace de souffle ou de respiration19. Cette utilisation poussée des techniques d’ingénierie du son au service de la magnification de la voix et de l’élimination des bruits parasites se rapproche donc moins de l’idée d’une « poésie sonore » (dans le sens développé par quelques poètes français dès la fin des années 1950, c’est-à-dire une exploration poétique poussée des virtualités de la voix, du langage, et des technologies de reproduction du son20) que d’une oralisation du texte qui se veut la plus transparente possible.

L’objectif de ce travail sur le son est d’encourager les auditeurs à s’engager dans une écoute attentive pour qu’ils obtiennent une compréhension plus fine des nuances du poème21, et aient l’impression de profiter d’un moment intime avec une figure littéraire de premier plan. Le label privilégie logiquement le format de l’album à une voix (un poète, un disque) et publie surtout des enregistrements d’une poignée de grands noms de la poésie anglo-saxonne, dont la plupart sont déjà identifiés dans les années 1950-1960 à un canon moderniste en passe de se stabiliser (T. S. Eliot, Ezra Pound, Gertrude Stein, William Carlos Williams, Wallace Stevens, e. e. cummings…). Le spectre du livre imprimé n’est pas loin, et il est d’ailleurs significatif que dans ses premières années, environ un tiers des ventes de Caedmon aient été réalisées en librairie22.

Caedmon adopte en fin de compte une stratégie ingénieuse qui lui permettra de s’imposer en tant qu’acteur à part entière de la culture littéraire légitime. Elle consiste à faire entrer les technologies de reproduction sonore dans le champ littéraire au nom d’une renaissance de la littérature orale, ainsi qu’à les mobiliser afin de préserver pour la postérité la voix des grandes figures de la littérature du premier xxe siècle, clôturant ainsi symboliquement un des grands chapitres de l’épopée moderniste. Cependant, cette stratégie fait mine d’ignorer l’appareillage technologique et commercial dont le label fait pourtant un usage adroit, entre machines à enregistrer et à reproduire ; découpage, mixage, publicité, diffusion, et distribution.

Une quinzaine d’années plus tard, un autre label se lance dans la poésie enregistrée, mu par une philosophie toute autre. Il s’agit de Giorno Poetry Systems (GPS), organisation à but non-lucratif créée de manière informelle en 1965 et fondée en société en 1969 par John Giorno, un poète influencé par les stratégies de détournement des images médiatiques et commerciales élaborées par le Pop Art. À l’origine conçu comme un forum pour étendre le champ de la poésie jusqu’aux moyens de divertissement de la vie courante23, GPS commence à produire des disques au début des années 1970 après le succès d’une installation d’art contemporain réalisée par Giorno, d’abord pour l’Architectural League de New York en 1968, puis pour le Museum of Contemporary Art de Chicago et le MoMA de New York en 1969 et 1970. Grâce à cette installation, nommée Dial-A-Poem, chacun pouvait appeler un numéro et entendre un poème choisi au hasard parmi environ 700 enregistrements de 55 poètes24, selon un programme modifié quotidiennement. Dial-A-Poem fit scandale à plusieurs reprises à cause du contenu sulfureux de certaines des sélections, notamment des extraits de The Basketball Diaries, texte autobiographique de Jim Carroll (publié en 1978) comportant des descriptions crues d’actes sexuels et de violence, des discours d’activistes du Black Panther Party, ou encore des poèmes tirés des Revolutionary Letters de Diane Di Prima évoquant les étapes de la préparation d’une action révolutionnaire armée. En 1972, Giorno édita certains des enregistrements de l’installation, dont les plus polémiques, dans un double album intitulé The Dial-A-Poem Poets25, qui deviendra le premier d’une série d’une quinzaine de disques publiés jusqu’au milieu des années 198026.

Pochette de The Dial-A-Poem Poets, Giorno Poetry Systems, 1972

Tandis que la politique éditoriale de Caedmon prenait des risques calculés en mettant en avant des poètes réputés exigeants mais déjà publiés et reconnus, GPS n’hésite pas à donner une place à des enregistrements d’horizons très variés, souvent contemporains et relativement peu connus. Les sélections de GPS donnent à entendre la grande diversité des nouvelles poésies américaines : l’école de New York, celles de Bolinas et de la côte ouest, la poésie concrète, la poésie beat, la poésie noire et la « Movement Poetry » – c’est-à-dire les textes des mouvements anti-impérialistes, contre-culturels et de la gauche radicale27. Certains des poètes les plus âgés de ces nouvelles écoles avait déjà été mis en avant par une anthologie de 1960, The New American Poetry, où ils étaient présentés comme « les véritables continuateurs du mouvement moderne dans la poésie américaine28. »

Les choix de Giorno poursuivent cet effort de recension du contemporain, tout en reflétant un bouleversement qui s’était produit depuis plusieurs années dans le monde de l’édition de la poésie : en effet, les années 1960 et 1970 voient exploser le nombre de petites maisons d’édition et de magazines indépendants à très petit budget. Surnommée « mimeo revolution29 » en raison de la place centrale qu’y occupe le miméographe (ou machine à ronéotyper), une machine de reproduction par transfert qui préfigure la photocopieuse, ce bouleversement permet à n’importe quel jeune poète de se lancer dans l’édition d’un magazine, d’inviter ses amis à y participer, et de participer en retour aux leurs. Une scène poétique alternative se forme alors, notamment à New York, caractérisée par une circulation très rapide des textes, une profusion de collaborations, et une réception quasi-immédiate30, qui suscitent des effets de conversation dans et hors des poèmes. L’utilisation du téléphone comme médium de diffusion de la poésie représentait alors une extension de ces évolutions qui prouvait que la littérature n’était plus nécessairement confinée au domaine de l’imprimé et pouvait se saisir des technologies de l’information et de la communication pour toucher d’autres publics. Si l’on considère comme Marshall McLuhan que « le médium est le message31, » on se rend compte de la portée iconoclaste qu’il y avait à faire transiter la poésie par le téléphone. Alors que l’usage que Caedmon prescrivait pour ses disques était une écoute attentive et aussi solennelle que la lecture d’un volume imprimé, Dial-A-Poem se saisissait d’un geste anodin de la vie courante, effectué d’habitude pour lancer une conversation décontractée avec un ami ou échanger des secrets intimes à voix basse à travers le combiné. Si le poème sur lequel on était tombé était trop ennuyeux, il n’y avait qu’à raccrocher et à composer le numéro à nouveau pour en écouter un autre. De plus, les enregistrements choisis accentuent les effets du médium, puisqu’ils sont souvent écrits en langue familière, prononcés sans emphase et précédés de présentations plus conversationnelles qu’explicatives, comme si le poème faisait partie d’une discussion entre l’auditeur et le poète.

John Giorno aux commandes des répondeurs téléphoniques de Dial-A-Poem en 1969

L’entreprise de GPS consiste, en somme, à adapter l’anthologie poétique à l’ère des médias de masse. Avec Dial-A-Poem, John Giorno réinvente de fond en comble le travail éditorial : pour collecter les poèmes, il ne faut plus éplucher les magazines et les recueils ou solliciter les auteurs pour obtenir leurs manuscrits, mais soit aller directement à leur rencontre avec un magnétophone, soit recueillir des enregistrements effectués lors de lectures publiques et disséminées dans des archives universitaires, privées ou semi-privées, pour lesquelles il n’existe pas encore d’outils de recherche autres que le bouche-à-oreille. Pour les classer, la linéarité alphabétique ou chronologique des anthologies papier est abandonnée : l’éditeur, dont le travail s’apparente alors plus à celui d’un informaticien ou d’un DJ, doit constituer des bases de données et mettre en place une série de programmes quotidiens32. Pour les distribuer, au lieu de passer par une maison d’édition, il doit mettre en place les moyens techniques qui permettent au service téléphonique de prendre en charge les appels et les rediriger aléatoirement vers une des boîtes vocales qui contiennent les enregistrements. Enfin, les disques de GPS qui compilent les sélections de Dial-A-Poem encouragent les auditeurs à se réapproprier les poèmes en devenant eux-mêmes des programmateurs, dans un esprit do-it-yourself. Les notes de The Dial-A-Poem Poets: Disconnected, lesecond album de GPS, comportent en effet un mode d’emploi et une fiche des tarifs pour installer une ligne téléphonique poétique, accompagnés de l’invitation suivante : « diffusez vos poètes locaux, et nous vous fournirons d’autres poètes33. » L’idée est donc de se saisir des médias de masse pour supprimer les intermédiaires institutionnels, et ainsi décentraliser la production et la diffusion de la poésie.

Dans le même esprit que ce rêve d’une poésie autogérée, les sélections de GPS se démarquent également par leurs fortes connotations politiques. La dernière face du premier double album de GPS est occupée à moitié par des extraits de discours de leaders du Black et du White Panther Party (John Sinclair, Bobby Seale, Kathleen Cleaver), et inclut également un protest poem du poète anglais Heathcote Williams. En outre, on peut voir au verso de la pochette de ce même album une scène d’arrestation collective lors d’un sit-in, montrant des officiers de police aux larges épaules, casqués et armés de matraques, encercler un petit groupe d’étudiants chevelus, tandis qu’à l’arrière-plan, d’autres jeunes manifestants sont entassés debout dans un camion de location qui semble être prêt à fermer son rideau et à partir pour le commissariat le plus proche. Le recto de la pochette comporte, quant à lui, une citation d’allure vaguement rebelle, qui semble justifier l’existence du disque : « Au point où on en est, avec la guerre et la répression et tout ça, on s’est dit que ça c’était un bon moyen pour que le Mouvement touche les gens34. » Exception faite du titre de l’album, l’objet n’avait rien d’un disque de poésie : on croyait plutôt avoir entre les mains un pamphlet audio publié par une organisation étudiante particulièrement déterminée. Cependant, le ton était donné : le « ça » en question, c’est-à-dire l’album vinyle, avait désormais un pouvoir de diffusion beaucoup plus important que celui du livre imprimé. Que ce soit pour faire entendre des poèmes ou disséminer des idées politiques radicales, Giorno avait bien compris qu’un disque valait mille mots.

Puisque le label émerge d’une culture qui met en valeur la pluralité des voix, c’est le format du disque collectif qui prédomine sans surprise chez GPS, donnant à entendre au fil des albums des poètes plus âgés (Charles Olson, Allen Ginsberg, Frank O’Hara, John Ashbery…) comme plus jeunes (Anne Waldman, Ted Berrigan, Bernadette Mayer…), ainsi que des figures de la littérature underground (William Burroughs, Charles Bukowski, Eileen Myles, Kathy Acker…). La direction artistique s’inspire quant à elle des pochettes d’albums de rock, en montrant des poètes qui posent en groupe avec des airs de dur à cuire ; ou flirte parfois avec le scandale, comme la pochette de Disconnected sur laquelle John Giorno, à genoux sur une plage, mime une masturbation dans l’écume d’une vague, tandis qu’un encadré en haut à droite le présente à moitié dévêtu sur un lit d’hôtel avec le combiné d’un téléphone en guise de cache-sexe. Cette parenté avec le marché de la musique n’est pas accidentelle : dans une interview publiée en 1975, Giorno dénigre l’expérience « assommante » qu’offre un disque de poésie traditionnel, avec une personne qui parle d’une voix monotone pendant une demi-heure ; il lui oppose la philosophie de GPS, qui emprunte aux albums de rock le concept de « morceau » (cut), c’est-à-dire un fragment qui peut aussi bien être écouté isolément, comme à la radio, que dans le contexte de la face du disque sur lequel il apparaît35. L’emballage aussi doit être séduisant : de la pochette à la promotion, en passant par l’ordre des poèmes sur le disque, tout est pensé pour répondre aux attentes esthétiques et commerciales du rock36. Les disques de GPS sont donc à considérer, plutôt que comme de simples anthologies poétiques, comme des supports mixtes qui détournent les impératifs de l’industrie musicale pour aboutir à une définition nouvelle du littéraire. Mais le brouillage des frontières entre poésie et musique ne s’arrête pas là, puisqu’au fil des années, GPS offrira à de nombreuses figures des scènes musicales punk et alternatives, dont les prétentions ont toujours été autant poétiques que musicales (Patti Smith, Richard Hell, Glenn Branca, Debbie Harry…), un terrain pour expérimenter des formes hybrides entre musique, poésie et art sonore37. Inspiré en retour par cette scène alternative, John Giorno créera même, au début des années 1980, un groupe de rock qui se produira dans les mêmes salles que les sommités du punk new-yorkais, comme CBGB, le Bottom Line, le Palladium ou encore le Ritz38.

L’édition de poésie enregistrée chez Giorno Poetry Systems est, en fin de compte, d’une toute autre nature que celle de Caedmon. En détournant les codes de l’industrie musicale, en mélangeant l’esthétique et le politique, en valorisant la diversité des styles, et en s’appuyant sur une définition large et inclusive de la littérature, GPS fait de ses anthologies des instantanés du temps présent qui désacralisent la voix du poète et encouragent le plus grand nombre à se saisir des moyens de production de la poésie. Caedmon, en revanche, commercialise des disques qui visent le statut d’objets littéraires légitimes, et dont le succès réside pour cette raison dans leur faculté à produire une voix réifiée, identifiable et assimilable à un corpus de textes reconnu par les institutions culturelles légitimes. L’explication de cette différence réside dans l’écart entre la situation historique et sociale dans laquelle se trouve chacun des deux labels : malgré la petite vingtaine d’années qui sépare leur création respective, Caedmon Records se fond dans une société pour laquelle il existe un lien avéré entre respect de la culture légitime et mobilité sociale, tandis que Giorno Poetry Systems émane d’un milieu contre-culturel pétri de valeurs égalitaristes et libertaires. S’il fallait trouver une filiation à ces deux éditeurs de poésie enregistrée dans notre économie contemporaine – et bien que la comparaison soit nécessairement limitée –, GPS serait sans doute à rapprocher des archives sonores gratuites en ligne telles que PennSound39, créé par Al Filreis et Charles Bernstein à l’Université de Pennsylvanie, ou UbuWeb40, fondé par l’écrivain Kenneth Goldsmith, qui s’efforcent, comme le fit Giorno en son temps, de rendre accessibles des enregistrements poétiques à faible intérêt commercial ; alors que Caedmon, racheté au cours des années 1970 par la maison HarperCollins, pourrait s’apparenter aux grandes entreprises d’édition de livres audio telles qu’Audible, la filiale d’Amazon, et son modèle axé sur des auteurs à succès et des titres à forte visibilité.


  1. « Devoted to bringing literary-influenced albums and musically-influenced books to both print and audio formats, Fonograf is one of the only entities of its kind in the U.S.» https://fonografeditions.com/about/ []
  2. « Existing to marry sound and word in all possible permutations, Fonograf publishes works influenced by language and literature. » Ibid. []
  3. Les catalogues de ces labels sont tous retranscrits sur le site https://www.discogs.com/ []
  4. Selon les articles de presse contemporains qui s’intéressent au phénomène, les bibliothèques et les établissements d’enseignement commencent à commander des disques de littérature au cours des années 1950, afin d’ajouter à leur catalogue de nouvelles ressources pédagogiques ou de divertissement, ce qui encourage les étudiants et les jeunes diplômés à les acheter pour eux-mêmes. Le marché, favorisé en partie par la démocratisation des tourne-disques portables, devient alors une niche financièrement solide, et les royalties touchés sur les albums auraient rapporté aux ayants-droit des poètes concernés parfois plus d’argent que les droits d’auteurs de leurs livres sur plusieurs années. Témoin de ce succès, l’album le plus populaire du genre, Dylan Thomas Reading A Child’s Christmas In Wales And Five Poems, Vol. 1 (Caedmon, 1952), se serait écoulé à 375 000 exemplaires en 1961, neuf ans à peine après sa sortie. Anon., « Actors Get Disk Break: Caedmon Inks Drama Stars For Big New Sales Pitch », The Billboard, 14 avril 1956, p. 31, 34 ; Niki Kalish, « Spoken Word LP’s Garner Steady Coin », Billboard Music Week, 20 novembre 1961, p. 13, 19. []
  5. Matthew Rubery, « Harvard Vocarium (1933-1956) », Washington D. C., United States Library of Congress’s National Record Registry, 2014. https://www.loc.gov/static/programs/national-recording-preservation-board/documents/Harvard%20Vocarium%20essay.pdf []
  6. Chris Mustazza, « Provenance report: William Carlos Williams’s 1942 reading for the NCTE », Jacket2, 2014.https://jacket2.org/article/provenance-report []
  7. George W. Hibbitt, professeur à l’Université Columbia de 1927 à 1963, rapporte à ce titre l’anecdote selon laquelle le poète Vachel Lindsay aurait été éconduit par une maison de disques qui l’avait invité pour un enregistrement de ses textes, avant de lui annoncer une semaine plus tard que la session était annulée, faute de perspectives de profit suffisantes pour un disque de poésie. George W. Hibbit, « Phonograph Recordings of Poets’ Readings », The English Journal, vol. 25, n° 6, 1936, p. 479-481: p. 479. []
  8. Matthew Rubery, The Untold Story of the Talking Book, Cambridge (Massachusetts) et Londres, Harvard University Press, 2016, p. 185-186. []
  9. Ibid., p. 188-189. []
  10. Matthew Rubery et Jacob Smith relient le succès de Caedmon à l’avènement dans les États-Unis d’après-guerre d’une culture « moyenne », ni intellectuelle, ni populaire (middlebrow culture), tandis que Sarah Parry identifie la diffusion de la voix des poètes comme un véhicule de l’idéologie humaniste et libérale de cette même période. (Rubery, op. cit., p. 189 ; Jacob Smith, Spoken Word: Postwar American Phonograph Cultures, Berkeley, University of California Press, 2011, p. 50-51 ; Sarah Parry, « The Inaudibility of ‘Good’ Sound Editing: The Case of Caedmon Records », Performance Research, vol. 7, n° 1, p. 24-33 : p. 27. []
  11. Rubery, op. cit., p. 188. []
  12. Ibid., p. 192-195. []
  13. C’est ainsi que Michel Murat traduit le concept de « close listening » proposé par Charles Bernstein dans un essai de 1998. Charles Bernstein, « Close listening : l’explication de voix », traduit de l’anglais par Michel Murat, in Abigail Lang, Michel Murat et Céline Pardo (dir.), Archives sonores de la poésie, Dijon, Les presses du réel, 2019, p. 21-47. []
  14. « We have only to listen to these poets reading their own works to know how important their interpretations are to a full comprehension of the poems. The ministerial intonations of Eliot, the passionate orchestrations of Thomas, the very, very precise formulations of Cummings, the easy conversational inflections of Frost, are integral, and lend those subtle clarifications which are beyond the printed page. » Collectif, The Caedmon Treasury of Modern Poets Reading Their Own Poetry [2×33t], New York, Caedmon, 1957. []
  15. « All that can save [sentences] is the speaking tone of voice somehow entangled in the words and fastened to the page for the ear of the imagination. That is all that can save poetry from sing-song, all that can save prose from itself. » Robert Frost, Robert Frost Reads His Poetry [33t], New York, Caedmon, 1957. []
  16. « Dylan worked terribly hard at his reading on this tape. […] He made errors and burst into the most colorful profanities which he himself relished even more than his audience. […] He tried over and over again to rid his voice of the sentimentalism with which he infused the final lines of the Poem on His Birthday, but he could not read in another way. It was his birthday[…]. » Dylan Thomas, Dylan Thomas Reading, Volume Two [33t], New York, Caedmon, 1957. []
  17. Ezra Pound, Ezra Pound Reading His Poetry [33t], New York, Caedmon, 1960. []
  18. « Indeed, the sounds of the shifting of gears and the acceleration of motors underscore the significance of today’s world rushing by unconcernedly while the poet’s audience, in an enraptured silence broken only a few times by coughs during the hour-long reading, sat transfixed by his every word and silence. The background sounds become an integral part of the poet’s living presence. » Brother Antoninus, The Savagery of Love: Brother Antoninus Reads His Poetry [33t], New York, Caedmon, 1968. []
  19. Parry, art. cit., p. 30-31. La même source rapporte le témoignage d’une personne ayant eu l’opportunité d’entendre en chair et en os un poète de Caedmon, qui avait noté des différences majeures entre la voix du poète sur vinyle et sa voix sur scène. []
  20. Pour une discussion des définitions possibles de la poésie sonore, voir Vincent Barras, « Entretien avec Bernard Heidsieck », in Vincent Barras et Nicholas Zurbrugg (dir.), Poésies sonores, Genève, Éditions Contrechamps, 1992, p. 137-146. https://books.openedition.org/contrechamps/130 []
  21. « Whereas today’s audiobooks advertise the freedom to drive or exercise while listening, Caedmon’s implied audience devoted its full attention to the record. (Most of the people I have spoken with did listen to spoken word recordings in this way either at home or in a library.) Doing otherwise risked admitting that spoken word recordings were not high art, as many consumers needed to believe at a time when the cultivation of taste was linked to social mobility. » Rubery, op. cit., p. 201-202. []
  22. Anon., « Actors Get Disk Break », art. cit., p. 34. []
  23. GPS produira entre autres des cassettes vidéo, des posters, des programmes de radio, des événements publics, des concerts, ou encore de la poésie prenant la forme d’objets de consommation courante (paquets d’allumettes, t-shirts, barres chocolatées…). John Giorno, « Giorno Poetry Systems », in You Got to Burn to Shine, Londres et New York, Serpent’s Tail/High Risk Books, 1994, p. 181-189. []
  24. John Giorno, « Dial-A-Poem Hype », notes de Collectif, The Dial-A-Poem Poets [2×33t], New York, Giorno Poetry Systems, 1972, reproduites dans Palais, 22, 2015, p. 89. []
  25. Collectif, The Dial-A-Poem Poets [2×33t], New York, Giorno Poetry Systems, 1972. []
  26. Le site Ubuweb a archivé la plupart des disques de GPS en format MP3 : https://www.ubu.com/sound/gps.html. []
  27. Giorno, « Dial-A-Poem Hype », op. cit. []
  28. Donald M. Allen (ed.), The New American Poetry, New York et Londres, Grove Press et Evergreen Books, 1960, p. xi. []
  29. Une exposition de 1998 à la Bibliothèque publique de New York intitulée « A Secret Location on the Lower East Side » a fait la chronique de cette période. Des essais, des images et un index des magazines et des maisons d’édition sont disponibles sur le site https://fromasecretlocation.com. []
  30. Daniel Kane, « The Aesthetics of the Little », in All Poets Welcome: The Lower East Side Poetry Scene in the 1960s, Berkeley, University of California Press, 2003, p. 57-122. []
  31. Marshall McLuhan, Understanding Media: The Extensions of Man, Cambridge (Massachussetts) et Londres, The MIT Press, 1994 [1964]. []
  32. Le site de la Fondation John Giorno permet de télécharger en format PDF les programmes et les listes détaillées des poèmes présentés lors des trois premières itérations de Dial-A-Poem, qui permettent de se rendre compte du travail minutieux de classification nécessaire à la mise en place du service : https://www.giornofoundation.org/dial-a-poem. []
  33. John Giorno, « This Album Is A Do-It-Yourself Dial-A-Poem Kit », notes de Collectif, The Dial-A-Poem Poets: Disconnected [2×33t], New York, Giorno Poetry Systems, 1974. []
  34. « At this point, with the war and the repression and everything, we thought this was a good way for the Movement to reach people. » []
  35. Winston Leyland et John Giorno, « Winston Leyland Interviews John Giorno », in Winston Leyland (ed.), Gay Sunshine Interviews, Volume One, San Fransisco, Gay Sunshine Press, 1978, p. 129-162: p. 149. []
  36. Ibid. []
  37. Daniel Kane, « Giorno Poetry Systems », in “Do You Have A Band?” Poetry and Punk in New York City, New York, Columbia University Press, 2017, p. 145-171. []
  38. Giorno, « Giorno Poetry Systems », op. cit., p. 185. []
  39. http://writing.upenn.edu/pennsound/ []
  40. https://www.ubu.com/sound/index.html []

 

 

[Source : flt.hypotheses.org/category/sonore]

Cúmprense este martes 6 de abril 50 anos do falecemento do gran compositor ruso

O músico Ígor Stravinski

Por H. J. P.

«A palabra experimento ten significado no campo das ciencias. Na composición musical non quere dicir nada. Ningunha composición musical boa podería ser meramente experimental; é música ou non o é; hai que oíla e xulgala como calquera outra». Así, con esta rotundidade, resumía o seu ideario Ígor Stravinski ao seu asistente, amigo e confidente Robert Craft, tamén director orquestral, e cuxas proteicas conversacións editou en castelán o selo Alianza en 1991 (Cantil fixo o propio tempo despois con Ígor Stravinski e Robert Craft. Memorias e comentarios). Con aquela sentenza avanzaba o compositor ruso que non aceptaría ser clasificado como un mero vangardista por unha obra que supuxo para a música, en certo xeito, o que a de Picasso -con quen mantivo unha estreita relación: dedicoulle unha peza e encargoulle a escenografía para o seu ballet Pulcinella– representaba para a pintura e a arte en xeral. É dicir, respecto e coñecemento da tradición e, sobre ela, trazado dunha senda de transformación, ruptura e continuación.

Stravinski (Oranienbaum, actualmente Lomonósov, Rusia, 1882) faleceu aos 88 anos, un día como este martes, 6 de abril, en Nova York, no seu apartamento na Quinta Avenida, tras deixar unha obra que renovou a música ao, entre outras achegas, asumir a dodecafonía de Schönberg e o atonalismo de Anton Webern e Alban Berg para impulsar as súas propostas e convertelas en aceptadas, desde unha posición de marcado neoclasicismo. A capacidade totalizadora de Stravinski para deglutir, para procesar, para crear, desde as súas raíces -a súa etapa de aprendizaxe co mestre Rimski-Kórsakov e a súa colaboración posterior cos ballets rusos de Serge Diaghilev-, o seu espírito afrancesado -os seus vínculos con Gide, Debussy, Valéry, Ravel- e a súa última experiencia estadounidense, era proverbial.

A súa partitura e o seu virtuosismo para crear imaxes musicais asimilábao todo -o acervo popular e o jazz tampouco lle foron alleos- con naturalidade canónica. Sen o seu audaz camiño, dificilmente enténdense figuras e obras do ámbito contemporáneo como as de Olivier Messiaen e Pierre Boulez.

A consagración da primavera, que se estreou o 29 de maio de 1913 no teatro dos Campos Elíseos, en París, cun monumental escándalo -pola incomprensión xeral de público e crítica-, mantense entre as máis importantes pezas orquestrais escritas no século XX, e recoñécella polo seu poder inaugural.

 

[Fonte: http://www.lavozdegalicia.es]

Revisiter le répertoire d’un artiste ou d’un genre musical est un exercice de style assez répandu chez les jazzmen. Transcender un thème ou une mélodie est aussi une approche jazzistique de la musique, lorsque la virtuosité s’accorde à l’inspiration et à l’improvisation. Mais cette expression de la liberté revêt d’autres formes, Renaud Garcia-Fons a choisi celle du « lien », « le lien qu’il tisse entre les différents univers musicaux qui ont baignés son enfance ».

La Linea del Sur, titre de son dernier opus [2013], réunit les sonorités de l’Espagne, du Maghreb, de l’Europe de l’est ou encore de l’Inde et les mêle à ses émotions pour en extraire un jazz métissé et polymorphe. Ce voyage imaginaire dans les contrées élargies d’une méditerranée plurielle s’organise comme « un recueil de nouvelles », des instantanés glanés par le contrebassiste au gré de ses rencontres et de ses influences.

Imprégné de toutes ces traditions, La Linea del Sur Quartet se compose, outre de Renaud, de Kiko à la guitare flamenca, de Pascal Rollando aux percussions et de David Venitucci à l’accordéon. Ils sont rejoint par une grande voix du flamenco Esperanza Fernandez, « qui parvient à repousser les frontières de l’Andalousie jusqu’au Nouveau Monde ».

Musique de partage, de découverte, de fusion et d’improvisation, le jazz de Renaud Garcia-Fons réconcilie musicalité et virtuosité…

La Linea Del Sur brode une étoffe délicate destinée à nous tous qui venons ou vivons dans les sud d’ici et d’ailleurs.

 

Publié par Hiko

[Source : les-chroniques-de-hiko.blogspot.com]

Écrit par Carlo Schreiber

 

Lalo Schifrin (1932) et Nicolas Mazmanian (1973) : Créations pour mandoline, piano et accordéon.  Vincent Beer-Demander : mandoline  ;  Nicolas Mazmanian : piano  ; Grégory Daltin : accordéon. 2020.2019 et 2020. Livret en français et en anglais.  60’07.  Label Maison Bleue 

Le mandoliniste Vincent Beer-Demander a convaincu le légendaire Lalo Schifrin de composer un concerto pour mandoline, Le Concierto del Sur. C’était la première fois que le compositeur écrivait pour cet instrument. La création devait avoir lieu l’année passée avec l’Orchestre de Cannes sous la direction de Benjamin Lévy, mais la pandémie à contraint à décaler la première audition. Cela n’a pas découragé Vincent Beer-Demander ! Ayant travaillé l’œuvre avec le compositeur à son domicile de Los Angeles, en compagnie du pianiste Nicolas Mazmanian, ils en proposent la version “chambriste” pour piano et mandoline qui avait eu la chance d’être donnée en concert au Semel Institute UCLA à Los Angeles, en présence du compositeur.  Le Concierto del Sur est un petit chef-d’œuvre. Schifrin déploie toutes les possibilités de l’instrument. Les différents thèmes sont magnifiques. La mandoline est tour à tour langoureuse, percussive, mélancolique, jazzy, sensuelle…C’est un feu d’artifice de sons et de couleurs où Vincent Beer-Demander est impressionnant dans sa combinaison de virtuosité, de poésie et d’enthousiasme. Il ne pouvait rêver d’un meilleur concerto et Lalo Schifrin d’un meilleur interprète.

Convaincu par la démarche artistique du mandoliniste, Lalo Schifrin écrit en 2019 une Fantaisie pour mandoline et accordéon. C’est un voyage excitant en Amérique du Sud. Le mariage entre les timbres de la mandoline et de l’accordéon est très réussi. L’accordéoniste Grégory Daltin et Vincent Beer-Demander forment un duo remarquable.

Lalo Schifrin a accueilli avec beaucoup d’émotion les Variations sur le thème de Mission Impossible composées par Nicolas Mazmanian en hommage au Maestro. Nicolas Mazmanian évoque par ces variations la vie du compositeur. De son pays natal, l’Argentine, de son amour pour la musique baroque en passant par le jazz pour terminer par une évocation à Olivier Messiaen, le Mentor de Schifrin.

L’album présente encore une autre œuvre de Mazmanian, la Fantaisie concertante composée spécialement pour Vincent Beer-Demander. C’est un petit bijou en trois mouvements. « Prélude », avec une mélodie dans le style de musique ancienne ; Humoreske, sur un rythme de marche rock gothique, superposé à une mélodie aux accents de blues et des motifs enfantins plein de malice.

Son :10  –  Notice : 10 –  Répertoire: 08 –  Interprétation:10

 

[Source : http://www.crescendo-magazine.be]

 

Se cumplen 200 años del Plan de Independencia de la América Septentrional, conocido como Plan de Iguala, redactado en esa ciudad guerrerense por Agustín de Iturbide. El autor de este artículo se suma a las conmemoraciones, y nos habla de la transcendencia de la música en el imaginario colectivo de la sociedad durante ese importante período de nuestra historia.

Escrito por Luis Díaz-Santana Garza

A Roger Bartra

El 4 de febrero de 1800, en la ciudad de Valladolid, Nueva España, el Real Colegio de Carmelitas celebró la visita general del obispo, quien fue acompañado por su provisor y deán, así como por otros señores de su cabildo. De igual manera, concurrió el intendente y procurador general de la ciudad, comenzando la solemnidad con una visita a la sacristía, “en la que se manifestaron muchos y exquisitos parlamentos”. A la par, un coro, con “variedad de instrumentos y el órgano”, entonaba el himno Te Deum Laudamus. Posteriormente, la orquesta de la catedral interpretó una “armoniosa sinfonía” y, “para admiración de los inteligentes”, una de las niñas colegialas “cantó una área [sic]”, y otra tocó un concierto en el fortepiano, “en el que acreditó tanto su instrucción en la música como su destreza en dicho instrumento”. Antes de concluir la jornada, se escucharon “otras varias composiciones que se cantaron y tocaron”. Así lo describía la Gazeta de México.

La crónica publicada en la Gazeta ilustra varios elementos destacables que podremos reconocer en la música del siglo XIX: en primer lugar, se nos presenta como la actividad social participativa por excelencia. En segundo término, debo subrayar la importante presencia femenina en la interpretación de música vocal e instrumental. Además, nos habla de las formas musicales en boga, y la convivencia entre obras eclesiásticas y música secular. Asimismo, da cuenta de la difusión del canto y de instrumentos antiguos como el órgano, pero también de los novedosos como el fortepiano, y los aparatos productores de sonido que conforman una orquesta, además del decoroso conocimiento musical de los asistentes y de los filarmónicos. Por si fuera poco, nos percatamos de la cercanía que existía entre la música y los poderes políticos y eclesiásticos. Partiendo de dicha crónica, este artículo pretende destacar el papel de la música en la sociedad mexicana durante el primer cuarto del siglo XIX, una sociedad que adoptó con optimismo la independencia y el Plan de Iguala.

Música, censura y clases sociales

Es indiscutible la jerarquía social de la música en las celebraciones religiosas y civiles, dejando claro que, desde la antigüedad y hasta nuestros días, “la creación conjunta de música sirvió para facilitar el comportamiento cooperativo al anunciar la voluntad personal de colaborar, y al crear estados emocionales compartidos que conducen a la pérdida de límites, la unión y unidad grupal”, como mencionó el arqueólogo Steven Mithen. En el ámbito aristocrático, al que se refiere la crónica inicial, la transmisión de saberes musicales estaba gobernada por la música impresa y los tratados copiados a mano: podríamos decir que era el ambiente “letrado” de la música.

La descripción de los métodos para la enseñanza de la música y de los manuscritos musicales decimonónicos ha sido tema central para algunos musicólogos en décadas recientes. Ciertos volúmenes incluyen piezas “populares”, como el caso del Jarave insurgente en el álbum de Mariana Vasques; pero estos cuadernos eran para uso personal y, como señalé en un artículo reciente, formaban “parte de una cultura a la que no todos tenían acceso”.1

El jarabe fue una de esas formas musicales menospreciadas y censuradas, como lo muestra la prohibición del 5 de octubre de 1802, cuando el Santo Oficio publicó un edicto, declarando que “en nuestros días se ha introducido otra especie de baile, llamado jarave gatuno, tan indecente, disoluto, torpe y provocativo que faltan expresiones para significar su malignidad”. La desaprobación de las músicas y danzas “indecentes” no era nueva, y abarcó “los jarabes, jaranas, fandangos y otras variantes”, que la historiadora de la danza, Maya Ramos, considera descendientes de “las seguidillas, fandangos y zapateados españoles, sin quedar exentos de influencia negra”.

Sin duda, la moral católica y los actores políticos jugaron un papel substancial en la prohibición de ciertas músicas y sus versos, pero, ¿cuál fue la influencia de las élites en la censura de las fiestas que celebraban las clases bajas? De entrada, como consecuencia de ser música vinculada con la insurgencia, considero que la carga ideológica del jarabe fue una de las causas de su condena. Aunque no todos los integrantes de las capas superiores de la sociedad estaban en contra de tales diversiones, como sugieren las fiestas de la aristocracia, donde “se solía llevar mulatos para que amenizaran la reunión bailando el sarao y otros bailes”.2

Y si las élites normalmente aprendían a tocar por medio de partituras, en las clases bajas predominaba el aprendizaje “lírico”. Con frecuencia se desdeña la música que se transmite por medio de la oralidad, sin embargo, también hay crónicas que acreditan “los afanes, estudios y fatigas” de individuos que practicaron su instrumento por años antes de poder obsequiar a la sociedad sus “frutos melodiosos”. Dichos músicos amenizaban los fandangos, tanto de menesterosos como de acaudalados, y muestran que los “salones burgueses” fueron mucho más numerosos de lo que originalmente se pensó, y que los músicos sirvieron como vasos comunicantes entre las tradiciones acústicas de las diversas capas de la sociedad.

El papel de las mujeres en la música

Como vimos al comienzo, el evento del Colegio de Carmelitas contó con la participación de diversas niñas que cantaron y tocaron instrumentos. Deducimos que las señoritas contaban con un digno nivel de conocimiento musical, declarado por la frase del redactor “para admiración de los inteligentes”. La música era una de las disciplinas más importantes en la educación femenina, aunque algunos escritores, como José Blanco, considerasen al canto más “como ejercicio, y no como arte,” que “satisface una vanidad pueril y mezquina”, reprobando que “la moda ha generalizado la enseñanza de la música en el bello sexo, y la moda proscribe enteramente su uso, pasado cierto periodo en que parece satisfecha toda la ambición de la mujer. Como si solo adquiriera gracias y talentos para cautivar al hombre”.3 Pero el mismo cronista recordaba a las jóvenes que “un día llegarán a ser madres, y podrán comunicar a sus hijos, sin el ministerio de un hombre extraño y mercenario, los elementos de las artes que cultivan”. El autor menciona que el estudio privado del canto o el piano en el hogar no solo tenía como finalidad “cautivar al hombre”, sino la ejecución ante familiares y amigos en el salón: a fin de cuentas, eran presentaciones públicas.

El historiador Antonio García Cubas anotó que “otras familias acuden a la tertulia con su contingente de apuestos galanes y hermosas jóvenes […] De esas jóvenes, las que se distinguen por sus progresos musicales, distraen a la concurrencia […] con brillantes fantasías de Thalberg o de Liszt ejecutadas en el piano”. La práctica del piano y las tertulias eran actos públicos, y es sobresaliente la ostensible gala de virtuosismo pianístico. Algo similar observó Meg Whalen cuando estudió las reuniones caseras en varias ciudades europeas, destacando que se difuminaban los límites de las clases sociales, y entre lo público y lo privado: “El salón es un fenómeno único. No es doméstico, tampoco está abierto a las masas. En el mejor de los casos, el salón es uno de los eventos específicos que debería llamarse ‘público’”. Consecuentemente, no es atinada la imagen que algunos musicólogos, como Jennifer Post, nos han transmitido de la mujer: practicando a solas en casa, y con un conocimiento tan elemental del arte musical que solamente se le podía considerar como simple amateur.4

Las aportaciones femeninas en los jardines de Euterpe durante este período del siglo XIX se manifiestan, además, por el hecho de que al menos tres de los manuscritos musicales más representativos que se conservan de tiempos de la guerra de independencia fueros recopilados por damas letradas: Guadalupe Mayner, Mariana Vasques y Merced Acebal.

Lo descrito hasta aquí era parte de la vida cotidiana de las señoritas que integraban los estratos económicos medios y altos, aunque algunas damas de abolengo, y otras humildes, tuvieron colaboración relevante, no solo en la música, sino también en la guerra de independencia. En el archivo histórico del estado de Zacatecas, por ejemplo, hay una decena de averiguaciones contra mujeres acusadas de apoyar a la insurgencia. En particular, destaco la denuncia contra María Dolores Beltrán, quien se ganaba la vida en fandangos. Procesada en 1811, aceptó que anduvo con los insurgentes en Saltillo, pero se indultó para regresar a Zacatecas, sosteniendo que “lo único que podían imputarle era su participación en los fandangos, pues ella era lo que sabía hacer: bailar y cantar”. A pesar de que su acusador indicó que María Dolores le confesó que aborrecía a los “gachupines”, y que “nunca les vendería a ellos sus servicios”, fue puesta en libertad, confirmando que la autoridad aceptó su historia, seguramente porque una cantante y bailarina les pareció inofensiva. Por tanto, era habitual la participación de las mujeres en el espacio público, patrocinando artistas, cantando y tocando instrumentos en elegantes salones y en fiestas callejeras, y además muchas de ellas tuvieron la transcendental vocación de ser maestras de sus propios hijos.

Formas e instrumentos, poder, y capital cultural musical

En Rostros del nacionalismo en la música mexicana, Yolanda Moreno expuso que “el retraso técnico [de la música] del siglo XIX era el resultado inevitable de una tajante escisión cultural y las constantes crisis y convulsiones provocadas a partir de la independencia política de España”, y que después de la independencia “los nuevos compositores olvidaron una ortodoxa tradición de composición que se remontaba hasta los inicios de la colonia”. Pero debemos matizar tales afirmaciones, ya que otros investigadores han aclarado que no existió una “escisión cultural” entre la nueva nación y España; así lo muestran las formas populares como el jarabe y los corridos, herederos de músicas peninsulares. Asimismo, y al menos durante la primera mitad del siglo XIX, los “nuevos compositores” no olvidaron la “ortodoxa tradición” del virreinato, toda vez que, en tiempos de la independencia, continuaba de moda el embeleso por la música barroca, como lo corroboró Carlos Hinojosa, cuando examinó el tratado de Miguel Lopes Remacha: “La manera de interpretar la música en esa época, en la que se constata que los principios de ejecución barrocos estaban perfectamente vigentes”. Todavía en 1821 Lopez de Elizalde publicó en Guadalajara el Tratado de música y lecciones de clave, probando que, a pesar de la introducción del fortepiano, el clavecín estaba vivo en el año de nuestra independencia.

Recordemos también que nuestra narración inicial mencionaba el conocimiento musical en posesión de los filarmónicos, pero también del público. Dicha comprensión se puede constatar en multitud de editoriales de la época, como el del periódico El Sol, donde el “ciudadano Tanlan” criticaba la presencia escénica, y la técnica vocal, de varios cantantes que interpretaron “la ópera de la travesura”. Otra crónica de 1824 sobre El califa de Bagdad hace patente las nociones musicales de un redactor anónimo, cuando especificaba que el actor principal poseía un “canto tan armoniosamente gangoso y cerebral, y en el meneo tan garboso de sus telegráficos brazos […] parece asegurar el compás de su gaznate”. Además de comicidad, la nota pone de manifiesto otros temas relevantes: primero, el valor de la música en las relaciones internacionales, ya que la función se ofreció “en obsequio de la Legación Inglesa”; segundo, el gusto por la música europea en México, pues la obra era un “poema francés […] y su música también francesa”; tercero, que después de la independencia se olvidaron las viejas prohibiciones y, en los intermedios de la ópera, se presumían ante extranjeros las “danzas nacionales llamadas petenera, gato y jarave”; y cuarto, la relación entre música y poder, por el hecho de que “los obsequiados” y varios regidores asistieron al Coliseo, además del presidente del Congreso y el ministro Lucas Alamán.

§

Durante el siglo XIX el espíritu nacionalista se expresó mediante la música: se compusieron canciones, marchas e himnos, ensalzando políticos y militares, tanto regionales como nacionales. Como mencionó el historiador Jean Meyer, “el mito de Iturbide, como execrable déspota, criminal asesino de patriotas, surgió de manera tardía, mucho después del fracaso de su efímero imperio, imperio ideado por Lorenzo de Zavala, la cabeza pensante de lo que llegaría a ser el “partido” liberal”.5 Por medio de la música el imperio fue inicialmente aceptado por la sociedad en su conjunto; se pudo publicar, por ejemplo, un extenso libro que reuniera la poesía “culta” y “popular” dedicada a Iturbide. Además, varios músicos “letrados” celebraron la independencia, entre ellos José Antonio Gómez, quien creó su Pieza histórica sobre la independencia de la nación mexicana para exaltar los esfuerzos del primer emperador mexicano.

Además de ser uno de los principales entretenimientos, la música fue mucho más que un adorno: fue motivo de unión social y promotora de sentimientos religiosos y patrióticos; sustento del poder y la subversión, usada políticamente para pacificar, y como símbolo identitario de las élites y también de insurgentes; en pocas palabras, la música fue la gran estructura retórica y la fuerza social colectiva que orquestó las acciones de todos los grupos sociales. Al respecto, Jacques Attali afirma en Ruidos: ensayo sobre la economía política de la música que “más que los colores y formas, son los sonidos y su distribución los que moldean a las sociedades. Con el ruido nace el desorden y su contrario: el mundo. Con la música nace el poder y su opuesto, la subversión”.

Por otro lado, los músicos fueron considerados inocuos, transitando libremente por diversas regiones y estratos de la sociedad, y su intervención en los fandangos modestos, pretenciosos u opulentos, les permitió pasar inadvertidos al momento de propagar noticias e ideas políticas. Y no me refiero a que los filarmónicos fueran murmuradores: aun la música instrumental que ejecutaban estaba cargada de ideología y significados, que los oyentes cuidadosos podían “leer”.

No en balde, el 24 de febrero de 1821, Iturbide reconoció la multiculturalidad de la nación que estaba creándose, al dirigirse a los “americanos”: “bajo cuyo nombre comprendo no solo a los nuestros en América, sino a los europeos, africanos, y asiáticos, que en ella inciden”, finalizando su redacción del Plan de independencia de la América septentrional con la frase “¡Viva la unión que hizo nuestra felicidad!” Como consta en el archivo de la defensa nacional, la música fue “herramienta para la creación o consolidación de una comunidad”, inseparable de los fastuosos rituales sociales por la coronación de Iturbide, luego de que una mayoría de diputados lo designó emperador constitucional. Solo un ejemplo, de entre los muchos ecos que resonaron en el nuevo reino: en Veracruz, el comandante general dispuso que “se hiciese salva triple de artillería con repique general de campanas. El pueblo […] ha manifestado su cordial y sincera adhesión a nuestros amados emperadores demostrando su júbilo y aplausos con músicas por las calles”. Como hemos visto, en la edificación y afirmación de esa unidad y felicidad nacional a la que aspiró el Plan de Iguala, los músicos y las músicas jugaron un papel fundamental.

Luis Díaz-Santana Garza
Miembro del Sistema Nacional de Investigadores, profesor de la Universidad Autónoma de Zacatecas. Ha publicado varios libros, como Historia de la música norteña mexicana, y coordinó La investigación musical en las regiones de México.


1 Díaz-Santana Garza, L. (2020). “La percepción de la guitarra en las ediciones mexicanas: Desde finales del virreinato al siglo de independencia”, en Diagonal: An Ibero-American Music Review, 5(2).

2 Ramos Smith, M. La danza en México durante la época colonial. México, CONACULTA/Alianza editorial mexicana, 1990, p. 43.

3 Blanco White, J. Gimnástica del bello sexo, o ensayos sobre la educación física de las jóvenes. Londres, R. Ackermann, 1827, p. 27.

4 Post, Jennifer C.“Erasing the Boundaries between Public and Private in Women’s Performance Traditions”, en Cecilia Reclaimed. Feminist Perspectives on Gender and Music, editado por Susan C. Cook y Judy S. Tsou, Urbana y Chicago, University of Illinois Press, 1994.

5 Meyer, Jean. “1521 y 1821: ¿Hemiplejía histórica?”, nexos, enero 2021, p. 46.

 

[Ilustración: Kathia Recio – fuente: http://www.nexos.com.mx]

Écrit par Vincent Nicolet

Curieuse carrière que celle de Fatih Akin. Grand espoir du cinéma allemand suite à sa révélation fracassante en 2004 avec le magnifique Head-on, pour lequel il remporte l’Ours d’or au Festival de Berlin à seulement trente ans. Le cinéaste confirme trois ans plus tard, avec De l’autre côté, récompensé par le prix du scénario au Festival de Cannes, avant de s’illustrer en 2010 dans un registre plus léger avec le sympathique Soul Kitchen, primé par le Grand prix du jury à la Mostra de Venise. Après s’être distingué dans les trois plus grands festivals de cinéma mondiaux, le cinéaste germano-turc entend monter en ambition en s’attelant à évoquer le douloureux souvenir du génocide arménien avec The Cut, qui s’avérera être le premier vrai ratage de sa carrière, la faute – entre autres – à un académisme et un manque de personnalité aussi étonnants qu’inattendus. L’année suivante, Tschick, adaptation d’un best-seller adolescent de Wolfgang Herrndork, ne redresse pas la barre artistiquement mais connaît le succès en son pays, installant Akin dans une position nouvelle de réalisateur « commercial ». Il touche définitivement le fond avec son film suivant, l’infâme, In The Fade, qui, sous couvert de dénoncer la résurgence de l’extrême droite, emploie des procédés aussi faciles (et racoleurs) que douteux pour toucher sa cible, transformant le réquisitoire en purge nauséeuse, tenant plus des méfaits d’un Joel Schumacher, type Le Droit de Tuer ? (1996) que d’œuvres tourmentées telles le Death Wish (1974) de Michael Winner, ou pour invoquer une référence moins clivante, le récent Prisonners (2013) de Denis Villeneuve. Plutôt que d’enfoncer définitivement le réalisateur, il arrache le prix d’interprétation féminine à Cannes pour Diane Kruger puis plus tard le Golden Globe du meilleur film étranger, sauvant ainsi les apparences. Disons les choses comme elles viennent, après In The Fade, on avait fait une croix sur son avenir artistique. C’est donc sans réelle attente que débarquait son dixième long-métrage de fiction, Golden Glove, plongée dans le Hambourg des années 70, centrée sur la figure de Fritz Honka, un tueur en série ayant sévi entre 1971 et 1974. Au premier abord, ce dernier (interprété par Jonas Dassler), n’est qu’un pitoyable loser, un homme à la gueule cassée traînant dans un bar miteux de son quartier, le « gant d’or » (« Golden Glove ») à la recherche de femmes seules. Les habitués ne soupçonnent pas que Honka, en apparence inoffensif, est un véritable monstre…

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Qui eût cru que la renaissance artistique de Fatih Akin passerait par un changement de registre aussi radical (tranchant totalement avec le reste de sa filmographie) sur le papier, que kamikaze dans les faits ? Sacrifiant son statut de « cinéaste mondialisé de festival » plébiscité, il opte ici pour une approche brutale, crasseuse et affiche un mauvais goût réjouissant, fièrement assumé au point d’être hissé en étendard. Ici, les visages vérolés, les dents cariées, les vêtements tachés et les tapisseries hideuses sont inspectés à la loupe par la caméra d’un réalisateur qui ne nous épargne rien de la laideur ambiante, faisant de Golden Glove, un métrage aussi repoussoir que jouissif. Un choix qui pourra être sujet à débats, mais qui s’avère néanmoins payant tant ces gros plans sur les ongles noircis et les boutons d’herpès submergent le spectateur, le contraignent délibérément à un dégoût volontaire, faisant ressentir de manière presque organique la saleté et la décrépitude (tant morales que physiques) des personnages. Porté par un formidable Jonas Dassler (méconnaissable pour ceux qui l’auraient découvert l’an passé dans La Révolution silencieuse), livrant une prestation à la fois terrifiante et bouffonne, à côté de laquelle celle de l’assassin froid et sanguinaire campé par Michael Rooker dans Henry, portrait d’un serial-killer passe pour un dandy séduisant, le film offre parfois de vrais moments comiques, à l’image de ces scènes de meurtres parasitées par l’incompétence et la maladresse du tueur. Pourtant, derrière la monstruosité et la farce, se cache un être pathétique, que l’on devine maltraité par l’existence, ravagé par l’alcool et son impuissance (au sens propre et figuré), qui parvient à nous émouvoir par surprise, avant de nous inspirer le plus profond écœurement l’instant suivant. Dans ce climat délétère et poisseux, allant parfois jusqu’au grotesque, tranchant radicalement avec la frilosité actuelle des studios (pourtant coproduit par les poids lourds Pathé et Warner Bros, sans doute confiants suite au succès des deux derniers longs-métrages d’Akin, dont on aimerait bien connaître la réaction à la découverte du résultat), Golden Glove trouve un contrepoids salutaire dans la virtuosité formelle inattendue et inespérée de la part du cinéaste. De sa gestion du hors-champ (l’ensemble a beau être jusqu’au-boutiste et sans concession, il n’est pas dépourvu de « morale » filmique), sa maîtrise de la durée des plans afin de faire naître le malaise (en témoigne le très long plan fixe inaugural) et ses mouvements de caméra millimétrés (comme ce travelling latéral revenant en arrière au moment où l’une des victime de Honka chute, ivre morte), il fait montre d’une rigueur, d’une précision, d’une intelligence de mise en scène que l’on ne lui soupçonnait plus. À l’inverse du Maniac de William Lustig (avec lequel le film partage des penchants similaires comme le réalisme sordide et l’humour à froid) et de son remake produit par Alexandre Aja, le réalisateur germano-turc ne cherche pas à pénétrer la psyché de son protagoniste, à analyser un quelconque trauma matriciel, ici c’est la misère sociale ambiante qui fait office d’incubateur pour les pulsion les plus morbide de son anti-héros.

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En effet, derrière la gratuité apparente des actes commis par son psychopathe et son refus d’asséner ouvertement un quelconque propos (loin de la « putasserie » d’In The Fade, qui se prenait, de plus, les pieds dans le tapis de la morale), l’œuvre recèle une dimension profondément politique. Situé dans une Allemagne divisée en deux, tiraillée entre les blocs de l’Est et de l’Ouest, encore traumatisée la Seconde Guerre Mondiale, le film brosse, à sa manière, les portraits de laissés-pour-compte, de marginaux, dans un contexte où une partie du pays semble avancer au détriment de l’autre, tandis que les changements à l’œuvre ne font que renforcer les tensions et les inégalités. Ici, l’immigré est brandi comme un bouclier, un alibi (les multiples allusions d’Honka quant à ses voisins grecs à chaque remarque concernant l’odeur pestilentielle de son domicile) tandis qu’un ancien officier SS, qui fréquente le Golden Glove, réclame le respect à un jeune homme au détour d’un passage jouissif, aussi déstabilisant qu’hilarant. L’omniprésence de fantômes de l’Histoire répond à une absence de repères pour les jeunes générations (ainsi, le bar est appréhendés par les personnages d’adolescents comme un territoire à part, nouveau, inconnu et intrigant) symbolisant deux Allemagne quasi inconciliables, deux milieux sociaux difficiles (impossible?) à faire cohabiter. Celle qui a connu la guerre et ne peut dissimuler sa souffrance autrement que par la consommation d’alcool bas de gamme, et celle qui arrive vierge, ignorante, voyant ces hommes et ces femmes comme des vestiges d’une époque qu’ils pensent révolue, des anomalies anachroniques et fascinantes. Fritz Honka fait figure de résultante monstrueuse, de rejeton dégénéré de ce climat incertain et tourmenté. Ce retour dans le passé est aussi, pour le metteur en scène, lui-même né à Hambourg en 1973, un retour à ses propres origines, scrutant à travers l’Histoire de son pays sa propre enfance. Une jeunesse marquée par les agissements du tueur, perçu alors comme le « boogeyman » du quartier, non plus comme un être un humain mais déjà comme un vrai personnage de cauchemar, de film d’horreur. Ce revirement de registre brutal apparaît alors comme le besoin cathartique d’un homme désireux à la fois de s’affranchir des étiquettes qu’on lui a collées, mais aussi de renouer avec un certain cinéma, qu’il ne s’était jusqu’à présent pas autorisé à pratiquer. Sacré programme.

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Il aura donc fallu attendre plus d’un an et demi après sa sortie en salles, pour que Golden Glove soit disponible en France sur support physique. Remercions tout de suite Extralucid films d’offrir une seconde vie à ce long-métrage, qui n’aura pas manqué de diviser avant de quitter expressément les écrans. Proposé en combo Blu-Ray/DVD, l’édition s’orne d’un fourreau offrant un beau visuel (inédit) glissé sur un boîtier plastique reprenant quant à lui l’affiche cinéma. Parmi les suppléments, le document phare est probablement cet entretien à la fois court et synthétique en compagnie de François Cau. Ce dernier revient sur les débuts de carrière de Fatih Akin, afin d’introduire ses thématiques centrales pour ensuite présenter son évocation de Fritz Honka telle la version négative et cauchemardesque de son approche utopiste, souvent emprunte d’une dimension festive et libertaire. Il voit en ce film la défaite du multiculturalisme rêvé par le cinéaste au cours de ses précédentes réalisations. Sans minorer la rupture que constitue Golden Glove par rapport au reste de sa filmographie, il met en avant un désespoir déjà présent dès L’Engrenage, qui traverse constamment son œuvre. Plusieurs petites featurettes nous permettent notamment de plonger dans les coulisses du tournage ou d’une séance de maquillage et assister à la transformation physique de Jonas Dassler. Le clip d’Honka Honka (avec paroles) et la bande-annonce complètent la galette (contenu similaire sur le Blu-Ray et le DVD).

[Photos : Warner Bros. GmbH 2019 – source : http://www.culturopoing.com]

Escrit per Josep Alapont Martí

Arnau Pons, La traducció, la vida, Editorial Afers: 2020, 150 pàgines

La traducció esdevé tema de conversa a les tertúlies o a les ressenyes —si hi arriba— gairebé sempre per motius tècnics o culturals. Ens pugem a la figuereta quan una traducció s’entrebanca i no sona natural, quan grinyola, i

ens desfem en elogis quan no ens adonem que estem llegint una traducció, quan llisca. El mèrit o demèrit de les traduccions s’avalua en funció de la facilitat o dificultat amb què són llegides i en la mesura en què aconsegueixen integrar-se en la pròpia llengua, com si de fet hi hagueren estat escrites. L’estranyesa de l’original, tot el que té d’aspre i diferent —i, doncs, tot el que té de singular— convé que siga assimilat pel bé de la comprensió del lector o el nosaltres que l’acull. Es tracta de la traducció com a anostrament.

Val a dir que de veus que qüestionen aquest paradigma traductològic, històricament dominant i gairebé «natural» per al sentit comú, cada vegada n’hi ha més, entre nosaltres. Hom hi té en compte el paper mitjancer del traductor i les virtuts d’una traducció «resistent», que trenque la il·lusió de naturalitat. Però no em sembla que encaren les raons de pes que justifiquen la revisió del model. Qui

sí que ho ha fet, i amb tota la radicalitat que mereix, és Arnau Pons al seu darrer llibre, La traducció, la vida. El terreny propi de la traducció, ens diu, no és —o no només— la tècnica, perquè no es tracta d’una activitat instrumental, mecànica, sinó l’ètica, perquè és una forma d’acció que posa en relació la vida singular d’un subjecte amb la vida d’un altre subjecte mútuament irreductibles, un encontre datat i històric entre dues formes d’entendre i afirmar-se en el llenguatge.

El problema de la traducció, llavors, si hem de fer justícia a tot el que hi ha en joc quan traduïm, s’hauria de plantejar en els termes següents: del que es tracta és de fer passar la vida, la vida de l’altre. Com és possible fer-ho, això? Com s’hi pot traduir si, per definició, podríem pensar, la vida és allò que queda irreductiblement fixat en una manera de dir concreta, i en un moment del temps i en un espai determinats?

La traducció, la vida s’adreça a aquesta pregunta central, tan desatesa i sovint menystinguda, i hi fa una aproximació que per força ha de somoure l’ordre d’habituds i prejudicis a què el gruix de la filosofia acadèmica i la teoria literària hegemòniques ens tenen acostumats. No les paraules soles —els clixés culturals de la llengua comuna— sinó la manera en què l’autor les vol dir, la peculiar orientació o consciència del llenguatge que té i imprimeix en la seua obra —sovint en oposició a la llengua en què escriu—, o la manera, en fi, que té de dir-se i fer-se en l’obra com a subjecte, adoptant una posició crítica en relació a les ideologies del seu temps, això és el que el traductor ha de tractar de comprendre primerament si no vol escamotejar la «persona» de l’obra que tradueix en tot el que té d’imponderable i vital, i en tot el que té, també, d’oposició i crítica.

En aquests termes, la traducció no podrà ser mai, com sentencia l’adagi, una traïció, o no ho serà «inevitablement», perquè sempre estarà en mans del traductor decidir si fa l’aposta del sentit i la diferència de l’original o si prefereix sacrificar-los pel bé de la «naturalitat» i la «fluïdesa» de la pròpia llengua (o pel bé del seu ego de poeta inspirat). Posada la qüestió en aquests termes —els més exigents— qualsevol «traïció» haurà de ser més aviat interpretada, també, com una forma de barbàrie.

Naturalment, la concepció mecànica de la traducció, la que tendeix a l’assimilació i la naturalització de l’alteritat i la que privilegia la posició hermenèutica del lector en detriment de l’autoritat de l’autor, ni tan sols és capaç de plantejar el problema d’aquesta manera perquè manca de qualsevol noció de persona: els poemes o bé són escrits pel Ser o l’Esperit Sant o bé són una mera combinatòria immotivada de paraules, i l’autor una marioneta inútil lligada amb fils sense cap autoritat sobre la seua obra. Els accidents de la història i el recorregut de vida de l’autor, potser determinants per a la comprensió del text, són igualment sobrers, no interessen, perquè, segons aquests, limiten la pluralitat de lectures i la capacitat d’interpel·lació de l’obra.

Només cal fer la prova per adonar-se que el contrari és cert, com crec que demostren les lectures de Pons, i és aquí, al meu parer, on es troba el valor de La traducció, la vida, en el qüestionament rotund i argumentat de les servituds i limitacions que arrosseguem per culpa d’aquesta ideologia filosòfica i hermenèutica. Reproduïm lectures empobridores i ens tanquem cofois en un horitzó de significats sense vida, sempre iguals, quan la seguim, i en el cas pitjor, l’escamoteig del sentit esdevé còmplice.

Més important, però, creu Pons, desoint el sentit ens privem de la dimensió crítica dels textos. No hi ha tries innocents, i Arnau Pons no estalvia notes ni digressions (amb un escriure que és com una glacera, un torrent de cristall) quan cal posar en evidència biaixos o lectures interessades. Ho fa amb les dubtoses opcions de traducció de Karen Andrea Müller i Andreu Vidal de poemes de Paul Celan, amb certs estirabots de Ferrater i Oliva quant al que és «normal» i «natural» en mètrica catalana, amb la teoria de la traducció de Ricoeur, bé comentant Norman Manea, o bé Jordi Llovet i la presència de Baudelaire en la literatura catalana… I encara altres qüestions. Però ho fa des del convenciment que la polèmica està al cor del sentit i és necessària perquè fa per aclarir-lo. Defugir-la, al capdavall, hauria estat incoherent amb la seua comesa com a traductor.

Perquè el que ocorre —aquesta em sembla l’altra idea important d’aquest llibre— quan el traductor posa tota l’atenció en el dir de l’autor i hi descobreix la dimensió crítica que aquest té, el que ocorre quan hi intenta fer justícia és que ell mateix esdevé crític: tant en relació al text que tradueix, perquè no tracta d’assimilar-lo ni substituir-lo, sinó separar-s’hi, com amb la cultura que ha d’«acollir» la seua traducció, que de resultes d’aquesta es veu exposada a patir, en paraules de Pons citant Meschonnic, un «descentrament» de la pròpia llengua i identitat. L’operació desfà els mites i els esquemes essencialitzadors de la llengua que llasten l’acostament a l’altre. I la vida «passa» quan hi ha aquesta mena de responsabilitat i intervenció conscient i crítica en la pròpia llengua. O més aviat, podríem dir, hi «passa» quan la qüestió decisiva ja no es posa en el fer passar o no passar, quan ja no es tracta de ponderar guanys i pèrdues, sinó de respondre-hi amb la dosi de pertinença i responsabilitat que mereix.

Quan això ocorre —caldria dir més aviat, només si aquesta condició es dona— també es fa possible que la vida del traductor hi passe, en la traducció. En el límit del gènere autobiogràfic. Es tracta d’una operació delicada perquè és fàcil de confondre amb la traducció com a reescriptura lliure de l’original, amb el mer virtuosisme egòlatra. Però el recorregut d’Arnau Pons —com a poeta, com a traductor, com a crític, com a editor, tot fa part d’una mateixa empresa— és l’exemple d’una obra —amb un sentit fort d’autoria— feta en tant que traductor en què, lluny de contradir-se, l’atenció extrema a una manera aliena de dir i entendre la llengua i l’esforç per fer-ne valer la diferència s’han traduït en una manera de dir —i dir-se— pròpia i crítica, «com una guixada feta a la paret en caminar o un rastre viu en el moment nebulós que li ha tocat viure».


Josep Alapont Martí (Catarroja, País Valencià) és estudiant de filosofia a la Universitat de València. Ha publicat algunes ressenyes a L’EspillNúvolSaó i La Veu dels Llibres.

 

[Font: http://www.mozaika.es]

Escrito por Beatriz Martínez

Han pasado 20 años desde que se estrenara Deseando amar (In the Mood for Love). Casi de forma inmediata se convirtió en una película de culto y consagró a su director, Wong Kar Wai como uno de los grandes creadores contemporáneos. Se convirtió en símbolo de la modernidad cinematográfica, su estilo visual creó escuela y sus imágenes quedaron para siempre incrustadas en el imaginario colectivo cinéfilo.

Desde su primera película, As Tears Go By (1988) y más tarde con Días salvajes (1990), Chungking Express (1994), Falling Angels (1995) y Happy Together (1997) emprendió una serie de búsquedas estéticas que de alguna manera culminarían en Deseando amar. Al igual que Jean-Luc Godard en la Nouvelle Vague, el director hongkonés decidió desde el principio apartarse voluntariamente de la narrativa tradicional, explorando otras posibilidades a través de la composición del relato en forma de puzle fragmentario, episódico y no cronológico, también utilizó los puntos de vista para desdoblar las perspectivas, la música pop como medio para trascender el significado de las imágenes y el tiempo se convirtió en una unidad totémica, capaz de condensar o dilatar una acción dependiendo de las circunstancias.

En Deseando amar esa sensación de tiempo evanescente se encuentra presente desde el principio, pero sobre todo va adquiriendo importancia a medida que va avanzando la historia y nos damos cuenta de que, en realidad, lo que estamos viendo son solo instantes que han quedado suspendidos en la memoria del protagonista, algunos reales, otros imaginados. Una complejísima estructura en la que perderse y que le otorga a la obra una cualidad profundamente enigmática y sensitiva.

Quizás sea esa una de las razones por la que su visionado 20 años después (gracias a su reestreno y restauración en 4K) resulta tan revelador en muchos aspectos. Tiene algo de nostalgia, pero también de epifanía. También nosotros hemos tenido esas imágenes en la recámara de nuestro subconsciente, guardadas ahí como un tesoro y con el paso del tiempo cada uno las ha integrado en sus recuerdos de la misma manera desestructurada que el cineasta las creó. 

Los ralentíes con la preciosa música de Shigeru Umebayashi (y su mítica Yumeji’s Theme), los travellings por el pasillo rojo que nos llevan a la habitación 2046, las idas y venidas de los personajes por el estrecho callejón para comprar tallarines, los estilizados vestidos (cheongsam) de Maggie Cheung, el humo de los cigarrillos de Tony Leung creando una nebulosa que se diluye, la lluvia intempestiva chocando en un farolillo de luz mortecina, las miradas expectantes, esa coreografía de roces imperceptibles en espacios diminutos, las simbólicas zapatillas bajo la cama, el juego con las imágenes en los espejos y detrás de las rejas con una cámara que espía los encuentros de los personajes, las sombras que se proyectan, el Quizás, Quizás, Quizás de Nat King Cole convertido en himno alegórico, el templo de Angkor Wat y el agujero de los secretos… La melancolía, el deseo insatisfecho, el peso de la culpa, la herida del desamor, el aliento lírico, la tristeza infinita.  

Todos esos elementos, esos detalles siempre han acompañado, de una forma u otra, a aquellos que nos dejamos arrastrar por la belleza sublime de esta película hace dos décadas. ¿Cómo volver a enfrentarse a algo que te ha marcado de forma tan profunda?

No todas las películas sobreviven al paso del tiempo, al desgaste, a las modas. Pero Deseando amar parece pertenecer a esa escasa nómina de películas que quedan fijadas y encapsuladas sin perder ninguna de sus propiedades ni su esencia. Sigue siendo arrebatadora, de una delicadeza expresiva exquisita y turbadora y muchos de sus hallazgos continúan siendo portentosos: los encuadres a diferentes alturas, los movimientos de cámara sofisticados y envolventes de una fluidez hipnótica, sus fuera de campo y sus elipsis, la planificación secuencial en forma de danza (a veces en movimiento, otras, estática), la sensación de meticulosidad extrema, casi enfermiza, que no está reñida con la exploración de los sentimientos de una manera profunda, la fotografía de Christopher Doyle, la suntuosidad formal y el virtuosismo escénico. Maggie Cheung y Tony Leung convertidos en la esencia de la fatalidad, con todo lo que sienten y todo lo que callan.

Muchas de las películas de Wong Kar wai han girado en torno a las oportunidades perdidas, a lo que pudo ser y nunca ocurrió, a la creación de imaginarios paralelos que nos ofrezcan una vía de escape, aunque sea mental. Por eso nunca llegamos a tener claro si lo que vemos ocurrió o se trata de una recreación especulativa. El director abraza el misterio y apuesta por la forma para llegar al fondo, por la sublimación estética que desborda, a modo de síndrome de Stendhal cinematográfico, y provoca fascinación. Como en un sueño.

[Fuente: http://www.murciaplaza.com]

À l’occasion de l’exposition consacrée au peintre Edward Hopper à la Fondation Beyeler de Bâle, en Suisse, le cinéaste allemand Wim Wenders lui rend hommage sous la forme d’un court-métrage.

Edward Hopper dans l'œil du cinéaste Wim Wenders

Fondation Beyeler / Wim Wenders

Écrit par STÉPHANIE LINSINGH

“Devant les peintures d’Edward Hopper, j’ai toujours le sentiment d’être en face de cadrages de films qui n’ont jamais été réalisés”, confie le réalisateur de Paris, TexasLes Ailes du désir et Don’t Come Knocking. De ce constat est né le court-métrage Two or Three Things I Know about Edward Hopper. Les peintures de l’artiste américain ont toujours eu une aura cinématographique. Né en 1882, quelques années avant le 7e art, Edward Hopper a été influencé par celui-ci et cela se ressent dans son travail. Cela se manifeste dans la lumière, le cadrage, mais également le format. À partir de ces peintures à l’huile, Wim Wenders a imaginé des histoires, extrapolé la vie des figurants. Inspiré par l’ “âme de l’Amérique” telle que véhiculée par Edward Hopper, le court-métrage se présente comme une expérience immersive en 3D, qui emmène le visiteur de la Fondation Beyeler en voyage dans le monde d’Hopper.

L’AMÉRIQUE VUE PAR EDWARD HOPPER

L’œuvre d’Edward Hopper se concentre principalement sur les paysages naturels et urbains de l’Amérique, sur les espaces infinis et sur la mélancolie de ceux qui hantent ces lieux désenchantés.

GAS, 1940 / huile sur toile / 66.7 x 102.2 cm / The Museum of Modern Art, New York, Mrs. Simon Guggenheim Fund. Heirs of Josephine Hopper / 2019, ProLitteris, Zurich

Cape Cod morning, Huile sur toile 86.7 x 102.3 cm. Smithsonian American Art Museum, Gift of the Sara Roby Foundation. Heirs of Josephine Hopper / 2019. Photo : Smithsonian American Art Museum, Gene Young / Edward Hopper

LIGHTHOUSE HILL, 1927 / huile sur toile / 73.8 x 102.2 cm / Dallas Museum of Art, don de Mr et Mme Maurice Purnell / Heirs of Josephine Hopper / 2019, ProLitteris, Zurich

CAPE ANN GRANITE, 1950 / huile sur toile / 73.5 x 102.3 cm / collection privée / Heirs of Josephine Hopper / 2019, ProLitteris, Zurich

EDWARD HOPPER ET LE CINÉMA

Si au départ, c’est le cinéma qui inspirait Edward Hopper, bien vite les rôles se sont inversés. La virtuosité de l’artiste dans sa maîtrise de l’ombre de la lumière, de la composition et de la couleur influença Jim Jarmusch, David Lynch ou encore Terence Malick. Par conséquent, quoi de plus normal que le cinéma, en la personne de Wim Wenders, s’implique autant dans l’exposition qui se tient jusqu’au 17 mai à Bâle ?

 

La Bibliothèque nationale de France (BNF) a présenté l’exposition Le monde selon Topor. Un hommage à Roland Topor (1938-1997), né dans une famille juive polonaise, « artiste hors-norme, au génie graphique, à l’homme d’esprit à l’humour subversif, au dessinateur génial, à l’écrivain de nouvelles, de romans, de pièces de théâtre… toujours empreint d’un humour grinçant et d’une certaine mélancolie ». Une exploration de « l’univers créatif de Topor, le dessinateur et l’écrivain, des années 60 jusqu’à sa mort en 1997 ». Un artiste prolifique inscrit dans la lignée de célèbres illustrateurs du XIXe siècle. La galerie Anne Barrault présente l’exposition « Topor n’est pas mort« .
 
 
 
Publié par Véronique Chemla
 
« On n’est pas né pour faire une chose. Si on a la possibilité d’en faire plusieurs, on s’ennuie moins », a déclaré Roland Topor (1938-1997) qui trouvait « exaltante » la révolte du ghetto de Varsovie, ville originaire de son père Abram, né en 1903.

 

Roland Topor était né dans une famille juive polonaise à Paris. Ses parents, Abram et Zlata, s’étaient installés en France au début des années 1930. Abram Topor avait peint en artiste amateur de remarquables tableaux.
« Artiste inclassable, Topor est aujourd’hui considéré comme l’un des grands dessinateurs du XXe siècle. Créateur insatiable, il mit son crayon au service d’un imaginaire débridé : dessins d’humour, illustrations pour la presse et l’édition, affiches, films d’animation, émissions de télévision, décors et costumes de théâtre ». C’était aussi un rire énorme qui cachait une sensibilité extrême, une mélancolie.
« C’est par ses dessins d’humour parus dans les journaux dès la fin des années 50 que Roland Topor se fit connaître. Il participa ensuite à l’aventure d’Hara-Kiri entre 1961 et 1966. Ses dessins sont présents dans de nombreuses publications, grand public ou confidentielles ».
« Fort d’une reconnaissance rapidement acquise, Topor fut sollicité par des éditeurs pour illustrer des livres. Lecteur infatigable et curieux, il eut à cœur de mettre en images les textes d’auteurs avec lesquels il partageait une certaine affinité d’esprit, tels Jacques Sternberg, Boris Vian ou Marcel Aymé ».
« Artiste du livre, on trouve aussi Topor dans le sillage des avant-gardes artistiques de son temps : en 1962, il créa avec Fernando Arrabal et Alejandro Jodorowsky « le Panique », un mouvement dérisoire en réaction au groupe surréaliste vieillissant et pontifiant ».

« Topor mit son talent au service du monde du spectacle dès les années 60. Il collabora avec des cinéastes par divers biais : création de dessins pour des films d’animation, de génériques, d’affiches ».

En 1973, Roland Topor « révolutionne avec son complice Laloux le monde de l’animation et la France se met à rêver de La Planète sauvage sur grand écran.
Avec le réalisateur Henri Xhonneux, Roland Topor « conçut Téléchat, une parodie de journal télévisé pour enfants, diffusée en France à partir de 1983 : les marionnettes originales de l’émission seront présentées dans l’exposition ».
Topor « fut en outre l’auteur de romans, notamment Le Locataire chimérique, adapté au cinéma par Roman Polanski, de nouvelles, de pièces de théâtre, de chansons, et de scénarii de films ».
« Caustique, absurde et poétique l’univers de Roland Topor, Mi-fugue, Mi-raisin a mis Des Papous dans la tête aux auditeurs des années 70-80 ».
De Téléchat à Merci Bernard, c’est toute une génération qui cultive l’humour décalé, alors que Tac au Tac renouvelle pour la télévision le cadavre exquis cher aux surréalistes. Avec son complice Jean-Michel Ribes, Roland Topor conçut des sketchs pour les émissions humoristiques Merci Bernard et Palace, diffusées à la télévision au milieu et à la fin des années 1980 ».
« Artiste polyvalent, Topor développa, à travers ses dessins et ses écrits, un style et une vision du monde que l’on qualifie souvent de « panique ». « Je suis paniqué et je me marre », disait-il.
Son « œuvre lui ressemble : prolifique, polymorphe, polytechnique, cosmopolite, humaniste, nourrie à diverses sources de l’art, de la littérature, du passé et de son temps, angoissée et joyeuse. Intellectuelle, l’œuvre de Topor n’en fut pas moins populaire. L’artiste ne souhaitait pas réserver ses créations aux seuls amateurs d’art mais visait tous les publics pour en être reconnu et ne rester prisonnier d’aucun. Il passait d’un champ créatif à l’autre, d’un médium à l’autre, d’un mode de diffusion à l’autre le plus librement possible ».

La « liberté de Topor se conjugue avec la multiplicité de sa création. Certaines devinrent des succès populaires : « Le poing dans la gueule » et « Le coup de marteau », des symboles dénonçant la liberté d’expression bafouée, La Planète sauvage, un chef-d’œuvre international du film d’animation, Téléchat, un ovni de créativité télévisuelle, Merci Bernard et Palace, deux souvenirs impérissables de l’humour noir au petit écran, l’affiche du film Le Tambour, son roman Le Locataire chimérique adapté au cinéma par Roman Polanski… les images et les écrits de Topor ont marqué les esprits. Derrière les œuvres connues, il y a l’œuvre de Topor, dans toute sa beauté, sa diversité, sa virtuosité, sa complexité, son génie. L’intérêt pour son œuvre littéraire continue de croître auprès de publics variés ».

La Bibliothèque nationale de France (BnF) « conserve le fonds le plus important de publications, d’estampes et de livres de Topor, grâce au dépôt légal et à une donation consentie par Nicolas Topor, le fils de l’artiste ». « Il m’a transmis un état d’esprit de curiosité, la liberté de pouvoir créer sans se mettre de barrières, sans autocensure », constate Nicolas Topor, artiste peintre.

« Vingt ans après sa disparition, la BnF consacre une exposition rétrospective à Roland Topor (1938-1997) en partenariat avec le Théâtre du Rond-Point, dans le cadre de Art Paris Art Fair 2017 et Drawing Now Paris / Le Parcours. Le commissariat est assuré par Céline Chicha-Castex, conservateur au département des Estampes et de la photographie de la BnF Alexandre Devaux, historien d’art, spécialiste de Topor ».

La Bibliothèque rend hommage à l’artiste hors-norme, au génie graphique et à l’homme d’esprit à l’humour subversif que fut Roland Topor ».
Le monde selon Topor « dévoile de multiples facettes de l’œuvre de cet artiste hors du commun, l’un des plus marquants et prolifiques de la fin du XXe siècle ». L’exposition « met en lumière son travail d’auteur, le littéraire et le graphique, étant chez Topor deux écritures intimement mêlées. Du dessin à l’écriture, l’œuvre de Topor est principalement une œuvre de papier. Environ 300 pièces révèlent « la variété de la production artistique de Topor », la pureté de la ligne, l’efficacité du dessin.
Articulée autour de quatre sections thématiques, cette exposition « met en vis-à-vis un grand nombre de dessins originaux, provenant essentiellement de collections privées, et des éditions conservées dans les fonds de la BnF ». Les deux premières parties « abordent les dessins de Topor pour la presse et ceux d’illustration. Dans la 3e partie, sont montrées différentes contributions de Topor au monde du spectacle, qu’il s’agisse de ses dessins pour le cinéma, la télévision, le théâtre ou l’opéra. La 4e partie aborde l’œuvre de Topor en tant qu’artiste, écrivain et concepteur ou performeur de livres ».

Le parcours se déroule « sous une forme « labyrinthique » avec un espace central consacré au spectacle (projection d’extraits de La Planète sauvage et des Escargots). L’espace dédié aux marionnettes originales de la série Téléchat constitue un temps fort du parcours. Les cimaises sont dessinées avec des terminaisons en biseaux ouvertes comme si elles avaient été tranchées, ménageant des effets de perspectives sur le reste de l’exposition. Les surfaces biseautées des cloisons sont habillées de citations visuelles des dessins de Topor. Ces zooms cadrés font écho aux dessins originaux de chaque section ».

Les « textes de salle et les cartels sont imprimés sur un papier Velin. Faisant écho au grain, à la fragilité du dessin, il souligne l’importance de ce medium dans le travail de Topor. Chaque section se distingue par une couleur spécifique, dans une gamme douce, tons gris/pastel extraits des œuvres de Topor ».

« Certaines œuvres sont rapprochées dans des vitrines verticales feuilletées, nichées dans les cimaises pour mettre en valeur des séries partageant la même thématique. Les focus se distinguent par un réchampi, peinture en bande continue sur le mur ».
Autour de l’exposition, ont eu lieu la conférence « Roland Topor, l’œuvre audiovisuelle », la journée d’étude « Topor, artiste multimédia » conçue par Céline Chicha et Alexandre Devaux, avec Bertrand Tillier, professeur d’Histoire contemporaine et des médias, et un après-midi d’hommage conçu par Jean-Michel Ribes, « ami, compagnon de rire et de création de Roland Topor, et entremêlant lectures, saynètes et images d’archives, reflétant fidèlement l’imaginaire foisonnant de cet artiste inclassable ».
Topor et la presse
« Séduit par l’effet choc des dessins de Siné, Topor, encore étudiant aux Beaux-arts, renonça à s’isoler dans un travail laborieux de peintre d’atelier devant attendre longtemps une hypothétique reconnaissance, pour se lancer dans le dessin d’humour ».
« Il présenta ses dessins à Bizarre, une revue empreinte de l’héritage Dada et surréaliste, adepte d’humour noir, dirigée par Jean-Jacques Pauvert : son premier dessin y fut publié en juillet 1958 ».
« Noir, sans légende, intellectuel, elliptique, psychologique, violent, l’humour de Topor gagna rapidement les faveurs d’un public d’amateurs éclairés ».
« Dans ses premiers dessins, Topor mit en scène de manière récurrente un personnage type, un homme en costume et chapeau melon, rappelant aussi bien le personnage de Charlot que les figures de Magritte ».

Il « participa ainsi à l’éclosion d’une nouvelle vague du dessin d’humour qui trouva un aboutissement dans les pages d’Hara-Kiri. De 1961 à 1966, Topor participa à l’aventure d’Hara-Kiri, journal satirique créé en 1960 par François Cavanna et Georges Bernier, dit le Professeur Choron. Avec les dessinateurs Reiser, Fred, Lob, Cabu, Gébé et Wolinski, Hara-Kiri partait « joyeusement en guerre contre les monstres Bêtise, Mensonge, Futilité, Injustice, Conformisme », selon Cavanna. Les premiers dessins de Topor publiés furent une série de « gueules malmenées ». Certaines d’entre elles servirent de visuels pour la première campagne d’affichage en kiosque du journal, dont le célèbre « coup de poing dans la gueule ». Au gré des numéros, on voit son petit bonhomme « abandonner la scie, le marteau et les clous du sadisme au premier degré et se projeter dans des cauchemars ou des délires de plus en plus extravagants, de plus en plus personnels. » (J. Sternberg) ».

Topor « ne se considérait pas comme un véritable dessinateur de presse, même s’il dessinait pour la presse : hormis quelques contributions comme celles, violemment contestataires, parues dans L’Enragé et Action en 1968, ou d’autres plus tardives dans Libération, ses interventions graphiques étaient généralement détachées de l’actualité. Son humour met à distance le fait et révèle, souvent, le drame psychologique qui se joue en coulisse du banal quotidien ».
De Bizarre au quotidien Le Monde, via Hara-Kiri, l’hebdomadaire ELLE, Le Canard enchainé, le New York Times, Libération, Le Journal du Dimanche, Sciences et Avenir, London Magazine, Die Zeit et « de nombreuses publications, petites ou grandes, généralistes ou spécialisées, françaises ou étrangères, Topor a entretenu une fidélité constante à ce mode de diffusion. Tout en ayant le souci de porter son œuvre (dessins et textes) à l’appréciation du plus grand nombre par ce biais, il a toujours su imposer l’originalité de ses idées et de son style aux différentes rédactions ».
« Bien qu’il n’ait pas manifesté de goût pour le dessin d’actualité, Topor n’était pas pour autant indifférent à la marche du monde. Il a maintes fois prêté son concours à des causes humanitaires ».

En 1976, Amnesty international « lança une campagne médiatique pour dénoncer la torture dont étaient victimes les prisonniers politiques et sollicita d’une quinzaine d’artistes le don d’une œuvre originale. Topor offrit un dessin évoquant la liberté d’expression opprimée : un visage de profil, dont la mâchoire inférieure est décrochée par un coup de marteau. L’idée était reprise d’un dessin paru dans Hara-Kiri dix ans plus tôt et dans le journal hollandais God, Nederland & Oranje en mars 1967. Topor avait déjà redessiné ce motif pour une lithographie de l’album Cosy Corner en 1972, et le réutilisa pour la couverture du numéro 1 de la revue Mépris en 1973. C’est cette dernière version qui servit pour l’affiche d’Amnesty. Cet exemple permet d’évoquer les multiples destinations des images de Topor qui ne se laisse pas enfermer dans un domaine particulier. Il ne souhaite pas assigner une image à une fonction ou à un sens unique ».

Topor illustrateur

« Fort d’une reconnaissance rapidement acquise dans la presse », Topor « fut sollicité par des éditeurs pour illustrer des livres. Ses « premières illustrations furent créées dans le sillage de ses collaborations aux revues Bizarre et Hara-Kiri ».

« La renommée de Topor croissant, les commandes d’autres éditeurs se multiplièrent. Topor a ainsi illustré plus de cent livres. De la simple couverture commandée pour l’édition de poche d’un roman à gros tirage à l’extrême préciosité de certains ouvrages réservés aux bibliophiles, il a affirmé son talent à marier ses images, pourtant si singulières, à des classiques de la littérature française et étrangère et à des textes d’amis ».
Topor « était un amoureux des livres. Sa curiosité insatiable l’amena dès son enfance à explorer les écrits de différents auteurs. Si Alexandre Dumas, Alfred Jarry, Robert-Louis Stevenson, Lewis Carroll, Jack London et Edgar Poe suscitèrent ses plus durables émois littéraires, il dévora avec la même gourmandise les polars, les romans de science-fiction, les livres d’humour, de poésie, d’images ».

Il « eut à cœur d’illustrer les textes d’auteurs anciens ou contemporains avec lesquels il partageait une certaine affinité d’esprit, tels Charles Perrault, Marcel Aymé, Félix Fénéon, Emmanuel Bove, Boris Vian, et ses amis Jacques Sternberg, André Ruellan, Marcel Moreau, Freddy de Vree… Ses cent-vingt dessins pour les Œuvres complètes de Marcel Aymé (Flammarion, 1977), comptent parmi ses créations majeures ».

Les illustrations de Topor « suivent la progression générale de son œuvre : aux premiers dessins en noir et blanc où le style est rudimentaire, concis et elliptique, succédèrent, dès le milieu des années 1960, des images plus élaborées, où l’atmosphère et les compositions se densifient, notamment par les variations rythmiques de ses hachures. Puis, dans les années 1970, une grâce nouvelle surgit par l’apport de la couleur et l’usage du crayon de couleur et de l’aquarelle mêlés à l’encre de Chine ».
« Au gré des commandes, Topor joua à faire entrer son univers en résonance avec celui des auteurs qu’il illustra, sans jamais le trahir ni celui de l’écrivain. Il apporta un grand soin à ces travaux d’enluminure de textes sans affadir ses visions ; l’imaginaire d’un autre devenait au contraire un stimulant pour creuser et développer le sien. Son dessin agit souvent comme le révélateur d’un contenu latent dans le texte. Mais il n’explique rien : il ouvre sur le merveilleux et l’inconscient ».
Topor et le spectacle
Topor « mit son talent au service du monde du spectacle dès les années 1960 ».
« Comme dessinateur, il conçut des génériques pour Qui êtes-vous Polly Maggoo ? de William Klein et Viva la Muerte de Fernando Arrabal, des dessins pour la séquence de « La Lanterne magique » du film Casanova de Federico Fellini, des affiches de films et de spectacles : celle qu’il créa pour le film Le Tambour de Volker Schlöndorff en 1978 est l’une de ses images les plus connues ».
« Comme écrivain, il participa à l’écriture de films de Pierre Richard (Les Malheurs d’Alfred coécrit avec André Ruellan, 1972), Bob Swaim (L’Autoportrait d’un pornographe, 1972), Peter Fleischmann (La Maladie de Hambourg, 1979), Jean-Michel Ribes (La Galette du roi, 1986) ».
Il « fit aussi quelques apparitions comme acteur dans les films de ses amis William Klein, Raoul Ruiz, Werner Herzog, Pascal Thomas, Jérôme Savary, Volker Schlöndorff ».
Dans son court métrage Les Temps morts (1964), des dessins de Topor sont mêlés à des images documentaires, à quelques essais de papiers découpés ».
Topor « perfectionna sa technique dans Les Escargots, film en couleurs qu’il réalisa avec Laloux en 1966 : l’histoire, naturaliste et fantastique, est celle d’escargots mangeurs de salades devenues géantes à force d’être arrosées par les larmes de leur cultivateur. Devenus monstrueux eux-mêmes, ils attaquent une ville dont les habitants sont saisis de panique ».
Sortie en 1973, l’œuvre cinématographique la plus remarquée demeure La Planète sauvage, film d’animation réalisé par René Laloux. Débuté dès 1966, ce long métrage est distinguée par le Prix spécial du jury au Festival de Cannes l’année de son exploitation en salles. « L’histoire, adaptée par Topor et Laloux du roman Oms en série de Stefan Wul, raconte le conflit entre les Draags, humanoïdes éclairés mais despotiques vivant sur la planète Ygam, et les Oms de la planète Terra, humains à l’état sauvage. Par le prêt d’un ensemble de dessins préparatoires au film, l’exposition montre le travail de Topor pour la conception des images du film ».
« Avec Henri Xhonneux, Topor réalisa en 1989 le film Marquis, un sulfureux hommage à Sade ».
Topor « travailla aussi pour la télévision : dès 1967, sollicité par Daisy de Galard, il devint un collaborateur régulier de l’émission Dim Dam Dom. Son esprit, caustique et joyeux, sa verve et son rire contribuèrent à faire de lui un invité apprécié des plateaux de télévision ».

« Avec le réalisateur belge Henri Xhonneux et le producteur Eric Van Beuren, il conçut Téléchat, une série télévisée pour enfants de 234 épisodes diffusée en France dans l’émission Récré A2 sur Antenne 2 et en Belgique à partir de 1983. Téléchat parodie le journal télévisé des adultes. Il est présenté par des marionnettes : une autruche, Lola, et un chat, Groucha. Interviennent dans l’émission Micmac, le micro de Groucha, Albert le dictionnaire, Durallô, le téléphone du studio, Duramou, un fer à repasser huissier de justice, le singe Pub-pub et divers personnages loufoques. Les gluons qui sont interviewés ou apparaissent dans des reportages, font parler la matière des objets. L’émission démarre invariablement par l’objet fêté du jour. Après le générique de fin, on revoit Groucha et Lola discuter après le travail au café, le Milk Bar. Les marionnettes de l’émission conservées au Centre de la Marionnette de Tournai sont présentées dans l’exposition ».

Le « succès fut aussi au rendez-vous des émissions humoristiques conçues avec Jean-Michel Ribes, Merci Bernard (1982-1984) et Palace (1988), pour lesquelles Topor rédigea des sketches ».

« Durant les années 1990, toujours actif sur de nombreux fronts artistiques, Topor s’adonna à la création de costumes et de décors pour des mises en scène au théâtre et à l’opéra, en France et à l’étranger : La Flûte enchantée à Essen, Ubu Rex à Munich. Lui-même mit en scène Ubu Roi au Palais de Chaillot en 1992 et sa pièce L’Hiver sous la table en 1996 ».

Ses « pièces furent et continuent à être jouées aux quatre coins du monde ».
Topor artiste et écrivain
« Dans son désir de ne pas rester limité aux seules possibilités que lui offraient la presse ou l’édition littéraire, Topor souhaita se frotter au monde de l’art contemporain ».

« Contrairement à la plupart des dessinateurs d’humour qui se considéraient comme journalistes, il assuma d’emblée sa vocation d’artiste, non sans ironie. Ses dessins de presse, tout comme ses illustrations, ses dessins pour l’animation et ses estampes pouvaient être accrochés à côté de dessins spécifiquement préparés pour l’exposition ».

« Tout faisait œuvre : le petit dessin-gag en noir et blanc rapidement exécuté aussi bien que les œuvres en couleurs, de plus grand format, patiemment élaborées, dans lesquelles il laissait briller son imaginaire insolite et sa virtuosité. Topor aimait jouer le jeu de la confusion des valeurs, de la contestation des hiérarchies. Doué d’un formidable esprit de conceptualisation, il s’amusa à transgresser les frontières définies par le marché de l’art, les institutions, les critiques, les historiens et les artistes eux-mêmes. Il souhaita s’affranchir du sens unique, du conformisme, de la sclérose ».

Il « débute sa carrière comme dessinateur d’humour dans une certaine presse : Bizarre en 1958, Arts en 1959, Fiction en 1960 et Hara-Kiri en 1961. C’est par l’intermédiaire de Hara-Kiri qu’il fait la connaissance de Fernando Arrabal. Une amitié très forte naît entre les deux hommes et ensemble, avec d’autres artistes rencontrés lors de ses études à l’École des beaux-arts de Paris dont Jodorowsky, ils fondent en 1962 le groupe « Panique », mouvement artistique dérisoire, qui, malgré son manque de sérieux assumé, va jouir d’une certaine renommée dans le monde des arts et des lettres ».

Ce « mouvement artistique dérisoire » vise « à se moquer du groupe surréaliste et surtout de son chef André Breton. Ayant rencontré ce dernier lors d’une réunion protocolaire, Topor avait jugé dérisoire l’autorité dont le pape des surréalistes faisait encore la démonstration ».

En outre, ces « jeunes artistes souhaitaient se démarquer de ce qui existait déjà. Le Café de la Paix, place de l’Opéra, devint le lieu de réunion du nouveau groupe Panique. Le Panique n’était pas une école artistique régie par un manifeste, mais une réunion d’amis n’ayant pas une conception dogmatique de l’art, dans un esprit bannissant toute idée de sérieux, de hiérarchie et de genre ».

« Outre ses fondateurs, le groupe Panique réunit anarchiquement de 1962 à la fin des années 1990 plusieurs artistes plasticiens et écrivains dont Olivier O. Olivier, Christian Zeimert, Michel Parré, Sam Szafran, Abel Ogier, Gironella, Oscar de Witt, Diego Bardon, André Ruellan, Jacques Sternberg, Copi, Jérôme Savary et Roman Cieslewicz. »

« À la même époque, Topor se rapprocha de ceux qu’il percevait comme sa « famille » artistique : Jean Tinguely, Daniel Spoerri, Robert Filliou, Pol Bury, Erik Dietman, tous héritiers de Duchamp ».

Topor « a néanmoins toujours souhaité rester libre de tout courant artistique ».
Dès 1966, « l’atelier de lithographie de Peter Bramsen devint pour lui un lieu où il côtoyait différents artistes d’avant-garde, et se lia d’amitié avec plusieurs d’entre eux, dont Pierre Alechinsky. Sur les conseils de Peter Bramsen, il aborda la technique de la linogravure au moyen de laquelle il conçut des images percutantes dont plusieurs furent reproduites dans la presse et servirent à faire des affiches ».

Topor « aborda le livre comme objet de diffusion et de création. Le livre permet en premier lieu de réunir les dessins et les textes dispersés dans la presse ; il pérennise ainsi sa production, autrement promise à la vie éphémère des périodiques (Les Masochistes, Dessins Panique, Four Roses for Lucienne…) ».

Topor « joua avec le livre sous différentes coutures. Le livre, comme tout chez Topor, ne doit pas être réduit à une fonction unique. Écrivain, il est l’auteur de roman dont La Princesse Angine et Le Locataire chimérique, adapté au cinéma par Roman Polanski, de nouvelles, de pièces de théâtre (Le Bébé de Monsieur Laurent, Vinci avait raison, L’Hiver sous la table), de chansons. Vecteur et outil de diffusion, le livre est aussi un objet artistique en soi, conceptualisable à l’envi ».

« Parce que la Bibliothèque nationale de France est avant tout le lieu de la mémoire imprimée, il est important de montrer l’étonnante création livresque de Topor. Plusieurs types de livres sont ainsi présentés en vitrine parfois accompagnés de dessins originaux et de manuscrits, comme les premières pages du Locataire chimérique ».

« Parmi les variations conceptuelles autour du livre, Topor créa les curieux jeux de société : L’étrange cas de Sherlock Holmes et Le Topsychopor, et des livres pastiches (Le Bateau ivre, Les photographies conceptuelles d’Erwahn Ehrlich), de livres-gags (Le livre à boutons, La Vérité sur Max Lampin), et des curiosités, plus ou moins rares, devenues la visée d’amateurs bibliophiles (Le Tachier de l’amateur, L’Epikon, Laid Poulet, Le Grouilloucouillou, Cons de fées…) »

Les 10, 11, 12, 13, 14, 15, 17 et 19 octobre 2017, Toute l’Histoire diffusa Roland Topor, songes, mensonges, panique et déconnade. « Artiste protéiforme, Roland Topor aura travaillé à opposer le plus de surfaces possibles à l’avancement, cherchant sans doute en cela à retenir la vie par tous les moyens. Découverte d’un homme aux multiples talents ».

Le 21 mars 2018, à 20 h, le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris présente à la Salle de Cinéma Une soirée avec Roland  Topor. L’exposition « Le continent belge ! 20 ans d’Art BUL et quelques… présente les œuvres de plus de soixante-dix artistes belges et internationaux, dont Roland Topor. Cette soirée permet de mieux le découvrir à travers deux documentaires, en présence de Serge Sarfati, Nicolas Topor, Alexandre Devaux, le producteur Eric van Beuren et Yves de Bruyn, commissaire de l’exposition : « Roland Topor, Songes, Mensonges, Panique et Déconnade », un film de Serge Sarfati, Nicolas Topor et Alexandre Devaux, réalisé par Serge Sarfati (France/Belgique, Prismedia, YC Aligator Film, RTBF, avec la participation de AB Thématiques pour Toute l’Histoire, Mirabelle TV, du CNC. Avec le soutien de l’Angoa et de la Procirep, de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, du Farband (Union des sociétés juives de France) – 2017 – 52 min.) – dessinateur, romancier, chansonnier, parolier, scénariste, créateur de décor et auteur de pièces, de nouvelles et d’œuvres cinématographiques… Roland Topor aura travaillé à opposer le plus de surfaces possibles à ce qu’il appelait « Le style lisse », cherchant sans doute en cela à retenir la vie par tous les moyens. Une vie intensément vécue – intensément consacrée à extraire de chaque instant une émotion, une expérience, l’expression, par tant de supports possibles, d’un imaginaire débordant – au point, paradoxalement, d’en accélérer le terme par ses excès d’existence ». Ce film sera suivi par « Topor, Père et fils » de Henri Xhonneux (Belgique, YC Aligator Film, Triangle 7, RTBF – 1989 – 26 min.). « Le cinéaste belge Henri Xhonneux (1945-1995) a beaucoup œuvré  en collaboration avec le dessinateur et scénariste Roland Topor. Ensemble, ils ont créé la série télévisée Téléchat (de 1983 à 1985). En 1989, il réalise Marquis, sur un scénario de Roland Topor librement inspiré de la vie du Marquis de Sade enbastillé. Dans ce document, Henri Xhonneux filme Roland Topor qui s’entretient avec son père ».

« Panoptikum » au Museum Folkwang 

À Essen, le Museum Folkwang proposa l’exposition « Panoptikum ». « In der französischen Kunst und Kultur der zweiten Hälfte des 20. Jahrhunderts ist Roland Topor eine Ausnahmeerscheinung. Niemand sonst betätigte sich im Laufe seines Lebens auf so vielen Feldern kreativen Schaffens wie er. Topor war ein unermüdlicher Zeichner und Illustrator, aber auch der Autor einer Fülle von Romanen, Kurzgeschichten und Bühnenstücken. Darüber hinaus schrieb er Drehbücher und trat in Filmen auf, führte im Theater Regie, entwarf Bühnenbilder und Kostüme und schuf nicht zuletzt über einhundert Plakate. Verbindendes Element dieser breit gefächerten Aktivitäten ist Topors Faszination für die Absurditäten und Unzulänglichkeiten des Daseins. Mit besonderer Vorliebe blickt er in die Abgründe des menschlichen Miteinanders, wie sie sich vor allem – aber nicht nur – im Verhältnis zwischen Mann und Frau auftun. Doch auch das Individuum mit seinen Ängsten und Obsessionen, Leidenschaften und Begehrlichkeiten ist ein bevorzugtes Studienobjekt. Topors Beobachtungen fließen in surreale Szenen ein, die zwischen Witz und Schrecken changieren und im Idealfall beim Betrachter, Leser oder Zuschauer einen Moment der Erkenntnis stiften.  Topor, der bereits 1997 verstarb, wäre 2018 achtzig Jahre alt geworden. Aus diesem Anlass widmet ihm das Museum  Folkwang eine Ausstellung, die sein vielfältiges Schaffen anhand von mehr als 200 Exponaten vorstellt: Neben satirischen Tuschzeichnungen für Zeitungen und Zeitschriften der 1960er Jahre wird das reiche illustrative Werk Topors anhand von Zeichnungen und Büchern aus mehr als drei Jahrzehnten präsentiert. Darüber hinaus sind wichtige Beispiele seiner Druckgrafik, eine repräsentative Auswahl von Plakaten sowie Trickfilme nach Vorlagen Topors zu sehen. Seine Verbindung zum Theater veranschaulichen einige Originalkostüme aus der Inszenierung von Mozarts Zauberflöte am Essener Aalto-Theater (1990), die erstmals gemeinsam mit den Zeichnungen Topors ausgestellt werden, nach denen sie geschneidert wurden. Das Veranstaltungsangebot zur Ausstellung finden Sie hier… Gefördert durch »

 

« Roland Topor (1938–1997) – cartoonist and illustrator, author, filmmaker and actor, costume and set designer – is one of the most remarkable figures of the French art and literary scenes of the second half of the 20th century. In his eclectic, often surreal work, he reflected upon the absurdities and incomprehensible contradictions of human existence. His motifs alternate between wit and horror, while always providing moments of epiphany. Roland Topor, who died in 1997, would have turned 80 in 2018. To commemorate this, from 29 June to 30 September 2018, Museum Folkwang will show Panoptikum, an exhibition that celebrates his multifaceted oeuvre. In six sections, the exhibition presents over 200 works by Roland Topor from various creative periods and artistic genres. His early drawings in ink start the exhibition with a crisp stroke and an imaginative range of subject matter. Topor began to regularly publish his drawings in magazines in 1958, to begin with primarily in French satirical magazines, and later in newspapers such as The New York Times. A selection of his illustrations will also be exhibited. Publishers often like to dip into the rich reserves of Roland Topor’s extraordinary inventiveness. While initially he remained staunchly committed to the  black and white of his drawings in ink, over the years Topor increasingly turned to colour to intensify the effect of his works. His illustrations for Carlo Collodi’s Pinocchio from 1995 represent a high point in this development.  »

 

« Topor also developed his narrative imagery independently from literary texts, both in his drawing and printmaking. This exhibition features a significant group of these stand-alone works, with an emphasis on the 1970s. The fact that Topor’s drawing of a man whose chin is being smashed off by a hammer was used five years later by Amnesty International for a poster illustrates how open his depictions are to a range of interpretations and readings.  »

« Topor’s linocuts, created in the late 1970s, comprise a separate group within the exhibition. In the characteristic black and white of this technique, he produced memorable images, with a particular focus on the relationship between men and women. »

 

« Another section is dedicated to Topor’s extensive film work. The focus is on his collaboration with the French cartoon director René Laloux. The early short films Les temps morts (Dead Times, 1964) and Les escargots (The Snails, 1965) are presented in a separate screening space, as is an excerpt from the feature-length animated film La planète sauvage (Fantastic Planet, 1973), which won a special jury prize at the 1973 Cannes Film Festival. Also on display is a selection of coloured drawings with grotesque erotic motifs that Topor produced for a scene in Federico Fellini’s Casanova (1975). Roland Topor’s deep connection with the stage and theatre is illustrated in the exhibition through his involvement in the production of Mozart’s The Magic Flute at the Aalto-Theater in Essen in 1990. Topor designed both the sumptuous costumes and the sets. A group of his colourful designs will be presented together with original costumes that have been preserved to this day in the props department of the opera house. The poster for the Essen performance also came from Topor, who created more than 100 posters for theatre and film over the course of his life. Reason enough to dedicate an entire section of the exhibition to this important area of his visual production. »

« Topor n’est pas mort »

La galerie Anne Barrault présente l’exposition « Topor n’est pas mort« , exposition collective réunissant des œuvres de Killoffer, Guillaume Pinard, Daniel Spoerri, Roland Topor, Guillaume Bruère, Nina Childress, Olivia Clavel, Bertrand Dezoteux, Julie Doucet, Paul van der Eerden, Steve Gianakos, Killoffer, Mirka Lugosi, Bertrand Mandico, Antoine Marquis, Guillaume Pinard, Hugues Reip, Jean-Xavier Renaud, Elsa Sahal, Dasha Shishkin, Taroop & Glabel, Daniel Spoerri, Nicolas Topor, Henk Visch, Willem, et Roland Topor.

Roland Topor « était un créateur insatiable. Il se définissait simplement comme « un travailleur du papier », mais son œuvre est impressionnante et protéiforme : dessins, romans, films, pièces de théâtre, émissions de télévision. Son esprit carnavalesque, sa dérision cruelle, son rire tonitruant ont infusé en nous. Son premier dessin est publié dans la revue Bizarre en 1958, et son premier recueil de dessins datant de 1960 a pour titre « Les masochistes ».

« En 1962, Roland Topor continue à s’amuser et à nous captiver. Il fonde le groupe Panique avec ses amis Fernando Arrabal et Alejandro Jodorowsky. Panique est un hommage à Pan, le dieu de l’amour et de la fornication, de l’humour et de la confusion. Panique est né en réaction au dogmatisme d’André Breton, qui n’aimait ni le rock, ni la science-fiction ni la pornographie. »

« En 1964, est publié son livre « Le locataire chimérique », qui sera adapté au cinéma, quelques années plus tard, par Roman Polanski. Et son film d’animation « La planète Sauvage » réalisé avec René Laloux, obtient le prix spécial du jury au festival de Cannes 1973. »

« Dès le début des années 1970, Topor expose régulièrement dans les galeries. Aujourd’hui il est considéré comme l’un des dessinateurs les plus importants du 20ème siècle. Lors d’un entretien mené par Eddy Devolder en 1994, Roland Topor disait « Je rigole du tragique, la réalité me donne de l’asthme. Je suis comme un gosse à l’école qui écrit et qui dessine, cela fait partie des possibilités humaines de salir du papier. J’aime l’art car c’est une manière d’évacuer la culpabilité et de ne garder que le plaisir ».

« Cette exposition n’est pas un hommage à proprement parler. Les artistes invités n’ont pas réalisé de nouvelles œuvres pour l’occasion. Le jeu a simplement consisté à sélectionner des dessins, peintures, et films, par affinité élective, et à faire advenir des connivences. Topor expliquait que s’il dessinait ou s’il écrivait, c’était pour trouver des alliés. C’est là tout simplement le projet de cette exposition : retrouver dans ces alliés l’esprit de Topor. Cette exposition se veut généreuse et foisonnante, à son image, l’occasion de découvrir les œuvres de 21 artistes, ainsi qu’un ensemble de dessins de Roland Topor. »

Repères biographiques
« 7 janvier 1938. Naissance de Roland Topor à Paris. Ses parents Abram et Zlata, juifs polonais, s’y sont établis au début des années 1930.
1941-1945. Traquée par la police de Vichy, la famille Topor se réfugie en Savoie.
1955. Topor s’inscrit à l’école des Beaux-arts de Paris.
1958. Premier dessin publié : couverture de la revue Bizarre.
1960. Illustre L’Architecte de Jacques Sternberg. Première exposition à la Maison des Beaux-arts. Les Masochistes, premier livre de dessins, chez E. Losfeld. Première nouvelle, « L’amour fou », dans Fiction, une revue qui le publie dès lors régulièrement.
1961. Entre au journal Hara-Kiri où il publie jusqu’en 1966.
Prix de l’humour noir pour son livre de dessins Anthologie paru chez J.-J. Pauvert.
1962. Création du groupe Panique avec Arrabal et Jodorowsky. Premières publications étrangères : revue S.NOB (Mexique), Cartoon 62, Diogenes (Suisse). Entre au magazine ELLE, engagé par Peter Knapp, il y fait la connaissance de Roman Cieslewicz.
1963. Illustre le Manuel du savoir-mourir d’André Ruellan (Prix de l’humour noir).
1964Le Locataire chimérique, premier roman, chez Buchet Chastel. Participe au Gag Festival organisé à Berlin par Daniel Spoerri. 1963. Naissance de Nicolas Topor.
1965. Acteur et dessinateur du générique final du film de William Klein Qui êtes-vous Polly Maggoo ? 
Cinq éphémères paniques, avec Arrabal et Jodorowsky au Centre culturel américain de Paris. 1966. Création du film d’animation Les Escargots, avec René Laloux.
1968. Participe aux journaux L’Enragé (de Siné), Le Pavé (de Lebel), Action (de Schalit, Cieslewicz est à la maquette).

1969. Prix des Deux-Magots pour son roman Joko fête son anniversaire.

1971. Débute au New York Times.
Générique dessiné du film Viva la Muerte d’Arrabal.
1972. Participe à 1960-72, Douze ans d’art contemporain en France, au Grand Palais.
1973. La Planète sauvage, film d’animation, avec René Laloux. Prix spécial du jury au Festival de Cannes.
1975. Première rétrospective institutionnelle : Panic, The Golden years, au Stedelijk Museum d’Amsterdam. Dessins de « La Lanterne magique » pour le film Casanova de Federico Fellini.
1976. Affiche pour Amnesty international.
1977. 120 illustrations pour les Œuvres romanesques de Marcel Aymé.
1978. Son affiche pour le film Le Tambour de Volker Schlöndorff est diffusée dans le monde entier.
Décors et costumes pour l’opéra Le Grand Macabre de Georg Ligeti à Bologne.
1981. Premières peintures à la bombe. Grand Prix national des arts graphiques du Ministère de la Culture.
1982. Coauteur pour Merci Bernard de Jean-Michel Ribes.
1983. Cocréation de Téléchat avec Henri Xhonneux.
1985. Exposition itinérante du Stadtmuseum de Munich jusqu’aux Beaux-arts de Paris.
1989. Film Marquis (scénario, dialogues et co-direction artistique).
1990. Grand Prix des arts de la Ville de Paris.  

1991. Décors et costumes pour l’opéra Ubu Rex de Kristof Penderecki à Munich.

1992. Monte Ubu Roi d’Alfred Jarry au Théâtre national de Chaillot.
16 Avril 1997. Mort de Roland Topor ».
Du 7 septembre – 26 octobre 2019
À la galerie Anne Barrault
51 rue des Archives – 75003 Paris
Tél. 33 (0)9 51 70 02 43
Du mardi au samedi, de 11 h à 19 h

Du 29 juin au 30 septembre 2018
Au Museum Folkwang 
Museumsplatz 1. 45128 Essen
Tel. : +49 201 8845 000
Mardi, mercredi, samedi et dimanche de 10 h à 18 h. Jeudi et vendredi de 10 h à 20 h

Visuels :
Roland Topor
L’Emigrant, 1972
© VG Bild-Kunst, Bonn 2018Roland Topor
Ohne Titel, 1965 (veröffentlicht)
Tuschfeder, 60 x 50 cm
Sammlung Jakob und Philipp Keel
© VG Bild-Kunst, Bonn 2018


Du 28 mars au 16 juillet 2017 

À la BnF I François-Mitterrand 
Quai François Mauriac, Paris XIIIe
Tél. : 01 53 79 49 49
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h. Dimanche de 13 h à 19 h
Visuels
Affiche
Roland Topor, À gorge déployée, 1975 – encre de Chine et crayon de couleur
Collection Stedelijk Museum Amsterdam © Adagp, Paris, 2016
Roland Topor, affiche promotionnelle pour le journal Hara-Kiri, 1961
BnF, estampes et photographie © Adagp, Paris, 2016Roland Topor, Les fruits de la Passion, 1981 – encre et pastel BnF, estampes et photographie
© Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, Next, 1979
Linogravure, 48 x 38 cm
BnF, estampes et photographie
© Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, Malin comme 3 singes, Paris, 1972 – sérigraphie en couleurs BnF, estampes et photographie. © Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, A gorge déployée, 1975 – encre de Chine et crayon de couleur
Collection Stedelijk Museum Amsterdam © Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, maquette de décor pour Ubu Roi d’Alfred Jarry : Cracovie insurgée, 1992
Costumes, décors et mise en scène, Palais de Chaillot, Paris
Encre et crayons de couleur
Collection particulière Cliché Bertrand Huet
© Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, dessin pour La Planète sauvage, 1970-1972 – collection particulière © Adagp, Paris, 2016 Cliché Bertrand Huet

Roland Topor, dessin pour Hara-Kiri n° 27, avril 1963. Encre de Chine. Jakob & Philipp Keel Collection. © Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, Marteau pilon poil au menton. Planche extraite de l’album Cosy Corner, © Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, dessin pour la couverture de Histoires comme si, 1975. Encre et crayons de couleur. Collection particulière. © Adagp, Paris, 2016
Cliché Bertrand Huet

Roland Topor, dessin pour La Jument verte de Marcel Aymé, vers 1975. Encre, crayons et aquarelle sur papier. Collection particulière. © Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, dessin pour le personnage de Groucha pour la série télévisée Téléchat, 1980-1981. Feutre. Collection particulière. © Adagp, Paris, 2016

Roland Topor, maquette de costume pour Antoine et Cléopâtre de Shakespeare, costumes, décors et mise en scène de Topor, Staatstheater de Kassel,1989. Encre et crayons de couleurs. Collection particulière. © Adagp, Paris, 2016. Cliché Bertrand Huet

Roland Topor, affiche pour Le mois de l’Estampe à Paris, 1997. Lithographie en couleurs. BnF, Estampes et photographie. © Adagp, Paris, 2016

 

 
 
Les citations sir le documentaire sont de la BNF. Cet article a été publié le 12 juillet 2017, puis le 10 octobre 2017, 21 mars et 29 septembre 2018.

 

[Source : www.veroniquechemla.info]

Histoires des temps passés et à venir : le titre n’est pas de Peretz lui-même, mais il est bien à l’image du projet des éditions de L’Antilope d’englober la littérature yiddish dans une tradition juive multilingue, polycentrée et dépoussiérée, en nous livrant aujourd’hui un choix succinct mais varié de six nouvelles du plus européen des trois grands classiques yiddish : Yitskhok Leybush Peretz (1852-1915), né en Pologne, est celui qui a véritablement fondé la littérature yiddish moderne, en pliant la langue vernaculaire à la torsion fusionnelle de l’hybridité stylistique et générique.

Yitskhok Leybush Peretz, Histoires des temps passés et à venir. Trad. du yiddish par Batia Baum. L’Antilope, 160 p., 17 €

Écrit par Carole Ksiazenicer-Matheron

La traductrice, Batia Baum, nourrit une familiarité de longue date avec la langue des classiques, dont elle a récemment publié aux éditions de la Maison de la culture yiddish-Bibliothèque Medem deux œuvres canoniques : le chef-d’œuvre de Mendele Moykher Sforim, L’anneau magique, évocation insurpassable de la transition historique au sein de la bourgade juive, et la pièce-monstre de Peretz lui-même (au sens où Wedekind nommait Lulu une « tragédie-monstre »), La nuit sur le vieux marché, baroque « songe d’une nuit de fièvre », tissé d’ombres et de revenances, à mi-chemin entre symbolisme et expressionnisme.

Ce recueil de six récits constitue quant à lui un extrait quintessencié de thèmes, de styles et d’inspirations en constante évolution chez l’auteur yiddish, mais leur tonalité générale, induite par les choix de la traductrice, est imprégnée d’inquiétante étrangeté, puisant à la fois aux sources d’un fantastique traditionnel et aux vacillements de la subjectivité moderne au tournant du siècle. Les textes originaux, composés entre 1891 et 1906, témoignent de l’activité fondatrice de Peretz en ce qui concerne l’art de la nouvelle, du récit bref empruntant à des influences multiples mais relevant avant tout de la créativité inquiète de l’auteur.

Peretz est né à Zamosc, dans la province de Lublin, dans une famille assez aisée, traditionaliste mais ouverte à l’esprit de la Haskala (les Lumières) ; enfant prodige en matière d’études religieuses mais s’initiant très tôt aux littératures étrangères par la découverte, chez un particulier, d’une riche bibliothèque d’auteurs européens ; marié une première fois selon le système du mariage arrangé mais divorçant au bout de cinq ans pour épouser la femme qu’il a librement choisie ; socialiste, auteur de poèmes mis en musique  par le Bund (le parti ouvrier juif) mais écrivant certaines de ses nouvelles « à la façon hassidique », en disciple ambivalent du Baal Shem Tov ou de Nahman de Braslav ; épris du yiddish qu’il défend à la conférence de Czernowitz en 1908 mais écrivant également en hébreu et usant du polonais dans sa vie quotidienne, Peretz semble exacerber les polarités du monde juif ashkénaze pour les faire fusionner au sein du verbe et de l’invention narrative.

Sa carrière littéraire en yiddish, après quelques tentatives en polonais et en hébreu, débute en 1888 par la publication d’un long poème narratif d’inspiration néo-romantique, consacré au thème de l’amour interdit, dans une revue publiée en Russie par Sholem Aleykhem. Il s’inscrit dans l’effort des classiques de fonder l’identité collective sur une littérature qui doit s’inventer en même temps que sa langue, afin de se constituer en socle idéologique face aux incertitudes du présent. Il s’agit aussi de reformuler le riche support de la tradition, toujours prêt à sourdre à la surface du vécu contemporain, opérant la réappropriation langagière et symbolique de la discrimination minoritaire. Cependant, Peretz avouera lui-même confondre à cette époque Sholem Aleykhem et Mendele Moykher Sforim qu’il ne connaît en outre que par des traductions en polonais ; aussi, tel un rabbi hassidique fondant sa propre école, va-t-il lui falloir frayer sa voie à l’écart des centres russes (Kiev et Odessa), en s’enracinant dans le paysage culturel juif polonais, relativement plus perméable aux influences européennes. Empêché d’exercer sa charge d’avocat à cause d’une dénonciation, il s’installe à Varsovie où sa demeure devient la plaque tournante de la modernité au tournant du siècle, influençant pour de longues années, et ce bien après sa mort, toute une génération d’auteurs, de Lamed Shapiro à Dovid Pinski,  Sholem Asch, Hersch Dovid Nomberg, et bien d’autres.

Cette reterritorialisation liée aussi à sa proximité avec le monde de son enfance, par-delà les ruptures de l’émancipation, il va la mettre en jeu symboliquement lors d’un moment de troublante immersion au cœur du monde juif polonais : en 1890, il participe à une enquête statistique sur le sort de la minorité juive dans sa province natale, la région de Tomaszow (plus tard le territoire « singérien » par excellence !) : commence ainsi à s’exercer chez lui cet art de la transfiguration souvent sublimée et pleine de compassion, parfois grotesque et d’une mordante ironie, de la précaire survie collective. Ces « oubliés du shtetl » (titre français des « Tableaux d’un voyage en province ») opèrent par leur évocation d’abord réaliste et documentaire, puis de plus en plus teintée d’onirisme et de dérision fantastique, la fusion des tendances antagonistes qui caractériseront constamment l’écriture de Peretz. De cette veine hybride découle la nouvelle « La ville morte » dans notre recueil :

« Un jour, au cours de mes pérégrinations en province pour l’enquête statistique sur la population juive, j’ai rencontré un Juif qui se traînait pas à pas dans le sable lourd de la route. L’homme avait l’air malade, à peine s’il pouvait marcher. Je l’ai pris en pitié et l’ai invité à monter en voiture. Le voilà donc qui grimpe, me salue et me pose toutes sortes de questions sur les nouvelles du monde.

Je réponds et, à la fin, lui demande :

– Et vous, l’ami, d’où êtes-vous ?

– De la ville morte, répond-il tranquillement.

Je crois qu’il blague.

– Où est-ce ? dis-je. Au-delà des monts des Ténèbres ?

– Oh que non ! sourit-il, tout juste en Pologne. »

Le souci de localisation s’avère cependant plein d’incertitude : la ville juive, sans existence légale, finit par être envahie par les morts-vivants, métaphore à la fois traditionnelle et folklorique mais aussi nimbée de nietzschéisme, les vivants s’avérant incapables de vivre pleinement et les morts qui sortent de leurs tombes reprenant leur vie passée sans en avoir vraiment conscience. Le message est bien celui d’un appel à la renaissance nationale, en contexte diasporique, et par le biais d’un court-circuit sémantique, électrochoc allégorique opérant à même le langage littéraire.

La nouvelle intitulée « Voyage en malle-poste » utilise le même genre de dispositif et de système narratif, plus proche de Maupassant que du Sholem Aleykhem des « contes ferroviaires ». Comme dans la nouvelle précédente, le narrateur principal s’assimile à Peretz lui-même, sans l’artifice du prête-nom, comme chez Mendele Moykher Sforim, où c’est la persona littéraire, par le biais du pseudonyme, qui prend la parole à la place de l’auteur. Mais cette fois, nul fantastique pour synthétiser l’expérience historique : toute la charge électrique du présent passe par deux dialogues en miroir, celui avec un juif ordinaire du shtetl et l’autre avec un Polonais, ancien ami d’enfance du narrateur. Dans les deux conversations, nimbées de l’atmosphère nocturne du voyage en malle-poste sans échappée sur l’extérieur, le tour d’écrou central implique à la fois le conflictuel rapport entre les sexes au sein de la société juive, et celui entre juifs et non-juifs dans le contexte de la société globale. Deux champs culturels et politiques où s’imposent, selon Peretz, la lutte contre la domination et l’auto-immunité contre les préjugés et le rejet de l’autre.

 

La nouvelle « Temps messianiques », de facture plus modeste mais ouvrant sur le renversement du rêve, fait partie, comme « La ville morte », d’un ensemble de récits regroupés par l’auteur sous le titre d’Écrits de la maison des fous ; la thématique, empruntée en partie au Gogol du Journal d’un fou, débouche plus largement sur des jeux carnavalesques permettant une critique sociale acerbe sous le déguisement du conte. Dans une ville fortifiée évoquant la ville natale de Peretz mais aussi le symbolisme déjà expressionniste d’un ghetto à la Meyrink, le narrateur rêve qu’il passe la nuit à l’air libre, loin des chaînes rouillées et des murailles oppressantes de la ville close sur elle-même, en compagnie du fou. Errant visionnaire, prophète discriminé par la communauté, ce dernier lui annonce la venue d’un Messie et d’une génération dotés d’ailes, afin d’échapper à la loi d’airain de la vie traditionnelle. Tissant le songe plus avant, le narrateur part à la rencontre du Messie et fait halte dans une auberge, lieu symbolique central, où se confrontent trois générations, trois conceptions de la vie juive et de ses valeurs essentielles, au moment où naît précisément un enfant infirme pourvu d’ailes. Las, la voix de l’aïeul résonne pour condamner cette génération trop éprise d’idéal, et qui se meut dans un ciel vidé de toute observance. Le dernier mot reste aux femmes et à la nécessité de la perpétuation de la vie et du sens, mais de façon subtilement ironique : « Stupides hommes ! À quoi ils pensent… Et le rabbin ? Le rabbin va-t-il permettre qu’il soit circoncis ? Va-t-il laisser faire une bénédiction sur un enfant avec des ailes ? »

L’allégorie de la « maison de fer » est également au centre de la grandiose vision eschatologique contenue dans la nouvelle « L’errance dans le désert » ; cette dernière fait partie du corpus néo-hassidique forgé par Peretz en symbiose avec le style des récits hagiographiques, tissant la légende et les miracles des grands maîtres de la doctrine, ici en particulier des contes à la façon de Nahman de Braslav (1772-1811). Ce récit, qui fait partie dans la version originale du cycle des « récit de reb Nahmanke », reproduit avec une grande virtuosité poétique la concaténation allégorique et l’ouverture interprétative jamais achevée des contes de son illustre modèle. Les oiseaux, sautillant sur leurs pattes mécaniques avec leurs moignons d’ailes ressemblant plutôt à des nageoires, partent à la conquête d’une somnolente tradition repliée derrière d’anciennes défenses protectrices à moitié en ruines. Cette évocation transparente de la lutte entre tradition et modernité reprend le symbolisme du livre brûlé, attribué au pessimisme ontologique du maître braslavien. La mystique de l’ingestion magique du sens (« manger le livre »), ou au contraire de sa dissémination universelle (disperser les cendres), pourra-t-elle revivifier, par le biais de l’innutrition et de la diffusion littéraires, une vie collective marquée par « l’exil » et l’errance dans un « désert » privé de toute transcendance ? Comme chez Nahman de Braslav, le récit s’interrompt avant la fin de l’histoire : le sens appartient à tous mais, au fil de la narration, la pesante mélancolie du conteur s’est changée en allégresse et en ferveur.

Seul importerait donc en dernier ressort le geste du conteur ? C’est aussi, semble-t-il, la morale de ce récit rhapsodique tissé par le délire de la faim et de l’épuisement nerveux qu’est « Histoires », splendide nouvelle au centre du recueil : en apparence un récit « moderne », l’errance varsovienne d’un jeune écrivain juif famélique, épris d’une grisette polonaise qu’il captive grâce au pouvoir de ses histoires, malgré les préjugés raciaux dont elle n’est pas exempte. Au détour de la convention fictionnelle, des procédés à la Hoffmann ironisant à partir de la notion même de réflexivité (les recettes du « storytelling » débusquées par le conteur lui-même), se fixent deux scènes d’une étrangeté absolue : deux scènes de « miracle » face aux accusations de crime rituel, connotant une vieille « histoire » toujours menaçante : l’un grâce à l’ingestion du corps de la petite victime par l’assemblée des juifs réunis pour le seder, l’autre où c’est le Baal Shem Tov lui-même, le fondateur du hassidisme, qui ressuscite l’enfant chrétien pour le revêtir du châle de prière juif et l’intégrer à la célébration de la fête. Assimiler le corps de l’autre pour faire disparaître sa menace mortifère : salut ou danger plus grand encore de s’intégrer à une modernité cannibale ? La métaphore de l’anthropophagie comme la figure du zombie errant à la lisière de deux mondes laissent le lecteur en proie au trouble fantastique par excellence, hésitant lui aussi entre deux modèles : celui des récits traditionnels, toujours pleins de ressources vitales, souvent surnaturelles, face à la persécution ; mais aussi, déjà, celui des modernistes, d’un Lamed Shapiro, par exemple, auteur de nouvelles de pogroms, dont les titres (« Déverse ta colère », « Dans la ville morte », « La halla blanche »…) ainsi que l’inspiration sont autant de prolongements et de variations poussés à leur paroxysme à partir du versant le plus grotesque et grinçant de l’œuvre peretzienne.

Enfin, si on lit Peretz en comparatiste, sans rivage ni contexte, on pourra penser aussi à Lu Xun et à son Journal d’un fou, on y retrouve, quelques années après l’auteur juif, à la fois l’image d’une tradition sclérosée évoquant une « maison de fer » et l’obsession du cannibalisme comme métaphore culturelle. Mais c’est encore une autre histoire.

 

[Source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

Pour sa troisième saison, la Pinacothèque de Paris a présenté en association avec le Rijksmuseum, à Amsterdam, l’exposition passionnante L’Age d’or hollandais de Rembrandt à Vermeer. Ce XVIIe siècle hollandais, une période majeure de l’art, est évoqué par plus de 130 pièces dont une soixantaine de tableaux, une trentaine d’œuvres graphiques – dessins et aquarelles -, une dizaine de gravures et une dizaine d’objets : tapisseries, faïences, miniatures en bois, argenterie et verrerie. Au travers de cet art, cette exposition didactique vise à expliquer comment la jeune république des Provinces-Unies (1581), par sa réussite commerciale maritime et sa tolérance de pensée exceptionnelles, s’impose alors comme une puissance européenne. En 1672, un tiers de sa population était composé de juifs ou de membres de l’un des mouvements protestants dissidents. Un catalogue magnifique et un DVD remarquable ont accompagné cette exposition. Arte diffusera le 18 octobre 2020, dans le cadre de la série documentaire « Le monde dans un tableau » (Die ganze Welt in einem Bild), « Le chapeau de Vermeer » (Vermeers spätes Vermächtnis) de Nicolas Autheman.
Publié par Véronique Chemla
 
Au XVIIe siècle, les habitants de la jeune et petite république des Provinces-Unies (ancêtre des Pays-Bas) se distinguent par leur ingéniosité éclectique alliée à leur audace efficace dans des domaines très divers : « peinture, sciences, création de tissus, assèchement (endiguées dans des polders) et l’exploration maritime ». Ces réalisations impressionnent les Hollandais, dont la réserve est bien connue.       
  
Essor économique
 
La puissance de savoir se conjugue avec celle commerciale maritime et coloniale. Les raisons tiennent essentiellement en la vitesse de navires légers qui naviguent en mer Baltique. Amsterdam devient vite une des places économiques les plus importantes pour l’industrie, le commerce et l’art. 
 
Selon une étude récente, cet État parmi les plus petits en Europe, « met en place le premier système économique moderne ». Contrastant avec des nations européennes essentiellement rurales et agraires, les Provinces-Unies, et notamment la Hollande, atteignent « un niveau d’urbanisation et une confiance dans le commerce et l’industrie absolument inégalés ». Alors qu’ailleurs en Europe l’absolutisme conduit « à une forte concentration des pouvoirs, la républiques était gouvernée par les autorités régionales et locales ». Pour historiens et sociologues, cette république est la première où les citoyens, et non les nobles, détiennent le pouvoir – ce qui en fait de facto une vraie société bourgeoise.
 
Plusieurs organisations de marchands de différentes villes hollandaises s’associent pour former la Compagnie hollandaise des Indes orientales (Verenigde Oostindische Compagnie, ou VOC). Le gouvernement octroya un monopole aux navires hollandais en Asie et autorisa cette Compagnie à « passer des accords commerciaux et à maintenir des relations diplomatiques en son nom ». Le succès fut rapide et éclatant : « les épices, l’or, l’ivoire, la soie, la porcelaine et le sucre remplirent les entrepôts d’Amsterdam et firent de la VOC la plus grande compagnie de commerce et de transport maritime au monde. Pendant deux siècles, elle envoya plus d’un million de personnes en Asie, dans une zone allant de la mer Rouge au Japon ».
Ce commerce avec l’Extrême-Orient influa sur l’art hollandais. Répondant à la demande, des orfèvres conçurent de nouveaux récipients pour les épices exotiques et « les potiers de Deift s’inspirèrent de la porcelaine chinoise importée en grande quantité ». Dans les années 1640, les troubles politiques en Chine réduisirent la quantité de porcelaines d’Extrême-Orient. La réaction des poteries de Deift ? Ils produisirent une faïence imitant les décorations chinoises. « Toute l’Europe était friande des « chinoiseries de Deift», céramiques élégantes au modèle exotique ».

« Dans la deuxième moitié du siècle, il y avait davantage de régents (personnes occupant des charges officielles) et de citoyens nantis assez riches pour s’offrir un mode de vie jusque-là réservé à la noblesse. Un château ou un manoir à la campagne faisait partie de ce nouveau standing ».Ce climat constituait un facteur favorable pour les arts car les citoyens nantis, fiers de leur réussite ou de leur train de vie, souhaitaient se faire immortaliser dans des tableaux ou des sculptures, décorer leurs pièces de réception luxueusement meublées des portraits de leur famille, aux côtés de ceux des membres de la famille d’Orange, des « ecclésiastiques célèbres ou des personnages publics très admirés ». Ceci valorisait l’image sociale et économique de ces citoyens.

Parmi les familles d’aristocrates amateurs d’art, citons d’abord « les membres de la cour des Stathouders de la maison d’Orange qui rivalisaient de plus en plus avec les cours étrangères. Le stathouder Guillaume III et Marie Stuart, roi et reine d’Angleterre dès 1689, bâtirent et décorèrent de nombreux palais en Angleterre et aux Pays-Bas ». 

À la fin du XVIIe siècle, la république a traversé de nombreuses crises. Elle est placée sous l’influence de puissances européennes. Avec la signature du traité de paix avec l’Espagne, elle connaît un déclin économique induit par la crise économique affaiblissant l’Europe. Les raisons ? Rivalité de puissances mercantiles émergentes (France, Angleterre), excédent d’espace de cargaison et chute des prix, moindre compétitivité des chantiers navals hollandais par rapport à leurs homologues anglais qui bénéficient de la mécanisation et de bons cahiers des charges, supériorité croissante de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Et c’est 1672, l’entrée en guerre de la république contre la France, l’Angleterre et les évêques de Munster et de Cologne qui signe la fin de cet âge d’or. L’État qui « s’était épanoui sous le roi et stathouder Guillaume III doit se contenter d’un rôle plus modeste sur la scène internationale ».

Un « second Israël »
Les habitants de cette république sont vus par leurs contemporains européens comme « un peuple pacifique, très attachés à sa liberté et à son indépendance ». Leur richesse suscite aussi l’envie. « Par contraste avec d’autres nations européennes qui s’enfoncent dans une récession endémique et font preuve d’intolérance religieuse », la république des Provinces-Unies « apparaît une « terre promise » où tout le monde peut vivre et travailler « en paix et en harmonie »… Elle [maintient] une pluralité de religions, ce qui allait à contre-courant de l’uniformité religieuse des pays alentour ».

Les protestants de cette nation se perçoivent comme un « peuple élu vivant dans un « second Israël ».

C’est en premier lieu la liberté de culte qui attire ceux persécutés pour leur croyance dans leur pays d’origine. De toute l’Europe affluent des écrivains et penseurs pour enseigner, publier et développer leur savoir.

« Pour des raisons pratiques et idéologiques, la république hollandaise était très tolérante. Si les documents administratifs mentionnaient le calvinisme comme seule véritable religion chrétienne, celle-ci ne parvint pas à atteindre le statut d’Église officielle car au moins un Hollandais sur trois avait une autre conviction religieuse. En 1672, un tiers de la population de la république était catholique, un autre tiers était calviniste et le reste était composé de juifs ou de membres de l’un des mouvements protestants dissidents ».


À voir, un portrait intimiste du docteur Ephraïm Bueno (1599-1665), médecin et écrivain juif d’Amsterdam par Rembrandt, c. 1647. C’est vraisemblablement un ami commun, Menasseh Ben Israel, « érudit juif portugais qui possédait une imprimerie à Amsterdam et comptait le docteur Bueno parmi ses clients et financiers », qui a fait se rencontrer l’artiste et ce médecin. « Bueno appartenait à une célèbre famille juive originaire du nord du Portugal, dont étaient issus de nombreux médecins… En 1642, alors qu’il vivait déjà à Amsterdam, Ephraïm Bueno reçut son titre de docteur en médecine de la Faculté de Bordeaux. C’était aussi un homme de lettres qui écrivait de la poésie et traduisait les œuvres de ses confrères en espagnol ».

Dans Intérieur de la synagogue portugaise d’Amsterdam (1680), Emanuel de Witte peint la synagogue qui était à l’époque la plus grande au monde, et était située un peu à l’extérieur de la ville, sur l’île marécageuse de Vlooienburg. Au début, la communauté juive était essentiellement composée de juifs séfarades qui avaient fui le Portugal et l’Espagne, mais après 1650, beaucoup venaient d’Europe de l’Est. À la fin du XVIIe siècle, Amsterdam abritait presque 10 000 juifs, soit la plus grande communauté juive d’Europe de l’Ouest. Représentant de l’école des peintres architecturaux de Delft, De Witte semble avoir été le premier artiste à choisir une synagogue comme sujet de tableaux.
 
Attribuée à Pieter Jansz van Hoven, la lampe de Hanoukka (1696) souligne la virtuosité du travail d’orfèvre. C’est « la plus ancienne des trois lampes hanoukka encore existante réalisées par l’artiste ». Il s’agit vraisemblablement « d’une commande du marchand Salomon Levie Norden, qui l’aurait offerte à sa fille lors du mariage de celle-ci ». Les motifs floraux sont finement ciselés.

Mécénat et guildes
La culture – lettres, arts – s’épanouit naturellement dans les Provinces-Unies. Un nouveau type de mécénat se développe. À la différence d’autres nations européennes où les mécènes sont issus de riches familles aristocratiques, ce sont les négociants issus de familles patriciennes et enrichis par ce commerce qui constituent une classe moyenne principale commanditaire d’œuvres. « Ceux qui s’enrichissaient devenaient à leur tour des commanditaires pour des œuvres, créant une forme de compétition entre les corps de métiers et les familles patriciennes, chacun éprouvant la nécessité de faire valoir sa réussite sociale et son ascension économique ainsi que son changement de statut. La région devint ainsi le pôle culturel majeur où pouvait se développer des ateliers d’artisans et d’artistes. L’art et la culture constituèrent une nouvelle forme de prospérité économique et industrielle ». En est résulté une surenchère sur les sujets, une recherche de sujets originaux, un traitement nouveau des paysages. Naît alors la peinture de genre.

« La majorité des peintures hollandaises créées durant cet âge d’or n’étaient pas des commandes de mécènes de la très haute noblesse ou de l’Église, mais étaient destinées à être vendues sur le marché de l’art. Et pour la première fois aussi, les riches classes moyennes achetaient des œuvres d’art sur une grande échelle ».

Des organismes publics ou de citoyens privés n’accordaient pas de commissions régulières à la plupart des peintres.

Artistes, artisans et peintres en bâtiment étaient membres de guildes spécifiques, sortes d’organisations professionnelles. Les membres d’une guilde étaient sûrs de bénéficier d’un « filet de sécurité plus ou moins solide quand ils traversaient des époques difficiles et d’une certaine protection contre la concurrence de confrères extérieurs à leurs propres villes ».

La première guilde de peintres fut instituée au XIIIe siècle et « fut nommée d’après leur saint patron : saint Luc ». Un artisan non membre de la guilde n’avait pas le droit d’exercer sa profession. « S’ils devaient respecter des normes de qualité et de prix, les membres de la guilde locale de Saint-Luc bénéficiaient cependant d’assurances sociales. Le système de la guilde reposait sur le système très complet de l’apprentissage, qui formait des peintres d’atelier jusqu’à ce qu’ils atteignent le niveau de « maître », qualification exigée pour appartenir à une guilde ».


Un tableau trouvait un acheteur sur le marché de l’art par divers moyens. Généralement, les artistes vendaient directement leurs œuvres aux clients se rendant dans leurs ateliers, ou les présentaient dans des expositions ou des ventes organisées par la guilde. Autre mode de vente : les tombolas ou ventes aux enchères à l’initiative de la confrérie. Il arrivait aussi que les peintres réglaient leurs dettes aux aubergistes ou aux marchands de tableaux par leurs tableaux. Ils recouraient aux vendeurs des rues ou aux marchands établis. Les artistes « pratiquaient régulièrement le commerce de l’art en seconde profession, comme le couple de peintres de Haarlemjan Miense Molenaer(c. 1610-1668) et Judith Leyster (1609-1660) ». Par la vente de leurs œuvres, ce couple acheta plusieurs immeubles dans diverses villes hollandaises et un manoir à la campagne. « Certains artistes, tel Vermeer, pouvaient compter sur un riche client ».

Le « règlement de la guilde empêchait les artistes d’accepter des commandes officielles en dehors des villes où ils habitaient. Exceptions : les portraits que Haarlem Frans Hais (1582/83-1666) a fait du brasseur d’Amsterdam Nicolaes Hasselaer et de sa seconde épouse, Sara Wolphaerts, et Rembrandt qui reçut des commandes même de collectionneurs étrangers ».

Des peintres spécialisés

Des peintres se spécialisèrent dans un genre précis : la nature morte ou la vanité – catégorie de nature morte dont la composition allégorique exprime l’idée d’une vie humaine vaine, précaire – avec Willem Claesz Heda et Pieter Claesz ; le paysage avec Jan van Goyen, Jacob van Ruysdael ou Meindert Hobbema. « Jan Steen ou Adriaen van Ostade illustrent la satire villageoise, tandis que Gerard ter Borch et Pieter de Hooch s’adonnent à la comédie de mœurs et aux scènes de genre dont font partie les fêtes paysannes. Emanuel de Witte et Pieter Jansz Saenredam se spécialisèrent dans la peinture de monuments, Thomas de Keyser et Frans Hals devinrent les spécialistes du portrait et Paulus Potter celui des animaux ».
 
Ces peintres nous offrent un témoignage précis sur la vie quotidienne des Provinces-Unies avec ses artisans (Portrait de l’orfèvre Johannes Lutman par RembrandtL’atelier du tailleur de Quiringh van Brekelenkam), son essor économique (Chantier naval à Amsterdam de Ludolf Bakhuysen), l’urbanisme (L’hôtel de ville d’Amsterdam de Gerrit Berckheyde), les grands évènements (Incendie entre la Elandsstraat et la Elandsgracht à Amsterdam, le 27 juillet 1679 de Jan van der Heyden), etc. Ils contribuent au siècle du clair-obscur et influenceront les impressionnistes, l’art moderne…
 
Souvent, « les scènes de genre qui semblaient avoir été peintes sur le vif étaient en réalité exécutées dans l’atelier de l’artiste ». Nombre de ces tableaux apparemment réalistes contenaient des messages cachés « révélant un principe moral » difficiles à déchiffrer. La popularité de ces œuvres montre combien « les spectateurs adoraient résoudre ces énigmes, tout en admirant la qualité artistique et en appréciant la vivacité des scènes amusantes ».
 
Au XVIIe siècle, les peintres hollandais découvrirent « leur environnement et peignirent les vastes panoramas de la campagne – plat pays traversé d’un réseau de fleuves ». Auparavant, ils avaient considéré le paysage comme une source d’inspiration afin de représenter dans leurs tableaux des arrière-plans imaginaires. Maintenant, leurs peintures accentuent le réalisme.
 
Cependant, d’autres artistes hollandais goûtaient davantage les paysages idéalisés italiens. « Parmi ces paysagistes italianisants, beaucoup venaient d’Utrecht », ville majoritairement peuplée de catholiques et qui « maintenait par tradition des liens forts avec Rome et de nombreux artistes allèrent y travailler ». Entre 1605 et 1620, des artistes quittèrent Utrecht, pour se rendre à Rome. Là, ils découvrirent l’œuvre du Caravage (1571-1610), le peintre italien le plus célèbre. Ils « adoptèrent sa technique du clair-obscur (contraste intense entre la lumière et l’ombre) et sa façon de peindre ses modèles – souvent des gens du peuple à qui il faisait incarner des personnages religieux – d’après nature. À leur tour les artistes de « l’école caravagesque d’Utrecht » influencèrent les œuvres des peintres hollandais qui ne s’étaient jamais rendus en Italie et adoptèrent la luminosité des paysages des artistes italianisants dans leurs peintures idéalisées du paysage hollandais. Parmi ces artistes influencés : le plus célèbre de tous les peintres hollandais du XVIIe siècle : Rembrandt ».
Vermeer et Rembrandt

Paradoxalement, Vermeer et Rembrandt sont devenus des symboles de cette époque, dont ils ne sont que peu représentatifs. Ils se distinguent des autres artistes par leur refus de la spécialisation, leur intérêt pour plusieurs genres. Depuis quatre siècles, ils demeurent des « modèles absolus », dont le génie leur confère un caractère intemporel.

Cette exposition souligne le rôle singulier de Rembrandt, artiste le plus influent de cette époque et qui aborde des genres divers : portraits, paysages, natures mortes, peinture d’histoire, genre alors populaire et d’une exécution difficile car elle exigeait intelligence, formation professionnelle solide, maîtrise technique et ingéniosité pour présenter l’essence d’un évènement qui sera immédiatement compréhensible par le spectateur.

Sa notoriété lui conféra un « statut très particulier et en fit le modèle de cette période par sa tolérance, sa modernité, son réalisme poétique et sa puissance émotionnelle traduite principalement par son usage de la lumière. Maître du clair-obscur, Rembrandt apporte à ses modèles, simples portraits ou scènes religieuses, une dimension, une densité, une beauté humaine inégalée qui font de lui le précurseur de la modernité, un analyste de l’âme et des consciences avec trois siècles d’avance sur ses contemporains ».

Cette exposition a connu un engouement exceptionnel dès son ouverture le 7 octobre 2009 : le 8 janvier 2010, elle comptabilisait 570 000 visiteurs ; en quatre mois, 700 000 visiteurs sont venus admirer les chefs d’œuvres du Rijksmuseum.

Le Bozar Palais Beaux-arts Bruxelles présenta l’exposition Rembrandt en noir et blanc (26 février-29 mai 2016).

L’Essentiel – Le guide de l’exposition. Livret avec une présentation détaillée des œuvres majeures de l’exposition. 1 €
 
Le Portfolio. Il propose dans un grand format les plus beaux tableaux de l’exposition. Broché. 23,8 x 32 cm. 64 pages. 9,50 €

Marc Restellini, Ruud Priem et Peter Sigmond. L’Âge d’Or hollandais de Rembrandt à Vermeer avec les trésors du RijksmuseumEd. Pinacothèque de Paris en association avec le Rijksmuseum d’Amsterdam. Relié – 28 x 24 cm. 304 pages. ISBN : 9782358670043. 45 €. Lire les premières pages.

L’Âge d’Or hollandais de Rembrandt à Vermeer avec les trésors du Rijksmuseum. Ed. Pinacothèque de Paris. Monté en HD, ce DVD « offre un parcours de l’exposition (66 minutes) avec 45 œuvres commentées, permettant de découvrir dans le détail, les techniques, les symboles et le discours de ces génies qui ont peint leur époque et furent fréquemment précurseurs d’une pensée artistique qui aujourd’hui nous apporte cette liberté dans le regard. Il inclut un entretien avec Marc Restellini. Réalisation : Dov Bezman et Frédérike Morlière. Image et montage : Frédérike Morlière. Texte et musique : Dov Bezman. D’après les textes de Ruud Priem. 1h21. 19,90 €. Découvrez un extrait du DVD ».

Le 10 décembre 2017, Arte diffusa « Petits secrets des grands tableaux – « La ronde de nuit » de 1642″.

Arte diffusera le 18 octobre 2020, dans le cadre de la série documentaire « Le monde dans un tableau » (Die ganze Welt in einem Bild), « Le chapeau de Vermeer » (Vermeers spätes Vermächtnis) de Nicolas Autheman.

« En partant d’un détail d’un tableau peint par Vermeer aux Pays-Bas en 1657, ce documentaire déroule un récit passionnant des prémices de la mondialisation. Avec la voix de François Morel ».

« À l’automne 1911, Henry Clay Frick, un riche industriel new-yorkais ayant fait fortune, enrichit sa collection particulière avec un chef-d’œuvre de l’histoire de l’art, L’officier et la jeune fille riant, peint par Johannes Vermeer en 1657. Il représente un homme de dos conversant avec une jeune femme séduisante ».

« Un élément dans ce tableau, attire le regard, détail dont le sens véritable n’aurait pas échappé aux contemporains du peintre : l’immense chapeau que porte l’officier. Pour en arriver à ce que la main de l’artiste inclue ce feutre démesuré, il aura fallu des inventions, des découvertes, des rencontres, des drames et quelques crimes : l’histoire de la naissance d’échanges autour du globe par un peuple hollandais passionnément épris de commerce ».

« Nicolas Autheman revient aux sources de cette mondialisation à travers ce chapeau peint par Vermeer, un feutre de castor dont la quasi-disparition en Europe poussa les marchands néerlandais à se tourner vers les États-Unis, présida au développement de New York et participa à la création de la première place boursière ».

« Narré par François Morel, un éclairage ludique et inédit sur les prémices de notre monde globalisé, librement adapté de l’essai Le chapeau de Vermeer – Le XVIIe siècle à l’aube de la mondialisation de Timothy Brook (Payot & Rivages, 2012). »

« Le chapeau de Vermeer » de Nicolas Autheman

France, 2020, 76 min
Sur Arte le 18 octobre 2020 à 17 h 40
Disponible du 11/10/2020 au 16/12/2020
Visuels :
Premier dessin de New York en 1650
© Austrian National Library
« L’Officier et la jeune fille riant » de J. Vermeer – avec lignes de fuite
« L’Officier et la jeune fille riant », de J. Vermeer – exposé à la Fricks Gallery de New York
©Schuch Productions
 
L’Age d’Or Hollandais – de Rembrandt à Vermeer
Jusqu’au 7 février 2010
À la Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine, 75008 PARIS
Tél. : 01 42 68 02 01
Tous les jours de 10h30 à 18h. Nocturnes le vendredi jusqu’à 22 h.

Les citations sont extraites du catalogue.

Légende des visuels :
Gerrit Berckheyde 
Hôtel de Ville d’Amsterdam
1693
huile sur toile
52 x 63 cm
Prêt de la ville d’Amsterdam
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009
Anonyme, Pays-Bas
Presse à linge miniature
c. 1700
noyer
17 x 8 x 6 cm
Prêt du Koninklijk Oudheidkundig Genootschap
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009Frans Hals 
Portrait de femme 
c. 1635
huile sur toile
81,5 x 68 cm
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009Aelbert Cuyp
Portrait d’un jeune homme 
c. 1651
huile sur panneau
82 x 70 cm (oval)
Prêt de la ville d’Amsterdam
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009Aert de Gelder 
Roi David 
1680
huile sur toile
109,5 x 114,5 cm
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Emanuel de Witte
Intérieur de la synagogue portugaise d’Amsterdam 
1680
huile sur toile
110 x 99 cm
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Johannes Vermeer
La lettre d’amour
c. 1669-70
huile sur toile
44 x 38,5 cm
Rijksmuseum, Amsterdam
Acquis avec l’aide de Vereniging Rembrandt
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Jan Davidsz de Heem (attribué à) 
Nature morte avec fleurs dans un verre
c. 1675-80
huile sur cuivre
54,5 x 36,5 cm
Prêt de la ville d’Amsterdam
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Quiringh van Brekelenkam
L’atelier du tailleur
1661
huile sur toile
66 x 53 cm
Prêt de la ville d’Amsterdam
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Meindert Hobbema
Le moulin à eau
c. 1666
huile sur panneau
60,5 x 85 cm
Rijkmuseum, Amsterdam
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Rembrandt Harmensz van Rijn
Portrait de son fils Titus, vêtu en moine
1660
huile sur toile
79,5 x 67,5 cm
Rijksmuseum, Amsterdam
Acquis avec l’aide de Vereniging Rembrandt
© Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

 

 

Cet article a été publié le 5 février 2010, puis le 10 octobre 2012 et le :
– 7 février 2013 à l’approche de la diffusion par la chaîne Histoire, les 10 et 16 février 2013, des numéros de la série Palettes consacrés à Rembrandt et à Vermeer ;
– 13 avril 2013 après la réouverture du Rijksmuseum ;
– 10 juillet 2015. Le musée de Flandre à Cassel a présenté l’exposition La Flandre et la mer ;

– 25 février 2016 et 7 décembre 2017.
 
 
[Source : www.veroniquechemla.info]