Archives des articles tagués Apprentissage de langues

Cau el percentatge d’escolars de la regió francòfona de Bèlgica que trien la llengua de Flandes com a segon idioma

Un carrer de Namur, la capital de Valònia

Només un de cada tres estudiants de Valònia (un 34%), la regió francòfona de Bèlgica, estudia neerlandès com a segona llengua, segons les darreres dades oficials, que constaten, en canvi, un augment del percentatge d’alumnes valons que opten per l’anglès (el 64%). Un 2% estudien alemany.

Tot i que les dades responen a la tendència a la baixa del neerlandès dels darrers anys, mai s’havia arribat a un percentatge tan baix, fet que ha reobert el debat sobre si cal imposar l’aprenentatge d’aquesta llengua a Valònia, tal com passa amb el francès a Flandes, on aquesta és la segona llengua obligatòria, i a la regió de Brussel·les, on s’han d’estudiar els dos idiomes.

La raó principal per la qual molts valons donen prioritat a l’anglès per sobre del neerlandès és perquè perceben la primera llengua com l’idioma internacional que els obrirà més portes. El problema és que per accedir a moltes feines a Bèlgica, especialment a la regió de Brussel·les demanen professionals bilingües francès-neerlandès i molts llocs de treball queden sense cobrir. El percentatge de flamencs que parlen francès, en canvi, és molt superior.

 

[Imatge: Creative Commons – font: http://www.diaridelallengua.cat]

 

Michale Boganim signe un documentaire poignant sur des juifs russes déracinés.

Écrit par Antoine de Baecque

Ce premier long-métrage documentaire de la Franco-israélienne Michale Boganim, remarqué dans les festivals de Sundance, Berlin, au Cinéma du réel de Beaubourg, est composé tel un triptyque portuaire où le clapotis des vagues, mélancoliquement, fait apparaître en surface la mémoire d’un perpétuel exil, celui des juifs d’Odessa.

La grande cité triste des bords de la mer Noire, bleue et grise telle que Pouchkine la décrivait, est désormais en partie vidée de ses habitants, notamment le quartier juif de Moldavenka, celui d’Isaac Babel. Les vieilles photos de la guerre y répondent aux murs délabrés, aux pavés disjoints, aux rues désertées depuis les années 60.

Rouille. L’exil des Odessites se joue une première fois vers New York, à Brighton Beach, entre deux stations du métro qui hurle dans sa rouille, à Little Odessa, entre une autre mer et des maisons de briques rouges. Vogue la nostalgie du pays, suivant les chansons, les récits et les banquets : ces « Russes » embrassent le drapeau américain mais visitent Manhattan en touristes alors qu’ils vivent là depuis trente ans. Odessites, ils le resteront toujours.

Quadrillage. Ils le sont encore à Ashdod, ville nouvelle poussée en Israël, entre mer et désert, pour accueillir les juifs émigrés de Russie. Tout semble vouloir éradiquer la mémoire d’Odessa, le quadrillage inhumain d’une cité sans âme, l’apprentissage à vitesse forcée d’une autre langue, même la lumière crue et blanche… Mais des voix presque inaudibles, de vieilles images, d’anciennes chansons, ou les difficultés d’une intégration ratée au sein d’une société se méfiant des étrangers, tout fait refluer la mémoire de l’exil vers son port d’origine.

En plans larges et soignés, attentive aux habitudes, aux gestes et aux sons de cette communauté éclatée entre trois villes, la caméra de Michale Boganim tisse une carte ultrasensible, parvient à dessiner une géographie où se répondent voyages urbains et intérieurs.

 

[Source : http://www.liberation.fr]

C’est l’idée généreuse et un peu folle portée par un groupe de militants proeuropéens : proposer un latin modernisé comme langue commune de l’Union
Écrit par Michel Feltin-Palas
Lisez cette phrase à haute voix : Id est max lepide, gratie pro auxila (1) et dites spontanément à quoi cela vous fait penser. À du latin ? Vous n’avez pas tort, à ceci près que ce n’est pas tout à fait du latin. En fait, il s’agit d’un nouveau latin, tel qu’il a été imaginé par la bien nommée Académie du nouveau latin qui vient d’être créée par un groupe de passionnés.
Donc, cela ressemble à du latin, mais, au fond, là n’est pas l’essentiel. Car l’objectif de l’homme qui a imaginé cet idiome n’est pas d’abord linguistique, mais politique, au sens noble du terme. Après avoir suivi de brillantes études (HEC, Sciences po) et connu le succès professionnel en lançant différentes start-up, Vincent Jacques, 39 ans, est aujourd’hui d’abord et avant tout un militant européen. Et c’est sa passion pour le Vieux Continent qui le conduit à défendre ce projet un peu fou : proposer ce latin modernisé comme langue commune pour l’Union européenne. « Notre continent fait face à des puissances concurrentes comme la Chine, la Russie, l’Inde qui menacent de le déstabiliser. Pour sauver leur modèle, les Européens doivent renforcer leur cohésion et, pour cela, disposer d’une langue en partage », dit-il. Or pour lui, cette langue ne peut être que le nouveau latin. Pourquoi ? « Parce qu’il s’agit d’une langue neutre, n’avantageant aucun pays. Parce qu’il s’agit d’une langue prestigieuse, qui a déjà servi de langue de communication dans l’Histoire. Et parce qu’elle n’est pas seulement l’apanage des pays latins : le Saint Empire romain germanique, par exemple, s’est voulu le continuateur de l’Empire romain. » Son objectif ultime ? Faire en sorte qu’elle soit apprise un jour dans toutes les écoles.
Vincent Jacques ne propose pas de revenir au latin classique, mais à un latin simplifié, sans déclinaisons, avec un ordre de mots fixe et des terminaisons identiques par catégorie grammaticale : le « a » pour les noms communs ; le « e » pour les adjectifs, le « s » pour les pluriels, etc. Ancien militant espérantiste, il en a tiré les leçons. « J’ai compris que l’espéranto était rejeté en raison de son caractère artificiel et de ses ambitions mondiales. Avec le nouveau latin, je garde la simplicité de l’espéranto en l’appliquant à une langue profondément européenne. » Selon lui, 150 heures suffisent pour apprendre ce nouveau latin, contre 1500 heures pour l’anglais.
L’anglais, justement : n’est-il pas déjà, dans les faits, l’idiome commun des Européens ? « Pas du tout, rétorque Vincent Jacques. En réalité, seules les « élites » le maîtrisent tandis que 90 % des habitants sont incapables de mener dans la langue de Shakespeare une véritable discussion sur l’avenir des retraites, l’utilisation des pesticides, l’instauration d’un salaire minimum ou le dernier match de foot ! ». Ce n’est pas tout. À ses yeux, il serait paradoxal de voir l’Union continuer de recourir à l’anglais qui, depuis le Brexit, n’est plus la langue historique d’aucun pays membre. « Comment l’Europe peut-elle espérer devenir une puissance respectée dans ces conditions, interroge-t-il ? Imaginez-vous les dirigeants chinois parler anglais ? »
Il le sait : son projet va se heurter à de multiples adversaires, à commencer par ceux qui ont fait l’effort de maîtriser l’anglais et n’ont aucune envie de perdre leur avantage concurrentiel – et encore moins d’apprendre une autre langue, fût-elle beaucoup plus simple. Il lui faudra affronter également les partisans du tout-français (ou du tout allemand ou du tout espagnol) qui, au fond, souhaitent simplement remplacer une domination par une autre. Le nouveau latin déplaira encore aux partisans de la diversité linguistique, qui rêvent de voir les 27 langues de l’Union enfin traitées à égalité ; aux pragmatiques, qui plaident pour l’usage de trois langues de travail seulement (l’anglais, le français et l’allemand), mais aussi aux pays comme le Danemark, l’Estonie ou la République tchèque, habitués depuis longtemps à parler la langue d’un « grand ». On en oublie peut-être…
Qu’à cela ne tienne. Vincent Jacques poursuit sa route. Comment dit-on Alea jacta est en nouveau latin ?
(1) « C’est très gentil, merci pour ton aide ».

 

 

[Source : http://www.lexpress.fr]

« Cicéron contre Catinila au Sénat », oeuvre de Hans W. Schmidt, 1912

Écrit par Christophe Bertiau

Il semble désormais admis que le latin soit une matière scolaire d’élite, destinée à reproduire les inégalités sociales en érigeant en valeur suprême la distance à la nécessité matérielle, la gratuité des apprentissages non professionnalisants, dont seuls les bourgeois peuvent faire ostentation. La Russie soviétique, déjà, supprimait le latin des programmes en vue d’émanciper les travailleurs, tandis que l’Italie fasciste lui prêtait des vertus anti-marxistes. On ne peut nier que le latin s’adresse depuis longtemps en priorité à des catégories sociales aisées, sinon en théorie, du moins dans les faits. Mais en soutenant que le latin est une matière scolaire « bourgeoise », on omet un élément décisif : le recul considérable qu’il a subi au cours des derniers siècles s’explique avant toute chose par l’essor économique et politique de la bourgeoisie.

À l’époque moderne, l’école occidentale vise en priorité à l’acquisition de la langue latine et à la connaissance de la civilisation romaine. Le monde grec n’est pas oublié, mais n’occupe généralement qu’une place secondaire dans les apprentissages. Les cours se donnent longtemps en latin, et les élèves sont tenus de parler latin durant les récréations sous peine de sanctions. Avec le temps, cette suprématie du latin sera de plus en plus contestée. Elle se maintient toutefois à peu près jusqu’à la fin du XIXe siècle, avec des reculs significatifs et des chronologies différentes selon les territoires. Pour qui n’est pas familier de l’histoire du latin, cette persistance a de quoi surprendre. Au XIXe siècle par exemple, de nombreux cours universitaires aux Pays-Bas se donnent encore en latin. À l’université française, les thèses secondaires devaient être conçues en latin jusqu’en 1903 – ainsi de celle d’Émile Durkheim sur Montesquieu en 1892. Quant à l’Église catholique, elle n’abandonne officiellement le latin pour la liturgie et l’administration des sacrements qu’avec le concile Vatican II (1962-1965), décision immortalisée par Georges Brassens, qui chante :

« Sans le latin, la messe nous emmerde ».

Le déclin du latin dans l’enseignement n’est pas dû à une prétendue poussée d’utilitarisme qui caractériserait l’entrée de l’Occident dans la modernité. On notera tout d’abord qu’au moins jusqu’au XVIIIe siècle, le latin possédait une utilité pratique d’une importance sociale considérable : il était la langue privilégiée de l’Église catholique, de la science et de l’administration. Ensuite, l’éducation était loin de se résumer à l’école, institution qui joue certes alors un rôle clé, mais ne s’adresse qu’à une minorité privilégiée. Dès le Moyen Âge, la plupart des métiers s’apprennent en situation, au contact avec des professionnels plus aguerris. La transformation historique majeure consiste en réalité dans la prise en charge par l’école de savoirs qui en étaient jusque-là exclus et vont concurrencer les humanités classiques sur leur propre terrain. À mesure que la bourgeoisie gagne en puissance, elle va pouvoir remodeler l’école pour l’adapter à ses propres besoins en matière éducative.

Il n’empêche que les partisans du latin ont fini par devoir répondre de son utilité. L’utilité du latin est en réalité une question biaisée. Une chose n’est jamais utile en soi; l’utilité est fonction d’un but. Mais quelle est donc l’utilité que l’on commence à dénier au latin ? Dans le journal belge Le Messager de Gand du 25 décembre 1845, un publiciste dénonce l’absurdité d’un enseignement « moyen » (notre enseignement secondaire) fondé sur le latin :

«Tandis que pour faire un médecin l’enseignement supérieur enseigne la médecine, l’enseignement moyen pour faire un fabricant enseigne le latin ; pour faire un navigateur, le latin ; et afin de rendre le futur navigateur intrépide, le professeur lui expliquera illi robur et aes triplex, élégie admirable qui le fera trembler de tous ses membres, à la vue d’une vague furieuse ; pour faire un maître de forges, on lui apprend encore le latin. »

Autrement dit, la langue de Cicéron ne permet pas aux enfants de bourgeois d’acquérir les compétences nécessaires à l’exercice de leur futur métier. Ce n’est pas tant l’utilité du latin que la fonction même de l’enseignement secondaire qui est en jeu : celui-ci doit-il former des professionnels ou œuvrer à un perfectionnement intellectuel et moral de l’homme en général, comme le souhaitaient les partisans des études classiques en un temps où le latin avait perdu beaucoup de son utilité professionnelle ?

De ce point de vue, des matières alors nouvelles telles que les sciences, les langues modernes ou les mathématiques se veulent d’emblée plus « utiles » : les sciences contribuent au développement des techniques, qui à leur tour permettent l’innovation et facilitent la production de marchandises ; les langues modernes font depuis longtemps partie de l’éducation des commerçants, censés pouvoir communiquer avec des étrangers ; la connaissance des mathématiques permet, entre autres, de tenir les comptes d’un commerce. On pourra, certes, toujours prêter à ces matières un rôle humaniste de perfectionnement intellectuel et moral, mais il ne peut s’agir que d’une interprétation a posteriori, qui ignore les mobiles des acteurs qui ont réclamé pour elles une place plus importante dans l’enseignement. Suite au bannissement de la Compagnie de Jésus – à la tête d’un prestigieux réseau d’écoles international – en France en 1763, la ville de Nîmes, réputée pour son commerce du drap, plaide ainsi pour que les collèges enseignent désormais les mathématiques et les langues vivantes.

On ne peut toutefois comprendre les résistances qu’ont rencontrées des doléances de ce type qu’en considérant le prestige qui s’attachait encore au latin. On reconnaît aux latinistes une intelligence et une morale supérieures qui les distingueraient du « vulgaire ». Dans l’Angleterre victorienne, on voit ainsi un nombre considérable de marchands enrichis envoyer leurs enfants dans des prestigieuses public schools (des écoles privées qui recrutaient au-delà des alentours immédiats) dont le programme, centré autour du latin et du grec, avait peu changé au cours des siècles. Au XIXe siècle, si l’on s’en prend aux prérogatives du latin, c’est d’ailleurs rarement pour souhaiter son éviction pure et simple de l’enseignement. Ce qui distingue surtout les établissements scolaires traditionnels et ceux qui proposaient un renouvellement des cursus, c’est que ceux-ci séduisaient fort peu en dehors des catégories professionnelles précises auxquelles ils étaient destinés.

Aujourd’hui célébrés dans les médias, les succès d’une bourgeoisie tournée vers le commerce et l’industrie s’attiraient alors souvent le mépris d’une bonne partie de l’intelligentsia. À la quête du profit et aux intérêts matériels, on oppose des mœurs exemplaires, acquises au contact des Anciens. L’extrait suivant, issu du Journal de l’instruction publique : revue littéraire et scientifique du 10 mars 1872, en dit long sur ce mépris :

« L’habitude de s’enfermer dans une sphère d’action d’où sont bannies les études que nous appelons inutiles et superflues, abaisse le sentiment et déprime les âmes. L’attitude des Anglais en est, de notre temps, une preuve frappante et singulière. Tout mesurer au mètre, tout peser au poids de la livre sterling, c’est, je le veux bien, sagesse et prudence. Un peuple qui se conduit d’après ces principes peut avoir une forte marine, une industrie puissante ; il peut avoir le sentiment vif et pénétrant de sa valeur, le désir jaloux de sauver partout sa liberté et sa dignité. Je ne méprise point ces avantages, et je les voudrais voir plus à notre portée. Mais on m’accordera sans doute aussi qu’il y a dans le caractère du peuple anglais une rudesse, un égoïsme, un calcul d’intérêt qui ne sont pas ses plus belles qualités. »

Pour que les matières nouvelles détrônent le latin au sein même d’un enseignement dit « humaniste », il fallait toutefois que survienne un changement de grande ampleur, qui petit à petit devait rendre la position humaniste intenable comme projet éducatif global. Ce changement, c’est le basculement vers une société de marché, dont Karl Polanyi a bien saisi les implications :

« Au lieu que l’économie soit encastrée dans les relations sociales, ce sont les relations sociales qui sont encastrées dans le système économique».

À ce jour, on ne peut pas dire que l’enseignement n’ait jamais été un simple appendice au marché du travail. Néanmoins, alors que l’ordre divin, qui maintenait la bourgeoisie dans une position sociale subalterne, ne peut plus être invoqué pour justifier des inégalités de naissance, le marché du travail va prendre le relais pour déterminer quel sera le rôle de chacun dans le monde professionnel. De plus en plus, le système éducatif va devoir répondre de son « utilité », c’est-à-dire de la possibilité qu’il offre de trouver un emploi.

Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité se déploie à grande échelle un chantage par la faim : dépossédés de leurs propres moyens de subsistance, les individus se voient contraints de vendre leur force de travail sur un marché pour assurer leur survie. Désormais, la profession d’un individu se négociera sur un marché et fera intervenir l’éducation reçue comme facteur d’« employabilité ». Ainsi, tout enfant qui aurait suivi une formation peu valorisée ou peu demandée sur le marché du travail risque de se retrouver sans le sou à la fin de ses études. Plus la logique de marché s’impose, et plus une angoisse devient perceptible : en optant pour tel ou tel type d’études, l’enfant ne se condamne-t-il pas à mourir de faim ? Diversifier l’offre d’enseignement au sein d’une section qui entend s’adresser au plus grand nombre, c’est rendre les enfants aptes à envisager un vaste choix de carrières possibles sur un marché capricieux.

L’enseignement dit « général » n’est pas un enseignement humaniste, mais une solution de compromis qui mêle visées humanistes et visées professionnalisantes, afin d’assurer à tous une capacité d’adaptation face aux « exigences du marché du travail ». On voit bien comment l’ascension économique et politique de la bourgeoisie et l’instauration d’un marché du travail, voulue au premier chef par une bourgeoisie capitaliste en quête de main-d’œuvre, a rendu l’idée même d’un enseignement largement déconnecté du monde professionnel de plus en plus difficile à tenir : volonté politique, angoisse des familles et appât du gain se conjuguent désormais pour adapter l’enseignement à cette réalité nouvelle.

Le latin n’est pas une matière « bourgeoise », car la bourgeoisie n’a jamais été un groupe homogène. Il a ses défenseurs bourgeois et ses opposants bourgeois. Il séduit avant tout les privilégiés et n’a sans doute pas tous les mérites qu’on lui reconnaît, mais il a au moins le mérite de s’inscrire en faux par rapport à la logique marchande, même si ses défenseurs ont dû développer un argumentaire de la polyvalence (« apprendre à apprendre ») pour justifier sa présence dans les écoles à l’ère du capitalisme.

Les attaques réitérées contre le latin au nom de l’égalité des chances témoignent avant tout d’une acceptation du système économique tel qu’il est, puisqu’il semble désormais aller de soi que le capitalisme est « le moins mauvais des systèmes » et que le marché répond à des lois auxquelles il serait sacrilège de vouloir toucher. Si les inégalités économiques abyssales inhérentes au capitalisme sont fondées en nature et se justifient selon les mérites de chacun, le combat pour l’égalité cède nécessairement la place à celui pour l’égalité des chances. C’est à l’école qu’il revient désormais de remédier aux maux de notre société. Elle est chargée, d’une part, de réduire les inégalités familiales en permettant aux enfants les moins favorisés de rattraper leur retard et de prendre leur part au rêve capitaliste, censé récompenser le talent et le mérite par-delà les barrières de classes, et d’autre part, de combattre le chômage en offrant une formation en adéquation avec les besoins du marché du travail. Le système scolaire a dû s’adapter au marché. Et le latin en a fait les frais.

Christophe Bertiau 

  1. Ce texte est une version abrégée et légèrement remaniée de mon article « Le latin, une matière “bourgeoise” ? Sur le déclin du latin dans l’enseignement à l’époque contemporaine », dans Chr. Bertiau et D. Sacré (dir.), Le latin et la littérature néo-latine au XIXe siècle. Pratiques et représentations, Bruxelles/Rome, Institut historique belge de Rome (« Institut historique belge de Rome. Études », 7), 2019, pp. 11‑34.
  2. Voir J.‑Cl. Passeron et P. Bourdieu, Les héritiers. Les étudiants et la culture, Paris, Minuit (« Grands documents », 18), 1964 et La reproduction, éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Minuit (« Le sens commun »), 1970.
  3. Françoise Waquet, Le latin ou l’empire d’un signe. XVIe-XXe siècle, Paris, Albin Michel (« L’évolution de l’humanité »), 1998.
  4. Dominique Julia, « Une réforme impossible. Le changement des cursus dans la France du 18e siècle », Actes de la recherche en sciences sociales, 47, 1 (1983), p. 63.
  5. John Lawson et Harold Silver, A Social History of Education in England, London, Methuen & Co Ltd, 1973, p. 252.
  6. Karl Polanyi, La grande transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps, trad. de l’anglais par Catherine Malamoud et Maurice Angeno, préf. de Louis Dumont, [Paris], Gallimard (« Bibliothèque des sciences humaines »), 1983 [1944], p. 88.

 

 

 

[Source : http://www.larepubliquedeslivres.com]

Les humanités gréco-latines seraient-elles toxiques ?

La guerre contre les humanités gréco-latines vient de franchir un cap : il ne s’agit plus de les critiquer, de les dénoncer, de les réduire mais bien de les anéantir. On n’en est pas encore là en France mais on en est déjà là aux États-Unis (le Figaro s’en est fait l’écho en publiant sur FigaroVox une tribune de Raphaël Doan, puis un appel signé par 45 universitaires européens). Il est vrai que, quels que soient les reproches que les historiens de l’antiquité et les professeurs de grec et de latin puissent adresser à l’enseignement de leurs disciplines, il ne leur serait pas venu à l’esprit de prôner leur autodestruction- d’autant que, pour ne parler que de la France, l’apprentissage du latin et du grec y a déjà été réduit en peau de chagrin (lire ici les analyses de Christophe Bertiau sur les rapports entre le latin et la bourgeoisie).

C’est pourtant bien la volonté d’un certain nombre d’universitaires américains si l’on en croit leurs contributions à des forums et des colloques reproduits sur le site, hébergé par la New York University, de la Society for Classical Studies, la plus prestigieuse des associations académiques consacrées à l’Antiquité. Le tableau de leurs reproches, pour fondé qu’il soit en partie, n’en constitue pas moins un inventaire affligeant de la pureté morale sur certains campus. Les Classics ? Une annexe du nazisme et du colonialisme ; un mythe de fondation euro-américain ; une apologie de sociétés esclavagistes, racistes et misogynes ; sans oublier, bien entendu, le mal absolu au-dessus de toutes ces misères : la production de la « blanchité ». Aux dernières nouvelles, sur le front de la culture woke la chasse à la blanchité s’exercerait même dans le domaine de l’histoire de la gastronomie et des pratiques culinaires qu’il conviendrait de décolonialiser en France même…

Tous tiennent ce même discours avec plus ou moins de virulence telle Donna Zuckerberg (sœur du cofondateur et PDG de Facebook), à la tête du site Eidolon, émanation du Paideia Institute, où elle plaide pour une approche féministe, intersectionnelle et inclusive des « classicsdiscipline qui s’enracine dans le fascisme et le suprématisme blanc ». L’objectif avoué est de remplacer la domination des civilisations grecque et romaine par celles des Numides, Phéniciens et autres peuples qu’ils estiment injustement invisibilisés ; à partir d’un tel postulat, la connaissance du grec et du latin, qui serait vécue comme « un traumatisme » par les étudiants et relèverait de « l’héritage colonial » selon Katherine Blouin (University of Toronto), serait donc caduque.

Ainsi le professeur Dan-el Padilla Peralta (Stanford), le plus radical d’entre eux, souhaite-t-il « au plus tôt la mort de la discipline dans le champ académique », de même que Walter Scheidel (Stanford) « si elle ne parvient pas à se réformer », alors que le débat qui a été lancé, notamment la domination symbolique exercé par les classiques, mérite d’être examiné dans sa complexité et sans naïveté. Outre la violence avec laquelle ces attaques sont parfois proférées, et l’imaginaire des grandes invasions barbares de la fin de l’Empire qu’elles charrient (« Tout brûler ! etc), on peut y voir surtout le symptôme d’une volonté de désoccidentalisation d’une certaine Amérique des idées.

Voilà pourquoi de nos jours, des professeurs d’histoire et de langues de l’Antiquité dans certaines universités américaines, à l’issue d’une sévère crise existentielle, appellent pour les plus radicaux à la disparition de leur discipline- ou, pour les plus modérés, à son absorption au sein des études historiques, ce qui reviendrait à en diluer la spécificité. Aux dernières nouvelles, les départements concernés sont toujours bien vivants, mais le contenu de leurs enseignements, de même que les directions prises par la recherche, ont plus de mal à résister à ce projet de tabula rasa.

En France, on a droit de manière récurrente depuis des années au couplet que l’on croyait éculé méprisant les humanités gréco-latines au motif qu’elles relèveraient de l’élitisme, qu’elles augmentaient les inégalités sociales et qu’il s’agit, de toute façon, de civilisations disparues depuis des siècles dont le connaissance est devenue inutile et l’enjeu, obsolète. Mais de là à les juger toxiques car coupables, condamnables car dangereuses comme le font certains outre-Atlantique, il y a (encore) un fossé.

[« Au musée archéologique de Naples » – photos : Passou – source : http://www.larepubliquedeslivres.com]

Capture d’écran d‘une vidéo sur YouTube [1] expliquant l’histoire et la présence actuelle de la langue occitane.

Écrit par Filip Noubel

Parmi la vingtaine de langues dites régionales parlées en France métropolitaine, six sont placées sous la rubrique d’occitan ou langue d’oc [2]. Parlé par plus d’un demi-million de personnes, et alimenté par une pratique éducative, médiatique et culturelle, l’occitan voit pourtant son nombre de locuteurs reculer. À qui la faute?

L’occitan (prononcé “outsita” en occitan) tire son nom d’une division des langues romanes issues du latin autour de la prononciation du mot “oui” selon une ligne qui partage la France en deux. Au nord, oui prend la forme du mot “oïl [3]” alors qu’au sud il devient “oc”,  ce qui a donné les termes de langue d’oc et d’occitan qui sont aussi utilisés pour décrire l’aire géographique et culturelle d’Occitanie qui représente la majeure partie du sud de la France.

L’occitan en tant que langue écrite est attesté dès le 10ème siècle, et a fonctionné comme langue littéraire, juridique et orale [4] jusqu’au 18ème siècle. À partir du 19ème siècle, il devient une langue principalement parlée qui reste la langue dominante des populations d’Occitanie dont beaucoup ne comprennent pas le français.

Qui parle occitan aujourd’hui?

Le nombre de locuteurs occitanophones qui se prête à de nombreuses interprétations reflétant différentes définitions de la maîtrise et de la pratique d’une langue.

Aujourd’hui, les estimations varient: [5] une enquête linguistique [6] réalisée en 2020 auprès de 8,000 personnes sur une grande partie de l’Occitanie par l’Office de la langue occitane [7], un établissement public créé en 2016 et couvrant 22 départements, indique que 7% en moyenne de la population parle l’occitan. Cette population représente plus d’un demi-million [8]de locuteurs.

Aujourd’hui, on distingue six principales variantes de l’occitan selon la région où elles comptent le plus de locuteurs: le gascon, le languedocien, le provençal, l’auvergnat, le limousin et le vivaro-alpin.

En dehors de la France, deux autres pays reconnaissent l’occitan comme langue avec statut régional officiel: l’Espagne, dans région du Val d’Aran [9] ; et l’Italie, dans les Vallées occitanes [10] du Piémont et de Ligurie. Monaco compte également 15% [11]d’occitanophones.

En France, les occitanophones sont en moyenne des hommes de 66 ans vivant à la campagne et qui pratiquent cette langue principalement en famille et avec leurs amis et leurs voisins. Plus de détails sur cette enquête sont disponibles dans cette vidéo sur YouTube:

Fait important, on ne compte plus d’occitanophones monolingues. On peut diviser les locuteurs de cette langue en deux catégories: une population qui a plus de 60 ans et parle l’occitan car cette langue leur a été transmise par la famille, et un deuxième groupe qu’on pourrait qualifier de néo-occitanophones, qui apprennent la langue dans des écoles immersives, et dont les parents ou la famille ne parle pas toujours occitan.

Pour ce qui est de l’éducation scolaire, l’Occitanie compte plusieurs écoles immersives dites Calandreta [12]. L’occitan est également proposé comme matière facultative [13] dans les écoles et enseigné dans les universités [14] où il est possible d’obtenir un diplôme supérieur en langue et culture occitanes.

Au niveau des médias, il existe une chaîne de télévision en langue occitane, OcTele [15]; plusieurs stations de radio [16] en général bilingues occitan et français, et une série de sites d’information régionale [17]en occitan. Le rôle des médias est essentiel [18] car ils valorisent une langue et contribuent à la transmission aux générations futures en ancrant cette langue dans la modernité et la culture numérique.

La culture est un vecteur qui permet à la fois de conserver l’héritage du passé tout en évitant la réduction au folklore ou à la muséologie. À ce titre, le monde occitan dispose de plusieurs institutions culturelles qui participent au prestige de la langue: des académies littéraires comme celle des Jeux Floraux [19] qui date de 1694, la fondation Félibrige [20]qui date de 1854, le Congrès permanent de la langue occitane [21], l’Office de la langue occitane déjà mentionné, des maisons d’édition [22]en occitan.

Certaines de ces initiatives, tout comme certains médias, bénéficient d’un soutien financier de l’État alors que d’autres sont privées.

Une langue qui reste menacée

Toutes les initiatives décrites ci-dessus sont positives et témoignent d’un renouveau certain, pourtant un fait reste avéré : le nombre de locuteurs ne cesse de diminuer [23]. Il ne semble pas que le manque d’initiatives culturelles soit à incriminer.

Le phénomène de recul est bien sûr lié au vieillissement des locuteurs occitanophones traditionnels dont la génération disparaît peu à peu. Mais réduire le problème à une explication purement démographique serait trop simpliste.

Il existe en effet des facteurs politiques tout aussi essentiels. Une des principales raisons est l’imposition du français qui accumule depuis trois siècles les arguments juridiques pour empêcher un usage plus répandu de l’occitan. Ainsi, dès 1802, [4] il est interdit de parler autre chose que le français à l’école publique. Cette interdiction est ensuite renforcée par des punitions et maintenue jusqu’aux années 1950, date à laquelle certaines langues régionales commencent à être enseignées [24].

Le débat est loin d’être terminé comme en témoigne la dernière polémique en date autour de la loi dite Molac de 2021  [25]à propos de l’enseignement immersif dans les écoles publiques, car l’État reste farouchement attaché à l’article 2 de la constitution française [26] qui déclare que “la langue de la République est le français”.

Les communautés des langues régionales et leurs représentants – activistes, personnalités politiques et de la culture ont beau se référer à la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires,  [27]Paris refuse pour le moment de ratifier cette charte, après l’avoir toutefois signée. Cette méfiance répétée à l’égard des langues régionales explique la difficulté à valoriser l’occitan au sein de générations plus jeunes et surtout à une échelle plus étendue.

Ainsi, comme l’explique Jean-Christophe Dourdet, chercheur en langues occitanes dans un article de 2020 [28]:

La question de la revitalisation des langues est avant tout une question sociolinguistique. Plutôt que de demander une reconnaissance officielle des langues, d’autres approches de « revitalisation » visent à revendiquer des droits linguistiques pour les locuteurs et groupes de locuteurs de ces langues. Cette approche ne fonctionne que s’il existe une conscience linguistique suffisante pour permettre une revendication de groupe. En France, les locuteurs des langues de France ne présentent en général qu’une très faible conscience linguistique étant donné qu’ils considèrent leurs idiomes comme des « patois » au sens d’objets dépréciés. Cette idée est le fruit de décennies de politiques linguistiques françaises niant toute diversité linguistique au profit du tout français comme langue universelle d’émancipation.

La situation ne peut donc évoluer dans un sens d’une revalorisation active que dans le cas d’un soutien politique non-équivoque qui ne voit pas les langues régionales comme une menace. À ce sujet, la Charte européenne est très claire dans la définition de ses objectifs [29]:

La Charte se fonde sur une approche qui respecte pleinement les principes de souveraineté nationale et d’intégrité territoriale. Elle ne conçoit donc pas les relations entre les langues officielles et les langues régionales ou minoritaires en termes de concurrence ou d’antagonisme ; le développement de ces dernières ne doit pas, en effet, entraver la connaissance et la promotion des premières. Selon la Charte, chaque langue a sa place légitime.

James Costa, un chercheur britannique qui travaille sur les langues occitanes et écossaise entre autres, résume bien la situation en rappelant que la demande de plus de droits pour l’occitan se place dans une vision ouverte  tournée vers l’avenir [30]:

In that sense, language revitalization isn’t about regenerating pre-existing groups, but about inventing new ones, on new terms, while drawing on a construction of those groups as timeless or ancient.

Dans ce sens, quand on parle de revitalisation linguistique, il ne s’agit pas de régénérer des groupes pré-existants mais en fait d’en inventer de nouveaux, basés sur de nouveaux principes, tout en s’appuyant sur un socle éternel et ancien de ces groupes.

Article publié sur Global Voices en Français: https://fr.globalvoices.org

URL de l’article : https://fr.globalvoices.org/2021/08/10/266988/

URLs dans ce post :

[1] une vidéo sur YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=lkYW0X8BCAw&t=14s

[2] rubrique d’occitan ou langue d’oc: https://www.culture.gouv.fr/Sites-thematiques/Langue-francaise-et-langues-de-France/Politiques-de-la-langue/Promouvoir-les-langues-de-France/Langues-regionales

[3] oïl: https://fr.wikipedia.org/wiki/Langue_d%27o%C3%AFl

[4] langue littéraire, juridique et orale: https://locongres.org/fr/ressources/divers-fr/10950-pichona-istoria-de-la-lenga-occitana-e-de-son-estatut-fr-fr

[5] estimations varient:: https://www.laregion.fr/IMG/pdf/EnqueteOccitan.pdf

[6] enquête linguistique: https://www.ofici-occitan.eu/fr/restitution-des-resultats-de-lenquete-sociolinguistique/

[7] ’Office de la langue occitane: https://www.ofici-occitan.eu/fr/presentation-de-loffice/

[8] plus d’un demi-million : https://www.ofici-occitan.eu/fr/les-enjeux/

[9] Val d’Aran: https://fr.wikipedia.org/wiki/Val_d%27Aran

[10] Vallées occitanes: https://fr.wikipedia.org/wiki/Vall%C3%A9es_occitanes

[11] 15% : https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_%C3%A0_Monaco

[12] Calandreta: http://calandreta.org/

[13] matière facultative: https://www.cairn.info/revue-ela-2006-3-page-265.htm#:~:text=Au%20coll%C3%A8ge%20l

[14] dans les universités: https://www.occitanetudesmetiers.com/occitan-universite.htm

[15] OcTele: https://www.octele.com/

[16] radio: https://www.radiopais.fr/

[17] sites d’information régionale : https://www.aplv-languesmodernes.org/spip.php?article2427

[18] est essentiel: https://www.researchgate.net/profile/Fernando-Ramallo-2/publication/320935180_Les_langues_minoritaires_dans_la_communication_mediatique/links/5a0380270f7e9beb17705d4c/Les-langues-minoritaires-dans-la-communication-mediatique.pdf

[19] des Jeux Floraux: https://jeuxfloraux.fr/academie/missions/

[20] fondation Félibrige : http://www.felibrige.org/le-felibrige/

[21] le Congrès permanent de la langue occitane: https://locongres.org/fr/lo-congres-fr/l-institution/missions

[22] maisons d’édition : https://www.letrasdoc.org/fr/les-edtions/

[23] ne cesse de diminuer: https://www.univ-montp3.fr/uoh/occitan/une_langue/co/module_L_occitan_une%20langue_10.html

[24] commencent à être enseignées: https://www.vousnousils.fr/2020/02/05/quelle-place-pour-les-langues-regionales-a-lecole-628758

[25] la loi dite Molac de 2021 : https://fr.globalvoices.org/2021/07/20/266601/

[26] l’article 2 de la constitution française: https://www.conseil-constitutionnel.fr/le-bloc-de-constitutionnalite/texte-integral-de-la-constitution-du-4-octobre-1958-en-vigueur#:~:text=DE%20LA%20SOUVERAINET%C3%89-,ARTICLE%202.,Libert%C3%A9%2C%20%C3%89galit%C3%A9%2C%20Fraternit%C3%A9%20%C2%BB.

[27] Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, : https://fr.wikipedia.org/wiki/Charte_europ%C3%A9enne_des_langues_r%C3%A9gionales_ou_minoritaires

[28] un article de 2020: https://journals.openedition.org/mimmoc/5667

[29] la définition de ses objectifs: https://www.coe.int/fr/web/european-charter-regional-or-minority-languages/the-objectives-of-the-charter-

[30] tournée vers l’avenir: https://occitan.hypotheses.org/55

 

Aquesta darrera setmana a Twitter hi ha hagut una espècie de « debat » entre la gent que defensa el doblatge i la subtitulació en català i la gent que prohibiria el doblatge, casualment aquesta gent només surt quan es parla de doblatge en català i no de doblatge castellà.

Mapa del doblatge a Europa

El doblatge en català és essencial per normalitzar la llengua, ja ho vam veure als anys 90 amb l’aparició de l’anime en català, veies fills i filles de pares castellanoparlants jugant a Bola de Drac en català, ara ja no, ara és just el contrari, veus fills i filles de catalanoparlants cantant la cançó de Doraemon en castellà. I tot i aquesta situació encara hi ha catalans que volen acabar amb el doblatge en català.

Volen que els catalans dominem més l’anglès, però no els importa si el català perd parlants pel camí, volen que no faltem al respecte a l’actuació verbal dels actors i actrius, volen que siguem la punta de la modernitat d’Europa i deixem d’utilitzar una imposició cinematogràfica que segons diuen alguns d’ells es va inventar la dictadura franquista. Deuen ser la mateixa classe de gent que diu que Churchill va dir « els feixistes de demà es diran a si mateixos antifeixistes », ni Churchill ho va dir, ni Franco va inventar el doblatge.

S’emmirallen a una suposada Europa (inventada) que no dobla res, consideren Espanya i Grècia endarreries al moment per doblar-ho tot, però no tenen en compte que la majoria de països ho doblen tot, altres doblen el contingut infantil i altres utilitzen doblatges d’altres països. Sempre anomenen Portugal i països nòrdics, com a països avançats que no doblen. Bé, sí que doblen, Portugal dobla tot el contingut infantil i part de la resta, el que no es dobla a Portugal, és cert, ho veuen en versió original subtitulada, però també ho veuen utilitzant els doblatges brasilers. També solen anomenar països nòrdics, bé Dinamarca destina a l’audiovisual en danès 100 € per habitant mentre que Catalunya destina 31 € per habitant. De fet, cada cop més països doblen el contingut audiovisual per al cinema, televisió i per les plataformes de streaming. Fins i tot Netflix dobla contingut per als Estats Units. Com experiència personal, fa més d’un any que visc a Irlanda, he conegut gent que ha vist « La casa de papel », ningú l’ha vist en castellà (versió original), els irlandesos que l’han vist, ho han fet en anglès i els portuguesos i brasilers l’han vist en portuguès.

Defensen la prohibició del doblatge per aprendre altres idiomes (bé idiomes, anglès). Perquè la gent ha d’aprendre anglès a l’escola i al cinema, però el català només a l’escola. L’anglès, com altres idiomes s’aprenen estudiant a l’escola i a les acadèmies, però també practicant, parlant, llegint, mirant pel·lícules. Amb les pel·lícules soles, no, i menys subtitulat al teu idioma i no a l’idioma de la pel·lícula, al final el teu cervell s’acostuma a només llegir. Si realment fos tan fàcil aprendre idiomes, no creieu que la majoria d’actors de doblatge catalans sabrien japonès nivell natiu, ja?

Volen que es vegi tot en versió original subtitulada per no perdre l’actuació verbal de l’actor i no falta al respecte al seu treball. Suposo que el treball de la gent de fotografia, vestuari, escenari i postproducció no és important, com tampoc ho és el llenguatge no verbal dels actors. Amb els subtítols es modifica la imatge, a més a més en estar llegint et perds els detalls del vestuari, de la fotografia, dels escenaris i la comunicació no verbal dels actors. No falta més al respecte del treball de la pel·lícula això que el doblatge? No ho sé, no ho vull valorar, però crec que el que falta més al respecte és voler imposar el que tu vols i no deixar als altres tranquils que gaudeixin del cinema com vulguin, amb els subtítols i el doblatge es perden detalls i matisos, cert, però es perd més si mires qualsevol contingut en una llengua que no domines i no disposes de doblatge o subtítols. També troben estrany escoltar Lebron James parlant en català, però no troben estrany escoltar a Juli Cèsar parlant anglès en lloc de llatí o a Aquil·les parlant anglès i no grec antic.

Pel que fa a l’argument típic de « el doblatge el va inventar Franco », dir que no, no el va inventar Franco, no sé d’on s’ho treuen, però no, si fos així l’any 1933 no s’hagués doblat la primera pel·lícula al català, si fos així l’animació americana que va arribar entre els 50 i 70 a l’estat espanyol hagués arribat amb el castellà d’Espanya, no de Mèxic. Si ho hagués inventat ell, no seria una pràctica habitual a Europa des de fa dècades.

Però el més important de tot i que no tenen en compte, com volen que un infant que encara no sap llegir vegi dibuixos en VOS? Com volen que una persona amb dificultats de visió o cega pugui gaudir del cinema sense el doblatge?

Per què hi ha catalans amb llaços grocs i estelades al Twitter que els preocupa més que els infants, joves i adults aprenguin angles i no català? No se n’adonen que gràcies al doblatge i a l’audiovisual en general es pot aprendre molt vocabulari nou de la teva pròpia llengua i a millorar la comunicació verbal? El millor que li va passar al català van ser les sèries doblades de TV3 des dels anys 80 fins a principis d’aquest segle, el que hem de fer és recuperar-ho i no destruir-ho tot. El que hem de fer és doblar i subtitular el màxim de contingut possible i fer-lo arribar a les plataformes, cinemes i televisions.

Necessitem l’audiovisual, la música i els llibres per salvar el català, ensenyant-lo només a l’escola no l’ajudem. Ara mateix per un infant és molt fàcil pensar que el català només és una assignatura avorrida més de l’escola que un idioma útil per comunicar-se i divertir-se, perquè la gran majoria de sèries, pel·lícules i videojocs estan en castellà, sobretot a les plataformes, si volem tornar a sentir català de forma normalitzada entre els infants, necessitem donar-los material per jugar i cantar en català com fèiem fa 20 anys. Si volem que els nouvinguts a Catalunya aprenguin català els hem de donar eines audiovisuals per millorar el seu català fora de les classes i el treball. També, necessitem audiovisual en català per tota la gent que vol gaudir del cinema i les series en la seva llengua i no l’original, és una opció tant valida com els subtítols, respectem-nos entre tots perquè si no l’únic que fem és ficar més pals a les rodes del català, i ja té prou pals, millor treure’n que ficar-ne més. Volem que el català a Catalunya sigui com el gaèlic a Irlanda, una llengua que estudia tothom a l’escola, però només la parlen 80 mil persones? Si acabem amb el doblatge no farem de Catalunya la Dinamarca del sud, farem del català el gaèlic del sud.

 

 

[Il·lustració: Wikipedia – font: http://www.racocatala.cat]

Aleksandr Dziuba é un cidadán ruso que vive na Galiza e que acaba de confeccionar e publicar na web o primeiro dicionario bilingüe ruso e galego. O seu obxectivo é crear unha ponte exacta entre a lingua romance e a lingua eslava, con vistas a facilitar a aprendizaxe persoal e o traballo de moitas persoas nas que conflúen as dúas linguas. Aleksandr, nun galego fluído, explica que a nosa é unha lingua máis rica aínda do que se recolle no dicionario da RAG, e que no seu dicionario quere deixalo patente.

Aleksandr Dziuba leva dous anos estudando lingua galega (Foto: Nós Diario)

Aleksandr Dziuba leva dous anos estudando lingua galega.

Por Xosé Barros Blanco

Podería explicar en que consistiu o seu traballo?

Basicamente, elaborei o típico dicionario bilingüe que está organizado en orde alfabética, co obxectivo de que cada persoa que estea interesada nas dúas linguas poida coñecer os equivalentes en ambos idiomas. Por agora só conta con 11.000 entradas para esta primeira entrada, pero de aquí a uns anos gustaríame chegar até as 40.000, para que sexa o primeiro gran dicionario de galego e ruso.

Ademais, quero ampliar con seccións gramaticais, de funcionamento básico das formas verbais. O dicionario non está só restrinxido aos termos aceptados polo dicionario da RAG. Empreguei o Estraviz e o Xerais entre outros. Pola miña propia experiencia, vexo que moitas palabras que se empregaban nas obras clásicas de Castelao, Risco ou Blanco Amor non son aceptadas pola RAG, e non sei o motivo. Decidín incluír estas palabras tamén, pero deixándolle claro á lectora que a RAG non as recoñece. Quero que o dicionario non sexa só unha lista de palabras, quero que sexa algo realmente útil.

Que o motivou para confeccionar este dicionario?

Cando comecei a estudar galego hai dous anos, decateime de que había moitas palabras que non sabía que significaban. Comecei a apuntalas, e así foi como naceu a idea do facer un dicionario, porque non existía unha ponte documental  entre o galego e o ruso. Por iso pensei que podía ser interesante e útil para outras persoas que, coma min, queren aprender galego.

Ademais, quería desenvolver unha ferramenta para que as persoas galegofalantes puidesen falar de si mesmas con persoas de fala rusa sen ter que acudir a dicionarios de castelán. Que poidan empregar a súa lingua. O obxectivo é ese, crear unha ponte exacta entre o galego e o ruso.

Como é o proceso para deseñar un dicionario deste tipo?

Todo o traballo até agora fíxeno eu só, aínda que espero poder atopar algunha persoa ou entidade que faga unha revisión total das entradas antes de que saia a versión en papel do dicionario. O proceso é sinxelo.

Eu escollo as palabras que penso que poden ser útiles para o dicionario, estudo as súas acepcións e despois busco as equivalencias en ruso para cada unha desas palabras galegas. Por agora, as palabras que teñen máis acepcións son os verbos como pasar ou dar, que teñen cerca de 30 acepcións. Ademais, é curioso que haxa palabras galegas que sexan iguais ou moi semellantes, como crocodilo ou icona.

Onde pode atopar a xente o seu dicionario? En que formatos vai estar dispoñíbel?

Polo de agora está dispoñíbel na páxina da Secretaría Xeral de Política Lingüística da Xunta. É accesíbel de balde, e calquera pode empregalo sen ningún problema. Logo, unha vez o dicionario sexa ampliado, quero publicar en papel unha segunda edición. Sigo traballando acotío no dicionario e quero seguir avanzando pouco a pouco até ese obxectivo das 40.000 entradas.

Pensa vostede que é importante que se promovan proxectos e iniciativas como o a súa para afondar na normalización do galego? 

Penso que si, porque cando comecei a estudar na escola de idiomas compartín clase con outras persoas estranxeiras ás que os dicionarios lles eran de gran utilidade.

Os dicionarios bilingües axudan moitísimo, sobre todo se es tradutor, porque axilizan o traballo e evitan que teñas que acudir continuamente a dicionarios monolingües. Elaborar estes dicionarios fai que sexa moito máis doada a aprendizaxe da lingua galega, e convértea nun idioma moito máis accesíbel. Hai moita xente na Galiza que quere aprender ruso e que agora con este dicionario van ter máis facilidades.

[Fonte: http://www.nosdiario.gal]

Després de l’estada a un kibutz els anys seixanta, em va quedar el desig d’aprendre l’hebreu, i el vaig poder acomplir passats un bon grapat d’anys.

Escrit per Eulàlia Sariola
Fa pocs anys que em dedico a traduir de l’hebreu. És la meva segona professió. També sóc il·lustradora, però després de l’estada a un kibutz els anys seixanta, em va quedar el desig d’aprendre l’hebreu, i el vaig poder acomplir passats un bon grapat d’anys. És fascinant entrar en una cultura diferent de la teva, tot un procés que dura anys i crec que no s’acaba mai ja que cada grup cultural va fent la seva pròpia evolució, a més de la globalitzada que toca transversalment totes les cultures del món.
L’Uri Orlev, el primer autor que vaig traduir, escriu per a joves. Des de la seva història personal, fill de la Xoà, supervivent del gueto de Varsòvia, amb la mare assassinada pels nazis, escriu històries amb nens protagonistes que tenen com a teló de fons la guerra, l’extermini, la mort. Però també la solidaritat i la lluita per la llibertat. Les seves històries són aventures viscudes per nens fugitius, són la vida dels personatges, la seva infantesa, en certa manera feliç perquè la viuen amb normalitat. Una editorial de Madrid em va demanar de traduir-lo al castellà i m’hi vaig posar. Educada en temps de la dictadura, el meu castellà ocupava un lloc dins meu que ni jo sabia. Aquesta primera traducció va ser finalista als premis Andersen de traducció, com un senyal que em deia: cap aquí. I vaig seguir traduint, al castellà i al català. Traduir al català em proporciona una satisfacció més gran, perquè així participo, amb el meu granet de sorra, al coneixement de la literatura israeliana al meu país. Més tard, en un dels viatges a Israel, vaig conèixer l’Uri Orlev i hem acabat sent amics.
 
Aharon Appelfeld, l’autor que s’ha traduït en català per primer cop, ha estat una experiència diferent. Abans de llegir-lo i de traduir-lo el vaig conèixer –sentir i veure més ben dit– en el parlament que va fer explicant la seva vida en un congrés a Jerusalem, on em van convidar. Em va colpir la seva història i com l’explicava. Va néixer prop de Czernowitz, aleshores Romània i avui Ucraïna, l’any 1932, fill de jueus assimilats, benestants, que en família parlàven alemany, i dominàven també el rutè, el francés i el romanès. Amb els avis, que vivien en un poble dels Càrpats, parlàven ídix. La seva mare va ser assassinada en començar les persecucions contra els jueus a Romania, el 1940. L’Aharon i el seu pare van viure primer al gueto i després al camp de concentració a la frontera d’Ucraïna. La tardor del 1942 va fugir del camp i va sobreviure enmig dels boscos entre prostitutes, bandits i tota mena de gent marginal que el van ajudar sense saber que era jueu. Després, el va acollir l’exèrcit rus i va caminar amb ell per Europa. Finalment, acabada la guerra, va travessar fins les costes d’Itàlia per anar a raure a la terra d’Israel. Ens va explicar que els record no el conserva la memòria, sinó el cos. I en això coincideix amb l’Uri Orlev. L’Appelfels explica que en sentir la humitat i el soroll de la pluja, es trasllada als boscos on va viure fugitiu de petit. L’Uri Orlev torna a sentir els llibres que la seva mare li llegia quan eren al gueto, abans que l’assassinessin, quan abaixa al mínim el llum halogen de la cuina de casa seva. L’autor, va explicar aquestes vivències de nen fugitiu i sol, com si ho expliqués per primera vegada, amb la seva parla delicada i segura alhora. El silenci a la sala era tan dens que s’hauria pogut tallar amb un ganivet, mentre enraonava i un cop va haver acabat.
 
Passat un temps, la Maria Bohigas, l’editora de Club Editor, que també va assistir al congrés i al discurs de l’Aharon Appelfeld, em va demanar de traduir Flors d’ombra i vaig acceptar encantada. Un any després vaig traduir En Bartfuss, l’immortal i enguany acaba de sortir Tsili, el darrer llibre d’aquest autor que he traduït al català.
 
L’Aharon Appelfeld, un cop arribat a la terra d’Israel, ha de construir-se una identitat nova. Allà aprendrà l’hebreu, que coneixia vagament perquè en les estades a casa dels avis l’havia sentit quan els acompanyava a la sinagoga. No per això deixa de banda l’alemany, la llengua materna, com van fer altres supervivents de la xoà. L’alemany és la llengua de la seva infantesa, el lligam amb els pares morts, amb els seus primers anys d’existència. Tot i això, sempre escriurà en hebreu «la seva llengua materna adoptiva». Estudia a la Universitat hebrea de Jerusalem, els seus mestres seran Martin Buber, Gershom Sholem, Ernest Simon, Yehezkiel Kaufman. La seva trobada amb Shmuel Yosef Agnon és essencial perquè aquest creu que «el passat, fins i tot el més dur, no és una tara o un fet vergonyós, és un aspecte de la vida». Així que, l’any 1950 decideix escriure, i és el que ha fet fins ara.
 
Traduir l’obra d’un autor és la manera de conèixer-lo a fons. El primer acostament a l’escriptor Aharon Appelfeld pot fer pensar que traduir-lo serà senzill perquè el llenguatge en si és planer i utilitza frases curtes, seguint  la tradició bíblica. La dificultat rau en que, en certa manera és com traduir poesia, perquè cada paraula, cada adjectiu és exactament aquell, està absolutament triat –encara que les paraules en hebreu són polisèmiques i moltes vegades ha de ser el traductor el qui triï el significat  adient al que l’autor vol dir. Com que la llengua que fa servir és un hebreu gens rebuscat o encarcarat, culte però planer i amb un vocabulari podríem dir-ne clàssic, sense neologismes, trobar el català adequat va ser per a mi un exercici de tancar els ulls: per trobar la paraula o la frase adient, només em cal aclucar-los i recordar com ho haurien dit els meus pares o les meves àvies.  Quan t’hi endinses, en el text,  te n’adones que està explicant coses esfereïdores senzillament, com si res, i que el que no diu és tan important o més que el que diu. És com quan dibuixes, que has de parar més atenció als buits que als objectes mateixos si vols que el que pintes sigui veritable. Els buits que l’Appelfeld deixa entre les paraules, entre el que diu i el que no diu, fa la història versemblant.  Parla amb delicadesa extrema de situacions i vivències molt dures, sobretot quan es tracta de protagonistes joves, nens, moltes vegades, com en el cas d’en Hugo, el nen de Flors d’ombra o de Tsili, la noia protagonista de la novel·la homònima. Aharon Appelfeld va ser un nen sol voltant per l’Europa en guerra dels anys quaranta. Adoptava pares i mares per no sentir-se orfe,  va construir-se una identitat nova per sobreviure entre els cristians quan se’n va adonar que ell era jueu tot i no ser-ne conscient. I aquest fet, que no comprenia, era absolutament negatiu en aquells moments, era la línia vermella entre la vida i la mort. Ha escrit una quarantena d’obres la majoria de les quals tenen a veure amb la vida de la població jueva d’Europa abans i després de la Segona Guerra Mundial. Es tracta de jueus assimilats que malgrat ser-ho, hauran d’afrontar el seu destí de jueu.
 
Encara que cronològicament forma part de la generació d’escriptors que s’interessen per temes ja no estrictament de la creació de l’estat sinó de temes universals, ell fa la seva via, el seu camí, sempre lligat a l’entorn de la Xoà. Tot i així, no parla directament de la Xoà: la seva escriptura no és autobiogràfica. En paraules seves: «Jo no sóc pas un escriptor de la xoà i no escric sobre aquest tema, jo escric sobre els homes jueus»
 
Traduir l’Eshkol Nevo ha estat tota una altra experiència. Acabo de traduir La simetria de los deseos al castellà. L’autor ha nascut i viu a Israel. ha estudiat a Israel i a Detroit. És nét de Levi Eshkol, que va ser primer ministre d’Israel. Forma part de la nova generació que creu que la pau amb els palestins és possible, sobretot si la fan ells, els joves, sense que les anteriors generacions hi intervinguin. No està traumatitzat pel passat, es considera laic i gens influït per la religió.
 
Cada persona pertany a una cultura o  n’és hereu, conscient o inconscientment, l’expressió sóc un ciutadà del món, no pertanyo a cap nació, és una fal·làcia, o bé un desideratum.  Nogensmenys, cada persona és fruit del lloc on ha nascut ell i els seus pares, de l’educació religiosa o laica que ha rebut i del lloc on ha crescut. Tota aquesta barreja fa de cada individu una persona única però amb trets coincidents amb els seus coetanis.
 
Així doncs, el seu llibre comença d’una manera molt jueva: escrivint tres desitjos en un tros de paper. La novel·la tracta d’una història d’amistat entre quatre nois que es troben regularment per veure partits de futbol. En una d’aquestes trobades sorgeix la idea d’apuntar tres desitjos, guardar els paperets i obrir-los el proper mundial de futbol. En el fons de les quatre històries hi ha la vida quotidiana de la joventut israeliana, la tensió per la situació política, el saber que, en qualsevol moment algun d’ells es pot morir, ja sigui durant el servei militar o en algun atemptat. És una novel·la molt israeliana per la manera que tenen els protagonistes de viure, de parlar, pels costums i mentalitat, la joia de viure el present i l’energia que comporta el saber que tot és provisional.
 
L’autor fa servir tres nivells de llengua, el més quotidià, en el que transcorre la gran part del llibre, un altre formal i jurídic que fa servir en el pròleg i l’epíleg i un tercer nivell més elevat, filosòfic quan cita fragments de la tesi del protagonista. De fet, són tres nivells molt clars de llengua, molt ben diferenciats, que tenen un paral·lel també en al llengua d’arribada.
 
Un altre del llibres que acaben de sortir simultàniament en traducció catalana i castellana és La bona gent, d’en Nir Baram.
 
Nascut el 1976, fill d’una família de polítics de l’esquerra clàssica, el pare i l’avi van ocupar llocs rellevants al parlament israelià. L’autor va començar a escriure arran de la malaltia i la mort de la seva mare, ell mateix ho diu: «l’escriptura ha estat la manera de trobar explicacions a la vida i a la mort.» La bona gent és la seva quarta novel·la, ha estat un èxit de vendes a Israel i s’ha traduït a diverses llengües. És un militant i activista d’extrema esquerra i creu que israelians i palestins han de viure plegats en un estat únic. No vol que els seus fills creixin en un gueto modern, envoltat de muralles, perquè les muralles són també com un ganivet de dos talls, tanquen  per ambdós costats.
 
Les diverses crítiques que s’han fet d’aquesta obra han opinat que el llibre tracta de la Xoà des d’una altra perspectiva, que canvia la visió del jueus com a víctimes i enfoca la Guerra des d’una perspectiva inèdita com a jueu. L’autor, en la presentació del llibre a l’Horiginal de Barcelona, va dir que el llibre tractava de l’ambició, no de la Xoà ni de la guerra, sinó de l’ambició personal i del que les persones estan disposades a fer per tal d’arribar allà on volen a les seves vides.
 
La bona gent és més una novel·la europea que no pas israeliana. No em va caldre trobar paral·lelismes en català per formes o comportaments de vida israeliana o frases i expressions bíbliques en el text. Els protagonistes són dues persones ambicioses en la feina i en la vida, la Saixa, filla d’intel·lectuals russos, dividida entre l’amor per la seva família i el Partit, i en Thomas, fill únic d’una família alemanya de la burgesia, fascinat pel món de la publicitat i la llibertat individual del capitalisme. Tots dos, sense tacar-se les mans de sang, es veuen abocats a participar en actes sagnants, els dos empesos per raons diverses. Coincidiran en la organització d’una desfilada militar germano-soviètica a Brest-Litovsk, per mor del pacte Ribbentrop-Molotov.
 
Com a traductora he de dir que la singularitat de la traducció d’aquest llibre rau en el canvi d’escenari, perquè l’acció esdevé a Alemanya, Polònia i Rússia i els protagonistes són per tant europeus, l’Estat d’Israel encara no existia i encara que la Saixa és jueva, no té gaire a veure amb els jueus israelians. Per tot això, les crítiques d’aquesta obra a Israel han remarcat que en Nir Baram és el primer escriptor que ha escrit sobre la Segona Guerra Mundial amb una perspectiva europea. I s’ha de dir que ha fet una obra madura, a desgrat de la seva edat.
Els traductors, en aquest país de llengua minoritzada i minoritària, som gent apassionada per la nostra feina, maldant per sobreviure, en un món on, com diu en Zygmunt Bauman: «Avui la cultura s’assembla a una de les seccions del magatzem gegantí en que el món s’ha transformat, amb productes que s’ofereixen a les persones que s’han convertit en clients». Però també hi ha l’altra cara de la moneda o l’altra banda del mirall, traduir és un acte de solidaritat, de generositat, de passió, imprescindible. 
 
[Font: http://www.nuvol.com]

Ubicada en la Little Italy del Bronx, una casa especializada en productos italianos en realidad fue fundada por una pareja de austríacos judíos que, incluso en la peor época de antisemitismo, nunca quiso ocultar sus orígenes.

La tienda de especialidades italianas Teitel Brothers, que desde hace más de 100 años está ubicada en la Little Italy del Bronx, Nueva York, tiene por detrás una sorprende historia judía.

En 1915 se instalaron en la esquina de Arthur Avenue y 186th Street, Jacob y Morris Teitel, dos sastres de Austria que llegaron a Estados Unidos tres años antes, abriendo un negocio que importaba alimentos italianos de alta calidad. Ambos aprendieron a hablar italiano antes que inglés.

En la zona hay una gran cantidad de negocios que se especializan en pan, pastelería, carne y pescado, para una clientela nacida en Italia o descendiente de italianos. En Teitel Brothers se puede observar una exhibición colorida y llamativa de pastas, aceites de oliva y la salsa de tomate Rao’s.

Pero a la entrada de este negocio, debajo de un prosciutto (jamón) que cuelga desde el techo, hay un mosaico con una Estrella de David.

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De acuerdo a los nietos de los fundadores, en la década del ‘30, cuando el fascismo y el nazismo se extendían en Europa, el propietario del negocio les dijo a los hermanos Jacob y Morris Teitel que “si la gente supiera que son judíos, nadie compraría aquí”. Días después colocaron el mosaico con la Estrella de David para que todos los que entraran en el negocio supieran que eran judíos.

Actualmente Teitel Brothers está dirigida por tres hermanos, nietos de los fundadores, quienes además de tener su propia línea de productos, hasta el inicio de la pandemia anualmente uno de ellos viajaba a Italia para visitar Food Show, la feria alimenticia de Módena, las fábricas de aceite de oliva y los lugares en donde se elaboran los afamados quesos romanos.

Mientras que la primera generación de los Teitel que llegó a Nueva York abrió el negocio, la segunda generación lo amplió convirtiéndolo también en mayorista y la tercera, la actual, lo amplió hasta convertirlo también en fabricante de provisiones del tipo italiano. Teitel Brothers es parte de la historia de cómo los judíos neoyorkinos enfrentaron la discriminación y el odio racial.

 

[Fuente: http://www.agenciaajn.com]

Manoel e Rosa - Blog do Severino Francisco

Escrito por Raúl Olvera Mijares

Intentar explicar la génesis de un gran autor resulta una empresa absurda si no es que imposible. Descartando factores de orden genético, social o económico, la síntesis que representa un escritor de excepción es irreducible a nada extraño a sí misma, en otras palabras, cada gran autor acuña un molde que él mismo se encarga de dar al traste. La estandarización es más un modelo proyectado por la crítica, un librero con varios anaqueles donde cada género y subgénero halla su sitio, que una realidad concreta, asible y mesurable. Habiéndosele comparado con James Joyce, por un lado, y con Juan Rulfo por otro, João Guimarães Rosa (1908-1967) fue fundamentalmente un narrador brasileño que ubicaría sus relatos en una porción del territorio al norte de Minas Gerais donde habría de venir al mundo, comprendidos también los estados de Goiás y Bahía, prácticamente una tercera parte del Brasil central, porción que se asienta en una meseta donde es posible la agricultura y sobre todo la ganadería. El término sertón es esencial para entender a Guimarães Rosa, que valdría tanto como llano o despoblado (sertão viene de “desierto”). Alguna vez esas vastas extensiones de terreno estuvieron escasamente habitadas. En medio de los sertones se encontraban acuíferos, venas de agua que brotaban y corrían en forma de una serie de arroyuelos o acequias. Veredas es una voz portuguesa que se refiere precisamente a estas fuentes de linfa, que dan origen a zonas de verdor, auténticos oasis en torno de los cuales se realizaban los asentamientos. Así la gran novela de Guimarães Rosa, Grande Sertão: Veredas (1956), viene a establecer una comparación entre los enormes llanos sembrados de pasto pero sin hombres y los veneros u ojos de agua donde se desarrolla la convivencia humana, caracterizando así una buena parte del Brasil, otrora signada por su cultura de gente a caballo, os vaqueiros, que pastoreaban los hatos de reses, no los últimos de ellos, los mansos cebúes, procedentes de India.

Se sabe que Joaozito, Juanillo, en su natal Cordisburgo, era hijo de un tendero y que en su casa hubo siempre libros. No contaba ocho años y ya había comenzado a aprender francés, luego vendría el inglés, el italiano y el español. En Belo Horizonte, capital de Minas Gerais, entraría al colegio propiamente dicho, un colegio alemán donde comenzaría a aprender el idioma. Para cuando se inscribe en la facultad de medicina ya lee y traduce varias lenguas. Guimarães Rosa prestará sus servicios como médico militar y civil hasta que decide, hacia fines de los años treinta, ingresar en el servicio exterior del Brasil. Destinado a la legación de Hamburgo, pasará en Alemania de 1938 a 1944, años difíciles de reclusión para diplomáticos, ayuda clandestina hacia judíos y desencanto humano en general. Tras la guerra, será asignado a la legación de París. Después de pasar por otras embajadas, decide abandonar el servicio público para dedicarse por entero a la escritura. En 1956 se publican dos de sus más importantes volúmenes, la ya mencionada novela y el libro de relatos Corpo de bailePrimeiras estórias (1964), Estas estórias (1968) y Tutaméia. Terceiras estórias (1968) son otros tantos de sus libros de cuentos, los últimos dos aparecidos de manera póstuma. Al parecer el escritor tenía un barrunto de su muerte y le urgía dejar por escrito el mayor material que se pudiera. Tres días después de su recepción en la Academia Brasileira de Letras perdía la vida. Los textos experimentales de sus últimas recopilaciones abren un abanico de posibilidades en verdad asombroso.

El cultivo del monólogo interior y la recuperación del lenguaje en su carácter oral preñan la obra de Guimarães Rosa y parecen emparentarla con la de Joyce. En efecto, como el dublinés, el minero tomará nota del habla real de aquellos modelos que han de servirle para perfilar sus personajes. Antes de acometer esos dos monólogos legendarios, que son el de Gran Sertón: Veredas y Mi tío el jaguareté, el autor viaja por territorio bravo en busca de material para recopilar en sus cuadernos. Se informa sobre prácticas tradicionales, nombres de la flora y la fauna, sobre todo razas de reses, pormenores sobre la caza del jaguar, de la onza, del tapir, indaga en reminiscencias del pasado indígena. La curiosidad lingüística y antropológica de Guimarães Rosa no conocía límites. Había estudiado la mecánica de lenguas tan diversas y dispares como el ruso, el holandés, el checo, el árabe, el húngaro, el sánscrito, el griego y el esperanto. Desde niño mostró gran curiosidad y cariño por los animales. De Sagarana (1946), su primer libros de relatos, procede aquella historia de “El burrito pardo”, un pollino que respondía al nombre de Siete de Oros, ya viejo y por tanto sabio, único sobreviviente de una expedición que conducía innumerables cabezas de ganado y al venirse la crecida de un arroyo arrastra todo consigo, excepto al incólume rucio y su jinete. La caracterización natural y profundamente humana del burrito habla de una gran sensibilidad y respeto hacia los animales, una experiencia que se remonta con toda probabilidad a su niñez en Cordisburgo.

Rulfo y su decantación del alma nacional en un precipitado que contiene en esencia todo, menos folclorismo ramplón, constituiría el referente más próximo en el caso de la literatura mexicana. Huelga decir que, contempladas más de cerca, ambas obras tienen muy poco o más bien nada en común. Guimarães Rosa era exuberante, vasto en su escritura, que consta de miles de páginas, lo suyo podría decirse era acabar ganando la pelea por decisión técnica; Rulfo, en cambio, era parco y astuto, más dado al golpe rápido y certero para acabar venciendo por knockout. Hay mucho de lapidario y ejemplar en el estilo de Rulfo, hecho para permanecer, resistir el paso de los años. En el brasileño se dan notas y colores vibrantemente humanos aunque más frágiles, una sensibilidad a flor de piel para aquel lector que cuenta con el tesón y la paciencia necesarios para llegar hasta el final de sus obras. Un cuento como “Campo general” del libro Manuelzão e Miguelim (1964), alguna vez parte del volumen Corpo de baile, es la historia de un niño de siete años de edad, Miguelín, dotado de una sensibilidad particular, ama a todos a su alrededor, especialmente a las criaturas menudas. Hay un recelo inexplicable por parte de su putativo padre, acaso no sea hijo suyo sino fruto de una infidelidad de su mujer. Miguelín debe pasar por la muerte de un inseparable compañero de juegos, su hermano menor Dito y más adelante por el liberador suicidio del padre. Cae enfermo de gravedad, se salva y luego se presenta la ocasión de que lo regalen, para así poder ir a la ciudad, estudiar y aspirar a una vida mejor. Siendo tan fino y sensible Miguelín, quizá quien se lo lleva vaya a ser algo más que un padre para él, finalmente es quien se hace cargo y puede hacer con él lo que quiera. La duda queda en el aire confiriéndole cierta tensión dramática a la historia.

En “Mi tío el jaguareté”, uno de los relatos de Estas estórias, el protagonista sostiene un monólogo ante un visitante, apertrechado de ron y revólver, el cual por supuesto solo presta oído sin pronunciar palabra. Quien habla confunde el portugués con el tupí e incluso el guaraní. Se trata de un cazador que comercia con pieles, un indio de los contados que sobreviven por ahí y conocen el lugar como ninguno. Al rememorar una caterva de fieras que distingue por su sexo, el color y las manchas en su piel, su talla y hasta su temperamento, el cazador llega a identificarse a tal punto con su presa que él mismo llega a creerse jaguar. El totemismo de los amerindios no solo se manifiesta en la porción septentrional del continente, sino que es de aplicación universal. Entre los antiguos toltecas y los mexicas el nahual era el animal protector de cada alma. Había chamanes que podían asumir a voluntad la forma de su guardián. Esta antigua creencia vuelve en la forma de una obsesión por la sangre, presente en el cazador de jaguares quien, poco a poco, comienza a amenazar a su visita, pues advierte que es un soldado o agente de la justicia quien llega para reclamarlo, ya que no solo ha ultimado fieras sino también hombres. Guimarães Rosa se propone y consigue, por medio del lenguaje, que sus personajes vengan a existir en la acotada pero viva realidad de la ficción. Sus textos resultan difíciles al inicio, pues es justo el momento en que se presentan las convenciones retóricas, los recursos narrativos que volverán posible la ilusión de un mundo paralelo pero autónomo del real; en el caso concreto de este relato, la mezcla de lenguas, la repetición de palabras desconocidas que forman una textura verbal, verdaderas jitanjáforas en el sentido de Reyes o, como creyó Haroldo de Campos, interjecciones con valor emotivo. Hoy se sabe que el tupí, la lengua que hablan los indígenas de esa región, exige tales reduplicaciones. Aunque el lenguaje inventado por Guimarães Rosa es una mezcla de tupí (lengua aún viva) con guaraní (lengua extinta desde hace tiempo). El personaje rememora su pasado trayendo a colación ciertos eventos que exhiben su fijación en las virtudes legendarias de la bestia que cazándola pretende absorber, la rivalidad con sus iguales –otros cazadores de jaguares– a quienes tantas veces termina emboscando, su gusto por el alcohol y sus míticos escarceos con un jaguar hembra nombrado por él María-María.

Riobaldo el jagunzo, una extraña combinación de arriero, bandido y matón, es el personaje central de Grande Sertão: Veredas, novela que lleva en el título esos dos puntos colmados de misterio y metafísica. Guimarães Rosa habría de acceder a Riobaldo a través de ciertos personajes de sus estórias, como serían Augusto Esteves en A hora e a vez de Augusto Matraga y Soropita (también Surupita y Surrupita) en Dao-Lalalao. Estos bravos, salidos casi de un western americano, forajidos a la vez que justicieros, personajes patéticos por excelencia, quienes hasta en los nombres llevan cierta guasa: Matraga es matraca en portugués, por las que se acostumbraba sonar el sábado de Gloria, y dao-la-la-lao es una voz onomatopeya que alude al sonido de las campanas, algo así como ta-tá ta-tán, anunciando un acontecimiento tremebundo, para que al final nada pase, Soropita no acribilla al negro Eládio, porque este se le humilla, le rinde homenaje. Un mundo aquel del sertón, moldeado según un perfil medieval y clientelista, lleno de señores con sus mesnadas, unos cuantos mercenarios y una apabullante mayoría de siervos de la gleba, entre los descendientes de esclavos negros, ocupados en los cañaverales y trapiches, hasta la población criolla mestizada con los naturales, la cual engendra el tipo característico del sertonero, un blanco que tira a indio. La apuesta de Guimarães Rosa, por la oralidad y la exuberancia del lenguaje, vuelve desafiantes sus obras aunque no imposibles. La paciencia y esfuerzo del lector se verán recompensados al final. Los ambientes y los caracteres aparecen siempre animados por un hálito de vida, de autenticidad, de simpatía personal y efusiva. Esas comunidades en mitad del despoblado, que dependen de los ganados para subsistir, cuyos sueños idílicos no van más allá de encontrar un oasis, llevan siempre al lector a la idea de origen o génesis, la colonización y poblamiento de estas ásperas tierras de América. Cien años de soledad, de García Márquez, y otras obras que hincan sus cimientos sobre mitos fundacionales irían por la misma línea, incluso poemas extensos como Omeros, de Derek Walcott. Traducido al español, la riqueza y variedad de vocablos de Guimarães Rosa trae a la memoria ciertos momentos de la literatura cubana, en particular en Lezama Lima, Carpentier e incluso Arenas, a causa de su evocación de la naturaleza, su carácter celebratorio y giros del lenguaje en ocasiones arcaizantes. El influjo de la cultura africana juega un papel no menor.

 

 

[Fuente: http://www.jornada.com.mx]

Un recensement national à venir en Pologne va laisser la possibilité aux minorités nationales d’exprimer leur appartenance culturelle et identitaire. En Silésie, région du sud-ouest du pays, une forte identité régionale demeure. Comment la nouvelle génération de Silésiens vit-elle son héritage ?

Image for En Silésie, que reste-t-il de l'identité régionale chez les jeunes ?

 

Écrit par Thomas Laffitte

« Dans une famille, on dit souvent que la deuxième génération s’intéresse de près à ses origines. Pour notre génération de Silésiens, c’est pareil ». Pour Mateusz, originaire de la région et vivant à Rybnik, non loin de la frontière tchèque, cela ne fait aucun doute : les jeunes silésiens s’intéressent à leurs origines. Même si les jeunes générations ne maîtrisent plus aussi bien le silésien que leurs aînés, la question de l’identité régionale a persisté, et refait aujourd’hui surface. La Silésie est non seulement la région la plus riche du pays après celle de Varsovie, mais c’est également la plus peuplée, avec un taux d’urbanisation très élevé (78% d’urbains).

Mateusz et sa compagne sont finalement revenus vivre en Silésie, après avoir voyagé à Cracovie, Munich et New York. « On travaille entièrement à distance, à mi-temps pour une boîte basée à Varsovie, à mi-temps en tant qu’entrepreneurs et activistes ». Cet activisme prend la forme d’un site web dédié à la Silésie. « Nous sommes des patriotes locaux qui utilisent leur temps libre et leurs ressources pour apprendre à mieux connaître la Silésie, la promouvoir, préserver sa langue et sa « conscience régionale » ». Ce jeune couple poste donc régulièrement du contenu sur les principales attractions touristiques de la région, tout en proposant des « guides touristiques, des articles en langue silésienne, des podcasts, des vidéos».

Pour ces patriotes, l’année 2021 pourrait peut-être marquer une étape importante dans la reconnaissance de cette identité. À partir du 1er avril, un recensement d’échelle nationale aura lieu en Pologne, et s’étalera jusqu’à fin septembre. Dans le formulaire obligatoire à remplir en ligne, en plus des questions administratives classiques, les citoyens polonais vont devoir répondre à des questions portant sur la religion ou leur nationalité. Sur cet aspect, les habitants de la Silésie pourront décider de déclarer (ou non) leur identité silésienne et le cas échéant, d’indiquer s’ils utilisent le silésien comme langue du quotidien.

D’un pays à l’autre, une histoire de frontières

Pour l’eurodéputé polonais Łukasz Kohut, pleinement engagé dans la reconnaissance de la Silésie en tant que région autonome, le recensement à venir est crucial. « Ma principale mission est de combattre pour le droit des citoyens à exprimer librement leur affiliation ethnique et linguistique », nous explique-t-il. L’évocation d’un combat n’est pas étonnante quand on connaît l’histoire de la région. Historiquement, la Silésie se trouve au carrefour – d’aucuns diraient « coincée » – entre la Pologne, l’Allemagne et la Tchéquie (historiquement la Bohême). Pour M. Kohut, cette histoire mouvementée est au cœur de la définition de l’identité silésienne, alors que « les Silésiens ont été divisés par des frontières imposées par les États-nations voisins, eux-mêmes hostiles les uns envers les autres ».

Durant l’entre-deux-guerres, la Silésie a disposé d’un parlement régional (en polonais sejm, de 1920 à 1945), qui a accordé une certaine autonomie à ses minorités. L’expérience fut toutefois de courte durée, car après la Seconde Guerre mondiale, le régime communiste en place pendant près de cinquante ans ne laissait aucune place à l’expression des identités régionales. Malgré la transition vers un régime démocratique au début des années 1990, M. Kohut explique que « la politique de l’État polonais dans les dernières décennies a été de nier les régionalismes ». Il ajoute même que « le gouvernement actuel, avec son obsession nationaliste, est de loin le pire depuis 1989 ». Il croit cependant à la possibilité d’un changement. « Je crois qu’avec le temps et avec un changement politique, la situation pourrait changer. Je vois beaucoup de jeunes politiciens démocrates, qu’ils soient de gauche ou centriste, comprendre et soutenir notre cause ».

Le destin bien connu d’une langue régionale

Asia, bientôt la vingtaine, est partie étudier en Grande-Bretagne après avoir joué pendant plus de 10 ans dans la troupe du théâtre Naumiony. Selon elle, « l’identité silésienne est inséparable de son dialecte. La manière dont vous parlez, l’intonation, la force du dialecte sont inséparables de l’histoire et des traditions de la Silésie ». Lors du recensement de 2002, un peu plus de 50 000 personnes de Haute-Silésie avaient déclaré parler la langue. Cela dit, ces chiffres ne couvrent pas la totalité de la région. Pour Mikołaj, 25 ans, lui aussi étudiant au Royaume-Uni, le lien avec la langue n’est plus si évident. « Même si c’est une part essentielle de la culture, personnellement, je ne pense pas que l’identité silésienne soit liée à la langue. Je sais que certains jeunes silésiens très engagés apprennent la langue, mais il n’y a pas de possibilités de le faire à l’école ». Il ne constate pas de réelle réappropriation de la langue par la jeune génération.

Qui plus est, comme toute langue régionale, le silésien fait face à la question de son statut. Asia préfère par exemple parler de dialecte. « Malheureusement, ça n’est pas une langue, mais j’espère que ça le sera un jour ! ». Comme c’est souvent le cas des langues régionales qui ne vivent qu’à travers le quotidien de ses locuteurs, elles souffrent d’un manque de standardisation. Maciej, la vingtaine, nous explique qu’« il n’y a pas une seule langue silésienne. C’est comme un pantalon troué : il y a beaucoup de choses similaires, mais il y a aussi des ajouts différents ». Le Silésien souffre également d’un héritage difficile. « Pour certains d’entre nous, on nous a enseigné que c’était très mal vu de parler silésien. C’était d’ailleurs une idée très répandue auparavant, auprès des anciennes générations, pour qui ça pouvait être juste naze de le parler », explique Maciej. Situation dont Asia se désole largement : « j’entends dire que le silésien sonne ‘primitif’, ça me rend si triste ! Les connotations autour du dialecte silésien sont déplorables ». Enfin, la question linguistique se heurte également à un autre obstacle, à l’heure où l’apprentissage des langues est souvent envisagé d’un point de vue utilitariste. Aussi, pour Stanisław, qui vient d’avoir 18 ans, « on n’a pas vraiment l’impression que le silésien serait utile pour notre futur, qu’on imagine le plus souvent hors de Silésie ».

Une jeunesse très pragmatique

En vue du recensement à venir, Stanislaw ne compte pas « exprimer quoique ce soit en lien avec la Silésie ». Les questions identitaires et linguistiques sont souvent secondaires auprès d’une jeunesse très européenne, mobile et prête à saisir des opportunités à l’étranger. Stanisław l’affirme d’ailleurs sans détour : « l’identité silésienne n’a jamais été quelque chose de très important pour moi ». Maciej abonde, même s’il a entendu parler du recensement, lui non plus ne prévoit pas de renseigner quoi que ce soit de particulier en lien avec la Silésie, « du moins, rien d’extra. S’il y a une question au sujet de ‘l’ethnicité’, alors je répondrai, mais sinon je ne ressens pas le besoin de montrer mes origines ». Ces jeunes adultes ne manquent pas de souligner qu’ils ne sont pas forcément très intéressés par la politique, ou alors qu’ils ne sont pas bien renseignés sur ces sujets-là. Pourtant, un certain pragmatisme se dégage de cette jeunesse qui, si elle semble peu intéressée à l’idée de défendre le régionalisme silésien, a toutefois un certain nombre d’idées bien claires, notamment quant à la nécessité de sortir de l’industrie du charbon.

« La Silésie ne serait pas devenue ce qu’elle est aujourd’hui sans les mines de charbon », avance Asia, qui explique que les mines « font partie du paysage, elles sont partout ». De même, Stanisław souligne qu’ « un grand nombre de Silésiens pensent que le charbon est notre trésor ». Cette industrie, qui remonte au XVIIIe siècle, est la principale source d’emploi dans la région, avec près de 100 000 employés en 2015. Cela fait de la Silésie la région de la Pologne la plus dépendante à l’exploitation du charbon. Malgré cela, les jeunes sont unanimes : les mines doivent fermer. « Elles ne seront pas oubliées, au contraire, mais elles doivent être fermées le plus vite possible », explique Maciej. La plupart d’entre eux considèrent qu’une transition vers les énergies renouvelables est tout à fait possible dans un futur proche. « On peut tout à fait – et même, on doit vivre sans elles ! », affirme Asia. « On pourrait laisser l’identité industrielle rester prédominante, mais en utilisant d’autres types d’industrie, comme les énergies vertes », nous dit Stanisław. Qui plus est, « c’est possible d’avoir une institution défunte qui fonctionne toujours comme une part importante de notre culture », souligne Mikolaj.

L’horizon européen

L’autre sujet qui semble faire consensus auprès de la jeunesse silésienne est l’attachement à l’Union européenne. Stanisław compte même souligner sa qualité de « citoyen européen » lors du prochain recensement. « Je suis très attaché à la vision d’une Europe unie », nous dit-il. Au-delà du seul attachement à l’Europe, cette jeunesse semble espérer un approfondissement de l’intégration, dans une perspective fédérale. Si l’UE plaît autant, c’est aussi parce qu’elle semble représenter une solution politique moins envisageable au sein de l’État-nation polonais. Pour Mateusz, « s’il ne s’agissait que de l’UE, je serais calme et me sentirais en sécurité vis-à-vis de mon héritage silésien. Il y a clairement de la place pour les minorités au sein de l’UE, et c’est ça qui la rend si attractive et puissante ».

Les idées sécessionnistes ou séparatistes sont loin d’être la préoccupation de cette jeune génération. Mikołaj, qui compte bien mentionner son identité silésienne lors du prochain recensement, regrette que la Pologne soit si centralisée et aimerait voir plus de pouvoirs dévolus aux régions. « Évidemment, le rêve serait d’élire des eurodéputés au sein de régions qui transcendent les frontières, mais je comprends bien qu’en l’état actuel des choses, ça n’est pas à l’ordre du jour », ajoute-t-il. Un rêve à l’heure actuelle, mais peut-être une réalité quand cette génération se trouvera aux commandes.


Cet article a été réalisé en partenariat avec le Courrier d’Europe Centrale.

[Photo : Musée de Silésie à Katowice, sur le site d’une ancienne mine © Patrice Sénécal – source : http://www.cafebabel.com]

Alors que l’université de Princeton a récemment supprimé l’obligation d’apprendre le latin ou le grec pour les étudiants en lettres classiques, Raphaël Doan plaide pour raviver l’apprentissage de ces langues, outils indispensables pour réinventer notre civilisation.

«C’est en voulant restaurer l’Antiquité que la Renaissance du XVe siècle a fait naître notre modernité»

Écrit par Raphaël Doan

Depuis quelques mois, les milieux universitaires américains sont agités par une polémique improbable: l’étude du monde gréco-romain serait-elle un repaire du fameux «racisme systémique»? Accusés à la fois d’avoir servi de justification aux pratiques coloniales du XIXe et du XXe siècles, d’usurper la place de langues antiques moins connues et d’être un obstacle à la diversité sociale dans l’enseignement supérieur, le grec et le latin voient leur prééminence remise en cause par des militants adeptes de la «critical race theory». Si certains ne voulaient y voir qu’un salutaire débat sur le sens de leur discipline, il faut se rendre à l’évidence: cette offensive sert désormais à justifier la suppression du latin et du grec dans l’enseignement supérieur américain. Au nom de la lutte contre le racisme systémique, la célèbre université de Princeton vient d’annoncer que le latin et le grec ne seraient plus obligatoires pour les étudiants en classics, c’est-à-dire… pour étudier la littérature grecque et romaine. On pourra donc obtenir un diplôme de lettres antiques à Princeton sans être capable de lire un mot de grec ou de latin, ce qui est aussi logique que d’être diplômé de mathématiques sans savoir faire une addition.

Passons sur la tactique interne des départements universitaires qui espèrent probablement, en baissant ainsi les exigences, recruter plus d’étudiants pour accroître leurs financements. On comprendrait que, faute de candidats suffisamment nombreux, ils renoncent à exiger la maîtrise des langues anciennes à l’entrée dans le cursus ; après tout, on peut tout à fait commencer à les pratiquer dans l’enseignement supérieur. Mais pour la même raison, il est parfaitement illogique de renoncer à l’obligation de les étudier pendant le cursus. Une telle révolution, qui pourrait un jour ou l’autre arriver en France, est bien le fruit d’une idéologie qui vise à dénier au grec et au latin leur prééminence dans l’étude du monde antique, et, plus largement, leur utilité dans le monde moderne.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit: au-delà des délires propres aux tenants du «racisme systémique», la place des langues anciennes dans la société contemporaine est précaire. Depuis longtemps – en réalité, depuis la fin du XIXe siècle au moins – des pédagogues en dénoncent l’inutilité, des sociologues y voient de l’élitisme, et des gestionnaires en condamnent le coût. En France, sous l’Ancien Régime et jusqu’en 1863, un apprentissage intensif du latin était la base obligatoire de toute instruction secondaire, avant même l’étude du français. Il resta prépondérant pendant toute la première moitié du XXe siècle, avant de connaître un lent déclin pour laisser place à d’autres matières jugées plus indispensables au monde moderne.

Dans toute l’histoire européenne, et particulièrement dans l’histoire de France, la fréquentation de l’antique a constitué le moteur des avancées politiques et culturelles.

Le latin et le grec se trouvent désormais dans un cercle vicieux. Leurs enseignements ayant été réduits à peau de chagrin et saccagés par de mauvaises méthodes d’apprentissage, l’immense majorité des lycéens ayant choisi cette option est aujourd’hui incapable, après cinq ans d’étude, de traduire une phrase basique, encore moins, évidemment, de lire un texte. Au bac, ils se contentent d’apprendre par cœur la traduction française, puisqu’ils connaissent d’avance le sujet de l’examen, et obtiennent 18/20. Cette situation est absurde et ne peut plus durer: qui accepterait qu’après cinq années à apprendre l’espagnol, aucun élève de la classe ne soit capable d’en lire une seule phrase? Certes, on leur inculque pendant ce temps quelques notions de civilisation antique ; mais à tout prendre, ils pourraient les recevoir en cours d’histoire. Une telle situation alimente les critiques de ceux qui ne voient dans ces langues mortes qu’une perte de temps quand nos élèves pourraient apprendre, au choix, le marketing ou le code informatique.

Face à cet échec, deux attitudes s’opposent, toutes deux compréhensibles. La première – c’est celle du grand historien Paul Veyne – serait de renoncer entièrement à l’enseignement des langues anciennes dans les études secondaires, pour les réserver à l’enseignement supérieur, où elles seraient correctement étudiées. En somme, mieux vaut apprendre le latin tard et bien que tôt et mal. Cela reviendrait à réserver les langues anciennes à une petite poignée d’experts ; le latin et le grec y auraient à peu près le même statut que le sanskrit ou les hiéroglyphes, des langues pour spécialistes. Les Grecs et les Romains ne seraient plus pour nous que des étrangers à moitié oubliés.

La seconde option, qui a ma préférence, est au contraire de raviver l’enseignement des deux langues dans le secondaire, de manière à offrir aux élèves la «familiarité avec l’Antiquité» selon laquelle, disait Guizot, «on n’est qu’un parvenu en fait d’intelligence.» Ce n’est pas un choix pédagogique ou technique: c’est, pour employer un gros mot, un choix de civilisation. Dans toute l’histoire européenne, et particulièrement dans l’histoire de France, la fréquentation de l’antique a constitué le moteur des avancées politiques et culturelles. Les rois du Moyen-Âge voulaient prolonger l’Empire romain ; notre droit y a puisé sa source ; nos artistes y ont sans cesse trouvé l’inspiration. Jusqu’à la fin des Trente Glorieuses environ, nos chefs d’État ont été baignés par les textes antiques ; Georges Pompidou échangeait des blagues en latin avec Jean Foyer au sortir du conseil des ministres. Si leurs discours nous paraissent incomparablement meilleurs que ceux du personnel politique actuel, c’est qu’ils étaient nourris de rhétorique ancienne. Ce qui relie de Gaulle et Louis XIV, Bergson et Descartes, Ingres et Poussin, mais aussi, plus modestement, le bachelier de 1930 à l’étudiant de 1770, c’est que toutes ces personnes ont lu les mêmes textes dans la même langue et ont puisé à la même source: le monde classique. En l’absence de ce lien commun, notre culture – nous le voyons bien depuis quelques décennies – risque l’archipélisation, chacun ayant ses propres références et ses propres modèles. Face à une société déboussolée, quel meilleur guide pour l’avenir que celui que nous avons toujours eu: l’Antiquité?

Là où l’idéologie à la mode aux États-Unis s’évertue à couper le lien qui nous unit à l’Antiquité, travaillons à en retrouver la fécondité.

En pratique, pour restaurer l’enseignement du latin et du grec, deux évolutions seraient nécessaires. D’abord, il faudrait permettre à tous les élèves de bénéficier d’une initiation à l’une des deux langues, avant de leur proposer de suivre un enseignement approfondi – et que cet enseignement soit proposé dans tout collège et tout lycée de France. Ensuite, il faudrait que les langues anciennes soient enseignées comme des langues vivantes, l’expression orale en moins. Ce n’est en général pas le cas aujourd’hui, où l’analyse technique de la phrase précède et obscurcit la simple recherche du sens: les élèves passent plus de temps à chercher les conjonctions de coordination ou les compléments circonstanciels qu’à tenter de comprendre simplement ce que veut dire la phrase, pour finalement apprendre par cœur une traduction sans lien avec le texte. Rappelons tout de même que le latin et le grec ont été des langues vivantes, parlées par des millions de personnes dont beaucoup étaient illettrées: il n’y a pas de raison que les élèves ne parviennent pas à les comprendre aujourd’hui encore, à condition de les enseigner… comme de vraies langues, c’est-à-dire en prenant les mots dans l’ordre, et en déduisant au fur et à mesure le sens de la phrase, sans avoir besoin de la réorganiser ni de recourir à du jargon linguistique.

C’est ainsi que l’enseignent déjà certains professeurs (1), et heureusement, de plus en plus de cercles de «latin parlé» se développent. On a même vu paraître une édition de la méthode Assimil dédiée au latin. Appuyons-nous sur ces heureuses initiatives pour apprendre les langues anciennes de manière à les comprendre. Car c’est bien le but de cet apprentissage: il faut qu’après quelques années seulement, un élève attentif puisse lire du latin dans le texte, aussi bien qu’il lirait de l’anglais. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra réellement apprécier le rythme et les sonorités de la poésie de Virgile, la logique des argumentations de Cicéron ou la puissance des images de Tacite. Il se forgera un goût plus sûr de la langue, de l’expression et du raisonnement. Alors seulement les langues anciennes seront réellement utiles: quand elles permettront d’accéder sans intermédiaire aux modèles qui ont forgé notre civilisation, et de s’en inspirer pour créer du nouveau. Là où l’idéologie à la mode aux États-Unis s’évertue à couper le lien qui nous unit à l’Antiquité, travaillons à en retrouver la fécondité.

Le président de la République a appelé de ses vœux, dans un récent entretien, le début d’une «nouvelle Renaissance». Mais on ne «réinvente» pas une civilisation sans modèle. C’est en voulant restaurer l’Antiquité que la Renaissance du XVe siècle a fait naître notre modernité. Restituer l’enseignement des langues anciennes, c’est tisser de nouveau une familiarité avec ce qui, depuis des siècles, nous fait donner le meilleur de nous-mêmes. Pourquoi pas une fois de plus?

(1) C’est notamment le cas du professeur Alain Le Gallo, dont j’ai suivi les cours et à qui je dois cette vision de la langue.

 

Raphaël Doan est magistrat et premier adjoint au maire du Pecq (78). Agrégé de lettres classiques et ancien élève de l’ENS et de l’ENA, il a publié Quand Rome inventait le populisme (Éd. du Cerf, 2019) et Le Rêve de l’assimilation (Passés composés, 2021).

[Photo : AFP – source : http://www.lefigaro.fr]

En 2014, le spécialiste de Bram Stoker, Hans Corneel de Roos, se penchait sur la traduction islandaise de Dracula. Publié en 1900 et intitulée Makt myrkranna (Le pouvoir des ténèbres) cette version du chef-d’œuvre gothique contenait bien plus de mots que l’original ainsi que des scènes absentes du roman officiel.

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Publié par Gariépy Raphaël

Rédigé par le romancier irlandais Bram Stoker et paru pour la première fois en 1897, Dracula est aujourd’hui disponible dans quelque 29 langues, et régulièrement adapté à l’écran. Ce succès pour les aventures du sanguinaire seigneur transylvanien ne date pas d’hier et des versions étrangères de l’œuvre fleurissent depuis plus d’un siècle.

Ainsi, en 1900 était publié Makt myrkranna, ouvrage se présentant comme la version islandaise de Dracula, préfacé par Bram Stoker lui-même. La traduction était signée par le journaliste Valdimar Ásmundsson, qui avait auparavant sérialisé le livre au sein de son journal le Fjallkonan.

Près de 100 ans plus tard, en souhaitant se pencher sur la soi-disant préface de Bram Stoker, Hans Corneel de Roos a eu la surprise de découvrir une traduction particulièrement libre du classique de l’horreur. Ainsi, l’arrivée en Transylvanie du héros y est bien plus longuement décrite. Le malheureux clerc du roman, Jonathan Harker, va notamment longuement s’attarder sur l’architecture du château, abondant en détail sur les quatre ailes que comporte l’édifice.

Une fan-fiction centenaire ?

Devant cette traduction non conventionnelle du roman de Stoker, Roos s’est alors retroussé les manches et a décidé d’apprendre l’islandais pour mieux décortiquer le texte lui-même. Au cours de ses recherches, il lui apparaît rapidement que l’histoire du texte était assez complexe.

Le site web de debunkage Snopes rappelle ainsi que le texte islandais n’était pas directement basé sur l’ouvrage original de Dracula, mais semble plutôt relever d’une traduction d’un texte suédois antérieur. Cette version suédoise étant elle-même une très libre adaptation du roman anglais original.

La simili fan-fiction a donc été dans un premier temps publiée par le journal suédois Dagen en roman-feuilleton en 1899. Puis Ásmundsson s’est lui-même attelé à une traduction peu rigoureuse du suédois à l’islandais. C’est donc plus à une série d’erreurs qu’à un effort d’imagination que l’on doit l’étrange version qu’est Makt myrkranna.

Pour les curieux qui souhaiteraient accéder au texte islandais, une traduction anglaise réalisée par Hans Corneel de Roos est disponible depuis 2017. La version suédoise devrait quant à elle être traduite en langue anglaise aux alentours de 2022 par Rickard Berghorn pour CentipedePress.

[Photo : Christopher Lee dans Le Cauchemar de Dracula (1958) – source : http://www.actualitte.com]

Como ando por estas paragens, hoje apetece-me conversar um pouco sobre o nome do Porto — não só sobre a sua origem, mas também sobre o artigo que temos de usar sempre que queremos falar da cidade que deu o nome ao país.

 

Escrito por Marco Neves

Pôr ou não pôr o artigo — eis a questão

Pois bem: vamos dar uma pequena volta por um recanto da gramática da nossa língua. É uma viagem um pouco mais comprida do que o esperado para, por fim (prometo!), chegarmos à origem do nome do Porto…

Repare: quando falamos do Porto, não podemos deixar de usar o artigo definido. Falamos do Porto, vamos ao Porto, dizemos que o Porto é uma grande cidade. Tal acontece com mais uns quantos nomes de terras portuguesas: a Guarda, as Caldas da Rainha, a Figueira da Foz, o Barreiro, e por aí fora (há ainda alguns nomes estrangeiros em que fazemos a mesma coisa, como a Haia).

A maioria das cidades, no entanto, não leva artigo atrás: falamos de Faro, vamos a Leiria, dizemos que Lisboa é uma grande cidade. Nada de artigos. (Diga-se que há uma construção particular em que temos de usar o artigo em todos os nomes de cidades — quando queremos especificar, por exemplo, uma Lisboa de entre muitas: a Lisboa da minha infância, o Faro que eu conheci.)

Há alguma regra clara para definir que cidades levam artigo e que cidades ficam despidas? Nem por isso. Há uma certa tendência para que os nomes com uma ligação clara a um nome comum tenham o artigo: é o caso do Porto, da Figueira da Foz, da Guarda e mais uns quantos. Mas há tantas excepções… Ponte de Lima tem uma ponte lá no nome e não leva artigo (e é apenas um de muitos exemplos).

Tenhamos pena de quem aprende português em adulto: tem de decorar quais os nomes de terras que levam artigo e quais não levam. É uma das muitas arbitrariedades da nossa gramática — uma das outras arbitrariedades é saber de que género são os nomes comuns — um inglês fica sempre espantado por perceber que, para nós, uma árvore é feminina e um arbusto é masculino. Por que carga de água?…

A dificuldade em aprender uma língua é mesmo esta: não há uma razão lógica para tal, mas um estrangeiro que queira aprender a nossa língua terá de decorar que Porto leva artigo e Lisboa não (e que «Porto» é um nome masculino e «Lisboa» é um nome feminino)… A gramática tem muito de arbitrário — e todas essas arbitrariedades são óbvias para quem fala a língua desde a infância e muito pouco óbvias para quem a quer aprender já adulto. Todas as línguas são assim — as arbitrariedades é que são diferentes de idioma para idioma…

Antes de avançarmos para a origem do nome, peço que repare num último pormenor sobre o tal artigo: quando escrevemos o nome da cidade isoladamente — numa lista ou numa placa da estrada — deixamos o artigo de fora. Assim, ao viajar de Lisboa para o Porto, as placas anunciam «Porto». Não nos aparece «O Porto». A nós, parece absurdo pensar que poderia ser doutra maneira. E, no entanto, se continuarmos mais para norte e passarmos a fronteira com a Galiza, encontramos os mesmíssimos artigos nas placas da estrada: «A Coruña», «O Grove», «A Toxa»… Isto, claro, nos nomes de terras que levam o artigo — que o galego também põe o artigo numas terras e tira noutras sem pedir autorização a ninguém.

Então e a origem do nome?

A origem dos nomes das terras está, quase sempre, envolta nalgum mistério, que é uma palavra bonita para se usar quando não sabemos alguma coisa. E, de facto, é muito difícil saber por que razão alguém decidiu chamar assim e não assado àquele local e por que razão um nome pega e outro nem por isso… Na terra fértil deste desconhecimento nascem, muitas vezes, as ervas daninhas das teorias estrambólicas.

Quanto ao Porto, tudo indica ter origem na designação latina Portus Cale. Esta designação deu o nome ao país — e por isso dizemos que o Porto deu o nome a Portugal — e ainda à cidade, que tem um nome que descende da primeira parte do nome latino. Ou seja, o Porto tem um nome que descende da palavra latina «Portus», que significava, entre outras coisas, «porto» (as palavras mudam, mas nem sempre…).

Que «Porto» vem de «portus» não será surpreendente. Já será um pouco mais interessante saber que a palavra latina terá vindo da palavra proto-indo-europeia «*pertus» (o asterisco indica que é uma palavra reconstruída através do processo comparativo entre várias línguas, como explicado, por exemplo, aqui). Este «*pertus» — uma palavra que terá sido usada há uns bons 5000 anos — significaria «passagem» e deu origem ao «portus» latino, ao «fjord» norueguês e ao «firth» do inglês (por exemplo, em «Firth of Forth»). Há mais palavras com esta origem pelas línguas indo-europeias, como, por exemplo, o «pol» persa, que quer dizer «ponte».

Ou seja: quando um iraniano fala duma ponte, usa uma palavra com a mesma origem remota do nome do Porto. As palavras do nosso mundo enredam-se de maneira muito peculiar…

O Porto noutras línguas

Andamos de viagem — começámos no artigo que pomos antes do nome, olhámos para a origem do nome e agora avançamos para as viagens que esse nome fez noutras línguas.

Comecemos pelo espanhol, onde o artigo se colou ao nome e ficou «Oporto» — um processo comparável ao que fazemos com inúmeras palavras árabes, a começar pelo nosso Algarve, que também junta o artigo à palavra original.

Já em inglês, vemos por vezes o mesmo «Oporto», mas também a versão mais próxima da portuguesa: «Porto». Uma e outra, claro está, pronunciadas à inglesa.

Estes nomes estrangeiros das cidades designam-se por «exónimos». «Londres» é o exónimo português de «London», tal como «Lisbon» e «Oporto» são exónimos ingleses das nossas duas maiores cidades. Mais uma vez, entramos no campo da arbitrariedade: há cidades com nomes em várias línguas, outras em que tal não acontece. Há, no entanto, uma tendência: dificilmente uma cidade pequena e pouco conhecida terá nomes diferentes noutras línguas. É quase uma marca de honra que outras línguas dêem nomes diferentes a uma determinada cidade — quer dizer que, em determinada época da História, o nome foi tão usado que os falantes o adaptaram à sua língua…

Olhemos de novo para o nome da cidade em inglês: será «Porto» ou «Oporto». Já o vinho, que em português leva o nome da cidade, em inglês tem um nome ligeiramente diferente: «port wine». A origem do nome é, claramente, o nome da cidade. No entanto, é uma bebida tão importante para a cultura britânica que ganhou um nome comum, em minúsculas.

E, pronto, foi uma pequena viagem a bordo do nome do Porto — que sirva de pequena homenagem a esta cidade que gosto tanto de visitar.

 

[Fonte: http://www.certaspalavras.pt]

Carolina Silva Arandia naceu en Arxentina e cando tiña catro anos a súa familia decidiu trasladarse a Vilagarcía. Seu avó, con 14 anos, emigrara de Ames a Bos Aires e tocaba o retorno. Aos 18 tomaron o camiño de volta, realizou estudos en Psicoloxía e na actualidade dá aulas no Colexio Santiago Apóstolo da capital arxentina. Desde 2018 facilita a posibilidade de aprender galego nese país de maneira virtual e xestiona en Facebook un grupo internacional de galegofalantes en galego.  

A psicóloga Carolina Silva Arandia, en Bos Aires, diante do río da Plata:

Por Antón Escuredo

-Como se introduciu no activismo galego desde Bos Aires?

Meu avó naceu en Bertamiráns e sempre mantivo a lingua e cultura galegas. Despois de moito traballo, conseguiu mercar un piso en Vilagarcía e en 2002 meus país decidiron marchar para vivir alí. Realicei todos os meus estudos nesa cidade. Sempre tiven moito amor pola nosa literatura e lingua, en gran parte grazas ás grandes mestras e mestres de galego que tiven.

Cando cheguei a Bos Aires non coñecía a ninguén. Coincidiume que ese mesmo mes Galiza era a protagonista do encontro que a cidade dedica ás colectividades exteriores nun lugar tan emblemático como a avenida de Maio. Sentínme como na casa e alí coñecín o director do Instituto galego arxentino Santiago Apóstolo, un centro que non coñecía e do que, coido, debería saberse máis. Despois achegueime ás entidades galegas. Mantéñense moitas, algunhas pequenas de concellos e outras mesmo dalgunhas parroquias.

-Comezou a dar aulas nese instituto. Como é?

É unha experiencia que impresiona… ver 500 rapazas e rapaces estudando galego en Bos Aires. Moitos nin son descendentes de galegos, hai unha importante participación da comunidade asiática. Nesa institución transmiten o amor pola cultura galega e polas culturas en xeral. É unha cuestión de darlle valor ás culturas minorizadas.

Cando entrei alí sorprendeume ver a presenza do galego en rapaces de seis e sete anos, cando nin son conscientes de onte está Galiza. Comezan coa aprendizaxe lingüística aos cinco anos en infantil e tamén con nocións temáticas de festas como o Entroido. En xeral, todos os rapaces saen falando bastante ben en galego ao rematar primaria e secundaria. Moi diferente á experiencia que vivín eu en Vilagarcía, onde rematamos o bacharelato falando galego só catro.

-Internet abriu novas xanelas para a difusión do galego na Arxentina?

Á marxe do colexio, comecei en 2018 a dar aulas particulares de lingua porque, a través dos moitos grupos de Facebook de galegos que había en Bos Aires, moita xente pedía que lles deran clases. Podo dicir que valora moito máis a cultura galega desde aquí que o que facía alá. Cando cheguei a Arxentina decateime da importancia que ten Galiza no mundo. É curioso, antes, moitas veces, non tiñamos tempo para asistir a actividades presenciais e agora coa pandemia hai moita máis actividade nos faladoiros virtuais que xurdiron.

As temáticas van desde a historia até a música nas que participan moitas persoas que non teñen ningunha relación familiar coa Galiza. Existe moito interese e tamén descoñecemento. Aínda hai quen pensa que o galego é un dialecto. Hai unha reconstrución da identidade que fan os arxentinos a través da lingua que escoitaron falar baixiño de pequenos na casa.

-Cre que desde a Administración galega debería facerse algo máis?  

Houbo unha gran transformación hai uns tres anos. En 2018 a lingua galega estaba case desaparecida en cursos e estudos, máis alá do propio instituto. Agora crean Aula Aberta, unha experiencia que debería terse iniciado moitos anos atrás. Tivo que chegar a pandemia para que se decidiran a dar cursos en liña abertos e gratuítos para todo o mundo! Certo é que nunha gran parte das asociacións galegas na Arxentina sempre se subestimou a aprendizaxe da lingua e dándolle máis valor á festa. Sorprendeume pola cantidade de xente adulta que preguntaba onde podía estudar galego.

 

[Fonte: http://www.nosdiario.gal]

Les sessions a distància del Voluntariat per la Llengua permeten arribar a nous públics, sobretot de fora de Catalunya

La pandèmia i les restriccions no han disminuït les ganes d’aprendre català amb les parelles lingüístiques. Un programa que es va posar en marxa el 2003 amb el Voluntariat per la Llengua i que ha vist com la covid-19 els ha ajudat a consolidar el format en línia, una modalitat que fins ara era molt residual. En un any, però, les parelles d’aquesta modalitat s’han multiplicat per vuit. De les més de 400 que es trobaven en pantalla abans de la pandèmia s’han passat a unes 3.200 i el programa ha arribat a nous públics, com ara persones que viuen fora de Catalunya. És el cas de Xavi Díaz de Jaén que porta tres anys estudiant català de forma autodidacta. Des de la covid-19 que queda per videoconferència amb Jesús Martín de Vic per practicar.

Xavi Díaz i Jesús Martín Vic són parella lingüística des de fa quinze mesos. De fet, van començar durant l’inici de la pandèmia i estan encantats d’haver-se conegut. Asseguren que la xerrada setmanal que tenen és un plaer. « En Xavi és un fenomen », afirma Martín a l’ACN durant una videoconferència, on també està connectada la seva parella lingüística. Per aquest vigatà li sembla extraordinari que una persona de Jaén hagi après tot el que sap ell de forma autodidacta.

Martín recorda que un dia li va fer molta gràcia perquè li va dir que volia practicar el català perquè « si no, tot el que havia après no se n’anés en orris ». I que quan li va dir que era una expressió poc habitual, ell li va respondre que ho havia sentit en un debat per la ràdio.

I és que per Xavi Díaz, professor d’universitat de llengua anglesa, aprendre català ha estat una cosa natural, segons ell mateix explica, motivada pel simple fet que és una llengua i una cultura que li agraden. « Mai he viscut a Catalunya ni als Països Catalans i el fet de ser gallec també fa que compartim (amb el català) la situació d’una llengua que està constantment defensant el seu espai davant una altra llengua més poderosa ». Fa tres anys va començar a seguir mitjans de comunicació en català i, després, va decidir fer un pas més i participar en el programa de Voluntariat per la Llengua. « No conec a ningú que parli català a Jaén i l’única opció era fer-ho virtual », admet.

Tots dos estan encantats amb l’experiència i afirmen que gaudeixen molt de les converses que tenen. Asseguren que ja els va bé el format en línia. Tot i això, Martín –comptable de professió- també admet que, si el seu company no estigués a Jaén, també voldria parlar amb ell en persona. « Presencialment és més humà però de forma telemàtica també és molt útil però més freda », afegeix. Díaz s’ha tret el nivell C1 de català. « Jo crec que el suspendria », diu somrient el vigatà.

Tornar-se a trobar i deixar la pantalla
Al programa, també hi ha qui tenia ganes de poder tornar a fer les trobades presencials. És el cas de Maria Dolors Vall, de Vic, i Claudine Nemer, també de Vic i procedent de França. Totes dues són jubilades i van conèixer-se durant unes classes de reforç de lectura. Aquest maig han començat a trobar-se de nou de forma presencial en un parc i mantenint les distàncies i la mascareta posada. Expliquen que fins ara han mantingut el contacte per pantalla però que ja desitjaven tornar a quedar en persona. « És completament diferent; és com artificial, a la gent les has de sentir al costat, no els sents vius quan els veus per una pantalla », afirma Vall, que porta més de set anys de voluntària.

El mateix li passa a Nemer, que explica que prefereix el contacte en persona. « No em sento bé davant de l’ordinador, per mi és millor en persona », afegeix. Està encantada amb el programa de voluntariat perquè li ha permès aprendre català i, a més a més, fer noves amistats i fer activitats plegades. Han passat a ser amigues i la pandèmia no ha impedit que perdessin el contacte. Parlaven un cop per setmana per videoconferència amb el mòbil i ara aposten per tornar al presencial.

Aquesta parella segueix el programa a Osona, on com passa a la resta de Catalunya, creuen que podran recuperar la presencialitat de bona part de la programació a partir del setembre. Mentrestant, recorden que qui vulgui fer trobades en persona han de seguir les indicacions. « Els diem que sí però complint rigorosament totes les normes: quedar a fora, amb mascareta i distància », detalla una de les dinamitzadores del programa al Centre de Normalització Lingüística d’Osona, Gemma Baladas.

Tot i les reticències a les pantalles de bona part dels participants, afirma que els ha sorprès l' »entusiasme » i les « ganes » de continuar aprenent català, fins i tot més enllà de les fronteres. « Hi ha voluntaris o aprenents que s’han enganxat al programa virtual perquè ha conegut algú molt interessant des de l’altre punta de món », com ara Miami, explica l’altra dinamitzadora del programa, Judith Vidal. No té cap dubte que la virtualitat del programa anirà en augment o que es combinaran les dues fórmules. I la prova és que, respecte el 2019, les parelles virtuals s’han multiplicat un 200% a Osona. « Jo em pensava que seria més freda i que no continuaria però la veritat és que s’ha creat igualment un vincle entre les persones participants i ho valorem molt positivament », afegeix Vidal.

El format virtual, molt positiu a tot Catalunya
La directora general de Política Lingüística del Departament de Cultura, Ester Franquesa, també fa una valoració positiva del canvi a format virtual ocasionat per la pandèmia. « Era un sistema que teníem organitzat, però que ens costava de potenciar i, de cop i volta i de manera natural s’ha fet el canvi », ha apuntat. En aquesta línia, ha assegurat mentre fa un any les trobades virtuals representaven un 3% del total, el percentatge ha ascendit fins al 50%. « Això ens permet arribar molt més lluny amb gent que té dificultats d’horari, per trobar-se o per arribar a altres països », ha assegurat. Per això ha assegura que el format en línia es mantindrà més enllà de la situació derivada per la covid.

Per Franquesa, el Voluntariat per la Llengua « facilita entorns tranquils d’ús » i és una gran eina per aquelles persones que « aprenen la llengua, però després tenen una mica de dificultat per decidir-se a parlar o per trencar barreres i començar a trobar entorns d’ús ». Un dels reptes, segons ha dit, és incorporar més participants masculins perquè predominen sobretot les dones. Per contra, en els últims anys també s’ha arribat a població més jove. En el cas de Vic, per exemple, ho han aconseguit amb estudiants de la Universitat de Vic amb qui han arribat a un acord de col·laboració.

Més de 153.000 parelles en 17 anys
Des de l’inici del Voluntariat per la Llengua el 2003, s’han creat 153.236 parelles. En total, hi ha participat 90.360 persones, 32.958 com a voluntàries i 57.402 com a aprenents. Malgrat que no hi ha dades sobre la llengua d’origen dels aprenents, sí que es coneix el seu país de naixement. Així, des del 2007 un 25% són nascuts a Espanya. Segueixen el rànquing els participants del Marroc, Colòmbia, Argentina i Perú. D’acord amb les dades de l’última enquesta de valoració feta per VxL, els aprenents s’inscriuen per dos motius: parlar millor el català (60,38%) i perdre la vergonya o la por de parlar-lo en públic (54,10%). Els qui s’apunten per aprendre català tenen una mitjana d’edat de 40 anys i més d’un 70% són dones.

Pel que fa als voluntaris, tres de cada quatre (24.369 persones) són nascuts a Espanya. Així mateix, també hi ha 147 persones d’origen marroquí, 94 argentins i 91 francesos, entre altres. El motiu principal que els motiva a apuntar-se, segons diuen un 72% dels enquestats per VxL, és poder « fer créixer el català ».

Durant els mesos de pandèmia, Voluntariat per la Llengua va passar a fer les trobades en format virtual. En el període entre l’1 de març de 2020 i el mateix dia del 2021, en aquesta modalitat s’han constituït més de 4.600 noves parelles. De fet, les parelles fetes de manera telemàtica durant el 2020 multipliquen per vuit la xifra aconseguida en aquest format l’any 2019, que van ser 409.

Pel que fa a les perspectives de futur, Franquesa ha assegurat que els reptes estan en l’organització del Voluntariat per la Llengua, la difusió i la diversitat de fórmules en les parelles lingüístiques.

[Foto:  Lourdes Casademont – font: http://www.racocatala.cat]

Estudiar búlgaro siempre me ha hecho quedar como un bicho raro, más aún cuando intento explicar por qué decidí hace años profundizar en la poesía de una lengua hablada por algo menos de diez millones de personas – contando a los que viven fuera de Bulgaria –.

En 2015, durante mi primer viaje a Bulgaria, conseguí superar en gran parte ese complejo de friki que habitualmente me acompaña. Asistí al “Seminario de Lengua y Cultura Búlgaras” en la hermosa y monumental ciudad de Veliko Tarnovo, capital histórica del Segundo Imperio Búlgaro hasta finales del siglo XIV y, a menudo, conocida por ser la “ciudad de los Zares y ser lugar de paso del río Yantra, un afluente del Danubio. El seminario estaba organizado por la universidad de allí, financiado por el Ministerio de Educación de Bulgaria y nacía con el objetivo de reunir durante tres semanas a estudiantes, profesores e investigadores de la lengua y literatura búlgara. Asistieron entre 100 y 120 personas principalmente de otros países eslavos – Rusia, Polonia, República Checa, Eslovaquia, Serbia y Croacia –, pero también de países tan lejanos como Estados Unidos, Japón, China o Corea del Sur que, como yo, estudian el idioma sin tener ninguna relación directa ni familiar con el país. Además de las ponencias, el seminario ofrecía la oportunidad de asistir a un curso intensivo del idioma búlgaro, así como a actividades culturales relacionadas con el país.

Es frecuente encontrar a descendientes de búlgaros que emigraron a otros países de la región balcánica y del centro de Europa. Entre ellos – y aunque profundizaré en el tema más adelante – destacan los de Besarabia, un territorio ubicado entre Ucrania y Moldavia, donde la Rusia zarista les ofreció asentarse. Los llamados búlgaros de Besarabia han conseguido mantener las tradiciones y la lengua del siglo XIX, aunque con una evidente influencia del ruso. Algo que, unido al siglo de desconexión, ha hecho que su dialecto haya evolucionado de una forma interesante y exótica, adquiriendo vocabulario local y calcos del ruso que han penetrado incluso hasta en la gramática.

Pero, si hablamos de exotismo, al instante me vienen a la cabeza los búlgaros que emigraron a la lejana Argentina a principios del siglo XX. ¿Seguirán conservando las costumbres y cultura que, junto con sus pertenencias, llevaron consigo a más de doce mil kilómetros de distancia?, me preguntaba. Y, si hablamos también de frikis, no puedo dejar de lado a Leandro Ponce, un joven argentino de la ciudad de Berisso que, sin tener antepasados búlgaros, ni siquiera balcánicos, forma parte de la Sociedad Cultural Búlgara “Ivan Vazov” desde hace diecinueve años e incluso dirige el “Conjunto de Danzas Folclóricas Búlgaras Sedianka” desde hace once años. Según sus propias palabras, “estar inmerso en esta ciudad tan multicultural me llevó poco a poco a sentir apego por Bulgaria y sus tradiciones”.

Tal y como me cuenta Leandro, a principios del siglo XX, más concretamente entre 1920 y 1930, se produce la primera oleada de inmigrantes búlgaros (en su mayoría provenientes del norte de Bulgaria) en la ciudad de Berisso, provincia de Buenos Aires. Llegaron atraídos por las oportunidades laborales que ofrecían por entonces las fábricas de frigoríficos de la ciudad y se asentaron en la histórica calle Nueva York, un lugar plagado de almacenes y bares donde, después de cada jornada laboral, los inmigrantes se reunían para compartir anécdotas y recuerdos. Esta calle fue bautizada con este nombre por ser la calle que nunca dormía. La mezcla de idiomas la convirtieron en un lugar cosmopolita dentro de una pequeña ciudad a orillas del Río de La Plata.

Con el discurrir de los años, los inmigrantes búlgaros tuvieron la necesidad de crear un espacio donde mantener vivas las tradiciones de su añorado país. Es por ello que surgen las instituciones conocidas como “socorros mutuos”, donde además de ayudar a los compatriotas, se compartían comidas típicas y danzas tradicionales. En la década de los 30 había en Berisso tres entidades búlgaras: la Sociedad Kiril y Metodi, el Club Búlgaro-Macedonio y la Sociedad Búlgara de Socorros Mutuos.

En el año 1955 las tres deciden unirse para conformar una sola entidad y es el 14 de agosto del mismo año que fundan la Sociedad Cultural Búlgara Iván Vazov en honor al gran poeta búlgaro. Desde comienzos de su creación se dictaron cursos de idioma, se realizaron obras de teatro, se creó una biblioteca y regularmente se organizaban picnics, exposiciones, así como la celebración de las fiestas nacionales.

El folklore tuvo un papel relevante. Desde los inicios la danza tuvo un lugar destacado, transmitiéndose de generación en generación. Así fue que se creó el Conjunto de Danzas Folklóricas Búlgaras “Sedianka”, el cual lleva más de cuatro décadas difundiendo las tradiciones a través del baile en cada acto de la institución, feria o medio de comunicación en donde se presenta.

Otra de las personas que forman parte de la sociedad cultural es Ivana Cotcheff, descendiente de búlgaros de las regiones de Lovech y Vratsa. Según nos cuenta, dos de las fechas celebradas con más entusiasmo son el 3 de marzo, el Día de la Liberación de Bulgaria, y la pascua ortodoxa, en la que no puede faltar la típica merienda con kozunak y el tradicional ritual del golpeo de los huevos cocidos coloreados (chukane s yaitsá). Sin embargo, además de reunirse en estas fechas tan señaladas, antes de la pandemia solían organizar cenas y proyecciones de documentales. Hace algunos años también comenzaron a realizar cada 24 de mayo el “Día de la Educación y Cultura Búlgaras y de la escritura eslava”, un festival donde se invitaba a los conjuntos de danzas eslavas de otras colectividades de Berisso.

“Durante el mes de septiembre se realiza la Fiesta Provincial del Inmigrante, en la que participan todas las colectividades de inmigrantes. Las actividades comienzan el 4 de septiembre, el Día del Inmigrante, y continúan hasta el segundo fin de semana de octubre donde se elige al Representante Cultural de la Fiesta Provincial del Inmigrante y se realiza un desfile por la avenida principal de la ciudad, a modo de cierre de la fiesta. Durante este mes de actividades, el conjunto de danzas folklóricas “Sedianka”, en sus cinco grupos, participa todos los sábados y domingos y, además, abrimos un stand de comida típica donde se ofrecen platos como gyuvech, kebapche, banitsa, baklava, biskvitena, shopska salata, entre otros”.

Dentro de la comunidad búlgara de Berisso destaca también “La Fonda de Vazov”, una taberna búlgara de la que Ivana fue una de las fundadoras. Se trata de un espacio que remite a aquellos bares característicos de la ciudad de Berisso y, al mismo tiempo, constituye un espacio familiar con comida típica de los Balcanes siguiendo las recetas que les enseñaron sus abuelas. “La Fonda de Vazov”, fundada a finales de enero de 2021 debido a la necesidad de afrontar los gastos de mantenimiento de la sede de la colectividad, un edificio que cuenta con más de sesenta años, rescata también el ambiente característico de las fondas que reunían a los miles de inmigrantes que se encontraban después del trabajo.

En 2018 Ivana visitó por primera vez Bulgaria junto a tres compañeras de la colectividad. Durante su viaje, además de visitar la costa del Mar Negro, asistieron a un curso intensivo de búlgaro en la “New Bulgarian University” de Sofia. Desde entonces, tanto Ivana como sus amigas, no han desistido de la idea de seguir avanzando en el idioma. Así, hace ya casi un año, Ivana me contactó para preguntarme si estaba interesado en dar un curso de nivel inicial de búlgaro a ella y algunos de sus amigos de la colectividad.

La idea me emocionó mucho, ya que ser profesor de búlgaro ha sido mi sueño frustrado desde que acabé mi carrera; un sueño que se ha visto reducido a alguna que otra clase particular esporádica debido al poco interés que hay entre los hispanohablantes hacia este idioma. Aprovechando las oportunidades de la enseñanza online y el interés de Ivana y sus amigos, decidimos dar el paso. Desde entonces nos reunimos una vez a la semana durante una hora y media para estudiar la lengua de sus abuelos y bisabuelos.

Los integrantes de este grupo –de entre dieciocho y treinta años de edad– están decididos a revivir una lengua que ha ido desapareciendo de su cotidianidad. A pesar de lo eslavo que puedan sonar sus exóticos apellidos, afrontan la misma dificultad que cualquier otro hispanohablante a la hora de aprender esta lengua: de la fonética al aspecto verbal, pasando por la peculiar formación del plural y la llamada forma contable. Sin embargo, las dificultades no solo no anulan su interés por seguir avanzando, sino que ha supuesto una especie de reto vital que todos intentan superar con constancia.

En los últimos meses, además de tratar con el idioma, hemos hecho planes de cara al futuro. Desde hacer un viaje en el futuro por Bulgaria y Besarabia, de donde proviene la abuela de Maca, una de las estudiantes, pasando por una presentación de la poesía de Aleksandar Vutimski en Berisso, o quién sabe si organizar cursos intensivos presenciales durante el verano. Puesto a soñar, ¿y si resulta que alguno de mis alumnos cambia el río de la Plata por el río Yantra? ¿Y si el próximo Seminario de Lengua y Cultura Búlgaras tuviera lugar a orillas del río de la Plata?

Marco Vidal González (Sanlúcar de Barrameda, 1995) es un friki de las tortugas. Le gusta la dialectología y leer poesía, así como escribirla y traducirla. Es uno de los redactores de la revista búlgara Нова социална поезия (Nueva Poesía Social). No puede parar de escuchar Boards of Canada. Ha traducido “Nueva Poesía Social. La Antología”, “Muchacha blanca”, “El muchacho azul” y “Urban Perfume”. Puedes seguirlo en La Tortuga Búlgara.

 

 

[Fuente: http://www.fronterad.com]