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Comédien génial oscarisé, militant de la cause des Amérindiens et des Afroaméricains, doté d’une personnalité complexe et souvent insaisissable, Marlon Brando (1924-2004) a popularisé la méthode Stanislavsky ou « méthode de l’Actor’s Studio. Il a soutenu la recréation de l’État d’Israël. Arte diffusera le 21 juillet 2021 « L’équipée sauvage » (Der Wilde ; The Wild One) de Laslo Benedek. 

Publié par Véronique Chemla 

« Je trouve le métier d’acteur détestable, désagréable ».

L’affirmation peut sembler incongrue dans la bouche d’un monstre sacré du septième art.

« Avec sa présence irradiante et son phrasé unique, Marlon Brando a marqué le cinéma d’une empreinte indélébile ».

Marlon Brando « a pourtant poussé la porte d’une école d’art dramatique presque par hasard. Débarqué à New York à l’âge de 19 ans, le petit paysan du Nebraska, dyslexique et solitaire, se forme à la méthode Stanislavski, basée sur la vérité des émotions, sous la houlette de Stella Adler ».  Le « choc de la grande ville ». Brando vit à Greenwich village, avec ses deux sœurs mariées. « Marlon Brando ne savait pas qu’il voulait faire l’acteur, mais il est entrée dans une école d’art dramatique. Ma mère l’adorait. Il était espiègle. Il avait un tel humour… Marlon Brando était une figure tragique », se souvient Ellen Adler, compagne de Marlon Brando.

« Stella Adler sa muse. Marlon Brando est l’une des personnes les plus drôles que j’ai rencontrées… James Dean était obsédé par Brando. Il s’habillait comme lui », confie  Sondra Lee, amie de Marlon Brando. Celui-ci pratique la boxe, intègre la compagnie de Martha Graham. Fréquente la communauté haïtienne de Harlem. Les grands agents de New York repère cet acteur magnétique.

Sa « présence chargée d’électricité, sa beauté animale teintée de fragilité, alliées à sa capacité innée à vivre une scène plutôt qu’à l’incarner, suscitent immédiatement l’engouement ».

En 1949, Brando se rend en France. Il rencontre l’acteur Christian Marquand. Un coup de foudre.

En quatre ans, d’« Un tramway nommé désir » (1951) à la comédie musicale « Blanches colombes et vilains messieurs » (1955) en passant par « L’équipée sauvage », « Sur les quais » (qui lui vaut l’Oscar du meilleur acteur) ou « Jules César », Marlon Brando précipite la fin de règne des grands acteurs britanniques shakespeariens et bouscule les codes de l’Amérique puritaine, en se forgeant une image de sex-symbol au tempérament rebelle ».

Lors de l’unique rencontre entre Audrey Hepburn et Marlon Brando, pendant un repas du Syndicat des acteurs, Audrey Hepburn dit à son voisin de table un timide « Bonjour », mais l’acteur débutant à Hollywood demeure silencieux. Pendant 40 ans, Audrey Heburn a cru qu’il voulait l’éviter. Mais, lorsqu’elle était hospitalisée à la fin de sa vie, elle a reçu une lettre de Brando. Celui-ci lui expliquait qu’il avait éprouvé un tel respect admiratif pour elle qu’il était demeuré sans voix.  Il n’avait pas trouvé un seul mot à lui dire.

« Sex-symbol à la puissance de jeu incontestée, Marlon Brando a bousculé lignes et codes dans les très puritaines années 50. Sacré roi des voyous, l’icône » d’« Un tramway nommé désir » s’engage la décennie suivante en faveur des droits des Noirs et des Indiens, « avant d’embraser d’une lumière crépusculaire « Le Dernier Tango à Paris » ou « Apocalypse Now ».
« C’est un acteur qui ne voulait pas apprendre par cœur ses répliques », déclare Bernardo Bertolucci.
« Tout était naturel chez lui. Il savait contrôler le silence », précise Patricia Bosworth, biographe de Marlon Brando, acteur instinctif.
« L’équipée sauvage »
Arte diffusera le 21 juillet 2021 « L’équipée sauvage » (Der Wilde ; The Wild One) de Laslo Benedek.
« Une horde de motards sème la panique dans une petite ville américaine… La naissance du mythe Marlon Brando qui, avec ce film sorti en 1953, devint l’incarnation absolue du rebelle. »
« Emmenée par Johnny Strabler, une horde de jeunes motards baptisés les « Rebelles noirs » perturbe l’arrivée d’une course de motos et envahit une petite ville sous le regard hostile de la population. Quand la bande de Chino débarque à son tour dans la bourgade, la situation dégénère… »
« Inspiré de faits réels, ce film fit scandale à sa sortie. Au son des moteurs pétaradants et des standards musicaux de l’époque, il dépeint les relations conflictuelles entre une jeunesse en perdition, révoltée et enfiévrée, et des adultes étouffés par les conventions sociales, prisonniers de leurs peurs primitives. Blouson de cuir et tête de mort, Marlon Brando campe un chef de bande sensuel et impassible, incarnant la figure absolue du rebelle, qui influença jusqu’au look de James Dean et d’Elvis Presley. »

« On The Waterfront »
Arte diffusa le 29 avril 2019 à 22 h 45 « Sur les quais » (Die Faust im Nacken ; On The Waterfront) réalisé par Elia Kazan (1954). Apprenant qu’Elia Kazan, son « père spirituel », a, « tel un mouchard », livré les noms d’artistes communistes, Marlon Brando pleure. Il tourne Sur les Quais, produit par Sam Spiegel et réalisé par Elia Kazan.

Marlon Brando « y joue un salaud et un traître », résume le réalisateur qui réalise un plaidoyer en sa faveur. Le film s’achève sur Marlon Brando en « figure christique suivant un chemin de croix, par sa rédemption ». L’interprétation remarquable vaut à Marlon Brando un Oscar. »L’éveil moral, au contact de l’amour, d’un jeune docker face aux méthodes criminelles d’un syndicat mafieux… Par Elia Kazan, un film social infusé de poésie, porté par les performances éblouissantes de Marlon Brando, Eva Marie Saint et Karl Malden. »

« Sur les quais, la règle c’est S. et M. Sourd et muet. » Parce qu’il a parlé à la police, Joey Doyle a été liquidé par les hommes de main du syndicat des dockers, dirigé par le mafieux Johnny Friendly. Terry Malloy, l’un de ses protégés, ancien boxeur devenu ouvrier portuaire, a attiré la victime dans ce piège sans se douter qu’il serait mortel. Tandis que le père Barry tente d’organiser la révolte des dockers rackettés et opprimés, Terry se rapproche de la sœur de Joey, Edie, qui le supplie de dénoncer les crimes de Friendly devant une commission d’enquête. Lorsque son propre frère, avocat du syndicat, est supprimé à son tour pour l’avoir protégé, le jeune homme est forcé de choisir son camp… »

« En 1952, Elia Kazan, pris dans les griffes du maccarthysme, livre les noms d’anciens militants communistes devant la commission des activités antiaméricaines. Deux ans plus tard, s’inspirant de faits réels révélés par la presse (l’exploitation des dockers de Big Apple par un syndicat mafieux), le cinéaste transpose le dilemme de la dénonciation sur les quais miséreux et embrumés du port de New York. Présentée par certains critiques comme une vaine tentative de justification, cette œuvre multiprimée a éclipsé la polémique par ses qualités intrinsèques : transcendé par la partition expressive de Leonard Bernstein et la photographie en noir et blanc, aux nuances évocatrices, de Boris Kaufman, ce film de gangsters atmosphérique dépeint la condition ouvrière avec un réalisme innervé de poésie ».
« Dans des décors naturels où la grisaille des docks contraste avec la clarté rêveuse et protectrice des toits – où Terry veille sur un pigeonnier et une poignée d’apprentis boxeurs –, Kazan capte le sinueux cheminement moral d’un jeune rustre individualiste vers la justice et la dignité. Dictée par l’amour de la délicate et intègre Edie, remarquablement campée par Eva Marie Saint, et les prêches enflammés du père Barry (Karl Malden), cette transfiguration aux accents christiques est magistralement servie par Marlon Brando, dont l’aura chargée de sensualité et de vulnérabilité subjugue une fois encore.
Le 6 mai 2018 à 15 h, a eu lieu le ciné-concert On The Waterfront avec l’Orchestre national d’Île-de-France – Ernst Van Tiel. « On the Waterfront » est un film réalisé par Elia Kazan, avec Marlon Brando, Karl Malden, Lee J.Cobb et Eva Marie Saint, sur un scénario de Budd Schulberg et une musique de Leonard Bernstein.
« En mettant en scène la corruption mafieuse dans le syndicat des dockers new-yorkais, Elia Kazan a donné en 1954 l’un de ses plus beaux rôles à un Marlon Brando âgé de 30 ans. Leonard Bernstein signe là sa seule musique pour l’écran (si l’on excepte les adaptations filmiques de ses comédies musicales). L’alternance des dissonances parfois rudes, des rythmes irréguliers et des sonorités éthérées préfigure l’idiome de West Side Story, trois ans plus tard. Ce film qui a remporté huit Academys Awards® est présenté sur grand écran en haute définition, avec la haute-fidélité des dialogues. Coproduction Orchestre national d’Île-de-France, Philharmonie de Paris. »

Engagements politiques

La mort de sa mère anéantit Marlon Brando… Il suit une psychanalyse.

Rita Moreno est « foudroyée » en rencontrant cet homme si charismatique. Elle vit une « passion sexuelle » pendant dix ans avec Marlon Brando. « Le problème, c’est trop de fantasmes… Un fois, j’ai été vraiment en colère. Il m’avait promis d’être fidèle. Il m’avait trompé. Je suis sortie avec Elvis Presley, mais cela n’a pas marché : c’était un petit paysan. Marlon Brando était un penseur original », conclut-elle. « Je suis incapable d’aimer » par manque de confiance dans les femmes, confie l’acteur à Truman Capote. Il craignait aussi d’être pris pour un « fils à maman ».

Marlon Brando délaisse Hollywood pour ses engagements comme délégué pour l’UNICEF, fonds des Nations unies pour l’enfance, ou pour les droits civiques auprès de Martin Luther King lors de la Marche à Washington.

« La poursuite impitoyable »

Marlon Brando s’investit dans son personnage dans The Chase (La Poursuite impitoyable), d’Arthur Penn. Un fiasco commercial.

Arte diffusa les 11, 12 et 27 septembre 2020 « La poursuite impitoyable » (Ein Mann wird gejagt ; The Chase) d’Arthur Penn. « Dans une bourgade conservatrice du Texas, Bubber Reeves, accusé à tort d’un délit, s’évade du pénitencier avec un complice, lequel vole une voiture après avoir tué son conducteur. Leur cavale déchaîne les passions… Avec Jane Fonda et Robert Redford, mais dominé par l’interprétation d’un Marlon Brando au sommet de son art, un puissant réquisitoire contre le racisme, qui n’a rien perdu de sa force. »

« Dans une bourgade conservatrice du Texas, Bubber Reeves, accusé à tort d’un délit, s’évade du pénitencier avec un complice, lequel vole une voiture après avoir tué son conducteur. Une cavale qui déchaîne les passions, les habitants redoutant le retour de Bubber, l’enfant du pays. Le shérif Calder s’emploie, quant à lui, à protéger le fuyard d’un lynchage annoncé… »

« Tourné par Arthur Penn dans les années 1960 avant l’emblématique Bonnie and Clyde, alors que le sud des États-Unis restait obstinément sourd au mouvement des droits civiques, La poursuite impitoyable met en scène une communauté blanche décadente, en proie aux démons de la corruption, de l’alcoolisme et du racisme ».

« Entre Val Rogers, le magnat local sans foi ni loi qui prétend jouer les philanthropes, ou cette autre famille de notables, dont les membres s’en prennent violemment aux Noirs par désœuvrement, le cinéaste dépeint une bourgeoisie américaine à bout de souffle. Même ses enfants – la génération Happy Days – se révèlent monstrueux, en particulier lors de la scène chaotique du lynchage collectif, certainement l’une des plus saisissantes du film ».

« En shérif justicier, roué de coups pour avoir voulu défendre le fuyard, Marlon Brando, le visage tuméfié, y montre une fois encore toute la démesure de son talent et de son jeu physique. Une manière aussi, à travers lui, de mettre l’Amérique face à sa (mauvaise) conscience ».
« Au milieu des années 60 l’étoile de Marlon Brando est déjà sur le déclin depuis une série de titres médiocres et le désastre commercial de la superproduction Les Révoltés du Bounty en 1962. Durant le tournage de ce remake signé Lewis Milestone les excentricités et la mauvaise humeur de l’acteur ont atteint des proportions extraordinaires et ont largement contribué au fiasco du film », a écrit Olivier Père.
Et de poursuivre : « Néanmoins la réputation de Brando n’est pas encore à son nadir quand il est choisi par le producteur Sam Spiegel (Sur les quais, Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie) et le réalisateur Arthur Penn pour interpréter le shérif Calder dans La Poursuite impitoyable, entouré d’une brillante distribution regroupant plusieurs nouveaux talents de Hollywood : Robert Redford, Jane Fonda, Angie Dickinson, Robert Duvall, James Fox… La Poursuite impitoyable est une chronique provinciale qui met en scène une flambée de violence collective dans une petite bourgade du Texas à l’annonce de l’évasion d’un jeune prisonnier blanc dont plusieurs notables de la ville ont de bonnes raisons de craindre le retour et la vengeance. Le shérif Calder, désigné comme la seule personne honnête d’une communauté rongée par la haine et la corruption, sera incapable d’apaiser un climat d’hystérie et de lynchage attisé par l’alcool et la peur. La Poursuite impitoyable dresse un portrait féroce de la haute bourgeoisie sudiste prête à toutes les vilenies pour protéger la respectabilité et les privilèges de sa caste, avec la complicité d’une population abrutie et ivre chaque fin de semaine. La violence explosive du film anticipe celle du long métrage suivant de Penn, réalisé un an plus tard, et qui obtiendra un immense succès : Bonnie et Clyde. L’atmosphère décadente et paroxystique de La Poursuite impitoyable vaudra au film de Penn des critiques assassines au moment de sa sortie. Il sera ensuite réhabilité puis considéré comme un classique des années 60. Les spectateurs américains n’étaient sans doute pas prêts à endurer un film aussi critique qui n’hésitait pas à dénoncer la lâcheté et la monstruosité d’une ville prospère avec une galerie de personnages irrécupérables et pourtant désespérément « normaux ».
Et Olivier Père d’analyser : « Vers la fin de son film, Arthur Penn reproduit quasiment à l’identique lors d’une scène dramatique réunissant les principaux protagonistes le meurtre survenu le 24 novembre 1963 de Lee Harvey Oswald, suspect principal dans l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, par Jack Ruby moins de quarante-huit heures après son arrestation, interrompant toute forme de procès et même d’instruction judiciaire. La transposition à peine trois ans plus tard d’un épisode encore dans toutes les mémoires de l’histoire contemporaine des États-Unis dans un contexte fictionnel choqua beaucoup à l’époque du film. Cette séquence constitue l’une des premières occurrences de l’affaire Kennedy dans une production hollywoodienne et marque plus largement l’intrusion de la violence réelle retransmise par les actualités télévisées dans le cinéma américain. A partir de la fin des années 60 et dans les années 70 on ne comptera plus les allusions plus ou moins directes aux assassinats de John Fitzgerald et Robert Kennedy, au Watergate et à la guerre du Vietnam dans les films des nouveaux cinéastes américains en prise directe avec les traumatismes récents de leur pays. »
Et de conclure : « Et Marlon Brando dans La Poursuite impitoyable ? Magnifique quoique déjà un peu boudiné dans sa tenue de shérif avec une dégaine nonchalante et une manière inimitable de mâchouiller ses dialogues avec un fort accent sudiste, il livre une composition géniale et ajoute un chapitre important à sa mythologie personnelle. Cinq ans plus tôt dans son unique réalisation le western baroque La Vengeance aux deux visages il se faisait longuement fouetter par Karl Malden ; dans le film de Penn il est victime d’un interminable passage à tabac qui le laisse défiguré et couvert de sang. Ces deux films contribuèrent à la légende du sadomasochisme de Brando à l’écran. L’acteur prendra en effet dans les années 60 et 70 un malin plaisir à incarner des personnages négatifs – sur le plan humain et politique – ou des antihéros suppliciés dans des films trop bizarres, ratés ou dérangeants pour séduire le grand public, en attendant sa brève résurrection artistique et commerciale en 1972 avec les triomphes consécutifs du Parrain et du Dernier Tango à Paris. »

Carrière en dents de scie
Après avoir soutenu les Black Panthers, il s’en éloigne. En sept ans, il accumule dix échecs commerciaux.

Sa « gloire absolue » ? Il « s’emploiera à la saboter dans les décennies suivantes, jusqu’à devenir une caricature de lui-même : plus concerné par ses engagements » politiques « que par les feux d’Hollywood, il enchaîne les échecs commerciaux au cours d’un lent suicide artistique, néanmoins ponctué de sublimes résurrections (Le parrain de Coppola, Le dernier tango à Paris de Bertolucci, Apocalypse now) ». Une jeune génération d’acteurs, tel Pacino, l’adule.

En 1973, c’est une Amérindienne qui vient chercher l’Oscar qui lui est décerné. Marlon Brando vit alors à Tétiaroa, près de Tahiti.

« Il est devenu une caricature de lui-même. Méchant. Sans amour », déplore Sondra Lee.

Marlon vit dans sa maison avec sa famille élargie. Et affronte les tragédies.

Philippe Kohly « explore les multiples facettes de ce génie torturé, disparu il y a dix ans, dans un passionnant portrait intime ».

De « son enfance dévastée – entre un père violent », alcoolique, coureur, ayant le souci des apparences et représentant en produits chimiques, « et une mère alcoolique mais vénérée », actrice et professeur de comédie d’Henry Fonda – « à sa vieillesse  recluse, Philippe Kohly (Gary/Ajar – Le roman du double) plonge dans les méandres d’une existence chaotique.

Convoquant ses proches (amis, amantes) et égrenant sa filmographie légendaire, éclairée par les commentaires de Robert Duvall – « Brando était l’acteur le plus singulier que j’ai connu. Quand je l’ai vu, c’était perturbant, mais bien » – et Elia Kazan – « Brando était un mélange de douceur et de mécontentement violent, parfois dangereux » -, ce film aux riches archives tisse un portrait intime de l’insaisissable Marlon Brando, séducteur compulsif et génie d’un art qu’il n’a cessé de dénigrer ».
Juifs/Israël
À Broadway, à l’aube d’une carrière prometteuse, Marlon Brando joue en 1946 dans A Flag is Bornpièce sioniste de Ben Hecht interprétée aussi par Paul Muni et Celia Adler, et sur une musique de Kurt Weill.
Il interprétait le rôle d’un survivant du camp de Treblinka prénommé David et souhaitant se rendre en Palestine sous mandat britannique. La « Palestine » de l’affiche désigne donc l’État juif. Ben Hecht stigmatisait l’indifférence du monde lors de la Deuxième Guerre mondiale à l’égard de la Shoah. Hecht et Adler militaient au sein de l’American League for a Free Palestine ou Groupe Bergson, qui a produit la pièce de théâtre. Marlon Brando a participé à de nombreuses manifestations du groupe Bergson. Lors de réunions, il a évoqué la triste condition des survivants de la Shoah dans des camps de personnes déplacées en Europe et le besoin d’un État juif.
Brando a donné son salaire – il avait accepté le minimum syndical -dans cette pièce à l’Irgoun, groupe militaire sioniste créé en 1931 dans la Palestine sous mandat britannique.

En 1979 dans Playboy et en 1996 dans le Larry King Live, Brando a évoqué les Juifs d’une manière ayant suscité une polémique. Il a réitéré alors son admiration pour les Juifs et nié tout antisémitisme de sa part.

« L’équipée sauvage » de Laslo Benedek

États-Unis, 1953
Auteur : Frank Rooney
Scénario : John Paxton
Production : Stanley Kramer Company Production
Producteur : Stanley Kramer
Image : Hal Mohr
Montage : Al Clark
Musique : Leith Stevens
Avec Marlon Brando (Johnny Strabler), Mary Murphy (Kathie Bleeker), Robert Keith (Shérif Harry Bleeker), Lee Marvin (Chino), Jay C. Flippen (Shérif Stew Singer), Hugh Sanders (Charlie Thomas)
Sur Arte le 21 juillet 2021 à 15 h 55

« Sur les quais » par Elia Kazan
Scénario : Budd Schulberg
Production : Columbia Pictures Corporation, Horizon Pictures
Producteur : Sam Spiegel
Image : Boris Kaufman
Montage : Gene Milford
Musique : Leonard Bernstein
Avec Lee J. Cobb (Michael J. Skelly), Marlon Brando (Terry Malloy), Karl Malden (Father Barry), Rod Steiger (Charley Malloy), Eva Marie Saint (Edie Doyle)

Auteur : Budd Schulberg
États-Unis, 1954
Sur Arte les 29 avril 2019 à 22 h 45 et 6 mai 2019 à 13 h 30
Visuels : © Boris Kaufman/Columbia Pictures

« La poursuite impitoyable » d’Arthur Penn

États-Unis, 1966
Auteur : Horton Foote
Scénario : Lillian Hellman
Production : Horizon Pictures, Columbia Pictures Corporation
Producteur/-trice : Sam Spiegel
Image : Joseph LaShelle
Montage : Gene Milford
Musique : John Barry
Avec Marlon Brando, Jane Fonda, Robert Redford, E. G. Marshall, Angie Dickinson, Janice Rule, Miriam Hopkins

Sur Arte les 6 septembre 2020 à 20 h 55,  11 septembre 2020 à 15 h 45, 12 septembre 2020 à 5 h 50, 27 septembre 2020 à 6 h 25

« Marlon Brando, un acteur nommé Désir  », par Philippe Kohly 
Roche productions, ARTE France, Angoa-Agicoa, Avro (Pays-Bas), Ciné +, CNC, Procirep,RTS (Radio Télévision Suisse), SBS Australia, 2013, 90 min
Sur Arte les 7 août à 23 h 10, 16 août 13 h 35, 25 août 2016 à 0 h 55, 9 mai 2019 à 1 h 30, 16 mai 2019 à 13 h 35, 18 mai 2019 à 6 h 45

 

Les citations sont extraites du site d’Arte. Cet article a été publié le 7 août 2016, puis le 28 avril 2019.

 

[Source : http://www.veroniquechemla.info]

¿Está conectada la migración peruana en Alemania con la historia y secuelas de las estructuras coloniales alemanas en el Perú? ¿Qué llevó a mi bisabuelo alemán, Otto Elsner, a migrar al Perú? ¿También vivieron en el país muchos otros alemanes alrededor de 1925 o anteriormente? ¿Cómo vivían? 

Ferdinand Wieland en su hacienda “Constancia”, en Huancavelica, centro oeste del Perú. | Foto (detalle): Patricia Wieland Conroy

Escrito por Helga Elsner Torres

Busco cuestionar la historiografía dominante del pasado y actual mediante la genealogía y el intercambio de material de archivo con peruanas y peruanos descendientes de alemanes que actualmente residen en Berlín.

En este proyecto de arte y archivo, financiado por el Senado de Cultura y Europa, crearé obras de arte con el material recibido. Estas a su vez servirán como punto de partida para discusiones sobre las olas migratorias poscoloniales en la actual Berlín.

Dibujo de un pasaporte alemán de la ruta Bremen-Lima. | Fuente: Helga Elsner Torres

La migración alemana al Perú sucedió desde la mitad del siglo XIX y se intensificó en la primera mitad del siglo XX. En ese entonces, existían dos formas de salir de Alemania hacia Perú. Una, era a través de Bremen. Debido a la cantidad de salidas que hubo por las facilidades que el gobierno peruano les otorgó a los alemanes, se crearon más puertos en Perú que permitían la llegada directa desde Bremen.

Desenho baseado em peça publicitária da Hamburg-Südamerikanische Dampfschifffahrts-Gesellschaft para a rota Hamburgo-Brasil, no ano de 1910.

Dibujo basado en una publicidad de Hamburg-Südamerikanische Dampfschifffahrts-Gesellschaft para la ruta Hamburgo-Brasil, año 1910. | Fuente: Helga Elsner Torres

La otra vía era a través de Hamburgo, con varias escalas. Primero en Brasil, luego bordeando Cabo de Hornos y finalmente en Chile hasta llegar a Perú. La publicidad era muy colorida y mostraba principalmente a Suramérica como un lugar exótico, con gran diversidad natural y riquezas aún no descubiertas.

Otto Elsner (descendente peruano) em sua visita à Alemanha, Colônia.

Otto Elsner (descendiente peruano) en su visita a Alemania, Colonia. | Fuente: familia Elsner

El proyecto ¿De dónde vienes (realmente)? comienza con la búsqueda de archivos y documentos oficiales familiares. 1996 fue el año en el que mi abuelo, hijo de alemán, viaja por primera y única vez a Europa con pasaporte peruano y visa de turista.

Slide fotográfico antigo do ano 1956. Registro familiar em Huaraz, capital do departamento de Ancash e residência principal de meu avô, Otto Elsner. Autor desconhecido. 

Diapositiva fotográfica antigua del año 1956. Registro familiar en Huaraz, capital del departamento de Ancash y residencia principal de mi abuelo Otto Elsner. Autor desconocido. | Fuente: familia Elsner

Durante el proyecto se comparten fotos familiares y se escuchan relatos, mitos de migración, archivos, cartas y cualquier objeto material o idea que nos haga reconstruir una historia de estos antepasados.

Obituário do jornal de Bremen do ano 1918, onde são mencionados os negócios de Gildemeister no Peru e no Chile.

Obituario del Periódico de Bremen del año 1918, donde se mencionan los negocios de Gildemeister en Perú y Chile. | Die MAUS Bremen: Gesellschaft für Familienforschung e. V.

Aunque Perú no fue una colonia alemana, se llevaron a cabo estructuras coloniales que solían colocar a los alemanes en una convivencia privilegiada con la élite política en el Perú de la época. Esa es la historia de muchos comerciantes alemanes que, con la exportación de materias primas y productos nativos, pudieron hacer crecer rápidamente su capital e inversiones, adquirir inmensas extensiones de tierras (principalmente en la costa central y norte de Perú, así como en la selva) y tener cada vez más propiedades, para luego formar poderosos e influyentes grupos económicos. Tal es el caso de la familia Gildemeister de Bremen con la exportación y venta de salitre y la producción de azúcar.

Habitação de um trabalhador alemão no distrito 3 de outubro, próximo à fazenda Casa Grande da família Gildemeister, Peru.

Vivienda de un trabajador alemán en el distrito “3 de octubre” cercano a la Hacienda “Casa Grande” de la familia Gildemeister, Perú. | Fuente: Helga Elsner Torres

Esta familia trajo durante su época de mayor apogeo y crecimiento a cada vez más empleados alemanes, entre ellos administradores y técnicos agrícolas, a trabajar en el Perú. Principalmente su extensa hacienda “Casa Grande”, en el norte del país, recibió más alemanes.

Sus centros de producción (denominados haciendas) se extendieron a lo largo de la extensa y productiva costa norte y en el centro de Perú. Una de estas era la Hacienda Barbacay, en Huarmey, donde fue contratado mi bisabuelo.

Manteiga Luxus, produzida na fazenda Constancia, com uma embalagem disponível em espanhol, inglês e alemão. 

Mantequilla “Luxus”, producida en la hacienda “Constancia”, con un empaque disponible en español, inglés y alemán. Fuente: Patricia Wieland Conroy

A través de esta investigación y el intercambio de información, se da cuenta de los privilegios que los migrantes alemanes tenían en el país: a algunos el gobierno peruano les prometió propiedades por emigrar al Perú, oferta que no siempre cumplió; los más acomodados tenían sus propias haciendas y puertos exclusivos para exportar; otros se dedicaban a la agricultura y ayudaban a otros alemanes a coleccionar objetos que pudieran resultar escasos o difíciles de encontrar en su país de origen como cerámicas, textiles y fardos funerarios precolombinos, entre otros.

Enrique Böttger, fundador de Oxapampa e dono de uma propriedade no distrito de Chontabamba. Autor desconhecido. 

Enrique Böttger, fundador de Oxapampa y dueño de un fundo en el distrito de Chontabamba. Autor desconocido. | Fuente: Janeth Schipper Böttger

Enrique Böttger, fundador de Oxapampa y dueño de un fundo en el distrito de Chontabamba, intercambiaba objetos que traía de Alemania, por ejemplo, espejos, con indígenas de la comunidad “Amuesha”, quienes a cambio les entregaban sus pinturas o les enseñaban las técnicas de cultivo de la yuca. Enrique emigró a Perú junto con su hermano, Pablo, pero este último se quedo en Yanachaga. Actualmente esta localidad en la selva central de Perú tiene una importante presencia de descendientes de colonos alemanes.

Desenho baseado em uma fotografia da família Böttger em sua propriedade em Yanachaga, no distrito de Huancabamba, no centro do Peru. Na fotografia original estavam presentes Pablo Böttger Treu, sua esposa Mina Nissen e sua família. Autor desconhecido. 

Dibujo basado en una fotografía de la familia Böttger en su fundo de Yanachaga, en el distrito de Huancabamba, en el centro del Perú. En la fotografía original estaban Pablo Böttger Treu, su esposa Mina Nissen y su familia. Autor desconocido. | Fuente: Helga Elsner Torres

¿Qué los motivó a migrar al Perú? Si bien muchos emigrantes venían de una Alemania empobrecida buscando un horizonte mejor, otros pudieron establecerse rápida y definitivamente debido a los ingentes recursos naturales y extensas áreas de territorio no pobladas y a las facilidades que les daba el gobierno peruano para quedarse en el país.

Desenho baseado em uma fotografia familiar pertencente à família Cossio Tidow. Ulrich Tidow e seus pais, Hans e Therese Tidow, na Campina de Arequipa, no sul do Peru. Hans Tidow trabalhou na Cervejaria Alemã Günther & Tidow S.A. 

Dibujo basado en una fotografía familiar propiedad de la familia Cossio Tidow. Ulrich Tidow y padres, Hans y Therese Tidow, en la Campiña de Arequipa, al sur del Perú. Hans Tidow trabajó en la Cervecería Alemana Günther y Tidow S.A. | Fuente: Helga Elsner Torres

Muchos solo se unían familiarmente a otros alemanes de manera oficial, tenían descendientes que eran criados bajo reglas alemanas y frecuentaban exclusivamente esos círculos. Algunos tenían familias paralelas con peruanas.

Ferdinand Wieland em sua fazenda Constancia, em La Libertad, norte do Peru. 

Ferdinand Wieland en su hacienda “Constancia”, en Huancavelica, centro oeste del Perú. | Fuente: Patricia Wieland Conroy

Sin embargo, aunque menos frecuente, algunos alemanes también entablaron relaciones duraderas y familiares con peruanas y peruanos.

A fazenda Constancia, em La Libertad, no norte do Peru.

La hacienda “Constancia”, en Huancavelica, centro oeste del Perú. | Fuente: Patricia Wieland Conroy

Varias generaciones nacieron y crecieron en las haciendas propiedad de los primeros emigrantes alemanes.

Las seis hermanas Schipper Böttger en Prenzlauer Berg, Berlín. | Fuente: familia Schipper Böttger

Hoy, tras varias décadas, esos descendientes han decidido regresar a Alemania, por razones diferentes, pero la búsqueda es la misma: nuevas oportunidades. Generalmente lo hacen por las facilidades para realizar estudios superiores o mejorar su calidad de vida en un lugar más estable que el Perú actual.

Marlene Gildemeister na Coluna da Vitória em Berlim.

Marlene Gildemeister en la columna de la Victoria en Berlín. | Fuente: Marlene Gildemeister

Es así como hoy vemos una migración postcolonial en un país que en su momento fue una fuerza colonial y que acumuló recursos. Es esta una razón obvia para las olas de migración contemporáneas hacia Alemania y Europa, en general.

Visto alemão de Helga Elsner Torres. 

Visado para Alemania de Helga Elsner Torres. | Fuente: Helga Elsner Torres

¿Son igualmente justas estas posibilidades de migración? ¿Es decir, de peruanas y peruanos a Alemania? Y, ¿están las secuelas del colonialismo relacionadas con los movimientos migratorios contemporáneos entre Alemania y Perú? Abordaré estas y otras preguntas de manera artística y personal desde este 5 de noviembre en una exposición en el KulturMarktHalle e.V. en Berlín.

Algunos descendientes de alemanes se enfrentan a la problemática de que, al no conocer ni poder demostrar su origen, no cuentan con un pasaporte alemán y están condicionados, como cualquier migrante no europeo en Alemania, a solicitar títulos de residencia temporales.

[Fuente: http://www.goethe.de]

Parmi les très nombreux ouvrages qui paraissent régulièrement sur l’alimentation, quelques publications récentes entendent faire de la façon dont on se nourrit un enjeu du débat politique. À un an de l’élection présidentielle, le calendrier semble bien choisi. Je vous propose donc une nouvelle série de billets sur cette thématique, avec des textes plus ou moins récents, mais qui partagent tous la même finalité : inscrire la façon dont on se nourrit dans la réflexion et l’action politique.

Écrit par LAURE BONNAUD

Ce premier billet propose la lecture de Manger autrement, de Stéphane Gacon et Thomas Grillot (PUF/La vie des idées, 2017).

Couverture du livre de Stéphane Gacon et Thomas Grillot

Manger autrement a été publié en 2017. Il s’agit d’un livre court, de moins d’une centaine de pages, qui réunit quatre contributions initialement parues sur le site de La vie des idées : une exposition du propos du livre appuyée sur un état de l’art, par Stéphane Gacon ; un entretien avec Julie Guthman principalement à propos de ses travaux sur l’agriculture biologique, mené par Thomas Grillot et Nicolas Larchet ; un débat sur l’approvisionnement des villes et l’agriculture urbaine avec un texte assez provocateur de Roland Vidal et André Fleury auquel répond François Jarrige ; enfin un texte de Valeria Siniscalchi sur le mouvement international Slow Food. Ensemble, ces textes définissent l’avenir de systèmes alimentaires où l’on mangerait autrement : plus bio, plus local, plus sain, plus équilibré, etc.

« Manger autrement, c’est-à-dire ? », demande tout d’abord S. Gacon. Il propose de s’intéresser aux revendications du mouvement social alimentaire et dégage ainsi les grandes lignes d’une autre alimentation, qui suppose une évolution de notre rapport au temps et à l’espace : « S’approvisionner hors des circuits de distribution classiques, en particulier dans les circuits courts, retourner en cuisine et adopter un régime plus équilibré, moins carné, moins sucré, en réintroduisant de la commensalité et de la convivialité dans les prises alimentaires » (p. 11). Il note également que la contestation des normes alimentaires est historiquement concomitante des moments de forte contestation politique. Ainsi le Pure Food and Drug Act de 1906 naît dans une période de critique de l’industrialisation au début du XXe siècle aux États-Unis. De même, les travaux de Warren Belasco ont montré que le mouvement de la contre-culture américaine des années 1960-1970 concerne l’alimentation et accorde beaucoup d’intérêt à « apprendre » à mieux manger. Le rejet de la société de consommation passe alors aussi par la nourriture ; il suscite l’émergence d’une contre-cuisine, en réaction aux additifs et aux résidus de pesticides, qui affirme son authenticité et son ethnicité contre la cuisine WASP intégratrice. Ce programme militant pour l’alimentation faisait alors le pont avec les revendications écologiques émergentes, notamment celles qui remettaient en cause les façons de  produire, de distribuer et de consommer dans un système socio-technique né avec la révolution industrielle. Enfin, en s’appuyant sur les travaux de Christian Deverre1, S. Gacon présente le débat sur les rapports entre le modèle dominant et ses marges contestataires. Les systèmes agricoles et agroalimentaires alternatifs sont-ils voués à se fondre dans le capitalisme dominant (ce qu’on appelle aussi la conventionnalisation) ou condamnés à rester marginaux mais fidèles à l’idéal d’une agriculture artisanale à petite échelle (thèse de la bifurcation) ? C’est aussi à cette question que sont invités à répondre les autres contributeurs du livre.

Le laboratoire de l’agriculture californienne

Ce sujet est au cœur du travail de Julie Guthman, interrogée par Thomas Grillot et Nicolas Larchet. Géographe, elle mène depuis de nombreuses années des recherches sur l’agriculture en Californie. La Californie est une zone intéressante car l’agriculture n’y a jamais été paysanne, elle a été créée selon un modèle industriel dès le milieu du XIXe siècle, avec un recours important à la main d’œuvre immigrée : Chinois, Japonais, Mexicains, paysans blancs pauvres déplacés du sud-est pendant la Grande Dépression, puis originaires d’Amérique latine. Développer l’agriculture biologique dans cet environnement suppose non pas de préserver et d’adapter un modèle de culture à petite échelle préexistant, mais surtout d’obtenir des certifications bios. Or les normes constituent autant des opportunités que des obstacles pour les agriculteurs et c’est ce double mouvement qui intéresse J. Guthman, sachant que ce type d’agriculture reste ultra-minoritaire : seulement 1 % des terres agricoles sont consacrées à l’agriculture biologique. Elle insiste ensuite sur le fait que l’alimentation alternative ne s’appuie pas sur l’État et ne compte pas sur lui pour impulser une réforme agricole. Au contraire, certains de ses promoteurs sont farouchement antiétatiques. Leurs revendications concernent la recherche, le partage des coûts de certification, l’assurance-récolte pour les produits biologiques et non une transformation de grande ampleur en faveur de pratiques de production plus durables. Elle met également en évidence les caractéristiques du militantisme en faveur d’une alimentation alternative, qui est plutôt le fait de Blancs, plutôt aisés, instruits, habitants des villes. Ces derniers promeuvent une alimentation locale, sans relation au terroir comme en France, mais fondée sur l’approvisionnement des marchés urbains et des restaurants. Elle note que ce mouvement social est attentif aux critiques sociales (et des sciences sociales) dont il fait l’objet2. Il est en effet régulièrement accusé de constituer un activisme de privilégiés. De nombreuses initiatives ont été prises pour tenter d’élargir la base sociale de ce mouvement. Enfin, elle termine l’entretien en insistant sur la nécessité de ne pas s’en tenir à l’étude des marges du système alimentaire, mais de comprendre le cœur de l’agriculture conventionnelle et en présentant sa recherche sur la culture des fraises, qui a déjà fait l’objet d’un compte-rendu sur le blog…

 

Couverture du livre de Julie Guthman Agrarian Dreams

Les deux textes suivants forment un tout et organisent un débat entre Roland Vidal et André Fleury d’une part, qui s’intéressent à la notion de « ville autosuffisante » pour critiquer les projets d’approvisionnement local des villes, et François Jarrige, d’autre part, qui prend la défense des circuits courts.

Militer localement…

Avec « Alimenter les villes autrement : gare aux utopies ? », R. Vidal et A. Fleury proposent d’abord un détour historique et montrent que toutes les villes ne comportent pas dans leur territoire des terres agricoles capables de nourrir leur population. Dans l’Antiquité, Athènes et Rome, en se développant, ont dû importer une partie de leur alimentation : c’était le cas de 2/3 de l’alimentation consommée à Athènes lorsque la ville a compté 300 000 habitants par exemple. En outre, pour certaines productions, les marchés ne sont plus locaux depuis longtemps : les marchés mondialisés du blé et du riz permettent de nourrir des populations très éloignées. Par exemple, la production de blé du Bassin parisien dépasse largement les besoins de la seule population locale. Enfin, la consommation d’énergie nécessaire à la production alimentaire ne provient que pour une faible part du transport. C’est la production qui émet le plus de CO2. Pour eux, « recommencer à cultiver sur place la totalité des légumes, des fruits ou du vin que l’on consomme à Paris reviendrait à augmenter l’impact environnemental de la production alimentaire » (p. 50), d’autant plus que l’extension urbaine a beaucoup réduit les terres maraîchères les plus fertiles. Pour la région Île-de-France, contre l’idée de consacrer la production à l’approvisionnement de Paris et de multiplier les petites fermes de proximité, ils préfèrent défendre une « écologisation intensive » spécialisée dans la culture du blé, afin de valoriser ces terres très productives. De plus, ils proposent de relancer les initiatives pour que les campagnes récupèrent les déchets urbains organiques, selon une répartition des rôles très classique dans l’histoire. Au final, ils invitent à se défaire d’une certaine utopie et d’une imagerie bucolique des rapports villes-campagnes.

Il revient à François Jarrige de répondre à cette charge contre les circuits courts et l’approvisionnement local. Il s’efforce en particulier de décrire précisément les différentes formes d’approvisionnement local, beaucoup plus variées que ce que présentent R. Vidal et A. Fleury. Il recense la vente directe avec des marchés fermiers, des ventes ou cueillettes à la ferme, des associations entre producteurs et consommateurs (coopératives, Amap), la production directe par les consommateurs (jardins communautaires ou scolaires), des structures et administrations communales ou territoriales d’approvisionnement et de distribution alimentaires, etc. En bref, un foisonnement d’expériences et d’initiatives qui visent à redéfinir les relations marchandes en s’appuyant sur une forte dimension politique. Pour cette raison, on ne peut pas analyser le phénomène de l’approvisionnement local uniquement comme une question technique, mais on doit aussi envisager les enjeux politiques autour de la revendication de son existence. Les initiatives naissent souvent à partir de problèmes concrets qui ne trouvent pas de solution dans le circuit conventionnel, par exemple l’approvisionnement de certains quartiers en produits frais ou la piètre qualité de certains produits. D’autres fois, ces expériences s’inscrivent dans des mouvements sociaux qui luttent contre l’insécurité alimentaire, ou entendent redéfinir le rôle de la démocratie locale dans la mondialisation, à partir de l’alimentation. François Jarrige plaide ainsi pour une reconnaissance de l’apport critique de ces formes concrètes de contestation du système de production, de distribution et de consommation.

Ou internationalement ?

Enfin, le dernier texte de l’ouvrage aborde la question de l’expansion internationale des initiatives alternatives locales, à partir de l’exemple de Slow Food. Avec « Les politiques locales d’un mouvement international : le cas de Slow Food », Valeria Siniscalchi illustre avec un exemple concret ce militantisme alimentaire dont il est question depuis le début du livre.

Elle revient d’abord sur les origines d’un mouvement qui revendique aujourd’hui plus de 100 000 adhérents dans le monde. Slow Food naît en Italie au milieu des années 1980, sous le nom d’Arcigola, une branche de l’Arci, qui est un organisation des clubs issus du mouvement antifasciste. Ses fondateurs sont des militants issus de la gauche et de l’extrême-gauche, en majorité des hommes, qui revendiquent le plaisir et la convivialité de la table et du vin. Ils parcourent l’Italie à la découverte de productions locales et de spécialités traditionnelles à mettre en avant. Ils tissent des liens avec des artistes, des journalistes, des critiques gastronomiques et trouvent un relais important auprès des restaurateurs qui deviennent des ambassadeurs locaux du mouvement et fédèrent autour d’eux. En 1987, l’association publie un manifeste pour la slow food contre la fast food, qui célèbre la lenteur, le plaisir, le fait de prendre son temps, la convivialité, en réaction à la frénésie et à la standardisation de la nourriture et du goût. En 1990, une maison d’édition est créée pour diffuser ces messages plus largement.

L’association suit deux voies d’expansion, en Italie et dans le monde. Des liens avec la France sont tissés dès 1989. Progressivement, les thématiques auxquelles l’association s’intéresse s’enrichissent également : à la gastronomie et au plaisir du bien manger s’ajoute un intérêt pour les produits et les contextes de production, l’environnement, la biodiversité et la justice sociale. Le succès de Slow Food n’est cependant pas également réparti dans le monde et V. Siniscalchi se penche notamment sur les difficultés du mouvement en France. Alors que les contacts entre l’association italienne et la France ont été précoces, alors que Slow Food revendique l’influence de la physiologie du goût de Brillat-Savarin sur son manifeste, la structure nationale française ne parvient pas à exister durablement. Le mouvement est principalement présent via des comités locaux. Le problème n’est pas propre à la France et se rencontre dans plusieurs pays. V. Siniscalchi l’analyse comme le résultat d’une tension inhérente au mouvement avec d’un côté des producteurs qui agissent sur le terrain et de l’autre des professionnels du mouvement qui agissent pour que Slow Food soit reconnu en tant que mouvement politique et pèse sur les politiques publiques (notamment sur le modèle de la politique agricole commune). Ainsi, elle montre de façon très convaincante les différents enjeux d’une association à la fois très locale et mondiale, qui réunit des producteurs et des consommateurs, en prise avec les plaisirs de la table et avec les politiques publiques, qui doit s’adapter en permanence à la fois aux différentes scènes, mais aussi aux évolutions de chacune d’elle, sans perdre de vue les principes qui l’ont fondée.

L’ouvrage se termine avec bibliographie commentée d’une vingtaine d’ouvrages sur l’alimentation. Il constitue donc une bonne introduction aux différentes formes de mobilisation militante pour une autre alimentation…

 

Pour en savoir plus

  • Sur les auteurs

Stéphane Gacon : page personnelle

Thomas Grillot : page personnelle

Nicolas Larchet : page personnelle

Roland Vidal : site personnel

André Fleury : quelques lignes sur le site de La vie des idées

François Jarrige : page personnelle

Valeria Sinisclachi : page personnelle

 

  • Sur le livre

À propos de Julie Guthman : page personnelle sur le site de l’université de Santa Cruz

Agrarian Dreams

Wilted et article sur ce blog

 

À propos de Slow Food en France : lien


 

  1. et sur ce blog, on ajoutera « et de Christine de Sainte-Marie ». Cf. cet article qui présente leur analyse commune. []
  2. Ce point a déjà été abordé sur le blog, dans l’entretien avec Nicolas Larchet à propos de sa thèse. []

[Source : ritme.hypotheses.org]

En famille d’accueil, les violences subies par les enfants placés sont souvent d’ordre psychologique (dévalorisation, dénigrement, manque d’affection). Shutterstock

 

 

Écrit par Isabelle Lacroix

Sociologue, Chercheuse associée INJEP; Laboratoire Printemps-Université Versailles-Saint-Quentin/Paris-Saclay, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Isabelle Frechon

Socio-démographe, chargée de recherche CNRS, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay

Pascale Dietrich

Chargée de recherche, Institut National d’Études Démographiques (INED)

Sarra Chaieb

Chercheuse en sociologie, Université Sorbonne Paris Nord

En 2018, 187 000 mineurs et jeunes majeurs étaient pris en charge par les services de l’Aide sociale à l’enfance. Leur placement est motivé par la nécessité de les protéger de la violence familiale ou de pallier la défaillance ou l’absence des parents. Dans le cadre d’une recherche sur l’accès à l’autonomie de ces jeunes, nous avons mené des entretiens auprès d’une centaine d’entre eux dans la période qui suit leur sortie de placement.

Lors de ces échanges, environ un jeune sur trois a évoqué de façon spontanée des faits s’apparentant à de la violence lors du placement. À partir d’un document de travail publié par l’INED, nous proposons de dresser un état des lieux de cette violence en tentant d’analyser les rapports sociaux conduisant à ces situations.

Les témoignages laissent apparaître deux grandes familles de violences : les violences survenant dans les interactions personnelles que les jeunes ont au quotidien, et celles qui sont liées aux politiques publiques et au fonctionnement de l’institution.

En famille d’accueil et en foyer

Certaines violences se logent dans les interactions des jeunes enquêtés avec les acteurs institutionnels ou leurs pairs, c’est-à-dire les autres jeunes placés.

Elles sont les plus faciles à repérer car elles mettent en jeu un acteur clairement identifiable : un membre de la famille d’accueil, un autre jeune, un éducateur, etc. Elles s’expriment le plus fortement dans le huis clos des familles d’accueil, configurations qui rendent difficiles l’expression de la souffrance et la dénonciation de la situation.

La violence est plus souvent psychologique (dévalorisation, dénigrement, manque d’affection…) que physique et peut s’exercer durant de longues années. Parfois, les familles d’accueil font sentir aux jeunes qu’elles ne les prennent en charge que pour des raisons financières.

Ceux qui sont issus de l’immigration doivent quant à eux affronter des discriminations et des propos racistes. Les mauvais traitements peuvent aussi s’apparenter à des pratiques d’exploitation, comme en témoigne Rosie :

« On se lève à 7 heures du matin. On commence à faire le ménage, on fait, on était comme des servantes quoi. […] Elle était là à donner des ordres “Faites cela, faites ceci, faites ça !” Le matin on déjeunait pas, à midi, on attendait le reste de ses enfants pour manger. Quand il pleuvait, elle nous mettait dehors. […] Sur le canapé, on n’a pas le droit de s’asseoir dessus, on passait toute la journée debout. »

Quel que soit le type de violence subie, la principale difficulté aux yeux des jeunes réside dans l’impossibilité d’exprimer les problèmes. Émilie a eu une très mauvaise expérience dans une famille d’accueil. Selon elle, « tout se passait mal dans la deuxième famille d’accueil » sans qu’elle n’ait jamais l’occasion d’exprimer les problèmes :

« Je n’ai eu qu’une visite en l’espace de 5 ans, c’est pas normal […] C’est comme si j’avais été abandonnée […] Je n’avais pas de lieux pour parler de ce qui n’allait pas. »

Le foyer, lieu d’accueil privilégié de l’adolescence, est quant à lui davantage la scène d’une agressivité au quotidien entre jeunes pris en charge.

Cette cohabitation avec la violence ordinaire peut être mal vécue mais, pour la plupart des enquêtés, tant qu’ils ne se sentent pas directement visés, que l’équipe éducative réussit à contenir les débordements et qu’ils sont parvenus à faire leur place en ayant construit des relations suffisamment fortes avec un groupe de pairs, la vie en collectivité leur laisse plutôt de bons souvenirs.

Les scènes de violences sont relativisées au regard de leur parcours antérieur, déjà fortement empreint de violence, ou mises en balance avec les moments positifs.

Relevons que parmi toutes ces souffrances, la parole autour des violences sexuelles commise lors d’un placement reste encore très difficile à aborder et peine à être entendue. Que les auteurs soient des professionnels, conjoints de professionnels ou jeunes pairs, les victimes se heurtent systématiquement à un défaut de reconnaissance qui conduit à un manque de soutien dans les démarches pour porter plainte.

Du placement à la majorité

Un autre type de violences résulte d’agents dits « de seconde ligne » (juges des enfants, inspecteurs de l’enfance et référents ASE) et donc moins identifiables par les jeunes. Ces acteurs exercent dans le cadre contraignant des politiques publiques dont les orientations ont des conséquences directes sur l’existence des jeunes. Plusieurs moments apparaissent particulièrement propices à la naissance d’une souffrance.

Tout d’abord, l’entrée en placement lorsque l’enfant n’a pas été associé aux décisions qui le concernent. Certains jeunes témoignent du choc du premier placement et des répercussions sur la suite de leur prise en charge, comme Jessica :

« Sur le coup c’est très difficile, hein. À 6 ans quand on vient vous chercher, que c’est pas prévu, on vous emmène dans un endroit que vous connaissez pas, avec des gens que vous connaissez pas… […] Le seul souvenir que j’ai, c’est de dire à ma mère : « maman on m’amène en prison ». »

La sortie de l’Aide sociale à l’enfance constitue également un moment particulièrement sensible. Dans un contexte de restriction budgétaire, les travailleurs sociaux sont incités à pousser les jeunes à quitter rapidement l’ASE.

Cette situation est à l’origine d’une grande anxiété chez les jeunes qui savent qu’ils devront quitter la structure qui les héberge à leur majorité (ou à 21 ans dans le meilleur des cas) et qui redoutent de se retrouver à la rue. Ils vivent alors la perspective de la sortie de l’ASE comme une « expulsion programmée ».

En particulier, le passage à la majorité marque une rupture dans la prise en charge puisque celle-ci cesse d’être un droit dans le cadre d’un éventuel contrat jeune majeur – ceux qui sont engagés dans une démarche d’insertion (études, formation professionnelle, recherche d’emploi…) peuvent demander la prolongation de l’aide en adhérant à un « projet » visant à les rendre autonomes au plus vite. Nadjela, qui était en foyer de jeunes travailleurs avant sa sortie, témoigne de la violence du tournant qu’implique le passage à la majorité :

« Quand tu deviens majeur, couteau dans le dos. C’est tout. Quand t’es mineur, c’est joli, et quand tu deviens majeur tout est moche. Mineur c’est beau et majeur c’est la catastrophe. Il y a plus d’obligation. Ils te le disent hein ! “Dix-huit ans, t’as plus d’obligation, on n’est pas obligé de te garder, on peut te mettre à la rue. T’es considéré comme majeur en France”. Ah, ils te le disent : “T’es considéré comme majeur, t’es dehors. »

Cette pression à la sortie peut aboutir à des mises à la porte aux conséquences désastreuses pour les jeunes qui ne disposent pas d’un entourage pour les accueillir.

Manque d’espaces d’expression

La violence institutionnelle forme donc un continuum allant de violences graves à d’autres moins visibles, en apparence mineures, mais qui n’en sont pas moins à l’origine de ruptures et de douleurs. Cette violence subie entre les murs de l’institution se cumule aux autres formes de violences vécues fréquemment par les jeunes placés : violences familiales, violences entre jeunes dans les quartiers et violences « sociales » (précarité économique, discriminations, épisodes à la rue…).

Parfois, les violences sont le fait des acteurs institutionnels dits « de première ligne » (familles d’accueil, éducateurs), parfois elles relèvent de tensions entre pairs et parfois encore elles sont la conséquence d’une organisation liée aux décisions d’acteurs de « seconde ligne » (décideurs politiques, juges, acteurs administratifs…).

Ces trois niveaux sont enchevêtrés et les violences entre individus sont indirectement le produit de défauts organisationnels : le manque de suivi ou de contrôle des lieux de placement est par exemple en cause. Ainsi, une partie de la violence tient à des politiques publiques trop peu ambitieuses et restrictives sur le plan budgétaire.

Tout en construisant une politique de prévention des violences institutionnelles plus efficace, il est essentiel de donner aux jeunes placés des possibilités d’expression. La violence la plus difficile à endurer est celle qui se heurte à des portes fermées, sans partage ni reconnaissance par un tiers, ou sans aucune réponse adéquate à celle-ci.

 

[Source : http://www.theconversation.com]

L’ortografia d’una llengua ha de fugir del fetitxisme i ser menys simbòlica que funcional

La dièresi d’'ensaïmada' és d’aquelles que, en recaure en vocal àtona, podria ser ben prescindible.

La dièresi d’’ensaïmada’ és d’aquelles que, en recaure en vocal àtona, podria ser ben prescindible.

 

Vist però el debat suscitat, ara és una llàstima que no s’aprofités l’avinentesa per afrontar altres racons ortogràficament foscos, més que res perquè no podem retocar l’ortografia de la llengua cada quatre anys —ni cada deu o vint o més—, primer perquè cal deixar que tota una època de la llengua s’identifiqui amb el propi codi (això és, el codi ha de ser compartit per generacions successives), i segon perquè no ens podem permetre el luxe d’anar reeditant polèmiques o obrir-ne de noves quan amb prou feines hem tancat l’anterior. Si al seu moment no hi va haver la valentia o no es va considerar oportú de canviar altres coses a tomb dels diacrítics, ara, malauradament, costarà déu i ajuda trobar el moment.

Tampoc hi coopera el fetitxisme ortogràfic, tot un mal importat de l’afició que en castellà tenen per la lletra enya, que ha acabat simbolitzant en eslògans i logotips l’espanyolitat mateixa. Ja hem vist com, amb la reforma dels diacrítics, també per al català l’accent es convertia en estendard, tal com se sol concebre la ela geminada, que al seu moment va aparèixer com una solució provisional (tal com es recull a les Normes ortogràfiques) i que ara és tot un receptacle de catalanor. I el mateix li passaria, per descomptat, a la dièresi, un recurs ortogràfic enrevessat, de normativa complexa, un complement del sistema d’accentuació que sovint fa més nosa que servei.

És clar que hi ha dièresis necessàries, com ara la que fa sonar la u en mots com pingüí o qüestió, o la que supleix l’accent en casos com veïna o peülla, en què una vocal feble es converteix en la vocal tònica del mot. El problema, però, és que l’ortografia prescriu que la dièresi ha d’assenyalar igualment el trencament de diftong entre vocals àtones, de manera que els dos puntets s’estenen a un munt de paraules sense que en marquin la tonicitat. En casos com traïciódistribuïdoraïllamentarruïnarheroïcitatcocaïnòmanensaïmadaucraïnèsapaïsat, no passaria res si no hi poséssim dièresi, perquè de fet la síl·laba tònica recau en una altra banda. En realitat, són tantes les paraules que haurien de seguir aquesta norma que l’aparell d’excepcions ha acabat sent formidable, possiblement es tracta del fenomen ortogràfic que en té més: si no escrivim traduïntegoïstareünió o pòdiüm és perquè no volem que els parlants s’immolin com bonzes.

No és fàcil per a l’usuari trobar mecanismes per col·locar aquestes dièresis, al contrari del que passa amb l’accentuació, que consisteix a sil·labejar correctament i detectar la vocal tònica. Se’ns diu, per exemple, que els derivats de les dièresis porten dièresi, com ensaïmada de saïm, però de vegades la dièresi del mot primitiu desapareix per ser excepció, com passa amb traïció respecte de trair. Com també passa que un mot primitiu no en porti però sí els seus derivats, tal com veiem a heroic i heroïcitat o a fluid i fluïdesa, o derivats del mateix mot que puguin dur dièresi o no, com tenim a paíspaisatge i apaïsat. Sense tenir en compte, esclar, els casos en què no podem traçar la derivació, com a suïcidi o diürètic.

L’ortografia d’una llengua ha de ser menys simbòlica que funcional, no podem posar-nos pedres al fetge cada cop que ens atrevim a tocar-ne un aspecte carregats d’arguments i raons, perquè llavors estarem condemnats a la paràlisi, atemorits dels estirabots d’aquells que es pensen que col·locar un accent és com clavar una bandera. I no ens arruinarem si disposem de normes una mica més intuitives, ni serà pas cap traició.

[Font: http://www.elpais]

une chose qui s’est produite deux fois se produira une troisième ; les bonnes nouvelles s’enchaînent ; les malheurs se répètent

Origine et définition

Voilà un proverbe bien étrange dont l’origine reste mystérieuse.
En effet, qu’est-ce qui a pu justifier le fait qu’un jour, quelqu’un ait décidé que tout évènement se produisant deux fois, se produirait aussi et automatiquement une troisième ?
Ou, autrement dit, que cet évènement se produirait une ou trois fois, mais pas seulement deux.
Le maintien de l’usage de ce proverbe est d’autant plus bizarre qu’on peut vérifier quasiment tous les jours qu’il n’est pas vrai : ce n’est parce que vous avez éternué deux fois qu’il y aura une troisième fois, ou bien parce que vous avez bu deux cafés dans la journée que vous allez en boire un troisième.
Au XIIIe siècle, on utilisait « tierce fois, c’est droit » pour signifier, entre autres, qu’une action ne pouvait être correctement réussie que si elle était exécutée trois fois, ce qui impose qu’après la deuxième fois, il y en avait nécessairement une troisième pour arriver à ses fins.
On disait aussi « de deux en trois » qui était un équivalent de notre « en moins de deux » d’aujourd’hui.
Mais tout cela ne nous explique pas cette affirmation très souvent contredite dans la réalité.
À moins, comme l’imaginent certains mais sans apporter de réelle preuve, qu’il s’agisse à l’origine d’une partie de règle d’un jeu autrefois populaire et qui serait tombé dans l’oubli. D’abord une expression utilisée au cours du jeu, elle se serait transformée en proverbe lorsqu’utilisée hors de son contexte initial.
Le sens du proverbe s’est ensuite étendu pour indiquer que des bonnes ou des mauvaises nouvelles n’arrivent en général pas seules.

Compléments

Il ne faut non plus oublier que c’est en 1948 que Peugeot, qui avait déjà compris qu’il ne fallait jamais dire jamais, a sorti la 203 ().

Exemples

Et comme on dit, [jamais deux sans trois].
[Jamais deux sans trois] ! « Le Vendée Globe est bien plus qu’une course », avoue le skipper d’Edmond de Rothschild « c’est un morceau de vie… une course à la fois intense, engagée et magique qui mérite de nombreux sacrifices. ». Comme les humains disent : « [jamais deux sans trois] » ; donc si « [jamais deux sans trois] », chérie, Tu seras la troisième d’une lignée de femmes qui ont élevé une famille heureuse ici…
Sergent, [jamais deux sans trois].

Comment dit-on ailleurs ?

Langue

Expression équivalente

Traduction littérale

Allemand aller guten Dinge sind drei toutes les bonnes choses sont trois
Allemand alle gute Dinge sind drei toutes les bonnes choses vont par trois
Anglais (USA) it never rains, but pours il ne pleut jamais, mais il pleut à verse
Anglais it’s a hat-trick c’est un tour de chapeau
Anglais misery loves company la misère aime la compagnie
Anglais never twice without thrice jamais deux fois sans trois
Anglais

things always happen / come in threes

les choses se produisent / arrivent toujours par trois

Anglais

things are never so bad that they can’t get worse

les choses ne sont jamais tellement mauvaises qu’elle ne pourront pas s’empirer

Anglais third time lucky troisième fois chanceuse
Arabe filiâdah ifadah la répétition est bénéfique
Chinois 第三次 troisième fois
Espagnol (Argentine) sobre llovido, mojado

non seulement il pleut qu’en plus on est mouillé !

Espagnol (Espagne) Llueve sobre mojado Il pleut sur ce qui est déjà mouillé
Espagnol (Espagne) no hay dos sin tres il n’y a pas deux sans trois
Estonien kolm on kohtu seadus trois est la loi du tribunal
Gallois ni ddaw helynt ei hunan les problèmes ne viennent pas seuls
Hongrois a baj nem jár egyedül le malheur vient rarement seul
Hébreu שתים לא באים בלי שלוש (chtayim lo vaim bli chaloch)

deux d’entre eux ne viennent pas sans trois

Italien mai due senza tre jamais deux sans trois
Italien non c’è due senza tre il n’y a pas de deux sans trois
Japonais 二度あることは三度ある (nidoarukotoha sandoaru)

ce qui est arrivé deux fois arrivera la troisième fois

Latin

nulla calamitas sola ; fortuna obesse nulli contenta est semel. Ou : aliud ex alio malum

un accident/malheur n’arrive jamais seul Ou : Un accident provient de l’accident précédent

Néerlandais (Belgique) derde keer goede keer troisième fois meilleur fois
Néerlandais

een ongeluk komt nooit/zelden alleen

un malheur ne vient jamais seul
Néerlandais (Belgique) driemaal is scheepsrecht trois fois devient droit maritime
Néerlandais

alle goede dingen bestaan in drieën

toutes bonnes choses consiste en trois
Néerlandais driemaal is scheepsrecht trois fois est droit maritime
Néerlandais de derde streng houdt de kabel la troisième tresse tien le cable
Néerlandais (Belgique) geen twee zonder drie pas deux sans trois
Portugais (Brésil) desgraça pouca é bobagem

peu de catastrophe, c’est de la bêtise

Portugais (Portugal) não há dois sem três jamais deux sans trois
Portugais (Brésil) Não há uma sem duas, nem duas sem três. Il n’y a pas une sans deux ni deux sans trois
Roumain un necaz nu vine niciodata singur un malheur jamais ne vient pas tout seul
Russe бог троицу любит dieu aime trinité
Serbe nikad dva bez tri jamais deux sans trois
Wallon (Belgique) i n’ tome mâie in pire tot seule

il ne tombe jamais une pierre toute seule

Wallon (Belgique) on mâ n’ n’ amône in aute un mal en amène un autre
Wallon (Belgique) on mâlheûr ni vint mâie tot seu

un malheur ne vient jamais tout seul

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[Source : www.expressio.fr]

La lectura cuidadosa de Propuesta de acuerdo sobre el lenguaje inclusivo, el más reciente libro de Álex Grijelmo, y de algunas otras obras llevó al autor de este ensayo a reflexionar sobre los notorios y revolucionarios cambios que está viviendo la lengua española.

Escrito por Fabio Vélez

Para cualquier amante del idioma español, sobre todo de sus palabras y gramática, los libros y artículos de Álex Grijelmo han adquirido la categoría de imprescindibles, básicos de biblioteca. Y aunque sigamos extrañando los afilados “dardos” de Lázaro Carreter, podemos respirar tranquilos porque sabemos que Grijelmo continuará con sus periódicas entregas en la prensa y seguirá obsequiándonos con ejemplares tan memorables como La seducción de las palabras o La gramática descomplicada. Así también, su última entrega: Propuesta de acuerdo sobre el lenguaje inclusivo.1

Atento observador y estudioso de la lengua viva, Grijelmo no eludió la polémica cuando ésta se presentaba y se enfrascó en el acalorado debate acerca de la presunta inclusividad o no de nuestro idioma. Huelga decir, no obstante, que el tema ya había sido abordado décadas atrás y que ha sido sólo desde hace unos cuantos años, con el feminismo situado en la agenda mediática, que esta cuestión vuelve a discutirse, si bien ahora con una dimensión pública.

No es mi objetivo resumir aquí este interesante y documentado libro de Grijelmo. El título permite, en buena medida, adivinar la postura y la propuesta del autor, a saber: buscar un espacio de consenso entre las posiciones más conservadoras (por lo común, defendidas desde las “academias”) y las más radicales (presentes, en la mayoría de los casos, en las “guías” para un uso no-sexista de la lengua). Dos lecturas previas a este libro —conviene dejar constancia de las deudas— ya me habían ayudado a despejar parte del camino en esta querella. Por un lado, El género y la lengua, de Pedro Álvarez de Miranda,2 destacado académico de la RAE (y, por cierto, conocido también por su amor a las palabras; véase su Más que palabras); por otro lado, la respuesta (en parte) de María Martín, feminista y activista, en Ni por favor ni por favora.3 Desahogadas sus respectivas posturas, debo confesar que, en términos generales, me resultó más convincente la propuesta de Martín. Es más: creo que el conflicto sobre el que se asientan sus argumentos y medidas —es decir, sobre cuál es el verdadero principio que rige el funcionamiento de la lengua, el de la “economía” (o mínimo esfuerzo) en un caso y el de la “no ambigüedad” en el otro— no son excluyentes y, en consecuencia, no es forzoso tener que tomar partido por uno de ellos. Efectivamente, dependiendo de los usos y los contextos, puede prevalecer uno u otro aspecto. Pero tampoco es mi propósito aquí comentar sendos textos, por mucha enjundia que entrañen.

* * *

Vayamos con la primera cuestión que me interesa abordar, de manera especulativa, del más reciente libro de Grijelmo. En el primer capítulo desmonta una idea, a su juicio errónea, acerca del presunto machismo de la lengua española, producto, según sostienen sus adalides, del patriarcado. En este punto el autor procede por vía doble. Por un lado, amparándose en los estudios de lingüística sobre el indoeuropeo (esa protolengua de la que se derivaron, entre otros muchos idiomas, el latín y el español), nos recuerda cómo éste estableció primero dos géneros para distinguir entre seres animados e inanimados y cómo después, para identificar de entre los animados a las hembras de los machos, se vio obligado a especificar un género femenino para diferenciarlo del genérico animado. La discordia vendría luego al tener, a su vez, que reconocer un masculino en contraposición a ese nuevo femenino explicitado, al utilizar de nuevo el genérico animado para ello. O dicho con un ejemplo que servirá para ilustrar la reconstrucción de lo acontecido: que de la palabra “trabajador” salió “trabajadora”, pero no “trabajadoro” (sino “trabajador”). De modo que, expresado con la ironía que caracteriza a Grijelmo, a diferencia de lo que se sostiene en la Biblia, podríamos afirmar que el género femenino no habría salido de una “costilla” masculina, sino de una genérica.

El segundo argumento que utiliza Grijelmo para tratar de invalidar el presunto machismo de la lengua tiene lugar a raíz de un análisis comparativo con otros idiomas. La estrategia es sencilla: si se defiende que el español es por defecto excluyente y que esto es consecuencia del patriarcado que fluye por su gramática, entonces los idiomas en donde no existieran los géneros o, incluso, en donde el genérico fuera en femenino, tendrían que florecer en sociedades más igualitarias e inclusivas. Pues bien, resulta que tampoco. Ni los países de habla inglesa, donde los sustantivos y adjetivos carecen de género, aunque no así los pronombres personales ni los posesivos; ni lenguas como con el turco, prácticamente sin género; ni el afaro en Etiopía, con un femenino genérico, por poner algunos ejemplos, han demostrado ser sociedades menos machistas que la nuestra.

Lo anterior, deduce Grijelmo, nos permite advertir que nos hallamos frente a una falacia, es decir, dos hechos yuxtapuestos no implican una relación de causalidad entre uno y otro: que el indoeuropeo se construyera en una sociedad patriarcal no permite deducir que el masculino genérico sea consecuencia de ello. De modo que, según él, no hay evidencia alguna de que el masculino genérico sea una imposición de los hombres sobre las mujeres y, por tanto, “no debe considerarse machista, ni masculinista, ni androcéntrico” por sí mismo; lo que todo caso podría serlo es el contexto y el uso por parte de quienes hablan.

Se la agradece, y mucho, a Grijelmo (y también a quienes se han dedicado a reconstruir el indoeuropeo y a aclarar estas cuestiones: F. Rodríguez Adrados, M. A. Calero, J. F. Ledo-Lemos) que sitúe el debate sobre las bases científicas de la lingüística. Pero hay una observación que, tal vez, nos permitiera especular (estamos hablando de algo sucedido hace cinco milenios) en otro sentido. El primer pasaje, que en cuestión me gustaría comentar, es el siguiente:

Parece probable que en algún momento sí sintieran sus individuos [del Neolítico] la necesidad de nombrar a personas y animales del sexo femenino, una vez consolidadas las primitivas sociedades ganaderas y agrícolas. La influencia del factor reproductivo de los animales y su relevancia para el ser humano queda patente […] Es probable que el genérico que abarcaba a hombres y a mujeres (y luego también solamente a hombres) se especializara como fruto no de una dominación masculina, sino, por el contrario, de la importancia que todos los hablantes dieron a la condición femenina. No en el sentido que ahora emplearíamos, desde luego, pero sí con una visión práctica y descriptiva de la vida [cursivas mías].

Este pasaje me inspira varias preguntas: ¿Fue la necesidad de destacar y distinguir a un conjunto concreto de seres animados —mujeres y hembras—, por su particular relevancia para la reproducción, lo que justificó la necesidad de inventar el género femenino? ¿La “importancia” que ameritó resaltar precisamente estas capacidades y no otras (por ejemplo, creativas o intelectuales), fue de todos (masculino genérico: todos y todas) o sólo de todos (masculino específico: todos los hombres)? ¿Hay alguna relación entre esa visión “práctica y descriptiva” de las hembras con el mandato de género que el patriarcado asigna a las mujeres? En suma: ¿late un incipiente androcentrismo en la motivación de visibilizar, entre los seres animados, a las hembras?

El apoyo para sustentar la pertinencia o no de estas preguntas ha sido extraído precisamente de uno de los ejemplos aportados por el propio Grijelmo. En algún punto, él mismo repara en el hecho de que, a la hora de establecer semejante distinción, no pareció interesar en rigor la diversa genitalidad que presentaban los seres animados; no había, por así decirlo, un genuino interés taxonómico-anatómico; lo que parece que de verdad importaba, sin embargo, era discriminar el sexo de aquellos animales imprescindibles para el sustento vital, es decir, el de los animales domésticos. Así se explicaría, según Grijelmo, el especial cuidado a la hora de identificar el sexo de estos animales ayudándonos de nombres heterónimos (distintos en función de su sexo): toro y vaca, caballo y yegua, gallo y gallina, etcétera; o de nombres flexionados (en el artículo o el sustantivo): los perros y las perras, los cerdos y las cerdas, etcétera, pero también, la peculiar despreocupación por el sexo de los animales salvajes a los que, no por caso, solemos asignarles nombres epicenos (con un sólo género para ambos sexos): las jirafas, las ballenas, los mosquitos, etcétera. Una mirada al reino vegetal, dejando por un momento de lado el texto de Grijelmo, podría revelar aspectos igualmente interesantes. En Un dinosaurio en un pajar, Stephen J. Gould4 ha evidenciado con su acostumbrada mordacidad cómo, para el caso de la botánica, las veinticuatro clases que Linneo llegó a reconocer en la que es considerada la primera propuesta de taxonomía sexual —recuérdese: en función del número y la disposición de los órganos masculinos (estambres) y femeninos (pistilos) en las flores— no era sino un reflejo, a pesar de su aparente neutralidad, de la moral social conservadora y sexista del siglo XVIII. Sin pretender equiparar sendos eventos, cabría formularse unas cuantas preguntas: ¿Qué importa más en la anterior distinción (la de los animales de Grijelmo), el sexo o su valor doméstico? ¿Es fruto del azar que las mujeres, como las hembras de los animales domésticos, tuvieran nombres específicos o marcas de género? A propósito de esto último, ¿a qué se debe que en la actualidad determinados gremios profesionales sean siempre referidos en femenino: las enfermeras, las limpiadoras, las niñeras…? ¿Por qué no decimos las médicas, las juezas (o las jueces), etcétera? ¿Puede atribuirse a la casualidad que los “cuidados” —como lo reproductivo, lo doméstico, etcétera— vayan siempre en femenino?

Richard Wrangham, por aquello de continuar en el terreno de la especulación, ha propuesto una interesantísima y holística hipótesis para completar la tesis antropológica, célebre por lo demás (aunque no por ello menos discutida), de que la caza nos hizo humanos. En su libro En llamas,5 Wrangham sostiene que el cazador sólo era posible si tenía a su disposición una cocinera. No podemos demorarnos en la compleja reconstrucción de su argumentación, pero lo interesante, para este particular, es que sin fuego y sin cocina es inviable —nutricionalmente hablando— la mera caza y que fue, en razón de ello, que se produjo la división sexual del trabajo: los hombres podían salir a cazar porque las mujeres —además de gestar, lactar y cuidar— se quedaban a recolectar y cocinar. Una vez más, aunque el término resulte anacrónico, la mujer es importante por su papel indispensable en la producción y reproducción de lo doméstico. Con lo anterior presente: ¿es tan neutral la aparición de género femenino en el indoeuropeo?

* * *

Prosigamos con el segundo comentario especulativo que me gustaría esbozar. En el anterior pasaje citado, Grijelmo hacía una observación de carácter temporal que también merecería ser leída con atención. Recordemos: “La importancia que todos los hablantes dieron a la condición femenina. No en el sentido que ahora emplearíamos, desde luego, pero sí con una visión práctica y descriptiva de la vida” [cursivas mías]. Como ya se ha insinuado merced a una serie de preguntas, podría suceder que detrás de esa “visión práctica y descriptiva de la vida” se guareciera sibilinamente el patriarcado. Pero vayamos con la observación, a modo de reserva, que he destacado ahora en la cita. Esta, qué duda cabe, se prestaría fácilmente a diversas interpretaciones: ¿Está sugiriendo Grijelmo que nuestra idea de la condición femenina ha cambiado? Si es el caso, como parece, ¿desde qué concepción y hacia cuál otra? Asumamos por un momento que Grijelmo estuviera señalando que hemos avanzado hacia sociedades más igualitarias, más feministas, ¿podría suscitar este cambio una contrapartida en el lenguaje de un tenor similar? Por ejemplo, ¿con el uso de duplicativos —dejemos para otro texto las triplicaciones “no binarias”— que especificaran explícita, y no tácitamente, el género femenino? ¿Y con la aparición de un neologismo genérico distinto al masculino específico?

Grijelmo se muestra partidario de un uso “moderado” del lenguaje inclusivo —como también Martín; de ahí que el subtítulo de su libro sea Cómo hablar con lenguaje inclusivo sin que se note (demasiado)—, de no tener que llegar a extremos en los que deberíamos decir: “El perro y la perra son el mejor amigo y amiga del hombre y la mujer”. Sin embargo, también señala que “no se debe confundir ‘ausencia del género femenino’ en el significante con ‘invisibilidad de las mujeres’ en el significado”. Es decir, según Grijelmo, la convención gramatical y el contexto permitirían asimismo un uso legítimo —no machista— del masculino genérico. Aunque entiendo el argumento de Grijelmo, comprendo igualmente que haya muchas mujeres que puedan sentirse insatisfechas con él.6 Como declara Martín en las primeras páginas de su libro: “Sé perfectamente que el masculino es el género gramatical designado por la lengua española como no marcado y que emplearlo es correcto. Aunque es machista. Así que cuando se emplea, me siento molesta”. ¿Debería el lenguaje reflejar esta inconformidad si un uso generalizado en contra de la norma actual se empezara a propagar? Creo que ni Grijelmo ni Álvarez de Miranda se opondrían a reconocer, llegado el caso, un uso asentado por los y las hablantes, verdaderos soberanos y verdaderas soberanas de la lengua. Ahora bien, mientras se normalizan o no estos nuevos usos, ¿se aceptarían, a falta de un sintagma más afortunado, las “acciones afirmativas” en la lengua (por ejemplo, los desdoblamientos inclusivos, la corrección de usos sexistas, etcétera), tal y como se emprenden en política? Pues bien, es en este punto donde vuelven a asomar las discrepancias entre los autores y las autoras, y no tanto por las previsibles dificultades para aplicarlas en la pragmática del lenguaje cotidiano (como ha demostrado, diría que con acierto, Grijelmo), sino por las diferentes concepciones que se manejan sobre el lenguaje. Todo depende del poder que se le reconozca a éste: ¿el lenguaje refleja los cambios sociales y culturales o también puede producirlos? Si sólo los refleja, la estrategia pasaría inexorablemente por cambiar la realidad, pero ¿y si también contribuyera a modificarlos? Sea como sea, Grijelmo estaría más cercano a la primera postura, y Martín, a la segunda. Lo importante, en cualquier caso, es que incluso Grijelmo admitiría que esas “acciones afirmativas” en el lenguaje público —político, administrativo, periodístico, etcétera— servirían “legítimamente hoy como un símbolo de que se comparte esa lucha por la desigualdad”. Ahora bien: mientras que para él, en una hipotética realidad feminista de facto, estas “intervenciones” dejarían de tener sentido y serían abandonadas, para Martín, éstas lo mantendrían por entero, aunque probablemente no con el mismo significado político.

Y con esto me gustaría concluir: pese a las diferencias, tal vez merezca la pena buscar acuerdos cuando la causa lo merece, aunque no siempre se compartan ni los argumentos ni los medios en su integridad. De ahí el título del libro de Grijelmo: Propuesta de acuerdo. Se trata de mera propuesta (razonada, aunque propuesta al cabo), pues serán los y las hablantes —y no les ministres de l’éducation, como en el caso reciente de Francia— quienes tengan la última palabra.

 

Fabio Vélez
Profesor de Teoría e Historia en la Facultad de Arquitectura de la UNAM e investigador del Conacyt. Entre sus publicaciones: La palabra y la espada. A vueltas con HobbesAntes de Babel. Una historia retóricaDesfiguraciones. Ensayos sobre Paul de ManSobre el derecho a la ciudad. Textos esenciales y Arquitectura. Historias de un equívoco


1 Grijelmo, A. Propuesta de acuerdo sobre el lenguaje inclusivo, Taurus, México, 2021.

2 Álvarez de Miranda, P. El género y la lengua, Turner, Madrid, 2018.

3 Martín, M. Ni por favor ni por favora. Cómo hablar con lenguaje inclusivo sin que se note (demasiado), Catarata, Madrid, 2019.

4 Gould, J. S. Un dinosaurio en un pajar, Crítica, Barcelona, 1997.

5 Wrangham, R. En llamas. Cómo la cocina nos hizo humanos, Capitán Swing, Madrid, 2019.

6 Este texto empezó a gestarse, valga la retroactividad de la observación, hace unos años cuando me invitaron a ser parte de la asamblea del Instituto de Liderazgo Simone de Beauvoir. Ahí experimenté cómo las y los integrantes éramos interpelados desde un —inaudito para mí— femenino genérico (o no marcado). A la perplejidad inicial (¿por qué no se nos incluía?), le siguió de inmediato una aceptación estratégica de su uso y, al poco, una familiaridad similar a la de cualquier otro nuevo hábito adquirido.

 

[lustración: Kathia Recio – fuente: http://www.nexos.com.mxfuent]

S’acaba la pròrroga de l’IEC per adaptar-se a la modificació ortogràfica, que deixa el català amb només 15 diacrítics

L’IEC aprova la reducció dels accents diacrítics: adeu a ‘adéu’.

Escrit per Núria Juanico Llumà
Quan l’Institut d’Estudis Catalans (IEC) va anunciar, l’octubre del 2016, la reducció dels accents diacrítics, molts catalanoparlants van posar el crit al cel. La reforma de la normativa va implicar passar de 150 accents diacrítics a 15 i va eliminar-ne alguns de molt utilitzats com donanetaadeu os. Quatre anys i mig després, s’acaba la pròrroga que l’IEC va donar als mitjans de comunicació, l’administració pública i els centres educatius per adaptar-se al canvi. A partir d’aquest dijous qualsevol institució o entitat amb vocació de servei públic haurà d’aplicar la modificació.
[Il·lustració: JORDI OLIVÉ – font: http://www.ara.cat]

Gilles Lipovetsky ha sido valorado como uno de los más desafiantes ensayistas de la contemporaneidad. Su más reciente obra, traducida al español en Anagrama, se titula Gustar y emocionar, en honor a una premisa de Racine sobre la condición humana: “La regla principal es gustar y emocionar: todas las demás solo están hechas para alcanzar a esta primera”. Ofrecemos aquí el primer capítulo completo del libro. En él Lipovetsky parte de la idea de que la seducción en nuestro tiempo es ilimitada y sin barreras, para hacer un análisis comparativo entre las formas de gustar y seducir en varias culturas del mundo.

Por Gilles Lipovetsky

Sea cual sea el peso de sus raíces biológicas, el universo de la seducción humana es también un hecho de cultura que se manifiesta mediante ritos, artificios, normas que varían según las sociedades y las épocas. Desde los tiempos más remotos, las sociedades humanas disponen de códigos y rituales que estructuran las prácticas de seducción. En todas las épocas, las sociedades humanas han desplegado lo mejor de su imaginación para aumentar la atracción de hombres y mujeres, en todas partes se han dedicado a organizar y favorecer los encuentros amorosos. Desde el Paleolítico superior, una variedad increíble de atavíos, rituales, ornamentos, danzas, cantos, fiestas, uno de cuyos efectos buscados era captar la atención de la pareja deseada del otro sexo, intensificar la atracción entre los individuos de ambos géneros, ha visto la luz.

Lo extraordinario es que esta labor de mejora de los atractivos eróticos se ha cruzado estructuralmente con una dinámica diametralmente opuesta. Si bien las sociedades premodernas se empeñaron en encontrar innumerables vías capaces de reforzar el poder de atracción de los seres, al mismo tiempo trabajaron para disminuir, incluso anular, su fuerza. A lo largo de casi toda la historia de la humanidad, un juego de fuerzas adversas se apoderó de los fenómenos relativos a la seducción: mientras que una de ellas empujaba a dar más fuerza de atracción a los cuerpos y los rostros, la otra le impedía ejecutarse “a pleno rendimiento” y dirigir las elecciones de vida de los individuos. Las sociedades humanas premodernas soplaron sobre las brasas e hicieron todo lo posible para controlar el fuego, se dedicaron a la vez a intensificar y a amordazar, multiplicar y reducir, aumentar y anular la fuerza del poder de atracción sexual. Este double bind constituye la estructura organizadora que ha dirigido la relación de las sociedades antiguas con la seducción erótica. Procedimiento doble que, durante decenas de milenios, construyó el reino de la seducción frenada o restringida.

Este modo antinómico de organización de la seducción ya no es el nuestro. La vida amorosa se ha liberado del marco tradicional de las conductas. Las maneras de ponerse en valor, de hacer la corte, de conocerse, de casarse, se han liberado del yugo de las tradiciones, de las familias y los grupos. La seducción interpersonal se ha liberado de la imposición de costumbres y tradiciones: si los seres se gustan, no hay nada que dificulte su voluntad de vivir como les plazca. La ruptura con los dispositivos del pasado es radical: nos hallamos en la era liberal de la desregulación y de la individualización de la seducción. Al no estar ya trabada por reglas colectivas, la atracción entre los seres puede funcionar, por vez primera, como una fuerza soberana.

Los mecanismos de control constituidos por las normas sociales tradicionales han perdido su antigua legitimidad: ya nada tiene derecho a obstaculizar las atracciones recíprocas. Mientras que en la vida privada amorosa triunfa la omnipotencia de las preferencias personales, los medios para gustar, para ponerse en valor se exaltan hasta el infinito. Se ha producido una revolución inmensa: coincide con el paso de la seducción dificultada, de naturaleza holística, a una seducción ilimitada de tipo individualista, liberal, sin freno ni barreras. Asistimos a la desaparición de las normas antagonistas que han regido el funcionamiento milenario de la seducción: la era de la hipermodernidad resulta inseparable del advenimiento de la seducción soberana.

Amplificar el poder de seducción

Las sociedades humanas siempre han dispuesto de multitud de medios destinados a avivar el deseo, realzar la atracción de los seres, favorecer los procedimientos y los encuentros eróticos. Lejos de dar protagonismo únicamente a los encantos naturales, las colectividades humanas han recurrido a una imaginación desenfrenada para elaborar artificios y técnicas corporales capaces de estimular el acercamiento sexual. Juegos, bailes, cantos, adornos, maquillaje, magia: todos ellos instrumentos cuyo objetivo, entre otros, es llamar la atención del otro sexo multiplicando los poderes de atracción. El fenómeno es universal: desde tiempos inmemoriales, las civilizaciones humanas se han dotado de instrumentos simbólicos y estéticos que funcionan como amplificadores del atractivo físico de las personas.

Fiestas, juegos y bailes

Desde la noche de los tiempos, los juegos de grupo, las fiestas tradicionales en las que se consumen alimentos en abundancia y se utilizan estimulantes son momentos privilegiados para animar las aventuras amorosas. Las visitas rituales de una comunidad a otra, las fiestas, los periodos de alegría y actividades sociales intensas, ofrecen oportunidades para conocer a otras personas, intentar maniobras de acercamiento, entablar idilios.

Durante las festividades, el baile hace posible las exhibiciones personales y favorece el acercamiento sexual. Permite, sobre todo a los más jóvenes, desplegar sus atractivos, pavonearse, suscitar el interés de parejas potenciales. Son rituales colectivos que, al animar la selección, la vanidad, las pasiones individuales, comportan incluso “riesgos de ruptura para la unidad y la armonía de la ceremonia”.1 Durante la ceremonia del Gerewol de los fulanis de Níger, los hombres participan, a lo largo de siete días, en competiciones de baile que funcionan como un verdadero concurso de belleza masculina. Maquillados y adornados con joyas, ponen en valor sus rasgos más atractivos, beben distintas pociones, que supuestamente “desvelan su belleza”, y se enfrentan con encantamientos mágicos para disminuir la seducción de los otros bailarines.2 Al final de esta fiesta anual, las jóvenes eligen a los hombres considerados más guapos para que sean sus amantes.

Las actividades de lucha y los torneos masculinos ofrecen ocasiones para hacerse valer: los massas del Chad y del norte de Camerún realizan competiciones de lucha para mostrar su fuerza y hacerse admirar, consiguiendo así grandes éxitos entre el género femenino. Sucede lo mismo durante los concursos de peinados y adornos hechos con conchas que organizan los trobriandeses del Pacífico. Al permitir pavonearse, ponerse en valor, estas instituciones funcionan como intensificadores de la atracción erótica. Así como las sociedades han establecido prohibiciones y exclusiones sexuales para sustituir el azar de la naturaleza por un orden social, también han instituido rituales destinados a amplificar los encantos individuales.

La voz hechicera

Para aumentar el encanto erótico y atraer el interés del otro sexo, las culturas humanas han puesto en acción la vista (adornos, bailes), el olfato (perfumes), pero también el sentido auditivo. En las más diversas sociedades, se atribuye a los cantos un poder de seducción. En las islas Trobriand, las jóvenes entonan ciertos cantos para indicar que están preparadas para recibir a los chicos.3 Malinowski explica que el canto constituye, en esta región del mundo, un importante medio de seducción; el buen cantante alcanza de inmediato la misma reputación que el buen bailarín; una voz hermosa permite conseguir éxito entre el bello sexo.4

En la mitología griega, las sirenas hechizan a los navegantes con sus cantos melodiosos y el tono mágico de sus liras. Al igual que las sirenas, Calipso canta con su hermosa voz para encantar y hechizar a Ulises y conseguir que olvide Ítaca. El dios Pan toca la flauta. Las hetairas tienen que poseer talento musical: encantan a los hombres de la alta sociedad cantando y tocando el oboe durante los banquetes. En Japón, a partir de los siglos XI y XII, las cortesanas, que viven en grupo en barcas, atraen a los hombres con sus cantos y bailes.5 Más tarde, las geishas se distinguen también por el dominio del canto y la música.

A menudo se ha subrayado el estrecho vínculo que une la música con la seducción. Para Rousseau, “el canto y el baile (son los) verdaderos hijos del amor y de la dicha”.6 Y Darwin consideraba la música una forma evolucionada de cortejo amoroso. Sin embargo, explicar el origen de la música a través de la selección sexual choca con el hecho de que, desde los albores de la humanidad, los cantos y las músicas se han asociado a numerosas esferas extraeróticas: actos religiosos, ceremonias mortuorias, preparativos de guerra y caza, ritos de pasaje e iniciación. Nada permite, por ello, afirmar que los cantos y los bailes hayan sido inventados con la única finalidad de atraer al otro sexo. El hecho es que en todas partes han funcionado como medios capaces de multiplicar los efectos seductores, cautivando los oídos y los ojos.

Cantos y bailes no son evidentemente lo propio del ser humano. En numerosísimas especies, los machos vocalizan, exhiben sus mejores atributos, ejecutan danzas para atraer a la hembra, y estas señales de cortejo son la condición previa necesaria para la formación de parejas. Ahí reside la diferencia con los seres humanos, para los cuales bailes y cantos solo desempeñan un papel contingente. Programado en el patrimonio genético de la especie, el cortejo nupcial animal constituye una condición necesaria para captar la atención de la pareja sexual, seducir y reproducirse: no es un simple suplemento estético o atractivo, sino un factor indispensable, cuya función es señalar la calidad biológica de las parejas. No hay nada parecido en los seres humanos para los cuales la seducción no llama “mecánicamente” a este tipo de rituales amorosos: su única finalidad es aumentar el poder de atracción, añadir seducción, acrecentar el atractivo y las posibilidades de éxito, sin constituir jamás las condiciones de posibilidad de la atracción entre los dos sexos.

Adornos y ornamentos

Las culturas humanas nunca se han conformado únicamente con los atractivos sexuales naturales. Han trabajado para intensificar los estímulos visuales añadiendo belleza a la belleza, atractivos a los atractivos, seducción a la seducción, mediante artificios visuales. Tocados y peinados, joyas, adornos de vestuario, tatuajes, pinturas corporales, maquillaje, atuendos de moda: desde el Paleolítico superior, las sociedades humanas han puesto todo su genio creativo al servicio de todos los recursos capaces de erotizar la apariencia de los seres, perfeccionar la belleza física de las personas, acrecentar el interés sexual de los individuos del otro género.

Tan atrás como nos remontemos en la historia, en todas las sociedades se ha tratado de intensificar el atractivo sexual mediante la modificación de la apariencia del cuerpo. Al esconder o al acentuar ciertas formas del cuerpo y decorarlo con colores, adornos y ornamentos que captan el interés del otro sexo, se erotiza la apariencia. En todas las sociedades en las que se practica el tatuaje femenino, la finalidad de este es aumentar el atractivo erótico del cuerpo, despertar los deseos y las fantasías masculinos: “el tatuaje hace bello antes de ser bello”, acentúa la diferencia de sexos al poner en valor ciertas partes del cuerpo y del rostro.7 Los inuits adornan el rostro de las jóvenes con tatuajes para aumentar sus encantos;8 los yanomamis se pintan el cuerpo para embellecerse y acentuar su atractivo sexual.9 Gracias al tatuaje, las mujeres abiponas de Paraguay se hacían, según sus propias palabras, “more beautiful than beauty itself”.10 Lévi-Strauss señala que entre los caduveos las pinturas faciales y corporales “refuerzan” el atractivo erótico de las mujeres dándoles “algo deliciosamente provocador”.11 En relación con esto, cualquier sociedad humana puede ser considerada una máquina amplificadora de la atracción erótica de los seres.

Por eso, los adornos y ornamentos corporales no son solo un lenguaje social o un sistema de significación, sino intensificadores de la seducción entre sexos. Si bien el arte constituye una “toma de posesión de la naturaleza por parte de la cultura”,12 dicha posesión no se expresa únicamente mediante la sustitución de rasgos naturales por signos culturales, sino también mediante una especie de “voluntad de poder” aplicada al ámbito del poder de atracción de la apariencia de hombres y mujeres.13 Hay que entender los adornos humanos como una de las expresiones de la “voluntad de poder”, como “esfuerzo para conseguir más poder “, voluntad de “devenir más intensamente”, “convertirse en amo, aumentar en cantidad, en fuerza”.14

Detrás de las formas estético-simbólicas y del “horror a la naturaleza”,15 se halla el rechazo humano a abandonarse a las fuerzas de la selección sexual natural, amplificando, mediante artificios humanos, los poderes de seducción erótica.

Los adornos personales no han sido creados, como se dice a veces, para imitar las coloridas ornamentaciones que poseen determinadas especies animales y de las que carece el ser humano.16 De hecho, en el Sapiens no faltan las señales visuales de seducción o las “ornamentaciones” sexuales físicas. Por el contrario, el dimorfismo entre el cuerpo del hombre y el de la mujer es más pronunciado que el que se puede observar entre los monos machos y hembras. Por parte masculina, los músculos marcados son señales atractivas. Y si bien la mujer no presenta ninguna señal externa de ovulación y periodo de fecundación, no carece de “ornamentos” sexuales (labios pintados, nalgas voluminosas, caderas redondeadas…) que la hacen atractiva de forma constante, desde la pubertad hasta la menopausia y más allá.

Por tanto, no se puede defender la tesis según la cual los adornos artificiales habrían sido inventados para llenar la “falta” de atractivos naturales presentes en numerosas especies animales (ornamentos llamativos, colores tornasolados, pelajes y plumajes exuberantes, cornamentas extravagantes, órganos hipertélicos). De hecho, las decoraciones corporales en los humanos no son sustitutas de nada, no remedian ninguna deficiencia, no se han impuesto como sustitutos de encantos supuestamente inexistentes. Como si se trataran de excedentes, se han añadido los mismos hasta alcanzar un lujo visual destinado a intensificar las señales sexuales y aumentar las posibilidades de acceso a las parejas del otro sexo. Hay que entender los adornos de la especie humana como un “plus “ o un suplemento que enriquece una plenitud ya existente y que se suma a los encantos de la seducción natural.

Hasta finales del Paleolítico medio, la especie humana no tuvo ninguna necesidad de artificios, ya que las señales sexuales naturales bastaban para hacer atractivos a los miembros del sexo opuesto. Si, más tarde, los hombres crearon artificios no fue para suplir una carencia, ni para reducir los comportamientos agresivos masculinos mediante “desplazamientos de motivación”,17  sino para expresar una identidad de grupo, diferenciarse, alcanzar un prestigio, pero también para embellecerse, para hacerse más atractivos que los demás.18 Como forma para el Sapiens de señalar simbólicamente la pertenencia a un grupo, los adornos han sido simultáneamente instrumentos correctores de la selección natural y han estado destinados a producir deseo, aumentar el poder de atracción de los cuerpos y rostros, crear una ventaja selectiva en el juego de la competición sexual.

Por ello, resulta muy reductivo limitar la seducción al “vértigo de las apariencias”, a un juego frívolo, superficial, dirigido por el “principio de incertidumbre”, el secreto, lo enigmático y la indeterminación. Desde los albores de la humanidad, la seducción funciona como una marca social del cuerpo que, privado de toda ambigüedad, contribuye a construir la oposición distintiva de los géneros y produce, al mismo tiempo, un suplemento de atractivo erótico. Desde un punto de vista antropológico, se deja a un lado lo esencial cuando se interpreta la forma seductiva como un juego irónico que anula la forma productiva.19 Lo cierto es que hay que concebir la seducción como un “sistema de producción”, pues provoca deseo e intenta acrecentar la atracción erótica. Al producir atracción, interés por parte de las parejas y una preferencia sexual en la competición para el acceso a los individuos del otro sexo, lejos de ser un proceso “inmoral y superfluo”, la seducción es una “maquinaria productiva” necesaria para la vida y para la economía del deseo.

Se plantea la siguiente cuestión: si la especie humana no está privada de atractivos sexuales, ¿qué la ha conducido a crear instrumentos que intensifican el poder de atracción sexual? ¿Por qué añadir ornamentos suplementarios? No se puede comprender este fenómeno sin tener en cuenta el hecho de que la seducción erótica se desarrolla en un marco competitivo en el que cada uno es rival de todos. Incluso si existen atractivos sexuales naturales, ciertos individuos son más atractivos que otros: la desigualdad seductiva es un fenómeno originario. Precisamente, los instrumentos culturales de la seducción permiten amplificar y diversificar las oportunidades de acceso a las parejas sexuales.

En el momento en que la evolución de la hominización creó competencias cognitivas superiores que permiten actividades simbólicas y, sobre todo, la complejísima capacidad de tener conciencia de uno mismo, la competencia entre individuos lleva a la intensificación de las armas para resultar más atrayentes y vencer a los demás en “la ley del combate” (Darwin) entre rivales. Con los bailes, los cantos, los adornos, el maquillaje, es posible destacar de otra forma, enmascarar sus “defectos” y obtener así una ventaja en la competición para el acceso a los individuos del otro sexo. En estas circunstancias, y con algo de magia adicional, incluso aquellos que no poseen encantos físicos pueden obtener éxitos amorosos.

Magias

A lo largo de la mayor parte de nuestra historia, la seducción no se ha considerado un fenómeno natural y espontáneo. El éxito en materia de conquista amorosa suele estar relacionado con una acción deliberada, con hechizos, objetos y técnicas capaces de actuar sobre los demás y sobre uno mismo. La belleza física, el atuendo, las joyas no son suficientes para atraer la admiración y el interés erótico del sexo opuesto: los éxitos y los fracasos se atribuyen a la acción de la magia. Gracias a ella, los hombres pueden conseguir gustar a las mujeres y estas hacerse irresistibles a los ojos de los hombres. Durante las fiestas y los bailes, las abluciones, las decoraciones corporales, las aplicaciones de cosméticos se acompañan con fórmulas mágicas rituales que enuncian el resultado deseado: ser bello, atractivo, deseado, vencer a los demás; se trata de la “magia de amor y belleza”.20 El hombre apuesto, el buen bailarín, el buen cantante se verá rechazado si la eficacia de la magia no le ayuda; recíprocamente, los más feos pueden tener éxito mediante los hechizos rituales adecuados. En todas partes, estos rituales mágicos tienen la finalidad de procurar un incremento de belleza, de habilidad, de reputación.

A las prácticas mágicas públicas relacionadas con los grandes acontecimientos ceremoniales se suman las acciones privadas procedentes de iniciativas individuales: se trata de las magias de amor. Cuando no existe reciprocidad, para atraer el amor o la atención del ser deseado, se supone que la magia es infalible para conseguir el fin perseguido. Hechizos, filtros de amor, alimentos o bebidas preparados, encantos, perfumes, amuletos, estatuillas, talismanes, todas las culturas tradicionales disponen de dichos recursos ritualizados destinados a conseguir el amor de alguien. En todas partes se encuentra firmemente arraigada la creencia de que esas técnicas, que hacen actuar a los espíritus y las fuerzas invisibles, permiten hacerse irresistible y aumentar su poder de seducción.

Los ornamentos corporales son bellos por sí mismos, pero, sobre todo, se les dota del poder mágico de aumentar el poder de atracción sexual: en las islas Fiyi, se supone que el tatuaje hace que las jóvenes se vuelvan irresistibles; en la comunidad inuit, el tatuaje está dotado del poder de reforzar la seducción de las hijas púberes. Entre los indios shuars, el color rojo aplicado sobre el rostro se considera un filtro de amor: se supone que las sustancias vegetales o animales incorporadas a las pinturas faciales masculinas despiertan el deseo de las mujeres.21 En las sociedades salvajes y mucho tiempo después, el universo de los ornamentos está penetrado por creencias y ritos mágicos. El poder de seducción no se separa de las virtudes mágicas atribuidas a los ornamentos, a los colores, a los objetos corporales.

La seducción superlativa: hetairas, geishas, estrellas

Todas las sociedades han desarrollado recursos que permiten aumentar el poder de atracción de los seres. Con la aparición de las sociedades divididas en clases, este proceso se ha perfeccionado hasta tal punto que ha dado lugar a figuras que materializan una seducción en cierta forma hiperbólica. Nacieron las profesionales de la alta galantería que ejercían el arte de gustar dirigido a los hombres más ricos y eminentes. Esta forma de seducción ya no se basa en las normas comunes: se aparta de ellas y se convierte en la característica de una categoría específica de mujeres, un arte particular destinado a gustar a la élite social y que exige una larga formación, un aprendizaje específico. La seducción entró en la era del refinamiento elitista y de la estilización extrema.

Tres figuras de épocas y civilizaciones muy distintas, la hetaira, la geisha y la estrella, ejemplifican el extremo último de este proceso propiamente humano que consiste en perfeccionar, sublimar los encantos de la apariencia de los seres. A partir de un momento dado, las sociedades crearon diosas vivientes del amor y de la belleza que realizaban una seducción tal que consiguieron ejercer una especie de monarquía sobre los hombres.

Hetairas y cortesanas

En la Antigüedad grecorromana, dan testimonio de ello las hetairas, consideradas las más nobles cortesanas, expertas en el arte de gustar y dar placer. La belleza física constituye el arma indispensable de las cortesanas de la élite: en la comedia latina, la belleza de estas mujeres que hechizan a los hombres es objeto de apasionados elogios. La cortesana perfecta realza su belleza con el uso de maquillaje, cosméticos, perfumes de Arabia y otros artificios del acicalado: todos ellos elementos que las distinguen de las esposas legítimas. Con el rostro maquillado con blanco de cerusa y rojo de orcaneta, llevan collares, brazaletes y joyas de valor. Se tiñen el pelo de rubio, utilizan postizos, se hacen peinados complejos con bucles y rizados muy alejados de los moños severos de las matronas.22 Sin embargo, el oficio galante exige más que la belleza y el lujo del cuidado corporal. Para tener éxito en el oficio, la coqueta de altos vuelos debe unir la vida de los sentidos con la del espíritu,23 saber mantener una conversación ingeniosa, tocar la cítara o el oboe, “dar una serenata”, tener talento como bailarina. La elegancia cortesana exige gracia, distinción, instrucción, modales refinados, practicar distintas artes. Con las sociedades divididas en clases, tanto en Atenas como en Roma, la imagen de la mujer se distingue entre la figura de la esposa, madre de los hijos legítimos, a la que se pide ser lo más ignorante posible, y la de la cortesana cultivada y refinada, que los hombres frecuentan por su elegancia y espíritu, su inteligencia, sus cualidades en materia de placeres del amor.

Por vez primera, la seducción femenina se conjuga con el ideal estético de la elocuencia, la poesía, la cultura. Una seducción refinada y distinguida que se dirige a la élite social rica. Al igual que la poesía desde Simónides de Ceos, la seducción femenina superior se ha convertido en un arte que se vende. Las hetairas son buscadas por los hombres más eminentes y eligen a sus amantes entre los hombres más ricos y poderosos que las mantienen, les ofrecen casa, joyas y sirvientes. Algunas son muy ricas, arruinan a los hombres y destacan tanto por sus gastos absurdos como por los banquetes que organizan en sus casas de altos vuelos.

Si bien es cierto que la seducción siempre ha sido una forma cultural, se convierte, con las sociedades divididas en clases, en un ornamento distintivo para la élite social, en una manifestación de supracultural estetizada que integra la retórica, la poesía, el buen gusto, la elocuencia, los modales elegantes. No existe la seducción aristocrática sin formas delicadas y refinadas, sin la conjugación de los placeres del intelecto con los de Eros. Para sobresalir en estos ámbitos, la joven hetaira recibe una formación especializada: se dice que Aspasia abrió una escuela en la que se enseñaba a las jóvenes técnicas eróticas, las artes de seducción, música, poesía, conversación y danza.

Gracias a su encanto, a sus modales exquisitos y a la posición social de sus amantes, algunas hetairas consiguieron una fama excepcional. Sus nombres aparecían en las comedias y se les dedicaron poemas. Mirrina es la amante de Hipérides, Aspasia la compañera de Pericles, Lays vivió con el filósofo Arístipo de Cirene, Teodota es modelo de pintores y Friné, la inspiradora de Praxíteles. Estamos en la época de la seducción superlativa que permite a las mujeres ser socialmente famosas y aduladas24 e incluso convertirse en las musas de los hombres de Estado.

La geisha como obra de arte vivo

Otras culturas también crearon profesionales de la seducción, expertas en el arte de gustar a los hombres ricos: kisaeng de Corea, xiaoshu de la China imperial y, por supuesto, geishas japonesas cuya vocación es ofrecer sueños y relajación a los hombres adinerados, mediante el placer de la conversación, la música y la danza. El término geisha significa literalmente “persona del arte” y, en el Japón tradicional, está considerada una “flor de la civilización”, una obra de arte vivo. La geisha encarna un ideal estético-cultural superior, una elegancia extremadamente codificada y refinada, un encanto basado en la discreción y el comedimiento: “las geishas son consideradas seductoras, artistas y espirituales, mientras que las esposas son consideradas insulsas, caseras y envaradas”.25 A diferencia de la mujer casada, generalmente desprovista de sensualidad, la geisha posee algo que resulta erótico y puede ser objeto de deseo, aunque no tenga la obligación de mantener relaciones sexuales con sus clientes.

La apariencia distinguida e hiperestetizada es primordial. Una base de maquillaje blanca cubre su rostro, la parte superior del torso, la nuca y la parte superior de la espalda. El rostro maquillado todo él de blanco, señal de belleza y distinción, permite distinguir a las damas de alta alcurnia de las mujeres del pueblo cuya piel está curtida por el sol. Únicamente un lugar, situado en la nuca, junto a la raíz del pelo, se deja sin maquillar para así dar un toque erótico a la apariencia. Con su tez de alabastro, sus labios pintados de rojo, sus cejas redibujadas a lápiz, sus fastuosos kimonos, la geisha representa la figura más distinguida, más refinada, más ritualizada de la seducción femenina en la cultura japonesa.

Sin embargo, el arte de la seducción exige aún mucho más. Las geishas deben mostrar un perfecto dominio de la danza, el canto y la música, sobresalir en elocuencia, en el arte de las flores y en el ritual del té. Las actitudes gestuales y verbales, la discreción y los modales refinados son indisociables del encanto de la geisha, “mundo de la flor y del sauce”. La adquisición de dichas artes exige muchos años de formación, una disciplina rigurosa, una sumisión absoluta de la alumna al maestro. Como el ideal es alcanzar la perfección artística absoluta, la formación de la geisha precisa una vida entera de esfuerzo y disciplina, cada gesto de la existencia —andar, sentarse, vestirse, hablar, sostener un abanico, servir el té— se convierte en una forma de arte. Hacer de su vida una obra de arte resume el objetivo supremo de la geisha.26

Las geishas han sido objeto de la adulación general y, a finales del siglo XIX, los adolescentes fantaseaban con el irresistible atractivo de estas criaturas. Una seducción portadora de un significado particular. La seducción de la geisha no emana de una belleza en carne y hueso, sino de una imagen idealizada, de una apariencia poetizada que dibuja una belleza más evocadora que revelada. Así es el iki: un estilo basado en una estética de la litote, una belleza hecha de refinamiento, sensualidad discreta, apenas sugerida, que se lee en los detalles sutiles de los gestos y la apariencia. La seducción superlativa de la geisha es incompatible con el espectáculo de la desnudez, señal de vulgaridad; exige esconder, sugerir, pudor, una sensualidad expresada en pequeños detalles, sobre todo una forma de llevar el kimono dejando entrever solo algunas partes desnudas del cuerpo: el pie, el tobillo, la muñeca. Y la nuca maquillada de blanco solo deja ver dos triángulos de piel natural. Con la geisha se consolida una especie de supraseducción elegante y superior llena de sensualidad contenida, matizada, sugestión y sutileza. Se basa en un ideal de perfección estética, elegancia y gracia distinguidas, ignoradas durante milenios por las sociedades anteriores a la aparición del Estado y las clases sociales.

La estrella y el glamour

Mientras que, en Oriente, la geisha es considerada la encarnación ejemplar de la seducción superlativa, en el Occidente moderno, la estrella es quien representa la imagen más deslumbrante, con más aura, más soñada. Desde la década de 1910, el cine creó, mediante la estrella, el mayor arquetipo de la seducción moderna, una seducción hecha de una belleza “sobrenaturalizada” (Baudelaire), artificializada al extremo, fruto del trabajo de todo un conjunto de profesionales de la apariencia. Esteticistas, estilistas, encargados de vestuario, peluqueros, maquilladores, nutricionistas, fotógrafos, cirujanos plásticos, se recurrió a todos los técnicos del embellecimiento para construir una imagen dotada de un extraordinario poder de atracción sobre las masas. Maquillaje, porte, voz, atuendo, fotos, nada se deja al azar para crear la imagen cautivadora de la estrella y lograr la fascinación máxima del gran público.

Este trabajo colectivo permite fabricar una imagen tan “perfecta” que podemos asimilarla a una auténtica obra de arte ya que es el resultado de un trabajo de estetización sin límite o de artealización total del ser humano. Aunque la estrella sea un “producto” de la industria cinematográfica y un “objeto de consumo”, no por ello deja de ser una creación propiamente artística. La “fábrica de sueños” del siglo XX ha conseguido crear, por vez primera, obras de arte, mitad reales, mitad fetiches, aduladas por las masas. A pesar de sus diferencias, que son inmensas, la estrella y la geisha tienen en común el proponerse como obras de arte basadas en la estetización hiperbólica de la seducción humana.

A través de las estrellas se consolida con una fuerza excepcional la capacidad de las sociedades humanas, en este caso las sociedades modernas, para amplificar el poder de seducción. Ya no son pequeños grupos o personas quienes se quedan pasmados, sino cientos de millones de individuos que “sucumben” al embrujo de alguien y, más concretamente, de una “imagen-persona”,27 ya que la gloria de la estrella es inseparable de los instrumentos técnicos de reproducción y difusión a gran escala de las imágenes: no hay estrellas sin la revolución moderna de la reproductibilidad técnica de las imágenes, sin la distribución masiva de las mismas.28 Son las imágenes las que crean el aura que rodea a la estrella y que permiten intensificar su poder de atracción, la fuerza de su apariencia: “La imagen en la pantalla nos ofrece, bajo una forma aumentada, a la persona física del actor como jamás la veríamos ‘en la realidad’”.29 La imagen reproducida y difundida a gran escala es la base de la fuerza de impacto de la estrella en el público. Con ella, la seducción ya no es el resultado de un encuentro físico entre dos personas, sino de una imagen massmediatizada, trabajada, idealizada, sublimada. Mediante la fotografía y el cine, hemos pasado de la atracción interpersonal a la seducción mediática, cinegénica, cargada de una fuerza fulminante.

Teniendo en cuenta que sus admiradores no la conocen y jamás han coincidido con ella, el poder de atracción de la estrella resulta aún más extraordinario. Los fans quieren ver, acercarse, tocar a su ídolo. Coleccionan sus imágenes, buscan cuanta información personal puedan hallar sobre la estrella, se visten como ella, copian sus valores y su filosofía de vida. Admirada y adulada, la estrella provoca comportamientos histéricos, desencadena emociones amorosas, fantasías y deseos eróticos que son vividos con tanta o más intensidad que si la emoción se produjera frente a personas de carne y hueso. Todos ellos son aspectos que revelan, a través de las “imágenes-persona”, el poder de aumentar el capital y la fuerza de seducción de estas.

Si la sensualidad de la geisha debe ser contenida, no ocurre lo mismo con la estrella, resplandeciente de sex appeal y glamour. Sin embargo, ni lo sexy ni la belleza ideal bastan para crear el glamour, que conjuga sex appeal y personalidad “carismática” puestas en escena mediante todo un conjunto de artificios. Exhibiendo, como dice Sternberg, “una magia casi diabólica, blasfema”,30 la estrella consigue hacer soñar tanto a mujeres como a hombres. El glamour femenino no se fabrica solo con el fin de fulminar de emoción al público masculino, sino también al público femenino.

La belleza física de la estrella es sin duda la causa principal de su incomparable poder de seducción. Sin embargo, la fama mediática que la caracteriza desempeña también un papel nada desdeñable. Nathalie Heinich habla con toda la razón de un “capital de visibilidad” que puede reportar intereses que no son solo simbólicos, sino también y principalmente económicos. A estos se suman sin duda las facilidades en materia de conquistas amorosas. El estatus de celebridad constituye en sí mismo un capital de seducción erótica: si la estrella seduce es también porque es conocida y reconocida por todos. Del mismo hecho de ser famosa arranca el excepcional poder de seducción erótica de las estrellas.31

Con las estrellas la seducción soberana alcanza cimas inigualables. Aduladas por todos, representan un ideal de vida sinónimo de éxito, belleza, placeres, aventuras, lujo, juventud, fiestas, libertades llevadas al extremo. Las estrellas, como si fueran diosas en la tierra, están inmersas en un clima de “superlatividad absoluta que se vuelve carismática gracias a la masa”.32 Se les perdonan todos sus caprichos, todas sus locuras de amor y dinero difundidas por los medios son aceptadas, juzgadas con indulgencia e incluso contribuyen a su notoriedad. Expurgado de toda imagen negativa, permitidos todos los excesos, el glamour de la estrella se muestra en una omnipotencia soberana. La era democrática y mediática ha permitido erigir la seducción en un instrumento sin precedente de éxito artístico y material, en vector de poder hiperbólico, imaginario y simbólico. Bajo el signo del glamour, nace una nueva fuerza soberana, capaz de propulsar a las estrellas de cine hasta el cosmos encantado de los “olímpicos” modernos.

La seducción controlada

Aun cuando las culturas humanas han mostrado una imaginación desbordante para aumentar el poder de atracción de los seres, lo llamativo es que, al mismo tiempo, han tomado un camino opuesto. Las prendas de vestir tienen distintas funciones, pero una de ellas es disminuir la señalización sexual. Incluso las sociedades que gozan de una gran libertad de costumbres esconden la zona genital de hombres y mujeres. Ya que el ser humano es un “mono desnudo” y se mantiene en posición vertical, la zona genital siempre es visible, está expuesta a la vista: para impedir o reducir esta sobreestimulación sexual, para poner freno a las “tentaciones” fuera del marco de la pareja, la especie humana inventó el taparrabo.33

Este proceso de “desexualización” es particularmente evidente en relación con las mujeres; muchas culturas se esfuerzan en disminuir y a veces ocultar drásticamente los encantos naturales de lo femenino. En determinadas tribus tradicionales, las mujeres que están de duelo, sometidas a los tabúes más estrictos, ya no deben perfumarse ni exhibir adornos, se afeitan el pelo y se pintan el cuerpo de negro: tienen que afearse para no atraer a los hombres. En el noroeste de Melanesia, se las encierra en un espacio cerrado y oscuro, solo pueden hablar susurrando y durante meses no pueden lavarse el cuerpo. En otras culturas, las mujeres casadas no pueden arreglarse como las jóvenes y tienen que renunciar a destacar. Las mujeres embarazadas deben esconder sus encantos y no pueden ejercer atracción alguna sobre los hombres.

En Occidente, durante la Edad Media, los predicadores se ensañaban contra el “libertinaje de los atuendos” y los “vanos ornamentos” del segundo sexo, contra las coquetas, el maquillaje y todos los artificios que pretendían retocar la obra perfecta de Dios: la mujer que se maquilla y se perfuma se tenía por una prostituta. En la tierra del islam, los encantos femeninos se consideran fuente de desorden que provoca los instintos concupiscentes y la decadencia de las costumbres: se trata de sustraer a la mirada del hombre los encantos de la mujer. A veces todo su cuerpo, excepto el rostro y las manos, tiene que estar cubierto; otras, se esconde el rostro y también el cuerpo y las manos (el nicab). La decencia exige hacer desaparecer los ornamentos excesivos de la mujer, que lleve ropa que no atraiga la mirada, que baje los ojos para no excitar los apetitos carnales. En la tradición judía, la mujer debe cubrirse la cabeza en público: el pelo, símbolo de erotismo, tiene que esconderse bajo un pañuelo.

El matrimonio tradicional o la antiseducción estructural

Sin embargo, el proceso social de antiseducción va mucho más allá del ámbito de la apariencia estética. En todas las culturas existen prohibiciones destinadas a refrenar los procesos amorosos, a hacer inaccesibles a ciertas mujeres para ciertos hombres y viceversa. Está en práctica universal la prohibición del incesto y la ley exogámica que prohíben los acercamientos sexuales entre individuos que pertenecen a una misma familia, a un mismo clan o subclan. Los individuos del sexo opuesto que forman parte de una misma familia o de un mismo clan no deben casarse ni tratar de gustarse ni tener ningún amorío entre ellos. Del mismo modo, la prohibición del adulterio tiene como objetivo impedir que los hombres y las mujeres den rienda suelta a sus impulsos, excluir ciertos idilios para proteger los matrimonios. El estado de promiscuidad sexual es un mito: en todas partes la tentación erótica se ha topado con prohibiciones y reglas colectivas que impiden a los hombres y a las mujeres ceder a sus deseos.

Aún más, hasta una época relativamente reciente, las sociedades han funcionado con reglas que impedían sistemáticamente que la seducción fuera la base de una de las grandes instituciones de la vida en sociedad, a saber, la unión matrimonial. Por un lado, recursos cuyo fin es aumentar la atracción erótica; por el otro, mecanismos sociales para que la seducción no pueda ejercer su pleno dominio, en particular con motivo de la formación de las parejas. Durante milenios, las sociedades humanas han funcionado combinando estas dos lógicas contrarias: intensificación de las armas de seducción, expulsión sistemática de la misma del sistema de matrimonios.

En las sociedades tradicionales, el matrimonio excluye el juego de las preferencias y las atracciones interindividuales: se apoya en consideraciones de orden material o estatutario. Las mujeres se casan en contra de su voluntad, no eligen libremente a su cónyuge, sino que sus padres o sus hermanos se lo proponen o se lo imponen. En ciertas culturas, el matrimonio de los futuros cónyuges se planea antes incluso de su nacimiento. En este marco, la seducción, amordazada institucionalmente, no puede desempeñar papel alguno en la formación de las parejas oficiales. Si bien el poder de seducción se consolida plenamente en la esfera de las relaciones sexuales prematrimoniales y de las relaciones amorosas ocasionales, se ve expulsado en cuanto está en juego la organización de los matrimonios. Durante la mayor parte de la historia humana, la fuerza de los encantos individuales se ha ejercido en el ámbito de las aventuras pre o extramatrimoniales y, por el contrario, ha sido proscrita de la esfera de las uniones matrimoniales.

Todos sabemos que este proceso de exclusión institucional de la seducción se ha impuesto mucho más allá del marco de las sociedades salvajes. Ha persistido en Occidente hasta el siglo XIX y a veces más adelante. Bajo el Antiguo Régimen, la mayoría piensa como Montaigne “que un buen matrimonio, si es que existe, rechaza la compañía y las condiciones del amor”. En todos los ambientes, el matrimonio por conveniencia es la norma y se desarrolla casi siempre bajo la autoridad de los padres: el amor y el consentimiento de los jóvenes esposos no son la base de su unión. La atracción que sienten los futuros cónyuges no se considera ni buena ni necesaria. En el siglo XIX, en las familias burguesas, la gente se casa por razones de interés, no por amor: demasiado serio para depender de una elección personal, el matrimonio depende de la decisión de los padres. En los matrimonios del entorno rural, la atracción física y los gustos personales no suelen desempeñar un papel importante. La inclinación, la juventud, la belleza son consideradas cualidades no esenciales. Varios refranes así lo testimonian: “Ante belleza o dinero, elige siempre lo postrero”; “Matrimonios por amores causan muchos sinsabores”. En secciones enteras de la sociedad, el cálculo y el interés económico se anteponían a los impulsos de la atracción y del corazón. Se trataba de conservar los bienes, defender el honor del linaje y preservar una posición, no de amarse y gustarse el uno al otro.

Semejante disociación entre la unión sexual y la fuerza de la atracción es más o menos excepcional en las especies sexuadas, especialmente entre los mamíferos y las aves, animales entre los cuales el acto reproductivo exige, para que se lleve a cabo, atractivos sexuales (colores, feromonas, ofrendas, cantos, danzas nupciales). Para que se dé el apareamiento, el macho debe hacerse ver, resultar atractivo para la hembra, que a su vez evalúa y selecciona a su pareja en función de la calidad de las señales visuales, vocales u olfativas que emite el macho. Nada parecido ocurre en las sociedades con un modelo holístico que, al no reconocer el valor de la autonomía individual, excluye radicalmente la elección individual y la atracción seductiva de la organización de los matrimonios. Ya que sexo y seducción están, en estos casos, sistemáticamente disociados, la reproducción del grupo y de los individuos deja depender de la atracción sexual.

La anulación de la seducción como principio organizador de la alianza matrimonial conlleva una reducción considerable del poder de los encantos femeninos. En el mundo animal, son las hembras las que eligen a su pareja, “deciden” su comportamiento sexual manifestando su disponibilidad y, a veces, negociando su atracción (sexualidad a cambio de alimento). Con el orden humano de la norma exogámica, esta autonomía desaparece en beneficio de la posesión de las mujeres por parte de los hombres, a quienes corresponde el poder de organizar las alianzas. Los “acuerdos” de cara a las uniones sexuales oficiales ya no están dirigidos por las mujeres, sino por sus padres, hermanos o tíos. El poder del atractivo femenino se deja de lado y se supedita a las decisiones matrimoniales tomadas por los hombres.

El hecho es que la intensificación de las señales artificiales de la seducción coincidió con el retroceso del primate de la selección sexual natural que implica, según Darwin, el ejercicio de la elección individual. En todas las sociedades premodernas se impone un orden colectivo que obstaculiza la fuerza de la seducción, impide que la elección personal sea el origen de las uniones matrimoniales, anula los efectos de la desigualdad en el poder de seducción entre los seres. La explosión creativa de artefactos ha ido a la par, por un lado, con la limitación social de las consecuencias del poder de atracción erótico y, por el otro, con la emancipación humana en relación con la selección natural. Cuanto más han ampliado los seres humanos su arsenal de seducción, menos ha dirigido dicho poder las uniones legítimas entre hombres y mujeres.

Del poder femenino a la soberanía masculina

Generalmente se considera la belleza un tema poco digno de interés por parte de la antropología fundamental. Afortunadamente, un libro reciente corrige esta lamentable tendencia. El mérito innovador del antropólogo Pierre-Joseph Laurent reside en haber conseguido dar toda su importancia a la cuestión de la belleza física, partiendo de la seducción, en el funcionamiento de las sociedades tradicionales.34

El punto de partida de su análisis es que determinadas personas suscitan más atracción que otras. Todas las sociedades han tenido que confrontarse a esta “desigualdad fundamental” que no es otra sino la distribución desigual de la belleza física entre los seres. Dicha situación crea inseguridad social y económica, amenaza la paz y el equilibrio de la vida social y esto porque una minoría de mujeres atractivas son capaces de acaparar a la mayoría de los hombres: unas gozan de todos sus favores, mientras que las otras están condenadas a la soledad. La regla de la alianza tradicional funciona precisamente como un dispositivo cuya finalidad es conjurar los efectos nefastos de la repartición desigual de la belleza y la seducción que esta produce.

 

• Gilles Lipovetsky, Gustar y emocionar. Ensayo sobre la sociedad de la seducción, Barcelona, Anagrama, 2020, 504 p.

 

Gilles Lipovetsky
Ensayista. Autor de: La era del vacío o El imperio de lo efímero, entre muchos otros libros.


1 Edward Evans-Pritchard, La mujer en las sociedades primitivas, Península, Barcelona, 1984, trad. de Ángela Pérez. (Aquí citado a partir de la versión francesa: PUF, París, 1971, pág. 166.)

2 Marion Van Offelen, Nomades du Niger, con fotografías de Carol Beckwith, Chêne, París, 1983.

3 Bronislaw Malinowski, La vida sexual de los salvajes del nordeste de Melanesia, Morata, Madrid, 1975, trad. de Ricardo Baeza. (Aquí citado a partir de la versión francesa: Payot, París, 1970, pág. 198.)

4 Ibid., pág. 221.

5 Jacqueline Pigeot, Femmes galantes, femmes artistes dans le Japon ancien (XI-XIIIè siècle), Gallimard, París, 2003.

6 Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, col. Idées, Gallimard, París, pág. 94 (Folio essais n.o 18). (Versión española: Discurso sobre el origen de la desigualdad entre los hombres, Tecnos, Madrid, 2020, trad. de Antonio Pintor-Ramos.)

7 Luc Renaut, «Le tatouage féminin dans les sociétés anciennes et traditionnelles: beauté, sexualité et valeur sociale», 2008.

8 Véronique Antomarchi, «Les tatouages inuit dans l’Arctique canadien», en Gilles Boëtsch, Dominique Chevé y Hélène Claudot-Hawad (dirs.), Décors des corps, IREMAM, Aix-en-Provence; CNRS Éditons, París, 2010, pág. 370.

9 Catherine Alès, «Art corporel, savoir et engendrement chez les Yanomami», en ibid., pág. 332.

10 Claude Lévi-Strauss, Anthropologie structurale, Plon, París, 1958, pág. 282. (Versión española: Antropología estructural, Paidós, Barcelona, 1995, trad. de Eliseo Verón.)

11 Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques (1955), col. 10/18, Plon, París, 1962, pág. 162. (Versión española: Tristes trópicos, Paidós, Barcelona, 2006, trad. de Noelia Bastard.)

12 Claude Lévi-Strauss, Entretiens avec Georges Charbonnier, Plon, París, 1961, pág. 162.

13 Hay que precisar que se trata de una voluntad de fuerza socialmente limitada, ya que las sociedades estructuradas por la tradición se empeñan en reconducir incansablemente los mismos modelos heredados del pasado sacro y ancestral.

14 Friedrich Nietzsche, citado por la version francesa: Œuvres philosophiques complètes, t. XIV: Fragments posthumes (début 1888-début janvier 1889), Gallimard, París, 1977, pág. 91 y La volonté de puissance, tomo I, col. Tel n.o 259, Gallimard, París, 1995, pág. 230. (Versión española: La voluntad de poder, EDAF, Madrid, 2000, trad. de Aníbal Froufe.)

15 Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, ob. cit., pág. 162.

16 Claude Gudin, Une histoire naturelle de la séduction, col. Points-Science, Seuil, París, 2003, págs. 134-135.

17 Esta teoría la desarrolló Desmond Morris, El mono desnudo, Debolsillo, Barcelona, 2000, trad. de J. Ferrer Aleu.

18 Marian Vanhaeren y Francesco d’Errico, «L’émergence du corps paré. Objets corporels paléolithiques», Civilisations, n.o 59, 2011.

19 Sobre este enfoque, Jean Baudrillard, De la séduction, Galilée, París, 1979. (Versión española: De la seducción, Cátedra, Madrid, 1989, trad. de Elena Benarroch.)

20 Bronislaw Malinowski, La Vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie, ob. cit., págs. 248-271.

21 Anne-Christine Taylor, «Les masques de la mémoire. Essai sur la fonction des peintures corporelles jivaro», L’Homme, n.o 165, enero-marzo de 2003.

22 Claudine Charbonnier, «La courtisane de Plaute à Ovide», Bulletin de l’Association Guillaume Budé, vol. 28, n.o 4, 1969, págs. 457-458.

23 Nicole Loraux, «Aspasie, l’étrangère, l’intellectuelle», Clio. Femmes, Genre, Histoire, n.o 13, 2001, págs. 17-42.

24 Sobre Lays, Propercio escribe que «toda Grecia suspiraba ante su puerta», citado por Claudine Charbonnier, art. cit., pág. 460.

25 Liza C. Dalby, Geisha, Círculo de Lectores, Barcelona, 2001, trad. de Elena Recasens (aquí citado por la versión francesa: Payot & Rivages, París, 2003, pág. 10.)

26 Ibid., págs. 273-274.

27 Thierry Lenain, «Les images-personnes et la religion de l’authenticité», en Ralph Dekoninck y Myriam Watthée-Delmotte (eds.), L’Idole dans l’imaginaire occidental, L’Harmattan, París, Budapest, Turín, 2005.

28 Nathalie Heinich, De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, Gallimard, París, 2012, págs. 16-22.

29 Thierry Lenain, L’Idole dans l’imaginaire occidental, ob. cit., pág.320.

30 Frieda Graefe, «Marlene, Sternberg: glamour, beauté née de la caméra», en Gian Luca Farinelli y Jean-Loup Passek (dirs.), Stars au féminin. Naissance, apogée et décadence du star system, Centre Pompidou, París, pág. 127.

31 Nathalie Heinich, De la visibilité. Excellence et singularité en régime médiatique, ob. cit., págs. 369-373.

32 Violette Morin, «Les Olympiens», Communication, vol. 2, n.o 1, 1963.

33 Desmond Morris, Le singe nu, op. cit., págs. 90-91.

34 Pierre-Joseph Laurent, Beautés imaginaires. Anthropologie du corps et de la parenté, Academia Bruylant, Lovaina, 2010.

 

[Fuente: http://www.nexos.com.mx]

L’un des plus grands noms de la chanson française publie son autobiographie. L’auteur, compositeur et interprète des fameux Un homme heureuxJ’cours tout seulLe carnet à spirale et autres perles comme La navaleCentre-ville ou Chanson lente, retrace sa drôle de vie dans William, sorti en mars aux Editions des Equateurs. Se prêtant au jeu des confidences et allant surtout au bout de son art à lui, transmettre des impressions et des émotions dans leur vérité crue, l’artiste détaille son parcours inimaginable, bousculé par tant d’événements et de personnalités. William Sheller, un homme émerveillé et autant ému qu’émouvant, a accepté avec plaisir notre demande d’entretien. Découvertes sur son père, bisexualité, passion de la composition, hypersensibilité, cocaïne, critique de l’époque actuelle: aucun sujet n’est évité sur une vie écrite en lettres capitales, à l’encre bleue.

[Photo : Joël Saget]

Propos recueillis par Jonas Follonier

Le Regard Libre: Pourquoi avoir choisi d’écrire votre autobiographie?

William Sheller: J’ai été frustré pendant très longtemps des interviews que j’ai accordées au sujet de ma musique. On ne savait rien du bonhomme. Je représentais une marchandise, j’étais un homme-sandwich. Une émission de télévision se résumait à cela: «Vous venez de sortir un nouvel album, qui s’appelle tsouin-tsouin, n’est-ce pas? Il a tel nombre de titres, n’est-ce pas? Vous faites une tournée ensuite? Vous passez par là et par là…» et ainsi de suite. «Et maintenant William Sheller va nous chanter sa chanson.» Et c’était déjà le déroulement de fin d’émission. Le reste consistait en des extrapolations et ragots de journaux médiocres. J’en ai eu marre et j’ai voulu parler non pas tant du métier que du bonhomme, du gamin qui a été bouleversé par un tas de choses dans sa vie et qui a traversé les Trente Glorieuses. Il s’agit donc de William aussi bien que des périodes qu’il a vécues.

On accède avec vous aux coulisses du star-système: vos amis de fête, comme Nicoletta ou Patrick Juvet, mais aussi des rencontres plus rares, comme celle de Johnny Hallyday, «plus fin que ce qu’ont pu en dire les médias». Le showbiz, vous l’avez détesté. En partie pour le fossé qui se creuse inéluctablement entre la personne, la vraie, et son image publique?

Oui. On est là pour représenter un produit. Et quand on s’en éloigne, ça dérange. Ce qui est embêtant pour quelqu’un comme moi qui a souvent été flirter du côté de la musique symphonique. «C’est ennuyeux ça, on aurait pas un album pour cet hiver?» Enfin, ce n’était pas mon boulot! Je ne voulais pas être une star, moi, je voulais être un compositeur. Je suis devenu un chanteur un peu par hasard. Et quand j’ai sorti des chansons piano-voix comme Un homme heureux, ma maison de disque trouvait qu’elles étaient tristes. Ils n’ont rien compris à cet homme heureux que je traîne comme une casserole.

D’ailleurs, vous ne mentionnez pas une seule fois cette chanson phare dans William.

Oh non, on m’a assez demandé d’en parler! (Rires)

Parlons donc de ce qui ouvre votre livre: votre mère qui, sur son lit de mort en 1996, vous annonce que votre père n’est pas votre père. Quel bouleversement cela doit être!

Un bouleversement terrible. Ma mère m’apprend, l’air de rien, en mode «ah oui, et…», avant ses derniers soupirs, que mon vrai père était un soldat américain qu’elle a rencontré au moment de la Libération. Je venais de naître quand il a dû partir avec son régiment pour Le Havre. Il était démobilisé. Quand il est revenu en France après son divorce, il n’a retrouvé personne, car ma mère m’avait «kidnappé» et nous avait emmenés vivre à un autre endroit. Mon père m’a cherché pendant des années, en vain.

Cela dit, bien avant 1996, vous aviez déjà des doutes sur le fait que quelque chose clochait.

Effectivement. Je me suis souvent dit que je n’avais rien à voir avec cette famille de dingos qui m’a donné mon nom civil, Hand. Franchement, entre l’une qui recevait Jésus dans son salon et l’autre qui était alcoolique et parlait avec les Martiens, il fallait voir! Ma mère Paulette et son homme étaient tellement dans l’amour de l’autre, mais en mode «je t’aime moi non plus», qu’ils se séparaient au bout de trois ans, puis pouf, ils se recollaient. «Oh, on a eu une idée de commerce, on fait venir des voitures d’Amérique, on leur fait construire des plaques d’immatriculation par un copain qu’on connaît.» Tout cela partait en l’air évidemment. C’était sans arrêt! Et qui en assurait les frais, sur le plan financier? Moi. Aussi, les nombreux non-dits qu’il y avait à la maison m’ont mis la puce à l’oreille même si j’étais encore un enfant.

Après cette confidence de votre mère, quand avez-vous commencé à faire des recherches sur l’identité de votre père, dont elle vous a dit qu’il s’appelait Colin et qu’il venait du Michigan?

Dès le lendemain de la nouvelle. Évidemment, le Michigan, c’est loin, mais internet commençait à se développer, j’ai donc fait des recherches sur les sites et j’ai trouvé une adresse. Mais à quoi bon intervenir dans une famille certainement déjà formée? Quel mauvais feuilleton. Mon père était réputé avoir au moins 80 ans: quel impact mon arrivée de nulle part allait-elle avoir sur sa santé? En 2004, au moment du soixantenaire du débarquement de Normandie (de l’invasion, comme diraient les Américains), je me suis décidé à lui écrire.

Colin Thomas MacLeod

Quelle réponse avez-vous reçue?

Je ne m’attendais pas à en obtenir une. Pourtant, quinze jours après mon envoi, j’ai reçu une immense enveloppe provenant des États-Unis, avec une lettre, des photos de la famille, etc. Mon père Colin Thomas MacLeod était décédé en 1989. Je suis allé voir sa famille, ma famille, en 2006, car j’avais des engagements jusque-là. Quand je suis arrivé, mes cousins disaient: «Oh, qu’est-ce que tu ressembles à oncle Colin!» À présent, je fais partie du clan des MacLeod. J’ai le droit à des cours de macléodisme. Et ma sœur m’a même dit: «Nous avons acquis, dans le carré des MacLeod, un espace pour tes cendres.» (Rires)

Si le fil rouge de votre autobiographie, par définition, est votre vie, on en apprend beaucoup quant au regard que vous portez sur votre œuvre. Typiquement, il y a clairement des albums que vous préférez à d’autres, non?

Oui. Il y a d’abord l’album Nicolas que j’ai réalisé à Los Angeles en compagnie de musiciens d’Elton John et de Bob Dylan et qui est sorti en 1980. Pour ce projet, j’ai quand même travaillé avec les guitaristes Steve Lukather (du groupe Toto) et Micky Jones, ou le batteur Jim Keltner (ancien musicien de Ringo Starr)! Ensuite, l’album Univers, paru en 1987, est un autre opus qui compte énormément. La raison en est simple: on m’a donné tous les moyens de le réaliser comme je l’entendais. Comme, à mon label, on ne savait plus à quel saint se vouer avec moi, on m’a donné carte blanche. J’ai ainsi pu faire le mélange que je souhaitais d’influences qui m’intéressaient: la musique japonaise, la pop, la musique du XVIIsiècle… La chanson Le nouveau monde, dans laquelle je respecte les règles de la musique du XVIIe siècle, est le résultat d’une étude que j’ai réalisée pour l’histoire de l’orchestration. Il fallait bien que je m’en serve pour une chanson!

En revanche, j’ai saisi la mesure de votre répulsion envers votre dernier album, Stylus (2015). Il contient pourtant des titres magnifiques: YoupylongBus stopLes enfants du week-end

Oui, ce sont des chansons importantes, mais elles ne sont pas terminées! Vous ne pouvez pas imaginer ma frustration à l’égard de ce gâchis. J’étais cloué dans un lit d’hôpital, avec des tuyaux partout. Pendant ce temps-là, des crétins ont bricolé les sons de mon album. En plus, une compilation épouvantable a été publiée! J’ai déclaré dans la presse à ce moment-là qu’il ne fallait pas acheter ce machin, mais le voler. Je le pense toujours.

Vous décrivez dans le détail ce que vous appelez le «vertige de la création». Tout à coup, l’espace d’une seconde, vous avez en tête une séquence musicale, très courte, parfois entièrement orchestrée. Il s’agit ensuite de l’écrire et de la développer. N’y a-t-il pas une dimension de frustration par rapport à la séquence parfaite que vous aviez en tête?

Pas vraiment. Comme tout travail, l’écriture musicale, ça s’apprend. Si l’on a dans sa tête une maison, il faut apprendre l’architecture pour la bâtir. Ce qui se passe dans le domaine de la composition est tout à fait fascinant. On entend un petit truc qui revient et revient. Tout à coup, on se demande pourquoi ça revient et ensuite on en prend conscience. Mais on ne sait pas si c’est le début d’un morceau, la conséquence d’un autre motif ou autre chose encore. J’ai noirci énormément de pages de papier à musique. Cette dimension calligraphique fait que ce n’est pas la même chose de composer sur papier ou de composer avec l’ordinateur ou le piano. On est plus libre en écrivant et cela donne des résultats moins facilités, donc moins faciles. D’ailleurs, quand il s’agit d’écrire un concerto, alors c’est quelque chose. Cent cinquante pages d’orchestre à la main, bonjour le boulot. À ce sujet, je suis aussi fier de ce livre de 500 pages dont nous sommes en train de parler que j’ai pu l’être d’un concerto.

Parlons aussi de textes, et d’un mot en particulier: «jardin». C’est un motif qui revient souvent dans votre œuvre. Est-ce, comme peut nous le suggérer votre livre, parce que les jardins ont beaucoup compté dans votre vie?

Sans doute. Quand j’étais gosse, j’allais dans le jardin du frère de ma mamy, que j’appelais «Tonton» et qui était une sorte de Mamy en homme. Ce lieu était un véritable havre de paix, que je ne retrouvais pas à la maison. L’épouse de Tonton, Tata, était gardienne d’un immeuble occupé par des religieuses. Nous avions le droit de nous rendre dans le jardin, car il y avait une fontaine avec des poissons, mais il ne fallait pas faire de bruit pour ne pas déranger les religieuses qui priaient. J’en garde un souvenir très fort! Et puis, bien des années plus tard, quand j’habitais dans un appartement du 17e arrondissement, j’ai connu le remarquable parc Monceau, qui a été complètement inventé par Napoléon III. C’est là que j’ai écrit, entre autres chansons, Le témoin magnifique, en regardant les joggers partir le matin.

Et il y a un jardin où vous avez rencontré une personne importante dans votre vie.

Peter. Nous sommes à la fin des années 70, environ. Je suis bien éméché et traverse le Champ-de-Mars à pied, la nuit. Tout à coup, dans les images troubles qui étaient celles de cette nuit-là, je vois des couleurs s’approcher, formant peu à peu une silhouette, qui pour finir était la mienne! Et j’ai donc eu l’impression de me croiser moi-même. Je me suis dit que j’allais faire un malaise. Mais c’était un inconnu qui me ressemblait beaucoup, qui après m’avoir évité (et reconnu), m’a suivi. Je suis allé jusqu’à la gare Montparnasse et là j’ai senti une main sur mon épaule. L’inconnu: «Bon, alors on va jusqu’où comme ça?» C’était Peter, qui est venu passer la nuit chez moi.

Et vous avez fini par dormir souvent ensemble. Il s’est installé chez vous. Vous avez partagé votre vie entre lui et Nelly, une femme qui trouvait très bien que vous ayez aussi un homme à vos côtés. Ce n’était pas votre amant. Comment comprendre cette relation?

J’ai entretenu avec Peter une forme d’amour que les spécialistes appellent «homoromantisme». C’était mon frangin, mon double. J’aurais toujours voulu avoir un frère, sur lequel me reposer. Peter m’apportait une énergie, alors que Nelly, d’un autre côté, prenait une énergie que je donnais volontiers. J’avais mon yin et mon yang. Et ce n’était pas un trio ou quoi que ce soit de ce style. Lorsque j’étais avec l’un, l’autre se retirait un peu. Je ne me suis jamais retrouvé sur les genoux d’un père. Quand j’étais tout contre Peter, cela me donnait l’impression qu’on a, gamin, quand on embrasse un arbre.

Était-ce un amour platonique?

C’était un peu plus que cela. Parfois, quand je me réveillais, il avait sa tête posée sur ma poitrine. Il y avait des câlins et beaucoup de tendresse. Mais je n’ai jamais été fan de gymnastique suédoise, pour ainsi dire. (Rires)

Peter

De la même façon, avez-vous vécu avec la chanteuse Barbara, un autre personnage-clé de votre vie, une forme d’hétéroromantisme?

On pourrait dire cela, oui. C’est la personne avec qui j’ai vécu les plus hautes transmissions de pensée. On se comprenait à la perfection. Notre affection était totale, mais sans désir. On me rappelle souvent que j’ai vécu avec Barbara. C’est faux: j’ai vécu chez Barbara. Nuance d’importance. Cette intimité qui s’est déclenchée en 1973 a beaucoup compté. J’ai réalisé, sur son invitation, les arrangements de son album La Louve. Pour cela, j’ai logé chez elle. Et c’est elle qui, dans le cadre de cette collaboration, m’a dit un jour en claquant son poudrier: «Tu devrais chanter, toi». Je lui ai répondu que je n’avais pas de voix. «Et alors? Moi non plus, on s’en fout», m’a-t-elle fait. «Tu es diseur comme moi je suis une diseuse. Je raconte des histoires en musique et je les fais vivre.» J’ai suivi son conseil; on ne peut pas désobéir à une femme qui claque son poudrier. Elle m’a ensuite aidé à trouver une maison de disque.

Bouclons la boucle des jardins: si je dis, en citant votre chanson Les petites filles modèles, «C’est dans ce jardin qu’autrefois / Dans mes habits de joueur d’escrime / Je v’nais souvent apprivoiser les chats / Qui s’dandinent», qu’est-ce que cela vous évoque?

Je pense immédiatement à ces moments où je devais aller chez la famille aristocrate de l’industriel qu’avait rencontré ma mère – et qui n’était pas le plus représentatif de la famille. J’essayais de tenir ma position et ce qu’on pouvait en attendre. «Les habits de joueur d’escrime», ce sont les déguisements que je portais. Quant aux chats, il y en avait effectivement, à qui de vieilles dames donnaient à manger, dans les jardins.

On vous devine hypersensible.

Je le suis. Cette démarche, qui consiste à tenter de faire de belles phrases avec de petits riens, est la même que celle d’un Charles Baudelaire. C’est toujours mieux que les tubes de l’été en mode «J’attends un taxi, je bois mon café, gnagnagni et gnagnagna…». Quand je vois certains produits issus d’émissions comme The Voice, je me fais du souci. Il suffirait d’avoir un physique avantageux, des cheveux lissés brésiliens, pour chanter. Quelle vulgarité, quand on pense!

On ne citera personne.

Oh non, parce qu’il y en a trop. (Rires)

C’est certain. Êtes-vous un mélancolique?

Disons qu’il faut remplir sa vie. On vient au monde en étant aveugle, puis on commence à comprendre que papa c’est celui avec les moustaches, maman celle avec les cheveux longs, et ensuite il faut meubler cette existence… Quand on a la chance d’avoir une passion et de pouvoir en vivre, alors on doit admettre que la vie, c’est bien. Il n’y a rien à dire de plus. Par contre, je pense beaucoup aux individus qui n’ont pas de chance déjà à la base. J’ai plus de mansuétude pour les autres que pour moi-même. Les choses ne me blessent pas. Je ne pleure pas, sauf quand j’épluche des oignons – ah oui, et je pleure aussi au cinéma, mais ça, ne l’écrivez pas. (Rires)

On a beaucoup parlé de musique classique, mais discutons de rock. Peut-on considérer que c’est votre autre famille musicale?

Oui. Qu’est-ce que j’aime le rock! Par contre, en France… ce n’est pas trop ça. Lorsque je suis allé enregistrer un album aux États-Unis, et un autre en Angleterre, vingt ans plus tard [ndlr: l’album Albion sorti en 1994], on m’a demandé pourquoi je ne voudrais pas m’y installer. Eh bien, oui, mais non, parce qu’il y a la famille, les enfants. Ce n’est pas facile de changer comme ça de pays.

Ce n’était pas non plus facile de résister à la tentation de la cocaïne, notamment avec vos copains du rock. Vous en avez consommé pendant des années. Malgré le tableau sympathique que vous dressez de cette drogue, vous ne recommandez quand même pas son usage à nos lecteurs, rassurez-moi? 

Je ne la recommande à personne; je n’ai surtout de leçon à donner à personne. Mais il faut préciser qu’avant, les produits étaient beaucoup plus… bio, disons. La cocaïne me donnait du punch. Par exemple, au Paléo Festival de Nyon, je me suis retrouvé devant 50’000 personnes. En face, il y avait cette colline! Oh là là, d’accord, que je me suis dit. Un peu d’aide ne me ferait pas de mal. Mais sinon, je n’en prenais pas pour regarder la télévision, vous voyez. Chose qui aurait été complètement ridicule.

La poudre a joué un rôle dans les ennuis de santé que vous avez eus plus tard, non?

Certainement. D’ailleurs, j’ai toujours été honnête avec mon médecin. Je lui disais tout. Je prenais un centimètre de temps en temps, cela suffisait. La cocaïne, c’était l’époque. Rappelons-nous que ce fut celle des grandes transformations, de la démocratisation de la musique – à réécouter inlassablement – ainsi que de la fumette et du LSD. On cherchait une nouvelle forme de spiritualité, un peu comme les romantiques au début du XIXe siècle.

William Sheller avec le mixeur Yves Jaget lors de l’enregistrement des Machines absurdes. Cet album, sorti en 2000, mêle l’univers pop et classique de Sheller à de petites touches électro.

Quelle autre caractéristique associeriez-vous à ces Trente Glorieuses par rapport à l’époque que nous traversons aujourd’hui?

La liberté. Il y en avait beaucoup plus qu’aujourd’hui de manière générale. Notre expression était plus libre, la création était plus libre, la presse était plus libre, l’humour était plus libre. On parle parfois des Trente Glorieuses sans trop savoir ce que c’est, en n’y voyant que des vieux qui ont dépensé tout l’argent, des boomers. Mais les interdits en tout genre de la société actuelle ne sont pas très heureux. La musique d’aujourd’hui est la preuve qu’on ne peut plus tout dire et même qu’on ne peut presque plus rien dire. Il faut rester abstrait et urbain. Il n’y a donc plus beaucoup de place pour le rêve. Idem pour le cinéma et la littérature. Heureusement, on n’en est pas encore au stade des Américains, où la vue d’un sein est devenue intolérable. Mais on arrive peu à peu à ce puritanisme, hélas. Ce que notre époque va devenir, je n’en sais rien et je ne serai plus là pour le voir, mais je me fais du souci pour mes petits-enfants.

La liberté, vous en usez dans votre ouvrage, qui est écrit comme vous parlez. On sent que c’est vous qui l’avez rédigé et ce n’est de loin pas la règle chez vos confrères…

Il n’est pas possible de restituer une émotion, un parfum, une odeur, une moiteur, le sentiment de se trouver bloqué parmi des personnes, sans qu’il s’agisse de mots à soi. Ces mots, on les cherche parfois très longtemps. La grande écrivaine Colette estimait que c’est une horreur d’écrire – et c’est vrai. Qu’est-ce qu’une autobiographie si elle ne consiste qu’en des «J’ai rencontré un tel, ensuite j’ai rencontré une telle» et ainsi de suite? Que voit-on, que ressent-on de la vie d’une personne?

«Pour l’instant, disons que ce livre est fini», écrivez-vous à la fin. On lit entre les lignes…

Eh oui! Je vous le donne comme ça: il y aura un tome 2, aussi centré sur l’individu mais plus sur le plan professionnel pour ainsi dire, dans le mouvement qui s’est produit musicalement des années 60 jusqu’à ce que ce soit le début de la décrépitude. Oui, parce que bon, voilà.

Et il y a encore beaucoup de choses à raconter. J’ai par exemple été étonné de constater l’absence de Véronique Sanson.

Totalement! En fait, il y a des personnes dont la proximité est tellement évidente que je les ai complètement zappées. Véronique Sanson en fait partie. Elle et moi sommes infiniment liés affectivement et musicalement. Nous sommes deux personnes relativement borderline. Nous nous suivons et en même temps nous nous cherchons. C’est assez compliqué.

Elle était présente en 2016 aux Victoires de la Musique lorsqu’on vous a remis la Victoire d’honneur couronnant vos 40 ans de carrière. Qu’a signifié cette soirée pour vous?

Je ne voulais pas y aller. Je me trouvais dans un piteux état suite à mon burn-out qui s’est déclenché en 2014 et a débouché sur une arythmie cardiaque et un œdème pulmonaire. Gonflé par la cortisone, je pesais 100 kilos. J’étais devenu une sorte de monstre. Mais les retours que j’ai reçus sur ce soir-là ont été bouleversants. Véronique Sanson m’a sauvé la vie, d’ailleurs, quand j’ai failli louper une marche de l’escalier descendant de la scène. Sans cet ange gardien, je me serais fracassé le crâne.

Vous avez décidé de ne plus jamais chanter. Qu’est-ce qui a motivé cette décision?

Quand je me suis remis de ma maladie, j’ai vécu cette guérison comme une forme de mort initiatique: d’un seul coup, on meurt pour renaître autrement. En 2018, un autre moi est né. Vous savez, j’aurai 74 ans en juillet de cette année. Il me reste donc, allez, dix, quinze, maximum vingt ans pour composer de la musique. C’est l’équivalent de la vie d’un chien! Je me suis dit: je ne vais pas aller fourrer ma truffe là où ça ne m’intéresse pas.

Comment allez-vous vous occuper désormais?

En faisant strictement ce que je veux. En transmettant, car c’est important et c’est le moment de le faire. En écrivant, toujours, mais pas des chansons que je vais interpréter: des textes, comme le livre dont nous parlons, ou de la musique. J’ai beaucoup de séquences qui me trottent dans la tête. Mais je ne chanterai plus jamais et je ne jouerai plus de piano. A tel point que j’ai vendu le mien, sur lequel j’ai composé Un homme heureux. Le nouveau piano que vous voyez derrière moi me sert juste à vérifier si une note est un do, comme je n’ai pas l’oreille absolue. C’est un outil pour composer. Mais je ne joue plus. Je ne sais pas pourquoi. Désormais, j’écoute. Je redeviens un mélomane.

Quelle musique écoutez-vous?

 William Sheller – William Éditions des Équateurs 2021 – 489 pages

De la musique classique, qui m’a ébloui durant ma jeunesse, mais aussi des titres qui sortent aujourd’hui, malgré tout ce que j’ai dit avant. J’adore Eddy de Pretto. Ses textes sont parfois proches d’un Rimbaud.

Au final, diriez-vous que votre côté original vous a plutôt aidé dans votre vie ou plutôt joué des tours?

On pourrait résumer ma non-réponse au fameux titre d’Emil Cioran: De l’inconvénient d’être né.

 

 

 

 

 

 

[Photos : collections personnelles, sauf quand il est mentionné – source : http://www.leregardlibre.com]

Comentário sobre o livro “Los asaltantes del cielo” do escritor argentino, recém-falecido

Escrito por GABRIEL COHN*

Dentre as muitas coisas que os fascinavam nas aulas do mestre argentino por quem sentiam uma grande simpatia, os estudantes que nos anos 1980 assistiam a seus cursos na Escola Livre de Sociologia e Política de São Paulo (livre porque, existindo desde antes da Universidade de São Paulo e dos órgãos federal do Ministério da Educação, que imporiam normas e regras a todas as instituições de nível superior no país, cultivava o orgulho de seguir sua própria orientação) se recordariam muitos anos depois de uma que constituía experiência singular.

Com Horacio González exercitavam um método inventado por ele, o método Leopold Bloom, que consiste em “caminhar, observar, rememorar”. A principal característica do Método Leopold Bloom é que não é um método, proclamava seu inventor, pouco antes de levar seus estudantes, literalmente, para as ruas, onde se dispersavam pelas esquinas e esconderijos da cidade, recolhendo impressões de todas as maneiras e por todos os meios. Guardo até hoje (esperando o momento de oferecê-lo finalmente a Horacio) um volume dos resultados de um dia de aplicação desse não método, em que a Chicago de Robert Park se mesclava com a Dublin de James Joyce num jogo de travessas alusões que no fundo remetiam a outra relação, esta sim mais séria, que dava sentido ao trabalho de Horacio em seu exílio brasileiro: Buenos Aires e São Paulo, duas referências com grande carga afetiva.

No meu entender, faz parte da grandeza de Horacio não ter vacilado um instante sobre a primazia entre essas suas duas cidades queridas: tão logo foi possível suspender o exílio que o havia trazido ao Brasil, agiu em nome de um compromisso que superava tudo o que seus amigos e colegas paulistas poderiam oferecer-lhe, e retornou à Argentina, seu lugar no mundo, que merecia e exigia retomar em novos termos a antiga militância política e cultural.

E quanto trabalho acumulou nesses anos de volta para casa! Não satisfeito com sua decisiva presença na brilhante equipe responsável por um empreendimento de real envergadura como é a revista El Ojo Mocho, Horacio publicou nesse período uma importante sequência de livros. Livros que são relidos com prazer após uma década, como La ética picaresca, de 1994 (com o subtítulo “secreto”: Pretexto y tragedia en el origen de la política), cuja fonte, já um tanto remota, é a tese com que havia conquistado o título de doutor em Sociologia pela USP, num caso raro em que todos achavam que ele devia ser doutor, menos ele mesmo, refratário como sempre foi ao rotineiro jogo das instituições.

Resultado ocasional de um mero trabalho acadêmico? Não: a referência de fundo no livro (seria interessante examinar até que ponto já presente na tese) é, como revela Horacio ao leitor desprevenido, a política argentina, “ainda que talvez não se note”. Aí está Horacio inteiro, e gostaria de insistir sobre isto. Existe um núcleo duro nos escritos de Horacio: a Argentina, em todas suas formas e metamorfoses. (Será muito indiscreto lembrar que há uma interlocutora constante, a quem são dedicados livro após livro, que ela retribui com lindíssimas canções?).

Todavia, a luxuriante proliferação de referências e de ideias que aparecem como uma conversa (o modelo horaciano da produção intelectual, a “simples conversa amável e generosa da amizade”, segundo a expressão de um autor que Horacio aprecia) exige um tipo particular de disciplina na leitura, para que se evite uma dupla perda: a que consiste em se perder nesta rede de referências cruzadas e deixar escapar o núcleo do argumento, e a perda maior que consiste em renunciar à experiência de acompanhar os fios das digressões, aparentemente erráticas, mas que se revelam adiante essenciais ao argumento.

Ou então, esse livro extraordinário que é Restos pampeanos. Ciencia, ensayo y política en la cultura argentina del siglo XX, onde leva adiante, em grande estilo, a recuperação do debate sobre a condição história argentina, por meio de um filão tão caro a Horacio como é a figura pública do intelectual. Ou também, em seguida, Retórica y locura. Para una teoría de la cultura argentina, quatro conferências parisienses proferidas por esse portenho empedernido, e uma mais (“Sobre la idea de la muerte en Argentina”) que, para a alegria de seus amigos brasileiros, pronunciou em São Paulo, depois de ter examinado na USP a notável tese de doutorado de Eduardo Rinesi, cujas afinidades horacianas já se revelam em seu título: Política e tragédia.

Nesse livro, as alusões não são mais joguetes como nas suas aulas paulistas, se bem tudo seja alusivo, sinuoso e sutil, como sempre. Estamos diante nada menos do que reflexões orientadas para uma teoria da cultura argentina, coisa que, à distância do exílio, não lhe teria ocorrido fazer. O retorno para a Argentina já vinha provocando o que se poderia chamar de “paradoxo do compromisso”. Pois é justamente quando a distância física no exílio, com tudo o que ela implica de desgaste pessoal, é substituída pela proximidade física e pela exigência de refletir e tomar partido, que se torna possível o afastamento, que é condição para a crítica.

Entre esses dois livros, há que se destacar um ensaio mais ambicioso, La crisálida. Metamorfosis y dialéctica. Neste ponto, suspeito, abre-se uma nova etapa da produção intelectual de Horacio. Por sorte posso usar as velhas desculpas e dizer que não é este o lugar, ou que não há espaço suficiente, ou que falta o tempo necessário para desenvolver aqui a questão, e limitar-me a deixá-la assinalada.

A ideia é que o tema da metamorfose explicita uma antiga linha de preocupações de Horacio, e o faz num registro novo e mais forte, que projeta para uma nova dimensão (na realidade, para duas, já que é a tensa relação entre a metamorfose, esse processo sempre impulsionado por referências extrínsecas, e a dialética, regido por um dinamismo intrínseco, o que está em jogo) seu grande tema no período do exílio, que é o do movimento, do trajeto, do percorrido – uma ideia que não cessa de emergir, mas que agora aparece como sublimada.

Metamorfoses e dialética são discutidas nesse livro como formas de pensamento, numa mudança de foco a partir do registro mais “sociológico” anterior, que concentrava o olhar nos intelectuais e em suas situações, para o registro “filosófico” das formas de pensar como objeto de uma reflexão que, sem embargo, não esquece o social e o político. Um passo a mais, enfim, no grande projeto, jamais enunciado com todas as letras (exceto no subtítulo levemente irônico de Retórica y locura), de produzir uma teoria política da cultura argentina, projeto para o qual contribuem experiências como a da notável revista cultural  El Ojo Mocho, e agora a da Biblioteca Nacional, como igualmente os livros mais “monográficos” de Horacio, como El filósofo cesante, sobre Macedonio Fernández, ou Política y locura, sobre Roberto Arlt.

Falei dos livros de teor mais monográfico. Os três que estão reunidos neste volume, sobre Camus, sobre Marx e sobre a Comuna de Paris, têm essa característica. Entre Marx e a Comuna de Paris é possível estabelecer uma clara continuidade temática (ainda que Horacio não seja “marxista” ao ler a Comuna). Junto a eles está aqui Camus, que constitui um antigo desafio para Horacio (como lembramos quando tivemos a sorte de ouvi-lo falar a respeito no pequeno e simpático teatro Ágora, em São Paulo). Há algo de desdobramento da “ética picaresca” (e uma pitada do “método Leopold Bloom”) em tudo isso.

A questão elementar da mobilidade e de suas contrariedades é projetada para grandes cenários históricos nos casos de Marx e da Comuna, e para uma trajetória existencial ao se falar de Camus. Os percursos que Horácio acompanha com delicada minúcia não são lineares: parecem-se mais a meandros entrecortados por desfiladeiros onde as diferentes correntes convergem e produzem diversas transfigurações (para usar o termo que ele mesmo utiliza ao final de sua análise da Comuna), transfigurações que por sua vez incidem sobre o próprio espaço histórico onde ocorre a ação, mudando ou fixando o rosto dos personagens, estreitando ou dilatando o tempo dos acontecimentos.

Claro que nisso já está presente o grande tema da metamorfose e de seu par, a dialética. E está presente também a ideia, que orienta a brilhante construção “cinematográfica” do livro sobre Camus, de que os percursos lineares (neste caso, o do automóvel que transporta Camus ao longo de um tempo escandido hora a hora) conduzem ao desastre, pois prefiguram mais que transfiguram: provocam um destino, como escreve Horacio em outro contexto. É essa visão que lhe permite, no livro sobre Marx, uma fina análise de O 18 Brumário, onde se restitui seu verdadeiro significado àquela célebre frase, de aparência ortodoxamente historicista, segundo a qual “os homens fazem sua história, mas…”, revelando que esse significado reside na ideia, inteiramente não historicista-conservadora, da opressão do pretérito sobre a mente dos que tentam traçar seus próprios caminhos.

Por todas essas razões, a edição em espanhol destes três pequenos livros reunidos neste volume constitui uma importante contribuição para o conhecimento da obra de Horacio González, ao permitir o acesso ao leitor argentino de algumas das peças mais importantes de sua atividade nos anos de exílio paulista, quando seu próprio caminho se definia.

*Gabriel Cohn é professor emérito da FFLCH- USP. Autor, entre outros livros, de Weber, Frankfurt (Azougue).

Referência


Horacio González. Los asaltantes del cielo: politica y emancipación. Buenos Aires, Editorial Gorla, 2006, 180 págs.

 

[Fonte: http://www.aterraeredonda.com.br]

On aime qu’un livre nous conduise ou nous ramène à un autre. Et de cet autre à d’autres, comme si lire était fureter dans une bibliothèque. Terra Alta, le roman de Javier Cercas, est un écho aux Misérables. Le personnage qui change la vie de Melchor, héros de ce roman, c’est Javert. Comme lui, il est devenu policier pour affronter le mal, avec ou sans majuscule. Comme lui, il prend le risque d’être injuste. Comme Les Misérables, aussi, Terra Alta est un roman populaire, et un « polar ».

Terra Alta, de Javier Cercas : un fils de Javert

Javier Cercas

 

Écrit par Norbert Czarny

Javier Cercas, Terra Alta. Trad. de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon. Actes Sud, 320 p., 22,50 €


Le nouveau roman de Javier Cercas commence en effet par un crime atroce. Un couple de vieillards, les Adell, est retrouvé dans sa demeure isolée, assassiné après avoir été torturé. Ceux qui ont commis le meurtre n’ont apparemment pas de mobile. Tout a été réalisé avec minutie, la sécurité a été désactivée, aucune image n’est donc restée sur les diverses caméras de surveillance. Le vieil Adell est patron d’une entreprise en cartonnage, il possède des usines au Mexique et ailleurs, il est le maître dans la région. Il a des ennemis, comme il sied à ce genre de personnage, et toutes les pistes seront à explorer. À condition qu’on veuille bien le faire.

Melchor se trouve le premier sur les lieux. Il est policier depuis quatre ans et son premier vrai poste, il l’a pris en Terra Alta où sa hiérarchie l’a envoyé, moins parce qu’il débutait et devait faire ses preuves dans cette région abandonnée de la riche Catalogne que parce qu’il devait retrouver un certain anonymat après une action d’envergure : il a neutralisé des terroristes lors d’un des attentats islamistes qui ont frappé l’Espagne en 2017. Melchor fait partie d’une escouade comme on en trouve dans bien des commissariats et bien des romans se déroulant dans et autour d’un commissariat, en Espagne et ailleurs.

Il faut dire ici que Javier Cercas n’est pas connu comme auteur de polars. C’est sa première incursion dans le genre. Un deuxième roman mettant en scène Melchor vient de paraître en Espagne, et deux ou trois autres devraient faire de ce policier un lointain confrère du Pepe Carvalho de Manuel Vázquez Montalbán. Très lointain. Encore que… Un bon polar a un arrière-plan social, politique ou historique et la cité qu’arpente Carvalho n’est pas un décor sans âme. Les paysages de Cercas non plus. Dans Le monarque des ombres, il évoquait ce lieu dans lequel un de ses parents, proche des phalangistes par une sorte d’idéalisme abstrait, est mort lors de la bataille de l’Èbre.

Mais la différence majeure entre eux deux est que Carvalho est un lent, sans trop d’illusions sur l’humanité, et un gourmet et gourmand, qui flâne dans Barcelone. Melchor n’en a pas le temps, encore moins la patience. Il est d’une autre génération, et son histoire est assez chaotique, ou cahoteuse. La mère de Javert était tireuse de cartes, son père aux galères. La mère de Melchor est prostituée dans la capitale catalane et il ignore qui est son père. L’envie d’entrer dans la police est venue au jeune homme pendant qu’il accomplissait sa peine dans une cellule. Il a rencontré dans l’établissement pénitentiaire un certain Guille, surnommé le Français, qui l’a incité à lire les romans du XIXe siècle, et d’abord Les Misérables. Melchor décide d’entamer des études, et, à sa sortie, il passe les concours et est engagé. Son talent au tir, acquis quand il œuvrait pour un cartel de Colombiens, le fait remarquer. Un peu trop, on l’a dit. L’exil en Terra Alta s’impose.

Cette région du sud de la Catalogne est, avec la Manche et l’Estrémadure, l’une des plus oubliées du pays. Rien ne s’y passe et chaque fait divers semble un événement. Le narrateur décrit une routine que ce meurtre sauvage a profondément troublée. Melchor, jusque-là, a seulement pensé à ce qui motivait son engagement : retrouver les assassins de sa mère, accomplir sa vengeance au risque de transgresser les règles. Pour ce qui est du meurtre des Adell, il doit mener l’enquête, dont nous ne dirons quasiment rien puisque le lecteur doit garder tout le plaisir de tourner les pages. Un plaisir impatient. Disons seulement que le jeune policier doit là aussi transgresser les règles, puisque sa hiérarchie, faute de pistes, veut enterrer le dossier. Melchor est bien seul. Et obstiné.

Terra Alta, de Javier Cercas : un fils de Javert

Arrêtons-nous plutôt sur le tournant que prend Cercas avec ce roman. J’ai parlé de romans populaires. Alors que Victor Hugo le questionnait d’un simple « ? » au sujet de l’accueil des Misérables au moment de la parution de l’ouvrage, l’éditeur répondait : « ! ». Le livre connaissait un incroyable succès public : chaque foyer en avait un exemplaire. Nombre d’enfants ont appris à lire avec l’histoire de Cosette et de Gavroche. Ou bien ont enragé quand Bamatabois humilie Fantine et que Thénardier pille les cadavres de Waterloo. Le roman populaire est d’abord une source vive d’émotions, avec démesure chez Hugo, voire excès. Mais on aime cet excès. Cercas crée des émotions, ne serait-ce qu’à travers des personnages comme Olga, la compagne de Melchor, ou Armengol, un survivant de la guerre civile que l’on découvrira vers la fin du roman. Il reste cependant le Cercas des Soldats de Salamine (2001), d’Anatomie d’un instant (2009) et de L’imposteur (2014). L’Histoire est là, dans toute sa complexité, avec ses contradictions, ses zones incertaines. Hugo est le romancier de l’antithèse, des contrastes intenses, Cercas est plus proche de Flaubert. Il aime, chez l’auteur de L’éducation sentimentale, l’absence de jugement. Chacun a ses raisons, ses chances, et le lecteur est seul juge. Le narrateur reste à distance, souvent factuel. La construction choisie fait alterner l’histoire personnelle de Melchor et l’enquête qu’il mène avec ses compagnons. D’un côté un personnage nait, qui reviendra, de l’autre une région, une équipe, des événements qu’une dernière partie du roman clôt, une résolution comme on en trouve dans ce type de récit. Cette alternance peut sembler schématique, elle a le mérite de la clarté.

Reste le parti pris pour Javert. Il peut étonner. Le personnage principal des Misérables est pour la plupart d’entre nous Jean Valjean. Son contraire (ou ennemi) nous fascine, ses doutes et sa mort plus encore, mais qui l’admire ? À ces deux personnages on peut en « préférer » un troisième, hélas plus « moderne » : Thénardier. Il manipule ses enfants, maltraite (plus subtilement que sa femme) la petite Cosette, il ment, vole et s’insinue ; il réussit à s’enfuir aux États-Unis pour y devenir marchand d’esclaves. Au fond, Thénardier a tout compris de la société d’aujourd’hui. Personnage idéal pour un prochain Cercas ?

 

[Photo :  Jean-Luc Bertini – source : http://www.en-attendant-nadeau.fr]

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Escrito por Mariángeles García          

Hablar ya no es solo una capacidad humana. También lo hacen las máquinas y cada vez mejor. En este nuevo espectro que se abre ante la inteligencia artificial, enseñar a hablar a una máquina no puede recaer solo en los programadores e ingenieros. Que las máquinas hablen y sean capaces de entendernos es gracias, entre otras cosas, a los lingüistas computacionales

Leticia Martín-Fuentes trabaja como lingüista computacional de Adecco para Google y da clases en línea de introducción a la programación. Es una de las personas que enseña a entender y a hablar a las máquinas como un humano. En eso consiste el procesamiento de lenguaje natural (PLN). Y lo hace en español.

Lingüística computacional: el español que hablarán las máquinas

«Si hablamos de PLN en IA, siempre hay dos vertientes: el natural language generation (NLG) o producción de lenguaje natural, y el natural language understanding (NLU) o comprensión del lenguaje natural. Para los humanos parece parte de lo mismo: hablar, porque pasamos de una a otra tarea en cuestión de milisegundos. Pero constantemente estamos mandando y recibiendo mensajes, que son tareas muy distintas».

Para tratar de lograr que esos mensajes sean entendidos por la mayor parte de los hablantes cuando hablan las máquinas, los lingüistas computacionales utilizan el lenguaje normativo. Dentro de esa norma, explica Martín-Fuentes, se busca que los mensajes sean naturales, que huyan de expresiones esquemáticas como «Salida programada para el vuelo: 17.00» y usen otras más fluidas como «El vuelo saldrá a las cinco de la tarde». El objetivo es que una máquina no diga nada que no diría un humano. De ahí que se busque un español lo más neutro y sujeto a las reglas posible.

Sin embargo, afirma, también se busca que esos sistemas de inteligencia artificial sean capaces de entender a la mayor cantidad posible de hablantes, por lo que deben entrenar a ese NLU con ejemplos tanto normativos como no normativos. «Los asistentes están pensados para acompañarte en el día a día, así que están presentes en todo tipo de ámbitos. Así, tenemos que tener en cuenta rasgos de la lengua informal como leísmos, laísmos, anacolutos, redundancias… ¡incluso el lenguaje keyword! [usar frases del estilo: “activación subtítulos español”]». Es decir, transmitimos nuestros propios sesgos lingüísticos a las máquinas para que sean capaces de entendernos hablemos como hablemos.

Cuenta Leticia Martín-Fuentes que lo más difícil de enseñar a hablar a una máquina son las ambigüedades. El ejemplo más divertido lo aportó el escritor Juan José Millás en un programa de la Cadena SER cuando contaba que Siri le llamaba Mañana porque la IA había entendido que lo que le pedía no era que hiciera una llamada telefónica (un intent –lo que el usuario quiere que haga la máquina– que seguramente no debía existir en su programación), sino que lo que le estaba solicitando es que cambiara la forma en que debía dirigirse a él.

«Los problemas más grandes provienen de que la máquina no sabe lo que es hablar, porque los humanos tampoco sabemos absolutamente todo lo que ocurre en el acto de habla. Pero la buena noticia es que, gracias a este desarrollo en la industria y en la investigación, cada vez estamos más cerca de ello».

IA, TIENES EXAMEN DE LENGUA

Santiago Muñoz Machado, actual director de la RAE, abogaba en una entrevista publicada conjuntamente en Archiletras y en Telos por que la inteligencia artificial hable «un español correcto, adecuado a las normas, que no lo diversifiquen ni lo fragmenten». En este sentido, la Academia ha impulsado junto con grandes empresas tecnológicas como Telefónica, Facebook, Microsoft, Google, Twitter y Amazon el proyecto LEIA (Lengua Española e Inteligencia Artificial). Con él, esas empresas se comprometen a velar por el buen uso del idioma siguiendo los criterios aprobados por la RAE y a que el español esté disponible como lengua de uso de sus productos y servicios.

Pero Martín-Fuentes no comparte con el director de la RAE ese miedo a la diversificación ni a quienes pronostican un empobrecimiento lingüístico. «A mí, en realidad, me da más miedo que con los asistentes virtuales la lengua tienda a la unidad y la homogeneidad, ya que las máquinas no poseen (de momento) la creatividad lingüística que tenemos los humanos, que nos lleva a crear nuevas palabras cada día». Basta pensar, dice, en los SMS y en cómo nos llevábamos las manos a la cabeza con la forma y el estilo en el que se escribían. «El legado que nos han dejado es un puñado de acortamientos y abreviaturas nuevas, así que, si hacemos balance, más bien hemos ganado algo».

El peligro real, sin embargo, podría estar en la falta de contenidos tecnológicos y científicos creados en español. Según el estudio El español, una lengua viva, de Daniel Fernández Vítores, profesor de la Universidad de Alcalá de Henares, realizado en 2018 para el Instituto Cervantes, el español es la segunda lengua más utilizada en redes sociales, pero ocupa el noveno lugar en las entradas de Wikipedia, por debajo de otras lenguas como el inglés, el alemán, el ruso o incluso el sueco.

Y eso, para expertos y periodistas como Arsenio Escolar, director de Archiletras, supone una amenaza para el futuro de nuestro idioma. «Hay un déficit de contenidos científicos, desde la medicina a la neurociencia, donde nos superan lenguas que en hablantes totales son muy inferiores, como, por ejemplo, el ruso o el alemán», afirmaba en un artículo de El Cultural. «Hay que intentar convencer a los científicos de que publiquen también en su lengua materna. Ese es el reto, y a ver si somos capaces de afrontarlo».

Lingüística computacional: el español que hablarán las máquinas

En ese sentido también se pronunció Muñoz Machado en la presentación del proyecto LEIA durante el acto de clausura del XVI Congreso de la Asociación de Academias de la Lengua (ASALE) que tuvo lugar en Sevilla a principios de noviembre. «Su lengua [la de las máquinas y la IA] tiende a diversificarse y hay que tomar medidas. La IA habla inglés, fundamentalmente, y tenemos que procurar que, poco a poco, el español coja una posición eminente en el mundo de la IA, pero también en el mundo general de las redes».

Mientras eso llega, Mario Tascón, presidente de la Fundéu, ve un problema derivado de esa falta de terminología en español para denominar nuevas realidades: la traducción y adaptación a nuestro idioma de esas palabras que no deja de crear la tecnología. «Un smart speaker es un altavoz inteligente, pero también es un micrófono con altavoz, ¿cómo lo traducimos?», se preguntaba en una entrevista para El País. «Nos cuesta, pero usamos sin problema los anglicismos crudos», concluía Martín-Fuentes. Sin embargo, ve más problemático que al estar escrita en inglés, esa documentación e información no pueda llegar a quienes no dominen ese idioma. «Además, el problema no es solo que la ciencia y la tecnología se estén documentando prácticamente en un idioma, sino que el procesamiento del lenguaje natural también tiende a trabajar únicamente en un idioma. Coincido con Rodrigo Agerri en que en español hacen falta corpus anotados al nivel de los que están disponibles en inglés; por ejemplo, sería estupendo poder descargar el CORPES o el CREA anotados, pero ahora mismo solo se pueden consultar».

Agerri es investigador en procesamiento de lenguaje natural y trabaja actualmente en el Centro para el Lenguaje Tecnológico de la Universidad del País Vasco. Fue uno de los participantes, junto con Leticia Martín-Fuentes, en el XIV Seminario de Lengua y Periodismo organizado por la Fundéu y la Fundación San Millán el pasado mes de octubre, que llevaba como lema El español y las máquinas: lenguaje, ética y periodismo.

Los corpus a los que hace referencia la lingüista computacional se crean a través del etiquetado de palabras y se incorporan parámetros para detectar ambigüedades, diferentes significados y usos. Esos corpus son la herramienta básica de la que se valen los lingüistas computacionales para entrenar a los sistemas de PLN. Y en opinión de Agerri, debido a que no existe ninguno de calidad en español, las herramientas acaban desarrollándose en inglés, puesto que en España no hay interés en desarrollarlos, ya que implica un proceso muy costoso.

«Todas esas aplicaciones necesitan elementos básicos para su desarrollo y en eso no estamos avanzando en el español, aunque debería ser una cuestión estratégica que nos afecta a todos», afirmó en el seminario. «Si no lo hacemos nosotros, lo harán otros, en China o Estados Unidos, y seremos tecnológicamente dependientes».

AMENAZAS DE CIENCIA FICCIÓN

Cada vez es más frecuente encontrar noticias en diarios cuyo autor no es humano. La existencia de robots periodistas está dejando de ser un fenómeno de la ciencia ficción para convertirse en una realidad. Dail Software, empresa española experta en inteligencia artificial, PLN y machine learning ha creado LeoRobotIA, una herramienta que nace de la colaboración entre expertos en IA, lingüistas computacionales y periodistas especializados en tecnología. Leo es capaz de escribir textos en lengua castellana de miles de palabras en milésimas de segundo partiendo de datos estructurados y convertirlos en escritos que sean perfectamente comprensibles para el lector.

«Con los datos que nos proporciona un proveedor, enseñamos a la máquina a escribir de fútbol, de smartphones, de coches, de resultados financieros… y le enseñamos a escribir, además, como quiere el cliente», explica Juan Carlos F. Galindo, cofundador de LeoRobotIA en el blog de Dail Software. Sus creadores presentan la herramienta como una ayuda al periodista y no como una amenaza, ya que le permitirá dedicar su tiempo a la creación de contenidos de valor, más creativos, dejando el rutinario análisis de datos, que es donde más efectivo se presenta Leo, en manos de esos robots.

Pero el miedo es libre y no todos lo ven de una manera positiva. ¿Llegarán estos sistemas de inteligencia artificial a sustituir a los humanos en la tarea de creación de textos? Leticia Martín-Fuentes no lo tiene tan claro. «Se necesitaría una máquina que no solo procesara datos estructurados, como ahora, sino que hiciera tareas complejísimas como leer entre líneas lo que quiere decir una persona, entender su actitud, tener una visión de cómo funciona el mundo… para que pudiera producir textos complejos de la misma forma que un periodista. Y para eso queda mucho, pero, por qué no, podría llegar».

Lingüística computacional: el español que hablarán las máquinas

Y ya puestos a imaginar, supongamos que un día los humanos desaparecen de este mundo y solo las máquinas habitaran la Tierra. ¿Seguirían ellas haciendo evolucionar los idiomas? ¿Acabaría el español estancado, sonando a circuito y metal? Como diría don Juan, cuán largo me lo fiais. Dependería, dice Martín-Fuentes, de cuánta creatividad humana hubiéramos conseguido enseñarles antes.

«A los lingüistas nos interesa el lenguaje humano, las innovaciones que las personas vamos introduciendo en la lengua, porque es donde se deja ver su funcionamiento interno». Esa clase de innovación, se pregunta, ¿nos interesa enseñársela a las máquinas?

«Y aunque nos interesara y lo hiciéramos, y pudiéramos hablar de creatividad real porque las máquinas hayan inventado sus propias normas nuevas, mucho descontrol tendríamos que tener sobre ellas para que los que las hayan programado no sepan a qué se debe esa innovación. Así que, resumiendo, puede que evolucionen en la misma dirección que si las hablaran también humanos, o en una distinta, dependiendo de lo que les enseñemos, pero creo que nunca serían objeto de estudio de la lingüística».

 

[Fuente: http://www.yorokobu.es]

Le film des frères Dardenne est-il soluble dans l’intelligence des processus de radicalisation1 ?

Écrit par Rémi Marcos

On m’en avait bien assez dit, sur ces deux rejetons du cinéma intello belge, pour que j’aille ce jour-là au cinéma la tête pleine de « vraies » fausses espérances. Je m’étais dit, ainsi qu’un de mes compères de ce jour, l’air moqueur en plus, qu’un mortel ennui nous attendait sur le pas de la porte. Et pourtant, ce ne fut pas l’ennui, mais bien une forme assez curieuse de colère qui se fit jour2. Par quel procédé satanique, me disais-je, le peuple cannois a-t-il pu décerner un très honorable Prix de la mise en scène à un film proprement défait. Car ce film n’est pas fait, il est défait. Ou plutôt, il s’applique constamment à défaire ce qu’il prétend faire, et à défaire en ne le faisant qu’à moitié, ou d’une façon bien contrefaite, tout ce que le monde social fait à tous ceux qui ne pouvant faire autrement, finissent par s’y faire (il en est ainsi par exemple de ces freaks3 qui finissent par faire « profession » de leur stigmate). Qu’avons-nous vu, nous jeune étudiant en sociologie ? Ceci, et rien d’autre : un balancement frénétique entre esthétique naturaliste et une indéniable science du suspense.

Où est le « social » dans ce cinéma social ?

Alors, entreprise hitchcockienne qui ne s’assume pas ou faux cinéma social ? N’oublions pas ici que le cinéma social, même en sa forme la plus naturaliste ou documentaire, n’est jamais que du cinéma, et se trouve donc de facto prisonnier d’attendus et de normes implicites, d’enjeux formels et narratifs qui limitent sa prétention à représenter fidèlement le réel. Pire encore, le cinéma n’est jamais que la projection, armée de fantasmes et de préjugés, d’une vision particulière du monde, ici celle de deux artistes-intellectuels pétris de conscience civique, et armés du souci de répondre, avec leur art, au traumatisme des attentats en dévoilant les dégâts de l’idéologie mortifère qui habite certains jeunes4. Nous opterons donc ici pour la voie d’analyse la plus « sociologisante » : l’exotisme de classe. Entendons par cette étrange formule l’expression d’une forme aussi cultivée qu’ostentatoire d’évitement du social. Cachez ce vil que je ne saurais voir, ou plutôt montrez-le moi, mais par pitié ôtez en tout ce qui (nous) l’a rendu si désagréable, tout ce qui en lui, de lui, à partir de lui, donnerait à penser quelque chose comme du ou de la politique, tout ce tas de boue habillé d’un vieux fond de déterminisme : tout ce qui in fine justifierait peut-être qu’on renvoyât M. le caméraman, victime précoce d’un étrange Parkinson. Est-ce la réalité sociale qui tremble ainsi ? Sommes-nous toujours sur la tangente ? Et le geste, saisi comme un déchaînement gratuit de violence physique – terrible élan qui porte un jeune homme à vouloir poignarder sa professeure de français – surgit-il du présent comme surgit la passion amoureuse du jeune Ahmed ? On pense ici, la colère aidant, aux inénarrables mouvements de caméra de l’autre archétype intellectualiste-cinématographique du déchaînement « gratuit » de violence physique, Elephant. Ici, comme dans le film de Gus Van Sant, la violence n’a pas de principe, sa gratuité est justement ce qui lui confère ce pouvoir de fascination si cinématographique. Aucune passion triste ne semble sommeiller en elle, elle est simplement une mécanique, dont la logique profonde nous reste inconnue. Le jeune Ahmed ne souffre pas, il agit, il projette, il déploie un régime d’action qui lui semble totalement extérieur. Certes, il apparaît comme habité par un idéal religieux, certes il semble traversé de part en part par une injonction à la pureté rituelle, forgée par sa lecture intensive et très « archaïque » du livre saint, et aussi et surtout par la fréquentation d’un « père » de substitution. Quel ce père ? Un imam radicalisé, inspirateur immodéré d’un culte glaçant, figure de « l’idéologie mortifère » en son stade de point de non retour, et incarnation d’un « mauvais » islam, incompatible avec les vertus « émancipatrices » de l’école méritocratique. Le jeune Ahmed a donc fini par tomber, mais rien ne l’y pousse vraiment, rien d’autre qu’une logique, aussi bête et mécanique que les procédés filmiques dont use et abuse la caméra embarquée des frères belges. Le jeune Ahmed suit, mais rien ne l’y prédispose. Il tombe, encore, et cette fois-ci semble-t-il pour de bon. Et c’est à ce prix-là qu’il découvre, comme par magie, la signification morale de son geste meurtrier, et semble entamer un processus (tiens, en voici un !) de rédemption. Ici, comme dans le lycée américain dépeint dans Elephant, le Mal tire sa source d’une banalité « sans nom ». Résumons, de mémoire, les quelques informations dont un spectateur attentif dispose pour analyser le cas Ahmed : maman picole tout en aimant tendrement son garçonnet, qui vit donc sans son père, le Manque éminent du film, et la petite maison bien ordinaire évoque le quotidien « normal » de cette petite classe moyenne où chacun semble faire sa vie hors du regard des autres (énième illustration de l’idéologie de l’individualisation ?). C’est dans ce cadre bien ordinaire que surgit alors le Mal, bien aidé en cela par un imam-chef charismatique pour qui la mort est « comme une piqûre d’aiguille », et qui semble instiller auprès de son « fils » l’idéal d’une pureté (spi)rituelle tout à fait frappante. Les adorateurs-supplétifs de la théorie de la banalité du mal y trouveront leur compte. Ils adoreront ce monde à peine esquissé, ces dialogues coupés qui sonnent tellement vrai, proche du réel, organique. Pourtant, dans Le jeune Ahmed, le contexte – familial, social, scolaire, amical – est un décor, un support visuel, l’élément incarné d’une fable en quête d’un universel abstrait : c’est du carton-pâte. Ajoutons encore à ce bien « ordinaire » tableau cette prof de français ouverte et volontaire, engagée dans une entreprise d’arraisonnement de l’islam à la l’école des Lumières, entreprise qui fait débat, mais dans le quasi respect des règles formelles de la discussion (qu’il est décidément bien éduqué ce peuple !). La caméra dardennoise ne sait alors plus où se tourner quand ce bon petit peuple grouille de prises de parole et d’appels à la réconciliation.

Quoi c’est tout, vraiment ? Mais comment un homo sociologicus en puissance peut-il s’étonner de tout cela ? Derrière les mouvements rituels de la caméra dardennoise on retrouve, finalement sans grande surprise, le dernier avatar, savamment stylisé et sauvagement « organique », d’un républicanisme soft.

Qui pourra aimer Le jeune Ahmed ?

Le cinéma des frères Dardenne, s’il est fidèle en son ensemble à cet agrégat visuel qu’est Le jeune Ahmed, nous renseigne alors magistralement sur certains de ceux qui viendront se gloser devant le style « à la Dardenne ». Ce sont de bien belles élites qu’il (nous) invite à réfléchir, en effet : élevées au grand air, éclairées, pour les plus « brillantes » d’entre elles, au beau soleil de Cannes, et gagnées plus que jamais par le goût cinéphilique du « normal » ou du « populaire ». Tel est le raffinement suprême de l’intellectuel « concerné », qui tel nos deux compagnons belges, descend, muni de sa grosse caméra, de ses gros sabots et de sa grosse ambition, assommer la réalité sociale à coup d’esquisses et de presque faux-semblants. Ne pourront aimer ce film que ceux qui, prédisposés à en contempler l’épure et ses touches organiques, et à en admirer le propos, ne verront pas tout ce que le travail des frères Dardenne suppose d’évitement, d’abandon, d’empêchement, conscient ou inconscient du réel et de ses sous-bassements. C’est parce que le « social » s’y trouve enfermé dans un récit et des formes qui miment le réel sans jamais le dévoiler, qu’il permet au public cultivé de gagner sur tous les tableaux, l’esthétique comme le politique, c’est-à dire sans jamais franchir le cap, trop coûteux, d’une critique politique des logiques sociales qui fondent et construisent l’ordre inégal des choses.

Le cinéma social à la Dardenne se refuse donc à faire les comptes, mais dans le monde social, tout se paie, ou du moins rien n’est jamais tout à fait gratuit. La violence, entendons ici celle qui accède au statut de « violence » quand elle est nommée par les professionnels de la nomination, ne surgit pas du fonds de la nuit : elle tire sa force du long et sourd travail d’inscription du stigmate dans les corps et dans les esprits, elle est un marqueur qui frappe les trajectoires individuelles, solidifie les schèmes oppositionnels, et organise un rapport agonistique au monde. Elle est l’élément indispensable qui justifie et rend possible des entreprises plus mortifères encore.

Retrouver le social, retrouver le politique

Le jeune Ahmed est un savant jeu de piste dont les organisateurs, croyant nous mener au cœur d’une épaisse et tragique réalité, projettent leur dédain princier de tous les processus sociaux, pourtant bien étudiés par une science, elle aussi, sociale, dont on rappellera ici l’étonnante (vraiment, étonnante ?) absence des débats entourant ces phénomènes de « radicalisation ». Ce sont pourtant ces derniers, ces processus, ces tendances, ces conditions sociales, qui ont fait, produit, construit, structuré – islamophobie des élites, domination scolaire, discrimination pratiquée par des agents d’État, stigmatisation sociale, spatiale et raciale, construction de formes de reconnaissance parallèles aux institutions culturelles dominantes, quête d’une ascension culturelle par la voie spirituelle – tout ce que Le jeune Ahmed s’acharne à ne jamais montrer. Tout ce que le bras tremblant de M. le caméraman n’arrivera jamais à saisir.

  1. On reprend ici le terme consacré, faute d’un « radical » plus adéquat []
  2. Le mot colère est utilisé dans le sens (très) restreint qu’autorise le tapotement de mains ou le raclement de gorge d’un « cinéphile » engoncé dans son siège rouge, et par ailleurs préoccupé, de près ou de loin, par l’ordre inégal des choses (l’expression est du sociologue Bernard Lahire). []
  3. On pense ici au film éponyme de Tod Browning (1931), curieuse peinture, imprégnée de populisme et d’exotisme, d’un univers fait pour choquer le bourgeois américain ; et dont la réception, véritable scandale à l’époque, a révélé les implicites esthétiques et moraux d’un certain « milieu » du cinéma. « Comment ont-ils pu tourner Freaks ? » claironnaient alors les distributeurs. Le parallèle pourra être jugé curieux, et pourtant la division entre Freaks et monde « normal » ressemble quelque peu à celle séparant les « jeunes radicalisées » de la « République » : nature vs culture, quête de reconnaissance inscrite dans une professionnalisation du stigmate, transformation d’une frontière symbolique imposée en une frontière morale « choisie » (les Freaks comme les « jeunes radicalisés » se veulent des paragons de vertu face à un monde « normal » en proie à la dépravation), etc. Alors, « comment ont ils pu tourner Le jeune Ahmed ? ». Réponse : « sans rien y montrer qui ne puisse déranger ». []
  4. Nous reprenons ici les termes employés par Jean-Pierre et Luc Dardenne dans une interview donnée à la radio télévision belge, publiée le 20/05/2019 sur rtbf.be : https://www.rtbf.be/culture/cinema/detail_l-interview-desfreres-dardenne-pour-le-jeune-ahmed?id=10225797 []

[Illustration : Victor Viard-Gaschat – source : http://www.citeunie.org]

 

Escrito por Federico Romani

Los primeros cuentos de Ricardo Piglia eran los fotogramas de un ciclo de vida, un sistema con sus reglas explícitas, pero también enigmáticas. Con el descubrimiento de la potencia expresiva de sus materiales (citas, lecturas, experiencias personales), el futuro autor de Respiración artificial (1980) creó una zona de experimentación donde las tradiciones narrativas clásicas —del policial a la ciencia ficción; de la ficción histórica al diario personal— regulan un único proyecto narrativo que se mantiene en movimiento a través de una serie de obsesiones: el dinero, la traición, la fatalidad suicida del héroe melancólico, la literatura como historia imaginaria y alterada de la realidad. En sus inicios como cuentista, Piglia narra viajes (“El joyero”, “Un pez en el hielo”, “El fin del viaje”), y en todos esos recorridos el traslado es un riesgo sin proporciones directas con la transparencia de la prosa: la distancia entre dos puntos mide las formas del peligro, y las tragedias son pequeñas, casi domésticas, como si las situaciones consumieran de a poco las energías mismas del relato. El cine y la literatura nacieron con los viajes, y la propia trayectoria de Piglia nace con un exilio interior narrado como el descubrimiento de una dirección inesperada entre las páginas de un diario personal.

Piglia tiene una certeza: se narra para alojar un secreto. Sus “Tesis sobre el cuento” (1986) incluyen convenciones fantasmales sobre maniobras narrativas, la transformación y el tratamiento del enigma como un intercambio de planos ocultos. En Nombre falso (1975), la anécdota sobre el texto inédito de Arlt mueve la ficción desde la revisión de los sentimientos oscuros de un personaje hacia algo que solo tiene relación con el lenguaje. Es un cambio de eje en la relación entre ficción y realidad, pero también un punto de apoyo construido con la lucidez de quien adivina el instante preciso en que la literatura se vuelve una máquina capaz de interrogar el destino. Solo de esa manera la vanguardia crece desde su propia experiencia, y esa relación extraña pone en tensión el arco de una obra que la edición de Cuentos completos vuelve a lanzar de manera renovada contra el horizonte de la literatura argentina. El juego de espejos entre las dos nouvelles de Prisión perpetua (1988) y las historias seleccionadas de La ciudad ausente (1992) —aquí presentadas como “Cuentos morales”— asume el problema de la cronología para desatenderlo después. Piglia siempre jugó con sus textos, los acomodó y reacomodó más de una vez a lo largo de su vida, como tratando de revisar los efectos que su aparición provocaba o para descubrir cómo se entienden entre sí lo personal y lo social, esa forma compleja de lo colectivo.

Resulta difícil comprender los efectos de una poética personal sin caer en la evidencia del valor de una vida. Casi siempre, el contacto con la experiencia ajena se resuelve en perplejidad e incertidumbre, excepto cuando la literatura consigue capturar al mismo tiempo un universo personal y las tensiones del momento cultural —que es siempre un momento político— de una época específica en un país determinado. Así, el enigma de una vida puede derivar hacia una forma de reflexión histórica o transformarse en el borrador fantasmal y detectivesco de una obra que desde el primer momento se presentó a la manera de capítulos sucesivos de una biografía escrita en el futuro. Ricardo Piglia siempre narró en la estela de Walter Benjamin, como si la relación con el lenguaje no fuera otra cosa que el intento repetido y fulgurante de recuperar algo que se ha perdido. Como si la obra no estuviera completa hasta el preciso momento en que se fija en el porvenir el recorrido que la hizo posible.

 

Ricardo Piglia, Cuentos completos, Anagrama, 2021, 832 págs.

 

[Fuente: http://www.revistaotraparte.com]

El Chile que pugna por nacer

Escrito por Francisco Herreros

La declaración de la Vocería de los Pueblos, integrada por 34 constituyentes independientes, provenientes de movimientos sociales, mediante la cual reivindican la soberanía de la convención constitucional, es en primer lugar, una excelente noticia.

Segundo -y principal- con notable sentido de tiempo y distancia, tomaron la iniciativa e instalaron en el debate, el tema central del próximo, histórico e inédito certamen, vale decir la naturaleza del mismo, en un campo donde se enfrentarán las representaciones del Chile que no termina de morir y de aquel que no acaba de nacer.

La inmediata alineación del partido del orden demuestra lo que está en juego.

Perdedores en las dos últimas elecciones en forma consecutiva, impetran la legitimidad de una elección de hace cuatro años, e insisten en encorsetar el proceso constituyente con el cepo de los dos tercios.

La presidenta del senado, Yasna Provoste, acudió a la ironía:

«Me resulta curioso venir a desconocer el Acuerdo por la Paz que da inicio al itinerario constituyente del que ellos participaron, e incluso fueron candidatos y electos».

«Cuando uno desconoce algo no se presenta como candidato», sentenció; misma tesis del ministro del Interior, Rodrigo Delgado:

«Pasa que esos constituyentes ya se sometieron a lo que fue el acuerdo, porque si fueron candidatos, fue gracias a ese acuerdo. El Gobierno validó ese acuerdo del cual ha cumplido cada centímetro, por lo tanto, no nos queda más que seguir cumpliendo».

Agustín Squella, independiente en lista del Partido Liberal, manifestó:

«No hago ningún llamado que no sea a ajustarnos a las normas previas; nunca me gustaron los dos tercios, pero es la regla que se estableció».

Fuad Chahín, único constituyente de la DC, fue más categórico:

«Pasar por encima de las reglas del juego en el fondo es pasar por encima de la democracia».

Cristián Monckeberg, convencional de RN por el distrito 10, expuso una peculiar interpretación:

«No nos produce sorpresa la actitud que han tomado algunos miembros de la Convención. Lo que se está produciendo es saltarse las reglas del juego, las reglas democráticas, y lo que nos dijo la ciudadanía y el verdadero mandato del pueblo fue: ‘siéntense a dialogar’».

Estas son las expresiones del Chile desfalleciente, moribundo, portadoras del discurso del modelo que fracasó.

Todavía no entienden que fueron destituidos por una revuelta de carácter histórico, que cierra el ciclo neoliberal, iniciado en Chile en abril de 1975, con ocasión del primer ajuste estructural, dispuesto por el ministro de Hacienda, Jorge Cauas.

Como es apenas natural, se aferran a cualquier argumento que al lado derecho del signo igual, signifique blindaje para los intereses que representan, y a los cuales se deben.

Exigidos a fondo por el guante lanzado por la vocería de los pueblos, los representantes de la república neoliberal comprenden con espanto, que aparte del discurso, y su difusión asegurada en el sistema mediático, no disponen de otros recursos para abortar el parto del Chile que pugna por nacer.

Tampoco se dan cuenta de que la revuelta canceló la política de lo posible, y su discurso justificador.

¿En virtud de qué lógica política la minoría impone reglas a la mayoría, como no sea en el universo de las extrañas matemáticas de los dos tercios, donde se puede ganar perdiendo?

¿Por qué los representantes del nuevo Chile deberían aceptar un acuerdo que no firmaron, y que los priva de potestad constituyente, en una coyuntura histórica única e irrepetible?

La democracia no consiste en respetar acuerdos espurios, a espaldas del pueblo movilizado, ni en normas dictadas para favorecer la gobernanza, ni en representaciones políticas sin revocabilidad, sino en el gobierno de mayorías.

Eso está al alcance, y el pueblo se lo ganó.

La magnitud de la revolución social chilena se puede medir por su impacto en la revuelta social de Colombia y la elección presidencial de Perú.

La principal virtud de la declaración de la vocería de los pueblos, consiste en desvelar lo que está en juego.

Impulsados por el viento histórico de cambios, que esta vez sopla de popa, los convencionales democráticos harían bien en cubrirse los oídos con cera, para no escuchar los cantos de sirena del Chile que fracasó, y con la audacia de Ulises, rediseñar Chile desde la perspectiva de la justicia social, sin condicionamientos previos.

 

[Imagen del autor – fuente: http://www.pressenza.com]

 

Chaque homme est tour à tour de quelque manière un criminel ou un saint, tantôt porté vers le bien clairement et singulièrement par un élan de tout l’être,

une effusion d’amour qui fait de la souffrance et du renoncement l’objet même du désir, tantôt tourmenté du goût mystérieux de l’avilissement, de la délectation du goût de cendre (…)  

Bernanos

  

Écrit par Maryline Alligier

Mikaël (Vincent Macaigne) est médecin de nuit. Il soigne des patients en proie le plus souvent à des crises d’angoisse qui sont autant de « crises » de solitude. Il prescrit aux toxicomanes, marginaux qui se sont échappés d’un monde diurne qui contraint à la bonne santé et à la norme mais que personne ne veut voir, de quoi vivre avec le manque en atténuant leur souffrance. Et pourtant, Mikaël est aussi ce médecin de nuit trop souvent absent pour sa famille. Celui qui trafique du subutex pour payer les dettes de son cousin Dimitri (Pio Marmaï), qu’il trompe malgré tout en ayant une aventure avec Sofia (Sara Giraudau), sa petite amie. La beauté de ce personnage tient, dès le départ, dans cette humanité déchirée, où coexistent les contraires. Ce tiraillement de Mikaël entre dévouement et compromission, entre violence et douceur, trouve en Vincent Macaigne toute sa justesse et sa puissance à travers un jeu d’une amplitude incroyable – les inflexions de sa voix, son regard, ses gestes- sa présence physique. Le personnage est dans l’étreinte, plein de douceur avec ses patients, désarmant de compassion toute solitude et toute souffrance. Mais la résurgence d’une colère et d’une faille s’incarne aussi avec brutalité comme une remontée de pulsions dans sa conscience comme dans son corps, un corps qui est la surface primitive d’où sourd la violence.

Elie Wajeman resserre la dramaturgie : le récit de Médecin de nuit se déroule en une seule nuit. Mikaël n’a plus le choix. Sa femme Sacha, en état de faiblesse et de tristesse mais forte dans son amour pour lui, pose un ultimatum à son retour auprès d’elle et de ses deux filles après sa nuit. Une nuit où le personnage alors s’enfonce et s’enferme peu à peu dans sa nuit intérieure, débouchant sur son propre néant ou sur un possible de recommencement. Le parti pris de plans très serrés d’ailleurs, contre toute facilité ou posture, intériorise le récit. Et les gros plans sur le visage est aussi ce qui ramène à l’humanité. Telle est la force de ce film noir existentiel.

Le cinéaste met en scène cet élan vital qui pousse le personnage à combler la solitude et le mal-être des êtres les plus fragiles mais aussi l’opacité de cette vie qui se fait et se défait sans grande cohérence. Car les patients de Mikaël sont aussi ce miroir destructeur d’illusions laissant entrevoir au personnage ce gouffre que plus ou moins inconsciemment il préfère ignorer. Le cousin de Mikaël dévoile cette société n’ayant plus d’idéaux, si ce n’est l’argent ou l’amour galvaudé.

Et Mikaël apparaît alors comme un îlot d’humanité hors du réel, puisque le réel est économique, conformiste, tronqué. Le personnage est tendu entre deux « champs d’être » qui l’ouvrent à l’existence : il est un pli dans le tissu de la nuit autour de laquelle viennent se nouer les fils de la violence et de la bonté. Ce tiraillement est alors tissé dans une mise en scène habitée elle-même par une tension. La caméra n’est jamais au repos mais s’attarde sur les visages, la lumière est âpre mais en même temps stylisée, le montage est nerveux mais laisse à ressentir la durée. Les séquences de consultations médicales à l’intérieur des appartements sont autant de pauses au milieu d’une zone de turbulence. Le hors champ du regard du personnage est la figure narrative de cette disjonction.

Et pourtant c’est cette incapacité à s’ancrer définitivement d’un côté ou de l’autre qui provoque l’espérance d’un changement sans cesse réitéré. Médecin de nuit est ce film d’urgence qui nous éveille à regarder cette condition précaire et fragile dans laquelle des êtres tiennent encore debout et nous ramènent à une nudité existentielle, révélant pourtant la beauté du jour.

 

[Images : Diaphana distribution – source : http://www.culturopoing.com]

Comentário sobre o filme “A hora da estrela”, dirigido por Suzana Amaral

Fritz Wotruba, Vrouwelijke rots, 1947-1948

 

Escrito por UTE HERMANNS*

O filme A hora da estrela de Suzana Amaral tem, por vários motivos, uma posição singular dentro da cinematografia brasileira. Foi filmado em 1985, adaptando um romance de Clarice Lispector de 1977. O filme passou em muitos festivais – entre outros no festival de Berlim de 1986, onde foi premiado com o Urso de Prata pela representação de Marcélia Cartaxo. Passou também em vários cinemas na Alemanha, dentro de mostras de cinema brasileiro, e na televisão. E foi muito bem recebido tanto pela crítica quanto pelo público.

Minha intenção nesta apresentação é mostrar porque esse filme, dentro da história das adaptações literárias do cinema brasileiro, pode ser considerado como momento chave. Vou tentar analisar quais foram os caminhos que ele forneceu para o futuro desenvolvimento do cinema brasileiro. Para tanto vou apresentar brevemente o romance A hora da estrela de Clarice Lispector, como também a motivação da diretora Suzana Amaral para rodar o filme. Pretendo dar, também, uma breve visão da história da literatura no cinema brasileiro. E ao finalizar, destacar aspectos do desenvolvimento cinematográfico mais recente.

Numa crônica que Clarice Lispector escreveu em 2 de novembro de 1968 – e que vocês podem ler no livro A descoberta do mundo – ela diz que sempre quis tomar posição ao lado do mais fraco da sociedade brasileira. Nesse mesmo comentário, ela questiona a si mesma, pergunta-se o que foi que aconteceu com ela. E responde para si mesma que estava precisando escrever aquilo que sente. Avalia isso como muito pouco. Nessa crônica pode ser observado o engajamento da autora ao lado do mais fraco na sociedade brasileira. Ela escreve isso num momento em que a oposição dos intelectuais brasileiros ao regime militar era muito intensa. Pouco tempo depois essa resistência foi violentamente reprimida pelo AI-5, de dezembro de 1968.

No romance A hora da estrela, Clarice Lispector retoma – nove anos depois – a intenção formulada em sua crônica de novembro de 1968 para contar a história da nordestina Macabea, que chega no Rio de Janeiro. Na Rua do Acre divide com mais cinco moças um quarto de pensão, trabalha numa pequena empresa como secretária, recebe menos de um salário mínimo. A sua alimentação é ruim e consiste em cachorro quente com Coca-Cola. Os contatos com as outras pessoas se limitam a Glória, a colega de trabalho que ensina a Macabea como se deve viver na grande cidade, e o namorado Olímpico. Esse tem grandes projetos: quer tornar-se deputado para poder comprar uma dentadura decente, de ouro. Olímpico se apaixona por Glória e se separa de Macabea – “ Você é um cabelo na minha sopa”. Ela decide procurar uma cartomante para saber do seu futuro.

Com muito esforço o protagonista-escritor Rodrigo S. M. é capaz de escrever a história de Macabea, cujo olhar triste e perdido o comoveu profundamente na rua, um certo dia. Como Macabea é um ser totalmente diferente dele, Rodrigo tem que se submeter a rituais até então desconhecidos para poder escrever sobre ela: não faz a barba durante dias, se alimenta só de frutas e vinho branco, não lê jornal, não sai mais de casa. Ele se sente obrigado a contar a história de Macabea – “Ela me acusa e o único meio para me defender é escrever sobre ela”.

Também o processo do ofício de escrever é muito importante nesse texto e pode ser considerado como segundo fio da narrativa. Um terceiro fio narrativo aborda a análise do processo de escrever que acontece na tensão entre vida e morte. Escrever na consciência de que a morte está bem perto é uma intenção da escritora que com A hora da estrela nos fornece o seu testamento literário.

Dentro da literatura brasileira dos anos 1970 o romance tem um papel importante, pois a autora analisa o chamado discurso da “ficção brutalista”,[i] com os numerosos “anti-heróis do milagre econômico” que comparecem dinâmicos e ágeis na obra de Rubem Fonseca, Ignácio de Loyola Brandão e José Louzeiro. Clarice não se liga a esse discurso, pois mostra apenas uma anti-heroína que não sabe se defender. Num segundo plano ela desenvolve a figura do protagonista-escritor que sabe que esta anti-heroína pode apenas reagir.

Assim a autora mostra a fragmentação crescente de todos os setores da sociedade brasileira no tempo do milagre econômico. Os contos e romances de Clarice Lispector “atravessam a ditadura, chegando até o início do que se convencionou chamar de abertura democrática”.[ii] Clarice percebe ter vivido a sensação dos intelectuais dessa época, sensação que Walnice Nogueira Galvão descreve muito claramente: “Foi-se a utopia. Desfaleceu a fé na capacidade de criar o novo e a dimensão do coletivo. Em seu lugar, tem-se um país mais rico, de capitalismo selvagem e modernizado, a cultura recolhida a seus poucos bastiões e a televisão para todos numa sociedade com o consumo fetichizado e com a desigualdade maximizada”.[iii]

Clarice Lispector analisa também o artista e mostra que ele só pode fazer o papel de observador de seu próprio ambiente. O artista não tem possibilidades de interferir no decorrer das coisas. Entre o mundo do escritor Rodrigo S. M. e o da menina Macabea não existe nenhuma ligação. Destaquemos aqui que Clarice Lispector discute, no meio da literatura, o ponto de partida dos diretores do Cinema Novo que queriam contribuir para a formação de uma consciência dos problemas no Brasil, para poder resolvê-los. Clarice procura mostrar que na literatura a influência possível do artista sobre a realidade brasileira é quase zero. No centro da abordagem encontramos o universo reduzido e limitado dessa menina que sobrevive com Coca-Cola e cachorro quente. Além disto ela ofende todos os atributos do feminino: é feia, sem jeito, suja, não corresponde a nenhum padrão de beleza.

Quando Clarice Lispector morreu, no dia 9 de dezembro de 1977, Suzana Amaral vivia em Nova Iorque, onde estudava cinema. Ela ficou bastante triste ao saber da morte da Clarice e procurou um livro dela na biblioteca da faculdade. Encontrou A hora da estrela. Em 1985 ela rodou o seu primeiro filme de ficção com um orçamento de 150.000 dólares, o que já na época não era muito – comparado com o mercado internacional. A Embrafilme pagou setenta por cento do custo de produção. Suzana Amaral encara Macabea como protótipo do brasileiro: “Quando eu vivi fora do Brasil, descobri que os brasileiros são anti-heróis. No sentido de que os heróis fazem história e os brasileiros não fazem história. Os brasileiros sofrem história. O brasileiro não age, ele reage. Isso me interessava e sobre isso falo no meu filme”.[iv]

Para Suzana Amaral, Macabea realmente existe, podia ser uma doméstica, datilografa, uma vendedora. Essas mulheres são forçadas a reagir, sofrem vários mecanismos de repressão.

O texto literário aborda também o problema da escrita e da motivação para escrever, mas o protagonista do livro – escritor – no filme está completamente ausente. Suzana Amaral não pergunta nenhuma vez se é possível mostrar Macabea ou não. Macabea está diante da objetiva da câmera e pode ser mostrada. Como podemos ver no filme, essa ruptura com o original literário permite um livre acesso à obra. A literatura influencia o cinema com certos elementos, mas não propriamente com o texto. Para desenvolver um texto fílmico precisam-se encarar outros aspectos. O que é interessante é que a diretora se aproxima das mensagens do romance através de um procedimento próprio que apresentarei agora.

O texto literário contém muitos elementos de natureza visual, musical e local que vão sendo transformados em cinema: Macabea representa a nordestina que vem para a metrópole mas desconhece os códigos de comportamento da cidade. Sobreviver na cidade absorve tanta energia que ela quase não tem tempo de conhecer a si mesma. A ação do texto literário se passa no Rio. Para a filmagem Suzana Amaral escolheu São Paulo, pois segundo a diretora para a mensagem do filme o importante é que Macabea viva à margem de uma metrópole – qualquer uma.

Os lugares onde se passam os eventos são as estações de metrô, o quarto de pensão que Macabea divide com as meninas que se chamam todas Maria, o escritório da empresa Pereira Ramalho & Companhia, becos, viadutos, um jardim zoológico e um parque, além de botequins e ruas com um comércio de segunda categoria. Lugares que existem em qualquer parte do mundo. Suzana Amaral explica: “Maca deve sempre ser vista através do lixo industrial da grande cidade. É um universo urbano sem identificação específica de uma cidade. É uma qualquer cidade em qualquer lugar do mundo”.[v]

O protagonista-escritor do romance desenha seu personagem “em traços ríspidos de pintura” e chama o texto de fotografia, de história de chuva cinzenta. Na dedicatória ao leitor Clarice Lispector denomina o romance de história em tecnicolor, uma fotografia, um silêncio. Suzana Amaral aproveita essas instruções e as utiliza no filme: A imagem não contém cores gritantes. Tudo o que foi filmado na rua, filmado em exteriores, mostra um céu nublado, ou com chuva, ou com um sol que brilha parcamente. As cores mais presentes são o azul, o cinza e o marrom. O rosto de Macabea está sempre mostrado em closes ups, o temperamento dela é calmo, ela age devagar, demora muito em tudo que está fazendo. O espectador quase se irrita com a lentidão dela batendo à máquina com dois dedos sujos, gordurosos.

A dedicatória de Clarice ao leitor contém ainda duas referências à música clássica: uma delas é An der schoenen Donau (o Danúbio Azul) de Johann Strauss, que se repete como leitmotiv e é deformada eletronicamente quando se faz referência ao mundo da imaginação de Macabea. Sozinha no quarto ela escuta essa música, dança, e se olha no espelho bisotado que reflete sua imagem duas vezes – um índice visual para os dois níveis de consciência: a realidade e para o sonho. Ela se olha no espelho: “sou virgem, datilografa e gosto de Coca-Cola”. Na sequência seguinte nós a vemos diante de uma vitrine com um manequim que veste um vestido de casamento, índice para os desejos mais íntimos de Macabea. Quando ela escuta a ária Una furtiva lacrima de Donizetti, começa a chorar, indicação da sensibilidade de Macabea e da impossibilidade de ter acesso àquele mundo que a impressiona tanto. Nesse sentido as notícias da Rádio Relógio reforçam a situação alienada que ela está vivendo.

Suzana Amaral utiliza numerosos signos visuais – por exemplo: o gato e o rato, espelhos cegos, vidros de janelas, a estrela do Mercedes, fachadas desbotadas, lugares vastos e desertos em baixo de pontes, a sujeira da metrópole. Tudo isso forma um contraste com a flor vermelha, os vestidos de casamento e os batons que indicam os sonhos de Macabea. “Será que não vivemos apenas dentro de nossos sonhos?”. Clarice e Suzana fazem a mesma pergunta.

O filme toma uma posição importante na história cinematográfica brasileira. Com poucos recursos tornou-se viável uma produção internacional que alcançou mais de 24 países. Com a sua leitura do romance, Suzana Amaral rompe com o original para conseguir adaptar, com humor, com detalhes e sem cair no grotesco – a intenção de Clarice Lispector.

“É criar uma nova linguagem a partir de uma outra linguagem. Você veja: a literatura, trabalho assim: eu leio, releio, vejo se gosto ou se não gosto, passo a me basear no que leio, mas mando o modelo para casa. Esqueço o livro. Trabalho como se fosse cinema, trabalho respeitando o médium cinema. Primeiro temos que respeitar o espírito do cinema (…) depois você não precisa respeitar os fatos escritos, mas é importante respeitar o espírito. Não vejo necessidade de respeitar fatos, nomes, detalhes concretos, mas a alma do livro tem que ser respeitada”.[vi]

Para ver o filme dentro da história das adaptações literárias feitas anteriormente queria levantar alguns dados sobre o cinema brasileiro: adaptações de autores clássicos da literatura brasileira existem desde que o filme foi descoberto pelo Brasil.

Porém uma discussão programática começa com o Cinema Novo no final dos anos 1950. Pouco antes da falência da Vera Cruz, em 1954, aconteceu o Primeiro Congresso Paulista do Cinema Brasileiro, onde Nelson Pereira dos Santos apresentou uma tese sobre possíveis caminhos do cinema brasileiro: produções baratas, sem grandes estúdios, sem técnica sofisticada: “Acho que um país como o Brasil devia dar mais valor ao conteúdo que à feitura de filme. Como os brasileiros gostam muito da própria história, literatura e folclore, o cinema devia adaptar algumas obras de autores clássicos da literatura brasileira ou eventos históricos importantes. Só um filme capaz de apresentar a própria cultura de um modo fascinante terá êxito no país de origem e consequentemente poderá interessar ao público internacional”.[vii]

Essas ideias foram realizadas pelo grupo do Cinema Novo. Jean-Claude Bernardet destaca três fases temáticas do Cinema Novo. Uma primeira ocupando-se com problemas do Nordeste do Brasil, uma segunda enfocando a cidade grande e uma terceira, chamada de Tropicalismo, dentro da qual se faz um cinema de metáforas com alusões à ditadura militar.

Desde a falência da Vera Cruz os cineastas começaram a lutar para que o Estado assumisse um engajamento na produção cinematográfica. E em resposta a essa luta, entre outros motivos, o Estado criou, em 1966, o Instituto Nacional de Cinema e, em 1969, a Embrafilme, que inicialmente funcionou apenas como distribuidora de filmes e mais adiante passou a se associar à produção. Os diretores do Cinema Novo, no começo, viam nessas instituições uma ameaça à produção cinematográfica, mas depois se utilizaram delas por razões pragmáticas.

Nos anos 1970 ocorreu uma relação mais estreita entre o Estado e os diretores do Cinema Novo. Os projetos destes diretores foram muitas vezes viabilizados pelas instituições oficiais. E diante de pressões da censura, uma possibilidade de manter um cinema de autor, veio com as adaptações literárias, especialmente adaptações da literatura a partir do modernismo. Mas as adaptações foram também um encontro natural – os filmes do Cinema Novo faziam, em suas imagens, o que os brasileiros tinham feito na literatura a partir do modernismo. E os livros adaptados eram como roteiros ideais. Produzidos sem uma estrutura industrial convencional, os primeiros filmes do Cinema Novo eram feitos mesmo com orçamentos mínimos, com uma ideia na cabeça e uma câmera na mão. Não existia nenhuma estrutura de produção de cinema com regras. Então os roteiros não foram utilizados como parte integrante de produção, como rígidos shooting-scripts. No momento da filmagem eram possíveis e frequentes improvisações, modificações nos argumentos.

Anos mais tarde, a maneira de trabalhar de Suzana Amaral atende melhor às características desse meio de comunicação tão caro de produzir. Ela planejou o projeto, escreveu o roteiro, seguiu o roteiro durante a filmagem, eliminou pouca coisa, nada acrescentou. Rodou o filme inteiro em seis semanas, de acordo com o roteiro. Um filme bastante representativo em termos de produção eficiente.

O golpe de Fernando Collor de Mello contra a cultura em geral e o fechamento da Embrafilme em 1990 afetaram gravemente a produção cinematográfica. Por isso, no centenário do cinema o Brasil estava, de fato, recomeçando a produção cinematográfica do zero: procurava estabelecer uma nova estrutura econômica e uma nova estrutura dramática. Um exemplo excelente é Veja esta canção de Carlos Diegues, de 1994, quatro episódios do dia a dia, cada um deles baseado em músicas – de Chico Buarque, Gilberto Gil, Caetano Veloso e Jorge Benjor.

Quando na Alemanha foram apresentados novos filmes paulistas em janeiro de 1996, e em fevereiro último, quando se apresentaram oito novos filmes de longa-metragem no Festival de Berlin, eu pude observar o seguinte: os filmes que trabalhavam com situações de huis-clos, como Sábado de Ugo Georgetti (1995), Um céu de estrelas de Tata Amaral (1996), Como nascem os anjos de Murilo Salles (1966) ou mesmo curtas como O enigma de um dia, de Joel Pizzini (1996), são bons exemplos de uma produção bem planejada e barata. Isto é bem evidente no caso de Um céu de estrelas, da Tata Amaral – com roteiro de Jean Claude Bernardet, Tata e Roberto Moreira adaptando o romance com o mesmo título de Fernando Bonassi. A produção foi ensaiada e planejada minuciosamente, reduzindo a história ao essencial, quer dizer: mostrar a violência nas relações humanas dentro de casa, como reflexo do mundo exterior.

Todos esses filmes têm em comum o contar uma história bem elaborada e o limitar-se a uma produção que não é muito dispendiosa, porém bastante elaborada e adequada. Esses diretores conseguiram fazer filmes que sobreviverão dentro da cinematografia brasileira. Com esses filmes eles convencem facilmente o espectador, mesmo aquele que vem de fora ou que mora num outro país. Esse caminho permite, a meu ver, prever que a médio prazo uma estrutura sólida de produção e de dramaturgia será estabelecida.

*Ute Hermanns é tradutora e professora da Universidade Livre de Berlim 

Autora, entre outros livros, de Schreiben als Ausweg, Filmen als Lösung?: Zur Problematik von Literatur im Film in Brasilien, 1973-1985 (Berliner Lateinamerika-Forschungen).

Notas


[i] Alfredo Bosi, História concisa da literatura brasileira, São Paulo, Cultrix, 1970.

[ii] Lígia Chiappini Leite, Mulheres, galinhas e mendigos: Clarice Lispector, Conto em confronto, São Paulo 1995.

[iii] Walnice Nogueira Galvão, As falas, os silêncios, literatura e mediações: 1964-1988, in Brasil: O trânsito da memória, organização de Saul Sosnowski e Jorge Schwartz, São Paulo, Edusp, 1994.

[iv] L. Damasceno: Women – Both sides of the camera, Talk for Princeton Women’s Center, in Series, abril 1988, página 4.

[v] Alfredo Oroz e Suzana Amaral: roteiro de A hora da estrela, 1984, página 5. Original datilografado, não publicado.

[vi] Suzana Amaral, depoimento à autora in Ute Hermanns, Schreiben ais Ausweg, Filmen ais Loesung? Zur Problematik von Literatur im Film in Brasilien 1973-1985, Frankfurt am Main, Vervuert, 1993.

[vii] Nelson Pereira dos Santos, O Problema do Conteúdo do Cinema Brasileiro, comunicação ao I Congresso Paulista de Cinema Brasileiro in Jean Claude Bernardet e Maria Rita Galvão in Cinema, repercussões em caixa de eco ideológica, São Paulo, Brasiliense 1983.

 

 

[Fonte: http://www.aterraeredonda.com.br]

Tres nuevas versiones de la ‘Divina comedia’ plantean una reflexión sobre lo que el monumental poema debe a otros idiomas y sobre el papel que el trasvase lingüístico tiene a lo largo de la historia de la literatura

Estatua de Dante Alighieri en Florencia.

Estatua de Dante Alighieri en Florencia.

Escrito por ALBERTO MANGUEL

La traducción es quizás la más misteriosa de las encarnaciones del acto literario. Presupone que un mismo texto puede adquirir diferentes identidades a través de diferentes lenguas, en un proceso en el que cada parte constitutiva es desechada y sustituida por otra: el vocabulario, la sintaxis, la gramática, la música, así como su contexto cultural, histórico y emocional. O, como dice Dante en De vulgari eloquentia: “En primer lugar, el propósito del canto, en segundo lugar, la disposición de cada parte en relación con las demás, en tercer lugar, el número de versos y sílabas”. Pero ¿cómo es posible que estas identidades siempre cambiantes sigan siendo una única identidad? ¿Qué nos permite decir que los cientos de traducciones de los Cuentos de hadas de Grimm, o de Las mil y una noches, o de la Comedia de Dante son, de hecho, un mismo libro? Un viejo enigma filosófico se pregunta si una persona a la que se le han sustituido todas las partes del cuerpo por órganos y miembros artificiales sigue siendo la misma persona. ¿En qué parte de nuestro cuerpo reside nuestra identidad? ¿En cuál de los elementos de un poema reside el poema? Este es el misterio central: si un texto literario es todas las cosas que nos permiten llamarlo la Divina comedia, ¿qué queda cuando cada una de estas cosas se cambia por otra? ¿Es la traducción un disfraz que permite al texto conversar con los que están fuera de su círculo? ¿O es una usurpación que ocupa el lugar del original y se mete soslayadamente en la cama del lector? ¿Qué grado de identidad puede reclamar una traducción?

El universo dantesco

Un viaje

La Comedia narra en primera persona el periplo de Dante por el infierno, el purgatorio y el paraíso durante una semana en la primavera del año 1300.

Jerusalén

Selva

Puerta

Infierno

Anteinfierno

Pusilánimes

Río Aqueronte

No bautizados

I Círculo (Limbo)

Lujuriosos

II Círculo

Golosos

III Círculo

IV Círculo

Avaros / pródigos

V Círculo

Iracundos / perezosos

Laguna Estigia / Ciudad de Dite

Heréticos

VI Círculo

Violentos

VII Círculo

Río y Cascada Flegetonte

Fraudulentos

VIII Círculo

Pozo de los Gigantes

Traidores

IX Círculo

Centro de la Tierra

El infierno es una sima en forma de cono invertido que penetra hasta el centro de la Tierra y que tiene su entrada junto a Jerusalén.

El purgatorio se formó sobre una isla en el hemisferio sur cuando Lucifer cayó de los cielos.

Lucifer

Purgatorio

Playa

Excomulgados

Arrepentidos en trance de muerte

Fallecidos de muerte violenta

Príncipes negligentes

Antepurgatorio

(I, II, III Rellano)

Puerta / ángel

Soberbios

I Cornisa

Envidiosos

II Cornisa

Iracundos

III Cornisa

Perezosos

IV Cornisa

Avaros y pródigos

V Cornisa

Golosos

VI Cornisa

VII Cornisa

Lujuriosos

Paraíso terrestre

Río Leteo / Río Eunoé

Paraíso

Esfera de Fuego

Dios. El paraíso está dividido en nueve cielos, nueve esferas concéntricas transparentes que giran alrededor de la Tierra. Al final de su viaje, Dante, de 35 años, percibe la divina unidad del amor “que mueve el sol y las demás estrellas”.

I Cielo de la Luna

Espíritus que incumplieron votos

II Cielo de Mercurio

Espíritus activos

III Cielo de Venus

Espíritus amantes

IV Cielo del Sol

Espíritus sapientes

V Cielo de Marte

Espíritus combatientes

VI Cielo de Júpiter

Espíritus justos

VII Cielo de Saturno

Espíritus contemplativos

VIII Cielo de las Estrellas Fijas

Espíritus triunfantes

IX Cielo Cristalino o Primer Móvil

Coros angélicos

Empíreo

Beatos (Rosa Cándida)

Fuente: ‘Comedia’ de Dante Alighieri. Edición y traducción de José María Micó. Editorial Acantilado, 2018

DIEGO QUIJANO / EL PAÍS

En el canto XV del Purgatorio, al final de la quinta tarde del viaje de Dante, después de que él y Virgilio hayan llegado a la tercera terraza donde se encontrarán con las almas benditas que se están purgando del pecado de la ira, Dante ve una nube de humo que se dirige hacia ellos, sumiendo el cielo en una completa oscuridad. La descripción de este súbito cambio se da en los siete últimos versos del canto, las dos estrofas finales más el único verso final. Se trata de uno de esos momentos expresionistas que aparecen felizmente, de vez en cuando, en la Comedia, y que confieren a la historia una realidad sensual del tiempo y el espacio a través de la percepción compartida y gradual del protagonista itinerante. Aquí, como en tantos otros pasajes, nos olvidamos de que es Dante mismo quien ha inventado toda esa compleja geografía por la que se nos conduce, como compartiendo con sus lectores una memoria abrumadoramente real y privada.

Dante escribe:

Noi adavam per lo vespero, attenti

oltre quanto potean li occhi allungarsi

contra i raggi seronti e lucenti.

Ed ecco a poco a poco un fummo farsi

verso di noi come la notte oscuro;

né da quello era loco da cansarsi.

Questo ne tolse li occhi e l’aere puro.

Las traducciones al castellano son muchas, empezando por la de Enrique de Villena en el siglo XV. Para comparar, elegimos las siguientes:

Bartolomé Mitre (1922):

Absortos de la tarde en la belleza,

seguimos, espaciando la mirada

en contra al sol que declinaba a priesa;

y por grados, cual nube condensada

vimos venir, cual noche, un aire oscuro,

sin encontrar guarida descansada,

perdiendo, con la vista, el aire puro.

Abilio Echeverría (1995):

Íbamos por la tarde, el ojo atento

hasta donde podía dilatarse

en aquel vesperal deslumbramiento,

cuando sobre los dos vimos echarse

un humo espeso, cual la noche oscuro,

contra el cual no cabía refugiarse:

la vista nos quitó y el aire puro.

José María Micó (2018):

Íbamos avanzando en el crepúsculo,

proyectando a lo lejos la mirada

y afrontando los rayos vespertinos.

Y poco a poco vino hacia nosotros

un humo denso, cual la noche oscuro,

y tampoco hubo modo de evitarlo:

nos quitó la visión y el aire puro.

Jorge Gimeno (2021):

Atardecía e iban nuestros ojos

lo atentos que podían a lo lejos

contra la luz tardía y cegadora.

Y en eso un humo vino poco a poco

negro como la noche a rodearnos.

Y no había resguardo ni cobijo.

Y nos privó de ver y de aire puro.

Juan Barja (2021):

Caminábamos cuando atardecía,

intentando alcanzar lo más lejano

que podían andarse nuestros ojos

frente a los claros rayos del poniente,

hasta que, poco a poco, un humo denso

que crecía avanzó hacia nosotros,

como la noche oscura, y no hubo modo

de poder esquivarlo, que la vista

y un aire más puro nos faltaban.

Hay poco que explicar en estos siete versos (que en la versión de Barja resultan nueve.) Para empezar, y dado que Virgilio y su Eneida están omnipresentes en la Comedia, el primer verso de nuestro pasaje podría evocar el famoso ibant obscuri sola sub nocte per umbram (“caminando oscuros bajo la noche solitaria en la penumbra”), que nos recuerda el viaje de Eneas a los infiernos. La nube negra ondulante es como el humo perezoso que los iracundos alimentan en sus corazones en Inferno VII:121-26:

… Tristi fummo

ne l’aere dolce che dal sol s’allegra,

portando dentro accidïoso fummo.

… Huraños estábamos

en el aire dulce que alegra el sol,

llevando dentro de nosotros un humo perezoso.

Pero el humo es también el castigo que Dios hace descender sobre su rebaño en el Salmo 74:1: “¿Por qué humea tu cólera contra las ovejas de tu prado?”. También es la oscuridad que contrasta con la luz de la tarde del principio del canto, una luz que Dante compara con la del amanecer y que golpea a los viajeros en la cara mientras se dirigen hacia el sol poniente.

Todo esto son más o menos simples aclaraciones de cualquier edición anotada. Pero una vez comprendido el vocabulario y (en la medida de lo posible) el sentido, ¿qué ocurre con los versos en la traducción?

Ciertamente, un desplazamiento en el tiempo. Quizá un aspecto esencial de toda traducción sea el involuntario e ineludible desplazamiento temporal al que se somete el texto. Cuando leemos la Comedia en el original o en traducción, nos damos cuenta de que, nosotros los lectores, existimos en algún lugar del futuro del poema. Y mientras nosotros, atrapados en nuestro presente, leemos las palabras de Dante, el propio texto sigue fluyendo dentro de la geografía del tiempo de Dante. Sobre esta geografía, las sucesivas generaciones de lectores han ido acumulando sus propias cosechas de conocimiento e interpretación, transformando el paisaje original en algo que el propio Dante encontraría mucho más insondable de lo que sus versos más recónditos son para nosotros. La concepción personal de Dante del humo, por ejemplo, ya sea el de las hogueras en otoño o el de los campos de guerra ardientes por los que viajó en el exilio, colorea y da forma al humo del purgatorio. Pero a esa experiencia privada se suman siglos de otros humos futuros y espantosos: el humo de los fuegos inquisitoriales, el de las cámaras de gas, el de los neumáticos quemados en sangrientas manifestaciones, el de los desastres ecológicos de nuestra era.

La encarnación del poema en un texto que no es el original es la clave más nítida de los poderes creativos del lector

Como una monstruosa crisálida, la Comedia contiene en sí misma todas las posibilidades de migración y cambio. A través de las lecturas continuas, el poema original se hace nómada, y sus traducciones, bien que mal, hacen explícito el progreso amoroso de las palabras de Dante desde el pasado del poeta hasta el presente del lector. La noción de “yo también siento esto” que el poema suscita tan a menudo se hace evidente en el acto de la traducción: se pone literalmente en palabras.

Los traductores citados (y hubiésemos podido incluir muchos otros: Ángel CrespoRaffaele Pinto…) han encontrado soluciones diferentes para problemas que son diferentes, no tanto por las lecturas individuales de los traductores, sino por las reglas de las diferentes lenguas en las que cada traductor recrea el poema. Y sin embargo, inesperadamente, todas estas versiones se complementan y refuerzan entre sí.

Sin embargo, lo que no es evidente en los pocos versos que he elegido, ni en ninguno de los ejemplos traducidos, es el contexto narrativo de todo el canto XV. Dante sigue confundido por lo que se le va revelando poco a poco y Virgilio debe asegurarle que llegará un momento en el que ver las cosas divinas no será un esfuerzo sino una delicia. Todo el canto es un avance en el aprendizaje, desde la luz exterior y la oscuridad del alma en los primeros versos hasta los inicios de la iluminación interior y la oscuridad exterior que todo lo abarca del final. En este punto, la descripción que hace Dante del humo repentino que se avecina es totalmente precisa y presente. El lector está allí, con Dante y Virgilio, en el camino estrecho, caminando hacia una nube negra de la que no se puede escapar y en la que debemos ver y respirar solo con el corazón.

El latín de Virgilio presta nobleza al italiano florentino de Dante y este da al latín una domesticidad agradable

Dicho todo esto, queda la pregunta: ¿es posible leer la Comedia únicamente en una traducción? La encarnación del poema en un texto que no es el original es tal vez la clave más nítida de los poderes creativos del lector. Entrar en un texto, desmontarlo, reconstruirlo con palabras y frases que obedecen a las reglas de oídos y ojos y mentes diferentes permiten que un texto vuelva a empezar a vivir, pero esta vez a conciencia, consciente de su propio funcionamiento y de sus deudas con el azar y el placer. La traducción aporta a un texto una lógica y una articulación de propósitos que el original ignora, o rechaza, o rehúye. En la debatida carta a Can Grande della Scala de 1316, Dante (si es que fue Dante quien la escribió) proponía cuatro niveles de lectura: la literal (según el significado exacto de las palabras), la alegórica (como gran metáfora de una idea abstracta), la analógica (como comparación) y la anagógica (según la interpretación bíblica). Los lectores tienden a sospechar que, al menos en el caso de Dante, estas cuatro lecturas representan infinitas más, ya que cada nivel propuesto engendra a su vez cuatro o cuarenta más, y así hasta las orillas más lejanas.

A esos infinitos niveles de lectura, hay que añadir uno más: el que queda tras la conclusión de la lectura, tras llegar a la última palabra y cerrar el libro. Hay seres afortunados que se saben toda la Comedia de memoria, pero incluso para aquellos de nosotros cuya memoria es deficiente, queda en la secuela de la lectura de la Comedia la presencia ardiente de las palabras del poeta, de la historia y de sus detalles amorosos, de su música y de sus momentos de silencio. Un recuerdo como ese dolor de “recordar la dicha en los momentos de infelicidad” del que habla Francesca desde el torbellino, haciendo que Dante se desmaye de comprensión y de piedad.

El lector sabe que toda construcción verbal, a la vez que es portadora de sentido y sonido, existe en el tiempo y el espacio de su lectura, y también en los de su recuerdo literal. Pero también existe en su estela, una vez dichas las palabras, cuando solo perdura la sombra del sonido y del sentido. En cierto sentido, una traducción (una buena traducción) hace visible esa sombra persistente del texto. Tal vez sea eso lo que queremos decir cuando afirmamos que es posible leer la Comedia solo con la traducción.

Pero ¿qué es precisamente esa sombra? Borges, hablando, como hacía a menudo, de la traducción, sugirió que todo escritor produce una serie de borradores de un texto determinado, uno de los cuales puede decidir publicar. Esta versión publicada, aunque tenga el prestigio de haberse hecho pública, no deja sin embargo de ser un borrador. Desde este punto de vista, una traducción puede considerarse como un borrador más de ese mismo texto. Sobre Vathek, de Beckford, escrito primero en francés y luego traducido al inglés, Borges observó famosamente que “el original es infiel a la traducción”. Aunque es difícil imaginar que se pueda decir lo mismo de cualquier traducción de la Comedia, las interminables bibliotecas de traducciones del poema permiten pensar en una Gestalt-Comedia, una Comedia caleidoscópica formada por todas sus múltiples versiones en docenas de lenguas a lo largo de siglos de lecturas meticulosas e inspiradas. La noción de una Comedia definitiva, incluso cuando se aplica al poema que Dante terminó poco antes de su muerte en 1321, parece limitar incómodamente lo que para cualquier lector sensato debe parecer un poema infinito. Y, sin embargo, sus traducciones recogidas superan esa monstruosa noción y proponen, en cambio, una serie de interminables metamorfosis que, a pesar de su ocasional profundidad y originalidad, nunca pretenden suplantar o ignorar el original.

Giovanni Boccaccio, casi contemporáneo de Dante, copió en uno de sus manuscritos un curioso relato de un monje de Corvo, en el que cuenta un encuentro con un forastero en la diócesis de Luna. Para agradecer al monje su hospitalidad, el forastero le ofrece unas páginas de un poema que ha escrito en lengua florentina. El tema y el arte del poema son tan elevados, tan exquisitos, que el monje le pregunta al forastero por qué eligió expresar “tanta erudición con ropajes plebeyos”. El forastero explica que la lengua vernácula florentina no era su primera elección, sino que había comenzado su poema en la lengua del Cielo, es decir, en latín:

Ultima regna canam, fluido

contermina mundo,

Spiritibus quae lata patent, quae premia solvunt

Pro meritis cuicumque suis.

Los reinos más lejanos que canto,

que tienen límites comunes con el universo fluido

que se extienden hacia los espíritus que dan recompensas

a cada uno según sus méritos.

Boccaccio incluyó estos versos en uno de los últimos capítulos de su amorosa biografía de Dante.

Si la anécdota es cierta, entonces la Comedia es, al menos en sus inicios, una traducción, un segundo borrador de un original latino inacabado. Ciertamente, la Comedia es al menos un poema bilingüe, y más de dos si incluimos los usos ocasionales de otras lenguas, como el provenzal de Arnaut Daniel en el Purgatorio y la lengua mágica de Plutón en el Infierno. El latín presta nobleza al italiano florentino de Dante y el italiano da al latín una domesticidad agradable. Y aunque la lengua vernácula es la lengua en la que está escrita la Comedia, el latín es su trasfondo lingüístico, implícito en los pasajes glosados de Virgilio y Estacio, y en los himnos y citas de las Escrituras, y explícito en la ocasional palabra latina apropiada para un determinado personaje o episodio. Incluso antes de que Dante el peregrino sepa que la aparición fuera del bosque oscuro es Virgilio, se dirige a él en una mezcla de latín, “Miserere” (ten piedad), y la lengua vernácu­la, “di me” (sobre mí).

Gran parte de la Comedia es traducción muy libre, como en el caso de los maravillosos neologismos que Dante inventa para aquello que no tiene (o no tenía) ningún término en florentino: trasumanar, “ir más allá de lo humano” o con l’ali si plaude, “con las alas batiendo” (combinando en el verbo ovidiano plaudere tanto las acciones de “aplaudir” y “batir”). Dante, por supuesto, no habría reconocido estas formas de escritura como traducción. Más bien habría sabido que la traducción seguía el método adoptado por Boecio a principios del siglo VI, continuando una tradición cuyos precursores fueron san Jerónimo y Cicerón y Horacio. Al principio de uno de sus eruditos comentarios, Boecio escribió: “Considero que he sido muy útil si, al componer libros de filosofía en lengua latina, mediante la integridad de una traducción completamente completa, no se encuentra una sola letra del griego que falte”. Este método, que llegó a conocerse como verbum ex verbo, una traducción “palabra por palabra”, está lo más alejado posible de lo que podríamos denominar “traducción” en nuestras lecturas de la Comedia. Para nosotros, los himnos que cantan los beatos en cada una de las cornisas del Purgatorio, la versión personal de Dante del “Padre Nuestro” rezado en el Purgatorio, las diversas glosas de pasajes del apocalipsis en el Paraíso, son todas traducciones.

Todo arte es aproximación, y el que construimos a partir de las palabras aún más. Pero tal vez, al intentar el oficio de artesano de la palabra a través de múltiples voces, los borradores originales y las sucesivas traducciones, algo de lo que el poeta ha imaginado puede empezar a tomar forma. Paul Valéry (y también Shelley) imaginó que todos los poemas forman parte de un poema universal inacabado. Más modestamente, el texto original de cualquier poema, junto con sus traducciones, puede leerse como una sola estrofa de ese poema, que, como todo el conjunto inconcebible, aún está en proceso de ser escrito. Mágicamente, a los lectores se nos ha concedido el privilegio de estar presentes en la creación.

 

[Foto: CLÉMENT BARDOT / WIKIMEDIA – fuente: http://www.elpais.com]

 

París aprofitarà la presidència de torn del Consell Europeu per substituir l’anglès com a llengua de treball

El president francès, Emmanuel Macron, al Parlament Europeu.

França ocuparà, d’aquí a poc més de mig any, la presidència de torn de la Unió Europea i s’ha proposat aprofitar la situació per fer que el francès, antiga llengua franca de la diplomàcia, recuperi el terreny perdut davant l’anglès en les institucions europees.

Segons ha revelat el diari Politico, el govern francès preveu que les principals reunions del Consell Europeu durant el primer semestre del 2022 es facin en francès -una de les tres llengües de treball de la UE juntament amb l’anglès i l’alemany- amb interpretació a altres idiomes. També seran en aquesta llengua les reunions preparatòries, així com les actes de les trobades i si arriba una carta procedent de la Comissió Europea en anglès serà retornada amb una nota en què s’explicarà que hi ha d’haver la versió francesa.

França ja havia utilitzat anteriorment la presidència de torn per promoure el francès, però mai hi havia posat tant d’èmfasi.

El secretari d’Estat francès d’Afers Europeus, Clément Beaune, ja va avisar el gener passat que s’havia d’aprofitar la sortida del Regne Unit de la Unió Europea perquè a la UE es deixi de “xampurrejar l’anglès” i els representants dels Estats membres “s’acostumin a tornar a parlar” en les seves llengües i va anunciar que quan França tingués la presidència de torn de la UE prendria “iniciatives concretes” per garantir que les institucions europees “lluiten per la diversitat lingüística europea”.

El govern francès farà una inversió econòmica extraordinària per incrementar el nombre de classes de la llengua oficial de l’Estat per a funcionaris europeus a través de l’Alliance Française Bruxelles-Europe, la principal escola de francès de Brussel·les, segons va explicar un diplomàtic francès a Politico.

Les llengües oficials de la Unió Europea són les que proposen els estats membres i, tot i que, amb la sortida del Regne Unit, no n’hi ha cap que hagi proposat l’anglès (Irlanda i Malta van triar el gaèlic irlandès i el maltès respectivament), els idiomes no perden el seu estatus de forma automàtica. D’acord amb l’article 342 del Tractat de Funcionament de la Unió Europea, “el règim lingüístic de les institucions de la Unió serà fixat pel Consell mitjançant reglaments, per unanimitat”.  Això vol dir que una eventual decisió de llevar l’oficialitat de l’anglès s’hauria de prendre per unanimitat pels 27 membres de la UE.

L’anglès és, de llarg, la llengua més utilitzada en tots els organismes europeus.

 

[Foto: Creative Commons – font: http://www.diaridelallengua.cat]