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La Garçonne vue par le dessinateur Edouard Chimot en 1939. Collection particulière, fourni par l’auteur

 

Écrit par Christine Bard

Professeure d’histoire contemporaine, Université d’Angers

À l’heure de la mode unisexe et des identités fluides, la figure de la garçonne nous donne à penser sur les transgressions de genre et les paniques morales qu’elles provoquent.

La garçonne est à la fois une mode – le look années 1920 – et une figure mythique – la jeune femme moderne et affranchie sexuellement – prise dans un autre mythe, celui des Années folles. Inventé par Joris-Karl Huysmans, écrivain et critique d’art, le terme évoque à la fois la « garce », la féminisation inédite et oxymorique de « garçon » et la « garçonnière ». Sa popularité vient du roman éponyme de Victor Margueritte publié il y a cent ans, en 1922. La garçonne, dans la France d’après-guerre, naît sous le signe du scandale. L’auteur est notamment radié de la Légion d’honneur, à la suite de plaintes venant des milieux conservateurs, catholiques et natalistes agissant au nom de la défense de la morale publique.

Puis les journaux, les livres, les films, les caricatures, les pamphlets vont faire de cette garçonne une figure-repoussoir, responsable du désordre des mœurs. C’est un mythe qui s’ancre à Paris, lieu à la fois fascinant et effrayant, où la charge sexuelle est très forte, mais qui est aussi présent dans d’autres grandes villes comme Berlin, Londres et New York, Le Caire ou encore Tokyo. Le mot, bien que difficile à traduire, s’exporte bien. En Allemagne, dans les années 1920, une revue lesbienne porte ce nom. Et en Roumanie, les salons de coiffure adoptent la coupe « à la garçonne » en français. C’est la première fois que les femmes portent les cheveux courts : une révolution.

Émancipation corporelle et sexuelle

La garçonne qualifie une allure un peu garçonnière. La presse de mode de nos jours emploie encore régulièrement ce terme délicieusement rétro et très évocateur. Dès les années 1920, la garçonne apparaît paradoxale et multiple.

L’actrice Vilma Bánky portant un chapeau cloche, 1927. Wikimedia

Le terme peut désigner simplement une femme à la mode. Une mode qui est révolutionnée par Paul Poiret, Chanel, parmi d’autres. Porter la petite robe noire qui découvre bras et jambes, avec un long sautoir en perles et un chapeau cloche, c’est déjà être une garçonne. Mais il y a aussi la garçonne plus androgyne ou masculine, aux cheveux gominés, qui porte le costume d’homme et fume en public. Sans oublier les sportives, de plus en plus nombreuses, adeptes du short et du pantalon.

La footballeuse brune, 1926, Ángel Zárraga

La garçonne incarne une émancipation corporelle et sexuelle. Elle ne se soumet plus aux contraintes et rejette le corset, symbole des entraves qui caractérisent les apparences féminines. Son corps est androgyne, mince, filiforme. La poitrine est effacée : bandée, aplatie par les robes à taille basse, voire éradiquée par le bistouri. C’est une rupture esthétique considérable, que l’on interprète comme un refus des rondeurs maternelles. Dans l’imaginaire collectif, nourri par le roman de Victor Margueritte, la garçonne est bisexuelle, nymphomane et rejette la maternité. Elle ne respecte plus l’ordre des sexes. Elle ignore l’ordre des races. Elle ne reconnaît pas non plus les frontières entre les classes : sous le chapeau cloche, la bourgeoise et la crémière se ressemblent.

Il s’agit bien d’un mythe même si, dans la vraie vie, des femmes réelles ont pu inspirer telle ou telle facette de cette figure : Chanel, Mireille HavetJoséphine BakerMarthe Hanau, Violette Morris… Mais, dans la vraie vie, les femmes des années 1920 n’ont ni le droit de vote, ni le droit de porter le pantalon. Et la France, avec une majorité bleu-horizon à la Chambre des députés, accroît la répression de l’avortement tout en interdisant les discours attentatoires à la natalité.

Gabrielle Chanel en 1928. Wikimedia

Un sujet piège pour les féministes

Pourtant, les transgressions accomplies par la garçonne construisent la modernité. Cela passe par une rupture jugée violente, à l’époque, avec les traditions. C’est ce que l’on peut dire avec le recul du temps et nos mots à nous. Mais il faut se méfier de l’anachronisme. Et donc comprendre comment le phénomène a été perçu à l’époque. Cette exploration historique nous réserve quelques surprises. Par exemple sur le positionnement des féministes. La réforme vestimentaire n’a jamais été leur priorité. En 1922, le Sénat rejette le suffrage des femmes. Et puis la plupart des féministes veulent l’égalité tout en cultivant la différence des genres, qui passe aussi par les apparences.

Tous les changements vestimentaires des femmes étant perçus comme les étapes d’une masculinisation fatale, les féministes craignent une indifférenciation des sexes, qui leur est justement déjà reprochée par les antiféministes. C’est donc pour elles un sujet piège. D’autant plus qu’elles se méfient d’une mode qui dévoile le corps. La féministe Madeleine Vernet parle même « d’incitation au viol » à propos des bas couleur chair appréciés des garçonnes. Les féministes veulent « une seule morale pour les deux sexes », mais en alignant la morale sexuelle des hommes sur celle des femmes, et non l’inverse.

L’artiste Claude Cahun, Autoportrait, 1927.

 

De son côté, Colette estime que la garçonne crée une nouvelle norme. La garçonne est, certes, libérée du corset, mais elle doit avoir un corps de jeune adolescent, et donc se bander les seins, faire des régimes, se mettre au sport… Cette pression des nouveaux diktats de la mode et cette exigence d’androgynie qui déplaisent à l’écrivaine. Elle avait pourtant coupé ses cheveux dès 1902 et était experte en libération des mœurs…

Autre trouble : la dimension homosexuelle de la garçonne. Les années 1920 représentent un moment de visibilité important dans l’histoire de l’homosexualité féminine. La lesbienne masculine est en quelque sorte une « garçonne accomplie », avec des cheveux très courts, et parfois un pantalon. Garçonne est un euphémisme pour dire le lesbianisme, lequel est toujours considéré comme une déviance contre-nature, mais aussi comme une pathologie sociale liée au désir d’indépendance des femmes. Les garçonnes bisexuelles et homosexuelles sont très présentes sur la scène du Paris nocturne et hédoniste. Le sport, avec la célèbre figure de Violette Morris, diffuse également des images de garçonnes.

Violette Morris devant son magasin d’accessoires automobiles parisien, porte de Champerret, en 1928. Wikimedia

C’est certainement avec les stars androgynes du cinéma au tournant des années vingt et trente, avec Marlène Dietrich, Greta Garbo et Louise Brooks, que l’androgynie gagne en légitimité esthétique. Ces actrices attirantes, mystérieuses et un peu dominatrices séduisent les hommes et les femmes. Elles créent du « trouble dans le genre », pour reprendre l’expression de Judith Butler. Ce qui prend, évidemment, une tournure politique.

Un mythe qui penche à droite

Aussi peut-on se demander si « la garçonne » est un mythe de gauche ou droite. À première vue, c’est un peu embrouillé. Le « père » de la « garçonne », Victor Margueritte, est en 1922 un homme de gauche qui défend le droit des femmes à disposer de leur corps.

Louise Brooks en 1927. Wikimedia

De quoi ancrer ce mythe à gauche ? Pas vraiment. Les forces de gauche condamnent l’immoralité du roman, jugé pornographique. L’héroïne a lu Du mariage de Léon Blum. C’est embarrassant… Si le début du roman semble valoriser l’émancipation sexuelle des femmes – l’héroïne est bisexuelle, fréquente des prostituées, multiplie les amants, se drogue –, sa fin consacre un retour absolu à la norme puisque Monique se laisser pousser les cheveux, se marie, et deviendra mère dans la suite du roman.

La Garçonne envoie donc, politiquement, des messages contradictoires. De plus, même si son auteur prend la pose de l’écrivain social attaché à l’émancipation humaine, son roman se rattache à un imaginaire croisant l’homophobie, le racisme et l’antisémitisme.

La garçonne obsède les conservateurs : la dénigrer, c’est une façon d’activer un autre mythe, celui de l’éternel féminin, tout en douceur maternelle et en soumission. Des écrivains comme Paul Morand ou Maurice Sachs décrivent alors une société qui a perdu ses repères, menacée de toutes parts. Dans ce chaos, la garçonne joue sa partition. Incarnation de la masculinisation des femmes, elle est accusée de déviriliser les hommes. Les discours anti-garçonne dépeignent une société en perdition à cause de « l’inversion des sexes » et de la « prolifération de l’homosexualité » ; ils fabriquent un contre-modèle dont on a un bon exemple dans la série des Brigitte, de Berthe Bernage. Créer des peurs pour réclamer le retour à l’ordre : le procédé ne date pas d’aujourd’hui. Son efficacité a de quoi nous faire réfléchir.

 

[Source : http://www.theconversation.com]

Les quartiers de Williamsburg et Borough Park, dans l’arrondissement de Brooklyn, abritent une importante population juive ultraorthodoxe. De passage aux États-Unis, le blogueur budapestois Tas Tobias s’étonne de voir à quel point les origines hongroises de ces communautés ont perduré. Exploration.

La 13e Avenue est la principale artère commerçante de Borough Park, un quartier du sud de Brooklyn.

New York est la ville la plus diverse des États-Unis. Brooklyn le quartier le plus diversifié de New York. Et Williamsburg le secteur le plus varié de Brooklyn. Pourtant, les trentenaires bon chic bon genre qui débarquent en masse de Manhattan ne savent que par les actualités qu’un monde cloisonné de Juifs hassidiques se dissimule à quelques rues de leurs restaurants étoilés au Michelin et de leurs bars servant du vin bio trop cher.

À partir de South 9th Street, un autre univers émerge. Les hommes portent des vestes noires, des chapeaux, de longues barbes, des papillotes le long des tempes et parlent en yiddish dans des téléphones à clapet rappelant les années 1990. Les femmes arborent des robes longues et des perruques. Quasiment toutes arpentent les rues avec des poussettes et des armées de bambins.

La plupart du temps, je suis le seul individu étranger au quartier. Les épiceries, les boulangeries et les restaurants sont strictement casher et les enseignes sont presque toutes en yiddish. Le tout au cœur de New York, à un arrêt de métro de Manhattan.

Dans une langue d’antan

Lorsque je croise un homme âgé, je l’accoste en hongrois. Il me répond en magyar sans une once d’étonnement. Son hongrois est rustique, mais recèle le charme de l’idiome d’antan, en voie d’extinction dans les campagnes magyares.

Peu de gens savent qu’une large part de la communauté juive hassidique de Brooklyn trouve ses origines en Hongrie. J’ai découvert ce quartier lorsque je vivais à New York. Depuis, j’y reviens souvent. Le fait d’être hongrois m’a avantagé pour connaître de nombreuses personnes de cette communauté recroquevillée sur elle-même.

L’histoire magyare du hassidisme remonte au XIXe siècle. Cette branche du judaïsme ultraorthodoxe a trouvé un terreau fertile parmi les Juifs pauvres et ruraux du nord-est de la Hongrie. Contrairement aux Juifs séculiers et assimilés de Budapest et des autres grandes villes, les hassidim refusaient l’intégration, s’accrochaient aux traditions ancestrales et ont formé de grandes dynasties héréditaires sous la férule d’un rabbin charismatique. Après l’Holocauste, qui a décimé la communauté, les survivants ont quitté la Hongrie et reconstruit leurs congrégations dans l’État nouvellement formé d’Israël, ainsi qu’aux États-Unis d’Amérique.

Aujourd’hui, plus de 150 000 Juifs ultraorthodoxes de Brooklyn sont d’ascendance magyare, principalement à Williamsburg [dans le nord de Brooklyn] et Borough Park [dans le Sud]. La dynastie hassidique dominante, les Satmar, tient son nom de l’ancienne ville hongroise désormais roumaine de Satu Mare, où le rabbin Yoel Teitelbaum avait bâti une importante communauté avant la Seconde Guerre mondiale. Teitelbaum a échappé à la déportation, est arrivé à New York en 1946 et a ressuscité son assemblée. Les Munkatch (de Moukatchevo, aujourd’hui en Ukraine), les Popa (de Papa [en Hongrie]) et les Klausenburg (de Cluj, aujourd’hui en Roumanie) forment les autres groupes majeurs de hassidim hongrois de Brooklyn. D’autres petites communautés existent, comme celles de Kaliv (originaire de Nagykallo), de Kerestir (Bodrogkeresztur) et de Liska (Olaszliszka).

“Plusieurs de ces localités ont été séparées de la Hongrie après la Première Guerre mondiale [après le traité de Trianon du 4 juin 1920], mais les Juifs qui vivaient dans ces communes se considéraient comme Hongrois”, explique Yosef Rapaport, leader respecté d’une communauté de Borough Park. “Ma mère venait de Valea lui Mihai et mon père de Halmeudeux villages situés en territoire roumain, mais mes deux parents s’exprimaient en magyar à la maison. En fait, la grande majorité des Juifs orthodoxes de Brooklyn parlent le yiddish avec un accent hongrois.”

Hospitalité renommée

Brooklyn compte des douzaines de communautés hassidiques. La plupart sont hongroises, les autres polonaises, russes et ukrainiennes. Malgré leurs similitudes apparentes, des différences subtiles les distinguent. “Les hassidim hongrois sont renommés pour leur hospitalité. Dans un foyer hassidique hongrois, il y a toujours un plat prêt à déguster. Et dans une synagogue magyare, le café est à la fois abondant et gratuit”, décrit fièrement Alexander Rapaport, fils de Yosef et propriétaire de Masbia, un réseau associatif de soupe populaire.

“Les femmes sont mieux organisées, habillées plus élégamment. Elles respectent les règles hassidiques [qui exigent pudeur et sobriété], mais cela se voit qu’elles sont hongroises. En épouser une est une bonne pioche.”

Contrairement à Williamsburg, toutes les communautés hassidiques de Borough Park n’ont pas de racines magyares, mais beaucoup des trois cents petites synagogues du secteur portent le nom de localités hongroises, à l’image de celles de Sopron, de Debrecen et de Mad. Une portion de la 13e Avenue, principale artère commerçante du quartier, s’appelle Raoul Wallenberg en l’honneur du diplomate suédois, ambassadeur à Budapest durant la Seconde Guerre mondiale, qui a sauvé des dizaines de milliers de Juifs d’une mort certaine. Nombre d’entre eux se sont d’ailleurs installés à Brooklyn par la suite.

Goulasch, chou farci et paprika

À Williamsburg, ma première étape me mène chez Gottlieb’s, restaurant familial animé rempli d’hommes barbus avec des chapeaux noirs et géré par Menashe Gottlieb, 44 ans. Juif [du courant] Satmar, réservé, il porte des lunettes et des papillotes blondes. Le grand-père de Menashe, Zoltan, a abandonné la Hongrie lors de l’insurrection antisoviétique de 1956 et a ouvert en 1962 une table spécialisée dans les plats de sa terre natale, qui lui manquaient : le goulasch,

[Photo : TAS TOBIAS – lisez l’intégralité de cet article sur http://www.444.hu ou http://www.courrierinternational.com]

 

Godard foi renovador radical do porte de Picasso e Joyce. Sem concessões, sua obra paira entre o encantamento e a irritação, a admiração e o fastio. Rearticula imagem, palavra e música – e combina aventura estética pessoal e resistência política

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Escrito por José Geraldo Couto

Cesse tudo o que a antiga musa canta: morreu Jean-Luc Godard, o homem que destruiu e reconstruiu o cinema um punhado de vezes ao longo dos últimos setenta anos. Sua importância como renovador radical de sua arte tem sido comparada à de Picasso na pintura e à de Joyce na literatura. Não vou chover no molhado, mas apenas repisar o óbvio: é preciso ver e rever os filmes de Godard, ler e reler seus escritos.

Cada cinéfilo tem uma relação particular com sua obra e sua figura, que aliás, por conta de sua radicalidade sem concessões, nunca foi unanimidade. Grandes cineastas, como Ingmar Bergman, Werner Herzog e Roman Polanski, por exemplo, consideravam-no supervalorizado, e por pouco não o acusaram de ser um engodo. Nos últimos anos, críticas e intelectuais feministas têm questionado o tratamento dispensado por Godard às mulheres, tanto nas telas como na vida. Arrogante, egocêntrico, intratável, incompreensível são alguns dos adjetivos que aparecem ligados a ele com frequência.

Força prodigiosa

Entre os críticos, excetuando os que se entregaram a um culto incondicional, beirando a adoração cega, as relações sempre foram cambiantes, de acordo com a sensibilidade e o gosto de cada um. No meu caso, variaram do encantamento à irritação, da admiração ao fastio. Inúmeras vezes Godard não me tocou, em outras (talvez as mesmas) fui eu que não o alcancei.

O fato é que a primeira fase de sua obra é de uma força criativa prodigiosa. De Acossado (1960) a Week-end (1967), enfileirou pelo menos mais meia dúzia de títulos incontornáveis do cinema moderno: Viver a vida, O desprezo, Alphaville, Pierrot le fou, Made in USA, A chinesa. Vários deles estão disponíveis em DVD e nos canais de streaming.

O desprezo (1963) está inteiro de graça no YouTube, numa cópia bastante boa e com legendas em português. Pode ser uma boa iniciação à poética de Godard e a sua concepção do cinema como um eterno campo de batalha entre a arte e a indústria.

Depois dessa primeira fase, em que rompeu todas as regras da narrativa clássica para criar novas formas de ler o mundo, rearticulando imagem, palavra e música, Godard se afastou do circuito comercial para mergulhar num cinema militante, de ação direta e produção coletiva, do qual pouca coisa chegou até nós.

A volta às telas do mundo se deu com Tudo vai bem (1972), que usava ironicamente duas estrelas mundiais – Jane Fonda e Yves Montand – para construir um vigoroso ensaio político anticapitalista.

Documento, ficção, poesia

“Ensaio” talvez seja o termo que unifica toda a produção posterior do cineasta, mesclando sempre documentário, ficção, poesia e reflexão em doses variadas para falar do mundo, com suas maravilhas e suas dores, de Mozart a Sarajevo, dos genocídios à internet, da imigração em massa ao desequilíbrio ecológico. Alguns pontos luminosos dessa busca ao mesmo tempo estética, ética e política são, já no século 21, Elogio ao amor, Filme socialismo, Adeus à linguagem e Imagem e palavra, filme-montagem de 2018 que pode ser visto como seu esplêndido testamento. A partir de sexta, 16 de setembro, a plataforma gratuita do Sesc exibe os dois últimos e também Masculino-feminino, de 1965.

Para conhecer melhor as relações controversas e frequentemente espinhosas de Godard com seu meio de expressão, talvez seja interessante observar sua relação com outros grandes cineastas. Há no YouTube, por exemplo, uma conversa sua de meados dos anos 1960 com Fritz Lang, que havia atuado no seu O desprezo. Aqui vai um trecho muito significativo, falado em francês com legendas em inglês, sobre as diferenças de método entre os dois:

Mais complicada e dolorosa é a relação de décadas com François Truffaut, seu amigo e camarada de armas nas páginas dos Cahiers du Cinéma e nos tempos heroicos da Nouvelle Vague tornado desafeto a partir dos anos 1970, sobretudo depois que Godard atacou com virulência A noite americana (1973), considerado por ele uma rendição do ex-amigo ao cinema burguês convencional. A história dessa amizade com final infeliz está no belo documentário Godard, Truffaut e a Nouvelle Vague (2010), dirigido por Emmanuel Laurent e escrito por Antoine de Baecque, biógrafo de ambos. Está disponível em DVD da Imovision.

Já a relação com Glauber Rocha, mais ambígua, aparece encenada num trecho célebre do filme O vento do leste, de 1970. Ali, o diretor baiano diz que há dois caminhos para o cinema: o “do desconhecido, da aventura”, e o “do Terceiro Mundo, um cinema perigoso, um cinema da opressão imperialista”. De certa maneira, toda a filmografia de Godard é uma busca de superação dessa falsa dicotomia, tentando combinar a aventura estética pessoal e a resistência política a toda forma de opressão.

Todos ao cinema

Na tentativa de recuperar o público perdido durante a pandemia, quando muita gente se habituou a ver filmes na comodidade do streaming, salas exibidoras de todo o país estão promovendo a partir desta quinta-feira, 15 de setembro, a Semana do Cinema, com ingressos ao preço único de R$ 10. Vale a pena aproveitar a pechincha. Tem muito filme bom em cartaz – e nada se compara à experiência de ser arrebatado por imagens e sons no escurinho da velha e boa sala de cinema. Como dizia Fellini, a televisão, por maior que seja sua tela, não passa de um eletrodoméstico.

 

[Fonte: http://www.outraspalavras.net]

Seinfeld. Imagen: Castle Rock Entertainment

Escrito por Diego Ríos Padrón

Hay series televisivas que marcan un antes y un después. Perdidos supuso un giro inesperado a las comedias, haciendo un chiste de ciento veintiún capítulos, que duró desde 2004 a 2010 y del que todavía nadie se ha reído porque nadie lo ha terminado de entender; Twin Peaks disparó el consumo de tarta de cerezas y el ansia de decorar en rojo vivo. Seinfeld es una de esas series.

Emitida entre 1989 y 1998, con ciento ochenta episodios filmados y setenta y seis millones de televidentes, nunca nadie debió pensar que algo que se definía como «una serie sobre la nada» —y así calzado y explicado en uno de los episodios en un delirio de autorreferencia― llegara a convertirse en un fenómeno televisivo.

Sus cuatro personajes (un humorista, su mejor amigo ―inspirado en Larry David, coguionista de la serie― su vecino y su exnovia) con el paisaje neoyorquino de fondo, forman una pandilla tan extravagante, obtusa, cruel, superficial y maniática que nos recuerda a nuestros propios amigos. Nada es heroico, sino que tiende a la mezquindad ―suave, pero sin que deje de serlo― posiblemente, porque la vida es así. Los diálogos son ocurrentes, pero cotidianos. Yada, yada, yada.

«The Soup Nazi» es el título del capítulo número 116 de la serie, sexto episodio de su séptima temporada, emitido el 2 de noviembre de 1995 en Estados Unidos. En ella, Jerry Seinfeld, Constanza y Elaine hacen cola y se someten a los excéntricos dictados del propietario de un famoso restaurante especializado en sopa, hasta el punto de ser castigados sin sopa («No soup for you») por saltarse alguna de las arbitrarias reglas que rigen ese establecimiento.

El restaurante existía en la época en la que el capítulo se emitió (de hecho, ya era famoso antes) y el propietario se regía por las mismas reglas tiránicas ―y no sé si arbitrarias― que aparecen en el episodio.

Este comportamiento ―asumir un maltrato por parte del prestador de servicios o del vendedor a cambio de la promesa de recibir algo― es significativo en la restauración, y entiendo que causa desesperación entre aquellos restauradores que se esmeran en un ambiente agradable, una detallista atención al cliente, una cuidada elección y elaboración de platos, y que sin embargo, comprueban que establecimientos que hacen todo lo contrario tienen idéntico o mayor éxito que ellos.

Sorprende también al gourmand frío, que no se deja tentar con facilidad y que lee con estupor como, en algunas críticas o comentarios, a conclusión del silogismo gastronómico es, per se aberrante. Un ejemplo: en la referencia a un restaurante de moda en Londres, un pop-up de carácter no permanente, el cronista advierte que el establecimiento carece de licencia para la venta de bebidas alcohólicas, por lo que la tiene usted que traer de casa; describe el servicio como exasperante en su lentitud y añade que, para animar la espera, un grupo de música toca a un nivel en el que es difícil atender los propios pensamientos; se pasea por la comanda dejando como hitos los términos «insulsas», «mejorables», «falto de originalidad» o «apresurada»; finalmente, describe el asiento como un potro de tortura ideado para que la comida no se prolongue más allá de treinta minutos, momento en el que se empieza a perder la sensibilidad en las piernas. La conclusión lógica sería: «No vayan allí ni aunque se lo prescriba el médico». Sin embargo, la recomendación es la contraria: «Hay que ir. Fue una experiencia».

¿Cómo es posible? ¿Es el marketing, el antimarketing o el sadomarketing el que consigue esa alteración? Muchos restaurantes se vanaglorian de un maltrato expreso y sistemático al cliente. El Masoch Café de Lviv (Ucrania), en el que se sigue el camino de Leopold von Sacher-Masoch, las camareras afirman que obtienen más propinas de sus sometidos clientes cuanto más latigazos les aplican; en Mugaritz, ya advertían de que te esperaban «ciento cincuenta minutos para incomodarte, alterarte, impacientarte, ciento cincuenta minutos para padecer», si elegías la opción «Rebélate». Otros, una mayoría a mi juicio, aplican ese desdén con sutileza, de manera que el cliente sabe que lo han maltratado, pero no podría indicar cómo. Pero sale maltratado y satisfecho, porque, en resumidas cuentas, era lo que estaba buscando.

Porque la gastronomía ya no es un simple deleite en la alimentación, que decía Brillant Savarin, como respuesta a la necesidad animal de saciar el apetito, sino que se trata de una experiencia que, en muchos casos, hace buena la frase de Baudelaire: «En lo aberrante encontramos deleite y placer en lo más detestable».

Todo es ya una experiencia, si se trata de pagar por encima de lo que el bien o servicio de que se trate puede valer objetivamente, incluso a los ojos de un pródigo. Para que una camiseta, una tablet, un curso de esquí, un bolso o una cena sea pagada sin que tiemble la Visa, hay que envolverla en una experiencia, que puede suponer música atronadora, dependientes semidesnudos bailando con un hula-hop, establecimientos de dimensiones catedralicias, olores inquietantes o la nada absoluta, con la finalidad de desconcertar y aturdir al cliente quien, catártico y con la bolsa en la mano tras haber pagado, no puede más que afirmar que ha vivido una «experiencia», sea lo que fuere que haya ocurrido.

Convertir el hecho gastronómico en esa experiencia ha supuesto la culminación de un diabólico plan con el que algún poder oscuro quiere doblegar la voluntad y el bolsillo de los habitantes de la Tierra, posiblemente resultado de la unión de complicados análisis de expertos en neuromarketing y la natural tendencia al deslumbramiento del ser humano. «La cena ha tenido que ser deliciosa, porque el camarero ni ha pestañeado cuando he comentado que el vino no estaba a temperatura y la tempura estaba flácida».

¿Solo se da este fenómeno en restaurantes con cien advertencias de «imprescindible» en las páginas de estilo y coolhunting de los suplementos dominicales? Definitivamente, no. Chiringuitos ―incluso infames que parecen refugios de contrabandistas― varios, bares de copas, denostables gastrotecas o establecimientos «cargados de tipismo» generan esa extraordinaria e irracional atracción que lleva a los clientes a estar y pasar con lugares incómodos, reservas imposibles, personal altivo y faltón y desatenciones varias, incluso aceptando que sean delicias lo que se ponga en mesa.

La pregunta trascendente se la harán los buenos restauradores, los que cuidan con mimo todas esas cuestiones, que sin duda integran el placer de la res culinaria: «¿Debería mejorar la oferta de mi competencia añadiendo un par de bofetadas después del café yemení?».

La respuesta: aprenda de las compañías telefónicas, no deje de darlas con voluntad de atención al cliente y siempre con la mano abierta.

 

[Fuente: http://www.jotdown.es]

El Museo Boijmans van Beuningen, de la ciudad neerlandesa de Róterdam, anunció este miércoles la devolución de varias piezas de arte a los descendientes de una familia judía asesinada por los nazis durante la Segunda Guerra Mundial, a pesar de las lagunas sobre la propiedad de las piezas entre 1933 y 1955.

La pinacoteca neerlandesa devolverá seis vajillas de mayólica del siglo XVI, que hasta ahora formaban parte de la colección del museo, a los herederos de la pareja judía Fritz y Louise Gutmann, una decisión que las partes han tomado de forma «conjunta y que «busca una dimensión humana», dada la falta de pruebas claras sobre el robo nazi.

La colección de arte de la pareja Gutmann, asesinada por el régimen nazi, incluía once platos de mayólica italiana, que pasaron a manos del museo en 1968 a través del préstamo a largo plazo de la colección de Johan Willem Frederiks, aunque no está claro ni cómo ni cuándo Frederiks adquirió esas vajillas.

«No se pueden encontrar pruebas concluyentes en relación con la propiedad de los platos entre 1933 y 1955. No está claro si hubo una pérdida involuntaria de posesión durante ese periodo», subraya el Boijmans, que cuenta con más de 151.000 piezas en su colección.

Por este motivo, las partes han acordado la devolución de seis platos a los herederos y la permanencia de cinco piezas en el museo, aunque la historia de la colección ocupará «un lugar destacado en la interpretación de estas piezas» en la pinacoteca, junto con la información histórico-artística sobre la mayólica italiana.

El diálogo entre las partes tuvo en cuenta los Principios de Washington de 1998, en los que 44 países se comprometieron a crear un registro único de obras de arte robadas por los alemanes antes y durante la Segunda Guerra Mundial.

«Los Principios de Washington dejaron claro que se deben considerar las ambigüedades o brechas inevitables en la procedencia, dado el paso del tiempo y las circunstancias de la era del Holocausto. Este caso (…) fue un ejemplo perfecto de esas lagunas y ambigüedades. Con la ayuda del Comité de Restitución se logró una solución salomónica», subrayó Simon Goodman, heredero de la familia, que calificó la devolución de «un momento poderoso».

Sjarel Ex, director de la pinacoteca, consideró que este acuerdo hace «justicia al deseo de encontrar una solución justa a un caso complejo» y mostró su esperanza de que esta decisión conjunta «sienta un excelente precedente» sobre cómo el diálogo entre las partes puede hacer que el proceso sea «más humano y menos legal», a pesar de que «las circunstancias exactas de la pérdida de la posesión sigan sin estar claras».

Los nazis invadieron y saquearon la propiedad de la familia Gutmann en la localidad neerlandesa de Heemstede, y la pareja fue después asesinada en un campo de concentración.

En marzo, Ámsterdam decidió devolver a un heredero judío un cuadro del artista ruso Vasili Kandinsky, adquirido en los años cuarenta, para «reparar una injusticia», a pesar de que el Comité de Restituciones, que asesora en esta cuestión, no considerara probado que el propietario original hubiera vendido el cuadro bajo coacción.

 

[Fuente: http://www.pulsoslp.com.mx]

Le Brésil, grand pays de métissage, a une façon bien particulière de traiter la classification des couleurs de peau. Celle-ci peut réserver des surprises.

Samba de couleurs à Rio.

Écrit par Christian Pouillaude

Au Brésil, on est parfois amené à déclarer sa couleur de peau, sa race. Par exemple, pour le recensement décennal en cours, organisé par l’IBGE, l’Insee local. Ou pour l’entrée à l’université, afin de bénéficier éventuellement des quotas de discrimination positive réservés aux Noirs, aux métis et aux Indiens. Les candidats aux prochaines élections doivent aussi déclarer leur couleur de peau, que ce soient pour les postes de gouverneur, de député ou de sénateur.

Classification

Il y a des règles du jeu établies depuis longtemps. Le principe de base incontournable est l’autodéclaration. On choisit sa couleur. Mais dans un cadre prédéfini. L’IBGE a déterminé les catégories à choisir : Blanc, “pardo” (“marron”, pour métis), Noir, Jaune et “indigène” (Indien). Une étude avait demandé aux Brésiliens de définir la couleur de leur peau : elle a obtenu 136 réponses différentes, toutes plus poétiques les unes que les autres ! Il a bien fallu simplifier.

Il y a débat sur la catégorie et le terme “pardo”, peu employé dans la vie courante. Mais il traduit la réalité du grand métissage qu’est le Brésil. Car on compte dans cette catégorie “pardo” non seulement les “mulatos” (“mulâtres”) – Blanc et Noir – mais aussi les “caboclos” ou “mamelucos” – Blanc et Indien – et les “cafuzos” – Noir et Indien… et tous les autres mélanges possibles existant au Brésil, se multipliant au fil du temps !

Un pays métis

La dernière estimation, à partir d’un échantillon, indique pour tout le Brésil 47 % de “pardos”, 43 % de Blancs, 9 % de Noirs et 1 % de Jaunes et d’Indiens. Cette catégorie de “pardos” est devenue majoritaire et ne cesse d’augmenter. L’une des raisons est que désormais de nombreux Brésiliens revendiquent fièrement leur couleur de peau, alors qu’auparavant ils préféraient se déclarer “blancs” car c’était, à leurs yeux, plus valorisant et moins discriminant. Un autre point mérite d’être souligné : même s’il n’y a plus aujourd’hui que peu d’“indigènes”, la composante indienne est fondamentale dans le métissage brésilien, tout autant que l’africaine. C’est particulièrement évident dans le Nordeste.

Changement de couleur

La récente déclaration de couleur de peau des candidats aux prochaines élections a réservé quelques surprises. De nombreux candidats se déclaraient déjà comme n’étant pas blancs en 2018 et on constate que 1 387 candidats ont changé leur couleur de peau dans leur déclaration de cette année. Dont quelques personnalités notables, comme le vice-président en exercice ! Les mouvements essentiels concernent le passage de “Blanc” à “Métis” (552) ou de “Métis” à “Blanc” (298), mais tout est possible : 31 candidats passent de “Blanc” à “Noir” !

Évidemment on peut s’interroger sur les raisons de ces changements de couleur dans tous les sens et parfois bien étranges. Il y a une explication possible dans certains cas : les candidats “métis et noirs” bénéficient d’un coup de pouce de temavant-dernierps de TV et d’argent du Fonds électoral ! Pas évident de faire coexister le principe de l’autodéclaration avec une discrimination positive juste et contrôlée.

[Photo : Emma Monteiro da Rocha – source : http://www.courrierinternational.com]

Francisco A. Chiroleu nació el 27 de marzo de 1950 en Rosario (ciudad en la que reside), provincia de Santa Fe, la Argentina. Es maestro normal nacional, maestro de música, creativo publicitario, webmaster, fotógrafo, redactor independiente. Desde 1980 se desempeña como editor no lineal y soporte técnico en Canal 5 de la empresa Telefé. Es secretario de actas de SATSAID (Sindicato Argentino de Televisión) en la seccional de su ciudad. Entre 1971 y 1976 editó la revista “El Vidente Ciego” (nueve números).

Escrito por ROLANDO REVAGLIATTI

En esos años participó en diversas actividades culturales, así como en cuatro festivales de poesía en la ciudad de Villa Dolores, provincia de Córdoba. Fue jurado en concursos y disertante en mesas redondas articuladas a partir de temas afines al universo poético. En 1981-1982 coordinó la sección literaria de la publicación “Todo Río” y en 1982-1983 de “Lo Mejor de Rosario y su Gente”. Colaboró en diarios y revistas del país y del extranjero y parte de su quehacer se tradujo al italiano y al catalán. Participó en el Dossier Roberto J. Santoro (Nº 20 de “El Colectivo”, Paraná, provincia de Entre Ríos, 2008). En 2003 su relato documental “Carrera contra el destino” fue seleccionado por el Movimiento Argentino de Documentalistas en el certamen “Rodolfo Walsh”, publicado en “Escritos documentales” en 2004 y presentado en la ciudad de Buenos Aires y en Rosario (en ocasión del “Congreso de las Lenguas”). Desde 2001 es el responsable de Lexia, un portal de poesía. Es miembro de la SEA Sociedad de Escritoras y Escritores de la Argentina y de la Asociación de Poetas Argentinos. En reconocimiento a su trayectoria, el 22 de noviembre de 2011 le fue otorgado por COSITMECOS (Confederación Sindical de Trabajadores de los Medios de Comunicación Social de la República Argentina) el Premio “Alberto Olmedo”. En 1974 se edita el volumen antológico (1969-1974) “El reloj de humo”; dos años después su poemario “Memorias de la estación de las lluvias”; y en 2011, “Blues del desarmadero”.

Acaso pudiéramos comenzar este reportaje con tu trasmisión de cómo estuvo conformada tu familia nuclear, de qué visión tenés de tu niñez y adolescencia, de tu formación docente, de tus derivas laborales, de tus búsquedas artísticas, de tu actualidad.

FCH — Bueno, podríamos decir que tres de mis abuelos eran piamonteses y el paterno, francés. Esa sensación de extranjeridad, de no estar ni aquí ni allá fue un poco la constante de la familia. Mis padres eran gente de “trabajo” que se desvivieron para que a mis dos hermanas y a mí no nos faltaran ni educación ni las cosas elementales. Siempre me incliné por lo técnico y electrónico, pero el mandato familiar prevaleció y terminé de maestro normal; y de piano, teoría y solfeo (como se decía en esa época): de hecho, estuve trabajando tres años de maestro de música en una escuela de extramuros. Comencé medicina y psicología, pero no las seguí, siempre la vida planteaba alguna excusa. Paralelamente empezaba a desarrollar esa relación tan extraña con la palabra y con las imágenes que se esconden tras sus infinitas combinaciones. Es decir, leer todo lo que pasaba por mis manos y tratar de expresar un montón de ideas con lo escrito. Primero había conseguido un puesto en Sanidad Municipal, sección vacunas, donde estuve siete años. El sueldo era ínfimo, pero me permitía vivir la “bohemia” de esa época. De ahí salté a la etapa de maestro, después fui cuentapropista y terminé hace más de treinta años ingresando al actual trabajo. En honor a la verdad, ingresé como “creativo publicitario”. Puedo decir que viví del “verso” durante mucho tiempo, hasta que migré al área informática en la que me muevo bastante bien.

En medio de todo esto estuvo el proyecto de “El Vidente Ciego” y el vendaval de un mundo que podría haber cambiado. El golpe cívico-militar de 1976 se encargó de eliminar todo atisbo de inteligencia. Cualquier persona que pensaba, era peligrosa. Allí empezó una etapa de muertes, desapariciones, y el exilio para los más afortunados. Otros padecimos el exilio interior… Desarticuló nuestra generación. Juan Carlos Higa, Santoro, Haroldo Conti fueron secuestrados y desaparecidos. Las derrotas se superan, los amigos perdidos, no…; para colmo, hace unos años me enteré de la muerte de Tito Gigli, otro entrañable —un poeta enorme—. A pesar de todo, con mi pequeño aporte siento que hice numerosos amigos (entre los que te cuento) con los que compartir esta tarea.

En mi actual trabajo comencé a desarrollar una actividad sindical en la que hay un fuerte compromiso. Entre todas las actividades me hago un tiempo para lo que realmente me gusta —jugar con las palabras—, trabajar en la web, y a veces sigo buceando como antes en ese interminable viaje hasta el final de la noche.

Es consultando el volumen “30 años de revistas literarias argentinas” (1960-1989), cuyo autor es el fallecido investigador de estos temas, José M. Otero, que me entero de que, entre otros, se han difundido en “El Vidente Ciego” a María del Carmen Vitullo, Homero Manzi, Amaro Nay, Enrique D. Záttara, Fernando M. Martínez y Eduardo A. Vergara.

FCH — El proyecto del Vidente motivó que un grupo de jóvenes entusiastas nos reuniéramos a discutir y analizar poesía. Todos estábamos empezando. Fue una satisfacción que Záttara, Vedovaldi y Vitullo fueran colaboradores. No puedo dejar de mencionar al periodista Zoilo García Quiroga, que aportaba no solo sus poemas sino su experiencia en los medios gráficos. Tito Gigli trasmitía su vasta cultura. También Rubén Sevlever, Alberto Luis Ponzo, Martha Isa y muchos más pasaron por la revista. Sin olvidar el lado audiovisual: “El Vidente Ciego cuenta” y “Aries la espalda llena de luces”, nuestro segundo proyecto en el cual nada menos que Daniel Querol interpretó los textos, y que fue pasado durante bastante tiempo en “La Sala de Bolsillo”, además de la Galería “Meridiana” en tu ciudad —toda una aventura—. Combinábamos las presentaciones con poemas ilustrados, cantautores locales y hasta proyecciones de cine español de vanguardia.

Estaban los viajes a los encuentros de escritores en Villa Dolores y las participaciones en los mismos. Presentamos en Rosario el último número de la Revista “Barrilete” con sus autores, y todo en “La Pequeña Muestra” del poeta Armando Raúl Santillán, que siempre colaboraba con la “causa”. El artista plástico Aldo Ciccione (Chacal) nos acompañó en nuestra última etapa. Publicamos y difundimos cuatro libros y numerosas plaquetas y separatas. Por un tema de costos la imprenta siempre estuvo lejana. Cuando pretendimos cambiar de soporte, ya el mundo se caía a pedazos y nosotros con él.

La experiencia llegó un poco tarde, pero dicen que al hecho consumado nunca hay que negarlo. He notado con sorpresa que siempre hay gente que se acuerda cálidamente del Vidente, parece que tan malo no ha sido el intento. Celebro la mención en el estudio de Otero. La gente de la Revista “Amaru” también ha hecho lo propio en otro artículo.

Fuiste incluido en la antología “El verbo descerrajado”.

FCH — En el año 2005, a través de Poetas del Mundo recibí la noticia de que se estaba seleccionando material poético para apoyar la resistencia de un grupo de presos políticos chilenos, que había iniciado una huelga de hambre en la Cárcel de Alta Seguridad, pidiendo por su libertad. Eso había sucedido durante el primer gobierno democrático post Pinochet.

Poetas del Mundo es otra de las experiencias que comparto; es un movimiento internacional que nuclea a numerosos “trabajadores de la palabra” alrededor de postulados universales como la paz, la libertad y el respeto entre los pueblos.

El material fue publicado por Ediciones Apostrophes en Santiago de Chile, compilado por Luis Arias Manzo. Una excelente edición.

Por lo que sé la distribución fue un éxito, tuve que esperar una reedición para poder conseguir otros ejemplares.

En estos momentos habría que pedirlo a la editorial o consultar a los sitios de venta on-line en internet que lo tengan. Participaron más de ochenta poetas de la Argentina, Chile, Uruguay, Brasil, Nicaragua, España, Portugal, entre otros países. Desconozco si existe una versión en PDF.

“Carrera contra el destino”, relato documental: he aquí una obra que también estaría bueno que nos la “muestres”.

FCH — Cuando en 1975 desapareció por primera vez Juan Carlos Higa, yo estaba a la sazón en tu ciudad, con Santoro, Humberto Costantini, Vicente Zito Lema, Conti, etc.: teníamos una reunión con gente de Cultura. Al pasar el tiempo y no encontrarlo, primó la solidaridad y se organizaron diversas búsquedas, hubo falsos datos, dinero dado a informantes… A mí me tocó ir con Haroldo es su auto hacia uno de esos supuestos contactos. Como él no veía bien, o tenía la vista cansada, me pedía que lo guiara. Imaginate la situación —un ciego guiando a otro ciego—, yo no conocía los lugares. Le informaba lo que veía, pero no sabía hacia dónde íbamos, y él me contaba de sus viajes y el río. Pero llegamos a buen puerto. Hubo después otros eventos, una mujer, golpes de la vida y un final triste. De eso se nutrió “Carrera contra el destino”; se fue armando como antídoto contra el olvido. Y cuando el Movimiento de Documentalistas convocó en 2003 al “Primer Concurso Internacional de Escritos Documentales Rodolfo Walsh” y vi las bases, no lo dudé. Cuando empecé a darle forma salió casi de un tirón. Después vinieron las correcciones. Pero me gusta como quedó. “Escritos documentales” fue publicado en 2004 y allí figura junto a otros quince relatos finalistas. Nunca fue un “cuento”; es un relato documental, con sus verdades y sus ficciones, pero es mi pequeño homenaje a Haroldo Conti. Siempre conservé como una reliquia un trozo de la carta escrita a máquina y firmada, en la que él me autorizaba a usar una cita de su cuento “Tristezas de la otra banda” para un epígrafe de uno de mis libros.

Tras tantos años como único responsable de Lexia, te propongo que compartas con nosotros cómo te has ido sintiendo, qué satisfacciones y qué decepciones te dieron alcance, cómo prevés proseguir.

FCH — Sabés que siempre me interesó la difusión del trabajo de los otros. Mi sueño hubiera sido tener una editorial. El soporte virtual es excelente para nuestro quehacer en cuanto permite una comunicación rápida y aceitada con los lectores y/o autores. Empecé el sitio como algo personal y se transformó por esa interrelación con los otros. Siempre dentro de las normas legales de registro nacional e internacional, por supuesto. Todos los costos de alojamiento y mantenimiento están a mi cargo.

A veces algún autor preguntaba si la colaboración se pagaba… No: quien lo desee, ofrece sus materiales y luego de un proceso de selección, se publica. Hay autores que agradecían emocionados la publicación y otros que nunca “acusaron recibo”.

Se mantiene una constante de 500 visitas mensuales, con altos picos ocasionales.

Con el tiempo se ha formado un grupo de gente con los que mantengo una fluida relación vía correo electrónico. Muchas veces tuve ganas de cerrarlo, sobre todo cuando se armaban polémicas en torno a poetas publicados o ciertos hechos políticos. Polémicas inútiles porque no se sacaba nada en limpio. Pero puede más el optimismo y es así que ahora estoy en una etapa en la que lo migraré a un servidor local más potente y con más prestaciones. Lo que me permitirá “lavarle la cara”, sacar las hojas secas y revitalizarlo. Hay alrededor de veinte poetas esperando que los suba y estoy preparando sus colaboraciones. Es un trabajo que no se puede detener. Hay que hacerlo todos los días. El diseño web lleva su tiempo, la ventaja es que siempre es perfeccionable. Todo se puede modificar o corregir.

En “Preliminares de un juego canibalístico”, título del prólogo que el poeta santafesino Rubén Vedovaldi concibiera para tu último poemario, leo: “Entro a estas páginas con las resistencias de quien tiene que ir a la morgue a reconocer cadáveres queridos.” Para quienes no han entrado a esas páginas: ¿por qué Blues, por qué Desarmadero? ¿Por qué esas ilustraciones (técnicas mixtas) en tapa e interior creadas por Bruno Chiroleu? ¿Por qué una de las citas que constan en la página 5, tomada de “El siglo de las luces” de Alejo Carpentier, expresa que “Hay épocas hechas para diezmar los rebaños, confundir las lenguas y dispersar las tribus”?

FCH — Cuando le encargué a mi hijo Bruno que me ilustrara el poema “Blues del desarmadero”, no sabía que allí se iba a terminar de armar el libro. No le sugerí nada, tenía total independencia. (Te aclaro que hace tiempo que es historietista y tiene su propio proyecto editorial, “Términus”, que ya va por el quinto número). Cuando me mostró el resultado entendí que esa sería la tapa del libro. El desarmadero puede ser la metáfora siniestra de un país que se devoró a lo mejor de su futuro. También el rebaño es eso, un grupo, una clase, una generación. Los que no pueden elegir. Los que no pueden levantar la cabeza y solo les queda aceptar una muerte o un escape a otro prado.

El querido prologuista entró a las páginas del “Blues…” sabiendo que iba a encontrar cadáveres. Su interpretación en perfecta: nadie quiere entrar a una morgue, pero alguien tiene que hacerlo, es de cristiano el cerrarle los ojos al compañero muerto y efectuar ese ritual —si se puede— del último saludo. El libro se fue gestando a través de los años de silencio; la selección final y los retoques obsesivos permitieron armar en menos de una semana el “muestrario de atrocidades”. Soy consciente de que a mucha gente le molesta esa temática. Tengo la sensación de que hacen como que no saben de qué se habla, pero sí, se irritan y algo se les remueve en sus pequeños mundos de falso confort. Tenía que hacerlo. Por mis amigos, por el recuerdo de mis amigos, como testimonio de una época. Por el recuerdo de los ideales perdidos. Por todo eso.

¿Tenés en lista de espera otros poemarios, o inéditos en algún otro género? ¿Y qué libros, o qué autores, tenés en lista de espera para ser leídos?

FCH — Estoy embarcado en el proyecto de Libros Fractales que organiza Rubén Eduardo Gómez en sus ediciones patagónicas de “Vela al Viento”. El mío sería el libro décimo segundo. Ya tengo casi todos los poemas y la duda es el armado temático. Estoy articulando unos materiales con los cuales terminaría otro para este año. Y ando concluyendo una especie de novela policial, que, como diría Reynaldo Sietecase, es un género que lo permite todo.

Siempre he leído y leo en cualquier circunstancia. Me adapté a hacerlo desde la pantalla, lo que me da un margen extra. Aunque me fascina el sustrato “libro” y creo que moriré con él. Estoy leyendo el volumen tres de la correspondencia de Julio Cortázar. Releyendo “Fragmentos de un discurso amoroso” de Roland Barthes, junto al manual del Photoshop Cloud, un clásico de la gráfica. Y ahora me reencontré con “El lugar” de Mario Levrero. En lista de espera por tercera vez, José Lezama Lima y su “Paradiso” y la edición bilingüe de la poesía completa de Walt Whitman.

¿Qué es un poema?… ¿En qué consiste la vivencia poética?

FCH — No sé si alguien lo dijo o lo imaginé…: “Hacemos poesía por lo que nos falta”; siempre pensé de esa forma, desde el momento en que el mundo puede ordenarse mágicamente. Como que todo es posible dentro del poema, siempre por obra y gracia de la palabra. Es un cable a tierra donde no siempre lo que se dice es lo que se quiere decir. Aunque un verso mejora al otro, lo complementa, lo completa. Muchas veces he leído en público, tímidamente, un poema mío, y de pronto los gestos humanos de los que escuchan me revelan que una imagen llegó, que ese instante que se congeló en el poema fue captado. Que todavía se puede compartir algo, a pesar del tiempo. Hay algunos que salieron “redondos”, se gestaron así y no se tocaron. Y gustan y ME gustan.

Es de un ensayo sobre poesía que sustraigo de un párrafo “la visión, el bosque, la ceremonia, las miniaturas, la ciudad, la danza, el sacrificio, el sufrimiento, la lengua, el pensamiento, la autenticidad, la muerte, el azar, el desajuste”. ¿Cómo reordenarías a tu gusto, parcial o totalmente, esta serie? Y puede ser más de un reordenamiento.

FCH — Las miniaturas, la visión, el bosque, el sacrificio, el sufrimiento, el desajuste, la ciudad, la danza, el azar, la autenticidad, el pensamiento, la lengua, la muerte.

La ciudad, el bosque, las miniaturas, el azar, el desajuste, la visión, la danza, el sufrimiento, el pensamiento, la lengua, la autenticidad, la muerte.

Estos elementos dan como para un microrrelato: “En el bosque de las miniaturas, la única visión de la autenticidad era la muerte. El sacrificio en la ceremonia impedía el pensamiento. En la ciudad solo el azar y el desajuste eran los aliados de la lengua…”: salió medio borgiano.

¿Qué es más importante en poesía, suscitar imágenes o conseguir cadencias musicales?

FCH — Hablo por mí: me encanta el proceso de creación, si es que se puede crear algo todavía. El armado y la combinación de las palabras para que la imagen sea justa. O al revés, darle forma a esa imagen que apareció de pronto sobre la hoja en blanco, o en la pantalla. El armado de las imágenes inevitablemente lleva a una cadencia musical, si entendemos como que hay todo un hilo musical que atraviesa las palabras, sube y baja en escalas y que cierra todo ese desarrollo con un acorde perfecto (si aparece). Gaston Bachelard decía: “Se renueva el sueño de un soñador en la contemplación de una llama solitaria”; y el soñador se introduce en el mundo de los poetas. Y la poesía es y no es un sueño. Es un suicida que no se mata porque la muerte existe (Cioran dixit). Es un ser que hay que cuidar, acompañar, sentir; es algo más que el amor, es algo más que un todo perfecto.

¿Cuál debe ser la postura del escritor ante la injusticia de una situación política?

FCH — El escritor hace su trabajo en la soledad. El mundo exterior a veces lo golpea y entonces es que reacciona. De cualquier forma, lo único que tenemos es la palabra y con ella hay que moverse. La contradicción entre obra y acción ha llenado bibliotecas. Desde que Jean Paul Sartre sentenció “De qué sirve la literatura en un mundo que tiene hambre…”, corrió mucha tinta y mucha sangre. Una cosa es lo que se pueda hacer como escritor y otra como ciudadano. El hombre en su tiempo es algo que hay que contemplar porque de alguna forma también condiciona la obra. Y ante la injusticia nos queda la denuncia, la difusión, la organización. Por ejemplo, ahora, el crimen y la injusticia siguen asesinando al pueblo palestino.

¿Te sentís identificado con una generación literaria? ¿Qué opinás de la poesía de tu generación?

FCH — Tengo dos identificaciones “mortales”: el surrealismo y la Beat Generation. Sin olvidar los clásicos Pablo Neruda, Amado Nervo, Gustavo Adolfo Bécquer, César Vallejo… El inmenso Raúl González Tuñón. Paul Eluard, Charles Bukowski, Gregory Corso, Lawrence Ferlinghetti, Allen Ginsberg… En cuanto a “mi generación”, reconozco la obra de Eduardo Dalter, Amaro Nay, Jorge Boccanera, Alejandro Schmidt, Guillermo Ibáñez, Celia Fontán, Gustavo Tisocco, María Teresa Andruetto, Rubén Vedovaldi, Lina Caffarello, la tuya, por supuesto. Todos con sus luces y sombras. Se me escapan ahora un montón de nombres que aportaron lo suyo a esta odisea terrestre.

¿Qué agrupamientos de poetas de Rosario, de las últimas seis décadas, podrías rememorar para nosotros?

FCH — ¡Ay!, es complicado… “El Lagrimal Trifurca” de los Gandolfo (padre e hijo, Francisco y Elvio), que marcó un parámetro de calidad cultural. Estaba “Runa”, dirigida por Guillermo Ibáñez, que más tarde iba a generar “Poesía de Rosario”, publicación que sigue activa. “La Ventana” de Orlando Calgaro, que devenida en editorial destacó por su labor entre los 60 y 70. “Juglaría”, con el recordado Reynaldo Uribe. Ediciones “Ciudad Gótica”, con su más que interesante revista. Sin olvidar lo que fue el proyecto de la Biblioteca Constancio C. Vigil con su editorial.

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Entrevista realizada a través del correo electrónico: en las ciudades de Rosario y Buenos Aires, distantes entre sí unos 300 kilómetros, Francisco A. Chiroleu y Rolando Revagliatti.

[Fuente: http://www.todoliteratura.es]

El mal en los hombres no es un accidente

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El 16 y 17 de julio se cumplieron 80 años de la Redada del Velódromo de Invierno en París, cuando 13.142 judíos fueron capturados y al final trasladados a los hornos crematorios.

Escrito por Gabriel Albiac

El mal no es un accidente. Ni una patología. El mal configura a una especie, la humana, que, de no resistirse a lo que en ella pone la bestia, jamás podrá llamarse a sí misma libre. Forzando al límite la paradoja, Schelling escribía, en 1809, que el mal es la condición ontológica de la libertad: solo es libre aquel hombre que despliega la potencia que se requiere para no sucumbir a su inercia.

Tomo este 17 de julio, ochenta años después de la redada que abrió en 1942 el exterminio de los judíos franceses, el más aterrador de los libros de mi biblioteca. De algún modo, puede que el más asombroso. Yo, comandante de son las memorias de Rudolf Höss, a quien la similitud fonética no debe llevar a confundir con el redactor de las leyes raciales de Nuremberg, Rudolf Hess, extinto en la cárcel de Spandau. Su casi homónimo Höss fue un puro técnico del exterminio. Desde el 1 de mayo de 1940 hasta 1943, Höss dirigió con plenos poderes la mayor fábrica de matar que ha conocido la historia. Y la más eficiente. Los gaseados, en su 90% judíos, sobrepasaron el millón. Sin distinciones entre hombres, mujeres, ancianos o niños.

Tomo ese libro monstruoso, que Höss redactó durante los años de cárcel que precedieron a su ahorcamiento en 1947: «Durante la primavera de 1942 –escribe–, centenares de seres humanos encontraron la muerte en las cámaras de gas. La mayoría de ellos no sospechaba nada. Su salud era perfecta; los árboles frutales que rodeaban la casa estaban en flor. Ese cuadro en que la vida se codeaba con la muerte ha quedado en mi memoria». Todo era bucólico en ese universo en el cual un purificador de la especie humana procedía a borrar lo que para él no era otra cosa que una bacteria, de cuya amenaza había que salvar a la raza aria. No hay un solo momento en las trescientas once páginas de esas memorias, en cuya lectura pueda atisbarse siquiera, no digo ya la culpa, digo el desagrado del que escribe. Höss ve su obra como un artístico regalo a la humanidad futura.

Muy pocas semanas después de esa poética primavera de Höss, restallante de flores y de luz, los judíos de Francia van a iniciar viaje hacia el idílico imperio de la muerte que él regenta. 16 y 17 de julio, 1942. Los libros de historia catalogan esos días bajo una fría etiqueta: «Redada del Velódromo de Invierno», por el estadio deportivo trocado en lugar de encierro. 13.142 judíos fueron capturados en París, transferidos al campo de Drancy, desde cuya estación iniciaron su final viaje hacia los hornos crematorios. Otros 30.000 seguirían el mismo destino en el resto de Francia. La coordinación entre la gendarmería francesa y las SS alemanas fue perfecta. Se llevó incluso las órdenes de Berlín demasiado lejos: desoyendo el inicial criterio de no hacer trasladar a las embarazadas ni a los enfermos. Eso produjo atascos que desagradaron a las autoridades de ocupación.

No, no fue solo Alemania. Aunque sobre Alemania cae el deshonor más alto cometido contra una población indefensa a la que se decidió borrar para siempre del planeta. Pero el –o, si se prefiere, la judeofobia– era una coartada casi universal para dar razón de todo lo diabólico de un tiempo y una Europa en la que lo diabólico era norma.

Vuelvo a la biblioteca. Diarios de Ernst Jünger, héroe de la Gran Guerra, primer maestro de la prosa alemana. En la comandancia militar de París, en donde ejerce de consejero, desea conocer a su equivalente francés en la narración del infierno de las trincheras. Lo consigue. Diciembre de 1941. El aspecto de Louis-Ferdinand Céline lo inquieta: «Cuando habla tiene la mirada fija propia de los maníacos, una mirada que parece brillar desde el fondo de las cavernas». Y las palabras del médico francés repugnan al aristocrático militar prusiano: «Céline ha manifestado su extrañeza, su asombro, por el hecho de que nosotros, los soldados alemanes, no exterminemos a los judíos: por el hecho de que alguien que tiene a su disposición una bayoneta no haga un uso ilimitado de ella».

Pasan solo siete meses: 17 de julio de 1942, hace ahora ochenta años. Y la exigencia del autor del Viaje al final de la noche es cumplida. Con creces. No, el mal en los hombres no es un accidente.

 

[Fuente: http://www.elnacional.com]

Estudiantes, feministas, campesinas, tortas y maricas, indígenas, ambientalistas, escritoras, activistas por los derechos humanos y por la legalización del cannabis: los movimientos sociales reivindican a Gabriela Mistral como líder indiscutida y transversal. En 2022, a este amor se le suman más razones, es que México abrió los archivos que documentan la participación de la poeta chilena en la transformación de la educación de su país, en plena revolución. En octubre serán entregados al gobierno de Boric como gesto para consolidar la idea común sobre el rol del progresismo y el contenido de las futuridades de América Latina.

Escrito por Carla Ulloa Inostroza

Arte: Juan Fuji

—Usted es bienvenida a saturar este ambiente con los dones de su noble espíritu.

Es 21 de julio de 1922. Lucila Godoy Alcayaga llega en tren a la Ciudad de México. Tiene 33 años, es maestra autodidacta, escribe poesía pero su obra es inédita. En su paso reciente por los puertos de Valparaíso, El Callao, La Habana y Veracruz fue recibida con honores. Su anfitrión en la capital es José Vasconcelos. El viaje es seguido por la prensa latinoamericana. Es todo un acontecimiento, incluso cien años después.

La sociedad mexicana acarrea el trauma de una dictadura; Porfirio Díaz es historia y la Revolución Mexicana despliega políticas nuevas. Por eso el gobierno del general Álvaro Obregón escoge para sus filas a uno de los revolucionarios más carismáticos e inteligentes. Por hábil, apasionado y agitador de escritores, José Vasconcelos es nombrado rector de la Universidad Nacional y recibe una misión soñada: alfabetizar México con bibliotecas que sean el epicentro de la cultura, y con uno de los presupuestos más altos destinados a educación en toda la historia de América Latina. Cuando el escritor llega al cargo, existen 70 bibliotecas. En dos años funda más de dos mil, despliega estrategias para democratizar el acceso a la lectura y a la escritura. Lo hace en una alianza viva y lúdica, de la mano de maestras, poetas y artistas que recorren todo el país.

Vasconcelos pone patas para arriba a la educación pública; la vuelve masiva, accesible, aspiracional. Esta revolución los revoluciona a todxs. Es una llave también para Lucila Godoy Alcayaga: mientras la autora chilena acompaña, protagoniza y derrama en este proceso también ella se transforma. De Lucila nace Gabriela Mistral, la mujer pública, con fuerza para decir discursos y dirigir proyectos, la primera persona en América Latina en obtener el Nobel de Literatura. Su emergencia está marcada por el talento pero también por la oportunidad. Es hija y hermana de maestras, amiga de personas con bibliotecas, nacida en una sociedad en la que las mujeres fundan periódicos y luchan por los derechos de las niñas, Mistral tiene diferentes estímulos, como crecer escuchando los cuentos que le leen en su casa, en voz alta. Autodidacta, apasionada, autoexigente: en aquellos años, cuando la vocación se hacía materia, contó, comía poco, leía mucho y vivía cansada.

Este viaje le imprime optimismo, le da confianza y, sobre todo, la llave de su cuarto propio. No todo es poesía en su carrera. No solo el permiso la habilita a profundizar en su talento. México le da seguridad económica: un pago estable por cuenta de la Secretaría de Educación Pública. Cuadro cultural, aliada política, escritora y maestra: la forma en la que durante veintiún meses ejerce estos cuatro roles al mismo tiempo son claves para que su carrera salte de escala. Se vuelve tan visible como para recibir un Nobel.

Esta revolución los revoluciona a todxs. Allí nace Gabriela Mistral, la mujer pública, con fuerza para decir discursos y dirigir proyectos, la primera persona en América Latina en obtener el Nobel de Literatura.

José Vasconcelos está enterado de la escena literaria continental. Bilingüe y lector de revistas, sabe identificar a sus pares, no solo en el amor por la literatura sino en la capacidad  de usar las palabras para conducir a acciones políticas que transformen la realidad. Cuando escuchó su nombre ni lo dudó: Gabriela Mistral también dedicaba su vida al mismo cometido y en Chile, un país tan conservador. Los une la poesía, la ideología y la religión: los dos son cristianos.

Vasconcelos transforma la pedagogía mexicana. Crea bibliotecas de diferentes tipos de funcionamiento: ambulantes, grandes o pequeñas, siempre rodeadas de música, conciertos, murales, obras plásticas, danza y cantos infantiles. El objetivo es alfabetizar a millones de personas, cuidar también la educación espiritual y artística. Convocan a maestros misioneros que renuevan las aulas y las hacen dignas de un mundo mejor. México se había desangrado por décadas, había poco que perder y mucho por imaginar.

“He recorrido con los trenes trepidantes o con el paso lento de mi caballo de sierra, México, el territorio trágico y suave a la vez, donde un pueblo parecido al nipón vive en cada día la cordialidad y la muerte. Y esta mirada mía, recogedora de cuarenta panoramas, me lleva al corazón una oleada de sangre calurosa. Gracias a México, por el regalo que me hizo de su niñez blanca: gracias a las aldeas indias donde viví segura y contenta; gracias al hospedaje, no mercenario, de las austeras casas coloniales, donde fui recibida como hija; gracias a la luz de la meseta, que me dio salud y dicha; a las huertas de Michoacán y de Oaxaca, por sus frutos cuya dulzura va todavía en mi garganta; gracias al paisaje, línea por línea y al cielo que, como en un cuento oriental, pudiera llamarse “siete suavidades”. Pero gracias, sobre todo, por estas cosas profundas: viví con mi norma y mi verdad en esta tierra y no se me impuso otra norma; enseñando tuve siempre el señorío de mí misma; dije con gozo mi coincidencia con el ambiente, muchas veces, pero dije otras mi diversidad. Dios libre a México de nueva angustia.”

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La revolución política cumple el sueño de los poetas. Vasconcelos tiene entre sus tareas urgentes publicar textos con lecturas situadas de la realidad social nacional. Primero conecta con Mistral a través de los impresos. La chilena ya colaboraba en la Revista El Maestro, el proyecto de Vasconcelos como rector de la Universidad Nacional.

Gabriela Mistral ama México, también, por lo que este país la desafía:

“México no es cosa para quedarse por la vida. Es una tembladera política”. 

Es una de las pocas mujeres tratadas con respeto por Vasconcelos; educada en el Chile central, sabe cómo lidiar con la supremacía de los hombres de las letras.

Para conmemorar el centenario de los viajes de Mistral a México, el gobierno de López Obrador puso en marcha la recuperación de los archivos históricos relacionados con este intercambio. Los 400 documentos serán un regalo al gobierno de Chile, una forma de fortalecer la articulación de los gobiernos progresistas de ambos países y su apuestas por las políticas transformadoras.

Durante su estadía en el país de la revolución publica dos libros: Desolación, en 1922, su primer poemario editado en Nueva York, y Lecturas para mujeres, en 1923, una antología que le encarga la Secretaría de Educación. Termina Ternura, su segundo poemario, de 1924, y adelanta Motivos de San Francisco (póstumo, 1965). Colabora en la antología Lecturas clásicas para niños, en 1924; la versión poética de La Cenicienta anticipa un tópico que da pie a la versificación de otros clásicos. Reúne también textos traducidos al español para un público infantil. En Lecturas para mujeres, Mistral expresa su anhelo de contar con más clásicos escritos en español para mujeres:

“Yo desearía que, en arte como en todo, pudiésemos bastarnos con materiales propios: nos sustentásemos, como quien dice, con sangre de nuestras mismas venas, pero la indigencia, que nos hace vestirnos con telas extranjeras, nos hace también nutrirnos espiritualmente con el sentimiento de las obras de arte extrañas”.

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¿Por qué en México y Chile se recuerda esta revolución cultural cien años después?

En 2022, para conmemorar el aniversario, decenas de investigadores de los 32 estados de México pusieron manos a la obra de la Dirección General de Memoria Histórica y el Archivo General de la Nación. Recuperaron los archivos públicos relacionados con la vida y obra de Gabriela Mistral. Y esta recopilación será un regalo del Gobierno de México al Gobierno de Chile. Tiene una particularidad: documenta el recorrido y el aporte de la autora en las primeras décadas del siglo XX. Hasta ese momento, solo se había estudiado su vida y obra a partir de 1945, cuando recibe el Nobel. Estos 400 documentos, el regalo, no revolucionan su biografía ni su obra de la autora -como lo hizo el legado entregado por Doris Atkinson a Chile en 2007 cuando se “comprobó” el lesbianismo de Mistral- pero sí profundiza la rearticulación de los gobiernos progresistas de ambos países y sus ideas en torno al latinoamericanismo. Fundamentan por qué Gabriela Mistral sigue siendo la persona chilena más conocida en México, por qué el país tiene cientos de escuelas nombradas en su honor, cuál es el símbolo que le permite seguir jugando un rol en las relaciones bilaterales de ambos países.

“Tengo en mi espíritu un hemisferio mexicano, donde cada cosa de ustedes, mala o buena, repercute en zozobra o en alegría […] México es para mí el pedazo de mundo donde vi hacer el reparto de suelo, de la herramienta, del libro y del pan escolar. Eso no se olvida, aunque se viva mucho, y eso lava el resto, de errores y miserias humanísimos […] Yo soy una voz de México metida en garganta extranjera” 

México vive el sexenio de la “Cuarta Transformación”, concepto creado por el gobierno de Andrés Manuel López Obrador para diferenciarse de la etapa previa de los partidos derechistas PRI y PAN y de su vínculo con Estados Unidos. Uno de los pilares de la 4T es la amistad entre estos países. Por eso la figura de Mistral es casi un pretexto de lujo para saludar a Chile en su próximo Octubre, cuando esa tierra se apruebe o rechace la primera constitución democrática, iniciando la transición a un Estado plurinacional, intercultural, regional, ecológico constituido como República solidaria, inclusiva y paritaria.

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Cuando Lucía Godoy llegó por primera vez a México, las universidades de América Latina estaban convulsionadas por la efervescencia de sus organizaciones estudiantiles. Ya había ocurrido la Reforma Universitaria en Córdoba, Argentina.

Mistral agitaba ese proceso. En julio de 1922 envió un mensaje a la Federación de Estudiantes en México:

“La aproximación hacia el pueblo, de parte de los estudiantes, ha sido muy discutida. ¿Es un mal el que los jóvenes universitarios se hagan dirigentes obreros? Yo no solo acepto esta colaboración, sino que la alabo cálidamente. Todo lo que arranque al estudiante del ambiente libresco, todo lo que lleve a mezclarse en la vida, a sentir su aliento quemante sobre la faz, me parece inmenso bien. Miro con tanta irritación la enseñanza en su aspecto de rito frío, que me regocija hasta la raíz del alma ver a los jóvenes salirse de esa máquina muerta para ir a la acción, que, hasta cuando es errada, enriquece la experiencia […] Chile no es, como México, un país de grandes recursos y no puede multiplicar, como lo hace vuestro Gobierno, sus escuelas en la extensión que requiere nuestro analfabetismo sudamericano todavía vergonzoso […] 

Mientras Gabriela vivía en México, en 1923, la Universidad de Chile le otorgó el título de profesora por “gracia”. Como hija de la clase trabajadora y campesina tuvo como única maestra a su hermana Emelina. Como muchas mujeres pobres se había desempeñado como profesora, primero en escuelas rurales y luego como docente y directora de liceos de niñas en La Serena, Antofagasta, Punta Arenas, Temuco y Santiago. Estos trabajos le enseñaron a identificar organizaciones y líderes estudiantiles comprometidos con la justicia social.

Cien años después, Chile es conducido por líderes estudiantiles. Los sueños de Gabriela Mistral se siguen cumpliendo.

Cien años después, Chile es conducido por líderes estudiantiles. Los sueños de Gabriela Mistral se siguen cumpliendo. Y es que con la donación del año 2007 comenzó a aparecer el relato de una escritora revolucionaria, atractiva para los jóvenes y los movimientos sociales ávidos. En ese año, la sobrina de la albacea de Gabriela Mistral donó todos los documentos que estaban en Estados Unidos. Un año antes moría Doris Dana, pareja de la poeta, quien durante 50 años resguardó los documentos que se referían a su orientación sexual. Lo habían pactado: después de su muerte iban a dar a conocer al mundo que eran lesbianas. Antes, ¿para qué? Querían vivir en paz.

La apertura de esos archivos -cedidos a Chile durante el gobierno de Michelle Bachelet- y en particular de las cartas de amor y las experiencias disidentes que se leen entre líneas, reactiva el interés en Gabriela Mistral. Justo en 2006, además, es la gran movilización estudiantil de los pingüinos, la primera gran protesta social en democracia.

Hoy, que a los reclamos estudiantiles se les sumaron los feministas -y tantos otros-, Gabriela Mistral está en todas partes. Es la referente disidente.

Está para las personas que quieren legalizar el cannabis -para aliviar el dolor del cáncer, Mistral consumía-, está para las mujeres que luchan en contra del lesbofeminicidio, para las campesinas pobres, para las indigenistas, para las escritoras, para el colectivo queer, para el ecologismo, el veganismo, la astronomía: es una referente transversal. También se la reconoce porque conoció a mucha gente importante que luego defendió los derechos humanos -como el juez Juan Salvador Guzmán Tapia, el único que juzgó a Pinochet-.

La genealogía de los movimientos de lucha en Chile la adoptan de manera definitiva dentro de sus referentes indiscutibles. Neruda es discutible, Neruda está cancelado. Allende es indiscutible, Mistral también: hoy es mucho más querida y conocida por los diferentes pueblos de Chile que hace 20 años.

Este proceso de reactualización de los usos de la memoria en torno a Gabriela Mistral fue apoyado por un boom editorial. El estreno del documental Locas mujeres, de la cineasta María Elena Wood, ofrece imágenes, audios y huellas nunca antes vistas.

Recuperar su figura es habilitar todas sus dimensiones. Es rescatar los significados de las prácticas y los discursos. Es abrazar sus estrategias para intervenir en un entorno patriarcal homosocial muchas veces adverso a su presencia y a la de las escritoras en general.

 

[Fuente: http://www.revistaanfibia.com]

Comment le premier restaurant végétarien de Los Angeles est devenu, dans les années 1960, l’antre d’un gourou attiré par le sexe, la philosophie New Age et le rock psychédélique? Et surtout, qui est vraiment Father Yod, auteur d’une soixantaine d’albums?

Pour les membres de la Source Family, le gourou Father Yod était un sage. Parfois, même, une incarnation divine. | Capture d'écran Electracloud via YouTube

Pour les membres de la Source Family, le gourou Father Yod était un sage. Parfois, même, une incarnation divine. | Capture d’écran Electracloud via YouTube

Écrit par Maxime Delcourt — édité par Léa Polverini 

Il faudra un jour se pencher sur les kilos de drogues qui ont circulé en Californie au cours des années 1960. Cela expliquerait peut-être pourquoi tant de gens ont fini par vriller, rompant avec le monde social, les normes et, parfois, la raison. Cela permettrait aussi de plonger dans le cerveau agité de ceux qui ont grandement contribué, pour de bonnes ou mauvaises raisons, à faire des sixties une décennie hautement fantasmée.

James Edward Baker est en cela un cas d’école. Son enfance se déroule pourtant loin des plages de la côte Ouest. Né en juillet 1922 dans l’Ohio, le jeune homme traverse les vingt premières années de sa vie avec frénésie, multipliant les expériences dont il finira par se vanter, quand bien même la plupart d’entre elles sont difficilement vérifiables.

On dit de lui qu’il aurait abattu neuf avions de chasse japonais lors de la Seconde Guerre mondiale, bien que son nom ne figure pas sur la liste officielle des récipiendaires de la Silver Star. On dit aussi qu’il serait expert en ju-jitsu, qu’il aurait tué deux hommes et braqué quelques banques. Surtout, on dit qu’il a débarqué à Los Angeles dans l’idée de faire carrière en tant que cascadeur, persuadé de pouvoir intégrer le casting du prochain Tarzan.

Problème: Hollywood est un milieu de requins et James n’est visiblement pas armé pour faire face à la concurrence. Faute de mieux, il ouvre en avril 1969 ce qui est considéré comme le premier restaurant végétarien de Los Angeles: The Source Restaurant, un lieu situé sur Sunset Strip, qui peut s’enorgueillir d’avoir accueilli des clients de prestige, tels que John LennonJulie ChristieMarlon Brando ou Warren Beatty.

«Un vieil homme dégueulasse en plein trip de luxure»

Biberonné à la philosophie ésotérique, formé à la kabbale, proche des Nature Boys, un groupe de beatniks prônant un style de vie en phase avec la nature, James Edward Baker est malgré tout animé par des pensées capitalistes. En quête de célébrité, il profite de la popularité de son restaurant pour promouvoir sa philosophie de vie et recruter ses disciples, qu’il convie à ses séances de méditation dominicales. Celles-ci rencontrent un tel succès qu’elles lui permettent en à peine un an de louer le manoir Chandler, comptant vingt-quatre chambres.

«Father Yod était avant tout une figure paternelle pour tous ces gens qui avaient clairement besoin d’un exemple dans leur vie.» Djin Aquarian, un ancien membre de la communauté

Ambitieux, l’Américain a désormais les moyens d’inviter ses fidèles à suivre son régime «spiritual bootcamp», composé de douches froides, de yoga, d’exercices de bien-être et de consommation de marijuana, qu’il perçoit comme une manière de toucher au divin, de se libérer de ses pulsions négatives. Son surnom au sein de la communauté, «l’herbe sacrée», en dit d’ailleurs long sur le rapport presque spirituel entretenu avec le cannabis.

Personne ne s’en doute alors, mais ce n’est là que la première étape d’un plan méticuleusement pensé par celui qu’il convient désormais de renommer «Father Yod». Un sage, disent certains. Un gourou, disent d’autres. Voire un «vieil homme dégueulasse en plein trip de luxure», selon sa femme, Robin Ropper. Toujours est-il qu’au cours des années 1970, le quinquagénaire se retrouve à la tête de la Source Family: une communauté vivant ensemble dans un manoir luxueux, niché au cœur des collines hollywoodiennes.

Le gourou Father Yod et la Source Family. | Capture d’écran Electracloud  via YouTube

Au plus fort de la secte, il y aurait eu plus de 150 personnes au sein de la Family, toutes obnubilées par cette recherche du sacré promise par Father Yod. Ce dernier opère pourtant d’une façon similaire à des dizaines d’autres gourous. Comme souvent, il s’agit d’abandonner sa véritable identité, de se débarrasser de ses biens matériels, de tourner le dos à ses proches, qui acceptent de rester dans l’ignorance, et de n’écouter que leur «père», le seul à même de les guider vers la lumière.

«Father Yod était avant tout une figure paternelle pour tous ces gens qui avaient clairement besoin d’un exemple dans leur vie», disait Djin Aquarian, un membre de la communauté, dans une interview à News.com.

Comme souvent, il est également question de sexe, surtout quand celui-ci est en faveur de Father Yod, mais aussi de musique. À commencer par le rock, cette débauche de guitares à travers laquelle le gourou voit la possibilité de diffuser plus largement ses préceptes, inspirés par la philosophie New Age.

Parmi tous les groupes présents au sein de la communauté, Ya Ho Wha 13 est certainement le plus actif. On le voit se produire dans les facultés et les lycées, on observe ses membres dans leurs longues robes amples et colorées, on les entend répandre leur bonne parole sur neuf albums, tous publiés en édition limitée sur leur propre label, Higher Key.

Au sein de Ya Ho Wha 13, il y a notamment Sky Saxon, le leader de The Seeds, une formation proto-garage qu’il abandonne au début des années 1970 pour rejoindre les rangs de Father Yod, convaincu d’avoir affaire à Dieu. Ou du moins, à un génie d’une autre trempe. En témoigne cette entrevue donnée en 2007 à L.A. Records:

«Father Yod, à mon avis, était le plus grand chanteur au monde –meilleur qu’Al Jolson, meilleur que les Beatles, meilleur qu’Elvis, meilleur que moi-même, les Doors ou n’importe qui d’autre. C’était comme un grand magicien qui jouait de la musique avec ses enfants.» Encore une fois, il s’agit là d’un rapport père-fils, d’une relation où l’un s’abreuve du savoir de l’autre, en quête de repères, d’une marche à suivre.

Dévoué, Sky Saxon a même été le premier à faire connaître la musique de Ya Ho Wa 13 au grand public, avec la sortie en 1998 du coffret God and Hair: Yahowha Collection sur un label japonais qui l’avait initialement sollicité dans l’idée de publier ses projets en solo.

Une discographie féconde

Dans les faits, Father Yod n’a pourtant rien d’une figure protectrice. Ses relations avec de jeunes filles, bien que passées sous silence, questionnent son entourage, tandis que l’interdiction d’avoir recours à la médecine traditionnelle au sein de la communauté se révèle problématique dans certaines situations: maladie grave, accouchement, etc.

L’Amérique, encore sous le choc de l’assassinat de Sharon Tate par la Manson Family, prend peur. Les parents des plus jeunes membres de la communauté craignent Father Yod et portent plainte pour détournement de mineures, tandis que les agents de la protection de l’enfance, préoccupés par les rapports d’infections fréquentes aux staphylocoques, alertent les autorités. Conséquence: Father Yod, ses quatorze épouses (toutes mariées dans l’idée de les inciter à rester à ses côtés) et ses fidèles déménagent à Hawaii, où Father Yod décède le 25 août 1975 après un accident de parapente sur la côte est d’Oahu.

La légende voudrait qu’il ait admis auprès de ses fidèles, quelques minutes avant son décès, qu’il n’était en réalité qu’un être humain lambda, en aucun cas le digne représentant d’une parole divine.

À 53 ans, l’Américain laisse derrière lui une secte, des souvenirs étranges et des dizaines de fidèles complètement déboussolés après cinq ou six années passées à vivre en communauté. Pour certains, il faut apprendre à réintégrer une société traditionnelle. Pour d’autres, accepter les réflexions culpabilisantes des proches, du genre: «Je te l’avais dit».

Pour d’autres encore, peu soucieux de ce qui se tramait dans l’arrière-boutique, il reste surtout de cette époque une riche discographie, faite de rock psychédélique, de paroles spirituelles et d’improvisations interminables, souvent effectuées après de longues séances de méditation, entre 3h et 6h du matin.

Au-delà des neuf disques officiellement parus, édités entre 500 et 1.000 exemplaires, il semblerait que Ya Ho Wha 13 ait enregistré une soixantaine d’albums. Preuve que l’œuvre de Father Yod suscite l’intérêt des diggers, certains de ses disques ont même été réédités ces dix dernières années par le label Drag City (Pavement, Stereolab).

Ce qu’on y entend? Des musiques imprégnées de funk, de jazz, de krautrock hérités des pères fondateurs (CAN, notamment), mais aussi des bourdonnements d’insectes, des sifflets et des paroles vouées à favoriser la transe –pas pour rien, finalement, que Father Yod avait installé des haut-parleurs dans la salle de réunion de la communauté afin qu’ils puissent écouter la musique en train d’être créée.

 

[Source : http://www.slate.fr]

 

Suspender a alguien es quitarle voz, y quitar la voz es expulsar de lo social, es desterrar, el gran castigo que ya los griegos practicaban con el ostracismo. Convierte a un individuo en un fantasma, en alguien que no posee nada

Collage’ con imágenes de Kevin Spacey, Plácido Domingo y J. K. Rowling, tres figuras que se han visto inmersas en debates sobre la cultura de la cancelación. PEPA ORTIZ (GETTY)

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Uno de principios fundamentales de la lógica tradicional es el de no contradicción, que afirma que nada puede ser y no ser a la vez y en el mismo sentido. Aristóteles lo consideró, por su rango, el primer principio, aquel del que derivarían los demás. Como todo buen principio, su verdad nos resulta evidente, tanto que cualquiera diría que es casi una perogrullada. Pero el asunto es más complejo de lo que parece. Este superprincipio conlleva como elemento inadmisible, dentro del razonamiento, la existencia de la contradicción, afirmando que lo que la contiene debe ser rechazado como falso, o bien resuelto en el modo de la síntesis dialéctica. Gracias a él la ciencia, la tecnología y el razonamiento lógico han avanzado a niveles inimaginables.

Existe, sin embargo, un peligro, parecido al de la falacia naturalista que denunciaba Hume, que es el de cometer el error de pasar la validez de este principio a campos que no le corresponden, como puede ser el del arte, la moral o los afectos. Difícil imaginar una literatura a la que se le exija claridad y firmeza (la autentica poesía es hija de la paradoja, dice Pessoa), desestimar a un pensador por sus discordancias, requerir a un director de cine desarrollos lineales y congruentes o desestimar a un artista plástico por sus propias confrontaciones. En cuanto a los afectos —amor y deseo, y sobre todo en el caso de este último— lo propio es en muchos casos precisamente la convivencia de los contrarios y la dificultad de la armonía. Pueden preguntarles a los grandes místicos, a Bataille —conviene releer su texto El erotismo—, a Lacan o a Sade. En el terreno de la moral, el escenario se vuelve aún más complicado por las consecuencias obvias que de ello podrían derivarse, es decir, la complejidad de sentenciar sobre el bien y el mal. Exigir que en esos registros tan propiamente humanos se eliminen o resuelvan los contrasentidos es cuando menos una actitud necia, pero incluso puede llegar a ser, en algunos aspectos, sospechosa de intransigencia y de propensión al juicio ligero. Y, sin embargo, contamos con innumerables intolerantes con las contradicciones, sobre todo ajenas, enemigos de las paradojas y militantes de los enunciados apofánticos, que se posicionan sin vacilaciones en los parámetros que la norma social popular exige, que se convierten en poseedores de la verdad —la única, la suya—, y se indignan ante la coexistencia de lo aparentemente irreconciliable. Aborrecen que pueda ocurrir que una proposición no sea ni verdadera ni falsa, estado que es una deriva de ese principio de no contradicción con el que comenzábamos. Son incapaces de tener la mirada prudente, de entender que la contradicción es jugosamente inevitable en gran medida y en muchos casos es incluso exuberantemente fecunda, si se la deja brotar en su tirantez. A estos amantes de los dualismos extremos y de la verdad monolítica les alteran las zonas intermedias, hasta tal punto que, cuando las detectan, llaman a la acción, convocando hordas de justicieros que castiguen con el arma de la cancelación a los discordantes. Cancelar a alguien es quitarle voz, y quitar la voz es expulsar de lo social, es desterrar, el gran castigo que ya los griegos practicaban con el ostracismo. Cancelar a un individuo es convertirlo en un fantasma, en un subalterno, en alguien que no posee nada. Desgraciadamente, nos estamos acostumbrando a la barbaridad de la cancelación cultural, borrando de las redes y de los ámbitos públicos a los que han cometido la falta de la inconsistencia, exigiéndoles además la humillación de perdón público, como en los peores momentos de la historia. Pero además, desgraciadamente, esta práctica se va extendiendo a ámbitos más privados, más pequeños. Mantener que un sí quizá sea un no, o viceversa, o que incluso se den a la vez, que convivan ambos en un mismo tiempo o a lo largo del decurso del mismo, convierte a quien lo hace en un pecador laico, un terrorista moral, merecedor de la condena a ser cancelado e incluso linchado. Porque la cancelación es un linchamiento, el que lleva a cabo la horda de los necios jueces populares que pululan por las redes. Es muy osado hacer de la afirmación que dice que el sí no puede ser no a la vez una proposición universal, es decir, que posea una validez para todos los casos. Hacer de la afirmación que dice que solo el sí sea sí debería darnos miedo.

Dada nuestra condición humana, podemos correr el peligro de afiliarnos a las líneas de los verdugos de cierta inmadurez mental, la de los sumisos con sed de autoridad que, en aras de la razón y la verdad, sentencian, cancelan y linchan. Cuidémonos de ello.

Aurora Freijo es escritora y profesora de Filosofía. Su última novela es La ternera (Anagrama).

 

[Fuente: http://www.elpais.com]

Mel Lyman, c’est ce joueur de banjo et d’harmonica qui ambitionnait de révolutionner la new age. C’est aussi cet homme qui a expérimenté le LSD avec Timothy Leary et fondé en 1966 la Lyman Family, une communauté aux bases vermoulues.

Mel Lyman, gourou de la Lyman Family. | Capture d’écran Hiram Corso via YouTube

Écrit par Maxime Delcourt — édité par Léa Polverini 

Pour Jack Kerouac, le voyage était une manière de trouver la paix intérieure, de se débarrasser de toute fausseté, de revenir à l’élémentaire et d’être capable d’échapper aux règles de la société. Il faut toutefois croire que certaines personnes prennent la route pour d’autres raisons.

Pour Mel Lyman, il y a d’abord la passion de la musique, notamment de l’harmonica et du banjo, deux instruments qui l’incitent à s’éloigner régulièrement de sa Californie natale. Puis, au début des années 1960, c’est l’amour qui l’amène à Boston.

Le jeune Américain, 25 ans, est épris de Judy Silver et voit dans cette nouvelle vie qui s’annonce la possibilité de s’affirmer pleinement en tant qu’artiste. Sur place, il côtoie ainsi Timothy Leary, le pape du LSD, sympathise avec Jonas Mekas et passe de temps à autre aux studios d’Andy Warhol et du réalisateur Bruce Conner.

À l’époque, Mel Lyman traîne surtout avec un tas d’étudiants attirés par les expériences inédites promises par la drogue. On dit du jeune homme, mince et chétif, qu’il porte toujours une veste militaire avec plein de poches, qu’il a l’habitude de parler en tirant sur sa petite barbichette noire et qu’il emmène son banjo absolument partout. Surtout, on dit qu’il s’épanouit complètement à Boston, épicentre du mouvement folk américain à l’aube des sixties.

C’est là que Joan Baez fait ses débuts, à l’instar de Jim Kweskin, que Mel Lyman finit par accompagner sur scène, contraint de trouver un travail afin d’échapper à la prison après s’être fait arrêter totalement défoncé à Tallahassee, en Floride.

Hasard du destin: c’est aux côtés du Jug Band de Jim Kweskin qu’il se présente en 1965 sur la scène du Newport Folk Festival, succédant à un Bob Dylan qui vient juste d’acter son entrée dans le rock avec son fameux concert effectué à la guitare électrique. Désappointé, le public quitte alors le festival, laissant Mel Lyman et ses comparses face à une foule peu épaisse, mais libres de tout mouvement: le Jug Band se lance ainsi dans une version de dix minutes de «Rock Of Ages», le temps d’une performance qui correspond finalement assez bien aux velléités d’un groupe habitué aux happenings.

Family business

Peu de temps après, tout s’accélère pour Mel Lyman. L’Américain écrit son premier livre, la sibylline Autobiography of a World Savior («Autobiographie d’un sauveur du monde»), pensée pour plaire à ses amis scientologues. Il se sert de ces quatre-vingt pages hallucinées pour réunir des gens autour de lui et fonde la Fort Hill Community.

Au début, ils ne sont pas plus d’une trentaine à vivre ensemble dans un immeuble dépourvu de chauffage, de lumière et de plomberie. À peine pense-t-on que tout ce beau monde s’est trouvé un lieu où se défoncer tranquillement. Pourtant, à bien y regarder, le mal semble déjà s’être immiscé au sein de la maison. À titre d’exemples, une photo de Charles Manson, avec qui Mel Lyman entretient une correspondance, est affichée dans la salle de jeux des enfants, tandis que le patriarche de cette drôle de famille encourage la création d’un magazine, Avatar, censé lui permettre de diffuser ses préceptes à distance.

Dans le premier numéro, le gourou tient une rubrique, «To All Who Would Know» («À tous ceux qui sauraient»). Contrairement aux autres, celle-ci occupe une pleine page, et son contenu ne laisse que peu de doutes quant à l’ego surdimensionné de Lyman:

«Pour ceux d’entre vous qui ne me connaissent pas, laissez-moi me présenter en disant que je ne suis pas un homme, pas une personnalité, pas un individu tourmenté qui se bat. Je suis tout cela, mais bien plus encore. Je suis la vérité et je dis la vérité. En toute humilité, je vous dis que je suis le plus grand homme du monde et cela ne me dérange pas plus que ça.»

Un exemplaire de la revue Avatar, avec le portrait de Mel Lyman en couverture. | Capture d’écran AllThisPaperwork via YouTube

Au fil des numéros, remplis à ras bord d’essais politiques et culturels écrits par les membres de la «famille», Mel Lyman est de plus en plus présent. D’autres rubriques apparaissent, ses photos habillent les pages, les comparaisons élogieuses (avec Jésus-Christ, des extraterrestres…) se multiplient, tandis que tout l’argent généré (par la vente, les abonnements et la publicité) lui revient sans aucun partage. «Nous étions les capitalistes souffrants. Il était le communiste prospère», confie sous couvert d’anonymat un ancien employé au magazine Rolling Stone.

«En toute humilité, je vous dis que je suis le plus grand homme du monde et cela ne me dérange pas plus que ça.»

                                                  Mel Lyman

Lors de son enquête menée en 1971, soit deux ans après le meurtre de Sharon Tate par la Manson Family, le magazine américain décrit la For Hill Community comme un environnement autoritaire et dysfonctionnel, où des chambres d’isolement ont été aménagées pour les membres indisciplinés, où les enfants sont enfermés dans un placard lorsqu’ils sont punis, où les filles sont choisies dès 13 ou 14 ans pour se marier avec les adultes de la «famille»…

Un chef charismatique

C’est bien là toute la perversité de Mel Lyman: Avatar (renommé ensuite American Avatar) n’est finalement que l’une des nombreuses tentatives mises en place par ce dernier pour contrôler les gens. Certains en parlent comme d’un chef «charismatique et complexe», qui interdit à ses proches de côtoyer des personnes d’origine étrangère, considérées comme «dangereuses» et «sans âme». D’autres évoquent plus volontiers ses sessions à l’acide où, après avoir drogué ses fidèles, il prenait plaisir à les filmer, à leur diffuser des bruits étranges et à leur anesthésier l’esprit avant de les confronter à un concert de la Lyman Family, dont les paroles débordent en apparence d’amour et d’unité.

Peu de gens s’en rendent compte alors, mais Mel Lyman incarne l’ange maléfique de la philosophie hippie: là-bas, les expériences sous drogue et la vie en communauté sont détournées pour prôner un mode de vie conservateur et abusif. Le sexe est interdit, seuls les cheveux courts sont autorisés pour les hommes, les femmes doivent porter des robes et sont condamnées aux tâches domestiques. Tous les membres, sous couvert d’adhérer à une religion farfelue, doivent également remettre leur argent à Lyman, lui permettant ainsi d’acquérir différents biens (huit vieilles maisons à Fort Hill, un loft à New York, un duplex à San Francisco, du matériel d’enregistrement et de cinéma…).

«Les seules règles étaient celles que Mel inventait au fur et à mesure, et il les changeait de jour en jour», confiait un membre de la «famille», toujours à Rolling Stone. Avant d’ajouter: «Un psy s’en donnerait à cœur joie avec 90% des gens de cette communauté.»

Les rares contestations sont rapidement punies. Un exemple? En voici même deux. Le premier remonte à l’été 1971: alors que des rapports inquiétants commencent à circuler sur les tentatives de la Lyman Family d’infiltrer les médias underground, le jeune Paul Mills appuie cette idée via un article publié dans un numéro du magazine Fusion. Conséquence: une vitre de sa voiture est brisée, sa mère reçoit des appels douteux lui demandant l’adresse de son fils, et Robert Somma, le rédacteur en chef de Fusion, est kidnappé.

Le deuxième se situe à la même période et concerne la maison de Fort Hill, alors récemment revendue par le propriétaire à une famille afro-américaine. Foncièrement raciste et en conflit ouvert avec le ghetto voisin, la Lyman Family finit par raser le bâtiment.

Gourou puissant, artiste raté

Quand il ne joue pas au sauveur tout-puissant, et lorsqu’il ne verse pas dans la violence aux côtés du Karma Squad –une milice terrorisant quiconque serait hostile à la Family–, Mel Lyman poursuit ses expérimentations musicales. La vie qu’il s’est créée n’aurait d’ailleurs d’autre but que de mettre en place un environnement rigide, propice selon lui au geste créatif. «Avez-vous vu ses films? Ses films sont déplorables –terribles, amateurs. Ce n’est pas une personne créative», proteste un de ses proches auprès de Rolling Stone. «S’il l’était, il n’aurait pas besoin de trente personnes autour de lui pour lui lécher le cul tout le temps.»

L’album de Jim Kweskin America, avec la participation de la Lyman Family. | Capture d’écran Jim Kweskin via via YouTube

Toujours est-il que les membres de la Lyman Family enregistrent quelques projets, qu’ils définissent eux-mêmes comme de la «musique contemporaine», voire du «new age». Cela s’entend sur American Avatar (1969), sur Kweskin’s America (1971), en équilibre stable entre le rock psychédélique et des mélodies composées à l’harmonica par Mel Lyman, mais aussi sur Richard D. Herbruck Presents Jim Kweskin’s America Co-starring Mel Lyman And The Lyman Family (1971), où Jim Kweskin se montre une fois de plus élogieux au sujet du père de cette grande «famille»: «Je chante l’Amérique pour vous, et c’est Mel Lyman. Il est la nouvelle âme du monde.»

Malgré les accusations ou les suspicions, Mel Lyman est en tout cas suffisamment intelligent pour ne pas prendre position lui-même sur des sujets délicats. Jusqu’à sa mort, survenue en 1978 à Los Angeles des suites d’une overdose, le patriarche est en effet resté très discret, laissant à ses sbires le front de scène. Il a beau revendiquer être le Christ et être «sur le point de mettre ce monde stupide sens dessus dessous», c’est bien le fidèle Jim Kweskin qui, dans une interview, s’amuse des comparaisons avec la Manson Family:

«La Manson Family prêche la paix et l’amour tout en allant tuer des gens. Nous ne prêchons pas la paix et l’amour. Et nous n’avons tué personne… pour l’instant.»

Il n’en fallait pas plus pour que l’opinion publique, toujours affectée par les actes de Charles Manson, prenne ses distances avec la «famille» Lyman, dont certains membres sont impliqués dans une attaque de banque à main armée en 1973.

Peu à peu, le mode de vie de la Lyman Family paraît moins séduisant, les actes et les croyances nettement plus absurdes. L’actrice et scénariste Guinevere Turner, qui a passé ses onze premières années au sein de la «famille», déclarait ainsi que les membres de la communauté s’attendaient à ce que la vie sur Terre s’éteigne le 5 janvier 1974. Ils se préparaient d’ailleurs à être emmenés sur Vénus par des vaisseaux spatiaux.

Aujourd’hui, force est de constater que rien ne s’est passé comme prévu et que Mel Lyman opérait avant tout dans son propre intérêt. Celui d’un homme qui, malgré une centaine de disciples au croisement des décennies 1960 et 1970, n’avait rien d’un messie: à peine s’agissait-il d’un énième escroc guidé par sa folie.

 

[Source : http://www.slate.fr]

La comunidad judía de Marruecos es la mayor del mundo árabe, con 3000 miembros. Sus instituciones, ahora obsoletas, van a ser reformadas, especialmente para dar cabida a los judíos marroquíes del extranjero, mientras que Marruecos e Israel han realizado un acercamiento espectacular.

Sinagoga en Casablanca

Escrito por Rémy Pigaglio

La comunidad judía de Marruecos está a punto de vivir una pequeña revolución. El 13 de julio, el gabinete del rey Mohammed VI anunció una reforma de las instituciones judías del país. Creadas en la época del protectorado francés, no habían sido reformadas desde 1945. « Evidentemente, ya no respondían a las necesidades de la comunidad: era necesario un cambio », dijo Jacky Kadoch, presidente de la comunidad judía de Marrakech-Essaouira.

La comunidad más grande del mundo árabe

Hasta finales de la década de 1940 vivían en Marruecos cerca de 250 000 judíos, pero la gran mayoría abandonó el país con destino a Israel, Francia o Canadá. Hoy en día, hay unos 3000 judíos viviendo en el reino. Siguen siendo la comunidad más numerosa del mundo árabe, dirigida por un Consejo de Comunidades Judías en Marruecos que tiene un papel representativo y se ocupa de cuestiones de culto y asistencia social. No se ha llevado a cabo ninguna elección desde los años 60, señal de que las instituciones tienen dificultades para cumplir su función.

La reforma, descrita en un comunicado de prensa, prevé la creación de un Consejo Nacional de la comunidad judía marroquí que deberá garantizar « la gestión de los asuntos de la comunidad y la salvaguarda del patrimonio y la influencia cultural y religiosa del judaísmo y sus auténticos valores marroquíes ».

Casi 800 000 judíos marroquíes en Israel

La principal novedad radica en la creación de una comisión para los judíos marroquíes en el extranjero. « Había que tener en cuenta los cambios demográficos, pero también las recientes aperturas », describe un responsable de la comunidad, en referencia a la normalización de las relaciones entre Marruecos y el Estado hebreo desde finales de 2020. Cerca de 800 000 judíos marroquíes viven en Israel. « Los judíos de Marruecos, sus hijos y nietos siguen practicando los ritos marroquíes allí donde viven. Participan en la vida de la comunidad », dice Jacky Kadoch.

Las nuevas instituciones tendrán que responder a muchos desafíos, desde el acelerado envejecimiento de los judíos marroquíes hasta los retos de acoger al creciente número de turistas judíos que llegan al reino, especialmente desde Israel. « Tendremos que hablar de kosher si, dentro de poco, entre 200 000 y 300 000 judíos visitan el país cada año », anticipa el dirigente comunitario. « ¡No es lo mismo que asegurar esto para una comunidad de 3.000 personas! ». Por su parte, el secretario general de la comunidad judía de Fez, Jacob Pinto, espera que « el nuevo consejo disponga de medios para controlar el destino del inmenso patrimonio judío del país, que a menudo ha sido víctima de abusos o de una mala gestión ».

Parte integrante de la historia del país

Los judíos han estado presentes en Marruecos desde la antigüedad y son parte integrante de la historia del país. A veces han sido perseguidos y en otras ocasiones han vivido épocas doradas. Si la gran salida de los años 50 y 60 provocó su práctica desaparición del reino, sus miembros trabajan desde los años 70 para devolver un lugar a la comunidad en un país cuya población es casi totalmente musulmana. La Constitución de 2011, que consagra el « tributario hebreo » de la identidad marroquí, garantiza la libertad de culto pero no la de conciencia.

Esta reforma de las instituciones es el resultado de varios años de debates de las autoridades con la comunidad, y dentro de la propia comunidad. « Las instituciones anunciadas no son totalmente nuevas, sino que revitalizan lo que ya existe. Desde los años 90, el rey Hassan II ha comenzado a integrar a los judíos marroquíes en el extranjero en su diplomacia de influencia, en particular en el conflicto palestino-israelí », dijo Aomar Boum, profesor de la Universidad de California en Los Ángeles (Ucla), especialista en judíos marroquíes. Las nuevas instituciones también podrían dar cabida a las mujeres, casi ausentes en las instituciones actuales.

Al decidir esta reforma como Comandante de los fieles, el rey Mohammed VI subraya su papel con la comunidad judía. Para Aomar Boum, « existe una especie de vínculo sagrado entre los judíos marroquíes y la monarquía alauita ». Es difícil decir cuándo se aplicará la reforma. Para Jacky Kadoch, « en cualquier caso se ha puesto en marcha, y vamos a seguir muy de cerca la forma en que se aplicará ».

[Foto: Adobe Stock – fuente: es.la-croix.com]

 

Cher connard est un roman épistolaire, précision qui permet de comprendre le titre : l’apostrophe, l’agression, le pistolet braqué sur la joue des hommes, le rire sardonique, l’outrance. Mais l’expression « roman épistolaire » a un parfum d’Ancien Régime qui convient peu au style de Virginie Despentes, fleur de bitume et reine de son temps. Alors oublions la question du genre littéraire. Elle intéresse seulement les universitaires, que l’écrivaine méprise, et pourquoi pas : elle leur règle leur compte dans le livre comme elle le règle à toute la société.

Virginie Despentes, Cher connard. Grasset, 344 p., 22 €

Écrit par Cécile Dutheil de la Rochère

La romancière excelle à ça : tirer et pulvériser les genres (entendez aussi au sens sexuel, cela va de soi), les codes, les règles, les convenances et les conventions. Quelle puissance de feu ! La voix de Despentes porte ; elle est même si forte que c’est elle qu’on entend dans les deux personnages qui s’écrivent des lettres (et non des mails, c’est presque incroyable) ou tiennent un blog, commentant nos mœurs au fil de ces 344 pages qui enjambent le confinement.

Despentes a suffisamment de coffre pour s’offrir le luxe de se diviser en deux femmes et un homme, que voici dans leur ordre d’apparition : Rebecca Latté, une actrice qui aborde la cinquantaine sans illusions quant à sa valeur sur le marché du cinéma et de la séduction ; Oscar Jayack, écrivain et père de famille à la peine, dont la sœur était une amie de Rebecca ; Zoé Katana, ancienne attachée de presse d’édition qui a décidé de « meetooïser » Oscar parce qu’il l’a poursuivie d’ardeurs trop appuyées dix ans plus tôt. Les trois se sont donc connus plus jeunes, ils ont entre eux un lien amical, familial ou professionnel, ils vivent à la lisière de la célébrité, dans la lumière factice des réseaux sociaux ou au bord de l’oubli qui est le lot de l’humanité presque tout entière.

Un mot sur leurs noms parce qu’ils résonnent. Rebecca-Latté-Oscar-Jayack-Zoé-Katana : la voyelle a et la consonne k dominent. Elles font un bruit dur, brutal et cassant. Ça latte. Despentes a une oreille aiguë et un son qui crisse ; elle attaque un ton au-dessus de la moyenne. C’est normal, elle « vient de la scène rock », disent les gens qui ne la connaissent pas, cette scène.

On peut aussi souligner la portée de Despentes en la comparant avec la bande dessinée. Car elle croque, force le trait, grossit les défauts et la noirceur. Elle se fiche du goût et de l’harmonie. Sa vision des choses est fondamentalement disharmonieuse et belliqueuse, mais il arrive qu’elle soit tout simplement comique.

Du point de vue de la langue, Despentes écrase dans la même Dropbox une oralité crue et ordurière, un parler populaire ancien et un parler populaire moderne et postmoderne, des américanismes qui viennent de la « subculture » (merci la sociologie) des réseaux sociaux, puis soudain des termes châtiés et des références haut de gamme. Ce n’est pas une pose. Elle est ainsi composée, assemblée de ces différents registres ; elle ne serait pas autant lue et considérée si l’ensemble sonnait faux. Notez que vous n’êtes pas obligé d’y goûter ni de vous laisser intimider.

En revanche, ce qu’il vous faut reconnaître, c’est tout ce que ce chaudron permet de dire et de faire passer : toutes les contradictions, les lâchetés, les faiblesses de nos sociétés occidentales. Toute notre mollesse/dureté, toute l’injustice cachée sous l’autocensure, sous l’hypocrisie et le vernis bourgeois – le terme est à prendre au sens très large et très vaste que chacun connaît par cœur. À l’âge qu’elle a et avec la reconnaissance dont elle jouit, Despentes connaît aussi bien la très petite bourgeoisie que la moyenne dont elle semble venir et que la grande qui l’édite et la fête. Là encore, sous la plume de Despentes, l’accusation « bourge » sonne juste.

Et puis elle dit aussi la misère, l’absence d’horizon, le legs des guerres, la transmission de la pénibilité d’une génération à l’autre. « On oscillait entre le béton et les mauvaises herbes », écrit Rebecca à propos de son adolescence dans un lotissement HLM. Plus loin, il y a dans son éloge de la défonce (alcool, héroïne, cocaïne ou autre) un élément suicidaire qui peut choquer, même s’il est tamisé par une sensibilité d’écorchée vive, et, surtout, par un élan vital, celui de la romancière et celui du roman, son rythme et sa dynamique. Le livre a des longueurs, mais il a de la reprise. Les trois épistoliers-commentateurs se passent le micro et assurent les rebonds.

Cher connard : lettres de Virginie Despentes

Vous pouvez reprocher à la romancière d’en faire trop mais vous ne pouvez pas lui reprocher d’être fausse ou de céder à l’air du temps. Car elle le précède, cet air du temps, du moins elle contribue à le créer. Vous ne pouvez pas non plus lui reprocher de geindre ni de se plaindre. Elle n’est pas douillette.

Prenez le mouvement Me Too. Sur les bancs de l’Académie française, les vieux mâles blancs qui déplorent la condamnation dont notre époque est friande (disent-ils) vont lever les yeux au ciel. Ils auront tort parce que Virginie Despentes évoque autant ce qui justifie la naissance de la nouvelle révolte des femmes que ses excès, ses détournements et ses retournements. Sa rhétorique est imparable, elle lève la voix très haut, tape sur la table, prévient les attaques et argumente. Aucune des facettes du féminisme contemporain ne lui échappe. Sans doute jugeront-ils souillon sa façon de faire, mais elle brille d’une lucidité parfois cruelle. Elle sait parfaitement que certains parents livrent leur fille « en offrande » et qu’« évidemment » certaines jeunes femmes abusent de leur charme. Sa brusquerie va avec un sens des nuances, plus précisément des discordances, une conscience de tout ce qui est incompatible et doit être dit. La vérité ne naît pas toujours du raffinement ou du beau style.

Sur les artistes et les écrivains dont la voix franchit les barrières et les usages, la bienséance et la bienveillance (nouveau mot d’ordre de notre société), Despentes a des saillies dont la pertinence brûle comme le soleil vu de trop près. Les grands créateurs blessent et cautérisent dans un même mouvement, et elle le rappelle sans prendre de précautions.

Plus largement, le roman peut être lu comme un pamphlet qui s’en prend au care et au « prends soin de toi », au devoir de douceur. La romancière va loin sur cette voie. Quand elle parle de « l’angoissante voracité de ce qu’on appelle l’amour maternel », elle rappelle Tony Duvert et sa haine des mères. Deux fois, trois fois, sa jumelle Rebecca ou son jumeau Oscar le balancent : « Plutôt crever que faire du yoga ». Il est vrai que le meilleur moyen d’endormir les consciences est de leur apprendre à se concentrer sur leur souffle.

Despentes et ses personnages ont une rage adolescente assurément salutaire. Rebecca note ainsi le vide de la ville pendant le confinement : « Il n’y a pas d’adolescents dans les rues. » Pas d’adolescents, donc pas de vie, pas de perturbation, pas d’opposition ni d’antagonisme. L’expression « se faire chier » revient souvent, synonyme de néant qui guette, de solitude, d’un ennui proche de la nausée. Rebecca le dit et le redit : au vide elle préfère les passions excessives et les hommes brutaux. « Qu’est-ce qu’on peut faire pour l’amie qui rencontre la mauvaise personne et ça se voit qu’elle va prendre une trempe carabinée ? », semble lui répondre la romancière. Est-ce de la résignation, une preuve d’intelligence humaine, une forme de solidarité silencieuse, une définition de l’amitié ?

Cher connard est un roman plein, très plein, presque exténuant. Est-ce un roman aimable ? Ce n’est pas certain. Un roman qui se veut aimable ? C’est encore moins certain. Il ne serait pas honteux de lui préférer une littérature moins brutaliste.

[Photo : Jean-Luc Bertini – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

‘A fiestra de Rosalía’ é obra de Pablo Lage Van Kraft e foi impulsada polo Instituto de Estudos Chairegos en colaboración coa Vicepresidencia da Deputación de Lugo.

O mural, ‘A fiestra de Rosalía’, figura na contorna do Parador de Vilalba.

O grafiteiro e deseñador vilalbés Pablo Lage Van Kraft deu vida durante a pasada semana a un mural que rende homenaxe a prolífica autora Rosalía de Castro na contorna do Parador de Vilalba e que nesta terza feira foi visitado pola vicepresidenta da Deputación de Lugo, Maite Ferreiro, e máis representantes do Instituto de Estudos Chairegos (Iescha).

O deseño, titulado ‘A fiestra de Rosalía’, retrata a autora « na súa representación máis icónica, cunha gama de cores cálidas, propias da paleta cromática da Terra Chá e adaptadas á contorna na que se realiza », precisaron desde a Deputación.

Esta obra fica a carón do xardín da Torre dos Andrade e na área de influencia do trazado do Camiño Norte ao seu paso pola vila chairega, e ocupa unha superficie duns 80 metros cadrados, na fachada lateral dun edificio particular entre a rúa Conde Pallares e o acceso ao xardín do Parador.

« Despois de varios meses de trámites administrativos, seguindo rigorosamente a normativa de patrimonio en canto a formas e cores, e do traballo artístico de Pablo Lage, podemos gozar dun mural de recoñecemento da figura de Rosalía de Castro, unha das grandes figuras do noso país, que pouco a pouco vai ocupando o lugar que merece », apuntou Marisa Barreiro, presidenta do Iescha, entidade que impulsou o proxecto coa colaboración da Vicepresidencia da Deputación.

 

Breve historia de cómo los chefs latinoamericanos judíos están redefiniendo la comida judía en la región.

Chefs latinoamericanos judíos

Se podría argumentar que reinvención y adaptación son los sustantivos que mejor caracterizan la experiencia judía. En la diáspora, estos rasgos son indispensables para sobrevivir y prosperar. La comida nunca ha estado exenta del viaje diaspórico; de hecho, es el eje que lo sostiene. Dondequiera que los judíos han emigrado, llevan sabores, texturas y aromas.

A lo largo de los siglos, el repertorio culinario judío ha evolucionado hasta convertirse en una síntesis de las tradiciones gastronómicas y religiosas de nuestro pueblo, al mismo tiempo que adopta nuevos ingredientes y técnicas de cocina de los lugares que nos han acogido y que se adhieren y cumplen con nuestras estrictas leyes kashrut, festividades, y forma de vida ritualista.

Como escribe la autora y chef Leah Koenig en su libro The Jewish Cookbook, «la comida judía es tan variada como la cultura judía, que ha florecido en todo el mundo y ha absorbido las costumbres locales de una variedad de lugares y pueblos».

Los gustos de la fusión judía latinoamericana reflejan este proceso multifacético de polinización cruzada. Los judíos sefardíes fueron los primeros en llegar a las Américas, desde las expediciones de Columbine. Sin embargo, muchos de estos individuos no eran aparentemente judíos sino criptojudíos o conversos que se protegían de la persecución religiosa, huyendo de los horrores de la Inquisición. Como resultado, tuvieron que ocultar no solo sus formas de vida judías sino también sus hábitos alimenticios hebreos durante décadas, si no siglos.

Fusión

Pronto, los ingredientes extranjeros, de aspecto extraño y sabor fuerte, como el maíz, las papas, los chiles, los pimientos, los aguacates, los tomates, los plátanos y otros, se convirtieron rápidamente en los pilares de la dieta e impactaron en numerosas recetas que marcaron la naciente vida judía en estos nuevos territorios. La evolución de esta fusión se ha vuelto tan diversa a lo largo de los años que varía de comunidad en comunidad. Por ejemplo, considere a mis antepasados ​​que se establecieron en Curaçao o Venezuela.

Su repertorio de cocina actual ejemplifica esta mezcla cultural. El pescado gefilte tradicional se reemplaza por platos como el pargo rojo frito curazaoano-judío con una salsa de verduras picante. En Venezuela, mi madre sustituía las almendras por anacardos triturados en postres tradicionales sefardíes como el Pan d’Espanya y el agua de azahar con unas gotas de ron.

Una nueva ola de inmigración procedente de Europa que llegaría a finales del siglo XIX y principios del XX también impactaría significativamente en la cocina de la región. Contribuyeron con sabores de sus diversos orígenes culturales ashkenazi, sefardí y mizrachi. Además, América Latina proporcionó a estos inmigrantes judíos espacios y oportunidades para vivir, explorar y trabajar en su tiempo libre; les ofreció independencia en la práctica de su judaísmo, la educación y la preservación de sus tradiciones y costumbres.

Sinergia

La sinergia culinaria resultante de estas nuevas creaciones gastronómicas daría lugar a una rica y vibrante amalgama de recetas que representan lo antiguo y lo nuevo. Países de la región como Argentina, México y Perú son conocidos por sus cocinas distintivas, que han trascendido sus fronteras. Carnes argentinas premium, tamales mexicanos y el sabroso ceviche peruano son las especialidades estrella de estos países. Menos conocidos son aquellos platos de origen judío. Sin embargo, esta tendencia ha ido cambiando en las últimas décadas, y las placas que encarnan el judaísmo y los componentes latinos son más comunes hoy en día que nunca.

Una nueva generación de chefs como Tomás Kaliká de Argentina y su renombrado restaurante Mishiguene ofrecen a sus comensales una mezcla entre sus distintivos platos judíos como varenikes y hummus de remolacha inspirados en su bubbe polaco y tonos típicos argentinos como carne patagónica ahumada con leña y pastrami asado.

Pati Jinich

En México, las creaciones de la chef judía mexicana Pati Jinich le han valido el premio de la Fundación James Beard y un lugar en la televisión pública de Estados Unidos como conductora de la popular serie Pati’s Mexican Table de PBS. Los platos de Jinich combinan ingredientes mexicanos con platos tradicionales de las festividades judías, como su sopa de bolas de champiñones, jalapeño y matzá, y pescado gefilte al estilo veracruzano, una versión del clásico judío cubierto con salsa de tomate y espolvoreado con aceitunas saladas. Al igual que Jinich, Kleins, una delicatessen en México, fusiona dos culturas en un solo sabor. Sus enchiladas con salami kosher es uno de los platos estrella.

El Ñosh es otro ejemplo notable de esta fructífera colaboración que existe entre la fusión latino-judía. El restaurante emergente creado por Eric Greenspan de The Foundry on Melrose y Roberto Treviño de Condado, el Budatai de Puerto Rico, ofrece deliciosas delicias como croquetas de pepinillo con salsa de mostaza y pechuga estofada con mole con kugel de plátano dulce y ensalada de cilantro.

Ya sea en América Latina, Europa o Asia, la cocina judía es un fenómeno verdaderamente cosmopolita y global, por lo que su esencia está en continua evolución, la cual sigue vigente, siempre a la altura de los nuevos tiempos, aprendiendo de otras culturas y tendencias gastronómicas porque parte de la experiencia judía es innovar una práctica milenaria para que perdure en el tiempo para las futuras generaciones.

Para los judíos, la comida siempre será memoria, tradición y supervivencia, un conducto para las tradiciones familiares y las relaciones sociales, siempre que sea posible.

 

[Fuente: http://www.lavozdechile.com]

Aleix Renyé

Aleix Renyé

 

Escrit per Salvador Vendrell

La llesqueta del septentrió és un subtítol, una idea, que Aleix Renyé, segurament, ha tret de la Cançó del cansat de l’Ovidi:

Em va tocar tocant Mediterrani
Per barret Pirineus, i una llesqueta
Per sabata Oriola d’estranquis
I per cor duc a Alcoi, la terreta
Per senyera, senyors, quatre barres
Per idioma, i senyores, català
Per condició, senyors, sense terres
Per idea, i senyores, esquerrà

El Canigó

Una «llesqueta» que ha incorporat al títol d’un llibre en què ens vol explicar què és i com és la Catalunya Nord, la Catalunya original, allà on diuen que va nàixer Guifré el Pelós, l’origen de la dinastia catalana.

Un llibre que ens obri els ulls per poder veure que la situació d’aquest territori no la podem analitzar amb els paràmetres de la resta dels Països Catalans, ja que la comunitat catalana sota administració francesa ja fa més de tres segles que és immersa en un marc històric social i cultural diferent a la resta de la nació.

Des que, l’any 1659, en el tractat dels Pirineus, les monarquies espanyola i francesa es van repartir el territori de Catalunya, el reialme de França va esclafar revoltes, exercir repressions, prohibir la llengua… Però, a poc a poc, la diferència de desenvolupament amb la «Catalunya espanyola» va eixamplar la creença que l’assimilació a França, a través de les conviccions republicanes jacobines, era el preu a pagar per aconseguir el benestar que no tenien els «catalans de l’estat espanyol».

El Jonc (2017)

L’obra és una sèrie de relats en què Renyé ens conta la seua experiència en aquestes terres que encara són «una trinxera on la catalanitat resisteix, encara que la reraguarda nacional ens tinga abandonats i oblidats» sense cap ajuda efectiva. La veu del narrador és la d’un català de l’altre costat de la carena, que ha anat a viure a la Catalunya Nord, venint d’un altre món educatiu i que, simplement, ens conta com ha viscut la seua experiència: «No sóc historiador, tampoc sociòleg ni lingüísta. No espereu trobar en aquest llibre, doncs, cap tesi doctoral». Des que va marxar exiliat, el 1981, ha passat tres quartes parts de la seua vida en la frontera extrema de la nació. S’ha dedicat al periodisme i li agrada dir que va ser el primer periodista professional de la Catalunya Nord que es va poder guanyar la vida en català. Renyé ha construït una guia molt personal de Catalunya Nord que ens demostra que tenim moltes idees preconcebudes i equivocades de la llesqueta del septentrió. Perquè, si podem afirmar que els nord-catalans són afrancesats, ells poden dir, de la mateixa manera, i amb la mateixa raó, que nosaltres, els del sud de la llesqueta, estem espanyolitzats.

El Castellet, a Perpinyà

Renyé explica, com és evident, que no n’hi ha prou de tindre una llengua comuna per entendre’s, que caldria també compartir algunes coses que no tenim: un espai comunicacional comú, interessos econòmics, un estàndard lingüístic entenedor, referents culturals… Però, sobretot, una clara voluntat de construir un projecte nacional. Com que no tenim aquestes coses, no podem entendre que el vint-i-cinc per cent de catalanoparlants que hi ha a la Catalunya Nord no ens parlen català a la primera. Només el parlen en l’àmbit restringit d’amics, perquè els fa vergonya parlar-lo amb gent estranya, amb desconeguts. I això sobta el visitant sud-català que, decebut, busca i no troba signes vius de la presència de la llengua. I és que els catalans del nord de l’Albera tenen vergonya de parlar una llengua que no consideren el veritable català i decideixen parlar en francés al visitant.

Renyé es queixa que l’Institut d’Estudis Catalans no ha ajudat gaire per poder escriure sense incorreccions normatives en dialecte rossellonés o septentrional. Diu que ha fet ben poca cosa per normativitzar un parlar moribund. Moltes vegades, els autors han tingut complex de dialecte i prevenció de ser acusats de blaverisme rossellonés, llevat d’algunes excepcions com ara Joan-Daniel Bezsonoff i el músic i poeta Gerard Jacquet. Encara com les noves generacions, a la dècada dels 90, van fer una empenta considerable a les lletres nord-catalanes, amb autors d’edats i estils diferents, que assumien sense complexos la varietat rossellonesa.

Sant Miquel de Cuixà

La Reforma territorial de l’estat francés, 2016, imposada per París, ha tingut, a Catalunya Nord, un efecte inesperat. Ha fet renàixer una catalanitat que semblava extingida o reduïda a les mínimes expressions folkloritzants. Malgrat la pèrdua de la llengua, el catalanisme sembla reviure. La reforma territorial ha creat a França grans regions administratives amb competències ridícules. Res a veure amb els lands alemanys o les autonomies espanyoles. A Catalunya Nord l’han posada dins una gran regió anomenada Occitanie amb capital a Tolosa de Llenguadoc. La regió no inclou tota Occitània, que ha quedat partida i repartida en diferents regions i que els occitanistes també denuncien. Catalunya Nord s’ha revoltat perquè no han volgut incloure el terme Pays Catalan. S’han revoltat partits de totes les tendències excepte el Front National. Això, però, sense posar en qüestió la nacionalitat francesa.

L’autor ha comprovat com la societat que va conéixer als anys vuitanta, quan hi va arribar, ha canviat en dues direccions oposades. Ha comprovat com l’ús social del català s’ha reduït considerablement. Segons els criteris d’alguns sociolingüistes, està sota mínims, amb perill d’extinció. Al mateix temps, però, ha crescut el sentiment de la catalanitat de la població. Per la reforma territorial que ja hem comentat i pel procés d’independència del sud, que ha produït un sentiment que crea orgull de ser catalans, però també por a la vegada. Por perquè els trenca els esquemes de la seua educació francesa.

Alberg Pau Casals, a Prada, seu de la Universitat Catalana d’Estiu

En definitiva, Catalunya Nord. La llesqueta del septentrió és un llibre que ens aclareix molts dubtes sobre la realitat nord-catalana i que ajuda a comprendre la realitat d’aquest territori dels Països Catalans. Sobretot, però, és una mena de guia que ens convida a reflexionar sobre les diferències de les nostres realitats. A les seues pàgines trobarem com el folklorisme nord-català, que enarbora senyeres i, fins i tot, estelades, confon la catalanitat amb l’amor a un club esportiu, a un equip de rugbi. Podrem visitar cementiris on trobarem moltes de les nostres identitats. Coneixerem per què la mona de Pasqua la veuen com un costum de fora, dels pieds-noirs. Assistirem com a testimonis a la violenta batalla dels magribins amb els gitanos en el barri de Sant Jaume de Perpinyà i al creixement de l’extrema dreta. Fins i tot, llegirem la història de la quasi santa incorrupta de Perpinyà. Veurem el desgavell toponímic i com s’intentà resoldre i moltes coses més que ens ajuden a comprendre molt millor el nostre país. Ah! no ho oblideu: si podeu anar-hi, esteu convidats a collir unes cireres a Ceret.

 

[Font: http://www.laveudelsllibres.cat]

El vino brilló en el prestigioso concurso internacional Decanter, celebrado en Londres, en el que consiguió 95 puntos

Clos Mesorah  2017 de Elvi Wines, perteneciente a la DO Monstant, ha resultado premiado con una medalla de oro en la XIX edición de los Decanter World Wines Awards (DWWA), uno de los certámenes vinícolas más prestigiosos del mundo organizado por la revista británica especializada Decanter.

El jurado de los DWWA otorgó al tinto producido por la bodega catalana gestionada por Anne Aletà una valoración de 95 puntos, lo que le dio acceso a conseguir la citada distinción.  Los expertos encargados de la cata y evaluación destacaron de él: « su estilo elegante y equilibrado con notas de grosella, arándano, flores, laurel y roble cedro. Suave, fresco, vibrante y rico en boca con una textura aterciopelada. Un vino sutil, terruño, complejo y elegante. Tono perfecto. »

De esta manera, Clos Mesorah 2017 se convirtió en el mejor valorado de los 28 vinos pertenecientes a la denominación de origen tarraconense que obtuvieron reconocimiento en este certamen.  Además de ser uno de los 82 vinos de origen español que fueron distinguidos con la medalla de oro.

Clos Mesorah 2017 cuenta con la particularidad de ser un vino ecológico y kosher. La bodega perteneciente a la familia Cohen-Aletà es la primera y única plenamente kosher que existe en España.

Bodega Elvi Wines

Elvi Wines es una bodega de carácter familiar enclavada en la comarca tarraconense de El Priorat. Fue fundada en el año 2003 por el matrimonio formado por Anne Aletà y Moisés Cohen. Aletà es su actual CEO; y en ella también participan sus hijos, acrecentando así la condición familiar del negocio y asegurando el relevo generacional.

En la actualidad, Elvi Wines elabora sus vinos en el marco de seis denominaciones de origen españolas distintas:  Montsant, Priorat, Alella, Rioja, Cava y La Mancha. Además, cuenta con presencia en más de 25 países.

Es una empresa orientada a la producción ecológica y kosher, respetuosa con la tradición y el entorno. Clos Mesorah es uno de sus productos más emblemáticos y demandados.

 

[Fuente: http://www.vinetur.com]

 

Es tiempo de volver a hablar de sexo en términos de afirmación del placer y la libertad

 

Desnudo reclinado con el pelo suelto. Amadeo Modigliani (1917)

Escrito por Nuria Alabao

Parece absurdo agradecer a las que vinieron antes, a las que lucharon por nosotras. Suena casi ridículo apelar a la defensa de la revolución sexual en el mundo hipersexualizado de hoy. Sin embargo, muchos discursos públicos respiran un cierto puritanismo otra vez, y la mayoría provienen del propio feminismo. Discursos que dicen que la revolución sexual se hizo “para los hombres”, que contribuyen a fijar la sexualidad femenina a una determinada normatividad –“las mujeres tenemos una sexualidad distinta”, “queremos afecto, no solo sexo” o que aseguran que “no nos gusta el porno”–. No dudo de que la socialización de hombres y mujeres todavía es distinta, pero las formas de experimentar la sexualidad son cada vez más plurales y más libres. Y eso ha sido gracias a las que se organizaron y cambiaron la cultura y nuestras costumbres para siempre. Quizás sí hace falta volver la vista atrás y reconocer todo lo que hemos ganado, aunque podamos, sin duda, reflexionar sobre lo que nos queda por conquistar. ¿Por qué da miedo la libertad sexual, por qué parece que volvemos a un ambiente reaccionario en estas cuestiones?

A veces, para saber lo que hemos ganado, podemos volver la vista atrás. Mi madre, nacida en los 50, se casó para escapar del control familiar. En concreto del de su madre, mi abuela Pepa, férrea defensora de la moral tradicional que la tenía bien amarrada, con normas estrictas sobre horas de salida y de entrada –la noche era territorio vedado– y lo que era posible hacer. Hombres a solas… mejor no. Es verdad que para esa época ya había otros modelos, pero no tantos en el lugar y la clase social que ellas habitaban –la divisoria pueblo/ciudad era más marcada entonces que ahora–.

Mi abuela no era mala persona, simplemente se crió en un ambiente donde bailar estaba mal, donde estar con hombres se consideraba un peligro y lo reprodujo en su crianza. No era una controladora obsesiva ni patológica, simplemente había aprendido, a costa de su propia felicidad, que la desviación de la norma moral tenía un alto precio que se podía estar pagando toda la vida. Como lo pagó ella. De muy joven se quedó embarazada y le obligaron a casarse con un hombre al que no quería, que la acabaría abandonando muy pronto con dos niños pequeños después de una relación triste y violenta. Fue su experiencia de vida, el peligro siempre enunciado en susurros de lo que le podía pasar a las “perdidas”, la que le transmitió el mandato de hacer cumplir la moral sexual patriarcal, a ella y las mujeres de su generación. Mi madre se casó muy pronto porque quería huir de todo eso, quería decidir por sí misma algo tan básico como cuándo entrar y salir de casa y respirar un poco. Es cierto que podría haberle salido mal, digamos si el marido hubiese sido el sustituto del control materno, la potestad la tenía –hasta 1975 el matrimonio conllevaba una restricción de libertades para las mujeres incluyendo la institucionalización de la violación, que no estaba reconocida debido a la figura del “débito conyugal”, a la obligación de estar disponible para el marido que existió hasta 1992–. En cualquier caso, mi madre dice que fue feliz aunque también que nunca estuvo con nadie más mientras estuvo vivo mi padre. Es decir, hasta cumplir los 68. Sus expectativas y posibilidades de experimentación estuvieron muy constreñidas por su entorno y educación.

Es la generación de mi madre la que hizo la revolución sexual en este país. Quizás ella, por estrato social, no fue la vanguardia de ningún movimiento contracultural, pero tengo que agradecerle que se asumiese rápidamente como parte de una sociedad que había cambiado, y mi crianza y la libertad de la que disfruté fueron totalmente otras. (Aunque todavía recuerdo una guerra generacional y a mi abuela diciéndome que solo las putas llegaban tan tarde a casa como yo). En cualquier caso, las que vinimos después tuvimos más fácil disfrutar del sexo y más libertad para hacerlo –tanto espacio simbólico, como real–. Con todos los discursos contradictorios que se pudiesen dar –de nuevo el “puta” en las bocas ajenas si vas con muchos chicos, etc.–, el camino fue menos empedrado.

Las que vinimos después tuvimos más fácil disfrutar del sexo y más libertad para hacerlo

Otro aspecto de ese mundo de posibles que se abría fue que también pude enamorarme y tener relaciones con mujeres, algo que mi madre no se atrevió casi ni a imaginar de joven. Algo que es cada vez más común. Es suficiente con hablar con los chavales más jóvenes para hacerse una idea de cómo viven esta cuestión con mayor normalidad que sus mayores. En España no hay encuestas, pero en EE.UU. casi el 21% de la Generación Z –nacidos entre 1997 y 2003– se identifica como LGTBI. Una cifra enorme y muy superior a las de los años anteriores. También parece haber mayor diversidad en las formas de vivir estas preferencias sexuales no normativas. No solo homosexual o bisexual, hoy se habla de pansexualidad –atracción sexual hacia otras personas independientemente de su sexo o identidad de género, es decir también hacia personas trans o no binarias–. Lo queer también ha hecho estallar muchas de esas categorías incluso más allá de las etiquetas, que abren nuevos caminos. Hoy hablar con muchos jóvenes sobre estas cuestiones es aprender cosas nuevas. (También se inauguran nuevos conflictos, como los debates que estamos viviendo a propósito de la infancia trans, paradójicamente ahora que se normaliza más y más niños se declaran así).

En fin, siento que no paro de decir obviedades, pero cuando leo eso de que “la revolución sexual se hizo para los hombres”, me pregunto qué mundo habitan esas personas que lo enuncian, si no se acuerdan de dónde venimos. Si no se acuerdan de la radicalidad del movimiento feminista de los 70, cuando teníamos todo por conquistar y el discurso era el de la “liberación” –reproduciendo el lenguaje de las luchas anticoloniales y por los derechos civiles–. Liberación que también era de la familia, del deseo y por supuesto sexual, y que dio forma a un mundo nuevo, un mundo que descubría que una parte importante de la opresión de las mujeres estaba contenida o mediada por la sexualidad pero que no lo dibujaba únicamente como un lugar de opresión, sino como un espacio que tenía que ser nuestro. Estas luchas, además, tuvieron forma muy concreta en España por derechos que todavía no teníamos –contra el delito de adulterio, para poder abortar o decidir cuándo ser madres…–. La reivindicación de la libertad sexual siempre tuvo una contracara en la lucha contra la violencia, pero nunca es solo eso. No tenemos que olvidarnos.

En esos años también se criticaron cosas como el sexo que ponía únicamente en el centro la penetración, se habló de orgasmo clitoriano y de placer, placer con mayúsculas. Se discutió sobre fantasías sexuales, y si tenían que ser de un determinado tipo o no para ser feministas o incluso si el sadomasoquismo era una práctica “aceptable”. Cosas que ahora nos parecen evidentes pero que en algún momento hubo que nombrar para hacerlas nuestras, que ampliaron mundos y posibilidades. El feminismo más liberador no es el que pone normas o reglas o dice quién puede formar parte o no, o qué sexualidad o qué porno son legítimos, sino el que abre nuevas posibilidades y libertades para todas.

Hoy el envite ultra, la contraofensiva sexual de la derecha es todavía una reacción a las luchas de los setenta y sus consecuencias. Sobre todo las que reivindicaron la separación entre sexo y reproducción –que están en el corazón de todo proyecto conservador–. Digo obviedades una vez más, pero todo eso fue la revolución sexual. ¿Se hizo para los hombres? Algunas siguen diciendo que sí, y que la promiscuidad que hoy se ha normalizado es una victoria para ellos. Si bien no podemos equiparar promiscuidad y liberación sexual, por lo menos, hemos descubierto que puede ser una opción para muchas mujeres, si lo deseamos, una opción entre otras, no es un territorio de ellos. Gracias a nuestras mayores por haberme abierto también esa puerta.

Neoliberalismo sexual

Hoy otras críticas ponen en el centro la comercialización del sexo, o señalan la sexualización del cuerpo femenino en las representaciones hegemónicas. Culpan al neoliberalismo de todo ello, una suerte de “hicimos la revolución sexual y ahora nos venden sexo”, como si no supiésemos que toda conquista es susceptible de convertirse en mercancía. Esas paradojas habitamos en el mundo que produce valor a partir de los signos y las experiencias, pero también sabemos que esa comercialización se nutre de “yacimientos de autenticidad” –alguien tiene que tener esa experiencia de manera real en algún lugar para que pueda ser vendida, y que produzca valor para algún otro no la invalida–.

Hoy el envite ultra, la contraofensiva sexual de la derecha es todavía una reacción a las luchas de los setenta y sus consecuencias

Pero de lo que se habla menos sobre el neoliberalismo es de que también ha servido para instalar el marco de que cualquier problema social o cultural es susceptible de ser resuelto recurriendo a más código penal, a más encarcelamientos o multas, al Estado punitivo. Hoy se da un conflicto fuerte entre un feminismo que cree que esta debería ser la principal apuesta para garantizar la libertad sexual de las mujeres ante a las agresiones, frente a un feminismo que sabe que necesitamos ir más allá, porque a los juicios no llegan la mayoría de estas agresiones y porque a la justicia no tenemos acceso todas por igual –la clase, los papeles, la raza son límites claros–. Precisamente, el feminismo punitivo es un tipo de feminismo que potencia y multiplica las narrativas sobre el “terror sexual” que van en detrimento de nuestra propia libertad y que suelen coincidir con posiciones que quieren prohibir y castigar la pornografía o la prostitución como si fuesen el origen de la violencia contra las mujeres.

Gayle Rubin decía que ya en los 80 buena parte de la literatura feminista atribuía la opresión de las mujeres a las representaciones gráficas del sexo, a la prostitución, o incluso a la transexualidad. “¿Qué ha pasado con la familia, la religión, la educación, los métodos de crianza, los medios de comunicación, el Estado, la psiquiatría o la discriminación laboral y salarial?”, se preguntaba. En vez de apuntar al sistema, de señalar cuestiones estructurales, se trata de prohibir las cosas que no nos gustan. Como expliqué en otro artículo, el escándalo moral funciona bien como activador político, depositamos nuestros miedos en algún lugar, creamos chivos expiatorios. Estas formas “comunicativas” de la política son más fáciles que organizarse y generar alternativas propias que no pasen por demandar la protección estatal. Lo que necesitamos, dice Raquel Osborne, “son mujeres fuertes, autónomas y con recursos para evitar lo que les hace daño y para luchar por cambiarlo”. En la era del #Metoo vuelve a acecharnos la representación de la sexualidad como un espacio de peligro, pero hoy, como ayer, existe un feminismo que también la imagina como un lugar propio, también de resistencia. La revolución sexual es nuestra victoria.

Así que gracias, hermanas, por las posibilidades de disfrutar la sexualidad, por desacralizarla. Hoy en los medios se informa tanto y de maneras a veces tan alarmistas de la violencia sexual que el sexo puede llegar a ser percibido como un terreno hostil. Volvamos a hablar del placer y de la libertad. Recuperemos el susurro del pasado, donde nuestras prácticas sexuales, en palabras de bell hooks, “pueden optar por la promiscuidad o por la castidad, por abrazar una identidad y preferencia sexual específica o por elegir un deseo cambiante, no encasillado, que se despierte tan solo por la interacción y el compromiso con personas concretas con quienes sentimos la chispa del reconocimiento erótico, independientemente de su sexo, raza, clase o incluso su preferencia sexual. Los debates feministas radicales sobre sexualidad deben salir a la luz para que el movimiento hacia la liberación sexual pueda volver a empezar”.

[Imagen: MUSEO DE ARTE MODERNO DE LA CIUDAD DE OSAKA – fuente: http://www.ctxt.es]

Comment draguer et faire l’amour à l’étranger? Ne cherchez pas, c’est partout pareil. Enfin, dans les pays occidentaux. Et depuis peu.

Détail de la couverture de L'Incroyable Histoire du sexe, de Philippe Brenot et Laëtitia Coryn. | Les Arènes BD

Détail de la couverture de L’Incroyable Histoire du sexe, de Philippe Brenot et Laëtitia Coryn

 

Écrit par Alexandra Luthereau — Édité par Thomas Messias

Il y a eu le taylorisme, le Coca-Cola et les jeans Levi’s. Mais la mondialisation ne s’est pas contentée d’uniformiser nos façons de nous habiller, de manger et boire ou même de travailler; elle s’est également immiscée dans nos lits.

Il y a encore quelques décennies, on pouvait se targuer d’avoir été draguée par un latin lover, d’être ébloui par la liberté sexuelle des Suédoises ou de s’imaginer vivre l’érotisme des mille et une nuits. Mais aujourd’hui, la séduction et le sexe sont à peu près les mêmes partout dans le monde.

«Jusque dans les années 1970-1980, on parlait de séduction française, italienne ou anglaise. Le Français représentait l’amour libre, l’Italien le “seductore” personnifié par Aldo Maccione. L’Anglais, c’était le chic et la réserve. Aujourd’hui, on s’habille tous avec les mêmes marques internationales. Et ces différences se sont effacées», illustre Philippe Brenot, psychiatre, psychothérapeute de couple et auteur de L’incroyable histoire du sexe. Un ouvrage façonné avec Laëtitia Coryn, et dont les deux tomes ressortent le 25 août 2022 aux Arènes, dans une nouvelle édition.

L’Incroyable Histoire du sexe, de Philippe Brenot et Laëtitia Coryn

Dans le même bateau

Cette mondialisation a commencé par celle… du baiser. À partir des années 1920, le cinéma hollywoodien s’exporte. En Chine, en Afrique, en Allemagne, au Mexique, on regarde les productions made in USA, où les baisers sur la bouche représentent le summum du romantisme, de la séduction et des préliminaires. «Les gens commencent à adopter le french kiss, alors que certains, comme les Japonais, ne s’embrassaient quasiment jamais sur la bouche auparavant, mais se touchaient plutôt le bout du nez», raconte-t-il.

Aujourd’hui, cette uniformisation perdure toujours, à travers le cinéma, mais aussi avec internet et les séries. «On se séduit, on se met ensemble, on divorce sur ces modèles. Combien de fois des gens ont imité la scène de Titanic…» Vous savez celle où, à la proue du célèbre navire, Rose (Kate Winslet), tendrement enlacée dans les bras de Jack (Leonardo DiCaprio), tend les bras face à l’océan et s’enthousiasme («Je vole, Jack»), avant que les deux tourtereaux s’embrassent. «Les particularités de chaque culture disparaissent devant l’efficacité de la séduction sur un mode ou sur un autre, par telle ou telle pratique.»

L’Incroyable Histoire du sexe, de Philippe Brenot et Laëtitia Coryn

C’est la même chose avec le porno. Finalement, nous ne voyons jamais personne faire l’amour, sauf à évoluer dans un environnement libertin. Mais nous regardons des films pour adultes, produits en majorité aux États-Unis. Leur visionnage va inspirer nos fantasmes et nos gestes; en particulier, des jeunes biberonnés à YouPorn vont essayer de reproduire à l’identique ce qu’ils voient dans ces films, au mépris du respect des rapports femmes-hommes et de l’éducation sexuelle qui a pu leur être prodiguée par ailleurs.

Insta et les lieux symboliques de l’amour

Même les lieux romantiques se mondialisent. Une plage paradisiaque, la tour Eiffel, l’île de Santorin… Pour être un couple idéal et être reconnu comme tel, il faut avoir sa photo dans ces lieux symboles de l’amour. Et surtout l’avoir postée sur Instagram. Manque d’originalité, posture de consommateur de la romance, cette tendance, surtout, «appauvrit l’imaginaire», déplore le thérapeute pour couples.

Parmi les 168 cultures étudiées au cours de l’année 2014, 77 pratiquent le baiser romantique-sexuel.

Cela dit, quelques particularités persistent ici ou là. Dans certains pays d’Afrique, le kunyaza, une pratique masturbatoire traditionnelle, sorte de vibromasseur naturel, fait encore partie des préliminaires. Et au pays du Soleil-Levant, profondément humilié par la défaite de la Seconde Guerre mondiale et la présence militaire américaine, «les Japonais tentent de se réapproprier la vie par le sexe».

Masturbation, revues et films pornopoupées sexuelles, bars à hôtesses, fétichisme de la petite culotte, la vie érotique des Japonais est tout à la fois exubérante et libérée, tandis que la société demeure patriarcale et hétérocentrée, et que les couples font peu l’amour.

L’Incroyable Histoire du sexe, de Philippe Brenot et Laëtitia Coryn

Quant à la Chine, les relations affectives et sexuelles y sont chamboulées par la surreprésentation des hommes par rapport aux femmes, liée à la politique de l’enfant unique pratiquée pendant trente-cinq ans jusqu’en 2015. Autre exemple encore: ces dernières années, des études ont démontré qu’aux États-Unis, les jeunes seraient moins portés sur la chose.

Enfin, le baiser ne serait pas universel non plus. Des chercheurs américains ont publié en 2015 une étude dans la revue American Anthropologist montrant que moins de la moitié de la population mondiale s’embrassait sur la bouche de façon romantique. Parmi les 168 cultures étudiées au cours de l’année 2014, 77 pratiquent le baiser romantique-sexuel. Il est ainsi absent des cultures d’Amérique centrale et très peu présent dans les cultures africaines.

Mariages d’amour

En réalité, la séduction et l’érotisme sont des pratiques très récentes. Si on observe les quelques milliers d’années qui ont précédé notre époque, ce n’était pas franchement la norme. Cela ne concernait que quelques personnes.

«En général, le peuple et les femmes n’y avaient pas accès. C’était surtout des hommes de l’aristocratie qui bénéficiaient de la présence de professionnelles dédiées à leur plaisir avec un érotisme raffiné», résume Philippe Brenot. Et ceci était valable aussi bien en Europe, en Asie ou en Afrique. Oui, au XVIIIe siècle, le libertinage était courant en France… mais dans les salons de l’aristocratie. «Dans le peuple, on retrouve le viol, et des comportements sans aucun érotisme», abonde-t-il.

«En Occident, et particulièrement en France, nous avons une grande liberté.» Philippe Brenot, psychiatre

En Inde, le Kamasutra, un manuel d’art de vivre, écrit entre les VIe et VIIe siècles, est destiné à la haute société indienne et décrit le mode de vie des personnes cultivées. Il prodigue des conseils de séduction pour une vie harmonieuse dans le couple, et ce à travers notamment ses soixante-quatre positions sexuelles –un volet qui ne constitue toutefois qu’un chapitre du livre à proprement parler.

De la même manière, les danseuses du ventre dans le Moyen-Orient ou les geishas japonaises se produisaient devant les hommes riches.

L’Incroyable Histoire du sexe, de Philippe Brenot et Laëtitia Coryn

Bref, pendant très longtemps, la séduction et l’érotisme ne concernaient qu’une poignée de personnes. Mais tout change au début du XXe siècle. Jusque-là, le mariage est une affaire d’union de famille, pas d’amour ou alors très rarement –et ce dans tous les milieux, y compris modestes ou ruraux. Puis à partir de la Première Guerre mondiale, on assiste aux premiers mariages d’amour entre personnes du même âge.

Aujourd’hui, cette liberté dans la séduction et la sexualité représente la norme. En tout cas en Occident, lequel regroupe à peine 25% de l’humanité si l’on y inclut l’Amérique du Sud et les Caraïbes. Les trois quarts du monde sont toujours des sociétés traditionnelles, où la religion pèse considérablement. Dans ces pays, les personnes, majoritairement les femmes, sont souvent contraintes, ne peuvent pas choisir, et la séduction et les relations sexuelles sont très codifiées, c’est-à-dire réprimées en dehors du mariage.

C’est ainsi que par exemple, en 2013 au Marocdeux adolescents ont été poursuivis pour «atteinte à la pudeur» après avoir posté sur Facebook des photos d’eux en train de s’embrasser. En Inde, en 2014, des groupes de personnes se sont réunis pour s’embrasser et défier la répression morale qui condamne quiconque manifeste des signes d’affection en public. Ce qui fait dire à Philippe Brenot qu’«en Occident, et particulièrement en France, nous avons une grande liberté». Alors profitons-en.

[Illustrations : Les Arènes BD – source : http://www.slate.fr]